"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 20 février 2014

UKRAINE : MOURIR POUR DES MAFIEUX DES DEUX COTES ?





Pauvres journalistes dépassés par l’événement. Ils se posent la question d’une guerre civile quand celle-ci a déjà commencé depuis deux jours. Les pantins de la bureaucratie européenne gesticulent en faveur de possibles sanctions comme celles, avortées concernant le boucher Assad, quand il est déjà trop tard. Des dizaines de cadavres de manifestants jonchent les rues, abattus lâchement par les snipers policiers (ce qui nous attend demain ici aussi). Gigantesque ombre portée sur l’hypocrisie des JO de Sotchi, bâtis sur une surexploitation éhontée de milliers de travailleurs, le massacre qui se déroule sous nos yeux en Ukraine va changer la donne au niveau international à un autre niveau que lors des printemps arabes ou du tranquille glacis stalinien. D’abord le drame est directement près du cœur de l’Europe. Les images de la répression sont plus nettes et dérangeantes pour un pouvoir mafieux, vraiment à la solde de Moscou, qui ne cède pas ; on se souvient que les dictatures arabes avaient temporisé puis changé la direction de l’Etat sous pression américaine, limitant les dégâts sociaux. L’insurrection de la rue n’éclate pas dans un ciel gris, mais un peu plus de dix ans après la mascarade de la « révolution orange »… car finalement prolétariat et peuple n’ont rien vu venir pour mieux vivre mais subi une succession de mafias rivales du gouvernement et des oppositions. Le cas ukrainien est d'ailleurs plus intéressant que le printemps arabe disparu car il démontre le peu de fiabilité des élections démocratiques bourgeoises qui ne permettent que la promotion de requins arrivistes qui se servent de l'Etat comme moyen d'enrichissement; une manifestante a d'ailleurs eu cette réflexion géniale: "puisque les gouvernements sont tous pourris, il faut qu'on s'occupe nous-mêmes des affaires comme on le fait pour nos blessés par balles de la police"... Dans le combat de rue il n'y a plus ni fachos ni anars, bien que l'on aperçoive le drapeau noir et rouge et des groupes conduits par d'anciens soldats d'Afghanistan mais un peuple qui se bat à main nue contre la mitraille indépendamment de tout critère politique plaqué par les menteurs rétribués par les tueurs de l'Etat capitaliste.
 
Le pouvoir ukrainien se trouvait acculé depuis un mois entre la menace de sanctions occidentales visant les dirigeants et les milieux financiers qui leur sont associés, et le risque de faillite et d'effondrement économique s'il tourne le dos à Moscou. Après s'être détourné de Bruxelles (choquant sa propre population) le gouvernement mafieux avait obtenu un prêt russe de 15 milliards de dollars et une baisse du prix du gaz importé représentant plusieurs milliards de dollars par an. Mais Moscou, qui ne cesse de dénoncer un mouvement mené par des "radicaux", des "extrémistes", voire des "néonazis", n'a versé que trois milliards de dollars et dit maintenant attendre un retour au calme avant de poursuivre son aide.


