"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 14 septembre 2018

DU FOUTAGE DE GUEULE EN POLITIQUE


Un président qui attaque les plus faibles ne peut pas être tout à fait honnête

Il y a à, peu près quinze formations politiques bourgeoises en lice pour concourir pour le prochain derby européen. Loin d'être un panel de choix, il s'agit bien de la même cacophonie de compétiteurs parasites politiques forts de leur immense vacuité ; le terme bouddhiste équivalent – la sunyata - signifie plus drôlement : vacuité ultime des réalités intrinsèques !
L'art de parler pour ne rien dire se nommait « monologue fumiste » à la fin du 19 ème siècle... Examinons tout d'abord la rentrée en fanfare de Macron III1 et néanmoins chanoine. Il serait erroné de considérer que la bourgeoisie gouverne au jour le jour ; non elle est toujours dans la prévision et l'agenda de ses coups est préparé au long terme par de fieffées équipes de l'ombre des cabinets ministériels. Même si ils tirent la chasse de temps à autre, virant tel qui s'est avéré incapable, trop gourmand ou idiot invétéré.
La fin de l'été aggrava son cas : annonce d'une nouvelle attaque de cette catégorie interclassiste et sans défense, les retraités, compte-tenu de ce que les retraités les plus avantagés ne risquent pas grand chose, notamment les reversions faramineuses des poulettes décaties de députés ou ministres n'ayant jamais travaillé. Les médias déploraient des sondages pas bons du tout, pratiquement « hollandcrash ». Nul péril en la demeure, surtout après la longue et ridicule « grève perlée » qui n'a fait rire personne sauf les perroquets trotskiens de la CGT et de Sud2.

Le Figaro l'a placé en gros titre : Macron a décidé que le cadre de la prochaine élection européenne, ce serait lui seul face au parti des Le Pen à la peine. Il faut donc qu'il s'acharne à expliquer aux pauvres (cons) qu'il se soucie d'eux et aux couches moyennes, y inclus les gauchistes qui votent, qu'il est le seul barrage à la « lèpre brune » vu que les autres « démocrates » sont tous grillés. Le chanoine européen champion de l'immigration (mais régulée et exaltée seulement dans les grandes phrases) et antifa professionnel bien que tardif articulera par conséquent tous ses monologues fumistes de références à la dénonciation des monstres faméliques du fascisme disparu.
Le prince déchu des sondages resurgit donc comme un sou neuf en une seule journée. Le matin, tel l'archange Michel, il bondit sur l'estrade pour un plan-plaidoyer (rantanplan) en faveur « des pauvres » (comprenez « les assistés » en langage pour les intimes de classe huppée). Le discours est splendide de charité et de compassion :

