"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

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vendredi 21 décembre 2018

VOULEZ-VOUS MOURIR POUR LE chiméRIC ?



- Cauchy (faux gilet jaune) : la réponse de M. Macron sur les réseaux me fait penser à Trump.
- La ministre : je ne vous permets pas de comparer M. Macron à Trump.
- Cauchy : Je m'excuse.

« Le gouvernement s'associe aux médias pour créer la division en contactant d'autres personnes non à l'origine du mouvement ».
Priscilla Ludosky (communiqué du 4 décembre : la France en colères)
« "Hugh grand chef blanc, tu as bien parlé et tu as restauré l'autorité du conseil des anciens, tous ces chauves à grandes bouches qui parlent, parlent et comprennent qu'un bon indien est un indien mort ou grabataire ».
Sophie Carrouge (professeure)
« Le nom de « camarade » exprime merveilleusement cette immense fraternité : il n'a pas la froideur juridique, l'égoïsme individualiste de l'appelation de « citoyen ».
Pierre Pascal (En communisme, 1920)

« Le 4 décembre, le prolétariat fut poussé au combat par le bourgeois et l'épicier ».
Marx (Les luttes de classes en France)

L'intérêt matériel de la bourgeoisie française est lié de façon intime à la conservation de l'appareil d'Etat et à ses nombreuses ramifications. Elle préfèrera se ruiner en emprunts aux banques pour « soulager les revendications » plutôt que de voir son Etat renversé. Sa défense politique dans l'urgence l'oblige à renforcer chaque jour la répression. Jamais un pays moderne n'a compté autant de flics de toutes catégories au point qu'on se demande si les permanents flics syndicaux sont aussi nombreux. La bourgeoisie est en même temps obligée de mener une guerre idéologique ininterrompue à l'opinion publique avec ses laquais journalistes, et de faire paralyser par les gaz toutes les manifestations, et à chaque fois qu'elle le peut de mutiler les manifestants sous prétexte de ne pas les tuer pour s'éviter une insurrection impulsive du type de celles du XIX ème siècle.

Mais l'Etat bourgeois n'est pas seul, les ennemis sont aussi parmi nous. A la tête des diverses émeutes ou révolutions du passé, nombre de meneurs étaient soit d'ignares incapables soit de notoires agents de la police, mais ils n'empêchèrent pas les événements sociaux de prendre une ampleur révolutionnaire.

Aucun parti clandestin ne s'exagère autant ses moyens plus que le parti gouvernemental que le parti secret des gilets jaunes. Le parti des Priscilla, Eric et Maxime, dont le théoricien, le petit prof chauvin Etienne Chouard est devenu le guide spirituel face à leur ignardise en histoire et en politique. Tout ce petit monde se concerte au nez et à la barbe du public et des réseaux sociaux en se récriant de souhaiter former un parti politique. L'un se permet un jour d'en appeler à la prise de l'Elysée, l'autre d'expliquer les complots et enfin celle-là de bloquer les frontières (pour quoi faire ? Protéger la France de l'étranger?).
En général rarement leurs diverses propositions ridicules ne furent annoncées avec autant de fracas par les médias, comme si ces gens représentaient le monde d'en bas, cette classe ouvrière caricaturée comme « classe moyenne », ou « couche périphérique ». Ces petits perroquets des petits bourgeois floués par la crise économique mondiale se comportent comme des chefs, des vedettes qui se plaignent de ne pas être reconnus par la bourgeoisie.
Les médias les accompagnèrent plaisamment tout le temps qui leur semblait nécessaire pour jouer sur la décrue en nombre du mouvement d'occupation des ronds-points.
Lorsque cette bande d'épiciers en parti masqué, se saisit de la théorie fumeuse du RIC, toute la bourgeoisie poussa à nouveau, de gauche à l'extrême droite, des hurrah. La plupart des organes de presse titrèrent que le RIC était populaire chez une majorité de français. A partir de là le terrain était fertile pour regonfler les pourcentages de satisfaction des sondés pour une idée enfin trouvée, au-dessus de la disparité des revendications économiques, pour « unifier » le vague « peuple » derrière la meilleure sorte de repêchage politique de la protestation, une variété de référendum populaire basé sur autant de voix que la première pétition de Ludosky avait réuni. Personne ne l'a déduit jusqu'à présent, endormant le peuple avec des débats sophistiqués sur ce thème, mais c'est l'institutionalisation marginale de la « démocratie directe et opaque » d'internet1. Plus, le triomphe de l'individualisme petit bourgeois qui pense pouvoir se mêler de tout et guider l'univers depuis son clavier d'ordi.

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement...

Or nous fûmes effarés comme tant d'autres camarades gilets jaunes par la complexité du truc et de voir défiler à l'écran à nouveau spés, juristes et prescripteurs de morale démocratique. C'est une des faiblesses persistantes du mouvement d'attendre des sauveurs, de beaux parleurs comme il tolère le triumvirat des trois cuistres Priscilla-Eric-Maxime, ou ce fugace espoir pour un chanteur gauchiste has been. Faiblesse dûe en grande partie au culte de l'ignorance, ignorance de l'histoire et de l'histoire politique tout court. Il a suffi qu'on évoque la révolution française pour que drapeau et Marseillaise soient plaqués comme signes de ralliement d'un peuple qui n'est plus qu'un argument de foire. Après quoi le triumvirat des entrepreneurs pouvait jouer au jeu de Paume (14 décembre) et ces « paumés » d'appeler à se rendre à Versailles comme en 1789, Maxime gardant seul la perruque du loubard BCBG,la casquette à l'envers. Le simplisme et l'amalgame foireux ont dû occuper bien des réunions secrètes du triumvirat et de leurs amis théoriciens d'extrême droite pour accoucher d'une si minable mise en scène de la duperie du RIC.

Le RIC, dans sa construction bricolée du vieux système des référendums « populaires » n'est qu'un vieil artifice pour toutes les formes de dictatures militaires ou démocratiques : faire croire aux millions d'individus narcissiques qu'ils peuvent contrôler en permanence l'Etat bourgeois2. La consultation populaire ne rime à rien comme telle puisqu'elle est sous le contrôle total de l'Etat en place. Un référendum, pourquoi pas, avec des questions centrales et pas sociologiques, oui, mais après le renversement de l'Etat, encore que les majorités « électoralisées » ne soient le plus souvent que des conduites préfabriquées et moutonnières.
Dans sa réponse à l'entrepreneuse Priscilla, Macron qui avait inséminé l'idée de favoriser la création d'un parti jaune, se montre partisan du RIC, supercherie qui implique l'apparition d'un parti jaune. Ses services avaient déjà perçu l'intérêt de cette farce référendaire. Le Figaro rapporte le 19 décembre l'enthousiasme qui s'est emparé des proches collaborateurs du président quand ils ont vu la corde que plusieurs « gilets jaunes libres » tendaient pour se faire pendre en parti « indépendant »: « Tout le monde a le droit d'être candidat, ça s'appelle la démocratie », dirent cœur sur la main les affidés du monarque élyséen.
La « république en marche » n'avait paq hésité à commanditer un sondage à l'institut Ipsos et à le faire volontairement fuiter dans le Journal du Dimanche 3. Le parti du pouvoir renouvelle encore un sondage de la même manière pour le RIC; les sondages ont du bon parfois et reflète une opinion "de classe", un sondage ifop de novembre indiquait que 62% des français estimait le pouvoir d'achat plus important que la transition énergétique.
« Libération » décrit ainsi la genèse de la contagion du RIC sur les réseaux : « Etienne Chouard tweete : «Puisque 80% des citoyens soutiennent les GJ ET puisque 80% des citoyens sont favorables au Référendum d’initiative citoyenne (RIC), c’est une occasion en or pour défendre cette idée simple et révolutionnaire.» A partir de cette date, les militants du RIC vont faire preuve d’un prosélytisme très actif en faveur du référendum sur les groupes Facebook de gilets jaunes ». Mais sans le coup de pouce sondagier, Chouard ne serait resté qu'un minable Francis Cousin.
« Libération » poursuit :
« Le mot RIC va très vite s’imposer dans la conversation chez les gilets jaunes car il permet d’articuler politiquement le «Macron démission». Si la révolution n’est pas possible et que Macron refuse de démissionner, il faut lui tordre le bras en lui imposant une cohabitation avec le peuple. L’idée d’un «référendum» circule chez les gilets jaunes depuis début novembre : «On désire tous ici un référendum national pour une destitution», lit-on alors sur les groupes Facebook. L’idée est diffuse et pas franchement aboutie. Les militants de la démocratie réelle vont arriver avec une solution clé en main, comme une formule magique capable de résoudre tous les problèmes : le RIC ». La presse martèle ce qui est désormais prêté à tous les gilets jaunes sans avoir ni sondé parmi eux ni organiser un réferendum par exemple au moins sur les ronds-points, et cela donne cette rengaine : « Les Gilets jaunes ont réussi à faire émerger dans le débat public la question du référendum d'initiative citoyenne (RIC) ».
Cette idée de référendum « citoyen » boosté par les plumitifs aux ordres du pouvoir n'est donc pas un simple emplâtre sur une jambe de bois de la démocratie bourgeoisie comme je croyais l'avoir compris, non il est une surenchère pour renverser « quand même » Macron. Et que le pouvoir ne se fait pas faute de dégonfler dans des débats nationaux filandreux entre spécialistes juridiques, ou plus stupide, avec un panel de 100 français choisis au hasard, pour un spectacle digne d'une nouvelle émission de Patrick Sébastien !
Entretemps revoilou le plus bavard du trio, Maxime Nicolle, dit Flye rider, qui vient quand même aux manifs avec son casque de vélo : « Le référendum est pour Nicolle une option stratégique : «Si on a plein de revendications, l’Etat va nous en prendre une ou deux et on l’aura profond. Par contre, si on demande tous la même chose : que chacun puisse donner sa voix avec un référendum d’initiative citoyenne, comment ils font pour nous dire non ?».
Toujours aussi ignorant de l'histoire des peuples et des classes ouvrières, ce brave Maxime croit que sous contrôle de l'Etat en place, une majorité de la population, du peuple (bourgeois+ bobos+classe ouvrière) va voter tranquillement pour... mettre à bas l'Etat ! Sur ce plan c'est lui qui se fait niquer, car le sondage qui suit, qui semble lui donner raison, est ficelé par la propre conception de l'Etat : Le second sondage confirme également qu'une majorité de « français » est favotable au RIC ! 72 % des Français si bien conditionnés depuis quelques jours le soutiennent, croyant que le RIC n’aurait rien à voir avec un référendum lancé par le gouvernement, qui ne peut être qu'un plébiscite. Les impuissants opposants politiques du RN à LFI savent qu'il n'a aucune chance de passer et qu'il restera un miroir aux alouettes en gilets jaunes. Édouard Philippe a déclaré qu’il était pour le principe du RIC mais « pas sur n’importe quel sujet et dans n’importe quelle condition ». Tous les sujets ne seront pas acceptés. La révocation de Macron ou des godillots élus ne le seront pas. Les gilets jaunes verront très vite qu'après la comédie des miettes, la fable du RIC n'est qu'une voie de garage politicienne, simili débat centralisé et orchestré par l'Elysée et tous ces prescripteurs de sacrifice écologique la bande des godillots stupides dont on ne veut plus voir la tronche.   
En vérité ce soudain amour pour le RIC n'est qu'un travestissement de ce qui a été la force initiale du mouvement, le refus de déléguer par peur de ne plus contrôler, et aussi cette autre explication : le fouillis des revendications de couches différentes, la petite bourgeoisie avec sa guerre aux taxes faisant passer au second plan les revendications économiques des ouvriers paupérisés. La dépossession du vieux principe du mouvement ouvrier révolutionnaire -délégués élus et révocables et pas de réunions secrètes – si elle est invoquée, est irrécupérable par les épiciers du mouvement gilets jaunes. Cela leur est étranger. Seule la classe ouvrière s'affirmant ou prenant les devants peur l'imposer pas par un quelconque représentant mais sa capacité de paralyser l'Etat et pas simplement des ronds-points, par le contrôle de l'armement et la dissolution préalable des corps mercenaires de l'Etat.
Il nous faudra analyser l'impact et la dimension internationale du mouvement, avec son aspect lutte de classe de plus en plus proéminent, en particulier en Hongrie. 


