"Le principal héritier du fascisme est l'antifascisme". BORDIGA
Voici une sélection assez réjouissante et franchement marxiste, prise de position intrangiseante sur le bordel petit-bourgeois actuel en France, par un bordiguiste historique, vieil ami qui continue avec ses faibles moyens (sur Facebook) à exprimer une vision marxiste cohérente ; plus cohérente en tout cas que l'activiste et immédiatiste CCI qui n'y voit qu'un ébranlement prolétarien en flattant la jeunesse bobo inconséquente et irresponsable ; le CCI a toujours ignoré la critique de la petite bourgeoisie comme nié l'aristocratie ouvrière (carence de M.Chirik). Or c'est elle qui mène la barque qui chavire. En outre, le texte ridiculise la remise au premier plan des pompiers sociaux et de leurs progénitures estudiantines happées à leur tour par la comédie d'un nouveau syndicaliste rouge, mais parsemé de drapeaux tricilores. Avec cette radicalité réformiste qui s'efforce de sauver l'État démocratique" en s'inventant un ennemi pire que le capitalisme, cet autre populisme dit raciste mis en valeur par l'autre populisme, mélenchonesque et grotesque. JLR
Par Xavier Dupont
Dans la préface à la réédition de La Guerre des paysans en Allemagne, publiée en 1870 (et dont la préface porte la date du 1ᵉʳ juillet 1874 dans l’édition française citée), Engels écrit :
« Quand les ouvriers français écrivaient sur les maisons, à chaque révolution, l’inscription : “Mort aux voleurs !” et qu’ils en fusillaient même plus d’un, ce n’était certes pas par enthousiasme pour la propriété, mais bien parce qu’ils savaient très justement qu’il fallait avant tout se débarrasser de cette bande. »
Et pour enfoncer le clou et permettant encore aujourd'hui de de démarquer du gauchisme décadent et décomposé, Egels ajoutait en 1874 :
"Le lumpenprolétariat, cette lie d’individus dévoyés de toutes les classes, qui établit son quartier général dans les grandes villes, est de tous les alliés possibles, le pire. Cette racaille est absolument vénale et importune. Tout chef ouvrier qui emploie ces vagabonds comme gardes du corps, ou qui s’appuie sur eux, prouve déjà par là qu’il n’est qu’un traître au mouvement" Les communistes se battent pour l'abolition du salariat et ke renversement de l'État du capital et n'ont aucun intérêt commun avec les voleurs et les trafiquants de drogue.
Rosa Luxemburg expliquait, elle : « L'élément lumpenprolétarien est profondément inhérent à la société bourgeoise, non seulement en tant que couche particulière, en tant que déchet social (sozialer Abfall) qui croît démesurément lorsque les murs de l’ordre social s’écroulent, mais en tant que partie intégrante de la société tout entière. »
Le discours gauchiste et ultra-gauchiste consistant a compatir avec la racaille des banlieues démontre une ligne non prolétarienne, inconstante et soumise à ces couches moyennes parasitaires.
Et on peut conclure avec ce qu'on disait en 1985 : "Le gauchisme contemporain représente un compromis entre les erreurs théoriques d'un mouvement ouvrier disparu et les intérêts spécifiques des nouvelles couches moyennes : d'où son instabilité, sa nullité pratique, et sa décomposition inévitable." (FONDEMENTS D'UN PLAN DE TRAVAIL POUR LA SOLUTION FINALE DE LA QUESTION CAPITALISTE 1985).
En mars 1989 nous écrivions : « Tout ceci n'est pas fortuit. Cela résulte de cette masse sans cesse croissante de nouveaux petits-bourgeois produits et reproduits par le capital lui-même, de ces nouveaux aliénés et réifiés qui se réalisent en faisant circuler et en consommant les marchandises auxquelles ils s'identifient et travers lesquelles ils se reconnaissent. La croissance de ces couches qui consomment sans produire sont généralisées par le parasitisme anti-social du système qui met plus de temps pour faire circuler les marchandises que pour les produire, entrainant une réduction relative et parfois même absolue du prolétariat.