APRES LA PLACE TAHRIR LA PLACE MAïDAN 
Dans le chaos ukrainien non seulement il n’y a pas d’équipe de rechange (ni islamiste ni orthodoxe…) mais la
puissance tutélaire de l’impérialisme russe ne veut pas céder… ni concéder, sûre de son impunité elle ordonne de continuer à tirer dans le tas. Or, la gravité de la répression dépasse les frontières de l’Ukraine et vient concerner la population européenne, classe ouvrière incluse, beaucoup plus directement que les printemps arabes, et pose la question d’une solidarité internationaliste face aux méthodes dictatoriales cyniques du pouvoir russe comme face à l’impuissance des guignols Hollande et Merckel, à leurs sanctions d'opérette et à leur lamentable légèreté (Fabius s'est barré pour un voyage de prestige en Chine). Depuis l'époque du rideau de fer les réactions occidentales ont toujours été et restent modérées (que Tartempion ou Poutine soit au pouvoir), restriction provisoire des échanges ou refus d'envoyer des boulons pour les boucliers des flics, l'Occident a toujours ménagé ses propres intérêts (cf. les matières premières de l'Est, le blé ukrainien, etc.) et conditionné son "ouverture" aux règles drastiques du FMI comme à l'humiliation du recouvrement des dettes.
La volonté des manifestants n’est pas limitée comme en France par un aller et retour Bastille République avec Mélenchon et Besancenot portant une triste banderole neuneu de tête, mais se manifeste par trois aspects, potentiellement révolutionnaires : tenir tête à la police qui tue par balles, kidnapper les policiers et solidarité de fer face à la mitraille. Du jamais vu en Europe depuis les chars russes en Tchécoslovaquie en 1968  La Pologne en 1981et la Géorgie en 2007 ! Du jamais vu au niveau des massacres! On n'a jamais su le nombre exact de meurtres d'Etat des répressions antérieures. Les tarés de Lutte Ouvrière parlent de centaines de morts en 1981 en Pologne ce qui est invraisemblable. Pour la répression de Poznan en 1956 on a estimé qu'il y eût entre 57 et 78 morts; le chiffre le plus sérieux, au milieu de milliers d'arrestation en 1981 en Pologne, fait état de 81 morts. Dans tous les cas récents comme la répression brutale en Géorgie en 2007 (après la 'révolution des roses' de 2003) il n'y a pas eu la vision d'autant de morts, qui plus est tués en direct devant les caméras du monde entier
Nul doute que si la lutte prend un tour social et déclenche la solidarité prolétarienne à l’Ouest le sanglant Poutine sera obligé de faire profil bas et de coopérer en catimini avec ses compères européens et Obama; ce qu'il fait déjà en faisant sauter le fusibles des chefs tueurs intermédiaires du sanglant Ianoukovitch...
Quels sont les scénarios possibles aujourd’hui à Kiev ?
Selon le spé Georges Mink : « Beaucoup de choses peuvent se jouer aujourd’hui. On est rentrés maintenant dans une situation de guerre civile. Le premier scénario, c’est celui de la victoire insurrectionnelle et de la création d’un pouvoir parallèle par les insurgés à Kiev. Ceux-ci engageraient alors un processus démocratique. Cette hypothèse n’est pas à écarter : les manifestants sont nombreux, armés et déterminés. Il ne s’agit pas que de groupuscules d’extrême droite comme voudrait le faire croire la propagande russe. C’est un mouvement pluriel et solidaire. Un mouvement social et identitaire, qui se bat d’abord pour une Ukraine libre et indépendante. En face, les forces spéciales ont d’abord reculé ce matin. Mais ce peut-être pour laisser la place à l’armée, qui aura consigne de mater les contestataires. C’est le deuxième scénario, celui du pire. Que des Ukrainiens tirent sur des Ukrainiens. C’est déjà ce qui est en train de se produire. Mais jusqu’où l’armée ira-t-elle ? Une partie des recrues de l’armée fera peut-être défection. Le troisième scénario se joue côté russe. La Russie veut à tout prix garder l’Ukraine dans son giron. Toute la question est de savoir ce que va faire Vladimir Poutine. Il peut très bien décider de lâcher Viktor Ianoukovitch pour préserver la paix en Ukraine. Il peut aussi jouer le jeu de la partition territoriale du pays de manière à récupérer l’Est et la Crimée. Mais ce sera au prix d’une forte répression car l’Est est aujourd’hui moins russifié qu’il ne l’était il y a dix ans. Une partie de la population de l’Est soutient la contestation. Poutine peut aussi envoyer en Ukraine des soldats russes sous uniforme ukrainien. Au fond tout le monde est piégé : les insurgés se battent sans beaucoup de perspectives, le pouvoir est disqualifié et n’a plus le contrôle de la situation, Poutine voit les choses tourner autrement qu’il ne l’aurait voulu, et l’Ouest est relativement désarmé. Tout le monde aurait donc intérêt à se mettre autour d’une table et à organiser un scénario de transition, qui passerait par des élections dont sortirait sans doute victorieuse l’opposition. Dans l’hypothèse d’une grande conférence, manque cependant une actrice, l’ex-Première ministre Ioulia Timochenko, toujours emprisonnée alors qu’elle est la seule véritable leader côté opposition (bof…).Que peut faire l’Europe ? Faire pression sur Viktor Ianoukovitch. L’UE dispose d’une gamme de sanctions personnelles : blocage des comptes, refus de visa, menaces de saisine de la justice internationale… C’est la volonté affichée notamment par la Pologne et l’Allemagne. La position affichée hier par le Premier ministre polonais Donald Tusk, favorable à ces sanctions, me paraît être la plus responsable. La Pologne ne veut pas d’un condominium russe à sa frontière, elle à tout intérêt à une Ukraine stable et pacifique. De même que l’Allemagne, dont les liens économiques avec l’Ukraine sont étroits ». Mais cet expert écarte l'idée d'une "guerre civile", car "il n'y a pas de combats entre différents groupes de population, mais un affrontement entre une partie de la population ukrainienne et l'État". Il voit cependant le risque d'un "processus de désintégration du pays", avec des administrations occupées par l'opposition dans l'ouest ou des rassemblements pro-russes dans certaines régions comme la Crimée. Ces foyers de tensions régionaux ont réveillé les craintes d'un éclatement de l'Ukraine, pays aux portes de l'UE mais berceau de la Russie, ancienne République soviétique où une partie de la population parle russe au quotidien, mais où la domination de Moscou reste vécue comme une humiliation dans nombre de régions.  Les pays occidentaux (UE et États-Unis) et la Russie n'ont eu de cesse depuis le début de la crise de s'accuser mutuellement d'ingérence et de pressions destinées à renforcer leur zone d'influence. (…) "il est impensable que le Maïdan (place du centre de Kiev occupée par les opposants) donne son accord pour des discussions" avec un président "qui a du sang sur les mains", explique-t-il. De l'autre, Viktor Ianoukovitch ne peut plus faire marche arrière, il a tellement attisé la violence qu'il est difficilement pensable qu'il ne soit pas poursuivi par la justice s'il quitte la présidence", poursuit-il ».

