"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 14 mai 2022

UNE CRITIQUE COMPLETEMENT HORS-SOL DU ROI DES BOBOS MELANCHON

 

Appréciations erronées du plus vieux groupe maximaliste de France et de Navarre: « Il doit son relatif succès à la mobilisation de l’électorat populaire et ouvrier des anciens « bastions rouges » de la banlieue parisienne et des concentrations ouvrières de la plupart des grandes villes françaises. Sa candidature a pris également chez beaucoup de jeunes pourtant plus méfiants envers tous les discours convenus des bonimenteurs patentés du cirque électoral. Alors que les partis historiques de la gauche, PS et PCF en tête, ont fait naufrage, décrédibilisés, incapables de représenter le moindre espoir aux yeux d’électeurs désabusés, La France insoumise (LFI), avec son leader charismatique Mélenchon, se présente désormais comme la « force de gauche » par qui peut venir l’espérance d’un avenir meilleur. Elle se donne à la fois l’image du recours face au « libéralisme » bourgeois, au « pouvoir de l’argent » et des « riches », face aux attaques du pouvoir macronien comme au danger « fasciste » du Rassemblement national de Marine Le Pen… »1 CCI

Plus creux et comique : « LFI est désormais la principale force de la gauche capable d’assumer ce rôle d’encadrement idéologique du prolétariat ». CCI

«  La tentative idéologique ignoble de LFI de division générationnelle que l’on a vu déjà à l’œuvre pendant la pandémie ». CCI


L'article est superficiel, analyse avec une optique vieille de 40 années comme si LFI était un PS en voie de reconstruction, et sans tenir compte, par esprit de secte du long article que j'ai consacré à la mystification de ce personnage sans intérêt et attirant surtout la masse hétéroclite des bobos, pas la classe ouvrière2. Pas du tout surtout une critique argumentée et sérieuse de l'aspect bouillabaisse du programme du clan LFI, même pas un minimum crédible comparé à l'ancienne aile gauche antédiluvienne du PS, le PSU. LFI ne prétend même pas remplacer la funeste union de la gauche, qui visait surtout à museler la classe ouvrière. Mélenchon s'était présenté en 2017 comme camelot d’un mouvement plus transversal nommé La France insoumise (LFI). Son objectif n’est plus de « rassembler la gauche » mais de « fédérer le peuple ».

L'ECOSYSTEME POLITIQUE DE LA FAUNE A MELENCHON 

Le programme, simplement comme façade électorale, de la faune à Mélenchon est aussi improbable et invraisemblable et pour la bourgeoisie et pour le prolétariat; c'est une compilation des divers fantasmes et rêveries de communautés marginales urbaines. Le rôle politique incontestable de Mélenchon est important pour l'Etat, son opposition caricaturale a bien pour fonction d'encadrer cette faune dans ses révoltes comme dans ses émeutes, en lui laissant croire le pouvoir général accessible au nom d'un anticapitalisme très policé et national. Dans le concret urgent du moment il est à signaler la première bannière de cette clique, la chanson écologique, avant la question politique et sociale, sert à excuser le capitalisme, certes pollueur, mais face auquel il suffirait d'institutionnaliser une politique d'Etat bio pour « sauver la terre ». L'idéologie écologique de Macron à Mélanchon est l'idéologie de la conservation du capital et du bourrage de mou des « jeunes »

S’inspirant de la stratégie de nouveaux partis politiques tels que Podemos en Espagne, le leader Insoumis décida alors de délaisser la symbologie de gauche (L’Internationale, le drapeau rouge) et l’axe « gauche-droite » au profit d’une rhétorique opposant le « peuple » aux « élites ». Mal lui en a pris puisqu'il se trouve désormais avec un concurrent sur presque les mêmes bases populistes (mot inconnu du CCI) - le RN – et que conglomérat des Nupes n'est qu'un marais interclassiste dominé par les pleureuses petites bourgeoises.

LA NUPES DES DUPES

L'élargissement relatif de la victoire improbable d'un « camp de la gauche des travailleurs écologiques » avec la Nupes des dupes, arrogante « Nouvelle Union populaire écologiste et (peu) sociale » en vue des législatives vengeresses, n'est pas qu'un élargissement faiblard de la bouillabaisse LFI – communautariste et multiculturaliste wokiste - c'est surtout une mise en coupe réglée sous la bannière de la bourgeoisie écolo et de ses petits camelots islamo-gauchistes au service d'un prétendu sauvetage écologique du capitalisme avec toutes les industries bios qu'on nous promet pour « générer des emplois » et « sauver la terre », mais pas l'humanité ! Cette idéologie, bourrée dès les maternelles, est le cadet des soucis de la classe ouvrière bien que motivant surtout bobos enseignants et directeurs de conscience managériaux. A quoi sert le « changement écologique » en Ukraine ? Devrait-on réclamer des bombes propres ? Préserver les forêts et les animaux du débile Aymeric Caron3 ? Exiger des hommes qu'ils fassent la vaisselle avec la demeurée Sandrine Rousseau ? Violer sans vergogne les femmes avec Taré Ouaf ouaf ? Ecouter les fabulations d'Obono ambassadrice de la smala Traoré et des racialistes? Dealer la poudre blanche avec le principal commerçant parachuté des résidences à bobos parisiens, Piolle, au milieu d'une population arabe au chômage à Grenoble (grâce aux jeux olympiques...).

Continuer à mettre au premier plan « le combat écologique » carnavalesque (au plan électoraliste) au même moment que les massacres en Ukraine c'est cela la meilleure contribution de la bande à Mélenchon pour effacer toute réelle critique « politique » du capitalisme et de ses impérialismes ; l'article du CCI qui passe son temps à dénoncer cette vieillerie, le chauvinisme (surtout anti-européen), des mélenchoniens et rate la cible principale : la cuistrerie sentimentalo-écolo de cette clique qui, ce faisant, prétend faire de la politique à la place de ses électeurs (dans le même sens que l'abruti Caron) ou des naïfs qui rêvent de ces incapables au pouvoir, et dont les quelques maigres protestations pacifistes, voire la complaisance emberlificotée envers Poutine (par génétique anti-impérialisme US), ne protestent nullement d'un point de vue de classe contre la guerre. Plus grave que le futur engagement patriotique de Mélenchon, le rédacteur de l'article aurait pu noter la principale mesure anti-capitaliste et fumiste de son programme: le doublement des effectifs de police. L'écologie c'est pousser à éviter de penser aux conséquences principales du capitalisme, non pas sur les forêts ou les océans, mais sur les millions de vies humaines et sur ses guerres qui se moquent de l'écologie de la chair humaine comme moi je me moque de mes premiers slips.

La tentative bourgeoise burlesque et lourdingue de refaçonner une droite crédible et une gauche audible via la danse à mille pattes de l'extrême mémère Le Pen et de son compétiteur extrême Mélenchon n'est qu'une parabole mort-nèe, vanité de politiciens incrédibles. La porosité électorale des électeurs des deux bords en dit long sur la désagrégation de l'idéologie électorale plus qu'elle ne renforce ou signifie un avenir par des diverses sectes politiques qui constituent ces soi-disant extrêmes, et encore plus sur la disparition de la gauche magicienne. L'autre jour, à la caisse d'Aldi, un vieil ex-stalinien m'assure que Le Pen avait prévu que l'Amérique attaquerait la Russie, m 'assure aussi qu'il connaît l'histoire car Staline a renversé tout seul Hitler. Comme je lui démontre le contraire, il m'attend à la sortie pour me dire qu'il faut voter Mélenchon... Dans une analyse électorale qui sent la naphtaline, le CCI abandonne subitement sa notion de décomposition ! Pourtant il s'agit bien là réellement de décomposition, et pas de reconstitution de professionnels de l'opposition officielle bcbg !

L'article du CCI s'est certainement appuyé sur ce genre de commentaire de sondeur professionnel (et je prends plus au sérieux les sondeurs en général avec leur démarche scientifique quasiment corroborée depuis des décennies):

« Plus les électeurs sont jeunes, plus ils vont avoir tendance à voter pour Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier obtient ainsi plus de 22% des intentions de vote chez les 18-24 ans, contre seulement 7% chez les 70 ans et plus ».

D'abord la catégorie jeune ne signifie rien4. Actuellement les jeunes n'ont aucune conscience ; c'est un fait historique la jeunesse ne s'émancipe vraiment qu'au moment des grandes cassures historiques : par exemple 1789, 1917, 1968... Nulle critique non plus du contenu du programme qui prétend faire voter à partir de 16 ans, alors que l'influence parentale reste prédominante voire nocive. En plus les jeunes de la période actuelle, surtout des couches moyennes n'ont qu'une vague indignation écolo-compatible, pas la plupart des jeunes ouvriers. En plus cette évocation d'une possible révolte via le vote mélenchonien, sous le fanion mité et inconsistant d' « union du peuple » (à la place d'union de la gauche...disparue) , est un travestissement de la réalité, ainsi que la décrit la très sérieuse fondation Jean Jaurès :

« Le vote Mélenchon en 2022 est donc pour l’instant davantage un vote de catégories intellectuelles supérieures. Mais cela se constate-t-il également au niveau des revenus et des catégories socio-professionnelles ? Alors qu’en 2017 il obtenait des scores assez similaires au sein des professions intermédiaires, des ouvriers et des employés en surperformant même chez ces derniers (29% des voix), les intentions de vote des ouvriers et des employés sont désormais inférieures à celles des professions intermédiaires. Plus encore qu’en 2012 et qu’en 2017, le vote Mélenchon n’est ni un vote de classe, ni un vote populaire. Pour autant, on peut être frappé par la déconnexion existante entre les hauts niveaux de diplôme et les faibles revenus de l’électorat Mélenchon. Cette déconnexion, qui existait déjà d’une certaine manière en 2017, confirme que le candidat de l’Union populaire performe particulièrement au sein de cette frange de la population à fort niveau d’éducation mais dont le niveau de vie ne suit pas.