Le Groupe communiste mondial expliquait en 1968 (voir "Invariance" nᵒ 2) la croissance de ces nouvelles couches moyennes et en montrait la traduction politique à travers leur volonté de pouvoir bénéficier d'une fraction plus grande de la plus-value par leur contestation des années 68 (voir "Parti de classe" I972), contre ceux qui voyaient la disparition des anciennes couches moyennes (artisans et paysans) et leur prolétarisation inévitable augmentant les effectifs de la classe ouvrière. »
En résumé, le gauchisme ne veut pas la destruction de l'État, mais un État plus obèse qui continue a prélever plus de taxes sur les prolétaires pour continuer a vivre en parasite. On pourra nuancer que dans ces couches moyennes improductives certaines ont des conditions similaires aux travailleurs productifs et rejoindront la lutte de classe prolétarienne. La faillite de l'État français donnera le coup d'envoi de la démystification de la démocratie sociale !!
Les couches sociales qui consomment sans produire ne possèdent aucun potentiel révolutionnaire propre. Comme nous l’avions identifié dès les années 1970-1980, les nouvelles couches moyennes, produites par la phase supérieure de la soumission du travail au capital, ne peuvent dépasser l’horizon idéologique d’une illusoire amélioration de leurs satisfactions économiques.
Or, nous sommes entrés dans une phase d’épuisement de ces possibilités de satisfaction. Tout cet échafaudage d’illusions a pu être maintenu et masqué par un capital sous perfusion, drogué au capital fictif. Mais ce cycle d’illusions touche à sa fin : la véritable nature du capital va réapparaître, nous faisant comprendre concrètement ce que Marx avait théoriquement prévu avec l’analyse de ses contradictions et de son effondrement.
Seul le prolétariat révolutionnaire combattant, surgissant spontanément et de façon déterminée des contradictions de cette société, sera en mesure de briser l’État et de faire resurgir son organe d’unification mondiale, dans le prolongement historique des trois Internationales. Tous les groupuscules activistes et volontaristes n'ont pas de réalité et de base sociale et la théorie révolutionnaire ne peut devenir une force matérielle que de façon déterminée.
MISÈRE DU SYNDICAT ROUGE
Les syndicats, d'antiques centres de luttes de revendications économiques, se sont transformés en "facteur d'accumulation du capital" comme le disait Bordiga après la Seconde Guerre mondiale. Si le syndicat a épuisé sa fonction, ce n'est pas seulement parce qu'il est intégré à l'Etat bourgeois par différents maillages (subventions de l'Etat, gestion des comités d'entreprises, corruption par le patronat et l'État, gabegie dans les caisses de la formation professionnelle, gestion des centres de formation par différents moyens détournés....), mais par le fait que la crise catastrophique du capital à terme n'a plus rien à offrir. Les quelques miettes distribuées ne sont justes qu'une diversion alors que l'ordre du jour pour le capital est la dislocation de l'État-providence, de rationaliser, de paupériser une partie des couches moyennes et de la classe ouvrière. Tous les illusionnés du RIC et autres balivernes démocratiques subiront les conséquences de la crise du capital et de la répression de l'État sans pitié.
Quelques hypothèses ci-dessous quant à la prévision de la reprise prolétarienne, après que le capital se soit attaqué en premier aux classes moyennes et à une fraction de la classe ouvrière périphérique ; le prolétariat industriel, devrait être celui qui sera attaqué en dernier recours avec l’effondrement du capitalisme, comme nos camarades l’écrivaient en 1976. Il était dénoncé aussi le programme de sciences fiction des différents « Parti Communiste International » sur un retour au « syndicat rouge » ou les multiples virages de « Il programma comunista » sur la question syndicale contraire aux traditions marxistes de la Gauche communiste d’Italie.
