"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 29 septembre 2026

Colère lycéenne: la fonction de neutralisation de LFI



Un livre publié en 1971 - La Barrière et le Niveau - est mon livre de chevet. Il est un des textes fondateurs de la sociologie critique de l’école. Sa thèse centrale est simple :
L’école n’est pas un instrument d’égalité : elle est un instrument de division du travail.

Baudelot & Establet montrent que le système scolaire français est séparé en deux, le niveau : filière longue, générale, destinée aux classes moyennes et supérieures, et la “barrière” : filière courte, professionnelle, utilitaire, pour "socialiser" les enfants du prolétariat. Deux "destins sociaux" donc. Un livre marquant pour décrypter la reproduction sociale capitaliste. Il précède Bourdieu & Passeron (La Reproduction, 1970) mais s’inscrit dans la même logique. l’école n’est pas un ascenseur social, elle officialise les inégalités, elle organise la division du travail. La différence avec Bourdieu : Baudelot & Establet sont plus marxistes, plus structuraux, moins centrés sur le capital culturel. Pour eux, l’école est un appareil d’État qui fabrique les futurs rôles dans le capitalisme. Leur livre démonte l’idée que l’école serait un espace neutre, méritocratique ou universaliste. Le livre reste actuel. Malgré certains décalages, dans les années 1950, le baccalauréat signifiait la barrière de classe, aujourd'hui il faut au moins le master. Parcoursup renforce la séparation. Le lycée pro est toujours un sas vers le prolétariat. Les inégalités de capital culturel se creusent.

Pourquoi LFI “récupère”-t-elle les luttes lycéennes ?

LFI n’est pas un parti de classe : c’est un parti contestataire à prétention radicale. Il fonctionne avec une psychologie émotionnelle à la manière des sectes religieuses. Les conflits de toute nature relèveraient d'une interprétation morale.

Les lycéens sont un milieu politique malléable, présumé innocent et inculte, partiellement syndiqué. avec un avenir angoissant et précaire. Ils sont naturellement, même plus que les étudiants, très sensibles à la contestation d'où qu'elle vienne. Hélas la protestation lycéenne de ces dernières années n'est pas encore au niveau politique de l'année 1968. La descente d'avion (céleste) du pape, applaudi par des milliers de jeunes bobos comme une rock star, pas des banlieues, fut plus ridicule que signe d'un retour au Moyen Âge.

La fonction du parti petit-bourgeois LFI est de se se poser comme “défenseur des humiliés”, en l'occurrence les lycéens à l'avenir incertain et qui n'ont pas confiance en eux, considérés comme inférieurs sociaux immatures.

Pourquoi les arguments de LFI sont-ils “minables” ?

LFI transforme : une lutte matérielle (conditions d’étude, ségrégation scolaire, manque de profs) impliquant en lutte morale (“les jeunes sont maltraités”, “on ne les écoute pas”). Et en plus, réduit une lutte structurelle (budget, organisation, reproduction sociale) en combat symbolique (“le gouvernement méprise la jeunesse”). Réduit également la domination capitaliste (marchandisation de l’école, tri social) à une "sauvagerie" policière (“violences policières contre les jeunes”). Encourageant les jeunes avec l'éruption ridicule de Bally Bagoayoko, à croire que la révolution c'est mettre le feu à des poubelles et à développer des bagarres stériles avec la police. La police devient l'incarnation simpliste du "mal capitaliste". C'est un scandale moral qui pose la question d'une police gentille et démocratique, évitant de penser qu'elle n'est qu'un appareil répressif de l'État bourgeois que les gurus de LFI voudraient occuper, en créant leur propre police ? C’est une dépolitisation, car la lutte de classes est remplacée par une indignation morale.

Le racisme existera toujours dans la domination capitaliste, mais son utilisation comme critère politique est une esbrouffe réductrice à une catégorie morale, supprimant tout critère de classe. Le racisme est un produit de la structure de classe, pas une catégorie politique autonome. LFI le détache de la lutte des classes pour en faire un marqueur identitaire, ce qui fragmente le prolétariat lycéen.

La fonction de neutralisation de LFI1

Capter immédiatement la révolte lycéenne. Elle capte la colère lycéenne pour la détourner vers un populisme moral, des actions de rue dans une conflictualité symbolique (police, racisme, mépris), substituant donc l’identité à la classe, empêchant l’émergence d’une organisation lycéenne autonome comme celle des étudiants dans leur lutte passée contre le CPE. Bravo en passant au CCI d'avoir été prémonitoire en organisant toutes ses réunions politiques de rentrée par le rappel de la lutte victorieuse contre le CPE autonome. LFI ne radicalise pas les lycéens : elle les neutralise en les moralisant. Sans cette fonction, le gouvernement serait démuni avec sa simple répression policière. Le "soutien" de LFI est une simple instrumentalisation pour produire de l’indignation, pas de la conscience de classe, et laisser croire que la période d'intense battage électoral est la seule solution.

    La plupart des lycéens ont compris que L'école n’est pas un espace neutre.

C'est un appareil de reproduction du capitalisme. Elle ne vise pas l’égalité, mais la stabilisation des rapports de production en organisant le tri social. Les différences de capital culturel deviennent “méritées” ; les dominants apparaissent comme “plus doués”. Elle vise à développer une subjectivité individualiste dans la compétition des notes, tentant, de plus en plus difficilement, de faire accepter l'ordre social, c'est-à-dire docilité et discipline. L’école transforme des inégalités matérielles en différences scolaires légitimes. Le tri social valide les trois classes sociales: pour la reproduction des classes moyennes et supérieures, enseignement général de plus en plus spécialisé dans les matières "nobles", technologique (informatique...) pour les emplois de bureau, professionnel pour la classe laborieuse (métiers dits manuels).

Je ne développerai pas ici non plus sur le capital culturel, moteur invisible de la reproduction sociale inégalitaire. Chose dont les lycéens se rendent compte en voyant leurs compères (provisoires) bourgeois parler en public ou afficher leurs résultats. Autre constat déplorable, la chute du niveau d'expression orale, la disparition de l'orthographe, voire la disparition de la capacité de lire grâce à l'aliénant portable.

L'avenir du combat émeutier, et assez désespéré des lycéens, n'augure pas une victoire comparable aux expériences passées. Pourquoi?

Pas simplement à la tentative de mainmise grossière de LFI, mais pour deux raisons:

– les nombreuses mobilisations syndicales corporatives: fonctionnaires, pompiers, policiers, et. très encadrées et peu propices à une union avec les lycéens;

– la période électorale qui étouffe toute véritable pensée critique hors système.



HISTORIQUE DES LUTTES LYCÉENNES DU PASSÉ

1. Les premières luttes lycéennes (1882-1883)

  • 1882 1883 : révoltes de Toulouse, Montpellier, puis Louis le Grand → Congrès lycéens d’Albi (1882) puis Bordeaux (1883). → Revendications : réforme disciplinaire, commissions d’élèves, liberté d’expression. Aboutissement : première affirmation nationale d’un sujet lycéen autonome.

2. Les années 1960-1970 : naissance des CAL et politisation

  • 1967-1968 : création des Comités d’action lycéens (CAL) → Dans le sillage des comités Vietnam et de Mai 68. Aboutissement : mise en place de commissions lycéennes, transformation du régime intérieur, reconnaissance de la parole lycéenne.

  • 1971 : affaire Guiot / circulaire Guichard

  • 1973 : mobilisation contre la loi Debré

  • 1974-1976 : mobilisations contre les réformes Fontanet et Haby. Aboutissement : consolidation d’un espace lycéen organisé.

3. Les années 1980 : structuration du syndicalisme lycéen

  • 1986 : mouvement contre la loi Devaquet → Forte mobilisation, mais impulsion surtout étudiante. Aboutissement : naissance de la FIDL (1987), premier syndicat lycéen durable.