On comprend dès lors pourquoi les questions de pouvoir d’achat et de lutte contre les inégalités sont particulièrement citées par les électeurs de Jean-Luc Mélenchon comme les enjeux les plus importants. C’est d’ailleurs sur la montée des préoccupations concernant le pouvoir d’achat que Jean-Luc Mélenchon a construit sa dynamique des dernières semaines. Le programme « L’Avenir en commun » porté par l’Union populaire se compose à la fois d’un ensemble de mesures s’attaquant au libéralisme économique et financier, et proposant d’assurer davantage d’égalité et de justice sociale »5.

Par après l'analyse suivante est encore plus claire :

Départements ultramarins, campagnes alternatives, bastions syndicaux, «génération climat», banlieusards, musulmans et bataillons de la gauche diplômée des métropoles constituent l’archipel mélenchoniste. Quant à ces 20 %, ils correspondent essentiellement à des catégories plutôt populaires et dépolitisées : elles estiment que le clivage entre la gauche et la droite n'explique plus la chose publique d'aujourd'hui, comme d'ailleurs 40 % de l'ensemble des Français.

Comment décrypter leur démarche ? Ces 20 % sont avant tout des "fâchés pas fachos", pour reprendre une formule de Jean-Luc Mélenchon. Comme au Brésil, en Italie ou aux États-Unis, une portion de plus en plus importante des populations se sent lésée et ne vit la politique qu'au travers de ses multiples colères.  Ces populations ne raisonnent plus en termes de partis politiques, mais au travers du prisme de frustrations auxquelles les politiques ne répondent plus. Ils ont voté Mélenchon parce qu'ils sont fâchés, mais ce ressentiment est d'abord dirigé contre Emmanuel Macron, et non prioritairement contre Marine Le Pen, puisqu'elle n'était pas dans les sphères du pouvoir.

Nos professeurs de maximalisme ringard oublient de plus, comme la politocratie officielle, ceux qui, jeunes et chômeurs, abstentionnistes et voteurs blanc, se fichent du politicien délirant Mélencon et la « division générationnelle » n'existe pas dans la réalité chez les abstentionnistes, quoiqu'il soit positif que les jeunes y soient aussi nombreux :

« C’est une habitude, les abstentionnistes ont une nouvelle fois été particulièrement nombreux chez les jeunes et les moins favorisés. Près de 30% des moins de 35 ans (29% chez les 18-24 ans, 28% des 25-34 ans) ne se sont pas déplacés pour ce 1er tour de la Présidentielle 2017, pour comparativement 16% chez les 60-69 ans et 12% chez les électeurs de plus de 70 ans. En termes de catégories socioprofessionnelles, on recense également 29% d’abstentionnistes chez les employés et les ouvriers, pour 21% chez les cadres et 22% chez les professions intermédiaires. L’abstention a également dépassé les 25% sur l’ensemble des salariés et des personnes au chômage. Il faut se tourner vers les retraités pour trouver une participation sensiblement plus forte, de 87% contre 13% d’abstention ».

Les (anciennes) gauches se sont officiellement fait des papouilles mais on ne dit plus les gauches mais la nouvelle (faune) union populaire écologique et sociale (la Nupes), autrement dit les diverses cliques des idéologies bobos, nouvelles mafias qui se disputent le gâteau électoral avec hargne et coups bas comme tous les vieux machins! Vous imaginez que ces tripatouillages vont illusionner les prolétaires? On n'a pas un prolétariat aveugle ni lâche comme celui de Russie ici!

La faune mélenchocompatible, néanmoins perpétuellement conflictuelle, s'affiche désormais avec un «V» rouge, vert, mauve et rose qui veut dire «victoire» évoquant le début du terme et qui peut se faire avec les doigts, comme Churchill Comme le Z de l'impérialisme russe... Les vieux récalcitrants éléphants du PS ont trouvé à mon sens les mots justes pour déshabiller cette pauvre comédie : « rafistolage » selon JM Ayrault, « signature de reddition » selon l'ancien trotskien Cambadélis, « une sympathie qui ne couvre pas les désaccords » selon Claude Bartolone. Sans oublier l'indifférence de Stéphane Le Foll. Certes le PS est mort, mais il n'est pas prêt d'être remplacé.

UN VOTE UTILE CAMELEON ET TRES VOLATILE

Pauvre Mélenchon il n'aura été qu'un « vote utile », « vote par procuration » pour une haine apolitique, pour un rejet de la clique au pouvoir mais sans alternative crédible. De plus, hélas trois fois hélas, la part des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ayant voté pour Marine Le Pen a augmenté, pas vrai?. Ce n'est plus du carnaval électoral mais une chienlit institutionnelle comme aurait dit le grand Charles ! Une moisissure des boites à voter! Allez retrouver vos petits électeurs là-dedans. L'électeur est devenu une girouette sur laquelle vous, petit politicien, ne pouvez même plus compter ! Aussi pour barrer la route au fascisme inexistant une bonne partie des mélenchoniens a finalement voté Macron6 ! Le meilleur du pire peut côtoyer le diable et sa grand-mère !

Avec le propagandiste du voile en piscine, Piolle de Grenoble, et la garantie municipale clientéliste  de développer les mosquées, la gauche mélenchoniste fait des ravages en terre islamique : Près de sept électeurs musulmans sur dix ont voté pour Jean-Luc Mélenchon, dimanche 10 avril, au premier tour de la présidentielle, selon une étude l’Ifop pour La Croix. Si des appels à voter pour le camelot de La France insoumise ont été relayés au sein de la communauté musulmane ! Qui se ressemble s'assemble.

« LFI est désormais la principale force de la gauche capable d’assumer ce rôle d’encadrement idéologique du prolétariat ». Pas du tout, d'abord parce que gauche ne veut plus rien dire, ensuite parce que LFI ne prétend pas encadrer le prolétariat comme un vulgaire syndicat mais le diluer dans la notion fumeuse de peuple... Espéranza tchi tchi tchi

Les forces, non pas d'encadrement, mais de dilution et d'égarement du prolétariat, resteront multiples et aussi désordonnées qu'actuellement, cela ne signifie pas qu'elles seront moins destructrices de la recherche d'unité du prolétariat mais la clique clientéliste à Mélenchon n'est pas la plus dangereuse car sa notoriété et son influence n'ira pas plus loin que les Podemos et cie. La petite bourgeoisie tourne le dos à l'histoire qui finit toujours par se moquer d'elle.


NOTES


3Ce PN intronisé dans les médias naguère par le pitre Ruquier, représente l'aille fasciste du bourbier mélanchonien. Il a milité pour un « permis de voter ». En 2017, sur un plateau télé, Aymeric Caron avait qualifié de "gênant" le fait "que dans une démocratie, puissent participer des personnes qui n'ont aucune connaissance des enjeux du vote en question". « "Le citoyen inculte et irresponsable n’aura plus voix au chapitre. Personne ne pourra plus participer à la vie de la communauté sans avoir apporté les preuves qu’il en est digne. À cet effet, un permis de voter sera instauré". C'est l'autre version de la mystification démocratique bourgeoise car le vote général n'est établi que pour les cons certifiés. Et de toute façon cela revient au même, une fois élus les édiles bourgeois ne sont plus contrôlables par les braves électeurs soumis...comme les insoumis derrière leur guru.

4Pourquoi ne nous bassine-t-on pas aussi avec le « vote étudiant » ? Ce qui ravirait le CCI, think thank moderniste qui nous a inventé il y a quelques années l'étudiant comme membre de la classe ouvrière ! Ont-ils jamais vu le comportement de l'étudiant en stage en entreprise ces petits profs coupés des réalités ?

6 D'après le sondage réalisé par Ipsos-Sopra Steria du 21 au 23 avril, 42% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ont voté pour Emmanuel Macron au second tour. En 2017, ce chiffre s'élevait à 52%. La part de vote pour Marine Le Pen passe de 7% en 2017 à 17% en 2022. Le pourcentage de votes blancs ou d'abstention parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon est stable, à 41%.

jeudi 12 mai 2022

CRISE DE LA GUERRE TRADITIONNELLE épisode 17

 


LES PROFITEURS DE LA GUERRE

suivi de UN BUSINESS JUTEUX ET SANGUINAIRE

par Mauricius1 du journal La plèbe, Librairie de « Ce qu'il faut dire » (1917)


Quand, sur les routes d'Afrique, un convoi de Bédouins ou de disciplinaires2 traverse les hauts plateaux, on peut voir dans l'air translucide des points noirs se mouvant lentement à des hauteurs incroyables. Ces points sinistres qui tachent de deuil la splendeur du ciel, ce sont des vautours fauves. Malheur à qui tombe sur le sol brûlant – bêtes ou gens – le vol des rapaces s'abat sur lui avec des cris horribles.