Extrait de « THESES SUR LA QUESTION SYNDICALE ET LE MARXISME DANS LA PERSPECTIVE CATASTROPHIQUE DE LA CHUTE DU CAPITAL, DE LA FAILLITE DU REFORMISME ET DE LA REVOLUTION PROLETARIENNE, LE PROGRAMME DE LA SOLUTION COMMUNISTE 1976
« 10, Soumis au choc des poussées revendicatives et ultérieurement révolutionnaires, auxquelles ils opposeront leurs traditions contre-révolutionnaires, les syndicats vivront de multiples crises qui en diviseront l'organisation, reflétant l'émergence des antagonismes de classes engendrés par les contradictions du capital, dévoilés par la crise économique et recomposés· par la lutte des classes.
11 Aussitôt qu'ils sentiront leurs organisations menacées de gangrène révolutionnaire, soutenus par les partis politiques ouvriers contre-révolutionnaires (partis· staliniens et sociaux-démocrates) dans lesquels ils se recrutent et servis par la passivité des secteurs politiquement arriérés de la classe ouvrière et le conservatisme de ses couches socialement privilégiées (aristocratie ouvrière) - les chefs conservateurs des directions syndicales bourgeoises provoqueront, parallèlement à l'emploi de moyens terroristes d'étouffement antirévolutionnaires, d'inévitables scissions propres à préserver l'unité et la continuité contre-révolutionnaire de leurs activités; tandis que l'effervescence, socialement déterminée, d'éléments actifs de la classe ouvrière, préoccupés de l'ineffectivité des consignes asservies aux méthodes et aux buts de concertation ,sociale prônés par les réformistes, déclenchera à son tour, de nouveaux mobiles sécessionnistes qui multiplieront le nombre des organisations économiques et syndicales, fragmentant à l'infini, face à l'offensive· et à la crise capitalistes, le front désintégré de défense des intérêts économiques immédiats de la classe ouvrière.
Le développement catastrophique de la situation économique engendrera une multitude de situations locales et contingentes et par définition inextricables, dont réformistes conservateurs de droite et immédiatistes de gauche cultiveront les conflits stériles dans leur artificiel isolement.
Le procès d'ensemble de la production sera finalement paralysé par la crise historique du capitalisme après que procès de circulation (représenté par. les nouvelles couches moyennes) et procès de production (prolétariat) aient été tour à tour frappés, les secteurs de moindre résistance abattus les premiers, annonçant par leur chute l’effondrement prochain de toute la production capitaliste. Dans cette poussière de conflits et de revendications - qu'entretiendront de concert· capitalistes et réformistes afin· d'entraver le procès d’unification révolutionnaire de la classe nécessaire à sa constitution en parti communiste - se dissoudra la fonction syndicale traditionnelle. On en réanimerait en vain le cadavre; celui de la défense des intérêts économiques immédiats de toute la classe, comme elle fut conçue et exécutée par le marxisme révolutionnaire contre les déviations anarchistes, soréliennes, petites-bourgeoises, social-démocrates et staliniennes. Le réformisme y substituera un lâche et informe patriotisme d'entreprise (dont il se fait le champion même et surtout dans les secteurs les plus séniles et parasitaires de la production capitaliste) d'autant plus chauvin, contre-révolutionnaire et impuissant que, dans son inexorable marche en avant, la crise économique désagrègera davantage l'entreprise (bagne productif) et que la concurrence exaspérée, engendrant l'accélération du procès de concentration économique, sera plus meurtrière de petits, de moyens puis de grands capitalistes: Au crépuscule du capitalisme, la révolution prolétarienne prendra alors son envol du cimetière des Sociétés anonymes.
14. Lorsqu'est historiquement ouverte la phase de crise catastrophique de l'économie capitaliste, la satisfaction effective (durable et substantielle) des revendications économiques immédiates est suspendue au renversement du système capitaliste. L'organisation de leur satisfaction par le syndicat présuppose la revendication de mesures conservatrices antirévolutionnaires en service du maintien de l'emploi: défense de l'entreprise, gestion démocratique, nationalisations, créations d'emplois et politiquement réformistes ; electoralisme pour des gouvernements de gauche, etc. qui détournent les prolétaires de la conception et de la préparation de la révolution sociale, c'est-à-dire de la constitution du prolétariat en classe et donc en parti communiste. »

