"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 21 juin 2022

L'HEURE DE VERITE DE L'ABSTENTIONNISME


Elle est pas sexy la première ministre maintenue?
« Une électrice de 34 ans d'Alençon dans l'Orne, qui avait voté à gauche au premier tour, s'est présentée au bureau de vote,
avec une pince à linge sur le nez pour « montrer son dégoût ». (cf. Midi libre)

 « si les attentes en matière sociale, cristallisées autour du thème du pouvoir d’achat, sont indéniables, les inquiétudes civilisationnelles demeurent. Au moment où les candidats de la Nupes l faisaient de la surenchère, l’opinion entendait avec consternation les échos du Stade de France. La fameuse droitisation du pays était largement une chimère, mais l’est tout autant l’idée d’une conversion subite des Français au gauchisme culturel ». Jérôme Sainte-Marie

« Il aurait été plus simple pour le président réélu de gouverner avec une majorité absolue, mais en refusant de lui accorder une Assemblée acquise à sa cause, les Français privilégient le débat démocratique entre leurs représentants » (Libération)


Cette dernière réflexion de la smala Libération n'est qu'une tentative pour calmer l'affolement qui saisit l'appareil de l'Etat et même ses opposants de carnaval les plus farouches. Les Français c'est quelle classe sociale ? Disons la population a exprimé sous diverses couleurs son rejet de la politique étatique depuis cinq ans, ce qui n'est pas du tout révolutionnaire. Le rejet des uns n'est pas celui des autres. Les bobos qui ont choisi la Nupes sont de doux rêveurs écolos en général et moralistes staliniens. Les électeurs du RN sont composés de nuances qui vont du complotisme gilet jaune aux « fâchés mais pas fachos ». La droite bourgeoise dispose du même troupeau d'électeurs et son résultat reflète le fait qu'elle a toujours été minoritaire mais assez magouilleuse pour se maintenir aussi longtemps au pouvoir jadis1.

C'est une heure de vérité ce second épisode de la foire électorale, d'abord par la confirmation et légère amplification et confirmation d'un abstentionnisme historique qui lui est très politique, voire plus citoyen que celui qui s'abaisse à glisser un papier puant dans l'urne, du fait même qu'il ne renie pas ce droit de vote acquis surtout par le mouvement ouvrier, et qui retrouve son utilité en cas de référendum, comme le défendaient jadis les bordiguistes lors du référendum sur l'avortement en Suisse. D'ailleurs dans toute révolution il existe et existeront des systèmes d'élection pour toute la population et les classes même bourgeoises qui voudront être représentées ; on ne supprimera pas la bourgeoisie avec des goulags.

La bêtise générale de tous les commentateurs face à cette heure de vérité est de mettre tout sur le dos de Macron grâce à ce mépris de l'élite qui ne se cache pas de conchier les électeurs récalcitrants abstentionnistes ou ceux qui ont voté RN ; Le Monde est en tête des amalgames gauchistes les plus minables. Je pense que Macron a limité les dégâts en laissant Mélenchon en surdose médiatique avec son programme insensé, se ridiculiser et surtout – avec les mesures de gestion stalinienne et son soutien wokiste à la banlieue islamisée – renforcer abstention et pousser plein de gens, même ouvriers, a voter pour la mère Le Pen ; ce dernier parti étant assuré de ne pas prendre le pouvoir (Marine Le Pen a elle-même été surprise)2. Ce n'est donc pas, contrairement au mensonge de Libération, un peuple français qui aurait voté pour une plus grande démocratie dans un Parlement de figurants pourris et instrumentalisés par la hiérarchie étatique, mais pour contrer d'abord la bande de cuistres des héritiers punks de la gauche caviar, porteurs dangereux de l'idéologie woke3 et un Macron opportuniste effrayé par l'hypothèse d'une forte poussée de la gauche bobo.

En réalité c'est Mélenchon qui a entraîné Macron dans sa chute, l'un et l'autre se sont en quelque sorte annihilés.

Pas de déferlement ni de Premier ministre auto-proclamé !

Exit le troisième tour fabulateur ! Libération titrait, avant de tenter de modérer la catastrophe,et sans jeu de mot : « la gifle » et s'attardait sur la malchance de Macron, sans comprendre que c'est l'ensemble du système qui s'est trouvé ridiculisé avec ses petites magouilles de pouvoir et l'arrogance des chefs de partis. Le tout sauf Macron est devenu le bordel avec Macron.

Jupiter Macron et Jupiter Méluchon ont tous deux culbuté comme deux boxeurs tout à leur combat ne voyant pas arriver un troisième larron. En effet le résultat est aussi détestable pour les deux M. Macron, qui n'avait en effet pas trop mouillé sa chemise pour le deuxième tour de cirque, n'ayant pu que se limiter frileusement à retourner quelques répliques à l'animateur du bal électoral (qu'il remerciait en aparté pour son tapage de recruteur), tout en laissant parader jusqu'à la saturation (pour ne pas dire se ridiculiser) ce Mélenchon qui s'échinait à faire le travail pour toutes les cliques en lice : « C'est nul de ne pas aller voter" serina-t-il un jour à un conclave de jeunes bourgeois: « C'est abandonner le monde à ceux qui ont du fric. C'est bête ». « Je ne vais pas caresser la tête de tout le monde: je veux juste dire aux jeunes qu'il faudrait quand même qu'ils se mêlent un peu de leurs affaires, parce que c'est pas la peine de venir râler sur Parcoursup si après c'est pas pour voter pour ceux qui veulent l'abolir. Et que puisque nous partageons le souci de la planète, c'est le moment d'envoyer des gens à l'Assemblée nationale qui vont s'y prendre pour de bon et pour de vrai ».

Puis il avait appelé tout un chacun, pour la patrie, à déferler au deuxième tour. Peau de balle ! Un invité surprise – le gros chiffre du RN - que je n'avais pas vu venir moi-même dans mon précédent article, croyant que la bourgeoisie était en train de retrouver la tranquillité gouvernementale bipolaire. Que nenni l'hémicycle ressemblera plus à à camembert avarié et puant qu'à une répartition de cliques bourgeoises bien délimitées ou avec cette bonne vieille tenaille gauche/droite ; et plus troublant pour la planète bobo, avec un RN en nombre et dédiabolisé (qui, sous régime proportionnel, serait largement majoritaire...). Et pour cause comme je le noterai plus loin.

Macron, bien que surpris lui aussi, a été plus fin que ses conseillers et les divers journalistes, il aurait dit : « on entre dans le bizarre » et la Nupes va se désagréger.

Le résultat du RN éclipse celui du nombriliste de la gauche punk qui devait être le gagnant de la soirée, Jean-Luc Mélenchon. Le bateleur de foire post-PS ne sera pas Premier ministre, mais cela, il s’en doutait, seuls ses gogos enseignants en rêvaient. Sa déception tient plus au nombre de députés de la Nupes envoyés à l’Assemblée : 149 députés4, et encore en additionnant toutes ces catégories de l'idéologie burkini-fémino-écolo-animo de gauche ou gauche woke car sans ces particules ajoutées de cette noria, LFI a un peu moins de députés que le RN.

On a sous-estimé à mon avis que l'obligeance des médias à mettre systématiquement en vedette et à citer les moindres pets de souris de Mélenchon, finissant indirectement par le ridiculiser comme marque déposée de la gauche neuneu. Son discours gêné et incertain au début de la soirée du deuxième tour fut plus ridicule et wokiste que le précédent : « Ouvrières, ouvriers... » orna le début de l'homélie à une présumée avance historique (en attente de l'abstention finale), pourtant pratiquement pas d'ouvriers dans les rangs des godillots des partis ni d'électeurs prolétaires en nombre ; l'ouvrière de LFI qui est exhibée comme femme de ménage... noire n'est qu'un panneau publicitaire antiraciste ; ce n'est plus l'être prolétaire qui est mis en avant mais la couleur de peau, comme Macron avec le nouveau ministre de l'Eduque Naze. Misère de l'idéologie antiraciste.

C'est une minorité de la population qui vote, surtout bourgeoise et petite bourgeoise évidemment, mais en particulier au cœur des cités « urbaines » où pullulent ces inénarrables couches moyennes ou comme vous le savez ces bobos mégalos et pédalos. Les sièges parlementaires sont obtenus donc sur la base d'une minorité bien éduquée, diplômée, socialement sans besoins dramatiques, et qui veuve de la croyance révolutionnaire si lointaine imagine une société présente préoccupée de « sauver la planète » et gérée comme un jardin d'enfants par diplômés ou ratés de la promo universitaire, avec la même moralité stalinienne qui ne tolère aucune critique des gens de pouvoir de cette notion devenue si vague et creuse, la gauche.

Il faut lire entièrement le long et passionnant rapport sur l'Abstention rédigé pour le gouvernement en juin 20215 :

« Les mouvements politiques vainqueurs des échéances électorales de 2017, En marche, et, dans une moindre mesure, La France insoumise, n’ont pas réussi à renouer un lien fort et durable avec les citoyens. La République en marche n’est pas parvenue à se muter en organisation agile, dynamique et implantée dans les territoires. Quant à La France insoumise, que Jean-Luc Mélenchon a présenté comme un « mouvement ni horizontal ni vertical » mais « gazeux » on peine à identifier les ressorts de son fonctionnement interne. L’universitaire Igor Martinache va même plus loin en considérant que ces mouvements« amplifient même certains traits problématiques des partis dits traditionnels [...] : adhésion sans engagement, confusion des statuts, absence d’ancrage territorial ; refus de la démocratie interne ».

Rien pour donner envie de voter en faveur de ces partis gazeux, pour ne pas dire paternalistes ou gâteux. Dans ce contexte devenu traditionnel de forte abstention, en Seine-Saint-Denis où LFI drague sans gêne avec les théories wokes et amalgames islamo-gauchistes, la population idoine s'est un peu plus mobilisée qu'en 2017, restant néanmoins le département avec le plus faible taux de participation : 27,72 % des inscrits. Pour porter les cadres bobos de la clique à Mélenchon au second tour, qui se vantent par après d'être de vrais élus. Les gros points rouges des graphiques officiels et journaleux cachent cette réalité de base, plus de la moitié des habitants ne votent pas.

Pour autant, avec ce mensonge statistique, ce n’est ni une victoire ni un vote permettant de prétendre à une alternance. Les Nupes obtiennent le même résultat en pourcentage que l’addition des scores de LFI, du PC et des Verts aux législatives de 20176. En ajoutant dissidents et divers gauche, on obtient 30 % des suffrages exprimés, ce qui reste très minoritaire. Difficile d’y voir une poussée électorale de la gauche punk. De plus, la Nupes n’attire pas les catégories dites populaires, car les termes classe ouvrière défrisent. Seuls 18 % des ouvriers qui se sont rendus aux urnes ont voté Nupes, mais je voudrais savoir comment est calculé ce pourcentage qui est probbalement bien inférieur. Il s’agit en fait d’un vote de classe moyenne salariée et diplômée: 35 % des professions intermédiaires ont ainsi voté pour ses candidats. Le vote en faveur de nuls Nupes dépend du niveau d’études (17 % parmi les votants qui n’ont pas le bac jusqu’à 32 % chez les votants à bac +3) et décroît selon le niveau de revenus (34 % des suffrages exprimés parmi les revenus faibles et seulement 22 % parmi les revenus élevés)7.

