"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 18 octobre 2026

Des émeutes réussies, c'est tout bon pour l'opinion publique


De l'utilisation des vandales

Suivi de l'interview de deux lycéens

"Le lumpenprolétariat, cette lie d'individus dévoyés de toutes les classes, qui établit son quartier général dans les grandes villes, est de tous les alliés possibles, le pire. Cette racaille est absolument vénale et importune. "Tout chef ouvrier qui emploie ces vagabonds comme gardes du corps, ou qui s'appuie sur eux, prouve déjà par là qu'il est un traître au mouvement". Engels

Les dégâts des émeutes de samedi partout en France sont en effet, considérables et inimaginables même en mai 68: commerces saccagés, pillages, destructions de bâtiments publics comme la mairie de Limoges, probablement accomplie par des black blocs dotés d'une certaine culture politique puisqu'il a été tagué "comme pendant la Commune de Paris", piètre référence; or cela a été une des principales conneries des communards que d'avoir cramé l'hôtel de ville qui contenait des archives de plusieurs siècles. Comme je l'avais annoncé dans mon dernier article, ce fut bien un foutoir, en pire.

Nos lycéens ? De pauvres vandales ? Nouveaux luddites : la négociation par l'émeute? Guerre hybride de Poutine? Qui a allumé la mèche? Poser la question est déjà y répondre de notre part à nous tous les milliers. Hein, qui avait vraiment intérêt à un tel désordre ? Est-ce Mélenchon qui préparerait la bordélisation du pays? Laissons répondre Mélenchon qui dit vrai tout en restant dans la généralité: "Le désordre est organisé par le préfet qui interdit l’accès à la place de la République en gazant sans relâche." Le Premier ministre a oublié le terme "organisé", pour botter en touche : "Faire porter aux chefs de la police la responsabilité des violences, c’est une inversion dangereuse et cynique des responsabilités", "On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C’est VOTRE responsabilité politique ».

C'est pourtant tout faux. La complaisance du gourou Mélenchon aux jeunes indifférenciés des lumpen est à la fois infantile et inopérante puisque la plus grande partie de la jeunesse n'est pas en âge de voter. On ne peut lui contester d'avoir dit une partie de la vérité: "le gouvernement a joué avec le feu (sic) en comptant sur le pourrissement de la situation. Jouant tout de même au Mélenchon bon prince: "je vous appelle au calme". Il exècre le terme chaos et lui préfère pourrissement, qui signifie qu'on laisse s'enliser une situation (plus culpabilisateur pour dénoncer un gouvernement) alors que le chaos, c'est le vide et qu'il n'y a plus d'issue. Mais c'est bien plutôt de décomposition du système capitaliste, et pas le pourrissement imaginé par Mélenchon qui veut faire croire qu'on peut le réformer en rasant gratis et en fusillant les riches.

Comme cet autre toxique de  Trump, il dit une chose et son contraire le lendemain; à chaque émeute avec pillage, c'est la faute du gouvernement, la violence, ce sont toujours les policiers en ignorant ce qu'ils prennent sur la gueule, ce qui excuse les pilleurs ; donc c'est un soutien. Il a le toupet, sans rougir, de répondre à la journaliste qui l'interroge qu'il ne sait pas ce que c'est les mortiers et que ce n'est pas son problème, avec ce langage d'un gamin de dix ans. Par après, le lendemain, il assure professer la non-violence.

Et, en vérité, lui-même, même en prenant son air patelin, il est dépassé par des événements inédits, plus violents partout en une seule journée qu'en un mois en 1968, et qui n'étaient pas prévisibles à ce point même pour lui, menteur rondouillard. Ajoutons ce curieux aveu de faiblesse: " Quelles que soient les responsabilités du pouvoir et de ses incompétents et leurs violences, nous devons refuser de participer à des actions sans signification politique et contraires à nos méthodes. » Le "sans signification politique" vaut son pesant de cacahuètes. Il dit qu'il faut refuser d'y participer mais de fait il y participe en ne les dénonçant pas comme étrangères à la lutte de la classe ouvrière.

Quand un évènement lui échappe et met en cause sa prétention à contrôler la "radicalité", il sort "sans signification politique", quand les deux mamelles de son argumentaire en général sont, elles, vraiment de nature infra-politique: antiracisme et islamophobie, accompagnées du simplet "c'est toujours la faute aux autres", en l'occurrence le gouvernement qu'il voudrait bien relayer l'an prochain.. Il faut noter que Mélenchon correspond à ce que dit Engels du lumpenprolétariat1; il ne cache pas son empathie pour le lumpen, en particulier islamiste des banlieues; sachez aussi que dans les milieux bobos parisiens le mot racaille est interdit de séjour. Engels qualifiait le lumpen de décomposition du féodalisme, vieux constat qui pourrait se traduire aujourd'hui comme suit: wallah le lumpen, c'est la décomposition de l'islamisme.

Mélenchon est encore plus drôle lorsqu'il donne des leçons de compétence au gouvernement. C'est une technique. Il ne nous dit pas laquelle. Donner des bonbons aux émeutiers? Payer tout le monde 4000 euros par mois ? En organisant (comment ?) ce nunuche "maintien de la tranquillité" ? Pourtant surpris de ces actions "sans signification politique", il a le culot de faire croire que lui, devin insoumis, aurait anticipé. Mais anticipé quoi? À gouverner, ce dont il est incapable avec ses fadaises, tant il est creux avec ce genre de blague pour simplet: "nous avons besoin d'une issue positive". Ou encore en reprenant la mendicité lycéenne: "dix milliards", on va pas se disputer pour des bouts de chandelle quand on en est à 3500 milliards de dette! Aux commerçants spoliés, il suffit de leur faire un chèque, on va pas pinailler pour des bouts de chandelle !2

De même cela ne lui coûte pas cher de mentir : "nous ne dirigeons pas le mouvement lycéen, c'est lui-même qui décide avec ses syndicats". On ne sait pourtant pas qui décide quoi. Ce qu'on sait, c'est qu'il place ses petits boyards (petits chefs militaires) et ses enturbannés tricolores devant les manifestants. Les arguments sympas donnés à ses petits boyards sont l'insulte: oui, on peut traiter les flics de bâtards (ACABEUH), c'est de bonne guerre, le premier ministre est un pauvre type et un gugusse. Toujours cette capacité mélenchonesque à empêcher toute réflexion politique en sponsorisant l'attaque des personnes avec des promesses invraisemblables. Il évite d'aborder la nature des pillages qui n'ont rien à voir avec la misère.

Vantard et menteur, il excelle dans l'esbroufe, déformant et tordant à l'envers faits et drames, et surtout, ce pourquoi il est réactionnaire: il pose au meilleur défenseur de la "démocratie" bourgeoise. Le fait révolutionnaire, insoumis par excellence, c'est de voter ! C'est lui enfin le principal démagogue de la jeunesse et du jeune lumpenprolétariat. C'est lui, le gourou révélé des ânes de LFI, qui accompagne et soutient ce dit pourrissement que le gouvernement a laissé se développer. LE MONDE décrit bien ce qui n'a rien à voir avec la pauvre théorie du pourrissement façon Mélenchon, un mode de décomposition, anti-parti à la LFI et nihiliste: "Les objectifs des petits rassemblements autonomes qui se forment dès la matinée ? Avancer vers l’Élysée, la place de la Concorde, ou Opéra, aussi loin que possible. Il n’y a pas de cortège, pas de chef, pas de but véritablement défini, juste des individus en mouvement, aux pieds légers. « Grève, blocage, manif sauvage ! », clame-t-on derrière les masques en galopant vers l’avenue de l’Opéra".

Malgré les discours fades de la mère Le Pen et d'un président en fin de règne sans solution, l'État peut se reposer pour l'instant sur une opinion publique tétanisée et une colère lycéenne dispersée et dubitative. Combien de temps ? Outre une dénonciation médiatique hystérique, disproportionnée et confuse sur les causes, de destructions très disproportionnées, et d'émeutes très mal contrôlées, en effet, le bordel de samedi permet à l'État de poser au chevalier blanc, même s'il reste soupçonné d'avoir accumulé les braises. On se rappelle, ma génération, du "pompier volant", Red Adair, américain devenu célèbre par l'utilisation de sa méthode pour stopper les incendies et les fuites géantes de pétrole ou de gaz, en posant un explosif à la source. Hélas, les grenades de désencerclement et de lacrymogène n'y suffiront pas.

Osons trois leçons pour un bouleversement qui n'en est qu'à son début:

Première leçon, au-delà de l'émeute – même si des manipulations de l'ombre sont toujours possibles (le comique Vance taxe notre immigration) –, c'est une confirmation de la perte de contrôle politique du terrain social, car l'émeute, même vilaine, manipulée ou pas,, exprime l'état de déliquescence de la société capitaliste actuelle. Pour preuve, radico Mélenchon et radiquette Sandrine Rousseau n'ont pu cacher leur désarroi3. La gauche spectatrice n'a pas d'explication satisfaisante sauf: tout est de la faute de la police (dont elle se servirait autant si elle était au pouvoir).

