"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 1 août 2026

SCANDALE MIGRATOIRE : Droite incapable et impuissante vs gauche irresponsable et démagogique

 


Suivi de deux résumés épatants de mon amie Lia

Avec l'invasion de Ceuta, ce n'est pas la sidération qui saisit les médias mais les suppositions sur la géopolitique et les complots impérialistes. La réalité humaine est absente. Il en va d'enjeux diplomatiques obscurs. Diplomatie migratoire ? terme créé début 2000 , Afrique et Moyen-Orient où les migrations ne sont pas perçues partout comme menaces mais comme ressource symbolique, stratégique et économique ; comme l'ont montré les négociations entre partis des guérillas (Érythrée et Éthiopie) où le contrôle de l'émigration et de l'exil est central dans la constitution de l'État. Les monarchies traitent le problème de manière aléatoire et informelle, adoptant des politiques d'asile pour les réfugiés syriens en 2011, et pour les Soudanais. Moyen de déstabilisation des pays européens de la part de la Turquie, du Maroc ou de la Russie. En 1994, Castro n'avait-il pas encouragé le départ de milliers de Cubains vers la Floride pour déstabiliser les USA ? Les journalistes gauchistes incriminent cette diplomatie migratoire européenne comme responsable des saloperies des dictatures du sud.

En 2002, la diplomatie migratoire plaçait au cœur des négociations avec le Sud le marchandage migratoire. Tous les sujets, commerce ou sécurité, sont concernés par ce marchandage.

instrument politique de cette nouvelle géopolitique moderne . Le Maroc à la une aujourd'hui « marchande » sans honte sa coopération pour le contrôle de la mobilité des migrants subsahariens vers l'Europe. Les médias sont présumés focalisés sur les migrations et responsables des peurs d'envahissement, voire permettent l'instrumentalisation facho.

Tout cela, on s'en fout, ce qui nous importe, c'est le drame humain et les problèmes posés par la décomposition capitaliste du point de vue de classe. Ce qui se passe à Ceuta gêne toutes les cliques politiques européennes et françaises. Les groupes gauchistes NPA et LO sont muets. Rien sur le blog de Mélenchon et la plaquette électorale de LFI. Une déclaration bizarre et ambiguë du Mélenchon1 :

« Marine Le Pen voudrait présider une grande puissance européenne, mais ne sait pas que Ceuta est une enclave espagnole au Maroc et est déjà exclue de l'accord Schengen pour la libre circulation des personnes. Aider l'Espagne est du simple bon sens. C'est aussi la soutenir contre d'éventuelles manipulations. Plutôt que d’instrumentaliser la situation contre un gouvernement voisin d'un pays ami, comme elle le fait, nous devrions demander une coordination européenne pour de l’aide humanitaire. Il y a déjà 27 morts : ne laissons pas l’Espagne seule face à l'épreuve ! ».

Bizarre cette dérive vers la mère Le Pen, sans lui reprocher de vouloir comme solution la fermeture des frontières ! Rien sur cette soudaine véritable invasion dans l'affolement. Maintenir la position stupide d'ouverture totale des frontières serait-il contre-productif désormais électoralement ? Soutien au premier ministre espagnol laxiste Pedro Sanchez, lui-même gêné par cet afflux ? Comment ? En quel honneur ?

Les bonzes de Bruxelles ont heureusement assuré qu'il n'y a pas de problème migratoire.

Tiens, ces jeunes hommes prient ostensiblement leur dieu en arrivant mouillés sur la plage, comme pour marquer l’avancée d’un islam conquérant !


UNE HISTOIRE OUBLIÉE DE LA MANIPULATION DE L'IMMIGRATION EN FRANCE

C'est la guerre de 1914 qui pour la première fois prononce l'arrêt de l'immigration, de même qu'elle a généralisé la suspicion contre l'étranger potentiellement agent de ..l'étranger. Sans crainte de contradiction, le ministre de la Guerre Albert Thomas n'hésite pas à faire venir plus de 180 000 « travailleurs coloniaux ».

Nouvelle question nationale La conception nationaliste de l'immigration tient de la confusion entre immigrés et réfugiés. L'immigré relève de l'exploitation du colonisé, le réfugié peut créditer politiquement la France bourgeoise de terre d'asile. Après l'armistice de 1918, le gouvernement donne comme instruction : « de licencier les étrangers en premier et de les réembaucher en dernier ». Le syndicat CGT, qui avait adoubé l'entrée en guerre, sous la pression de la IIIᵉ Internationale naissante, se sépare de son aile restée potentiellement révolutionnaire et qui se nommera désormais CGTU.

Changement de cap dans l'immédiat après-guerre, vu le massacre de millions de prolétaires pour la patrie, le recours à la main-d'œuvre étrangère redevient une pratique patronale internationaliste, dans le bâtiment comme toujours mais aussi dans les exploitations agricoles, mais surtout est impulsé par le puissant patronat minier, sidérurgique et de l'industrie chimique. Il ne doit pas nous échapper qu'au moment de la tentative révolutionnaire en Allemagne et la menace de généralisation du bolchevisme, l'appel aux esclaves colonisés et infériorisés est un age notable de paix sociale.

Le secrétaire de la CGTU, Racamond, tiendra jusqu'aux années 1920 un internationalisme abstrait : « Il n'y a pas de patrie pour les travailleurs, il n'y a pas d'ouvriers étrangers en France. Il y a des ouvriers d'un même pays : le prolétariat ! ». Jamais la gauche française, avant de s'embourgeoiser, n'a jamais véritablement pris le parti de l'ouvrier immigré comme on le verra ici. Racamaond finira stalinien de 1923 à 1953. Il sera membre de la commission gouvernementale gaullo-stalinenne, le Conseil économique et social, de 1947 à 1955.

La CGT réformiste de son côté en appelle à des « mesures restrictives » ; envisageant le refoulement des étrangers face aux tensions sur le marché du travail n 1924-1926. Au congrès de Londres en 1926, Jouhaux développe la plateforme de ce syndicat réformiste qui insiste sur le devoir des gouvernements de réglementer l'immigration et de protéger les immigrés par le respect (sic) du droit au travail. À l'heure de la crise, cette CGT approuve la réglementation de 1921 qui fixe à 10 % la proportion de étrangers dans les travaux publics, comme elle soutient une législation de 1932 qui insiste sur la protection de la main-d'œuvre nationale. Cette CGT cède au chantage du « travail français », et s'engage dans le mouvement des « comités français de chômeurs ». La CGTU, par contre, organise le secours de tous les chômeurs en insistant sur l'accueil des immigrés chômeurs.

A la veille du Front populaire, les deux syndicats se retrouvent pourtant sur une même convergence électorale. Ce qui l'emporte est une conception étrangère au mouvement ouvrier et qui relève de l'humanitarisme bourgeois, ce n'est plus un engagement pour ou contre les travailleurs étrangers , mais une commune résolution « antifasciste » pour défendre les étrangers contre le racisme (thème devenu principal aujourd'hui par toute l'extrême-gauche bourgeoise). Ce n'est donc pas la discrimination dans le travail qui est visée, mais la discrimination politique ; dans les déclarations publiques, le travail étranger, l'immigré, est remplacé par le réfugié politique, conception qui sera amplifiée par la guerre d'Espagne. Coup double, cette dernière va favoriser un engagement nationaliste des immigrés, y compris juifs,, où le patriotisme l'emporte au nom de l'antifascisme.

En 1945-1946, la CGT réunifiée, cogestionnaire de l'ordre social avec le gaullisme, défend un « protectionnisme ouvrier ». La fédération CGT du bâtiment demande le refoulement des immigrants ; le délégué algérien reste dans cette ornière nationaliste en souhaitant un emploi prioritaire des Algériens qui ont aidé à la libération de la patrie, plutôt que l'entrée des Italiens (ces fascistes) qui l'ont poignardée dans le dos. Le syndicalisme français reste prisonnier de son nationalisme de Front populaire.

    Pour la reconstruction, ce sont des centaines de milliers d'ouvriers colonisés qui sont appelés par la bourgeoisie française. Cette immigration de masse contribue au renouvellement du monde du travail en tant que masse de classe. C'est pourtant encore l'époque où la « figure centrale » de la classe ouvrière a les traits d'un ouvrier qualifié, mâle, blanc, d'âge mûr et travaillant dans une des « forteresses ouvrières ». Mais cette vision, non pas raciste mais racialiste vole en éclats à la veille de mai 68 non seulement parce que ce mouvement replace au premier plan l'internationalisme, mais parce que la lutte sociale n'est plus enfermée dans l'usine, et que les premières luttes urbaines, étudiantes et féministes ne sont pas encore refrmées dans une spécificité corporative et petite-bourgeoise.

L'identification des ouvriers immigrés à leur nation soi-disant en voie de libération par toutes les cliques gauchistes, servit à remettre en cause leur appartenance à la classe ouvrière en France.

