"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 10 mai 2021

La « conscience raciale » de la gauche bourgeoise

 


« Elisons des inconnus »

Tag de la Commune de Paris


De la « figuration » antiraciste en politique :

L'autre jour, sortant du métro Gentilly, je prends en passant un tract qu'on me tend. Sans le lire comme toujours, je le plie en quatre et le glisse dans ma poche. Ce n'est que plus tard, à la maison, que je le déplie et découvre les deux personnes en photo sans sigle politique clair. Un bandeau rouge avec deux lettres VM et « Val de Marne EN COMMUN avec Christian Favier ». Au milieu vous pouvez lire : « UN DEPARTEMENT ECOLOGIQUE PROTECTEUR DEMOCRATIQUE », et c'est signé « VALDEMARNEENCOMMUN.FR ».

Les deux candidats du tract rédigé en langage inclusif, semble-t-il pour une élection régionale sont à l'évidence des candidats de la théorie de la « diversité », elle est arabe et lui africain d'origine, et certainement français juridiquement. D'ordinaire pour ce genre de placard électoral, on adjoignait une personne de la « diversité » à un français d'origine. L'homme noir candidat porte un nom célèbre pour les uns sujet à caution pour d'autres, Traoré. A quoi répond tout ce trafic d'une présentation surtout peu claire sur l'origine politique initiale de ces deux candidatures sans prétendant de souche « blanche » ou en tout cas française ancienne, me suis-je demandé ?

Une remarque d'abord du point de vue communiste originel. Lorsqu'au début du siècle dernier des candidats de partis vraiment communistes se présentaient dans un cadre électoral encore considéré comme progressiste ce n'était pas avec leur tronche mais pour un programme. Depuis la contre-révolution de l'avant deuxième boucherie mondiale, tous les partis exhibent des « tronches », politiciens blancs, puis politiciennes femmes, maintenant politiciens arabes ou africains. Rien ne change sur le fond de la tartufferie électorale bourgeoise. Je me souviens avoir refusé sur le marché d'Etaples le tract distribué par un arabe, lequel papier ne présentait que sa tronche et le sigle PS ; je trouvais cela infamant pour les électeurs d'origine arabe, ainsi traité comme... illettrés !1

Deuxième remarque, la propagande racialiste est aussi grossières, en visant une certaine population concentrée mais surtout ghettoïsée dans des blocs d'immeubles en béton et parqués près du périph. Les logements HLM du pourtour de Paris sont peuplés de plus en plus d'une population d'origine immigrée dont Saint Denis est emblématique 2– qui comprend le truc de la loi française : pour disposer d'un appartement avec plusieurs chambres, il faut se dépêcher de faire au moins trois gosses3. L'argument de favoriser la diversité favorise en fait la ghettoïsation malgré le discours officiel. Cette population de travailleurs, fliquée par l'islamisme, qui vient décorer les « quartiers à bobos » (mais en reste séparée, et en bordure) est nécessaire à la bourgeoisie parisienne pour les boulots de merde. Ces travailleurs sont eux-mêmes concurrencés par des prolétaires pakistanais ou africains qui s'entassent dans une chambre de bonne ou des caves intra-muros pour servir comme cuistots ou manœuvres en tout genre. Hélas pas de pot pour les rabatteurs électoraux de la gauche disparue, ces prolétaires ne risquent pas de voter pour eux, et ceux qui sont mieux logés non plus car la plupart croient plutôt au messianisme islamique qu'au messianisme municipal ou national de l'aile gauche décatie de la bourgeoisie et de ses succédanés islamo-gauchistes.

Alors qu'il y a une forte abstention qui se confirme à chaque échéance et malheureusement un racisme désolant, qui confirme que si l'intégration ne marche plus, l'acceptation sans préjugés non plus, Kofi vient se plaindre lui de sa gloire passée bafouée. Le livre de Kofi Yamgname, élu et célébré jadis comme premier maire noir de France à Saint-Coulitz dans le Finistère - « Mémoires d'outre-haine » - puis récompensé comme ministre du bourgeois Mitterrand, vient témoigner d'une arriération qui existe encore en France. On peut regretter qu'il n'ait pas été publié plus tôt et ne vienne que s'adosser à la campagne perverse de Black Lives Matter – au même niveau démagogique que Me Too - qui sert surtout brouiller les questions politiques de fond, et faire oublier que Kofi ne fût qu'un pion de cette gauche bourgeoise dont personne ne veut plus, sauf les vieilles momies mitterrandolâtres qui commémorent en vain la « force tranquille » de « Dieu ». Kofi roule lui aussi désormais aux côtés des momies inconsistantes pour cette fable « d'émancipation raciale », qui est une geste aussi révolutionnaire que lorsqu'il était sous-ministre de l'Etat bourgeois4.

Revenons à nos deux élus en lutte pour ravir le canton du Kremlin-Bicêtre-Gentilly . Ce qui est frappant est qu'ils avancent racialisés et masqués...politiquement. Ce ne sont que des grenouilles du PCF décati, qui tente de se refaire une santé politique sous couleur raciale. Le Kremlin (sic) comme Arcueil ont été longtemps des territoires staliniens, qui ont été contrariés dès la fin des années 1990 et discriminés comme trop chauvins, et qui tombent depuis longtemps comme feuilles mortes. Les héritiers putatifs du stalinisme ont laissé tomber la classe ouvrière multiraciale pour caricaturer un faux internationalisme racial qui rend les blancs coupables de tous les péchés y compris la colonisation sauvage des siècles passés

Au bourrage des urnes habituel en zone stalinienne, ont succédé des bâtards du PS avec l'étiquette écolo. Ainsi lors des municipales de 2020 à Arcueil la tambouille électorale locale était aussi puante qu'au niveau national. Face à la candidature PS-écolo du maire Christian Métairie, la nouvelle droite centriste (LREM et MoDem) avait présenté un noir, Benoît Joseph Onanmbele, qui fort de ses 29% de voix au premier tour, se voyait déjà élu de plus avec un retournement de veste de Karim Baoutz, le soutenant pour le deuxième tour, alors qu'il était le candidat de Mélenchon.

Résultat : 64% d'abstention !

Cette racialisation de la vie politique locale vous l'ignorerez si vous êtes un brave gauchiste vivant dans un loft à deux pâtés de barres en béton et vous vous contenterez de penser que les 64% d'abstentionnistes ne sont que des fachos racistes. Peau de balle ! Même les prolétaires d'origine immigrée de ces banlieues n'ont pas mordu à l'hameçon de la tambouille électorale. L'écolo-PS a été remis en place de justesse malgré la concurrence « antiraciste » (figurée) de la droite centriste macronienne et nos deux candidats « racialisés » pour la photo sont bénis par le bonze Favier du conseil départemental, institution girondine dépendant de l'Etat bourgeois.


DES CANDIDATURES DE COULEUR POUR RETOQUER LA DEMOCRATIE BOURGEOISE

(La gauche bourgeoise qui n'a plus de nom n'est plus qu'une pitoyable marionnette de l'antiracisme oecuménique)

D'une manière générale, la « racialisation » de la vie politique est la nouvelle morale générale désormais qui prétend culpabiliser les prolétaires, surtout blancs, avec un manichéisme hérité du stalinisme . D'un quelconque Traoré à Besancenot et dans les ministères, c'est la nouvelle mantra capitaliste qui signifie que le racisme est pire que le capitalisme, tout comme vous pourriez dire que la paix est pire que la guerre, en oubliant que l'une renvoie à l'autre, et que le pire est tout de même la guerre. La plupart des journalistes, artistes et intellectuels de renom nous chantent cette complainte. Couplé à la terrible accusation d' « islamophobie », l'accusation de racisme « intrinsèque » est devenue le nouveau terrorisme idéologique qui a pour but d'empêcher de penser sérieusement la politique, de la même manière que la pensée stalinienne imposait la binarité diable/bon dieu et la génuflexion devant ses politiciens incultes et bonzes syndicaux.

Ce souci d'imposer un quota de représentation d'arabes et de noirs sur les plateaux TV ou dans les conseils municipaux a pour prétention de revaloriser une démocratie « non-raciste » mais pas de « changer la vie », comme l'avait laissé croire Tonton, ni surtout de parler de révolution prolétarienne, car, comme le dit un auteur prisé par Libération Ulysse Rabaté : « Les communistes ont perdu quand « le peuple de gauche a décidé de ne plus être de gauche, et même de ne plus être le peuple carrément »5.

Comprenez c'est la faute aux ouvriers français qui déjà, se fichaient du PCF, because devenus racistes. Evoquant avec nostalgie le « communisme municipal », Ulysse Rabaté, ce rabatteur de l'idéologie « racialiste » dont les quartiers doivent devenir les promoteurs... grâce à son école de formation (la FRAP) ; notez bien les termes « nous recrutons », « nous construisons », nous « sédi...mentons » si toutefois cela vous rappelle un parti « municipal » :

« Les jeunes que nous recrutons se sont présentés spontanément à la formation : la première promotion a choisi de se nommer « Les Misérables », en référence au film de Ladj Ly, qui lui-même reprenait Victor Hugo6. C’est complètement l’esprit du mouvement que nous construisons : nous nous inscrivons dans une histoire politique, celle de la gauche, et nous revendiquons une capacité à sédimenter à cette histoire un ensemble de pratiques et de profils qui peuvent, d’une certaine manière, la sauver. D’Olivier Besancenot à de Kaabal, en passant par Elsa Faucillon, Danièle Obono ou Joëlle Bordet, les personnalités qui ont accepté d’intervenir l’ont fait selon nous au nom de cette nécessité, qu’ils ont également identifiée. Nous sommes extrêmement fiers de voir nos jeunes progressivement accepter et assumer ce rôle »7.