Un dégagisme aussi du wokisme

L'OBS a fourni les premières analyses pas très pertinentes tout en attribuant au dégagisme un désir de rééquilibrer le pouvoir des factions bourgeoises, comme les braves rédacteurs de Libération. Professant que « Emmanuel Macron n’avait pas imposé de dose de proportionnelle dans son premier quinquennat contrairement à ce qu’il l’avait promis. Les Français l’ont quelque part imposé. Cette Assemblée sera bien plus représentative de la diversité du pays que la précédente ».

L'OBS est incapable d'expliquer pourquoi ce résultat important du RN est le signe que celui-ci ne fait plus peur. Le Front républicain est ridiculisé par le Front national. Certes les passages télévisés de plusieurs de ses représentants a démontré qu'ils ne sont ni débiles ni abrutis fachos, mais c'est surtout Zemmour qui a fortement contribué a dédiaboliser Le Pen ; Zemmour éructait tout de même des vérités gênantes, mais il a failli, non à cause de son admiration pour Trump et Poutine, mais en faisant appel à... l'union des droites, c'est à dire des élites bourgeoises conchiées historiquement par la classe ouvrière, sans se soucier non plus du « pouvoir d'achat » des prolétaires. Le Pen, elle, a mis en premier point le niveau de vie tout en mettant un bémol à la question de l'immigration et en révisant son projet de sortie de l'union européenne, comprenant qu'il n'y a plus de solution nationale ; ce que n'a pas compris, et à son détriment, le patriote Mélenchon. Plus que le nombre de députés RN t plus réjouissant : fin d'une diabolisation neuneu !

Le « politologue » Jérôme Sainte-Marie, que je lis souvent pour ses analyses lumineuses et autrement lucides que le CCI généraliste et abstrait8, démystifie la tactique politique des mélenchoniens :

« Il serait possible de ne voir dans la consigne d’entre-deux-tours donnée par Mélenchon que la traduction d’une concurrence naturelle pour prendre la direction politique des classes populaires s’il ne prônait désormais - la chose est assez récente - une idéologie que l’on peut résumer sous les termes de wokisme ou d’intersectionnalité. La position sociale y est placée sur le même plan que le genre, l’appartenance religieuse ou l’apparence ethnique et ne constitue plus qu’une identité parmi d’autres. Contrairement à ce qui s’écrit parfois, il s’agit d’une parfaite négation du marxisme, dont sont issus nombre des cadres les plus anciens de La France insoumise ». Sans oublier que Mélenchon a fait appel à ses ex-potes lambertistes9, et a pu compter sur le soutien de l'équipe à Poutou.

Macron avait fait une concession au mélenchonisme mais qui a servi aussi de révélateur du fonds politique débile de LFI, avec ses deux tarés Caron et Rousseau :

"En se réjouissant de la nomination au ministère de l’Éducation nationale de Pap Ndiaye, éminent représentant de cette pensée d’importation américaine, Mélenchon, Corbière ou Coquerel ont envoyé un message d’une grande portée idéologique. Désormais, La France insoumise assume la division des catégories populaires selon des lignes de fracture ethnique ou religieuse et même la revendique. Il s’agit là, si l’on s’inscrit dans la vision du monde des Insoumis eux-mêmes, d’un formidable cadeau aux catégories dominantes. En troquant l’assimilation pour la créolisation comme visée sociale, Mélenchon et ses fidèles renoncent à toute ambition de constituer un bloc populaire. Certes, la Nupes capte les attentes concrètes de la fonction publique, de travailleurs précarisés de la société de services et, on l’a vu, de nombreux ouvriers et employés. Pour autant, elle n’échappe pas à une certaine réalité sociologique dans sa fraction dirigeante ».

« ... la petite-bourgeoisie constitue le terreau de la Nupes, celui dont elle tire ses cadres et sa vision du monde. Ces catégories sociales intermédiaires vaguement déclassées ont un fief, le 11e arrondissement de Paris, au bord du canal Saint-Martin, où, le 10 avril dernier, Jean-Luc Mélenchon a obtenu 36 % des suffrages exprimés, Emmanuel Macron 33 % et Marine Le Pen 4 %. L’expression de petite-bourgeoisie renvoie moins à une position précise qu’à un rapport social et, partant, à une mentalité. Pour simplifier, disons que l’on y chérit le rassemblement bavard et impuissant que fut Nuit debout et que l’on s’y défie du mouvement des «gilets jaunes» première manière, lorsqu’il mobilisait le petit peuple industrieux de la France périphérique. Souvent détentrice de titres scolaires, dont elle pressent la fragilité, (…) cette petite-bourgeoisie urbaine se distingue aussi bien de la classe managériale que de l’univers des propriétaires profitant de la manne immobilière. À tout point de vue, elle se trouve dans une situation ambivalente, aspirant à une aisance bourgeoise sans le plus souvent y parvenir, d’où frustration et ressentiment. Dès lors, l’intérêt de ses représentants pour la condition populaire a pour principal objet d’intenter un procès permanent à une société qui ne reconnaîtrait pas suffisamment leurs mérites supposés. Il ne s’agit guère d’une identification à l’univers des ouvriers, des employés et des petits indépendants, dont le petit-bourgeois contemporain fustige les valeurs, les pratiques culturelles et le vote »10.

LES ELECTEURS DE MELANCHON VOTENT TOUT AUTANT POUR MACRON

« Lors du second tour de l’élection présidentielle, si les classes populaires ont massivement choisi Marine Le Pen, la petite-bourgeoisie, qui avait préféré Yannick Jadot ou Anne Hidalgo au premier tour, s’est largement reportée sur Emmanuel Macron, ainsi que 42 % des électeurs de Mélenchon. La figure du migrant est alors bienvenue pour se maintenir dans une attitude critique à l’égard de l’ordre social sans risquer cependant de le contester véritablement. Et puisque la petite-bourgeoisie vit dans l’ambiguïté de sa situation sociale, elle sublime ses contradictions dans l’abstraction morale. Pour cela, elle a un mot bien commode dans sa plasticité historique: la gauche »11

Le résultat électoral si choquant pour la gauche punk bien pensante permet cette remarque si évidente :

« La France, quant à elle, fait un saut dans l’inconnu politique. Séisme à l’Assemblée: des bataillons bruyants et querelleurs vont s’installer de part et d’autre de l’hémicycle et le transformer en chaudron bouillonnant de passions. C’est toute la physionomie de notre débat démocratique qui - on le verra si Élisabeth Borne se plie à l’exercice de la déclaration de politique générale - va en être profondément affectée. Comment gouverner l’ingouvernable? Tel est le défi - crucial ».

Vous avez dit « Bizarre » aurait dit Macron !

Dans les commentaires du Figaro qui les autorise, alors que Libération n'en permet aucun (héritage du gauchisme stalinien) j'ai contesté que l'Etat soit affaibli, Macron peut-être mais : « vous avez tous l'air de dramatiser, or c'est secondaire, la volonté de revitaliser "la représentation nationale" et de faire croire que les députés ne seraient plus des godillots est une victoire idéologique bien plus importante, une telle assemblée de gueulards servira de bouclier à l'Etat face aux révoltes sociales ».

PARMI LES VRAIES RAISONS DU SUCCES DU RN : le rejet ouvrier de l'idéologie écolo bourgeoise interclassiste

Les gilets jaunes avaient montré la voie concernant le prix de l'essence, désormais c'est pire, les millions de prolétaires ne pourront plus s'acheter de bagnoles « pour sauver la planète » ! Mais d'abord réjouissons-nous de l'écroulement du « pas de vague ». La gauche punk comme le centre caviar de Macron sont restés sur cet aveuglement volontaire. On a glosé sur la retraite et le niveau de vie en oubliant que les ouvriers sont conscients et préoccupés par les questions de sécurité et la voyoucratie de la justice, tout autant que par l'islamisme envahissant dans les cours d'école jusque dans les piscines, et aussi par une immigration qui est désormais plus symbole de misère et de criminalité que d'internationalisme. Parmi la gauche neuneu seul Rousselet a osé aborder le problème, se faisant traiter de réac par la gauche punk. L'explication est pourtant connue comme le rappelle JérômeSainte-Marie :

« Le RN s’est historiquement ancré dans les territoires concernés par une immigration et une délinquance importantes, puis dans les régions frappées par la désindustrialisation. Il étend désormais son influence dans la France périphérique et prospère dans des terroirs, jadis de gauche ou de droite, où le sentiment de relégation et de déclassement est puissant »12.

Laissez-moi me livrer maintenant à un florilège de citations qui vont au cœur des mystifications. La Nupes des dupes est apparue pour ce qu'elle est, caricaturale et élitaire !

« La Nupes se maintient presque partout au second tour dans l'Ouest parisien. Dans ces circonscriptions, l'union des gauches séduit des cadres sup' ou des anciens de HEC. La raison ? les «fils à papa» s'inquiètent pour le climat. C'est la lutte finale ! On a chanté (faux, comme le veut la tradition) l'Internationale, dimanche soir, dans les salons dorés de l'hôtel de ville de Neuilly-sur-Seine. La scène est rapportée dans Le Parisien : les damnés de la terre, rassemblés devant la salle des fêtes de la mairie après l'annonce de la qualification de leur candidate pour le second tour de l'élection législative, ont brandi le poing fièrement avant de s'égosiller sur les vers révolutionnaires hérités de la Commune de Paris ! Si l'union des gauches fait de bons scores partout sur le territoire, sa très nette percée dans l'Ouest parisien a suscité, davantage qu'ailleurs, l'inquiétude de ses adversaires. Quelques observateurs avertis l'ont murmuré dès dimanche soir : on assisterait à la poussée d'un mélenchonisme des beaux quartiers, comme si une fièvre rouge foncé s'emparait des enfants de la grande bourgeoisie après s'être consolidée dans les quartiers populaires et les banlieues. Ciel alors, des «fils à papa» qui trahissent leur classe ?

L'analyse des résultats de dimanche confirme en tout cas le succès du pari de la Nupes dans les territoires aisés de France. Là où la gauche aurait pu craindre des réticences, chez des électeurs plus fortunés que la moyenne, à passer d'un vote socialiste à un vote écologiste ou insoumis, la magie de l'union a opéré. Prenons ainsi les quinze circonscriptions les plus aisées du pays, eu égard au revenu moyen de leurs électeurs. De fait, toutes se trouvent concentrées dans trois départements : Paris, les Hauts-de-Seine ou les Yvelines. Les candidats de la Nupes se maintiennent au second tour dans treize de ces quinze circonscriptions, là où en 2017, seule l'une des quinze avait vu un candidat de gauche accéder au second tour : dans les autres, la majorité présidentielle et Les Républicains raflaient partout la mise ».

