"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 9 août 2026

Retour à Outreau : Le commissaire et le curé

 


à Lyhanna


UNE DANGEREUSE MAGISTRATURE BOURGEOISE IMPAVIDE

« Les policiers ne font plus d’investigation, ils font des procédures au détriment des victimes, car les politiques comme Monsieur Darmanin l’ont voulu». Frédéric Lauze (secrétaire général des commissaires de la police nationale)

Comment les politiques ont laissé faire...les mensonges à Outreau

Pour une fois que je soutiens un syndicat de policiers je me sens dans l'obligation de ressortir de mes archives un débat très gênant pour la magistrature franc-maçonne (débat que je présidais le 9 décembre 2014 dans le Pas de Calais, entre le commissaire qui avait refusé de participer à cette ignominie et le prêtre Dominique Wiel injustement et sadiquement persécuté par le juge Burgaud). Ce débat était assez en phase avec mon article de 2016 : « Il y a plus d'humanité dans un commissariat français que dans une discussion entre gauchistes » (que je peux fournir à qui en fait la demande)1. Que les courageux animateurs de ce débat me pardonnent pour d'éventuelles erreurs, car la transmission de l'audio par écrit a été pénible et parfois inaudible, malgré l'utilisation d'in transcripteur moderne rendant moins pénible que les transcriptions de naguère après les congrès du CCI.


EXTRAITS (le débat a duré trois heures)

JLR : Alors bon, ce qu'on avait commencé à faire, c'est laisser tomber aux oubliettes. On peut se tutoyer. Ça sera plus facile pour discuter. Est-ce que tu peux nous dire pourquoi il y avait un hiatus entre les magistrats et le commissariat de Boulogne ? Pourquoi ce n'est pas le commissariat de Boulogne-sur-Mer qui s'est occupé de l'affaire.

CHARLES : si, au début, il s'en est occupé parce que moi j'ai eu affaire à des OPJ de Lille. Et on m'a dit, ah ben c'est parce que Burgaud n'avait plus confiance dans les policiers de Boulogne. Et donc, pour les personnes qui l'avaient arrêté au mois de sept... novembre 2001, parce qu'en février 2001, ils avaient arrêté Myriam Baderoui et son mari. Et puis le couple voisin. Et là, c'est les policiers de Boulogne. Et apparemment, le Bureau n'a pas été très satisfait de leur boulot, du boulot des policiers. Donc, au mois de novembre, il y a eu la grosse arrestation des 14 autres personnes, on l'a a confié à des OPJ de Lille. Parce que moi je sais qu'au bout d'un certain temps, à Lille, ils se sont dit : « Qu'est-ce que c'est que ce merdier ? », et puis ils ont tout renvoyé. Ils s'en étaient occupés parce que c'est eux qui ont fait les interrogatoires. Bon, oui, oui. Ils s'en sont occupés. J'ai eu des bisbilles avec Lille. Avec l'OPJ de Lille. Faut vous dire, un coup, ils étaient venus pour une affaire, et puis tiens, vous convoquez un tel, peut-être pour autre chose, hein, ça n'a rien à voir. Vous convoquez Untel, et puis, moi j'ai un dossier pour lui, alors quand vous aurez fini, vous me le donnerez. Il m'a expliqué ça. Il m'a expliqué qu'en fait, le juge... Non, le procureur ou le juge, je sais pas. Ce qui est vrai, c'est qu'ils n'ont pas... Ils n'étaient pas satisfaits de la première expertise qu'on lui avait donnée un an avant. Parce que la Myriam en question, elle avait déjà fait le coup une fois. Elle avait déjà dénoncé quelqu'un qui, soi-disant, aurait violé son gamin. A cette époque-là, il y a eu enquête. On a envoyé le gamin auprès du docteur expert. Et le docteur expert avait dit « non, rien du tout ». Donc, la fois suivante, pour notre affaire, ils ont choisi un autre expert. Bon, moi, j'avais évidemment des histoires, donc il fallait passer par des experts. Alors, dans le commissariat, il faut aller chez Untel, il faut l'envoyer chez Untel, j'ai voulu l'envoyer chez Untel. Untel, pour moi, ça avait l'air plutôt d'être plus un touche-pipi qu'autre chose. Puis, il disait ce qu'on voulait entendre. Mais ça, on s'en fout. La fille de la DASS, elle a dit : « Avec des cinglés pareils, moi, je veux bien travailler, mais je ne veux pas être la potiche ». Puis les magistrats, comme c'étaient des magistrats de… ils auraient été nommés ailleurs. Ils sont partis à Boulogne.


JLR : Alors bon, ce qu'on avait commencé à faire, c'est donc laisser tomber aux oubliettes. Oui, mais est-ce que tu… On peut se tutoyer ? Ça sera plus facile pour discuter.

Est-ce que tu peux nous dire pourquoi il y avait un hiatus entre les magistrats et le commissariat de Boulogne ? Pourquoi ce n'est pas le commissariat de Boulogne qui s'est occupé de l'affaire, mais c'est celui de...

CHARLES : Si, au début, il s'en est occupé. Oui, oui, d'accord. Donc voilà. Puis il m'amène le gars en question, il dit, oh, bah de toute façon, ce con-là, il chique tout.Monsieur, asseyez-vous. Je suis désolé, mais je vous convoque pour tel aspect. Je sais que ça va vous déranger beaucoup, on vous l'a déjà demandé 3-4 fois. Votre nom, prénom, date de naissance, lieu de naissance, etc. Bon, ça s'insulte. Il dit, vous ne m'avez pas insulté. Je lui dis, pardon ? Il dit, vous ne m'avez pas insulté. Et de quel droit je vous insulterais ? Moi, je suis ici pour vous demander votre version.Imaginez qu'il vous insulte, et que vous soyez pour rien dans l'affaire, et j'aurais l'air de quoi. Non, de toute façon, je vous vois, puis je n'insulte pas les gens. Ah, bon. Écoutez, pour leur affaire, je vais vous raconter.Alors, il m'a raconté le truc quand ils sont venus. Alors, j'ai dit, écoutez, la position du gars, comment... Il faut prendre les gens, il faut écouter ce qu'ils disent. Il faut pas leur dire ce qu'ils doivent dire. Alors, mais par contre, il y en avait des flics qui étaient bons aussi. Alors, ça dépend quelle équipe. Parce qu'il y en a, ce sont des cow-boys. C'est la SRPJ de Lille. Nous, on ne s'occupe pas de petites affaires, on ne s'occupe que des grosses affaires. Alors, ça dépend sur qui on tombe.

Il y en a qui sont bons, il y en a qui sont moins bons. C'est partout pareil, quel que soit le corps de métier. Il y a toujours des imbéciles et des gens qui font bien leur boulot. Mais il y en a, ils n'écoutent même pas les gens. Ils ont des trucs fabriqués. C'est ce que j'appelle les imbéciles. Quand on va aux fond des choses, là, il y avait aussi... Ah, il y a certainement eu un médecin là-dedans. Un expert. Un médecin, c'était qui? Ah oui, un médecin. C'était qui? Comment il s'appelle? Il habite ici, là. C'est pas ici, à Camiers. Non, non, il n'habite pas à Camiers. Il habite... Attendez.

Quand vous entrez dans Hardelot au Café du Clairon, vous voyez le Café du Clairon, ? Je ne peux pas voir Hardelot. J'ai jamais vu Hardelot...Il s'appelle Connépas...Son nom ne me revient pas parce que... Il en a au moins qu'un. Il a un nom. Il y a un connard pour tout. C'est un gars... C'est un intégriste. Un psy, quoi. Un intégriste catholique. Un catholique très intégriste sur les bords. Il habite... Il est américain, tout ça me fait rire. La maison avant le Clairon. Alors, quand vous parlez du Clairon, moi je vois un peu Hardelot. L'entrée d'Hardelot. À l'entrée d'Hardelot, on a plutôt des hôtels, le Regina,l'hôtel du Parc. C'est pas Hardelot, c'est le Clairon. C'est pas Condette, ça, le Clairon? Si, c'est Condette. Il habite Condette. Il a un nom qui se termine en HAC. Bon, et alors, qu'est-ce qu'il avait? C'était un vrai connard? Non, non, non. Il y a eu un tas de nœuds au sujet du docteur expert Parce que ces gamins-là ont été expertisés par un médecin qui n'était pas le médecin expert habituel. Le gars, il m'a demandé de venir chez lui. Il m'a expliqué qu'en fait, le juge... Non, le procureur ou le juge, je sais pas. Ce qui est vrai, c'est qu'ils n'ont pas été satisfaits de la première expertise qu'on lui avait donnée un an avant.

Moi, j'avais les données matérielles, que j'avais constatées. Lui, il avait examiné la gamine. Tout s'imbriquait, c'était parfait. Et puis, je ne lui avais rien dit. Moi, je dis rien, parce que c'est lui. Alors là, j'ai jamais eu un truc si bien fait. Et ça contredisait, c'était pas du tout ce que les collègues voulaient avoir avec le docteur machin. Lui, il nous mettait n'importe quoi. Et c'est pour ça que je la demande aussi, parce qu'elle est experte. Alors, je peux faire une parenthèse là. J'ai eu le cas pour une amie à Paris, qui est grand-mère, qui vient, après des années de procès, d'assister simplement au fait qu'on arrache sa petite-fille à son fils. Et son fils était divorcé. Donc, il s'était mis avec une fille d'origine yougoslave, une folle, une grosse pute. Mais je passe sur les détails. Elle a fait des tas de merde pour récupérer l'enfant à Montpellier, pour qu'il soit retiré à son mec.

Il a 7 ans, l'enfant. Pour qu'il soit livré à Montpellier à cette pétasse qui a 40 ans, qui vient de se marier avec un Algérien de 20 ans, qui lui a fait un môme pour avoir des papiers, c'est normal, c'est un sans-papiers autrement. Et il y a eu plusieurs juges qui ont défilé. Et on a eu dernièrement, il y a 6 mois, un petit juge Burgaud (on en sort tous les ans), qui a déboulé ; il a commencé par laisser le dossier de côté, ne pas le voir, il vous dira Dominique, il a vu son dossier, seulement grâce à la journaliste Florence Aubenas, alors qu'il n'avait pas pu le consulter du tout.