LA MIXITE IDEOLOGIQUE RACIALE AU CINEMA

Le cinéma reste le principal vecteur de l'idéologie dominante et l'endroit où l'on fait croire que les préjugés sociaux de tout ordre peuvent disparaître sous domination capitaliste. La réussite de certains acteurs noirs n'a rien changé au quotidien parfois intolérable pour des populations « étrangères » ni modifié les conditions de travail des millions noirs et blancs. Le cinéma reste ce qu'il est, de l'illusion. La bourgeoisie aime bien vendre de l'illusion.

Les œuvres d'art sont donc également touchée par le nouveau jdanovisme. Les dix petits nègres d'Agatha Christie ont donc été renommés « ils étaient dix ». Comme si le ridicule ne suffisait pas à cette nouvelle inquisition raciale, tout écrivain ou cinéaste, ou professeur peut se voir mis en procès s'il a utilisé la mot nègre par exemple et non pas un simple N. Si vous dites « n »gger » c'est un péché, il est obligatoire de dire « n »word ». Comme les blancs sont fondamentalement racistes, il faut prévoir : « … une formation à la diversité obligatoire pour tout le personnel enseignant.. »8.

Quentin Tarantino devra aller se rhabiller et demander pardon. Sorti en 2013, Django Unchained est l'un des grands succès critiques et populaires de ce réalisateur. Mais si son western spaghetti dénonce l'esclavage dans le sud des Etats-Unis, il a tout de même été accusé de racisme. Des critiques américains reprochent au long-métrage l'utilisation outrancière du "mot qui commence par un N", utilisé à 110 reprises dans le long-métrage.

Cachez ce sein que je ne saurais voir.



À suivre...


NOTES

1Franchement les origines de ces deux personnes m'importe peu ; elles sont placardisées pour une même politique de guerre des places pour l'ego de chacun et son porte-monnaie. Ces jeunes néophytes de couleur ou pas, sont aussi corruptibles que ceux de vieille souche, et incontrôlables tout leur mandat comme tous les élus bourgeois. Si ces deux personnes, présentes comme moi en AG de grève, postulaient en tant que prolétaires pour être délégués et sur base de propositions claires, je voterais tout à fait fraternellement pour elles.

2Les PLS (Prêt Locatif Social) et les PLI (Prêt Locatif Intermédiaire), attribués aux familles dont les revenus sont trop élevés pour pouvoir accéder aux locations HLM ordinaires, mais trop bas pour pouvoir se loger dans le secteur privé (plafond en région fixé à 34.743 € de revenus annuels pour un couple sans enfant).

En Île-de-France, les plafonds sont plus élevés, d'environ 20 %.

Les différentes catégories ont été fixées pour créer de la diversité au sein du parc social. "Le but, ce n'est pas de créer des ghettos, explique Juliette Furet, responsable du département des politiques sociales à l'Union sociale pour l'habitat, il faut pouvoir répondre aux besoins des publics défavorisés, tout en contribuant à la mixité sociale des villes".

De plus, en fonction de la surface habitable du logement, le nombre de pièces attribuées aux locataires est également normalisée :

1 personne : T1 au T2 maximum (studio ou deux pièces, environ 32 m2)

2 personnes : T1 au T3 maximum (du studio au trois pièces, environ 45 m2)

3 personnes : T2 au T4 maximum (deux, trois ou quatre pièces, environ 65 à 80 m2)

4 personnes : T3 au T5 maximum (du trois au cinq pièces, environ 95 m2)

Quels sont les cas prioritaires pour obtenir un HLM ?

Il existe des catégories prioritaires dans l'accès au logement social : les personnes mal logées ou en logement temporaires, les personnes en reprise d'activité après une période de chômage, les personnes menacées d'expulsion ou sans logement et les victimes de violences conjugales. Les demandes entrant dans ce type de catégories sont traitées avant les autres et peuvent bénéficier d'un temps de réponse réduit.

"Chaque situation est traitée au cas par cas, explique Raymond Fraccola, directeur de l'association régionale pour l'habitat dans la région du Nord, une femme seule avec un enfant est, en principe, plus prioritaire qu'une autre famille, sauf si cette dernière se trouve dans une situation de plus grande précarité".

4 « Je crois que l'avenir de notre planète est dans le métissage racial, culturel et scientifique. Nous mourrons des frontières géographiques, religieuses, idéologiques. Il faut mettre fin à tout ça », est la généralité de base de Kofi Yamgnane.

5Ulysse Rabaté dans Libération du 3 mai, petit arriviste professoral qui ose prétendre que « les obsédés de l'islam et du communautarisme trustent l'espace public » et dénonce « les sénateurs qui interdisent aux femmes voilées d'accompagner des sorties scolaires ». Ce zigoto de la gauche sans nom fait partie de cette mouvance louche du clan Adama qui a décrété que la police est raciste. Il regrette le bon temps du « communisme municipal » : « C’est aussi à cette distance désarmante entre la gauche et les classes populaires, et particulièrement les quartiers, que l’on peut mesurer la disparition du communisme municipal et de « l’extraction populaire » qui faisait la spécificité et l’autorité de ce modèle ».

6Film débile, racialiste qui voulait héroïser les banlieues en déshérence et exalter le meurtre des flics comme révolutionnaire et islamique, et qui fût salué par les artisses suivistes et corrompus.

7« Les mobilisations antiracistes récentes révèlent une conscience politique ancrée dans les quartiers » - Entretien avec Ulysse Rabaté (lvsl.fr) . Ce rabatteur de l'idéologie racialiste et communautaire a fait l'objet d'une pub élogieuse par l'ensemble de la presse bourgeoise de Libération au Parisien.

8« La révolution racialiste » de Mathieu Bock-Côté, p.91.

Après le NPA le parti macroniste s'y met aussi


jeudi 6 mai 2021

LA MISSION DU PROLETARIAT (?)

par Julien Coffinet (1907-1977)


Ce texte de Julien Coffinet est écrit en 1938, pour l'essentiel il vous paraîtra très actuel, pertinent sur la composition moderne de la classe ouvrière, ses contradictions et ses jalousies et inégalités corporatives, sur la faillite du « progrès capitaliste ». La plupart des discours qui se veulent marxistes de nos jours affichent leur conviction d'une sainteté de la classe ouvrière unie les mains jointes à la fin des temps (capitalistes) pour une prière finale communiste ; ils idéalisent le chômeur qui n'est de plus en plus ni prolétaire ni étranger à une rédemption nationaliste de la société. Coffinet nous dit que la « mission » du prolétariat est finie dès 1938, alors qu'il n'y a en fait jamais été question de mission chez Marx mais d'un projet, d'une alternative au capitalisme « possible » mais peut-être un jour finalement impossible.

Les classes ouvrières des différents pays, devrait-on dire plutôt, n'ont pas été fichues d'empêcher deux guerres mondiales, malgré la fin provisoire de la première, sous la poussée d'une situation révolutionnaire (aléatoire) à partir de la Russie. Coffinet, en particulier à la fin de son raisonnement assez brouillon ne croit plus à une « mission » du prolétariat sans doute parce que, un peu artiste sur les bords, il y a cru lui aussi à cette soit disant mission. Ses doutes et sa remise en cause de la classe ouvrière sont compréhensibles. Un an avant la guerre mondiale, inconsciemment il est le reflet du cours à la défaite programmée du prolétariat, en plein désarroi et qui n'a plus ni confiance en soi ni vigueur pour relever la tête face à l'abîme qui s'annonce.

Mais hormis cette inconscience de la gravité de l'heure, Coffinet creuse bien sur la nature de la classe ouvrière moderne. Elle n'est pas homogène structurellement. Il a travaillé avec Mattick et Lucien Laurat, qui étaient tout sauf léninistes. Or, comme lui ces théoriciens du mouvement ouvrier, économistes plus que politiques se sont interrogés sur un sujet qui fâche léninistes et trotskiens, et même le CCI qui a toujours plus ou moins évité le sujet : la hiérarchie dans la production. Coffinet est le premier à faire le parallèle et le lien entre hiérarchie syndicale et hiérarchie à l'usine ; il y a un aller et retour et équivalence. A la fin de ma carrière dans le service public, la CGT et les autres mafias syndicales s'affaiblissant, les permanents ne perdirent pas leur emploi hiérarchique, les bonzes en chef étaient nommés contremaîtres... sans connaître le travail.

