LA CONSTITUTION DE RÉVOLUTION
INTERNATIONALE
par Michel Roger (1948-2024)
Voici le meilleur historique de
la fondation du groupe Révolution Internationale, factuellement et
humainement, de plus relu et approuvé par des personnalités
politiques incontestables, connues pour leur droiture et intégrité,
du mouvement maximaliste. Comme rappel qu'on n'oublie pas Michel pour
son long combat politique communiste de toute une vie, deux ans après
sa disparition. JLR
Article mis en ligne le 21
février 2023 par ArchivesAutonomies
https://archivesautonomies.org/spip.php?article5651
Les deux à trois années qui précèdent Mai
1968 furent des années de remontées des luttes ouvrières ;
les années suivantes (1969-1975) connurent une grande ferveur
politique et une effervescence militante, voilà pourquoi nous avons
souhaité, dans les lignes qui suivent, être le plus précis
possible afin de permettre aux lecteurs de se rendre compte des
tâtonnements des uns et des autres pour se faire une opinion, de
l’ambiance et des liens existants entre les différents
protagonistes, groupes ainsi que des discussions intenses et
fiévreuses qui se sont déroulées entre eux, parfois des nuits
entières.
L’histoire politique du milieu
révolutionnaire au cours de ces années de braise est compliquée et
agitée. Nous nous excusons, encore une fois, auprès des lecteurs de
cette façon de rédiger l’histoire, mais comment faire vivre
autrement un tel bouillonnement. Il restera aux lecteurs de faire un
effort pour lire l’ensemble des documents cités pour appréhender
l’effervescence et suivre le positionnement des différents groupes
et individus cités. Toutefois, comme un très grand nombre de revues
et documents de l’époque cités sont et seront à disposition sur
ce site avec des renvois par un clic, l’effort devrait en être
facilité, nous en faisons le pari.
Encore quelques mots :
"Nous voudrions voir planer l’histoire
dans cette région sereine où il n’y a ni passions ni rancunes ni
désirs de vengeance. Nous lui demandons ce charme d’impartialité
parfaite qui est la chasteté de l’histoire." .
...écrivait Fustel de Coulanges, cet historien
traditionaliste auquel rien ne m’attache.
Ce ne sera pas le cas pour nous ! Nous
faisons partie des historiens engagés !
1- L’Internationalisme chevillé au
corps : d’Internacionalismo à RI (1966-1968)
Dès leur
naissance Internationalisme comme Internacionalismo étaient
internationalistes, non seulement par leur composition :
espagnols, français, égyptiens et vénézuéliens, etc., mais
encore par leurs positions politiques et théoriques et aussi par
leurs pratiques. Internacionalismo s’est
toujours défini comme partie du mouvement communiste mondial
renaissant et a recherché des contacts internationaux. C’était
une pratique et une préoccupation constante et une raison d’exister
dans une période difficile où les organisations révolutionnaires
étaient quasi inconnues et inexistantes. Tout déplacement dans le
monde de leurs membres était l’occasion de mettre en pratique
cette préoccupation et d’établir des contacts, de renforcer le
travail international comme le montre l’envoi de la délégation
d’Internacionalismo au
Congrès de News and
Letters [1] à
Détroit en 1964, puis l’activité de ses membres en France,
Suisse, Espagne, Italie, Chili, Argentine, Pérou ou aux USA à New
York.
En septembre 1966, "Raoul" pour
continuer ses études, s’installe à Toulouse. Tout en poursuivant
son activité politique avec Internacionalismo, il
commence une activité sur place et réussit, en peu de temps, à
créer un petit cercle de sympathisants autour de lui. (Pép.,
M.Po,…).
En pleine guerre froide entre les deux blocs
impérialistes, les discussions de ce petit cercle tournent autour
des luttes de "libération nationale". C’est l’époque
où les trotskistes et les maoïstes organisent les Comités
Vietnam et de nombreuses
manifestations violentes avec des mots d’ordre comme "Vietnam
vaincra !"..... Puis, les
trotskistes de la JCR [2],
en romantiques, reprennent le mot d’ordre "Un,
deux, trois Vietnam !" .
Le camarade d’Internacionalismo est
tout particulièrement bien placé pour dénoncer les guérillas,
notamment celles en Amérique latine.
Durant l’été 1967, "Raoul" est
rejoint par Marc Chirik, "Juan" ou "Marco" ;
ensemble ils se déplacent en Europe où ils prennent contact à
Paris avec G. Munis [3] puis
à Amsterdam avec Ben Sitjes [4] et
le groupe Spartacus,
etc. Ils vont ensemble avec G. Munis en Italie pour défendre l’idée
d’une reprise importante des luttes de classe, prendre contact et
organiser des réunions avec Battaglia
Comunista et
Damen [5], Programma
Comunista, Lotta Comunista et
Cervetto [6] qui
était, aux dires de ces deux-là, un personnage très chaleureux.
Mais aucun ne sont en accord avec ce que "Marco" et "Raoul"
défendent par rapport à la décadence du capitalisme et surtout par
rapport au changement de cours qui se dirige vers de nouveaux
affrontements de classe. Ils retournent ensuite à Toulouse où ils
organisent une "réunion ouverte" [7] pour
rendre compte de leur voyage et sur ce qu’ils pensent des
organisations révolutionnaires existantes.
Installé ensuite à Paris chez Maximilien
Rubel pendant 3 mois, "Marco" poursuit son travail de
contact au nom d’Internacionalismo.
Il réussit à organiser une "réunion secrète" en
décembre 1967 sur la demande de 6-7 membres de Programme
communiste dont
Claude Bitot [8],
Philippe Leclercq, Serge Demianiw [9].
