"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 11 août 2026

RETOUR A OUTREAU: LE COMMISSAIRE ET LE POLICIER (suite)



Suite de "RETOUR à Outreau: le commissaire et le curé

Suivi de: Il y a plus d'humanité dans un commissariat que dans une discussion entre gauchistes.




Dominique : On ne pouvait. Pas. Elle avait changé d'idée. Il l'avait briefé.

JLR : Tu l'avais briefé ?

Dominique : Tout le monde passe par là. Tout le monde ? Non non non. Parce que en fait, quand elle est revenue le lundi, elle avait moins de choses à dire. Elle s'était fait engueuler par les autres détenus pendant tout un week-end. Et donc elle était revenue en disant Non, non, ce que j'ai dit vendredi, c'était pas vrai, etc. Bon, plus personne ne la croyait. Parce que comment elle pouvait faire durer une histoire pareille ? Par contre, le juge, il a recommencé. Il nous a fait revenir sur place les uns après les autres. L'histoire se déroulait comme si on n'avait rien fait jusque-là. On reprend tout à zéro. Et on recommence. Est ce que tu peux évoquer l'histoire des lettres ? Les lettres ? Ouais, ils devaient être abasourdis, les jurés. Non, les jurés, ils avaient pas l'air. Probablement que je ne comprenais pas grand-chose. Je voyais mes avocats qui s'injuriaient. Mais c'était comme un tourbillon pour eux. Vraiment un tourbillon. Où ils ont dû être débordés par eux. Enfin, sombre histoire. Il y a eu des lettres, des noms.

Oh ! Quelle chance ! Tu peux les mettre sur la table. Non, mais tu vas arrêter. Elle est arrêtée en février. Arrêtée en novembre pendant neuf mois. Elle est en prison et elle cherche quelqu'un pour un peu peser sur ses affaires. Donc elle m'écrit. Je ne suis pas étonné, parce que je suis certainement la seule personne dans son entourage à la Tour du Renard. Mais comment vous étiez dans son entourage justement ? Elle habite en face de chez moi. Sur le même palier, je suis au septième étage. Elle est catholique ? Non.

Vous êtes voisins ?

On est voisins. C'est une question de voisinage. Ah bon ? Bon, Je suis pour elle la seule personne qui est un petit peu attentive aux autres. Et donc c'est logique qu'elle m'écoute et elle me prie pour me dire qu'elle a besoin de moi pour que je surveille son appartement puisque je suis en face. Pour que je téléphone à sa belle-mère, pour lui dire qu'elle est en prison, qu'elle a besoin de d'affaires, etc. Donc moi je téléphone à la belle-mère. Vous savez, elle me demande de faire une démarche auprès des assistantes sociales. Ce que je fais d'ailleurs, plutôt surpris. Je ne suis pas reçu chez les assistantes sociales. C'est après coup que j'ai compris pourquoi les assistantes sociales ne voulaient pas me recevoir.

Les enfants ?

Oui, par les enfants. En fait, les enfants, ils ont commencé par dénoncer leurs parents et ensuite les voisins, . Moi, je pense qu'il y a une raison. Il y a une raison pour laquelle ils dénoncent les voisins, les voisins qui habitent juste en face de chez moi, les voisins, c'est un couple de deux jeunes. Lui a 20 ans. Il revient du service militaire. Elle a seize ans. Elle a pu échapper à ses parents en se mettant avec lui. Ils ne sont absolument pas mûrs, ni l'un ni l'autre. Lui, il est incapable de faire quelque chose. Un gros fainéant. Et donc les voisins, quand ils sont arrivés, ils vont faire connaissance avec Myriam et Thierry Delay. Et ils vont se recevoir les uns chez les autres. Fais gaffe, moi j'habite en face, je le sais ça. Ouais bah ouais, j'ai vu arriver les voisins, j'ai vu qu'ils se recevaient les uns les autres. J'ai vu aussi que ça n'a pas duré. Au bout de six mois. J'ai rigolé. Il est passé à travers la porte du voisin. C'était un bulldozer. Il est rentré dans la porte. Ouais, je connais le voisin incapable de réparer sa porte qui fait appel à son beau-père. Et alors ? Ces gens là, je les connais bien. Suffisamment en tout cas pour que elle, elle s'adresse à moi.

Et elle m'écrit cinq lettres dans l'espace de quelques jours. La première chose que les flics font, quand ils rentrent chez moi, c'est d'aller chercher les lettres. Ils les trouvent dans mon secrétaire. Ce qui me fait dire que les flics savaient qu'elle avait écrit où étaient les lettres. Et donc ils étaient venus chez moi la veille. Ils avaient fait une fouille. Légalement, c'est impossible de piquer en l'absence du locataire. Moi j'aurais jamais osé… Illégalement, ça m'étonne pas. Deux fois c'est possible vu les gugusses, mais moi je l'aurais jamais fait. Parce que quand on rentre chez quelqu'un, quand on doit rentrer chez quelqu'un, on arrive avec un serrurier, le gars n'est pas là, on prend deux témoins, on sort en général les voisins, les trucs et les machins ; mais souvent la police secrète ne prend jamais de témoin. Quoi ? La police secrète ? Ils vont pas chercher le mec de Libération ou Le Figaro pour venir faire une enquête quand ils veulent, Surtout en milieu terroriste, en milieu terroriste en ce moment.

Allez avec le quartier, il y a des témoins. Tu parles des plombiers du Canard enchaîné, toi dans le Canard enchaîné, l'organe de la police, c'est pas pareil. Ils sont allés directement dans ma chambre, directement dans mon secrétaire de dossiers suspendus, et ils sont tombés sur le dossier suspendu où il y avait les lettres.

C'est impossible en l'espace de trois mois. Donc c'est au moment de mon arrestation qu'ils vont prendre ces lettres quand je vais être interrogé. Alors, moi, j'ai paniqué avec cette histoire de lettres parce qu'en fait ils vont me les mettre dans les mains avec les menottes. Qu'est-ce qu'il y avait dans ces lettres ? Ils me les mettre dans les mains au moment de me conduire à la prison. Le maton qui me reçoit à la prison de Maubeuge avec les lettres dans les mains. Il les ramasse. Donc j'étais paniqué parce que je ne pouvais plus récupérer les lettres. Elles étaient à la fouille. Mais qu'est-ce qu'il y avait dans ces lettres qui pouvait être gênant pour toi? Myriam Badaoui m'écrivait à moi, son voisin, pour que je lui rende des services. Quand on lit les lettres, on ne peut pas, on ne peut pas se dire ce mec, il a violé les enfants de Myriam. C'était une preuve pour dire que tu étais le seul à avoir une preuve écrite, que c'était impossible. Mais dans les esprits fêlés, tout est possible. Donc pourquoi le juge n'a pas voulu en faire mention nulle part ? Autre chose ?Une dissimulation de preuves ? Oui. On peut rouvrir le dossier. On attaque, alors je les récupèrer.

Dissimulation de preuves. Je suis désolé pour la dernière fois. Elle me convoque. Je viens avec les lettres, je les pose sur la table. Envoyez-moi cela. Oh ben moi celle là. Ah ouais ? Ben tu vois, c'est la dissimulation de preuves. Je savais plus quoi faire. Je les ai mis sur les genoux du flic qui était à côté de moi. Et je lui dis Mais vous avez vu ? Vous avez lu ces lettres ? Ah ben évidemment, ça te pose un problème, donc ça va les emmerder. Et on n'en a jamais. fait mention ni au procès ni nulle part. C'est aussi une affaire conclue. Il y a quelque chose d'incompréhensible. Il y a des choses qu'on ne peut pas comprendre. Mais si ça dépend sous quel oeil, sous quel angle tu analyses les choses. Et ils font des choses illégales en toute impunité, bien sûr. D'abord cette fouille qu'ils ont fait la veille chez moi. Puis ils m'arrêtent. Le lendemain, ils m'interrogent et pendant l'interrogatoire, on me dit : «  Oui, mais enfin, il y a des dessins pornos sur vos murs ». C'est du porno sur mon mur ? Il y avait des dessins. Parce que moi, quand les gamins venaient chez moi, ils faisaient des dessins sur les murs. Ça, c'était un reste de 68. Les gamins s'exprimaient sur mon mur. La veille de mon arrestation, la veille, une gamine était venue chez moi. Elle était très énervée. Elle avait pris un crayon qui était sur la table et elle avait fait un grand cœur. Comme une gamine ou une ado. Mais sur la porte, non, Sur mon mur. C'est pas vraiment pornographique. De la rancœur. Et elle avait mis je ne sais plus quoi.

On me dit oui, c'est pas drôle. Il y a un cul dessiné sur votre mur. Première nouvelle. Ça me revient. Incroyable ! Les flics voyaient le cœur dans l'autre sens. Mais ils avaient raison. Ils avaient raison. Je me perds, je me perds.

JLR : attends, Monsieur le curé, je me permets une parenthèse. À Albi, en 1959, monsieur le curé nous avait dessiner toute un après-midi. Enfin, ll nous a demandé de dessiner une portée musicale d'une façon originale, deux ronds comme ça, et puis de mettre les notes au milieu ; il en avait fait des copies à la ronéo.. Et on est allé distribuer dans le quartier et dans les boîtes à lettres de ma rue, la rue de la Piale.. La mère Marie, une vieille bigote au numéro 23, s'est mise à hurler depuis sa fenêtre au troisième étage : « le petit Jean-Louis m'a mis un cul dessiné dans la boîte aux lettres.

Dominique : Parce qu'avec cette portée musicale qu'on vous avait fait dessiner, on pouvait y voir un cul. Avec le dessin de la petite fille, il y avait la forme d'un cœur à l'envers et ça ressortait. Donc voilà. Mais j'ai toujours dit que la femme, c'est un cul en forme de cœur. C'est tout. C'est un cœur. Je vais vous dire un autre truc : que les flics puissent me dire ça, je comprends, que les flics aient vu un cul parce que les flics sont des obsédés, ils ont vu un cul à la place du cœur, je comprends aussi, c'est tout. Ils sont comme moi. Je vois un cœur à la place du cul.

Qn est dans l'irréel. C'est-à dire qu'ils transforment le réel. Oui, je trouve ça formidable. Formidable, et ça m'a rassuré, je vous jure. Au moment de l'interrogatoire, je leur ai dit : vous êtes comme les gamins, c'est formidable. C'est à dire que les gamins ont réussi à entraîner les adultes avec le même nom, dans le même délire. (…). Il y a un truc aussi. Là, ça m'a beaucoup choqué. Il y a le principal du collège d'Outreau, c'était bien avant quoi Gourguechon Non, ce n'est pas ce nom là. Non, le principal il ne fait pas son boulot, (...)

