LE TERRORISME DES CLASSES ET COUCHES PETITES-BOURGEOISES
Extraits de l'article fondamental de Marc Chirik en 1980, que j'ai inclus dans mon tome 2 de son œuvre en 2008, l'article est reproduit intégralement sous forme de petit livre disponible sur le site des éditions Smolny. A la RP du CCI, j'avais convié les assistants à se reporter sur leur site, mais il y est introuvable, dommage. Je peux expédier le fichier du tome II (500 pages) à qui m'en fera la demande.
Je reviendrai sur les raisons pour lesquelles la "jeunesse" (thème hors classe) en France semble ficelée par le principal parti petit-bourgeois, LFI, et surtout son apologie de la violence, surtout flicophobe et outrancière. On peut effectivement soutenir qu'une partie de la colère lycéenne et étudiante n'est pas motivée d'abord par un idéal égalitaire, mais par la crainte d'un déclassement social. Pendant plusieurs décennies, les études supérieures ont été perçues comme la voie d'accès aux professions de cadre et à un mode de vie de classe moyenne supérieure. Si l'IA réduit fortement la demande de certaines tâches intellectuelles de bureau, ce sont précisément ces perspectives qui sont menacées. L'angoisse n'est pas tant : « tout le monde doit être égal », mais plutôt : « après des années d'études, je refuse d'avoir le même statut économique que celui auquel j'espérais échapper ». Autrement dit, la peur de la prolétarisation des diplômés, mais qui débouche sur leur impuissance et ifficulté à admettre tomber dans le prolétariat...Pourtant nous, en bas, on s'est toujours marré: tout le monde n'est pas fait pour les études!
Toutes proportions gardées, Mélenchon et ses ouailles ne sont pas des terroristes comme ceux des années 1980, quoique leur soutien archaïque au Hamas soit plus qu'ambigu avec une détestation du nationalisme juif qui fleure l'antisémitisme. L'intérêt de l'article de Marc Chirik est qu'il traite le fond de la violence terroriste, terrifiante, en mode crime de masse, mais aussi, comme on peut le déduire, concernant les émeutes de rue d'éléments désespérés de la petite bourgeoisie, ce qui est encore le cas d'une bonne partie des étudiants qui se destinaient à devenir cadres, mais seront contraint pour beaucoup d'envisager de devenir "cadres" du prolétariat par défaut (syndicrates et politiciens au verbe radical), sans la sécurité del'emploi. Ce parti petit-bourgeois éclectique, anti-marxiste, empêchant de penser politique, est aussi le principal souteneur des petits patrons et de solutions réformistes populistes invraisemblables pour faire durer le capitalisme, avec la taxe anti-riche de Zucman. Ses prestations publiques relèvent en général d'un terrorisme intellectuel et ses activistes sont d'une bêtise que l'on ne nommera pas ici, reflet désarmant de l'inanité de ces sous-classes.
Au moins, en 68, on pouvait déplorer cet ennui, implacable compagnon d'une jeunesse intellectuelle désoeuvrée, en rêvant de le dissoudre d'une épaisseur "messianique", en projet politique. Pour l'heure la petite bourgeoisie décomposée n'offre pour réflexion moraliste, que l'antiracisme et le bashing du RN, et ses "enfants" se font représenter par une lycéenne voilée qui réclame 10 milliards ou rien.
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Les classes petites-bourgeoises (paysans, artisans, petits commerçants, professions libérales, intellectuels) ne constituent pas des classes fondamentales dans la société. Elles n'ont pas de mode de production particulier à présenter ni aucun projet de société à offrir. Elles ne sont pas des classes historiques dans le sens marxiste du terme. Elles sont par excellence les moins homogènes des classes sociales. Même si dans leurs couches supérieures elles tirent leurs revenus de l'exploitation du travail des autres, et, à ce titre, font partie des privilégiées, elles sont dans leur ensemble soumises à la domination de la classe capitaliste dont elles subissent la rigueur des lois et de l'oppression. Aucun devenir ne se présente à elles comme classe. Dans leurs couches supérieures, le maximum de leurs aspirations est de parvenir à s'intégrer individuellement dans la classe capitaliste.