Il y aurait beaucoup de choses à écrire sur les méfaits du corporatisme, l'orgueil des conducteurs de train, le mépris des commerciaux pour les bleus, l'indifférence pour les esclaves d'UBER, des grèves où des prolétaires d'une même « boite » restèrent compartimentés, la longue exclusion des prolétaires immigrés des boites « nationales ». Coffinet ne va pas jusqu'au bout de ce constat, sinon il en tirerait une autre conclusion, la véritable : la révolution ne viendra jamais d'un empilement de luttes corporatives ou pour la simple défense de l'emploi. Les révolutions ont toujours un aspect soudain, pour des causes parfois inattendues, une répression féroce, une explosion massive de colère... Les gilets jaunes au début donne une idée du symptôme de l'explosion, pas toujours capable de s'imprégner de l'esprit de lutte collective pour un avenir autre qui a toujours été porté plus ou moins par les meilleurs défenseurs du prolétariat. Ce qui se passe en Colombie en ce moment est important, surtout quand les journalistes s'obstinent à parler de « révolte des couches moyennes », ce qui ne veut plus rien dire au moment où fondent les couches dites intermédiaires et où elles se révoltent massivement à la manière du prolétariat mais sans son fort sentiment de classe basé sur la solidarité et la volonté de décider collectivement. En Algérie aussi, la révolte gronde même avec pour misérable bouclier contre les futures balles, le fanion national vert.

Mais le plus intéressant chez Coffinet c'est le démontage auquel il se livre brillamment contre le progrès qui n'est finalement qu'aliénation, et ce qui se vérifie clairement de nos jours. Ce progrès se retourne contre ce qu'il incarnait : il déshumanise les relations sociales (le portable utilisé à tout bout de champ, surtout aussi chez les ados, l'abêtissement des face book et autres lieux d'effacement pervers de l'autre pour tous les clochards qui sentent le renfermé ou le trotskien décati). Avec le portable vous êtes suivi partout, une appli accessible vous révèle vos trajets quotidiens. Les instruments de cette communication aliénée, comme Free sont injoignables, vous posent tout un tas de questions stupides si vous avez perdu votre pin ou votre puk. L'ennemi principal est le hacker, le monde est parano et tous les chefs d'entreprises aussi. Et surtout sa réflexion sur la pourriture de la hiérarchie va de pair avec sa critique du productivisme en même temps qu'il dépoussière le même genre d'illusionnisme sur le passage à un tranquille socialisme encore empesté de « socialisme national ».

Si focalisé sur la nécessaire « culturation » du prolétariat, et il est le premier à faire primer cette notion, il ne pouvait pas anticiper le rôle délétère de l'islam ni le soutien des islamo-gauchistes (que certains nomment de plus en plus « christiano- gauchistes », du fait de leurs ancêtres guérilleros d'Amérique du sud, où en effet il n'était pas question d'émancipation du prolétariat mais « des pauvres ». La notion de pauvre n'est pas aussi dangereuse que celle de classe (je développerai une autre fois). Coffinet aurait certainement placé comme moi l'abrutissement idéologique de l'islam au rang de cancer du prolétariat. Le capital et ses patrons ont soutenu et défendent une place pour l'islam en entreprise depuis 20 ou 30 ans, et les christiano-gauchistes soutiennent pleinement ; or cette intrusion avec les jérémiades d'un religion arriérée vient désormais comme facteur de division du prolétariat plus nocive que la hiérarchie des salaires ou les sabotages des mafias syndicales qui ajoutent aussi aux revendications immédiates stupides la construction de mini-mosquées en entreprise. Si j'étais encore au travail je dénoncerai cette intrusion de l'islam sur le lieu de travail, tant prisée par le patronat. Les islamistes sont en mission partout et surtout contre les grèves et pour inférioriser la femme. Nous on n'est pas des missionnaires et on n'en veut pas à la vie des gens. (cf. Religion en entreprise : les comportements conflictuels en hausse (lefigaro.fr) .


* * *


C'est Marx qui a donné la vie à la conception d'une mission du prolétariat, conception un peu mystique mais à laquelle il sut attacher une application rationnelle qui parut longtemps incontestable. La société actuelle étant divisée en deux classes principales, violemment opposées, la bourgeoisie et le prolétariat, le développement de la première a pur résultat l'augmentation du nombre et de la cohésion des prolétaires.

« A mesure que diminue le nombre de grands capitalistes... on voit augmenter la misère, l'oppression, l'esclavage, la dégénérescence, l'exploitation, mais également la révolte de la classe ouvrière qui grossit sans cesse et qui a été dressée, unie, organisée, par le mécanisme même du procès de production capitaliste ». Dans le même temps le monopole du capital gêne de plus en plus le mode de production qui s'est développé avec lui et par lui et devient l'entrave du progrès technique. Hégélien, Marx déduit hardiment de ces différentes constatations que le prolétariat est l'antithèse du capital et que de sa révolte sortira la nouvelle synthèse sociale, autrement dit que le prolétariat est chargé par le mouvement de la société de délivrer les forces productives arrêtées dans leur progrès, « d'exproprier les expropriateurs ». Comme le régime féodal le fît autrefois la bourgeoisie arrête aujourd'hui le développement des forces productives, le prolétariat, à son tour, servira le progrès par la subversion du régime capitaliste.

Cette conception suppose d'abord une foi implicite et la croyance à l'unité des intérêts du mouvement ouvrier et de ceux de la culture humaine. Le progrès technique doit s'entendre des modifications techniques qui améliorent le rendement humain, celles qui permettent, avec moins de travail, de permettre de produire autant ou plus d'objets utiles. En ce sens il n'est pas douteux qu'il serve les intérêts de la culture puisque celle-ci ne s'améliorera d'une manière décisive que dans la mesure où les possibilités pour chacun d'utiliser et de développer ses aptitudes personnelles, seront augmentées. Accepter la conception d'une mission historique du prolétariat c'est donc juger que le prolétariat, de par sa fonction sociale, son nombre, sa conscience, non seulement s'emparera du mode de production capitaliste mais aussi qu'après l'avoir débarrassé de l'hypothèque capitaliste et de ses résidus, il pourra l'utiliser pour favoriser la liberté et par conséquent la culture humaine.

Marx s'appuyait sur le fait constaté que les anciennes classes moyennes, ruinées par la centralisation du capital, augmentaient le nombre des prolétaires en même temps que ceux-ci subissaient une aggravation de leurs conditions de vie. Si l'on entend par prolétaires les travailleurs libres politiquement mais entièrement dépouillés, ne possédant que leur force de travail, qu'ils doivent vendre pour obtenir des moyens de subsistance, il est bien exact que les prévisions de Marx ont été entièrement justifiées par le temps. Le nombre des salariés va augmentant.Les moyens de production sont la propriété de monopoles de moins en moins nombreux. Mais si l'on entend par prolétaires les seuls ouvriers industriels, comme c'est le cas le plus fréquent, alors il faut reconnaître que la prévision marxiste a cessé d'être juste depuis pas mal d'années et que le nombre de prolétaires n'augmente plus ou diminue.

C'est que le même mouvement de centralisation du capital, en augmentant le nombre de salariés, développait aussi la division du travail et augmentait la spécialisation des travailleurs. Le développement des moyens de transport, des entreprises commerciales, du crédit, des assurances, des entreprises publiques, etc. a suivi les progrès de l'industrie. Pendant que diminuait le nombre des entrepreneurs individuels, celui des employés, techniciens, fonctionnaires de toute sorte se multipliait. Par rapport aux propriétaires des moyens de production, il peut être parlé de prolétariat en faux-col ou d'un prolétariat agricole. Ce serait une erreur de les confondre avec le prolétariat industriel qui n'a ni les mêmes conditions de vie ni les mêmes réactions.

C'est ce qu'a fort bien montré Henri de Man en baptisant de « nouvelles classes moyennes » ces groupes de nouveaux salariés. Il en fait néanmoins des classes anticapitalistes. Peut-être. Mais l'erreur commune est de confondre anticapitalisme et socialisme. Le socialisme n'est pas la qualité de n'importe quelle organisation collective. Le socialisme, il est grand temps de le rappeler, c'est une revendication de justice sociale et un espoir de libération humaine.