« Le chef de l'État entend avec ce plan «enrayer les inégalités de destin qui se perpétuent de génération en génération» et permettre aux gens de «sortir de la pauvreté», selon son entourage (sic les suce-boules accrédités auprès des médias). Le discours ne dépassait pourtant pas le niveau poussif d'une dissertation de terminale : «Refuser la fatalité sociale, c'est lutter contre ce déterminisme qui, dès l'enfance, détruit des trajectoires de vie (...). Il y a dans chaque enfant, à commencer par un enfant qui naît dans une famille pauvre, un Mozart qu'on assassine parce qu'on décide de fait qu'il n'a aucune chance de devenir Mozart», a ajouté le chef de l'État, citant une expression de Saint-Exupéry dans son roman Terre des Hommes ».
Après les nombreux talents footballistiques qui meurent en Méditerranée, selon la secte LO, l'archange en cravate, qui attend de nouveaux Mozart du Rap dans le 93, nous rappelle Saint Jospin qui nous avait promis qu'à la fin de son mandat il n'y aurait plus un clodo dans la rue. Pas du tout le genre monologue fumiste, semble dire la grive du pouvoir, Benjamin Griveaux3, car ce plan sera doté de «8 milliards d'euros répartis sur quatre ans ! Des mesures déjà «entièrement (ment...) financées», a promis la voix de l'Élysée, sans préciser si une telle somme sera ponctionnée sur le dos des retraités intra-muros ou enfuis à l'étranger. Concernant la mise en place du truc, le chef de l'État a promis de réunir «tous les six mois les acteurs concernés», pour qu'ils aient l'impression de faire avancer le schmiblic ? . Macron III s'est voulu optimiste en affirmant que la France pouvait «à hauteur d'une génération, éradiquer la grande pauvreté»4. Tilt ! Le nez macronien s'est allongé = monologue fumiste ! En effet la hauteur d'une génération dure fort plus longtemps que les trois années qui restent à Macron III pour occuper le fauteuil élyséen ! A moins de supposer qu'il se croit élu pour un demi-siècle et en voie vers la canonisation pour réussir ce qu'aucun pape n'a jamais cru pouvoir tenter.
Après le gros mensonge, voici les petits mensonges de tout bateleur d'estrade en foire électorale : une école améliorée (avec apprentissage de l'arabe) et le retour (forcé) au travail le temps d'une nouvelle aumône. Les caisses de l'Etat étant vides, depuis l'aveu de Fillon en tout cas, on ne peut pas décemment croire à la « rénovation des minimas sociaux », sauf à croire à une fusion miraculeuse du « maquis des aides existantes »5. Il est donc question d'un « revenu universel d'activité », à ne pas confondre avec la recette du petit Hamon, trop irréaliste pour l'heure. L'universalité du truc est pourtant poignante de continuité avec les maquis précédents du fait des « devoirs » reconduits, j'allais dire déboires : si tu refuses un des deux emplois proposés, tu feras ceinture pour l'octroi temporaire de l'obole « universelle » !
Ainsi le principal fabricant des pauvres leur promet l'ostracisme sans pitié des guichetiers sociaux, l'indifférence perpétuelle de la syndicratie, les cris d'indignation des bouffons du NPA, et la moue dubitative et polie pour les heureux salariés face aux « assistés fainéants » et à leurs potes « migrants qui profitent des allocs ». Mais le meilleur de la manœuvre du nouveau gadget « universel » est sa conséquence dans la tête des ouvriers, qui ont tous abandonnés le projet communiste pour voter populiste, comme nous l'expliquent les journalistes « indépendants » et « objectifs » ; ainsi l'anonyme qui résume le jeu de bonneteau macronien n'a pas vraiment tort et n'est pas forcément membre du RN (Rassemblement national, nouveau nom du FN) : « Pour Macron, il suffit de prendre toujours d'avantage aux Français qui travaillent pour donner aux plus "pauvres", comme cela la France ne sera bientôt plus qu'un pays de moyens pauvres et de migrants ». La parabole macronienne est en plus stressante, selon cet autre : « Le revenu universel sera t-il aussi donné aux millions de migrants et immigrés, même en situations irrégulières, qui bénéficient à plein des aides sociales sans jamais avoir cotisé? ». Allons allons encore un qui « fait le jeu du FN », pardon du RN, objecte Besancenot. Le président n'est tout de même pas un dangereux xénophobe fasciste comme l'avait glissé maladroitement Mélenchon ! Ce jeune empereur a été élevé au lait de l'anti-fascisme suranné lorsqu'il n'était encore qu'un lycéen, car il y avait en son temps à Amiens moult profs gauchistes barbants6. Il doit presque tout au trotskisme modernisé lorsqu'il estime que le populisme est une « lèpre qui monte » (cf. le sublimissime discours de Quimper). La peste ou la lèpre ? Normalement dans le discours antifa c'est de peste « fasciste » qu'il est question, mais les conseillers intelligents ont préféré suggérer le mot lèpre car les gouvernements anti-migrants ne sont pas spécialement fascistes et surtout des collègues dans le concert européen ; nos gauchistes réformistes radicaux n'ont point ces subtilités. Deuxième moment exceptionnel donc de la journée présidentielle avec ce qui suit.
La tournée des popotes n'était pas terminée, de restauration de l'image présidentielle bronzée par la période vacancière. Pour la seconde partie de la balade bonapartiste, la première, comme vous l'avez vu, ayant été « économiste et sociale », il fallait compléter par le volant politique à vocation historique antifa à la gloire des « porteurs de valises ». Un exercice qui ravit immédiatement le parti résiduel nommé PCF, rendant hommage directement à une aussi bienveillante initiative présidentielle en période perpétuelle de « restauration » …. des fables du passé7.
La plus grande force d'un régnant, en dépit de son impopularité voire de ses incapacités notoires n'est-ce pas la faiblesse de toute opposition voire des bisbilles de convenances ridicules entre factions d'oppositions dispersées et jalouses des faveurs secrètes du régnant ? Le journal L'Huma est financé par des... financiers, tenu à bout de bras pour diffuser le même magma idiélogique macronesque, comment ne pas rendre un petit service électoraliste à travers un hommage (sans frais) à un héros (malgré lui) du parti stalinien de naguère à la veille de la fête de l'Huma ? Et merde au concurrent Mélenchon plus gênant pour la secte LRM.
Avant d'évoquer la récup de l'affaire Maurice Audin, à la fois pour agiter l'insignifiante « lèpre brune », exonérer le terrorisme islamo-FLN et les traîtres gauchistes « porteurs de valises » (avec bombes) et complaire au parti deux pour cent, voyons brièvement la césure entre mélanchoniens et résidu franchouille du stalinisme. Le PCF a utilisé toutes le ressources du caméléonisme pour faire oublier son passé nationaliste (il se nommait d'ailleurs « Front National » en 1945) mais rien à faire, mai 68 en avait sonné le glas. Il n'a cessé d'être peau de chagrin. Ce qui motive notre sourire à l'heure actuelle c'est sa pauvre reconversion néo-euro-communiste, néo-socialiste et néo-communautariste où c'est le trotskisme le plus impénitent, le plus anti-marxiste qui a tenté de ranimer le cadavre en croyant qu'être au chevet d'un mourant peut vous refiler ses heures de gloire. Laissons l'hebdo grand-bobos l'Obs résumer le merdier de la bobologie de gauche migratoire (et giratoire) :
« Les Insoumis boudent la Fête de l'Huma. A l'invitation du Parti communiste, La France insoumise avait prévu de dépêcher plusieurs parlementaires ce week-end à la Courneuve où débattent chaque année toutes les chapelles de la gauche française. Mais la délégation composée de Clémentine Autain, Sabine Rubin, Adrien Quatennens et Eric Coquerel n'ira finalement pas écouter le discours que tiendra Pierre Laurent samedi à 14 heures ». « Tout est parti d'un tweet posté mardi par Adrien Quatennens. "Les grandes causes des mouvements de populations sont connues : les conflits et guerres, les accords commerciaux inégaux et le changement climatique. Et on ne pourrait rien contre cela ? C’est faux. Nous pouvons agir sur ces causes", écrit le proche de Jean-Luc Mélenchon. Réponse immédiate de Ian Brossat, désigné chef de file du PCF aux élections européennes : « En 1939, mon grand-père juif a fui la Pologne pour échapper à l'antisémitisme. Heureusement pour lui, il est tombé sur des gens qui lui ont ouvert la porte, et non sur des doctes qui auraient disserté sur les 7 plaies d'Égypte avant de lui tendre la main ».
"Avant même la fête de l'huma, Ian Brossat nous insulte. La porte est ouverte aux provocations et incidents. Nous n'en voulons pas. A quoi bon, alors, répondre à l'invitation à écouter Pierre Laurent samedi si c'est un traquenard ?", écrivent les députés insoumis. "En conséquence, à regret, la délégation du groupe LFI initialement prévue ne se rendra pas à l'invitation officielle du CN du PCF. Nous voulons protéger ce qui reste de possibilités de dialogue serein."
Dans une interview à "l'Obs" ce jeudi, un quidam inconnu du public un certainIan Brossat a précisé sa position et déploré une évolution du discours de Jean-Luc Mélenchon sur la question migratoire :
« Disserter sur les causes de l'immigration, c'est une manière d'esquiver le sujet. Evidemment qu'à moyen terme, il faut faire reculer la misère, le réchauffement climatique et abattre les dictatures. Personne ne peut imaginer qu'on résoudra ces problèmes d'un claquement de doigts. Il reste que la question qui nous est posée aujourd'hui c'est comment on accueille, quels moyens on se donne pour organiser un accueil digne, équitablement réparti au sein de l'Union européenne. Ceux qui dissertent en permanence sur les causes de l'immigration le font pour ne pas traiter cette question-là. Dans l'évolution de Jean-Luc Mélenchon, il y a sans doute une part de marketing politique ».

