"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mercredi 14 novembre 2018

GILETS JAUNES : HITLER AVAIT RAISON

« Stendhal identifie de façon magistrale cette propension des industriels, des employeurs à se faire reconnaître comme des bienfaiteurs de l'humanité, comme œuvrant pour le bien général, pour l'intérêt commun ».
Danièle Linhart1
« Je construirai une voiture automobile pour le plus grand nombre ».
 Henry Ford, en octobre 1908.

« Le 7 octobre 1948, la 2CV est présentée au Salon de l'automobile. Devenue voiture mythique de la marque Citroën, elle a permis de démocratiser l'automobile et fait encore rêver les Français et le monde entier ».
Le Figaro (2018)

« On veut passer à l'écologie, très bien, mais la hausse du gasoil n'est pas une solution en soi. Je suggère une taxation sur les armes à feu pour subvenir au budget nécessaire à la transition écologique ».
Laeticia Dewalle



Les mesures d'accompagnement « à la transition écologique » du premier commis de l'Elysée, chèque on ne sait pour qui, surprime on ne sait pourquoi, ont provoqué ce matin l'ire des réseaux sociaux. Le pouvoir est en effet sourd à la colère de la rue. C'est un vieux pouvoir, malgré des corps d'Etat jeunes. Faut-il rappeler que mai 68 a éclaté non à cause des étudiants mais du fait de la faiblesse d'encadrement des syndicats et d'un pouvoir rigide. On retrouve jovialement le même type de configuration sociale : des partis bourgeois déstabilisés par ce qu'ils trouvent « irrationnel » ; des syndicats qui n'y voient, comme le monsieur propagande de la CGT (sur BFM) : « qu'un mouvement poujadiste alors qu'une action de classe suppose qu'on ne manifeste pas avec les petits patrons » (véridique!)2 ; leur soutien antifa au gouvernement est aussitôt salué par la ministre du travail ; le noskisme est réactualisé dans la collusion sans honte des « partenaires sociaux ». La campagne conjointe des bobos du NPA et de l'appareil d'Etat (démocratique) contre la « récupération politique du RN » confirme que le gauchisme, dans sa version trotskienne, choisit toujours d'être dans le camp de la bourgeoisie. Signe d'affaiblissement de l'encadrement idéologique bourgeois. De plus, les menaces de ces derniers temps du nouveau promu à la flicaille, Castaner, ont fait pitié comme sa dramatisation prévoyant au moins un mort pour sans doute retourner la « majorité silencieuse » macroniste, pourtant de plus en plus étriquée. Le Fdg, dernier radeau d'une opposition de gauche naufragée, est si tourneboulé que tous ses porte-faix prennent position de façon hétérogène, seul Mélenchon a sauvé un peu la mise avec son jeu de mot sur fâchés et fachos3.

VERS LA FIN DU GRAND ALIBI ECOLOGIQUE

En vérité ils sont tous coincés par l'alibi écologique, grande cause capitaliste devant l'éternel ! Saint Nicolas Hulot est même invoqué comme bienfaiteur de l'humanité, quoique sorti de la religion gouvernementale. Cet alibi écologique n'est pas seulement une fable – le capitalisme pollue plus gravement que tout par son industrie de guerre, ses avions, ses bateaux et ses fusées – mais un mensonge de type nationaliste, celui qui veut toujours et encore faire croire à un intérêt commun entre ouvriers et patrons, comme entre prolétariat en général et bourgeoisie en particulier. Il s'agit d'une mondialisation d'un risque planétaire, dont la bourgeoisie reste responsable, avec les mêmes arguments vieillots que ceux des unions nationales du passé : on demande aux plus exploités de se sacrifier pour le bien de tous, surtout ceux qui polluent le monde de leurs guerres « pétrolières » et de leurs mensonges politiques. Cet alibi est en premier lieu une dépossession idéologique du projet communiste (= libération de l'humanité de l'exploitation bourgeoise, des guerres et fin de la destruction de la nature) ; cela aucun marxiste ni secte marxiste ne l'a compris depuis plus de 50 ans, toujours à ronronner sur le seul concept d'aliénation. L'excellente Danièle Linhart va plus loin en rappelant que le premier inventeur de cette dépossession au tout début du XX ème siècle est Henry Ford (premier pollueur du siècle et géniteur d'Hitler) :
« ...ce qu'il met en place est une machine de guerre redoutable contre les ouvriers. Ils les dépossèdent sciemment et systématiquement de ce qui constitue leur force, leur identité, et leur pouvoir, à savoir leur métier, et leurs connaissances. Il a, à l'évidence, choisi son camp. Son approche fonde les bases d'une domination patronale sans appel ».
Et elle enfonce le clou, sans voir ni analyser que un siècle plus tard, l'Etat bourgeois et ses divers partis croupions étendra à l'ensemble de sa politique cette dépossession dans la même fausse idéologie du « capitalisme du bien-être » :
« à quel point il est décisif pour Taylor de parvenir à faire accepter comme fair, c'est-à-dire juste, honnête, cette dépossession des ouvriers qui correspond à une nouvelle répartition des missions, des responsabilités et du travail entre les ouvriers et leur direction, extrêmement exigeante pour cette dernière »4.

Linhart n'est qu'une sociologue et elle a oublié d'ajouter « dépossession de leur conscience de classe » et de leur vision humaine de la transformation de la société, mais on se situe encore au plan d'un simple industriel qui ne peut parler au nom de l'Etat démocratique menteur.

Nos intellos d'ultra-gauche nous ont longtemps bassiné avec le « post-fordisme » comme menant à la disparition du prolétariat « classique »5, et, cette bande rigolos modernistes de nous inventer une possible « révolution humaine » qui les rapprocha complètement des écologistes bourgeois. Pourtant il est du plus haut intérêt ici d'en passer à la fin réelle du fordisme idéologique qui a fabriqué finalement toute l'idéologie de la société de consommation (qu'on nommait avant-guerre « consommation de masse »), où le dieu bagnole fût la rédemption de toutes les injustices sociales, parangon de liberté et d'arrogance narcissique. C'est cette fin qui est à la base de l'ébranlement actuel du consensus « démocratique » bourgeois, un peu partout – puisque partout en Europe commencent des manifestations contre la hausse du carburant – et non pas un simple protestation contre la dérisoire « baisse du pouvoir d'achat ». L'inquiétude qui gagne la majorité des prolétaires, surtout en province évidemment6, ne repose pas sur quelques centimes mais sur la remise en cause du déplacement obligé en voiture pour la masse des prolétaires éloignés de leur lieu de travail mais aussi simplement pour le moment du plaisir de partir en vacances. Cet objet du désir « fordiste » nous a longtemps ravi. Nous nous déplacions plus royalement et confortablement que ces malheureux rois de jadis en fiacres cahotants, perclus de rhumatismes. La conduite automobile donne une sensation d'être libre et puissant. Elle est aliénante, polluante et encline à encourager le pire individualisme mais elle reste un moyen de déplacement moderne, sans doute voué à disparaître, mais pas de la manière brutale et inconsidérée que les cyniques gouvernants, élus pour enrichir la classe dominante cinq années de plus, ont imaginé applicable sans insurrection. Les questions qui sont posées par le mouvement des gilets jaunes (et rouges) en développement sont comme on le verra plus fondamentales : une transition dans l'ordonnancement de la société et des besoins ne peut être réglée par une fiscalisation imbécile croissante : augmentations planifiées sans vergogne, où les fascistes saoudiens en profitent pour organiser la rareté, hausses de la circulation sur les autoroutes « privatisées », multiplication des radars à pognon.
Avant de devenir une vache à lait, l'automobile fût le principal instrument idéologique et social de la contre révolution. Hitler, qui était plus intelligent que notre petit Macron, l'avait fort bien compris7. Mais après son maître : Henry Ford.

AUX ORIGINES DU TOTALITARISME DE LA MONDIALISATION

Danièle Linhart, bien que limitant toujours son propos à l'entreprise – qui reste le cœur de la vie du capitalisme et de ses profits – nous décrit fort bien comment Ford s'est préoccupé du « bonheur de ses ouvriers » :
« Se préoccuper du bonheur des ouvriers, prétendre à un système équitable, juste et orienté vers le bien commun, invoquer la science, l'abstraction, l'objectivité, la neutralité, dévaloriser les connaissances acquises grâce à l'expérience, miser sur l'ambition personnelle, ces attitudes ne sont pas sans rappeler bien des allégations, argumentations accompagnant le management moderne. Loin de se présenter comme le consultant qu'il était alors au service des directions d'entreprise, Taylor se positionne devant les membres de la commission d'enquête et devant l'opinion publique qui lira son livre, comme un homme de science, bienfaiteur et préoccupé de la paix sociale et du bien être commun, un homme qui a mis le travail à la portée de tous. Faisant l'impasse sur le fait qu'il a inversé le rapport de force entre les ouvriers et leur patron, en transférant vers ce dernier le savoir ouvrier, permettant ainsi une domination qu'il voulait absolue puisqu'il a inscrit la contrainte et le contrôle dans la définition même des tâches. L'ouvrier est désormais pris en main, il est agi par l'organisation du travail (agi et contrôlé par elle). Le travail pourra se dérouler ainsi uniformément indépendamment des états d'âme, des états d'esprits des savoirs, de l'expérience des ouvriers. Il ne dépendra que de la conception abstraite réalisée par des ingénieurs. La dimension cognitive du travail a changé de camp, le travail appartient désormais à la direction et ceux qui travaillent pour elle »8.