Dans leurs couches inférieures, elles sont destinées implacablement à perdre toute propriété et "indépendance" des moyens de subsistance et à se prolétariser. Dans leur immense masse moyenne, elles sont condamnées à végéter, économiquement et politiquement écrasées par la domination de la classe capitaliste. Leur comportement politique est déterminé par le rapport de force entre les deux classes fondamentales de la société: le capitalisme et le prolétariat. Leur résistance sans espoir aux lois impitoyables du Capital les amène à une vision et un comportement fatalistes et passifs. Leur idéologie est le "sauve-qui-peut" individualiste et collectivement, les multiples variétés de lamentations plaintives, la recherche de consolations misérables, les impuissants et ridicules sermons pacifistes, humanistes de toutes sortes. Écrasées matériellement, sans aucun avenir devant elles, végétant dans un présent aux horizons complètement bouchés, piétinant dans une médiocrité quotidienne sans bornes, elles sont dans leur désespoir la proie facile à toutes les mystifications, des plus pacifiques (sectes religieuses, naturistes, anti-violence, anti-bombe atomique, hippie, écologistes, anti-nucléaires, etc...) aux plus sanglantes (Cent-noirs, pogromistes, racistes, Ku-Klux-Klan, bandes fascistes, gangsters et mercenaires de tout acabit, etc.).
C'est surtout dans ces dernières, les plus sanglantes, qu'elles trouvent la compensation d'une dignité illusoire à leur déchéance réelle que le développement du capitalisme accroît de jour en jour. C'est l'héroïsme de la lâcheté, le courage des poltrons, la gloire de la médiocrité sordide. C'est dans ces rangs que le capitalisme, après les avoir réduits à la déchéance extrême, trouve une réserve inépuisable pour le recrutement de ces héros de la terreur. S'il est arrivé parfois le long de l'histoire des explosions de colère et de violence de la part de ces classes, ces explosions restaient sporadiques et ne sont jamais allées au delà de jacqueries et révoltes car aucune autre perspective ne s'ouvrait à elles sinon celle d'être écrasées. Dans le capitalisme, ces classes perdent complètement leur indépendance et ne servent que de masse de manœuvre et d'appui aux affrontements que se livrent les différentes fractions de la classe dominante tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières nationales.
Dans des moments de crise révolutionnaire et dans certaines circonstances favorables, le mécontentement profond d'une partie de ces classes pourrait servir de force d'appoint à la lutte du prolétariat. L'inévitable processus de paupérisation et de prolétarisation des couches inférieures de ces classes, est un chemin extrêmement difficile et douloureux à parcourir et donne naissance à un courant de révolte particulièrement exacerbée. La combativité de ces éléments provenant plus spécialement des artisans et de l'intelligentsia déclassée, repose plus sur leur état d'individus désespérés que sur la lutte de classe du prolétariat qu'ils ont beaucoup de mal à intégrer. Ce qui les caractérise fondamentalement, c'est : l'individualisme, l'impatience, le scepticisme, la démoralisation et leurs actions qui relèvent plus de suicide spectaculaire que d'un but à atteindre. Ayant perdu "leur passé", n'ayant aucun avenir devant eux, ils vivent un présent de misère et la révolte exaspérée contre la misère de ce présent ressenti dans l'immédiat et comme un immédiat. Même si en contact avec la classe ouvrière et son devenir historique, ils parviennent à s'inspirer d'une façon généralement déformée de ses idéaux, cela dépasse rarement le niveau de la fantaisie et du rêve. Leur véritable vision de la réalité reste le champ réduit et borné de la contingence.
