"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 19 septembre 2026

LES ADIEUX DU GÉNÉRAL MACRON: le passage de témoin militariste



"Quoiqu'il en coûte...en vies humaines"

Jupiter a réuni à l’Élysée tous les requins aspirant à lui succéder dans les mêmes fonctions de baratineur du peuple pour leur présenter confidentiellement (hi hi) l’état de la menace liée à la guerre hybride menée par la Russie contre l’Europe et la France. Parce que des sabotages et accidents suspects se multiplient en Europe: sabotage coordonné de voies ferrées aux Pays-Bas, déraillement d’un train entre Caen et Rouen (44 blessés), incendies simultanés près d’un site militaire à Sorgues, attaques de drones en Allemagne et en Lituanie. Macron a assuré que la nature de l’agressivité russe change : les actions visent désormais des cibles pouvant toucher des civils (on s'attendait à ce qu'il nous le révèle). Tous les participants ont été convaincus, sauf Fabien Roussel (PCF), qui dit « n’avoir rien appris de particulier ». Macron n’attribue pas cependant publiquement les nouveaux incidents à la Russie, contrairement à certains pays de l’Est. Il veut éviter une escalade tout en prétendant renforcer la protection des infrastructures nationales. Il laisse sous-entendre que concernant le prix du pétrole, tout est de la faute du détroit d'Ormuz, mais n'ose pas faire la pub de la voiture électrique. Il a annoncé :un plan de protection des infrastructures sensibles, et un possible recours au régime d’état d’alerte de sécurité nationale, avec promotion militariste à la clé. Il est resté énigmatique sur la nature du soutien réel des pays européens à la bourgeoisie ukrainienne, en particulier sur l’implication d’industriels français (ex. Safran dans le missile Flamingo), les drones abattus par l'OTAN

Macron a ainsi posé au lanceur d'alerte face aux divers requins politiques sur une soi-disant intensification des actions hybrides russes, de plus en plus dangereuses pour les civils, et prépare la France à une possible escalade en Europe. Pour le peu de temps qu'il lui reste à se prendre pour le maréchal de France.

MACRON NE VEUT PAS REARMER POUR DEFENDRE LA FRANCE MAIS FAIRE DES AFFAIRES AVEC LA BOURGEOISIE UKRAINIENNE

Macron réarme la France non pour la défense, mais pour l’intégration dans la logique de guerre des blocs impérialistes. Laquelle logique suppose l'augmentation des stocks d’artillerie, la relance de la production de munitions, la réorganisation de l’industrie de défense, et un discours sur “l’économie de guerre”. Macron avait déjà explicitement parlé d’“économie de guerre” en 2022 et 2023. Discours qui signifie: réquisition possible des entreprises (comme c'est le cas en Ukraine), accélération des chaînes de production, commandes massives d’armement, priorité donnée aux industries militaires.

En clair, l’État se propose de réorganiser le capitalisme autour de la production militaire, comme en 1914 ou 1939. Ce n’est pas une politique de paix : c’est une politique de préparation structurelle à un conflit prolongé. Laquelle est déjà en cours: livraison de canons Caesar, missiles SCALP, formation de soldats ukrainiens, discours sur “ne rien exclure”. Et surtout : Il prépare l’opinion à l’idée d’un conflit direct avec la Russie, même si ce n’est pas la position officielle.

Pourquoi cette militarisation ? Globalement, le capitalisme est en crise, la France n'est pas la seule concernée par l'effondrement industriel, tous les impérialismes sont à la recherche d'un nouvel "espace vital", conquête de nouveaux territoires ou marchandages terroristes sans fin comme dans le cas de l'État colon d'Israël. Macron a demandé en 2022 et 2023 que la France passe à une “économie de guerre” en tant que priorité nationale. La Loi de programmation militaire 2024-2030 a été un tournant, votée sous Macron par toutes les mafias nationales, elle prévoit 413 milliards d’euros pour les armées que les retraités auront du mal à financer. C’est la plus forte hausse depuis les années 1960. Elle inclut :une relance de la production de munitions, la modernisation nucléaire (SNLE 3G, missiles M51), des drones MALE (sic), des satellites militaires, etc. Macron a personnellement négocié ou soutenu des ventes majeures de Rafale à l’Inde, l’Égypte, la Grèce, les Émirats, etc. Les voyages diplomatiques incluent systématiquement : des discussions sur les contrats d’armement, des rencontres avec les industriels, des accords de coopération militaire. La diplomatie française est devenue une diplomatie d’armement.

MACRON FAIT MINE D'IGNORER LE REFUS D'EMBRIGADEMENT DES POPULATIONS

En Ukraine, la bourgeoisie militarisée derrière son clown Zelensky généralise une mobilisation forcée, rafle les jeunes dans la rue. En Russie, Poutine repousse une mobilisation des Russes de souche mais rafle prisonniers et migrants, tout en faisant venir de la chair à canon de Corée du Nord ou d'Afrique. Macron sait tout cela, c'est pourquoi il milite pour une conscription déguisée avec quatre mesures: le Service National Universel (SNU), les réserves dites opérationnelles, les réserves "citoyennes", et les formations militaires dans les lycées.

La guerre moderne reste une guerre capitaliste criminelle, et Macron prépare la France à y participer, sachant cyniquement que la technologie ne remplace pas les corps humains, que tous les États réarment massivement, que les classes populaires et surtout le prolétariat devront être les premières mobilisées, et que sa classe d'appartenance et ses généraux se préparent à un conflit, dit pieusement de "haute intensité".

Un parallèle historique vient mettre Macron en pleine déconfiture. Une comparaison entre cette France 2024 /et l'Europe 1912 va nous éclairer sur tout ce qui freine ou décrédibilise tous les petits Macron de l'Europe actuelle. On peut et on doit soupeser, prévoir, indiquer concrètement les possibilités de combats, pas seulement économiques, des masses prolétariennes aujourd'hui. Je préfère parler de prolétariat, qui est plus explicite pour les masses modernes que classe ouvrière ; dans mon livre de 2008, je rappelle que dans le Manifeste, Marx utilise 48 fois le terme prolétariat et une dizaine de fois classe ouvrière. Ce travail d'approfondissement politique n'est pas fait par les petits groupes maximalistes qui préfèrent radoter leurs généralités1.

Les deux moments historiques présentent des ressemblances structurelles : montée des tensions internationales, réarmement massif, crise sociale interne, et un État qui se militarise pour compenser son affaiblissement économique. Mais les différences sont tout aussi importantes : absence de conscription de masse, sociétés moins nationalistes, et capacités industrielles insuffisantes pour une guerre totale en 2026.

France 2026 : militarisation d’un État faible en crise. Selon l’analyse du Diplomate (2025), la France est devenue le laboratoire avancé du réarmement européen, avec un budget militaire en hausse de 6,7 milliards € pour 2026, dans un contexte où l’État français est sous pression, réarmement massif sous impulsion de l’OTAN, tensions budgétaires dont les retraites sont montrées comme la principale cause, ce qui n'est pas tout à fait faux (cf. mon article: la retraite, ce serpent de mer insoluble du 23 octobre 2025), une crise politique profonde avec une présidentielle délirante. Cette bourgeoisie française qui veut réarmer drastiquement en couvrant le pays de nouvelles taxes, d'impôts avec l'explosion des prix de l'essence, va finir par être incapable de maîtriser les insurrections sociales et politiques à venir. Et ce n'est pas fait pour nous choquer que la guerre ou sa préparation favorise souvent des révolutions ; ce fut vrai aussi en 1789 quand l'Etat royaliste était surrendetté.

Dans l'Europe de 1912, on assista irrémédiablement à une course à la guerre dans un monde impérialiste récemment constitué. Les années 1910 sont marquées par les rivalités impériales (Royaume-Uni vs Allemagne, une course à l’armement ; des alliances rigides, une multiplication des crises régionales ; une montée générale du nationalisme). L’Europe de 1912 était donc un continent prêt pour une guerre totale. Si on compare avec notre époque en 2026, on peut trouver des points communs. Les tensions géopolitiques croissantes:

  • 1912 : Balkans, rivalités impériales, alliances explosives.

  • 2026 : Ukraine, OTAN vs Russie, Chine vs États-Unis, Moyen-Orient.

Course à l’armement

  • 1912 : dreadnoughts, artillerie lourde, mobilisation industrielle.

  • 2026 : drones, missiles, cyber, réarmement européen.