A cette cette réunion il y a des membres des Cahiers
de discussion pour le socialisme de conseil [10] animés
par Rubel, G. Munis, Pouvoir
ouvrier (PO) [11] et
des individus de la librairie La
Vieille Taupe [12].
Le camarade "Valois" (qui venait de rompre avec LO avant de
sombrer dans une dépression profonde) qui participera auparavant à
la création de Révolution
Internationale, est aussi présent à
cette réunion. Des camarades dans la mouvance [13] du
groupe Informations
et Correspondance Ouvrières (ICO)
refusent de participer à cette rencontre car il y a des "groupes
politiques" comme PO et
son chef de file "Véga". Mais, à l’orientation
conseilliste d’ICO,
il faudrait, peut être, ajouter de vieilles inimitiés qui pouvaient
remonter à l’époque de leur militance commune à ou autour
de Socialisme
ou Barbarie [14].
A cette réunion Marc Chirik défend une
nouvelle fois l’idée que la période est caractérisée par la fin
de la reconstruction économique d’après guerre [15] et
développe son analyse de la nouvelle période historique qui va vers
des affrontements de classe. Il développe le parcours des
révolutionnaires internationalistes durant la guerre de 1940-1945 et
il retrace l’histoire de la Fraction italienne durant toute cette
défavorable et périlleuse phase historique. Il défend également
sa position sur la question syndicale et la décadence du
capitalisme.
De cette première phase de prise de contact,
il constate malheureusement qu’il n’y a pas grand-chose à attendre,
pour l’instant des groupes politiques existants alors en Europe,
qu’il faut continuer le travail autour d’Internacionalismo pour
préparer le regroupement des forces révolutionnaires qui vont
obligatoirement naître avec le développement de la crise du
capitalisme. Il rentre, ensuite en janvier au Venezuela où paraît
le numéro 8 d’Internacionalismo (janvier
1968) annonçant les "râles du
capitalisme". Sur le chemin du
retour, il passe par New York où il organise deux réunions sur "la
décadence du capitalisme" et
"la fin de la reconstruction"
sur la base de la théorie de Rosa Luxembourg, avec les membres de la
section de News and Letters qui
avaient été intéressés lors de la Conférence de Détroit en
1967. Il prend contact notamment avec Jutidh A., Al. M. ou
"McIntosch" et Dick. G. Dick défendait à l’époque
l’idée que c’était peut-être vrai ce que défendait MC mais
qu’il "y avait beaucoup
d’exagération dans ses conclusions". Richard
Greeman, lui, faisait
partie de l’autre tendance "orthodoxe" et majoritaire de
la section de News and Letters.
C’est pour avoir compris le nouveau cours
historique et donné une telle analyse de la situation - c’est-à-dire
"la fin de la reconstruction d’après-guerre" et ses
conséquences : la nouvelle perspective impliquait la tendance
au surgissement de mouvements de la classe ouvrière -,
qu’Internacionalismo a été peut-être un des seuls
groupes à n’avoir pas été surpris par "Mai 68", à
avoir su s’orienter dans les événements et avoir pu ainsi définir
sa portée du mouvement, mais également ses limites.
Quand "Mai 68" éclate, les camarades
du Venezuela décident d’envoyer Marc Chirik en France. Ils pensent
que c’est fondamental qu’il puisse participer aux luttes qui s’y
déroulent. Internacionalismo a publié un tract dès
le 3 mai saluant le mouvement et en indiquant qu’il n’est pas
question de comprendre ce mouvement comme un mouvement d’étudiants
mais comme un mouvement plus profond : un mouvement ouvrier en
lien avec le développement de la crise et les "râles" du
système capitaliste.
Sur le chemin de la France, il s’arrête, à
nouveau, à New York où il prend contact, une nouvelle fois, avec la
section de News and Letters et
le Comité de grève de l’université à Columbia [16].
Il fait un exposé au sein du Comité et avec sa minorité plus
politisée il traite de la situation et il pousse cette dernière
minorité, au sein du comité, à faire un tract pour diffuser à New
York et pour ne pas rester enfermé sur Columbia. A tous, il défend
l’idée de la fin de la reconstruction d’après-guerre et du
développement de mouvements de lutte de la classe ouvrière. La
minorité du comité se dit convaincue, se retire pour rédiger un
tract puis organiser un meeting où Judith A. devait prendre la
parole.
Marc Chirik (M.C) arrive le 15 juin à Paris.
Il est reçu par son vieux compagnon et complice de toujours :
Jean Malaquais. Il retrouve "Valois" chez les
situationnistes. "Raoul" le rejoint depuis Toulouse et
ensemble, ils prennent contact avec Munis qui, très dynamique et
enthousiaste à cette époque, il diffusait des tracts contenant sa
prise de position sur les événements.
"Raoul" et Marc Chirik font une
nouvelle tentative pour réunir tous les groupes révolutionnaires
existants : le Groupe
de liaison pour l’action des travailleurs (GLAT),
les situationnistes, ICO [17], PO,
et des individus isolés : Claude Bitot, Philippe Leclerc, Serge
Demianiw, Camatte, Dangeville [18] qui
créera ensuite Fil du temps et
enfin Munis. Encore une fois on assiste à un combat où personne
n’essaie de dépasser ses aversions personnelles et fait jouer de
vieilles rancœurs alors que la période demandait une plus grande
écoute et mobilisation. Munis était le plus enthousiaste et
demandeur de contacts et d’action, toutefois il refusa d’assister
à cette réunion si les situationnistes et PO devaient
être représentés. Ils réussissent, enfin, à organiser une petite
conférence entre la Vieille
Taupe, "Valois", Munis, et
quelques éléments de PO.