Après ça, je me renseigne un petit peu et puis ils disent : « Ouais, il avait des revues pornos chez lui. Le professeur, le proviseur, le principal du collège de trop. (…) On a trouvé des revues pornos chez le psy. On vient de finir le mec il avait des magazines. On a faim, mais c'est bon. Cela se trouve, c'est meilleur. Moi aussi j'en ai. Parce que, un coup dans une poubelle, j'avais trouvé un paquet de revues. Moi, tout ce qui suit, je prends. . Moi je trouve pas ça porno. Il y avait de belles photos de femmes à poil, mais ça, c'est pas ça qui m'intéresse. Il y avait des articles qui étaient bien là-dedans. En plus, non mais on ne peut pas incriminer quelqu'un qui a des revenus. Quoi, C'est pas interdit d'en acheter ? C'est comme si moi j'avais des revues de jardinage, c'est pas pour ça que je

La photo la plus chère du monde

veux frauder. Oui, on me soupçonnait là-dessus et ça a été longtemps le cas. L'individu possédait des films ou des revues pornos. Et alors ?

C'était lui. Mais moi. Alors je me suis dit ben zut, s'ils viennent chez moi et qu'ils regardent, ils vont trouver aussi des revues pornos. C'est pas une preuve ! C'est fort de café quoi. Alors accuser quelqu'un en disant il y a des revues pornos chez lui. Mais encore nous, ça va... mais rappelle-toi pour les homosexuels, comme ça a été terrible pendant des années et ce n'est que récemment que ça a cessé. Moi je me rappelle que dans les parcs, ils se faisaient casser la figure, etc. Mais c'est encore vrai, ils craignent encore. À Lille, il y a eu un bar gay qui s'est fait incendier. Ils sont malheureux. C'est pas évident. Mais à l'époque, tu étais pédé, tu étais fiché à la police comme pédé. C'était un délit à l'époque. Pendant 50 ans, ça a été un délit d'être homosexuel. Alors que les ministres et les présidents eux-mêmes étaient bi ou homos, là, ils se permettaient ce qu'ils voulaient. Quand on fait beaucoup de choses, je ne veux pas vous révéler un secret d'Etat, mais on nous fait de grandes leçons sur la pédophilie, etc. Mais moi, j'ai entendu beaucoup de choses sur Monsieur Jack Lang qui n'étaient pas très reluisantes et c'était un homme de pouvoir. Bien sûr, il ne sera jamais emmerdé.

(…) Ils ont fait une visite intéressante à la fin août. Quand ils m'ont reparlé de ce dessin qu'il y avait sur le mur. Un cœur ? L'un d'eux me répond : « Non, c'est un cœur à cœur ». C'est de l'interprétation. C'est marrant parce que si tu dis non, c'est de l'art. C'est de l'art ou c'est du lard. Alors ils me disent : « Bon, on va y aller. Bah ouais, on y va ». Donc tout de suite, on m'emmène à Sangatte, on revient à Outreau. On arrive à la tour. En bas de l'immeuble, il y avait un caméraman de FR3 qui nous attendait par hasard. (...)

Alors pour m'emmerder, il téléphone à son frère. Et le Chef lui dit : « Bon bah c'est tout, laissez tomber. Revenez. On est repartis à Calais, 180 à l'heure sur l'autoroute du Nord. Et. Surprise, très longtemps après, je trouve des photos. Ils y étaient allés. Le lendemain, ils sont allés prendre des photos dans mon appartement sans me le demander. Illégal. Il n'y avait pas de témoin. Ils ne sont pas rentrés avec des témoins. Non, Je n'ai jamais entendu dire par quelqu'un du voisinage qu'ils étaient rentrés. Non, ils l'ont fait illégalement. Après, c'est possible si le juge l'ordonne. La commission rogatoire, ils ont le droit. J'ai jamais vu dans le dossier une réquisition, là. Donc c'est qui ? C'est Misère qui a fait ça ? Non, non, toi tu es du côté de la police. C'est toujours les gars de la DPJ, les aubergines. Mais moi je pense que, au point où il en était, c'est pas étonnant qu'il ait fait des choses illégales.

Charles : Je crois qu'il était tellement stressé qu'il n'avait plus comment s'en dépêtrer et qu'il fallait à tout prix trouver des preuves, parce que toi, tu avais des preuves comme ça qu'on peut avoir sur un dossier. C'est comme ça qu'on avance dans la merde. D'ailleurs, ils l'ont tellement salopé que bah ouais, mais c'est comme ça qu'on se fout dans la merde. Ils sont cons, mais de toute façon, ils sont cons depuis le début. Ouais, je suis d'accord, ils sont cons depuis le début. Un peu de recul justement de faire des choses illégales ?

Dominique : Comment elle s'appelle ? Celle de Saint-Omer ? Non. De Aire sur la Lys. C'est à côté, Elle se présente comme pédopsychiatre. Alors, elle a une carte de visite longue comme ça et donc il faut se méfier, justement. Elle veut qu'on reparle de cette histoire ? inversement proportionnel à la qualité des individus. Au mois de mai, là, le fils Legrand va être convoqué au tribunal à Rennes. Le fils Legrand, c'est le fils de celui qui s'appelait Daniel Legrand, qui s'appelle donc pareil, dont le père était dans le bâtiment si je me souviens bien, et qui était un squatteur de boîtes pornos en Belgique. Mais voilà, le père est décédé, Le fils, pas tout jeune, avait des dettes en plus. Le fils Legrand au moment où il est inculpé, il est mineur. Donc ils ont inculpé le père, jugé par le tribunal des mineurs, mais ils ne l'ont pas jugé aux mineurs. Alors que le gamin, il s'était fait reconnaître parce qu'il avait été arrêté en Belgique, parce qu'il avait fait un chèque en bois pour une mobylette. Ça se passe Comment on fait un truc de passe-passe ? Je ne sais pas pourquoi, mais ça va être bizarre aussi ça.C'est une homonymie. Ils ont fait passer le faire à la place du fils. Mais le résultat c'est que maintenant la phrase la fameuse psy qui s'en est aperçue, elle a réussi. Elle a porté plainte auprès du procureur de Douai pour qu'il repasse au tribunal des mineurs. Non, mais les membres de la commission des faits, ils disent : « Voilà ils était mineur ». Oui, mais maintenant il n'est plus. Bah si, il a été jugé comme majeur, il n'y a pas de prescription jugée. Non, mais il y a un vice de forme. C'est clair que ça va durer trois semaines. Et pour obtenir quoi au juste ? (…)

Tout cela est mieux raconté dans le livre du prêtre ouvrier Dominique Wiel, vendu à plus de 70 000 exemplaires (2006). C'est moi qui l'ai informé que, dans son dos, son éditeur en avait profité pour l'éditer en collection de poche en 2008 sans le lui dire ni le dédommager.


IL Y A PLUS D'HUMANITÉ DANS UN COMMISSARIAT FRANÇAIS QUE                              DANS UNE DISCUSSION ENTRE GAUCHISTES

article de 2016

« Nous pouvons affirmer, sans grand risque de nous tromper, que l'étudiant en France est, après le policier et le prêtre, l'être le plus universellement reprisé. Si les raisons pour lesquelles on le méprise sont souvent de fausses raisons qui relèvent de l'idéologie dominante, les raisons pour lesquelles il est effectivement méprisable et méprisé du point de vue de la critique révolutionnaire sont refoulées et inavouées. Les tenants de la fausse contestation savent pourtant les reconnaître, et s'y reconnaître. Ils inversent ce vrai mépris en une admiration complaisante ».

Mustapha Kayati (brochure situationniste de 1967)


  Résumons le problème des 50 dernières années pour la révolution. Qu'est-ce qui empêche la révolution, la prolétarienne - la seule vraie, la seule sérieuse sans utopie pour faire cesser la folie du monde - de préoccuper en premier lieu l'immense majorité des prolétaires ? Les fins de mois difficiles ? Pas toujours. Ma femme qui m'a trompé avec un bourgeois ? La révolution ne sera pas un lupanar et la classe ouvrière n'ira pas au paradis. Le rêve consumériste ? Pas vraiment ? Le crédit ? Au contraire, la révolution procédera à un moratoire des dettes, et licenciera les banquiers. Les corporatismes syndicaux ? Pas vraiment tant que fonctionne l'assistanat, qu'on ne meurt pas de faim en France, et que les « partenaires sociaux » se concèdent des augmentations paritaires périodiquement, certes outrageusement inégalitaires versant patronat, et qu'on laisse le chômeur se culpabiliser lui-même dans sa solitude. Les promesses des partis politiques ? Vous voulez rire ? Les élections ? Vous vous moquez de moi !

Non le véritable obstacle à la révolution, défendu avec brio par la droite bourgeoise, la gauche bourgeoise et son parti stalinien en tête, le voici brut de fonderie et inaltérable : une révolution, c'est sanguinaire ! Une « aventure sanguinaire », vous allez savoir de la part de qui. C'est même équivalent à une guerre, répétait naguère et jadis ma belle-mère qui ne connaissait l'histoire ni d'avant ni d'après. Tous nos terroristes en herbe d'un marxisme ringardisé, anarchisme, néo-althussérien (Al tu sers à rien!) parlent d'un temps qu'ils ne peuvent pas connaître, où il était possible de n'être point encore trépanés par la sotte idéologie terroriste de donneurs de leçon en chambre de « principes de classe », gradés de l'inévitable « violence révolutionnaire » qui ne saurait transiger avec la platitude des pacifistes réformards (ouf!). Ils ne connaissent nos bambins de l'émeute de rue, nos lycéens intransigeants avec la barbarie du monde, habités de cette jouvence révolutionnaire, que la pose antifa, précieuse garantie de non-conformisme, et cette haine primaire du flic de base, qui font jouir au parfum des lacrymos et à l'odeur de la poudre...d'escampette. Une de leurs idoles papy Rouillan, n'a-t-il pas eu le courage de dire que les tueurs terroristes étaient « courageux »... de tirer dans un tas de civils sans armes. Le principal leader bobo-trostko-Besancenot n'a-t-il pas dîné avec le diable qui effraie encore tous les patrons de Navarre et du plat pays du Nord ? Une poignée de derniers dinosaures bordiguiens n'assure-t-elle pas que les attentats de Daech sont une annonce du revival de la « guerre de classes » ? Ou il n'y aura qu'une lame de couteau entre le « terrorisme révolutionnaire » et le « terrorisme de peuple opprimé ».

Ils portent tous le tee-shirt Guevara, le Vinchinsky cubain chargé d'exécuter par centaines, en tant que « ministre de l'Intérieur » (du stalinisme), les opposants politiques ou tous ceux qui cachaient un drapeau étoilé dans leurs caves. Les parents de nos nouveaux « anarchostaliniens » - rois putatifs éphémères du gauchisme tiers-mondiste n'avaient-ils pas tant aimé défiler avec la tronche du général Ho Chi Minh, et des maréchaux Lénine-Staline-Trotsky, avec la géniale inscription : « le pouvoir est au bout du fusil » ? Quoique ce ramassis de has been nous fasse pitié avec leur reconversion dans l'écologie gouvernementale et leur compréhension paternaliste de tout ce qui « s'indigne » (en 68 c'était « tout ce qui bougeait »).

Pourquoi leur jeter la pierre aux « jeunes » (meneurs bobos mégalos) de penser qu'une révolution, une vraie, c'est violent . Persuadé comme eux que la classe dominante, telle Bill Gates, ne va pas distribuer sa fortune colossale (dont nous les prolétaires, ne voulons pas sous sa forme argent ou immobilière), et qu'il faudra la contraindre à sortir de ses blockhaus dorés, je ne pense pas, malheureusement pour nos lycéens puristes khmers rouges ou cet idiot de Trostky, que tous les moyens soient bons.