Un siècle plus tard l'écologie est devenue le nec plus ultra du management... étatique ! Si Henri IV (de France) avait proposé une poule au pot pour chaque français, Henry l'américain proposa aussi, ce qui était incongru et osé pour une époque encore mi-féodale, une bagnole pour chaque ouvrier. Avec une discipline féroce pour travailler sur la ligne d’assemblage, le but était de faire croire aux bienfaits de la vie en régime capitaliste en fournissant aux travailleurs un revenu et un temps libre suffisant pour qu’ils consomment les produits qu’ils avaient eux-mêmes fabriqué.
Encore fallait-il augmenter le salaire ouvrier, ce que ne fera jamais Macron mais ce que fît Ford avec ce principe dit « tayloriste » : augmenter le salaire des ouvriers (cinq dollars par jour, contre deux ou trois pour des journées plus longues auparavant). Cela permettait de stimuler la demande et donc d’augmenter la consommation. Cette augmentation avait en outre pour but d’éviter les démissions et grèves des ouvriers qui se sont accrues avec l’apparition du travail à la chaîne, réputée très dure.

LA BAGNOLE PRINCIPAL INSTRUMENT DU BIEN ETRE DANS LA RECONSTRUCTION ?

A la veille de la guerre plusieurs industries automobiles européennes se bagarraient en catimini pour copier l'exemple fordiste qui réussit tant à séduire la classe ouvrière américaine. Le système tayloriste permet de montrer que la production moderne produit pour tout le monde, que la manufacture pour produits réservés à l'élite c'est fini. Appareils photos comme automobiles peuvent être produits massivement et être accessible au plus grand nombre sans privilège pour la classe sociale la plus riche. La contre révolution a réussi à épuiser politiquement et socialement le prolétariat. Il faut donner à ces masses le goût de la consommation pour la consommation et l'envie de parodier, même à un niveau inférieur, l'existence fallacieuse des riches. Danièle Linhart nous donne les moyens de comprendre comment Ford et son acolyte Taylor ont façonné le capitalisme moderne mondialisé d'aujourd'hui encore, comme préparé l'avènement du nazisme, par la soumission industrielle et le culte du nouveau dieu, la bagnole :

« Cela choque, sans doute maintenant, que l'on puisse penser à Taylor (dont le nom est associé à l'éclatement des métiers, à la déqualification, l'hyperspécialisation, au travail en miettes et à l'autoritarisme ) comme à un bienfaiteur de l'humanité.
Mais Taylor s'est donné beaucoup de mal pour justifier sa démarche et lui donner les allures d'une réforme majeure qui associe progrès économique et progrès social. Il est vrai que l'organisation scientifique du travail a permis des augmentations substantielles de productivité, ouvrant une consommation plus abondante à moindre prix pour le marché américain auquel les ouvriers avaient accès grâce à des rémunérations plus élevées. Mais avec une terrible contrepartie qui était une dépossession de la maîtrise du travail, car comme l'écrit avec enthousiasme le deuxième préfacier du livre écrit par Taylor (1956) lui-même et intitulé, La direction scientifiques des entreprises: [...] ce que Taylor nous demande, c'est d'abandonner temporairement chaque jour, cette indépendance d'esprit, d'accepter de faire partie d'un groupe dans lequel notre travail est forcément limité et spécialisé, pour produire mieux et pouvoir profiter, le reste du temps, à notre guise, de cette production supplémentaire, qui est le résultat de notre effort (Taylor, 1956: 12). L'invention de Taylor consiste à transformer des ouvriers de métier en exécutants et en consommateurs. Il est intéressant d'analyser comment il a fait la promotion de sa méthode en développant des points forts et bien réels, lui permettant de présenter comme un pas en avant, un progrès décisif ce qui correspondait de fait à une attaque en règle du registre professionnel des ouvriers, les plongeant dans un état de soumission et de dépendance hiérarchique inouï pour l'époque. On tentera de faire de même pour Ford avant de soumettre le modèle managérial moderne au même exercice. Dans l'argumentation de Taylor, on trouve plusieurs registres. D'abord celui de la paix sociale, de la réconciliation entre ouvriers et patrons. Il part d'un constat, celui de l'existence d'une lutte stérile entre patrons et ouvriers »9.

En préparant la guerre, pas simplement en désignant le juif comme bouc-émissaire, mais en grand admirateur de Ford, Hitler reprit l'idée que chacun puisse s’offrir une voiture, non parce que l’Allemagne venait de se doter d’un large réseau d’autoroutes, en vue de l'acheminement rapide de véhicules militaires, et qui restaient désertes en attendant la guerre, mais par une compréhension aiguë de la séduction et de l'envie suscitée dans les masses par ce nouvel engin de transport qui était jusque là réservé aux très riches. Et donnant crédibilité à une vie meilleure et motorisée en régime capitaliste. L’ingénieur Ferdinand Porsche, influencé par l'expérience de Ford alla dans ce sens. Les prototypes de ce véhicule appelé provisoirement KdF-Wagen, (Kraft durch Freude également nom d’une des principales organisations du parti hitlérien) apparaissent en 1936. Le projet tel que le voulait Hitler s’accompagnait d’une formule de financement révolutionnaire basée sur la constitution d’une épargne par achat de timbres dans les bureaux de l'organisation KdF. Le prix fixé était de 990 Reichsmarks maximum. Contrairement à Hidalgo et à Macron, Hitler souhaite que chaque allemand, chaque ouvrier possède une voiture. Ce véhicule accessible au plus grand nombre doit être robuste (dans la durée d'utilisation) et capable d'emporter quatre à cinq personnes à 100 km/h. Porsche n'a fait que s'inspirer de la Ford T, ce qui devient Kdf-Wagen, K pour Kraft, d pour durch, F pour Freude = « Force par la joie » ; Hitler la baptise « voiture du peuple », ce dernier n'a pas vraiment la joie de s'en servir à la veille de la guerre ; elle est seulement présentée au public en 1938 ; peu après l'armée nazie prend le contrôle de l'usine automobile pour la production d'engins militaires10. Effort de guerre oblige, l'usine doit se reconvertir dans l'armement. Des chaînes de KdF, sur lesquelles triment 20000 travailleurs forcés, prisonniers de guerre et déportés, sortent deux véhicules dessinés par Ferdinand Porsche, la voiture militaire Kübelwagen et sa cousine amphibie, la Schwimmwagen, ainsi que des missiles V1, des chars, des munitions et des moteurs d'avion.11 

En 1937, le boss auvergnat Michelin, fabricant français de pneumatiques, rachète Citroën. Il a l'idée de créer une voiture destinée aux classes sociales du monde rural et à faibles revenus, le souci premier étant de permettre à la maison mère Michelin d'accroître son activité de pneumatiques, mais aussi de donner une autre perspective de rouler (ou être roulé) dans le capitalisme sans déraper dans un éventuel système soviétique (on vit Michelin, dans des maisons Michelin, comme on vivait chez Volkswagen...). Citroën va se faire doubler pourtant au sortir de la guerre par Renault.

C'est seulement en 1949 que le patronat allemand récupèrera l'usine pour produire la fameuse Coccinelle, emblème du « miracle économique allemand ». La nouvelle usine dans la nouvelle ville de KdF-Stadt, Wolfsbourg bâtie pour loger les ouvriers de l’usine (et dont la première pierre est posée le 26 mai 1938 en présence d'Adolf Hitler et de Ferdinand Porsche), avait seulement produit une poignée de véhicules quand la Seconde Guerre mondiale débuta en 1939. Au sortir de la guerre
personne ne misa tout d'abord sur cette voiture moche d'une époque à oublier. Mais la concurrence internationale pour ce nouveau besoin à quatre roues commeça à faire rage. En 1946, Citroën entame la production de la 2 CV, dont les plans avaient été planqués paendant la guerre. En Italie est produite la Fiat 500. L'industrie automobile allemande ne tarde pas à remonter au créneau et Volkswagen va devenir une des figures de proue du « miracle économique allemand. La production de la « Type 1 » (la fameuse « Coccinelle ») augmentera considérablement, atteignant le million d’exemplaires produits en 1954. La reconstruction automobile a déjà commencé en France.

DES OBJETS « D'évasion » ...

La Renault 4CV, du constructeur français Renault est présentée en octobre 1946, à la suite du développement de trois prototypes, dont deux secrètement pendant l'Occupation. C'est une petite voiture, mais elle est particulièrement spacieuse pour son époque et ses dimensions extérieures. La Renault 4CV – surnommée la « 4 pattes » mais aussi « la motte de beurre » à cause de sa forme et de la couleur jaune de ses premiers exemplaires – symbolise le retour de la paix et de la prospérité car elle est la première voiture française accessible au plus grand nombre comme l'indique le slogan publicitaire diffusé à l'époque : « 4 chevaux, 4 portes, 444 000 francs ! ». La 4CV est la voiture la plus vendue en France jusqu'en 1955. C'est la première française à atteindre une production d'un million d'exemplaires. La production débute et sera essentiellement réalisée à Billancourt, mais une partie se fera également à l'usine de Flins (Seine et Oise). Elle durera de 1947 à 1961, année de sortie du 1 105 547e et dernier exemplaire6. Avec la Dauphine, la 4CV sera, pendant près de quinze ans, le principal modèle commercialisé par Renault.