Trop lâche ou trop prudent pour attaquer l'homme ou l'animal vivant, le vautour fauve ne se complaît que dans la mort, cadavres ou mourants sont la pâture dont il se repaît, l'infection et la pourriture l'attire et il s'en délecte. Aussi la langue expressive des hommes du désert l'a baptisé d'un nom qui tout à la fois le caractérise et semble le flageller : charognard.

Quand le soleil brille en les airs sidéraux et que, de la terre fécondée, la vie rayonne et s'épanouit, les charognards rêvent de charniers, de morts entassés par milliers, de chairs qui se décomposent, et dans lesquels, sans effort et sans risques, ils enfonceront avec délices leur bec crochu d'oiseaux de proie.

Ces nécrophages vivent de la mort ; la mort les hante et les engraisse, et s'il était en leur pouvoir, ils feraient de la terre un vaste ossuaire dans lequel ils pourraient satisfaire leurs appétits ignobles avec béatitude

Il n'y a pas, hélas ! Que des vautours fauves qui vivent de la mort, l'espèce humaine a aussi ses charognards. Et ce sont quelques pages de l'histoire des rapaces à masque d'homme que je vais écrire ici.

L'AFFUT3

L'affaire du Figaro

Le 19 avril 1913, le député allemand Karl Liebknecht, soutenu par le député catholique Pfeiffer faisait à la tribune du Reichstag des révélations sensationnelles.Documents en main, il démontra que la maison Krupp avait un agent nommé Brandt, chargé de


soudoyer les fonctionnaires de l'Etat-major et du ministère de la Guerre et d'obtenir d'eux, moyennant finances, des dossiers secrets de la plus haute importance, dossiers qu'on retrouvait chez M. von Dewitz, sous-directeur de l'usine d'Essen.

Liebknecht poursuivant son enquête découvrit que Krupp employait, à des appointements de ministres, un grand nombre d'officiers de tous grades et jusqu'à des officiers généraux et des amiraux, dont la mission consistait à obtenir des commandes pour l'usine d'Essen.

Cette corruption de fonctionnaires n'étant pas encore suffisante pour assurer le développement des armements allemands et la fortune de ce marchand d'outils de meurtre, Krupp n'hésitait pas à corrompre l'opinion publique.

Aidé dans sa tâche par les autres charognards allemands, hyssen, Mauser, Düren, Waffenfabrik, etc. il subventionnait un certain nombre de journaux pangermanistes, dont la principale fonction était d'exciter les sentiments chauvins et de tenir le peuple allemand sous la perpétuelle menace de « l'ennemi héréditaire ». Cet ennemi variait d'ailleurs suivant les saisons. C'était le Français ou le Russe, quand Krupp ou Thyssen désiraient une commande de mitrailleuses, et c'était l'Anglais quand les chantiers de Stettin avaient besoin de fabriquer des cuirassés.

Liebknecht révéla un document encore plus grave : une lettre adressée par le directeur de la Waffenfabrik, à un de ses agents parisiens.

Voulant obtenir une commande de mitrailleuses que le Reichstag ne semblait pas disposé à approuver, la Waffenfabrik qui contrôle à la fois en Allemagne les usines de Daellingen, les établissements Düren et les usines Mauser en Belgique, la Fabrique nationale d'armes de guerre d'Herstal et à Paris, la société Française (?) des roulements à bille, trouva expédient d'affoler l'opinion allemande. Et voici son truc. Elle écrivit à son démarcheur à Paris, rue de Châteaudun, la lettre suivante :

« Nous voudrions faire passer dans un des journaux les plus lus à Paris, si possible le Figaro, un article dont voici la teneur : « L'administration militaire française a décidé de hâter considérablement la construction des mitrailleuses destinées à l'armée, et de commander deux fois plus de ces engins qu'elle ne se proposait primitivement ». Nous vous prions de faire votre possible pour obtenir qu'un semblable article soit accepté.

Pour la Waffenfabrik, Von Gontard

Ce communiqué ne fut pas inséré sous cette forme, mais quelque temps après, et comme par hasard , le Figaro, le Matin et l'Echo de Paris, entamaient un éloge dithyrambique de nos mitrailleuses.

Curieuse coïncidence, à la suite de ces articles, et se basant sur eux, le député prussien Schmidt dont on soupçonnait les attaches avec la haute métallurgie, interpella le Chancelier de l'Empire et demanda ce que le gouvernement comptait faire pour répondre à la menace française.

Etonnée et quelque peu apeurée, la majorité du Reichstag vota alors et sans discussion une commande considérable de mitrailleuses. Mesures à laquelle l'Etat français répondit par une augmentation d'armements.


Ainsi, tandis que l'Echo de Paris, le Matin et le Temps irritaient le public français en citant des extraits des journaux pangermanistes et en particulier la Post, dont le principal actionnaire était Von Gontard, ce même Von Gontard, aidé de sa créature le député Schmidt, affolait le public allemand en usant du faux et du chantage au patriotisme pour augmenter son chiffre d'affaires.

Quant à la responsabilité du Figaro et des feuilles françaises qui, pour des raisons sonnantes, contribuèrent à ruiner les finances de l'Etat, et à mettre l'Europe sur un volcan uniquement pour permettre aux actionnaires d'Essen, de Mauser et du Creusot de grossir leurs dividendes, l'histoire la déterminera peut-être un jour avec précision.

Ce n'était d'ailleurs ni la première ni la dernière fois que la presse lançait des informations sensationnelles et fausse sur l'ordre de la finance cosmopolite et des internationaux du blindage.

On se rappelle l'affaire Liebcher, révélée par le chef du parti de l'indépendance. Lovachich à la Chambre Hongroise en 1913. Des lettres furent lues émanant de M.C. Calmette et de M. Glasser, chef de la publicité du Figaro, desquelles il ressortait que cet organe éminemment nationaliste acceptait la collaboration du sieur Liebcher, agent du gouvernement hongrois, moyennant une subvention de 30.000 francs par an, payables en espèces et en publicité d'Etat.

Par ce contrat, le Figaro et les lecteurs de ce journal mondain et bien pensant, étaient loin de se douter que tels articles qui paraissaient fleurer le patriotisme le plus pur, émanait du nommé Liebcher, sujet autrichien et servant en réalité les louches intérêts de la finance austro-boche.

(…) Ah ! Je vous l'ai dit : les charognards n'entendent pas lâcher leur proie. Responsables de la guerre, qu'ils ont préparée en intensifiant l'armement mondial, en attisant le régime volcanique de la « paix armée », en suscitant par leur presse les sentiments de haine de peuple à peuple, en intriguant par leurs diplomates, en forgeant, par leurs mensonges une opinion publique favorable à leurs projets criminels...

Responsables de la guerre qu'ils ont déchaînée le jour ou ne pouvant plus s'entendre avec les rapaces des autres autres pays, pour exploiter l'humanité , ils ont cru expédient et propice de les manger...

Responsables de la guerre dont ils vivent et dont ils prospèrent, les charognards font durer la guerre le plus longtemps possible.

Je les accuse ici devant les peuples et devant l'histoire après avoir perpétré le grand crime, de le perpétuer.

Quelles conclusions donner à cet écrit ? Je suis intimement convaincu que le régime capitaliste basé sur la concurrence porte la guerre en lui et que toutes modifications qui ne toucheront pas à la base même du capitalisme seront superficielles et vaines.

La suppression de la guerre est liée indissolublement au problème social. Il y a bien longtemps que dans nos brochures et nos livres nous en avons étudié la solution. Fasse que le terrible cataclysme abattu sur les hommes hâte la venue de la société fraternelle que nous avons conçue ! Là seulement est le salut...

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LES PROFITEURS DE GUERRE AU XXIème siècle

un business au cœur de l'économie capitaliste décadente

(à la différence du 19éme...)

La dissémination gangstériste des matériels militaires ! https://www.persee.fr/doc/receo_0338-0599_1994_num_25_2_2667

ECRIT LE 11 FEVRIER 2022 (la guerre a commencé le 24 février)

https://basta.media/Ventes-d-armes-au-Moyen-Orient-les-profiteurs-de-guerre-sont-Europeens

« ...comme l’Histoire l’a souvent démontré, les axes de la politique extérieure américaine sont la déclinaison des besoins en matière de politique intérieure. Les intérêts politiques, économiques et militaires étant confondus, les conflits extérieurs ont souvent été l’opportunité de servir les intérêts du complexe militaro-industriel très puissant aux États-Unis, tout en servant leur dessein politique et hégémonique. Ainsi, un nouveau conflit permettrait d’établir un consensus autour de la menace extérieure, tout en détournant l’attention des contestations domestiques et en durcissant le contrôle politique sur son territoire.