« Qu'est-ce qui pousse donc ces électeurs aisés, issus de quartiers où le prix moyen au mètre carré oscille entre 8000 et 15.000 euros et de communes qui arrivaient en tête, du temps de l'ISF, au classement des villes où l'on y était le plus assujetti, à vouloir mettre Jean-Luc Mélenchon à Matignon ? «Il ne faut pas oublier que la Nupes n'est pas LFI, observe François Kraus, directeur des études à l'Ifop. L'union des gauches rallie des électeurs au profil classique de la grande bourgeoisie, appartenant à des catégories socioprofessionnelles aisées mais attachés à l'expression d'un vote contestataire. La gauche punk, maintenant, c'est Mélenchon. C'est un vote qui reste élitaire, mais stimulé par des préoccupations qui s'implantent chez les catégories aisées, notamment les questions environnementales. C'est davantage un vote de raison que d'adhésion».

« La clef serait donc l'affirmation électorale d'une «génération climat», venue bousculer les déterminants socio-économiques plus traditionnels du vote ? C'est ce même constat que fait, de son côté, la députée neuilléenne sortante Constance Le Grip. «Ce n'est pas encore une éruption fracassante sur la scène politique altoséquanaise, mais on sent bien qu'il y a une percée manifeste de la gauche radicale, en effet, jusque dans les territoires les plus privilégiés, que j'interprète comme une volonté d'envoyer un message au sujet de la planète». Elle a beau rester grande favorite de cette élection, cette candidate macroniste issue des rangs de la droite scrute avec attention ce qu'elle appelle une «prise de conscience écologique» à Neuilly ou ailleurs dans la circonscription. «C'est davantage ce souci pour l'environnement plutôt que le soutien à la révolution au Venezuela qui semble les attirer chez mes adversaires ! Les habitants de Neuilly me parlent de plus en plus de cause animale, de sécurité alimentaire, de qualité de l'air, et de tout ce qui a trait au bien-être et aux modes de vie : la pollution, le bruit, maintenant la canicule...»

« Nous ciblons de plus en plus la jeunesse éduquée » ne cesse d'ailleurs de réciter les polichinelles de LFI ! Malek, militant de la France insoumise dans les Hauts-de-Seine, assure en voir les fruits sur le terrain : «Il y a évidemment une jeunesse bourgeoise, issu des milieux favorisés, qui est convaincue par notre programme sur l'écologie : même quand ces gens gagnent très bien leur vie, ils acceptent que l'on augmente un peu les impôts de ceux dont les revenus sont supérieurs à 4000 € par mois, si c'est pour mieux agir pour le climat».

Pour mieux s'assurer leur adhésion, les insoumis n'ont du reste pas hésité à mettre en avant ces thèmes plutôt que d'autres, au cours de la campagne. «Nous ciblons de plus en plus la jeunesse éduquée, celle qui a été rassurée de voir que nous avions intensifié nos efforts pour financer notre programme. Ils comprennent moins notre souhait de 'désobéir' à certains traités européens, on insiste moins là-dessus...» renchérit-il. « Notre cible, ce sont aussi de plus en plus les élèves des écoles de commerce.

Jean-Luc Mélenchon s'était d'ailleurs lui-même rendu à HEC l'an dernier, pour débattre pendant deux heures avec un cercle d'étudiants passionné de politique. Son intervention avait été précédée d'un long (et gênant) panégyrique. « La République, c'est vous ! » lui avait lancé, mi-goguenard mi-admiratif, l'un des animateurs de la soirée en guise de préambule. Un élève de la prestigieuse école de commerce, qui compte travailler dans la finance, y avait assisté et ne fait pas mystère de son dilemme aujourd'hui : « évidemment, tout ce qu'on a appris en cours contredit les théories économiques des insoumis. Mais ce qu'on nous apprend, ça ne marche pas non plus : les inégalités se creusent, surtout depuis la pandémie. Et surtout, l'urgence climatique nous empêche de penser comme avant. Mélenchon à Matignon, ce n'est peut-être pas la solution miracle, mais on n'a plus le choix : il faut essayer. » Chez lui, les discussions politiques sont houleuses : son père, qui a été longtemps chef d'entreprise, a longtemps essayé de le raisonner. Mais rien n'y fait. Des électeurs voire des militants comme lui, Julie Barbaux en compte un certain nombre, et ne boude pas son plaisir : « à Neuilly, on a même des opposants de droite qui nous disent que leurs enfants votent pour nous ! » Tu quoque, fili…

CONTRE L'ECOLOGIE PUNITIVE

L'écologie bourgeoise n'a pas été le principal souci électoral du FN, ce qui a joué face au dégoût des classes pauvres face au moralisme écologique et au bio si cher. Le Pen n'a usé que d’un « habillage vert » à visée électoraliste que d’une position réfléchie. « En outre, il existe un fort rejet de l’écologie chez certains militants d’extrême droite, qui ne voient que des "pastèques" dans les activistes écologistes — vert à l’extérieur, rouge [communiste] à l’intérieur —, adeptes du "mondialisme" »13. Il existe aussi un climatoscepticisme qui choque les bobos mais qui est pourtant compréhensible pour les couches les plus pauvres lorsqu'elles payent la facture.La faction bourgeoise écolo reproche donc un déni des « enjeux climatiques » à Marine Le Pen, avec des arguments drolesques : « ...lors d’une conférence de presse, la candidate avait d’ailleurs reconnu qu’elle ne comptait pas faire de la question environnementale internationale « l’alpha et l’oméga de [s]a politique étrangère », au risque de miner la lutte contre le changement climatique »14.

Overdose de Mélenchon! inconscience des beaux quartiers! jeunes bourges écervelés! L'écologie bourgeoise sert à nier les classes sociales! Cette idéologie sert de vade-mecum pour prétendre rénover le Capital en déclin et de plus en plus destructeur. Pourquoi tous ces neuneus écolos ne font rien contre la guerre en Ukraine, autrement polluante et criminelle que les gaz d'échappement?

LA NUPES VA SE DESAGREGER (Macron)

Il ne croyait si bien dire mais en faisant mine d'oublier que son regroupement est aussi aléatoire que celui de Mélanchon. Bayrou et Philippe peuvent aussi bien le lâcher que les particules écolos-animalos qui composent le cartel électoral sans lendemain de la Nupes. A peine les lampions électoraux éteints l'union « populaire » se dissout, après avoir joué des mécaniques en lançant une motion de censure15. La prétention néo-stalinienne de Mélenchon de les mettre tous en coupe réglée au nom de la lutte antifa … en plein Palais Bourbon a fait plouf :

« David Cormand, député européen et ancien secrétaire national d’EELV, prévient: «la Nupes est un outil électoral spécifique pour ces élections législatives avec la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas structurel». Quant aux européennes, «les Français ne comprendraient pas qu’il y ait une proposition commune alors que nous siégeons tous dans des groupes différents au Parlement européen. Nous avons des identités politiques différentes». Les communistes, a priori, s’opposent aussi à un tel projet. Fabien Roussel, leur secrétaire national et ancien candidat à la présidentielle, n’a eu de cesse de rappeler que la Nupes aura été un «accord électoral» pour sauver la gauche à l’Assemblée. En aucun cas la première pierre d’un «parti unique».

La Nupes est déjà nue ! Elle va être soumise à l’épreuve du réel à l’Assemblée nationale. Pour la constitution des groupes déjà. Un moment stratégique pour les Insoumis, qui vont pousser au maximum la machine à engranger les «divers», en particulier ceux des outre-mers, mais pas uniquement, pour faire face au RN potentiellement premier groupe d’opposition… La perspective d'un gueuloir permanent ne sera pas de nature à conforter un supposé désir du « peuple » de rééquilibrer les forces « démocratiques » à la Chambre des noms d'oiseaux !

LA NUPES FUT UN JEU DE DUPES

Une question subsiste : Pourquoi Jean-Luc Mélenchon fait cette proposition face à la presse sans en parler à ses alliés ? La Nupes paraît divisée, lui reprochent déjà quelques élus à gauche. «Je ne comprends pas cette capacité à se tirer tout seul une balle dans les pieds, regrette un cadre socialiste. C’est une connerie de nous faire un chantage au groupe unique alors que les termes de l’accord sont clairs depuis le début.»

La place de premier opposant bénéficiant de la priorité pour l'élection du président de la commission des finances était rêvée par les godillots de Mélenchon mais cramée par la magouille politicienne d'une prétendue union populaire mais hétéroclite et coalition précaire d'égos démesurés, dispersés dans plusieurs groupes.

La suite au prochain numéro électoral. Dans une ambiance... bizarre.



PS :

Le Monde a fourni une analyse pitoyablement antifa, niveau NPA gauchiste, pas besoin que j'y réponde tellement c'est bête.

« ...en ne donnant pas de consigne nationale pour faire battre les candidats RN, alors qu’Emmanuel Macron doit en bonne partie sa réélection face à Marine Le Pen au respect de cette discipline entre formations républicaines. Dimanche, ce sentiment de trahison s’est traduit par un effondrement général du réflexe républicain (?): d’après les sondages, les électeurs de LRM ne se sont pas davantage déplacés que ceux de la Nupes pour barrer la route à un concurrent RN. De la part de la majorité sortante, cette absence de réciprocité ne signe pas seulement le cynisme d’une manœuvre à courte vue – qui aura finalement contribué à nuire à son propre résultat.

Jamais aucun signe d’égalité n’avait été tiré entre le parti d’extrême droite – dont les racines xénophobes n’ont pas évolué – et la protestation radicale portée par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, quels que soient les griefs formulés à son encontre.

Plus récemment, avant le second tour, des emprunts ont même été effectués dans le programme et les slogans du candidat « insoumis », des paroles amènes ont été prononcées à l’attention de ses partisans. Jusqu’à ce que l’accord conclu au sein de la Nupes ne modifie le rapport de force et conduise brusquement à traiter la coalition autour de M. Mélenchon comme le plus grand des périls, et comme une proposition « extrême ». Au risque de laisser penser que cet adjectif sert avant tout à disqualifier, au gré des circonstances, tout ce qui gêne l’accès puis le maintien au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Au milieu de l’hécatombe des figures de la majorité, sa victoire sonnait comme un rappel bienvenu de ce que fut l’essence proclamée du macronisme : un attachement à la construction européenne viscéralement lié au rejet du nationalisme d’extrême droite.

Toutefois, les défaillances de la coalition présidentielle n’expliquent pas, à elles seules, le nombre historique de députés RN et l’attraction que ce parti exerce sur des électeurs loin d’être tous conscients des périls que cachent les nouvelles postures protectrices de Marine Le Pen. La complaisance prêtée par certains médias, et quelques intellectuels, aux premiers mois de campagne d’Eric Zemmour a certainement accentué le trouble, en laissant accroire que ces délires racistes et xénophobes étaient compatibles avec un rassemblement de toutes les composantes de la droite et de son extrême. La délimitation de ce qui peut être dit, et surtout être fait, en démocratie, n’en finit plus de susciter l’ironie. Les votes de barrage sont devenus objets de moquerie, l’invocation de principes républicains est assimilée à un bruit de quincaillerie.