Marx avait perçu les premières conséquences de la division du travail purement technique. « A côté de ces classes principales (d'ouvriers) il y a un personnel peu nombreux, chargé du contrôle et de la préparation de toute la machinerie, ingénieurs, mécaniciens, menuisiers, etc. Ceux-ci constituent une classe supérieure, composée de savants et d'hommes de métier... ». Il avait insisté aussi à plusieurs reprises dans Le Capital, sur la séparation de la fonction et de la propriété du capital. Mais ce n'est que longtemps après lui qu'il a été possible de se rendre compte que se développait un esprit technicien tout à fait différent de l'esprit prolétaire. Dans ses « Réflexions sur l'économie dirigée », H. de Man écrit que « l'homme dont la fonction est d'organiser la production est naturellement porté à exalter cette activité par rapport au rôle qu'il considère volontiers comme subordonné ou même parasitaire, du détenteur de capitaux ou du spéculateur ». Il est même porté à vouloir étendre cette activité à l'extérieur de la fabrique. Le congrès de la Taylor Society, décembre 1930, dans son nouveau programme de revendications demande « l'application des principes d'organisation scientifique développées et expérimentées dans l'entreprise individuelle à l'économie comme telle, considérée comme une grande entreprise, dans laquelle tous les membres du monde économique sont ensemble ouvriers et actionnaires ». Mais ces techniciens ne se séparent pas seulement des propriétaires de capitaux ; chargés de travaux d'organisation ou de direction ils ont une tendance naturelle à considérer les ouvriers comme des manœuvres qu'il est possible et même moral « dans l'intérêt de tous », de manier et d'utiliser rationnellement, le seul critère de leur travail se trouvant être l'efficiency. Ils subissent la déformation de tous ceux qui détiennent une parcelle du pouvoir. Dans leurs bureaux d'étude ou de direction ils jouent avec la matière humaine aussi inhumainement que l'officier qui dirige de son P.C. Les opérations militaires sur un front éloigné. Par la force des choses toute autre considération que celle du rendement leur devient étrangère. Ils sont même prêts à concéder que chacun, l'ouvrier et le manœuvre comme le technicien, joue un rôle utile dans la société mais ils tiennent à ce que chacun ne joue que ce rôle et reste à sa place. Personne n'est plus antidémocratique qu'un technicien. « Comment permettre qu'un manœuvre viennent se mêler de choses qu'il n'entend pas, qu'il ne peut pas entendre, faute des études, des longues études nécessaires ? ». Et, il faut reconnaître, que dans la division du travail telle que le mode de production l'a développée, la séparation des travaux intellectuels et manuels s'est faite de plus en plus profonde.

Les fonctionnaires participent à cet état d'esprit dans la mesure où ils prennent conscience de leur rôle d'organisation et de direction dans l'Etat moderne et de la supériorité que leur donne leur savoir – je ne dis pas leur culture – sua la masse primaire des manœuvres.

Les employés de commerce et les ouvriers agricoles nécessiteraient une étude plus détaillée et fouillée ; il suffit ici de constater que ces nouveaux salariés se séparent nettement par leurs goûts, leurs besoins, leur mentalité, du prolétariat industriel.

A l'intérieur de prolétariat industriel lui-même, un autre phénomène a introduit une différentiation profonde: le chômage permanent. Tant que l'armée industrielle de réserve n'a été constituée que de chômeurs momentanés, comme sa qualification l'indique bien, car une réserve est faite pour y puiser à mesure des besoins, le chômage n'a eu d'autre résultat que d'abaisser le niveau des salaires par la concurrence sur le marché du travail. Mais dès l'instant que les chômeurs deviennent pour une large part des sans-travail permanents et sans espoir, il se forme à côté de la mentalité de l'ouvrier une mentalité fort différente, voire même opposée. Et plus les années passent moins les chômeurs sont composés d'anciens ouvriers. Les membres ruinés des anciennes classes moyennes, où les sans-travail des classes libérales, intellectuels ou artistes, ou les techniciens sans emploi, ne se prolétarisent plus : ils viennent directement grossir la masse des chômeurs. Les jeunes gens sortant de l'école demeurent souvent inactifs. Le capitaliste qui, il y a un siècle, faisait travailler les enfants au sortir du berceau ne sait plus aujourd'hui leur assurer du travail quand ils arrivent à l'âge adulte. Ainsi est créée peu à peu une masse de déshérités, coupés de travail et de l'action, que le désespoir fataliste mettra à la merci du premier mirage démagogique mais rendra incapable de parvenir à une conscience sociale progressive.

Une autre différence se marque entre ouvriers des grands monopoles et ouvriers des moyennes et petites entreprises, incapables dans la plupart des cas d'assurer le respect des lois sociales sans travailler à perte. Les grands monopoles étant les principaux fournisseurs de la défense nationale, la formidable accélération des fabrications de guerre accentuera encore cette différence, en assurant des surprofits qui permettront des sursalaires.

Loin d'égaliser la condition ouvrière, comme le prévoyait Marx, la marche en avant du capitalisme n'a cessé de développer une division du travail social « organique », c'est à dire augmentant les différences individuelles par la spécialisation.

Si le prolétariat n'augmente plus, s'il se divise en groupes discordants, il semblerait qu'au contraire, la foi en un progrès technique continu et illimité ait pu être renforcée par les prodigieuses acquisitions de la science moderne. Il suffit d'évoquer les immenses réalisations industrielles des deux mondes pour être convaincu par la puissance du génie constructif de l'homme et de considérer le rythme accéléré des découvertes et de leurs applications pour être persuadé qu'il n'y a pas de raison apparent de prévoir un arrêt, sinon celui qu'apportent les crises périodiques provoquées par les désordres capitalistes. Ainsi, il est tout naturel de penser que Marx avait raison de prévoir un conflit entre le développement des forces productives et le capitalisme. « A un certain degré de maturité la forme historique du procès de travail déterminée fait place à une forme plus élevée. On s'aperçoit que le moment d'une telle crise est venu dès que s'accentuent la contradiction et l'opposition entre les conditions de répartition et par la suite la forme historique déterminée des conditions correspondantes de production d'une part, et d'autre part les forces productives, la capacité de production et le développement de leurs agents. Il s'établit alors un conflit entre le développement matériel de la production et sa forme sociale ». Mais des doutes sont venus sur l'exactitude de cette conception.

Le développement des forces productives tend, en augmentant la productivité du travail, à augmenter la quantité d'objets utiles produits dans un même temps de travail. D'où est venue la revendication de la diminution de la durée du travail. Pourtant un examen plus attentif montre qu'on s'est souvent trompé sur les économies de travail apportées par l'introduction des machines automatiques, puis de l'énergie électrique : on ne regardait que la diminution des ouvriers au sein de l'usine transformatrice, on ne voyait pas l'augmentation correspondante de techniciens, d'employés, de fonctionnaires, d'intermédiaires à tous les échelons, que nous montrent si bien les statistiques d'ensemble.

On ne considérait pas non plus que le mode de production d'aujourd'hui a entraîné le besoin de la vitesse dans les relations entre les groupements humains. Rien de plus coûteux, en travail humain, que la vitesse. Pour doubler une vitesse donnée, ce n'est pas deux mains mais quatre, ou huit fois plus de travail qu'il faut. Des questions de prestige personnel ou national s'en mêlent. L'accélération de la vitesse est préférée à l'augmentation du matériel, moisn gaspilleuses des forces humaines quand elle est possible.

Sans compter que le même progrès technique, en mettant entre les mains d'hommes de moins en moins nombreux, la propriété d'entreprises de plus en plus gigantesques, de plus en plus hors de proportion avec les capacités humaines, a provoqué de nouveaux gaspillages, par impossibilité d'assumer des charges réellement écrasantes, et par la prodigalité qui accompagne toujours une certaine grandeur dans les entreprises humaines. On a trop oublié que tout achat représente le résultat d'un travail quelque part dans la société et que toute dépense inutile est du travail exécuté en pure perte, du travail qu'il aurait mieux valu économiser, dans une société mieux organisée, parce que du travail inutile c'est des loisirs perdus. Il faudrait écrire un éloge de l'avarice.

Julius Dickmann a signalé dans ses intéressantes études sur la production capitaliste que l'introduction imprudente des inventions nouvelles dans la production pouvait avoir pour conséquence une perte et non une économie de travail pour la société. Il suffit que la quantité de travail incorporée aux moyens de production de l'ancien outillage, dépasse la quantité de travail épargné par les nouvelles machines pendant le temps que les moyens de production devenus inutiles et sans valeur auraient pu fonctionner. « Plus on part d'une technique avancée, autrement dit plus les investissements consacrés à la production des machines de l'ancien type sont importants, et plus il faut de temps, bien entendu, avant que le fonctionnement plus économique du nouvel outillage puisse, une fois compensée la perte causée par l'introduction de cet outillage, être considéré comme un gain pour l'ensemble de la production. Et si, dans l'intervalle, on fait une nouvelle invention qui remplace le type de machine nouvellement introduit par un autre encore plus productif, alors la nouvelle invention n'arrive même jamais à jouer son rôle en épargnant du travail pour l'ensemble de la société ». Comme le dit Dickmann, ces remarques sont en tout cas bonnes à rafraîchir l'enthousiasme que l'on éprouve en général pour le progrès technique et rappellent utilement que le progrès ne signifie pas par lui-même un progrès économique et ne conduit pas nécessairement à une extension de nos possibilités d'existence. Beaucoup de difficultés qui paraissent venir du régime capitaliste lui-même appartiennent en fait aux innovations de la technique moderne et reparaîtraient aussitôt dans un régime socialiste.