Citroën 2 CV (pour « deux chevaux »), familièrement appelée Deuche ou Deudeuche, est une voiture populaire française (on dit « populiste » désormais chez l'élite et les suce-boules gauchistes) produite par Citroën entre le 7 octobre 1948 et le 27 juillet 1990.
Elle est le produit d'un besoin identifié dans le public, une enquête envoyée à plusieurs milliers d'exemplaires à travers l'ensemble du territoire. Il apparaît un cahier des charges précis et draconien, définissant le projet « TPV » (« toute petite voiture »): avec quatre places assises, 50 kg de bagages transportables, 2 CV fiscaux, flirtant avec les 60 km/h en vitesse de pointe, boîte à trois vitesses, facile d'entretien, possédant une suspension permettant de traverser un champ labouré avec un panier d'œufs sans en casser un seul, et ne consommant que 3 litres aux 100 kilomètres (à faire rêver nos écolos et végans en trottinettes électriques). Elle doit pouvoir être conduite facilement par un débutant. Et surtout, aucun signe ostentatoire. Le slogan publicitaire « 4 roues sous 1 parapluie » de la fin des années 1960, résume assez bien l'esprit général consommationniste et racoleur pour la « paix sociale ». Survolons une capacité d'anticipation vers une transition automobile de masse plus réfléchie et « populiste » que la précipitation cynique de nos macroniens de service, syndicats et gauchistes12. Et on ne peut s'empêcher de sourire à cette sorte de pré-culture écolo au souci « minimaliste » et « économique » ; et presque communiste, la voiture ets vendue sans serrure.
Le souci d'économie conduit à des solutions techniques parfois minimalistes, par exemple les essuie-glace actionnés par le compteur de vitesse ou les joints de Cardan non homocinétiques, ce qui fait « brouter » la voiture dans les virages (ces points seront corrigés dans des versions ultérieures en série à partir de 1965). Autre exemple : sur les prototypes, le moteur bicylindre est démarré avec une ficelle (comme sur les tondeuses à gazon), solution trop spartiate, qui ne sera pas conservée sur les 2 CV définitives. Autre exemple : du fait de l'absence de Delco par économie, les bougies sont alimentées à chaque tour moteur (juste avant le point mort haut), et non pas une fois tous les deux tours ; mais les bougies s'usent donc plus vite. Autre exemple encore : la jauge à essence n'est pas un cadran au volant, mais une tringle amovible placée dans le tuyau de remplissage du réservoir. Elle sera par contre la première voiture de série à être équipée de pneus à carcasse radiale dès son lancement, mais cela aussi trouve ses raisons dans l'économie de fabrication. Avec un peu plus de 5 100 000 exemplaires elle fait partie des dix voitures françaises les plus vendues de l'histoire
Elle est vendue sans serrure de portes : le dispositif d'antivol proposé étant celui adopté sur les bicyclettes, pris entre le volant et la barre centrale du siège avant. Les seuls instruments du tableau de bord sont un tachymètre et un ampèremètre. Le 11 juillet 1949, la production à grande échelle est lancée. Les premiers clients, triés sur le volet, peuvent commander « le vilain petit canard ». Ils doivent pour la plupart prendre leur mal en patience du fait d'une demande importante qui fait allonger les délais à 3-5 ans (sauf pour les ecclésiastiques, les médecins et les bons clients de Citroën2). Pour cette raison, elle est alors plus chère sur le marché d'occasion que neuve, valant 228 000 FRF (une misère comparée aux voitures électriques à 15.000 euros et à la galère des leasings à vie, pub toutes les deux minutes sur toutes les « chaînes » pour pousser à acheter une voiture « à tempérament », comme on disait dans les fifties mais au final deux ou trois fois plus chères et enchaînante au salariat précaire...

Hitler a été un prévisionniste de la nécessité d'attacher les prolétaires au monde capitaliste en leur promettant le moteur à explosion comme « voyage », à la suite de son maître Ford, et, en effet, les trente glorieuses sont notoires du règne sans partage de la bagnole et de ses abus. Mais contester aux prolétaires leur protestation contre la mise en cause de ce moyen de déplacement au nom des bienfaits écologiques pour l'humanité c'est comme contester le droit du prolétariat à revendiquer des augmentations de salaire, sans préjuger du but final de la confrontation des classes. Mister Macron fait des comparaisons à la mord moi le nœud sur les années 30, or d'une part il se conduit comme un dictateur de ces années mais de l'autre il fait tout le contraire de ce qui a fait le succès des démagogues fascistes (bourgeois) : la production de faux besoins du capitalisme.

Démerdez-vous donc messieurs les macronistes avec la colère « populiste » ! En réalité majoritairement prolétarienne pour l'instant !


NOTES PRISES SUR L'ACTU : (cf. extrait de l'article de Libé qui montre le revirement des milieux bobos ):


sur Twitter



(…) L'accusation, volontairement négative, vient du gouvernement pour décrédibiliser la mobilisation prévue le 17 novembre contre la hausse de la taxation sur le diesel. Si elle ne sort pas de nulle part, elle est tout à fait erronée.-libé). Frank Buhler est devenu (malgré lui) l’un des porte-parole de la mobilisation des «gilets jaunes» et certains de ses fans Facebook s’énervent contre «le gouvernement» qui, «par stratégie», réduit la chose à un élan lancé par l’extrême droite. On pointe par exemple cette phrase de la ministre du Travail Muriel Pénicaud, lundi matin, sur Public Sénat : «Les syndicats n’y seront pas. Ils ont très bien compris que c’était en train d’être récupéré par des mouvements extrêmes.»(...) (…) «Comme la petite allumette qui a allumé l’incendie.» «Ça a été moi, mais ça aurait pu être n’importe qui. Parce que les Français en ont marre ! C’est un mouvement populaire, parce que la situation devient dramatique, notamment dans les campagnes.»
Frank Buhler n’a pas tort : avant sa vidéo, il y a eu l’appel d’Eric Drouet, largement partagé (200 000 personnes «intéressées») et copié partout, la vidéo «coup de gueule» d’une Bretonne, Jacline Mouraud (6 millions de vues, 260 000 partages), une pétition lancée début octobre par une certaine Priscillia Ludosky «pour la baisse des prix du carburant à la pompe», a obtenu plus de 800 000 signatures, une vidéo appelant les automobilistes à arborer leur gilet fluo de la sécurité routière a fait 4 millions de vues, des dizaines d’autres pages ont été créées dans leur coin, sans qu’aucunes de ces initiatives n’aient de liens entre elles… Difficile donc d’accuser la fachosphère.
La présidente du Rassemblement national, qui a déambulé aujourd’hui dans les allées du salon du Made in France, à Paris, sera la veille de la manifestation à Sofia, en Bulgarie – hasard du calendrier, des milliers de personnes y ont manifesté ce week-end contre… le prix du carburant –, où elle doit rencontrer des alliés national-populistes en vue des européennes, et ses soutien

L’occasion est trop belle pour la formation mariniste, qui se veut l’avocate de la «France des oubliés», pour parler à cet électorat plus enclin à voter pour elle que les commerces et les services s’éloignent et qu’il se sent étranglé par l’Etat. «Il s’agit d’une question de déclassement territorial, de mobilité, de liberté et de pouvoir d’achat, tout ce qu’on défend», résume un proche de Le Pen.
Interrogée par LCI, la co-organisatrice des "Gilets Jaunes" a estimé qu’Edouard Philippe n’a pas tenu compte de "l'ampleur du mouvement" qui va au-delà de  la hausse sur les carburants.

"On veut passer à l'écologie, très bien, mais la hausse du gasoil n'est pas une solution en soi" a ainsi estimé Laetitia Dewalle. Et de proposer une "taxation sur les armes à feu" pour subvenir au budget nécessaire à la transition écologique.

Laetitia Dewalle a également estimé que le Premier ministre n’a pas donné de "réponses concrètes".  "Ce sont mettre des rustines sur quelques petits problèmes, mais là le pneu est complètement crevé." L’organisatrice du mouvement des "Gilets Jaunes" a conclu en assurant que "non la journée du 17 ne sera pas annulée".
Priscilla machin qui a lancé la pétition la plus signée perd son temps à en rajouter avec de gentilles propositions pour la transition écologique à une mafia gouvernementale impavide. C'est inutile. On ne peut pas discuter pour l'instant avec ces gens-là.



NOTES

1Idéologies et pratiques managériales: du taylorisme à la précarisation subjective des salariés : http://www.scielo.br/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0102-69922013000300004
2C'est qui est assez osé de la part de ces apparatchiks gouvernementaux qui collaborent si étroitement auprès du gouvernement bourgeois, en permamence, et avec de substantiels émargements (cf . Le « scandale FO ») et qui manifestent si souvent derrière les pires revendications chauvines ou corporatives.
3Avec cet ajout pertinent : « des fachos il y en a partout et cela ne doit pas empêcher de manifester ».
4http://www.scielo.br/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0102-69922013000300004
5La fin du fordisme se produit au début des années 1970 et se traduit par l'inverse de ce qu'il avait évité, un chômage de masse croissant et qui débouche sur la crise prévue par Bordiga vers 1975. La fameuse mondialisation débute alors sous forme de « fordisme flexible » dont nous subissons si durement les avatars désormais mais qui signifient plus encore déclin du capitalisme et absence de solution dans ce sytème, même par une nouvelle guerre mondiale qui, avec le nucléaire, serait la... pollution suprême et définitive. Macron n'est que le dernier à tenter de se ficher de la classe ouvrière avec cette certitude «étendue » à toute l’économie, la hausse des salaires génère de l’inflation et ne permet plus de fidéliser les ouvriers, donc faut cogner et cogner. Le Fordisme a fêté ses 100 ans le 7 octobre 2013. Le macronisme est un anarchronisme de courte durée.

