Interview de Pierre Hempel: déchirer le masque et les hypocrisies des groupuscules de la petite bourgeoisie humaniste (première partie)
"Les communistes n'ont jamais eu pour principe de flatter la jeunesse",
Lénine
JLR: Le grand samedi soir approche. Déjà on a demandé à ce que les défilants puissent circuler autour des lieux du pouvoir à Paris. Car, dans l'imaginaire populiste, a ressurgi la saga des gilets jaunes du 8 juillet 2018 (les actes du samedi) tentant d'investir l'Élysée, sachant un hélicoptère prêt à exfiltrer Macron de son palais.
À la proue d'un grand soir, hétéroclite, plus supposé que crédible, imposé par les réseaux sociaux aux pompiers sociaux syndicaux, listons une poignée de revendications ultra-révolutionnaires des apprentis syndicrates lycéens (dont celles du "président" morveux des "les lycéens") :
– des locaux rénovés
– l'égalité des chances
– Abolition de Parcoursup
– plus de places à l'université
– abolition de la réforme Blanquer.
Les médias se sont empressés d'applaudir au fait que des lycées parmi les plus huppés soient venus petit à petit se joindre au mouvement. Loin d'être un renfort, je considère que c'est déjà une action de dissolution. Ces jeunes gens savent trop bien parler et se savent assez qualifiés pour savoir ce dont ont besoin les autres. Une poignée de ces jeunes gens issus des établissements les plus cossus de la capitale, qualifiés de représentants, présidents ou porte-paroles – sans oublier les faux lycéens de LFI ou Révolution permanente, monopolisent le temps de parole sur les plateaux télévisés. Quitte à invisibiliser les autres lycéens, relégués à un statut de spectateurs. Ils sont déjà imitateurs amateurs des encadreurs et encarteurs professionnels de toutes sortes de catégories et des jeunesses (car il n'existe pas une seule forme de jeunesse ni de vieillesse comme classes d'âge indistinctes), ils viennent sponsoriser ou inventer des revendications peu recevables par un État impuissant et surendetté.
A leurs côtés, on peut résumer les arguments des sectes gauchistes et du barnum Mélenchon comme radotages des mêmes arguties étriquées et dissolvantes qu'ils répandent en général comme socle d'une pensée simpliste: la sélection est raciste, les proviseurs sont des fachos, et c'est les riches qu'il faut éliminer.
Le capharnaum du samedi 17 octobre pour noyer une accumulation de protestations de diverses corporations avec des revendications lycéennes légitimes est déjà apprêté : fatras de demandes contradictoires, à la fois réformistes impuissantes quand d'autres sont carrément nunuches (égalité des chances) puis aussi "arrivistes" limitées (ouvrir plus de places à l'université pour les récupérables). Menaces de prendre d'assaut l'Élysée et Matignon.
Quand on lui objecte que l'occupation des lycées, principal moyen de blocage, disparaît dès le premier jour des vacances, tel docte jeune déjà président par intérim d'un quelconque lycée, assis ou plutôt trônant dans le poste de la télé d'État, explique que les lycéens n'auront qu'à se mettre à la remorque des autres coroprations protestataires. pendant la durée des vacances. Si c'est pas un recrutement pour des cliques bourgeoises, je donne ma langue aux chats.
Initialement parti de Créteil, le mouvement était spontané et les pompiers syndicaux indifférents et à la marge, mais à la suite des appels sur les réseaux sociaux, plus avisée, la Confédération paysanne a appelé à la «convergence des luttes» le 17 octobre en invitant les agriculteurs adhérents à se mobiliser. Quant aux autres organismes d'encadrement social des prolétaires, c’était flou : plutôt que le 17 octobre, la syndicratie se concentrait jusque-là sur la date du 5 novembre, à laquelle plusieurs des cliques (dont la CFDT, la CGT et FO) avaient appelé à faire grève «pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie»; veilleries revendicatives vagues qui ne mangent pas de pain.. Rien n'était prévu de particulier pour samedi, semble-t-il.
Mais la date du 17 approchant, et le mouvement se gonflant, les cliques ont été obligées de se réveiller. La CGT « apporte son soutien» et assure dans un communiqué que « partout où les conditions sont réunies, les forces militantes de la CGT seront présentes » le 17, notamment afin d'« empêcher les tentatives de détournement par l’extrême droite de cette journée de lutte sociale». Ce sur quoi la secrétaire Sophie Binet insista, car il ne s'agit pas de lutter contre les carences ou attaques économiques du gouvernement libéral, mais prioritairement de protéger les jeunes contre "des détournements de l'extrême droite". On est en pleine politique-fiction d'une syndicratie débordée mais soucieuse de respecter ses fonctions de flicage et de dérivation (des véritables causes) de toute insubordination sociale.