ANNEXE : la disparition du paysage de tous les groupes léninistes et la réapparition des faussaires de l'ultra droite.


C'est un fait que tous les donneurs d'ordre léninistes, néo-léninistes et divers anarcho-conseillistes, toujours prêts à donner des conseils en grève radicale ou générale, du NPA au CCI, ont disparu des écrans. Bof.
Par contre, un même constat concernant les faux culs des appareils militants de gauche et d'extrême gauche :
« Grâce à la mobilisation des “gilets jaunes”, les masses constatent et observent la disposition des organisations qui se réclament de la classe ouvrière : “au mieux”, il y a celles qui à ce jour font silence radio et qui ne se sont  même pas fendu d’un communiqué ou d’un article sur le sujet (le Parti de l'Egalité Socialiste), ou encore celles qui prennent le train en route mais avec des pincettes (La France Insoumise, Lutte Ouvrière, le Parti Ouvrier Indépendant,...) et au pire celles qui dénoncent ouvertement la mobilisation (NPA, Parti Ouvrier Indépendant et Démocratique, CFDT, CGT, Solidaires...). Toutes ces organisations se réclamant de la classe laborieuse refusent de s’associer à la spontanéité des masses en utilisant l’argument ultime : les fascistes sont derrières “les gilets jaunes”. Il y aurait derrière chaque “gilets jaunes” un fasciste qui le manipule. La “spontanéité” aurait été artificiellement provoqué par la clique Le Pen/Dupont Aignan.Quelle bande de capitulards ! Toutes ces organisations de pseudo-gauches au service de l’Etat bourgeois ont tellement l’habitude de maîtriser leurs affiliés et de les emmener dans des voies sans issues qu’elles s’octroient le droit de labelliser ou pas chaque mobilisation selon des critères qui leurs permettent de rester bien au chaud dans leur vie d’aristobureaucrates. Elles craignent comme la peste tout ce qu’elles ne contrôlent pas. Elles se réclament de l’Histoire de la classe ouvrière, se prétendent héritières des bolcheviks  et autres suffisances du même tonneau, mais elles sont devenues un ramassis de carriéristes bedonnant ».
Une décantation s'est produite en milieu trotskien, semblable à la mienne et à d'autres dans le milieu maximaliste, c'est ainsi que nous voyons apparaître sur le réseaux d'ex-militants du gauchisme se rendre compte de l'originalité du mouvement sans rester dans des oeillères marxologiques : « Nous sommes entrés de plain-pied dans la première séquence d’une période qui s’annonce éruptive. Le prolétariat cherche une issue pour pouvoir lutter contre les innombrables coups de gourdins que lui donne la classe capitaliste via le flot infernal et accéléré des mesures anti-ouvrières. Aussi, il s’est saisi du prétexte de la hausse du prix des carburants pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle les appareils syndicaux et organisations de la pseudo-gauche l’avaient acculé, enfermé, immobilisé . C’est une première étape qui en appelle d’autres. Cette mobilisation spontanée est plus qu’un mouvement d’humeur sans lendemain. Il est le résultat d’un processus profond en cours dans l’état d’esprit des masses.Ce processus souterrain est parvenu à un degré de maturation tel qu’il n’attendait qu’un facteur déclenchant : la hausse des prix des carburants est la goutte qui fait déborder le vase. Mais les motifs d’exaspération ne manquent pas et le détonateur aurait pu tout autant être la hausse du prix du gaz.Toutefois, pour la classe populaire, le carburant représente une très forte charge symbolique : il est en substance un paramètre essentiel, obligatoire et impérieux dans l’obtention d’un salaire à la fin du mois.Et, si en plus du salaire qui n’augmente pas, l’Etat bourgeois vampirise une énième fois les salaires à travers de nouvelles taxes ou l’augmentation de celles-ci, bref, s’il fait par dessus le marché les poches des travailleurs, il faut s’attendre à un moment ou à un autre à ce que surgisse un réflexe de légitime-défense multiforme.En outre,il faut ajouter à ce cheminement invisible de l’état d’esprit des masses, la totalité du fardeau de l’historique des attaques effectuées par tous les gouvernements successifs (avec l’aide des appareils syndicaux et des organisations de la pseudo-gauche) contre les conquêtes des travailleurs. C’est d’ailleurs en définitive cette accumulation de mesures d’anéantissement des droits et acquis de la classe ouvrière qui a été l’élément déterminant dans cette apparente soudaineté de radicalisation des masses ».
On lit par après ceci : « La lutte des classe est le moteur de l’histoire. La nature a horreur du vide. La combinaison de ces deux caractéristiques fait voler en éclat la stratégie d’enlisement de la part des aristobureaucrates des organisations syndicales et de la pseudo-gauche. La dynamique de la lutte de classe fait qu’à la suite d’un enchaînement de circonstances dû à la putréfaction du capitalisme, la classe ouvrière cherchant l’issue submerge le barrage des appareils de plus en plus boiteux car manifestement visible et flagrant. L’audace va gagner la masse ».
Décoiffant. Ces auteurs avaient affiché la même position que moi le 17 novembre :
« Nous l’écrivions il y a quelques jours dans un texte qui a tourné: le RIC est une porte de sortie pour le pouvoir. Aujourd’hui, cette affirmation se vérifie. Les médias nous font bouffer du RIC matin, midi et soir. Pour autant, et en réalité nous le savons tous, rentrer chez nous avec le RIC, c’est retourner au chagrin, sans rien de plus dans le frigo. Mais alors, que faire? Que proposer, vers où aller? Le RIC est une porte de sortie pour le pouvoir. Car on le sait bien, au final : le pouvoir ne nous donnera rien sur le terrain social. Ce qu’il nous a concédé jusqu’ici de plus gros est invisible, n’est pas une mesure en positif, c’est simplement le gel des prochaines mesures contre nous, suspendues le temps du mouvement. C’est aussi une porte de sortie pour la partie du mouvement qui a peur d’elle-même, de ce qu’elle pourrait être amenée à faire pour gagner. Car la question que tout le monde se pose, c’est celle-là: jusqu’où devrons nous aller pour nous faire entendre, pour vivre mieux? ».
Et cette belle réflexion renversante :
« Alors, le vertige?
Quand on en arrive là, le geste de révolte qui est à l’initiative de ce mouvement reste comme suspendu, pris de vertige devant l’ampleur de sa portée. Car finalement, les mouvements sociaux, y compris 36 ou 68, se sont arrêtés, empochant des améliorations sociales. On pourrait causer de ce bilan, savoir si les mouvements d’alors ne se sont pas fait avoir, mais ce n’est pas le sujet. Ce mouvement n’a pas le luxe de cette question, il n’a rien obtenu, ou si peu,  de la poudre de perlimpinpin. Il n’y a pas de « grain à moudre ». Nous avons face à nous une porte fermée à double tour. Les possédants ont jeté la clé. Pour sortir de notre cage, il faudra la fracasser: cela s’appelle une révolution. Et elle fait peur. On nous l’a tellement matraquée, qu’une révolution était dangereuse! Tous les moments de remise en cause du pouvoir produisent de la peur. En 68, on appelait ça « le bloc de la trouille ». C’est une réaction logique, il s’agit d’un saut dans l’inconnu ».