La possibilité d'un accroissement continu de la productivité du travail est elle-même en question. A mesure que la productivité du travail augmente, s'accumulent les travailleurs occupés à entretenir, réparer et reproduire les moyens de production et de subsistance et diminuent les travailleurs qui peuvent être employés à produire des moyens de production et de subsistance « en excédent » qui permettront un élargissement futur de la production, inséparable d'une amélioration nouvelle de la productivité. Chaque nouveau progrès diminue la possibilité, dans l'état actuel des choses, d'un progrès futur. Il ne peut pas être question d'un progrès continu et illimité mais au contraire d'un progrès de plus en plus difficile, de plus en plus limité pour finalement devenir une régression. Le progrès technique n'a pas visé à produire le même nombre d'objets avec moins de travail mais à produire plus d'objets avec le même travail. Ce qui me fait dire que l'amélioration de la productivité est inséparable de l'élargissement de la production. D'où la nécessité des marchés extérieurs. La production d'objets simplifiés et unifiés dépasse la capacité réelle d'absorption du marché national. Il y a certes des causes venant du capitalisme lui-même, mais il y a aussi des causes techniques. Le socialisme, s'il prenait la suite technique du capitalisme, se trouverait devant la même nécessité impérialiste de lutter pour sa possession des marchés extérieurs. Marx dit bien qu'à mesure que la force productive se développe, elle entre en conflit plus aigu avec les fondements étroits des rapports de consommation. Mais il est évident qu'il pense que ce conflit n'aurait pas lieu si la consommation n'était pas limitée par la nécessité implacable des lois capitalistes. Or, il est non moins évident aujourd'hui qu'entre forces productives et consommation, il y a un conflit qui n'est pas de source capitaliste mais technique. Il vient de ce qu'on n'a pas cherché à travailler moins, mais à produire plus.

Il est possible de supposer une meilleure utilisation du génie humain ?

Peut-être, mais il n'en reste pas moins que nous nous trouvons devant un énorme appareil producteur, au contraire de ce qui était prévu par Marx. Ce qui a fait illusion, c'est qu'une avance considérable a permis aux vieux pays capitalistes de vivre aux dépens des pays moins évolués. Nos masses travailleuses ont bénéficié, pour une certaine part, de l'exploitation des peuples coloniaux ou en retard. Toute la technique moderne est basée sur cette exploitation. Mais, maintenant que l'avance de certains pays est perdue, maintenant que les exploités d'hier se dressent en concurrents, que va-t-il se passer ?

Le schéma marxiste d'une progression continue des forces productives, arrêté aujourd'hui par le capitalisme, libérée demain par le socialisme, ne résiste pas à l'examen de l'observateur non prévenu. La technique dont le socialisme s'est montré si jaloux pendant cinquante ans et si pressé d'en avoir la direction, a dilapidé les ressources naturelles de la terre et gaspillé le travail humain. Du point de vue humain qui devrait être toujours le point ed vue socialiste, l'appareil producteur capitaliste ne peut plus servir de base à un nouveau progrès, pour aller de l'avant il faudrait trouver une technique de production radicalement différente.

La progression du prolétariat en nombre et en cohésion a été arrêtée et remise en question par l'évolution des modes de production : le progrès technique continu et illimité que devait libérer la révolte du prolétariat grandissant se révèle lui-même comme illusoire et comme menant à l'appauvrissement de la communauté humaine : pour justifier la mission du prolétariat il ne reste que la notion plus intuitive de l'identité des revendications ouvrières et de la cause de la culture. Beaucoup de camarades, et des meilleurs, gardent un attachement sentimental aux ouvriers, en raison du passé héroïque du prolétariat industriel, par sympathie naturelle pour les exploités et par mépris pour le bourgeois, par révolte contre tout ce qu'il représente de conformisme repu, de sottise cruelle et d'inhumanité intéressée. La question est de savoir si les ouvriers sont demeurés ce qu'ils étaient, c'est à dire s'ils représentent encore le non-conformisme, l'élément critique dans la société. D'autres après Jaurès et de Man, pensent que les ouvriers n'ayant aucun privilège social, leur unique privilège est de n'avoir jamais besoin du mensonge, et que par conséquent la cause de la classe ouvrière est celle même de la culture. Mais des catégories d'ouvriers sont privilégiées par rapport à d'autres ; toute la classe ouvrière des vieux pays capitalistes est privilégiée par rapport aux travailleurs des pays en retard et des colonies, et le mensonge n'a jamais été aussi employé, si massivement et systématiquement utilisé que par une des organisations les plus influentes de la classe ouvrière.

Moins les hommes auront besoin de travail nécessaire pour vivre et se reproduire normalement, moins ils auront besoin du mensonge et plus ils auront de loisirs, de liberté et de goût pour les recherchent désintéressées, les études sans préjugé et les travaux personnels pour cimenter la vie sociale. La cause de la culture et de la liberté physique et morale de l'homme sont liées. La cause de la culture est entièrement séparée et opposée de celle des pouvoirs, quel qu'ils soient. IL y a opposition irréductible entre le pouvoir et la culture. L'un ne cherche qu'à gouverner, l'autre qu'à libérer les hommes. Il y a une malédiction réelle sur les fonctions de gouvernement de par la fonction même. Comment des marxistes ne le voient-ils pas ?

Or, le mouvement ouvrier s'intègre de plus en plus, par son mouvement normal, son évolution naturelle, dans l'Etat moderne. Le corporatisme mérite mieux que les réfutations de propagande ; il vient de plus loin qu'on ne le croit généralement et il serait utile de chercher enfin un jour, objectivement, quelle communauté l'unit aux besoins de la technique que nous a donnée le capitalisme et quel rapport existe entre l'organisation militarisée de la production et l'asservissement de la révolte ouvrière.

Marx disait que la manufacture estropie l'ouvrier et fait de lui une espèce de monstre en favorisant, à la manière d'une serre, le développement de son habileté de détail par la suppression de tout un monde d'instincts et de capacités. « Un certain rabougrissement intellectuel et physique est inséparable même de la division du travail dans la société en général ». Avec l'introduction des machines automatiques cette évolution s'exagère. « La séparation des puissances intellectuelles du procès de travail d'avec le travail manuel et leur transformation en moyens par lesquels le capital s'assujettit le travail, s'opère dans la grande industrie basée basée sur le machinisme. L'habileté particulière, individuelle de l'ouvrier ainsi dépouillé n'est plus qu'un accessoire infime et disparaît devant la science, les forces naturelles énormes et la masse de travail social qui, incorporées au système mécanique, constituent la puissance du maître ». La subordination technique des ouvriers crée une discipline toute militaire et supprime l'initiative individuelle.

Cette séparation entre activité intellectuelle et activité manuelle dans le procès de production s'est étendue à l'extérieur, dans les organisations politiques et économiques du prolétariat. Il s'est formé une sélection entre cotisants de la base et techniciens de l'action militante, et les méthodes se sont modifiées en conséquence. Le manœuvre de l'usine est devenu le manœuvre du parti et du syndicat et, en fait ne participe pas plus à la direction ici que là. La démocratie meurt dans les organisations ouvrières comme elle meurt dans la société bourgeoise. Les organisations sont dirigées par des militants dont les intérêts coïncident avec ceux des techniciens de la production. On pouvait espérer, avant 1936, qu'un mouvement de révolte puissant balayerait les bureaucraties parasitaires. Ce n'est plus permis aujourd'hui. Nous sommes loin d'une classe ouvrière agissant par erreurs redressées et surmontées, sans préjugé et sans dogme, rejoignant la production culturelle du savant désintéressé, uniquement passionné de vérité.

La cause du mouvement ouvrier ne rejoint plus celle, par l'intermédiaire de ses bureaucraties dirigeantes, d'une sélection de techniciens de toutes espèces, épris d'ordre et d'organisation scientifique, ou prétendue scientifique, mais aussi de subordination hiérarchisée de la société sur le modèle de la production. La classe ouvrière se révèle non comme l'héritière culturelle du passé et l'accoucheuse de l'avenir mais comme l'appendice manuel d'une société dégénérescente et condamnée avec elle. Sa mission disparaît, et il ne peut rester d'espoir que dans l'éternel besoin instinctif de justice, d'égalité et de vérité que seront seuls à représenter les non-conformistes de toutes origines, soumettant la décourageante et complexe situation actuelles à l'implacable critique de l'esprit objectif, pour préparer l'avenir, en attendant les catastrophes inévitables.



dimanche 2 mai 2021

Les ballons crevés de la CGT

 

CGT collabo !

Ne manquez pas en fin d'article les déductions "fachistes" de gauche et extrême gauche bourgeoises (à suivre)

Le commis de la bourgeoisie Martinez bafouillait, bredouillait, cherchait ses mots... évitait de répondre à la question du journaliste de LCI : « CGT collabo ! Ça vous fait quoi ? ».


Le bonze syndical rétribué plus de 4000 euros par mois par une maternité gérée par la mafia CGT, comme Séguy et Marchais l'étaient par la caisse de retraite des concierges (sic)1., il tremblotait non de colère mais de peur.

La manif chétive, pas seulement en raison du Covid – la CGT est en inexorable déclin - s'apprêtait à défiler gnangnan comme dab, hélas elle fût freinée deux heures d'entrée de jeu par des black blocs, mais pas seulement... Les journalistes oublièrent de préciser que cela fait des années, en particulier depuis les gilets jaunes, qu'une forte proportion de manifestants se postent systématiquement devant, en avant des cortèges syndicaux. Les gros bras CGT ont sans doute voulu cette fois-ci nettoyer ces ci-devant... Mais peine perdue ils seront attendus à la sortie.