Car, penser les causes de l'immigration sauvage c'est... faire le jeu du FN pardon du RN ! Comme le NPA le résidu du PCF raisonne confortablement avec des « niakas ». Le « parti des insoumis », dans les mêmes ornières bourgeoises que ses concurrents, a compris que le discours « immigrés du monde entier vous êtes les bienvenus, venez nombreux avec femmes voilées et enfants », ne passe plus dans la tête de tout honnête homme, je dirai même de tout honnête travailleur antiraciste et vacciné contre tout nationalisme. En soi même le RN ne s'oppose pas à l'immigration (impossible et irréaliste), mais les plus ridicules sont de la bande du NPA qui affirment être « internationalistes » à longueur de page sur leur site. Mais ils ne sont pas internationalistes, ils sont irresponsables plus encore qu'irréalistes. C'est le même monologue fumiste que Macron et son combat contre les moulins à vent de la « lèpre brune ». L'internationalisme n'est pas exalter la misère de l'immigration sauvage, qui est une illustration de la barbarie capitaliste et pas du tout normale. Le pigiste du NPA qui prétend que les patrons n'aiment pas les migrants ment et ment résolument au nom d'un internationalisme de pacotille, comme hier ses pères mentaient en soutenant les terroristes du FLN, du FNL et Action Directe, au nom de l'abstraite « lutte armée » sans âme et anti-marxiste. En outre il n'a jamais été question pour les révolutionnaires marxistes de donner les conseils adéquats à la bourgeoisie pour gérer toutes ses injustices et sa gabegie dans le traitement des masses d'humains à la dérive. L'internationalisme trotskien du NPA c'est l'aboiement du chien aux côtés de son maître.

LE TROTSKISME EST BIEN PLUS DANGEREUX QUE LE POPULISME DANS LA PARALYSIE DE LA CLASSE OUVRIERE INTERNATIONALE

On pourrait en rire, mais le part 2% a pour tête de liste, le brillant fils d'un trotskiste chevronné des beaux quartiers. Ce fiston qui excipe de sa famille juive pour blâmer le revirement électoraliste d'un concurrent dominant (la bande à Mélenchon c'est 14%!) ne risque pas de relever le taux minable du vieux machin stalinien même relooké immigrationniste et multiracialiste. Le parcours du petit prof sponsorisé par les émules du Colonel Fabien illustre bien comment le trotskisme, sa branche la plus révisionniste tiers-mondiste et féministe, s'est insérée dans l'ordre politique bourgeois :
«Ian Brossat est le fils d'Alain Brossat, professeur de philosophie à l'université Paris-VIII, et de Sylvia Klingberg, sociologue à l'INSERM, ancienne militante du groupe d’extrême gauche Matzpen et militante communiste à Paris. Par ailleurs militants à la LCR, ils l'initient au militantisme en l'amenant dans des manifestations. Son grand-père, Marcus Klingberg, purgea 20 ans de réclusion pour avoir transmis des informations à l'URSS alors qu'il était Directeur adjoint scientifique de l'institut israélien de recherche biologique à Ness Ziona. En février 2016, il écrit le livre L'Espion et l'enfant aux éditions Flammarion, retraçant la vie de son grand-père qu'il alla enfant visiter en prison1. Ian Brossat effectua des études littéraires au lycée Henri-IV. Il fut reçu à l'École normale supérieure de Lyon, puis il devient agrégé de lettres modernes en 2003 ». Ben dis-donc un brillant universitaire à la place de « l'ouvrier Marchais » ! Y a plus de représentant « ouvrier » mais que des bobos gradés !

La réponse du rouquin insoumis est bien légère. Le Ian Brossat en question usant pourtant d'une des cordes les plus éculées du nationalisme juif et de l'argument bateau à toute contradiction : « facho » ou « néo-facho ». Quant au passif du père voici :

« Pendant les années 1970 il appartint à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) dans le cadre de laquelle il participe à la création, en novembre 1972, des comités de défense des appelés (CDA) et publia entre autres un ouvrage sur La Révolution permanente ainsi qu'un ouvrage commun avec Denise Avenas : De l'antitrotskysme : éléments d'histoire et de théorie, paru aux Éditions Maspero en 1971 et qui se voulait une réponse aux attaques conjointes du Parti communiste français (l'ouvrage de Léo Figuères: Le trotskisme cet antiléninisme aux Éditions Sociales en 1969) et des maoïstes. Par la suite, il fut membre d'un réseau spécialisé dans la recherche sur les ex-pays de l'Est : « Groupe de recherches interdisciplinaire Mémoire grise à l’Est ».