4. Les années 1990 : luttes massives et victoires politiques

  • 1990 : mobilisation contre la banalisation de la violence scolaire

  • 1994 : lutte contre le CIP (contrat d’insertion professionnelle) → Mobilisation nationale, blocages massifs. Aboutissement : retrait du CIP ; émergence de l’UNL comme syndicat national structuré. Il faut désormais encadrer les lycéens comme la classe ouvrière, d'autant que la pluprt sont destinés à être salariés ou chômeurs de longue durée.

5. Les années 2000 : lycéens au cœur des grandes réformes scolaires

  • 2005 : lutte contre la loi Fillon → Coordinations lycéennes très actives.

  • 2006 : lutte contre le CPE (Contrat première embauche) → Blocages massifs, alliance avec étudiants et syndicats. Aboutissement : retrait du CPE ; reconnaissance du rôle des coordinations lycéennes.

  • 2008 : mobilisation contre la réforme des lycées Aboutissement : ajustements de la réforme Darcos.

6. Les années 2010 : Parcoursup, bac, et nouvelles organisations

  • 2016 : mobilisation contre la Loi Travail

  • 2017-2018 : mobilisations contre la loi Vidal et la réforme du bac. Aboutissement : mise en place de nouvelles structures lycéennes, montée des coordinations locales.

7. 2024-2026 : retour des blocages massifs et crise structurelle du lycée

Septembre 2026 : blocages dans 180 lycées → Manque de professeurs, locaux délabrés, stress Parcoursup, surcharge des classes. Aboutissement (en cours) : pression politique accrue ; débat national sur les moyens du secondaire ; affrontement gouvernement/LFI sur l’interprétation du mouvement. Les lycéens deviennent un acteur central des réformes éducatives. Mais aussi une matière sociale à encadrer, et à faire oublier qu'ils sont désormais un jeune prolétariat.



1 Lire l'excellent article de la revue Frustration "Le peuple ou la classe" (Le peuple ou la classe ? Les ambiguïtés stratégiques de la France insoumise ). Extrait : "la réponse est au fond assez simple et le dire ne constitue même pas une critique : La France insoumise n’est pas un parti anticapitaliste mais social-démocrate au sens strict. Elle vise à l’aménagement du capitalisme français par des mesures sociales de redistribution, des dispositifs de relance keynésienne, et une plus forte place de l’État dans l’économie, associée à des formes de cogestion – en priorisant largement, pour ce faire, l’espace des politiques publiques par la conquête des institutions via les mécanismes électoraux existants. Ce qu’elle propose a déjà de quoi largement contrarier le capital et la bourgeoisie – qui le font bruyamment savoir – mais ce n’est pas là ce qui définit l’anticapitalisme (qui, dans sa définition la plus simple, signifie l’abolition de la propriété lucrative du capital) . Je le répète. LFI, comme le RN, est un parti petit-bourgeois, pas bourgeois comme l'ânonne de façon simpliste le CCI qui le réduit au statut d'irresponsable. Ces deux partis sont à empêcher d'accéder au pouvoir par la bourgeoisie. Je reviendrai sur le rôle des partis petits bourgeois dans l'histoire de Franceet la rareté de leur participation prédominante dans l'État bourgeois.

jeudi 24 septembre 2026

PRIMATES SOCIALISTES: une gauche bourgeoise impuissante et dépassée

 

les pieds nickelés

suivi du CRUEL DILEMME PRO ET ANTI-Mélenchon. 
Non seulement l'idéologie de gauche est au pouvoir à France Inter, mais elle se fait organiser des débats sur mesure comme celui mené par Pujadas. Ont été esquivées toutes les questions qui font triompher le RN: insécurité, violences quotidiennes, laxisme et injustice des robes noires, immigration et surtout les élites moalisatrices, absence de bilan critique de l'ère mitterrandolâtre. Un cénacle BCBG totalement hors du coup face à la gravité de la situation actuelle et à venir dans le court terme.

ET LES RAISONS DU SUCCÈS DU PARTI MAXIMALISTE LE PLUS DANGEREUX

La première partie de la joute entre concurrents de cette gauche BCBG porta sur la guerre en Ukraine, question posée par un brave étudiant croyant à cette fable d'une gauche bourgeoise traditionnellement pacifiste, et qui s'inquiétait qu'on n'apporte pas un plus franc soutien militaire à Zelensky. Comment peut-on être pacifiste et souhaiter des interventions militaires ? Et laisser pontifier le principal va-t-en-guerre Glucksmann ?

Tous se prononcèrent d'une façon ou d'une autre sur une nécessité de préparer la guerre, surtout Glucksmann). C'est sûr, la Russie va tôt ou tard envahir l'Europe, assurent-ils en chœur, et il faudra bien se défendre. Tous en appelant en parallèle à une révolution écologique (qui solutionnerait tous les problèmes industriels) supposée relancer la croissance, voire sous forme de guerre à but écologique. Avec le culot, tous, de vanter la filière nucléaire, alors que sous le gouvernement Hollande leurs comparses écolos ont tout fait pour saboter et ralentir le parc nucléaire alors qu'il fallait déjà penser à le développer pour commencer à mettre fin à la dépendance pétrolière.

Sur le génocide à Gaza, sauf pour Glucksmann, la chose semblait entendue par tous. Sauf par Ségolène Royal, vieillie malgré son portrait géant derrière où elle ressemblait plutôt à Sophie Marceau, qui fit sursauter d'indignation de chaque côté les deux députés d'origine juive Guedj et Glucksmann, lorsqu'elle réaffirma, comme elle l'avait déjà dit il y a quelques mois, et courageusement: "Netanyahou est le principal responsable de la montée de l'antisémitisme." Les deux lascars l'accusèrent de culpabiliser les Juifs en général; ce qui n'avait pas du tout été son propos, très factuel. Et Glucksmann de lui faire la leçon de morale pour dangereuse concession à l'antisémitisme, et à surveiller ses mots. Les deux politiciens atténuant ainsi la principale cause de l'antisémitisme en milieu arabe et pro-palestinien. Toujours aussi ambigu, Glucksmann a récusé le qualificatif de génocide.

Le moment le plus émouvant et révélateur de l'état de misère en France fut le questionnement d'une jeune mère de famille "monoparentale" avec deux enfants, au chômage et recherchant désespérément un travail, avec un loyer de plus de la moitié de ses ressources, l'impossibilité de payer la cantine aux enfants, de payer aussi pour les faire garder lorsqu'elle retrouverait un travail, des aides peau de chagrin, des calculs basés sur ses anciennes ressources pour justifier les minimas sociaux qu'elle touche, un maire qui ne pouvait rien faire pour l'aider...Et Pujadas qui lui avait demandé si elle allait voter… et pour toute réponse, un sourire désolé. Le choix d'inviter cette jeune femme noire, prolétaire avant tout, était évidemment pervers pour laisser au second plan sa misère ouvrière et prioriser l'antiracisme humanitaire, avec des remarques condescendantes à la façon de Faure: "le problème de cette femme est simple....". Non, justement, il n'est pas simple du tout, elle est à la veille de se trouver jetée à la rue; et tous ces beaux messieurs-dame n'ont rien à lui proposer sauf leur compassion pour un "ordre juste" ou un SMIC miraculeux.

Nos candidats de la gauche caviar étaient restés tout d'abord bouche bée (les élites sont toujours gênées face à une réalité qu'elles ne côtoient pas). Puis concrètement ils furent tous incapables de répondre concrètement, sauf à noyer leurs propos dans des généralités ronflantes mais très hiérarchisées au point d'en devenir comiques, Royal nuançant que, augmenter le SMIC, c'est bien mais à condition qu'il ne rattrape pas les couches moyennes au-dessus; occasion pour mamie de ressortir son nécessaire à tricoter "gagnant-gagnant".. Les deux mamelles de cette gauche ringarde étant désormais: un ordre juste et acheter français. Et un simple ramassage électoral interclassiste avec une Royal plus bête que jamais, éructant : "Il y a un déclin global de l’ensemble des catégories sociales."! Les mêmes recettes de la médiocratie : impôts, taxes, toujours et encore ! Aucun réalisme, aucune humilité, aucune compétence. Ça bouffe a tous les râteliers… moins de 10 % aux dernières élections ! Faut se serrer pour ne pas tomber du train de la gauche, sauf à accrocher la locomotive new wave wokiste LFI. 