Crises internes

  • 1912 : conflits sociaux, montée du socialisme, grèves massives.

  • 2026 : inflation, crise sociale, tensions politiques, problème des retraites.

Les États issus du 19ᵉ siècle, sont en quête de puissance. Dans les deux périodes, l’État militarise pour compenser ses fragilités internes. On tombe surtout sur des différences majeures:

Pas de conscription de masse en 2026

1912 : millions de soldats mobilisables immédiatement.

2026 : armées professionnelles, réserves limitées, difficultés de recrutement ., indifférence aux termes patriotiques.



1912 : nationalisme de masse, patriotisme agressif. 2026 : scepticisme, divisions, faible mobilisation populaire. 2026: pas vraiment une montée générale des nationalismes;

Absence d’alliances rigides

1912 : Triple Alliance / Triple Entente → engrenage automatique.

2026 : OTAN, mais avec des marges de manœuvre politiques réduites comme la santé mentale de Trump.

La militarisation de 2026 espère surfer sur une classe ouvrière inorganisée et absente de toute lutte contre les guerres. On peut déplorer une lutte des classes désorganisée, un travail fragmenté (plateformes, intérim, logistique, une conscience de classe éclatée), une colère diffuse mais non structurée. des mobilisations sporadiques à dominante interclassiste (Gilets jaunes, retraites).

La crise sociale de fond est plus grave qu'en 1912 ! méfiance envers les élites, perte d'influence des mafias syndicales, crises politiques à répétition, perte de contrôle social et juridique de l'État. La classe ouvrière de 1912 était concentrée ; celle de 2026 est certes dispersée mais comme l'eau qui dort. En 1912, la concentration de classe dans le maillon faible russe a ébranlé le système mondial et mené à l'interruption de la guerre mondiale. Les partis de gauche et les syndicats ont trahi. En 2026, les masses savent que tous ces organismes sont devenus des traîtres professionnels.

La révolution russe de 1917 n’est pas due strictement aux grèves, ni à une « imbécilité syndicaliste ». Elle est le résultat d’une combinaison explosive : effondrement militaire, famine, colère populaire, mobilisation politique, révolte des femmes, mutineries de soldats, et paralysie du régime tsariste.

1917 = grèves + famine + guerre + révolte des femmes + mutineries + conscience politique. Aucun facteur seul n’aurait suffi. Les grèves sont un élément déclencheur, pas la cause unique. Les grèves de février 1917 (notamment à l’usine Poutilov) ont été massives, mais elles n’étaient pas seulement économiques. Elles portaient sur le pain, la paix, la chute du tsar, même si tous les ouvriers n'avaient pas une conscience révolutionnaire. Les manifestations des femmes de soldats sont déterminantes.

Le 23 février (8 mars dans notre calendrier), des dizaines de milliers de femmes manifestent pour :le pain, la fin de la guerre, le retour des maris du front. Elles entraînent les ouvriers, puis les soldats. La guerre est l'étincelle majeure qui aggrave la misère, tue massivement ("ce régime nous tue") et finit par discréditer le pouvoir étatique du tsar. Les mutineries mènent à l'insurrection et au démantèlement de l'appareil d'Etat. Sans l'action des soldats, les ouvriers auraient été vaincus. L'extension de la révolution n'est pas l'extension des grèves mais l'occupation des rues, le blocage des ponts,, la prise des gares. La révolution est un mouvement social total, pas une simple histoire de grèves généralisées (à la 68).

La comparaison a ses limites. Il n'y a pas eu que les grèves en Russie mais des manifestations massives puis armées. Aujourd'hui, même sans usines centrales importantes, les masses de prolétaires, du fait des moyens techniques décuplés, des réseaux, d'une rapidité de l'information couplée avec l'expansion de la misère, c'est un prolétariat moderne dangereux, certes pas majoritairement composé d'ouvriers manuels, mais qui peut encore mieux se lever en masse dans les villes, les quartiers. Avec une capacité de paralysie du système et de rayonnement bien plus étendue que n'ont pu l'atteindre les mouvements révolutionnaires en Allemagne et en Russie.

J'ose même avancer qu'on peut s'attendre à bien pire que l'assassinat d'un archiduc, mais à l'explosion d'une bombe nucléaire, pas forcément russe, qui soulèverait l'indignation de l'humanité entière, pouvant déboucher sur des réactions massives spontanées un peu partout, avec des coordinations politiques résolues et intraitables.

EN VÉRITÉ MACRON N'EST QUE LE VRP EN FAILLITE DU COMPLEXE MILITARO-INDUSTRIEL FACE A UN PROLÉTARIAT QUI S'EN FOUT.

A la suite de sa dramatisation militaire, Macron est suivi par tous les médias qui se déchaînent pour mettre en garde, convaincre, bourrer le crâne sur la voloté poutinienne de...détruire l'Europe. C'est justifier l'acculement du capitalisme français – alors qu'on assure que c'est le cas du capitalisme russe seulement – à recourir à l'armement à outrance.

Depuis 2017, Macron a renforcé les liens entre l’État et les grands groupes d’armement français :?Dassault Aviation (Rafale) Thales (radars, électronique militaire) Safran (moteurs, drones) Naval Group (sous-marins, frégates) MBDA (missiles). C'est-à dire  les piliers du complexe militaro-industriel français. Macron a systématiquement augmenté leurs commandes, facilité leurs exportations principalement vers l'Ukraine au nom de la défense d'une Europe perpétuellement imaginée comme à la veille d'une invasion russe; de plus les patrons de l'industrie d'armement sont étroitement associés aux consultations stratégiques.

Pourquoi Macron mise autant sur l’armement ? Plusieurs facteurs structurels (non idéologiques) expliquent cette orientation : le déclin industriel. La France a perdu 40 % de son industrie depuis 1980, des secteurs entiers (automobile, électronique, chimie). L’armement reste un des rares secteurs exportateurs, et technologiquement avancés, mais il est improductif, donc une perte au final qui ne peut aucunement remettre sur pied une industrie française irrémédiablement improductive face à la Chine, entre autres. Pire, l'État devient l'otage du complexe militaro-industriel, la recherche est priorisée pourb cette mafia de l'armement et le retour à une économie civile de plus en plus improbable.

Plus scandaleux et minimisé, voire sciemment ignoré par les médias, est l'utilisation de "l'argent public", c'est à dire le fric récolté par l'État capitaliste démocratique, y inclus la fameuse dette. Cette dette est vouée à participer à "l'effort de guerre" - et surtout, soit dit en passant, est la cause en grande partie de cette catin. C'est pourquoi démultiplier les profits du militarisme impose de taper sur les retraités au nom d'une solidarité interclassiste… patriotique et niaise.

Une autre cause majeure de l'endettement a été l'achat de la paix sociale de Mitterrand à Macron, par peur de la classe ouvrière, des largesses qui plombent les budgets de l'Etat jusqu'à aujourd'hui, idée pourtant controversée sur laquelle je reviendrai, et sur le fameux "quoiqu'il en coûte".

Pour l'heure, hors de toute culpabilité sur les causes de la dette, le deal est simple, sous l'agitation contre l'ours russe, Macron donne notre argent à la bourgeoisie ukrainienne, qu'elle nous rend pour enrichir nos industries d'armement de mort. Et plus dérisoire et ridicule, sous prétexte de défendre une démocratie occidentale tigre de papier. Bien sûr cette industrie de la mort assure des milliers d'emplois (non productifs) mais il se confirme qu'il n'y a pas de partage des richesses, comme s'en plaint la gauche populo-nationaliste, qui les (ces richesses) les partagerait entre ses différentes mafias une fois au pouvoir, avec le drapeau tricolore des foules imbéciles qui ovationnent le guru national-populiste Mélenchon.







1Le CCI en particulier qui clôt tous ses articles avec ce type de considération généraliste : "Cette guerre ne correspond en rien aux intérêts de la classe ouvrière de quelque région que ce soit. Si elle ne peut rester indifférente face aux balles et aux bombes et se sent solidaire de toutes ces victimes, la classe ouvrière n’a pas à prendre parti dans tous ces conflits, mais doit clairement dénoncer tous les camps impérialistes impliqués. Sa solidarité, elle doit l’exprimer dans son combat contre la classe exploiteuse des capitalistes et dans le développement de sa lutte à travers le monde contre toutes les mystifications nationalistes, en défendant plus particulièrement l’internationalisme prolétarien". Ils utilisent eux aussi largement cette notion increvable de...rire: le pouvoir d'achat! Les prolétaires n'ont aucun pouvoir sinon celui de dépenser pour leurs besoins vitaux.

dimanche 13 septembre 2026

LES ÉTUDIANTS FONT-ILS PARTIE DE LA CLASSE OUVRIÈRE ?