C'est curieux, les dossiers se baladent, ils ne sont pas forcément dans les mains des gens que cela concerne. Il y a des jours où ils se perdent. Et donc, le juge n'a même pas vu le dossier, il a dit : «  cet enfant doit être confié à sa mère à Montpellier ». Les deux juges précédents, qui étaient une femme et un homme, avaient dit : « Surtout pas, c'est une folle, il faut donner l'enfant à son père à Paris, le laisser à son père à Paris ». Le petit juge, par bonheur, a été éjecté, parce que bon, il faut le savoir, si vous ne le savez pas, mais tous les juges sortent des écoles et on les met juges pour les enfants. Donc ils ne connaissent rien aux enfants, ni à la vie, on les met juste juges pour enfants, après ils s'occupent des affaires, etc. Donc ils se font des dents sur quelque chose qu'ils ne connaissent pas. Ensuite le tribunal de police a demandé à recevoir la mère, la petite fille et le père. Bon, il faut savoir qu'il y a un an, la mère…

Tu attends le tribunal de police ? Je ne sais pas, il y a une juridiction qui ne dépend que de la police. Pour les gens qui dépendent de la police, il y a des juges de police qui peuvent aussi mener une étude sur l'affaire. Est-ce que c'était une contravention, un délit ou un crime ? Ni l'un ni l'autre, non. Donc c'est un juge civil alors. Pour les histoires de divorces, il y a souvent des civils. Je ne sais pas, mais en tout cas, si ça dépendait de la police. Ce sont des spécialistes de la police qui ont demandé à un juge, mais ce n'est pas forcément le tribunal de police. Le tribunal de police, c'est autre chose. C'est pour une contravention. Oui, mais là apparemment, c'était quand même une juridiction qui dépendait de la police. Je ne sais pas comment... Peu importe. Ils ont demandé à recevoir les trois. Alors donc, il demande l'avis à une gamine de 7 ans. Généralement, les mômes n'aiment pas. Tout le monde, mais aussi les adultes... Mais il y a un an, la mère avait fait écrire à sa fille - la fille est une surdouée, elle est très intelligente – : « Papa me bat. » Mais c'est une écriture de gamine.

Parce qu'il y a des relations de pouvoir, dans la police, la franc-maçonnerie domine, chez les magistrats aussi, à l'EDF aussi, à l'EDF, c'est la franc-maçonnerie. Si, ça veut dire beaucoup de choses, ça veut dire qu'elle n'est pas le droit. Il peut y avoir des pases droits pour certaines choses, mais... Je ne te pose pas la question à toi. Tu n'es pas franc-maçon, j'espère. Donc, il est franc-maçon. Non mais bon, laissons de côté la franc-maçonnerie. Je veux dire, au dernier moment, alors que plusieurs juges s'étaient prononcés sur le fait que la bonne femme est zinzin, il y a une décision qui est prise qui annule tout. Comment ça se fait ? Est-ce qu'ils ont découvert quelque chose, derrière machin, truc ? Moi, comme ça, sur l'affaire, là, j'y connais rien, mais là, lui, il m'explique et je comprends. Parce que lui, il était dedans.

Oui, mais c'est une juridiction banale. 90 % des enfants sont confiés aux mamans. Il y a une espèce de déséquilibre, quand même. C'est toujours le problème, c'est que nous, flics, même les bons ou qui se croient bons... (rires) Non mais attends, comprends-moi bien ce que je voulais dire. C'est que, d'une certaine façon, les flics, je me trompe peut-être, sont peut-être plus proches du terrain que les magistrats et à la limite, quelques fois, peut-être plus honnêtes que les magistrats. Oui, oui, à condition qu'ils soient compétents. Attention, maintenant, il y a une autre connerie. Moi, j'ai toujours progressé parce qu'il y avait des concours. Parce que, si j'avais été lèche-bottes, je ne serais jamais monté. Les gars-là, ils sont montés au lèche-bottes.

Et maintenant, c'est au lèche-bottes ; tu montes et il n'y a plus besoin de concours. Oui, c'est fini tout ça. C'est une promotion au mérite. Vive Sarko. Alors là, tu les as tes lèche-bottes ! C'est comme ça. À Pôle Emploi, c'est pareil, mais là, c'est moins grave, parce que nous, on n'est pas en période de chômage. Oui, mais ici, on a quand même une marge de liberté mais là c'était très grave. Très grave. Et puis, quand on voit des histoires comme celle de Dominique Wiel, c'est non seulement grave, mais très grave. et puis moi, j'en défiais beaucoup parce que, bon, j'ai eu une carrière un peu bizarre, moi. C'est que, j'ai toujours été avec la magistrature. Ensuite, j'ai eu la chance, c'est quand j'étais gardien de l'OPJ à Lille, où la faculté de droit se trouvait en face...Donc, pendant que j'étais gardien de l'Opé, j'étais plus souvent à la fac de droit qu'au commissariat. Oui, mais là, tu étais grillé deuxième classe, Et après ça, ils m'ont viré, et ils m'ont mis au tribunal de police, où j'étais toujours en tant que gardien de l'OPJ. Mais alors, j'étais au tribunal de Lille. Et au tribunal de Lille, il y a une bibliothèque. Dans un commissariat, il n'y a pas de bibliothèque. (rires) C'est très bien, ça. Non, mais il n'y a pas de bibliothèque, on n'a pas non plus de code pénal.

Alors donc, il y avait un an, la mère... les gens de la police, qui ont plusieurs psychologues, ont dit : « cette femme est folle, le père est en très bonne santé mentale, il est tout à fait capable d'éduquer la gamine, il faut absolument le filer, filer sa mère à M. »… Ça, c'est la juridiction qui a été rendue dernièrement. Non, non, pardon, c'était l'avant-dernier. Et là, 15 jours après, la décision est prise par un juge de Paris, elle est remise à sa mère... Alors, de l'avis de plusieurs d'entre nous, on s'est dit « c'est pas possible ! ça doit être un franc-maçon ! ». C'est une histoire de franc-maçonnerie, c'est pas possible alors que consécutivement plusieurs juges, dont des policiers professionnels, avaient déterminé que l'autre était une putain de folle.

Venons-en à la confusion produite par les enfants qui avaient dit que le type était grand. Comment des fois.. tu sais comment il s'appelait ? tu peux arrêter de faire le grand? La réponse confuse devient dénonciation des enfants qui parlaient d'un grand type. Et l'aide maternelle a transformé ce que l'enfant disait. L'enfant avait dit : Dany le Grand.

Oui, effectivement.

L'aide maternelle le transforme en Dany Legrand. Non, Legrand, ce n'est plus un nom. Un nom. Mais il y a toujours in Dany. Les policiers français interrogent les policiers belges: Est-ce que vous ne connaissez pas un Dany Legrand. Les policiers belges regardent dans leur fichier et trouvent un Daniel Legrand qui habite à.... Ils cherchent après le Daniel Legrand. Le Daniel Legrand en question, il avait 16 ans à l'époque. Quand il était en Belgique, il avait été faire une virée avec un copain en mobylette. La mobylette était tombée en panne après. Pour se dépanner, ils étaient entrés dans un magasin de vente de matériel pour une mobylette. Ils avaient acheté je ne sais plus quoi et ils avaient payé avec un chèque. Donc, il y avait leur adresse. Ils ont recherché son numéro et ils l'ont communiqué aux français, révélant ainsi un Daniel (stupéfaction du public)

Non, mais c'est vraiment comme ça.

Ils cherchent un Danny Legrand. Il trouve un Daniel Legrand. Alors, quel est le lien ? Avec un gamin qui est en Belgique et qui fait une connerie? Ça me reste déjà quelque chose d'incompréhensible. Non seulement, ils arrêtent le fils et ils se rendent compte que le père a le même nom et le même prénom. Ils arrêtent le père. Ils cherchent un mec, ils en arrêtent deux. Double compte. Même nom, même prénom. Non, mais ça, c'est le problème. Legrand, ce n'est pas connu du tout. Il était Daniel Legrand, des Legrand il y en avait une cinquantaine en France au moins !. Alors pourquoi ils n'en ont pas arrêté 50? Là, c'est incompréhensible. Mais moi, ça ne m'étonne pas. C'est le début du détail. Il y en a des milliers. Celle-là, on la connaît, cette erreur-là, parce que c'était énorme. Il y en a des milliers. Et là, comment que ça se fait ? Bon, disons que le père... Moi, quand je l'ai vu, le père, je l'avais croisé, il était dans le bureau de Burgaud. Mais quand je l'ai vu, j'ai tout de suite flashé. C'était un… Comment? Moi, il me faisait penser à un ouvrier du bâtiment avec sa clope, sa casquette. Pour moi, c'était un mec normal. C'était un peu dégueulasse. Et les gamins disaient qu'il était patron du sex-shop de Boulogne et d'une autre sex-shop en Belgique. Rien qu'à voir le mec, c'était impossible. Mais rien qu'à le voir. Alors, comment des policiers ont-ils pu avaler çà ?

Ça les arrangeait.

Je leur dis: Non, attendez, il y a quelque chose qui ne va pas. Ils l'arrêtent. Ils lui tombent dessus. Ils le coffrent. Et au procès, on apprend qu'ils n'ont même pas regardé sa situation financière. S'il n'est pas content, c'est que ça va être un coupable. Il a du pognon. C'est un mec qui doit avoir un peu de flow, tout de même. Au moins le mouvement sur ses comptes le prouve. Ils n'ont pas été voir ses fiches de paye. Or, c'est un gars qui tirait le diable par la queue parce qu'il avait acheté une maison qu'il était incapable de payer . En voyant les fiches de paie et en détaillant un petit peu, ils ne se sont pas aperçus que ce mec n'a jamais manqué au boulot. C'était un crevard du boulot. Comment ça se fait qu'ils n'ont pas vérifié que sa situation financière ne pouvait pas correspondre à ce que les gamins racontaient ?

En fait, il faut reprendre à l'origine. Tout ça dépasse les déclarations d'un gamin. Ça commence à être déclaratif. Oui, ça commence à être déclaratif. Voilà, moi, quand j'ai été nommé au mineur, les mineurs se cassent: Ça, non merde, je n'y connais rien et ça me fait chier. Mais on m'a nommé aux mineurs. Je suis quand même conscient que je suis payé avec les deniers publics. Donc, je rentre au service. Je me rends compte que je suis incapable. Qu'est-ce que j'ai fait? Il y avait la directrice de la DASS. J'ai eu de la chance, il y avait un substitut des mineurs et un juge d'instruction des mineurs qui étaient des vedettes, et eux, ça les intéressait. Ensuite, j'ai connu une pédopsychiatre qui était fort intéressée aussi. Donc moi, ne sachant rien faire, on a fait une équipe de tout le truc et c'était performant. Parce qu'en plus, je me suis aperçu que c'est qu'en général, ce sont les enseignants qui voient les premiers trucs en disant: Merde, il y a un truc qui ne va pas avec le gamin. Alors l'enseignant, il essaye de poser des questions au gamin. Ensuite, ils appellent l'assistante sociale à qui le gamin répète quelque chose. Après ça, quand ça va bien, on l'envoie au commissariat à qui il répète encore quelque chose. C'est ce qui s'est passé. Et après ça, etc. On voit le procureur à qui il répète un truc, mais je me suis aperçu, moi, que les gamins, au départ... Après. Et après, pour finir, ils ont fait leur roman et ils s'en sont tenus à leur roman. Parce que ce sont des enfants.