Pas de pot, enfin pour nos sergents recruteurs d'un vote clanique, et honte pour eux, au bout du compte la jeune mère de famille les fit tomber de leur piédestal, payer 15 euros pour participer à leur vote promotionnel, c'est trop cher… provoquant sidération chez ces messieurs bien mis pour une somme aussi dérisoire pour leurs poches.

Glucksmann fit comme à son habitude un blabla ur la fiscalité et la redistribution, déplorant sans s'offusquer des salaires bas comme le bas de mon pantalon. Car il faut être payé dignement, n'est-ce pas?. Concédant qu'il faudrait bien augmenter le SMIC, mais qu'il faut produire plus donc travailler plus et mieux. C'est la rentabilité de la bourgeoisie française qui est l'enjeu.

Chacun y alla de son couplet en faveur d'un État "exemplaire", de cette urgence de "diminuer son train de vie", donc de faire des économies pour pouvoir, après, faire payer des impôts supplémentaires...Oui oui c'était formulé ainsi sans peur du ridicule ni conscience de renforcer la droite dont le cheval de bataille est "y en a marre des taxes incessantes de la gauche au pouvoir".

Olivier Faure, qui posait au sage apparatchik, se mit à, assurer que la hausse du SMIC pouvait créer des milliers d'emplois. Ainsi en Espagne, Pedro Gonzalès, en augmentant le SMIC de 60 %, avait permis la création de deux millions d'emplois (chômage à 9 % mais 8 % en France…). La question majeure n'est-elle pas celle d'une meilleure distribution de l'argent? Il oublie de mentionner que là-bas la retraite est à 67 ans et qu'il n'y a pas autant d'aides et d'allocations de toutes sortes comme en France. Il oublie de mentionner la cherté de la vie aussi en Espagne, une embellie temporaire et le problème migratoire lancinant qui vient détruire le laxisme et l'indifférence de Sanchez, sur un siège éjectable. Sans oublier la corruption (de sa femme) et l'énorme subvention européenne. L'argument de la réussite espagnole va servir de leitmotiv surtout au clan Mélenchon, mais c'est du pipeau face à l'aggravation actuelle. Ajoutons que, vu l'endettement faramineux de la France, on dirait que tous ces cuistres n'ont pas du tout envie de se retrouver au pouvoir, et sans doute aussi la mère Le Pen.

On se contredit sur les causes de la dette, pour Faure et le candidat inconnu avec la même tronche que Hollande (Maurel),, la faute à la dispendieuse dépense de dix ans de macronisme. Pour Glucksmann, la désindustrialisation. Solution pout tous: made in France et travailler plus. Du Marchais d'antan, pur jus.

Guedj alterna promesse sociale brumeuse mais en "nuançant" qu'on ne peut raser gratis et qu'il faudra bien augmenter les impôts. Avoir donc "le courage de la nuance".

LE GRAND SCHISME ANTI ET PRO-Mélenchon


La soirée dédiée à la gloire (funeste) de l'union de la gauche vintage allait être gâchée par la méchante question de la journaliste du Parisien, moins consensuelle que le petit Pujadas. Avec questionnement sur l'alliance ou pas avec la clique à Mélenchon. La bataille fut rude entre les colistiers Faure et Guedj, au point que l'apparatchik Faure y perdit son calme2, attaquant personnellement Guedj sur ses arrangements électoraux avec des partis de droite pour conserver sa place de député. Il apparut comme un petit roquet soucieux de sa dépendance aux troupes de LFI. Il est immédiatement appuyé par Royal qui s'indigne de cette obsession pour LFI, car ce sont tout de même des gens de gauche et antifascistes d'opérette. Elle tint à rappeler sa formation de sept ans sous Mitterrand et son admiration pour ce Tonton, balayant d'un revers de main l'accusation du jeunot Glucksmann, selon qui elle aurait toujours couru après les bonnes places ; et c'est pourtant vrai, on se gaussait à l'époque de ses ronds de jambe auprès de la girouette à chapeau, pour obtenir un poste de ministre.

Plus elle célébrait ce hâbleur, plus elle tentait de faire oublier que les concessions sociales – achat coûteux de la paix sociale – qui sont AUSSI une des causes de l'endettement depuis des décennies, et laissant sous la table les conséquences catastrophiques encore aujourd'hui du règne dispendieux de Tonton. Maurel, l'inconnu baratineur, surgit pour soutenir Royal et la restauration de cette vieillerie d'union de la gauche, en déclamant que la gauche: "c'est le partage du pouvoir et des richesses". Fallait oser et il osa.

Glucksmann et un Guedj véhément, luttèrent contre cette fable à peu près sur la même longueur d'onde et avec des arguments plutôt convaincants. Vrai que le personnage de Mélenchon fait peur à une partie de la population (et aux politiciens concurrents) et en outre que plus ce parti délire plus il renforce le RN. Non, une alliance n'est pas souhaitable avec un parti marche-pied du fascisme (mais lequel ?), ont ajouté les deux tenants de la droite libérale de ce parti bourgeois déconfi depuis une décennie. Car il faut tout faire pour empêcher le "fascisme" (la mère Le Pen n'est pourtant en rien fasciste) de parvenir au pouvoir en France, même en se coalisant avec n'importe qui. Même en sachant que Glucksman et Guedj sont des opportunistes comme tous les autres et se joindront à la cohue tremblante et gémissante. Et que changer d'avis est toléré sportivement entre partis bourgeois, pourvu qu'on ait l'ivresse d'un antifascisme désuet. Leur fixation à tous sur le danger fasciste sent tellement le moisi que cette rouerie a peu de chances d'être le ciment électoral de la gauche radicalement bourgeoise.


LE RENOUVEAU ET L'IMPORTANCE DE LFI POUR DISSOUDRE ET ENCADRER LA LUTTE DE CLASSE

LFI, avec sa démagogie antiraciste et antifa mitée, renouvelle la fonction d'encadrement classique de la gauche bourgeoise désuète avec ses promesses électorales creuses. L'important, hors de leur baratin électoraliste pour leur promotion et enrichissement personnel, c'est LFI qui s'en occupe. Leur hostilité contre la clique LFI évite soigneusement de dire l'importance de ce milieu idéologique woke du marécage woke de la gauche déconfite et sans projets crédibles. LFI est action et scandale. LFI joue un rôle d’encadrement politique dans les quartiers populaires, canalise la colère, empêche que le vote de la classe ouvrière en banlieue bascule vers l’abstention ou retrouve les vraies méthodes de la lutte de classe. Mélenchon n’est pas un adversaire “de droite”, ni un adversaire “identitaire”, mais un obstacle politique interne au camp du travail, au même titre que les appareils réformistes du passé. Le populisme est une substitution du peuple à la classe ouvrière, on remplace la lutte de classes par la lutte “du peuple contre les élites” ; le populisme est un instrument de dissolution du prolétariat. Le concept de “créolisation” introduit une lecture identitaire incompatible avec l’universalité de la classe. Pour le marxisme, la classe ouvrière est une, les identités sont secondaires, la fragmentation ethnique est un poison politique. Mélenchon, en valorisant la diversité comme catégorie politique, renforce les divisions internes du prolétariat. Mélenchon figure le tribun, celui qui se substitue à l'organisation et la rend figurative. Il parle "au nom du peuple". Il personnalise à outrance un combat anti-étatique poseur. Il remplace l'organisation par sa parole. De même il ridiculise, sous couvert d'indignation morale, la violence de classe par une criminalisation permanente de la police. L'histoire d'une créolisation détruit toute référence à l'internationalisme, sans oublier que les réunions publiques de LFI sont hérissées du fanion nationaliste.