Idem chez les ex-petits chefs autoproclamés des gilets jaunis qui se sont sentis ragaillardis; le nommé Fly Rider se félicitant de l'agrégation de tout un tas de personnes". Priscillia Ludosky, ex-gloire GJ, devenue cadre environnementale, viendra manifester "contre ce gouvernement de guignols". Ces anciennes gloires des carrefours ne s'attendaient pas à ce que cela prenne une telle ampleur: Rodrigues, qui traîne la savette dans toutes les manifs en quête de reconnaissance, était dubitatif sur YouTube : « J’ai du mal à communiquer sur cette date, parce que je n’ai pas d’information factuelle et concrète. D’où ça vient ? Pourquoi c’est sorti comme ça ?». Le même, qui se croit investi d'être représentante du peuple, nous sort un truisme plus ridicule encore: "Et après le 17 octobre, ne laissons pas retomber cette exigence de justice sociale.»
Un autre zigoto pensait intelligent de se servir de l’intelligence artificielle afin de donner un avant-goût de ce à quoi pourrait ressembler la mobilisation, avec une prétendue «alliance» ou «convergence» entre pompiers, agriculteurs, lycéens, enseignants et «Gen-Z» . Il évoquait une journée historique, une semaine rouge, un automne noir. Il aurait pu ajouter les CRS de base mal payés qui en ont marre de recevoir des projectiles qui peuvent tuer, la plupart du temps (je répète "la plupart du temps" car j'y suis aux manifs) sans pouvoir répliquer et sans que les médias, étrangement, ne montrent jamais leurs blessés: pour ne pas les inquiéter comme chait à cocktail molotov ou parce qu'il n'y aurait que peu de blessés pour les forces du désordre... Après ce tableau un peu rapide, je me tourne vers toi, Pierre, car je vais de poser une série de questions pour que tu nous aides à comprendre ce qui est en jeu.
Pierre Hempel : OK. Merci de ton invitation, mais je te préviens que je n'ai pas réponse à tout.
JLR : ouais allez, vas-y.
PH : D'abord, tu me permettras de faire deux remarques avant d'entrer dans le vif du sujet, et qui me semblent importantes contre cette énorme mystification en cours, non pas pour remettre en cause l'insubordination lycéenne, mais celle qui consiste à faire avaler qu'on pourrait changer quelque chose à la reproduction des inégalités sociales. Je m'appuierai sur deux faussiliations : l'invention du poing levé et l'hystérie antipolicière. Le poing levé n'a jamais été un symbole prolétarien au 19ème siècle comme au 20ᵉ. C'est un camarade anglais, très instruit politiquement, alors que je le ramenais à la gare à la fin du premier congrès du CCI en 1976.
C'est une invention de l'antifascisme des années 1930, venant du PC allemand en voie de stalinisation. Au bras tendu du nazi et main plate, on pouvait répondre en fermant le poing. Cette invention est devenue vite plus qu'un signe de colère mais d'appel à un ralliement… national, pas internationaliste. Il fût utilisé par le Front populaire bourgeois en France, puis pendant la guerre civile inter-impérialiste en Espagne. Les jeunes gauchistes n'y connaissent rien. Tout comme le communisme stalinien qui reprit à son compte ce point levé (mais pas dressé contre le stalinisme dans leur dos) c'était un geste avant tout de défense "nationale" contre l'hitlérisme, puis le mussolinisme et le franquisme. On l'a oublié, mais au début ces idéologies d'extrême droite n'avaient pas une vocation internationaliste. Elles furent toutes des réactions nationales contre les tentatives révolutionnaires du prolétariat échouées dans ces trois pays. La caractérisation de national-socialiste est d'abord une réponse à la trahison des partis de gauche qui partout avaient voté les crédits de guerre puis avaient accepté la défaite. Dans ce sens, le poing ne sera plus que la main repliée de toute émeute petite-bourgeoise des hippies aux blackpanters; un poing hors classe si je puis dire. Qui signera l'engagement dans la guerre nationale puis mondiale où les poings finiront par être menotés par la gentille démocratie armée, Staline et Hitler. L'antifascisme est dès l'origine un nationalisme (n'en déplaise à la version wokiste France-Inter collabo du mythique poing antifa). Le poing de mai 68 imaginé par un dessinateur gauchiste n'est pas très heureux car il n'y eut ni pouvoir ouvrier dans l'usine ni continuité après juin.