JLR : tu as eu affaire à qui ? Au fils, aux enfants de

— Non, j'ai eu affaire à des mineurs.

— À Myriam Badroui ?

Non, non. Vous Non, non. Moi, j'étais en retraite, je suis parti en retraite en 95. (…) Attends, je continue. Alors, je me suis dit merde, l'interrogatoire de police, je sais le faire. Un mineur, je n'y connais rien du tout. Je me suis dit: si on parvient à avoir sa première déclaration, on peut peut-être avoir quelque chose. Mais si c'est la quatrième ou la cinquième ou après une confrontation, c'est foutu, c'est du béton. Et le gamin croit ce qu'il dit parce qu'il s'est fait un roman. Oui, c'est ça. Conclusion: je me suis dit: Il faut qu'on fasse quelque chose. Alors, pour que ça soit mieux, je me suis dit: si on pouvait enregistrer votre truc, ça serait bien parce que là, moi, je n'y connais rien. La plupart de mes collègues n'y connaissent rien. Par contre, la dame qui avait un magnéto, pédopsychiatre qui était une fille sensationnelle, elle détectait. C'est ce que je faisais, moi, quand j'avais une histoire de mineur au départ, et je demandais à cette brave pédopsychiatre de venir. Elle venait tout le temps. Elle était derrière moi. Alors moi, je posais des questions. De temps en temps, elle me passait un papier: Faut pas insister sur ça. Pose tel truc. Et elle, après, quand j'avais fini, elle décryptait, elle disait: « Oui, là, on peut croire, là, c'est douteux ». Donc, on parvenait à faire quelque chose de cohérent. Donc, tout ça, ça a commencé à monter en puissance dans le Boulonnais. Il y a eu des congrès à Paris où on était convoqué avec Madame Veil et tout ça. Donc, ça commençait. On commençait à faire quelque chose de bien et c'est à cause de nous que ça changeait théoriquement.

JLR: Euh, les caméras pour les trucs de mineurs... Ouais. Donc il faut prendre ça. C'est intéressant. Tu dis : C'est la période qui précède l'après. Mais alors vous arrivez après ?

Oui, parce que nous, on est arrivés après. Voilà. C'était comme ça que ça devait se faire. Et on avait des résultats. Donc on pouvait dire bon, celui-là il raconte des conneries ou bien là il dit pas grand-chose. La pédopsychiatre disait : « Attention, vérifiez ça, vérifiez ça. Donc bon, vérifiez donc ça ». Comme j'avais les magistrats dans ma poche parce qu'on faisait une équipe, c'est pas moi qui l'avais, c'est eux qui m'avaient dans la poche. Enfin, on marchait en équipe. Moi, je vous dis, j'étais nul là-dedans. Mais au moins ils parlaient et ça marchait. Après ça, je suis parti. Mais c'était embêtant pour le commissariat parce que c'était une équipe judiciaire, donc c'était pas eux qui pouvaient faire les Quinquin. Parce que je disais, moi, je n'y suis pour rien dans cette affaire.

C'est pas la pédopsychiatre, elle a trouvé ça. Il y avait la directrice de la DDASS qui avait ça et puis parce qu'on avait des réunions en plus. Donc ce n'était plus le commissariat, c'était l'équipe. Alors, comme moi je suis parti, ils ont repris les choses en main. Alors, tout ce que j'avais fait, ils l'ont tout foutu en l'air et on est retombé dans les travers habituels. Alors quand vous avez dû voir qu'un gamin a dit quelque chose, on l'écoute, il remet, remet, remet au bout de cinq fois. En plus, il y a une confrontation. Le gamin, il n'a surtout pas menti. Donc allez-vous faire pipi ?Et si on le croit parce qu'il n'y a personne derrière pour des touillages, eh ben c'est foutu. Voilà comment ça s'est passé. Vous étiez Dominique dans la position de Walid. Vous avez connu Walid ? Oui, parce que c'est lui qui vous a succédé. Il y en a eu un autre. Comment il s'appelait ? D'après ce que j'ai compris, c'est vous.

C'est lui. Non, non, non, non. C'était un autre. Quel était son surnom à celui-là ? On pouvait pas savoir. Misère. Misère Qui s'appelle Misère. C'était son surnom. C'était misère. C'est toujours la réflexion qui m'a sorti à coudre ça. Tu te rends compte ? l'OPJ qui était en service en Normandie le 6 juin 44. Mon Dieu ! Misère de misère ! Non, c'était son surnom, c'était misère, c'est son surnom. Misère. Est-ce que je peux dire ce que tu me disais tout à l'heure dans la voiture ? Non. Tu me dis Dominique, si je déforme, ce n'est pas le commissariat de Boulogne qui s'est occupé de l'affaire ? Il y avait des bisbilles avec l'appareil judiciaire apparemment. Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi ? Pourquoi ? C'est le commissariat de… Le juge d'instruction ? L'autre con qui était le substitut des mineurs ? Je ne sais pas du tout.

On n'a pas eu affaire à des noms parce que moi je suis parti et certainement, bon, j'avais son numéro personnel à la pédopsychiatre. Quand elle a vu comment ça tournait, elle a laissé tomber la fille de la DASS, elle a dit : « Bon ben avec des cinglés pareils, moi je veux bien travailler mais je veux pas être la potiche. » Donc toi, toi et puis les magistrats. Bon bah comme c'était des magistrats de valeur, ils ont été nommés ailleurs, hein, ils sont pas restés à Boulogne. Alors bon, ce qu'on avait commencé à faire, c'est tombé aux oubliettes quoi.

Son nom ne me revient pas parce que… Si. Attendez, il a un nom. Il y en a un connard de toubib chez nous qui a été maire. C'est un gars. C'est un intégriste. C'est un psychiatre. Intégristes catholiques très intégrés sur les bords. Il habite Condette. Il a un nom qui se termine en AK. Bon et alors ? Qu'est-ce qu'il avait ? C'est un vrai connard. C'est un incapable. Alors il y a eu justement, il y a eu un sac de nœuds au sujet du docteur expert. Parce que ces gamins-là ont été expertisés.

(...) Et puis le gars, il a écouté, il m'a fait un rapport, j'étais encadré. J'ai jamais vu un rapport aussi bien fait. Moi, j'avais les données matérielles que j'avais constatées. Lui, il avait examiné la gamin.. C'était parfait. Donc oui, je lui avais rien dit. Moi je dis rien parce que c'est lui. Alors là, j'ai jamais eu un truc si bien fait et ça contredisait le reste. Ce n'était pas du tout ce que les collègues voulaient obtenir avec le docteur machin qui lui était n'importe qui alors.

(…) j'ai appris plus sur la police française en Angleterre par les Spécial Branch. Alors quand je suis revenu à Lille, j'étais gênant. Alors ils m'ont foutu au tribunal de police. Alors là, au tribunal de police, je continue à aller en fac. J'ai fait de la chose un diplôme de criminologie, enfin des tas de choses et pas n'importe quoi. Et puis ce qui était intéressant aussi, c'est que quand j'étais bien avec les magistrats ça fonctionnait bien parce que quand il y avait des étrangers qui passaient en audience, il fallait un traducteur, alors ils savaient où le trouver. Donc je traduisais tout. Puis les magistrats, ils m'ont dit au bout d'un certain temps : «  écoute, t'es gardien de la paix, tu te fais chier, passe un concours, et tu fous ce bazar en l'air. Alors bon, c'est comme ça que j'ai passé un concours.

(…) La criminologie où j'ai eu la chance d'avoir le grand maître Jacques Barge. On y apprend a technique de l'interrogatoire de police. Parce que ça, il y en a pas 36, il y en a quatre. La meilleure c'est la méthode russe. La méthode russe, c'est la méthode quatre. Il y a quatre méthodes d'interrogatoire de police. La première c'est celle qui était utilisée jusqu'en 1945. On tape sur le mec jusqu'à ce qu'il avoue. Avec les annuaires de préférence. Pourquoi ? Parce que comme dans les films policiers, ça ne laisse pas de traces.

On tape, non ? On torture en fait. Avec des serviettes mouillées et n'importe quoi, ça n'a aucun intérêt. Ensuite on essaye une joute d'intelligence. Alors là, le prof il nous a dit ça : « Vous y risquez pas, vous n'êtes pas sûrs de gagner ? ». Ensuite, il y a le fonctionnaire qui se fout de tout et qui épuise votre image de marque. Et après on détricote. Et la dernière, c'est la méthode soviétique. On dit rien. C'est la meilleure. C'est le mec qui parle. On dit rien. Alors d'abord, il faut que ça soit toujours la même personne, que ça soit 23 h sur 24 ou plus. Pour finir, le type, il raconte tout ce qu'il a à raconter, à un tel point des trucs dont on n'avait même pas idée. Alors évidemment, ici, avec la garde à vue, c'est difficile, mais il est possible de mixer le tout pour arriver au même résultat.

JLR : Alors Dominique, tu as eu quoi ? La méthode russe ou américaine ?

Dominique: Les Américains n'ont jamais rien inventé.Moi je sais le souvenir que j'en ai. D'abord, j'ai eu très peu de temps avec plus d'interrogatoire du juge que des policiers. Ça va vite. Vous avez fait ça ? Vous avez fait ça ? Vous dites ça ? Bon, allez, vous signez, Au revoir. Vous signez pas. C'est pareil. Un peu ça, non ?

J'ai eu très peu d'interrogatoire. Je me souviens que j'avais l'impression au bout de deux jours que les policiers ne croyaient plus à leur truc. Quoi ? Ah oui, contrairement aux magistrats, mais ça rejoint ce que dit Charles, moi je dis que vous étiez un nid d'aigle parce que vous étiez plus réfléchis. Donc j'étais obligé de m'interroger. Mais ils faisaient leur boulot, mais pas avec beaucoup de conviction. Moi je reste, j'insiste là dessus, je voudrais que tu essayes de réfléchir là dessus avec nous ? Charles j'ai l'impression que vous étiez une épine dans le pied des juges à Boulogne. Peut être trop indépendants puisque vous avez été un peu dessaisis par rapport aux flics de Lille.