Le populisme est anti-organisationnel : il détruit les médiations (comités de grève, partis de classe, structures de masse) au profit d’un chef charismatique. Il divise le prolétariat au profit du RN – en captant une partie du vote populaire urbain – en laissant le vote ouvrier provincial au RN. Mélenchon n’est donc pas un révolutionnaire. Il n’est pas un représentant de la classe ouvrière. Il n’est pas un continuateur du mouvement ouvrier. C'est un populiste interclassiste. Il joue une fonction systémique en neutralisant la lutte de classe réelle. Le populisme de LFI est interclassiste, comme celui du PS, mais d'une façon caricaturale gauchiste : il mélange ouvriers, petits bourgeois urbains, fonctionnaires, étudiants, précaires. Ce mélange est une dissolution du prolétariat. LFI empêche l'affirmation d’une conscience de classe.

Symétriquement, aussi populiste, le RN transforme la lutte de classes en lutte nationale. La classe est effacée par la nation (comme chez Mélenchon d'ailleurs). Le prolétariat n'est plus que le “peuple français”, l’exploitation une lubie remplacée par la “préférence nationale”, La lutte des classes n'est plus qu'une conflictualité identitaire.

Finalement, Guedj et Glucksmann avaient entièrement raison sur ce point, c'est LFI qui sert de chariot élévateur au RN.

La suite lors de leurs prochains numéros...

LES RAISONS DU SUCCÈS (TEMPORAIRE) DU PARTI MAXIMALISTE LE PLUS DANGEREUX (pour une gestion inconséquente de l'État bourgeois et ouvrant la voie à une misère généralisée du prolétariat)


Le
succès actuel de Mélenchon autour de 19 %, comparable à celui d’Édouard Philippe dans certains sondages, ne s’explique pas par une seule cause. Des facteurs politiques, sociaux et géopolitiques se sont accumulés, développant une anxiété politique. La crise mondiale actuelle a créé un environnement émotionnel et politique qui favorise les candidats perçus comme : anti-système, anti-guerre. Mélenchon a une position critique sur l’OTAN et les logiques de blocs.,Une partie de l’électorat inquiet du risque d’escalade voit dans LFI une voix “pacifiste”, même si son soutien spectaculaire au nationalisme est rédhibitoire pour la majorité de la population.

Mais avec cette préoccupation pour Gaza, Mélenchon capte massivement l’électorat jeune, urbain, politisé sur les questions internationales. Dans les quartiers populaires, son discours sur Gaza est perçu comme un soutien bienvenu. Pétrole / inflation Les crises énergétiques renforcent les attentes de protection sociale. Mélenchon promet de protéger de la misère. Cette montée dans les sondages est la conséquence du rejet du macronisme élitaire et du sentiment d'abandon par un État soucieux d'enrichir toujours les mêmes. Dans ce contexte, deux personnages émergent face à la crise de confiance politique (pour l'heure ils font jeu égal dans les sondages. La posture de Mélenchon est rassurante au fond pour l'État, pas besoin de gilets jaunes pour autant que la campagne électorale ficelle la colère sociale. Édouard Philippe est une figure rassurante, technocratique, “postmacroniste”) bien que concurrencé par ses voisins libéraux.

Le programme social de Mélenchon apparaît comme maximaliste, presque révolutionnaire. Ce maximalisme, même s'il est creux, peut abuser dans une période de tension sociale. Le retour de la retraite à 60 ans, s'il était crédible, permettrait de rallier la majorité des couches exploitées car le travail ne rend pas libre contrairement à la reprise du slogan nazi par ce pauvre Retailleau. Le SMIC à 1600 euros net, est vécu comme une mesure non seulement souhaitable mais urgente pour la masse paupérisée. Enfin, contre la dette, “désobéir aux règles européennes”, “ne pas rembourser la dette illégitime” → Ce discours maximaliste séduit l’électorat gauchiste et les couches moyennes intellectuelles qui voit la dette comme une conséquence inadmissible des gouvernements précédents.

Ce programme n’est pas majoritaire dans le pays, mais il est extrêmement mobilisateur dans les zones urbaines et les banlieues. Mélenchon ne progressera pas “dans la classe ouvrière” au sens classique, sa clientèle reste:les jeunes précaires, les diplômés déclassés, les salariés du secteur public, les quartiers populaires urbains à densité immigrée.

Mélenchon est omniprésent, clivant, identifiable,doté d’un discours simple et anticapitaliste. Le passage à 19 % n’est pas un “mystère” : c’est l'aboutissement de des attaques sociales planifiées, des crises géopolitiques permanentes, d'un repli sur des polarisations identitaires, et surtout des promesses sociales qui enthousiasment le bon peuple. Mélenchon reste bloqué autour de 19 % — un socle solide, mais structurellement minoritaire — pour des raisons profondes, qui dépassent les crises du moment. Mélenchon est perçu comme agressif, clivant, imprévisible, beaucoup de gens cherchent la sécurité, la stabilité, la prévisibilité. Mélenchon mobilise, mais effraie une partie de l’électorat modéré. Son programme maximaliste qui attire… mais inquiète et apparaît peu vraisemblable dans la crise, irréaliste, coûteux, risqué.: retraite à 60 ans, SMIC à 1 600 €, blocage des prix, désobéissance à l'Europe, remise en cause de la dette. Ce programme séduit les convaincus, mais reste incrédible pour la majorité des gens, et plus encore pour la fraction bourgeoise au pouvoir.

On peut se questionner sur cette exposition outrancière, au tout début du tohu-bohu électoral, favorisée par les médias et préjuger d'un ultérieur coup fourré ou à la faveur d'un drame international, comme à destination du RN, pour les ramener à plus de modestie électorale. Pour la classe dominante, ces deux partis restent des irresponsables, voire dangereux au point de risquer de provoquer un chaos dont on ne sait s'il se manifestera sous forme de guerre civile ou d'érection d'une dictature.

Dernier facteur, la disparition du vieux système partisan et bipolaire. Le PS, LR, PCF, EELV sont devenus des forces d’appoint, pas des forces structurantes. Cela a élargi un espace pour : un pôle national populaire (RN), un pôle populaire urbain (LFI),un pôle centriste technocratique (Philippe / Attal / Macronisme post-Macron).

Le discours identitaire discours fracture, exagère les discriminations, soutient le groupe terroriste Hamas, insulte la police, etc. Mélenchon apparaît comme un gourou à la tête d'une secte. Il rejette toute nouvelle union de la gauche et veut rester la locomotive qui posera ses conditions en cas de victoire. Sa volonté de rupture institutionnelle (une 6ᵉ République), il n'en a pas la carrure historique et cela est perçu comme un gadget électoral. Le RN, lui, parvient à fédérer une majorité potentielle. Advienne qui pourra.


1 Sa formulation n'était nullement antisémite: "Ségolène Royal, interrogée sur l’antisémitisme en France, a estimé que sa « montée très inquiétante » était «due » aux « actuels dirigeants d’Israël ». «Moi, je crois qu’au contraire, il faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe est absolument intolérable», a-t-elle déclaré, estimant que cela permettrait de « freiner la montée de l’antisémitisme», car « les gens mélangent tout». « Les gens se disent: ce sont les Juifs en général. Mais non, c’est Netanyahou et ceux qui l’entourent», avait-t-elle ajouté .

2 L'ayant croisé en bord de Seine lors des Jeux olympiques à Paris, je lui avais fait la remarque qu'il était l'otage de Mélenchon, sans qu'il puisse, alors, me répondre.

samedi 19 septembre 2026

LES ADIEUX DU GÉNÉRAL MACRON: le passage de témoin militariste



"Quoiqu'il en coûte...en vies humaines"

Jupiter a réuni à l’Élysée tous les requins aspirant à lui succéder dans les mêmes fonctions de baratineur du peuple pour leur présenter confidentiellement (hi hi) l’état de la menace liée à la guerre hybride menée par la Russie contre l’Europe et la France. Parce que des sabotages et accidents suspects se multiplient en Europe: sabotage coordonné de voies ferrées aux Pays-Bas, déraillement d’un train entre Caen et Rouen (44 blessés), incendies simultanés près d’un site militaire à Sorgues, attaques de drones en Allemagne et en Lituanie. Macron a assuré que la nature de l’agressivité russe change : les actions visent désormais des cibles pouvant toucher des civils (on s'attendait à ce qu'il nous le révèle). Tous les participants ont été convaincus, sauf Fabien Roussel (PCF), qui dit « n’avoir rien appris de particulier ». Macron n’attribue pas cependant publiquement les nouveaux incidents à la Russie, contrairement à certains pays de l’Est. Il veut éviter une escalade tout en prétendant renforcer la protection des infrastructures nationales. Il laisse sous-entendre que, concernant le prix du pétrole, tout est de la faute du détroit d'Ormuz. En France, l'approvisionnement en hydrocarbures en provenance des pays du Golfe n’est que de 12 %. Nos principales sources sont les USA, le Nigéria, le Kazakhstan, l’Algérie, la Norvège et la mer du Nord. Les guerres actuelles ont évidemment une incidence conséquente sur le prix du baril, mais la spéculation en a tout autant, si ce n’est plus.