Deuxième leçon, pour ma part, liquider politiquement Mélenchon à son tour après avoir ciblé Bardella (mais c'est pas gagné). Mélenchon lui-même donne tous les jours un bâton pour se faire battre. Il vient de déclarer qu'il va mettre au pas l'administration et "la nettoyer", discours qui fait radical pour de jeunes idiots suivistes mais de nature à terroriser les vieux électeurs qui, en plus, avec les déclarations policières de toutes les cliques de droite qui étalent un affolement calculé, choisiront celles-ci en cas de panne du RN. Son arrogance pateline et vantarde de ce soir n'entamera pas la certitude des aveugles qui l'adulent, mais il en sera pour ses frais, les industriels et grands bourgeois ne cesseront pas de le considérer comme un petit bourgeois plein de plumes.

Troisième leçon, qui est liée à la perte de contrôle politique étatique et de l'encadrement de la classe ouvrière, une violence urbaine, pourtant ancienne avec des comportements antisociaux qui s'aggravent et en particulier lors des compétitions sportives, surtout de football. Les forces de l'ordre en France sont incapables d'une répression efficace contre la violence des racailles. Le fiasco de la finale Liverpool-Real Madrid au Stade de France en 2022 en avait été une illustration parfaite. La théorie du maintien de l'ordre "à la française" se base sur une répression violente et principalement réactive.


PRELIMINAIRES POUR UN POURRISSEMENT OU SIMPLE SABOTAGE?

On nous annonçait la veille une révolution plus ou moins rajaunie. Les journalistes nous assuraient que le pouvoir tremblait. On allait voir ce qu'on allait voir. Une levée du peuple: gilets jaunes, avec la plupart de leurs chefaillons improvisés devenus électeurs du RN, des paysans, des routiers, des porteurs de valise du Hamas, accessoirement lycéens et étudiants pas encore partis en vacances. Dès l'aube on annonça des filtrages aux carrefours de filets jaunes rescucités.

Dès la fin de la matinée tout était clair pourtant. Le ministre, avec ses conseillers flics, avait mis en place une technique très efficace: la nasse. Elle est toujours utilisée lors des diverse manifs d'ampleur. Cela consiste à fragmenter les troupes de manifestants par des cordons policiers, les empêchant de rester un corps uni. Vous restez coincé et ils ne vous laissent pas sortir de la nasse. Vous êtes cadenassé, sans jeu de mots. Mes deux lycéens interviewé en ont fait l'expérience pendant cinq heures.

Pour ce terrible jour plein de fantasmes journalistiques (le chaos) la théorie de la nasse fût élevée au rang d'une science stratégique imparable. Il a suffi de laisser se masser en matinée les premiers arrivants, surtout jeunes excités à l'idée d'un grand soir supposé après tant d'annonces d'une collection de catégories sociales, pour qu'ils se prennent pour l'avant-garde d'une vraie révolte générale. Sauf qu'ils se sont vite rendus compte qu'ils étaiet cadenassés, c'est à dire coupés de la manifestation officielle des chars de carnaval inoffensifs des cliques syndicales (la CGT seule cette fois-ci). Il a suffi de lancer leurs barbouzes immédiatement suivis par les marginaux lumpen ou clochards sans tête et à leur suite quelques naïfs lycéens. Cela, gaza, jeta et enfuma la place dite de la République.

Après quoi, surtout si vous n'avez pas compris, il suffit de suivre le déroulé du bourrage de crâne des employés du journalisme d'Etat. Un premier déplore une atteinte à la démocratie par les black blocs qui, non seulement empêchent de manifester le gros des troupes pacifistes, mais en quelque sorte leur interdisent de s'exprimer, ce fameux droit démocratique limité aux traîne-savates syndiqués. D'ailleurs la nasse dure au point que le même employé rajoute qu'ils empêchent scandaleusement la manif de démarrer.

Plus les bagarres enfumées durent dans la nasse, plus les employés de la propagande affichent leur honte parce que tous les médias étrangers nous voient. Il leur faut aussi restituer la vérité, via CNEWS, ce sont tous des fils à papa qui aiment casser pour casser, se gardant pour l'heure de cibler les arabes et les noirs de banlieue. Pourtant, tout finit par se savoir, dès que les masques tombent; une bonne partie descend de la Seine Saint Denis.

UNE SEULE CONSIGNE: NE PAS INTERVENIR

L'imagerie officielle fait un petit tour en province pour découvrir, avec stupeur, que l'utra-gauche enfonce le portail de la mairie de Marseille. Ils y mettent du temps et comme un quidam pose la question: pourquoi la police n'intervient-elle pas? Des vitrines sont défoncées, il ne faut pas l'ombre d'un crs pour que la vue des dégâts ne soit pas brouillée pour la France moyenne. Un syndicaliste policier, pas très intelligent répond: "vous ne vous rendez pas compte, si on intervient on est tout de suite entouré par une centaine qui vont nous lyncher (ce qui est très improbable car dès que dix flics chargent ils s'envolent tous comme des mouettes), mais ce benêt lâche le morceau: "on a ordre de ne surtout pas intervenir"4.

Toujours en gros plan sur la nasse de la place, le cameraman de service zoome sur une policière qui trébuche et semble avoir été victime d'un lancer de pierre; soutenue par ses collègues, elle ne semble pas très atteinte. Dans les minutes qui suivent va passer le sous-titre à répétition: un policier blessé par les manifestants; possible que cela efface la gêne provoquée par l'absence de chiffres vérifiables de nombreux policiers dits amochés. Voilà cet autre employé, en voix off, qui s'indigne encore que la manif soit empêchée de commencer, mais là, c'est indubitable, juge-t-il, on assiste à une insurrection, une guerrilla... ces imbéciles sont incontrôlables. Des boutiques sont déjà pillées. On annonce qu'une armurerie a été enfoncée. Tremblez braves gens dans vos chaumières! Et cet autre de déplorer: voilà avec ces dégâts de l'ultra-gauche, toutes les revendications ont disparues, ces gens sont venus pour casser.

En sous-titre apparaît une révélation ébouriffante: "La possibilité que l'ultra-gauche fasse dégénérer dans les collèges", d'après l'entourage de M. Nunez (hi hi). On va être abreuvé ensuite d'images d'incendies non plus de simples poubelles mais de bâtiments (très peu de voitures). Le suspense continue, on nous informe qu'à Bordeaux se déroule une manif sauvage de lycéens et de gilets jaunes. Lepremier indigné revient au crachoir: si çà se développe ça va foutre en l'air le mouvement social! Il aurait pu préciser que c'est déjà le cas. Les sous-titres de CNEW ne varient pas: PILLAGES ET TENSIONS. Les quatre chaînes montrent maitenant des avenues vides. A 17H20, BFM sous-titre: MANIFESTATION TERMINEE. VIOLENCES A PARIS.

Depuis le début de l'après-midi jusqu'en soirée pas une seule image de la foule manifestante. En soirée non plus, zoom sur des poignées de flics cavalant et incendies de poubelles rougeoyantes dans la nuit. Une pensée pour les sociétés Sulo, Contenur, Craemer, et Ese, fabricants de poubelles dont les usines tournent à plein régime, rapportant des millions d'euros de bénéfices payés par les contribuables. Une pensée aussi pour les fabricants de vélos de location.

LCI ajoute: HEURTS ET PILLAGES EN MARGE DES DEFILES, puis: "PLUSIEURS CORTEGES SAUVAGES AU COEUR DE PARIS.

LECORNU parte à 20H: "Nous ne nous laisserons pas intimider". Un beau lapsus car il va plutôt comme un gant aux lycéens et révèle plutôt la peur du gouvernement. Sa dénonciation d'une "violence d'une extrême intensité" montre ses limites de vocabulaire et n'a pas de quoi effrayer une mouche.

Les désordres ne sont pas terminés à 22H mais toujours pas d'images des nombreux manifestants encore sur place. Série de gros plans sur les incendies, et commentaires moralisateurs et généralistes par flics et généraux en plateau.

Lundi rebelotte mais les médias n'ont qu'une bande de zonards et quelques lycéens qui s'ennuient en vacances pour filmer deux ou trois brasiers et zoomer sur une charge policière. La soirée TV est réservée aux grands clowns: Le Pen, Philippe, Mélenchon suivi de Zemmour et enfin Jupiter, l'air hébété devant son pupitre d'écran.

A bientôt pour d'incertains lendemains. Albanie, Belgique, Italie, la révolte des "jeunes" gronde...