Charles : Non mais non ! Non mais on s'en fout. Mais ce que je veux dire, c'est avant, Il y a une histoire dans cette histoire avant. Apparemment c'était un type intègre. Parce que quand il rend des comptes au juge, c'était devant vous, au téléphone. Ah non, moi c'est toujours ce que j'ai fait. Quand j'avais un type bon et que je rendais compte au juge, c'était avec haut parleur, au procureur c'était avec haut parleur et les types savaient exactement ce que je disais. Et ce que je leur avais dit dans l'interrogatoire, c'est la même chose que je disais Il n'y avait pas d'entourloupe. Il y a celui qui s'est suicidé...

Dominique : Il s'est pas suicidé : Ouais, enfin, qui est mort ? Il est mort en prison. Ouais. Il faut savoir que c'est un ferrailleur manouche. Ouais. A ce moment-là, ce moment, il a 30 ou 35 ans. Il est accusé par le fils de Myriam Badaoui. Parce que le fils de Myriam Badaoui l'a vu chez Monique. Badaoui habite au cinquième étage. Quand le père est bourré, les enfants avec la mère descendent chez Monique et Monique, c'est une espèce de matrone qui a un amant par an, sont à peu près. Et à chaque fois un enfant. Elle a un amant par an. C'est pas encore énorme, mais un enfant par an, c'est beaucoup. Et elle a beaucoup d'influence sur le mari de Myriam. Quand il est bourré, c'est elle qui monte et qui va le raisonner. Et donc elle est copine avec Myriam. Et donc souvent Myriam descend chez Monique avec ses enfants. Et là les enfants voient les amants différents de Monique et ...en action. Quand les enfants dénoncent plus que leurs parents, et bien les premiers qui trouvent, ils désignent ce gars là Et d'autres qui vont être arrêtés parce que tout simplement, ils ont croisé les enfants. C'est normal parce qu' ils les ont croisés de près. Lui, c'est le seul homme, peut-être, que les enfants voyaient. À part leur père.

Moi, j'ai cru au départ que ce manouche était un sombre individu, comme on dit, « très défavorablement connu des services de police ». Et moi j'avais j'ai cru ça... On va le coller de toute façon, celui-là, il trempe dans toutes les affaires louches, alors ça va. C'est pourquoi il va mourir en prison, c'est qu'en fait c'est un baraqué. Physiquement, c'est une baraque. C'est aussi un fils de gitan. Ouais non mais attendez, c'est important. C'est important ça. Il est fils de gitan, il est ferrailleur. Il a fait plusieurs séjours en prison pour vol. Bah ouais, Gitan...Plusieurs séjours en prison pour vol, Ça veut dire qu'il connaît les autres...

Ouais. Bon, quand il est arrêté, il est arrêté pour pédophilie, donc il est identifié. Le problème, c'est ce qui va se passer en prison. Il arrive en prison. Qu'est ce qu'il a fait ? Pourquoi il est là ? Un pédophile supposé doit être protégé? On doit le mettre à l'écart face aux coutumes de la prison. Pour qu'il échappe au lynchage. Ouais. Truc, hein. Il s'oppose au lynchage. Il se prend la tête avec les autres. Ouais. Il veut bien être arrêté pour vol, mais pas pour pédophilie. En prison, ça vaut cher. Il sait ce qui va lui arriver. En plus, c'est pas vrai quoi ! Donc qu'est-ce qu'il fait ? Il voit l'infirmière. Envoyée par les matons. Il a dû se bagarrer avec les mecs. Forcément, il a dû se battre avec les autres. Qu'est-ce qu'ils font les matons, dans ces cas-là ? Ils les envoient à l'infirmerie. Qu'est ce qu'on fait ? On les pique. Voilà. Donc somnifère.

Ou tu te calmes ? Ouais. Bon ben c'est sûr qu'il est mort. Overdose. Il y a eu la piqûre de trop. Moi, c'était l'emmerdeur. Moi je l'ai eu. Il était à côté. C'est tout à fait le hasard. Quand il s'est retrouvé dans cette histoire. C'est à cause des enfants. Parce que le pauvre, il a bien fréquenté Monique. Bon, bon bon bon, c'est pas grave. Mais en tout cas, ce gars qui a eu trop la dose de trop, il n'était pas plus pédophile que toi au moins ?

Charles : Ah bah pas du tout. Non, pas du tout. Pédophile comme tu dis. Dans les milieux manouches, ils sont plutôt du genre viril et pas touche aux gosses ; ils sont clean justement. Donc en fait, et c'est ça, c'est la cause de sa mort, c'est qu'en fait ils l'ont piqué de trop. Alors il y a un des médecins qui l'ont reconnu, mais d'autres non. Donc le dossier est toujours ouvert. On a tout de suite dit « C'est un suicide ». C'est un meurtre.

Dominique : Ah ben oui, un suicide, c'est bien, c'est que donc il ne veut pas reconnaître ses actes. Alors hop, on en remet une louche. Oui, on en remet une louche. On a remis une louche aussi pour la mère Marécaux. Moi je connais le père Marécaux. C'est lui qui était le responsable de tout le syndic. C'était un prof de maths vachement rigide. Il ne comprenait pas la plaisanterie. Moi, je me suis accroché une paire de fois avec lui. Pas d'humour pour deux sous. Et sa bonne femme, elle est morte de belle mort. Elle avait déjà perdu la tête depuis un moment. Mais on a raconté dans la presse qu'elle était morte, que son fils était en prison. Mais elle n'a jamais su que son fils était en prison. Elle avait perdu la tête. Ah bon ? Oui. Oui, oui. Non, non, l'affaire a été gonflée à la mairie. Il y a longtemps qu'elle était très malade, la pauvre.

Et l'huissier, Comment il est arrivé là-dedans, hein ? Lui, C'est ce qu'il dit. Enfin, il paye, il charge un peu la barque peut-être. Et comment il est arrivé là-dedans lui aussi ? Alors là aussi c'est pareil, c'est une histoire de fou. C'est tout simplement parce qu'il a trois enfants. L'aîné, il est de l'âge à l'aîné de Myriam, Ils sont du même âge. L'aînée, Myriam, est placée par sa mère dans une maison d'enfants. Il va à l'école et à l'école. Il est à côté du fils du notaire, producteur de richesses. Il est le notaire de sa mère. Il est à côté du gamin de Marc et le gamin de Marco qui est élevé très très sec. Il est très cadré. C'est un père très, très exigeant pour ses enfants, pour ne pas dire rigide. Oui, un peu moins bon, mais enfin bon, on ne va pas le charger le pauvre, il a payé et il m'est toujours apparu un peu comme ça. Ouais, il est dur. Et donc en fait, le gamin du huitième, il va être plein d'admiration pour le fils Badawi. C'est une crapule. Mais oui, mais qui est libéré des contraintes.

C'est dégueulasse.

Il y a un jeu là. Alors, au moment où le gamin de madame Badawi, il dit que non seulement il y avait lui, il y avait le père, il y avait la mère, tout ça, mais il y avait aussi le fils Marécaux, qui aurait été violé par son père. C'est pas possible. Et tout simplement, c'est que c'est comme ça que ça arrive. Alors là là là, ça me pose question. Comment se fait-il que le juge prenne en compte la réponse de madame Badawi au sujet du vicieux parce que c'est elle ? Alors il commence par dire : « Mais madame, votre fils, il parle d'un huissier. Ah oui, oui, c'est Maître Untel. Qui est juge ? Non, c'est pas c'est pas ah non, non non, c'est non non, je me trompe, je me trompe ? C'est maître Untel, un autre. Donnez-moi la liste des huissiers. C'est celui là. Non, c'est celui là ? Non, c'est celui là. Bon bah ça va aller… au hasard à tous les niveaux cette affaire. Et lui : « Non non, c'est pas lui. » Et il lui ajoute : « Votre fils dit c'est Maître Marécaux. » Aussitôt elle répond : « Ah oui oui oui oui. » C'est bien lui qui induit la réponse parce que elle, à ce moment là, elle est capable de dénoncer n'importe qui.

Il n'y aurait pas pensé qu'elle-même le lui aurait indiqué.

Non, j'ai pas vu. J'étais bon. Incroyable. La voici. Non mais alors là, c'est scandaleux ! Quoi ! Or, ça, on ne l'a jamais reproché à la commission parlementaire, On n'en a pas parlé. Là, c'est truqué aussi, la commission. En fait, ils ne vont pas aller trop loin avec le juge. Alors, la commission, il y avait, je ne sais pas comment, et il y avait un certain Deprez dedans. (…) Voilà, ils se font mousser.

Et alors, je suis convoqué devant la commission qui va m' interroger. Alors, ils étaient de gauche et de droite, mais ils étaient copains comme cochons. Il y a des questions qui ne vont pas lui être posées. En fait, ils ne vont pas le pousser dans ses retranchements parce que sinon il aurait pleuré, il aurait pleuré, il était au bord des larmes des fois. Moi, j'en suis persuadé. Il craquait, il craquait à la tête.

Charles : Et tu n'y étais pas présent. La commission n'a pas voulu que tu y ailles. Tu n'as pas voulu. La presse a dit que tu n'avais pas voulu être présent et que Vallini, enfin les deux députés, ont bien fait leur boulot. C'étaient deux avocats de formation. Oui, moi je trouve qu'il faut se poser bien des questions. Oui, mais pas tout. Pas aller trop loin. Ils ne sont pas allés trop loin. Ils sont allés jusqu'où ? Burgaud pouvait supporter le truc. Quoi ? Mais ils ne lui ont pas mis le nez dans le caca.

Dominique : Parce que moi, c'est des questions comme ça que j'attendais de l'institution judiciaire, faire penser au commun des mortels qu'elle est faillible. Il y a un problème avec l'indépendance de la justice. Si un flic fait une connerie, il y a la hiérarchie et ensuite il y a la magistrature. Il y a, je ne sais pas moi, un médecin, enfin un truc et un conseil de l'ordre. Et il y a la magistrature. Si un magistrat fait quelque chose, il y a la magistrature alors entre eux...À moins que le type ait été vu, le colt à la main, en train de flinguer quelqu'un. Mais sans ça, ils s'arrangent, ils s'arrangent. Et c'est ça le problème. Il faudrait que la magistrature soit soumise à un tribunal extérieur.

Charles : Oui, mais je pense que là, ce n'est même pas, c'est même pas la question de la magistrature, mais aussi des Bœuf-carottes. Ils font des conneries, Mais ensuite il y a quand même le tribunal et quelquefois le bœuf carotte, il allume des flics. Et puis il y a les magistrats qui disent : «  Oh.