Désolé, je préfère mille fois l'absence de révolution à une révolution qui implose en règlements de compte sanglants et où la classe ouvrière « prendrait la place » de la bourgeoisie pour affirmer sa « terreur révolutionnaire ». Sur le sujet, l'historiographie bourgeoise et les journalistes superficiels, sont gagnants à tous les coups, bains de sang inoubliables : 1793, révolution française (quoique bourgeoise) ; 1871, la Commune de Paris (pas vraiment clean selon Marx et Elisée Reclus) ; 1917, révolution bolchévique (mais massacre injustifiable de Kronstadt) ; 1937, guerre d'Espagne si cruelle...

Oubliant évidemment de balayer devant les mausolées aux deux grandes boucheries mondiales. Mais sur l'analyse, l'étude et des conditions de l'exercice de la violence en temps de révolution prolétarienne, personne ne vient contredire les doctes moralistes bourgeois qui ramènent l'essentiel des révolutions à des tueries ; surtout pas le discours du gauchiste moyen sur la Toile qui promet que la révolution sera « impitoyable » et que « c'est un principe qui ne se discute pas » (un petit coco arrogant et sûr de ses acquisitions « marxistes », m'a répliqué que voter à gauche de la part d'un policier ne signifie plus rien – il faudra tous les descendre – et donc les mettre dans le même tas que ceux qui votent FN).

L'anarchiste de base est en tout point d'accord avec l'historien bourgeois réac et révisionniste : une révolution, c'est sanguinaire, on n'épargnera aucun des bourgeois, on trucidera tous les flics et pourquoi pas aussi leurs femmes même si elles nous hurlent qu'ils sont aussi des prolétaires.

On est là au cœur de la propagande planétaire de la bourgeoise avec son utilisation intensive, surmédiatisée, du terrorisme islamique. Aucun groupe politique à prétention révolutionnaire n'a eu le courage politique, se fichant du qualificatif de pacifiste par le terrorisme intellectuel germanopratin, de dénoncer cette hystérie largement partagée ; excepté le CCI, cf. l'article du regretté Marc Chirik « Terreur, terrorisme et violence de classe », moquant des Duces qui, du haut de leur petite taille, et après avoir été porter plainte au commissariat du coin pour le vol de leur ipod ou ipad, échafaudent les principes invariants de la « terreur de classe », au souvenir de Couthon sur sa chaise roulante.

Quelle joie pour la classe régnante « démocratiquement corrompue» que les supplétifs du gauchisme multiculturel viennent plaider pour un même type de terreur contre les populations « récalcitrantes », quelles qu'elles soient, quand toute cette ribambelle de marginaux ingouvernables s'imagine un jour au pouvoir.

Hier, post-68, c'était pénible et assez insoutenable de soutenir qu'une révolution c'est forcément violent mais pas nécessairement un holocauste. Je me souviens m'être opposé cent fois aux militants staliniens qui dénonçaient « l'aventure gauchiste », le « vous voulez un bain de sang bande de petits cons » ; ou ce collègue vieil ouvrier : « Ah ouais, vous avez barbouillé Pasteur dans la cour de la Sorbonne, mais, bande d'imbéciles, Pasteur a apporté plus à l'humanité que vous ne lui apporterez jamais avec vos pots de peinture » (salut à toi Jean Delannoy, ami d'enfance de Line Renaud, si tu es encore de ce monde). Avec le recul, oui mon vieux collègue Jean et les militants staliniens avaient raison, et nous étions trop immatures et trop ignorants de l'histoire pour ne leur opposer que notre naïveté dans une main et un pavé dans l'autre.

Ce n'est pas de leur faute à nos lycéens « anarchostaliniens » ou lycéens éternels, me direz-vous. Je le concède et que le premier qui ne s'est jamais trompé de bulletin de vote leur jette la première urne en bois. Je concède en effet que ces divers jeunots gauchistes radicaux, indignados de première, sont là pour nous amuser ; la vie politique bourgeoise est si morne. Il suffit de lui montrer un CRS pour que le lycéen hurle : voilà l'ennemi !

Il suffit de leur montrer un étudiant qui se prend un vulgaire coup de poing dans le pif par un flic pour que la toile s'enflamme. Pauvre chéri, dans les années 1950 les CRS tuèrent des ouvriers ; tu vivrais au pays de l'antiracisme outre Atlantique, c'est une balle dans la peau qui t'attendrait. Nous sommes plusieurs à avoir pris des coups de la police en manif ou en grève depuis des années, jamais la toile ne s'est enflammée pour nous, et la pharmacienne du coin a fait le boulot de consolation. Le plus scandaleux n'est pas dans la violence inévitable du mercenaire d'Etat, mais dans l'esquive de l'Etat. C'est Cazeneuve qui méritait une baffe en guise de remerciement pour sa lâcheté à balancer le lourd appareil judiciaire sur un vulgaire lampiste ; comme pour la mort d'un marginal écolo tué par une grenade en pleine poire, l'État, ses ministres et ses journalistes mènent campagne contre un de leurs exécutants de base. C'est pas nous, c'est lui, cet idiot de flic de base qui a commis une « bavure ». C'est la même esquive avec les paradis fiscaux de Panama que Big Brother procède, où le « président de gauche » caracole qu'il a toujours eu raison de dire qu'il n'aimait pas « la finance », alors qu'il est assis dessus, et que nous, les prolétaires pauvres, on se fout d'une poignée de milliardaires, planqués à l'abri d'immenses couches petites bourgeoises profiteuses des miettes de l'or capitaliste.

La violence physique et permanente du système est chloroformée dans la conscience des prolétaires par l'accumulation des mensonges déconcertants, où tous les chats sont gris.

LA POLICE A CHANGÉ…

Dur métier que celui de policier de nos jours. Pourtant, vu le chômage de longue portée, ils sont nombreux les jeunes prolétaires à faire la queue aux centres d'embauche, comme aux centres de recrutement pour l'armée ; pas pour l'amour de la fonction, mais parce qu'il y existe une paye décente et une garantie de durée dans l'emploi. Lors d'une garde à vue, menotté, un officier de police, qui fût tout à fait correct avec moi, m'en boucha un coin : « Mais monsieur, moi aussi je suis un prolétaire et mon père était ouvrier ». Adoptant profil bas, je n'ai pas osé lui répliquer : « D'accord, mais alors on verra si vous êtes vraiment un prolétaire, le camp que vous choisirez au moment de la révolution ».

Partout il est filmé, plus qu'une vedette de cinéma en train de traîner à Conforama. S'il passe dans les allées d'Auchan, on va considérer que c'est un feignant en vadrouille, alors qu'il est venu acheter des plats cuisinés en boîte pour cinq types en garde à vue. Il est tenu régulièrement d'assister à des stages de déontologie où la leçon de morale importe plus que le maniement de la matraque télescopique. Si la photo ou le film d'une « action un peu dure » apparaît sur la toile, il peut mettre une croix sur sa carrière. La presse gouvernementale le dénonce chaque jour ou se moque de ses maladresses en compatissant avec ses agresseurs, lycéens cagoulés et persuadés que se faire un flic est le summum du premier acte fondateur révolutionnaire (pendant que son pote prendra un selfie pour le montrer aux copines), ou salafistes excités en pyjama ; le plus pitoyable exemple récent de la connivence antiraciste institutionnelle est celui de la manif annulée des « fachos » belges en région bruxelloise où la racaille pro-daech, leur succédant, est venue lancer des pierres sur les policiers, ceux-ci répliquant mais... à la grande indignation des journalistes.

Au cours de ma carrière dans le service public, j'ai assisté plus d'une fois à des agressions et altercations populaires, d'une certaine catégorie de populations de banlieue, aux cris odieux et barbares contre des flics venus faire des constats ; je vous laisse à penser auprès de qui aurait penché mon soutien si cela avait dégénéré. La police s'est humanisée, avait triomphé le blaireau Sarkozy. C'est un peu vrai. Dans les commissariats, on trouve maintenant des « pédés » et des « gonzesses » en uniforme ; je me souviens avoir vu tomber mon dentier lors d'une gay pride à Paris, voyant passer le char de la préfecture de police avec ses « folles » je hélai une policière qui saluai le camion :

- c'est vos collègues ?

  • Oui, me répondit-elle, comme une évidence.

    Je m'éloignai en secouant la tête dubitativement. Cependant, j'insiste là-dessus, en pays développé c'est une petite révolution réformiste en interne, qui, certes ne change pas dans le fond la police, j'ai vu des policiers, femmes ou peut-être homos - (attention, je ne traite pas ici tous les policiers de « pédés » ou de « sales nègres », ce qui était le fait des milices syndicales du PCF dans les années 1970, tombés au rang d'électeurs du RN)) – capables de frapper aussi violemment des non-encadrés par les syndicats ou « alliés objectifs du pouvoir » .

LES GAUCHISTES N'ONT PAS changé...

Un peu néophyte sur le terrain des forums de discussion, j'en ai trouvé un très intéressant où les insultes ne prennent pas le dessus et où le principal animateur possède l'autorité et l'intelligence de bien le cadrer, et qui permet, divergences ou pas, de discuter d'un point de vue « de classe » sans a priori et en restant très intolérant avec les anathèmes. Même dans le cas d'une discussion mal engagée.

La mise en route avait commencé par la republication de ces policiers italiens qui avaient ôté leurs casques face aux manifestants en décembre dernier (2016), la date n'étant pas précisée.

L'introducteur voulait sans doute simplement ridiculiser le clown pacifiste et électoraliste Peppe Grillo, mais révélait une opinion quelque peu moisie sur la nature de la police, suite à une interpellation (non policière) d'un lecteur capable de discerner : « je vous trouve trop généraliste, il existe forcément des flics qui refusent de tabasser des manifestants,etc., mais en très petite quantité, infime. »

La réponse était de facture très classique : « Parce qu'ils sont les chiens de garde de la bourgeoisie. Ils ont pour fonction de défendre l'Etat et les rapports de production en place. C'est pas le cas d'un travailleur de chez Dassault, qui comme ailleurs, produit de la plus-value..

Un autre s'opposait aussi à cette vision trop classique : « Mais dans les deux cas ce sont les intérêts des employeurs qui s'opposent aux nôtres, alors pourquoi ne pas parler aux flics comme des travailleurs de la fonction publique (ce qu'ils sont) pour tenter de les joindre à notre cause le jour où le contexte économique et social sera propice à la révolution ? ».

Il lui est répondu : « Un flic est un flic... Il est payé pour faire respecter l'ordre bourgeois. Comme un juge... autant la propagande dans la troupe me semble réalisable, autant chez les flics, je n'y crois pas, même si dans l'action révolutionnaire, une partie peut nous rejoindre. N'ayez pas d'illusions, il suffit de voir le rôle de ces ordures au Chili, transformées en tortionnaires de masse. Ces mecs fusilleront du prolo dans la révolution, bien avant que certains changent de camp. C'est l'essentiel à retenir ».