La clique Révolution permanente n'a fait que reprendre ce poing litigieux que toutes les sectes trotskiennes ont utilisé à différentes époques. Ce poing levé est invisible dans les révolutions russes (on salue à la manière militaire, main au front); au cours de la révolution de 1789, c'est le bras tendu et la main ouverte qui signifie l'ouverture au monde de la révolution. J'espère qu'on reviendra sur la fonction de la secte Révolution permanente car j'ai aussi des remarques à faire sur cette mafia qui se prétend plus insoumise que l'insoumission carnavalesque de LFI.
Ma deuxième remarque va examiner l'hystérie antipolicière acharnée et douteuse de toutes nos bonnes consciences de la gauche bobo et bourgeoise. Elle est essentialisation cynique, fondée sur des généralisations outrancières et fausses jusqu'à la caricature où le simple exécutant est supposé devenu "autonome". La haine de la France permet à Taubira de communiquer qu'on tabasse et mutile les jeunes". Garrido renchérit qu'elle ne supporte pas que "des enfants soient éborgnés". Tout cela est évidemment partagé par tous les millionnaires du sport et de la chanson: Teddy Riner, Wenbanyama, Tahar Rahim, Squeezzie, Camille Cotin, Louane, Omar Sy, Zaz, le rappeur SDM... Suivie massivement par une jeune audience, la chanteuse Theodora, 22 ans, a elle diffusé sur ses réseaux des images d’interpellations par les forces de l’ordre. « La police frappe les enfants (...) La violence est inhérente à la police et la police tue ». Et Omar Sy, le riche réfugié aux États-Unis, de conclure: "« C’est nos mômes , c’est l’avenir de notre pays qui est en train de dire à un pays qui est complètement à la dérive".
Tous ces riches saltimbanques n'ont jamais été dans une manifestation violente ou se répand et pisse une foule déchaînée. C'est un déluge de lourdes pierres, de détritus gluant, de boules de pétanque qui leur tombent dessus pendant de longues minutes sans qu'ils aient ordre de réagir ou de se défendre. Le moindre coup de genoux d'un CRS fait la une de l'indignation de gauche, pas les coups de pied sur une femme policière seule, dont les agresseurs sont aussitôt relâchés sous l'excuse de minorité...Tout comme les édiles faux-culs et gauchistes élus ou prétendus font semblant d'ignorer que la gauche une fois au pouvoir se sert des mêmes policiers de base si méprisés. Comme ils sont méprisés par Macron et leur hiérarchie. A dessein puisque ces "exactions" policières font passer ausecond plan, avec la complicité de tous ces anti-polices, lesexactions économiques et sociales que ces cliques bourgeoisesnous préparent.
A croire les mères Taubira et Garridosales flics sont tous des tueurs, éborgneurs et massacreurs de ""nos mômes" comme dit le touriste américain Omar Sy! Des mômes qui peuvent jeter au sol une femme policière, crier qu'il faut la tuer et frapper à coups de pied sur sa tête. Nos mômes dont certains violent ou tuent. Allez vous faire foutre élite de merde. Ce sont les gouvernements et vos errements politiques au pouvoir qui ont jeté la merde, et les CRS sont chargés de la ramasser. Ces politiciennes puantes et leurs riches potes du showbizness incarnent parfaitement cette bourgeoisie licencieuse pourrie de fric et qui pète sur ceux d'en bas.
Le slogan le plus démagogique et bourgeois qui soit est ce "nos enfants" comme le notait le jeune Lénine au début du siècle dernier. Pensons aussi au fameux "nos enfants" de 14-18. Flatter la jeunesse vilement est le premier souci de tous les recruteurs de sectes politiques et religieuses, comme des vautours du showbizness qui ont besoin de pomper l'argent limité de cette jeunesse.
JLR: un peu long mais intéressant. La jeunesse n'est pas une classe sociale en effet. "Nos enfants" dans la bouche des bourgeois ça m'a toujours fait marrer, les leurs oui et séparés de la racaille banliueusarde et protégés dans les meilleures écoles des "classes supérieures". Mais justement,je ne crois pas à une homogénéité des mouvements lycéen et étudiant. One me fera jamais croire à une égalitédes chances dans l'Eduque naze. Crois-tu que la plupart des lycéens avalent cette connerie?