Non ! », mais la magistrature ou les flics, c'est secondaire. Moi je pensais essentiellement c'est la franc-maçonnerie qui est au-dessus de tout ça. Il y a une magouille à un autre niveau. Des magistrats et quand on est bien... avec un magistrat ...mais s'il y a un nouveau et qui marche à l'ancienne... Alors, il y a des notes de service qui sont interprétées, qui sont bonnes, qu'on voit, qu'on voit pas, parce qu'on signe sur une feuille volante comme quoi on a lu la note de service. Pour finir, aussi les feuilles volantes s'envolent aussi même si tu dis où tu as signé...

JLR : Moi, je crois que c'est au niveau du pouvoir politique, ça dépasse les corps constitués.

Charles : Pouvoir politique ?Non, non, non non non. Non non, écoute-moi, écoute moi. Tu as d'une part, d'une part on te dit que c'est les juges qui ont tout pouvoir en France, les juges, ils les font valser comme ils veulent. On te dit d'autres fois que des flics se permettent tout. C'est pas vrai. En général, ils sont toujours contrôlés par le pouvoir politique. (…) mais il y a une chose on dit les magistrats, quelquefois ils font des conneries. Non, il y a les députés qui votent des lois, il y a des décrets d'application, il y en a pas. Des fois il y en a pas. Les bonnes lois, on dit oui, mais il n'y a jamais de décrets d'application. Et les magistrats ne sont plus là. La plus grande escroquerie qui existe en France, c'est quand il y a marqué « palais de justice » et chez les Anglo-Saxons, c'est mieux, c'est plutôt palais de l'application de la loi. (...)

JLR : Justement, on ne peux pas condamner les juges parce que le commun des mortels serait choqué de ça. C'est pour ça qu'ils ont étouffés un peu l'affaire avec Burgaud, etc. Croyez pas ça, ils virent comme ça. On dit bon ben c'est lui le bouc émissaire. Oui, qui ne sont pas allés jusqu'au bout de l'idée avec Burgaud Qui va la commission ? La Commission, ils ne l'ont pas interrogé jusqu'au bout. Ils ne sont pas allés jusqu'au bout de l'idée parce que le sysème n'aurait pas supporté ça.

Dominique : Oui, les gens du pouvoir ne l'auraient pas supporté. Il ne faut pas casser l'institution judiciaire dont Burgaud fait partie. Faut pas aller jusqu'au point le désavouer, ni de le condamner. Oui, il avait trop fait la promo de l'école de la magistrature qui a suivi. Cette année-là, les jeunes avaient choisi comme parrain de leur année Burgaud. C'est pas croyable ! Et il a fallu que le directeur se batte avec eux pour qu'il accepte de changer. Ça veut donc dire qu'en fait, chez les juges, on n'a pas avalé l'affaire d'Outreau. Juste une parenthèse, l'affaire Dreyfus. Dreyfus n'a jamais été innocenté. C'est un petit peu comparable. Mais enfin Burgaud n'a eu qu'un blâme et d'ailleurs ça n'aurait pas été possible autre chose. C'était une promotion. Oui, il a eu un blâme. Oui, mais il pouvait pas faire autrement pour une mutation. Oui, maintenant, il est à la Cour de cassation. Alors il est en haut de la hiérarchie. Mais il ne sera jamais premier président.

JLR : Donc il est quand même coincé, il est au placard. Cette constante dans la magistrature française, les juges qui ont collaboré pendant la guerre, on leur a piqué leur Légion d'honneur qu'on leur a rendu après, mais ils n'ont jamais été destitués. Ils n'ont jamais fait de la cabane. Mais bon, ils ont pris quelques coups comme ça, hein, sans les nommer. Mais après ils ont poursuivi une brillante carrière. Ah oui, c'est ça le problème de la magistrature. C'est pas le problème de la magistrature, c'est un problème de société. Où on fout en l'air cette société bourgeoise, on met tous les magistrats et les flics à casser des cailloux ou et on en remet d'autres qui seront peut-être pires.

Charles : Ben oui, ils auraient pu parce que quand j'avais 45 ans, ils m'ont demandé pour entrer dans la magistrature, parce que j'avais les diplômes. Mais bon, j'ai pas voulu parce que je me suis dit : écoute, la magistrature, c'est retraite à 65 ans. Moi, j'ai encore dix ans à faire, ça sera 20 ans à faire. Donc. Deuxième cause, parce que quand je suis passé, quand je suis parti en retraite, ils m'ont demandé Ah, ça serait bien si vous vouliez. Moi j'ai dit Oh, c'est avec le plus grand plaisir, je serais très flatté, effectivement. Mais vous savez, je suis resté six mois en Espagne, c'est pas possible. J'aurais dû prendre la retraite en magistrature.

Donc ils vont toujours juger quelqu'un. Un coup là, j'en ai eu, un coup il y avait une histoire merdique. Alors j'avais dit au magistrat : écoutez, c'est merdique votre cas. Moi, à votre place, je laisserais tomber. Non, non non non. Il y a six mois. Après, il me rappelle. Dites donc, votre affaire, je vous l'avais dit que c'était merdique : Ouais, je sais plus comment me démerder avec.

JLR : Et pour parler de tout à fait autre chose, comment se comportaient les jurés au procès ? Ils devaient être complètement déstabilisés ?.

Charles : Bon, des camemberts, on les appelle des camemberts. Ces camemberts sont des braves gens.

Dominique : Je reviens sur le déroulement du montage. C'était au lendemain de son mandat, quand il avait convoqué les enfants. Et le lendemain, Myriam, elle craque et elle se tourne vers nous en disant : « J'ai menti ! Tu n'y étais pas. Elle nous désigne les uns après les autres. Et c'est le vendredi après 12 h. Ça se passe vers 16 h ».

Le lundi, changement de version. Invraisemblable. Donc on n'a jamais su la vérité. On n'a jamais su. Au tournant du procès les avocats montent au créneau en disant il faut continuer, il faut continuer. Le juge les interrompt et dit : « Faut que je prenne mon train pour retourner à Paris ». Oh là là, merde ! Interruption de séance.

Après, elle revient. En disant : « C'est foutu pour moi » ! Quoi ? Mais mais du coup, insatisfaction. On n'a jamais su pourquoi elle avait menti. Elle nous avait accusés. Et pourquoi ses enfants aussi On n'a jamais rien su.


JLR : Et vous n'avez pas repris ce sujet-là par après ?


À suivre...





samedi 1 août 2026

SCANDALE MIGRATOIRE : Droite incapable et impuissante vs gauche irresponsable et démagogique

 


Suivi de deux résumés épatants de mon amie Lia

Avec l'invasion de Ceuta, ce n'est pas la sidération qui saisit les médias mais les suppositions sur la géopolitique et les complots impérialistes. La réalité humaine est absente. Il en va d'enjeux diplomatiques obscurs. Diplomatie migratoire ? terme créé début 2000 , Afrique et Moyen-Orient où les migrations ne sont pas perçues partout comme menaces mais comme ressource symbolique, stratégique et économique ; comme l'ont montré les négociations entre partis des guérillas (Érythrée et Éthiopie) où le contrôle de l'émigration et de l'exil est central dans la constitution de l'État. Les monarchies traitent le problème de manière aléatoire et informelle, adoptant des politiques d'asile pour les réfugiés syriens en 2011, et pour les Soudanais. Moyen de déstabilisation des pays européens de la part de la Turquie, du Maroc ou de la Russie. En 1994, Castro n'avait-il pas encouragé le départ de milliers de Cubains vers la Floride pour déstabiliser les USA ? Les journalistes gauchistes incriminent cette diplomatie migratoire européenne comme responsable des saloperies des dictatures du sud.

En 2002, la diplomatie migratoire plaçait au cœur des négociations avec le Sud le marchandage migratoire. Tous les sujets, commerce ou sécurité, sont concernés par ce marchandage.

instrument politique de cette nouvelle géopolitique moderne . Le Maroc à la une aujourd'hui « marchande » sans honte sa coopération pour le contrôle de la mobilité des migrants subsahariens vers l'Europe. Les médias sont présumés focalisés sur les migrations et responsables des peurs d'envahissement, voire permettent l'instrumentalisation facho.

Tout cela, on s'en fout, ce qui nous importe, c'est le drame humain et les problèmes posés par la décomposition capitaliste du point de vue de classe. Ce qui se passe à Ceuta gêne toutes les cliques politiques européennes et françaises. Les groupes gauchistes NPA et LO sont muets. Rien sur le blog de Mélenchon et la plaquette électorale de LFI. Une déclaration bizarre et ambiguë du Mélenchon1 :

« Marine Le Pen voudrait présider une grande puissance européenne, mais ne sait pas que Ceuta est une enclave espagnole au Maroc et est déjà exclue de l'accord Schengen pour la libre circulation des personnes. Aider l'Espagne est du simple bon sens. C'est aussi la soutenir contre d'éventuelles manipulations. Plutôt que d’instrumentaliser la situation contre un gouvernement voisin d'un pays ami, comme elle le fait, nous devrions demander une coordination européenne pour de l’aide humanitaire. Il y a déjà 27 morts : ne laissons pas l’Espagne seule face à l'épreuve ! ».

Bizarre cette dérive vers la mère Le Pen, sans lui reprocher de vouloir comme solution la fermeture des frontières ! Rien sur cette soudaine véritable invasion dans l'affolement. Maintenir la position stupide d'ouverture totale des frontières serait-il contre-productif désormais électoralement ? Soutien au premier ministre espagnol laxiste Pedro Sanchez, lui-même gêné par cet afflux ? Comment ? En quel honneur ?

Les bonzes de Bruxelles ont heureusement assuré qu'il n'y a pas de problème migratoire.

Tiens, ces jeunes hommes prient ostensiblement leur dieu en arrivant mouillés sur la plage, comme pour marquer l’avancée d’un islam conquérant !


UNE HISTOIRE OUBLIÉE DE LA MANIPULATION DE L'IMMIGRATION EN FRANCE

C'est la guerre de 1914 qui pour la première fois prononce l'arrêt de l'immigration, de même qu'elle a généralisé la suspicion contre l'étranger potentiellement agent de ..l'étranger. Sans crainte de contradiction, le ministre de la Guerre Albert Thomas n'hésite pas à faire venir plus de 180 000 « travailleurs coloniaux ».

Nouvelle question nationale La conception nationaliste de l'immigration tient de la confusion entre immigrés et réfugiés. L'immigré relève de l'exploitation du colonisé, le réfugié peut créditer politiquement la France bourgeoise de terre d'asile. Après l'armistice de 1918, le gouvernement donne comme instruction : « de licencier les étrangers en premier et de les réembaucher en dernier ». Le syndicat CGT, qui avait adoubé l'entrée en guerre, sous la pression de la IIIᵉ Internationale naissante, se sépare de son aile restée potentiellement révolutionnaire et qui se nommera désormais CGTU.