   La grande grève de 1968, par contre, avait révélé un nouveau monde ouvrier extérieur au carcan syndical, contrairement aux adhésions massives en 1936 ; le vécu passionné de cet événement par les ouvriers immigrés est généralement passé sous silence. Et surtout leur comportement visant à s'autonomiser en marge des bureaucraties syndicales, effrayées par cette fraction croissante de la classe ouvrière. Leur penchant à remettre en cause la place que les travailleurs immigrés occupent dans la hiérarchie des emplois est révélateur des différenciations maintenues au sein de la classe ouvrière ; par exemple les nationalisations (si caractéristiques du nationalisme économique et patriotique) favorisent une aristocratie ouvrière française et sont interdites aux immigrés parce que non français.

Toujours pour dissoudre la composante ouvrière majoritaire dans l'immigration, LE PCF et son clone CGT revendiquaient un « statut démocratique des travailleurs immigrés » à caractère « progressiste » selon ce langage nunuche d'époque. Les cliques staliniennes n'ont jamais abandonné leur vision protectionniste nationale. Pour la gauche bourgeoise de ces années-là, les immigrés étaient surtout considérés comme objets de main-d'œuvre incapables d'affirmer des positions politiques différentes des bureaucraties syndicales et des travailleurs blancs, jugés plus avancés en termes de conscience et d'organisation syndicale.

Or, ces ouvriers immigrés des sixties sont plus révolutionnaires que la moyenne des ouvriers français, ils refusent de trouver dans la vie au travail leur seule source identitaire. On le comprend d'autant mieux qu'ils vivaient dans des bidonvilles ou les foyers Sonacotra étaient fliqués par d'anciens officiers coloniaux ; mais on verra que les politiques successives des gouvernements français ont dévié cette aspiration à la liberté en favorisant l'expansion de l'islam si « identitaire ».

Ils sont à l'origine de la crise de représentation par des bureaucraties syndicales (elles, surtout étrangères au monde ouvrier et à ses projets d'avenir), bien avant la crise d 1974, encore à partir de 1968. C'est normal, on est en pleine crise de finalité politique après des décennies de discours ronronnants, de discours lénifiants et « progressistes » du socialisme gouvernemental et des faux communistes au service de Staline. Toutes ces cliques ne proposent plus un dépassement du capitalisme. Leur fonctionnement est archaïque (comme encore aujourd'hui, LFI et les cliques gauchistes) : absence de démocratie interne, vision restrictive de l'action de classe, usinisme, mépris des modes de vie et des aspirations culturelles. La littérature syndicale a fait beaucoup pour développer l'accès à une représentation syndicale immigrée, qui ne s'est traduite que par l'intronisation de nouveaux bureaucrates incontrôlables. Sans compter que le mépris subsiste ; on les juge encore insuffisamment intégrés pour certaines fonctions bureaucratiques, nécessitant une connaissance des législations sociales.

Cette fausse institutionalisation ne pousse pas les ouvriers immigrés des années 1970 à se syndiquer. Leurs grèves sont alors qualifiées de « grèves sauvages » et sont sauvagement réprimées par la police et les milices patronales sans que le syndicalisme officiel n'en appelle à une grève généralisée de soutien internationaliste. (cf. grèves dans l'industrie automobile en 1973, 1978, etc.)

Les bonzes syndicaux négocient systématiquement sur d'autres bases que celles désirées par ces ouvriers. Ainsi l'ouvrier immigré, sur cet aspect, est plus révolutionnaire que l'ouvrier français : les syndicats sont perçus comme extérieurs à la lutte de classe. Les revendications salariales et anti-hiérarchiques de ces travailleurs sont remplacées par des aspects secondaires pour appâter le public humaniste des intellectuels de gauche et autres militants d'extrême gauche : congés sans solde pour pouvoir rentrer au pays...). Quand ces ouvriers veulent lutter contre les licenciements, la CGT leur propose de lutter pour une « volonté de retour au pays ». En 1981, le gouvernement « socialiste » opère à un durcissement du contrôle des flux migratoires. En 1984, c'est encore le gouvernement de gauche qui veut légitimer une aide pour « le retour » (soi-disant sur la base d'un « strict volontariat »...). Toute la période récente a montré que désormais le retour est impossible dans des pays à régimes dictatoriaux producteurs de misère et de répression, et où les fameuses libérations nationales n'ont ni libéré les forces productives ni supprimé l'exploitation de l'homme par l'homme ou par la femme.

Ou alors on focalise sur une action de façade illégale, avec l'appui des sectes gauchistes pour faire radical. Les bureaucraties syndicales s'affichent sur le terrain d'une régularisation du travail clandestin, secondaire mais source de profits patronaux, pour mieux voiler leur position nationaliste protectionniste contre l'immigration en général. Contradiction ridicule ne tarissant nullement le flux permanent d'arrivées de nouveaux migrants.

Comme le wokisme de nos jours, sous couvert d'« internationalisme », l'extrême gauche bourgeoise déplace la question de la solidarité de classe (contre le gouvernement français mais aussi les dictatures arabes et africaines) par l'accusation de l'ancien pays colonisateur d'avoir bloqué le développement économique des mafias étatiques « libérées », exportatrices, ou plutôt expulsatrices de main-d'œuvre esclavagisée.

Au cours des années 1980, on fait passer au second plan les milliers de licenciements économiques touchant particulièrement les ouvriers OS immigrés et les pressions au départ de ceux-ci, en héroïsant le licenciement de 10 brutes de la CGT, dont certains avaient physiquement agressé des militants du CCI à l'entrée de l'usine Renault-Billancourt (dont le gendre de Marchais, un grand escogriffe, que je connaissais, et à qui j'avais reproché cette agression, comme son tuteur il adorait les vacances chez Ceaucescu).

Autre sujet d'inquiétude pour les bureaucrates syndicaux, le moindre attachement des ouvriers immigrés à l'entreprise, une capacité de solidarité entre grévistes et non-grévistes. Même les facteurs ethniques ne sont pas toujours négatifs, favorisant le regroupement comme par exemple les Africains dans les ateliers de presse.

Sur la question du logement, la lutte des SONACOTRA débutée en 1975, ne reçut ni le soutien des syndicats, ni du CCI2. La CGT craignait que cette action autonome la prive de tout contrôle sur le prolétariat immigré ; le PCF paiera très cher une autre question du logement avec son bulldozer à Vitry en 1980.3 Cette lutte était néanmoins très légitime et nouvelle pour le mouvement ouvrier, resté très ouvriériste et amant de l'usine carcérale (mes maximalistes aussi). La question du logement, dixit Engels, faisait pourtant partie de la lutte classique contre l'exploitation. Cette lutte, longue et malgré ses aléas, aura été d'une certaine façon une victoire, en révélant la condition misérable et l'isolement social des immigrés des foyers. Il faut rappeler que la revendication d'un habitat à loyer modéré, offrant à la classe ouvrière le moyen de se libérer en partie du patronat utilisateur du logement comme moyen de pression sur les salaires et sur la combativité ouvrière, était considérée par les ouvriers depuis le Front populaire comme un moment important de la lutte émancipatrice.

Sortir de l'entreprise du point de vue de classe n'est cependant pas sans danger4. La CFDT, très gauchiste, commença à remettre en cause « le mythe de l'unité de la classe ouvrière », mais à cultiver ses particularités avec l'héritage des côtés libertaires de mai 68 ; participant d'ailleurs à l'éclosion des luttes parcellaires « spécifiques » : lutte des femmes, des jeunes, des immigrés en tant que tels, des premiers verts...

Développement du milieu associatif donc à l'époque, animé surtout par les élites des couches moyennes, intronisant des animateurs étrangers, pour faire contestataire, et méprisant « l'ancien » mouvement ouvrier. Ce milieu est à l'origine des explications réductrices des comportements ou divergences par le « racisme petit blanc » qui sévit plus encore aujourd'hui5.

La prise en compte d'un habitat décent pour la population d'origine immigrée, ou déjà française mais inférieure selon la loi colonialiste, eût des effets pervers dont on subit les conséquences aujourd'hui : l'expulsion vers les banlieues. A la différence de leurs homologues de classe, les ouvriers immigrés n'avaient pas pu bénéficier des opérations de relogement en HLM, ne répondant pas aux conditions d'admission : travailleurs en général isolés, revenus précarisés, marginalité sociale, moindre encadrement syndical. La gauche tient en même temps un discours populiste qui fait des immigrés des boucs émissaires ou se fiche de la citoyenneté. Le souci électoral municipaliste stalinien prime, à l'inverse de celui d'aujourd'hui, la crainte d'une attribution de logements à des étrangers à la commune. Cette pratique anti-immigrés si voyante de la gauche au pouvoir des années 1983-1984 (oubliée grâce à son départ précipité cette même année) ne peut évidemment pas être considérée comme une « trahison de sa tradition et de ses idéaux » mais la confirmation que depuis les années d'avant-guerre, elle est devenue un instrument de la bourgeoisie motivé par la seule compétition électorale quel que soit le type d'électeur.