Le thème de la réunion publique du groupe Courant Communiste Internationale (CCI) avait pour thème ce samedi : "Le mouvement contre le Contrat Première Embauche (CPE) en France: une riche expérience pour les luttes futures" (en 2006).


En venant à cette réunion à Paris, je me posais la question de l'utilité d'un tel sujet, à l'heure où des questions brûlantes occupaient le devant de l'actualité. Un groupe qui se dit révolutionnaire doit pouvoir à tout moment, si l'heure est grave, prendre la décision de changer de sujet. À leur décharge, on dira que l'actualité ronronne et radote sur les guerres en cours et que la dramatisation autour de la victoire électorale de l'AFD en Allemagne n'a tenu que trois jours. Donc pourquoi pas analyser le phénomène étudiant, qui est inclassable historiquement, qui n'est pas une classe donc mais une situation intermédiaire. Une analyse historique réelle et cadrée fit défaut pendant l'ensemble de la réunion.

Leurs réunions publiques sont, il faut le répéter, un lieu de complète liberté politique et un lieu d'écoute politique rare sans préjugés, où on ne cherche pas à vous bourrer le crâne, même avec l'affirmation de leur position. Le débat, après un exposé lu comme un tract, hélas, vira surtout à la polémique avec des représentants des deux groupes, bordiguiste et dameniste. Il se fixa sur les interprétations de chacun sur cette révolte étudiante passée mais victorieuse et soutenue par la classe ouvrière, tout au moins mentalement quand les syndicats se chargèrent de la circonscrire puis d'en noyer les leçons.

La salle était composée surtout de jeunes gens, ce qui est plutôt réconfortant dans le marasme politique bourgeois actuel; la jeunesse n'a cependant pas toutes les qualités, et, comme le leur fit remarquer le dinosaure Galar, malgré un bon niveau de discussion, celle-ci était à un étage plus bas que celles d'antan, et les discours avaient l'aspect d'un disque rayé.

Je n'étais pas chargé de faire un compte-rendu. Des propos très intéressants et réfléchis ont été tenus. Permettez que je vous fournisse ici ma propre intervention, quelque peu étoffée pour mieux me faire comprendre.


"Un jeune étudiant de 17 ans, que j'avais invité à venir à votre réunion – il est intéressé par vos positions politiques – m'a coupé la parole après l'annonce de votre sujet : "Enfin Jean-Louis, pour intéressante que fut la lutte pour le CPE, elle n'a pas eu l'ampleur historique de mai 68 !" Ce tout jeune étudiant n'a pas pu venir car il doit travailler le weekend...pour payer ses études.

La question étudiante à toujours posé des problèmes pour en apprécier la place et le rôle en politique. Herbert Marcuse s'était hasardé à les qualifier de nouvelle classe révolutionnaire? On ne peut cacher que le premier noyau révolutionnaire en 1902, ultérieurement bolchevique, était composé d'étudiants. Ni nous plus que ce n'était le cas des fondateurs de Révolution Internationale à Toulouse en 1968, qui ont accompli un travail remarquable au sein des comités étudiants-ouvriers là-bas (cf. Le mémoire de Michel Roger, republié sur ce blog).

Au début du XXᵉ siècle, encore si proche et détonant, le jeune Trotsky remarqua un jour: "nos étudiants singent la grève des ouvriers". Mais en gros, les étudiants, en France, restèrent en majorité "fachos" jusqu'en 1945. Après c'est le boom incontestable où ils resteront en majorité de gauche. Ils sont 600 000 en 1968, 3 millions aujourd'hui. Presque une classe sociale!

Mon ex-amante Lia Copilot m'a par ailleurs lancé une pique, à moi qui avais tendance à les considérer tous comme de simples bobos: "Attention, Jean-Louis !" On ne peut plus essentialiser l'étudiant comme petit-bourgeois!"

Sujet aux moqueries des luxemburgistes, Lénine ne faisait donc pas reposer sa réflexion sur du sable, en déclarant que la conscience était apportée de l'extérieur aux ouvriers. Puis en revenant sur cette réflexion car les voies de la conscience de classe sont un peu impénétrables. Pour le CCI, cent ans après c'est très simple. Il suffit d'assurer que les étudiants font partie de la classe ouvrière. Et le tour est joué., en particulier avec ce commentaire fantaisiste de leur tract sur la grève à Airbus en référence ouvriériste au CPE : "les étudiants (en réalité de futurs ouvriers)" quand la plupart sont retournés à leurs chères études pour devenir petits chefs ou profs. On peut leur concéder que ce n'est pas entièrement faux de nos jours de constater une "ouvriérisation" accélérée, mais je préfère le terme prolétarisation. En effet, à côté des grandes écoles privées réservées à la reproduction bourgeoise, une immense majorité sera de toute façon prolétarisée. Bac + 4 vaut autant que le BEPC il y a un demi-siècle, et encore si vous trouvez autre chose que livreur de pizza, que vous pouvez payer un loyer, vous nourrir, etc.

Une aile de la bourgeoisie des années 1930, petite bourgeoisie irresponsable à ses débuts, a compris avant toutes les autres l'importance de recruter et d'encadrer les étudiants: le nazisme. Le nazisme à ses débuts a des aspects "insoumis", le parti fonctionne sans centralisation ni cotisations et a fini par devenir un modèle pour nos partis bourgeois de gauche et de droite en France maintenant (cf. un de mes articles antérieurs). Heidegger, le grand philosophe ambigu, fut un fidèle serviteur universitaire du nazisme et celui qui insista sur la nécessité de se préoccuper des étudiants, exaltant le travail mais pas le socialisme. J'ai donc lu cet extrait:

"...l'essence du travail détermine l'existence des Allemands, et, sans doute, l'existence de l'homme sur la terre en général. Notre existence commence à se transformer en une forme d'être. L'État national-socialiste est l'État du travail parce que le nouvel étudiant se sait chargé de faire aboutir l'exigence politique du savoir. C'est pourquoi il est "travailleur" et ses études s'appellent aujourd'hui développement de la volonté afin de consolider ce savoir du peuple en vertu duquel il va être un être historique dans son État. Après une décennie peut-être, peut-être après une génération, ce nouveau type d'étudiant dominera l'université. Alors cet étudiant aura pris la relève et constituera le Front du travail des nouveaux enseignants". (cf. Heidegger et le nazisme de Victor Farias ed Verdier, 1987, p. 160).

Je ne vois pas les étudiants actuels se destiner à un front du travail quelconque, pas seulement parce que de plus en plus ont la haine du travail, ni ne se sentent membres de la classe d'en bas – allez donc dire à un employé qu'il est prolétaire et il vous rira au nez ! L'enfoncement dans la crise et la généralisation de "La misère en milieu étudiant" (sic) se chargeront de les prolétariser malgré ce qu'ils croient rester.

Mais c'est un fait que l'informatisation accélérée du capitalisme a réduit et continue à diminuer l'importance du travail manuel, où l'ex-étudiant ne développera pas une conscience de classe comme l'ouvrier fordiste. Ceci avait été décrit par les sociologues Baudelot et Establet en 1974 (ed Maspéro). La généralisation du salariat n'est pas en soi une prolétarisation: "Tous les salariés ne sont pas des prolétaires (...) un grand nombre de petits bourgeois sont des salariés. C'est un fait, le salariat s'étend: plus des trois quarts des actifs sont aujourd'hui des salariés (sauf qu'aujourd'hui il y a 1,6 retraité pour un actif et que la gauche et les syndicats font croire à la lune retraitable). JLR)

Galar a eu raison d'attirer l'attention sur le fait que l'État français, et ce depuis 1945, est un Etat faible. Et qui fonctionne avec du retard, continuant à développer la masse des cadres (qu'il va licencier massivement demain), laquelle signifie que "plus les salaires ouvriers sont bas, plus la hiérarchie se creuse" (cf. Baudelot et Establet, p. 183). Et plus cette petite-bourgeoisie salariée se sentira étrangère à l'union de classe.