Robin Goodfellow prend la parole à son tour : « Le problème de ce post, c'est qu'il balance un article de 2013, sans contexte, pendant le mouvement des Forconi, qui est assez comparable aux Bonnets rouges. Que les flics se solidarisent avec les petits patrons artisans et commerçants n'engage aucune incidence envers un mouvement prolétarien. Mais la discussion semble cesser là, et je n'y retrouve plus mes propres remarques, censurées ?

Dommage, cela pouvait permettre enfin un début de réelle discussion sur un sujet sensible, qui est l'arlésienne du gauchisme ou plutôt sa honteuse arrière-pensée, car cette idéologie est profondément anti-révolutionnaire, étrangère à notre grande Rosa (« la révolution abhorre le meurtre »), et qu'il faut nous attacher à notre époque à montrer que les grands moments, les grandes avancées de la révolution ne dépendent pas de la quantité de terreur, ni ne sont responsables des dérapages de classes ennemies ou de fous furieux. Et je me contenterai pour finir de souligner que si la domination de la bourgeoisie se perpétue, les formes en ont changé, pas forcément à son avantage malgré la modernisation électronique et antiraciste. La tradition du mouvement ouvrier disait : nous ne pouvons compter que sur la désobéissance de l'armée, prolétaires sous l'uniforme tu restes un travailleur !

C'est fini les armées de métier un peu partout en Europe.

La tradition du mouvement ouvrier disait : « armement du prolétariat ».C'est fini, on ne peut pas laisser distribuer n'importe comment les armes. La tradition du mouvement ouvrier disait : « Les flics sont nos principaux ennemis. » La tradition avait déjà tort, les principaux ennemis sont les institutions bourgeoises, partis et syndicats. C'est grossièrement pas faux, mais insuffisant. Pour inverser un argument d'un participant qui disait que le retournement de flics pendant la révolution en notre faveur serait minime, j'ai envie de préciser que pour encadrer une aussi vaste population de prolétaires en révolte, les contingents de flics sont trop « minimes » pour suffire à terroriser et ramener à l'obéissance les immenses foules modernes.Ou alors qu'on m'explique pourquoi Mussolini a créé les chemises noires et Hitler les SA.J'ai la réponse, vous faites pas de bile, révolutionnaires de salon : parce que les flics ne sont pas assez nombreux et souvent plus proches de la population travailleuse que les militaires d'aujourd'hui !

(je reviendrai sur le sujet dans mon book sur la guerre d'Espagne et vous verrez que l'histoire se rit des simplismes et qu'un type en uniforme peut être parfois plus humain qu'un civil pervers).



Alexandre Collignon

4 avril 20:00


Bah déjà, ce serait sympa d'éviter le ton condescendant avec des expressions du type "mon coco".
Des flics de " gauche " ou " plutôt de gauche " y en a toujours eu. Personne n'a rien appris ici. Être de "gauche" n'empêche pas d'être con, réac, chauvin ou même autoritaire.
Des flics révolutionnaires, pas sûr qu'il y en ait vraiment.

De toute façon, il n'y a rien à attendre des bras armés de l'État bourgeois. Juste le moment venu, s'il y a quelques taupes dedans, bah elles pourront aider. Mais police et militaires restent les gardes-chiourmes du capital. Des ennemis. Nul besoin d'arriver à la maîtrise de marxisme pour le comprendre. On l'apprend en première année, ça.

Quant à faire la liste de tous les corps de métier représentés dans les victimes des derniers attentats, ce n'est vraiment pas le sujet ici, et ça serait trop long (et n'oublions pas non plus les chômeurs, les branleurs assumés... et Diesel !).


Historique

Jean-louis Roche

4 avril 19:31

non mon coco pas forcément, faut pas être anti-flic primaire. Moi, dans ma longue carrière dans le public, j'ai connu plein de flics honnêtes plutôt de gauche, qui se vivaient comme prolétaires, et dans les révolutions, heureusement qu'une partie de la police et de l'armée est avec nous, sinon tu peux te brosser avec du poil à chiendent utopique. Pendant la guerre d'Espagne, plein de flics et de militaires du côté des ouvriers ont été massacrés par les franquistes. Bon cela dit, Beppe Grillo est un clown qui peut jouer en ce moment, comme tous les démagogues, sur "la police avec nous contre le terrorisme", et c'est l'union sacrée à la con, mais te bile pas le pauvre flic en faction peut se faire zigouiller comme n'importe quel civil du Bataclan!

Alexandre Collignon

4 avril 18:40

"Beppe Grillo a encouragé les CRS a rallier le mouvement". Ça fait penser au fameux " CRS avec nous " cher à l'extrême droite... Et aux nuit-deboutants désormais.







Cher Alexandre, toi qui ne fait pas de différence entre un flic qui vote FN ou à gauche, qui dénonces avec fougue les "bras armés de l'Etat", qui disposes d'un "maîtrise en marxisme", qui trouves matière à t'indigner de soudards qui, certes, obéissent aux ordres, en frappant violemment des dizaines de jeunes lycéens (pas les ouvriers), tu ne fais que voir le bâton du CRS et pas le Palais de l'Élysée. Si tu réfléchissais un peu, malgré ton ignorance en histoire, tu te demanderais deux choses: 1. pourquoi cette violence ici et maintenant alors que la gauche bourgeoise nous a accoutumés depuis des années à bichonner avec blouses blanches ses petits étudiants défilant gnangnan? 2. pourquoi les médias ne cessent d'exagérer une mobilisation mollassonne depuis une quinzaine de jours, gonflant les chiffres, zoomant sur la place des nouveaux indignés de la république?


La réponse, cher égorgeur de policier, et théoricien de la terreur rouge: en une telle période de "lois d'exception", on donne assez envie aux prolétaires en général de rester chez eux, de faire confiance à la police pour les protéger des bombes, pour que toute mobilisation "provoquée" se ridiculise en une seule "radicalisation" étudiante et la figuration tranquille des bonzes syndicaux. Ce qui, à l'épuisement, et à force d'enterrements successifs par de gentilles ou méchantes promenades, même brutales, devrait permettre de faire passer une loi bancale, mais sine qua non pour la bourgeoisie et ses délégués politiques. Ceci dit, en réalité cette loi existe déjà dans le privé arbitraire et dans les conditions pour immigrants et migrants ET enfin, il faut le noter, indépendamment du charivari autour de la loi, peut-être réussir à lancer enfin un mouvement bobo indignados en France où en effet le vide politique est désespérant et où la gauche bourgeoise peine à se renouveler.

(...)

si tu lis ma réponse sur PU, tu verras que les corps de police sont numériquement insuffisants en temps de révolution, qu'ils sont facilement dissous si la révolution est en montée, et que je militerai si je suis encore vivant pour en garder les plus honnêtes professionnels plutôt que de confier l'ordre "révolutionnaire" aux criminels des prisons espagnoles relâchés par ces connards d'anarchistes et qui mirent en pratique ton terrorisme révolutionnaire comme hommes des basses œuvres d'une fausse révolution contre des milliers de civils coupables de porter la cravate ou la soutane (et de plus comme exécutants des guépéous espagnols).



dimanche 9 août 2026

Retour à Outreau : Le commissaire et le curé

 


à Lyhanna


UNE DANGEREUSE MAGISTRATURE BOURGEOISE IMPAVIDE

« Les policiers ne font plus d’investigation, ils font des procédures au détriment des victimes, car les politiques comme Monsieur Darmanin l’ont voulu». Frédéric Lauze (secrétaire général des commissaires de la police nationale)

Comment les politiques ont laissé faire...les mensonges à Outreau

Pour une fois que je soutiens un syndicat de policiers je me sens dans l'obligation de ressortir de mes archives un débat très gênant pour la magistrature franc-maçonne (débat que je présidais le 9 décembre 2014 dans le Pas de Calais, entre le commissaire qui avait refusé de participer à cette ignominie et le prêtre Dominique Wiel injustement et sadiquement persécuté par le juge Burgaud). Ce débat était assez en phase avec mon article de 2016 : « Il y a plus d'humanité dans un commissariat français que dans une discussion entre gauchistes » (que je peux fournir à qui en fait la demande)1. Que les courageux animateurs de ce débat me pardonnent pour d'éventuelles erreurs, car la transmission de l'audio par écrit a été pénible et parfois inaudible, malgré l'utilisation d'in transcripteur moderne rendant moins pénible que les transcriptions de naguère après les congrès du CCI.


EXTRAITS (le débat a duré trois heures)

JLR : Alors bon, ce qu'on avait commencé à faire, c'est laisser tomber aux oubliettes. On peut se tutoyer. Ça sera plus facile pour discuter. Est-ce que tu peux nous dire pourquoi il y avait un hiatus entre les magistrats et le commissariat de Boulogne ? Pourquoi ce n'est pas le commissariat de Boulogne-sur-Mer qui s'est occupé de l'affaire.

CHARLES : si, au début, il s'en est occupé parce que moi j'ai eu affaire à des OPJ de Lille. Et on m'a dit, ah ben c'est parce que Burgaud n'avait plus confiance dans les policiers de Boulogne. Et donc, pour les personnes qui l'avaient arrêté au mois de sept... novembre 2001, parce qu'en février 2001, ils avaient arrêté Myriam Baderoui et son mari. Et puis le couple voisin. Et là, c'est les policiers de Boulogne. Et apparemment, le Bureau n'a pas été très satisfait de leur boulot, du boulot des policiers. Donc, au mois de novembre, il y a eu la grosse arrestation des 14 autres personnes, on l'a a confié à des OPJ de Lille. Parce que moi je sais qu'au bout d'un certain temps, à Lille, ils se sont dit : « Qu'est-ce que c'est que ce merdier ? », et puis ils ont tout renvoyé. Ils s'en étaient occupés parce que c'est eux qui ont fait les interrogatoires. Bon, oui, oui. Ils s'en sont occupés. J'ai eu des bisbilles avec Lille. Avec l'OPJ de Lille. Faut vous dire, un coup, ils étaient venus pour une affaire, et puis tiens, vous convoquez un tel, peut-être pour autre chose, hein, ça n'a rien à voir. Vous convoquez Untel, et puis, moi j'ai un dossier pour lui, alors quand vous aurez fini, vous me le donnerez. Il m'a expliqué ça. Il m'a expliqué qu'en fait, le juge... Non, le procureur ou le juge, je sais pas. Ce qui est vrai, c'est qu'ils n'ont pas... Ils n'étaient pas satisfaits de la première expertise qu'on lui avait donnée un an avant. Parce que la Myriam en question, elle avait déjà fait le coup une fois. Elle avait déjà dénoncé quelqu'un qui, soi-disant, aurait violé son gamin. A cette époque-là, il y a eu enquête. On a envoyé le gamin auprès du docteur expert. Et le docteur expert avait dit « non, rien du tout ». Donc, la fois suivante, pour notre affaire, ils ont choisi un autre expert. Bon, moi, j'avais évidemment des histoires, donc il fallait passer par des experts. Alors, dans le commissariat, il faut aller chez Untel, il faut l'envoyer chez Untel, j'ai voulu l'envoyer chez Untel. Untel, pour moi, ça avait l'air plutôt d'être plus un touche-pipi qu'autre chose. Puis, il disait ce qu'on voulait entendre. Mais ça, on s'en fout. La fille de la DASS, elle a dit : « Avec des cinglés pareils, moi, je veux bien travailler, mais je ne veux pas être la potiche ». Puis les magistrats, comme c'étaient des magistrats de… ils auraient été nommés ailleurs. Ils sont partis à Boulogne.