L'explosion de la petite bourgeoisie (les couches moyennes) a permis depuis trois décennies de faire passer au second plan la classe ouvrière. La petite bourgeoisie est une grosse consommatrice. Elle se complaît à parodier les dominants et occupe les postes supérieurs dans la hiérarchie des entreprises. Elle dispose d'une vie associative et culturelle, et se vante de ses bonnes relations anti-racistes avec ses amis immigrés parvenus (nombre de nouvelles professions libérales). Elle salue l'expression et la pratique de l'islam. Ses activistes féministes ne s'en prennent jamais au voile aliénant.

Les mouvements antiracistes de cette gauche bourgeoise, avec notamment ce bâtard du PS SOS Racisme rejeté par les jeunes des banlieues :

« Ce qui me tuait surtout, c'était le mépris (des antiracistes » applaudissements, Champagne et biscuits pour les marcheurs ; et mépris à l'égard des jeunes de la ville que nous traversions » ; les « lascars » n'avaient pas été conviés à la fête... Les jeunes sont aussi réticents à l'égard du mouvement SOS racisme, lié au PS, dont se servent les médias pour « verrouiller et censurer » leur mouvement et dans lequel ils ne se reconnaissent guère ».6

Ces manifestations de jeunes n'étaient pas porteuses d'une finalité anticapitaliste. Ceux qui, aujourd'hui, se laissent balader par Kazib et Mélenchon, non plus, c'est « guerre aux riches », slogan plus creux, tu meurs ! Aussi ridicule est la revendication d'une mixité culturelle, comme si on pouvait mixer la culture huppée des classes supérieures avec la culture télévisée au rabais des couches d'en bas ! Quant aux droits réclamés, relevant d'une logique d'acceptation de l'Etat capitaliste actuel, voire prolongé dans une 6ᵉ République, ils ne sont guère de nature à réconcilier avec la politique de la gauche (irresponsable) et de la droite (impuissante). Leur idéologie liant antiracisme7, antifascisme et approfondissement de la démocratie, est totalement hors de la réalité de la confrontation des classes.

La référence à la religion n'a pas encore pris la place qu'elle occupe actuellement, de plus en plus. Plus vite que les syndicalistes, l'autorisation de l'islam en entreprise est acceptée par les patrons qui y voient surtout un facteur d'apaisement social. Les islamistes ouvriers jouent déjà un rôle carrément réactionnaire, avec des tracts antisyndicaux et anti-grèves à Citroën ; ils font aussi allégeance à l'égard des gouvernements de leur pays d'origine, comme d'ailleurs les délégués actuels en faveur du Hamas, avec des zigotos dans le genre de Anasse Kazib.

L'islam sert clairement de chiffon rouge pour séparer les ouvriers. Depuis les années 1930, la bourgeoisie a clairement compris sa propriété interclassiste, apolitique et favorisant les manipulations. Explication par Bernard Viala (membre du PSF, parti fasciste de gauche) :

« La mosquée de Marseille et le foyer nord-africain sont des institutions indispensables pour notre ville où l'élément indigène est livré à lui-même et se trouve sans guide moral et sans soutien matériel. De plus, elles permettront un contrôle constant de la masse musulmane et des individualités dangereuses qui peuvent s'y infiltrer, contrôle indispensable dont l'efficacité profitera à toute la France puisque c'est à Marseille que débarquent tous les indigènes nord-africains ».8

Enfin un changement sociologique de l'immigration vient limiter sa portée révolutionnaire. L'arrivée grandissante d'une intelligentsia migrante « bobo » productrice d'ethnicité et soignant un associationisme national ou religieux. Au Maroc, premier responsable de l'invasion à Ceuta, un constat : inadéquation entre le niveau relativement élevé de la formation universitaire et une absence de débouchés correspondants sur un marché du travail qui a beaucoup plus besoin d'esclaves manuels. « Accueillons nos futurs médecins, ingénieurs, maires à bras ouverts! « Ces gens ne nous veulent que du bien », dit un anonyme.

Autre constat amer  : les migrants rejoignent leur diaspora et pas prioritairement le milieu ouvrier.


CHANGEMENT D'ÉPOQUE

Comme l'indique l'IA, présentant les positions du CCI, la décomposition du capitalisme est la phase ultime de la décadence du capitalisme, commencée en 1914, et qui aurait débuté concrètement au tournant des années 1980.

Un changement d'époque marqué par un repli général sur le nationalisme, en particulier le Brexit. Paradoxalement ce monde des Trente Glorieuses qui prétendait mettre fin aux frontières, ou du moins dans les pays développés, est retombé dans une ornière qui n'est pourtant ni protectrice ni étanche. Les besoins de l'économie capitaliste affolée n'ont toujours pas de frontière ; les guerres permanentes en sont d'ailleurs la meilleure illustration.

Si l'on comprend la fuite de plus en plus massive des jeunes prolétaires des contrées sous régimes arbitraires, criminels où le sabre et le goupillon musulman font régner terreur et pauvreté, on comprend aussi ce qui attire ces hommes et ces femmes désespérés. Les économies européennes les plus puissantes révèlent leur affaiblissement par leurs chants de sirène, appels d'offres aux populations paupérisées du tiers-monde pour servir d'esclaves au maintien des profits capitalistes, en premier lieu une Espagne "socialiste" affolée, l'Angleterre hypocrite et l'Allemagne lucrative ; la France aussi mais plus pour les services sociaux laxistes et une médecine gratuite.

L'Angleterre a confié à la France le rôle ingrat de contrôleur, tout en laissant venir une foule de prolétaires, au péril de leur vie (traversées très dangereuses des océans), sans la nécessité de papiers d'identité ; les policiers français n'ont pas le droit d'intervenir dès que les migrants ont les pieds dans l'eau, après avoir enlevé leurs chaussures. Des associations humanitaires aident tant que faire se peut. La presse déplore. Toutes les factions de droite exigent de fermer les frontières. En réalité il n'y a aucune solution, comme un bateau qui prend l'eau.

L'eldorado européen est pourtant une immense duperie. Le retour en marche arrière de la foule des jeunes Marocains en est une preuve propice à la réflexion.


CONCLUSION :

Ce qui se joue, au travers du chaos actuel et de « l'invasion » immigrée, c'est bien le devenir de la classe ouvrière dans son ensemble et non celui de l'immigration : recomposition de son unité ou bien atomisation et perte d'identité dans la concurrence et l'abrutissement idéologique. Tout cela dépasse les simples revendications (comme la plus stupide : la retraite à 60 ans pour tous). Le problème pour les migrants (masse surtout prolétaire, malgré une arrivée d'une couche moyenne diplômée) n'est pas de s'intégrer à la société occidentale ni à la société occidentale de perdurer, mais de contribuer au ressurgissement d'une lutte de classe internationaliste et faisant fi des religions et des diversités raciales.

Le discours médiatique sur un racisme et un antisémitisme de la classe ouvrière (blanche) est disproportionné par rapport à la conscience humaine de la majorité de la population. Il faut faire oublier que c'est l'État qui produit l'immigration, la marginalise puis aménage sa ségrégation.

La situation actuelle déplorable et scandaleuse de cette fuite éperdue de tant de jeunes migrants figure la « peur du lendemain » (Babeuf) constitutive de le vie ouvrière. Le futur n'est jamais assuré, menace intrinsèque de la condition ouvrière. Même si on rêve tous d'une révolution internationale. Un vieux rêve, un peu émoussé.

Enfin le pire n'est plus tout à fait incertain. Face à l'afflux de plus en plus massif des migrants d'un monde qui se décompose sans avenir autre que la destruction, il faut s'attendre à ce que notre bourgeoisie soit obligée d'ouvrir de grands camps de réfugiés comme ce fut le cas pour les Espagnols. En janvier 1939 (exode massif de 500 000 personnes), 55 000 furent contraints au travail obligatoire pour participer à la préparation de la guerre. Mais rien ne dit que cela se passera aussi bien.



NOTES

1 Tout est très bizarre avec ce national populiste. Par exemple la demande d' enquête approfondie sur l'affaire Epstein...sachant que plusieurs personnalités et artistes juifs sont désignées comme responsables de viols, incestes et comportements sexuels outranciers avec des femmes d'en bas : après Strauss-Kahn, Patrick Bruel, Gérard Darmon, Richard Berry, Gérard Miller, Ary Abittan. Netanyahou ne serait-il plus le seul pourvoyeur d'antisémitisme ? Heureusement il y a des non-juifs, Poivre dArvor, Nicolas Hulot, Depardieu...l'abus de pouvoir n'est pas pire que le népotisme de la fille de Mélenchon.