Changement de cap dans l'immédiat après-guerre, vu le massacre de millions de prolétaires pour la patrie, le recours à la main-d'œuvre étrangère redevient une pratique patronale internationaliste, dans le bâtiment comme toujours mais aussi dans les exploitations agricoles, mais surtout est impulsé par le puissant patronat minier, sidérurgique et de l'industrie chimique. Il ne doit pas nous échapper qu'au moment de la tentative révolutionnaire en Allemagne et la menace de généralisation du bolchevisme, l'appel aux esclaves colonisés et infériorisés est un age notable de paix sociale.

Le secrétaire de la CGTU, Racamond, tiendra jusqu'aux années 1920 un internationalisme abstrait : « Il n'y a pas de patrie pour les travailleurs, il n'y a pas d'ouvriers étrangers en France. Il y a des ouvriers d'un même pays : le prolétariat ! ». Jamais la gauche française, avant de s'embourgeoiser, n'a jamais véritablement pris le parti de l'ouvrier immigré comme on le verra ici. Racamaond finira stalinien de 1923 à 1953. Il sera membre de la commission gouvernementale gaullo-stalinenne, le Conseil économique et social, de 1947 à 1955.

La CGT réformiste de son côté en appelle à des « mesures restrictives » ; envisageant le refoulement des étrangers face aux tensions sur le marché du travail n 1924-1926. Au congrès de Londres en 1926, Jouhaux développe la plateforme de ce syndicat réformiste qui insiste sur le devoir des gouvernements de réglementer l'immigration et de protéger les immigrés par le respect (sic) du droit au travail. À l'heure de la crise, cette CGT approuve la réglementation de 1921 qui fixe à 10 % la proportion de étrangers dans les travaux publics, comme elle soutient une législation de 1932 qui insiste sur la protection de la main-d'œuvre nationale. Cette CGT cède au chantage du « travail français », et s'engage dans le mouvement des « comités français de chômeurs ». La CGTU, par contre, organise le secours de tous les chômeurs en insistant sur l'accueil des immigrés chômeurs.

A la veille du Front populaire, les deux syndicats se retrouvent pourtant sur une même convergence électorale. Ce qui l'emporte est une conception étrangère au mouvement ouvrier et qui relève de l'humanitarisme bourgeois, ce n'est plus un engagement pour ou contre les travailleurs étrangers , mais une commune résolution « antifasciste » pour défendre les étrangers contre le racisme (thème devenu principal aujourd'hui par toute l'extrême-gauche bourgeoise). Ce n'est donc pas la discrimination dans le travail qui est visée, mais la discrimination politique ; dans les déclarations publiques, le travail étranger, l'immigré, est remplacé par le réfugié politique, conception qui sera amplifiée par la guerre d'Espagne. Coup double, cette dernière va favoriser un engagement nationaliste des immigrés, y compris juifs,, où le patriotisme l'emporte au nom de l'antifascisme.

En 1945-1946, la CGT réunifiée, cogestionnaire de l'ordre social avec le gaullisme, défend un « protectionnisme ouvrier ». La fédération CGT du bâtiment demande le refoulement des immigrants ; le délégué algérien reste dans cette ornière nationaliste en souhaitant un emploi prioritaire des Algériens qui ont aidé à la libération de la patrie, plutôt que l'entrée des Italiens (ces fascistes) qui l'ont poignardée dans le dos. Le syndicalisme français reste prisonnier de son nationalisme de Front populaire.

    Pour la reconstruction, ce sont des centaines de milliers d'ouvriers colonisés qui sont appelés par la bourgeoisie française. Cette immigration de masse contribue au renouvellement du monde du travail en tant que masse de classe. C'est pourtant encore l'époque où la « figure centrale » de la classe ouvrière a les traits d'un ouvrier qualifié, mâle, blanc, d'âge mûr et travaillant dans une des « forteresses ouvrières ». Mais cette vision, non pas raciste mais racialiste vole en éclats à la veille de mai 68 non seulement parce que ce mouvement replace au premier plan l'internationalisme, mais parce que la lutte sociale n'est plus enfermée dans l'usine, et que les premières luttes urbaines, étudiantes et féministes ne sont pas encore refrmées dans une spécificité corporative et petite-bourgeoise.

L'identification des ouvriers immigrés à leur nation soi-disant en voie de libération par toutes les cliques gauchistes, servit à remettre en cause leur appartenance à la classe ouvrière en France.

   La grande grève de 1968, par contre, avait révélé un nouveau monde ouvrier extérieur au carcan syndical, contrairement aux adhésions massives en 1936 ; le vécu passionné de cet événement par les ouvriers immigrés est généralement passé sous silence. Et surtout leur comportement visant à s'autonomiser en marge des bureaucraties syndicales, effrayées par cette fraction croissante de la classe ouvrière. Leur penchant à remettre en cause la place que les travailleurs immigrés occupent dans la hiérarchie des emplois est révélateur des différenciations maintenues au sein de la classe ouvrière ; par exemple les nationalisations (si caractéristiques du nationalisme économique et patriotique) favorisent une aristocratie ouvrière française et sont interdites aux immigrés parce que non français.

Toujours pour dissoudre la composante ouvrière majoritaire dans l'immigration, LE PCF et son clone CGT revendiquaient un « statut démocratique des travailleurs immigrés » à caractère « progressiste » selon ce langage nunuche d'époque. Les cliques staliniennes n'ont jamais abandonné leur vision protectionniste nationale. Pour la gauche bourgeoise de ces années-là, les immigrés étaient surtout considérés comme objets de main-d'œuvre incapables d'affirmer des positions politiques différentes des bureaucraties syndicales et des travailleurs blancs, jugés plus avancés en termes de conscience et d'organisation syndicale.

Or, ces ouvriers immigrés des sixties sont plus révolutionnaires que la moyenne des ouvriers français, ils refusent de trouver dans la vie au travail leur seule source identitaire. On le comprend d'autant mieux qu'ils vivaient dans des bidonvilles ou les foyers Sonacotra étaient fliqués par d'anciens officiers coloniaux ; mais on verra que les politiques successives des gouvernements français ont dévié cette aspiration à la liberté en favorisant l'expansion de l'islam si « identitaire ».

Ils sont à l'origine de la crise de représentation par des bureaucraties syndicales (elles, surtout étrangères au monde ouvrier et à ses projets d'avenir), bien avant la crise d 1974, encore à partir de 1968. C'est normal, on est en pleine crise de finalité politique après des décennies de discours ronronnants, de discours lénifiants et « progressistes » du socialisme gouvernemental et des faux communistes au service de Staline. Toutes ces cliques ne proposent plus un dépassement du capitalisme. Leur fonctionnement est archaïque (comme encore aujourd'hui, LFI et les cliques gauchistes) : absence de démocratie interne, vision restrictive de l'action de classe, usinisme, mépris des modes de vie et des aspirations culturelles. La littérature syndicale a fait beaucoup pour développer l'accès à une représentation syndicale immigrée, qui ne s'est traduite que par l'intronisation de nouveaux bureaucrates incontrôlables. Sans compter que le mépris subsiste ; on les juge encore insuffisamment intégrés pour certaines fonctions bureaucratiques, nécessitant une connaissance des législations sociales.

Cette fausse institutionalisation ne pousse pas les ouvriers immigrés des années 1970 à se syndiquer. Leurs grèves sont alors qualifiées de « grèves sauvages » et sont sauvagement réprimées par la police et les milices patronales sans que le syndicalisme officiel n'en appelle à une grève généralisée de soutien internationaliste. (cf. grèves dans l'industrie automobile en 1973, 1978, etc.)

Les bonzes syndicaux négocient systématiquement sur d'autres bases que celles désirées par ces ouvriers. Ainsi l'ouvrier immigré, sur cet aspect, est plus révolutionnaire que l'ouvrier français : les syndicats sont perçus comme extérieurs à la lutte de classe. Les revendications salariales et anti-hiérarchiques de ces travailleurs sont remplacées par des aspects secondaires pour appâter le public humaniste des intellectuels de gauche et autres militants d'extrême gauche : congés sans solde pour pouvoir rentrer au pays...). Quand ces ouvriers veulent lutter contre les licenciements, la CGT leur propose de lutter pour une « volonté de retour au pays ». En 1981, le gouvernement « socialiste » opère à un durcissement du contrôle des flux migratoires. En 1984, c'est encore le gouvernement de gauche qui veut légitimer une aide pour « le retour » (soi-disant sur la base d'un « strict volontariat »...). Toute la période récente a montré que désormais le retour est impossible dans des pays à régimes dictatoriaux producteurs de misère et de répression, et où les fameuses libérations nationales n'ont ni libéré les forces productives ni supprimé l'exploitation de l'homme par l'homme ou par la femme.

Ou alors on focalise sur une action de façade illégale, avec l'appui des sectes gauchistes pour faire radical. Les bureaucraties syndicales s'affichent sur le terrain d'une régularisation du travail clandestin, secondaire mais source de profits patronaux, pour mieux voiler leur position nationaliste protectionniste contre l'immigration en général. Contradiction ridicule ne tarissant nullement le flux permanent d'arrivées de nouveaux migrants.

Comme le wokisme de nos jours, sous couvert d'« internationalisme », l'extrême gauche bourgeoise déplace la question de la solidarité de classe (contre le gouvernement français mais aussi les dictatures arabes et africaines) par l'accusation de l'ancien pays colonisateur d'avoir bloqué le développement économique des mafias étatiques « libérées », exportatrices, ou plutôt expulsatrices de main-d'œuvre esclavagisée.

Au cours des années 1980, on fait passer au second plan les milliers de licenciements économiques touchant particulièrement les ouvriers OS immigrés et les pressions au départ de ceux-ci, en héroïsant le licenciement de 10 brutes de la CGT, dont certains avaient physiquement agressé des militants du CCI à l'entrée de l'usine Renault-Billancourt (dont le gendre de Marchais, un grand escogriffe, que je connaissais, et à qui j'avais reproché cette agression, comme son tuteur il adorait les vacances chez Ceaucescu).

Autre sujet d'inquiétude pour les bureaucrates syndicaux, le moindre attachement des ouvriers immigrés à l'entreprise, une capacité de solidarité entre grévistes et non-grévistes. Même les facteurs ethniques ne sont pas toujours négatifs, favorisant le regroupement comme par exemple les Africains dans les ateliers de presse.