JLR : Alors bon, ce qu'on avait commencé à faire, c'est donc laisser tomber aux oubliettes. Oui, mais est-ce que tu… On peut se tutoyer ? Ça sera plus facile pour discuter.

Est-ce que tu peux nous dire pourquoi il y avait un hiatus entre les magistrats et le commissariat de Boulogne ? Pourquoi ce n'est pas le commissariat de Boulogne qui s'est occupé de l'affaire, mais c'est celui de...

CHARLES : Si, au début, il s'en est occupé. Oui, oui, d'accord. Donc voilà. Puis il m'amène le gars en question, il dit, oh, bah de toute façon, ce con-là, il chique tout.Monsieur, asseyez-vous. Je suis désolé, mais je vous convoque pour tel aspect. Je sais que ça va vous déranger beaucoup, on vous l'a déjà demandé 3-4 fois. Votre nom, prénom, date de naissance, lieu de naissance, etc. Bon, ça s'insulte. Il dit, vous ne m'avez pas insulté. Je lui dis, pardon ? Il dit, vous ne m'avez pas insulté. Et de quel droit je vous insulterais ? Moi, je suis ici pour vous demander votre version.Imaginez qu'il vous insulte, et que vous soyez pour rien dans l'affaire, et j'aurais l'air de quoi. Non, de toute façon, je vous vois, puis je n'insulte pas les gens. Ah, bon. Écoutez, pour leur affaire, je vais vous raconter.Alors, il m'a raconté le truc quand ils sont venus. Alors, j'ai dit, écoutez, la position du gars, comment... Il faut prendre les gens, il faut écouter ce qu'ils disent. Il faut pas leur dire ce qu'ils doivent dire. Alors, mais par contre, il y en avait des flics qui étaient bons aussi. Alors, ça dépend quelle équipe. Parce qu'il y en a, ce sont des cow-boys. C'est la SRPJ de Lille. Nous, on ne s'occupe pas de petites affaires, on ne s'occupe que des grosses affaires. Alors, ça dépend sur qui on tombe.

Il y en a qui sont bons, il y en a qui sont moins bons. C'est partout pareil, quel que soit le corps de métier. Il y a toujours des imbéciles et des gens qui font bien leur boulot. Mais il y en a, ils n'écoutent même pas les gens. Ils ont des trucs fabriqués. C'est ce que j'appelle les imbéciles. Quand on va aux fond des choses, là, il y avait aussi... Ah, il y a certainement eu un médecin là-dedans. Un expert. Un médecin, c'était qui? Ah oui, un médecin. C'était qui? Comment il s'appelle? Il habite ici, là. C'est pas ici, à Camiers. Non, non, il n'habite pas à Camiers. Il habite... Attendez.

Quand vous entrez dans Hardelot au Café du Clairon, vous voyez le Café du Clairon, ? Je ne peux pas voir Hardelot. J'ai jamais vu Hardelot...Il s'appelle Connépas...Son nom ne me revient pas parce que... Il en a au moins qu'un. Il a un nom. Il y a un connard pour tout. C'est un gars... C'est un intégriste. Un psy, quoi. Un intégriste catholique. Un catholique très intégriste sur les bords. Il habite... Il est américain, tout ça me fait rire. La maison avant le Clairon. Alors, quand vous parlez du Clairon, moi je vois un peu Hardelot. L'entrée d'Hardelot. À l'entrée d'Hardelot, on a plutôt des hôtels, le Regina,l'hôtel du Parc. C'est pas Hardelot, c'est le Clairon. C'est pas Condette, ça, le Clairon? Si, c'est Condette. Il habite Condette. Il a un nom qui se termine en HAC. Bon, et alors, qu'est-ce qu'il avait? C'était un vrai connard? Non, non, non. Il y a eu un tas de nœuds au sujet du docteur expert Parce que ces gamins-là ont été expertisés par un médecin qui n'était pas le médecin expert habituel. Le gars, il m'a demandé de venir chez lui. Il m'a expliqué qu'en fait, le juge... Non, le procureur ou le juge, je sais pas. Ce qui est vrai, c'est qu'ils n'ont pas été satisfaits de la première expertise qu'on lui avait donnée un an avant.

Moi, j'avais les données matérielles, que j'avais constatées. Lui, il avait examiné la gamine. Tout s'imbriquait, c'était parfait. Et puis, je ne lui avais rien dit. Moi, je dis rien, parce que c'est lui. Alors là, j'ai jamais eu un truc si bien fait. Et ça contredisait, c'était pas du tout ce que les collègues voulaient avoir avec le docteur machin. Lui, il nous mettait n'importe quoi. Et c'est pour ça que je la demande aussi, parce qu'elle est experte. Alors, je peux faire une parenthèse là. J'ai eu le cas pour une amie à Paris, qui est grand-mère, qui vient, après des années de procès, d'assister simplement au fait qu'on arrache sa petite-fille à son fils. Et son fils était divorcé. Donc, il s'était mis avec une fille d'origine yougoslave, une folle, une grosse pute. Mais je passe sur les détails. Elle a fait des tas de merde pour récupérer l'enfant à Montpellier, pour qu'il soit retiré à son mec.

Il a 7 ans, l'enfant. Pour qu'il soit livré à Montpellier à cette pétasse qui a 40 ans, qui vient de se marier avec un Algérien de 20 ans, qui lui a fait un môme pour avoir des papiers, c'est normal, c'est un sans-papiers autrement. Et il y a eu plusieurs juges qui ont défilé. Et on a eu dernièrement, il y a 6 mois, un petit juge Burgaud (on en sort tous les ans), qui a déboulé ; il a commencé par laisser le dossier de côté, ne pas le voir, il vous dira Dominique, il a vu son dossier, seulement grâce à la journaliste Florence Aubenas, alors qu'il n'avait pas pu le consulter du tout.

C'est curieux, les dossiers se baladent, ils ne sont pas forcément dans les mains des gens que cela concerne. Il y a des jours où ils se perdent. Et donc, le juge n'a même pas vu le dossier, il a dit : «  cet enfant doit être confié à sa mère à Montpellier ». Les deux juges précédents, qui étaient une femme et un homme, avaient dit : « Surtout pas, c'est une folle, il faut donner l'enfant à son père à Paris, le laisser à son père à Paris ». Le petit juge, par bonheur, a été éjecté, parce que bon, il faut le savoir, si vous ne le savez pas, mais tous les juges sortent des écoles et on les met juges pour les enfants. Donc ils ne connaissent rien aux enfants, ni à la vie, on les met juste juges pour enfants, après ils s'occupent des affaires, etc. Donc ils se font des dents sur quelque chose qu'ils ne connaissent pas. Ensuite le tribunal de police a demandé à recevoir la mère, la petite fille et le père. Bon, il faut savoir qu'il y a un an, la mère…

Tu attends le tribunal de police ? Je ne sais pas, il y a une juridiction qui ne dépend que de la police. Pour les gens qui dépendent de la police, il y a des juges de police qui peuvent aussi mener une étude sur l'affaire. Est-ce que c'était une contravention, un délit ou un crime ? Ni l'un ni l'autre, non. Donc c'est un juge civil alors. Pour les histoires de divorces, il y a souvent des civils. Je ne sais pas, mais en tout cas, si ça dépendait de la police. Ce sont des spécialistes de la police qui ont demandé à un juge, mais ce n'est pas forcément le tribunal de police. Le tribunal de police, c'est autre chose. C'est pour une contravention. Oui, mais là apparemment, c'était quand même une juridiction qui dépendait de la police. Je ne sais pas comment... Peu importe. Ils ont demandé à recevoir les trois. Alors donc, il demande l'avis à une gamine de 7 ans. Généralement, les mômes n'aiment pas. Tout le monde, mais aussi les adultes... Mais il y a un an, la mère avait fait écrire à sa fille - la fille est une surdouée, elle est très intelligente – : « Papa me bat. » Mais c'est une écriture de gamine.

Parce qu'il y a des relations de pouvoir, dans la police, la franc-maçonnerie domine, chez les magistrats aussi, à l'EDF aussi, à l'EDF, c'est la franc-maçonnerie. Si, ça veut dire beaucoup de choses, ça veut dire qu'elle n'est pas le droit. Il peut y avoir des pases droits pour certaines choses, mais... Je ne te pose pas la question à toi. Tu n'es pas franc-maçon, j'espère. Donc, il est franc-maçon. Non mais bon, laissons de côté la franc-maçonnerie. Je veux dire, au dernier moment, alors que plusieurs juges s'étaient prononcés sur le fait que la bonne femme est zinzin, il y a une décision qui est prise qui annule tout. Comment ça se fait ? Est-ce qu'ils ont découvert quelque chose, derrière machin, truc ? Moi, comme ça, sur l'affaire, là, j'y connais rien, mais là, lui, il m'explique et je comprends. Parce que lui, il était dedans.

Oui, mais c'est une juridiction banale. 90 % des enfants sont confiés aux mamans. Il y a une espèce de déséquilibre, quand même. C'est toujours le problème, c'est que nous, flics, même les bons ou qui se croient bons... (rires) Non mais attends, comprends-moi bien ce que je voulais dire. C'est que, d'une certaine façon, les flics, je me trompe peut-être, sont peut-être plus proches du terrain que les magistrats et à la limite, quelques fois, peut-être plus honnêtes que les magistrats. Oui, oui, à condition qu'ils soient compétents. Attention, maintenant, il y a une autre connerie. Moi, j'ai toujours progressé parce qu'il y avait des concours. Parce que, si j'avais été lèche-bottes, je ne serais jamais monté. Les gars-là, ils sont montés au lèche-bottes.

Et maintenant, c'est au lèche-bottes ; tu montes et il n'y a plus besoin de concours. Oui, c'est fini tout ça. C'est une promotion au mérite. Vive Sarko. Alors là, tu les as tes lèche-bottes ! C'est comme ça. À Pôle Emploi, c'est pareil, mais là, c'est moins grave, parce que nous, on n'est pas en période de chômage. Oui, mais ici, on a quand même une marge de liberté mais là c'était très grave. Très grave. Et puis, quand on voit des histoires comme celle de Dominique Wiel, c'est non seulement grave, mais très grave. et puis moi, j'en défiais beaucoup parce que, bon, j'ai eu une carrière un peu bizarre, moi. C'est que, j'ai toujours été avec la magistrature. Ensuite, j'ai eu la chance, c'est quand j'étais gardien de l'OPJ à Lille, où la faculté de droit se trouvait en face...Donc, pendant que j'étais gardien de l'Opé, j'étais plus souvent à la fac de droit qu'au commissariat. Oui, mais là, tu étais grillé deuxième classe, Et après ça, ils m'ont viré, et ils m'ont mis au tribunal de police, où j'étais toujours en tant que gardien de l'OPJ. Mais alors, j'étais au tribunal de Lille. Et au tribunal de Lille, il y a une bibliothèque. Dans un commissariat, il n'y a pas de bibliothèque. (rires) C'est très bien, ça. Non, mais il n'y a pas de bibliothèque, on n'a pas non plus de code pénal.