On voit combien il est savoureux de parcourir la trajectoire d'un trotskiste lambda, père et fils qui distillent leur idéologie bourgeoise directement à l'université8. Le trotskisme d'après 1945 a servi à former nombre de politiciens bourgeois. Jeune, le trotskiste est un bourgeois qui s'ignore. Vieux il oublie tous ses reniements. Le trotskisme est la quintessence du caméléonisme et du suivisme de la psychologie traditionnelle du bourgeois parvenu : il n'a ni foi ni loi mais il se croit tenu de faire la morale à ses sujets-objets avec son monologue fumiste. Le trotskiste est donc un vrai frère « de classe » pour l'autre mec de l'Elysée.

Un pardon impardonnable

Le pardon clientéliste ou diplomatique, on connaît du plus récent de François Hollande qui avait, de son côté, reconnu la répression de la manifestation d'octobre 1961 à Paris, et mentionné plusieurs fois la torture dans un discours devant le Parlement algérien en 2012.  En 1998 Chirac avait reconnu la responsabilité de l'Etat français dans les massacres de Sétif en mai 1945, puis, à l'occasion des cérémonies commémorant le 53ème anniversaire de la rafle du Vel d'hiv, il avait aussi reconnu la responsabilité de l'Etat français dans la déportation et l'extermination de juifs durant la seconde guerre mondiale. Dans tous les cas ces reconnaissances formelles, étaient clientélistes, et ne coûtaient pas cher. La continuité de l'Etat bourgeois n'était nullement mise en cause, le capitalisme en guerre non plus. Macron III aurait franchi ce jeudi, doublement dédié à son ego sondagier, un nouveau pas dans le travail de mémoire sur la guerre d'Algérie en demandant pardon à la veuve de Maurice Audin, 61 ans après la mort sous la torture de ce militant « communiste victime » (brejnévien), ndlr)"du système institué alors en Algérie par la France". Il faut le faire ! Imaginez Pétain demandant pardon pour la combustion par la Perfide Albion de notre Jeanne d'Arc. Ou de Giscard pour les massacres de Napoléon en Russie. Résumé de la balade macronesque par l'AFP :
« Le chef de l'Etat s'est déplacé au domicile de Josette Audin, 87 ans, pour lui remettre publiquement une déclaration reconnaissant que la disparition à 25 ans de Maurice Audin, père de trois enfants, avait été "rendue possible par un système dont les gouvernements successifs ont permis le développement". Par ce document, le président "reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté, ou torturé à mort (...). Il reconnaît aussi que si sa mort est, en dernier ressort, le fait de quelques-uns, elle a néanmoins été rendue possible par un système légalement institué : le système +arrestation-détention+, mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période"."C'est à moi de vous demander pardon", a dit le président à Mme Audin lorsque celle-ci a voulu le remercier pour cette déclaration faite dans son appartement de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) ».
(on ne sait pas si la veuve a questionne le Macron sur la pérennité des barbouzes au service de l'Etat et s'il prenait bien soin d'un certain Benalla).
« Emmanuel Macron, pour qui "la République ne saurait minimiser ni excuser les crimes et atrocités commis de part et d'autre" pendant la guerre d'Algérie(1954-1962), a également annoncé l'ouverture des archives sur le sujet des disparus civils et militaires, français et algériens.Le ministre algérien des Moudjahidine (anciens combattants), Tayeb Zitouni,a déclaré à la télévision privée Ennahar TV que la décision du président Emmanuel "Macron concernant la reconnaissance par la France de l'assassinat de Maurice Audin est une avancée". Ces crimes "ne peuvent être niés que par un oublieux et un ignorant de l'Histoire", a encore estimé M. Zitouni, assurant que "le dossier de la mémoire entre la France et l'Algérie" serait "traité peuvent être niés que par un oublieux et un ignorant de l'Histoire", a encore estimé M. Zitouni, assurant que "le dossier de la mémoire entre la France et l'Algérie" serait "traité avec sagesse par les deux pays".Le 11 juin 1957, en pleine bataille d'Alger, Maurice Audin, un assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du Parti communiste algérien, suspecté d'aider le FLN, était arrêté, probablement par des parachutistes du général Jacques Massu. Sa trace se perd dix jours plus tard. L'explication officielle donnée à sa disparition -"évasion au cours d'un transfert"-, n'a jamais convaincu ses proches, qui devront attendre jusqu'en 2013 l'ouverture des archives de l'affaire. Dans "La vérité sur la mort de Maurice Audin" paru en janvier 2014, le journaliste Jean-Charles Deniau concluait que Maurice Audin avait été tué par un sous-officier français sur ordre du général Massu ».
Notons d'abord le consensus avec le sous-fifre du gouvernement algérien militariste, dirigé en sous-main par le frère du président gâteux ; le sous-fifre se félicite d'un sujet qui ne le concerne pas directement, sauf que Audin était un homme de main du FLN et qu'on s'étonne qu'il ne porte pas plainte contre le père Le Pen, qui est bien sûr offusqué quand l'ancien bras droit de Marine ne trouve rien à redire au pardon décalé. Les trotskistes auraient pu aussi félicité le pardonneur gratuit après tout, car ils étaient du côté du nationalisme algérien qui a si bien libéré le peuple depuis comme on sait. Dans le cadre des manœuvres électoralistes que j'ai évoquées plus haut, la gestuelle présidentielle, accomplie à la veille de l'ouverture de la Fête de l'Humanité, et le jour de l'annonce du plan pauvreté, a été immédiatement salué à gauche, et au premier chef par le parti communiste, qui plaide depuis des décennies aux côtés de la famille. Le piètre chef Pierre Laurent y voit "une victoire historique de la vérité et de la justice", se réjouissant que tombe "un mensonge d'État qui durait depuis 61 ans" mais qui était bien connu et n'avait besoin d'aucune reconnaissance utilitaire. Et re-merde à Mélenchon devenu passablement anti-immigrationniste plus soucieux de concurrencer le FN pardon le RN que d'exalter démagogiquement l'immigration à tout va, sans rien faire pour le pauvre migrant esseulé une fois en terre « de démocratie ».
D'aucuns assurent déjà que macron III rallume « la guerre des mémoires ». C'est étudié pour. Comme lorsque, au cours de sa visite clientéliste et diplomatique en Algérie (un des principaux partenaires commerciaux de la mère patrie multiculturaliste) en février 2017, le candidat à la présidentielle avait qualifié la colonisation de l'Algérie de "crime contre l'humanité"?
En gros, pour l'ex-lycéen d'Amiens aux connaissances sommaires en histoire, les crimes nazis du capital sur-développé et en pleine guerre mondiale seraient l'échelle de compréhension de toute l'histoire, en même temps que le cache sexe de la finance pour amplifier le profit gangstériste de nos jours et après chaque élection de parasites politiques hâbleurs et choisis par le sommet de l'Etat. Telle est la teneur de base du monologue fumiste.