Ils rencontrent ultérieurement les
situationnistes et Guy Debord qui croient que l’histoire commence
avec eux ; Raoul Vaneigem est "intéressé" par les
positions politiques défendues. Ces derniers sont, malgré leurs
réticences, étonnés et balancés devant par les positions
d’Internacionalismo. Ils découvrent avec intérêt la
"Gauche hollandaise" et se prétendent prêts à publier le
livre de Pannekoek Les conseils ouvriers. Ils décident
de le publier chez Gallimard où ils ont leurs entrées. Gallimard
est d’accord mais demande s’il y a des héritiers de Pannekoek.
M.C. est chargé de retrouver son fils ; ce dernier accepte. En
fait, le travail de traduction n’a jamais abouti en ce qui les
concerne.
De la même façon, un situationniste "Polvo"
ou "Polvorinos" de Toulouse se dit prêt à traduire
les Grundprinzipien [19] de
Ian Appel et part vivre pour faire cette traduction quelques mois
chez Appel au cours de l’été 1968. Malheureusement de cette
expérience rien n’est sorti.
Dans cette période, ce qui était le plus
évident et ressenti par beaucoup, c’était la nécessité de
renouer avec l’histoire et le passé politique du mouvement
ouvrier. Encore une fois, les révolutionnaires constataient qu’ils
étaient bien seuls et impuissants face aux responsabilités et
devant les tâches immenses posées par les événements. Il fallait
renouer les fils avec la Gauche communiste des années 20. Tout le
monde et les divers groupes politiques existants le ressentaient
fortement. C’est ainsi que Ben Sitjes de Spartacus voulait
publier les mémoires de Pannekoek et Appel écrire, en la dictant,
l’histoire du KAPD, toutes ces idées n’aboutirent pas.
L’histoire est bien souvent terrible et sans
pitié pour ceux qui ne tirent pas les bonnes leçons. La fin des
événements de 68 se chargea d’emporter tous ceux qui n’allèrent
pas jusqu’au bout de la compréhension des événements ni ne
prirent à bras le corps la nouvelle période et ses conséquences.
On a vu la disparition du Mouvement
du 22 mars, des situationnistes,
de PO et
dans une moindre mesure des Cahiers
de Mai, etc. Et
même ceux qui étaient un peu moins ballottés par l’histoire se
retrouvaient isolés, sans théorie et sans organisation. Ils se
dirent que, plus jamais, ils ne voulaient subir une telle
impuissance. MC, "Raoul" et quelques autres tirèrent la
conclusion qu’il allait falloir tout reconstruire, se tourner vers
les jeunes et les nouvelles énergies révolutionnaires et ne plus
compter sur les "vieilles barbes" existantes qui se
montraient trop blasées en attente de meilleures conditions
politiques et ce pour le meilleur des cas.
En Mai 68, trois membres d’Internacionalismo se
trouvent en Europe, Raoul, Eduardo habitant Bruxelles, puis MC dès
son arrivée mi-juin. Les deux premiers participent très activement
aux événements.
L’énorme activité déployée par "Raoul"
permet rapidement la constitution, autour de lui, d’un noyau plus
solide à Toulouse. Eduardo participe activement aux comités des
situationnistes [20] et
à toutes les manifestations ; il prend souvent la parole dans
des meetings, notamment devant l’usine Renault.
Dès la deuxième quinzaine de mai, "Raoul"
et MC, tous les deux présents à Paris, analysent qu’ils sont
maintenant dans la période de reflux du mouvement et estiment
nécessaire que les groupes politiques prolétariens tirent la
signification historique de "mai" ainsi que ses limites.
Pour Castoriadis : "la crise a
traversé quatre étapes nettement distinctes" :
"1°) du 3 au 14 Mai, le mouvement
étudiant, jusqu’alors limité à Nanterre, s’amplifie
brusquement, gagne l’ensemble du pays, et, après les combats de
rues, la nuit du 11 Mai et la manifestation du 13, culmine dans
l’occupation généralisée des universités.
2°) du 15 au 27 Mai, commençant à
Sud-Aviation (Nantes), des grèves spontanées avec occupation des
locaux éclatent et s’étendent rapidement. Ce n’est que
l’après-midi du 17, après des débrayages spontanés chez
Renault-Billancourt, que les directions syndicales sautent dans le
train en marche, et parviennent à prendre le contrôle du mouvement
pour conclure finalement avec le gouvernement les accords de
Grenelle.
3°) du 28 au 30 Mai, après le rejet brutal par les
travailleurs de l’escroquerie des accords de Grenelle, directions
syndicales et partis "de gauche" essayent de transposer les
problèmes au niveau des combines "politiques", cependant
que la décomposition de l’appareil gouvernemental et étatique
arrive à son comble.
4°) à partir du 31 Mai, les couches
dominantes se ressaisissent, de Gaulle dissout l’Assemblée et
menace les grévistes. Communistes, fédérés et gaullistes sont
d’accord pour jouer la farce électorale, cependant que les
directions syndicales retirent les "préalables" généraux
à la négociation et tentent de conclure au plus vite des accords
par branche."
Pour MC et "Raoul" si cette analyse
n’est pas fausse, ils préfèrent défendre l’idée que le
mouvement était dans une phase ascendante jusqu’au 17
mai [21] puis
de reflux lorsque le PCF et les syndicats aidés par toutes les
tendances de la gauche social-démocrate, multiplient les agissements
pour tenter de le contrôler avec les accords de Grenelle en essayant
de l’encadrer puis de le détourner. Dès lors, c’est face à une
nouvelle situation que l’on se trouvait.