Alors donc, il y avait un an, la mère... les gens de la police, qui ont plusieurs psychologues, ont dit : « cette femme est folle, le père est en très bonne santé mentale, il est tout à fait capable d'éduquer la gamine, il faut absolument le filer, filer sa mère à M. »… Ça, c'est la juridiction qui a été rendue dernièrement. Non, non, pardon, c'était l'avant-dernier. Et là, 15 jours après, la décision est prise par un juge de Paris, elle est remise à sa mère... Alors, de l'avis de plusieurs d'entre nous, on s'est dit « c'est pas possible ! ça doit être un franc-maçon ! ». C'est une histoire de franc-maçonnerie, c'est pas possible alors que consécutivement plusieurs juges, dont des policiers professionnels, avaient déterminé que l'autre était une putain de folle.

Venons-en à la confusion produite par les enfants qui avaient dit que le type était grand. Comment des fois.. tu sais comment il s'appelait ? tu peux arrêter de faire le grand? La réponse confuse devient dénonciation des enfants qui parlaient d'un grand type. Et l'aide maternelle a transformé ce que l'enfant disait. L'enfant avait dit : Dany le Grand.

Oui, effectivement.

L'aide maternelle le transforme en Dany Legrand. Non, Legrand, ce n'est plus un nom. Un nom. Mais il y a toujours in Dany. Les policiers français interrogent les policiers belges: Est-ce que vous ne connaissez pas un Dany Legrand. Les policiers belges regardent dans leur fichier et trouvent un Daniel Legrand qui habite à.... Ils cherchent après le Daniel Legrand. Le Daniel Legrand en question, il avait 16 ans à l'époque. Quand il était en Belgique, il avait été faire une virée avec un copain en mobylette. La mobylette était tombée en panne après. Pour se dépanner, ils étaient entrés dans un magasin de vente de matériel pour une mobylette. Ils avaient acheté je ne sais plus quoi et ils avaient payé avec un chèque. Donc, il y avait leur adresse. Ils ont recherché son numéro et ils l'ont communiqué aux français, révélant ainsi un Daniel (stupéfaction du public)

Non, mais c'est vraiment comme ça.

Ils cherchent un Danny Legrand. Il trouve un Daniel Legrand. Alors, quel est le lien ? Avec un gamin qui est en Belgique et qui fait une connerie? Ça me reste déjà quelque chose d'incompréhensible. Non seulement, ils arrêtent le fils et ils se rendent compte que le père a le même nom et le même prénom. Ils arrêtent le père. Ils cherchent un mec, ils en arrêtent deux. Double compte. Même nom, même prénom. Non, mais ça, c'est le problème. Legrand, ce n'est pas connu du tout. Il était Daniel Legrand, des Legrand il y en avait une cinquantaine en France au moins !. Alors pourquoi ils n'en ont pas arrêté 50? Là, c'est incompréhensible. Mais moi, ça ne m'étonne pas. C'est le début du détail. Il y en a des milliers. Celle-là, on la connaît, cette erreur-là, parce que c'était énorme. Il y en a des milliers. Et là, comment que ça se fait ? Bon, disons que le père... Moi, quand je l'ai vu, le père, je l'avais croisé, il était dans le bureau de Burgaud. Mais quand je l'ai vu, j'ai tout de suite flashé. C'était un… Comment? Moi, il me faisait penser à un ouvrier du bâtiment avec sa clope, sa casquette. Pour moi, c'était un mec normal. C'était un peu dégueulasse. Et les gamins disaient qu'il était patron du sex-shop de Boulogne et d'une autre sex-shop en Belgique. Rien qu'à voir le mec, c'était impossible. Mais rien qu'à le voir. Alors, comment des policiers ont-ils pu avaler çà ?

Ça les arrangeait.

Je leur dis: Non, attendez, il y a quelque chose qui ne va pas. Ils l'arrêtent. Ils lui tombent dessus. Ils le coffrent. Et au procès, on apprend qu'ils n'ont même pas regardé sa situation financière. S'il n'est pas content, c'est que ça va être un coupable. Il a du pognon. C'est un mec qui doit avoir un peu de flow, tout de même. Au moins le mouvement sur ses comptes le prouve. Ils n'ont pas été voir ses fiches de paye. Or, c'est un gars qui tirait le diable par la queue parce qu'il avait acheté une maison qu'il était incapable de payer . En voyant les fiches de paie et en détaillant un petit peu, ils ne se sont pas aperçus que ce mec n'a jamais manqué au boulot. C'était un crevard du boulot. Comment ça se fait qu'ils n'ont pas vérifié que sa situation financière ne pouvait pas correspondre à ce que les gamins racontaient ?

En fait, il faut reprendre à l'origine. Tout ça dépasse les déclarations d'un gamin. Ça commence à être déclaratif. Oui, ça commence à être déclaratif. Voilà, moi, quand j'ai été nommé au mineur, les mineurs se cassent: Ça, non merde, je n'y connais rien et ça me fait chier. Mais on m'a nommé aux mineurs. Je suis quand même conscient que je suis payé avec les deniers publics. Donc, je rentre au service. Je me rends compte que je suis incapable. Qu'est-ce que j'ai fait? Il y avait la directrice de la DASS. J'ai eu de la chance, il y avait un substitut des mineurs et un juge d'instruction des mineurs qui étaient des vedettes, et eux, ça les intéressait. Ensuite, j'ai connu une pédopsychiatre qui était fort intéressée aussi. Donc moi, ne sachant rien faire, on a fait une équipe de tout le truc et c'était performant. Parce qu'en plus, je me suis aperçu que c'est qu'en général, ce sont les enseignants qui voient les premiers trucs en disant: Merde, il y a un truc qui ne va pas avec le gamin. Alors l'enseignant, il essaye de poser des questions au gamin. Ensuite, ils appellent l'assistante sociale à qui le gamin répète quelque chose. Après ça, quand ça va bien, on l'envoie au commissariat à qui il répète encore quelque chose. C'est ce qui s'est passé. Et après ça, etc. On voit le procureur à qui il répète un truc, mais je me suis aperçu, moi, que les gamins, au départ... Après. Et après, pour finir, ils ont fait leur roman et ils s'en sont tenus à leur roman. Parce que ce sont des enfants.

JLR : tu as eu affaire à qui ? Au fils, aux enfants de

— Non, j'ai eu affaire à des mineurs.

— À Myriam Badroui ?

Non, non. Vous Non, non. Moi, j'étais en retraite, je suis parti en retraite en 95. (…) Attends, je continue. Alors, je me suis dit merde, l'interrogatoire de police, je sais le faire. Un mineur, je n'y connais rien du tout. Je me suis dit: si on parvient à avoir sa première déclaration, on peut peut-être avoir quelque chose. Mais si c'est la quatrième ou la cinquième ou après une confrontation, c'est foutu, c'est du béton. Et le gamin croit ce qu'il dit parce qu'il s'est fait un roman. Oui, c'est ça. Conclusion: je me suis dit: Il faut qu'on fasse quelque chose. Alors, pour que ça soit mieux, je me suis dit: si on pouvait enregistrer votre truc, ça serait bien parce que là, moi, je n'y connais rien. La plupart de mes collègues n'y connaissent rien. Par contre, la dame qui avait un magnéto, pédopsychiatre qui était une fille sensationnelle, elle détectait. C'est ce que je faisais, moi, quand j'avais une histoire de mineur au départ, et je demandais à cette brave pédopsychiatre de venir. Elle venait tout le temps. Elle était derrière moi. Alors moi, je posais des questions. De temps en temps, elle me passait un papier: Faut pas insister sur ça. Pose tel truc. Et elle, après, quand j'avais fini, elle décryptait, elle disait: « Oui, là, on peut croire, là, c'est douteux ». Donc, on parvenait à faire quelque chose de cohérent. Donc, tout ça, ça a commencé à monter en puissance dans le Boulonnais. Il y a eu des congrès à Paris où on était convoqué avec Madame Veil et tout ça. Donc, ça commençait. On commençait à faire quelque chose de bien et c'est à cause de nous que ça changeait théoriquement.

JLR: Euh, les caméras pour les trucs de mineurs... Ouais. Donc il faut prendre ça. C'est intéressant. Tu dis : C'est la période qui précède l'après. Mais alors vous arrivez après ?

Oui, parce que nous, on est arrivés après. Voilà. C'était comme ça que ça devait se faire. Et on avait des résultats. Donc on pouvait dire bon, celui-là il raconte des conneries ou bien là il dit pas grand-chose. La pédopsychiatre disait : « Attention, vérifiez ça, vérifiez ça. Donc bon, vérifiez donc ça ». Comme j'avais les magistrats dans ma poche parce qu'on faisait une équipe, c'est pas moi qui l'avais, c'est eux qui m'avaient dans la poche. Enfin, on marchait en équipe. Moi, je vous dis, j'étais nul là-dedans. Mais au moins ils parlaient et ça marchait. Après ça, je suis parti. Mais c'était embêtant pour le commissariat parce que c'était une équipe judiciaire, donc c'était pas eux qui pouvaient faire les Quinquin. Parce que je disais, moi, je n'y suis pour rien dans cette affaire.

C'est pas la pédopsychiatre, elle a trouvé ça. Il y avait la directrice de la DDASS qui avait ça et puis parce qu'on avait des réunions en plus. Donc ce n'était plus le commissariat, c'était l'équipe. Alors, comme moi je suis parti, ils ont repris les choses en main. Alors, tout ce que j'avais fait, ils l'ont tout foutu en l'air et on est retombé dans les travers habituels. Alors quand vous avez dû voir qu'un gamin a dit quelque chose, on l'écoute, il remet, remet, remet au bout de cinq fois. En plus, il y a une confrontation. Le gamin, il n'a surtout pas menti. Donc allez-vous faire pipi ?Et si on le croit parce qu'il n'y a personne derrière pour des touillages, eh ben c'est foutu. Voilà comment ça s'est passé. Vous étiez Dominique dans la position de Walid. Vous avez connu Walid ? Oui, parce que c'est lui qui vous a succédé. Il y en a eu un autre. Comment il s'appelait ? D'après ce que j'ai compris, c'est vous.

C'est lui. Non, non, non, non. C'était un autre. Quel était son surnom à celui-là ? On pouvait pas savoir. Misère. Misère Qui s'appelle Misère. C'était son surnom. C'était misère. C'est toujours la réflexion qui m'a sorti à coudre ça. Tu te rends compte ? l'OPJ qui était en service en Normandie le 6 juin 44. Mon Dieu ! Misère de misère ! Non, c'était son surnom, c'était misère, c'est son surnom. Misère. Est-ce que je peux dire ce que tu me disais tout à l'heure dans la voiture ? Non. Tu me dis Dominique, si je déforme, ce n'est pas le commissariat de Boulogne qui s'est occupé de l'affaire ? Il y avait des bisbilles avec l'appareil judiciaire apparemment. Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi ? Pourquoi ? C'est le commissariat de… Le juge d'instruction ? L'autre con qui était le substitut des mineurs ? Je ne sais pas du tout.