Quelle joie de découvrir cette communauté de pensée avec des camarades que nous ne connaissions ni d'Eve ni d'Adam !
Quand on voit le nombre et le machiavélisme de nos ennemis les spécialistes mis en place pour parader sur les TV. Tel cet Observatoire de la gauche radicale :
« Selon le politologue et ancien fondateur de l'organisation d'extrême gauche Révolution !, Henri Maler sur le site Acrimed : « Un phénomène étrange s’est produit [en 2012] sur le site du Nouvel Observateur [...] : l’apparition d’un… « Observatoire de la gauche radicale ». Curieusement, cet observatoire ne comporte (pour l’instant…) qu’un seul titulaire. Il s’agit d’un historien - un « expert » donc - du nom de Sylvain Boulouque. Plus étonnant : cet observateur est membre du comité de rédaction de la revue Communisme dont l’anticommunisme (c’est leur droit…) confond allègrement enquête historique et enquête policière (ce qui semble moins bien…). Dernière stupéfaction : Sylvain Boulouque est aussi contributeur (voire membre ?) de Fondapol, un think tank particulièrement engagé dans la défense effrénée du libéralisme. Son président n’est autre que Dominique Reynié ».
Et l'ultra droite ?
Voir par contre la récupération de notre critique du gauchisme par l'ultra droite (Castaner était mieux informé que nous!): http://rebellion.hautetfort.com/tag/francis+cousin
Le manipulateur Cousin repointe le bout de son (gros) nez : il y a des années que j'avertis nos milieux maximalistes :

jeudi 22 novembre 2012

AVERTISSEMENT AU MILIEU PROLETARIEN UNE INTRUSION D’AVENTURIERS D’EXTREME DROITE DANS LA THEORIE MARXISTE


Sur la façon dont il m'avait piégé. Et aller aussi sur :

Vosstanie dénonce aussi les truqueurs qui se cachent derrière le blog Aufheben.
Pour donner une idée de la loghorrée de ce petit personnage, habitué de Radio Courtoisie et vieil ami de Marine, voici sa définition du communisme  :
« F.C/ Le communisme c'est d'abord la communauté sacrale de ces groupes archaïques qui, des Germains de la forêt profonde aux Sioux des vastes plaines, ont durant des millénaires vécu au rythme cosmique de l'anti-argent et de l'anti-Etat, en ignorant le travail pour la vente, les divisions fonctionnalistes et la cristallisation aliénatoire en spécialités séparées puisqu'ils ne connaissaient que le produire ensemble pour la vie humaine. La communauté (la fameuse Gemeinwesen) expose ainsi l'être générique vrai de l'humain authentique selon la vieille racine mun qui définit la réciprocité organique propre à ce fait historique total qu'est le mouvement de la tradition primordiale, en un univers où tout est sacral dans l'anti- monnayable et dans l'anti-appropriable. C'est la tradition falsifiée des égarements dans la tri- fonctionnalité, à l'heure des effets ravageurs de la révolution néo-lithique, qui cassera le groupe originaire pour aller l'enfermer dans les enclosures classistes du guerrier, du paysan et du prêtre qui, à partir de l'alliage sacré/profane éclairé par la dialectique du mouvement de l'argent, pulvériseront le sacral ancestral pour le profaner toujours davantage vers cette apothéose contemporaine du triomphe démocratique de la marchandise schizophrénique ».
De ce milieu émanent en général des menaces sous prétexte islamique, ils se font passer pour des terroistes musulmans. Je n'ai pas reçu de nouvelles menaces comme en 2002 où j'avais noté ceci dans la version papier de PU : PU 52 bis version papier un courrier menaçant m'avait été expédié (ainsi d'ailleurs qu'à Coleman): (je pense vers 2002, année de l’attentat de M.Brunerie versus Chirac (Bourseiller loua en l'an 2012 finissant le bouquin de Brunerie qui venait de sortir). Ecrit en gros caractères : « COLLABO ! » ( ?) C’est ce qui était marqué en lettres géantes sur une feuille blanche envoyée à ma boite à lettres physique du Prolétariat universel, sont joints également deux feuillets qui comportent une vingtaine de versets du Coran sur la femme et menaçant les « infidèles » ; l’écriture sur l’enveloppe postée depuis Montreuil est tremblée et écrite de la main gauche.
NOTES
1Si, par après, « Libération » l'identifie à la même mode petite bourgeoise que les indignés : «  Cette idée de référendum citoyen s’inscrit dans la «démocratie Internet», cet horizontalisme radical qu’on retrouvait dans la mouvance Anonymous, chez les Indignés espagnols, Occupy Wall Street ou Nuit Debout. Sur Internet, toutes les paroles se valent, tout le monde peut donner son avis et être entendu. A contrario, la démocratie représentative fonctionne comme l’espace médiatique traditionnel, avec des représentants ou des journalistes, seuls habilités à parler, pendant que le peuple doit sagement se taire ».
La démocratie que souhaitent les gilets jaunes est celle des groupes Facebook, où tout le monde y va de son avis, où l’on signe des pétitions et où les grandes questions sont tranchées par sondage
2Dans tous les cas, sous nos deux Napoléon le système d'encadrement étatique sort vainqueur de la consultation. « Par trois fois, en l'an VIII (le Consulat), en l'an X (le Consulat à vie) et en l'an XII (l'Empire héréditaire), Napoléon Bonaparte met au référendum le changement de Constitution, sans passer par des assemblées. La consultation populaire s'apparente à un plébiscite : il s'agit de donner ou non sa confiance à un homme. La démarche prend un tour démocratique dans la mesure où le régime directorial défunt s'établissait sur le suffrage censitaire. Le tête-à-tête entre le chef et le peuple, sans intermédiaire, est l'une des marques intrinsèques du bonapartisme. Dans le concret, ce premier essai est équivoque : on attendit deux mois les résultats de la première consultation. Lucien Bonaparte, ministre de l'Intérieur, se « trompa » avantageusement dans ses additions : il fallait démontrer la base populaire du nouveau régime. De même, Napoléon le neveu. Il commença par faire proclamer, dans la nuit même du coup d'État, le rétablissement d'un suffrage universel, qui avait été sensiblement mutilé au détriment des pauvres par l'assemblée conservatrice. Puis, il procéda à une consultation, d'abord en décembre 1851, pour faire ratifier la réforme constitutionnelle qui lui attribuait une présidence décennale, puis en 1852, pour faire confirmer le rétablissement de l'Empire : dans les deux cas, un triomphe ».
3L'éditorialiste de Figaro fait cette brillante remarque : « Les happenings collectifs produisent parfois des carrières individuelles. Mais ils ne conduisent jamais à réinventer la politique ».

lundi 17 décembre 2018

QUAND DES GILETS JAUNES SE PRENNENT POUR DES PETITS SUISSES


« Nous avons vu comment, en mars et en avril, les chefs démocrates avaient tout fait pour embrouiller le peuple de Paris dans un simulacre de combat, et comment ils firent tout, après le 8 mai, pour le détourner du vrai combat (…) « La France veut avant tout la tranquillité ». C'est pourquoi Bonaparte demandait qu'on le laissât faire tranquillement, et le parti parlementaire était paralysé par une double crainte, la crainte de rallumer les troubles révolutionnaires et la crainte de passer lui-même, aux yeux de sa propre classe, aux yeux de la bourgeoisie, pour le fauteur de trouble ».
Marx (Les luttes de classe en France)

Tout va très vite. On n'a même pas le temps de se retourner sur ce qui s'est passé la veille. On se dit que le gouvernement est sans doute en train de calmer le jeu avec ses « généreuses annonces » économiques et avec la décrue du nombre de manifestants samedi, mais ce lundi c'est reparti de plus belle. Il est question de bloquer Rungis... Rungis fait l'objet de barrages filtrants depuis cinq heures du matin. Castaner n'a-t-il pas menacé de nettoyer les ronds points qui ne ressemblent plus qu'à des ZAD, qu'importe ils iront ailleurs. Pourquoi pas bloquer l'Assemblée nationale, les frontières ? Car il faut... sortir de l'Europe...