Face à la domination chinoise en Asie du sud-est et en Mer de Chine, à son expansion économique au travers des routes de la soie, et à sa mainmise sur les ressources de l’Afrique, les USA, dans une logique de containment, répliquent en renforçant leur présence militaire et économique dans des régions stratégiques. Premièrement, en Asie, avec des déploiements de la flotte américaine en Mer de Chine et Pacifique sud où ils démontrent un soutien appuyé à Taiwan, au nez et à la barbe des Chinois. Mais aussi, via des liens économiques forts avec l’allié traditionnel de la région, le Japon. Les présidents chinois et russe soutiennent d’ailleurs la thèse d’une volonté des États-Unis de déstabilisation régionale, comme l’illustre la soudaine révolte populaire au Kazakhstan, économie la plus performante d’Asie centrale et clé de voûte des routes de la soie qui entretenait jusque là de bonnes relations avec la Russie, la Chine et les USA.

Ensuite, dans une logique d’encerclement énergétique, on peut s’interroger sur le rôle des États-Unis au Moyen-Orient, au travers de leur allié israélien. En effet, le tournant historique du dialogue qui s’est opéré entre l’État hébreu et ses voisins arabes sous la houlette des Américains, assure un renforcement du contrôle de ces derniers dans la région du monde la plus grande productrice de pétrole, source d’énergie vitale pour le concurrent chinois. Dans cette logique, mettre en danger la Chine sur un de ses autres fronts, nommément celui eurasiatique avec la Russie et les pays de la Communauté des États Indépendants (CIS), serait un atout significatif. Au vu du renforcement de l’alliance énergétique entre Moscou et Pékin avec la signature d’un contrat gazier sur 30 ans dont les ventes se feront en euros,  une déstabilisation de la Russie achèverait l’encerclement énergétique de la Chine, la mettant en position de difficulté économique.

https://portail-ie.fr/analysis/3080/ukraine-les-etats-unis-cherchent-ils-a-precipiter-la-guerre

...D’un point de vue économique, un conflit en Ukraine serait bénéfique pour les États-Unis, en ce qu’il rendrait légitimité et raison d’être à l’OTAN (dominée par les intérêts américains), organisation il y a peu en état de « mort cérébrale ». Le marché européen de la défense s’ouvrirait alors encore plus aux USA, déjà principal fournisseur de l'armée européenne comme le démontre le choix d'équipement en coûteux chasseurs F 35 par la plupart des pays européens tel l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas – au détriment du Rafale de Dassault, de l’Eurofighter d’Airbus ou du Gripen de Saab.

On note à cet égard qu'un rapprochement entre la Russie et l’Europe ferait de cet immense continent, un bloc encore plus puissant que celui de la Chine. Cela fait écho d’une menace majeure qui pourrait mettre à mal l’impérialisme américain. Ainsi, la tactique serait de monter le premier contre le second afin d’affaiblir les deux. Une Russie isolée et une Europe sous la protection de l’OTAN est le credo de la politique étrangère européenne des États-Unis. L’OTAN s’est notamment considérablement étendue vers l’Est en s’appuyant sur l’élargissement de l’Union Européenne, cette dernière ayant favorisé le ralliement des nouveaux entrants à l'alliance militaire (sans oublier la France que de Gaulle avait fait quitter le commandement intégré de l’OTAN en 1966 et qui l’a réintégré seulement en 2007). Cela est d’autant plus évident dans les pays Baltes et d’Europe de l’Est, où les Américains promeuvent l’indépendance énergétique vis-à-vis du gaz russe pour limiter l’influence de Moscou et y sécuriser des débouchés pour leurs exportations de GNL.

Un conflit servirait donc des intérêts domestiques américains (surtout sur le plan économique) mais permettrait également d’affaiblir les concurrents de Washington. Quelques sources paraissent donner un aperçu de cette autre réalité. Un article du quotidien Il Manifesto (traduit ici) ainsi qu’une enquête d’un article du Time témoignent de la présence d’Erik Prince en Ukraine. Fondateur de Blackwater - une société militaire privée maintenant renommée Academy qui a fourni des mercenaires à la CIA, au Pentagone et au Département d’État américain - il serait en train de monter une armée privée en Ukraine au travers de sa compagnie Lancaster 6. À cela s'ajoutent les investissements militaires des USA en Ukraine à hauteur de 2,5 milliards de dollars depuis 2014, qui dénotent d’intérêts économiques américains clairs.

De plus, les USA provoquent et poussent le narratif d’une Russie qui cherche à déclencher la guerre. Confronté à ses allégations selon lesquelles la Russie utiliserait un faux prétexte pour envahir l’Ukraine, le porte-parole du Département d’État américain ne donne pourtant pas d’explications claires. Le président ukrainien lui-même qualifie ces prédictions d’"apocalyptiques" et appelle à une désescalade. Le site Bloomberg a également mis en ligne par erreur pendant 30 minutes un article titré “La Russie envahit l’Ukraine”. 

En changeant d’angle, on s'aperçoit donc qu’un conflit ukrainien semble inéluctable. Sur fond de tensions internationales entre la Chine et les États-Unis, dont la puissance économique ralentit, la solution d’une guerre par proxy en Europe se profile à l’horizon. Ce ne serait pas la première fois que les États-Unis provoquent un conflit loin de leur territoire national pour servir leurs intérêts. L’escalade médiatique actuelle est symptomatique de l’imminence d’un élément déclencheur. Diviser et affaiblir ses concurrents, aussi bien russe et chinois qu’européen s’inscrit dans la logique de maintenir l’impérialisme américain.

LA GUERRE ? UN BUSINESS JUTEUX ET SANGUINAIRE

Les grands groupes industriels de l’armement s’enrichissent en livrant des armes aux belligérants. Car il faut renouveler les stocks et expérimenter de nouvelles technologies sur le terrain.

La France dispose d’un complexe militaro-industriel très important qui est le troisième exportateur mondial d’armes derrière les États-Unis et la Russie. Avec un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros, l’industrie de l’armement est composée d’une dizaine de grands groupes (Thalès, Naval Group, Safran, Dassault Aviation, le CEA et Nexter, fabricant du char Leclerc notamment, mais aussi Airbus, 7e fabricant d’armes mondial, et MBDA, groupe européen). À quoi il faut ajouter une kyrielle de PMER-PMI qui, ensemble, emploient plusieurs dizaines de milliers de personnes. La France propose une offre militaire complète : matériels navals, terrestres et aériens.

Malgré l’embargo européen sur la Russie après l’invasion de la Crimée, en 2014, la France a continué à livrer discrètement des armes au Kremlin, entre 2015 et 2020. Notamment des caméras et des équipements destinés à moderniser les tanks et les hélicoptères qui pourraient bien être actuellement utilisés en Ukraine. Selon le magazine Disclose, « la France a délivré au moins 76 licences d’exportation de matériel de guerre à la Russie depuis 2015. Montant total de ces contrats : 152 millions d’euros, comme l’indique le dernier rapport au Parlement sur les exportations d’armement, sans toutefois préciser le type de matériel livré. » La Grande-Bretagne (40 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 300.000 emplois) occupe la deuxième place de fabrication et de vente d’armes en Europe, devant l’Allemagne (8 milliards d’euros, 80.000 emplois), l’Italie (5 milliards d’euros, 500.00 personnes), l’Espagne et la Suède (3 milliards d’euros chacun, 150.00 emplois).

Dès le début de l’invasion russe en Ukraine, les pays occidentaux ont proposé des armes à l’armée de Zelensky. Paris, comme d’autres capitales européennes, a en effet fourni des équipements de protection, casques et gilets pare-balles. Mais, depuis, la France livre, selon Le Monde, des missiles antichars Milan aux combattants ukrainiens.

Les États-Unis ne sont pas en reste. Les USA sont évidemment les premiers fabricants et marchands d’armes au monde grâce à des entreprises telles que Lockheed Martin, General Dynamics, Boeing et Raytheon, qui font partie des 500 plus grandes compagnies du monde. Le budget de la Défense de Washington s’élève à 770 milliards de dollars. Les États-Unis vont fournir une nouvelle aide militaire à l’Ukraine d’un montant de 350 millions de dollars, a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.

La Russie, dépendante de la production d'armes plus sophistiquées en Occident, reste la deuxième puissance militaire de la planète. Dotée d’un budget de 41 milliards d’euros (près de 2% du PIB).

LES MISSILES STINGER ET JAVELIN grands vainqueurs de la guerre actuelle ?

...arme désormais entre les mains de l'armée ukrainienne, les missiles anti-chars Javelin, eux aussi de fabrication américaine. Un peu plus d'un mètre de long pour une vingtaine de kilos, portés à dos d'homme, ils sont d'une efficacité redoutable grâce à une "charge tandem": une première charge fragilise le blindage, puis une deuxième charge détruit complètement le char. Surtout, le système de lancement permet au tireur de se mettre à l'abri immédiatement après avoir tiré le missile.