C'est l'éclat de mai 68 qui vient déniaiser les poncifs sur le monde étudiant. Et d'une façon totalement surprenante: on trouve dans les manifestations et assemblées même des fils et filles des grands bourgeois. On se fiche des origines familiales. L'étudiant ne veut plus étudier au service du système et il va porter la bonne parole au monde ouvrier cornaqué encore par les mafias syndicales sur les lieux de travail; par milliers les ouvriers se rendent pourtant aux barricades, défilent avec des slogans politiques au milieu des étudiants. L'événement apparaît fugace au niveau de l'histoire, mais il reste gravé.

Votre fixation sur le mouvement contre le CPE, vous a été justement reprochée par le militant bordiguiste. Et c'est au 13 mai 1968 que j'ai pensé en venant à votre réunion, moment de bascule principal. Pourquoi ? Parce qu'il est antérieur au CPE et que le mouvement a opéré une coupure avec la mafia de l'UNEF, comme vos militants l'ont bien souligné. Et 68, ce n'est pas un événement au demeurant corporatif ou limité aux étudiants. Au début de mai, cela m'emmerde, je n'y comprends rien; j'avais envie d'adhérer au PCF, envie vite réfrénée lorsque ce pauvre Georges Marchais a dénoncé l'anarchiste "allemand" Cohn-Bendit, avec un arrière-fond antisémite comme Mélenchon aujourd'hui.

Permettez une anecdote. Vous avez ici dans cette salle deux dinosaures, derniers témoins de ce 13 mai, Galar et moi. Il existe une photo place Denfert-Rochereau qui illustre le moment de la désobéissance aux syndicats. Ceux-ci voulaient dissoudre à cet endroit. Les étudiants ont répondu "la lutte continue". Cohn-Bendit est juché sur le lion de Belfort, et en bas on aperçoit notre ami Galar. La manif s'ébranle et va aller jusqu'au Champ de Mars. Mais la nuit est tombée. Je vais vous faire une révélation. Pour une unique fois dans l'histoire, une manif est dissoute, éteinte par un disjoncteur. J'ai lu tous les livres sur mai 68, mais aucun ne relate cet épisode. J'avais couru chez mes parents, non loin de là, chercher mon Kodak. Lorsque je reviens au coin du ministère de la marine, c'est le noir complet, le Préfet a ordonné d'éteindre tous les réverbères. Ma photo n'a imprimé que du noir avec en coin un CRS l'arme au pied. L'AG géante est anéantie. Rentrez chez vous, y a plus rien à voir. Attention, le pire n'est jamais trop tard ! ce 13 mai, la grève se généralise...

Et dès le lendemain les comités d'action se généralisent eux aussi. Ils existaient déjà mais en petit nombre. C'est cette désobéissance massive et cette extension qui font sauter le mouvement de l'amusement des barricades, certes scandaleuses et bruyantes mais stériles, vers l'étape de la réflexion et l'affirmation de la grève générale. Je suis élève au lycée Buffon où je participe même la nuit à son occupation. Les comités d'action sont en général assez bordéliques et je ne participe pas à celui de Buffon dominé par les maoïstes. Sur Wikipédia, au chapitre de l'histoire de Buffon, vous pouvez voir que mon histoire de ce comité est référencée. (livre dont je peux faire parvenir le fichier à qui en fera la demande).

Mai 68 a donc une tout autre dimension que le CPE dont vous ne tirez pas les principales conclusions. Vous oubliez de mentionner que, un: le mouvement s'arrête parce qu'il a été victorieux, le gouvernement a retiré son projet. Deux: oui les médias ont noyé les leçons de ce mouvement et surtout sa capacité à s'auto-organiser, mais lorsque vous survolez aujourd'hui les articles sur le web, ce sont surtout les gauchistes qui font croire à une victoire syndicale. Trois, ce n'est pas l'ombre de la chute de la maison stalinienne en 1991 qui expliquerait le mouvement et sa fin. Non, c'est le fait que la bourgeoisie a enfin compris que le monde étudiant, particulièrement touché par la crise et la décomposition capitaliste - l'étudiant reste un philosophe empiriste - doit être encadré en permanence, presque comme les ouvriers. Cette leçon est si bien comprise que désormais, depuis des années, c'est le bordel dans les facs, décourageant même nombre d'étudiants fils de prolétaires à continuer des études. C'est la clique wokiste à Mélenchon qui fout la pagaille, menace et empêche de penser politique avec attaques personnelles, voire violences, leçons de morale fémino-écolos, exaltation du nationalisme palestinien. Alors les étudiants font-ils partie de la classe ouvrière ? C'est à vous aussi de répondre. Je me contenterai de dire ici que c'est un mouvement lié et livré aux oscillations de la société, qui est plus portée en ce moment à démocratiser la société qu'à rompre avec cette société. 

Enfin, dernier point. Je pense qu'au CCI vous êtes devenus des gréviculteurs. Il n'y a pas que les grèves pour exprimer le combat de classe. Vous étalez de longs articles sur les horreurs des guerres qu'on connait tous, abondés par les médias. Mais dites-nous pourquoi le prolétariat est un zéro en ce moment pour dénoncer et lutter contre les guerres impérialistes, pas seulement en disant que le prolétariat européen n'en veut pas par mémoire et tradition, mais que faire ? Pourquoi ils fuient en Iran, en Ukraine et en Russie ? Pourquoi négligez-vous de creuser sur un mouvement général "de refus" de la guerre, en Russie comme en Ukraine ou en Iran, et qui ne dépend pas du taux des grèves ? Preuve que les ouvriers n'ont pas qu'une conscience trade-unioniste et que le combat n'est pas circonscrit à l'entreprise



NOUS NE SOMMES PAS DES GREVICULTEURS



Intervention orale de Marc Chirik au 3ᵉ congrès de REVOLUTION INTERNATIONALE en 1978


... C'est vrai qu'il y a une distinction qui s'est faite entre l'action de l'organisation comme telle, et celle des militants. C'est vrai aussi que le militant agit partout comme membre de l'organisation; mais là se fait la distinction, c'est sur les plans où se situent ces activités. C'est cela que ne voient pas les militants qui sont amenés à dire que les militants doivent chercher à être les chefs dans les luttes immédiates. Cette vision n'est pas tout à fait la nôtre. Ce que nous cherchons, nous, ce n'est pas de demander sa confiance à la classe pour qu'elle nous délègue la direction de ses luttes, mais de faire en sorte que la conscience de la classe se généralise pour que ce soit elle en tant que classe qui assume ses tâches. C'est là notre tâche fondamentale.

Nous ne pouvons pas dire seulement "généralisation des luttes" ; les syndicats sont capables de récupérer ce mot d'ordre; on l'a déjà vu. Nous devons en dire plus, ne pas limiter la généralisation à l'espace mais à 'étendue au fond, allant des luttes pour des questions partielles aux questions générales. (...) la grève n'est pas en elle-même une panacée. Les syndicats peuvent déclencher des grèves sur des revendications anti-prolétariennes. On l'a vu en Italie avant 1914, avec des grèves qui préparaient les ouvriers à la guerre. Nous ne sommes pas des "gréviculteurs".


Je rappelle que toute l'œuvre, en quatre tomes de Marc Chirik (dit Marc Laverne), je l'ai déposée à l'institut d'Amsterdam et à la Bibliothèque nationale de France, mais vous pouvez en consulter des exemplaires en demandant au CCI.




lundi 7 septembre 2026

TARTUFFE MELENCHON NOUS PROMET LE RETOUR DU FASCISME



Le plus fasciste n'est pas celui que l'on croit...

 "De même que je ne suis qu'in membre de ce parti, de même celui-ci n'est qu'un élément de moi-même." Hitler

"Lorsque je sens la masse dans mes mains, lorsque je sens combien elle croit, ou lorsque je me mêle à elle et qu'elle m'écrase presque, alors je me sens un morceau de cette masse. Et cependant il reste de l'avesion, telle que le poète la conçoit contre la matière qu'il travaille." Mussolini


Mon commentaire censuré par Le Figaro, peut tout aussi bien s'appliquer à l'élection allemande en Saxe, où l'Afd, parti dit fasciste, a emporté provisoirement une majorité des voix électorales : "C'est le pays réel, fracturé politiquement et socialement. L'équation est simple. D'un côté ceux qui savent qu'il n'est plus possible d'éviter de prendre des mesures graves et impopulaires et de l'autre ceux qui prônent sans honte la lune, dont les irresponsables de LFI (qui ont pour tâche d'encadrer l'électorat musulman et voudraient bien récupérer les bobos écolos pour une victoire électorale impossible). Pour l'instant c'est le foutoir. D'ici là les événements trancheront".