Ils souhaitent maintenant ouvrir un large débat
sur les leçons [22] à
tirer et les perspectives de ce qu’ils viennent de vivre. Dans ce
but ils proposent à nouveau des rencontres entre les groupes et
individus isolés déjà cités ci-dessus : l’IS,
PO, la Vieille Taupe, Alarma,. [23].
L’IS et PO refusent
d’y participer et la rencontre qui a lieu est un demi-échec en
l’absence des deux principaux groupes politiques existants. Ce
n’était qu’un demi-échec parce que des contacts sont pris et
surtout parce que ces camarades sont encore plus convaincus de
l’impossibilité de compter sur les groupes existants, perdus dans
la confusion et l’autosuffisance. Ils pensent que le regroupement
des révolutionnaires ne pourra pas se faire, en France, autour d’un
des groupes existants. "Raoul" et MC sont maintenant
convaincus de la nécessité de constituer, en France, un groupe
politique nouveau sur la base de positions politiques cohérentes
comme celles d’Internacionalismo et
ce n’est qu’ultérieurement que ces prémices devraient pouvoir
entraîner l’adhésion de ces individualités une fois le travail
de réflexion et de regroupement commencé.
2 - La création de Révolution
Internationale (RI). (juillet
1968 - juin 1969)
C’est dans ces conditions que se
regroupent/rencontrent à partir de juillet 68 à Toulouse de façon
informelle un certain nombre de camarades des milieux anarchistes
comme Llopart et Pép, conseillistes (sans le savoir) et
situationnistes. Ce qui était en jeu était la discussion, la
compréhension des événements et ce qu’il fallait faire. Dès
septembre 68 les réunions de discussion organisées, réunissaient
parfois plus de cinquante personnes chez "Xavier Freixas".
Tous ces camarades étaient inorganisées et voulaient le rester.
En parallèle avec cela, une autre tendance se
dégage.
La réunion de constitution de RI se tient en
septembre 68 à Toulouse, sur la base d’une première déclaration
de principe minimale, septembre 1968, R.I. comprenant alors une
dizaine de membres un peu plus décidés que le milieu en recherche :
3 membres d’Internacionalismo : "Raoul", MC, Clara ;
2 ex-anarchistes : Pép et C.G., un ex LO, "Valois" ;
et 3 sans aucun passé politique : Christina P., "M.Po",
"J.E" - "Jonas". Sauf trois, tous étaient des
étudiants, mais le nouveau groupe est internationaliste non
seulement politiquement mais encore dans sa composition avec des
Portugais, des Espagnols, des Vénézuéliens et des Français. Ce
groupe porte bien évidemment les tares du milieu dans lequel il a
surgi [24] ainsi
que des aberrations estudiantines en vogue à l’époque et
desquelles il aura du mal à se dégager. La critique du stalinisme
étant très répandue et, bien sûr, normale à cette époque, toute
contrainte, notamment organisationnelle, était rejetée. C’était le
cas dans ce premier noyau de camarades. S’il existait l’influence
des anciens d’Internacionalismo,
il y avait également le poids de petits groupes surgissant ici et là
et recherchant surtout à comprendre et à ne pas s’engager trop
rapidement dans une "aventure" politique trop contrainte.
RI était ballotté dans deux directions comme beaucoup de groupes de
l’époque : le spontanéisme et l’organisation. Il est donc
presque naturel que le premier numéro de RI porte sur "Le
pouvoir des conseils ouvrier"
(numéro 1 - décembre 1968) car toute organisation était ressentie
comme incompatible avec l’auto-organisation de la classe ouvrière.
Pendant toute une longue période dans RI, la question de
l’organisation politique reste encore au second plan par rapport à
la spontanéité de la classe ouvrière.
Pendant toute une première période a subsisté
deux types de structures en parallèle : des camarades se
retrouvant avec la volonté de s’organiser politiquement plus
clairement et un noyau de camarades se réunissant pour discuter
indépendamment ou avec les premiers. L’évolution des événements
pouvait faire que les réunions étaient parfois mêlées ainsi que
les intervenants. Rien n’était ni très clair, ni très précis
même dans la tête de tous.
Dés lors une question se pose. Peut-on
véritablement tracer une filiation entre Internationalisme de
1944-52, Internacionalismo de
1964-68 et RI ? RI n’est-il pas plutôt dans la continuation
des groupes surgis après Mai 68 et le "nouveau mouvement
ouvrier" [25].
Nous avons souligné le manque de détermination
politique dans le sens d’attentisme du milieu politique prolétarien
existant avant 68, ce constat aura, cependant, une seule utilité :
celui de jouer pour Révolution Internationale le
rôle de repoussoir. Les camarades les plus décidés à se
regrouper, redoutaient de se trouver devant un nouveau mouvement
d’ampleur du style de Mai 68 et de rester encore une fois
impuissants devant lui.
C’est, en grande partie, grâce au maintien
des contacts avec tous les autres groupes prolétariens et en se
confrontant à eux que RI parviendra, d’une
certaine façon, à préciser ses propres positions et à mieux
saisir sa propre identité et dynamique politique. Les membres
de RI étaient encore très immatures et peu formés
politiquement. C’est dans ce contexte que RI participe
à une rencontre organisée par ICO pendant l’été
69 à Bruxelles et est amené à se confronter au conseillisme voire
aux idées libertaires.