Une nouvelle enveloppe de 350 millions de dollars, un montant sans précédent, a récemment été débloquée par les États-Unis pour soutenir l'Ukraine face à l'invasion russe, comprenant la fourniture de missiles Javelin et Stinger. Outre les États-Unis, d'autres pays occidentaux comme les Pays-Bas, l'Allemagne, la Lituanie ou la Lettonie ont fourni ces mêmes missiles aux forces ukrainiennes. Par ailleurs, les Américains réfléchissent désormais à l'envoi d'avions de guerre à l'Ukraine, par le biais de la Pologne

 

NOTES

1Maurice Vandamme, dit Mauricius, (né à Paris le 24 février 1886 - mort à Paris le 28 juin 1974) est un anarchiste individualiste, antimilitariste et néomalthusien. Durant un demi-siècle, il contribue à nombre de journaux de la presse libertaire dont L'Anarchie d'Albert Libertad et Ce qu'il faut dire de Sébastien Faure. Mauricius fait partie du Groupe Péricat, une petite formation communiste essentiellement parisienne qui n'est pas reconnue par Moscou. Il décide quand même de se rendre en mars 1919 au premier congrès de l'Internationale communiste, sans mandat régulier. Il est ainsi un des premiers français à se rendre dans la Russie soviétique (il y rencontre Victor Serge), expérience dont il témoignera dans son livre : Au pays des Soviets, neuf mois d'aventures. En 1922, il édite le journal Cupidon, ayant pour thème la sexualité révolutionnaire, ce qui lui vaut d'être condamné pour « outrages aux bonnes mœurs ».

2Soldat des unités disciplinaires. (Les unités disciplinaires [supprimées en 1972] étaient destinées à recevoir les militaires condamnés pendant leur temps de service.)

3 Bâti servant à supporter, pointer et déplacer une arme lourde.Un affût de canon.


samedi 7 mai 2022

CRISE DE LA GUERRE TRADITIONNELLE : épisode 16

 

UNE GUERRE D'INVASION NON RECIPROQUE

 

« Aucune nouvelle à ce sujet ne devra filtrer à l'extérieur ; la presse spécialement ne doit pas être informée. C'est donc pour cette raison que nous examinons cette question ici, en séance à huis clos du Congrès. Il y a des limites à tout. Nous ne devons pas fournir des munitions à l'ennemi ; nous ne devons pas laver notre linge sale sous ses yeux. » Nikita Khrouchtchev

« A aucun moment de notre action les travailleurs n'ont montré qu'ils auraient la moindre volonté de jouer le rôle historique que nous attendions d'eux. L'arbre prolétarien rejetait en fin de compte la greffe révolutionnaire ». David Korner dit Barta (fondateur de Lutte Ouvrière)

Toujours rien de la part de la classe ouvrière en Russie ! A désespérer du prolétariat... Comment peut-il tolérer, laisser faire les destructions inouïes en Ukraine, l'assassinat massif des populations civiles ? Peut-on croire à un black-out massif au point que la « privatisation » de l'aliénation politique rende insensible voire indifférente la population russe dans son ensemble ? Les travailleurs russes ne sont-ils donc plus des prolétaires mais devenus de simples sujets de l'Etat, autrement dit toutes les caractéristiques des esclaves ? Et si l'armée française envahissait la Belgique pour massacrer des civils prétendus nazis et détruire toute son industrie, la population et le prolétariat resteraient-ils aussi passifs ici, apparemment aussi amorphes ou... terrorisés que les russes ? Une troisième guerre mondiale n'est-elle pas possible en définitive avec un prolétariat mondial aussi muselé ou incapable de remettre en cause la barbarie capitaliste ?

Avant de tenter de répondre à toutes ces questions qui nous taraudent, je vais vous informer d'une étonnante démarche de la CGT, organisme traître à la classe ouvrière depuis 1914, comme vous le savez. Cet organisme para-gouvernemental fait preuve d'un étonnant culot (amnésique), tout en posant douze questions aussi subtiles qu'appropriées ; je ne vais pas toutes les citer, vous pouvez les consulter : https://www.cgt.fr/actualites/international/paix-en-ukraine-liberte-en-russie-1

Après un intro presque révolutionnaire autant qu'amnésique et pacifiste :

« Notre pacifisme, celui qui plonge ses racines dans la conférence de Zimmerwald en 1915, réactualisé par le refus du « campisme », revient à rejeter ce jeu des alliances qui entraînent les peuples dans les conflits mondiaux au profit des bourgeoisies ou des aristocraties qui les gouvernent. Mais notre pacifisme sait faire la différence en fonction de la nature des dangers d’escalade encourus et des impératifs liés à la résistance des peuples pour défendre leur droit à l’auto-détermination. De la Commune de Paris à la guerre du Vietnam en passant par la guerre d’Espagne ou la résistance, notre histoire est aussi celle d’un soutien aux peuples en lutte pour la défense de leurs droits et libertés face à l’oppression ou à l’agression. Pour rendre le propos de cette note aux organisations plus vivant et intelligible sur une situation complexe et en évolution constante, le choix fait est celui d’une série de douze questions auxquelles elle apporte des réponses aussi claires et précises que possibles ».

Prenons seulement la onzième question :

« Onzième question : Comment la CGT peut-elle agir ?

« Si les sanctions sont nécessaires, elles peuvent donc produire des contre-effets et ne seront sans doute pas totalement efficaces. Le principal espoir réside donc dans la résistance de la population ukrainienne et dans l’aspiration au changement des peuples de Russie et du Belarus, appuyés par de larges mobilisations en Europe et dans le monde. D’où l’urgence et la nécessité d’un soutien au peuple ukrainien et à la paix dans les manifestations organisées partout en France depuis le 24 février. Dès le premier jour de la guerre, la CGT participait d’ailleurs à une manifestation à Bruxelles, avec le mouvement syndical européen et international réunissant les mots d’ordre de paix en Ukraine et d’augmentation des salaires en Europe. La CGT appelle ses adhérents à participer partout en France aux très nombreuses manifestations pour la paix en Ukraine et contre l’inacceptable agression dont Vladimir Poutine s’est rendu coupable. La CGT travaille actuellement avec d’autres organisations syndicales sur l’idée d’un convoi syndical (sur le modèle du convoi syndical pour la Tchétchénie que nous avions soutenu dans les années 90) pour l’Ukraine afin de témoigner la solidarité des travailleuses et travailleurs de France à la population Ukrainienne en envoyant sur place produits de première nécessité et matériel de soin aux blessés ».

En réalité il ne se passe rien en France que la collecte de colis et des drapeaux ukrainiens affichés aux balcons des mairies. Tout le reste est dominé par l'indignation face aux violences des « ultra-gauches » cagoulés (drivés d'ailleurs par des poulagas infiltrés) et les humeurs du roi des bobos Mélenchon, parfait challenger irresponsable face au revival du Macron. La CGT ne fait qu'afficher elle ce pacifisme éculé comme presque révolutionnaire, ce pieux mensonge qui accompagne toutes les guerres et ne les a jamais fait cesser, qui sert de nos jours d'abord à se ranger derrière les « aides humanitaires » des bourgeoises occidentales, tout en priant pour le peuple russe, atomisé. En outre les quelques maigres manifestations des clans syndicaux n'ont mobilisé que des poignées de bureaucrates. Et ce la n'exonère pas l'atonie révoltante de la classe ouvrière en France an particulier, quoique atomisée elle aussi par la mystification électorale frauduleuse.

Il faut trouver des raisons ailleurs à titre de comparaison, indépendamment des cycles de montée ou descente du prolétariat, ou même des périodes de similitudes qui confirment que la lutte contre la guerre reste une question complexe. Posons par exemple l'indifférence relative de la population française au moment de la décolonisation, celle qui concernait l'Algérie. Entre 1954 et 1952, les activistes nationalistes et syndicalistes algériens portent de vives critiques contre l’apathie de la classe ouvrière française, tout au long de la guerre, et au sein des instances syndicales. Ce n'est pas que la classe ouvrière française se réjouisse du colonialisme et de ses horreurs mais d'une part elle est tétanisée, comme le prolétariat russe en ce moment, par des organismes staliniens qui l'encadrent et la paralysent, et de l'autre peu admirative du jeune nationalisme algérien.

Deux tendances se dégagent parmi les ouvriers de Renault : d'une part une majorité de partisans de la paix, mobilisés par et « très encadrés » par les organismes syndicaux de la reconstruction disciplinée, et d'autre part une minorité, en faveur de la « libération nationale », de partisans de l’indépendance algérienne surtout composée de travailleurs algériens. L'unité ouvriers français et immigrés n'est pas encore en vois de réussir. Cette situation bizarre où le musellement syndical au service de l'Etat bourgeois est à son zénith et où l'idée révolutionnaire est galvaudée au profit des « jeunes nationalismes », simples girouettes d'une réorganisation impérialiste du monde, donne bien une image de ce que peut être une période de contre-révolution, la vraie, celle qui met en scène un prolétariat international et universel, non pas des cliques mao-trotsko-nationalistes.