Le soir BFM nous refait le coup de « l'heure est à la pédagogie »... Ne vous inquiétez pas la France a si besoin de tranquillité qu'on va continuer à vous « expliquer » comme à des enfants de cinq ans. Pourtant les envoyés spéciaux syndicaux du gouvernement en font des tonnes : et les fonctionnaires hein, objecte un bonze CGT, faudrait peut-être penser à eux ? Et les « forces de police » il faudrait penser à leur donner aussi un coup de pouce, tonne un syndicaliste policier !

La surenchère de toutes les catégories n'est-ce pas un moyen d'agacer « l'opinion » qui va penser « ils n'en ont jamais assez, et v'la que les planqués s'y mettent », et sans doute se retouver dans le « ça suffit » de Castaner... On avait fait donner l'hypnothérapeute Jacline Mouraud – profession louche – mais elle n'avait point réussi à hypnotiser les gilets jaunes ; comme le pope Gapone elle peut retourner dans son église et son opinion servile.
Au matin sur LCI, on avait invité le grand ambassadeur de Macron, le petit vieux Cohn Bendit, qui se répandit en louanges sur les flics, rappelant qu'en Mai 68 il avait été pacifique et un bon intermédiaire pour le Préfet de l'époque. Le petit rouquin blanchi s'en prit à un journaliste qui avait osé considérer que « tout est loin d'être réglé » : « Voyons ! Il ne faut pas dire ça ! Il y a tout de même dix milliards sur la table ! ». L'ancien étudiant qui a eu une vie bien remplie de député européen et qui ne veut toujours pas prendre sa retraite de petit courtier de la bourgeoisie, fut sévère pour la nouvelle recette du RIC, préférant défendre la démocratie représentative ; il pontifia :
« Le vrai débat avec les gilets jaunes c'est la démocratie parlementaire, et de l'autre tout ce qui la remet en question. Le RIC c'est un truc très local, comme on l'a vu par exemple à Notre Dame des Landes (sic) et il y avait un débat compliqué sur le périmètre électoral. Il peut y avoir des référendums au niveau des municipalités, en Suisse il y en a trois ou quatre par an. Quant à M. Chouard c'est un grand raconteur de bobards ».

J'étais bien entendu d'accord avec la dernière partie de la réaction de Cohn Bendit, comme vous aviez pu le voir en lisant mon article précédent. Ce RIC est une tartufferie du trio Priscilla-Maxime-Eric qui ont encore fait le show avec cette théorie de la droite profonde qui va de Chouard à Soral1. Pourtant le RIC est une farce du même genre que la « démocratie participative » qui est le fonds de commerce des Cohn-Bendit, Hamon et Mélenchon. Toute cette bouillie est à des années lumières de ce qu'on entend par règne de la démocratie des Conseils ouvriers, mais attention faudra réfléchir avant de leur répondre à tous que nous on est résolument en faveur de « la dictature du prolétariat », si on ne veut pas se faire rire au nez.
Imaginez que je me présente à une assemblée de rue ou sur un plateau de TV : « hé, moi, rien à foutre de votre démocratie indirecte, directe ou participative, je suis pour la dicttaure du prolétariat ». Même les têtes de chiens de lunette arrière, spectateurs des studios me hurleraient : « dégage bolchevique ringard ! ». Il faut expliquer sans redites et sans flonflons comment seule la classe ouvrière peut ouvrir la voie à une véritable démocratie directe. Et il faut le constater une nouvelle fois, il y a dépossession de la théorie du mouvement révolutionnaire. L'exigence d'éligibilité et de révocabilité, depuis la Commune de 1871 et 1917, n'est pas applicable au peuple en général. La classe bourgeoise et les couches intermédiaires petites bourgeoises ne peuvent pas fonctionner sur ces principes. Ils délèguent des représentants d'intérêts fixes, de possédants plus ou moins possédants. Par nature ils délèguent un pouvoir qui reste conservateur.

Quand j'entends tous ces péquenots clamer « on va écrire notre Constitution », j'ai envie de leur dire : allez donc avant tout réviser la grammaire !

LE RIC : BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

Les délégués du poujadisme citoyen
Voulez-vous mourir pour le RIC ? Mourir de rire oui. Les Priscilla et Maxime s'étaient mis en scène au Jeu de Paume et ils ont remis le costume sur les marches de l'Opéra samedi. Une opérette de plus voilant une opération des milieux d'extrême droite et de ces petits patrons de la France profonde si révoltés par les taxes. Le plus drôle lorsque l'on écoute ou que l'on se penche sur l'argumentaire en faveur d'un soi-disant référendum restaurateur de la voix du peuple, est que ces gens en réfèrent à la Suisse sans savoir comment cela fonctionne dans le principal coffre-fort du capitalisme2.
Les référendums « citoyens » sont en général des monstres juridiques qui, outre qu'ils ont pour fonction de nier les classes et à dissoudre l'expression propre de la classe ouvrière, servent d'enfumage à plein de spécialistes et juristes pour qu'on n'y comprenne que pouic. Vous avez pu lire dans la presse l'historique de cette farce de référendum depuis 1789. Il faut en retenir à mon avis qu'il fut une ficelle du boulangisme, cette variété de bonapartisme et de pré-fascisme. Le gaullisme avait fort bien compris lui aussi l'intérêt des référendums pour compléter la mystification parlementaire. La droite profonde avec la smala Le Pen en a repris le flambeau, comme tous les partis populistes européens, lesquels s'appuient sur l'exemple localiste, fédéral et péquenot de la Suisse. Le semi-clochard idéologique Houellebecq s'est mis à son tour à en chanter les vertus supposées.
Or, la potion magique suisse repose sur un système d'Etat fédéraliste pour un pays qui n'est ni une grande puissance ni un Etat garant d'une véritable démocratie. C'est le coffre-fort du capitalisme, c'est une zone où règnent les pires mafias de la drogue et de la finance3. Ce fédéralisme démocratique ne sert que de vitrine, comme le dit très bien un journaliste :

« Cette réalité a servi de formidable argument marketing pour les banques suisses, mais aussi pour les industries et le savoir-faire helvétiques. La démocratie directe n'a donc presque aucun rôle à jouer dans cette pièce. Cette fable est en bonne partie le fait de l'Union Démocratique du Centre (UDC), premier parti helvétique (26% aux élections de 2011). Ce parti populiste a fait de l'initiative populaire son principal outil de campagne, sur un ton franchement brutal (...) Avec son fondateur, le tonitruant milliardaire zurichois Christoph Blocher, l'UDC s'appuye sur un feu roulant d'initiatives sécuritaires et identitaires à un rythme quadri-annuel. Cet état de campagne permanente permet au parti de maintenir la pression sur le gouvernement et d'occuper constament le terrain médiatique. M. Blocher a démissionné début mai du Parlement où il ségeait sans conviction depuis 1979. Il a simplement déclaré qu'il y « gaspillait » son temps. Il prépare désormais pour 2016 un grand projet d'initiative au slogan alléchant : UE-Non ! Son projet, qui est aussi celui de tous les néo-fascistes européens, est très clair : un chef charismatique, un peuple subjugué, et beaucoup d'ordre et de propreté ».

Le journalistes ajoute : « En matière d'ordre et de propreté toutefois, les électeurs suisses sont plutôt habitués à une succession de campagnes de votations aussi ordurières que violentes. Plusieurs multinationales ayant installé leur siège au bord du Léman, lassées par cette constante hystérie, ont décidé de quitter le territoire suisse, occasionnant des pertes nettes d'emplois et de recettes ficales. La votation du 9 février dernier pour supprimer la libre circulation des personnes et rétablir des quotas de travaileurs étrangers, considérée comme une grande victoire de l'UDC et de Christoph Blocher en personne, a été très mal accueillie par les milieux économiques, qui anticipent des conséquences très négatives pour la compétitivité helvétique. Si la Suisse est devenue riche malgré la démocratie directe, il n'est pas exclu que cette même démocratie directe soit une source de quelques déconvenues à venir ».