NOTES

1Je le nommerai désormais ainsi, non seulement parce que, comme nombre d'observateurs avertis et connaisseurs des phases de bonapartisme dans l'histoire, j'ai compris qu'il se la jouait Badinguet, empereur au-dessus des partis corrompus, mais surtout pour trois raisons. Macron I : élection minoritaire avec l'appui des financiers (16% des votants) ; Macron II : un président amateur et sa petite frappe Benalla ; Macron III : le roi du monologue fumiste. Dans l'attente évidemment d'autres épisodes aussi ridicules : Macron IV, V, etc.
2Il faut lire le long bilan cauteleux sur le site du NPA des suivistes du syndicalisme d'Etat tout au long de cette longue supercherie, où comme à chaque fois qu'ils soutiennent un camp bourgeois (nationaliste, immigré ou terroriste) c'est au nom de « il faut tout de même faire quelque chose ». A la chasse féodale on nommait ces gens des rabatteurs.
3Il existe d'ailleurs diverses espèces de grives dans tous les gouvernements d'Europe : Parmi les espèces rencontrées en Europe citons principalement la Grive mauvis (Turdus iliacus), la Grive musicienne (Turdus philomelos), la Grive draine (Turdus viscivorus) et la Grive litorne (Turdus pilaris). Ce nom a été donné également en Amérique francophone aux espèces des genres Catharus et Hylocichla (grives américaines) mais aussi à la seule espèce du genre Cichlherminia, en Asie à des espèces du vaste genre Zoothera et à une espèce vivant sur Tristan da Cunha, la Grive de Tristan da Cunha.
4Le RSA avait été lancé en 2009 en remplacement du RMI. Depuis, le nombre d'allocataire a augmenté de 70%. Au bilan, on avait prétendu avoir mis en place un dispositif en faveur des « pauvres » (bannissez de votre vocable le terme prolétaire ou ouvrier) et pourtant, la pauvreté s'est accrue. En 2016, la France a versé un total de 714 milliards d’euros de prestations de protection sociale, soit 32% de son PIB. C'est bien ce qui horripile les financiers qui ont tant sponsorisé Macron III afin qu'il mette la main dans le cambouis, et réduise massivement ces dépenses « honteuses » qui font rire les grandes puissances. J'ai aimé le commentaire de l'anonyme suivant : « on est pauvre à 1000E, mais les retraités eux sont aisés à 1200E. Il y a quelque chose qui cloche chez Macron. Mais à priori, ces annonces plaisent déjà aux médias ».
5Macron III utilise de plus en plus un langage gaullien, tel « maquis », « la lèpre » (le fascisme, cet ennemi imaginaire partagé avec l'extrême gauche du fait divers mais pas la « lèpre » islamique pourtant bien actuelle), le pardon pour les meurtres commis par d'autres petites frappes de l'Etat (ininterrompu) jadis (comme on en parle plus loin) et enfin la croix de Lorraine surajoutée au logo de l'épicerie macronienne.
6 La très estimable et conviviale Brigitte Trogneux qui a fait tourner la tête de l'ado Macron fût tête de liste de « Truchtersheim… demain » pour les élections municipales du 12 mars 1989, liste semble-til apolitique ; on ne voit nulle part dans ses diverses biographies pourtant une possible gauchiste « voilée » ni trotskiste « entriste ». Saura-t-on jamais ? Quoique nous ayons connu tant d'anciens trotskiens devenus ministres de l'Etat bourgeois ou « conseillers » des nations « libérées du colonialisme »... mas pas de l'impérialisme.
7Cette restauration macronienne fait inévitablement penser au consensus de la période historique dite de la Restauration = le retour de la monarchie après la chute de Napoléon en 1815. Sous la Restauration, le bonapartisme avait acquis ses caractéristiques fondamentales : il s'agissait d'une formule de pouvoir alliant la démocratie (passive) et l’autorité (agissante), formule centriste située entre droite contre-révolutionnaire et gauche jacobine, s’appuyant sur un gouvernement autoritaire et une administration centralisatrice. La position centrale ou centriste du système napoléonien est manifeste à condition de préciser qu’il s’agit d’une formule instable et en perpétuelle évolution : le bonapartisme a pu évoluer du centre gauche au centre droit, sans toutefois parvenir à élargir ce cadre à la gauche ou à la droite. On peut considérer le gaullisme première manière comme nécessaire « restauration » de la bourgeoisie française après guerre, c'est pourquoi Macron s'en sert de fil d'Ariane, pour éloigner les comparaisons désobligeantes avec Napoléon III.