L'expression politique de ce courant prend des formes extrêmement variées qui va de la stricte actuation individuelle aux différentes formations de sectes fermées, de conspiration, de complot, de préparation de "coup d'État" minoritaire, d'actions exemplaires et, à l'extrême, le terrorisme. Ce qui constitue leur unité dans cette diversité, c'est leur méconnaissance du déterminisme objectif et historique du mouvement de la lutte des classes, leur méconnaissance du sujet historique de la société moderne, seul capable d'assurer la transformation sociale: le prolétariat. La persistance des manifestations de ce courant est donnée par la permanence du processus de prolétarisation de ces couches tout le long de l'histoire du capitalisme. Leurs variétés et diversités sont le produit des situations locales et contingentes. Ce phénomène social accompagne tout au long de l'histoire la formation de la classe prolétarienne et se trouve ainsi mêlé à des degrés divers au mouvement du prolétariat dans lequel ce courant importe des idées et des comportements qu'il charrie et qui sont étrangers à la classe.
Cela est vrai tout particulièrement en ce qui concerne le terrorisme. Il faut absolument insister sur ce point essentiel et ne laisser aucune ambiguïté à ce sujet. Si, à l'aube de sa formation de classe , le prolétariat, dans sa tendance à s'organiser, ne trouve pas encore sa forme appropriée et utilise le type d'organisation de sociétés conspiratives, secrètes, héritage de la révolution bourgeoise, cela ne change en rien la nature de classe de ces formes, leur inadéquation au contenu nouveau, celui de la lutte de classe du prolétariat. Rapidement le prolétariat sera amené à se dégager de ces formes d'organisation et méthodes d'action et à les rejeter définitivement.
Tout comme pour ce qui concerne l'élaboration théorique et sa phase utopiste, la formation d'organisations politiques de la classe passait inévitablement par la phase de sectes conspiratives. Mais il importe de ne pas alimenter la confusion, de ne pas faire de nécessité vertu, ne pas confondre les divers stades du mouvement et savoir distinguer la signification différente et opposée de leur manifestation dans des stades différents. De même que le socialisme utopique se transformera, à un certain stade atteint par le mouvement du prolétariat, d'une grande contribution positive en une entrave au développement ultérieur de ce mouvement, de même et à ce même stade, les sectes conspiratives seront désormais frappées du signe négatif et stérilisant pour le développement ultérieur du mouvement. Le courant représentant les couches en voie d'une difficile prolétarisation ne saurait désormais être la moindre contribution à un mouvement de classe déjà développé.
Non seulement ce courant doit revendiquer le type d'organisation de sectes et de méthodes de conspiration, mais, arrivant avec un retard toujours plus accentué sur le mouvement réel, il est amené dans son exacerbation à pousser cette revendication à outrance, à en faire une caricature, trouvant son expression extrême en préconisant l'action terroriste. Le terrorisme n'est pas simplement l'action de terreur. C'est là se placer sur un terrain terminologique. Ce que nous voulons faire ressortir et mettre en relief c'est le sens social et la différence que ces termes recouvrent.
La terreur est un système de domination, structuré, permanent, émanant des classes exploiteuses. Le terrorisme par contre est une réaction de classe opprimée, mais sans devenir, contre la terreur de la classe opprinante? Ce sont des réactions momentanées, sans continuité, des réactions de vengeance et sans lendemain. Nous trouvons la description émouvante de ce genre de mouvement dans Panaït Istrati et ses Haïdoucs dans le contexte historique de la Roumanie de la fin du siècle dernier. Nous les retrouvons dans le terrorisme des narodnikis russes et, aussi différentes qu'elles se présentent, chez les anarchistes et la bande à Bonnot; elles relèvent toujours de la même nature: vengeance des impuissants parce qu'impuissants.
Elles ne sont jamais l'annonce d'un nouveau, mais l'expression désespérée d'une fin, de sa propre fin. Réaction impuissante d'une impuissance, le terrorisme n'ébranle pas et ne peut ébranler la terreur de la classe dominante. C'est une piqûre de moustique sur la peau d'un éléphant. Par contre, il peut être et est souvent exploité par l'Etat pour justifier et renforcer sa terreur. Il faut absolument dénoncer le mythe qui veut que le terrorisme serve ou puisse servir de détonateur pour déclencher le mouvement de la lutte du prolétariat. Cela serait pour le moins très singulier qu'une classe au devenir historique ait besoin de chercher dans une classe sans devenir l'élément détonateur de sa propre lutte. Il est absolument absurde de prétendre que le terrorisme des couches les plus radicalisées de la petite bourgeoisie a le mérite de détruire dans la classe ouvrière les effets de la mystification démocratique, de la légalité bourgeoise, et de lui enseigner la voie indispensable de la violence.