Sur la question du logement, la lutte des SONACOTRA débutée en 1975, ne reçut ni le soutien des syndicats, ni du CCI2. La CGT craignait que cette action autonome la prive de tout contrôle sur le prolétariat immigré ; le PCF paiera très cher une autre question du logement avec son bulldozer à Vitry en 1980.3 Cette lutte était néanmoins très légitime et nouvelle pour le mouvement ouvrier, resté très ouvriériste et amant de l'usine carcérale (mes maximalistes aussi). La question du logement, dixit Engels, faisait pourtant partie de la lutte classique contre l'exploitation. Cette lutte, longue et malgré ses aléas, aura été d'une certaine façon une victoire, en révélant la condition misérable et l'isolement social des immigrés des foyers. Il faut rappeler que la revendication d'un habitat à loyer modéré, offrant à la classe ouvrière le moyen de se libérer en partie du patronat utilisateur du logement comme moyen de pression sur les salaires et sur la combativité ouvrière, était considérée par les ouvriers depuis le Front populaire comme un moment important de la lutte émancipatrice.

Sortir de l'entreprise du point de vue de classe n'est cependant pas sans danger4. La CFDT, très gauchiste, commença à remettre en cause « le mythe de l'unité de la classe ouvrière », mais à cultiver ses particularités avec l'héritage des côtés libertaires de mai 68 ; participant d'ailleurs à l'éclosion des luttes parcellaires « spécifiques » : lutte des femmes, des jeunes, des immigrés en tant que tels, des premiers verts...

Développement du milieu associatif donc à l'époque, animé surtout par les élites des couches moyennes, intronisant des animateurs étrangers, pour faire contestataire, et méprisant « l'ancien » mouvement ouvrier. Ce milieu est à l'origine des explications réductrices des comportements ou divergences par le « racisme petit blanc » qui sévit plus encore aujourd'hui5.

La prise en compte d'un habitat décent pour la population d'origine immigrée, ou déjà française mais inférieure selon la loi colonialiste, eût des effets pervers dont on subit les conséquences aujourd'hui : l'expulsion vers les banlieues. A la différence de leurs homologues de classe, les ouvriers immigrés n'avaient pas pu bénéficier des opérations de relogement en HLM, ne répondant pas aux conditions d'admission : travailleurs en général isolés, revenus précarisés, marginalité sociale, moindre encadrement syndical. La gauche tient en même temps un discours populiste qui fait des immigrés des boucs émissaires ou se fiche de la citoyenneté. Le souci électoral municipaliste stalinien prime, à l'inverse de celui d'aujourd'hui, la crainte d'une attribution de logements à des étrangers à la commune. Cette pratique anti-immigrés si voyante de la gauche au pouvoir des années 1983-1984 (oubliée grâce à son départ précipité cette même année) ne peut évidemment pas être considérée comme une « trahison de sa tradition et de ses idéaux » mais la confirmation que depuis les années d'avant-guerre, elle est devenue un instrument de la bourgeoisie motivé par la seule compétition électorale quel que soit le type d'électeur.

L'explosion de la petite bourgeoisie (les couches moyennes) a permis depuis trois décennies de faire passer au second plan la classe ouvrière. La petite bourgeoisie est une grosse consommatrice. Elle se complaît à parodier les dominants et occupe les postes supérieurs dans la hiérarchie des entreprises. Elle dispose d'une vie associative et culturelle, et se vante de ses bonnes relations anti-racistes avec ses amis immigrés parvenus (nombre de nouvelles professions libérales). Elle salue l'expression et la pratique de l'islam. Ses activistes féministes ne s'en prennent jamais au voile aliénant.

Les mouvements antiracistes de cette gauche bourgeoise, avec notamment ce bâtard du PS SOS Racisme rejeté par les jeunes des banlieues :

« Ce qui me tuait surtout, c'était le mépris (des antiracistes » applaudissements, Champagne et biscuits pour les marcheurs ; et mépris à l'égard des jeunes de la ville que nous traversions » ; les « lascars » n'avaient pas été conviés à la fête... Les jeunes sont aussi réticents à l'égard du mouvement SOS racisme, lié au PS, dont se servent les médias pour « verrouiller et censurer » leur mouvement et dans lequel ils ne se reconnaissent guère ».6

Ces manifestations de jeunes n'étaient pas porteuses d'une finalité anticapitaliste. Ceux qui, aujourd'hui, se laissent balader par Kazib et Mélenchon, non plus, c'est « guerre aux riches », slogan plus creux, tu meurs ! Aussi ridicule est la revendication d'une mixité culturelle, comme si on pouvait mixer la culture huppée des classes supérieures avec la culture télévisée au rabais des couches d'en bas ! Quant aux droits réclamés, relevant d'une logique d'acceptation de l'Etat capitaliste actuel, voire prolongé dans une 6ᵉ République, ils ne sont guère de nature à réconcilier avec la politique de la gauche (irresponsable) et de la droite (impuissante). Leur idéologie liant antiracisme7, antifascisme et approfondissement de la démocratie, est totalement hors de la réalité de la confrontation des classes.

La référence à la religion n'a pas encore pris la place qu'elle occupe actuellement, de plus en plus. Plus vite que les syndicalistes, l'autorisation de l'islam en entreprise est acceptée par les patrons qui y voient surtout un facteur d'apaisement social. Les islamistes ouvriers jouent déjà un rôle carrément réactionnaire, avec des tracts antisyndicaux et anti-grèves à Citroën ; ils font aussi allégeance à l'égard des gouvernements de leur pays d'origine, comme d'ailleurs les délégués actuels en faveur du Hamas, avec des zigotos dans le genre de Anasse Kazib.

L'islam sert clairement de chiffon rouge pour séparer les ouvriers. Depuis les années 1930, la bourgeoisie a clairement compris sa propriété interclassiste, apolitique et favorisant les manipulations. Explication par Bernard Viala (membre du PSF, parti fasciste de gauche) :

« La mosquée de Marseille et le foyer nord-africain sont des institutions indispensables pour notre ville où l'élément indigène est livré à lui-même et se trouve sans guide moral et sans soutien matériel. De plus, elles permettront un contrôle constant de la masse musulmane et des individualités dangereuses qui peuvent s'y infiltrer, contrôle indispensable dont l'efficacité profitera à toute la France puisque c'est à Marseille que débarquent tous les indigènes nord-africains ».8

Enfin un changement sociologique de l'immigration vient limiter sa portée révolutionnaire. L'arrivée grandissante d'une intelligentsia migrante « bobo » productrice d'ethnicité et soignant un associationisme national ou religieux. Au Maroc, premier responsable de l'invasion à Ceuta, un constat : inadéquation entre le niveau relativement élevé de la formation universitaire et une absence de débouchés correspondants sur un marché du travail qui a beaucoup plus besoin d'esclaves manuels. « Accueillons nos futurs médecins, ingénieurs, maires à bras ouverts! « Ces gens ne nous veulent que du bien », dit un anonyme.

Autre constat amer  : les migrants rejoignent leur diaspora et pas prioritairement le milieu ouvrier.


CHANGEMENT D'ÉPOQUE

Comme l'indique l'IA, présentant les positions du CCI, la décomposition du capitalisme est la phase ultime de la décadence du capitalisme, commencée en 1914, et qui aurait débuté concrètement au tournant des années 1980.

Un changement d'époque marqué par un repli général sur le nationalisme, en particulier le Brexit. Paradoxalement ce monde des Trente Glorieuses qui prétendait mettre fin aux frontières, ou du moins dans les pays développés, est retombé dans une ornière qui n'est pourtant ni protectrice ni étanche. Les besoins de l'économie capitaliste affolée n'ont toujours pas de frontière ; les guerres permanentes en sont d'ailleurs la meilleure illustration.

Si l'on comprend la fuite de plus en plus massive des jeunes prolétaires des contrées sous régimes arbitraires, criminels où le sabre et le goupillon musulman font régner terreur et pauvreté, on comprend aussi ce qui attire ces hommes et ces femmes désespérés. Les économies européennes les plus puissantes révèlent leur affaiblissement par leurs chants de sirène, appels d'offres aux populations paupérisées du tiers-monde pour servir d'esclaves au maintien des profits capitalistes, en premier lieu une Espagne "socialiste" affolée, l'Angleterre hypocrite et l'Allemagne lucrative ; la France aussi mais plus pour les services sociaux laxistes et une médecine gratuite.

L'Angleterre a confié à la France le rôle ingrat de contrôleur, tout en laissant venir une foule de prolétaires, au péril de leur vie (traversées très dangereuses des océans), sans la nécessité de papiers d'identité ; les policiers français n'ont pas le droit d'intervenir dès que les migrants ont les pieds dans l'eau, après avoir enlevé leurs chaussures. Des associations humanitaires aident tant que faire se peut. La presse déplore. Toutes les factions de droite exigent de fermer les frontières. En réalité il n'y a aucune solution, comme un bateau qui prend l'eau.

L'eldorado européen est pourtant une immense duperie. Le retour en marche arrière de la foule des jeunes Marocains en est une preuve propice à la réflexion.


CONCLUSION :

Ce qui se joue, au travers du chaos actuel et de « l'invasion » immigrée, c'est bien le devenir de la classe ouvrière dans son ensemble et non celui de l'immigration : recomposition de son unité ou bien atomisation et perte d'identité dans la concurrence et l'abrutissement idéologique. Tout cela dépasse les simples revendications (comme la plus stupide : la retraite à 60 ans pour tous). Le problème pour les migrants (masse surtout prolétaire, malgré une arrivée d'une couche moyenne diplômée) n'est pas de s'intégrer à la société occidentale ni à la société occidentale de perdurer, mais de contribuer au ressurgissement d'une lutte de classe internationaliste et faisant fi des religions et des diversités raciales.

Le discours médiatique sur un racisme et un antisémitisme de la classe ouvrière (blanche) est disproportionné par rapport à la conscience humaine de la majorité de la population. Il faut faire oublier que c'est l'État qui produit l'immigration, la marginalise puis aménage sa ségrégation.

La situation actuelle déplorable et scandaleuse de cette fuite éperdue de tant de jeunes migrants figure la « peur du lendemain » (Babeuf) constitutive de le vie ouvrière. Le futur n'est jamais assuré, menace intrinsèque de la condition ouvrière. Même si on rêve tous d'une révolution internationale. Un vieux rêve, un peu émoussé.

Enfin le pire n'est plus tout à fait incertain. Face à l'afflux de plus en plus massif des migrants d'un monde qui se décompose sans avenir autre que la destruction, il faut s'attendre à ce que notre bourgeoisie soit obligée d'ouvrir de grands camps de réfugiés comme ce fut le cas pour les Espagnols. En janvier 1939 (exode massif de 500 000 personnes), 55 000 furent contraints au travail obligatoire pour participer à la préparation de la guerre. Mais rien ne dit que cela se passera aussi bien.