Derrière la banderole pleurnicharde « Pour l'emploi, les salaires, les services publics, la protection sociale, les libertés et la paix dans le monde », le ronron habituel, quoique clairsemé, avait fini par s'ébranler pour finir par être ébranlé au terme du défilé place de la Nation. Plusieurs vidéos montrent des charges violentes de jeunes cagoulés ou pas contre les gros bras en service de sécurité syndicale, jets de projectiles, fanions et drapeaux CGT déchirés ; on voit aussi la police de la CGT arroser de gaz lacrymogène les assaillants qui crient en effet « CGT collabo » et « cassez vous », pas ce que suggère le communiqué CGT :

« Un important groupe d’individus, dont certains se revendiquant gilets jaunes, ont fait usage d’une extrême violence à l’encontre des manifestants », peut-on lire dans le communiqué de la CGT. « Insultes homophobes, sexistes, racistes ont précédé des actes de vandalisation des véhicules des organisations (syndicales, ndlr), et, bien plus grave, la haine s’est exprimée par un déchaînement de coups et de jets de projectiles. Notre organisation, la CGT, était particulièrement ciblée », poursuit le syndicat ».(titré : Violences inacceptables contre le monde du travail)

Non ! violences contre les mafias syndicales !

Les insultes prétendues sont à la mode et bien sûr inventées par l'appareil syndical affolé, pourquoi n'a-t-il pas ajouté non plus « fascistes », comme au temps de son règne stalinien pour discréditer tout adversaire dans la classe ouvrière ? En plus il est en effet simplet de la part des journalistes d'assimiler tous ces assaillants aux seuls black blocs.

Cette agression frontale du SO syndicrate est du jamais vu, de ma propre mémoire. Il y a toujours eu naguère des bagarres dans les coins avec les gros bras. J'en ai vu tabasser des manifestants qui ne voulaient pas rentrer dans le rang il y a trente et quarante ans. Ils m'ont moi-même envoyé à l'hôpital alors que je me contentais de diffuser un journal avec pour titre « Révolution Internationale » (en 1979). J'ai vu aussi des manifestants remis à la police par ces zélés « flics syndicaux ».

En ces temps lointains l'armada CGT faisait la loi. Maintenant c'est fini, et ils peuvent s'attendre les

Les complices

prochaines fois à ce que leurs ballons ridicules soient encore crevés. Les petits politiciens Mélenchon et Roussel sont venus caracoler et le représentant du parti à 2% (le PCF) ledit Roussel a fait le malin en déclarant « on commence à exploser de colère » ; or, pas de pot, la colère c'est plus seulement contre Macron mais contre tous ces faux-cul de la gauche bourgeoise qu'elle explose.


LA PRESSE COLLABO

Toute la presse de gauche n'a ce jour rien dit sur ces « tensions en fin de manif », France infaux, Libération, L'OBS, 20 minutes. Motus bouche cousue. C'est ce qui s'appelle de la sidération car on n'a pas besoin de ces lâches pour s'informer. Sidérés mais pas pour longtemps ; ça va gloser et interpréter et moraliser avec avidité sur les plateaux bistrots des TV et radios. Mais notons pour l'instant la complaisance de la presse et ses minauderies avec le chefaillon Martinez décrit comme en colère et ferme, alors que son interview par LCI le montre piteux, presque tremblotant, interloqué et déstabilisé par les questions simples du journaliste.


Parmi les assaillants il y avait des black blocs qui ne sont certes pas la fine fleur de la classe ouvrière, qui ne me sont pas désagréables pourtant lorsqu'ils pètent des vitrines de banques ou d'agences immobilières, mais sans aucun projet politique ni graine de réflexion dans la cervelle. Par contre on a aperçu des gens qui se considèrent encore gilets jaunes, et qui se rappellent ne pas avoir été soutenus par les mafias syndicales, voire traités de « fascistes » par celles-ci et leurs obligés islamao-gauchistes (excusez la faute de frappe). On a pu voir aussi l'extrême jeunesse de ces divers assaillants, voilà qui est inquiétant pour tous les clans syndicaux en charge de la protection de l'Etat.

Il n'y a pas que dans la tête de ces jeunes hétéroclites et sans parti de référence qu'on considére que les syndicats sont des pourritures, les ouvriers licenciés eux aussi, qui ont vu les appareils étatiques « accompagner » les fermetures de boites, ou les combines pour sauver quelques uns en laissant les autres sur le carreau, et combien qui refusent désormais de prendre une carte syndicale ?


Ce crachat contre la flicaille syndicaliste est-ce l'Annonce d'une explosion plus vaste et plus pesée socialement ou bref feu d'artifice ? L'avenir proche nous le dira, mais à mon avis certainement pas un feu de paille. Et la symbolique est terrible. Même en 68 on n'osait pas cogner contre les « traîtres » professionnels.


 « Dans les pays de vieille culture parlementaire démocratique, la bourgeoisie a admirablement appris à agir non seulement par la violence, mais aussi par la tromperie, la corruption, la flatterie, jusqu'aux formes les plus raffinées de ces procédés. Ce n'est pas pour rien que les « déjeuners » des « leaders ouvriers » anglais (c'est à dire des commis de la bourgeoisie chargés de duper les ouvriers) sont devenus célèbres et qu'Engels en parlait déjà. La réception «exquise» que fit monsieur Clemenceau au social traître Merrheim, les réceptions aimables faites par les ministres de l'Entente aux chefs de l'Internationale de Berne, etc., etc., relèvent du même ordre d'idées. « Vous, instruisez les, et nous, nous les achèterons », disait une capitaliste anglaise intelligente à monsieur le social impérialiste Hyndman, qui relate dans ses mémoires comment cette dame, plus avisée que tous les chefs de l'Internationale « de Berne » réunis, jugeait les « efforts » des intellectuels socialistes pour instruire les leaders socialistes issus de la classe ouvrière ».

 

Lénine (Les tâches de la IIIe Internationale)




les pépères récup au bureau


1Toutes révélations qui se trouvent dans mon livre « L'aristocratie syndicale » sous-titré « Le syndicat instrument de l'Etat », publié en 2010, pages 335 et suivantes sur le financement louche de tous les syndicats.


Pour les « déductions » des potes islamo-gauchistes les assaillants du 1er mai étaient manipulés par les « fachistes » (suite)


Les islamo-trotkistes du NPA avec leur syntaxe débile se gardent toutefois de qualifier de fachistes les assaillants, sans doute au souvenir le leur propre tabassage de naguère par les gros bras CGT :

«  En prenant à partie le service d’ordre de la CGT et au-delà des militantEs de cette organisation syndicale, quelques dizaines de manifestantEs non identifiés ont commis des violences inacceptables contre une composante du mouvement ouvrier. Dégâts matériels contre les véhicules, insultes et attaques physiques contre des militantEs de la CGT et celles/ceux qui en prenaient la défense… Ce sont des méthodes qui n’ont rien à voir avec notre combat social. Nous ne confondons pas le nécessaire débat stratégique autour de la construction des mobilisations et des moyens de défendre les revendications du monde du travail avec l’action violente d’une petite minorité masquée. Nous tenons à assurer la CGT et ses militantEs de notre entière solidarité. Nous dénonçons aussi l’hypocrisie de ce gouvernement qui fait mine de regretter ces agressions contre la CGT, alors qu’au quotidien il réprime ou laisse réprimer les syndicalistes depuis des années et ne cesse d’attaquer le droit du travail. Il y a urgence à ce que les différentes composantes du mouvement ouvrier, forces sociales et partis politiques, se rencontrent pour discuter de quelle stratégie pour les mobilisations, et de quelle action pour protéger nos manifestations.

Montreuil le dimanche 2 mai 2021

Le bonze télévisé Benjamin Amar en a marre, c'est encore un coup de l'extrême droite. Seul collabo à être invité sur une chaîne en perte de vitesse face à CNEWS, Benjamin Amar s'exprime sur BFMTV, dimanche 2 mai 2021. Même s'il juge la question "assez compliquée"(sic), Benjamin Amar ne nourrit pas trop de doutes quant à la provenance idéologique de ceux qui ont violenté les cégétistes parisiens du 1er-Mai. Invité à réagir ce dimanche sur BFMTV aux insultes subies par le cortège de la CGT durant les manifestations, ce membre de la direction du syndicat contestataire s'en est tenu à "des déductions" (belle peau de banane du jouranliste de BFMTV) :

"Les insultes racistes, sexistes et homophobes, elles ont (...) été foisonnantes. En plus de ça, il y avait des insultes de classe", rapporte-t-il."Alliés objectifs ». Et le syndicaliste de donner un exemple. "À plusieurs reprises on a eu « elles sont à combien les merguez?' Alors ça je vais vous dire, c'est typiquement les insultes de l'extrême droite", assure Benjamin Amar. Pourtant la CGT vend bien des merguez au milieu de ses déductions et affabulations !

"Quand on s'en prend ainsi à un cortège CGT un 1er-Mai, idéologiquement, on est bien évidemment identifié. (...) Le 1er-Mai, Marine Le Pen a déposé sa gerbe devant la statue de Jeanne d'Arc en toute tranquillité, y a pas eu de problème", a regretté le bonze. Invoquant le marxisme, le syndicaliste en cite une notion "assez utile" à ses yeux, celle des "alliés objectifs", don le fachisme qui pourtant n'existait pas plus au temps de Marx qu'aujourd'hui.