 Il a annoncé : un plan de protection des infrastructures sensibles, et un possible recours au régime d’état d’alerte de sécurité nationale, avec promotion militariste à la clé. Il est resté énigmatique sur la nature du soutien réel des pays européens à la bourgeoisie ukrainienne, en particulier sur l’implication d’industriels français (ex. Safran dans le missile Flamingo), les drones abattus par l'OTAN

Macron a ainsi posé au lanceur d'alerte face aux divers requins politiques sur une soi-disant intensification des actions hybrides russes, de plus en plus dangereuses pour les civils, et prépare la France à une possible escalade en Europe. Pour le peu de temps qu'il lui reste à se prendre pour le maréchal de France.

MACRON NE VEUT PAS REARMER POUR DEFENDRE LA FRANCE MAIS FAIRE DES AFFAIRES AVEC LA BOURGEOISIE UKRAINIENNE

Macron réarme la France non pour la défense, mais pour l’intégration dans la logique de guerre des blocs impérialistes. Laquelle logique suppose l'augmentation des stocks d’artillerie, la relance de la production de munitions, la réorganisation de l’industrie de défense, et un discours sur “l’économie de guerre”. Macron avait déjà explicitement parlé d’“économie de guerre” en 2022 et 2023. Discours qui signifie: réquisition possible des entreprises (comme c'est le cas en Ukraine), accélération des chaînes de production, commandes massives d’armement, priorité donnée aux industries militaires.

En clair, l’État se propose de réorganiser le capitalisme autour de la production militaire, comme en 1914 ou 1939. Ce n’est pas une politique de paix : c’est une politique de préparation structurelle à un conflit prolongé. Laquelle est déjà en cours: livraison de canons Caesar, missiles SCALP, formation de soldats ukrainiens, discours sur “ne rien exclure”. Et surtout : Il prépare l’opinion à l’idée d’un conflit direct avec la Russie, même si ce n’est pas la position officielle.

Pourquoi cette militarisation ? Globalement, le capitalisme est en crise, la France n'est pas la seule concernée par l'effondrement industriel, tous les impérialismes sont à la recherche d'un nouvel "espace vital", conquête de nouveaux territoires ou marchandages terroristes sans fin comme dans le cas de l'État colon d'Israël. Macron a demandé en 2022 et 2023 que la France passe à une “économie de guerre” en tant que priorité nationale. La Loi de programmation militaire 2024-2030 a été un tournant, votée sous Macron par toutes les mafias nationales, elle prévoit 413 milliards d’euros pour les armées que les retraités auront du mal à financer. C’est la plus forte hausse depuis les années 1960. Elle inclut :une relance de la production de munitions, la modernisation nucléaire (SNLE 3G, missiles M51), des drones MALE (sic), des satellites militaires, etc. Macron a personnellement négocié ou soutenu des ventes majeures de Rafale à l’Inde, l’Égypte, la Grèce, les Émirats, etc. Les voyages diplomatiques incluent systématiquement : des discussions sur les contrats d’armement, des rencontres avec les industriels, des accords de coopération militaire. La diplomatie française est devenue une diplomatie d’armement.

MACRON FAIT MINE D'IGNORER LE REFUS D'EMBRIGADEMENT DES POPULATIONS

En Ukraine, la bourgeoisie militarisée derrière son clown Zelensky généralise une mobilisation forcée, rafle les jeunes dans la rue. En Russie, Poutine repousse une mobilisation des Russes de souche mais rafle prisonniers et migrants, tout en faisant venir de la chair à canon de Corée du Nord ou d'Afrique. Macron sait tout cela, c'est pourquoi il milite pour une conscription déguisée avec quatre mesures: le Service National Universel (SNU), les réserves dites opérationnelles, les réserves "citoyennes", et les formations militaires dans les lycées.

La guerre moderne reste une guerre capitaliste criminelle, et Macron prépare la France à y participer, sachant cyniquement que la technologie ne remplace pas les corps humains, que tous les États réarment massivement, que les classes populaires et surtout le prolétariat devront être les premières mobilisées, et que sa classe d'appartenance et ses généraux se préparent à un conflit, dit pieusement de "haute intensité".

Un parallèle historique vient mettre Macron en pleine déconfiture. Une comparaison entre cette France 2024 /et l'Europe 1912 va nous éclairer sur tout ce qui freine ou décrédibilise tous les petits Macron de l'Europe actuelle. On peut et on doit soupeser, prévoir, indiquer concrètement les possibilités de combats, pas seulement économiques, des masses prolétariennes aujourd'hui. Je préfère parler de prolétariat, qui est plus explicite pour les masses modernes que classe ouvrière ; dans mon livre de 2008, je rappelle que dans le Manifeste, Marx utilise 48 fois le terme prolétariat et une dizaine de fois classe ouvrière. Ce travail d'approfondissement politique n'est pas fait par les petits groupes maximalistes qui préfèrent radoter leurs généralités1.

Les deux moments historiques présentent des ressemblances structurelles : montée des tensions internationales, réarmement massif, crise sociale interne, et un État qui se militarise pour compenser son affaiblissement économique. Mais les différences sont tout aussi importantes : absence de conscription de masse, sociétés moins nationalistes, et capacités industrielles insuffisantes pour une guerre totale en 2026.

France 2026 : militarisation d’un État faible en crise. Selon l’analyse du Diplomate (2025), la France est devenue le laboratoire avancé du réarmement européen, avec un budget militaire en hausse de 6,7 milliards € pour 2026, dans un contexte où l’État français est sous pression, réarmement massif sous impulsion de l’OTAN, tensions budgétaires dont les retraites sont montrées comme la principale cause, ce qui n'est pas tout à fait faux (cf. mon article: la retraite, ce serpent de mer insoluble du 23 octobre 2025), une crise politique profonde avec une présidentielle délirante. Cette bourgeoisie française qui veut réarmer drastiquement en couvrant le pays de nouvelles taxes, d'impôts avec l'explosion des prix de l'essence, va finir par être incapable de maîtriser les insurrections sociales et politiques à venir. Et ce n'est pas fait pour nous choquer que la guerre ou sa préparation favorise souvent des révolutions ; ce fut vrai aussi en 1789 quand l'Etat royaliste était surrendetté.

Dans l'Europe de 1912, on assista irrémédiablement à une course à la guerre dans un monde impérialiste récemment constitué. Les années 1910 sont marquées par les rivalités impériales (Royaume-Uni vs Allemagne, une course à l’armement ; des alliances rigides, une multiplication des crises régionales ; une montée générale du nationalisme). L’Europe de 1912 était donc un continent prêt pour une guerre totale. Si on compare avec notre époque en 2026, on peut trouver des points communs. Les tensions géopolitiques croissantes:

  • 1912 : Balkans, rivalités impériales, alliances explosives.

  • 2026 : Ukraine, OTAN vs Russie, Chine vs États-Unis, Moyen-Orient.

Course à l’armement

  • 1912 : dreadnoughts, artillerie lourde, mobilisation industrielle.

  • 2026 : drones, missiles, cyber, réarmement européen.

Crises internes

  • 1912 : conflits sociaux, montée du socialisme, grèves massives.