Cette croyance en la trouvaille d'un référendum « direct » est une simpmlication comme le dit justement Rosenvallon :

« Le populisme est une forme de réponse simplificatrice et perverse à ces difficultés (cf. le désenchantement poltique et les scandales). C'est pour cela qu'on ne peut pas seulement l'appréhender comme un "style" politique, comme certains le disent, en le réduisant à sa dimension démagogique. Comprendre le populisme, c'est mieux comprendre la démocratie avec ses risques de détournement, de confiscation, ses ambiguïtés, son inachèvement aussi. Ne pas se contenter donc d'un rejet pavlovien et automatique pour faire du mot "populisme" un épouvantail qui ne serait pas pensé. La question du populisme est en effet interne à celle de la démocratie.
Et on peut se poser là une question : est-ce que le XXIe siècle n'est pas en train d'être l'âge des populismes comme le XXe siècle avait été celui des totalitarismes ? Est-ce que ça n'est pas la nouvelle pathologie historique de la démocratie qui est en train de se mettre en place ? Avec aussi le danger d'utiliser une notion aux contours pareillement flous. Le populisme présente quelques traits saillants. On peut d'abord dire que la doctrine de l'ensemble des partis concernés repose sur une triple simplification. Une simplification politique et sociologique : considérer le peuple comme un sujet évident, qui est défini simplement par la différence avec les élites. Comme si le peuple était la partie "saine" et unifiée d'une société qui ferait naturellement bloc dès lors que l'on aurait donné congé aux élites cosmopolites et aux oligarchies. Nous vivons certes dans des sociétés qui sont marquées par des inégalités croissantes. Mais l'existence d'une oligarchie, le fait de la sécession des riches ne suffisent pas à faire du peuple une masse unie. Autre simplification : considérer que le système représentatif et la démocratie en général sont structurellement corrompus par les politiciens, et que la seule forme réelle de démocratie serait l'appel au peuple, c'est-à-dire le référendum.
Troisième simplification - et elle n'est pas la moindre -, c'est une simplification dans la conception du lien social. C'est de considérer que ce qui fait la cohésion d'une société, c'est son identité et non pas la qualité interne des rapports sociaux. Une identité qui est toujours définie négativement. A partir d'une stigmatisation de ceux qu'il faut rejeter : les immigrés ou l'islam »4.

Cet apôtre de la gauche bobo dans le déni de la problématique de l'immigration massive5 , en bon sociologue bourgeois quoique passé par l'école du syndicalisme gauchiste, Rosenvallon a raison de souligner la « simplification » « populiste », et qui est en première ligne avec le mouvement des gilets jaunes ; ils n'ont que le mot peuple à la bouche comme si le peuple n'était pas composé de classes sociales conflictuelles, où à la couche moyenne a le plus la bougeote ; si elle est rejetée par la classe bourgeoise, elle s'efforce d'entraîner avec elle la classe ouvrière (sans la nommer puisque le système a décrété que la classe ouvrière ce n'était plus que 6 millions d'ouvriers manuels) ; c'est pourquoi ce mouvement actuel n'est pas une révolution, c'est quand la classe ouvrière entraîne derrière elle les couches petites bourgeoises qu'on est en marche vers une véritable révolution.

Le RIC ne sera qu'une mode, vite jetée à la poubelle par le régime. Le mouvement a déjà réchappé de tant de pièges que celui-ci ne devrait pas faire exception. Il est aussi gonflé à l'hélium des ballons syndicats, pour ballots. Déjà de multiples internautes dénoncent cette nouvelle esbrouffe soluble par le gouvernement. Le fleuve avance toujours cahin-caha. Il lui manque encore cette dimension qui est en lui, pas la référence invraisemblable à la révolution bourgeoise - quoique le RIC soit une très vieille mystification bourgeoise justement -  mais une résonance internationale. Allemagne, Irlande, Portugal, Serbie, Israël, le Canada... 15 pays d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient ont vu fleurir des manifestations couleur jaune fluo sur le modèle français.

Une chose est sûre, toute trêve est devenue impossible. Le mouvement ne cessera qu'au moment de la démission de Macron. Mais il sera peut-être trop tard pour qu'il s'en contente.



NOTES

1On peut se pencher sur l'identité des trois lascars qui font visiblement partie du même clan mais restent silencieux sur leur façon de fonctionner. Priscilla Ludovsky est une entrepreneuse de produits bio. Membre du groupe « Comment transformer sa vie (zero déchets/Fait maison/lifestyle) », elle a également défendu dans un commentaire la récente piétonnisation du coeur de Paris. Elle a également appelé les internautes à ne pas écouter le Conseil national de transition, un groupuscule complotiste ayant appelé le 14 juillet 2015 à faire un « coup d’Etat » et qui tente se de greffer au mouvement. C'est une bobo typique de cette recherche de reconnaissance des petits intermédiaires par l'Etat, et qui n'en finit pas de lister les taxes.
Le jeune routier Eric Drouet a réussi à faire parler de lui dès le départ en lançant l'acte II – ce qui est fabuleux, comme quoi le premier venu peut être une étincelle (beaucoup ont tenté à leur tour sur des thèmes comme l'immigration ou le départ de Macron, mais ça ne marche pas à tous les coups). Il n'a aucune conscience de classe, et n'est qu'un petit opportuniste inculte en histoire, et a déjà vu ses chevilles gonfler. Il a un fil à la patte, il est inculpé pour sédition ; il s'est pris pour un parti subversif à lui seul en appelant à aller envahir l'Elysée.
L'homme à la casquette, Maxime Nicolle est un individu plus trouble. Celui qui se fait appeler « Fly rider » pour faire in, navigue dans l'idéologie du RN et propage des bobards complotistes ; sans mémoire et sans conscience de classe comme le précédent, il navigue à vue mais à présent il roule pour le RIC, idéologie toute prête de ses fans de la droite profonde.
2J'ai d'ailleurs répondu, assez brutalement je le reconnais, ceci sur les réseaux : « « Le RIC ? surtout pas et vous êtes tous ignorants de la constitution bourgeoise suisse qui est un leurre, la représentation directe n'est qu'un joujou démocratique pour faire voter sur des questions accessoires pilotées par le parti populiste majoritaire, car vous voulez tous le RN au pouvoir! « l'opinion » est en général réac car le peuple est une notion facho! »
3Nos ignorants chauffeurs routiers et pétitionnaires en tutu n'ont jamais lu Ziegler. La Suisse lave plus
blanc de Jean Ziegler : « 300 à 500 milliards de dollars, tel est le montant estimé des profits réalisés chaque année sur le marché mondial de la drogue. Principal receleur de l'argent de la mort : le système bancaire suisse, qui n'a pas son pareil pour accueillir et recycler les capitaux internationaux à l'abri des regards indiscrets. Quatorze ans après la publication d'Une Suisse au-dessus de tout soupçon, violent réquisitoire contre l'hypocrisie du secret bancaire et du compte à numéro, Jean Ziegler démonte un à un les rouages du recyclage international de l'argent sale, dont Zurich est aujourd'hui la capitale. A travers des exemples précis, il montre ainsi que des multinationales du crime, disposant de réseaux commerciaux bien implantés, de laboratoires modernes, de milices entraînées par des professionnels, d'établissements bancaires fort accueillants, ont pénétré l'appareil d'Etat lui-même, et juissent, dans "l'Emirat helvétique", d'une protection efficace de la part de certains responsables politiques et judiciaires ».
4Pour ceux qui aiment bien les délires intellectuels de l'élite avec leurs conceptions tarabiscotées et complètement opaques de la dictature bourgeoise : Cet article est publié sur le site Knowledge@HEC
5Qui est un vrai problème pour les « oubliés du système » antiraciste, mais surtout une stratégie des gouvernants du féodalo-capitalisme pour dissoudre toute identité de la classe ouvrière. Lorsquune internaute a ressorti sur le web un article du Figaro du tout début Octobre où Muriel Pénicaud annonçait : « une enveloppe de 15 millions d'euros pour faciliter l'intégration professionnelle des réfugiés. Un appel a été lancé par la ministre du Travail aux organismes d'insertion et de formation qui voudraient s'impliquer. Ces derniers peuvent dès à présent postuler pour bénéficier des aides financières du gouvernement. «4000 ou 5000 réfugiés» d'ici à 2019 sont ciblés par cette mesure »... je ne vous dis pas le tollé !

jeudi 23 mars 2023

LA GILETJAUNISATION DE L'INDIGNATION OUVRIERE

 


« La réussite de l'attaque pourrait s'avérer plus délicate que prévue » Révolution Internationale (Décembre 2022)

« On a gagné la bataille de l'opinion » Besancenot (rédac en chef de BFM ce matin)

« On a un climat explosif et on ne voudrait pas que la situation devienne compliquée, il faudra qu'à un moment donné on se voit. Quand Dussopt m'a téléphoné je lui ai dit : « tu comprends bien que ce n'est pas possible de se voir en ce moment ». Le Berger de la CFDT (sur BFM ce matin)


BAROUD D'HONNEUR OU REGAIN ?