Le prolétariat n'a aucune leçon à tirer du terrorisme radical, sinon celle de s'en écarter et de le rejeter, car la violence contenue dans le terrorisme se situe fondamentalement sur le terrain bourgeois de la lutte. La compréhension de la violence nécessaire et indispensable, le prolétariat la tire de son existence propre, de sa lutte, de ses expériences, de ses affrontements avec la classe dominante. C'est une violence de classe qui diffère de nature, de contenu, de forme et de méthodes aussi catégoriquement du terrorisme petit-bourtgeois que de la terreur de classe exploiteuse dominante.
Il est absolument certain que la classe ouvrière manifeste généralement une attitude de solidarité et de sympathie, non pas à l'égard du terrorisme qu'elle condamne en tant qu'idéologie, organisation et méthodes, mais à l'égard des éléments qui s'y livrent. Cela pour des raisons évidentes:
1) parce qu'ils sont en révolte contre l'ordre de terreur existant que le prolétariat se propose de détruire de fond en comble;
2) parce que comme la classe ouvrière, ils sont également des victimes de la cruelle exploitation et oppression de la part de l'ennemie mortelle du prolétariat: la classe capitaliste et son Etat. Le prolétariat ne peut pas ne pas manifester sa solidarité à ces victimes en essayant de les sauver des mains des bourreaux, de la terreur d'Etat existante et en s'efforçant de les dégager de l'impasse mortellement dangereuse: le terrorisme, dans lequel ils se sont fourvoyés.
LA VIOLENCE DE CLASSE DU PROLETARIAT
Nous n'avons pas à insister ici sur la nécessaire violence de la lutte de classe du prolétariat. Le faire serait enfoncer des portes ouvertes, car, voilà bientôt deux siècles depuis les Egaux de Babeuf, que la démonstration théorique et dans les faits de sa nécessité et inévitabilité a été apportée. Il est aussi vain de répéter à n'en plus pouvoir en la présentant comme une découverte cette vérité que toutes les classes sont amenées à user de la violence et aussi le prolétariat. En se contentant d'énoncer ces vérités devenues des banalités, on finit par établir une sorte d'équation vide de tout sens "violence=violence".
On établit ainsi une équivalence, une identité aussi simpliste qu'absurde entre la violence du capital et la violence du prolétariat, et on passe à côté, on escamote leur différence essentielle, l'une étant oppressive et l'autre libératrice. Dire et redire cette tautologie "violence=violence" et se contenter de démontrer que toutes les classes en usent, pour établir sa nature identique, est aussi intelligent, génial, que de voir une identité entre l'acte du chirurgien faisant une césarienne pour donner naissance à la vie et l'acte de l'assassin éventrant sa victime pour lui donner la mort, par le fait que l'un et l'autre se servent d'instruments qui se ressemblent: le couteau exerçant une action sur un même objet: le ventre, et recourant à une même technique apparemment fort semblable: celle d'ouvrir le ventre. Ce qui importe au plus haut point ce n'est pas de répéter: violence, violence, mais de souligner fortement leur différence essentielle et dégager le plus clairement possible ce en quoi, pourquoi et comment la violence du prolétariat se distingue et diffère de la terreur et du terrorisme des autres classes. En établissant une différence entre terreur et violence de classe, ce n'est pas pour des raisons de querelles, de terminologie, de répugnance affective au mot terreur, ni pour des raisons de pudeur de vierges intimidées, mais pour faire ressortir plus clairement la nature de classe différente, le contenu et les formes différentes que le même mot recouvre et estompe. Le vocabulaire retarde sur les faits et souvent aussi le manque de la distinction dans les mots témoigne d'une pensée insuffisamment élaborée et entretien une ambiguïté toujours nocive. Comme exemple on peut citer le mot de "social-démocratie" qui ne correspond en rien à l'essence révolutionnaire et au but d'une société communiste que se propose l'organisation politique du prolétariat. Il en est de même pour le mot "terreur" qu'on trouve parfois dans la littérature socialiste, même chez nos classiques, accolé au mot "révolutionnaire" et "du prolétariat". Il faut instamment mettre en garde contre les abus qui consistent à recourir à des citations littérales de phrases, sans les rétablir dans leur contexte, les circonstances dans lesquelles elles étaient écrites, l'adversaire qu'elles visaient au risque de déformer et de trahir la véritable pensée de leurs auteurs.