Lors de ces législatives, les Républicains ont fini par payer le prix fort de cette banalisation, en voyant leur nombre de députés amputé de plus d’un tiers. Le RN pourra constituer un groupe plus puissant que le leur, et sans doute même revendiquer le statut de deuxième parti le mieux représenté à l’Assemblée, devant La France insoumise, composante la plus fournie de la Nupes.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/06/20/elections-legislatives-2022-le-parti-presidentiel-rattrape-par-le-degagisme_6131200_3232.html



NOTES

1Nupes 149 dont 84 LFI

Ensemble 250

RN 89

2Sur un plan purement arithmétique, le RN a donc bien réuni en son nom propre plus de voix que les deux autres principaux partis, pris individuellement, et c'est la première fois qu'il réalise une telle performance aux législatives. Aux européennes de 2019, il était déjà arrivé en tête, devançant légèrement LREM. https://factuel.afp.com/doc.afp.com.32CJ4P3

3Cette idéologie woke n'a encore jamais été prise en compte par nos petits groupes maximalistes, tel le CCI, qui continuent à en ignorer les délires, alors que, en milieu ouvrier, et j'en ai discuté avec plusieurs jeunes ouvriers, elle est clairement connue et débectée, où la diabolisation du RN ne marche plus, il est juste considéré ...comme toutes les autres mafias, tout en disant des vérités censurées par ces autres de Mélenchon à Macron... trop alignés sur l'antiracisme de salon de Mélenchon lors des derniers remaniements ministériels.

4Ils s'attendaient même à plus de 200 ! C'était sans compter avec le RN. Mais Renaissance n'est pas plus brillant sans ses acolytes : 175. Les médias avait démarré la soirée avec des projections bien plus favorables aux Nupes, fourchette haute 200 députés. Le barrage anti-Mélenchon a parfaitement fonctionné mais outrepassant le souhait de Macron, c'est le RN qui en a profité ! Mais c'est surtout le cinéma sponsorisé par les médias pour Mélenchon plastronnant qui a amplifié le vote Le Pen ; j'ai eu envie moi-même de voter RN pour dire merde à cet histrion.

5https://www.jean-jaures.org/wp-content/uploads/2021/11/Rapport-Abstention.pdf sous la direction du pauvre godillot Richard Ferrand qui vient d'être éjecté.

6Ce que reconnaît l'article le plus puant du Monde (Leçons du dégagisme) : «  le nombre de suffrages obtenus par la coalition n’a pas vraiment progressé par rapport au total de 2017, et l’objectif d’installer le troisième homme de la présidentielle à Matignon est loin d’avoir été atteint. La coalition devra se passer de la présence de son mentor pour s’imposer comme la première force d’opposition, et donner de la visibilité à ses propositions ».

7Ces analyses détaillées de radiographie électorale ont prouvé depuis un siècle leur étonnante sagacité, j'ai déjà informé ici comment les nazis avaient repris les méthodes scientifiques de politologues américains pour analyser et découper en tranches le comportement politique de la population. Gauchistes et CCI dénient tout sérieux à ces analyses statistiques, alors qu'elles nous sont très utiles pour identifier, en filigrane et malgré les termes sociologiques, le niveau de participation des classes. Dans son dernier article sur les élections le CCI généraliste et indifférentiste fait une interprétation complotiste de la sociologie électorale : « Le saucissonnage des résultats des votes par catégories sociologiques  (…) est également une tentative volontaire de semer l’opposition et la division au sein de la classe ouvrière, diffusant par là le poison de la méfiance en son propre sein. Bien entendu, si ces « analyses » comportent factuellement une part de vérité, l’optique reste toujours de discréditer à l’avance toute possibilité d’unité et de riposte ouvrière ». Hors sujet, ce sont les syndicalistes et les politiciens qui divisent ou leurrent la classe ouvrière, pas nos célèbres sociologues dont la plupart des ouvriers n'ont jamais entendu parler. Ce déni de l'étude électorale sociologique est la position de Mélenchon, qui lui permet de ne pas reconnaître que LFI n'est qu'un parti de bobos, ce que nos politologues par contre confirment réellement et concrètement. Il y a aussi une marge d'erreur au niveau des prévisions, ce coup-ci tous nos sondeurs n'ont pas vu venir le RN, ce qui était pourtant prévisible, et qui fut un choix contre les deux M. Dans ce cas, par après, l'analyse sociologique retrouve tout de même sa validité, mais sur la base de la réalité et non des prévisions.

https://www.lefigaro.fr/politique/legislatives-2022-pourquoi-le-rn-a-t-il-ete-sous-estime-dans-les-sondages-20220620

8Qui a prétendu de manière incongrue que « le parti de Mélenchon est en mesure d'encadrer la classe ouvrière », la classe ouvrière ou bien plutôt les patriotes, les antiracistes, les wokistes, etc. Ce qui n'empêche pas parfois des analyses brillantes : « « Naturellement, les plus dangereux bonimenteurs restent sans conteste les forces de gauche, cette fois autour de La France Insoumise et son Union Populaire, même si en marge les gauchistes ne sont pas en reste. Quelles que soient les tractations politiciennes en coulisses, entre EELV, le PS, le Parti communiste, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et LFI en position de force, il faut bien distinguer l’illusoire « contrepoids » qu’une telle formation politique offrirait face à Macron. Il s’agit en réalité de faire croire qu’ « un autre monde est possible » sous le règne du capitalisme et de désarmer le prolétariat vers le piège mystificateur des urnes et de la démocratie bourgeoise. LFI après avoir conspué un PS « traître à la gauche », vient d’ailleurs subitement de constater que ce parti, à l’origine des pires attaques contre la classe ouvrière, avait « changé ».

9C'est l'Immonde qui nous a transmis l'info : « l’ancien trotskiste tendance lambertiste semble avoir renoué avec ses méthodes de jeunesse. Celles des manœuvres congressistes destinées à étouffer toutes les divergences et à récupérer des «orgas». Sûr de sa force, il ne laisse pas le choix à ses adversaires, joue sur la sidération. Ici, c’est à visage découvert. Étrange clin d’œil de l’histoire. Mélenchon a justement renoué aux législatives avec le Parti ouvrier indépendant, héritier des lambertistes, qui le soutenait à la présidentielle ».

10Le célèbre Fourquet allait dans le même sens : « Ce changement du rapport de force au sein des gauches étant une autre illustration de la poursuite du bouleversement électoral initié en 2017. Le biotope dans lequel cette génération Mélenchon est élue est composé par les banlieues (la Nupes devrait réaliser quasiment le grand chelem dans le 93) et par les arrondissements de l’Est parisien, où l’immobilier tutoie tout de même les 10.000 euros du m²... Pour sceller cette coalition sociologique de l’électorat banlieusard avec la gauche en baskets Veja et roulant en Vélib’, la Nupes a adopté une ligne mêlant redistribution sociale, luttes intersectionnelles, wokisme et planification écologique, qui l’éloigne des préoccupations des classes moyennes et populaires de la France périphérique ».

12En même temps, on ne peut qu'être sidéré par le fabuleux enrichissement pour ce parti aussi bourgeois et profiteur de sinécures que les autres : « Avec quelque 4,2 millions de voix recueillies au premier tour, le Rassemblement national peut désormais compter annuellement sur une manne de 6,9 millions d’euros. Une somme rondelette, à laquelle s’ajoutent 35.000 euros par député élu. Avec 89 députés élus ce dimanche, contre sept il y a cinq ans, le parti devrait recevoir annuellement, jusqu’en 2027, près de 10 millions d’euros de dotations publiques ». La rétribution du député moyen est édifiante et justifie la rudesse du combat pour la place: https://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/06/09/20002-20170609ARTFIG00016-elections-legislatives-que-gagne-un-parlementaire.php

13https://reporterre.net/Marine-Le-Pen-a-l-extreme-oppose-de-l-ecologie

14Ibid

15La France insoumise a réitéré samedi son appel «à tous les groupes d'opposition» à déposer une motion de censure contre le gouvernement à l'occasion de la réforme des retraites, dénonçant une «dérive autoritaire» du gouvernement. Plus de 100 motions de censure ont été déposées depuis 1958. Une seule a été adoptée, en 1962, faisant chuter le gouvernement de Georges Pompidou.

lundi 13 juin 2022

UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS DE LA GAUCHE NUNUCHE



On assista donc au discours le plus ridicule de la Vème République. La prise de parole du roi des bobos dimanche soir se voulait pontifiante et populiste, profondément patriote, avec des mots nunuches tout droit sortis de la panoplie rance stalinienne. Pas très enthousiaste finalement... une victoire de la Nupes représenterait un plus
«pour nos vies personnelles et le destin de la patrie commune» : patrie commune ? Nos vies personnelles ? De tous et de chacun ? « Un autre monde est possible » ? (oui mais lequel?) ; « La démocratie peut nous donner de nouveau le moyen de changer de cap» (oui mais lequel?) :«faire vivre un nouvel avenir en commun» (en commun avec quoi et avec qui?. Avec cette prétendue intelligence du peuple et cet étrange engouement si populiste pour « l'intérêt de la patrie » nos « radicaux » d'estrade sont prêts à gouverner avec un programme ! Lequel ? 650 pages fourre-tout, hétéroclites et sans principes autres qu'une ribambelle de promesses antiracistes, wokes, étranges et intenables.

Il est difficile de trouver la totalité des discours des mélanchoniens, et c'est voulu, tellement ils contiennent des billevesées romantico-neuneus. Le langage est commun avec le stalinien relouké Fabien Roussel, ne pas confondre avec le colonel du même nom, qui carrément a repris les mêmes munucheries staliniennes des années 40 : « le droit au bonheur au travail » (sic) et « les jours heureux ». Je me suis souvent demandé s'ils croyaient aux conneries qu'ils débitent d'estrade en estrade. En un sens oui puisqu'il s'agit de séduire un électorat très religieux, et qui les soutiens (cf. la plupart des groupies et obligés de Mélenchon sont tous réélus en Seine Saint Denis qui n'est plus un bastion de la classe ouvrière mais de l'idéologie multiculturaliste. Cette histoire de bonheur et de jours heureux est très religieuse. Dans l'autre tradition celle, réelle et respectable, du mouvement ouvrier et du marxisme, on n'a jamais débité et accumulé des sornettes pareilles, tout est relatif, même parfois dérisoire comme le fameux « à l'assaut du ciel »1, mais avec LFI et ses accolytes nunuches on atteint des sommets de bêtises . Les faux insoumis mais vrais suivistes de la vieille idéologie de gauche stalinienne en ont gardé le comportement sectaire et agressif, cela ne fait pas un programme. On a du mal parfois à comprendre les délires de la petite bourgeoisie tant elle apparaît coupée de la réalité des classes. Mais c'était la même chose au temps du stalinisme: ils (staliniens et trotskiens) défendaient le pays du socialisme « réel » ou « dégénéré », tout en sachant que ce n'était pas vrai, mais psychologiquement leur vaillance à en convaincre et à tarabuster leurs interlocuteurs hilares ou rétifs, les faisait se surpasser et leur conférait, même avec les mensonges les plus honteux, cet esprit de supériorité d'une élite qui « expliquait » ce qu'il fallait penser à défaut d'ouvrir la voie à une pensée vraiment révolutionnaire. Le fond de l'ardeur à soumettre aux partis d'époque résidait bien sûr dans la recette immémoriale de l'anti-fascisme de salon ; au moindre désaccord à la CGT ou au PC vous étiez qualifié de facho ! De nos jours c'est le même simplisme qui prévaut de la part des élites de la gauche en attente de retrouver le caviar, vous pouvez être qualifié tout autant de « faire le jeu de l'extrême-droite ». Qui n'a jamais servi depuis 75 ans que de figurine repoussoir voire de force d'appoint pour réguler le jeu électoral.