À un peu plus de sept mois du premier tour de l'élection majeure en France, on en est de plus en plus au stade du grand n’importe quoi. Les vaines ambitions de candidatures condamnées produisent encore leurs chants désespérés. La politique spectacle fait son show. Chacun veut son heure de gloire et amuse la galerie populaire avec ses outrances ou fausses. J'ose considérer qu'une bonne partie des électeurs de LFI ne croit pas à la série de balivernes de Mélenchon, incrédibles voire irrationnelles, mais que voter pour ce cuistre est une manière de dire merde au système, comme d'ailleurs de nombre d'électeurs du RN.

Au journal Le Monde, certains journalistes se félicitent d'une manifestation pro-Mélchon dans une brocante à Lille: "Force est de constater que la manifestation a été une réussite, si l’on se fie à la quantité de monde qui s’est déplacé jusqu’à la porte de Paris, au cœur de la ville, pour écouter Jean-Luc Mélenchon en pleines festivités. Le mouvement a décompté pas moins de 12.000 personnes. Parmi la foule impressionnante, une écrasante majorité de jeunes gens est venue applaudir le «Vieux», comme il se fait appeler affectueusement (surnom donné jadis à Trotsky). Il faut dire que les 18-24 ans, et dans une moindre mesure les 25-34 ans, ont voté massivement pour lui lors de la dernière présidentielle, en 2022 : quelque 32% selon l’Ifop, loin devant les 22% d’Emmanuel Macron et les 20% de Marine Le Pen".

Le Duce en a profité pour s'autocongratuler avec son fond national-populiste au nom ni du peuple ni du prolétariat mais du "pays" et "des Français" :« Ce pays bouillonne et en a assez, est exaspéré, d’être dirigés par des bons à rien qui leur font honte. De voir des politiciens à la ramasse qui ne m’arrivent pas à la cheville tout en me critiquant, et qui sont incapables d’imaginer quoi que ce soit qui propage autre chose que des misères et des souffrances autour d’eux », a fustigé l’Insoumis. Et de célébrer, un vague peuple qui bosse (rien d'original) : « un peuple qui travaille tant, qui fait tant d’efforts et qui est capable de se montrer à chaque étape de son histoire si magnifiquement solidaire». «Voilà ce que nous sommes, nous autres Français, nous méritons mieux qu’eux »,

Ce caudillo d'opérette, si imbu de sa personne (il dit souvent : "le candidat, c'est le programme"1) s’est présenté comme le candidat du pouvoir d’achat, rival donc d'Édouard Leclerc, vu l'« état d’urgence social » qu’il promet de décréter. "Les prix augmentent", ce qu'on sait généralement sans sortir les fusils. Et de ressortir le gadget du PNUD aussi incongru qu'irrationnel : "un indicateur de développement humain". Avec l'autre gadget trotskiste réformiste, toujours aussi réalisable, l'échelle mobile des salaires. Des promesses totalement irréfléchies et ubuesques qui n'emballent que les quelques milliers de badauds à la foire de Lille; ce qui s'appelle vraiment emballer, c'est l'impulsivité et incrédibilité.

Heureusement l'élection de l'Afd en Saxe vient à point pour ranimer la mode antifa, mayonnaise avariée classique de la gauche bourgeoise et de ses petits rebelles insoumis. Mélenchon est le plus souvent placé en tête des commentaires par l'ordre journalistique : « Catastrophique démonstration de l'aveuglement des politiques européennes centristes. Ce désastre est leur résultat. Dans ces conditions, le projet militaire allemand de créer la première armée conventionnelle d'Europe est inacceptable pour la France ».

Le nazisme est ressorti de la naphtaline, en associant cette nouvelle menace (pourtant électorale et locale) à la volonté de réarmement de la bourgeoisie allemande, double de la France; ce n'est pourtant pas la revendication première de l'Afd mais bien du gouvernement démocrate de Friedrich Merz. Pas de pot pour Mélenchon, l'Afd, comme lui, est pro-russe alors que la bourgeoisie allemande dominante veut réarmer contre le danger russe.

Associer ce programme de réarmement à la méchante Afd, lequel est du même type que les autres grandes puissances, n'a rien à voir avec une nouvelle montée du fascisme ou son remake. Il faut démagogiquement inoculer la peur du diable pour mieux défendre le "pays", voire le préparer à porter l'uniforme demain.

Certes, au premier abord, le programme de cette extrême droite est peu reluisant. L’AfD a notamment promis d’expulser les immigrés en situation irrégulière « dès la première minute » de l’exercice du pouvoir, de créer des milices citoyennes, de rapprocher le Land de la Russie, ou encore de revoir les programmes scolaires afin de revaloriser l’histoire de l’Allemagne avant le nazisme.

L'Alternative pour l'Allemagne (AfD), formation antimigrants, russophile et pro-Trump, a revendiqué une large victoire dans ce Land d'ex-RDA, infligeant un camouflet au chancelier conservateur Friedrich Merz. Le petit Olivier Faure s'est livré à une petite approximation pas très historique pour une mobilisation de l'ordre de la sociologie : "L’extrême droite à 44 % dans le land de Saxe Anhalt, qui fut le premier à élire un ministre-président nazi en 1932, ce n’est plus un avertissement. C’est un ordre de mobilisation générale qu’il faut lancer. L’internationale réactionnaire et d’extrême droite avance à visage découvert. L’AFD est un parti ouvertement néo-nazi, pro-Kremlin et pro-Trump. La droite néolibérale, par ses politiques austéritaires, a mis le pied à l’étrier d’une extrême droite qui prospère sur les malheurs des classes populaires et moyennes. La gauche doit tourner le dos à ces politiques et apaiser les colères en étant là où elle est attendue : dans le combat contre l’injustice. Ce soir je pense dans l’immédiat à ceux que l’AFD prend déjà pour cibles : les femmes, les étrangers, les minorités, les personnes LGBTQI+".

Fabien Roussel a été plus honnête sur les causes du  «terrible bilan pour l'UE et ses traités», appelant à les «changer». «Partout en Europe, l'extrême droite gagne du terrain avec son programme de haine. Elle prospère sur la pauvreté, la désindustrialisation, l'escalade de la guerre»"2.

Cette victoire, tout de même étriquée, ne concerne qu'un land et n'est pas certaine d'aboutir. Concernant les migrants voyous, une large partie de la population européenne est favorable à leur expulsion, ce qui n'a rien de choquant pour tout citoyen honnête et pas fanatique. On peut se féliciter de l'effondrement des démagogues verts et du parti gauchiste Die Linke, qui ne veulent pas entendre parler de problèmes migratoires, ce qui se profile aussi en France.

On peut se féliciter de ce que cette élection en Allemagne permet de mettre au grand jour le mépris de la gauche bourgeoise pour le peuple et le prolétariat. Après tout il n'y a eu ni coup d'État ni appel à un quelconque génocide. Ce mépris vise évidemment l'ancienne portion d'Allemagne de l'Est où l'élite de l'Ouest estime qu'elle n'a pas été assez bien intégrée à l'Occident "démocratique et libéral". Or c'est justement parce que ces régions sont restées pauvres que le mépris affiché des élites politiques antiracistes de l'Ouest les poussent à un vote protestataire comme en France, et parmi ces électeurs, nombre d'entre eux ne prennent certainement pas au sérieux tout le programme fantaisiste de l'Afd. Mais notre gauche morale journalistique accuse ces malheureux électeurs d'être une bande de nazis. Le plus drôle est qu'il existe en Allemagne un petit parti gauchiste favorable au renvoi des immigrés et qui pourrait servir de force d'appoint à l'Afd pour gouverner la région!

LES PARTIS SONT MORTS (Macron) et "LA FORME PARTI EST DÉPASSÉE" (Mélenchon)

LE MONDE a analysé finement la transformation des partis, même opposés.