Donc le marxisme CGT est un « marxisme collabo ».

Libé reste très neutre (clientèle bobo « insurrectionnaliste » oblige), ne donnant la parole qu'à une bonze syndicaliste qui demande pour les prochaines fois... une meilleure protection policière pour les « social-traîtres » !

Du côté de France-infaux le préposé collabo est Sylvain Boulouque présumé historien des mouvements sociaux mais lui aussi ordure flicarde sans nuance pour cracher sur toute révolte.

Quant au collabo national-pétainiste, le nain Zemmour, qui ne comprend que pouic à la situation sociale et aux besoins du prolétariat, du haut de sa petite taille il n'a rien trouvé de mieux que d'accuser encore et toujours  Robespierre, Lénine mêlé à Staline, et résumer le tout à une simple bagarre d'anarchistes contre les "autorités", alors qu'il prétend par ailleurs que la CGT ne sert plus à rien. Quel petit con.

Le 4 mai c'est le principal "Berger" social, collabo fort bien rétribué lui aussi, qui insulte et appelle à...dénoncer:

«Violence bête et aveugle», «gens décérébrés [...] qui vont se déchaîner sur une manifestation et passent à autre chose le lendemain», «ultraviolents», «extrémistes»... Le chef du syndicat réformiste a eu des mots durs envers les auteurs des violences, des «militants antisystème [...] qui sont parfois de petits-bourgeois» s'en prenant à des militants CGT sincères. Laurent Berger n'a pas souhaité s'avancer sur l'appartenance politique de ces personnes, ajoutant que cela n'avait «plus de sens [...] à ce niveau-là de violence». Les bonzes CGT si, devinez quoi?

jeudi 29 avril 2021

Patapouf Anasse président ?



Fin juillet 2018, je m'étais penché sur la crise souterraine du NPA, crise interne peu médiatisée. Je me hasardais à pronostiquer un éclatement inévitable, énième effritement du courant trotskien, posant la question d'un soi-disant « retour à la centralité de la classe ouvrière ? » :

«  La tension sociale et les craintes du prolétariat face à un avenir catastrophe sont pour beaucoup plus dans cette crise du NPA qu’une histoire de rivalité avec la secte bourgeoise LFI. La petite bourgeoisie multicultiraliste et islamocompatible perd pied face au malaise induit par la montée du gangstéro-islamisme et le pourrissement des relations sociales à cause des exactions (pas incivilités) parfois meurtrières contre les simples prolétaires, soutenues et théorisées par le milieu interlope des racialistes. Même avec une procréation politique assistée le trotskisme ne pourra pas constituer une arme bourgeoise pour freiner ou dissoudre le combat de classe, il se verra réserver plus probablement un strapontin au sein d’un conseil ouvrier transgenre, mais sans voix décisive au chapitre du prolétariat »1.

Le coup tordu que vient de faire aux officiels du NPA leur tendance dite CCR-Révolution permanente2 - balancer tout de go la candidature à la présidentielle bourgeoise d'un certain Anasse Kazib, sans consulter l'organisation dont la sous-secte est affiliée et tributaire – est dans la manière très « léniniste », (cf. le comité central c'est moi et je décide ce que je veux »). On verra par après la vacuité du gang à Kazib, mais aussi les réponses empruntées et gênées de sept membres du comité central du NPA. La véritable raison n'est pas seulement qu'un petit chef syndicaliste veuille pousser jusqu'au bout la logique islamo-gauchiste de la pire branche girouette du trotskisme, mais que le NPA ne veut pas renouveler l'expérience désastreuse du coup de la candidate voilée.

Début février 2010 Olivier Besancenot avait défendu un projet « tout à fait révolutionnaire »: permettre à une femme voilée de représenter le NPA. Il avait affirmé qu'une femme peut être « féministe, laïque et voilée », puis qu'une femme voilée, «c'est l'image de notre intégration dans les quartiers». Il avait confirmé que le NPA présenterait - sur la liste du Vaucluse, en région Paca - une jeune candidate qui porte le voile : Ilham Moussaïd, étudiante et trésorière départementale de son parti, membre du «comité populaire» à Avignon. Patatras, on peut même faire remonter la trouvaille du terme islamo-gauchiste à cette époque quand moi je me contentais encore de les qualifier d'islamophiles foireux. Cette candidature cautionnant une religion arriérée (surtout pour la condition féminine) avait fait sombrer le NPA dans le ridicule total, même à chaque fois qu'il essayait de se justifier. Le NPA a survécu péniblement à cette bévue cocasse au fond, et a fait pire entre-temps en tenant meetings communs avec intégristes et pitres racialistes.

Le projet autour de Patapouf Anasse était du même ordre - « Un jeune ouvrier issu de l'immigration à la présidentielle » - d'où refus du comité central piteux de compter dans son orga un individualiste pareil, boosté dans son orgueil de présumé « représentant des jeunes des quartiers », pour avoir été un temps toléré comme grande gueule sur RMC. Certains médias ont toutefois relevé l'ambiguïté islamophile de Patapouf – mais toute démagogie n'est-elle pas comestible sur le plan électoral bourgeois ? - le 10 novembre dernier, participant à la « manif de la honte » contre « l’islamophobie », il avait déclaré : « On a des collègues, aujourd’hui, qui se font licencier parce qu’ils ne disent pas bonjour, ne serrent pas les mains, ne font pas la bise ! », lesquels mensonges avaient été soutenus par un tonnerre d'applaudissements des syndicalistes divers du NPA. La « lutte contre l'islamophobie » allant de pair avec « la convergence des luttes ».

Les 7 rusés politiciens du CC du NPA – qui signent le communiqué dénonçant la félonie de Patatpouf - ont bien compris en outre qu'il s'agissait d'une attaque contre la possible majorité de l'orga. Cette « fraction », je dirais plutôt ce «bout de gras» du NPA, existerait depuis trois ans au sein de l'orga, peut-être plus.

Leur site « Révolution permanente » - dit « nouveau site d'information d'extrême gauche » - est réalisé par les zozos de ce CCR (Courant communiste révolutionnaire) du NPA, un courant fortement lié au Partido de los trabajadores socialistas (PTS) argentin, et dont le site Internet sert d’ailleurs de modèle à « Révolution Permanente », vieille rengaine du Trotsky décati. Le PTS est une des nombreuses scissions du Movimiento al Socialismo, créé par le guru du trotskysme argentin Nahuel Moreno, qui passa sa vie à osciller selon les opportunités entre lambertisme, sandinisme et péronisme de gauche.

Leur site « Révolution permanente » est surtout la vitrine du CCR. Il fait preuve d’un activisme sans relâche, d’une lutte « antiraciste » au soutien, yeux fermés, au gang Traoré, faisant usage du fait divers comme fait politique, ne reculant ni devant les images et les titres racoleurs, ni les sources douteuses. Mais avec une insistance perverse et truquée sur la « centralité de la classe ouvrière », comme je l'avais subodoré en 2018 sans connaître l'existence de ce gang interne. Cette classe (surtout imaginée comme composée uniquement d'exploités cher UBER et de djeuns de banlieue) n'est que le décor pour afficher un langage « radical », qui donne ce qui suit; je retranscris une partie de la bouillie et des salades de sa présentation en vidéo, dégoulinante de forfanteries et d'exploitation de faits divers certes racistes mais certainement pas destinés à éveiller à la conscience politique :

«Moi militant de Sud-rail... il rappelle la participation de ses grands parents pour la patrie... je suis un jeune de banlieue... on (qui?) va essayer de porter cette candidature... ce qu'on veut c'est une vraie rupture révolutionnaire avec le capitalisme, le racisme, les idées révolutionnaires doivent apparaître dans cette élection présidentielle sinon qui les fera... On veut un Etat des travailleurs... c'est nous les ouvriers qui produisons tout... avec le covid y bouffent dans les restos hors de prix pendant que ceux d'en bas font la queue pour un sandwich...y a une dégénérescence du capitalisme... un jeune des quartiers populaires c'est ultra-subversif... pas avec un programme tout fait mais avec un projet révolutionnaire pour la classe ouvrière... on est la génération Adama, la génération Georges Floyd... on veut faire entendre la voix des quartiers populaires... même si c'est une pré-candidature... On ne peut pas faire confiance aux « directions syndicales » ni à LFI, Mélenchon il veut conserver le capitalisme... avec le comité Adama, les antifascistes... tous ces comités se rejoignent, avec la jeunesse écologique, les femmes, l'objectif c'est tout renverser, renverser la table. On est prêts, radicaux, révolutionnaires, notre camp c'est celui des gilets jaunes, les combats pour la retraite, etc. »

Anasse récupère au passage les pauvres gilets jaunes qu'il traitait de « fachistes » au départ comme tous les divers compères trotskiens. Les dits quartiers populaires ils votent pas vraiment, ou sur clientélisme, et à Trappes le mode de vie islamique l'emporte sur toute connotation ouvrière. Comme les autres bouts de gras du NPA ces gens-là vont hurler contre les tags sur une mosquée mais se fichent de l'égorgement de la prolétaire de Rambouillet ou de l'égorgement de Samuel Paty, comme ils seront joyeux le jour où un autre taré zigouillera la petite Mila.