  • 2026 : inflation, crise sociale, tensions politiques, problème des retraites.

Les États issus du 19ᵉ siècle, sont en quête de puissance. Dans les deux périodes, l’État militarise pour compenser ses fragilités internes. On tombe surtout sur des différences majeures:

Pas de conscription de masse en 2026

1912 : millions de soldats mobilisables immédiatement.

2026 : armées professionnelles, réserves limitées, difficultés de recrutement ., indifférence aux termes patriotiques.



1912 : nationalisme de masse, patriotisme agressif. 2026 : scepticisme, divisions, faible mobilisation populaire. 2026: pas vraiment une montée générale des nationalismes;

Absence d’alliances rigides

1912 : Triple Alliance / Triple Entente → engrenage automatique.

2026 : OTAN, mais avec des marges de manœuvre politiques réduites comme la santé mentale de Trump.

La militarisation de 2026 espère surfer sur une classe ouvrière inorganisée et absente de toute lutte contre les guerres. On peut déplorer une lutte des classes désorganisée, un travail fragmenté (plateformes, intérim, logistique, une conscience de classe éclatée), une colère diffuse mais non structurée. des mobilisations sporadiques à dominante interclassiste (Gilets jaunes, retraites).

La crise sociale de fond est plus grave qu'en 1912 ! méfiance envers les élites, perte d'influence des mafias syndicales, crises politiques à répétition, perte de contrôle social et juridique de l'État. La classe ouvrière de 1912 était concentrée ; celle de 2026 est certes dispersée mais comme l'eau qui dort. En 1912, la concentration de classe dans le maillon faible russe a ébranlé le système mondial et mené à l'interruption de la guerre mondiale. Les partis de gauche et les syndicats ont trahi. En 2026, les masses savent que tous ces organismes sont devenus des traîtres professionnels.

La révolution russe de 1917 n’est pas due strictement aux grèves, ni à une « imbécilité syndicaliste ». Elle est le résultat d’une combinaison explosive : effondrement militaire, famine, colère populaire, mobilisation politique, révolte des femmes, mutineries de soldats, et paralysie du régime tsariste.

1917 = grèves + famine + guerre + révolte des femmes + mutineries + conscience politique. Aucun facteur seul n’aurait suffi. Les grèves sont un élément déclencheur, pas la cause unique. Les grèves de février 1917 (notamment à l’usine Poutilov) ont été massives, mais elles n’étaient pas seulement économiques. Elles portaient sur le pain, la paix, la chute du tsar, même si tous les ouvriers n'avaient pas une conscience révolutionnaire. Les manifestations des femmes de soldats sont déterminantes.

Le 23 février (8 mars dans notre calendrier), des dizaines de milliers de femmes manifestent pour :le pain, la fin de la guerre, le retour des maris du front. Elles entraînent les ouvriers, puis les soldats. La guerre est l'étincelle majeure qui aggrave la misère, tue massivement ("ce régime nous tue") et finit par discréditer le pouvoir étatique du tsar. Les mutineries mènent à l'insurrection et au démantèlement de l'appareil d'Etat. Sans l'action des soldats, les ouvriers auraient été vaincus. L'extension de la révolution n'est pas l'extension des grèves mais l'occupation des rues, le blocage des ponts,, la prise des gares. La révolution est un mouvement social total, pas une simple histoire de grèves généralisées (à la 68).

La comparaison a ses limites. Il n'y a pas eu que les grèves en Russie mais des manifestations massives puis armées. Aujourd'hui, même sans usines centrales importantes, les masses de prolétaires, du fait des moyens techniques décuplés, des réseaux, d'une rapidité de l'information couplée avec l'expansion de la misère, c'est un prolétariat moderne dangereux, certes pas majoritairement composé d'ouvriers manuels, mais qui peut encore mieux se lever en masse dans les villes, les quartiers. Avec une capacité de paralysie du système et de rayonnement bien plus étendue que n'ont pu l'atteindre les mouvements révolutionnaires en Allemagne et en Russie.

J'ose même avancer qu'on peut s'attendre à bien pire que l'assassinat d'un archiduc, mais à l'explosion d'une bombe nucléaire, pas forcément russe, qui soulèverait l'indignation de l'humanité entière, pouvant déboucher sur des réactions massives spontanées un peu partout, avec des coordinations politiques résolues et intraitables.

EN VÉRITÉ MACRON N'EST QUE LE VRP EN FAILLITE DU COMPLEXE MILITARO-INDUSTRIEL FACE A UN PROLÉTARIAT QUI S'EN FOUT.

A la suite de sa dramatisation militaire, Macron est suivi par tous les médias qui se déchaînent pour mettre en garde, convaincre, bourrer le crâne sur la voloté poutinienne de...détruire l'Europe. C'est justifier l'acculement du capitalisme français – alors qu'on assure que c'est le cas du capitalisme russe seulement – à recourir à l'armement à outrance.

Depuis 2017, Macron a renforcé les liens entre l’État et les grands groupes d’armement français :?Dassault Aviation (Rafale) Thales (radars, électronique militaire) Safran (moteurs, drones) Naval Group (sous-marins, frégates) MBDA (missiles). C'est-à dire  les piliers du complexe militaro-industriel français. Macron a systématiquement augmenté leurs commandes, facilité leurs exportations principalement vers l'Ukraine au nom de la défense d'une Europe perpétuellement imaginée comme à la veille d'une invasion russe; de plus les patrons de l'industrie d'armement sont étroitement associés aux consultations stratégiques.

Pourquoi Macron mise autant sur l’armement ? Plusieurs facteurs structurels (non idéologiques) expliquent cette orientation : le déclin industriel. La France a perdu 40 % de son industrie depuis 1980, des secteurs entiers (automobile, électronique, chimie). L’armement reste un des rares secteurs exportateurs, et technologiquement avancés, mais il est improductif, donc une perte au final qui ne peut aucunement remettre sur pied une industrie française irrémédiablement improductive face à la Chine, entre autres. Pire, l'État devient l'otage du complexe militaro-industriel, la recherche est priorisée pourb cette mafia de l'armement et le retour à une économie civile de plus en plus improbable.

Plus scandaleux et minimisé, voire sciemment ignoré par les médias, est l'utilisation de "l'argent public", c'est à dire le fric récolté par l'État capitaliste démocratique, y inclus la fameuse dette. Cette dette est vouée à participer à "l'effort de guerre" - et surtout, soit dit en passant, est la cause en grande partie de cette catin. C'est pourquoi démultiplier les profits du militarisme impose de taper sur les retraités au nom d'une solidarité interclassiste… patriotique et niaise.

Une autre cause majeure de l'endettement a été l'achat de la paix sociale de Mitterrand à Macron, par peur de la classe ouvrière, des largesses qui plombent les budgets de l'Etat jusqu'à aujourd'hui, idée pourtant controversée sur laquelle je reviendrai, et sur le fameux "quoiqu'il en coûte".

Pour l'heure, hors de toute culpabilité sur les causes de la dette, le deal est simple, sous l'agitation contre l'ours russe, Macron donne notre argent à la bourgeoisie ukrainienne, qu'elle nous rend pour enrichir nos industries d'armement de mort. Et plus dérisoire et ridicule, sous prétexte de défendre une démocratie occidentale tigre de papier. Bien sûr cette industrie de la mort assure des milliers d'emplois (non productifs) mais il se confirme qu'il n'y a pas de partage des richesses, comme s'en plaint la gauche populo-nationaliste, qui les (ces richesses) les partagerait entre ses différentes mafias une fois au pouvoir, avec le drapeau tricolore des foules imbéciles qui ovationnent le guru national-populiste Mélenchon.