6Le centre politique parisien et gauchiste déconnecté des réalités et sûr de pouvoir continument humilier toute lutte de classe n'a rien vu venir. Pourtant les conditions étaient réunies : en supprimant brutalement le droit de circuler aux vieilles guimbardes des pauvres on les exclut de toute vie à peu près normale : comment aller accoucher à cent kilomètres, poster un colis pour un retraité, se rendre au travail en transport collectif, quand de plus en plus de services publics locaux disparaissent. Même pour le logement, les élites se fichent de l'état d'insalubrité et de dangerosité de l'habitat de centre ville comme à Marseille...
7Ce n'est pas lui mais un autre allemand qui déclare à son époque : « l’automobile a à ce point révolutionné le mode de vie américain qu’il est à peine croyable qu’on puisse vivre sans voiture. Il est difficile de se souvenir comment on faisait avant que M. Ford vienne prêcher son nouvel évangile ».
8http://www.scielo.br/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0102-69922013000300004
9Ibid.
10On peut cependant dire que Hitler exauce les envies populaires de voiture individuelle puisque les véhicules militaires, comme les Jeeps américaines, auront besoin de nombreux conducteurs qui seront donc heureux d'acquérir une voiture personnelle après la guerre, ou même en ressentiront un besoin impérieux de... conduire.
11Je ne développe pas ici sur les bonnes relations entre Ford et Hitler, les références sont largement répandues sur le web autant que les fake news destinées à minorer la fraternité du boss américain et du sanglant dictateur. J'ajoute seulement ceci : Alors que Ford clame publiquement qu’il n’aime pas les gouvernements militaristes, il tire profit de la Seconde Guerre mondiale, en alimentant l’industrie de guerre des deux camps : il produit d'un côté, via ses filiales allemandes, des véhicules pour la Wehrmacht, mais aussi de l'autre des véhicules pour l’armée américaine. Il participe à l’effort de guerre allemand comme le faisait Opel, filiale de General Motors. Des succursales de Ford implantées en Allemagne demandent réparation pour les bombardements subis. Un million de dollars est par exemple réclamé aux Américains pour les dégâts provoqués dans l’usine de Cologne. Ford demande aussi des réparations au gouvernement français. 38 millions de francs sont versés après le bombardement de son usine de Poissy.
12Une leçon pour ce pauvre Macron impulsif : la 2CV est destinée aux métiers qui nécessitent des déplacements fréquents. Un dossier justifiant l'usage du véhicule doit être introduit ! Macron ne veut plus "d'évasion" pour les prolétaires mais emprisonner fiscalement, taxer, taxer, taxer toujours plus! Grand bien lui fasse. C'est un cadeau qu'il fait à la révolution.

lundi 12 novembre 2018

100 ème fois qu'ils célèbrent la « paix honteuse »1



« Le monde capitaliste va chercher à se préserver des changements révolutionnaires par une variété de moyens, et en particulier par l’impérialisme, «le dernier refuge du capitalisme».
Karl Kautsky (1895)

«C’est le plus beau cadeau que le tsar pouvait faire à la révolution !»
Lénine en 1914

« Cette absurdité insensée, ce cauchemar infernal et sanglant ne cesseront que lorsque les ouvriers d’Allemagne et de France, d’Angleterre et de Russie se réveilleront enfin de leur ivresse et se tendront une main fraternelle, lorsqu’ils couvriront le chœur bestial des fauteurs de guerre impérialistes et le hurlement rauque des hyènes capitalistes par l’ancien et puissant cri de guerre du Travail : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!”
Rosa Luxemburg (brochure de Junius 1915)


Toutes les horreurs du second carnage mondial étaient déjà contenues dans le premier, c'est pourquoi toutes les commémorations bourgeoises « pour un monde de paix » et « plus jamais comme avant », tombent à l'eau. Les gaz (l'ypérite) a estropié, mutilé déjà et étouffé jusqu'à ce que mort s'ensuive des milliers de combattants et des deux camps bien avant que le gazage soit réservé aux juifs prisonniers, aux tziganes et aux homosexuels à peine vingt ans plus tard. La « purification ethnique » a frappé déjà un million et demi d'arméniens. Il faut lire ou relire l'excellent ouvrage de Pierre Miquel2 pour mieux abhorrer le niveau de criminalité « technique » et industrielle atteint désormais par les guerres capitalistes :
« La guerre de positions ou de tranchées avait rendu possible et nécessaire un autre crime, plus grave que tous les autres réunis, puisque l'ennemi ne pouvait être vaincu par l'art de la guerre, celle-ci changeait d'objet. Elle n'avait plus pour objectif d'obtenir la victoire, l'agenouillement, la capitulation de l'ennemi, mais sa destruction, son élimination physique : la guerre « d'usure » devait tuer pour tuer, avec le plus d'efficacité possible. La science et la technique devaient livrer des armes nouvelles, si terrifiantes qu'elles aboutiraient inévitablement à la fin des combats. On ne résiste pas, de fait, à la mort chimique.
L'emploi par les allemands des gaz asphyxiants, au printemps de 1915, fut l'acte le plus spectaculaire de la guerre terroriste. L'idée de gazer comme des renards ou des rats les hommes dans leur tranchées étaient fascinante : les vainqueurs dotés de masques n'auraient plus qu'à avancer en terrain conquis, l'arme à la bretelle » (p.327).

La polémique de bazar journalistique autour de la commémoration du « bon » Pétain en dépit de l'ultérieur « fâcheux » Pétain, oublie une chose : en 14-18 comme en 1940, Pétain est resté le même, au niveau des mêmes fonctions:assassin galonné. La réputation qu'on entretint à son propos dans l'entre-deux guerres effaçait déjà qu'il était pleinement membre de cette camarilla de maréchaux et généralissimes qui expédiaient par paquet et sans vergogne les pauvres soldats et officiers de base rétifs à se soumettre à ce « suicide obligatoire pour la patrie »... et l'enrichissement des généraux. On passait encore sous silence le fabuleux enrichissement des généraux soudards qui avaient fait mitrailler les foules ouvrières en 1848 et en 1871 ; les grands tueurs galonnés de 14-18 se sont aussi particulièrement enrichis, récompensés royalement comme meilleurs chiens de garde de la bourgeoisie3. La réputation de Pétain comme bienfaiteur de la troupe vers la fin du conflit en 1918 était évidemment surfaite. Pétain avait été nommé en catastrophe pour remplacer le grand criminel Nivelle qui continuait à envoyer par milliers les hommes à la mort ; face aux 40.000 mutins4 Pétain est nommé pour venir calmer les troupes en ralentissant les combats forcément meurtriers, en améliorant l'approvisionnement et en « leur donnant de la gnole », comme le répètera son élève De Gaulle un certain jour de mai 68. Pétain, comme les autres assassins galonnés continuera à expédier au peloton d'exécution les réfractaires et insubordonnés.

Comme me le faisait remarquer avec discernement une amie, la polémique miteuse sur le bon et le mauvais Pétain n'avait-elle pas pour objet de noyer l'essentiel : « comment peuvent-ils se permettre de célébrer ces grands criminels de guerre que furent ces divers maréchaux sans soulever l'indignation des petits enfants des millions de massacrés ? ». Oui on peut le dire comme ça. Mais le plus drôle est que la célébration des galonnés gluants de sang dans la cour des Invalides est passée à l'as. On n'en entendit plus parler avec l'opportune foire aux assassins d'aujourd'hui en grande tenue avec mesdames sous l'Arc de triomphe (napoléonien et macronien) : les Trump, Poutine, Erdogan, Netanyhaou et leurs homologues vendeurs d'armes Macron, Merkel, sans la brave Thérésa May,
le wagon...plombé par les faux amis
boudant cette cérémonie d'alliés et complices pour fêter en Albion brexitée le massacre de masse britannique, quand les dizaines de milliers de ses ancêtres compatriotes (tous nommés sergents post mortem) résident dans les cimetières d'Etaples.