Heureusement d'une certaine façon qu'on n'en est pas là avec le drame en Ukraine, que ni Poutine ni Zelensky ne peuvent se faire passer pour révolutionnaires du prolétariat. Dans les fifties, Renault-Billancourt est l’usine qui, en France métropolitaine, emploie le plus grand nombre d’algériens entre 1954 et 1962 (3 000 en moyenne sur la période, soit entre 8 et 12 % des ouvriers de l’usine et près d’un dixième de la main-d’œuvre « nord-africaine » recensée dans le département de la Seine. Billancourt est une école de formation de la bureaucratie syndicale. Les ouvriers algériens sont d'ailleurs pour la plupart syndiqués à la CGT, dans une proportion plus forte que les ouvriers français ; certains, membres du bureau du syndicat – tel Laïfa Lattad, l’un des artisans de l’implantation du FLN à Renault à compter de 1956, ou Slimane Ben Rahou, souvent orateur dans des meetings à l’usine  y font l’école des cadres. Comme quoi la militance syndicale mène aussi à soutenir le nationalisme « décolonisé », même si on peut comprendre, pour l'époque, cet encartage des ouvriers algériens comme une « garantie de séjour » face aux menaces quotidiennes des ultra-colonialistes1.

Les mobilisations relatives à la guerre d’Algérie ont été nombreuses à Renault. On en compte 96 entre mars 1955 et février 1962, date où elles cessent. Lors de la journée nationale de lutte contre la guerre en Algérie ; le 17 octobre 1957 à l’appel du PCF, des meetings ont lieu à Renault, qui se soldent par la signature de pétitions, tandis que dans d’autres usines de la région parisienne, on note des grèves de 24 heures. En avril 1961 où, face au putsch des généraux, Renault renoue avec sa réputation de forteresse ouvrière : des ouvriers se mettent en grève « sur le tas » et 25 000 personnes assistent au meeting place Nationale, devant la principale entrée de l’usine, répondant au mot d’ordre des syndicats CGT et CFTC de Renault : « Contre le fascisme, tous dans l’action» si on leur fournit des armes. La sauvegarde de la République, déclinée en lutte « contre le terrorisme de l’OAS et le fascisme » à compter de décembre 1961 ouvre alors de nouveau à Renault des mobilisations syndicalement encadrées.

De façon moins rance que chez Poutine, on ne peut oublier que le fascisme n'est pas très ancien, bien que la chanson soit fictive – il a été écrasé – quoiqu'il existe encore une extrême droite qui pue encore l'idéologie fasciste raciste.

Dans les quatre premières années de la guerre d’Algérie en revanche, jusqu’en mai 1958 précisément, nul front syndical ni a fortiori politique ne se trouve donc à l’origine de mobilisations ouvrières aux mots d’ordre variés : « pour faire échec aux visées colonialistes du gouvernement », « contre les lois de fascisation » et « contre la répression colonialiste en Algérie » en 1955 ; « pour le cessez-le-feu en Algérie », « pour la paix en Algérie », « contre les pouvoirs spéciaux », « contre la guerre d’extermination », « contre le rappel des jeunes », « pour l’indépendance de l’Algérie » en 1956 ; « contre la torture », « pour la paix, contre la misère », « pour l’indépendance de l’Algérie » en 1957 ; « pour arrêter la guerre », contre « les flics dans l’usine » dans les premiers mois de 1958. Ces mobilisations sont, en majorité, l’œuvre du PCF, de la CGT et du Mouvement de la Paix. Tous ces slogans de la part des principaux collabos des gouvernements bourgeois depuis la Libération n'ont pas grande chance de mobiliser une classe ouvrière encore atomisée par le poids de la guerre mondiale et à qui personne ne demande son avis sur décolonisation ou pas.

Dans un tract daté du 12 novembre, intitulé Halte à la répression colonialiste, la CGT locale appelle ainsi les « travailleurs de chez Renault » à se « dresser avec force contre la répression qui frappe le peuple algérien et pour l’aboutissement de ses légitimes aspirations nationales et de ses revendications – là où la section Renault du PCF reproduit et diffuse le communiqué du bureau politique du parti caractérisant l’insurrection du 1er novembre comme « des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si même ils n’étaient fomentés par eux », appelant à « une solution démocratique des problèmes qui se posent en Algérie ; […] une solution assurant la défense des intérêts de la France » et assurant « le peuple algérien de la solidarité de la classe ouvrière française dans sa lutte de masse contre la répression et pour la défense de ses droits ».

Le bloc stalinien joue en fait un double jeu, à la CGT d'être la plus radicale en soutien aux ouvriers algériens tout en les situant sur le terrain de « leur future nation » quand les français s'en fichent. L'appareil politique PCF reste sur le terrain nationaliste français, malgré quelques slogans pro-indépendance nationale car il se doit de rester un parti « national » au service de l'Etat français comme le confirmera son vote en faveur des pouvoirs spéciaux (sic ! comme l'opération spéciale de Poutine en Ukraine!). On trouve ici déployées, dès novembre 1954, deux catégories aspects de la position du PCF sur la guerre d’Algérie : l’intérêt national (français) et l’impératif de la lutte de masse, opposée aux « actes individuels » ; cet anti-terrorisme est la manière pour démontrer sa fidélité nationaliste à l'Etat français et ne pas trop s'engager en faveur d'une décolonisation honnie encore assez largement chez une partie des électeurs pieds noirs et pas seulement...

La nuance « Intérêt national français » pour le PCF, « aspirations nationales du peuple algérien » pour la CGT, n'est pas un désaccord entre le PCF et SON syndicat, mais sert à la CGT à encadrer le prolétariat immigré séduit par l'idéologie fumeuse de libération nationale. La référence à l’internationalisme prolétarien est ainsi découpée diffère : le PCF se dit en effet « l’interprète de l’internationalisme des travailleurs, inséparable de l’intérêt national » là où la CGT se charge de placer ledit internationalisme sous le signe de l’anti-impérialisme, dont les ouvriers français n'ont rien à foutre, encore épuisés par la guerre, et de la lutte contre l’oppression coloniale et donc la revendication d’indépendance nationale algérienne, quand le PCF fait passer au premier plan «l'intérêt national français ».

Cette tactique perverse se déchire avec le vote des pouvoirs spéciaux. Rendant possible, par l’envoi de troupes, l’accentuation de la guerre au nom de la paix, la loi sur les pouvoirs spéciaux, en ce qu’elle est votée par les députés communistes et justifiée, à Renault, par la CGT, va dégoûter la classe ouvrière même dans son atonie, et produire une génération d'antibiotiques gauchistes. A la suite de quoi, l'union sacrée PCF et CGT, qui n'avait pas besoin de se confirmer, implique que, à partir de mars 1956, la CGT n'apporte plus aucun soutien à la fable de la libération nationale algérienne. La guerre n'est plus dénoncée que pour ce qu'elle coûte.

Par ailleurs l'atonie du point de vue de classe des ouvriers algériens est confirmée à Renault par la forte implantation du FLN, qui se sert en même temps des grèves de revendications salariales pour suivre et encadrer à son tour. La proportion d’ouvriers algériens en grève, unanimement soulignée comme écrasante (de 90 à 95 % de grévistes à chaque fois attestée également par le nombre important de sanctions, contraste avec le degré moyen des mobilisations ouvrières contre la guerre d’Algérie, faible jusqu’en 1961. Daniel Mothé en témoigne à propos de la grève dite des 8 jours, en janvier-février 1957, rapportant des propos d’ouvriers français, glanés aux portes de l’usine (« Quand ils font grève, eux, ça marche »), tout en relatant l’indifférence, voire l’hostilité de ces derniers à la grève : « Ça ne rentre pas dans leurs préoccupations » ; et si, « dans un atelier d’outillage, il y a beaucoup de discussions, une proposition de faire une collecte pour soutenir les Nord-Africains de l’atelier en grève a été accueillie par un tollé d’indignation. Outre l’instrumentation des structures organisationnelles de la CGT, le choix de constituer une Amicale générale des travailleurs algériens en février 1957, plutôt qu’un syndicat, montre que les militants nationalistes algériens n’optent pas pour une rupture radicale avec l’appareil syndical stalinien.

« L’absence de mobilisations massives lors de la majeure partie de la guerre est à mettre en relation. Cette absence de mobilisations massives trouve ses origines, d’autre part, dans l’enracinement de l’idéologie coloniale en terrain ouvrier, dont témoigne la formation d’un comité de salut public à Renault en mai 1958. Cette idéologie coloniale fut de facto alimentée par la position des autorités du PCF et de la CGT, puis de la CFTC et de FO qui, outre la défense de « l’intérêt national » pour le premier, jugeaient d’une plus grande efficacité politique le mot d’ordre « paix en Algérie », moins extrême et plus majoritaire que celui d’indépendance. La grande majorité, y compris de la classe ouvrière, était pour la paix. La classe ouvrière, pendant la guerre d’Algérie, a joué un rôle plus par sa passivité face à la politique du gouvernement que par son engagement pour l’indépendance »2.