Les 7 premiers numéros de RI "ancienne
série" sont, notamment, une polémique constante contre tous
les autres groupes : situationnistes (nᵒ 2 et 3), Alarme,
le GLAT, Socialisme ou
Barbarie (nᵒ 7), ICO (n°3), PO, Programme
communiste, Invariance. Le développement de RI,
à l’époque, a été le signe d’une présence politique
grandissante dans le milieu politique, aussi bien sur le plan national
qu’international. RI qui en 1970 ne représente
rien, a les "honneurs" d’une courte présentation dans Le
Monde, parmi une double page citant les groupes issus de "Mai",
et un tableau le situant parmi les "autres groupes
politiques" dans le n°3 de février 1970 de l’Idiot
International, revue de la nouvelle gauche
gauchisto-modernisto-conseilliste, le fondateur en étant
l’aventurier Jean-Edern Hallier.
Le travail international, encore une fois,
n’est pas négligé, en juillet 68, MC et Claude Bitot (ancien
"secrétaire" de la section de Paris du PCI, qui venait de
le quitter un an auparavant) se rendent en Italie pour
inciter Battaglia Comunista à
prendre l’initiative d’une conférence des groupes de la Gauche
communiste. Ce fut un dialogue de sourds puisque pour Battaglia comme
pour les autres "Partis" bordiguistes, Mai 68 n’a aucune
ou peu de signification. Ils rencontrent également le groupe La
Rivoluzione Comunista de
Calogero Lanzafame [26].
Une tentative de contact est prise également en Belgique avec
d’anciens membres de la "Fraction belge de la gauche
communiste" divisés maintenant en 2 groupes : Fil
du temps avec Dangeville
et Bilan avec
Anne Manne [27].
La discussion se poursuivra plusieurs mois avec ce dernier groupe
sans autre résultat que de détacher Robert Couthier qui restera
jusqu’à sa mort un contact très proche du CCI. (Depuis lors le
groupe Bilan n’existe
plus ; Anne Manne a assisté en 1978 à un congrès de RI).
Au dernier trimestre 68, RI avait
publié son premier numéro (décembre), et pourtant il commence à
élargir son intervention et développe aussi des contacts
nationalement et internationalement. D’abord, le nombre de ses
militants augmente à Toulouse où se trouve la majorité de ses
militants. Les discussions portent sur la compréhension de "Mai
68", la critique des gauchistes, l’intervention dans les
luttes : notamment les C.A.E. ; Comités d’action étudiants
de l’époque et la nécessité de les étendre dans les quartiers
ouvriers. Le groupe organise aussi des réunions "ouvertes"
sur les syndicats, la "nature de l’URSS" et encore les
"luttes de libération nationale". Des énergies militantes
se regroupent : Marc L. (venant de l’UEC : les étudiants
du PCF), Marylène Louis. (ex militante de la JEC, Jeunesse étudiante
chrétienne) et des sympathisants : "M.Rx". (venant de
L'UNEF et sympathisant de la JCR-trotskyste), puis, Jean S. (venant du
MRJC, Mouvement rural de la jeunesse chrétienne et de la mouvance de
l’UNEF).
Ce dernier trimestre 68, RI participe
à Toulouse aux Comités d’action dans lesquels il a un certain
écho, notamment au sein du Comité d’action de droit et de sciences
économiques. C’est en leur sein que "M.Po" et "Raoul"
ont gagné Marylène Louis, "M.Rx.", puis Jean S. (d’abord
sympathisants proches, dont le processus de rapprochement aboutira en
octobre 1971 par son adhésion à RI). Lors d’une AG de
tous les Comités d’action de Toulouse "M.Po" et "Raoul"
prendront la parole devant plus d’un millier d’étudiants où ils
pourront défendre les idées révolutionnaires et dénoncer la
politique trotskiste de noyautage des Comités, la nécessité de ne
pas s’enfermer sur le terrain universitaire en organisant des
meetings dans les quartiers ouvriers et surtout contre la volonté de
noyer le mouvement dans la lutte antifasciste (ils appellent à ne
pas confondre la répression avec le fascisme en expliquant la nature
et la fonction du fascisme pour la bourgeoisie). Les camarades
de RI ont défendu l’idée qu’il n’y avait pas
de danger de fascisme en automne 68 que le meilleur moyen de lutter
contre la répression c’était que se développent les luttes
ouvrières.
Pendant toute la période de participation
de RI aux Comités d’action de droit et de
sciences économiques, les propositions de RI sont
bien souvent adoptées à la majorité et les trotskystes de la LCR
mis en minorité. C’est ainsi que ce Comité d’action avait
organisé une réunion dans les quartiers ouvriers à Toulouse sur la
question de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes
russes et que, notamment, le mot d’ordre de RI avait
été inscrit sur les affiches d’appel à la réunion, il
comportait une dénonciation de l’impérialisme russe et du
capitalisme d’État.
Parallèlement à cela deux membres de RI :
"Raoul" et C.G., après mai participent à la "Commission
ouvrière" créée par des ouvriers combatifs de Sud Aviation. A
une motion d’exclusion de ces camarades proposée par les
trotskistes de la LCR, les ouvriers votent pour leur maintien dans la
commission.
Au niveau national, RI a
un écho important, la Déclaration
de principe de RI sert de
référence à des camarades qui se regroupent dans ICO [28].
En janvier 1969, le groupe Le
Conseil de Nantes, groupe de
tendance situationniste qui dirige l’UNEF locale, débarque à
Toulouse pour rencontrer et discuter avec RI,
ils s’engagent à diffuser la presse de RI à
Nantes où ils en effectuent une bonne diffusion (une cinquantaine
d’exemplaires de RI sont
vendus par eux à cette époque). En février 1970, ils écrivent un
nouveau texte "Propositions aux
révolutionnaires", signé Yvon
Chotard, avant de disparaître.
Fin 68 se fera, également, un voyage de prise
de contact avec le petit groupe autour de Robert Camoin qui publie
les Cahiers
du communisme de conseils à
Marseille.