Il faut encore souligner que la plupart du temps ces auteurs, tout en utilisant le mot terreur prenaient de grandes précautions pour établir la différence de fond et de forme entre celle du prolétariat et celle de la bourgeoisie, entre La Commune de Paris et Versailles, entre la révolution et la contre-révolution dans la guerre civile en Russie. Si nous pensons qu'il est temps de distinguer ces deus termes, c'est pour lever les ambiguïtés que leur identification entretient et surtout, cette ambiguïté qui ne veut voir là qu'une différence de quantité, d'intensité et non de nature de classe. Et même s'il ne s'agissait strictement que d'un changement de quantité, cela entraînerait pour les marxistes qui se réclament de la méthode dialectique, un changement de qualité.
En répudiant la terreur en faveur de la violence de classe du prolétariat, nous entendons, non seulement exprimer notre répugnance de classe à l'égard du contenu réel d'exploitation et d'oppression qu'est la terreur, mais également en finir avec les finasseries casuistiques et hypocrites sur "la fin justifie les moyens". Les apologistes inconditionnels de la terreur, ces calvinistes de la révolution que sont les bordiguistes, dédaignent les questions de formes d'organisation et de moyens.
Seul existe pour eux le "but" pour lequel toutes les formes et tous les moyens peuvent être indifféremment utilisés. "La révolution est une question de contenu et non de forme d'organisation", répètent-ils inlassablement, sauf... sauf... pour ce qui est de la terreur. Sur ce point, on est catégorique: "pas de révolution sans terreur", et n'est pas un révolutionnaire celui qui n'est pas capable de tuer quelques enfants; ici, la terreur, considérée comme moyen devient une condition absolue, un impératif catégorique de la révolution et de son contenu. Pourquoi cette exception? on pourrait aussi, à l'inverse, se poser d'autres questions. Si vraiment les questions de moyens et de formes d'organisation sont si importantes pour la révolution prolétarienne, ne serait-il pas, possible qu'elle s'accomplisse avec la forme monarchiste ou parlementaire par exemple? Pourquoi pas?
La vérité est que vouloir séparer le contenu et les formes, la fin et les moyens, est une pure absurdité. Dans la réalité, contenu et formes sont intrinsèquement liés. Une fin ne contient pas n'importe quels moyens, mais ses moyens propres et les moyens déterminés ne sont valables que pour des fins déterminées. Toute autre approche n'est que de la spéculation sophistique. Quand nous rejetons la terreur comme mode d'existence de la violence du prolétariat, ce n'est pas pour on ne sait quelle raison morale mais parce que la terreur, comme contenu et méthode, s'oppose par nature au but que se propose et poursuit le prolétariat.
Les calvinistes de la révolution croient-ils vraiment et peuvent-ils nous convaincre que pour atteindre notre but, le communisme, le prolétariat pourrait et devrait recourir aux moyens d'immenses camps de concentration et d'extermination systématique des populations par millions et millions, ou par l'installation d'un immense réseau de chambres à gaze, scientifiquement encore plus perfectionnées que celles d'Hitler? Le génocide fait-il partie du Programme et de la "voie calviniste" du socialisme?! Il suffit de rappeler l'énumération que nous avons faite des principales caractéristiques du contenu et des méthodes de la terreur, pour voir au premier coup d'oeil tout l'abîme qui sépare et oppose le prolétariat de celle-là.