2Je suis intervenu en réunion de section de RI vers cette époque pour m'indigner de cette absence d'intervention. Un membre de l'organisme central corse intervint pour dénoncer le fait que Jean-Louis abandonnait le terrain de classe. La semaine suivante, renversement de vapeur, tiré par les oreilles par Marc Chiric, l'organe central reconnut que la proposition de Jean-Louis était intéressante et le délégua avec d'autres militants pour aller voir ce qui se passait. C'était un peu le foutoir où les leaders noirs pouvaient s'offrir des blanches et où l'élite bourgeoise maoïste faisait la pluie et le beau temps. Pour la suite de notre présence sur les yeux, ce fût plus catastrophique. Lorsque je proposai d'aller prendre la parole aux tribunes, le lâche Christian (ex LCR), , toujours prêt à se dégonfler en intervention extérieure (comme il le fît dans la manif des chômeurs ou en réunion publique après le tonnerre de 1981), s'opposa à toute intervention orale, revenant à cautionner les gauchistes. A l'époque le début du CCI fonctionnait plutôt comme une organisation conseilliste gentille, mais molle et laissait trop caracoler d'anciens petits chefs gauchistes. Les bordiguistes intervenaient depuis le début mais pas avec des positions très claires concernant l'immigration.

3 Et de Montigny : délation d'une famille marocaine accusée de recel de drogue, par un maire « communiste ».

4« Car si le domaine du « hors travail » est effectivement souvent caractérisé comme un lieu de regroupement « interclassiste » (susceptible de favoriser la manipulation par des couches sociales intermédiaires), que dire du terrain de l'entreprise, comme lieu de consensus social et d'encadrement, , la même dénomination de « travailleur » (cf. LO) étant généralement utilisée pour désigner un ensemble de catégories allant de l'OS à l'ingénieur ? » (cf. Ces migrants qui font prolétariat, page 205.

5 « Auparavant, (la gauche d'en haut), elle plaçait la classe ouvrière sur un piédestal. C'est si lointain mais on s'en souvient à peine. Hier, il y avait une autre façon d'appeler la gauche : le mouvement ouvrier. Aujourd'hui les ouvriers ont disparu de l'horizon . Rayés de la carte ! Pas seulement parce que, contrairement à la prophétie de Marx, leur nombre continue à diminuer d'année en année. Mais, parce qu'en mai 68 la classe ouvrière, loin de se comporter comme une avant-garde, comme dans les livres pieux, en avant-garde révolutionnaire, s'est révélée le meilleur rempart de l'ordre établi » (faux ! JLR). Hervé Algalarrondo, « La gauche et la préférence immigrée » (éd. Plon 2011)

6« Ces migrants qui font prolétariat » René Gallissot, Nadir Boumazza, Ghislaine Clément, ed MERIDIENS KLINCKSIEK  Paris 1994, page 205.

7« 3il a toujours existé à la fois dans la classe ouvrière un racisme anti-jeunes, antifemmes, anti-immigrés, dans la mesure où ces catégories vulnérables ne pouvaient qu'être utilisées par le patronat pour abaisser les salaires, déqualifier le travail, intensifier les cadences. Longtemps, la « défense de la qualification » passa au travers de leur exclusion ». (cf. Ces migrants qui font prolétariat », page 228.

8 Ces migrants qui font prolétariat, page 229.


PREMIÈRE TRADUCTION HUMANISEE MAIS QUI RESUME SURTOUT LE PROPOS DES MÉDIAS

Version humanisée et structurée du texte

Une droite dépassée, une gauche imprévoyante : un pays pris en étau

La scène politique européenne semble aujourd’hui prise entre une droite incapable de proposer des solutions durables et une gauche qui peine à anticiper les conséquences de ses choix. Au milieu de ces tensions, la crise migratoire qui touche Ceuta révèle surtout une crise profonde de la classe ouvrière, en Espagne comme au Maroc.

Un afflux migratoire d’une ampleur exceptionnelle

En quelques jours, près de 60 000 personnes ont franchi la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta. Les autorités espagnoles affirment que 37 500 d’entre elles sont déjà retournées au Maroc, souvent après avoir constaté que la rumeur d’une ouverture de la frontière était infondée.

Les images ont fait le tour du monde :

  • des centaines de jeunes, parfois adolescents, arrivant par la mer ou en longeant la plage,

  • des forces de l’ordre débordées,

  • une ville de 80 000 habitants submergée par un flux équivalent à 70 % de sa population.

Cette situation rappelle la crise de 2021 et a immédiatement déclenché une série de réactions politiques, parfois très virulentes.

Réactions politiques en chaîne

  • En Italie, la présidente du Conseil Giorgia Meloni a évoqué la possibilité de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, provoquant une réponse diplomatique immédiate de Madrid.

  • Aux États Unis, certains responsables politiques ont utilisé ces images pour défendre des politiques migratoires plus strictes.

  • En Espagne, le gouvernement de Pedro Sánchez assure « accélérer les rapatriements » et remercie Rabat pour sa coopération.

  • Les autorités régionales, notamment en Andalousie, dénoncent un manque de préparation et une politique migratoire « chaotique ».

Bruxelles, de son côté, rappelle qu’il n’existe pas de flux vers le continent européen, ce qui limite pour l’instant l’impact direct sur l’UE.

Une crise révélatrice d’un malaise plus profond

Au delà des chiffres, cet épisode met en lumière une réalité sociale souvent ignorée : au Maroc, le niveau de formation de nombreux jeunes est sans rapport avec les débouchés disponibles. Le marché du travail offre peu de perspectives aux diplômés, tandis que les secteurs qui recrutent sont souvent des emplois pénibles, faiblement rémunérés, sans mobilité sociale.

Ce décalage crée une frustration immense et alimente les départs vers l’Europe, perçue comme un espace d’opportunités — parfois de manière illusoire.

Ironie amère et désenchantement

L’ironie finale — « Accueillons nos futurs médecins, ingénieurs, maires à bras ouverts » — traduit un désenchantement profond face à un discours politique qui promet l’intégration et la réussite pour tous, alors que les réalités économiques, sociales et culturelles sont bien plus complexes.

DEUXIÈME TRADUCTION PLUS FIDÈLE À MON ANALYSE

Le texte analyse la crise migratoire de Ceuta comme un révélateur d’un double échec politique : une droite incapable d’agir et une gauche jugée irresponsable et démagogique. Il critique la focalisation médiatique sur les enjeux géopolitiques au détriment de la réalité humaine et de la dimension de classe.

1. La “diplomatie migratoire” et ses manipulations

Le document rappelle que depuis les années 2000, certains États utilisent les migrations comme outil stratégique :

  • pour négocier avec l’Europe,

  • pour déstabiliser des adversaires (exemples : Turquie, Maroc, Russie, Castro en 1994).

Les médias et une partie de la gauche accusent l’Europe d’alimenter ces pratiques, mais l’auteur estime que cela détourne l’attention du drame humain et des enjeux de classe.

2. Silence ou ambiguïtés de la gauche radicale

Le texte reproche au NPA, à LO et à LFI leur absence de réaction face à l’afflux massif à Ceuta. Mélenchon est critiqué pour une déclaration jugée ambiguë, qui soutient l’Espagne sans évoquer la question de l’ouverture des frontières.

3. Une longue histoire de contradictions dans la gestion de l’immigration en France

Le document retrace un siècle de politiques françaises :

  • 1914–1918 : arrêt de l’immigration mais recours massif aux travailleurs coloniaux.

  • Années 1920–1930 : CGT et CGTU oscillent entre internationalisme et protectionnisme national.

  • Front populaire : priorité à l’antifascisme plutôt qu’à la défense des travailleurs immigrés.

  • Après 1945 : la CGT soutient un protectionnisme ouvrier, parfois hostile aux immigrés.

  • Années 1960–1970 : les ouvriers immigrés jouent un rôle important dans les luttes, souvent plus radical que les ouvriers français, mais sont marginalisés par les syndicats.

  • Années 1980 : durcissement des politiques migratoires par la gauche au pouvoir ; émergence des luttes pour le logement (SONACOTRA).

L’auteur insiste sur le fait que la gauche, loin d’être pro immigrés, a souvent adopté des positions nationalistes, électoralistes ou paternalistes.

4. Fragmentation de la classe ouvrière et montée de l’islam comme facteur social

Le texte décrit :

  • l’émergence d’un milieu associatif porté par les classes moyennes,

  • la marginalisation des ouvriers immigrés dans les politiques de logement,

  • l’essor de l’islam comme outil de contrôle social utilisé par les patrons et les États,

  • la montée d’une intelligentsia immigrée “bobo” qui renforce les identités nationales ou religieuses.