Revenons quelques instants
sur Internacionalismo qui
ne s’est pas dissout en 1968. Tout le matériel technique, sauf les
archives bien cachées, a disparu dans la rafle de la police et
malgré le changement de gouvernement en septembre 1969 [29] ;
rien n’a été retrouvé. Le système politique est au Venezuela
encore plus pourri qu’aux USA où existe aussi le "spoil
system" ; au changement de gouvernement tous les
fonctionnaires, notamment la police, changent et perdent leur emploi.
De ce fait, tout le matériel ainsi que les fichiers et les dossiers,
partent avec eux.
Du fait de la perte du matériel technique, le
numéro 12 d’Internacionalismo sur les conseils
ouvriers (traduction de RI ; avant le numéro 15
d’Internacionalismo plus complet) s’est fait
rudimentairement. Malgré les pires difficultés la volonté des
camarades reste inébranlable. Le matériel de fortune et le papier
est entassé dans une vieille voiture. Et, un beau jour, elle
disparut ! Tout le travail a dû être recommencé. Dans ces
conditions, deux camarades prirent peur et abandonnèrent toute
activité militante. Mais, d’autres énergies s’agrègent au
groupe comme le frère de "Guillo", le groupe se compose
maintenant de 5 camarades dont "Guillo", Pedro, Sixto et
Eduardo (ce n’est pas le même Eduardo que précédemment cité).
En janvier 1969, au retour de MC les réunions formelles
recommencent, c’est un nouveau départ pour Internacionalismo qui
reprend ses activités de façon plus systématique et se réorganise.
3- Dégager de nouvelles énergies
révolutionnaires, notamment autour d’ICO.
(1969-1972)
A Toulouse, le groupe RI organise,
comme déjà signalé, des réunions "ouvertes" sur des
sujets généraux qui ont trait à "la déclaration de
principes" : les syndicats, la décadence, le trotskysme,
etc. où assistent, tout au moins au début, plus d’une dizaine de
sympathisants.
Les 14 et 15 juin 1969, c’est la rencontre
nationale d’ICO à
Taverny où est discutée la question de l’organisation des
révolutionnaires au sein de la classe ouvrière. Pour cette
rencontre, RI rédige
un texte sur la "nécessité de
l’organisation", spécialement
pour cette rencontre [30]. RI participe
à cette rencontre puis à celle de Bruxelles au cours de desquelles
il s’initie à la bataille politique aussi bien contre des
marginaux-modernistes que des éléments plus sérieux du GLAT,
à Cohn-Bendit [31] qu’à
un Paul Mattick et à ses théories qui sont autrement plus
sérieuses. A cette rencontre, une camarade de News
and letters, Judith A., a pu aussi
participer, et RI a
pu prendre contact avec un groupe d’immigrés portugais [32] (dont
Charles Reeves) qui possédait des positions proches des siennes.
C’est avec un membre de ce groupe "M" et J.A. que MC se
rend, une nouvelle fois, en Italie pour prendre contact avec le
Comité de grève de la Fiat à Turin. Ils constatent l’absence
totale de tous les partis dits "bordiguistes". Ces
camarades rencontrent également les groupes comme Potere
operaio et Lotta
continua, à Milan, Gênes et à
Florence.
Parallèlement à son travail au sein des
groupes politiques révolutionnaires, le groupe de Toulouse
de RI continue son travail militant local, fin
octobre 1969, M.Rx adhère formellement après un processus de
rapprochement qui a duré un an. En 1970 apparaît un journal
lycéen J’étais, je suis, je serai très
influencé par RI, donc certains membres vont effectuer
un processus de rapprochement en 1970 : "Charly" -
Charles Réguenas, "Mano" et Patrice Lec. Mano adhérera
à RI en 1972 avant de créer la section du PCI
(Programme communiste) à Toulouse, puis de disparaître.
Pour
la première fois de son histoire RI est confronté
au problème de la pénétration de l’État bourgeois en son sein.
Au cours de l’année scolaire 1969-70 beaucoup d’éléments
tournaient autour du groupe dont l’individu "L. Monfort"
qui a signé la première partie de l’article sur le problème
paysan (RI n° 4). Après plusieurs mois où il assistait aux
réunions ouvertes, il a parlé et il a avoué de son plein gré être
un "indic" que les flics "tenaient". Au départ,
disait-il, il était un militant d’extrême droite qui, effrayé
par Mai 68, avait décidé de s’infiltrer dans les organisations
d’extrême gauche pour informer la police. Mais maintenant il se
dit convaincu par les positions de RI et veut sortir
de cet imbroglio. Il demande de l’aide pour le faire car,
soi-disant désespéré, il ne peut échapper à l’emprise de la
police. Malheureusement, il lui est dit que le groupe ne pouvait lui
faire aucune confiance et a décidé de ne faire aucun sentiment. La
défense de l’organisation était la première règle à respecter.
En conséquence, il lui a été demandé de disparaître de Toulouse
et de ne plus y remettre les pieds quoiqu’il lui en coûte pour la
fin de ses études et pour ses problèmes personnels. Par ailleurs,
c’était en ce qui le concerne, le seul moyen d’échapper à
l’emprise de la police. Personne ne sait ce qu’il est devenu ;
il est parti soi-disant pour la Bolivie.
Au cours de l’été 1970, RI qui
diffuse ICO et
se considère partie prenante du groupe, continue sa politique de
pression sur les participants à ICO mais
maintenant avec une attitude plus décidée de dénonciation de la
mollesse conseilliste. A
la rencontre du Bessat (Saint
Etienne), RI prend
des contacts plus précis avec l’Organisation
Conseilliste de Clermont Ferrand (OC
de Cl-Fd) [33] et
les Cahiers du Communisme de
Conseil [34].