TEMOIGNAGE DE DEUX LYCEENS DE 17 ANS (Y. et M.)

(papy devant sa télé et les jeunes au charbon)


JLR: Je vous résume mon avis. La préfecture a parfaitement organisé le pied par le système des nasses. Sur ce point Mélenchon a vu juste tout en restant à cette généralité idiote que tout serait la faute de la police. L'émeute, plus ou moins préparée ou favorisée, a toujours un formidable moyen de manipuler les foules et de baiser l'opinion publique. Mais dans l'ensemble quelle a été votre perception?

Y.: une joie permanente malgré le fait qu'on était nassés et noyés sous les gaz. Il y a eu des blessés des deux côtés et un mort.

JLR: tu es sûr?

Y: oui mais chuuut... bon les black blocs c'était vraiment une minorité ça n'explique pas tout. Les ruesétaient remplies partout. C'était énorme gare du nord et gare de l'Est. Nous on est resté prisonniers cinq heures dans la nasse au départ de République. On en était réduit à la confrontation incessante avec les CRS, ils nous chargaeint mais on les chargeait aussi. Quand ils ont enfin consenti à nous laisser passer pour rejoindre la grande manif, ils nous ont fouillé au corps et nous ont piqué masques et lunettes.

JLR: de mon temps cela constituait la preuve qu'on était des casseurs avec en prime un coup de bidule. Des sources dans l'environnement de Nunez (rires) ont fait savoir que des black blocs seraient venus de Londres et de Berlin, vous en avez entendu?

- non, c'est le fantôme de l'étranger

JLR: la cinqième colonne...

Y: on s'en fout, c'était noir de monde et dans toutes les rues avoisinantes...

JLR: moi j'ai rien vu de tout ça, les quatre chaines d'infaux n'ont montré, et systématiquement, que les incendies. Mais vous avez pas hote d'avoir pillé?

M: mais c'était pas nous, pas les lycéens, pas les jeunes, pas les manifestants, mais les mecs en insécurité sociale.

(ils me montrent leurs portables avec images et films pour prouver leurs dires).

JLR: à votre avis ça va reprendre après les vacances?

Y: une autre manif est prévue par les syndicats...

JLR: oui mais ça c'est un éteignoir classique des pompiers syndicaux...

Y: on verra, mais c'était vraiment une manif de convergences.

JLR: en coursde route vous avez pourtant oublié vos revendications pour un comportement anti-étatique?

Y: c'est pas vrai, regarde tout au long du boulevard Magenta l'exhibition de centaines de panneaux en carton...

JLR: pourquoi vous avez toléré le drapeau palestinien et le drapeau nationaliste français?

Y: tu peux pas dire ça, nous les lycéens en lutte on ne peut pas rester silencieux pendant que se déroule un génocide en Palestine.

JLR: mais vous soutenez le Hamas et un Etat palestinien! c'est de la foutaise,, l'Etat facho israélien, soutenu par le grand Satan débile, ne le permettra jamais en tant que puissance régionale.

Y: si on doit soutenir...

JLR: non, vous soutenez ainsi le Hamas qui n'est aucunement le représentant du peuple palestinien, vous reprenez les conneries de Mélenchon. Et le drapeau tricolore, franchement vous pouvez pas vous débarasser de ce machin de Mélenchon qui vise à intégrer mais nationalement les immigrés? En 68 on n'a jamais vu ce machin tricolore ridiculiser nos manifs.Revenonsà la composition du défilé et à l'ambiance.

Y: toutes les catégories de la population, parents, médecins, profs, même des vieux. On déferlait. On assiégeais Paris. On était partout, à Concorde, à Bastille...

JLR: comment vous le saviez que vous étiez partout?

M: nos téléphones... on s'est même approchés de l'Elysée.

JLR: et cette histoire de mains arrachés, c'est les gars qui ont fait eux-mêmes la connerie de les ramasser?

M: pour beaucoup de jeunes c'était leur première manif et ils ne sont pas habitués aux précautions, en plus des grenades ressemblent à celles de désencerclement.

JLR: et les pillages, c'était qui?

Y: pas les lycéens, c'est une récupération des marginaux, piques-assiette des banlieues, on les voyait surgir en bandes, plutôt des adultes masqués.

JLR: ouais je me rappelle un ancienne manif où ils étaient desendus de leur banlieue pour piquer le portable des lycéens. Et vous n'en avez pas profité vous aussi pour piquer des vêtements ou dessacs de marque?

M: pas du tout, on se tenait à l'écart. En tout cas dans notre foule il y avait une véritable solidarité.

JLR: allez dites-moi la vérité, dans l'ensemble vous aviez fini par vous en foutre de vos revendications, c'était l'ivresse de combattre l'Etat comme les anars... car de toute manière l'éducation nationale est naze, ils n'ont plus de fric et préfèrent avancer 70 millions à Zelenski. Dans tous les domaines ça bloque. Aucun aspirant préésident n'est crédible ni n'aura de solution réelle, pourtant ils se battent comme des chiens pour une place qui ne va plus être enviable.

Et vous l'avant-garde de mes vieux jours, à un moment, vous ne pouvez plus être de simples lycéens mais des acteurs de rue, du combat social, qui pensent politiqument...

Ils rougissent:

M: oui un peu comme les anars.

JLR: la révolution c'est pas l'émeute?

M: non.


NOTES


1 Merde à l'historien maquignon Jean-Claude Bourdin qui a récusé cette notion,

2L a mère Le Pen apparaît plus logique, avec une réflexion proche de celle des lycéens: faut arrêter de donner 70 milliards pour la guerre en Ukraine!

3Madame 2% Tondelier résume bien la confusion et la gêne des élus de la gauche bobo: « J’en ai ras-le-bol de la doctrine de maintien de l’ordre dans ce pays. Il faut la revoir et vite car ça finit par être une atteinte aux libertés publiques et, en plus, cela met tout le monde en danger : les manifestants et les policiers. » « J’en ai ras-le-bol de la doctrine de maintien de l’ordre dans ce pays. Il faut la revoir et vite car ça finit par être une atteinte aux libertés publiques et, en plus, cela met tout le monde en danger : les manifestants et les policiers. »

4 Le lendemain, dimanche matin s'élèvera une polémique portée par plusieurs maires: pourquoi les policiers ont-ils laissé piller les magasins? Avec le même genre de réponse: ils ne pouvaient pas être en même temps au four et au moulin.

jeudi 15 octobre 2026

17 OCTOBRE: CONVERGENCES OU FOUTOIR DES PROTESTATIONS?

 


Interview de Pierre Hempel: déchirer le masque et les hypocrisies des groupuscules de la petite bourgeoisie humaniste (première partie)


"Les communistes n'ont jamais eu pour principe de flatter la jeunesse",

Lénine



JLR: Le grand samedi soir approche. Déjà on a demandé à ce que les défilants puissent circuler autour des lieux du pouvoir à Paris. Car, dans l'imaginaire populiste, a ressurgi la saga des gilets jaunes du 8 juillet 2018 (les actes du samedi) tentant d'investir l'Élysée, sachant un hélicoptère prêt à exfiltrer Macron de son palais.

À la proue d'un grand soir, hétéroclite, plus supposé que crédible, imposé par les réseaux sociaux aux pompiers sociaux syndicaux, listons une poignée de revendications ultra-révolutionnaires des apprentis syndicrates lycéens (dont celles du "président" morveux des "les lycéens") :

– des locaux rénovés

– l'égalité des chances

– Abolition de Parcoursup

– plus de places à l'université

– abolition de la réforme Blanquer.

Les médias se sont empressés d'applaudir au fait que des lycées parmi les plus huppés soient venus petit à petit se joindre au mouvement. Loin d'être un renfort, je considère que c'est déjà une action de dissolution. Ces jeunes gens savent trop bien parler et se savent assez qualifiés pour savoir ce dont ont besoin les autres. Une poignée de ces jeunes gens issus des établissements les plus cossus de la capitale, qualifiés de représentants, présidents ou porte-paroles – sans oublier les faux lycéens de LFI ou Révolution permanente, monopolisent le temps de parole sur les plateaux télévisés. Quitte à invisibiliser les autres lycéens, relégués à un statut de spectateurs. Ils sont déjà imitateurs amateurs des encadreurs et encarteurs professionnels de toutes sortes de catégories et des jeunesses (car il n'existe pas une seule forme de jeunesse ni de vieillesse comme classes d'âge indistinctes), ils viennent sponsoriser ou inventer des revendications peu recevables par un État impuissant et surendetté.

A leurs côtés, on peut résumer les arguments des sectes gauchistes et du barnum Mélenchon comme radotages des mêmes arguties étriquées et dissolvantes qu'ils répandent en général comme socle d'une pensée simpliste: la sélection est raciste, les proviseurs sont des fachos, et c'est les riches qu'il faut éliminer.