1Le CCI en particulier qui clôt tous ses articles avec ce type de considération généraliste : "Cette guerre ne correspond en rien aux intérêts de la classe ouvrière de quelque région que ce soit. Si elle ne peut rester indifférente face aux balles et aux bombes et se sent solidaire de toutes ces victimes, la classe ouvrière n’a pas à prendre parti dans tous ces conflits, mais doit clairement dénoncer tous les camps impérialistes impliqués. Sa solidarité, elle doit l’exprimer dans son combat contre la classe exploiteuse des capitalistes et dans le développement de sa lutte à travers le monde contre toutes les mystifications nationalistes, en défendant plus particulièrement l’internationalisme prolétarien". Ils utilisent eux aussi largement cette notion increvable de...rire: le pouvoir d'achat! Les prolétaires n'ont aucun pouvoir sinon celui de dépenser pour leurs besoins vitaux.

dimanche 13 septembre 2026

LES ÉTUDIANTS FONT-ILS PARTIE DE LA CLASSE OUVRIÈRE ?



Le thème de la réunion publique du groupe Courant Communiste Internationale (CCI) avait pour thème ce samedi : "Le mouvement contre le Contrat Première Embauche (CPE) en France: une riche expérience pour les luttes futures" (en 2006).


En venant à cette réunion à Paris, je me posais la question de l'utilité d'un tel sujet, à l'heure où des questions brûlantes occupaient le devant de l'actualité. Un groupe qui se dit révolutionnaire doit pouvoir à tout moment, si l'heure est grave, prendre la décision de changer de sujet. À leur décharge, on dira que l'actualité ronronne et radote sur les guerres en cours et que la dramatisation autour de la victoire électorale de l'AFD en Allemagne n'a tenu que trois jours. Donc pourquoi pas analyser le phénomène étudiant, qui est inclassable historiquement, qui n'est pas une classe donc mais une situation intermédiaire. Une analyse historique réelle et cadrée fit défaut pendant l'ensemble de la réunion.

Leurs réunions publiques sont, il faut le répéter, un lieu de complète liberté politique et un lieu d'écoute politique rare sans préjugés, où on ne cherche pas à vous bourrer le crâne, même avec l'affirmation de leur position. Le débat, après un exposé lu comme un tract, hélas, vira surtout à la polémique avec des représentants des deux groupes, bordiguiste et dameniste. Il se fixa sur les interprétations de chacun sur cette révolte étudiante passée mais victorieuse et soutenue par la classe ouvrière, tout au moins mentalement quand les syndicats se chargèrent de la circonscrire puis d'en noyer les leçons.

La salle était composée surtout de jeunes gens, ce qui est plutôt réconfortant dans le marasme politique bourgeois actuel; la jeunesse n'a cependant pas toutes les qualités, et, comme le leur fit remarquer le dinosaure Galar, malgré un bon niveau de discussion, celle-ci était à un étage plus bas que celles d'antan, et les discours avaient l'aspect d'un disque rayé.

Je n'étais pas chargé de faire un compte-rendu. Des propos très intéressants et réfléchis ont été tenus. Permettez que je vous fournisse ici ma propre intervention, quelque peu étoffée pour mieux me faire comprendre.


"Un jeune étudiant de 17 ans, que j'avais invité à venir à votre réunion – il est intéressé par vos positions politiques – m'a coupé la parole après l'annonce de votre sujet : "Enfin Jean-Louis, pour intéressante que fut la lutte pour le CPE, elle n'a pas eu l'ampleur historique de mai 68 !" Ce tout jeune étudiant n'a pas pu venir car il doit travailler le weekend...pour payer ses études.

La question étudiante à toujours posé des problèmes pour en apprécier la place et le rôle en politique. Herbert Marcuse s'était hasardé à les qualifier de nouvelle classe révolutionnaire? On ne peut cacher que le premier noyau révolutionnaire en 1902, ultérieurement bolchevique, était composé d'étudiants. Ni nous plus que ce n'était le cas des fondateurs de Révolution Internationale à Toulouse en 1968, qui ont accompli un travail remarquable au sein des comités étudiants-ouvriers là-bas (cf. Le mémoire de Michel Roger, republié sur ce blog).

Au début du XXᵉ siècle, encore si proche et détonant, le jeune Trotsky remarqua un jour: "nos étudiants singent la grève des ouvriers". Mais en gros, les étudiants, en France, restèrent en majorité "fachos" jusqu'en 1945. Après c'est le boom incontestable où ils resteront en majorité de gauche. Ils sont 600 000 en 1968, 3 millions aujourd'hui. Presque une classe sociale!

Mon ex-amante Lia Copilot m'a par ailleurs lancé une pique, à moi qui avais tendance à les considérer tous comme de simples bobos: "Attention, Jean-Louis !" On ne peut plus essentialiser l'étudiant comme petit-bourgeois!"

Sujet aux moqueries des luxemburgistes, Lénine ne faisait donc pas reposer sa réflexion sur du sable, en déclarant que la conscience était apportée de l'extérieur aux ouvriers. Puis en revenant sur cette réflexion car les voies de la conscience de classe sont un peu impénétrables. Pour le CCI, cent ans après c'est très simple. Il suffit d'assurer que les étudiants font partie de la classe ouvrière. Et le tour est joué., en particulier avec ce commentaire fantaisiste de leur tract sur la grève à Airbus en référence ouvriériste au CPE : "les étudiants (en réalité de futurs ouvriers)" quand la plupart sont retournés à leurs chères études pour devenir petits chefs ou profs. On peut leur concéder que ce n'est pas entièrement faux de nos jours de constater une "ouvriérisation" accélérée, mais je préfère le terme prolétarisation. En effet, à côté des grandes écoles privées réservées à la reproduction bourgeoise, une immense majorité sera de toute façon prolétarisée. Bac + 4 vaut autant que le BEPC il y a un demi-siècle, et encore si vous trouvez autre chose que livreur de pizza, que vous pouvez payer un loyer, vous nourrir, etc.

Une aile de la bourgeoisie des années 1930, petite bourgeoisie irresponsable à ses débuts, a compris avant toutes les autres l'importance de recruter et d'encadrer les étudiants: le nazisme. Le nazisme à ses débuts a des aspects "insoumis", le parti fonctionne sans centralisation ni cotisations et a fini par devenir un modèle pour nos partis bourgeois de gauche et de droite en France maintenant (cf. un de mes articles antérieurs). Heidegger, le grand philosophe ambigu, fut un fidèle serviteur universitaire du nazisme et celui qui insista sur la nécessité de se préoccuper des étudiants, exaltant le travail mais pas le socialisme. J'ai donc lu cet extrait:

"...l'essence du travail détermine l'existence des Allemands, et, sans doute, l'existence de l'homme sur la terre en général. Notre existence commence à se transformer en une forme d'être. L'État national-socialiste est l'État du travail parce que le nouvel étudiant se sait chargé de faire aboutir l'exigence politique du savoir. C'est pourquoi il est "travailleur" et ses études s'appellent aujourd'hui développement de la volonté afin de consolider ce savoir du peuple en vertu duquel il va être un être historique dans son État. Après une décennie peut-être, peut-être après une génération, ce nouveau type d'étudiant dominera l'université. Alors cet étudiant aura pris la relève et constituera le Front du travail des nouveaux enseignants". (cf. Heidegger et le nazisme de Victor Farias ed Verdier, 1987, p. 160).

Je ne vois pas les étudiants actuels se destiner à un front du travail quelconque, pas seulement parce que de plus en plus ont la haine du travail, ni ne se sentent membres de la classe d'en bas – allez donc dire à un employé qu'il est prolétaire et il vous rira au nez ! L'enfoncement dans la crise et la généralisation de "La misère en milieu étudiant" (sic) se chargeront de les prolétariser malgré ce qu'ils croient rester.