NOTES

1 Tout est très bizarre avec ce national populiste. Par exemple la demande d' enquête approfondie sur l'affaire Epstein...sachant que plusieurs personnalités et artistes juifs sont désignées comme responsables de viols, incestes et comportements sexuels outranciers avec des femmes d'en bas : après Strauss-Kahn, Patrick Bruel, Gérard Darmon, Richard Berry, Gérard Miller, Ary Abittan. Netanyahou ne serait-il plus le seul pourvoyeur d'antisémitisme ? Heureusement il y a des non-juifs, Poivre dArvor, Nicolas Hulot, Depardieu...l'abus de pouvoir n'est pas pire que le népotisme de la fille de Mélenchon.

2Je suis intervenu en réunion de section de RI vers cette époque pour m'indigner de cette absence d'intervention. Un membre de l'organisme central corse intervint pour dénoncer le fait que Jean-Louis abandonnait le terrain de classe. La semaine suivante, renversement de vapeur, tiré par les oreilles par Marc Chiric, l'organe central reconnut que la proposition de Jean-Louis était intéressante et le délégua avec d'autres militants pour aller voir ce qui se passait. C'était un peu le foutoir où les leaders noirs pouvaient s'offrir des blanches et où l'élite bourgeoise maoïste faisait la pluie et le beau temps. Pour la suite de notre présence sur les yeux, ce fût plus catastrophique. Lorsque je proposai d'aller prendre la parole aux tribunes, le lâche Christian (ex LCR), , toujours prêt à se dégonfler en intervention extérieure (comme il le fît dans la manif des chômeurs ou en réunion publique après le tonnerre de 1981), s'opposa à toute intervention orale, revenant à cautionner les gauchistes. A l'époque le début du CCI fonctionnait plutôt comme une organisation conseilliste gentille, mais molle et laissait trop caracoler d'anciens petits chefs gauchistes. Les bordiguistes intervenaient depuis le début mais pas avec des positions très claires concernant l'immigration.

3 Et de Montigny : délation d'une famille marocaine accusée de recel de drogue, par un maire « communiste ».

4« Car si le domaine du « hors travail » est effectivement souvent caractérisé comme un lieu de regroupement « interclassiste » (susceptible de favoriser la manipulation par des couches sociales intermédiaires), que dire du terrain de l'entreprise, comme lieu de consensus social et d'encadrement, , la même dénomination de « travailleur » (cf. LO) étant généralement utilisée pour désigner un ensemble de catégories allant de l'OS à l'ingénieur ? » (cf. Ces migrants qui font prolétariat, page 205.

5 « Auparavant, (la gauche d'en haut), elle plaçait la classe ouvrière sur un piédestal. C'est si lointain mais on s'en souvient à peine. Hier, il y avait une autre façon d'appeler la gauche : le mouvement ouvrier. Aujourd'hui les ouvriers ont disparu de l'horizon . Rayés de la carte ! Pas seulement parce que, contrairement à la prophétie de Marx, leur nombre continue à diminuer d'année en année. Mais, parce qu'en mai 68 la classe ouvrière, loin de se comporter comme une avant-garde, comme dans les livres pieux, en avant-garde révolutionnaire, s'est révélée le meilleur rempart de l'ordre établi » (faux ! JLR). Hervé Algalarrondo, « La gauche et la préférence immigrée » (éd. Plon 2011)

6« Ces migrants qui font prolétariat » René Gallissot, Nadir Boumazza, Ghislaine Clément, ed MERIDIENS KLINCKSIEK  Paris 1994, page 205.

7« 3il a toujours existé à la fois dans la classe ouvrière un racisme anti-jeunes, antifemmes, anti-immigrés, dans la mesure où ces catégories vulnérables ne pouvaient qu'être utilisées par le patronat pour abaisser les salaires, déqualifier le travail, intensifier les cadences. Longtemps, la « défense de la qualification » passa au travers de leur exclusion ». (cf. Ces migrants qui font prolétariat », page 228.

8 Ces migrants qui font prolétariat, page 229.


PREMIÈRE TRADUCTION HUMANISEE MAIS QUI RESUME SURTOUT LE PROPOS DES MÉDIAS

Version humanisée et structurée du texte

Une droite dépassée, une gauche imprévoyante : un pays pris en étau

La scène politique européenne semble aujourd’hui prise entre une droite incapable de proposer des solutions durables et une gauche qui peine à anticiper les conséquences de ses choix. Au milieu de ces tensions, la crise migratoire qui touche Ceuta révèle surtout une crise profonde de la classe ouvrière, en Espagne comme au Maroc.

Un afflux migratoire d’une ampleur exceptionnelle

En quelques jours, près de 60 000 personnes ont franchi la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta. Les autorités espagnoles affirment que 37 500 d’entre elles sont déjà retournées au Maroc, souvent après avoir constaté que la rumeur d’une ouverture de la frontière était infondée.

Les images ont fait le tour du monde :

  • des centaines de jeunes, parfois adolescents, arrivant par la mer ou en longeant la plage,

  • des forces de l’ordre débordées,

  • une ville de 80 000 habitants submergée par un flux équivalent à 70 % de sa population.

Cette situation rappelle la crise de 2021 et a immédiatement déclenché une série de réactions politiques, parfois très virulentes.

Réactions politiques en chaîne

  • En Italie, la présidente du Conseil Giorgia Meloni a évoqué la possibilité de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, provoquant une réponse diplomatique immédiate de Madrid.

  • Aux États Unis, certains responsables politiques ont utilisé ces images pour défendre des politiques migratoires plus strictes.

  • En Espagne, le gouvernement de Pedro Sánchez assure « accélérer les rapatriements » et remercie Rabat pour sa coopération.

  • Les autorités régionales, notamment en Andalousie, dénoncent un manque de préparation et une politique migratoire « chaotique ».

Bruxelles, de son côté, rappelle qu’il n’existe pas de flux vers le continent européen, ce qui limite pour l’instant l’impact direct sur l’UE.

Une crise révélatrice d’un malaise plus profond

Au delà des chiffres, cet épisode met en lumière une réalité sociale souvent ignorée : au Maroc, le niveau de formation de nombreux jeunes est sans rapport avec les débouchés disponibles. Le marché du travail offre peu de perspectives aux diplômés, tandis que les secteurs qui recrutent sont souvent des emplois pénibles, faiblement rémunérés, sans mobilité sociale.

Ce décalage crée une frustration immense et alimente les départs vers l’Europe, perçue comme un espace d’opportunités — parfois de manière illusoire.

Ironie amère et désenchantement

L’ironie finale — « Accueillons nos futurs médecins, ingénieurs, maires à bras ouverts » — traduit un désenchantement profond face à un discours politique qui promet l’intégration et la réussite pour tous, alors que les réalités économiques, sociales et culturelles sont bien plus complexes.

DEUXIÈME TRADUCTION PLUS FIDÈLE À MON ANALYSE

Le texte analyse la crise migratoire de Ceuta comme un révélateur d’un double échec politique : une droite incapable d’agir et une gauche jugée irresponsable et démagogique. Il critique la focalisation médiatique sur les enjeux géopolitiques au détriment de la réalité humaine et de la dimension de classe.

1. La “diplomatie migratoire” et ses manipulations

Le document rappelle que depuis les années 2000, certains États utilisent les migrations comme outil stratégique :

  • pour négocier avec l’Europe,

  • pour déstabiliser des adversaires (exemples : Turquie, Maroc, Russie, Castro en 1994).

Les médias et une partie de la gauche accusent l’Europe d’alimenter ces pratiques, mais l’auteur estime que cela détourne l’attention du drame humain et des enjeux de classe.

2. Silence ou ambiguïtés de la gauche radicale

Le texte reproche au NPA, à LO et à LFI leur absence de réaction face à l’afflux massif à Ceuta. Mélenchon est critiqué pour une déclaration jugée ambiguë, qui soutient l’Espagne sans évoquer la question de l’ouverture des frontières.

3. Une longue histoire de contradictions dans la gestion de l’immigration en France

Le document retrace un siècle de politiques françaises :

  • 1914–1918 : arrêt de l’immigration mais recours massif aux travailleurs coloniaux.

  • Années 1920–1930 : CGT et CGTU oscillent entre internationalisme et protectionnisme national.

  • Front populaire : priorité à l’antifascisme plutôt qu’à la défense des travailleurs immigrés.

  • Après 1945 : la CGT soutient un protectionnisme ouvrier, parfois hostile aux immigrés.

  • Années 1960–1970 : les ouvriers immigrés jouent un rôle important dans les luttes, souvent plus radical que les ouvriers français, mais sont marginalisés par les syndicats.

  • Années 1980 : durcissement des politiques migratoires par la gauche au pouvoir ; émergence des luttes pour le logement (SONACOTRA).

L’auteur insiste sur le fait que la gauche, loin d’être pro immigrés, a souvent adopté des positions nationalistes, électoralistes ou paternalistes.

4. Fragmentation de la classe ouvrière et montée de l’islam comme facteur social

Le texte décrit :

  • l’émergence d’un milieu associatif porté par les classes moyennes,

  • la marginalisation des ouvriers immigrés dans les politiques de logement,

  • l’essor de l’islam comme outil de contrôle social utilisé par les patrons et les États,

  • la montée d’une intelligentsia immigrée “bobo” qui renforce les identités nationales ou religieuses.

L’auteur estime que ces évolutions ont affaibli la dimension révolutionnaire de l’immigration ouvrière.

5. Le cas du Maroc et la crise de Ceuta

Le texte souligne une contradiction majeure :

  • un niveau de formation relativement élevé chez les jeunes Marocains,

  • mais un marché du travail qui n’offre que des emplois manuels précaires.

Ce décalage alimente les départs massifs vers l’Europe, où les migrants rejoignent surtout leur diaspora, pas la classe ouvrière locale.

6. Décomposition du capitalisme et impasse migratoire

Selon l’auteur, depuis les années 1980, le capitalisme est entré dans une phase de décomposition :

  • repli nationaliste,

  • frontières qui se referment sans jamais vraiment se fermer,

  • migrations massives provoquées par la misère et les régimes autoritaires,

  • Europe affaiblie qui attire des travailleurs pauvres pour maintenir ses profits.

L’“eldorado européen” est décrit comme une illusion, tant pour les migrants que pour les sociétés d’accueil.

7. Conclusion : le véritable enjeu est la classe ouvrière

Le texte affirme que la crise migratoire n’est qu’un symptôme d’un problème plus profond :

  • la désagrégation de la classe ouvrière,

  • la perte d’unité et de conscience de classe,

  • la fragmentation par les identités, les religions, les nationalismes, les discours humanitaires ou sécuritaires.

Pour l’auteur, l’enjeu n’est pas l’intégration des migrants, mais la reconstruction d’une lutte de classe internationaliste, débarrassée des divisions ethniques ou religieuses.