Adonc au nom d'une Europe indemne, avec un saut fabuleux par-dessus la reprise de la boucherie en 39-45... le sieur Macron pavoisa à l'arc de triomphe...chauvin :

« Souvenons-nous : ne retranchons rien de ce qu’il y avait de pureté, d’idéal, de principes supérieurs dans le patriotisme de nos aînés. Cette vision de la France comme Nation généreuse, de la France comme projet, de la France porteuse de valeurs universelles, a été dans ces heures sombres exactement le contraire de l’égoïsme d’un peuple qui ne regarde que ses intérêts. Car le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme : le nationalisme en est la trahison. En disant « nos intérêts d’abord et qu’importent les autres ! », on gomme ce qu’une Nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre, ce qui la porte à être grande, ce qui est le plus important : ses valeurs morales ».
Ouais souvenons-nous, mais autrement. L'accroche du discours niveau seconde des collèges est à la mode multiculturaliste et antiraciste, cette dépossession de l'internationalisme marxiste, qui sied si bien à l'encravaté de l'Elysée. Comprenez : la patriotisme n'est pas un nationalisme mais une défense de la bourgeoisie nationale quelle que soit votre couleur de peau, votre identité récente ou pas encore acquise...
Et de citer le grand patron des généraux assassins, qui défnit lui sans fard que le patriotisme est bien un nationalisme... France uber Alles ! Comme quoi on a bien affaire à une variété de chauvinisme macronien qui sent le rance nationalisme à vocation « européenne ».
« Souvenons-nous, nous autres Français, de ce que Clemenceau a proclamé le jour de la victoire, il y a cent ans jour pour jour, du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, avant qu’en un chœur sans pareil n’éclate la Marseillaise : combattante du droit, combattante de la Liberté, la France serait toujours et à jamais le soldat de l’idéal ».
Alors que l'élève de seconde d'un collège d'Amiens nous avait averti des mêmes dangers hitlériens qui nous guetteraient désormais comme à l'orée des années 1930, il ne craint pas de fabuler sur le repaire de brigands de la SDN aussitôt inventée (avec le miracle de Fatima) pour faire pièce au terrible Ocobre rouge ; c'était que du bonheur dès 1918, surtout à la mémoire des « morts pour la patrie » (pas nationaliste du tout mais en tout cas européenne comme le voulait le nazisme) :
« Dès 1918, nos prédécesseurs ont tenté de bâtir la paix, ils ont imaginé les premières coopérations internationales, ils ont démantelé les empires, reconnu nombre de Nations et redessiné les frontières ; ils ont même rêvé alors d’une Europe politique. Ici, aujourd’hui, peuples du monde entier, sur cette dalle sacrée, sépulture de notre Soldat Inconnu, ce « Poilu » anonyme symbole de tous ceux qui meurent pour la patrie, voyez tant de vos dirigeants rassemblés ! »
La phrase qui suit est typique du mépris consternant et de la bêtise de nos énarchiens :
« Chacun d’eux ( hi ! tous ces petits dictateurs assis aux côtés des grands criminels impérialistes?)mène à sa suite sa longue cohorte des combattants et des martyrs issus de son peuple. Chacun d’eux est le visage de cette espérance pour laquelle toute une jeunesse accepta de mourir, celle d’un monde enfin rendu à la paix, d’un monde où l’amitié entre les peuples l’emporte sur les passions guerrières, d’un monde où la parole des hommes doit parler plus fort que le fracas des armes.. »
Oui oui on mate leur tronche sinistre sous les parapluies. On nous avait annoncé la venue inopinée
LE SEXE emmerde la commémoration impérialiste
d'au moins 500 blak bloks, on avait arrêté quatre nigauds qui auraient fait savoir à l'univers leur projet de buter Macron avec un couteau de cuisine en céramique (non repérable par les drônes). On eût seulement trois magnifiques femen avec peint sur la poitrine des slogans que nous sommes des millions à partager. Elles seront condamnées même pas pour offense à l'armée et à ses généraux voyeurs mais pour « exhibition sexuelle ». Bah ! Alors l'exhibition sexuelle emmerde la guerre et l'armée, OK.
Reprenons le fil tortueux de l'improvisateur de l'Elysée. Il est pour l'union libre lui, pas sexuelle, mais européenne, « une union librement consentie ». Et il a cru bon de pomper les plus nunuches déclamations des pacifistes bêlants des années 1920 à 1930 :
« C’est cette certitude que le pire n’est jamais sûr tant qu’existent des hommes et de femmes de bonne volonté. Soyons sans relâche, sans honte, sans crainte ces femmes et ces hommes de bonne volonté ! Je le sais, les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. Des idéologies nouvelles manipulent des religions, prônent un obscurantisme contagieux. L’Histoire menace parfois de reprendre son cours tragique et de compromettre notre héritage de paix, que nous croyions avoir définitivement scellé du sang de nos ancêtres ».
Nos ancêtres doivent en tout cas se retourner dans leur charnier ! Il se prit enfin pour le Jupiter de cette assemblée de vendeurs d'armes et de tortionnaires des peuples avec une phrase creuse niveau rédac de sixième qui promet de raser gratis sauf les orthodoxes islamistes dans « le meilleur des mondes possibles » (on frissonne, on pense à Huxley et à Orwell) :
« Nous tous ici, dirigeants politiques, nous devons, en ce 11 novembre 2018, réaffirmer devant nos peuples notre véritable, notre immense responsabilité, celle de transmettre à nos enfants le monde dont les générations d’avant ont rêvé. Additionnons nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs ! Ensemble, nous pouvons conjurer ces menaces que sont le spectre du réchauffement climatique, la pauvreté, la faim, la maladie, les inégalités, l’ignorance. Nous avons engagé ce combat et nous pouvons le gagner : poursuivons-le, car la victoire est possible ! »
Le Forum de Paris sur la Paix, dont la première édition devait se tenir du 11 au 13 novembre 2018 à la Grande halle de La Villette, entendait réunir tous les acteurs de la gouvernance mondiale pour redonner corps au multilatéralisme, au multiculturalisme et au foutage de gueule, mais n'intéressa pas grand monde vu que ce mauvais coucheur de Trump a refusé de s'y rendre après avoir enfumé avec son gros tank M. et Mme Macron sur le perron du château de la République.
Le monde rose bonbon du chauvin pacifiste Macron ets encore dans l'enfer5.

UNE CHRONOLOGIE INSTRUCTIVE

Nous ne faisons pas le poids ici sous les tonnes de bobardements historiques déversés par les médias. Je conseillerai au néophyte de se mettre dans la peau d'un poilu et simplement de réfléchir à ce qu'il aurait pu déduire d'être les pieds dans la boue dans la terreur des tranchées et sous le terrorisme des officiers, après il comprendra mieux l'histoire que tous les beaux discours des ignorants ou menteurs comme Macron. Une petite chronologie simple va nous aider à comprendre ce qui était en jeu. Ce qui était en jeu ce n'était pas l'intérêt national de tel ou tel peuple, en tout cas pas l'élément prioritaire, mais l'éclatement de la rivalité entre grands impérialisme pour le partage du monde. On sait qu'il a fallu du temps pour conditionner les populations à ce qui allait devenir, sans que ce soit ainsi conçu, une véritable guerre « mondiale ». Et convaincre surtout la classe déterminante au niveau de la production industrielle, la classe ouvrière, les masses paysannes ayant été depuis longtemps reconnue comme facilement mobilisables du fait de la misère régnante dans les zones agraires. L'attentat de Sarjevo ne sert que de prétexte à ce qui devait de toute façon éclater, mais dans chaque pays développé on voit qu'il y a un événement précis qui frappe ou démoralise et permet l'entrée en guerre quelques jours à peine après.

- Le 28 JUIN 1914, ATTENTAT DE SARAJEVO : le militarisme allemand craint d'être pris en tenaille par la France et la Russie. La bourgeoisie allemande avec ses hobereaux prussiens n'a l'espoir du salut que dans une attaque immédiate de la France qui mettrait celle-ci hors de combat avant que la Russie ait eu le temps de mobiliser ses troupes innombrables. Comme dans un duel entre cow-boys, la victoire, croit-on, appartient au premier qui dégaine. Sous la pression de ses généraux, qui craignent eux aussi d'être pris de court, le tsar mobilise dès le 29 juillet.