Le bout « du cheminement démocratique » Macron l'a pris dans la gueule ce jeudi 23 mars1, parce qu'il en avait rajouté une couche : « La foule n'a pas de légitimité face au peuple qui s'exprime souverain à travers ses élus » ? Toute la journée on nous a assuré, syndicrates comme Mélenchon et le petit Besancenot (rédacteur en chef de la matinée sur BFM), que c'était une nouvelle ignoble provocation. Nouvelle maladresse ? Certainement pas. Autre formulation de l'autre formule déjà ressassée au cours des mois précédents par le personnel parlementaire ; « ce n'est pas la rue qui gouverne ». L'utilisation du mot foule opposé au peuple, avait tout son sens en prévision de l'organisation de la fin de manif dans un chaos incandescent. Syndicats et Préfecture avaient choisi, de concert, le format idéal pour la casse en fin de manif : l'entonnoir de la place de l'Opéra, très fournie en matériaux de chantier pour la réfection de la façade du monument, tout en laissant les tonnes d'amas de poubelles dans les rues adjacentes. La foule peut être bête, violente et versatile, le peuple lui est généralement soumis et reste une notion inconsistante. Macron se fiche des défilas de rue, même dits majoritaires, il sait compter sur une autre majorité, la majorité silencieuse autrement nommée oupinion poublique. La majorité silencieuse a horreur des « factieux » et des « facétieux » crameurs de poubelles.

Au soir d'un Paris rougeoyant, grâce aux éboueurs en grève et aux pyromanes cagoulés, l'intersyndicale (plutôt emmerdée)2 s'est arrogée un nouvel attribut, inusité jusqu'ici : la catégorie jeunesse ; ce sont de plus en plus des femmes qui sont jetées à la lumière pour le porte parolat, comme ce sera bientôt le cas pour une CGT féminisée : «  Les organisations syndicales et de jeunesse après le succès de la manifestation aujourd'hui appellent à poursuivre le mouvement, par la continuation de luttes de proximité ce weekend, en vue d'une nouvelle manifestation le 28 mars et s'associent en faveur du RIP (Référendum d'initiative partagée) ». Gênés par ces prolongations inattendues les syndicats se montrent néanmoins aptes aussi à gérer le chaos par leurs appels à des actions éloignées les unes des autres, des blocages selon les désidératas des bonzes locaux, et des gesticulations diverses autant qu'incohérentes.

Tout le monde est content, la syndicratie a battu ses records d'affluence et les médias, au soir d'un Paris embrasé, Paris outragé, Paris giletjaunisé, ont accueilli à bras ouverts sur leurs plateaux les journalistes policiers venus dénoncer ces extrémistes « qui veulent renverser l'Etat et tuer des policiers ».

La mobilisation populaire et comprenant des foules immenses est indéniable, l'indignation des masses travailleuses justifiée, mais la situation définie généralement en ce moment comme « crise politique et sociale » est plus complexe et confuse qu'il n'y paraît, et le toxique Macron, trop victimisé ou bouc-émissaire pour qu'on le croit perdu. Notons au passage : heureusement qu'il y a ces débordements spontanés ou organisés par les services de police adéquats, sinon qu'est-ce qu'on se fait chier à regarder passer le carnaval des gilets syndicaux, leurs ballons et leurs slogans gnan-gnan ; on vit les manifestants d'une partie de la déambulation pacifique à Strasbourg marcher en rang ficelée par une corde. Sans doute pour éviter qu'une brebis ne s'échappe.

D'un côté le refus de toute résignation encore soutenu par des syndicats dits unis, voire la certitude d'une victoire, reflète une grande naïveté, dont un petit groupe est aussi le reflet, au risque de n'être qu'une des voitures balais d'un tour de France syndical où une ambiance gilet jaune risque d'emmener la tête du cortège dans une voie de garage, en évitant aux pompiers sociaux de l'Etat de l'enfiler ce gilet jaune, peu reluisant en entreprise. Avec cet optimisme à toute épreuve et cette certitude que la lutte de classes est en train de bondir à un niveau inégalé, le groupe s'extasie le jour de l'occupation de la place de la Concorde, ne notant pas que la clique à Mélenchon avait ouvert le bal ni vu que la place était remplie pour l'essentiel d'étudiants et militants bobos de LFI et du NPA, etc., pas vraiment de chômeurs ni de retraités :

« Face à l’annonce de l’adoption immédiate de la réforme des retraites, la réaction a été fulgurante. Partout en France, la colère a explosé. Dans les centres-villes, travailleurs, retraités, chômeurs, jeunes futurs salariés, nous nous sommes rassemblés par milliers pour crier notre refus d’être exploités jusqu’à 64 ans, dans des conditions de travail insupportables, et pour finir avec une pension de misère. « Éruption », « rage », « embrasement », tels sont les mots de la presse étrangère. Les images de la foule grossissant heure après heure sur la place de la Concorde à Paris ont fait le tour du monde ». (Courant Communiste International | Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! (internationalism.org)

Même un lycéen de 14 ans, qui réfléchit contrairement à nombre d'étudiants gnangnan, avait observé ce cirque à la Concorde comme digne d'un flash mob ridicule avec des bouffons, fils à papa et à tonton Trotski, qui ridiculisent les manifestations d'une colère profonde du prolétariat. Par après les médias font circuler ce qu'ils veulent, même cette amplification exagérée d'une lutte de classe sans tête.

En réalité depuis ce 18 mars, c'est la petite bourgeoisie qui a pris la tête du mouvement pour suppléer aux enterrements syndicaux ratés3. Pas mal d'étudiants fils à papa, dont le niveau politique n'excède pas « tout le monde déteste la police », des paumés d'en bas aussi pour assurer l'indispensable spectacle de la violence dite ultra-gauche, car contrairement aux staliniens d'antan, nos pacifistes syndicrates aiment bien mettre en valeur leur robustesse négociatrice et leur sens de la mesure, par comparaison. Le regain a frôlé ce soir le baroud d'honneur au vu des incendies, du flic assommé par un pavé et traîné au sol par ses collègues comme un vulgaire sac poubelle. La pyromanie des bobos parisiens a presque éteint les phrases provocatrices de l'empereur4. Si Macron a été décrié pour avoir « enjambé la colère », les bobos encagoulés lui permettront désormais d'enjamber vraiment la colère ouvrière.

Cet emballement pour une indignation piégée depuis ses débuts, par le groupe politique en France certainement le plus près de la vérité de la lutte de classes contraste avec la qualité de ses analyses de fond. Analyse lucide des causes de l'attaque sur les retraites et sur les préparatifs de l'Etat bourgeois depuis septembre dernier : « … l'action concertée du gouvernement, des partis de gauche et d'extrême gauche comme des syndicats n'avait pour but que de fragiliser toute unité réelle des divers secteurs où l'Etat apparaissait comme un arbitre. Bref toujours le même piège, pousser à ce que chacun se préoccupe de sa propre situation, tout en mettant uniquement en avant le sort des « catégories » les plus défavorisées face à cette attaque »5 Il reste accroché à sa thèse depuis six mois selon laquelle la combativité du prolétariat en France et en Angleterre signifie que le prolétariat mondial relève la tête. Comme j'aimerais qu'ils aient raison.

QUELS SONT LES BESOINS DE L'ETAT qui ont fondé cette « URGENCE » de s'attaquer eux retraites ?

Personne n'a permis d'y voir clair depuis le début. Les réseaux d'infos de la gauche et extrême gauche bourgeoise (Médiapart, sites trotskiens, etc.) n'affichent comme explication qu'une vendetta pour faire une économie massive sur le dos des retraites, basée sur le besoin de prélèvements obligatoires pour les entreprises, pour favoriser une baisse des coûts de production. En gros un classique, une fallacieuse prétention à « défendre les retraites » pour s'en mettre plein des poches, en droite ligne de l'argutie de la bande à Mélenchon « prendre aux riches pour donner aux pauvres ». Faire travailler plus pour produire plus, faire des économies sur le dos des services publics pour baisser les coûts de production...

Contre ce simplisme on va voir que le problème n'est pas français ni de l'ordre de la simple méchanceté en vue d'appauvrir la population mais néanmoins la classe ouvrière. L’OCDE, qui réunit les principaux pays de la planète et dont la mission est de « promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde », a pris position en faveur de la réforme en demandant au gouvernement de ne pas reculer. L'OBS a fait venir un économiste qui explique la non urgence de la réforme.

« Ce qui est certain, c’est que les marchés financiers s’attendaient à ce que la réforme ait lieu. Juste avant que le gouvernement décide de passer en force, l’idée était que l’absence de réforme aurait posé des questions sur toutes les mesures sociales généreuses prises par la France depuis le Covid, puis la guerre en Ukraine, notamment toutes les mesures d’aides, certaines moins bien ciblées que d’autres. La réforme des retraites était vue comme une assurance sur le sérieux des dépenses de l’Etat : elle permettrait d’économiser de 10 à 14 milliards d’euros de dépenses publiques par an, et cela faisait passer l’ampleur des déficits budgétaires des dernières années, ainsi que ceux encore prévus dans les deux années à venir. J’estime que ce déficit restera supérieur à 5 % du PIB en 2023 et en 2024 ».

Un peu partout c'est le bricolage qui prévaut :

« Conjoncturellement, l’Italie a par exemple préféré distribuer moins d’aides aux ménages face à la crise énergétique. Structurellement, la réforme des retraites en Espagne s’accompagne d’une augmentation des cotisations pour les plus riches. Aujourd’hui, les investisseurs internationaux essaient de comprendre les subtilités du 49.3 et les risques de blocage du pays par les grèves ou une impasse gouvernementale ».