L’auteur estime que ces évolutions ont affaibli la dimension révolutionnaire de l’immigration ouvrière.

5. Le cas du Maroc et la crise de Ceuta

Le texte souligne une contradiction majeure :

  • un niveau de formation relativement élevé chez les jeunes Marocains,

  • mais un marché du travail qui n’offre que des emplois manuels précaires.

Ce décalage alimente les départs massifs vers l’Europe, où les migrants rejoignent surtout leur diaspora, pas la classe ouvrière locale.

6. Décomposition du capitalisme et impasse migratoire

Selon l’auteur, depuis les années 1980, le capitalisme est entré dans une phase de décomposition :

  • repli nationaliste,

  • frontières qui se referment sans jamais vraiment se fermer,

  • migrations massives provoquées par la misère et les régimes autoritaires,

  • Europe affaiblie qui attire des travailleurs pauvres pour maintenir ses profits.

L’“eldorado européen” est décrit comme une illusion, tant pour les migrants que pour les sociétés d’accueil.

7. Conclusion : le véritable enjeu est la classe ouvrière

Le texte affirme que la crise migratoire n’est qu’un symptôme d’un problème plus profond :

  • la désagrégation de la classe ouvrière,

  • la perte d’unité et de conscience de classe,

  • la fragmentation par les identités, les religions, les nationalismes, les discours humanitaires ou sécuritaires.

Pour l’auteur, l’enjeu n’est pas l’intégration des migrants, mais la reconstruction d’une lutte de classe internationaliste, débarrassée des divisions ethniques ou religieuses.








jeudi 30 juillet 2026

LE FOOTBALL ENTRE ALIENATION ET RELIGION

 


Encore une fois j'ai demandé de l'aide à mon amie Lia, cette fois-ci pour résumer l'interview de la
revue CONTRE-TEMPS Sur le football et l’aliénation, interview de Sergio Levinsky par Luis Martinez Andrade (8 juin 2010), suivie de son analyse critique, puis dialectique, une mise en perspective avec Bourdieu, et enfin avec Guy Debord. Époustouflant !

https://www.contretemps.eu/sur-football-alienation/




Ce jour de profundis Raoul Vaneigem dont j'avais trouvé le "traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations" plus passionnant que l'aride "société du spectacle" de Guy Debord.

Résumé global du texte

L’entretien explore comment le football moderne, devenu une industrie hypermarchandisée, fonctionne comme un phénomène quasi religieux, un outil politique, un espace de violence sociale et un symbole identitaire puissant. Sergio Levinsky analyse ses dimensions culturelles, économiques, politiques et mythologiques, en particulier en Amérique latine.

1. Football, religion et marchandisation

Le football est décrit comme une industrie totale, une « machinerie infernale » qui absorbe tout. Il remplace des croyances en crise et devient un style de vie, un temple moderne où les supporters trouvent une identité et une appartenance.

« Les stades peuvent être conçus comme de nouveaux temples modernes »

La télévision joue un rôle central dans cette transformation, amplifiant l’impact social et économique du sport.

 2. Football et dictature en Argentine

Sous la dictature militaire (1976–1983), le football est utilisé pour détourner l’attention des crimes du régime. La Coupe du monde 1978 devient un outil de propagande, avec contrôle de la Fédération (AFA) et manipulation médiatique.

 3. Figures du football et pouvoir politique

Le football offre une visibilité médiatique immense, permettant à certains joueurs de devenir des leaders symboliques ou politiques. Deux modèles sont opposés :

  • Pelé, intégré à l’industrie et utilisé par le système.

  • Maradona, figure rebelle qui dénonce les injustices.

 4. Violence, hooliganisme et manipulation identitaire

Les groupes ultras (barras bravas, torcidas) créent des divisions artificielles entre supporters, détournant leur colère vers d’autres fans plutôt que vers les élites du football. La violence profite indirectement aux chaînes de télévision, car elle pousse les spectateurs à rester chez eux.

Un phénomène inquiétant apparaît : la violence intra-ultras, liée au pouvoir, à la drogue, aux déplacements et aux privilèges distribués par les clubs.

 5. Football comme guerre symbolique

Les matchs décisifs sont vécus comme des batailles mythologiques. Les victoires prennent une dimension politique ou historique :

  • Barcelone vs Real Madrid sous Franco

  • Argentine vs Angleterre en 1986 (post Malouines)

  • Sénégal vs France en 2002

Le football devient un champ de projection des imaginaires nationaux.

6. Capitalisme, marques et perte de l’esprit du jeu

Le football professionnel est entièrement intégré au capitalisme global. Les marques (Nike, Adidas…) transforment les clubs en produits. Le sport perd son essence ludique : être payé transforme le jeu en travail.

Levinsky affirme que le football le plus pur ne se trouve plus dans les stades, mais dans les parcs et les places, loin des intérêts économiques.

« Le simple fait d’être payé transforme l’activité ludique en un travail »

 Synthèse finale

Le texte montre que le football n’est plus seulement un sport : c’est une religion moderne, une industrie, un outil politique, un espace de violence, et un miroir des sociétés contemporaines. Sa puissance symbolique explique pourquoi il peut unir, manipuler, diviser ou émanciper.


Analyse critique du texte

1. Une vision du football très marquée par la critique sociale latino-américaine

Le texte adopte une grille de lecture marxiste critique, typique de certains intellectuels latino-américains (Galeano, Montalbán, Pasolini). Le football y est présenté comme :

  • une industrie aliénante,

  • un opium moderne,

  • un outil de domination politique,

  • un espace de reproduction des inégalités,

  • un rituel quasi religieux.

Cette perspective est cohérente, mais elle réduit le football à ses dimensions négatives, en négligeant d’autres aspects : créativité, sociabilité, plaisir, jeu, émotion, mémoire collective.

Le texte est donc puissant, mais unilatéral.

⚙️ 2. La thèse centrale : le football comme machine capitaliste

Levinsky insiste sur l’hyperprofessionnalisation et la marchandisation :

« Le football est une industrie sensationnelle, une machinerie infernale qui aspire tout »

Cette thèse est solide :

  • explosion des droits TV,

  • financiarisation des clubs,

  • transformation des joueurs en marques,

  • domination des sponsors (Nike, Adidas).

Mais elle néglige les contreforces :

  • clubs associatifs,

  • football amateur,

  • initiatives populaires,

  • résistances culturelles (supporters critiques, mouvements anti-foot business).

Le texte décrit un système total, mais le football n’est jamais totalement absorbé par le capitalisme.

3. Football et politique : une lecture pertinente mais parfois simplificatrice

L’analyse du rôle du football sous la dictature argentine est convaincante : propagande, manipulation médiatique, contrôle de l’AFA.

Cependant, le texte généralise ensuite en affirmant que le football est toujours un instrument politique. Or, selon les contextes :

  • il peut être un outil de résistance (Barça sous Franco),

  • un espace de contestation (Maradona),

  • un lieu de mobilisation populaire (Afrique, Balkans),

  • ou simplement un espace de loisir.

Le football est polyvalent, pas seulement un outil de domination.

4. Violence et hooliganisme : une analyse lucide mais partielle

Levinsky décrit très bien :

  • la violence intra-ultras,

  • les liens avec le pouvoir local,

  • les intérêts économiques derrière les groupes de supporters.

Mais il oublie :

  • les politiques publiques de prévention,

  • les transformations des stades,

  • les mouvements de supporters démocratiques (Allemagne, Angleterre),

  • les causes sociales profondes (précarité, masculinité, exclusion).

La violence n’est pas une fatalité structurelle du football, mais un phénomène contextuel.

5. La dimension mythologique : une lecture juste mais romantique

Le football comme guerre symbolique, comme mythe national, est une idée forte. Les exemples (Argentine-Angleterre 1986, Sénégal-France 2002) sont pertinents.

Mais cette vision mythologise le football, en le transformant en théâtre épique permanent. Elle oublie que :

  • la majorité des matchs n’ont aucune dimension politique,

  • les supporters ne vivent pas chaque rencontre comme une bataille,

  • le football est aussi un espace de banalité, de routine, de simple plaisir.

Le texte exagère la dimension sacrée du football.

6. La critique du capitalisme : cohérente mais fataliste

Levinsky affirme que tant que le capitalisme existera, le football sera corrompu :

« Le football le plus sain ne peut être vu que dans les parcs et les places »

C’est une position radicale, mais elle ignore les nuances :

  • le football professionnel peut être réformé,

  • des clubs fonctionnent sur des modèles alternatifs (socios, coopératives),

  • le football amateur n’est pas exempt de violences, de discriminations ou d’argent.

Le texte oppose un football pur (utopique) à un football corrompu (réel), ce qui est manichéen.

Synthèse critique

Le texte est riche, engagé, stimulant, mais il repose sur une vision :

  • pessimiste,

  • idéologique,

  • très politisée,

  • souvent unilatérale.