On n'a pas eu affaire à des noms parce que moi je suis parti et certainement, bon, j'avais son numéro personnel à la pédopsychiatre. Quand elle a vu comment ça tournait, elle a laissé tomber la fille de la DASS, elle a dit : « Bon ben avec des cinglés pareils, moi je veux bien travailler mais je veux pas être la potiche. » Donc toi, toi et puis les magistrats. Bon bah comme c'était des magistrats de valeur, ils ont été nommés ailleurs, hein, ils sont pas restés à Boulogne. Alors bon, ce qu'on avait commencé à faire, c'est tombé aux oubliettes quoi.

Son nom ne me revient pas parce que… Si. Attendez, il a un nom. Il y en a un connard de toubib chez nous qui a été maire. C'est un gars. C'est un intégriste. C'est un psychiatre. Intégristes catholiques très intégrés sur les bords. Il habite Condette. Il a un nom qui se termine en AK. Bon et alors ? Qu'est-ce qu'il avait ? C'est un vrai connard. C'est un incapable. Alors il y a eu justement, il y a eu un sac de nœuds au sujet du docteur expert. Parce que ces gamins-là ont été expertisés.

(...) Et puis le gars, il a écouté, il m'a fait un rapport, j'étais encadré. J'ai jamais vu un rapport aussi bien fait. Moi, j'avais les données matérielles que j'avais constatées. Lui, il avait examiné la gamin.. C'était parfait. Donc oui, je lui avais rien dit. Moi je dis rien parce que c'est lui. Alors là, j'ai jamais eu un truc si bien fait et ça contredisait le reste. Ce n'était pas du tout ce que les collègues voulaient obtenir avec le docteur machin qui lui était n'importe qui alors.

(…) j'ai appris plus sur la police française en Angleterre par les Spécial Branch. Alors quand je suis revenu à Lille, j'étais gênant. Alors ils m'ont foutu au tribunal de police. Alors là, au tribunal de police, je continue à aller en fac. J'ai fait de la chose un diplôme de criminologie, enfin des tas de choses et pas n'importe quoi. Et puis ce qui était intéressant aussi, c'est que quand j'étais bien avec les magistrats ça fonctionnait bien parce que quand il y avait des étrangers qui passaient en audience, il fallait un traducteur, alors ils savaient où le trouver. Donc je traduisais tout. Puis les magistrats, ils m'ont dit au bout d'un certain temps : «  écoute, t'es gardien de la paix, tu te fais chier, passe un concours, et tu fous ce bazar en l'air. Alors bon, c'est comme ça que j'ai passé un concours.

(…) La criminologie où j'ai eu la chance d'avoir le grand maître Jacques Barge. On y apprend a technique de l'interrogatoire de police. Parce que ça, il y en a pas 36, il y en a quatre. La meilleure c'est la méthode russe. La méthode russe, c'est la méthode quatre. Il y a quatre méthodes d'interrogatoire de police. La première c'est celle qui était utilisée jusqu'en 1945. On tape sur le mec jusqu'à ce qu'il avoue. Avec les annuaires de préférence. Pourquoi ? Parce que comme dans les films policiers, ça ne laisse pas de traces.

On tape, non ? On torture en fait. Avec des serviettes mouillées et n'importe quoi, ça n'a aucun intérêt. Ensuite on essaye une joute d'intelligence. Alors là, le prof il nous a dit ça : « Vous y risquez pas, vous n'êtes pas sûrs de gagner ? ». Ensuite, il y a le fonctionnaire qui se fout de tout et qui épuise votre image de marque. Et après on détricote. Et la dernière, c'est la méthode soviétique. On dit rien. C'est la meilleure. C'est le mec qui parle. On dit rien. Alors d'abord, il faut que ça soit toujours la même personne, que ça soit 23 h sur 24 ou plus. Pour finir, le type, il raconte tout ce qu'il a à raconter, à un tel point des trucs dont on n'avait même pas idée. Alors évidemment, ici, avec la garde à vue, c'est difficile, mais il est possible de mixer le tout pour arriver au même résultat.

JLR : Alors Dominique, tu as eu quoi ? La méthode russe ou américaine ?

Dominique: Les Américains n'ont jamais rien inventé.Moi je sais le souvenir que j'en ai. D'abord, j'ai eu très peu de temps avec plus d'interrogatoire du juge que des policiers. Ça va vite. Vous avez fait ça ? Vous avez fait ça ? Vous dites ça ? Bon, allez, vous signez, Au revoir. Vous signez pas. C'est pareil. Un peu ça, non ?

J'ai eu très peu d'interrogatoire. Je me souviens que j'avais l'impression au bout de deux jours que les policiers ne croyaient plus à leur truc. Quoi ? Ah oui, contrairement aux magistrats, mais ça rejoint ce que dit Charles, moi je dis que vous étiez un nid d'aigle parce que vous étiez plus réfléchis. Donc j'étais obligé de m'interroger. Mais ils faisaient leur boulot, mais pas avec beaucoup de conviction. Moi je reste, j'insiste là dessus, je voudrais que tu essayes de réfléchir là dessus avec nous ? Charles j'ai l'impression que vous étiez une épine dans le pied des juges à Boulogne. Peut être trop indépendants puisque vous avez été un peu dessaisis par rapport aux flics de Lille.

Charles : Non mais non ! Non mais on s'en fout. Mais ce que je veux dire, c'est avant, Il y a une histoire dans cette histoire avant. Apparemment c'était un type intègre. Parce que quand il rend des comptes au juge, c'était devant vous, au téléphone. Ah non, moi c'est toujours ce que j'ai fait. Quand j'avais un type bon et que je rendais compte au juge, c'était avec haut parleur, au procureur c'était avec haut parleur et les types savaient exactement ce que je disais. Et ce que je leur avais dit dans l'interrogatoire, c'est la même chose que je disais Il n'y avait pas d'entourloupe. Il y a celui qui s'est suicidé...

Dominique : Il s'est pas suicidé : Ouais, enfin, qui est mort ? Il est mort en prison. Ouais. Il faut savoir que c'est un ferrailleur manouche. Ouais. A ce moment-là, ce moment, il a 30 ou 35 ans. Il est accusé par le fils de Myriam Badaoui. Parce que le fils de Myriam Badaoui l'a vu chez Monique. Badaoui habite au cinquième étage. Quand le père est bourré, les enfants avec la mère descendent chez Monique et Monique, c'est une espèce de matrone qui a un amant par an, sont à peu près. Et à chaque fois un enfant. Elle a un amant par an. C'est pas encore énorme, mais un enfant par an, c'est beaucoup. Et elle a beaucoup d'influence sur le mari de Myriam. Quand il est bourré, c'est elle qui monte et qui va le raisonner. Et donc elle est copine avec Myriam. Et donc souvent Myriam descend chez Monique avec ses enfants. Et là les enfants voient les amants différents de Monique et ...en action. Quand les enfants dénoncent plus que leurs parents, et bien les premiers qui trouvent, ils désignent ce gars là Et d'autres qui vont être arrêtés parce que tout simplement, ils ont croisé les enfants. C'est normal parce qu' ils les ont croisés de près. Lui, c'est le seul homme, peut-être, que les enfants voyaient. À part leur père.

Moi, j'ai cru au départ que ce manouche était un sombre individu, comme on dit, « très défavorablement connu des services de police ». Et moi j'avais j'ai cru ça... On va le coller de toute façon, celui-là, il trempe dans toutes les affaires louches, alors ça va. C'est pourquoi il va mourir en prison, c'est qu'en fait c'est un baraqué. Physiquement, c'est une baraque. C'est aussi un fils de gitan. Ouais non mais attendez, c'est important. C'est important ça. Il est fils de gitan, il est ferrailleur. Il a fait plusieurs séjours en prison pour vol. Bah ouais, Gitan...Plusieurs séjours en prison pour vol, Ça veut dire qu'il connaît les autres...

Ouais. Bon, quand il est arrêté, il est arrêté pour pédophilie, donc il est identifié. Le problème, c'est ce qui va se passer en prison. Il arrive en prison. Qu'est ce qu'il a fait ? Pourquoi il est là ? Un pédophile supposé doit être protégé? On doit le mettre à l'écart face aux coutumes de la prison. Pour qu'il échappe au lynchage. Ouais. Truc, hein. Il s'oppose au lynchage. Il se prend la tête avec les autres. Ouais. Il veut bien être arrêté pour vol, mais pas pour pédophilie. En prison, ça vaut cher. Il sait ce qui va lui arriver. En plus, c'est pas vrai quoi ! Donc qu'est-ce qu'il fait ? Il voit l'infirmière. Envoyée par les matons. Il a dû se bagarrer avec les mecs. Forcément, il a dû se battre avec les autres. Qu'est-ce qu'ils font les matons, dans ces cas-là ? Ils les envoient à l'infirmerie. Qu'est ce qu'on fait ? On les pique. Voilà. Donc somnifère.

Ou tu te calmes ? Ouais. Bon ben c'est sûr qu'il est mort. Overdose. Il y a eu la piqûre de trop. Moi, c'était l'emmerdeur. Moi je l'ai eu. Il était à côté. C'est tout à fait le hasard. Quand il s'est retrouvé dans cette histoire. C'est à cause des enfants. Parce que le pauvre, il a bien fréquenté Monique. Bon, bon bon bon, c'est pas grave. Mais en tout cas, ce gars qui a eu trop la dose de trop, il n'était pas plus pédophile que toi au moins ?

Charles : Ah bah pas du tout. Non, pas du tout. Pédophile comme tu dis. Dans les milieux manouches, ils sont plutôt du genre viril et pas touche aux gosses ; ils sont clean justement. Donc en fait, et c'est ça, c'est la cause de sa mort, c'est qu'en fait ils l'ont piqué de trop. Alors il y a un des médecins qui l'ont reconnu, mais d'autres non. Donc le dossier est toujours ouvert. On a tout de suite dit « C'est un suicide ». C'est un meurtre.

Dominique : Ah ben oui, un suicide, c'est bien, c'est que donc il ne veut pas reconnaître ses actes. Alors hop, on en remet une louche. Oui, on en remet une louche. On a remis une louche aussi pour la mère Marécaux. Moi je connais le père Marécaux. C'est lui qui était le responsable de tout le syndic. C'était un prof de maths vachement rigide. Il ne comprenait pas la plaisanterie. Moi, je me suis accroché une paire de fois avec lui. Pas d'humour pour deux sous. Et sa bonne femme, elle est morte de belle mort. Elle avait déjà perdu la tête depuis un moment. Mais on a raconté dans la presse qu'elle était morte, que son fils était en prison. Mais elle n'a jamais su que son fils était en prison. Elle avait perdu la tête. Ah bon ? Oui. Oui, oui. Non, non, l'affaire a été gonflée à la mairie. Il y a longtemps qu'elle était très malade, la pauvre.