  • le 31 juillet 1914 Jean Jaurès, chantre socialiste de la paix, est assassiné (on est libre de penser que ce crime a été ordonnancé par le militarisme français, pourtant décrédibilisé par l'Affaire Freyfus, mais en général tous les historiens sembment covaincus qu'il s'agit de l'acte d'un blak blok de l'époque. Jaurès n'était pas plus un foudre de guerre qu'un foudre de révolution mais son assassinat désoriente et démoralise indubitablement une classe ouvrière mal armée politiquement et oublieuse de la Commune de Paris.
  • Le 1er août 1914 : la mobilisation est décérétée en France (pas la guerre).
  • Le 3 août c'est l'Allemagne qui déclare la guerre à la France.
  • En octobre révolution en Russie
  • Le 7 novembre, bien que signé par le comité central du parti bolchevique, le premier appel à un armistice a été rédigé par Lénine ; il avait adressé aux puissances engagées dans le conflit le radiogramme « appel à tous », proposant une paix blanche, garantissant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes6.
  • Le 15 novembre 1917, l'Etat « prolétarien » russe publie son décret pour la paix.
  • Le 17 décembre 1917 est signé un armistice à Brest-Litovsk concernant la guerre capitaliste menée contre le bastion bolchevique. Ce traité a été considéré longtemps comme félon par les gauchistes de Lénine, nos bobos ultra-gauches et les variétés d'anarchistes qui se prennent pour des généraux aguerris. En réalité les bolcheviques n'eurent pas le choix, ils étaient kaput militairement. Mais on sait moins que cette reculade servait au militarisme allemand pour résorienter son effort de guerre, en basculant 40 divisions allemandes mobilisées à l'est de l'Europe vers l'ouest face aux troupes alliées. L'état-major allemand croyait profiter de cette soudaine et inespérée supériorité numérique pour lancer de grandes offensives qui pousseraient les forces de l'Entente à négocier une paix favorable. D'autant que l'entrée des Américains dans le conflit en avril 1917 et le développement quantitatif et qualitatif de l'arsenal technique des armées françaises et britanniques (chars, avions, camions de transport favorisant la mobilité des troupes) rendaient l'horizon du Kaiser Guillaume II et du chef des armées Erich Ludendorff de plus en plus incertain.
UNE ANNEE VA S'ECOULER ENCORE...
  • Le 9 novembre 1918 Malheureusement pour le nationalisme allemand ce n'est plus sur le terrain de la guerre impérialiste que la suite va se dérouler mais sur le front intérieur. Comme en Russie où le retournement des masses contre la guerre de l'aristocratie capitaliste avait obligé à faire cesser les hostilités, l'insubordination des marins en province à Kiel vient anéantir les projets de victoire militaire ; l'Etat allemand est ébranlé de l'intérieur. Le 9 novembre au matin, le prince Max de Bade téléphone à l'empereur, à Spa. « Votre abdication est devenue nécessaire pour sauver l'Allemagne de la guerre civile ». Guillaume II s'y résout et part en exil.
  • l1 novembre 1918, de manière précipitée (mais les historiens officiels le nient) est signée cette paix honteuse nommée armistice. Ce n'est pas de l'échec de leur contre-offensive de juillet 1918, que le militarisme allemand a compris qu'il n'avait plus aucun espoir d'arracher la victoire, mais parce qu'il ne veut pas que la bourgeoisie subisse le même sort qu'en Russie ; les foyers révolutionnaires s'étendant à toute l'Allemagne7. Ce n'est pas non plus le renfort massif des troupes américaines qui fait plier l'Etat allemand, celles-ci servent plutôt à réfréner les désidératas de pillage de la bourgeoisie française et ont désormais pour souci d'épauler la bourgeoisie allemande dans la guerre civile interne qui se développe.
  • En France, la demande d'armistice faisait débat. Le président de la République Raymond Poincaré et le général Philippe Pétain voulaient profiter de l'avantage militaire pour chasser les Allemands de Belgique, envahir l'Allemagne elle-même et amplifier les clauses de pillage. Mais on fait croire que le maréchalissime des troupes alliées Foch, et le chef du gouvernement Clemenceau, ne pensent pas l'armée française capable de se battre encore longtemps ; en vérité ils souhaitent en finir au plus vite pour à peu près les mêmes raisons que leurs collègues allemands : la peur du danger intérieur : les mutineries ont concerné des dizaines de milliers de soldats, contrairement à la censure sur le sujet, mais ne semblent pas pouvoir trouver encore un écho social.

VINGT ANS APRES…

Il a fallu vingt années aux différentes bourgeoisies, au milieu des préparatifs divers des principaux impérialismes, pour entraîner à nouveau dans la guerre mondiale les populations civiles et surtout cette partie des peuples, le prolétariat, qui seul peut troubler voire faire cesser les guerres comme nous l'a si bien montré le traité provisoire (et faux car les puissances militaires ont continué d'assiéger la Russie) du 11 novembre. Le résumé fourni par wikipédia me plaît bien et détruit le discours lénifiant de souvenance foireuse du ti jeune Macron
DEUXIEME GUERRE MONDIALE : du 1er septembre 1939 au 2 septembre 1945. Ce conflit opposa schématiquement deux camps : les Alliés et l’Axe. Provoquée par le règlement insatisfaisant de la Première Guerre mondiale et par les ambitions expansionnistes et hégémoniques des trois principales nations de l’Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste et Empire du Japon) ; elle fut favorisée par la convergence d’un ensemble de tensions et conflits régionaux, notamment : en Afrique (Seconde guerre italo-éthiopienne dès 1935), en Espagne avec la guerre d'Espagne débutant le 18 juillet 1936 , en Chine avec... ».
On se rappelle du discours de Macron sur « les belles coopérations internationales » au lendemain du premier grand holocauste mondiale, or les brigands tissent des alliances un jour qu'ils défont le lendemain, selon leur capacité respective à soumettre leurs populations et surtout leurs prolétariats, mais les descriptions linéaires qui suivent ne rendent pas compte du conflit des classes qui restent sous-jacents au bon déroulement d'une guerre généralisée :
« Tout d'abord associée à l'Allemagne dans le partage de l'Europe, l'URSS rejoint le camp allié à la suite de l'invasion allemande le 22 juin 1941. Quant aux États-Unis, ils abandonnent leur neutralité après l'attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941. Dès lors, le conflit devient vraiment mondial, impliquant toutes les grandes puissances, et la majorité des nations du monde sur la quasi-totalité des continents. La Seconde Guerre mondiale prend fin sur le théâtre d'opérations européen le 8 mai 1945 par la capitulation sans condition du Troisième Reich, puis s’achève définitivement sur le théâtre d'opérations Asie-Pacifique le 2 septembre 1945 par la capitulation également sans condition de l'empire du Japon, dernière nation de l’Axe à connaître une défaite totale ».
Les brigands impérialistes stalinien et nazi – qui ont complètement écrasé non la démocratie mais leurs prolétariats - associés pour « se partager l'Europe », puis, entourloupé, l'Etat stalinien se tourne vers l'Ouest où on l'accueille à bras ouverts. On n'explique pas pourquoi l'Etat américain ne peut pas entrer en guerre avant le début décembre 1941 ni que le facteur déclenchant – l'attaque de Pearl Harbor – ait été aussi bien mis en scène avec son lot de cadavres pour convaincre la classe ouvrière américaine que ses enfants étaient bien morts pour défendre « la patrie ».
Comme pour les années 1914-1917-1918, la série 1929-1933-1936-1939-1943 permet de réfléchir à la marche à la guerre avec à chaque fois la nécessité d'enrégimenter le prolétariat, mais où celui-ci presque sur la voie d'une victoire mondiale en 1918 semble disparaître au cours de la « reprise » de la guerre mondiale. Une opinion commune chez les gauchistes comme dans le milieu révolutionnaire maximaliste persiste à considérer que la guerre favorise la révolution ou qu'il faut vraiment une bonne guerre pour réveiller les masses et leur montrer que la capitalisme est nuisible et terriblement létal pour l'humanité. Et par extension nombreux se sont imaginés qu'il aurait fallu, par exemple que les belligérants poursuivent la guerre en 1918 pour que cela favorise la généralisation au monde entier de la révolution prolétarienne. Et donc que Lénine avait tort d'avoir signé un armistice à Brest-Litovsk, et qu'à chaque fois que le prolétariat s'était relevé ou montré menaçant la bourgeoisie avait été obligée d'arrêter ses guerres. Et bla-bla et bla-bla.
PEU DE PRISES DE POSITION SUR LES COMMEMORATIONS NATIONALISTES PAR LE MILIEU MAXIMALISTE (la nuit de la contre révolution est sous sommifère?)
Pour trouver des réactions sévères il faut hélas aller du côté de petites sectes de libres penseurs :
« Le bilan de la Grande Guerre fut effroyable : 75 millions d’hommes mobilisés à travers le monde, près de 10 millions de soldats et 9 millions de civils tués, soit une moyenne de 10 400 tués par jour, 21 millions de soldats blessés, 300 000 gueules cassées, des millions de veuves et d’orphelins, des villes rasées… Et pourquoi ? Pour pouvoir recommencer quelques 20 ans plus tard. Le meurtre de masse n’a jamais réglé les problèmes que se posent les peuples et les Nations »8.
Ou encore leur indignation face au chauvin Macron :
«"Il est légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l'armée à la victoire, comme chaque année. Mon chef d'état-major sera présent à cette cérémonie", a-t-il précisé, interrogé par des journalistes en arrivant à la Préfecture des Ardennes pour un Conseil des ministres délocalisé."Je me suis toujours opposé au défaitisme français ou à la complaisance envers toute idéologie. Mais je reconnais la part que nos maréchaux et notre armée ont joué. Nous lui devons la victoire", "la victoire d'une nation combattante", a-t-il conclu, au quatrième jour de son périple de commémoration du centenaire de l'Armistice de 14-18.
Dès lors, comment ne pas rappeler ce que proclamait en 1915 le Manifeste de Zimmerwald « Les institutions du régime capitaliste qui disposent du sort des peuples, les gouvernements (monarchiques ou républicains) la diplomatie secrète, les puissantes organisations patronales, les partis bourgeois, la presse capitaliste, l’Église – sur elles repose toute la responsabilité de cette guerre, surgit d’un ordre qui les nourrit. » (1) ou le Manifeste de Kienthal de 1916 « Ni vainqueurs ni vaincus, ou plutôt tous vaincus, c’est-à-dire tous saignés, tous épuisés : tel sera le bilan de cette folie guerrière. Les classes dirigeantes peuvent ainsi constater la vanité de leurs rêves de domination impérialiste. […] Vos gouvernements vous disent qu’il faut continuer la guerre pour tuer le militarisme. Ils vous trompent. Le militarisme d’un peuple ne peut être ruiné que par ce peuple lui-même. Et le militarisme devra être ruiné dans tous les pays. Vos gouvernements et vos journaux vous disent encore qu’il faut prolonger la guerre pour qu’elle soit la «dernière guerre». Ils vous trompent toujours. Jamais la guerre n’a tué la guerre. […]
Et ils en profitent pour continuer et même accentuer contre vous leur lutte de classe, tandis qu’à vous ils prêchent « l’union sacrée ». Ils descendent même jusqu’à exploiter vos misères et vos souffrances pour essayer de vous faire trahir vos devoirs de classe et de tuer en vous l’espérance socialiste. L’injustice sociale et le système des classes sont encore plus visibles dans la guerre que dans la paix. Dans la paix, le régime capitaliste ne dérobe au travailleur que son bien-être ; dans la guerre, il lui prend tout, puisqu’il lui prend la vie. […] »9.
Passons rapidement sur le milieu gauchiste. Le NPA ne sert plus que de porte-voix aux fables du macronisme (antiracisme, écologie bobo, syndicats honnêtes... comme FO) et par conséquent ne fait
le soutien politique du NPA à Macron
plus de politique ; ce résidu parisianniste de la maigriche 4e internationale fictive ne fait plus que de la psychologie et pédagogie pour lycéens incultes. Après avoir soutenu un camp dans toutes les dites libérations nationales, ils soutiennent le camp présidentiel dans la lutte frontale et antifa contre Heil Le Pen, et le rappel des moments historiques ils s'en fichent ici et maintenant avec leurs vélos électriques et leurs bars branchés.
Une mention positive à l'humour Lutte Ouvrière, secte ouvriériste, qui flirte pourtant avec les bobos irresponsables du NPA :
« Outre son objectif évident de faire mousser la personne de Macron, ce Forum sur la paix pourrait se comparer à un colloque sur le véganisme organisé par une confrérie de bouchers. Des dizaines de dirigeants politiques pourront y faire étalage de leur prétendu amour de la paix, alors qu’ils sont les dirigeants d’un système qui ne cesse d’engendrer les conflits dans le monde. Que ce soit la France et ses interventions en Afrique, les Émirats arabes unis impliqués au côté de l’Arabie saoudite dans la guerre qui ravage le Yémen, ou la Russie, la Grande-Bretagne et les États-Unis, aucun de ces régimes n’hésite à faire couler le sang et tous concourent à la croissance du militarisme »10.
La Tendance Communiste Internationaliste (ex Battaglia comunista + CWO)11 avait produit un bon communique en mai « Contre la guerre et le nationalisme », depuis plus rien. Le blog « Révolution ou guerre » dont le titre et le contenu répète que la guerre est sur notre seuil ne dit mot sur les hypocrites commémorations. A l'autre bout du maximalisme « spontanéiste » et intello, Bourrinet tombe dans un sensationnalisme ridicule sur facebook : « Mme Merkel commémore la Nuit de Cristal du 9 novembre 1938. Un autre anniversaire à rappeler : celui du 9 novembre 1918 à Berlin ! ».
L'analyse la plus sidérante est fournie par ce qu'il reste du CCI.