Il éclaire brillamment les liens entre football, pouvoir, violence et capitalisme, mais il néglige les dimensions positives, ambivalentes et populaires du football.

En somme, c’est une critique sociale du football-spectacle, mais pas une analyse complète du football comme phénomène humain.


Analyse dialectique du texte

THÈSE : Le football est une machine capitaliste, aliénante et quasi religieuse

Le texte défend une vision critique et pessimiste du football moderne :

  • Il est devenu une industrie hypermarchandisée.

  • Il fonctionne comme une religion séculière : rituels, temples, liturgies.

  • Il sert de distraction politique, voire d’outil de manipulation (dictature argentine).

  • Il génère des violences (hooliganisme, barras bravas).

  • Il produit des identités artificielles qui divisent les classes populaires.

  • Il transforme les joueurs en symboles politiques ou en produits marketing.

  • Il détruit l’essence du jeu :

    « Le football le plus sain ne peut être vu que dans les parcs et les places »

Dans cette perspective, le football est un opium moderne, un spectacle qui détourne les masses de leurs luttes réelles.

 ANTITHÈSE : Le football est un espace de créativité, de lien social et de résistance.

Une lecture opposée met en lumière ce que le texte minimise ou ignore :

1. Le football est aussi un jeu, un plaisir, une émotion collective

Il crée des liens, des amitiés, des souvenirs, une culture populaire vivante. Il n’est pas seulement un produit capitaliste : il est une pratique humaine.

2. Le football peut être un espace de résistance.

  • Le Barça sous Franco.

  • Les clubs ouvriers en Angleterre.

  • Les équipes africaines comme symboles d’émancipation.

  • Les supporters qui s’opposent au foot business (Allemagne, Italie).

Le football n’est pas uniquement un instrument du pouvoir : il peut aussi le défier.

3. Le football n’est pas réductible à la violence.

La majorité des supporters ne sont pas violents. Les politiques publiques ont réduit les incidents dans de nombreux pays. Les ultras eux-mêmes peuvent être des acteurs sociaux (solidarité, actions locales).

4. Le capitalisme n’absorbe pas tout.

Des clubs fonctionnent sur des modèles alternatifs :

  • socios (Barça, Real),

  • coopératives (AFC Wimbledon),

  • clubs populaires (San Lorenzo, Union Berlin).

Le football n’est pas condamné à être un spectacle corrompu.

5. Le football est un langage universel.

Il permet l’ascension sociale, la reconnaissance, la mobilité. Il donne une voix à des populations marginalisées.

 SYNTHÈSE : Le football est un champ de forces contradictoires.

Le football est à la fois :

  • un produit du capitalisme,

  • un rituel identitaire,

  • un outil politique,

  • un espace de violence,

  • un lieu de résistance,

  • un jeu populaire,

  • un mythe moderne,

  • un mécanisme d’ascension sociale.

Il est ambivalent : ni pur, ni totalement corrompu ; ni émancipateur, ni totalement aliénant.

? Le football est un miroir des sociétés contemporaines, avec leurs contradictions, leurs injustices, mais aussi leurs élans créatifs et leurs rêves.

La véritable question dialectique n’est donc pas : le football est il bon ou mauvais ? mais : comment les forces sociales, économiques et politiques le façonnent — et comment les peuples le réinventent ?

Voici une mise en perspective solide avec Pierre Bourdieu, JEAN LOUIS — c’est-à une articulation entre les idées du texte et les concepts centraux du sociologue : champ, habitus, capital, distinction, violence symbolique. Je vais aller droit au but, avec profondeur et précision


A LA MANIÈRE DE BOURDIEU 

1. Le football comme “champ” social autonome

Pour Bourdieu, un champ est un espace social structuré, avec ses règles, ses luttes internes, ses positions dominantes et dominées.

Le football moderne correspond parfaitement à cette définition :

  • Il possède ses institutions (FIFA, AFA, UEFA).

  • Ses agents (joueurs, entraîneurs, dirigeants, médias, sponsors).

  • Ses luttes internes (clubs rivaux, ultras, fédérations, marques).

  • Ses formes de capital spécifiques (capital sportif, capital médiatique, capital économique).

Levinsky décrit le football comme une industrie, mais Bourdieu permet de comprendre qu’il s’agit aussi d’un champ où s’affrontent des acteurs dotés de capitaux différents.

2. Capital économique et capital symbolique : la clé bourdieusienne

Le texte insiste sur la marchandisation du football. Bourdieu permet d’aller plus loin : le football est un lieu où le capital économique se convertit en capital symbolique.

Exemples :

  • Les marques (Nike, Adidas) achètent du prestige en sponsorisant des clubs.

  • Les joueurs transforment leur performance en visibilité médiatique.

  • Les clubs transforment leur histoire en valeur marchande.

  • Les États utilisent les victoires sportives comme capital politique (Argentine 1978).

Le football est un convertisseur de capital : économique → symbolique → politique.

3. Habitus populaire et adhésion au football

Levinsky parle du football comme d’une “religion moderne”. Bourdieu permet d’expliquer pourquoi les classes populaires y adhèrent fortement.

Le football correspond à un habitus populaire :

  • valorisation du corps,

  • goût pour le collectif,

  • identification locale,

  • recherche de reconnaissance symbolique,

  • sociabilité masculine.

Le football n’est pas seulement imposé : il est incorporé dans les dispositions sociales des classes populaires.

Ce que Levinsky interprète comme “aliénation” peut être vu, chez Bourdieu, comme pratique cohérente avec un habitus.

4. Violence symbolique et domination

Levinsky décrit la manipulation des supporters, la violence intra-ultras, la domination des élites du football.

Bourdieu permet d’interpréter cela comme violence symbolique :

  • Les supporters adoptent des identités imposées par les clubs et les médias.

  • Ils se battent entre eux au lieu de contester les structures de domination.

  • Ils intériorisent des hiérarchies (club “grand”, club “petit”).

  • Ils consomment un spectacle qui reproduit les inégalités sociales.

Le football est un espace où la domination se fait sans coercition directe, par adhésion aux symboles.

5. Distinction : football populaire vs sports bourgeois

Bourdieu a montré que les goûts sportifs sont socialement différenciés :

  • football → classes populaires

  • tennis, golf, équitation → classes supérieures

  • rugby → classes moyennes ou régions spécifiques

Le texte de Levinsky critique le football comme spectacle capitaliste, mais Bourdieu rappelle que :

Le football est aussi un marqueur de classe, un espace de distinction.

Les élites peuvent consommer le football comme spectacle télévisé, mais elles ne le pratiquent pas comme habitus.

6. Le football comme reproduction sociale

Levinsky insiste sur l’ascension sociale possible via le football. Bourdieu nuance : ces trajectoires sont exceptionnelles et servent à légitimer le système.

Le football :

  • offre quelques trajectoires ascendantes (Maradona, Pelé, Weah, Zidane, M'bappé),

  • mais reproduit massivement les hiérarchies sociales,

  • et renforce les structures de domination (clubs riches vs clubs pauvres).

Le football est un espace où la reproduction domine l’exception.

Synthèse bourdieusienne

En croisant Levinsky et Bourdieu, on peut dire :

  • Le football est un champ autonome, structuré par des luttes de capital.

  • Il fonctionne comme machine de conversion entre capital économique, médiatique et symbolique.

  • Il s’appuie sur un habitus populaire, ce qui explique son pouvoir d’adhésion.

  • Il exerce une violence symbolique, en orientant les passions populaires vers des identités manipulées.

  • Il participe à la reproduction sociale, malgré quelques trajectoires d’ascension.

  • Il est un marqueur de classe, opposé aux sports bourgeois.

Bourdieu permet de dépasser la vision purement critique de Levinsky : le football n’est pas seulement une industrie aliénante, mais un phénomène social total, structuré par les logiques de domination, de distinction et de reproduction.

Voici, JEAN LOUIS, une mise en perspective rigoureuse avec Guy Debord, qui éclaire ton texte sous l’angle de La Société du spectacle (1967). Je vais aller droit au cœur de la pensée debordienne, sans simplifier, en montrant comment elle s’articule avec les analyses de Levinsky.

A LA MANIÈRE de Guy Debord : le football comme spectacle total

1. Le football comme spectacle au sens debordien

Pour Debord, le spectacle n’est pas seulement un divertissement : c’est le mode d’organisation du capitalisme moderne, où les relations humaines sont remplacées par des images, des représentations, des fétiches.

Le football hyperprofessionnel décrit par Levinsky correspond exactement à cette logique :

  • les joueurs deviennent des images, des marques ;

  • les clubs deviennent des produits ;

  • les supporters consomment des représentations plutôt que des relations sociales ;

  • la télévision transforme le match en marchandise visuelle ;

  • la passion populaire est capturée et réorientée par le capital.