PH: bien sûr que non. Tout le monde est appelé à devenir cadre, voire son propre patron, mais toujours moins d'élus. Ou en tout cas s'ily en a eu beaucoup trop jusqu'à présent c'est fini les cols blancs, il va leur falloir pédaler sans cravate. La fraise de l'ancien régime (la collerette) a été remplacée par les cols blancs. Mais tout le monde ne pouvait pas le devenir, il y fallait du piston ou des années d'étude. L'habit faisait le moine.. Victor Hugo travaillait nu privé de ses vêtements pour ne pas quitter sa table de travail. Il y avait un travail respectable. La révolution française (bourgeoise) a dissout la noblesse de l'apprenti compagnon. Tout métier devrait être perçu comme un artisanat respectable. Mais á l'époque de notre bourgeoisie en pleine décomposition, il n'existait plusque des couches moyennes,, sans indiquer qu'on y plaçait toujours en bas, près du siphon la classe d'en bas, réduite numériquement donc méprisable.lLe travail manuel est inférieur et vil, c'est pourquoi il est naturel qu'il soit réservé aux immigrés, et qu'il est urgent de les laisser entrer massivement pour sauvegzarder les métiers nobles.iAu niveau de la,transmission on peut d'ailleurs se demander ce qu'un cadre a à transmettre. Regarde fiston, voilá comment on fait l'achat d'un bel iphone sur Temu. Exemple un peu ridicule mais qui participe de ce que les sociologues caractérisent désormais comme la grande faillite de la transmission, ce que nous récusons bien sûr pour ce qui concerne notre transmission des expériences historiques du prolétariat...
ETRE CADRE OU RIEN
JLR: tu penses vraiment qu'à la source de la colère lycéenne et étudiante il y a la peur du déclassement?
PH: oui il y a la peur de ne plus se retrouver cadre, petit-bourgois qui s'ignore. Ce n'est pas une opton égalitaire mais un choix arriviste; même liquidés avec l'IA, nos nouveaux cols blancs sans cravate et super diplômés, sous antidépresseurs, ne voudront jamais "tomber dans le prolétariat". On pourrait reformuler mon idée ainsi : la résistance à l'IA chez une partie des étudiants et futurs diplômés relève moins d'une défense des prolétaires que d'une peur de rejoindre leur condition. C'est une proposition provocatrice de ma part, mais qui correspond à une analyse possible des mécanismes de déclassement social. Je peux nuancer avec Bourdieu. Il avait déjà montré que l'école ne sert pas seulement à acquérir des compétences, mais aussi à reproduire ou améliorer sa position sociale. Si le diplôme perd sa valeur de distinction parce que l'IA accomplit une partie du travail intellectuel, l'investissement scolaire paraît soudain beaucoup moins rentable. C'est là que les contre-pouvoirs de la gauche bourgeoise, et ses sattelittes petits bourgeois qui ont pris le commandement depuis un moment et troublent le classique jeu électoral, tentent de promettre la lune, des salaires inespérés, des retraites confortables juste par des élections hors de la cruuté de la criuse économique et des guerres. Comme s'il n'y avait pas nécessité d'envisager une transformation plus profonde des rapports de production en passant par une véritable insurrection massive pas spécialement pacifiste.