Les spécialistes ne sont pas des liseuses de la main. Un combat sanglant, commencé pour un rapprochement avec une Europe bourgeoise - qui n’offre aucune contrepartie -  se continue en réalité  en lutte nationale identitaire face à l’impérialisme russe, quand les journalistes se sont ingéniés en vain soit à accuser des « extrémistes de droite » soit à faire état d’une population « mêlée » ; or c’est oublier que l’Ukraine est en faillite économique complète et que la protestation contre la misère accrue est le moteur de la révolte insurrectionnelle. Ni la corrompue emprisonnée Timochenko ni le boxeur épais ne peuvent évidemment représenter la révolte ni présenter une alternative crédible. En l’absence de forces de classe prolétarienne distinctes et organisées (partis ou Conseils) la protestation risque de demeurer dans une sinistre guerre civile pour des objectifs étroitement nationalistes; après les Etats Unis et la Suisse, l'Ukraine est le pays où la population civile détient le plus d'armes à demeure...
Conséquence des espoirs illusoires placés dans les promesses de l’hétéroclite et impuissante bourgeoisie européenne, la révolte civile des ukrainiens est livrée au massacre par les forces policières mercenaires d’un régime corrompu jusqu’à la moelle et valet de Poutine[1]. Ce n’est pas un affrontement entre ukrainiens ou le fait d’extrémistes de droite et de "provocateurs anarchistes" comme le serine une partie de la presse officielle française, conciliante avec l’ogre russe, ni une remise en cause d’un président démocratiquement élu comme le chantent les commentateurs de l’ambassade russe en France, mais une sale opération de répression d’une aspiration à l’indépendance face à  la traditionnelle domination de l’ex-Russie stalinienne. Situation comparable à la terrible répression de la Hongrie de 1956 plus révolte nationale que révolution prolétarienne malgré l’érection de conseils ouvriers à l’époque. Sauf que la domination stalinienne n’est plus ce qu’elle était et que les populations ne sont pas prêtes à céder vu le massacre débridé et la circulation mondiale des images des meurtres des bandes armées
de l’Etat vendu à Poutine.Ce bain de sang plus visible que ceux du passé ne va pas redorer le blason olympique de Poutine (les jeux des "blancs" bien nourris, course à la promotion chauvine pour sportifs surtout fonctionnaires militaires)(*). Il est clair que des "instructeurs russes" guidaient les flics tueurs, et la Russie comme en Pologne de 1981 ne peut plus se permettre d'envoyer directement ses chars, mais elle reste derrière et intraitable même avec le chantage à la guerre mondiale.

(*) A l'origine les jeux du facho Coubertin sont un entraînement en vue de la guerre...