8C'est un des pouvoirs bourgeois implicites, tu et effacé, discrétionnaire, que la diffusion du magma idéologique faussement révolutionnaire par les profs « réformistes radicaux » qui pullulent en lycées et facs. Lire aussi ceci : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/09/07/31003-20180907ARTFIG00344-comment-le-racialisme-indigeniste-gangrene-l-universite.php et aussi http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/08/31/31002-20180831ARTFIG00306-renaud-girard-l-immigration-de-masse-est-un-scenario-perdant-perdant.php . Je n'ai aucune honte à partager des articles de ce journal bourgeois d'autant qu'il est lui-même sévèrement encadré et censuré et se plie à toute semonce multiculturaliste si certains de ses pigistes sortent trop des sentiers battus; pas mal de pirouettes et reculades, par ex lors du traitement du fait divers concernant la mort de Clément Méric, on a soudain vu les éditos surchargés du qualificatif "les skins", qui certes dépeint plus une réalité sociologique décadente que de vrais nazis restaurés par le miracle de leurs tatouages. Pour les trotskos mégalos skin = nazillon.

mercredi 12 septembre 2018

LE CAPITALISME PEUT-IL ETRE SAUVE PAR LES MATHEMATIQUES ?


MAGASIN SANS CAISSE A NEW YORK
Depuis 1945, l'économie mathématique est la forme dominante de la dite « science » économique1. Presque tous les lauréats du prix Nobel d'économie, depuis sa création en 1969, sont des économistes-mathématiciens. Ces derniers ont joué depuis cette époque un grand rôle auprès des politiciens de tous bords pour leur donner les clés des marchés financiers du monde entier. Les mathématiques appliquées à l'économie capitaliste ont permis de déceler des possibilités phénoménales de gain sur « le pur et colossal système de jeu de tripotage »2

La privatisation de l’information financière et l’invention de produits financiers de plus en plus sophistiqués qui effacent les pistes et brouillent les messages ont eu raison du mythe de la concurrence libre chère à Friedrich Hayek. Des conséquences désastreuses des explosions ponctuelles et étalées dans le temps de la crise ont pu ainsi être différé, grâce notamment à l’intervention des mathématiciens financiers qui transforment leur profit réalisé en capital-argent de prêt.
Ce n'est jamais que partie remise. Sauvés en 2008 par les États, les spéculateurs se retournent aujourd’hui vers ces mêmes États qui se sont endettés pour que les établissements financiers ne sombrent pas. Le nouveau ralentissement mondial de la croissance rend probable que la crise actuelle débouche sur des désordres de très grande ampleur, lorsque les politiques d’austérité (dites de solidarité intergénérationnelle) imposées partout par les marchés financiers  (et un de leurs petits, le Macron) seront devenues insupportables.
L'utilisation des mathématiques financières a été dénoncée par certains comme responsable de la crise dite des subprimes. Des formations prestigieuses en mathématiques financières (notamment celles de l'École polytechnique et du master de probabilités et finance de l'École polytechnique et de l'université Paris-VI) ont été montrées du doigt : " On apprend aux étudiants les plus brillants à faire des coups en Bourse ". Mais alors : la crise est-elle due à l'introduction de modèles mathématiques complexes dans le monde de la finance ? Pour une part oui.
La crise financière de 2007-2008 a été largement provoquée par la croissance démesurée des obligations adossées à des actifs, nommées titrisation. Le système actuel permet a ceux qui prennent des risques avec l'argent (et les dettes) des autres de s'enrichir à titre personnel infiniment plus que ceux qui les contrôlent. La plupart des spécialistes « matheux » n'ont pourtant rien vu venir, et, comme Daniel Cohen, roulent des mécaniques chaque semaine dans les colonnes de l'Obs. La sous évaluation du risque avait arrangé tout le monde (du moins l'illusion de maîtrise du risque financier): les emprunteurs peu solvables avaient accès au crédit, les banques gonflaient leurs profits et les Etats voyaient une croissance inespérée dans la durée. Avec la même inconscience (mathématique...) le culte du court terme laisse supposer une récidive inévitable.....
Les multiples truquages financiers sont les produits de l’errance politique et sociale des quarante dernières années avec pour toile de fond l’effondrement de la société industrielle, et l’immense difficulté où l’on s’est trouvé de comprendre ce qui était en train de la remplacer avec l chute concomitante de la maison stalinienne. La gauche bourgeoise depuis les années 1960 prônait un capitalisme tempéré. La droite, avec la révolution conservatrice nous avait chanté un retour aux valeurs morales du travail et de l’effort. Les deux fausses alternatives ont sombré, et les populismes ne sont que leurs bâtards. Le capitalisme ne s'est pas régénéré, et il n’est pas devenu moral.

De pieux défenseurs du système capitaliste errant se succèdent en librairie pour nous vendre un capitalisme en possible rénovation. C'est le cas du pigiste au Nouvel Obs, directeur du secteur économique de l'Ecole Normale Supérieure, Daniel Cohen, et conseiller de la banque Lazard (donc pas un émeutier) qui vient nous expliquer un versant de ce capitalisme matheux. Le pote de Picketty vient nous jouer à son tour la sérénade avec son « Il faut dire que les temps changent... », dylanesque digression pour une régénération capitaliste « propre » :
« Un pacte faustien avait été signé durant la société industrielle qui consistait à faire accepter aux gens, au nom de la croissance, une déshumanisation du travail, illustrée par le taylorisme et la chaîne de production. Or, ce pacte-là, nous sommes en train de le signer à nouveau, dans la société algorithmique qui s’annonce, pour renouer avec la croissance perdue. Au travail à la chaîne et à la consommation de masse, on est en train de substituer un nouveau système tout aussi déshumanisant, celui qui nous installe derrière nos tablettes... ». Une seule phrase nous agrée au quatrième de couverture : « Par un formidable retour en arrière, les questions de l'ancien monde sont en train de resurgir au cœur du nouveau ».