Mais c'est un fait que l'informatisation accélérée du capitalisme a réduit et continue à diminuer l'importance du travail manuel, où l'ex-étudiant ne développera pas une conscience de classe comme l'ouvrier fordiste. Ceci avait été décrit par les sociologues Baudelot et Establet en 1974 (ed Maspéro). La généralisation du salariat n'est pas en soi une prolétarisation: "Tous les salariés ne sont pas des prolétaires (...) un grand nombre de petits bourgeois sont des salariés. C'est un fait, le salariat s'étend: plus des trois quarts des actifs sont aujourd'hui des salariés (sauf qu'aujourd'hui il y a 1,6 retraité pour un actif et que la gauche et les syndicats font croire à la lune retraitable). JLR)

Galar a eu raison d'attirer l'attention sur le fait que l'État français, et ce depuis 1945, est un Etat faible. Et qui fonctionne avec du retard, continuant à développer la masse des cadres (qu'il va licencier massivement demain), laquelle signifie que "plus les salaires ouvriers sont bas, plus la hiérarchie se creuse" (cf. Baudelot et Establet, p. 183). Et plus cette petite-bourgeoisie salariée se sentira étrangère à l'union de classe.

C'est l'éclat de mai 68 qui vient déniaiser les poncifs sur le monde étudiant. Et d'une façon totalement surprenante: on trouve dans les manifestations et assemblées même des fils et filles des grands bourgeois. On se fiche des origines familiales. L'étudiant ne veut plus étudier au service du système et il va porter la bonne parole au monde ouvrier cornaqué encore par les mafias syndicales sur les lieux de travail; par milliers les ouvriers se rendent pourtant aux barricades, défilent avec des slogans politiques au milieu des étudiants. L'événement apparaît fugace au niveau de l'histoire, mais il reste gravé.

Votre fixation sur le mouvement contre le CPE, vous a été justement reprochée par le militant bordiguiste. Et c'est au 13 mai 1968 que j'ai pensé en venant à votre réunion, moment de bascule principal. Pourquoi ? Parce qu'il est antérieur au CPE et que le mouvement a opéré une coupure avec la mafia de l'UNEF, comme vos militants l'ont bien souligné. Et 68, ce n'est pas un événement au demeurant corporatif ou limité aux étudiants. Au début de mai, cela m'emmerde, je n'y comprends rien; j'avais envie d'adhérer au PCF, envie vite réfrénée lorsque ce pauvre Georges Marchais a dénoncé l'anarchiste "allemand" Cohn-Bendit, avec un arrière-fond antisémite comme Mélenchon aujourd'hui.

Permettez une anecdote. Vous avez ici dans cette salle deux dinosaures, derniers témoins de ce 13 mai, Galar et moi. Il existe une photo place Denfert-Rochereau qui illustre le moment de la désobéissance aux syndicats. Ceux-ci voulaient dissoudre à cet endroit. Les étudiants ont répondu "la lutte continue". Cohn-Bendit est juché sur le lion de Belfort, et en bas on aperçoit notre ami Galar. La manif s'ébranle et va aller jusqu'au Champ de Mars. Mais la nuit est tombée. Je vais vous faire une révélation. Pour une unique fois dans l'histoire, une manif est dissoute, éteinte par un disjoncteur. J'ai lu tous les livres sur mai 68, mais aucun ne relate cet épisode. J'avais couru chez mes parents, non loin de là, chercher mon Kodak. Lorsque je reviens au coin du ministère de la marine, c'est le noir complet, le Préfet a ordonné d'éteindre tous les réverbères. Ma photo n'a imprimé que du noir avec en coin un CRS l'arme au pied. L'AG géante est anéantie. Rentrez chez vous, y a plus rien à voir. Attention, le pire n'est jamais trop tard ! ce 13 mai, la grève se généralise...

Et dès le lendemain les comités d'action se généralisent eux aussi. Ils existaient déjà mais en petit nombre. C'est cette désobéissance massive et cette extension qui font sauter le mouvement de l'amusement des barricades, certes scandaleuses et bruyantes mais stériles, vers l'étape de la réflexion et l'affirmation de la grève générale. Je suis élève au lycée Buffon où je participe même la nuit à son occupation. Les comités d'action sont en général assez bordéliques et je ne participe pas à celui de Buffon dominé par les maoïstes. Sur Wikipédia, au chapitre de l'histoire de Buffon, vous pouvez voir que mon histoire de ce comité est référencée. (livre dont je peux faire parvenir le fichier à qui en fera la demande).

Mai 68 a donc une tout autre dimension que le CPE dont vous ne tirez pas les principales conclusions. Vous oubliez de mentionner que, un: le mouvement s'arrête parce qu'il a été victorieux, le gouvernement a retiré son projet. Deux: oui les médias ont noyé les leçons de ce mouvement et surtout sa capacité à s'auto-organiser, mais lorsque vous survolez aujourd'hui les articles sur le web, ce sont surtout les gauchistes qui font croire à une victoire syndicale. Trois, ce n'est pas l'ombre de la chute de la maison stalinienne en 1991 qui expliquerait le mouvement et sa fin. Non, c'est le fait que la bourgeoisie a enfin compris que le monde étudiant, particulièrement touché par la crise et la décomposition capitaliste - l'étudiant reste un philosophe empiriste - doit être encadré en permanence, presque comme les ouvriers. Cette leçon est si bien comprise que désormais, depuis des années, c'est le bordel dans les facs, décourageant même nombre d'étudiants fils de prolétaires à continuer des études. C'est la clique wokiste à Mélenchon qui fout la pagaille, menace et empêche de penser politique avec attaques personnelles, voire violences, leçons de morale fémino-écolos, exaltation du nationalisme palestinien. Alors les étudiants font-ils partie de la classe ouvrière ? C'est à vous aussi de répondre. Je me contenterai de dire ici que c'est un mouvement lié et livré aux oscillations de la société, qui est plus portée en ce moment à démocratiser la société qu'à rompre avec cette société. 

Enfin, dernier point. Je pense qu'au CCI vous êtes devenus des gréviculteurs. Il n'y a pas que les grèves pour exprimer le combat de classe. Vous étalez de longs articles sur les horreurs des guerres qu'on connait tous, abondés par les médias. Mais dites-nous pourquoi le prolétariat est un zéro en ce moment pour dénoncer et lutter contre les guerres impérialistes, pas seulement en disant que le prolétariat européen n'en veut pas par mémoire et tradition, mais que faire ? Pourquoi ils fuient en Iran, en Ukraine et en Russie ? Pourquoi négligez-vous de creuser sur un mouvement général "de refus" de la guerre, en Russie comme en Ukraine ou en Iran, et qui ne dépend pas du taux des grèves ? Preuve que les ouvriers n'ont pas qu'une conscience trade-unioniste et que le combat n'est pas circonscrit à l'entreprise



NOUS NE SOMMES PAS DES GREVICULTEURS



Intervention orale de Marc Chirik au 3ᵉ congrès de REVOLUTION INTERNATIONALE en 1978


... C'est vrai qu'il y a une distinction qui s'est faite entre l'action de l'organisation comme telle, et celle des militants. C'est vrai aussi que le militant agit partout comme membre de l'organisation; mais là se fait la distinction, c'est sur les plans où se situent ces activités. C'est cela que ne voient pas les militants qui sont amenés à dire que les militants doivent chercher à être les chefs dans les luttes immédiates. Cette vision n'est pas tout à fait la nôtre. Ce que nous cherchons, nous, ce n'est pas de demander sa confiance à la classe pour qu'elle nous délègue la direction de ses luttes, mais de faire en sorte que la conscience de la classe se généralise pour que ce soit elle en tant que classe qui assume ses tâches. C'est là notre tâche fondamentale.

Nous ne pouvons pas dire seulement "généralisation des luttes" ; les syndicats sont capables de récupérer ce mot d'ordre; on l'a déjà vu. Nous devons en dire plus, ne pas limiter la généralisation à l'espace mais à 'étendue au fond, allant des luttes pour des questions partielles aux questions générales. (...) la grève n'est pas en elle-même une panacée. Les syndicats peuvent déclencher des grèves sur des revendications anti-prolétariennes. On l'a vu en Italie avant 1914, avec des grèves qui préparaient les ouvriers à la guerre. Nous ne sommes pas des "gréviculteurs".


Je rappelle que toute l'œuvre, en quatre tomes de Marc Chirik (dit Marc Laverne), je l'ai déposée à l'institut d'Amsterdam et à la Bibliothèque nationale de France, mais vous pouvez en consulter des exemplaires en demandant au CCI.