D'ailleurs le RN de principal opposant à Macron, se trouve relégué à une troisième place minable, et c'est la majeure leçon de cette première qualif pour le deuxième tour de piste. Des journalistes se sont inquiétés de savoir pourquoi Mélenchon était tant mis en vedette dans les médias voire salué comme « grand orateur », or le résultat est là, au lieu d'avoir une représentation électorale tripartite qui aurait ouvert une crise de régime, le succès de LFI vient restaurer la vintage bipolarité politique qui a permis au régime de tenir depuis la guerre, naguère droite/gauche, et maintenant en plus bancal une droite pas totalement libre et une gauche gueulante. Cela peut mieux correspondre aux besoins de l'Etat bourgeois face à la crise sociale qui vient et aux conséquences de la guerre en Ukraine. Non pas que, comme en 36 syndicats et partis collent aux grèves pour les saboter de l'intérieur, mais, en faisant mine d'ignorer le besoin d'unité sociale et politique du prolétariat, pour fractionner toutes les révoltes à venir en combat de races, en genres, en féminisme, en écologie, enfin toutes les salades du programme bordélique des nunuches de la gauche bobo, dissolvant toute identité de classe.

Curieusement pas tant que çà, pervers plutôt, et sans le crier sur les toits, le programme touffus et tout fou est pourtant relativement secondaire, à destination des bobos rêveurs, c'est bien la classe ouvrière qui est ouvertement draguée, on lui promet, si elle s'engage à déferler le prochain dimanche électoral «  pour le destin et pour la patrie commune » : peuple tu auras droit avec moi à la retraite à 60 ans, je supprimerai le travail forcé au RSA et je garderai les 80 milliards que ce salaud de Macron veut retirer du budget de l'Etat !

Déferler ? Il n'y va pas de main morte le roi des bobos insoumis sauf au gourou ! Sans doute se prend-il pour le pape désormais avec près de 6 millions de voix derrière lui (ce qui n'est pas rassurant et confirme hélas le degré d'abrutissement électoraliste d'une bonne partie de la population en France)2. Mieux ajoute-t-il : « Macron surnage dans un océan d’abstention, de bulletins blancs et nuls ». Cette envolée vaut aussi son pesant de cacahuètes, Mélenchon lui fait semblant mais surnage aussi ; il est en peine pour recruter ces millions de prolétaires devenus indifférents face aux picrocholines disputes des politiciens bourgeois et petits bourgeois.

Une excellente tribune dans Libération montre la démagogie des deux côtés, penser qu'agiter « pouvoir d'achat et retraite » suffirait à redonner espoir dans les partis bourgeois en lice, c'est d'abord prendre les ouvriers pour des cons, de plus incultes ; d'abord et naturellement le parti godillot de Macron :

« Devant les effets déstabilisateurs d’un contexte social à fleur de peau, l’incertitude laissée par le Covid et renforcée par Poutine, devant les menaces que font planer sur nos vies et nos démocraties le réchauffement climatique, les seules mesures annoncées par Renaissance sont la mise en place d’un «paquet pouvoir d’achat» cet été et la conduite d’une réforme des retraites aux contours mal définis. Un réalisme minimaliste qui finit par paraître une folie devant l’ampleur des enjeux qui nous guettent »3.

La bande à Mélenchon agite aussi ces deux mamelles sociales (comme si les électeurs en général ne regardaient que le bout de leurs chaussures), mais derrière le programme reste incrédible et pour la bourgeoisie et pour le prolétariat :

« ce programme a comme une allure d’artifice. D’autant plus quand, dans le détail, on constate que ces propositions sont de tout ordre, et mélangent position de principe, ambitions générales, mesures techniques précises ou annulation de politiques existantes. Elles ne soucient pas de s’arrimer au réel de l’exercice de pouvoir : elles n’anticipent pas les obstacles qui se poseront à leur praticabilité, comme cette proposition de taxe similaire à la taxe Tobin dont chacun a pu mesurer l’inefficacité quand il fut question de la mettre en place sous le quinquennat de François Hollande. Elles manquent ainsi de méthode »4

Tout ce cirque est perçu pour ce qu'il est désormais, un moment éphémère de l'actualité pour cette masse d'électeurs abstentionnistes qui culpabilisent tant ces politiciens en compétition toujours élus avec une minorité de voix et incontrôlables une fois en place ; rejet du cirque vintage pas simplement par indifférence à mon point de vue – à moins d'oublier les années Mitterrand et l'enrichissement de la gauche bourgeoise – mais par rejet conscient de leurs divers mensonges et promesses de la lune :

« Cet enchaînement d’images politiques sans lendemain suscite de la lassitude, le sentiment de l’impuissance du politique et que la solution à nos problèmes se trouve ailleurs. Elles laissent la vie politique à ceux qui en ont quelque chose à espérer, concrètement. Reste des bases militantes galvanisées et dans l’attente d’un résultat de scrutins qui ne concernent plus une majorité des inscrits.Tandis que pour les premiers, ce nouveau fonctionnement politique d’images éphémères vouées à être dégonflées au contact du réel fabrique de l’indifférence et renforce la plongée dans l’incertitude, pour les autres il exacerbe la croyance, et rend nécessaire de formuler de nouvelles images pour que la foi se maintienne ».

La stratégie d'une « union populaire » calquée sur 36 : fâchés pas fachos

Si le parti de Mélenchon et des autres clowns des cliques petites bourgeoises ne représenteront jamais la classe ouvrière, comme le RN, le PS ou LRM d'ailleurs, le parti LFI a été plus conscient que ses acolytes merdeux de la nécessité de sa fonction, non pas la victoire inventée et présumée – le système électoral est si bien découpé que les sondages ne se trompent quasiment jamais – mais figurer un parti d'opposition influent et audible ; ce pour quoi sa préoccupation n'a pas été « sauver la planète », « arrêter de bouffer les animaux » avec l'abruti Caron, ni « interdire les féminicides », ni « supprimer la police bourgeoise » mais promettre la lune et le caniveau aux prolétaires abstentionnistes ou votant par dérision pour la fille Le Pen, mais de draguer lourdement la prolétariat, ainsi que le résume assez bien un organe de presse :

« Tout au long de la campagne, Jean-Luc Mélenchon et ses troupes ont insisté sur le social en martelant les mots «retraite à 60 ans» et «smic à 1 500 euros» pour bâtir un front anti-Macron allant de la gauche aux «fâchés pas fachos». Une stratégie de reconquête d’une partie de l’électorat RN que la tête de file des insoumis mettait déjà en scène en 2012 en allant affronter Marine Le Pen à Hénin-Beaumont lors des législatives. Mais ces électeurs pourront-ils enjamber le fossé qui les sépare de Mélenchon sur les sujets sociétaux ? A la veille du premier tour, Jean-Luc Mélenchon s’interrogeait : «Peut-être qu’en fait ça n’existe pas les fâchés pas fachos mais je veux quand même y croire.» La Nupes mise surtout sur un élan des classes populaires qui se sont abstenues au premier tour ».

Espéranza tchi tchi tchi. Même Libération qui fonctionne de plus en plus avec des jeux de mots dans ses titres, soutient en général les fables de la gauche bourgeoise et bobo a fini par se moquer :

« Jean-Luc Mélenchon raconte souvent les mêmes histoires. Il regarde en arrière pour parler du présent, voire du futur. Lors de la dernière semaine de campagne, après une conférence de presse pour répondre aux différentes attaques de La République en marche, il prévenait en petit comité : «Dimanche soir, à la tombée des résultats, c’est un nouveau monde qui s’ouvre, tout s’ouvre, et rien ne sera plus pareil, tous les calculs de ceux qui prédisent le monde tomberont à l’eau.» La Nupes a cinq jours pour renverser un monde »5.

Les nunuches ne renverseront rien du tout et on en reviendra fin juin aux soucis du quotidien et à cette douleur lancinante de ne pouvoir rien faire face au massacre en Ukraine.

PS : SUR L'INSTRUMENTALISATION DES FRONTS POPULAIRES POST-FESTUM

Quelques remarques comparatives avec le Front popu de 1936, que LFI se plaît à évoquer tellement c'est loin, voire mythifié, en évitant soigneusement les années d'austérité mitterrandesque. En général les fronts populaires des années 1930 ont servi à désarmer le prolétariat et à la paralyser à la veille de la seconde boucherie mondiale. Incontestablement le front populaire disposa d'une majorité écrasante au parlement avec ses divers partis (déjà désignés par nos pères en révolution marxiste comme bourgeois et ennemis de la classe ouvrière), mais c'est un fait. La bande des bobos autour de Mélenchon peut gagner une centaine de promos à la députation, alors qu'elle n'en avait que 17 jusque là, mais n'atteindra jamais le score de la gauche bourgeoise et stalinienne des années 1930.

Le regroupement des partis de gauche ne s'est pas déroulé comme avec les partis nunuches de la bobocratie parisienne, mais face à une réalité certaine : une journée d'émeutes menées par les cliques d'extrême droite d'époque. Il ne s'agissait pas d'une union ouvrière contre le capital mais d'une réunion de la gauche de la bourgeoisie pour faire front face à la montée des impérialismes fascistes et nazis. Alors ceux qui s'appellent « patriotes » sont les membres de l'Action française (coucou Mélenchon!).

Le programme électoral du « front popu » modéré et bourgeois

C'est clairement, sous couleur pacifiste un programme de préparation à la guerre, l'alternative n'est pas « guerre ou révolution », mais « guerre ou paix »... qui prépare la paix prépare la guerre ! Le programme du Front populaire, censé se structurer autour de son slogan électoral « Pain, Paix, Liberté », est plus concrètement organisé en deux rubriques : défense de la démocratie avec des petits règlements de compte interne et secondaires (désarmement et dissolution des ligues, obligation cocasse pour les organes de presse de publier leur bilan financier pour permettre à leurs lecteurs de connaître l'identité de ceux qui les financent, promotion des droits syndicaux et de l'école laïque) et de la paix. En dehors de la volonté de nationaliser les industries pour soustraire la politique extérieure de la France à l'influence des marchands de canon, « cette plateforme somme toute modérée témoigne davantage de préoccupations électorales que d'une claire perception de la situation internationale : ni la question coloniale, ni les dangers extérieurs, ni la situation en Europe ne semblent préoccuper ses signataires » et l'antifascisme reste essentiellement à destination interne, De ce point de vue c'est quasiment la même démarche de la gauche nunuche, sauf qu'il n'y a pas le nazisme en face et que la grande majorité des ouvriers, contrairement à 1936, n'ont aucune envie de suivre le roi des bobos.