JLR: je te trouve un peu réducteur. Je pense qu'une prolétarisation va s'opérer quand même. Je te lic cet extrait d'un journal économique, résumé à ma façon. "Entre 1968 et aujourd’hui, le nombre de cadres a quintuplé. Ils sont, eux aussi, confrontés à des défis, le ralentissement de l’embauche et l’intelligence artificielle. Les employés de bureau n’ont jamais été aussi nombreux en France. En 2023, les effectifs de cadres en poste dans le secteur privé dépassaient la barre des 4 millions, soit près d’un quart du prolétariat français (même s'ils ne se reconnaissent pas comme prolétaires ces couillons). En parallèle, la part cumulée des agriculteurs et ouvriers a diminué de près de la moitié sur la même période. Depuis les années 1960, le nombre de cadres du secteur privé n’a cessé de se massifier". Et maintenant c'est le début de la fin.Cette masse de surdiplomés ne va pas rester au chômage ni s'engager dans police; de même que la masse des crs salariés pourra aussi désobéir et nous rejoindre (j'en ai discuté avec des gendarmes et des CRS pendant les dernières manifs, et je t'invite à le faire aussi, tu verras c'est culotté mais passionnant). Donc, réduire toute l'indignation à un simple arrivisme est excessif. Beaucoup de jeunes peuvent simultanément : craindre pour leur avenir professionnel ; s'inquiéter des inégalités créées par l'IA ; défendre une certaine conception du travail humain ; contester la hiérachisation des salaires et restaurer une dignité de tous les métiers. Parcoursup n'était pas une mauvaise réforme (avant on arrivait au bac sans projet personnel), respectait l'anonymat donc n'était nullement raciste, mais bon, rien ne marche, l'Eduque comme le reste est naze. Une autre conséquence de la désindustrialisation en France, et ailleurs, est la Tertiarisation de la société comme l'explique le texte suivant, montrant aussi que le statu de cadre se paye cher et se traduit par une surexploitation parfois pire que celle des ouvriers d'en bas:
Pour expliquer leur déferlement dans les bureaux, cette large enquête remonte jusqu’aux chocs pétroliers des années 1970 qui ont accéléré la désindustrialisation française, l’une des plus fortes parmi les pays développés du G7. De 1980 à 2018, l’industrie a perdu la moitié de ses effectifs. « Les transformations structurelles de l’économie française constituent un terreau favorable à cette évolution, en particulier la tertiarisation et le développement des services à forte valeur ajoutée comme l’informatique, le conseil, l’ingénierie ou la recherche et développement », notent les auteurs de cette large enquête. « Plus il y a d’investissements, plus il y a de cadres », confirme la directrice de l’Apec. Aujourd’hui huit cadres sur dix travaillent dans le secteur tertiaire et près de la moitié d’entre eux (45 %) exercent dans les services à forte valeur ajoutée. Le secteur informatique est particulièrement devenu le royaume du col blanc : près de 80 % des salariés du secteur y ont le statut de cadre. À titre de comparaison, ils ne sont que 16 % dans l'industrie. Cette augmentation du nombre de cadres s’est accompagnée d’un allongement général des études dans la population française. Le nombre de personnes titulaires d’un diplôme niveau bac + 5 a bondi. Et pour cause. « Pour accéder à des postes de cadre dès les premières années de vie active, c’est quasiment devenu un prérequis », notent les auteurs de l’Apec.?Rémunération médiane de 55 000 euros
Selon le portrait-robot dressé par l’organisme, cette catégorie de salariés semblait préservée des tensions du marché du travail : 95 % d’entre eux occupent un poste en CDI et touchent une rémunération médiane d’environ 55 000 euros, soit plus de deux fois le salaire médian de l’ensemble de la population française.
Loin de l’image d’Épinal, le statut cadre comporte toutefois son lot d’inconvénients. Les horaires d’abord. Les cols blancs interrogés lors de cette enquête avancent travailler plus de cinquante heures par semaine. « C’est une population qui, en contrepartie de sa flexibilité, de sa capacité à gérer son organisation, a une porosité entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle qui est bien sûr plus forte que les autres catégories de salariés, note Annelore Coury. Vous avez plus de cadres qui travaillent le week-end et le soir ou à des horaires atypiques que des non-cadres. C’est particulièrement vrai pour les managers". 50% des cols blancs, même en teeshirt, seront éliminés dans les cinq ans! Depuis l’invention de la machine à tisser, déjà mille fois, la fin du travail a été annoncée. Et chaque fois, il s’est réinventé. Mais cette fois-ci ne serait-ce pas différent ? Le cycle de destruction créatrice capitaliste pourrait-il se poursuivre sans les hommes ? Le flou qui entoure le rythme et les modalités d’adoption des nouvelles solutions d’IA par les entreprises nourrit ces scénarios apocalyptiques.
C’est bien là le nœud de la souffrance des lycéens, le flou de cet avenir déshumanisé : Parcoursup a fabriqué l’illusion d’un tri mathématique et objectif, sauf que rien ne garantisse que les meilleurs élèves obtiendront les meilleures formations et le résultat est l'exclusion de la majorité vers le grand RIEN. De quoi commencer à réfléchir qu'un autre monde est possible, à condition de se considérer membre actif d'une classe dont je vous révélerai le nom au prochain numéro.