Aujourd'hui l'islam, avec salles de prière dans les usines (soutenues par la CGT et la mélanchobobocratie), a remplacé la division syndicale. On peut dire par déduction que la classe ouvrière en Russie actuellement n'est ni pour partir à la guerre généralisée la fleur au fusil (invention de la propagande en 1914, mais gros mensonge), ni qu'elle se trouve dans une période de « contre-révolution » ou de révolution inenvisageable comme dans la période de reconstruction de l'après 1945. Dans une période pire ? Oui par l'état de désagrégation du monde capitaliste et l'ampleur des destructions massives de la vie civile et l'arrogance de ses dictateurs. Non parce qu'il y a un aspect fuite en avant qui n'augure ni stabilité militaire ni sociale, ni victoire des deux côtés.

Mai 68 réaction tardive à la guerre d'Algérie ? On ne peut pas dire que la conclusion de la guerre d'Algérie aurait été étrangère à l'explosion de mai 68, six ans plus tard, non pas comme influence des soi-disant libérations nationales ni de la paix finale, mais parce que les appareils staliniens, PCF et CGT avaient révélé une nouvelle fois leur collusion avec l'ordre bourgeois, et c'est d'ailleurs pourquoi avaient surgi, quoique encore ultra-minoritaires les antibiotiques gauchistes. Mai 68 allait surgir à cause de l'affaiblissement de l'encadrement bourgeois.

UNE PRIVATISATION DE LA POLITIQUE EN RUSSIE ?

Cette notion de Castoriadis signifiant un repli général (inaugurée par la société de consommation et l'abondance dans les supermarchés), la tête enfouie dans le sable avec pour credo « mourir oui, mais de mort lente », semble bien être la meilleure approximation actuelle de l'absence de lutte contre cette guerre ignoble d'invasion et de déportation massive de populations comme au temps du stalinisme triomphant et des guerres traditionnelles 3. On pouvait comprendre l'absence de réactions massives en France pendant la guerre d'Algérie, du fait de l'antinomie de la lutte salariale avec le nationalisme algérien, et parce qu'on était encore, comme nous les maximalistes le radotons, en « période de contre-révolution », mais de nos jours on est en période de quoi ? De longue sieste d'un prolétariat inconscient et paralysé?

Comment expliquer la faible mobilisation de l’opinion publique russe et surtout de la classe ouvrière contre le conflit en Ukraine ? Une interview dans l'OBS y répond :

« ... En réaction à ces événements, les Russes ont développé une stratégie de résistance individuelle plutôt que collective. C’est-à-dire qu’ils ont tendance à se replier, avec l’idée que l’Etat peut être criminel et meurtrier – ce que beaucoup de Russes pensent probablement de leur gouvernement aujourd’hui – mais que l’essentiel est de préserver ce qui peut l’être : leurs proches, une vie à peu près décente. Ils savent qu’ils ne sont pas face à un pouvoir qui écoute son peuple et que, même si 10 millions de Russes étaient dans la rue pour protester, cela ne compterait pas pour le Kremlin. Ils sont rationnels et savent que mourir pour des idées est envisageable seulement si c’est susceptible de porter ses fruits. Eux ont appris de génération en génération qu’il valait mieux se protéger. Certains feront le dos rond en attendant que ça passe, d’autres mettront en place des stratégies d’évitement – éviter la guerre à leurs enfants –, certains protesteront par le silence. Et peut-être que d’autres – les classes moyennes notamment – quitteront massivement le pays, c’est en tout cas ce qu’on peut anticiper tant que l’on n’a pas une masse de cadavres qui reviennent de cette guerre ».

(…) Les Russes ont hélas pratiquement toujours vécu sous une dictature! Ils ont été asservis et massacrés par les Mongols durant trois siècles, puis par les tsars, ensuite par Staline et ses "héritiers", et maintenant par un ambitieux qui veut tout simplement récréer l'empire des Romanov! Aussi on peut comprendre leur attitude actuelle! ».

Un commentaire anonyme ajouté à cette interview m'est apparu très juste : « Y a une explication très simple et vérifiée à travers l'histoire : tant que l'armée russe sera victorieuse, la majorité des Russes soutiendra Poutine et le nationalisme s'en trouvera exacerbé. Quelques exemples : les Grecs ont soutenu l'attaque de la partie turque de Chypre par la dictature des colonels et n'ont viré de bord qu'après l'échec des colonels, les Argentins ont soutenu la dictature du général Videla lorsqu'il a décidé de récupérer les Malouines et n'ont lâché ce tortionnaire que quand les Anglais ont récupéré leurs îles.... Je ne veux pas remonter jusqu'au nazisme mais le mécanisme et les réflexes des peuples sont les mêmes. Il faut se méfier du nationalisme, des drapeaux et des hommes providentiels, mais la réaction de classe ne se manifeste pas immédiatement ! ».

Historiquement, de façon répétée, une malédiction a poursuivi les différents tsars russes, ils ont été tenus en échec finalement dans la plupart de leurs guerres, et c'est cette accumulation d'échecs qui a aussi contribué à l'éclatement d'octobre 1917 ; le tsar Poutine n'en réchappera pas non plus. Il y a des répétitions confondantes dans l'Histoire dont on ne peut ni rire ni pleurer :

« Au printemps de 1877, Alexandre II avait été débordé. La campagne avait mal commencé pour les Russes. En Bulgarie comme en Arménie, les échecs succédaient aux échecs. Dans les Balkans, la résistance héroïque de Plewna4 avait arrêté pendant huit mois la marche de l'ennemi.

Enfin, lorsqu'au mois de février 1878, les armées du tsar, épuisées par les fatigues, les privations et le choléra, étaient arrivées aux portes de Constantinople, voici qu'une sommation injurieuse de l'Angleterre, secondée par l'Allemagne et l'Autriche, avait enlevé au vainqueur les plus beaux profits de leur victoire déjà si coûteuse. Pour le prestige du tsarisme, les résultats de cette guerre étaient lamentables. Après les enthousiasmes et les folles espérances du début, ce qui dominait maintenant, dans toutes les classes du peuple russe, c'était la colère et l'humiliation (…) On dénonçait de toute part la faiblesse et la sottise du gouvernement, l'incurie et la vénalité de l'administration, l'ignorance et l'ineptie des grands ducs et des généraux. On osait même incriminer l'empereur, sans vouloir se rappeler qu'il avait tant résisté aux ivresses belliqueuses de son peuple. On en arrivait de la sorte non plus seulement à rechercher les responsabilités personnelles mais à critiquer, à condamner les institutions mêmes et jusqu'au principe de l'autocratisme »5.

Alexandre II est assassiné quatre ans plus tard le 13 mars 1881 au Palais d'Hiver... Faudra-t-il attendre aussi quatre années pour que Poutine soit zigouillé ou viré de son trône ?

Et tant d'autres similitudes avec le successeur, le tsarisme stalinien... Lequel lors de l'insurrection hongroise de 1956 envoie des troupes orientales ne parlant pas russe et ne pouvant communiquer avec les insurgés hongrois, comme aujourd'hui quand le tsar Poutine envoie des tueurs tchétchènes... Autre constat qu'on peut établir de la guerre moderne atypique : les bourgeoisies gardent en mémoire la menace historique prouvée des risques de fraternisation et agissent préventivement désormais contrairement à l'époque des guerres traditionnelles.

Il faut noter que le soutien de "l’opinion" russe à une guerre de plus grande ampleur en Ukraine est loin d’être acquis, surtout si le conflit s’inscrit dans la durée. Les milieux économiques ont été surpris par l’objectif de l’intervention russe (contrôle de l’Ukraine) et par la réaction occidentale, certains oligarques ont appelé à un cessez-le-feu... mais ont été zigouillé.

Le peuple russe et son prolétariat étaient certes partiellement conscients de l'exagération et des


mensonges sur l'Occident diffusés par les médias contrôlés par l'État. Il voyait bien que les élites russes politiques, culturelles et des affaires étaient souvent - en dépit des déclarations officielles - très liées avec l'Occident : ils achetaient leurs datchas sur le lac de Côme et pas à Sotchi, ils déposaient leur argent dans les banques suisses et pas chez Sberbank, ils envoyaient leurs enfants faire leurs études à Londres, Paris et New York. Néanmoins la propagande fit son œuvre : les citoyens russes qui pour la plupart n'avaient pas les moyens de se rendre à l'étranger constater les faits par eux-mêmes sont devenus méfiants et imprégnés par la haine de l'Occident. Et surtout quelle alternative ? Le capitalisme occidental aussi criminel et totalitaire ou recommencer une révolution stalinienne ?

Tout de même ça a bougé. Plus de 8.000 interpellations auraient été opérées lors des manifestations organisées dans plusieurs dizaines de villes russes depuis le 24 février. Au vu de l'intensification des bombardements russes sur les grandes villes ukrainiennes, et compte tenu des liens multiples entre Russes et Ukrainiens (15 % des habitants de Kiev et de sa région communiquent régulièrement avec de la famille et des amis en Russie), le discours sur la "dénazification" a peu de chance sde rester crédible. On se demande quel est l'antifascisme le plus ridicule, celui de Poutine ou celui de nos gauchistes européens ?