Etrangement mais significativement pour une époque encore sous le soleil de la révolution en Russie, la victoire électorale de la gauche d'époque donne le pouls de la situation sociale tendue, salaires misérables, patrons de droit divin, etc. Le nouveau gouvernement de gauche blabla sera surpris tout de même quand quelques jours à peine plus tard des grèves éclatent dans des usines d’aviation du Havre Le 11 mai, 600 ouvriers et 250 employés des usines Bréguet arrêtent le travail pour demander la réintégration de deux militants licenciés pour avoir fait grève le 1er mai. L’usine est occupée et les tentatives de la police de déloger les grévistes échouent, les dockers se solidarisant des grévistes. Le 13 mai, c'est au tour des usines Latécoère, à Toulouse, puis le 14 à celles de Bloch, à Courbevoie, d'être occupées. Le mouvement se répand comme une trainée de poudre, atteignant rapidement les entreprises voisines. Le mouvement se généralise avec une joie évidente. Malgré les paroles rassurantes de Léon Blum, le climat qui règne alors en France a des connotations clairement révolutionnaires. Peu ou pas encadré par des organisations politiques ou syndicales, le mouvement trouve des causes multiples et fortement localisées, mais a aussi un côté festif. Comme l'a écrit la philosophe Simone Weil dans la revue La Révolution prolétarienne, ce sont de véritables « grèves de la joie » : on fête la victoire électorale de la gauche, la dignité ouvrière retrouvée après une longue période de contention et de répression.

La fin de « la semaine des deux dimanches », soit le retour aux 48 heures, généra une forte opposition populaire et syndicale, avec grèves et manifestations. La répression qui s’ensuivit, avec licenciements massifs et nombreuses arrestations, marqua la fin du Front populaire.

La répression du « gouvernement ouvrier » et le sale boulot des syndicats a cassé les jambes du prolétariat qui, après la fable des accords de Munich ira à nouveau pieds et poings liés se faire massacrer par milliers au-delà de la ligne Maginot.


Les différences sautent aux yeux si on compare aujourd'hui la théâtrale et réchauffée « union populaire » avec l'époque du « front populaire ». En 36 les ouvriers n'avaient jamais vu des gens qui se prétendaient sociales et communistes se dresser contre la classe ouvrière au nom de la défense de la patrie (en oubliant que la SFIO avait collaboré en 14). La classe ouvrière était reconnue comme telle voire célébrée. Même si elle déjà très encadrée par le PCF et sa CGT, elle était capable de se trouver dans le même état d'esprit libéré des ouvriers russes, allemands ou espagnols.

Aujourd'hui cette classe n'existe plus aux dire des élites bourgeoises et des traîtres professionnels des cliques de bobos diplômés, il n'y en a que pour cette scie les couches moyennes, plutôt cultivées, en accession à la propriété, possédant un vélo électrique et une résidence secondaire plutôt à Courchevel et à Grenoble.

Les Blum et Thorez possédaient une véritable aura auprès du public ouvrier, en comparaison Mélenchon n'est qu'un fabulateur d'estrade voire un bistrotier derrière son comptoir. L'expérience de la révolution russe restait à l'horizon dans sa dimension internationaliste. L'horizon de Mélenchon est si étriqué et improbable – notre patrie – qu'il fait pitié et que l'Europe fait meilleure figure au plan cosmopolite.

Le programme du front popu contenait des concessions importantes sur les salaires et avec la création des vacances mais le pouvoir patronal, la police et l'armée restaient intouchables... ce serait la même chose avec un premier ministre en costume Mélenchon mais quasiment sur siège éjectable, même par la classe ouvrière, tellement... il ne pourrait rien tenir.

Le souci de la classe ouvrière n'était pas (pas seulement) le niveau de vie et la retraite, les événements internationaux traversaient ses débats et inquiétudes : guerre d'Espagne, bouleversements à l'Est, Mussolini, Hitler. Parler d'un futur autre était un souci politique premier. Avec la clique à Mélenchon, comme avec ses autres compétiteurs, on n'entendit pratiquement jamais parler de la guerre en Ukraine et surtout de ce qu'il faudrait faire pour ne plus rester spectateurs. Cette bande de bobos qui prétendait conscientiser, expliquer, n'a rien fait du tout pour élever le débat ni désigner la seule classe qui peut être le fer de lance contre la misère, la guerre et la destruction du monde.

En 1936, la guerre n'était pas loin. En 2022, on n'est sûr de rien... Quoiqu'il arrive, les diverses fractions bourgeoises et bobos n'auront en rien aidé à réfléchir ni véritablement proposé de changer l'ordre des choses. Et du monde.


NOTES


1Formule concernant les communards, ambiguë, interprétée en général comme aller vers la libération de l'humanité, mais aussi pour buter... le ciel et toutes les croyances religieuses qui, elles, sont au service du capitalisme.

2Le blog du roi des bobos est pitoyable, bourré de photos et de témoignage d'admiration, c'est au même niveau que la cour du roi Macron.

4ibid

5«Cf. l'article : «  La gauche unie en son genre ».



samedi 4 juin 2022

LA FABLE DE LA parité RACIALE DANS LES ELECTIONS BOURGEOISES


le doigt de vote

Il y a un culot banalement électoraliste dans la bande populiste à Mélenchon, qui est de prétendre rompre avec les trucs électoralistes dans lesquels s'est fourvoyée « la gauche de gouvernement », surtout quand leur dictateur, mitterrandolâtre, s'intronise Premier ministre, et quand de plus on vient de voir les trucs mis en place par la nouvelle NUPES, bâtard d'une présumée nouvelle réunion de la gauche. Ce sont les mêmes trucs électoralistes des soumis à l'idéologie bourgeoise dite démocratique : candidats bombardés dans des circonscriptions réservées et gagnables à coup sûr dans un marchandage camembert de toutes ces cliques de la petite bourgeoisie. LFI, peu implanté localement est un as du parachutage (cf. le parachuté Mélenchon à Marseille avec pour argument « je suis partout chez moi, la France est ma patrie »).
Des candidats, qui ne sont pas des locaux, sont sponsorisés par la machinerie de leur parti leur octroyant la meilleure circonscription pour se faire élire ou réélire : c’est ce qu’on appelle le parachutage. Cette méthode politique est ancienne, courante et n'a pas été inventée par LFI1. On pourrait se gausser aussi ici de la proportionnelle où un député plouc de Corrèze peut être élu par 300 électeurs quand il en faut 8000 en région parisienne... Sans s'étendre eux non plus sur leurs sources de financement pour la tricherie électorale érigée en vertu du système.

Le fonctionnement de LFI, qu'on feint d'ignorer chez l'électorat bobo-maso, est strictement hiérarchisé pour un dictateur du genre poutinien et la masse des adhérents ne fait que de la figuration2.

Néanmoins le cirque à Mélenchon est d'une utilité incontestable pour la bourgeoisie. De même que les syndicats sont devenus depuis les deux guerres mondiales des fonctionnaires chargés d'encadrer la classe ouvrière, comme les soi-disant partis socialistes et communistes devenus simples croupions du système dominant, de même il a fallu prendre en compte une nouvelle immigration ou descendance d'immigration nord-africaine, pour encadrer une population qui depuis des décennies ne se retrouvait pas dans l'offre politique bourgeoise. Avec le vide politique, en particulier après les émeutes de 2005, le terrain risquait de rester offert à l'islamisme sans frontières, cet internationalisme de bigots. La résurgence du religieux était inévitable face à l'absence d'intégration sociale des derniers arrivés et des plus démunis, d'autant plus qu'il avait été décrété que la classe ouvrière n'existait plus ; et quand on décrète en quelque sorte que les classes n'existent plus, il ne reste que nos yeux pour pleurer, c'est à dire la religion. Il fallait donc draguer une religion particulière, devenue assez envahissante dans l'espace public français. Avec l'islamo-gauchisme c'est fait. La bourgeoisie peut remercier Mélenchon à un double titre. D'abord il mène une campagne visant surtout à faire croire que les institutions bourgeoises vermoules pourraient être « révolutionnées » de l'intérieur par une plus grande place réservée à des députés dits insoumis alors qu'ils soumis à leur dictateur grande gueule, mais creux comme l'arabo-trotskien Anasse Kazib3. Et ensuite, et c'est le plus fondamental du rôle qui lui est attribué, car il n'a aucune chance de jamais parvenir au pouvoir vu l'inanité de son programme et de sa 6ème République, il a pour charge d'encadrer la diversité (en lui promettant la lune) : celle des banlieues « à risque d'émeutes », les populations régies par la croyance musulmane, éventuellement les immigrés, mais pas trop. C'est un fait au surplus que les populations musulmanes sont particulièrement sollicitées pour se rendre aux urnes avec la promesse d'un citoyenneté « égalitaire et antiraciste » supprimerait exclusion et racisme (idéologie prétendue supprimée par le simple effacement du terme dans la constitution.4 Comme Macron Melenchon joue sur cette vieille rengaine de l'extrême droite monarchiste des années 30 – ni droite ni gauche - (qui servait alors à renforcer par contre droite et gauche bourgeoises dans la montée à la guerre) pour tenter de récupérer ces millions de prolétaires qui vouent aux gémonies des deux versions de l'exploitation capitaliste. Mais là où Mélenchon est d'avance perdant, pour la bourgeoisie, comme pour la classe ouvrière, c'est sa blague de « retour à la nation » ; c'est impossible de sauver telle ou telle nation ou même notre classe dans un cadre national. L'Europe avait été inventée justement après pour faire croire à une vraie disparition des frontières... Le retour en arrière... c'est la guerre en Ukraine ! Enfin, en voulant faire passer l'expansion islamique communautariste et vestimentaire pour normale il dessert de façon populiste la conscience de classe qui demeure avant tout laïque.  Sa tolérance électoraliste concernant le voile obligatoire pour les femmes sert cette idéologie rétrograde et ainsi il est à la remorque du féminisme bourgeois nunuche qui se réjouit de ce tissu imposé aux femmes du Maghreb car au fond c'est conforme à cette idéologie de faire croire que la femme est toujours victime mais que les arriérés qui la tiennent masquées sont ses protecteurs. NB: les bourgeoises féministes par contre n'aiment jamais tant  s'exhiber avec des décolletés en soie et sans culottes.

Le système libéral qui se prétend démocratique ne peut déroger aux règles d'un Etat moderne, aucune frange de la population ne peut rester hors de contrôle. Bien sûr que ce rôle d'encadreur démagogique du populiste (il se réclame du terme lui ancien trotskien) lui permet d'étaler les plus grosses bêtises de la multiculturalité et de la « créolisation », concept qu'il a repiqué à Patrick Karam.

Mais l'investissement le plus important de cette clique politique mélenchonienne est soumise aux mêmes règles démagogiques que celles des autres partis bourgeoise, de la droite surtout paradoxalement : la parité raciale au plan électoral. Après les fables de la parité féminine dans les institutions bourgeoises voici celles concernant ce qui est pudiquement dénommé « diversité ». Je dois être le premier et le seul dans le courant maximaliste à aborder de front cette fable. Les mini-groupes marxistes, dits jadis ultra-gauches, font comme les gauchistes l'impasse sur la question, se contentant de la noyer sous un antiracisme supposé intrinsèque à un internationalisme sans tâche de la part de la classe ouvrière. Or, de même que l'antiracisme n'est pas un critère internationaliste, la défense d'une représentation politique basée sur une mixité raciale est une fadaise, une hérésie qui se moque de l'internationalisme comme d'un approche rationnelle de la vraie lutte des classes.