LE REVISIONNISME DU CCI SUR LA QUESTION DE LA GUERRE ET DU PROLETARIAT

Plutôt bienveillant je m'attendais à lire une analyse plutôt classique dénonçant les impérialismes et les nationalismes comme il est de coutume depuis au moins 50 années dans le milieu maximaliste, avec cet article : 11 novembre 1918: "Jamais plus de guerre"? - Un armistice pour sauver le capitalisme et préparer de nouvelles guerre12s .
Je découvris autre chose, une élucubration tarabiscotée plutôt proche du révisionisme d'un Vercesi. Je rappelle pour le quidam non connaisseur de l'histoire de la mal nommée « gauche communiste » (communiste tout court en vérité) que Vercesi – Ottorino Perrone - ce grand lutteur qui anima la revue Bilan à la veille de la Seconde Guerre mondiale se mit à théoriser, celle-ci advenue, une disparition du prolétariat. Je laisse le résumé à celui qui combattit cette théorie, notre regretté camarade et ami Marc Chirik, à partir d'une présentation ancienne d'un rédacteur de RI :

« Nous venons de souligner dans le chapitre précédent qu’à partir de 1937, la Gauche italienne connaît de graves difficultés politiques toutes liées à l’analyse politique de la guerre. A l’origine de ces difficultés, il y a le fait que la majorité du groupe, à la suite de l’organe central, a commencé à expliquer que les guerres, dans cette période, avaient pour principale raison d’être non plus les antagonismes inter-impérialistes mais le massacre des prolétaires.
Cette position s’appuie sur une analyse superficielle de la situation qui prévaut dans la seconde moitié des années 1930 : le redémarrage de l’économie sur la base de l’économie de guerre et la résorption du chômage. Ainsi, pour Vercesi, les contradictions du capitalisme international semblent s’atténuer. De ce fait, il pense que l’économie de guerre constitue la solution à la crise du capitalisme. Il théorise l’idée que le capitalisme pourrait s’éviter les guerres généralisées. La situation de “guerres localisées” qui prévaut à l’époque comme en Espagne, en Ethiopie, en Mandchourie, etc., a changé la fonction de la guerre impérialiste : celle-ci est devenue une guerre contre la classe ouvrière. Cette solution devait permettre à la bourgeoisie d’accomplir la tâche de résorption momentanée des contradictions impérialistes tout en se terminant par un massacre incroyable d’ouvriers. Pour O. Perrone, Munich est un véritable traité de Versailles. Munich signifie la fin de la guerre impérialiste.
Cependant, il existe une minorité dans la Fraction, notamment en Belgique autour de Mitchell et au sein du groupe de Marseille, avec Marc Chirik, qui s’oppose à cette vision.
La conception majoritaire aboutit, en septembre 1939, à ne rien comprendre au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et à théoriser “la disparition du prolétariat” durant toute la période de l’affrontement impérialiste. Citons la déclaration politique” de la Conférence de la Fraction italienne en 1944 : L’état actuel de l’organisation est la suite, la continuation d’une crise qui a surgi dans le sein de la Fraction avant la guerre, dès 1937. Elle est inaugurée par l’abandon des positions politiques contenues dans le rapport sur la situation internationale adopté au congrès de la Fraction en 1935 et par la révision fondamentale de l’analyse de l’époque historique qui s’est ouverte en 1914 dans la phase décadente du régime capitaliste.
A l’analyse marxiste de cette phase, fondement programmatique de la Troisième internationale et de la Fraction de gauche communiste italienne, on a substitué tout un corps théorique d’une nouvelle doctrine :
1° Négation de l’exacerbation des antagonismes inter-impérialistes, allant par moments jusqu’à la négation même de l’existence de ces antagonismes, aboutissant ainsi à la négation de l’inévitabilité de la guerre impérialiste et à l’exclusion de la guerre impérialiste généralisée dans la phase décadente du système capitaliste.
2° Substitution à la guerre impérialiste généralisée de la théorie des “guerres localisées”, à la notion impérialiste de la guerre la notion de “guerre civile de la bourgeoisie contre le prolétariat”

L’économie de guerre ne serait plus une manifestation de la crise permanente du régime, un moment des convulsions de l’agonie du capitalisme (R. Luxemburg) mais deviendra le “moment de la plus grande production de valeur” (Vercesi)

Contrairement à ce qu’affirme la tendance “révisionniste” de Vercesi, la classe et ses organisations existent à tout moment, même pendant une période contre-révolutionnaire. Les organisations révolutionnaires ont alors une autre fonction que lors des périodes révolutionnaires ou de montée de la lutte de classe, notamment celle de sauvegarder les acquis théoriques et politiques de la classe ouvrière et d’intervenir à contre-courant.
  1. Dans une telle période, il ne peut malheureusement pas y avoir de place pour des partis révolutionnaires exerçant un impact déterminant dans la classe et ses luttes »13.
En conclusion, et contre la théorie de Vercesi prêchant l’impossibilité de toute activité politique, “la tactique générale sera d’œuvrer pour la formation d’un embryon d’Internationale. (...) Idéologiquement cet embryon d’Internationale (sorte de nouveau Zimmerwald) présentera un programme net, intransigeant, exprimant la volonté du prolétariat mondial à s’organiser en vue de la lutte pour la révolution. Cette Internationale poussera à fond le développement ou l’éclosion des partis révolutionnaires dans les pays possédant ou ne possédant pas des noyaux révolutionnaires”. C’est ainsi qu’il est décidé que la Fraction italienne doit rentrer en Italie pour jouer son rôle révolutionnaire ; elle n’a plus aucune raison de demeurer en France, dans l’émigration »14.