Cohen et son pote Thomas Piketty ont fait partie tous les deux des groupies intellectuelles qui ont soutenu Benoît Hamon lors des élections présidentielles de 2017. Il ne souvient plus avoir soutenu la taxation des robots et le Revenu Universel dans sa version maximaliste complètement utopique tant que le capital n'aura pas abouti à une suppression massive du travail. Ces deux compères, malgré leurs colonnes de chiffres et des discours lénifiants, tentent de croire que le capitalisme pourrait s'adoucir, donc ne plus traverser des crises de plus en plus violentes, et se permettent comme tous les universitaires hors des réalités d'ignorer les guerres toujours plus présentes et troubles, comme si le capitalisme pouvait guérir sa maladie gériatrique au seul plan d'une économie mathématique clean. Je n'épiloguerai pas ici sur la nullité politique de ce « grand » économiste3. Des illusions perdues qu'il prête à des masses indistinctes dont il ne connaît rien, ce loufoque professeur se repaît des vieilleries sur les « adieux au prolétariat ». Il a fait partie de tous ces économistes chevronnés qui se sont tous trompés en 2008 et qui faisaient confiance aux... mathématiques. On ne peut pas appliquer les lois de la physique aux humains, à la société humaine même régie par l'échange des marchandises. Notre comportement n'est pas celui des électrons qui tournent autour du noyau.
Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, considère que « les financiers ont failli par incompétence et cupidité » et sont la cause principale de la crise actuelle. Le spécialiste des mathématiques financières, Chritian Walter récuse l'idée que les modèles mathématiques seraient éthiquement neutres, idée : « non seulement totalement fausse dans ses présupposés fondamentaux, mais de plus extrêmement dangereuse (…) Elle est fausse car elle s'appuie sur une conception inexacte et dépassée du rapport entre modèle et monde concret. Elle est dangereuse car elle conduit à reporter sur les seuls usagers la garantie de fiabilité finale du système. Dire qu'un modèle mathématique en finance serait éthiquement neutre et que seul son mauvais usage serait à l'origine des problèmes rencontrés relève d'un positivisme datant de la fin du XIX e siècle, une épistémologie complètement caduque aujourd'hui ».4
Pire le système bancaire international est extrêmement fragile : « La mécanique d'endettement qui engendre une accumulation des liquidités internationales apparaît impossible à maîtriser »5.

Daniel Cohen voit partout une diminution de la violence, un monde qui ne cherche que l'amour et, pour redonner jouvence au capitalisme quoi de mieux qu'un recourt à la haute technologie (quoique la France soit bonne dernière en la matière), une pincée de révolution écologique (assez ridicule) dans un monde où : « le logiciel fait accomplir aux consommateurs eux-mêmes les tâches qui étaient hier salariées »6. Il y a en effet une baisse inédite de la part des salaires dans la richesse au profit des revenus du capital. Netflix ou Google peuvent doubler leur chiffre d'affaires sans doubler leur personnel. Cohen voit une confirmation de la nouvelle composition organique du capital (dégraissé en quelque sorte) quand les cent premières entreprises américaines produisent un tiers de la valeur ajoutée globale ; pourtant en note il note, sans y réfléchir, que cela ne profite pas à l'ensemble du capital puisque « les firmes leaders parviennent à bloquer la diffusion de leurs avancées dans le reste de l'économie » !!!!
Le capital ne serait donc pas menacé par ce qu'il nomme l'échec de la révolution informatique :
« La promesse d'une économie à échelle humaine, du « small is beautiful », a été trahie une nouvelle fois. Si l'on compare le trio gagnant d'aujourd'hui – Google, Apple et Amazon – aux leaders d'hier – General Motors et Chrysler au temps de leur splendeur -, ils disposent d'une capitalisation boursière neuf fois supérieure à leurs prédécesseurs, mais avec trois fois moins d'employés ! C'est bien cette évaporation du nombre de travailleurs qui est, à nouveau, au cœur de toutes les peurs ».
Toutes les peurs ne sont pas équivalentes et on aurait aimé que notre économiste en chambre les étaye en particulier du point de vue de la classe ouvrière, à qui Hannah Arendt promettait « la perspective d'une société de travailleurs sans travail ». Robots communiquants sympas, ubérisation forcenée, big data et intelligence artificielle, ringardisent nos meilleurs auteurs de science fiction 'il y a quelques décennies à peine. Ces technologies disruptives existent avant l'usage qui pourra en être fait. Des inquiétudes à l'horizon de ce monde algorithmique et hypertextuel ?
Cohen a raison de noter au passage que ce monde sans âme est le produit de la contre culture des sixties7, et que ses créateurs sont tous d'anciens baba-cool. Tel est pris qui croyait prendre, l'internaute lambda croit qu'il a plusieurs milliers d'amis alors qu'il reste solitaire et coupé de la communication réelle ; et personne n'évalue le taux de suicide des internautes qui atterrissent. Les réseaux sociaux « désocialisent ». Cohen reproduit les croyances simplistes de la bobologie en sociologie sur une hypothétique « génération iphone » : « Ils s'intéressent davantage aux valeurs « extrinsèques » que sont la réussite et l'argent qu'aux valeurs « intrinsèques » celles que procure une activité par elle-même, tels l'art ou l'engagement politique »8. Quelle généralité fumeuse ! Les classes ont-elles disparu dans ce monde algorithmique ? La jeunesse n'est-elle composée que de crétins sans tête ?
Au lieu de développer sur la tare du capitalisme décadent qui suppriment le désir d'activité, le travail n'est pas négatif en soi, l'activité au service d'une humanité libérée ne peut pas être aliénante mais aussi gage de lien social ; c'est avec cette question, l'anéantissement, la suppression de toute activité salariale ou sociale d'une masse croissante de l'humanité, qu'il faut nettement poser l'obsolescence du capitalisme et non pas geindre sur le taux de suicides, l'addiction, le viol ou l'exhibition de l'intimité, ou regretter que « le développement exponentiel des technologies ne crée pas un désir d'avenir ».