TOUS LES PARTIS POLITIQUES EN QUETE DU VOTE RACIAL

En France jusque là, l’expression publique d’identités religieuses, ethniques ou raciales par des responsables politiques était perçue comme une contradiction flagrante avec la neutralité républicaine immémoriale. Le succès de cette nouvelle version d'un vote prétendu vraiment universaliste est fondé en grande partie sur la croyance qu’en favorisant la « diversité » des candidats, on représenterait mieux la société française « multiraciale » désormais quand il s'agit au fond surtout de faire baisser l'abstention contre la mystification électorale bourgeoise.

Pourquoi la nécessité de promouvoir des élus de la « diversité » apparaît-elle aujourd’hui comme un évidence pour les partis politiques français ? S’agit-il de conquérir l’électorat que ces élus sont censés représenter ? Et quel électorat représentent-ils ? Leur « communauté » supposée ? Les «minorités » ? Les « quartiers » ? À l’inverse, si ces élus, comme ils le réclament le plus souvent, sont des élus comme les autres qui n’ont pas vocation à représenter un segment précis de l’électorat, il doit exister d’autres registres de légitimation pour justifier la promotion de la « diversité » partisane. S’agirait-il plutôt de défendre l’égalité d’accès aux fonctions, c’est-à-dire la non-discrimination politique ?

Il s’agira d’examiner le sens qu’elle recouvre pour ses récipiendaires, les usages qui en sont fait par les partis bourgeois et les médias. À l’image de la sous-représentation des femmes parmi les élus, qui était aussi une question qui ridiculisait aussi le parlementarisme bourgeois, la sous-représentation des minorités visibles est désormais un autre effort pervers pour tenter de redonner vie à la mystification parlementaire5. De plus en plus de voix communautaristes avec les racoleurs électoraux de la droite de de la gauche se sont élevés pour dénoncer une classe politique composée très majoritairement d’hommes, de cinquantenaires, et presque exclusivement de Blancs6.

La piétaille militante a réussi a imposer un consensus, qui expliquerait principalement l'abstention, comme non dûe à la perte de crédibilité de la gauche comme de la droite qui assument à tour de rôle l'exploitation capitalise: la « diversité » de la société française ne se retrouve pas parmi ses représentants et cela contribue à la défiance des prolétaires envers la politique et les élus. En revanche aucune mention de l'homogénéité sociale des élus, même une fois « mixtes », l'absence de ressemblance sociale entre élus et électeurs ! J'y reviendrai.

Avec cette « diversité », le critère sélectif est plus que flou puisque le terme est constamment employé sans que son contenu ne soit jamais défini : de quoi s’agit-il exactement ? D’origine ? Dans ce cas, il faudrait davantage d’élus « issus de l’immigration » (mais laquelle ?). De couleur ? Dans ce cas il faudrait plus d’élus minorités visibles. De religion ? Dans ce cas, il faudrait des élus « musulmans » (comme le « préfet musulman » nommé en 2004 par Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur). De culture ? Bref, quelle est la « diversité » de la société française qu’il faut davantage représenter ? Quelle est la nature de la ressemblance au fondement de ce lien de représentation ?

Dans le cas français, en effet, la volonté de promouvoir la « diversité » en politique ne va pas de pair avec une valorisation du multiculturalisme (comme aux États-Unis et surtout au Canada), bien au contraire. Il suffit de voir le profil des élus de la « diversité » mis en avant par les partis majoritaires pour comprendre qu’ils ne sont pas choisis en fonction de particularités culturelles propres qui leur permettraient de parler à leurs supposées « communautés ». Ainsi, les conseillers municipaux parisiens de la « diversité » élus en 2008 ne sont pas des représentants d’associations communautaires réunissant des personnes de la même origine (comme par exemple, les Tunisiens de France), de la même religion (notamment dans des associations islamiques) ou de la même culture alors que ces associations sont nombreuses à Paris.

Dans la présentation corporelle de ces élus de « la diversité », aucun signe de particularité n’apparaît (pas de nattes africaines, mais des cheveux lissés). Dans leur prise de parole, pas un seul mot d’une langue autre que le français n’est prononcé, comme cela est le cas pour les élus latinos aux États-Unis pouvant s’exprimer en espagnol pour s’adresser à leur « communauté ». On court toujours derrière América !

Aucun signe d’appartenance religieuse n’est exposé : clairement, les élues de la « diversité » ne sont pas des filles voilées (on se rappelle ,le scandale provoqué, lors de la campagne pour les élections régionales de 2010, par la présence d’une « candidate voilée », Ilhem Moussaid, sur la liste du NPA multitrotskien dans le Vaucluse). Bien au contraire, elles se disent souvent attachées à la laïcité à la française. L’élu idéal-typique de la « diversité » est une femme (elles sont bien plus nombreuses que les hommes), souvent d’origine maghrébine (moins souvent noire, jamais asiatique), souvent d’origine populaire mais à la trajectoire ascendante, diplômée, plutôt jeune et souvent jolie, « moderne » et « laïque ».

Des différences notables existent néanmoins entre la gauche et la droite. L’UMP semble en effet plus encline que la gauche à penser le monde social en termes communautaires. Lors de la campagne pour les élections régionales de mars 2010, ce parti a fait le choix de s’adresser explicitement aux « communautés ». C’est ainsi que Patrick Karam, délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer et numéro deux sur la liste de Valérie Pécresse à Paris, a organisé une campagne entièrement axée sur les « communautés ». Il a monté des « comités de soutien » regroupant les électeurs en fonction de leur origine (« les Réunionnais », « les Français d’origine arménienne », « les Français d’origine maghrébine », « les Français d’origine serbe », « les Français d’origine libanaise », « les Français d’origine indienne », « les Français d’origine africaine », « les Mahorais », « les Français d’origine haïtienne », « les Antillo-guyanais »), mais aussi de leur statut de minorité (« les LGBT », « les personnes handicapées ») 7

Chaque comité avait un responsable qui est un insider : un handicapé, un Guyanais, une lesbienne, un maghrébin, etc. Ce responsable parlait à sa « communauté » en expliquant pourquoi, en tant que membre de ce groupe (en tant que réunionnais ou en tant que maghrébin), il fallait choisir Valérie Pécresse. En même temps, il formulait, à l’attention de la candidate, les besoins de sa « communauté », y compris d’ordre cultuel. Patrick Karma a été le maître à penser de Mélenchon avec son projet de créolis&tion de la politique et de la société française. Un Malek Boutih (qui n’a de cesse de condamner le « communautarisme », « l’islamisation » et est opposé à la double nationalité) incarne à la perfection l’idéal-type du minoritaire totalement affranchi de son origine que promeut le PS.

Si les élus de la « diversité » sont donc, aux yeux des partis qui les soutiennent, des Français racialisés, seraient-ils considérés comme étant plus aptes à conquérir un électorat minorité visible ? Les partis politiques considèrent-ils les électeurs racialisés comme plus propices à voter pour des candidats de la « diversité » même quand ils ne sont pas de la même « communauté » ou origine ? Bref, se disent-ils qu’un électeur magrébin voterait davantage pour un candidat noir que pour un candidat blanc parce qu’il partage avec le premier un statut de minoritaire ?

Un calcul électoral de ce type n’est bien évidemment pas ouvertement affiché par les partis majoritaires. Plusieurs éléments semble pourtant indiquer que cette croyance structure les stratégies partisanes de la « diversité ». Les candidats de la « diversité » sont en effet clairement concentrés dans des circonscriptions particulièrement diverses. Lors des élections municipales de 2008 à Paris, les arrondissements de l’est parisien (notamment les 10e, 11e, 18e, 19e et 20e), où les minorités visibles sont les plus nombreuses, avaient des listes bien plus diverses tant pour la droite que pour la gauche que celles de l’ouest parisien . Ce partage des tâches de représentation correspond pourtant à une même division sociale, les exemples de minoritaires « émancipés » n'occupent pratiquement pas de professions subalternes ni ne sont ouvriers.

Autre preuve de cette logique : lesdits « parachutages ethniques », à savoir le fait d’investir des candidats « divers » dans une circonscription « diverse » sans que ceux-ci soient implantés localement, comme si leur seul statut de minorité visible suffisait à en faire de bons candidats pour ce territoire. Et, à l’inverse, le fait de considérer que des candidats de la « diversité » ne sont pas adaptés à des circonscriptions « blanches ». Ainsi, Fadila Mehal se rappelle que, en tant que candidate du Modem aux élections législatives de 2007 dans le 19e arrondissement de Paris, on lui avait dit : « Vous allez retrouver votre électorat », ce qu’elle a vécu comme « une assignation identitaire ». De même, lors de la composition des listes pour les élections régionales de 2010, des représentants de l’UMP ne comprenaient pas pourquoi la secrétaire d’État Rama Yade, élue au conseil municipal de Colombes, s’entêtait à vouloir rester dans les Hauts-de-Seine, alors que le parti l’aurait plutôt vue dans le Val-d’Oise : « Rama Yade dans le Val-d’Oise sera bien plus « couleur locale » que dans les Hauts-de-Seine ».

Le refus d’une assignation raciale, très fortement exprimé par les minorités visibles du PS, est davantage ressenti par les candidats d’origine maghrébine que par leurs colistiers noirs. Ces derniers font plus facilement le lien entre la discrimination raciale qu’ils subissent du fait de la couleur de leur peau et la promotion de la « diversité » en politique et s’autodésignent souvent comme Noirs. En revanche, les candidats maghrébins, s’ils peuvent mettre en avant l’histoire migratoire de leurs parents, ressentent le plus souvent comme une imposition la « case » diversité et ne se désignent jamais ni comme Maghrébins ni comme Arabes. L’histoire migratoire des parents est d’ailleurs souvent une façon de parler d’une origine sociale modeste, de mettre en avant un attachement aux milieux et aux quartiers populaires où ces élus, tous en forte ascension sociale, ne vivent plus. Ils font ainsi de ce qui constitue normalement un handicap pour une carrière politique (un nom à consonance étrangère ou le fait d’avoir la peau noire) un atout pleinement assumé pour mener une carrière, tout en refusant une image carriériste d’eux-mêmes en présentant leur ambition personnelle comme une avancée pour la « cause » de la promotion de la « diversité » en France. Même à LFI il y a une certaine lucidité sur le sujet8.

LA QUESTION RACIALE STADE SUPREME DE LA QUESTION SOCIALE ?

On peut citer la prise de conscience des partis qui réalisent désormais que les Français racialisés constituent un important potentiel électoral ; les tentatives de la droite pour capter un électorat racialisé supposé déçu par la gauche qui auraient incité le PS à plus de volontarisme ; les débats sur le manque de représentativité des élus induits par la parité ; les réflexions engendrées à gauche par le catastrophique résultat des élections présidentielles de 2002 ; les émeutes de 2005 qui ont bruyamment rappelé l’existence de ces électeurs des « quartiers » ; le vote fortement anti-Sarkozy lors des élections présidentielles de 2007…

Le discours alarmiste sur la gauche qui aurait « perdu les classes populaires » (sous entendu blanches) est ainsi renversé par les « divers » du PS. Ces derniers préviennent leur parti d’un autre risque : les classes populaires racialisées, jusqu’à alors fidèles, pourraient s’éloigner, ou massivement s’abstenir, si elles ne reçoivent pas des signaux explicites, dont un effort plus important en matière de « diversité » des listes.