Et l'huissier, Comment il est arrivé là-dedans, hein ? Lui, C'est ce qu'il dit. Enfin, il paye, il charge un peu la barque peut-être. Et comment il est arrivé là-dedans lui aussi ? Alors là aussi c'est pareil, c'est une histoire de fou. C'est tout simplement parce qu'il a trois enfants. L'aîné, il est de l'âge à l'aîné de Myriam, Ils sont du même âge. L'aînée, Myriam, est placée par sa mère dans une maison d'enfants. Il va à l'école et à l'école. Il est à côté du fils du notaire, producteur de richesses. Il est le notaire de sa mère. Il est à côté du gamin de Marc et le gamin de Marco qui est élevé très très sec. Il est très cadré. C'est un père très, très exigeant pour ses enfants, pour ne pas dire rigide. Oui, un peu moins bon, mais enfin bon, on ne va pas le charger le pauvre, il a payé et il m'est toujours apparu un peu comme ça. Ouais, il est dur. Et donc en fait, le gamin du huitième, il va être plein d'admiration pour le fils Badawi. C'est une crapule. Mais oui, mais qui est libéré des contraintes.

C'est dégueulasse.

Il y a un jeu là. Alors, au moment où le gamin de madame Badawi, il dit que non seulement il y avait lui, il y avait le père, il y avait la mère, tout ça, mais il y avait aussi le fils Marécaux, qui aurait été violé par son père. C'est pas possible. Et tout simplement, c'est que c'est comme ça que ça arrive. Alors là là là, ça me pose question. Comment se fait-il que le juge prenne en compte la réponse de madame Badawi au sujet du vicieux parce que c'est elle ? Alors il commence par dire : « Mais madame, votre fils, il parle d'un huissier. Ah oui, oui, c'est Maître Untel. Qui est juge ? Non, c'est pas c'est pas ah non, non non, c'est non non, je me trompe, je me trompe ? C'est maître Untel, un autre. Donnez-moi la liste des huissiers. C'est celui là. Non, c'est celui là ? Non, c'est celui là. Bon bah ça va aller… au hasard à tous les niveaux cette affaire. Et lui : « Non non, c'est pas lui. » Et il lui ajoute : « Votre fils dit c'est Maître Marécaux. » Aussitôt elle répond : « Ah oui oui oui oui. » C'est bien lui qui induit la réponse parce que elle, à ce moment là, elle est capable de dénoncer n'importe qui.

Il n'y aurait pas pensé qu'elle-même le lui aurait indiqué.

Non, j'ai pas vu. J'étais bon. Incroyable. La voici. Non mais alors là, c'est scandaleux ! Quoi ! Or, ça, on ne l'a jamais reproché à la commission parlementaire, On n'en a pas parlé. Là, c'est truqué aussi, la commission. En fait, ils ne vont pas aller trop loin avec le juge. Alors, la commission, il y avait, je ne sais pas comment, et il y avait un certain Deprez dedans. (…) Voilà, ils se font mousser.

Et alors, je suis convoqué devant la commission qui va m' interroger. Alors, ils étaient de gauche et de droite, mais ils étaient copains comme cochons. Il y a des questions qui ne vont pas lui être posées. En fait, ils ne vont pas le pousser dans ses retranchements parce que sinon il aurait pleuré, il aurait pleuré, il était au bord des larmes des fois. Moi, j'en suis persuadé. Il craquait, il craquait à la tête.

Charles : Et tu n'y étais pas présent. La commission n'a pas voulu que tu y ailles. Tu n'as pas voulu. La presse a dit que tu n'avais pas voulu être présent et que Vallini, enfin les deux députés, ont bien fait leur boulot. C'étaient deux avocats de formation. Oui, moi je trouve qu'il faut se poser bien des questions. Oui, mais pas tout. Pas aller trop loin. Ils ne sont pas allés trop loin. Ils sont allés jusqu'où ? Burgaud pouvait supporter le truc. Quoi ? Mais ils ne lui ont pas mis le nez dans le caca.

Dominique : Parce que moi, c'est des questions comme ça que j'attendais de l'institution judiciaire, faire penser au commun des mortels qu'elle est faillible. Il y a un problème avec l'indépendance de la justice. Si un flic fait une connerie, il y a la hiérarchie et ensuite il y a la magistrature. Il y a, je ne sais pas moi, un médecin, enfin un truc et un conseil de l'ordre. Et il y a la magistrature. Si un magistrat fait quelque chose, il y a la magistrature alors entre eux...À moins que le type ait été vu, le colt à la main, en train de flinguer quelqu'un. Mais sans ça, ils s'arrangent, ils s'arrangent. Et c'est ça le problème. Il faudrait que la magistrature soit soumise à un tribunal extérieur.

Charles : Oui, mais je pense que là, ce n'est même pas, c'est même pas la question de la magistrature, mais aussi des Bœuf-carottes. Ils font des conneries, Mais ensuite il y a quand même le tribunal et quelquefois le bœuf carotte, il allume des flics. Et puis il y a les magistrats qui disent : «  Oh.

Non ! », mais la magistrature ou les flics, c'est secondaire. Moi je pensais essentiellement c'est la franc-maçonnerie qui est au-dessus de tout ça. Il y a une magouille à un autre niveau. Des magistrats et quand on est bien... avec un magistrat ...mais s'il y a un nouveau et qui marche à l'ancienne... Alors, il y a des notes de service qui sont interprétées, qui sont bonnes, qu'on voit, qu'on voit pas, parce qu'on signe sur une feuille volante comme quoi on a lu la note de service. Pour finir, aussi les feuilles volantes s'envolent aussi même si tu dis où tu as signé...

JLR : Moi, je crois que c'est au niveau du pouvoir politique, ça dépasse les corps constitués.

Charles : Pouvoir politique ?Non, non, non non non. Non non, écoute-moi, écoute moi. Tu as d'une part, d'une part on te dit que c'est les juges qui ont tout pouvoir en France, les juges, ils les font valser comme ils veulent. On te dit d'autres fois que des flics se permettent tout. C'est pas vrai. En général, ils sont toujours contrôlés par le pouvoir politique. (…) mais il y a une chose on dit les magistrats, quelquefois ils font des conneries. Non, il y a les députés qui votent des lois, il y a des décrets d'application, il y en a pas. Des fois il y en a pas. Les bonnes lois, on dit oui, mais il n'y a jamais de décrets d'application. Et les magistrats ne sont plus là. La plus grande escroquerie qui existe en France, c'est quand il y a marqué « palais de justice » et chez les Anglo-Saxons, c'est mieux, c'est plutôt palais de l'application de la loi. (...)

JLR : Justement, on ne peux pas condamner les juges parce que le commun des mortels serait choqué de ça. C'est pour ça qu'ils ont étouffés un peu l'affaire avec Burgaud, etc. Croyez pas ça, ils virent comme ça. On dit bon ben c'est lui le bouc émissaire. Oui, qui ne sont pas allés jusqu'au bout de l'idée avec Burgaud Qui va la commission ? La Commission, ils ne l'ont pas interrogé jusqu'au bout. Ils ne sont pas allés jusqu'au bout de l'idée parce que le sysème n'aurait pas supporté ça.

Dominique : Oui, les gens du pouvoir ne l'auraient pas supporté. Il ne faut pas casser l'institution judiciaire dont Burgaud fait partie. Faut pas aller jusqu'au point le désavouer, ni de le condamner. Oui, il avait trop fait la promo de l'école de la magistrature qui a suivi. Cette année-là, les jeunes avaient choisi comme parrain de leur année Burgaud. C'est pas croyable ! Et il a fallu que le directeur se batte avec eux pour qu'il accepte de changer. Ça veut donc dire qu'en fait, chez les juges, on n'a pas avalé l'affaire d'Outreau. Juste une parenthèse, l'affaire Dreyfus. Dreyfus n'a jamais été innocenté. C'est un petit peu comparable. Mais enfin Burgaud n'a eu qu'un blâme et d'ailleurs ça n'aurait pas été possible autre chose. C'était une promotion. Oui, il a eu un blâme. Oui, mais il pouvait pas faire autrement pour une mutation. Oui, maintenant, il est à la Cour de cassation. Alors il est en haut de la hiérarchie. Mais il ne sera jamais premier président.

JLR : Donc il est quand même coincé, il est au placard. Cette constante dans la magistrature française, les juges qui ont collaboré pendant la guerre, on leur a piqué leur Légion d'honneur qu'on leur a rendu après, mais ils n'ont jamais été destitués. Ils n'ont jamais fait de la cabane. Mais bon, ils ont pris quelques coups comme ça, hein, sans les nommer. Mais après ils ont poursuivi une brillante carrière. Ah oui, c'est ça le problème de la magistrature. C'est pas le problème de la magistrature, c'est un problème de société. Où on fout en l'air cette société bourgeoise, on met tous les magistrats et les flics à casser des cailloux ou et on en remet d'autres qui seront peut-être pires.

Charles : Ben oui, ils auraient pu parce que quand j'avais 45 ans, ils m'ont demandé pour entrer dans la magistrature, parce que j'avais les diplômes. Mais bon, j'ai pas voulu parce que je me suis dit : écoute, la magistrature, c'est retraite à 65 ans. Moi, j'ai encore dix ans à faire, ça sera 20 ans à faire. Donc. Deuxième cause, parce que quand je suis passé, quand je suis parti en retraite, ils m'ont demandé Ah, ça serait bien si vous vouliez. Moi j'ai dit Oh, c'est avec le plus grand plaisir, je serais très flatté, effectivement. Mais vous savez, je suis resté six mois en Espagne, c'est pas possible. J'aurais dû prendre la retraite en magistrature.

Donc ils vont toujours juger quelqu'un. Un coup là, j'en ai eu, un coup il y avait une histoire merdique. Alors j'avais dit au magistrat : écoutez, c'est merdique votre cas. Moi, à votre place, je laisserais tomber. Non, non non non. Il y a six mois. Après, il me rappelle. Dites donc, votre affaire, je vous l'avais dit que c'était merdique : Ouais, je sais plus comment me démerder avec.

JLR : Et pour parler de tout à fait autre chose, comment se comportaient les jurés au procès ? Ils devaient être complètement déstabilisés ?.

Charles : Bon, des camemberts, on les appelle des camemberts. Ces camemberts sont des braves gens.

Dominique : Je reviens sur le déroulement du montage. C'était au lendemain de son mandat, quand il avait convoqué les enfants. Et le lendemain, Myriam, elle craque et elle se tourne vers nous en disant : « J'ai menti ! Tu n'y étais pas. Elle nous désigne les uns après les autres. Et c'est le vendredi après 12 h. Ça se passe vers 16 h ».

Le lundi, changement de version. Invraisemblable. Donc on n'a jamais su la vérité. On n'a jamais su. Au tournant du procès les avocats montent au créneau en disant il faut continuer, il faut continuer. Le juge les interrompt et dit : « Faut que je prenne mon train pour retourner à Paris ». Oh là là, merde ! Interruption de séance.

Après, elle revient. En disant : « C'est foutu pour moi » ! Quoi ? Mais mais du coup, insatisfaction. On n'a jamais su pourquoi elle avait menti. Elle nous avait accusés. Et pourquoi ses enfants aussi On n'a jamais rien su.


JLR : Et vous n'avez pas repris ce sujet-là par après ?


À suivre...