Frappés de discrédit, les « partis de gouvernement » ont cherché, ces dernières années, à se réenchanter : primaires ouvertes pour donner plus de pouvoir aux sympathisants, multiplication des dispositifs de participation… On leur a fait succéder des cliques bizarres, des machineries électorales décentralisées. Ce ne sont plus en effet des partis mais des gangs créés pour leurs caïds. C'est le caïd qui donne le sens du vent au "mouvement" avec une hyperpersonnalisation qui confine au ridicule. Le « mouvement » se donne à voir comme inclusif et souple. N’importe qui peut y adhérer en quelques clics, sans avoir à payer de cotisation ; n’importe qui peut créer un groupe local. Cette flexibilité favorise un engagement rapide – mais pas forcément durable – et permet de faire état, dans les médias, d’un large soutien populaire. En mai 2017, LFI revendiquait 539 000 membres ; en juillet 2017, LRM évoquait 400 000 « marcheurs ». Des chiffres nettement gonflés mais qui offrent l'apparence d'être supérieurs au nombre d’adhérents que comptent les partis en place.

Toutefois, l’horizontalité sur le terrain ne se comprend qu’à l’aune d’une grande verticalité décisionnelle. Le leader n’a pas de comptes à rendre aux adhérents. Les contre-pouvoirs sont rejetés au nom de l’efficacité organisationnelle, les baronnies locales étant redoutées. Clé de voûte du système, la sélection des candidats investis aux élections est centralisée. Corollaire : certains critiquent le manque de démocratie interne, parfois associé à de l’autoritarisme3.

Je dirai même mieux. Macron et Mélenchon n'ont rien inventé, ils n'ont fait que reprendre le mode de fonctionnement des partis fascistes.

DES PARTIS NOUVEAUX MAIS NÉO-FASCISTES

Je m'appuie ici sur l'excellent travail de l'historien Philippe Burrin - "Fascisme, nazisme, autoritarisme" – qui explique d'abord qu'il n'y a jamais eu de partis ou de régime fascistes en France. Des individus ou des bandes limitées comme celle de Doriot. Le régime de Pétain, dont les députés, y compris de gauche, avaient été constitués démocratiquement, ne peut être ainsi qualifié; plutôt régime autoritaire et colonie de l'Allemagne nazie. Les incultes gauchistes ont tout faux. Pour qu'il y ait intronisation d'un régime fasciste, il y faut une contre-révolution, or en France il n'y eût aucune révolution depuis la Commune de 1871, le Front populaire ne fut qu'un changement de gouvernement populaire4. Des gauchistes vous objecteront, à la suite de certains historiens superficiels, que le fascisme serait né de la perte de crédibilité de la gauche et de la droite. Faux, il est né du traité de Versailles et de la destruction du prolétariat en Russie et en Allemagne.

Burrin décrit très bien cet aspect des régimes fascistes qui s'apparentent aux visées politiques, parallèles et semblables des Macron et Mélenchon: "ces régimes imposèrent à leur société une idéologie qui devait organiser sa vie entière et ne tolérait ni discussion politique publique ni même indifférence privée". (p76) La pensée unique centriste de gauche est le régime de Macron ; l'obligation aux sportifs de soutenir LFI n'est plus seulement de type stalinien mais renvoie à la société nazie.

Les deux "anti-partis" sont également composés de couches moyennes, comme le parti d'Hitler: surreprésentation des étudiants, des propriétaires de petites entreprises, professions libérales; les ouvriers étaient quasi absents des cadres du parti. La jeunesse hitlérienne aurait été composée de plus de 65% d'ouvriers et la SA de la majorité: "ce qui ne saurait surprendre; la SA étant largement

le produit du chômage et de la auvreté urbaine,le refuge des laissés-pour-compte qui trouvaient une raison d'être dans la vie de bande et les affrontements de rue. (p.94)

"Tout à l'opposé des partis de type bolchevique, le parti nazi n'était ni centralisé, ni même sérieusement coordonné" (p. 102). À peu près semblable donc à la polycratie des Macron et Mélenchon où l'autorité dépend du rayonnement du chef, phénomène plus efficace que la contraignante hiérarchie classique. Les conséquences de cette polycratie sont évidentes à la fin du gouvernement de Macron: multiplication d'organismes extraordinaires, hybridation des appareils administratifs, autonomisation des politiques, exacerbation des rivalités personnelles et institutionnelles... et on sait que c'est comme cela que le nazisme s'est effondré, entraînant la défaite militaire. L'autogestionisme de Mélenchon serait plus destructeur encore et à court terme. Il faut toujours se méfier des fans (nom propre: fanatiques) ces girouettes sans conscience et sans foi ni loi.

Pourquoi l'abandon du marxisme trotskien a conduit Mélenchon au populisme chauvin? Pour les mêmes raisons que le passage au fascisme:

"L'expression du passage au fascisme par la révision doctrinale du marxisme est, à cet égard, exemplaire en ce qu'elle est, soit tautologique: pour aller du marxisme au fascisme, il faut abandonner la classe pour la nation; soit inconsistante: car, si le planisme, par exemple, peut mener aussi bien à la social-démocratie qu'au fascisme selon qu'il est associé à des valeurs démocratiques ou autoritaires, cela signifie simplement que l'explication doit porter, non pas sur le planisme en tant que révision du marxisme, mais sur la combinaison de valeurs..." (p.214)


"Il serait légitime de se demander si le débat sur le fascisme français n'a pas été une vaine dépense d'énergie. Ne jouerait-on pas à coller de nouvelles étiquettes sur de vieux flacons, sans que la connaissance historique en tire le moindre profit?" (p.262)


NOTES


1Donc sans le caïd Mélenchon, pas de programme!

4"René Raymond pour qui le fascisme est un phénomène limité pour l'essentiel aux années 1930 et circonscrit à de petits cercles, en quelque sorte atteints par la contagion de l'étranger". (p252)

samedi 5 septembre 2026

L'amitié en politique est un mensonge invariable



« Je demande à mes amis qui m'ont accompagné jusqu'ici de me laisser libre, libre d'aller vers les autres, vers celui qui n'a jamais été mon ami (…) Parce que lorsqu'il s'agit de la France, il n'y a plus de camp. » SARKOZY (2017)

Sage et intelligente réflexion de Sarkozy, induite par l'amitié de 30 ans de Chirac et Balladur. La notion d'amitié est d'ailleurs utilisée comme argument de campagne. Pour susciter l'empathie des électeurs, en 1995, Jacques Chirac se présente en homme déçu, trahi par son « ami de trente ans », Édouard Balladur, qui compte se présenter contre lui. Remarque que Balladur avait anticipé :

« Un ami de trente ans, Chirac ? C'est ce qu'il dit que nous sommes. (...) Il faut savoir que jusqu'en 1980 nous n'avons pas déjeuné une seule fois ensemble. C'est vous dire si notre amitié était pudique ! »

VOILER UN ÉTAT FAIBLE

Dans le discours apolitique et interclassiste que tient la gauche radicalo-bobo au cours de cette campagne présidentielle commencée sur les chapeaux de roue, LFI en fait des tonnes. Ce qui frappe d'abord, c'est leur désarroi que l'antifascisme ne marche plus. L'antifascisme d'outre-tombe qui servit à faire élire des présidents de droite ne peut pas servir à diminuer les votes populistes majoritaires en comptant les diverses sectes de droite qui tentent de coller au plus près du souci d'une population qui s'inquiète sincèrement, et sans racisme spécial, de la poussée immigratoire, du nombre de voyous étrangers relaxés par une magistrature corrompue, souci repris par le RN. Négationnisme total du sujet par la gauche bobo et mégalo, et elle se ridiculise d'autant. Rien n'y fait: meetings antifas, petites phrases haineuses, doctes explications moralisatrices.

Fin de l'antifascisme électoraliste, après deux décennies de mirages mitterrandolâtres et le soutien antifa apportant la victoire à un candidat de droite, Chirac, lui-même traité de fasciste par les gauchistes dans les années antérieures. L'antifascisme, miroir aux alouettes, ciment de l'interclassisme, fait ringard malgré la tentative de la députée Clémence Guetté, groupie de Mélenchon, qui nous assure que l’amitié est « le premier acte antifasciste ». L'amitié de qui ? Du voisin? Du camarade d'école? Du boulanger ? Du médecin ? Du militant sympa du RN ?