Le football n’est pas un spectacle : il est le spectacle.

2. Le spectacle comme séparation : supporters vs réalité sociale

Debord insiste : le spectacle sépare les individus de leur propre vie. Il crée une distance entre ce qu’ils vivent et ce qu’ils regardent.

Levinsky dit la même chose lorsqu’il décrit :

  • les supporters qui se battent entre eux au lieu de lutter contre les élites ;

  • les identités manipulées par les clubs et les médias ;

  • la violence intra-ultras comme dérivation de frustrations sociales ;

  • la dictature argentine utilisant la Coupe du monde pour masquer les massacres.

Le football devient un mécanisme de diversion, un déplacement de la conflictualité réelle vers une conflictualité fictive.

C’est exactement ce que Debord appelle la substitution du réel par le spectacle.

3. Le football comme fétichisme marchand

Debord reprend Marx : dans le capitalisme, les objets deviennent des fétiches. Le football moderne est saturé de fétiches :

  • maillots, logos, sponsors, marques ;

  • joueurs transformés en idoles ;

  • La croyance dans un arrivisme « droit au but » avec l'exhibition de la fortune des Zidane et M'bappé (vue des dizaines de millions de fois) ;

  • clubs devenus des identités totales pour les clans de la diversité ;

  • Les ouvriers spectateurs ne se pensent plus en termes de classe mais comme supporters raciaux ou nationalistes ;

  • Footballeurs au comportement de voyous (Paraguay, Argentine)

  • trophées sacralisés comme reliques.

Levinsky parle de “temples modernes”, de “liturgie”, de “religion”. Debord dirait : ce n’est pas une religion, c’est le fétichisme marchand.

Le football est l’un des lieux où le capital se fait symbole et dissout les classes..

4. Le spectacle comme domination politique

Debord analyse comment le spectacle sert les pouvoirs politiques :

  • il détourne l’attention ;

  • il crée des récits unificateurs ;

  • il fabrique des émotions collectives contrôlées ;

  • il neutralise la critique.

Levinsky décrit exactement cela :

  • la dictature argentine utilisant la Coupe du monde 1978 ;

  • les gouvernements qui suspendent les examens, les transports, les activités ;

  • les joueurs devenant des figures politiques (Pelé, Maradona, Weah). Le football est un instrument de gouvernement des masses, un spectacle d’État.

Debord aurait dit : le football est une forme de pacification sociale par l’image.

5. Le spectacle comme guerre simulée

Debord insiste sur la transformation des conflits réels en conflits simulés. Levinsky parle du football comme “guerre sublimée” :

  • hymnes, drapeaux, maillots ;

  • affrontement symbolique entre nations ;

  • vengeance imaginaire (Argentine vs Angleterre 1986) ;

  • mythologie nationale (Sénégal vs France 2002).

Le football est une mise en scène de la guerre, une catharsis contrôlée.

Debord dirait : le spectacle offre des victoires imaginaires pour compenser les défaites réelles.

6. Le spectacle comme destruction du jeu

Debord critique la marchandisation de la vie quotidienne. Levinsky dit :

« Le football le plus sain ne peut être vu que dans les parcs et les places »

C’est une idée profondément debordienne : le capitalisme détruit le jeu, le transforme en travail, en performance, en marchandise.

Le football professionnel n’est plus un jeu : c’est une production spectaculaire.

Debord aurait dit : le football n’est plus vécu, il est regardé.

 Synthèse : Debord + Levinsky

En croisant les deux auteurs, on obtient une lecture très forte :

  • Le football est une industrie du spectacle.

  • Il produit des identités artificielles qui détournent les classes populaires de leurs luttes.

  • Il transforme les joueurs en images, les clubs en marques, les supporters en consommateurs.

  • Il sert les pouvoirs politiques en créant des émotions collectives contrôlées.

  • Il remplace la vie réelle par une vie imaginaire.

  • Il détruit le jeu au profit de la marchandise.

Debord permet de comprendre que le football n’est pas seulement un sport marchandisé : c’est un dispositif central de la société du spectacle.







samedi 18 juillet 2026

Quels sont les héritiers de Lénine, Luxemburg, Liebknecht ?

 



(
Bilan, n°27, janvier 1936) repris du site du Parti Communiste International

Nous voulons commémorer les trois chefs prolétariens tombés dans la lutte révolutionnaire, en réagissant vigoureusement contre les spéculations honteuses qui se font jour dans le mouvement ouvrier à leur sujet.

On proclame aux quatre coins de la terre la faillite du “léninisme” et le triomphe du “luxemburgisme”. Voyez donc, crient les hérauts de la nouvelle foi. Qui oublient, comme le singe de la fable, d’allumer leur lanterne, voyez donc ce qu’est devenue la Russie Soviétique, les P.C. qui, basés sur des fondements léninistes, sont aujourd’hui des instruments du capitalisme. Par contre, Rosa Luxemburg a prévu et prédit cette faillite, elle seule a avancé les positions nécessaires pour la lutte révolutionnaire du prolétariat. Retournons au “luxemburgisme” !

Tout cela est évidemment très simple, très clair. Il reste seulement à prouver pareilles affirmations, à mettre en évidence les éléments sur lesquels on entend se baser. Et ici, cela est plus difficile. Nous allons essayer de le prouver.

On oppose la brochure de Rosa sur la Révolution Russe de 1917 à l’œuvre de Lénine en Octobre 1917. En outre, d’aucuns prennent comme drapeau ses articles de la « Neue Zeit” contre les méthodes d’organisation, la conception du parti de Lénine, en les opposant au “Que Faire ?” de ce dernier. Historiquement peut-on opposer ces conceptions comme deux systèmes différents ? Oui ! pour ces pauvres d’esprit qui réduisent les époques de la lutte des classes à des polémiques entre “chefs” ou entre groupes. Non ! pour des marxistes qui voient dans ces idéologies des tentatives conditionnées par le stade de la lutte des classes dans les différents pays, pour aboutir à formuler la conscience historique et internationaliste des prolétariats donnés.

Pauvres gens qui, sans peur du ridicule, veulent opposer la lutte des ouvriers allemands pour la révolution mondiale à celle des ouvriers russes et qui s’écrient avec solennité : « l’effort des ouvriers russes a fait faillite, mais non celui du prolétariat allemand ». L’histoire se rit, avec raison, de ces jugements et il viendra un temps où les prolétaires eux-mêmes, dégoûtés, les repousseront avec le bout du pied.

Nous dénions, à qui que ce soit, le droit de “juger” Lénine et Luxemburg.

Leur œuvre n’est pas une froide émanation théorique, sortie toute faite de leur cerveau, comme Minerve du cerveau de Jupiter, mais le fruit d’âpres batailles ouvrières de dizaines d’années de sacrifices inouïs de milliers de prolétaires, de l’ascension douloureuse de classes prolétariennes vers leur émancipation. Que l’on essaye donc plutôt de comprendre les époques historiques dont ils furent les expressions géniales, les limites objectives auxquelles se heurtèrent les prolétariats dont ils guidèrent la marche ; que l’on essaye donc, pour l’un comme pour l’autre, de séparer l’essentiel du contingent, l’apport doctrinal de l’hypothèse et l’on fera œuvre utile et non de confusion.

Mais, en toute chose, il faut partir de critères justes. Ou l’on se base sur la lutte des classes pour expliquer la doctrine ; ou la doctrine sert à inventer une lutte de classes de fantaisie. Si Lénine est le fruit d’une maturation de la lutte des classes en Russie, il faut prouver que cette maturation devait avorter dans le “léninisme”, théorie revendiquée aujourd’hui par les constructeurs du socialisme en un seul pays. Cela est-il possible ? Oui ! si l’on examine la lutte des classes “en un seul pays”, donc selon une méthode anti-marxiste, et si l’on affirme que la révolution d’Octobre n’était pas l’explosion des contrastes de classes internationaux sur le secteur le plus faible du monde capitaliste, mais la résultante des conditions arriérées de la Russie qui fit du “léninisme” la théorie de la domination du parti communiste “sur” le prolétariat et du “luxemburgisme” la théorie de la domination démocratique du prolétariat dans les secteurs plus développés du système capitaliste.