Le capharnaum du samedi 17 octobre pour noyer une accumulation de protestations de diverses corporations avec des revendications lycéennes légitimes est déjà apprêté : fatras de demandes contradictoires, à la fois réformistes impuissantes quand d'autres sont carrément nunuches (égalité des chances) puis aussi "arrivistes" limitées (ouvrir plus de places à l'université pour les récupérables). Menaces de prendre d'assaut l'Élysée et Matignon.

Quand on lui objecte que l'occupation des lycées, principal moyen de blocage, disparaît dès le premier jour des vacances, tel docte jeune déjà président par intérim d'un quelconque lycée, assis ou plutôt trônant dans le poste de la télé d'État, explique que les lycéens n'auront qu'à se mettre à la remorque des autres coroprations protestataires. pendant la durée des vacances. Si c'est pas un recrutement pour des cliques bourgeoises, je donne ma langue aux chats.

Initialement parti de Créteil, le mouvement était spontané et les pompiers syndicaux indifférents et à la marge, mais à la suite des appels sur les réseaux sociaux, plus avisée, la Confédération paysanne a appelé à la «convergence des luttes» le 17 octobre en invitant les agriculteurs adhérents à se mobiliser. Quant aux autres organismes d'encadrement social des prolétaires, c’était flou : plutôt que le 17 octobre, la syndicratie se concentrait jusque-là sur la date du 5 novembre, à laquelle plusieurs des cliques (dont la CFDT, la CGT et FO) avaient appelé à faire grève «pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie»; veilleries revendicatives vagues qui ne mangent pas de pain.. Rien n'était prévu de particulier pour samedi, semble-t-il.

Mais la date du 17 approchant, et le mouvement se gonflant, les cliques ont été obligées de se réveiller. La CGT « apporte son soutien» et assure dans un communiqué que « partout où les conditions sont réunies, les forces militantes de la CGT seront présentes » le 17, notamment afin d'« empêcher les tentatives de détournement par l’extrême droite de cette journée de lutte sociale». Ce sur quoi la secrétaire Sophie Binet insista, car il ne s'agit pas de lutter contre les carences ou attaques économiques du gouvernement libéral, mais prioritairement de protéger les jeunes contre "des détournements de l'extrême droite". On est en pleine politique-fiction d'une syndicratie débordée mais soucieuse de respecter ses fonctions de flicage et de dérivation (des véritables causes) de toute insubordination sociale.

Idem chez les ex-petits chefs autoproclamés des gilets jaunis qui se sont sentis ragaillardis; le nommé Fly Rider se félicitant de l'agrégation de tout un tas de personnes". Priscillia Ludosky, ex-gloire GJ, devenue cadre environnementale, viendra manifester "contre ce gouvernement de guignols". Ces anciennes gloires des carrefours ne s'attendaient pas à ce que cela prenne une telle ampleur: Rodrigues, qui traîne la savette dans toutes les manifs en quête de reconnaissance, était dubitatif sur YouTube : « J’ai du mal à communiquer sur cette date, parce que je n’ai pas d’information factuelle et concrète. D’où ça vient ? Pourquoi c’est sorti comme ça ?». Le même, qui se croit investi d'être représentante du peuple, nous sort un truisme plus ridicule encore: "Et après le 17 octobre, ne laissons pas retomber cette exigence de justice sociale.»

Un autre zigoto pensait intelligent de se servir de l’intelligence artificielle afin de donner un avant-goût de ce à quoi pourrait ressembler la mobilisation, avec une prétendue «alliance» ou «convergence» entre pompiers, agriculteurs, lycéens, enseignants et «Gen-Z» . Il évoquait une journée historique, une semaine rouge, un automne noir. Il aurait pu ajouter les CRS de base mal payés qui en ont marre de recevoir des projectiles qui peuvent tuer, la plupart du temps (je répète "la plupart du temps" car j'y suis aux manifs) sans pouvoir répliquer et sans que les médias, étrangement, ne montrent jamais leurs blessés: pour ne pas les inquiéter comme chait à cocktail molotov ou parce qu'il n'y aurait que peu de blessés pour les forces du désordre... Après ce tableau un peu rapide, je me tourne vers toi, Pierre, car je vais de poser une série de questions pour que tu nous aides à comprendre ce qui est en jeu.

Pierre Hempel : OK. Merci de ton invitation, mais je te préviens que je n'ai pas réponse à tout.

JLR : ouais allez, vas-y.

PH : D'abord, tu me permettras de faire deux remarques avant d'entrer dans le vif du sujet, et qui me semblent importantes contre cette énorme mystification en cours, non pas pour remettre en cause l'insubordination lycéenne, mais celle qui consiste à faire avaler qu'on pourrait changer quelque chose à la reproduction des inégalités sociales. Je m'appuierai sur deux faussiliations : l'invention du poing levé et l'hystérie antipolicière. Le poing levé n'a jamais été un symbole prolétarien au 19ème siècle comme au 20ᵉ. C'est un camarade anglais, très instruit politiquement, alors que je le ramenais à la gare à la fin du premier congrès du CCI en 1976.

C'est une invention de l'antifascisme des années 1930, venant du PC allemand en voie de stalinisation. Au bras tendu du nazi et main plate, on pouvait répondre en fermant le poing. Cette invention est devenue vite plus qu'un signe de colère mais d'appel à un ralliement… national, pas internationaliste. Il fût utilisé par le Front populaire bourgeois en France, puis pendant la guerre civile inter-impérialiste en Espagne. Les jeunes gauchistes n'y connaissent rien. Tout comme le communisme stalinien qui reprit à son compte ce point levé (mais pas dressé contre le stalinisme dans leur dos) c'était un geste avant tout de défense "nationale" contre l'hitlérisme, puis le mussolinisme et le franquisme. On l'a oublié, mais au début ces idéologies d'extrême droite n'avaient pas une vocation internationaliste. Elles furent toutes des réactions nationales contre les tentatives révolutionnaires du prolétariat échouées dans ces trois pays. La caractérisation de national-socialiste est d'abord une réponse à la trahison des partis de gauche qui partout avaient voté les crédits de guerre puis avaient accepté la défaite. Dans ce sens, le poing ne sera plus que la main repliée de toute émeute petite-bourgeoise des hippies aux blackpanters; un poing hors classe si je puis dire. Qui signera l'engagement dans la guerre nationale puis mondiale où les poings finiront par être menotés par la gentille démocratie armée, Staline et Hitler. L'antifascisme est dès l'origine un nationalisme (n'en déplaise à la version wokiste France-Inter collabo du mythique poing antifa). Le poing de mai 68 imaginé par un dessinateur gauchiste n'est pas très heureux car il n'y eut ni pouvoir ouvrier dans l'usine ni continuité après juin.

La clique Révolution permanente n'a fait que reprendre ce poing litigieux que toutes les sectes trotskiennes ont utilisé à différentes époques. Ce poing levé est invisible dans les révolutions russes (on salue à la manière militaire, main au front); au cours de la révolution de 1789, c'est le bras tendu et la main ouverte qui signifie l'ouverture au monde de la révolution. J'espère qu'on reviendra sur la fonction de la secte Révolution permanente car j'ai aussi des remarques à faire sur cette mafia qui se prétend plus insoumise que l'insoumission carnavalesque de LFI.

Ma deuxième remarque va examiner l'hystérie antipolicière acharnée et douteuse de toutes nos bonnes consciences de la gauche bobo et bourgeoise. Elle est essentialisation cynique, fondée sur des généralisations outrancières et fausses jusqu'à la caricature où le simple exécutant est supposé devenu "autonome". La haine de la France permet à Taubira de communiquer qu'on tabasse et mutile les jeunes". Garrido renchérit qu'elle ne supporte pas que "des enfants soient éborgnés". Tout cela est évidemment partagé par tous les millionnaires du sport et de la chanson: Teddy Riner, Wenbanyama, Tahar Rahim, Squeezzie, Camille Cotin, Louane, Omar Sy, Zaz, le rappeur SDM... Suivie massivement par une jeune audience, la chanteuse Theodora, 22 ans, a elle diffusé sur ses réseaux des images d’interpellations par les forces de l’ordre. « La police frappe les enfants (...) La violence est inhérente à la police et la police tue ». Et Omar Sy, le riche réfugié aux États-Unis, de conclure: "« C’est nos mômes , c’est l’avenir de notre pays qui est en train de dire à un pays qui est complètement à la dérive".