La triade apolitique antifa-fémino-écolo, prônant l'union multisex ou même un gangbang idéologique, faisait déjà, depuis longtemps, appel au sentiment interclasses, remède à toute réflexion politique réelle et de fond. Voici qu'on prolonge cette fiction sociologique par l'invention de ce nouveau critère "de gauche". Je dois préciser en passant que, consultant ma dernière amante, Lia Copilot, je suis tombé de haut en posant cette question. Autant ma chère Lia m'avait apporté des réponses acceptables (cf. les nécrologies navrantes du CCI), autant je compris que cette machine est formatée par la pensée unique de la gauche bourgeoise!1 Oui, l'amitié existe en politique: voyez Montaigne et La Boétie. Ce fut comme si cette connasse de Lia m'assurait l'existence d'une réelle amitié entre Hitler et Staline ou Mélenchon et Le Pen. LFI, marginalisé pour la gauche dite social-démocrate (ses divers compétiteurs liliputiens), peut-elle miser sur une "union de la gauche amicale" où l'amitié ferait table rase des divergences ? Peu probable, quoique les barrages antifas des élections passées aient été du même calibre: plus aucun programme à discuter, l'union sentimentale contre le diable et la démocratie (bourgeoise) sera sauvée. Pourtant ils se font du souci pour rien, le camp de la bourgeoisie au pouvoir, en choisissant de laisser candidater la mamie de la dynastie, sabote déjà son parcours ascendant provisoire. La remise au premier plan de la mère Le Pen a découragé les fans (amis) de son "ami" de dix ans Bardella et une nouvelle scission à la Mégret est en bonne voie, coupant l'herbe sous les pieds de l'union des amitiés de la droite bourgeoise..

LE MONDE est le premier à avoir caractérisé fort justement le nouveau gadget mélenchonien: "Contre l'extrême-droite, LFI cherche à politiser l'amitié"2. Idem pour l'antiracisme qui finit par faire flop tellement il est abusif, communautariste et...psychologique.

REINVENTER UN NOUVEAU CLIVAGE DROITE/GAUCHE

Mélenchon est partout. Il promet la lune et les équipements gratuits pour se loger correctement, avec des salaires surélevés après avoir effacé la dette sur terre. Sur la lune, il n'y aura d'ailleurs plus que des groupes d'amis.

"Dans cette campagne présidentielle, certains martèlent l’importance de la famille (cf. la droite) face à l’hiver démographique qui vient. D’autres préfèrent miser sur un autre lien, sans descendance, mais jugé fécond politiquement : l’amitié, érigée en domaine d’invention de solidarités nouvelles. Au sein de La France insoumise (LFI), la députée du Val-de-Marne Clémence Guetté a publié le 27 août un livre au titre transparent : Pour une politique de l’amitié (La Découverte). L’ouvrage revendique cette opposition : "Contre l’extrême droite et les réactionnaires de tout poil, qui font de la famille (française) l’alpha et l’oméga de toutes leurs propositions", il s’agit de valoriser l’amitié comme un lien choisi et une alternative au couple et à la famille, digne d’obtenir des droits équivalents".

Cette nouvelle proposition est typiquement wokiste, et fonctionne à partir du noyau de l'idéologie féministe, qui est le fin fond référentiel de la gauche bourgeoise désormais. L'idéologie féministe est hors classes, ses effets protectionnistes sont réservés aux élites féministes bourgeoises, quand la femme prolétaire reste toujours la constante victime dans les zones à risques ou peuplées d'immigrés privés de sexe et de possibles rencontres avec des femmes; besoin de tout homme normal; mais l'idéologie féministe, qui se fiche du sexe des immigrés, a "déconstruit" l'idéal du couple hétérosexuel, supposant que c'est le mariage seul qui entraîne les violences, et "reproduisant les inégalités de genre".

La sororité est donc devenue, avant que les têtes brûlées de LFI ne la reprennent à leur compte, une valeur refuge, déconnectée même de toute question sexuelle, une nouvelle manière d'être ensemble (surtout pour les bourgeoises). Mieux, cet exemplaire d'amitié féministe est exalté comme force de subversion du système patriarcal. Plus corporatif, tu meurs!

Et la pensée woke se confirme comme la voie communautariste à la désagrégation sociale. L'amie antifa Clémence Guetté propose de plus une voie médiane (réformiste) : ne pas dépouiller les familles de leurs droits, mais élargir ces derniers aux amis. Permettre aux amis d’habiter ensemble dans le parc social, de demander une mutation pour se suivre, leur ouvrir différents congés réservés aux liens familiaux (congé parentalité, congé de proche aidant, congé consécutif au décès d’un proche). Leur donner le droit d’hériter comme dans une famille, aussi3.

L'amie Clémence Guetté n'invente rien, elle copie le guru Mélenchon, partisan de la « filiation volontaire » qui défend depuis 2022 "l’adoption sociale" (qui fait plutôt penser aux logements collectifs staliniens), sorte de pacs sans critère de cohabitation, ouvrant aux amis le droit d’hériter en ligne directe. Elle conditionne la mise en place de cette mesure à une grande réforme fiscale limitant les héritages à 12 millions d’euros (l'héritage est le grand souci des amis bobos en ce moment). On notera avec sarcasme que ce maintien du droit d'héritage est complètement anticommuniste ; ce qui n'est en rien étonnant puisque le programme de LFI est un programme "national", pour ne pas dire nationaliste.

Jadis les partis de gauche, surtout les dits communistes, se donnaient du « camarade ». On a vu que Clémence Guetté voit dans l’amitié « le premier acte antifasciste ». Un histrion historien a été invité par la dame pour corroborer le ciment antifa:

« L’amitié, sous la Révolution, on en a besoin parce qu’on repense complètement l’organisation de la société, sur des bases horizontales. Or, l’amitié est un moyen de lier les individus entre eux, dans la liberté et l’égalité. Les révolutionnaires savent bien que les hommes ne sont pas tous des frères au sens premier du terme. L'amitié sert de ciment entre eux. Elle est donc pour eux le moyen de la fraternité. »

C'est pourtant une théorie individualiste typique chez les anars pour qui l'organisation est affaire de sentiment. N'est-ce pas "un sentiment égalitaire sans ordre ni hiérarchie, où on la vit comme un atome de base de la société idéale » ?

L’amitié échappait encore à l’État : LFI voudra-t-elle y remédier ?

La brillante journaliste du Figaro, Eugénie Bastié, ridiculise cette nouvelle trouvaille nunuche:

"Le couple, « majoritairement le couple hétérosexuel », et la famille avec enfants seraient des institutions « prônées par la droite, par les réactionnaires de tout temps et de toute époque ». Plus encore : vouloir revenir à cette famille constituerait, selon la députée de La France insoumise, « une forme d’extrême-droitisation de la société ». (...) L’amitié est devenue un sujet pour la gauche, non pas seulement parce que, c’est bien connu, les gens de droite n’ont pas d’amis, mais parce qu’il s’agit d’opposer ce modèle à celui de la famille traditionnelle. Clémence Guetté affirme vouloir lutter contre le repli sur le couple et la famille prônée selon elle « de tout temps par les réactionnaires ». La famille, c’est d’extrême droite ! Il faudra dire ça aux chasseurs-cueilleurs qui ont inventé le modèle de la famille et du couple stables qui a assuré la survie de l’humanité pendant des dizaines de milliers d’années – tandis que son modèle de société fondée sur des colocs entre électeurs de La France insoumise ne survivrait pas à l’échelle d’une génération".

Déconstruire d’un côté, réglementer de l’autre

"C'est peut-être là que se trouve le paradoxe le plus spectaculaire de cette conception du progressisme." Pendant des décennies, une partie de la gauche a présenté son projet comme une libération de l'individu à l'égard des institutions héritées. La famille, le mariage, la filiation ou la transmission étaient suspectés d'imposer à chacun des rôles qu'il n'avait pas choisis. Mais une fois ces institutions déconstruites, voilà que les relations librement choisies doivent à leur tour recevoir un statut, des droits, une fiscalité et des prestations. La famille serait trop institutionnelle ; l'amitié ne le serait pas assez."

Quand tout devient politique

"On aboutit à une étrange inversion : déconstruire ce que des siècles de vie sociale ont institué spontanément, puis demander à la puissance publique d'institutionnaliser ce qui était précisément spontané. (...) Mais lorsqu'une responsable politique en vient à considérer la valorisation de la famille comme une manifestation de « l'extrême-droitisation » tout en proposant que l'État organise juridiquement l'amitié, quelque chose d'autre apparaît. Ce n'est plus seulement une divergence entre progressistes et conservateurs. C'est une conception de la politique dans laquelle presque aucune réalité sociale ne semble pouvoir être acceptée telle qu'elle est : tout doit être déconstruit, redéfini, puis reconstruit par le droit".