Les classes populaires sont ainsi racialisées pour mieux dissoudre la notion de classe et la question raciale devient indissociable comme stade ultime de la question sociale. Les minoritaires du PS refusent en effet d’isoler la variable raciale (comme le fait à l’UMP le Cercle de la diversité républicaine). Mal à l’aise dans le maniement du registre racial ils préfèrent employer des catégories comme « quartiers », banlieue ou milieux populaires (au lieu de parler de minorités visibles ou surtout de cette vieillerie « la classe ouvrière »), ce qui leur permet de parler de la race sans la nommer.

Pourtant, les élus de la « diversité » ne se sentent nullement ni « banlieues » ni « classe ouvrière », ils sont socialement franchement décalés par rapport aux électeurs des milieux dits populaires (pourtant majoritairement membres de la classe ouvrière) qu’ils sont censés représenter. Ceci est bien entendu vrai à Paris où les élus de la « diversité » des quartiers populaires sont, comme les autres, sursélectionnés socialement. Souvent, ils n’habitent même plus dans un quartier populaire. Si les élus de la « diversité » parisiens soulignent souvent dans leur présentation une origine modeste, le fait qu’ils sont issus de familles nombreuses, le travail ouvrier du père, tout dans leur langage et leur hexis corporelle les apparente davantage aux élites ou aux classes moyennes diplômées qu’ils ont intégrées qu’aux quartiers populaires (ou de la classe ouvrière dont ils proviennent certainement) .

Sélectionnant des « divers » plutôt diplômés, en ascension sociale et n’investissant pas l’espace de sociabilité des « quartiers », le PS et maintenant LFI promeuvent des élus éloignés socialement des habitants des « cités » distance que la racialisation de ces candidats ne peut, seule, résorber. Les élus de la « diversité » sont rarement des élus de la diversité sociale, ce qui n’est pas étonnant dans une conjoncture marquée par une très forte professionnalisation politique et ce, même au niveau local9 S’ils sont plus souvent issus des « quartiers » et des classes populaires que les autres, les élus de la « diversité » sont pour la plupart diplômés, ont intégré les classes moyennes ou supérieures et souvent quitté les « quartiers » de leur enfance. La « diversité » que ces élus incarnent est clairement davantage raciale que sociale, même s’il ne faut pas sous-estimer la différence existant entre des élus de la « diversité » ayant souvent connu une enfance populaire et des élus blancs qui, très souvent (à Paris en tout cas), sont issus de familles de classes moyennes, voire supérieures.

Lors des dernières élections législatives, on comptait 15 élus de couleur parmi les 22 députés et désignés dans les collectivités d'Outre-mer et une seule sur les 555 députés de la métropole. Il s'agissait de l'Antillaise George Pau-Langevin, aujourd'hui ministre déléguée chargée de la réussite éducative.  Un nombre record de candidats issus de la diversité s'étaient pourtant présentés à ce scrutin de 2007, mais une poignée d'entre eux étaient en position éligible10La diversité est pourtant quasiment invisible à l’Assemblée nationale. Même si les partis traditionnels laissent peu de place aux candidats « issus de l’immigration », ces derniers sont de plus en plus nombreux à se présenter à des mandats électoraux et n’hésitent pas à se présenter sans étiquette, l'idéologie républicaine marche à fond pour ces petits bourgeois arrivistes, et aussi avec le prétexte du « renouvellement » pourtant dans le même cadre bourgeois11.

Un certain M.Ferrat estime par ailleurs qu’aucune place n’est accordée au candidat issu de la diversité au sein du PS. « La mentalité des personnes issues de l’immigration que je côtoyais et qui sont restées au parti est de penser que l’on doit encore avoir un blanc comme leader. » « Moi, je pense qu’il faut arrêter de se dire que c’est pas pour nous. Cette époque est révolue ! Si on ne s’occupe pas de la politique, la politique s’occupe de nous car les lois touchent tout le monde », conclut le candidat. On a encore en France un problème de représentation des personnes issues de l’immigration dans la politique », ajoute-t-elle. Mme Bencharif remarque par ailleurs que ces personnes représentées en politique sont souvent des femmes, « à croire que l’on accole aux hommes issues de l’immigration l’image de délinquants ou de barbus », déplore-t-elle. Pour autant, elle ne se considère pas comme « une élue de la diversité » car elle n'aime pas ce terme et se dit contre l’instauration de « quotas ». Contre une « diversité de façade », M. Kanouté veut une « diversité réelle » mais pas question de tomber dans l’extrême avec l’idée d’un « tout sauf le citoyen blanc ». Le militant associatif défend avant tout l’idée d’une « diversité d’opinion et d’idéologie». « C’est vrai que les politiques n’ont pas volonté à mettre en avant les différents citoyens quels que soient leurs origines, leur religion ou leur milieu social mais nous nous ne sommes pas comme cela. Nous avançons simplement avec des personnes qui ont les mêmes valeurs. Et cela concerne aussi le citoyen blanc », ajoute-t-il12.

Le parti Égalité et Justice (PEJ) présente 68 candidats « issus de la diversité », officiellement pour redonner la parole à des « citoyens rejetés, oubliés, délaissés par les partis politiques ordinaires ». Hélas, les faits suffisent ici à contredire les intentions. Le PEJ est en réalité un parti communautariste qui promeut des candidats d'origine turque proches de l'AKP et farouches défenseurs du président turc islamo-conservateur Erdogan. Objectif : capter les voix des musulmans et renforcer le soft power de la Turquie en France et en Europe. Jusqu'ici, seuls la Licra et le Parti communiste français se sont émus de la présence de ce parti « qui compte en son sein des islamistes et des fascistes issus de la sinistre organisation des Loups gris »...

LA FAUSSE EMANCIPATION DU DROIT DE VOTE AUX IMMIGRES

Loin de ce révisionnisme racialiste honteux, il faut rappeler que le premier souci du vote pour les travailleurs immigrés et les étrangers en général a été posé par le mouvement ouvrier, pendant la Commune de Paris. La bourgeoisie ne le tolérera d'abord que sur le plan syndical au début du XXème siècle. C'est l'exigence économique qui précède le droit politique. Dans les années 1880, déjà, Paul Leroy-Beaulieu, un célèbre économiste libéral, écrivait que la France était comme l'Argentine : un pays qui ne pourrait pas se développer sans une immigration massive. Le million d'étrangers est atteint en 1881 ; ils sont 2,7 millions en 1931, et entre 3,5 et 4 millions aujourd'hui. Les Belges sont les plus nombreux jusqu'en 1901, puis les Italiens resteront en tête jusqu'en 1968, date à laquelle les Espagnols les devancent. On peut donner ces estimations, mais sans oublier que faire des statistiques, c'est travailler sur les personnes enregistrées. Or il y a toujours eu des « sans papiers », des « clandestins »13. Donc, les étrangers se sont progressivement vu reconnaître le droit de vote aux « élections non politiques ». Mais, alors que certains pays de l’UE ont accordé aux étrangers le droit de vote aux élections locales, en France, les immigrés non européens qui n’ont pas la nationalité française restent encore exclus du droit de vote aux élections politiques, ce n'est pas normal mais ce n'est pas grave vu ce à quoi aboutissent les élections bourgeoises toujours contre le prolétariat indifférencié. Ce droit de vote, mais seulement aux élections locales avait été promis, sans tenir parole, par les deux clowns Mitterrand et Hollande. L'Europe a créé cette fadaise de « citoyenneté européenne », et la gauche c'est pas mieux avec une « citoyenneté sociale ».

La question du vrai processus décisionnaire pour diriger la société, du réel vote de classe est étrangère à tous ces salmigondis racialistes et multiculturalistes. Le « vote libéré » est aussi incrédible que la « jeunesse révolutionnaire ». Pour l'heure le vote dit républicain reste la principale arnaque bourgeoise, et la jeunesse n'est pas plus révolutionnaire en soi que ma grand-mère. Le réel vote du prolétariat et la conscience de la jeunesse ne se réveillent et ne se révèlent qu'en période révolutionnaire dans la guerre des classes et pas des communautés ni des religions ni des querelles de bistrot wokiste.



Les divers cités des caves


NOTES

3Si le programme mélenchonien est un mélange de nationalisme économique et de promesses intenables, celui d'Anasse Kazib, qui n'a pu supplanter Poutou, du fait de sa dose grave d'islamo-gauchisme, est encore plus ridicule, dérisoire compil des fantasmes raciaux et pauvrement utopiques du gauchisme marié à la mode islamique. Syndicrate chez Sud Rail, Anasse Kazib se fait connaître en 2018 lors du mouvement social contre l’ouverture à la concurrence. Celui qui qualifie ses idées de « révolutionnaires » donne de la voix sur les piquets de grève et enchaîne les plateaux télévisés pour défendre les cheminots. Ses bons mots s’invitent un temps dans l'émission « Les Grandes Gueules » sur RMC. L’aiguilleur soutient les gilets jaunes avant de se joindre à la grève contre la réforme des retraites. Mais cela est sa couverture « sociale », le fonds politique est carrément débile (cf. son programme).

https://www.marianne.net/politique/gauche/presidentielle-2022-anasse-kazib-candidat-marxiste-et-adoube-par-les-decoloniaux

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/la-proximite-historique-entre-les-mouvances-islamistes-et-decoloniales-depasse-le-cadre-universitaire-20210419

https://www.revolutionpermanente.fr/Anasse-Kazib-2022-decouvrez-le-programme-de-la-campagne

4Ce fut en vérité une blague à la F.Hollande. Le 12 juillet 2018, l’Assemblée nationale a voté la suppression du mot race de la Constitution. Elle a considéré que l’espèce humaine est une et que ce terme est chargé d’un passé colonial et esclavagiste . Or c'est une connerie du révisionnisme des tutti quanti du gouvernement et de noria de gauche caviar et du gauchisme. Bien sûr que, morphologiquement on est obligé de définir des races diverses même si circule en nous le même sang. Les déblatérations dites scientifiques des bobos ne tiennent pas la route. Je préfère dire avec Bordiga qu'il y a une « espèce humaine » que se fiche des races.

5Les pires associations communautaristes comme le CRAN confirment leur rôle de contrefort de la mystification électorale, ce qui explique leur bon accueil dans les médias et leur ominprésence.

8"Parmi tous ces nouveaux députés de la "diversité", il y a très peu d'ouvriers ou de personnes issues de la classe moyenne", regrette-elle. "J'aurais préféré une diversité sociale. La plupart sont des CSP+ ", dénonce la candidate de la France insoumise Leila Chahid.

11Leila Chaibi avait déclaré qu'elle était "bien entendu satisfaite que le parlement risque de ressembler davantage à notre pays". "Ça fait d'autant plus plaisir de voir tous ces dinosaures politiques du vieux monde renvoyés aux oubliettes de l'histoire".