RI écrivit un texte spécialement pour cette rencontre "ICO,
un échec ?"
(juin 1970) [35]
Le quatrième trimestre 1970 est très
important pour RI,
il voit le rapprochement de 2 ex-bordiguistes, Claude Bitot et
Philippe Leclercq ce qui permet le développement d’un groupe
de RI à
Paris comprenant ces 2 camarades (ils n’ont pas la perception
d’être formellement membres), Judith A. qui vient de s’installer
à Paris, MC et Clara qui sont revenus vivre définitivement en
France, "Valois", Marylène Louis qui s’établit à Paris
pour finir ses études et enfin "Mousso" : Robert
Salama qui a réapparu après 20 ans d’isolement suite à la
disparition d’Internationalisme en
1952. Deux groupes de RI existent
maintenant (il n’est pas encore question de section). A Toulouse,
il y a : Pép, Raoul, Christina P., C.G., Charly, Taly, Marc
L.., M.Rx. (M.Po depuis 1970 et J.E. après 1968 se sont retirés de
la vie militante un certain temps). Il y a de fortes discussions,
entre les 2 groupes de RI,
initiées par les 2 ex-bordiguistes sur la théorie de Rosa
Luxembourg de "la saturation des marchés" et sur la
"décadence du capitalisme", et surtout sur la conception
bordiguiste du rôle et de la fonction du parti. Mais ces 2 camarades
avaient adhéré avec "réserve" à l’organisation [36] qui
portait sur la théorie de la décadence et du parti. Ces discussions
se terminent, fin 1970 - début 1971, par leur départ, ils
entraînent avec eux Marylène Louis et un membre de OC de Cl-Fd :
Gilles Carrel (car les membres de l’O.C. de Cl-Fd habitant Paris
étaient conviés aux discussions théoriques du groupe de
Paris) [37].
Ces derniers vont créer le Groupe Communiste Mondial avec la
revue Parti de classe n°1,
1972 (qui donnera ensuite Programme
de la société Communiste (1975-1986)
quand Claude Bitot rompra d’avec Philippe qui, lui-même, donnera
naissance à Programme de la
Révolution communiste en 1989.
Ces deux revues existaient toujours dans les années 80).
C’est la première scission de RI.
La discussion sur le parti va reprendre dans un autre cadre à partir
de 1973.
1970, c’est aussi le début du processus de
regroupement, avec les 3 autres groupes cités, qui donne lieu à des
réunions communes et d’importantes discussions. La première
rencontre a lieu à Cl Fd à la Toussaint 1970. A la suite de cette
rencontre Raoul écrivait au nom de RI le 14.12.70 :
"Suite aux discussions que nous avons eues
lors de la rencontre il s’est dégagé le besoin de renforcer les
contacts entre nos groupes.
"En ce sens, nous vous soumettons
la proposition suivante : chaque six semaines un camarade (ou
plusieurs) se rendra de Toulouse à C-F en vue d’une discussion sur
un problème précis que nous déciderions d’un commun accord
ensemble. De même, un camarade de C-F.(ou plusieurs) viendrait à
Toulouse chaque 6 semaines, dans le même but. On pourrait ainsi
parvenir à établir des contacts directs INDISPENSABLES chaque 3
semaines.".
Il y eut une nouvelle rencontre les 5 et 6
décembre 70 à laquelle a participé le GLAT.
La discussion a porté sur la crise économique. Il y eut 2 positions
qui s’affrontèrent. Celle de RI portant
sur les raisons de la crise actuelle et ses conséquences avec le
développement inévitable des luttes classe. Celle du GLAT qui
développait l’idée encore défendue par le FOR [38],
la crise ne se développera qu’à la faveur de la lutte des
travailleurs. C’est du fait de cette divergence que le GLAT pense
que les divergences actuelles parmi les révolutionnaires ne
permettent pas leur regroupement. [39]
Il y eut encore une nouvelle rencontre les 20
et 21 mars qui a porté sur la décadence du capitalisme. Encore une
fois RI pousse
le GLAT à
participer au regroupement ainsi que le "Conseil de Nantes".
(cf lettre de RI au GLAT du
25.3.71 - il y avait eu une polémique qui paraissait fructueuse
entre RI et
le GLAT durant
l’été 1970 ; elle eut le mérite de préciser les positions
politiques des 2 groupes sur la question de l’organisation - cf
texte de RI dans
le numéro spécial, "Contre
le courant", à
la page 55 : "Sur l’organisation", du GLAT,
mais ce travail ne donna pas les résultats escomptés.
Le GLAT disparaîtra
quelques années plus tard (mars 1978) en se rapprochant
de Collegamenti (en
Italie) [40].
Quant à RI, il résume ainsi les
conclusions de cette rencontre qui scelle le processus vers le
regroupement :
"Nous nous sommes mis d’accord sur :
1) - le projet de mise sur pied d’un Cahier
de recherches et de discussions théoriques qui permettrait la
publication de vieux textes du mouvement ouvrier et des discussions
sur l’ensemble des problèmes qui se posent au mouvement ouvrier
actuel. Nous pensons par exemple que la discussion qui s’était
engagée entre RI et Lutte de classe (GLAT) serait la bienvenue dans
une telle revue.
2) - le projet de diffusion de tracts communs
(proposition faite par RC des Cahiers du Communisme des Conseils)
Les 2 groupes présents à cette réunion
(RI et OC) ont pensé qu’il serait important que Lutte
de classe s’associe à ces 2 projets de même que les Cahiers du
Communisme des conseils.
(lettres dans les archives de la section de
Cl-Fd. L’OC de C-Fd a conservé toutes ces archives. Elles ont, par
contre, disparu des archives de RI).