Sans être étayé les conclusions ne mettent pas en cause le système dans ses errements algorithmiques et mathématiques. On y sent la même illusion du progrès bourgeois sans limite de la fin du XIX e siècle. Le bâtiment, le textile, l'automobile ne sont plus vecteurs de profit. Le petit bourgeois économiste pense que le recours à la haute technologie nous sauvera de la vie algorithmique minable ; peut-être va-t-on parvenir à nous greffer un iphone nano dans l'oreille ? L'avenir ne sera pas pétrolier mais écolo avec économiseur d'énergie et transparence algorithmique grâce à... l'Etat bourgeois : « L'autorité publique doit rendre des comptes sur les algorithmes qu'elle utilise, et la même méthode doit s'imposer au privé. Tout cela supposera des autorités de contrôle et des contre-pouvoirs efficaces » (…) « réfléchir à une nouvelle régulation sociale » (…) « En démantelant la société fordiste, la société nouvelle a fait disparaître les solidarités de fait qui pouvaient exister entre la femme de ménage et l'ingénieur, aux temps anciens où ils travaillaient pour le même employeur ».

Le monde réformé que nous proposent ces économistes à la noix ressemble plus au big brother d'Orwell qu'à une société humaine et nous donne au contraire une envie furieuse de communisme, car c'est la classe ouvrière (même en partie éjectée de la production et du profit considérable) qui reste le siège principal de la conscience émancipatrice en vue de changer véritablement un monde en perdition.
Ces mathématiciens financiers sont décidément hors des réalités de la nécessaire révolution anti-étatique, surtout quand on pense qu'ils imaginent qu'il y a une solidarité entre monsieur l'ingénieur et sa femme de ménage ! Ah Ah ! Pauvre pitre, simple second couteau des financiers et de leurs exécutants politiques, les Hollande et Macron, et prédécesseurs ou successeurs.

PS: https://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/0302247232937-dix-ans-apres-lehman-les-nouveaux-desequilibres-de-la-finance-mondiale-2205155.php


NOTES

1Marx avait ébauché celle-ci en se passionnant pour les mathématiques à la fin de sa vie, mais sans anticiper toutes les filouteries de nos financiers modernes. lire http://alain.alcouffe.free.fr/Marx-maths/chap1.pdf.
Son explication de la crise finale reste pourtant d'actualité. Marx considérait que l'accumulation du capital de son temps s'accompagnait d'une augmentation de la part des machines par rapport à celle du travail (afin d'accroître la productivité) ; mais, comme la plus-value ne provient que du seul usage de la force de travail, le taux de profit rémunérant le capital (rapport entre la plus-value et le capital engagé) tend à diminuer. Ce processus peut être freiné par la baisse des salaires (mais ils ne peuvent être inférieurs au niveau de subsistance) ou par des gains de productivité (mais ceux-ci provoquent aussi la baisse de la valeur des marchandises produites, puisqu'elles nécessitent moins de temps de travail). Cette « loi de la baisse tendancielle du taux de profit » condamne à terme le capitalisme, car les entrepreneurs finiront par ne plus investir si le taux de profit devient trop faible, et la société devrait être disloquée par le conflit des classes. Nos économistes-mathématiciens imaginent de nos jours que la composition organique du capital ne devrait pas être bouleversée, même par une suppression massive de l'emploi, en supposant qu'un capital algorithmique, ou mathématique, pourrait perpétuer la domination bourgeoise.
2Marx qualifiant la Bourse.
3A la question d'un de ses collègues chroniqueurs de l'hebdo de l'élite de la gauche caviar, concernant ces « classes populaires » devenues « xénophobes », le simplisme et la bêtise de l'explication du directeur sont confondants : « Dans les années 1960, le monde ouvrier votait majoritairement communiste. Le communisme était la religion laïque de la société industrielle. Les gauchistes reprochaient aux communistes d’avoir renoncé à la révolution mais, finalement, ils adhéraient au même idéal, celui d’une société sans classes, où les besoins matériels seraient satisfaits. Les regards étaient tournés vers l’avenir. Tout a basculé depuis. Le monde s’inquiète du futur. Le populisme a remplacé le gauchisme comme porte-voix de la population ouvrière... ». Dans le livre superficiel, sur les diverses questions qui fâchent ou servent de morale ad hoc à l'Etat, islam, folie migratoire et xénophobie, ne défilent que les pires clichés creux de la bonne bourgeoisie rive gauche, hors sol.

4Christian Walter, « Le pouvoir démiurgique des mathématiques financières », article dans Libération du 21 mai 2012
5Michel Lelart, « Le système monétaire international », p.95.
6Page 186.
7Et je préciserai de la noria gauchiste jusqu'aux marginaux de Hara Kiri, la bande à Cavanna, qui ont lancé la mode des théories communautaires puis les fixettes sur les sujets sociétaux (xénophobie, sexisme, etc) en lieu et place du combat politique des classes.
8Page 203.