Tous ces riches saltimbanques n'ont jamais été dans une manifestation violente ou se répand et pisse une foule déchaînée. C'est un déluge de lourdes pierres, de détritus gluant, de boules de pétanque qui leur tombent dessus pendant de longues minutes sans qu'ils aient ordre de réagir ou de se défendre. Le moindre coup de genoux d'un CRS fait la une de l'indignation de gauche, pas les coups de pied sur une femme policière seule, dont les agresseurs sont aussitôt relâchés sous l'excuse de minorité...Tout comme les édiles faux-culs et gauchistes élus ou prétendus font semblant d'ignorer que la gauche une fois au pouvoir se sert des mêmes policiers de base si méprisés. Comme ils sont méprisés par Macron et leur hiérarchie. A dessein puisque ces "exactions" policières font passer ausecond plan, avec la complicité de tous ces anti-polices, lesexactions économiques et sociales que ces cliques bourgeoisesnous préparent.

A croire les mères Taubira et Garridosales flics sont tous des tueurs, éborgneurs et massacreurs de ""nos mômes" comme dit le touriste américain Omar Sy! Des mômes qui peuvent jeter au sol une femme policière, crier qu'il faut la tuer et frapper à coups de pied sur sa tête. Nos mômes dont certains violent ou tuent. Allez vous faire foutre élite de merde. Ce sont les gouvernements et vos errements politiques au pouvoir qui ont jeté la merde, et les CRS sont chargés de la ramasser. Ces politiciennes puantes et leurs riches potes du showbizness incarnent parfaitement cette bourgeoisie licencieuse pourrie de fric et qui pète sur ceux d'en bas.

Le slogan le plus démagogique et bourgeois qui soit est ce "nos enfants" comme le notait le jeune Lénine au début du siècle dernier. Pensons aussi au fameux "nos enfants" de 14-18. Flatter la jeunesse vilement est le premier souci de tous les recruteurs de sectes politiques et religieuses, comme des vautours du showbizness qui ont besoin de pomper l'argent limité de cette jeunesse.


JLR: un peu long mais intéressant. La jeunesse n'est pas une classe sociale en effet. "Nos enfants" dans la bouche des bourgeois ça m'a toujours fait marrer, les leurs oui et séparés de la racaille banliueusarde et protégés dans les meilleures écoles des "classes supérieures". Mais justement,je ne crois pas à une homogénéité des mouvements lycéen et étudiant. One me fera jamais croire à une égalitédes chances dans l'Eduque naze. Crois-tu que la plupart des lycéens avalent cette connerie?

PH: bien sûr que non. Tout le monde est appelé à devenir cadre, voire son propre patron, mais toujours moins d'élus. Ou en tout cas s'ily en a eu beaucoup trop jusqu'à présent c'est fini les cols blancs, il va leur falloir pédaler sans cravate. La fraise de l'ancien régime (la collerette) a été remplacée par les cols blancs. Mais tout le monde ne pouvait pas le devenir, il y fallait du piston ou des années d'étude. L'habit faisait le moine.. Victor Hugo travaillait nu privé de ses vêtements pour ne pas quitter sa table de travail. Il y avait un travail respectable. La révolution française (bourgeoise) a dissout la noblesse de l'apprenti compagnon. Tout métier devrait être perçu comme un artisanat respectable. Mais á l'époque de notre bourgeoisie en pleine décomposition, il n'existait plusque des couches moyennes,, sans indiquer qu'on y plaçait toujours en bas, près du siphon la classe d'en bas, réduite numériquement donc méprisable.lLe travail manuel est inférieur et vil, c'est pourquoi il est naturel qu'il soit réservé aux immigrés, et qu'il est urgent de les laisser entrer massivement pour sauvegzarder les métiers nobles.iAu niveau de la,transmission on peut d'ailleurs se demander ce qu'un cadre a à transmettre. Regarde fiston, voilá comment on fait l'achat d'un bel iphone sur Temu. Exemple un peu ridicule mais qui participe de ce que les sociologues caractérisent désormais comme la grande faillite de la transmission, ce que nous récusons bien sûr pour ce qui concerne notre transmission des expériences historiques du prolétariat...

    ETRE CADRE OU RIEN

JLR: tu penses vraiment qu'à la source de la colère lycéenne et étudiante il y a la peur du déclassement?

PH: oui il y a la peur de ne plus se retrouver cadre, petit-bourgois qui s'ignore. Ce n'est pas une opton égalitaire mais un choix arriviste; même liquidés avec l'IA, nos nouveaux cols blancs sans cravate et super diplômés, sous antidépresseurs, ne voudront jamais "tomber dans le prolétariat". On pourrait reformuler mon idée ainsi : la résistance à l'IA chez une partie des étudiants et futurs diplômés relève moins d'une défense des prolétaires que d'une peur de rejoindre leur condition. C'est une proposition provocatrice de ma part, mais qui correspond à une analyse possible des mécanismes de déclassement social. Je peux nuancer avec Bourdieu. Il avait déjà montré que l'école ne sert pas seulement à acquérir des compétences, mais aussi à reproduire ou améliorer sa position sociale. Si le diplôme perd sa valeur de distinction parce que l'IA accomplit une partie du travail intellectuel, l'investissement scolaire paraît soudain beaucoup moins rentable. C'est là que les contre-pouvoirs de la gauche bourgeoise, et ses sattelittes petits bourgeois qui ont pris le commandement depuis un moment et troublent le classique jeu électoral, tentent de promettre la lune, des salaires inespérés, des retraites confortables juste par des élections hors de la cruuté de la criuse économique et des guerres. Comme s'il n'y avait pas nécessité d'envisager une transformation plus profonde des rapports de production en passant par une véritable insurrection massive pas spécialement pacifiste.

JLR: je te trouve un peu réducteur. Je pense qu'une prolétarisation va s'opérer quand même. Je te lic cet extrait d'un journal économique, résumé à ma façon. "Entre 1968 et aujourd’hui, le nombre de cadres a quintuplé. Ils sont, eux aussi, confrontés à des défis, le ralentissement de l’embauche et l’intelligence artificielle. Les employés de bureau n’ont jamais été aussi nombreux en France. En 2023, les effectifs de cadres en poste dans le secteur privé dépassaient la barre des 4 millions, soit près d’un quart du prolétariat français (même s'ils ne se reconnaissent pas comme prolétaires ces couillons). En parallèle, la part cumulée des agriculteurs et ouvriers a diminué de près de la moitié sur la même période. Depuis les années 1960, le nombre de cadres du secteur privé n’a cessé de se massifier". Et maintenant c'est le début de la fin.Cette masse de surdiplomés ne va pas rester au chômage ni s'engager dans police; de même que la masse des crs salariés pourra aussi désobéir et nous rejoindre (j'en ai discuté avec des gendarmes et des CRS pendant les dernières manifs, et je t'invite à le faire aussi, tu verras c'est culotté mais passionnant). Donc, réduire toute l'indignation à un simple arrivisme est excessif. Beaucoup de jeunes peuvent simultanément : craindre pour leur avenir professionnel ; s'inquiéter des inégalités créées par l'IA ; défendre une certaine conception du travail humain ; contester la hiérachisation des salaires et restaurer une dignité de tous les métiers. Parcoursup n'était pas une mauvaise réforme (avant on arrivait au bac sans projet personnel), respectait l'anonymat donc n'était nullement raciste, mais bon, rien ne marche, l'Eduque comme le reste est naze. Une autre conséquence de la désindustrialisation en France, et ailleurs, est la Tertiarisation de la société comme l'explique le texte suivant, montrant aussi que le statu de cadre se paye cher et se traduit par une surexploitation parfois pire que celle des ouvriers d'en bas:

Pour expliquer leur déferlement dans les bureaux, cette large enquête remonte jusqu’aux chocs pétroliers des années 1970 qui ont accéléré la désindustrialisation française, l’une des plus fortes parmi les pays développés du G7. De 1980 à 2018, l’industrie a perdu la moitié de ses effectifs. « Les transformations structurelles de l’économie française constituent un terreau favorable à cette évolution, en particulier la tertiarisation et le développement des services à forte valeur ajoutée comme l’informatique, le conseil, l’ingénierie ou la recherche et développement », notent les auteurs de cette large enquête. « Plus il y a d’investissements, plus il y a de cadres », confirme la directrice de l’Apec. Aujourd’hui huit cadres sur dix travaillent dans le secteur tertiaire et près de la moitié d’entre eux (45 %) exercent dans les services à forte valeur ajoutée. Le secteur informatique est particulièrement devenu le royaume du col blanc : près de 80 % des salariés du secteur y ont le statut de cadre. À titre de comparaison, ils ne sont que 16 % dans l'industrie. Cette augmentation du nombre de cadres s’est accompagnée d’un allongement général des études dans la population française. Le nombre de personnes titulaires d’un diplôme niveau bac + 5 a bondi. Et pour cause. « Pour accéder à des postes de cadre dès les premières années de vie active, c’est quasiment devenu un prérequis », notent les auteurs de l’Apec.?Rémunération médiane de 55 000 euros

Selon le portrait-robot dressé par l’organisme, cette catégorie de salariés semblait préservée des tensions du marché du travail : 95 % d’entre eux occupent un poste en CDI et touchent une rémunération médiane d’environ 55 000 euros, soit plus de deux fois le salaire médian de l’ensemble de la population française.