Dès le début de l'invasion russe en Ukraine, ce sont certes les milieux urbains et intellectuels qui ont protesté. Une pétition sur internet a réuni un million de signatures des couches moyennes ont publié des déclarations condamnant le recours à la force. L’organisation du mouvement de protestation est rendue difficile par la criminalisation de l'opposition libérale, notamment l'interdiction des réseaux du bobo religieux Alexeï Navalny, qui étaient implantés dans de nombreuses régions de Russie. Au lendemain du déclenchement de l'offensive russe, selon les sondages réalisées par des instituts proches du pouvoir, près de 70 % des personnes interrogées lui apportaient leur soutien, un quart environ y étant opposés. L'évolution de l'opinion, surprise par l'intensité et la violence de ce conflit, dépendra toutefois de la durée de l'intervention (brève en Géorgie, elle avait été acceptée), de son bilan humain ("pas un coup de feu" tiré en Crimée), du niveau des pertes russes et de l'impact sur la situation économique et financière, qui s'est brutalement dégradée depuis le 24 février. L’absence de perspectives pourrait accentuer la tendance, observée ces dernières années, au départ de Russie des jeunes générations qualifiées, phénomène exagérés par les sociologues occidentaux, ce n'est pas comparable avec l'immigration de masse et le volume des populations déplacées.

Nos médias occidentaux n'en parlent jamais au quotidien, fixant leurs caméras sur le seul monceau de ruines de l'Ukraine, avec les mêmes images en boucle, mais la multiplication des victimes et des destructions en Ukraine est de nature à susciter une indignation croissante dans la population russe que la propagande aura du mal à endiguer. Sans oublier que, contre-indication, dans quelques temps la révélation du véritable nombre de cadavres de soldats russes puisse renforcer (ou pas) une indignation et une haine nationaliste, et permettre encore à Poutine de régner avec son mensonge déconcertant.

Pour autant, quand on se demande qui peut arrêter Poutine dans cette guerre (ou dans ses futures guerres), la réponse est unique : le prolétariat russe. Il est évident pour tout le monde que le prolétariat russe ne pourra pas le faire demain matin. Et aucune force extérieure ne pourra le pousser à s'opposer au régime totalitaire dans un futur immédiat. Ce que nous pouvons conclure ce jour c'est que la déstalinisation n'était pas totale ! Je vous joins en PS le rappel de son déroulement, dont pourra s'inspirer en partie encore le régime post-Poutine...

 

NOTES

1La forteresse ouvrière à l'épreuve de la guerre d'Algérie : https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2004-3-page-131.htm

2ibid

3Au moment du déclenchement de la guerre entre l'Allemagne et l'URSS en 1941, un million deux cent mille polonais ont été arrêtés et déportés par les russes sans compter les 250 000 soldats déjà faits prisonniers. En 1945, lors des accords de Yalta, les États-Unis, la Grande-Bretagne et le pouvoir stalinien se livrèrent à un nouveau charcutage de l’Europe de l’Est, avec d’énormes transferts de populations. On adjoignit ainsi à l’Ukraine soviétique des régions jusqu’alors polonaises ou tchécoslovaques.

4Le siège ou la bataille de Plewna (Pleven en Bulgarie) est un épisode resté fameux de la guerre russo-turque de 1877-1878, lors du règlement de la Question d'Orient. La résistance turque fut particulièrement brave,innovant la première bataille de tranchées ; néanmoins Osman Pacha dut capituler.

5Cf. Les précurseurs de Lénine, p.91-92



POSTCRIPTUM ADDENDUM


La déstalinisation en Union soviétique commence aussitôt après la mort de Joseph Staline en mars 1953. Elle prend cependant un ton officiel le 24 février 1956, lorsque Nikita Khrouchtchev, alors Secrétaire général du Comité central du Parti communiste d'Union soviétique divulgue son « Rapport secret » à la fin du XXe congrès du Parti. Pour les dirigeants soviétiques, elle consiste à abandonner le culte de la personnalité et à dénoncer les « excès » de la période du stalinisme.

La critique de Staline commença de façon silencieuse et insidieuse dès la mort du dictateur. Lavrenti Beria en fut le principal réformateur et libéralisa le régime en annulant des décisions staliniennes : réhabilitations et amnisties (le goulag devenait trop chargé pour être rentable), abandon des projets coûteux, critique de la gestion des pays satellites et des républiques soviétiques, en demandant le remplacement des dirigeants de ces pays (il préfère des personnalités locales compétentes quand Staline imposait des Russes et apparatchiks fidèles qui n'étaient pas les plus qualifiés), rétablissement des liens avec la Yougoslavie socialiste, etc. Le symbole vient aussi de la Pravda, que Beria contrôle, où en mai-juin 1953, le nom de Staline n'est cité qu'une fois. Les révoltes au Goulag, en RDA et en Roumanie en mai-juin 1953 résultent de cette libéralisation, ce qui contribue à la chute de Beria. La déstalinisation est stoppée. Pourtant, le 27 juin 1953, le lendemain de l'arrestation secrète de Beria, Imre Nagy reçoit un document qui ressemble beaucoup au futur rapport Khrouchtchev. Mais il reste en retrait lors de la communication du rapport au comité central du Parti des travailleurs hongrois. Jusqu'en 1956, Staline est célébré avec un ton modeste, mais les critiques restent en sourdine1,2.

Le Rapport sur le culte de la personnalité, dit « rapport Khrouchtchev » ou « rapport secret » a été communiqué dans la nuit du 24 au 25 février aux seuls 1 436 délégués du XXe congrès du Parti communiste d'Union soviétique réunis à huis clos4,5. Pour la circonstance, les membres des « Partis-frères » ont été exclus de l'assemblée. N'ayant eu aucun compte-rendu de la lecture, il est possible que Khrouchtchev ait improvisé une partie5. Selon l'historienne Hélène Carrère d'Encausse, il s'agit plutôt d'une réunion programmée de manière impromptue où seuls les Soviétiques furent conviés. Toujours selon l'historienne (La Deuxième mort de Staline), les délégations étrangères à leurs chambre d'hôtel ont pu connaître le discours, à la condition que le texte soit rendu après lecture, sans copie, sous surveillance6. Le rapport n'était pas traduit mais plusieurs dirigeants étrangers maîtrisaient le russe du fait de leurs participation au Komintern. À la fin de son réquisitoire, Khrouchtchev lance d'ailleurs à l'auditoire :

Initialement secret, le rapport n'a été publié en Russie qu'à la fin des années 1980 dans le cadre de la Glasnost. Mais deux personnalités hors du sérail en ont eu discrètement connaissance avec la fin février 1956 : l'ennemi no 1 de Staline, le Yougoslave Tito, et la fille de Staline, Svetlana Allilouïeva9. Le document fut cependant très vite connu dans le monde entier. La première information à son sujet en Occident remonte au 10 mars 195610, car il aurait été revendu aux services secrets étrangers par des communistes polonais hostiles à l'Union soviétique. Selon Khrouchtchev, à vil prix.

Sont dénoncés les déportations massives, les arrestations arbitraires « d'honnêtes communistes et de chefs militaires traités en ennemis du peuple », l'incapacité du dictateur dans les préparatifs de guerre, son caractère irascible, y compris dans ses rapports avec les partis communistes frères. La biographie officielle qui présente Joseph Staline comme « le plus grand stratège de tous les temps », comme un véritable sage infaillible est sévèrement critiquée.

Le rapport ouvre le procès de l'ancien dictateur mais pas celui du système qu'il a mis en place, ce qui dérive dans une réécriture historique. Stéphane Courtois parle de « blanchiment » et d'« auto-amnistie ». Courtois et les autres détracteurs du communisme expliquèrent que cette charge contre Staline permet de sauver le système, étant une manœuvre politique : selon eux, il n'y a aucune volonté de repentance ou de dilemme moral mais un cynisme politique. Depuis l'ouverture des archives soviétiques, on sait que ce n'est pas une opération à l'initiative seule de Khrouchtchev. Le but aussi pour Khrouchtchev était de se débarrasser des cadres staliniens, particulièrement Malenkov et Molotov. Ainsi, le choix de l'année 1934 comme début de la « dégradation du caractère de Staline » est significatif : il ne remet en cause ni l'essentiel de la politique économique (planification et collectivisation) ni la répression

Les intellectuels qui espéraient dépasser le strict contenu du rapport pour dénoncer globalement le système stalinien voient très vite leurs espoirs déçus. Fondamentalement, malgré la dénonciation publique des crimes de l'ancien dirigeant en 1961, le Parti continue d'accaparer le pouvoir sans modifier son idéologie.

En effet, au-delà du fond du rapport qui omet plusieurs décennies et personnalités, le 30 juin 1956, deux jours après le soulèvement de Poznań en Pologne communiste, le rapport rectificatif Sur le dépassement du culte de la personnalité de Staline et ses conséquences est émis : les critiques sont considérablement édulcorées, présente une réhabilitation de Staline « grand théoricien et organisateur » et adoube le parti communiste, n'ayant jamais dévié de sa mission.

Après le limogeage de Khrouchtchev, Léonid Brejnev, plus conservateur, voulant éviter un relâchement des mœurs et souhaitant promouvoir la grande guerre patriotique, interrompt la déstalinisation et fit une réhabilitation progressive de Staline. Il faut attendre la glasnost et l'ouverture des archives pour avoir une vision négative. Puis Poutine pour une vision positive.