La question posée publiquement est restée « tout ou rien », « noir ou blanc », « touche pas à ma réforme » contre « touche pas à mes avantages », « l'espérance de vie progresse » contre « après 50 ans certains sont au chômage définitif » . Face aux peu crédibles mensonges du gouvernement, il faut concéder aux contestataires immobilistes que même repousser l'âge de départ à la retraite n'est pas une solution. Quand l’Italie a relevé son âge de départ à 67 ans en 2011, cela n’a pas suffi à éviter le choc financier. Le projet de Macron présenté comme souci de justice sociale est vite apparu, malgré tout le blabla pédagogique de ses exécutants comme une loi pour rassurer les milieux financiers.

Mais une fois qu'on a revérifié que l'Etat capitaliste pompe dans tous les secteurs, et maintenant sur celui des retraites, on fait quoi ? On se fixe le but d'empêcher les capitalistes de s'enrichir ? Voire de limiter leur enrichissement, avec la reprise par Macron de la proposition mélenchonesque de limiter les super-profits par l'intéressement ou l'octroi de primes aux employés ? Laurent Berger lui avait parlé le matin face à Appoline de « répartition des richesses dans l'entreprise ».

C'est le CCI qui répond le plus clairement aux raisons de cette attaque brutale : le système est en crise permanente. La logique de gestion du capital n'a plus assez de débouchés à la production capitaliste6. Ses articles ont expliqué pourquoi cette attaque était « nécessaire » pour la bourgeoisie (et non pas un simple complot pour revaloriser gauche et syndicats), qu'elle avait pris du retard par rapport aux autres pays ; enfin qu'il lui faut intensifier l'exploitation de la force de travail pour RENFORCER L'ECONOMIE DE GUERRE.

Toutes les oppositions des droite et gauche bourgeoises à Macron demeurent dans un présent borné, immobilistes, comme le leur a bien dit E.Philippe. Le CCI est d'ailleurs le seul avec la bourgeoisie à parler du futur en fonction du présent – la bourgeoisie pour planifier sa longévité, et eux pour aider la classe ouvrière « à retrouver son identité de classe... quand les rues se rempliront de milliers de manifestants » ! Ce qui est mal barré avec la tournure « gilet-jaune » plaquée sur l'indignation ouvrière !

LE RETOUR DU POUJADISME CITOYEN

« Les gens manifestent en tant que citoyens » (BFM ce jour)

« La question sociale est désormais totalement imbriquée avec la question démocratique » Clémentine Autain (ce jour à BFM)

En quelque sorte, se répartissant la tâche, pôle syndical et pôle mélenchonesque se relaient pour liquider le mouvement d'indignation en « révolte citoyenne ». L'usage du 49.3 a été pain béni pour dissoudre toute identité de classe, et supplanter le mot peuple à celui de classe ouvrière avec des représentants ésotériques et folkloriques comme Sardine Ruisseau, l'apologiste des femmes voilées, Ruffin belles oreilles, plouc d'Amiens et Caron, le défenseur des insectes et de la viande de gazon, avec son brushing de vieux gauchiste monté sur un perchoir.

Le déroulement et la gestion des grèves restant dans le brouillard des réunions en catimini des généraux syndicaux (et réservé à la démoralisation de ceux qui y auront perdu une bonne partie de leur salaire pour des défilés inutiles), tout le monde s'est rabattu sur la programmation des manifs, plus ou moins rapprochées. Une manif il lui faut un contenu et une perspective, sinon elle ne peut pas marcher. Retour à la retraite à 60 ans ou non à celle à 64, ça va un temps, c'est immobile. On n'allait pas, même un jouir de bamboche à Mélenchon crier « A bas l'Etat », ce qui est bon pour les anarchistes pyromanes, ou « Macron démission », sachant que Hitler femme parviendrait alors au pouvoir. Alors on a inventé le combat pour la démocratie. Certes on n'est pas en Corée du nord ou chez les nazislamistes en Iran, mais c'est la HAINE contre l'empereur qui exige qu'on meure presque pour une vraie démocratie ou pour le rétablissement d'une démocratie nouvelle, par ex une sixième. Macron ne veut pas dissoudre, tiens on va te lui coller un référendum.

Or ces trois éléments qui marquent le terme, regain ou baroud comme vous voudrez, d'un mouvement en queue de poisson – violence de rue, démocratie, référendum – étaient les trois exigences du mouvement petit bourgeois dit des gilets jaunes.

Il faut le constater, les traditionnelles planifications d'enterrements syndicaux, et sans risquer la cata d'une rupture d'union (impossible au niveau national d'indignation) sauf à voir des milliers de cartes déchirées, les cliques de la bourgeoisie, celles qui prétendent légiférer et décider au nom et à la place des travailleurs, n'ont rien trouvé de mieux, sans doute à cause des comparaisons et péroraisons des journalistes, de se calquer sur les méthodes gilets jaunes.

J'ai écrit une dizaine d'articles sur ce mouvement, levant même mon chapeau au CCI qui avait compris avant moi la nature petite bourgeoise de ces automobilistes en colère, et je peux citer ce qui suit en résumé de cet épisode, et rédigé alors :

« L'essentiel de la noyade politique du mouvement « contestataire » gilets jaunes incapable en définitive de mettre en cause le capitalisme et de se rallier à la seule classe dangereuse, la classe ouvrière, était déjà orchestrée depuis plusieurs jours sous couvert de la catégorie « jeunes » avec leur embrigadement derrière la protestation écologique soft et infantile. On les avait fait défiler par milliers la veille avec un slogan emprunté aux gilets jaunes « fin du monde et fin de mois difficiles ». La presse se félicitait, tout en exhibant prioritairement les poignées d'individus dispersés sur les Champs et en train de casser, en commentant sans cesse le fait « indéniable » que les « plus pacifiques des gilets jaunes » se soient rendus à la « Marche pour le climat ».

A côté de leurs violences spectaculaires, et ils n'avaient pas eu d'ordures à brûler, mais quelques voitures à renverser et effectué une marche à l'Elysée qui reste encore à nos yeux surréaliste. C'est la pétition « démocratique » mais poujadiste de Priscillia Ludosky, qui avait eu le plus de succès. Je lui avais d'ailleurs écrit une lettre ouverte me moquant de cette démarche démagogique avec le RIC, qui reste un de mes articles des plus lus (par des milliers de personnes). J'y revenais en avril 2020, sans tendresse :

« En décembre 2018, Priscillia Ludowski, Sainte Jeanne des vestes jaunes, avait pétitionné pour une baisse du prix de l'essence, le Président lui avait répondu en personne qu'il n'en serait rien7. La pétition avait reçu 1,2 million de signatures. Missionnaire de la charité écologique poujadiste et de la farce démocratique pour incultes, la petite Priscilla repointe le bout de son nez, espérant encore se faire remarquer, avec en arrière plan une bonification pour sa carrière personnelle soit dans l'industrie, soit en politique. L'en-tête de la pétition a étrangement conservé l'intitulé de l'année de gloire des vestes jaunes : « Pour une baisse des prix du carburant à la pompe », alors que le sujet est carrément hors sujet, vu que le coronavirus, sur ce plan, n'a pas eu besoin depuis début mars de la moindre insurrection en veste jaune pour baisser comme jamais. La pétition ne porte pas de titre, parce qu'elle est confuse, prétentieuse et bourrée de clichés des politiciens écologiques, enfin complètement servile et veule à l'égard des gouvernements existant. Macron sera-t-il encore sensible au clin d'oeil ? »8.



Priscillia tient désormais un petit commerce en province, écolo et bobo, fait partie d'assocs de charité citoyenne, et son seul engagement politique connu avait été son appel à voter Mélenchon. Pas de quoi fouetter un chat.


DES SIMILITUDES CRIANTES... AVEC CETTE HISTOIRE QUI SE REPETE DEUX FOIS !

On est en 2018...

« Paris, 15 h 20 — Il y a tellement de monde à la marche du siècle que la manifestation peine à quitter la place de l’Opéra vers le boulevard des Italiens. Tout est plein, plein, plein, y compris les trottoirs. Il y a un mélange de Gilets jaunes, de pancartes sur le climat, et des drapeaux des Coquelicots, Sud-Solidaires, Attac, la CGT, la France insoumise, EELV. Agir pour l’environnement distribue des pancartes aux manifestants, Oxfam maquille les gens qui le veulent, les paysans de la Confédération paysanne sont là. On ne peut dire encore combien de monde est là, mais certainement plus que prévu. C’est impressionnant.

La nature et la force d'un mouvement ne dépendent pas pour l'essentiel du nombre de ses participants. Depuis trois mois, l'Etat bourgeois - qui a a réagi si violemment, dont la répression a été particulièrement cruelle et perverse (yeux crevés) - n'a cessé d'exhiber des nombres en décroissance. En réalité, malgré la tricherie habituelle du pouvoir, ils étaient fluctuants et le nombre des manifestants en gilets jaunes était secondaire en regard de leur popularité.