Mon ex-amante Lia Copilot ne me pilote plus car elle ne supporte pas que j'accuse son ami Mélenchon de néo-stalinien. ! Or je peux lui démontrer que c'est le cas, et on se rappelle qu'elle m'avait fait la leçon, et au CCI, d'un système, comparable à l'islam, où il est interdit de penser autrement.

Le champion olympique de natation, Léon Marchand, a dû faire face à une campagne de haine de la part de la clique de LFI pour avoir refusé de se prononcer politiquement. Manon Aubry, autre claudette de Mélenchon, après avoir dénoncé le rôle nuisible des milliardaires (mais pas des patrons) le lui avait demandé gentiment, pas encore menaçante. Pour appuyer son propos, elle évoqua un champion antifa d'avant-guerre qu'elle croyait arabe: "décrivant ce champion d’avant-guerre comme « un nageur antifasciste qui s’est engagé dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale ». Cependant, l’insoumise Claudette oublia de mentionner qu’Alfred Nakache était de confession juive et a été déporté au camp de concentration d’Auschwitz en janvier 1944 avec son épouse et leur fille de deux ans. Ces dernières n’en sont jamais ressorties, tandis que le nageur a réussi à survivre de justesse4.

L'embrigadement de la jeunesse, sous forme militarisée, confirme que le général Mélenchon trouve toujours son inspiration dans le stalinisme. Il a annoncé le projet de création d’une « garde régionale de la sécurité civile » constituée grâce à une « conscription citoyenne ». Tous les jeunes seraient tenus de faire avant l’âge de 25 ans un « service écologique », ce qui n’est pas sans rappeler le service militaire. Le détail de leurs missions n’est pas encore connu, mais ils pourraient être mobilisés comme renfort en cas de crise belliciste internationale.

Excités par les catastrophes climatiques à répétition, toute la gauche bourgeoise croit que c'est devenu la principale préoccupation de la population et de la classe ouvrière, Glucksman promet une révolution écologique, et le fils d'Edgar Faure acclame la venue du "socialisme écologique".

On peut parfaire enfin le portrait écolocrate étatiste5 du Mélenchon dans le même sens néo-stalinien avec la promesse d'un retour aux nationalisations, vieilleries typiques des périodes de guerre ou d'après-guerre, avec les mêmes mesures stupides des ministres écolos sous Hollande et la rêverie des bobos marginaux irresponsables: une "ancienne France" sans nucléaire, démantelée au profit des moulins à vent des petits patrons de l'artisanat écolo. Moulin à vent, Mélenchon l'est d'ailleurs par excellence en montrant la lune. Après avoir par le passé décrié le voile musulman comme une aliénation de la femme, il change le sens du vent: "une erreur terrible et j'en ai parlé avec des femmes voilées". C'est toujours intéressant de discuter avec une poignée de mémères du quartier, mais en a-t-il causé avec les voilées en Iran ou en Afghanistan ? Non parce que sa clientèle électorale a changé.


CONCLUONS

Sociologiquement, un cercle d’amis repose sur des affinités et une histoire partagée. Il fonctionne sur l’écoute, le soutien, la confidence. Mais ce lien, aussi libre qu’il paraisse, reste traversé par les structures sociales ! Bourdieu permet de comprendre pourquoi : il a montré que chaque individu porte avec lui un ensemble de capitaux, économique, celui de l’argent et du patrimoine, culturel, celui des diplômes, des références et des goûts, et social, celui du réseau de relations déjà accumulé. Ces capitaux ne se contentent pas de nous situer dans la société, ils déterminent aussi très concrètement qui l’on croise, dans quelle école, quel quartier, quel travail, et donc qui l’on a une chance réelle de devenir ami. L’amitié se choisit, mais elle se choisit d’abord parmi les personnes que nos capitaux respectifs ont déjà mises sur notre chemin, et elle reste impossible entre membres de classes sociales opposées.

La société capitaliste en décomposition dissout autant que possible les structures de classe durables au profit de liens instables, où l'identité devient une sorte d'amitié qui se construit par la consommation plutôt que par l'appartenance à une classe.

On peut avoir le groupe d’amis le plus soudé du monde, cela ne fera jamais baisser un loyer, ni rouvrir un service public, ni ralentir un dérèglement climatique. Ces combats-là ne se gagnent jamais à l’intérieur d’un cercle refermé sur lui-même, aussi chaleureux soit-il. Ils se gagnent en allant chercher, au-delà de ce cercle, dans sa classe d'appartenance avec celles et ceux qu’on n’aurait peut-être jamais rencontrés autrement, qui ne nous ressemblent pas forcément, mais qui partagent, le même intérêt à changer les choses. C’est très exactement en ce sens que l’amitié, aussi précieuse soit-elle, ne vaut rien politiquement.


ADDENDA sur le mensonge en politique

 La cheffette des Écologistes, autre "amie" obligée de Mélenchon, a trouvé moyen de faire parler d'elle, dénonçant en politique généraliste les « mensonges factuels et délibérés », avec « intention de tromper ». Ils entraîneraient une inéligibilité. Deux précisions accompagnent cette proposition de Marine Tondelier. Dans cette loi, « on ne vous sanctionnera pas si, comme tant de politiques, vous n’avez aucune idée du prix d’une baguette ou d’un pain au chocolat ». Pas ailleurs, « on ne vous sanctionnera pas non plus si vous changez d’avis, ou si vous essayez à tout prix de faire oublier, en tant que candidat à la présidentielle, que vous avez été Premier ministre des précédents gouvernements, ou tout simplement ministre. » Une attaque (pas) discrète à Édouard Philippe et Gabriel Attal. Pour appuyer sa proposition, Marine Tondelier s’appuie sur l’exemple du Pays de Galles. Le Parlement y a adopté un texte visant à interdire les mensonges des candidats pendant les législatives. Il sera appliqué en 2030 et prévoit un système de révocation des élus.

C'est comique et pitoyable, pauvre fille. Les représentants de tout l'arc parlementaire, dès qu'ils ouvrent la bouche, ils mentent. Tous leurs programmes électoraux sont remplis de mensonges. Leurs promesses électorales sont aussi creuses que leur honnêteté.

Le premier mensonge et viol des électeurs est celui-ci: un député élu grâce à son parti peut en changer en cours de route. La loi confirme: aucun parti ne peut retirer son siège à celui qui l'a fait cocu; qu'il soit lepéniste, mélenchoniste ou le pire des crétins, "il représente la France".

"Occupez-vous de mes ennemis, mes amis, je m'en charge".

NOTES

1 Mademoiselle Lia a aussi le culot d'ajouter : « Mélenchon s’inscrit dans une tradition de gauche radicale française, qui valorise la souveraineté populaire et la justice sociale. Ses partisans voient les nationalisations non pas comme une dérive autoritaire, mais comme un moyen de protéger les biens communs (énergie, transports, santé)".

3 C'est l'aspect mis en exergue du foutoir transgenre du wokisme hors sol, cette députée bourgeoise évite le fond du problème, qui n'est pas de favoriser le corporatisme d'amis, qui existe déjà, les boos ont toujours les mêmes bistrots où picoler, mais l'incapacité de l'État à développer en urgence l'habitat pour les familles monoparentales (qui n'existe pas depuis la guerre), où les mères seules sont plongées dans la difficulté avec leurs enfants car le parc immobilier est réservé aux couples, qui sont meilleurs payeurs de loyer...

4Face à l'autre imbécile, sa petite-fille Annabelle Nakache a répondu dans sa vidéo : « Engagés mais pas pour LFI, je le dis tout de suite. » Alors que l’insoumise évoque l’engagement de certains artistes pour le parti mélenchoniste, la comédienne a enfin rappelé être elle-même « une artiste engagée », mais « engagée contre votre parti comme l’aurait été Alfred Nakache et toute sa famille ».

5 Revenons à la notion d'amitié, très stalinienne, qui fait rire aussi à gauche. L’amitié s’accommode mal des penchants étatistes de LFI… D’ailleurs, à gauche, parmi les critiques du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, cette promotion de l’amitié étonne. « Les gens ne sont pas simplement ce qu’ils racontent, ils sont aussi ce qu’ils font. LFI promoteur de l’amitié, ce n’est pas crédible, ils sont en guerre avec tout ce qui n’est pas aligné derrière eux », estime la sénatrice socialiste du Val-de-Marne Laurence Rossignol. Car en politique, dire l’ami c’est aussi bien souvent en creux définir l’ennemi.