1) "être liée organiquement à l'exploitation et pour l'imposer". Le prolétariat est une classe exploitée et lutte pour la surpression de l'exploitation de l'homme par l'homme.
2)"être le fait d'une classe privilégiée". Le prolétariat n'a aucun privilège et lutte pour la suppression de tout privilège.
3) "être le fait d'une classe minoritaire".
Le prolétariat représente avec les travailleurs l'immense majorité de la société. D'aucuns voudraient peut-être voir dans cette référence notre "indécrottable penchant pour les principes de la démocratie", de majorité et de minorité, sans prendre garde que ce sont eux qui sont obnubilés par ce problème, en faisant de plus, de la minorité, par horreur viscérale de la majorité, le critère de la vérité révolutionnaire. Le socialisme est irréalisable s'il ne repose pas sur la possibilité historique et ne correspond pas aux intérêts fondamentaux et à la volonté de l'immense majorité de la société.
C'est là un des arguments clé de Lénine de "L'Etat et la Révolution", et également de Marx affirmant que le prolétariat ne saurait s'émanciper sans émanciper l'humanité toute entière.
4)"être le fait d'un corps spécialisé"... Le prolétariat, a écrit sur son drapeau la destruction de l'armée permanente, de la police, pour l'armement général du peuple et avant tout du prolétariat. "tendant à se dégager de tout contrôle de la société". Le prolétariat rejette, comme objectif toute spécialisation, et dans la mesure de l'impossibilité de sa totale réalisation immédiate, l'exigence de sa soumission totale au contrôle de la société.
5) "se reproduire et se perfectionner sans fin". Le prolétariat entend, lui, mettre fin à cette reproduction et à ce perfectionnement et s'engage dans la voie dès le premier jour de sa prise du pouvoir.
6) "n'avoir d'autre raison d'être que dans la soumission et l'écrasement de la communauté humaine". Les buts du prolétariat sont diamétralement opposés. Sa raison d'être est celle de la libération et l'épanouissement de la société humaine.
7) "développer les sentiments d'hostilité et de violence entre les groupes sociaux: nationalisme, chauvinisme, racisme, etc. Le prolétariat supprime tous ces anachronismes historiques devenus des monstruosités et des entraves à l'unification harmonieuse, possible et nécessaire de toute l'humanité.
8) "développer des sentiments et des comportements d'égoïsme, d'agressivité sadique, l'esprit de vengeance, de guerre incessante et quotidienne de tous contre tous, etc..."
Le prolétariat au contraire développe des sentiments tout nouveaux: de solidarité, de vie collective, de fraternité de "tous pour un et un pour tous", d'une libre association de producteurs, d'une production et consommation socialisées. Et si l'essence des classes exploiteuse est de: "plonger toute la société dans un état de terreur sans fin", le prolétariat, lui, fait appel à l'initiative et à la créativité de tous qui dans un enthousiasme général prennent leur vie et leur sort dans leur propres mains.
La violence de classe du prolétariat ne saurait être la terreur puisque sa raison d'être est précisément de briser la terreur. C'est jouer sur les mots que de considérer comme la même chose et les confondre en les désignant par les mêmes mots: violence ou terreur, le comportement de l'assassin exhibant son couteau et la main qui l'immobilise et l'empêche de commettre le meurtre. Le prolétariat ne saurait recourir à l'organisation de pogroms, au lynchage, à la création d'Ecole de Torture, aux viols, aux procès de Moscou, comme moyens et méthodes pour la réalisation du socialisme. Ces méthodes, il les laisse au capitalisme, parce qu'elles font partie de lui, lui sont propres, adaptées à ses buts,, et qui portent le nom générique de TERREUR. Ni le terrorisme avant, ni la terreur après la révolution ne sauraient être des armes du prolétariat pour l'émancipation de l'humanité.