OU LA QUESTION SOCIALE N’EST JAMAIS LOIN

Dans une tribune du Libé moribond, un certain Quentin Boulanger a dit des choses très intéressantes :
« Il s’agit actuellement d’un mouvement différent de celui débuté en novembre après l’échec de l’accord d’association avec l’Union européenne. La révolution actuelle n’a pas été initiée par des questions de politiques étrangères mais bien par des motifs internes. La goutte d’eau qui fit déborder le vase fut l’adoption en catimini fin janvier d’une série de lois liberticides restreignant fortement les libertés d’association, d’expression, de rassemblement. Il s’agit d’une opposition entre un large spectre de la société et un gouvernement kleptocratique, corrompu et abusif. Ce n’est pas l’est contre l’ouest et Monsieur Ianoukovitch n’est pas coupable d’amitié avec le Kremlin mais bien d’abus de pouvoir, d’institutionnalisation de l’impunité et de la justice sélective. En clair, d’une dérive autoritaire qui lui a fait perdre sa légitimité aux yeux du peuple. Les leaders de l’opposition divisés C’est ce peuple qui est dans la rue aujourd’hui, et pas seulement les Ukrainiens favorables à un rapprochement avec l’Europe. Il y a aussi des libéraux, des communistes, des travailleurs et même des militants d’extrême-droite dont une minorité pourrait être qualifiée de néo-nazie, xénophobe et anti-démocratique.
Le conflit n’est donc plus politique mais social et même sociétal entre des manifestants décidés à ne pas reculer et à employer la force s’il le faut et un gouvernement paralysé qui ne sait comment réagir. A ce titre, la démission et la fuite du Premier ministre Azarov, suivi de l’échec de Monsieur Ianoukovitch à trouver un compromis avec les opposants Vitali Klitschko (Alliance Démocratique ukrainienne pour la réforme, libéral) et Arseni Iatseniouk (Front pour le changement, ancien bras droit de Ioulia Timochenko) puis du départ du président ukrainien en Russie au plus fort de la crise sont autant de données révélatrices. De l’autre côté, les leaders de l’opposition, Messieurs Klitschko, Iatseniouk et Tiahnibok (Svoboda, extrême droite) apparaissent divisés et incapables de fédérer les manifestants en vue d’une sortie de crise négociée et pacifique. Il semble que la diversité des citoyens descendus dans la rue est représentative du malaise général de la société ukrainienne mais c’est aussi un élément de blocage du fait de l’incapacité à coordonner les demandes de cette foule aux demandes multiples»[2].
Cet auteur voit bien là la plus grave crise en Europe depuis le démantèlement de la Yougoslavie, (et j'ajoute autrement plus grave que celles concernant la Géorgie et la Tchétchénie) mais veut croire encore à des discussions amicales avec Poutine, or c’est inévitablement vers une sale guerre civile que l’on va être entraîné, où une partie de l’armée ukrainienne va basculer aux côtés des manifestants d’autant qu’il y a déjà probablement plus d’une centaine de morts et que cela ne se pardonne pas. Le battage idéologique des affidés français de la défunte "révolution orange" + les accusations russes de "coup d'Etat financé par l'Ouest" vise à faire passer le soulèvement ukrainien pour ce qu'il n'est pas.
Ce n’est pas ici la lointaine Syrie avec ses boucheries quotidiennes de la population civile mais un massacre au cœur de la zone dite progressiste démocratique… Le camp pro-européen risque de rester déterminant comme espoir frelaté chez les manifestants martyres (cf. « Montrez ce que Ianoukovitch et Poutine font à notre peuple ! » ) mais le déshabillage des fausses promesses des Fabius et consorts finiront par mettre à mal l’hypocrisie impuissante des gouvernements européens et leur adoubement de fait du massacre. Une répression comparable à la famine des années 1930 ou à un écrasement par les chars russes comme en Tchécoslovaquie en 1968, entrainerait l’explosion de l’Europe et des conséquences sociales en Russie graves pour Poutine. L’Ukraine n’est pas la Tchétchénie, elle reste le berceau originaire de la Russie et le massacre des « frères ukrainiens »  s’il devait continuer à ce rythme… olympique ne pourrait être mis sur le dos de terroristes islamistes ! Car il est bien le fait de la férule sanglante du pouvoir capitaliste partout terrorisé par sa propre crise économique mondiale, partout complice et adepte du double langage dès qu’il s’agit de réprimer les vagues courageuses de révolte du peuple et du prolétariat. La répétition de la répression des peuples sous le sabre russe ne peut plus cacher qu'il s'agit d'une REPRESSION GLOBALE DU CAPITAL de soulèvements de la vie AVEC LA COMPLICITE DES POLITICIENS EUROPEENS, qui laissant faire, ont autant de sang sur les mains que Poutine et Ianoukovitch, à qui ils ont été d'ailleurs serrer la paluche.
C'est partout en Europe qu'il faudrait manifester contre la répression des bourgeois assassins complices Ianoukovitch-Poutine-Obama-Hollande-Merckel! Pour la prise du pouvoir par les Conseils ouvriers!