A la rencontre des 22 et 23 mai 1971, la
discussion porte sur le parti, discussion fondamentale pour ce milieu
étudiant issu de "Mai 68".
Qui sont les camarades de l’OC- Cl-Fd ?
Guy Sabatier, Marie-Hélène, "Mathieu" ou Gérard S.,
Bruno, Monique Mo., J-Luc, Monique et Gilles Carrel.
Les camarades des Cahiers Robert Camoin (RC), Nicole Ma., Christian Charrier et Roland Simon
(qui rompent en décembre 1972-janvier 1973 pour créer Initiative
Communiste qui publie 4
numéros [41] d’un Bulletin
Communiste en 1972-73 avant de
devenir Théorie
communiste [42] ]]
en 1977) et, une sympathisante des Cahiers,
Élisabeth A.
Ces discussions donnent naissance à un début
de regroupement avec la déclaration Un début de
regroupement révolutionnaire qui paraît sur RI N°5
(juillet 1971) et les Cahiers n°8 mai 1971 car le
processus de rapprochement sur les positions de RI s’accélère
(il y aura encore 4 Cahiers les numéros 8 à 12,
car le processus de regroupement n’est pas terminé et
2 RI "ancienne série", n°6 et 7). En
fait, il existe une certaine peur devant l’immensité des tâches à
accomplir. Tout le monde sent bien ce que représente historiquement
cet effort de regroupement des révolutionnaires, pour la classe
ouvrière.
Il y aura encore une dernière rencontre en
avril 1972 consacrée à la révolution d’Octobre où le groupe de
Marseille présentera un texte encore tout empreint d’une certaine
démarche conseilliste. Il défend l’idée d’une révolution
bourgeoise, faite par les ouvriers et les paysans sous la direction
du parti de l’intelligentsia et de la petite-bourgeoisie : le
parti bolchevik. Après une vive discussion, le groupe de Marseille
retire son texte et se rallie à la position de la nature
prolétarienne de la révolution d’Octobre et du parti bolchevik,
défendue par RI. C’était un immense progrès, la
décantation de la période d’après Mai 68 se poursuivait,
l’effort vers le regroupement avait abouti à regrouper les
éléments les plus décidés en France qui provenaient de cette
dernière période de lutte.
Suite à cette réunion, RI est
chargé de présenter un projet de plate-forme en vue du regroupement
des 3 groupes. Concrètement, cela signifiait l’intégration des 2
autres groupes dans RI ce qui eut pour conséquence
la publication de RI "nouvelle série". Le
n°1 de RI (décembre 1972) comprend, d’ailleurs,
la publication de la nouvelle plate-forme.
Revenons en septembre 1971, où les 2 groupes
de RI (de
Toulouse et Paris) connaissaient alors une grande dispersion et
désorganisation, en effet ces militants sont, encore, très
fédéralistes. La centralisation est effectuée par le groupe le
plus nombreux. C’est pourquoi, jusqu’en septembre 1971, la
centralisation était faite à Toulouse, RI est
ronéoté et confectionné à Toulouse jusqu’au numéro 5 [43],
puis à Paris, mais il ne possède toujours pas d’organe
central, RI est
aussi démuni de matériel car il est sans réelle cotisation. Dans
ces conditions il était difficile de militer. L’intégration d’un
nouveau membre dans le groupe était moins rigoureuse qu’elle ne
l’est devenue par la suite. Il existait un certain nombre de règles
tacites qui étaient plus ou moins bien respectées selon les
moments. Il était exigé, bien sûr, l’accord sur les positions
politiques et une réelle capacité pour le nouveau membre de les
défendre. La cotisation était généralement laissée à la libre
décision du camarade.
Pendant ce temps, de nouveaux camarades sont
intégrés. A Toulouse, Jean S. adhère en octobre 1971 après un long
processus de rapprochement enclenché depuis 1968, et, à travers
lui, adhéreront : Jo, Cl, Al, Gérard et AM en 1972 ; ces
2 derniers quitteront ensuite l’organisation. Par un autre
itinéraire, "Anto" (étudiant espagnol venu faire ses
études à Toulouse) adhère également en 1972. Mais entre-temps le
camarade Marc L. [44] partit
faire son service national en coopération en Algérie, quitte
l’organisation, tout en restant en contact avec cette dernière
quelques années encore.
A Paris ont adhéré : C.N., Dany, puis
"Michel Bérard" [45] (début
1973) et Tonio un Portugais dont on n’a plus eu de nouvelles un
beau jour en 1974.
En septembre 1972 c’est Paris qui se charge
de la centralisation et de la réalisation de la revue ; mais le
suivi de la boîte postale, les réponses aux courriers des lecteurs,
la diffusion et les envois de publications aux abonnés et sur
demande des lecteurs, se font depuis Toulouse, ce qui ne simplifie pas
les choses. (Après le regroupement, sur le Bulletin d’Études et
de discussion, on indique les BP des 4 villes en mettant "adresse
du groupe de" et sur le journal on note les BP des 4 villes avec
seulement -tête la BP de Paris). On comprend bien comment les
conceptions fédéralistes et conseillistes sont alors encore bien
présentes dans l’organisation.
* * * * *
Dès sa création, RI vit aux côtés d’un
groupe qui défend les mêmes positions que lui au
Venezuela, Internacionalismo et de contacts aux USA
à New York qui va publier Internationalism.
Janvier 2016,
Michel Roger.
Texte revu et relu par Claude Bitot, Henri
Simon, etc.
Nous remercions vivement tous ceux qui ont relevé des
erreurs et qui nous ont permis d’enrichir ce document.