Loin de l’image d’Épinal, le statut cadre comporte toutefois son lot d’inconvénients. Les horaires d’abord. Les cols blancs interrogés lors de cette enquête avancent travailler plus de cinquante heures par semaine. « C’est une population qui, en contrepartie de sa flexibilité, de sa capacité à gérer son organisation, a une porosité entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle qui est bien sûr plus forte que les autres catégories de salariés, note Annelore Coury. Vous avez plus de cadres qui travaillent le week-end et le soir ou à des horaires atypiques que des non-cadres. C’est particulièrement vrai pour les managers". 50% des cols blancs, même en teeshirt, seront éliminés dans les cinq ans! Depuis l’invention de la machine à tisser, déjà mille fois, la fin du travail a été annoncée. Et chaque fois, il s’est réinventé. Mais cette fois-ci ne serait-ce pas différent ? Le cycle de destruction créatrice capitaliste pourrait-il se poursuivre sans les hommes ? Le flou qui entoure le rythme et les modalités d’adoption des nouvelles solutions d’IA par les entreprises nourrit ces scénarios apocalyptiques.

C’est bien là le nœud de la souffrance des lycéens, le flou de cet avenir déshumanisé : Parcoursup a fabriqué l’illusion d’un tri mathématique et objectif, sauf que rien ne garantisse que les meilleurs élèves obtiendront les meilleures formations et le résultat est l'exclusion de la majorité vers le grand RIEN. De quoi  commencer à réfléchir qu'un autre monde est possible, à condition de se considérer membre actif d'une classe dont je vous révélerai le nom au prochain numéro.


















mardi 13 octobre 2026

LFI ce parti petit-bourgeois bonimenteur des élèves et expression de la décomposition politique des couches intermédiares


(1907-1990)

 LE TERRORISME DES CLASSES ET COUCHES PETITES-BOURGEOISES


Extraits de l'article fondamental de Marc Chirik en 1980, que j'ai inclus dans mon tome 2 de son œuvre en 2008, l'article est reproduit intégralement sous forme de petit livre disponible sur le site des éditions Smolny. A la RP du CCI, j'avais convié les assistants à se reporter sur leur site, mais il y est introuvable, dommage. Je peux expédier le fichier du tome II (500 pages) à qui m'en fera la demande.

Je reviendrai sur les raisons pour lesquelles la "jeunesse" (thème hors classe) en France semble ficelée par le principal parti petit-bourgeois, LFI, et surtout son apologie de la violence, surtout flicophobe, outrancière et complice du nationalisme palestinien terroriste. La visée intégrationniste nationale inclut la réutilisation ringarde du robespierriste Saint-Just : "le bonheur est une idée neuve"; 1789 n'est surtout pas une référence, sauf pour réinstaurer le terrorisme jacobin puisqu'on a entendu des appels à guillotiner Macron, en adéquation avec cette "compréhension"  des égorgements islamistes, si utile électoralement au candidat Terrorismo-démago-populo.

On peut, par ailleurs, effectivement soutenir qu'une partie de la colère lycéenne et étudiante n'est pas motivée d'abord par un idéal égalitaire, mais par la crainte d'un déclassement social. Pendant plusieurs décennies, les études supérieures ont été perçues comme la voie d'accès aux professions de cadre et à un mode de vie de classe moyenne supérieure. Si l'IA réduit fortement la demande de certaines tâches intellectuelles de bureau, ce sont précisément ces perspectives qui sont menacées. L'angoisse n'est pas tant : « tout le monde doit être égal », mais plutôt : « après des années d'études, je refuse d'avoir le même statut économique que celui auquel j'espérais échapper ». Autrement dit, la peur de la prolétarisation des diplômés, mais qui débouche sur leur impuissance et ifficulté à admettre tomber dans le prolétariat...Pourtant nous, en bas, on s'est toujours marré: tout le monde n'est pas fait pour les études!

Toutes proportions gardées, Mélenchon et ses ouailles ne sont pas des terroristes comme ceux des années 1980, quoique leur soutien archaïque au Hamas soit plus qu'ambigu avec une détestation du nationalisme juif qui fleure l'antisémitisme. L'intérêt de l'article de Marc Chirik est qu'il traite le fond de la violence terroriste, terrifiante, en mode crime de masse, mais aussi, comme on peut le déduire, concernant les émeutes de rue d'éléments désespérés de la petite bourgeoisie, ce qui est encore le cas d'une bonne partie des étudiants qui se destinaient à devenir cadres, mais seront contraint pour beaucoup d'envisager de devenir "cadres" du prolétariat par défaut (syndicrates et politiciens au verbe radical), sans la sécurité del'emploi. Ce parti petit-bourgeois éclectique, anti-marxiste, empêchant de penser politique, est aussi le principal souteneur des petits patrons et de solutions réformistes populistes invraisemblables pour faire durer le capitalisme, avec la taxe anti-riche de Zucman. Ses prestations publiques relèvent en général d'un terrorisme intellectuel et ses activistes sont d'une bêtise que l'on ne nommera pas ici, reflet désarmant de l'inanité de ces sous-classes.

Au moins, en 68, on pouvait déplorer cet ennui, implacable compagnon d'une jeunesse intellectuelle désoeuvrée, en rêvant de le dissoudre d'une épaisseur "messianique", en projet politique. Pour l'heure la petite bourgeoisie décomposée n'offre pour réflexion moraliste, que l'antiracisme et le bashing du RN, et ses "enfants" se font représenter par une lycéenne voilée qui réclame 10 milliards ou rien.


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Les classes petites-bourgeoises (paysans, artisans, petits commerçants, professions libérales, intellectuels) ne constituent pas des classes fondamentales dans la société. Elles n'ont pas de mode de production particulier à présenter ni aucun projet de société à offrir. Elles ne sont pas des classes historiques dans le sens marxiste du terme. Elles sont par excellence les moins homogènes des classes sociales. Même si dans leurs couches supérieures elles tirent leurs revenus de l'exploitation du travail des autres, et, à ce titre, font partie des privilégiées, elles sont dans leur ensemble soumises à la domination de la classe capitaliste dont elles subissent la rigueur des lois et de l'oppression. Aucun devenir ne se présente à elles comme classe. Dans leurs couches supérieures, le maximum de leurs aspirations est de parvenir à s'intégrer individuellement dans la classe capitaliste.

Dans leurs couches inférieures, elles sont destinées implacablement à perdre toute propriété et "indépendance" des moyens de subsistance et à se prolétariser. Dans leur immense masse moyenne, elles sont condamnées à végéter, économiquement et politiquement écrasées par la domination de la classe capitaliste. Leur comportement politique est déterminé par le rapport de force entre les deux classes fondamentales de la société: le capitalisme et le prolétariat. Leur résistance sans espoir aux lois impitoyables du Capital les amène à une vision et un comportement fatalistes et passifs. Leur idéologie est le "sauve-qui-peut" individualiste et collectivement, les multiples variétés de lamentations plaintives, la recherche de consolations misérables, les impuissants et ridicules sermons pacifistes, humanistes de toutes sortes. Écrasées matériellement, sans aucun avenir devant elles, végétant dans un présent aux horizons complètement bouchés, piétinant dans une médiocrité quotidienne sans bornes, elles sont dans leur désespoir la proie facile à toutes les mystifications, des plus pacifiques (sectes religieuses, naturistes, anti-violence, anti-bombe atomique, hippie, écologistes, anti-nucléaires, etc...) aux plus sanglantes (Cent-noirs, pogromistes, racistes, Ku-Klux-Klan, bandes fascistes, gangsters et mercenaires de tout acabit, etc.).

C'est surtout dans ces dernières, les plus sanglantes, qu'elles trouvent la compensation d'une dignité illusoire à leur déchéance réelle que le développement du capitalisme accroît de jour en jour. C'est l'héroïsme de la lâcheté, le courage des poltrons, la gloire de la médiocrité sordide. C'est dans ces rangs que le capitalisme, après les avoir réduits à la déchéance extrême, trouve une réserve inépuisable pour le recrutement de ces héros de la terreur. S'il est arrivé parfois le long de l'histoire des explosions de colère et de violence de la part de ces classes, ces explosions restaient sporadiques et ne sont jamais allées au delà de jacqueries et révoltes car aucune autre perspective ne s'ouvrait à elles sinon celle d'être écrasées. Dans le capitalisme, ces classes perdent complètement leur indépendance et ne servent que de masse de manœuvre et d'appui aux affrontements que se livrent les différentes fractions de la classe dominante tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières nationales.