C'est bourré de confusion, de vieilleries trotskiennes tel le front unique, tel rompre avec les directions syndicales, tel le parti cocotte minute ressorti du tombeau, pensant à la place des masses incultes. C'est un curieux mélange dogmatique de lambertisme ou de spartacist gigue mais baigné dans la marmelade des révoltes en tout genre où la « centralité » exaltée de la classe ouvrière n'est que la crème Chantilly pour protéger la centralité du parti (ce qui est en réalité insulter le parti tel qu'on pouvait le concevoir dans le mouvement ouvrier ascendant), car cette bande de rigolos ne sera jamais ni parti ni révolutionnaires3.

Une pré-candidature qui ne passe pas

Laissons-les régler leurs comptes entre eux et s'exclure mutuellement comme d'hab. Ils sont assez représentatifs de ce qui a laissé la gauche bourgeoise-écolo-racialo-féministe pantoise et disqualifiée aux yeux du prolétariat: leur incapacité congénitale à reconnaître ce qui ne va plus avec l'immigration, l'islam et une violence contre les flics qui n'est pas du tout révolutionnaire. Enfin tout ce pourquoi la gauche bourgeoise et son extrême gauche ont déjà perdu les élections et ne les gagneront plus pour un long moment. La réponse du CC (provisoire) de ce qui va rester du NPA a une certaine tenue mais n'ose pas attribuer à leurs collègues des méthodes staliniennes, mais on n'est pas dans les couloirs du NPA où fusent quolibets et insultes ; sans doute parce que leurs méthodes « démocratiques » ne valent pas mieux.

« Le problème n’est ni la personnalité d’Anasse ni le fait que la démarche serait inédite (sic). Ce qui est en jeu est une façon de faire de la politique, une manière de concevoir les rapports militants et un certain type de projet organisationnel. Autant le dire d’emblée : l’histoire colportée par le CCR-Révolution permanente, selon laquelle la démarche entreprise se ferait dans le respect du fonctionnement du NPA et de ses militantEs, ne convainc personne dans le NPA, à l’exception des membres… du CCR-Révolution permanente. Et pour cause : l’annonce publique de la « pré-candidature » d’Anasse Kazib et la campagne publique qui est menée depuis constituent de facto une rupture avec les principes du NPA, son fonctionnement et ses modalités de prise de décision, entre autres concernant les candidatures à la présidentielle.

« Le NPA — comme avant lui la LCR — n’a jamais fonctionné avec un système de « pré-candidatures » individuelles, a fortiori annoncées à l’extérieur de notre organisation, et ce pour au moins deux raisons : le rejet de la personnalisation et la volonté de garantir au maximum aux militantEs du NPA la possibilité de faire leurs choix démocratiquement et sans pression extérieure. Des centaines de militantEs ont ainsi été choqués qu’un membre du NPA annonce lui-même, en premier, publiquement, sur son compte Twitter, sa propre « pré-candidature » à la présidentielle, après l’avoir « teasée » pendant plusieurs jours. Annonce suivie deux jours plus tard d’un « communiqué de presse officiel » signé d’Anasse lui-même et rédigé à la première personne (avec 19 « je » dans ledit communiqué)…  (…) Et il ne suffit pas, comme on peut le lire dans ledit « communiqué de presse officiel », de prétendre se référer à la Commune de Paris, citation de l’appel du comité central de la garde nationale à l’appui, pour faire illusion : « Ceux qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre propre vie, souffrant des mêmes maux ». Certes. Mais c’est dommage d’avoir oublié la suite : « Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c'est aux électeurs à choisir leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter. »

« Comment peut-on en effet raisonnablement envisager que nous ayons un débat et un processus démocratiques au sein du NPA si, dès le départ, ce processus est mis sous la pression d’une campagne menée pour et avec l’extérieur ? Nous n’avons jamais procédé de la sorte, et pour cause : un parti qui fonctionne de manière démocratique doit être libre de ses choix, ce qui ne signifie évidemment pas qu’il évolue en étant étanche au monde et aux pressions extérieures, mais qu’il se dote des outils pour pouvoir résister au mieux à ces pressions et prendre ses décisions collectivement et démocratiquement. La campagne lancée par le CCR va exactement à l’inverse : il s’agit ni plus ni moins que de favoriser ces pressions en entretenant délibérément la confusion entre une campagne externe, à propos de laquelle le tout-venant est invité à se prononcer, et un processus de discussion/décision interne qui regroupe les seuls militantEs du NPA.  

...Une candidature du NPA pour la présidentielle ne peut être légitime qu’à l’issue d’une conférence nationale du NPA, préparée dans les comités du NPA. Mais au-delà, la logique des primaires ne faisant pas partie de notre logiciel politique, le choix d’une candidature doit être précédé d’un débat sur l’orientation et le projet, impliquant l’ensemble des membres du parti, et certainement pas d’une course de petits chevaux entre « pré-candidatEs », à moins de vouloir importer les logiques d’écurie dont on mesure les effets dans la plupart des partis institutionnels. (…) De manière plus globale, ce à quoi nous assistons n’est rien d’autre qu’une offensive en règle menée contre le NPA par un groupe politique autonome, le CCR-Révolution permanente, qui envisage en réalité la « pré-candidature » d’Anasse Kazib comme la rampe de lancement d’une nouvelle organisation, un « Parti révolutionnaire des travailleurs », les membres du CCR expliquant et écrivant qu’ils et elles entendent aller « jusqu’au bout ».

« La démarche actuelle du CCR est cohérente avec le comportement que ce groupe a adopté depuis de longues années vis-à-vis du NPA, duquel les militantEs du CCR sont formellement membres mais tout en s’organisant de manière séparée : réunions « Révolution permanente », organisations étudiante et féministe autonomes (« le Poing levé » et « Du pain et des roses »), articles et vidéos publiés sur le média « Révolution permanente » sans jamais rien proposer aux médias du NPA, etc. Le NPA est en réalité envisagé non comme un outil commun à construire mais comme une organisation dont il s’agit de tirer profit pour ses propres intérêts de boutique, en bénéficiant notamment de son logo, de son influence, de sa trésorerie, de la popularité de ses porte-parole, etc. »

(...)« Anasse Kazib n’est donc ni le candidat, ni même le « pré-candidat » du NPA à l’élection présidentielle de 2022.  Montreuil, le 5 avril 2021 ».

Ces bisbilles entre trotskiens n'intéressent en rien la classe ouvrière, vulgaires chamailleries entre léniniens et staliniens tout au plus et qui ne touchent pas aux questions de fond. En particulier sur le type de combat à privilégier du point de vue de la classe ouvrière. Je reviens sur ce que j'ai dit par ailleurs, le cas Anasse comme celui de la candidature voilée montre le danger d'importer (de l'extérieur) une « conscience islamiste » en lieu et place de la conscience de classe, elle-même découpée en revendications des bobos écolos, féministes, antifas, antiracistes, anti ceci, anti cela, et toutes les couleurs de la psychologie se posant en remplacement de toute sérieuse réflexion sur ce qu'est réellement la pensée révolutionnaire aujourd'hui. Et où l'histoire semble avoir perdu la raison.


NOTES

1VERS UN TROTSKISME TRANSGENRE version américaine ?https://proletariatuniversel.blogspot.com/search?q=crise+au+npa

2Le label CCR = Courant Communiste Révolutionnaire, est étrange au départ. Vol de sigle ? Pied de nez au CCI = Courant Communiste International, qui n'est tout de même pas un groupe de rigolos faussement révolutionnaires comme le gang de Patapouf. Le CCI ne semble même pas s'être aperçu de l'existence de ce prototype de secte lénino substitutive, et il a raison de s'en foutre, des sectes trotskiennes on en compte à la pelle. Ce sera un des confettis de l'éclatement du NPA.

3Voir l'interview d'un autre petit chef de cette « fraction » délirante qui se présente comme anticorporative et internationale : « ...le but était aussi, sinon surtout, de forger un outil au service de notre classe, de tous les prolétaires d’aujourd’hui, sur le terrain direct de la lutte du monde du travail, mais tout autant pour la défense des droits démocratiques et la mise en avant de revendications démocratiques radicales et transitoires, contre le racisme, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, mais aussi la catastrophe écologique que produit par nature le capitalisme etc. – avec les méthode de la lutte des classes comme disait Trotsky dans son « Programme d’action » pour la France en 1934.Le pari que nous faisons consiste à renouer explicitement, évidemment dans les coordonnées historiques, politiques et technologiques propres à notre époque, avec la conception léniniste du « parti-presse », jouant le rôle d’organisateur collectif non seulement de ses militants, mais aussi des secteurs de notre classe auxquels nous nous adressons en priorité, conception telle que Que faire ? l’avait esquissé en 1902. À l’instar de nos camarades qui animent le réseau de quotidiens en ligne La Izquierda Diario dans un certain nombre de pays ».Lénine doit se retourner dans son mausolée.