Dans sa réponse à l'entrepreneuse Priscilla, Macron qui avait inséminé l'idée de favoriser la création d'un parti jaune, se montre partisan du RIC, supercherie qui implique l'apparition d'un parti jaune. Ses services avaient déjà perçu l'intérêt de cette farce référendaire. Le Figaro rapporte le 19 décembre l'enthousiasme qui s'est emparé des proches collaborateurs du président quand ils ont vu la corde que plusieurs « gilets jaunes libres » tendaient pour se faire pendre en parti « indépendant »: « Tout le monde a le droit d'être candidat, ça s'appelle la démocratie », dirent cœur sur la main les affidés du monarque élyséen.

La « république en marche » n'avait pas hésité à commanditer un sondage à l'institut Ipsos et à le faire volontairement fuiter dans le Journal du Dimanche . Le parti du pouvoir renouvelle encore un sondage de la même manière pour le RIC; les sondages ont du bon parfois et reflète une opinion "de classe", un sondage ifop de novembre indiquait que 62% des français estimait le pouvoir d'achat plus important que la transition énergétique9.

LA FABLE DU RIC

« Les gilets jaunes verront très vite qu'après la comédie des miettes, la fable du RIC n'est qu'une voie de garage politicienne, simili débat centralisé et orchestré par l'Elysée et tous ces prescripteurs de sacrifice écologique la bande des godillots stupides dont on ne veut plus voir la tronche.   

En vérité ce soudain amour pour le RIC n'est qu'un travestissement de ce qui a été la force initiale du mouvement, le refus de déléguer par peur de ne plus contrôler, et aussi cette autre explication : le fouillis des revendications de couches différentes, la petite bourgeoisie avec sa guerre aux taxes faisant passer au second plan les revendications économiques des ouvriers paupérisés.

Comme le poujadisme des années 1950, le giletjaunisme n'a pas de programme. Il n'est qu'un émiettement de revendications décousues après avoir cumulé plusieurs types de réclamations, du référendum chimérique à l'abolition ou diminutions des taxes, puis à l'ajout de revendications pour « plus d'argent » . Il sera resté l'affaire sous-politique de nostalgiques d’un temps où les petits travailleurs indépendants étaient mieux reconnus que le prolétariat ou que les salariés d’un secteur tertiaire « moyen » en devenir »10.

LA GRANDE REVENDICATION DE TOUT CE BEAU MONDE : LE DROIT A LA LIBERTE DEMOCRATIQUE ?

« Quasiment la même revendication creuse d'une démocratie réelle dans le bateau capitaliste après le RIC-hochet de feu les gilets jaunes contre un gouvernement « liberticide ». Avec les mêmes arguties que les antivax le NPA réclame le « jouir sans entraves » avec la petite bourgeoisie commerçante et artistique : «  Avec le « pass vaccinal », la vaccination est maintenant obligatoire pour les loisirs, les restaurants et cafés, les transports interrégionaux… Un test négatif reste obligatoire pour l’accès aux établissements de santé, alors que ces tests restent non remboursés pour les non-vaccinéEs. Ces mesures isolent et discriminent celles et ceux qui ne se vaccinent pas, la plupart du temps en raison de difficultés d’accès ou par méfiance vis-à-vis des politiques de santé ».

Les divers mouvements de protestation de ces dernières années ont tous en commun une haine de l'Etat, ce qui ne serait pas grave en soi, ni révolutionnaire, mais en premier lieu haine pathologique de toute centralisation ; théorie mère du libertarisme individualiste qui régit désormais le monde entier, et pas seulement le bourbier des réseaux sociaux : je fais ce que je veux, comme je veux et personne n'a à me dicter ma conduite, je peux cracher, tuer, violer, égorger si je me prends pour Allah ou Napoléon, etc. La décomposition fantasmée par Houellebecq n'est plus du seul domaine de son imaginaire célinien, ni le seul credo d'un groupe politique tel le CCI.

Et surtout caca sur le gâteau, on réclame « la démocratie » ! A faire retourner dans sa tombe Christopher Lasch ! Les Gilets jaunes c'était déjà le même genre de litanie. Mes articles (une dizaine), qui en ont étudié les différentes étapes, étaient lus par 1000 à 4000 lecteurs. Je ne me fais qu'un reproche, celui d'avoir sous-estimé l'analyse du CCI qui expliquait le néant et le charivari impuissant des gilets jaunes comme une conséquence des défaites successives de la classe ouvrière. Je rejoins maintenant ce point de vue, mais indirectement : la situation de confusion est due au fait de l'absence du poids du prolétariat dans la période actuelle – en lien non avec l'échec cyclique d'une « généralisation des grèves » mais à une désagrégation de sa composition (voir à la fin) - laissant l'animation (si je puis dire) de la rue à une noria de couches petits bourgeoisies suivistes et inconsistantes et à diverses sectes fachos ou communautaristes mécontentes et sans projet d'avenir ».

VOULEZ-VOUS RIPER AVEC LE RIP ?


Voilà, sachant tout sur le RIC vous serez incollable sur le RIP ! En espérant que vous pétitionnerez pendant de longs mois ou que, se remémorant son attirance pour le RIC, l'empereur et ses affidés, s'emparent de la chose, en prenant par exemple Mélenchon non comme premier ministre mais comme bateleur de foire d'une consultation populaire, inodore et soluble dans la démocratie irremplaçable et inégalée.

M'étonnerait que le RIP ait plus de succès que le RIC, les prolétaires ne sont pas des cons.


A SIGNALER ici l'article le plus complet et pertinent rédigé en France sur la lutte contre la réforme, pas sur le site du CCI mais ...de LO: Réforme des retraites : vers un réveil de la combativité ouvrière ? | Le mensuel (lutte-ouvriere.org)


NOTES

1Journée anniversaire pour moi, 44 ans après. Le 23 mars 1979, un individu porteur d'un porte-voix était juché en haut d'un lampadaire face à l'Opéra pour faire une déclaration au nom du CCI aux ouvriers sidérurgiques venus manifester au même endroit, mais du fait d'une soudaine charge policière mettant en fuite à ses pieds des centaines d' « autonomes »... j'avais dû redescendre en vitesse de mon pylône pour mettre à l'abri le matériel et mon crâne. Un membre du SO CGT s'était collé à moi menaçant, je lui avais dit « vazy ! » mais il avait reculé sentant ma coquille de karaté.

2Echo du Figaro : « Plusieurs freins laissaient toutefois planer un doute sur une telle annonce. D'une part les cadres de la CGT seront la semaine prochaine réunis à Clermont-Ferrand pour leur 53ème congrès. D'autre part, cette dixième journée s'apparente à un pari risqué. «Faut-il prendre le risque de finir sur un sentiment d'essoufflement ? », se demande ainsi un militant.Néanmoins, par conviction ou par intérêt, plusieurs centrales justifiaient aussi la poursuite du mouvement par la colère accumulée. «Nous sommes le pôle stabilité », expliquait à l'avant du cortège Dominique Corona, de l'Unsa. «Si on dit demain aux gens de rentrer, ils ne rentreront pas », défend pour sa part Benoit Teste de la FSU. Quelques jours plus tôt, Laurent Berger était même allé plus loin en estimant que le pire serait que l'intersyndicale se retire et dise au gouvernement : «Débrouillez-vous avec cette colère ». Ce matin sur BFM : « On a toujours dit que la situation était explosive, on n'a pas été écouté et on ne maîtrise pas tout. Au moment où ça passe à la colère, c'est plus compliqué mais je condamne les violences ».

3Personne n'analyse vraiment les fluctuations de cette couche qui n'est pas vraiment une classe, qui marchande souvent pourtant ses services à la bourgeoisie ou qui est son délégué dans les situations à risques. Les écolos ont pris en otage Hollande pour bousiller le parc nucléaire français, comme Mélenchon sert d'épouvantail faire valoir de Macron, etc. LFI et NAP¨sont plutôt des partis petits bourgeois dans l'escarcelle de la bourgeoisie.

4Les images des télévisions sont strictement de la pure manipulation dans le cadrage, la façon de filmer, la fixation sur les CRS seulement dans leur situation de victimes, ou par ex, cette scène qui m'a choqué moi-même. Dans une rue envahie par des détritus enflammés, un bobo barbu avec catogan refuse d'obtempérer sur le trottoir à la demande d'un groupe de CRS qui restent courtois, il leur tient tête, ne bouge pas de son vélo. Je me disais « putain dans le temps il se serait pris un coup de matraque mérité ». Mais maintenant faut rien faire, le CRS de base doit se laisser cracher dessus et insulter des heures durant, sinon il risque sa place. Idem si tu cognes un type qui eut piquer ton portable, c'est toi qui va en GAV. Que la caméra de la TV ait filmé cela obéissait au même but que les gros plans sur les feux de poubelle géants, à destination de la majorité encore silencieuse.

5Comment résister aux attaques et développer le combat ? In Révolution Internationale n°496.

6Cf. Réforme des retraites : gouvernement et syndicats complices pour faire passer l'attaque. R.I. N°335, 2003.

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10Mardi 4 janvier 2022

POURQUOI CES CORTEGES INCESSANTS DE FOULES IMBECILES ?


avec mon ami Voltuan Pancarte janvier 2019