Dans des moments de crise révolutionnaire et dans certaines circonstances favorables, le mécontentement profond d'une partie de ces classes pourrait servir de force d'appoint à la lutte du prolétariat. L'inévitable processus de paupérisation et de prolétarisation des couches inférieures de ces classes, est un chemin extrêmement difficile et douloureux à parcourir et donne naissance à un courant de révolte particulièrement exacerbée. La combativité de ces éléments provenant plus spécialement des artisans et de l'intelligentsia déclassée, repose plus sur leur état d'individus désespérés que sur la lutte de classe du prolétariat qu'ils ont beaucoup de mal à intégrer. Ce qui les caractérise fondamentalement, c'est : l'individualisme, l'impatience, le scepticisme, la démoralisation et leurs actions qui relèvent plus de suicide spectaculaire que d'un but à atteindre. Ayant perdu "leur passé", n'ayant aucun avenir devant eux, ils vivent un présent de misère et la révolte exaspérée contre la misère de ce présent ressenti dans l'immédiat et comme un immédiat. Même si en contact avec la classe ouvrière et son devenir historique, ils parviennent à s'inspirer d'une façon généralement déformée de ses idéaux, cela dépasse rarement le niveau de la fantaisie et du rêve. Leur véritable vision de la réalité reste le champ réduit et borné de la contingence.

L'expression politique de ce courant prend des formes extrêmement variées qui va de la stricte actuation individuelle aux différentes formations de sectes fermées, de conspiration, de complot, de préparation de "coup d'État" minoritaire, d'actions exemplaires et, à l'extrême, le terrorisme. Ce qui constitue leur unité dans cette diversité, c'est leur méconnaissance du déterminisme objectif et historique du mouvement de la lutte des classes, leur méconnaissance du sujet historique de la société moderne, seul capable d'assurer la transformation sociale: le prolétariat. La persistance des manifestations de ce courant est donnée par la permanence du processus de prolétarisation de ces couches tout le long de l'histoire du capitalisme. Leurs variétés et diversités sont le produit des situations locales et contingentes. Ce phénomène social accompagne tout au long de l'histoire la formation de la classe prolétarienne et se trouve ainsi mêlé à des degrés divers au mouvement du prolétariat dans lequel ce courant importe des idées et des comportements qu'il charrie et qui sont étrangers à la classe.

Cela est vrai tout particulièrement en ce qui concerne le terrorisme. Il faut absolument insister sur ce point essentiel et ne laisser aucune ambiguïté à ce sujet. Si, à l'aube de sa formation de classe , le prolétariat, dans sa tendance à s'organiser, ne trouve pas encore sa forme appropriée et utilise le type d'organisation de sociétés conspiratives, secrètes, héritage de la révolution bourgeoise, cela ne change en rien la nature de classe de ces formes, leur inadéquation au contenu nouveau, celui de la lutte de classe du prolétariat. Rapidement le prolétariat sera amené à se dégager de ces formes d'organisation et méthodes d'action et à les rejeter définitivement.

Tout comme pour ce qui concerne l'élaboration théorique et sa phase utopiste, la formation d'organisations politiques de la classe passait inévitablement par la phase de sectes conspiratives. Mais il importe de ne pas alimenter la confusion, de ne pas faire de nécessité vertu, ne pas confondre les divers stades du mouvement et savoir distinguer la signification différente et opposée de leur manifestation dans des stades différents. De même que le socialisme utopique se transformera, à un certain stade atteint par le mouvement du prolétariat, d'une grande contribution positive en une entrave au développement ultérieur de ce mouvement, de même et à ce même stade, les sectes conspiratives seront désormais frappées du signe négatif et stérilisant pour le développement ultérieur du mouvement. Le courant représentant les couches en voie d'une difficile prolétarisation ne saurait désormais être la moindre contribution à un mouvement de classe déjà développé.

Non seulement ce courant doit revendiquer le type d'organisation de sectes et de méthodes de conspiration, mais, arrivant avec un retard toujours plus accentué sur le mouvement réel, il est amené dans son exacerbation à pousser cette revendication à outrance, à en faire une caricature, trouvant son expression extrême en préconisant l'action terroriste. Le terrorisme n'est pas simplement l'action de terreur. C'est là se placer sur un terrain terminologique. Ce que nous voulons faire ressortir et mettre en relief c'est le sens social et la différence que ces termes recouvrent.

La terreur est un système de domination, structuré, permanent, émanant des classes exploiteuses. Le terrorisme par contre est une réaction de classe opprimée, mais sans devenir, contre la terreur de la classe opprinante? Ce sont des réactions momentanées, sans continuité, des réactions de vengeance et sans lendemain. Nous trouvons la description émouvante de ce genre de mouvement dans Panaït Istrati et ses Haïdoucs dans le contexte historique de la Roumanie de la fin du siècle dernier. Nous les retrouvons dans le terrorisme des narodnikis russes et, aussi différentes qu'elles se présentent, chez les anarchistes et la bande à Bonnot; elles relèvent toujours de la même nature: vengeance des impuissants parce qu'impuissants.

Elles ne sont jamais l'annonce d'un nouveau, mais l'expression désespérée d'une fin, de sa propre fin. Réaction impuissante d'une impuissance, le terrorisme n'ébranle pas et ne peut ébranler la terreur de la classe dominante. C'est une piqûre de moustique sur la peau d'un éléphant. Par contre, il peut être et est souvent exploité par l'Etat pour justifier et renforcer sa terreur. Il faut absolument dénoncer le mythe qui veut que le terrorisme serve ou puisse servir de détonateur pour déclencher le mouvement de la lutte du prolétariat. Cela serait pour le moins très singulier qu'une classe au devenir historique ait besoin de chercher dans une classe sans devenir l'élément détonateur de sa propre lutte. Il est absolument absurde de prétendre que le terrorisme des couches les plus radicalisées de la petite bourgeoisie a le mérite de détruire dans la classe ouvrière les effets de la mystification démocratique, de la légalité bourgeoise, et de lui enseigner la voie indispensable de la violence.

Le prolétariat n'a aucune leçon à tirer du terrorisme radical, sinon celle de s'en écarter et de le rejeter, car la violence contenue dans le terrorisme se situe fondamentalement sur le terrain bourgeois de la lutte. La compréhension de la violence nécessaire et indispensable, le prolétariat la tire de son existence propre, de sa lutte, de ses expériences, de ses affrontements avec la classe dominante. C'est une violence de classe qui diffère de nature, de contenu, de forme et de méthodes aussi catégoriquement du terrorisme petit-bourtgeois que de la terreur de classe exploiteuse dominante.

Il est absolument certain que la classe ouvrière manifeste généralement une attitude de solidarité et de sympathie, non pas à l'égard du terrorisme qu'elle condamne en tant qu'idéologie, organisation et méthodes, mais à l'égard des éléments qui s'y livrent. Cela pour des raisons évidentes:

1) parce qu'ils sont en révolte contre l'ordre de terreur existant que le prolétariat se propose de détruire de fond en comble;

2) parce que comme la classe ouvrière, ils sont également des victimes de la cruelle exploitation et oppression de la part de l'ennemie mortelle du prolétariat: la classe capitaliste et son Etat. Le prolétariat ne peut pas ne pas manifester sa solidarité à ces victimes en essayant de les sauver des mains des bourreaux, de la terreur d'Etat existante et en s'efforçant de les dégager de l'impasse mortellement dangereuse: le terrorisme, dans lequel ils se sont fourvoyés.

LA VIOLENCE DE CLASSE DU PROLETARIAT

Nous n'avons pas à insister ici sur la nécessaire violence de la lutte de classe du prolétariat. Le faire serait enfoncer des portes ouvertes, car, voilà bientôt deux siècles depuis les Egaux de Babeuf, que la démonstration théorique et dans les faits de sa nécessité et inévitabilité a été apportée. Il est aussi vain de répéter à n'en plus pouvoir en la présentant comme une découverte cette vérité que toutes les classes sont amenées à user de la violence et aussi le prolétariat. En se contentant d'énoncer ces vérités devenues des banalités, on finit par établir une sorte d'équation vide de tout sens "violence=violence". 