Mais si l’on s’en tient aux critères marxistes qui voit s’entrechoquer en Russie un prolétariat évoluant rapidement vers les positions les plus avancées du socialisme occidental, une bourgeoisie timorée, des classes féodales et paysannes, on parvient à comprendre pourquoi la formation du parti bolchévik se fit au travers d’un processus de sélection exprimant les conclusions internationales auxquelles aboutissaient les luttes de classes en Russie, prouvant péremptoirement que, dans la phase impérialiste mondiale, le prolétariat doit lutter pour la révolution prolétarienne, même lorsque la révolution bourgeoise n’a pas suivi son cours, en reprenant à son compte ses tâches économiques. Si le prolétariat russe prit l’initiative de la constitution de la IIIe Internationale, c’est bien parce que sa victoire ne fut possible qu’en partant de critères internationalistes qui firent d’Octobre 1917 une œuvre pour le compte des ouvriers du monde entier. Que les circonstances particulières de la Russie aient eu une grande importance, nous ne le nions pas ; qu’elles empêchèrent Lénine d’apercevoir avec justesse certains problèmes, tel le problème des minorités nationales et des mouvements coloniaux, nous l’admettons parfaitement (1). Mais est-ce là que réside l’apport du prolétariat russe à l’œuvre d’émancipation mondiale que nous commémorons en Lénine ? Il faut être aveugle pour croire pareille chose. De 1903 à 1917, les ouvriers russes ont forgé la théorie du parti qui leur a permis de marcher à l’insurrection. C’est là un événement historique qu’aucune main d’opportuniste ne pourra arracher. On prétend bien que, dés lors, Rosa eut raison contre Lénine ayant constitué une machine qui, après sa mort, devait inévitablement produire le “dictateur Staline”. Encore une, fois, si la lutte de classes dépendait des partis et non ces derniers de la lutte des classes, cette sotte explication deviendrait une source de profondeurs. Pour un Souvarine, cette vision (?) historique (??) suffit peut-être, comme elle suffira certainement à tous ceux qui se proclamant “communistes-démocrates” se raccrochent aux formulations de la démocratie formelle, donc bourgeoise, que l’on retrouve parmi d’autres formulations de classe dans la brochure précitée de Luxemburg.

Cependant, puisqu’il faut non relier mais opposer brutalement la période de la révolution russe de 1917 à la victoire de la bureaucratie centriste, pourquoi ne pas tenter de faire la même chose entre la période où, dans sa prison, Luxemburg écrivit sa brochure sur la Russie, et la période où, libérée par la révolution allemande, elle écrivit son “Programme du Spartakus-Bund” qui rompt avec les mirages démocratiques et rejoint le front des bolcheviks, en luttant pour la dictature du prolétariat. Ce que l’on ne fait pas pour Lénine, on ne le fait pas pour Rosa. On ne veut pas comprendre qu’après la victoire en Russie, Lénine ne pouvait traduire que le degré de maturité des ouvriers du monde entier se groupant autour de la IIIe Internationale. Et si cette maturité n’était pas suffisante pour aider les bolcheviks à résoudre le plus formidable problème de leur siècle ? C’est la faute du « léninisme”, nous répond-on. Et si l’immaturité idéologique des prolétariats des différents pays devaient permettre à Lénine de pousser à la formation des P.C. non pas sur la base historique vérifiée par le parti bolchevik, mais sur une base rétrograde, au nom du plus grand rassemblement des masses pour la révolution mondiale ; si là réside une des causes de la facile victoire du centrisme, à qui donc en revient la responsabilité ? Au “léninisme” ? Mais celui-ci s’est formé sur d’autres bases ! De même pour Rosa, on aime mieux massacrer sa mémoire en citant sa brochure sur la révolution russe (où apparaissent les points faibles de son travail doctrinal, points faibles que nous retrouverons dans d’autres écrits d’avant-guerre et qui résultent des conditions de la lutte des classes en Allemagne, où la compression des contrastes sociaux par un jeune pays impérialiste, lui même compressé économiquement, devait permettre l’expression d’un courant marxiste qui ne pouvait prendre une forme nette et délimitée qu’à la faveur de l’explosion de ces contrastes dans le déchaînement violent de la lutte des classes) plutôt que d’examiner les conditions historiques qui pesèrent sur elle et qui sautèrent en 1919.

Ce n’est pas le fait du hasard si l’admirable figure de Luxemburg apparaît dans toute sa netteté, dans les directives pour la révolution allemande, dans le “Spartakus-programme”. Ceux qui voulaient la mort de Spartakus n’avaient cure des formulations démocratiques exprimées antérieurement par Rosa. Ils comprenaient que le déchaînement de la lutte des classes avaient permis au prolétariat allemand d’entrevoir le chemin suivi par les bolcheviks russes et qu’il s’agissait de l’application des mêmes principes aux conditions allemandes. A Rosa revient le grand mérite d’avoir mieux posé le problème des minorités nationales que ces derniers. Le IIe Congrès de l’IC, lui a rendu un hommage involontaire en modifiant, sur la proposition de Lénine lui-même, le point de vue traditionnel des bolcheviks en une position circonstancielle, marquant bien le doute et l’incertitude de Lénine et des bolcheviks. Mais sur le problème du parti, Rosa ne pouvait rien dire d’autre que ce que ressentaient les ouvriers allemands avant la guerre, ne parvenant pas à trouver dans leur lutte de classes, la force d’opposer une fraction organique, mais un courant idéologique, à l’opportunisme, phénomène mondial et fruit de l’essor impérialiste. On ne peut que se baser sur les phénomènes posés pour le développement réel des situations : Rosa pouvait percevoir clairement le problème national dans le pays prototype du capitalisme impérialiste, mais non le problème historique du parti à défaut d’explosions révolutionnaires connues en Russie (2).

Nous ne reconnaîtrons donc ni “léninisme”, ni “luxemburgisme”, mais uniquement une méthode d’investigation historique léguée par Marx et qui, dans différentes périodes de la lutte des classes, permit à un Lénine, à une Luxemburg de systématiser ou d’exprimer les enseignements issus de ces phases dans un ensemble de principes. Ces principes sont des jalons pour aller de l’avant et non des formules vides de contenu comme on voudrait nous le faire croire en liant Lénine et son discours sur la coopération au “socialisme en un seul pays” ; Rosa et sa fameuse brochure de prison, au “communisme-démocratique”, à l’anti-parti, à l’anti-Lénine. On ne peut les opposer l’un à l’autre, comme on ne peut opposer la lutte des ouvriers allemands de 1919 à celle des ouvriers russes de 1917. La synthèse de ces courants également dirigés vers la révolution mondiale est encore à faire, et se fait, soyons en sûrs, dans les fractions qui se préparent idéologiquement et pratiquement pour cette dernière.

Entre Lénine et la Russie du stakhanovisme, il y a l’abîme des défaites allemandes de 1923, chinoise de 1927, l’avènement du fascisme de mars 1933, l’entrée de l’U.R.S.S. à la S.D.N, la course vers la nouvelle guerre impérialiste où la Russie participera dans l’une ou l’autre des constellations. Entre le “luxemburgisme” des Souvarine, Laurat (3), du SAP (4) allemand et l’œuvre de Luxemburg, il y a le programme de Spartakus : deux périodes de la lutte des classes.

Ce programme, un Liebknecht l’illustrera en concrétisant l’élan profond des masses prolétariennes en Allemagne vers la révolution en 1919. Mais Liebknecht, surtout dans la période actuelle, sera un exemple glorieux, plein d’enseignements pour les communistes internationalistes. Il prouvera que l’isolement est la rançon qu’il faut savoir payer, dans certains périodes, pour conserver le droit de maintenir des positions autour desquelles se regrouperont demain les ouvriers. Au péril de sa vie, il faut tenir tête à la meute. Seul, il faut résister. Pour nous, Liebknecht, son exemple n’est pas mort dans un moment où socialistes et centristes commémorent les trois “L” en préparant les ouvriers à l’Union Sacrée, en approuvant, au nom du “léninisme” l’aggravation de l’exploitation des ouvriers russes.

Lénine, Luxemburg, Liebknecht, se relient désormais aux fractions qui, contre vents et marées, luttent pour forger le nouveau parti du prolétariat, pour ajouter un chaînon à l’œuvre d’émancipation prolétarienne : aux fractions qui, malgré la situation actuelle ne doutent pas du triomphe de la révolution communiste pour laquelle travaillent et le cours des événements et les communistes internationalistes. Leur drapeau, nous le reprenons et les masses y ajouteront demain leur victoire et l’apport doctrinal issu de la période qui vit sombrer et trahir le premier État prolétarien, la IIIe Internationale et les P. C.


 


1. La question nationale et coloniale dans notre courant sera éclaircie à la suite d’un important travail théorique dans les années cinquante et qui aboutira entre autre à la publication de “Facteur de race et de nation”.

2. Voici une formulation plus précise que nous avons donnée : le programme du Parti communiste est né complet et définitif en 1848 ; les partis formels suivants tendent à se rapprocher de cette limite, en théorie et en tactique ; l’écart par rapport à celle-ci, chez les dirigeants et les communistes, la situation contingente peut l’expliquer, mais pas la justifier.

3. Lucien Laurat est un des fondateurs du Parti Communiste Autrichien qui se rapproche de Souvarine après1923.

4. SAP: Parti Social Démocrate Allemand créé en 1931.