La vision tarabiscotée qui nous est fournie aujourd'hui sur le site du CCI s'apparente au raisonnement de Vercesi, on va essayer de comprendre pourquoi et comment. Le titre d'abord est bizarre :

« L’armistice : une attaque contre la révolution prolétarienne en réaction à la guerre »

En quoi l'armistice, le fait de cesser les hostilités pour tout au moins un moment négocier ou limiter les dégâts serait-il « une attaque contre la révolution prolétarienne » (laquelle est supposée seulement « en réaction à la guerre ») ? On a vu que Lénine est le premier à avoir proposé un armistice, que cela lui a été reproché par nombre de révolutionnaires romantiques dont Rosa Luxemburg. Lénine était-il donc un traître inféodé au désir de la bourgeoisie de torpiller la vague révolutionnaire qui montait. Tout se déroulait-il seulement au niveau du binôme bourgeoisie/prolétariat ? Voyons l'argumentation :
« L’armistice a permis à la bourgeoisie de déclarer la guerre au prolétariat (a) en divisant les ouvriers entre ceux des pays “vainqueurs” et ceux des pays “vaincus” et (b) en retournant les armes contre la révolution. En Russie, la contre-révolution s’était développée avec force (cf. « La bourgeoisie mondiale contre la révolution d’Octobre » ; Revue Internationale n° 160). En Allemagne aussi, la bourgeoisie était prête à déclencher sa terreur contre-révolutionnaire. Nourrie d’une haine farouche contre la classe ouvrière, elle se préparait à écraser par la force et à exterminer les foyers de la révolution communiste ».
Franchement, sémantiquement, la bourgeoisie n'avait pas à déclarer la guerre au prolétariat puisqu'elle se donnait les moyens de le réprimer partout dans les tranchées comme dans les grèves en Allemagne ou partout ailleurs. La formule « diviser les ouvriers entre vainqueurs et vaincus » est une élucubration de plus qui ridiculise ce qu'en disait le CCI naguère avec une méthodologie plus marxiste et pas aussi ésotérique. On expliquait alors qu'en effet en prônant l'armistice les fractions les moins idiotes de la bourgeoisie jetaient de l'eau sur l'incendie révolutionnaire d'autant que les désertions massives se multipliaient un peu partout. Mais cela ne veut pas dire que si la guerre avait été continuée elle aurait abouti à une révolution intégrale et victorieuse. Pourquoi ? Il suffit de regarder la reprise de 39-45 où la guerre s'est encore plus généralisée et n'a aucunement favorisé une nouvelle révolution à la russe. On assiste donc en fait au retour de cette vieille lubie de générations de révolutionnaires : de la guerre sortira automatiquement la révolution et tant qu'à jouer avec le feu il faut miser même sur une guerre d'armées « prolétariennes » pour enfin écraser la bourgeoisie ; c'est un cauchemar pas une voie vers la lumière ! Contraire même au fond des analyses de Marx et de Rosa Luxemburg qui n'ont jamais dit que la révolution prolétarienne gagnerait par la seule violence, militaire ou verbale.
Il se dégage une vision simpliste d'un raisonnement aussi complotiste avec cette curieuse conception de « diviser la classe ouvrière » (objet d'une attaque pacifiste par l'armistice bourgeois!) :
a) Diviser la classe ouvrière. La bourgeoisie était consciente du danger : « toute l’Europe est pétrie de l’esprit de la révolution. Il n’y a pas seulement un sentiment profond de mécontentement, mais également de colère et de révolte parmi les travailleurs (…). L’ensemble de l’ordre existant, aussi bien dans ses aspects politiques, sociaux et économiques est remis en question par les masses populaires d’un bout de l’Europe à l’autre » (Lloyd George, premier ministre britannique dans un mémorandum secret adressé au premier ministre français Georges Clemenceau, mars 1919). De par la signature de l’armistice, la classe ouvrière en Europe était divisée en deux parties : d’un côté les ouvriers qui se trouvaient dans le camp des états-nations vaincus et de l’autre côté ceux qui vivaient dans les états capitalistes vainqueurs et qui étaient submergés par une vague de national-chauvinisme (surtout en France, en Grande-Bretagne, en Belgique et aux USA). De cette manière, la bourgeoisie réussit à limiter les mouvements révolutionnaires au premier groupe d’Etats (plus l’Italie) ».
Raisonnement absurde, naguère le CCI disait justement que la bourgeoisie avait tablé sur le fractionnement des situations entre pays mieux lotis et mal lotis avec le but d'empêcher l'extension de la révolution. La révolution ne concerne pas que le prolétariat, qui est lui-même au milieu d'autres couches. En Russie les masses paysannes et petites bourgeoises ont aussi roulé contre la guerre. Une population entière n'est pas composée que de prolétaires. Il y eût au début des Conseils d'avocats, d'architectes, etc. Lorsque la bourgeoisie met fin (provisoirement ) à la guerre mondiale ce n'est pas simplement pour « niquer » le prolétariat – car elle sait qu'il n'est pas seul, qu'il entraîne le reste de la population derrière lui lorsqu'il est en position de force – mais pour enfermer toute dynamique révolutionnaire dans des situations nationales particulières. Ensuite ce genre d'analyse biscornue, simpliste et plutôt immature, a tendance à décrire des Etats bourgeois deus ex machina qui n'auraient eu affaire qu'à la seule classe ouvrière, à oublier que les enjeux impérialistes sont toujours présents et enfin que la défaite de la révolution mondiale est aussi une conséquence des erreurs des politiques révolutionnaires (la répression de « l'Etat prolétarien » a certainement plus « divisé les ouvriers » que l'armistice) et des illusions des masses.
Les bourgeoisies les plus puissants avaient aussi d'autres raisons de mettre fin à la guerre, une fois les énormes profits et repartages engrangés, que de craindre leur remplacement par un prolétariat universel organisé en conseils ouvriers planétaires avec un parti mondialisé en route vers l'abolition des classes.
Ce genre d'analyse binaire est du genre de celle de Vercesi, en effet la notion de “guerre civile de la bourgeoisie contre le prolétariat” mène tout droit au révisionnisme sur la complexité de la marche à l'abîme du capitalisme et à un fort probable abandon de la notion de prolétariat révolutionnaire par des militants qui se laissent séduire par de telles élucubrations qui n'expliquent ni la complexité des entrées en guerre, ni la place réelle du prolétariat et ses relations avec les autres classes.

TRISTES COMMEMORATIONS DE PART ET D'AUTRE !







NOTES


1Généralement cette notion de paix honteuse est attribuée la paix (obligée) de Brest-Litovsk qui fût d'ailleurs plutôt aussi un armistice. Paix honteuse convient pourtant mieux à mon sens à l'armistice de 1918.
2La grande guerre,, Fayard 1983 et poche Marabout.
3Le grade de général s'oobtient en période de guerre dès qu'une armée perd au moins mille hommes au combat, c'est la récompense au colonel De Gaulle en 1940 lors du siège d'Abbeville face au général allemand Guderian, sauf que De Gaulle y survit et file en Angleterre avec ses nouveaux galons de « frâche date ».
4CF. L'Europe en enfer de Ian Karshaw, Seuil 2016, p.82. Pierre Miquel décrit mieux l'ampleur des mutineries en Europe : « On ne peut alors parler de mutineries, mais de désertions en masse. Elles s'étalent sur toute l'année 1917 au lieu d'être concentrées, comme en France, sur quelques semaines. Les seuls mutins en Allemagne sont les marins ». (p. 408 de La grande guerre). Les marins allemands, pour une courte période (la tentative de révolution est rapidement étouffée par la traîtrise de l'appareil du parti socialiste et des syndicats), remettaient en question la légitimité de la guerre « nationale » et surtout la hiérarchie sociale en jetant leurs officiers par-dessus bord. Dans le plus grand hôpital de campagne du nord de la France, à Etaples, des soldats écossais et canadiens s'insurgent. Ils auraient barré le fameux pont rose avec des mitrailleuses ; 45 sont exécutés. La répression était si cruelle depuis quatre années que les fraternisations sont légions, contrairement à ce qu'on enseigne à nos bambins, et confirment ainsi, parallèlement, que la révolution d'octobre est le suc de ce mouvement international. « L'exécution sans délai est la règle » (assassin Joffre, 11 octobre 1914). Lionel Richard a encore plus finement décrit les fraternisations à l'arrière et en particulier pendant la courte tentative révolutionnaire en Allemagne : « C'est quelques jours auparavant, après Kiel, Hambourg, Brême, Munich, Stuttgart, en retard donc sur la province, que l'effervesence a gagné les usines et les casernes de Berlin. De bouche à oreille, la rumeur d'un soulèvement tout proche pour mettre à bas l'Empire s'est d'abord propagée ». (p.32, « La vie quotidienne sous la République de Weimar » Hachette 1983).
5GUERRES ACTUELLES : Syrie (8 guerres dites civiles), Irak, Yemen, Sahel, Bassin du Tchad, Soudan du
sud, Afghanistan, Birmanie, Ukraine, Mexique (guerre des gangs qui fait plus de morts que la guerre en Syrie). Les civils sont les premières victimes des conflits armés dans le monde. Exécutions, torture, déplacements forcés, leur protection est mise à mal.
Selon Amnesty international : « Quelles que soient leur nature et leur intensité, les conflits armés entraînent partout des violences. De la République centrafricaine à la Syrie, du Yémen à l’Irak, en passant par Gaza, les civils sont les premières victimes des combats. Ils devraient pourtant en être protégés comme l’exige le droit international humanitaire. Lors des bombardements, les infrastructures civiles sont aussi touchées : les hôpitaux ou les bâtiments publics sont souvent ciblés et détruits plongeant durablement des populations entières dans le chaos.
Le contexte des conflits favorise également d’autres formes de violences : recours à la détention arbitraire ou aux disparitions forcées, généralisation de la torture. Les femmes sont victimes de viols ou d’autres formes de violences sexuelles et des enfants sont enrôlés de force dans les combats. Les conflits contraignent aussi les civils à fuir les violences pour chercher asile et protection, bien souvent en traversant les frontières de leurs pays
7 Contrairement aux alliés (ou pseudo-alliés actuels), l’Allemagne ne fêtera jamais le 11 novembre sur son territoire ; la présence de Merkel à l'Arc de triomphe était donc incongrue mais ne lui vaudra pas de trop grands reproches de la part des caciques du chauvinisme teuton, vu qu'elle est en fin de course et ne fait plus que de la figuration.
14 Et lire pour comprendre plus à fond cette polémique ici :