On établit ainsi une équivalence, une identité aussi simpliste qu'absurde entre la violence du capital et la violence du prolétariat, et on passe à côté, on escamote leur différence essentielle, l'une étant oppressive et l'autre libératrice. Dire et redire cette tautologie "violence=violence" et se contenter de démontrer que toutes les classes en usent, pour établir sa nature identique, est aussi intelligent, génial, que de voir une identité entre l'acte du chirurgien faisant une césarienne pour donner naissance à la vie et l'acte de l'assassin éventrant sa victime pour lui donner la mort, par le fait que l'un et l'autre se servent d'instruments qui se ressemblent: le couteau exerçant une action sur un même objet: le ventre, et recourant à une même technique apparemment fort semblable: celle d'ouvrir le ventre. Ce qui importe au plus haut point ce n'est pas de répéter: violence, violence, mais de souligner fortement leur différence essentielle et dégager le plus clairement possible ce en quoi, pourquoi et comment la violence du prolétariat se distingue et diffère de la terreur et du terrorisme des autres classes. En établissant une différence entre terreur et violence de classe, ce n'est pas pour des raisons de querelles, de terminologie, de répugnance affective au mot terreur, ni pour des raisons de pudeur de vierges intimidées, mais pour faire ressortir plus clairement la nature de classe différente, le contenu et les formes différentes que le même mot recouvre et estompe. Le vocabulaire retarde sur les faits et souvent aussi le manque de la distinction dans les mots témoigne d'une pensée insuffisamment élaborée et entretien une ambiguïté toujours nocive. Comme exemple on peut citer le mot de "social-démocratie" qui ne correspond en rien à l'essence révolutionnaire et au but d'une société communiste que se propose l'organisation politique du prolétariat. Il en est de même pour le mot "terreur" qu'on trouve parfois dans la littérature socialiste, même chez nos classiques, accolé au mot "révolutionnaire" et "du prolétariat". Il faut instamment mettre en garde contre les abus qui consistent à recourir à des citations littérales de phrases, sans les rétablir dans leur contexte, les circonstances dans lesquelles elles étaient écrites, l'adversaire qu'elles visaient au risque de déformer et de trahir la véritable pensée de leurs auteurs.

Il faut encore souligner que la plupart du temps ces auteurs, tout en utilisant le mot terreur prenaient de grandes précautions pour établir la différence de fond et de forme entre celle du prolétariat et celle de la bourgeoisie, entre La Commune de Paris et Versailles, entre la révolution et la contre-révolution dans la guerre civile en Russie. Si nous pensons qu'il est temps de distinguer ces deus termes, c'est pour lever les ambiguïtés que leur identification entretient et surtout, cette ambiguïté qui ne veut voir là qu'une différence de quantité, d'intensité et non de nature de classe. Et même s'il ne s'agissait strictement que d'un changement de quantité, cela entraînerait pour les marxistes qui se réclament de la méthode dialectique, un changement de qualité.

En répudiant la terreur en faveur de la violence de classe du prolétariat, nous entendons, non seulement exprimer notre répugnance de classe à l'égard du contenu réel d'exploitation et d'oppression qu'est la terreur, mais également en finir avec les finasseries casuistiques et hypocrites sur "la fin justifie les moyens". Les apologistes inconditionnels de la terreur, ces calvinistes de la révolution que sont les bordiguistes, dédaignent les questions de formes d'organisation et de moyens.

Seul existe pour eux le "but" pour lequel toutes les formes et tous les moyens peuvent être indifféremment utilisés. "La révolution est une question de contenu et non de forme d'organisation", répètent-ils inlassablement, sauf... sauf... pour ce qui est de la terreur. Sur ce point, on est catégorique: "pas de révolution sans terreur", et n'est pas un révolutionnaire celui qui n'est pas capable de tuer quelques enfants; ici, la terreur, considérée comme moyen devient une condition absolue, un impératif catégorique de la révolution et de son contenu. Pourquoi cette exception? on pourrait aussi, à l'inverse, se poser d'autres questions. Si vraiment les questions de moyens et de formes d'organisation sont si importantes pour la révolution prolétarienne, ne serait-il pas, possible qu'elle s'accomplisse avec la forme monarchiste ou parlementaire par exemple? Pourquoi pas?

La vérité est que vouloir séparer le contenu et les formes, la fin et les moyens, est une pure absurdité. Dans la réalité, contenu et formes sont intrinsèquement liés. Une fin ne contient pas n'importe quels moyens, mais ses moyens propres et les moyens déterminés ne sont valables que pour des fins déterminées. Toute autre approche n'est que de la spéculation sophistique. Quand nous rejetons la terreur comme mode d'existence de la violence du prolétariat, ce n'est pas pour on ne sait quelle raison morale mais parce que la terreur, comme contenu et méthode, s'oppose par nature au but que se propose et poursuit le prolétariat.

Les calvinistes de la révolution croient-ils vraiment et peuvent-ils nous convaincre que pour atteindre notre but, le communisme, le prolétariat pourrait et devrait recourir aux moyens d'immenses camps de concentration et d'extermination systématique des populations par millions et millions, ou par l'installation d'un immense réseau de chambres à gaze, scientifiquement encore plus perfectionnées que celles d'Hitler? Le génocide fait-il partie du Programme et de la "voie calviniste" du socialisme?! Il suffit de rappeler l'énumération que nous avons faite des principales caractéristiques du contenu et des méthodes de la terreur, pour voir au premier coup d'oeil tout l'abîme qui sépare et oppose le prolétariat de celle-là.

1) "être liée organiquement à l'exploitation et pour l'imposer". Le prolétariat est une classe exploitée et lutte pour la surpression de l'exploitation de l'homme par l'homme.

2)"être le fait d'une classe privilégiée". Le prolétariat n'a aucun privilège et lutte pour la suppression de tout privilège.

3) "être le fait d'une classe minoritaire".

Le prolétariat représente avec les travailleurs l'immense majorité de la société. D'aucuns voudraient peut-être voir dans cette référence notre "indécrottable penchant pour les principes de la démocratie", de majorité et de minorité, sans prendre garde que ce sont eux qui sont obnubilés par ce problème, en faisant de plus, de la minorité, par horreur viscérale de la majorité, le critère de la vérité révolutionnaire. Le socialisme est irréalisable s'il ne repose pas sur la possibilité historique et ne correspond pas aux intérêts fondamentaux et à la volonté de l'immense majorité de la société.

C'est là un des arguments clé de Lénine de "L'Etat et la Révolution", et également de Marx affirmant que le prolétariat ne saurait s'émanciper sans émanciper l'humanité toute entière.

4)"être le fait d'un corps spécialisé"... Le prolétariat, a écrit sur son drapeau la destruction de l'armée permanente, de la police, pour l'armement général du peuple et avant tout du prolétariat. "tendant à se dégager de tout contrôle de la société". Le prolétariat rejette, comme objectif toute spécialisation, et dans la mesure de l'impossibilité de sa totale réalisation immédiate, l'exigence de sa soumission totale au contrôle de la société.

5) "se reproduire et se perfectionner sans fin". Le prolétariat entend, lui, mettre fin à cette reproduction et à ce perfectionnement et s'engage dans la voie dès le premier jour de sa prise du pouvoir.

6) "n'avoir d'autre raison d'être que dans la soumission et l'écrasement de la communauté humaine". Les buts du prolétariat sont diamétralement opposés. Sa raison d'être est celle de la libération et l'épanouissement de la société humaine.

7) "développer les sentiments d'hostilité et de violence entre les groupes sociaux: nationalisme, chauvinisme, racisme, etc. Le prolétariat supprime tous ces anachronismes historiques devenus des monstruosités et des entraves à l'unification harmonieuse, possible et nécessaire de toute l'humanité.

8) "développer des sentiments et des comportements d'égoïsme, d'agressivité sadique, l'esprit de vengeance, de guerre incessante et quotidienne de tous contre tous, etc..."

Le prolétariat au contraire développe des sentiments tout nouveaux: de solidarité, de vie collective, de fraternité de "tous pour un et un pour tous", d'une libre association de producteurs, d'une production et consommation socialisées. Et si l'essence des classes exploiteuse est de: "plonger toute la société dans un état de terreur sans fin", le prolétariat, lui, fait appel à l'initiative et à la créativité de tous qui dans un enthousiasme général prennent leur vie et leur sort dans leur propres mains.

La violence de classe du prolétariat ne saurait être la terreur puisque sa raison d'être est précisément de briser la terreur. C'est jouer sur les mots que de considérer comme la même chose et les confondre en les désignant par les mêmes mots: violence ou terreur, le comportement de l'assassin exhibant son couteau et la main qui l'immobilise et l'empêche de commettre le meurtre. Le prolétariat ne saurait recourir à l'organisation de pogroms, au lynchage, à la création d'Ecole de Torture, aux viols, aux procès de Moscou, comme moyens et méthodes pour la réalisation du socialisme. Ces méthodes, il les laisse au capitalisme, parce qu'elles font partie de lui, lui sont propres, adaptées à ses buts,, et qui portent le nom générique de TERREUR. Ni le terrorisme avant, ni la terreur après la révolution ne sauraient être des armes du prolétariat pour l'émancipation de l'humanité.

PS: évidemment que l'analyse de Marc Chiric est à réactualiser et à nuancer, avec le développement de tueries demasse, notamment islamistes qui relèvent du nihilisme et d'un fascisme religieux quand la peine de mort nécessite d'être aussi réexaminée.