[1] Le fils du chef de l’Etat ukrainien, Alexandre Ianoukovitch, dont la fortune est estimée à plusieurs centaines de millions de dollars, n'est pas le seul Ukrainien à apprécier le climat helvétique. Les opposants locaux au régime de Viktor Ianoukovitch ont également évoqué la société Metinvest International, installée rue Vallin à Genève, qui appartient au milliardaire Rinat Akmetov, un oligarque proche du président ukrainien. Metinvest International, au capital de 50 millions de francs suisses (40 millions d'euros), est active dans le "commerce de matières premières, de matériaux finis et semi-finis, affaires commerciales et financières".  Alors que les opposants ukrainiens dénoncent la corruption généralisée du régime en place - dont une partie des millions aurait été envoyée vers la Confédération -, de son côté, le régime a demandé l'aide de la justice suisse afin de retrouver les millions de dollars qui auraient été cachés dans les banques suisses par Ioulia Timochenko, ancienne Premier ministre du gouvernement, et aujourd'hui opposante politique emprisonnée pour abus de pouvoir.

[2] « Sortir de la vision Europe contre Russie devient urgent », Libé de ce jour.

lundi 17 février 2014

LES SERGENTS RECRUTEURS DE TARNAC




 Vilipendés et pourchassés sous le tsar Kozy, revoici nos héros tarnaciens honorés par une tribune du Monde sous l’auguste appellation de « Le groupe de Tarnac » et qui se targuent d’une fabuleuse découverte : « L’antiterrorisme est un mode de gouvernement » ; le billet est signé par les dix épiciers de Tarnac, dont le fameux écrivain Julien Coupat rongé par l’anonymat et son inutilité publique.
Il y a une étonnante et bien peu ébruitée connivence entre la gauche bourgeoise au pouvoir et le terrorisme « de gauche ». On se souvient qu’une des premières mesures de Mitterrand avait été d’élargir, pardon relâcher les membres d’Action Directe, qui ne se génèrent pas pour récidiver. Avec le gouvernement Hollande il était naturel qu’on redonne la parole officielle aux terroristes d’opérette disons de mouture néo-debordienne dégénérée dans le cadre du principal journal gouvernemental d’un Etat qui allie dans une merveilleuse alchimie d’estrade démocratique le « facho Vallss » et l’écologie anti-industrielle et antiraciste. Derrière tout jeune anar excité ne se cache-t-il pas un futur vieil électeur de gauche repentant[1]. Que nous dit doctement la confrérie des marginaux insurrectionnalistes ?

« L'antiterrorisme est magique. Il a non seulement l'art de faire passer des chihuahuas pour des loups, mais en outre celui de faire taire toute protestation à son sujet. Deux lycéens de 15 et 16 ans dont on s'alarmait en janvier, entre compassion et surprise, qu'ils aient pris le chemin de la Syrie sont ainsi devenus à la fin du mois des « apprentis djihadistes » sous contrôle judiciaire. Et nul ne moufte. Deux gamins mis en examen pour « participation à une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », deux gamins ramenés de Turquie par des proches et cueillis à leur retour par la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) en guise de comité d'accueil. Tout est dans l'ordre, passons à la suite ».(Le Monde du 14-18)


Pas besoin  non plus de lire le blog snob anarcho-castoriadien ‘Lieux commun’ ni la tribune mondialiste morale certifiée  antiraciste et post-trotkienne de Yves Coleman pour vous faire une idée de l’indigence théorique et politique des ticouns   (traduction de ti cons en langage tarnacien) la nébuleuse de l’ex-comité invisible. En tapant  sur mon moteur de recherche ‘Hazan’ ou ‘antiterrorisme’ vous trouverez sur ce blog tout ce qu’il faut savoir sur ces cuistres et le petit commerce Hazan et Cie[2].
La suite du billet des honorables critiques expérimentés de « l’antiterrorisme de gouvernement » ne distingue en rien l’antiterrorisme de fabrique du gouvernement Sarkozy de celui aussi pitoyable du gouvernement Hollande. L’idéologie de fabrique des employés de la firme Hazan ne se préoccupe nullement du terrorisme idéologique bien pensant destiné à rassurer les masses sur l’utilité et la vigilance de la police. Non il se préoccupe de la vacuité « de jeunes gens… qui décident d’agir en conséquence » et que dont les « autoradicalisés » comprennent leur « engagement à combattre l’armée de Bachar Al-Assad » contrairement à la lâcheté dominante : « Moralement, il est vrai, c'est eux ou nous : ou bien nous sommes des lâches, des cyniques, des cœurs tannés qui assistent tranquillement au carnage du fond de nos sofas, ou bien nous avons affaire à des « monstres embrigadés en un mois sur Internet » au terme d'un « processus d'autoradicalisation fulgurant ». 

UN ENGAGEMENT GAUCHISTE QUI MENE AU SOUTIEN DE L’ISLAMISME OU/ET DU
CAPITAL FRANCAIS

Biberonnés à l’idéologie antifasciste de la Résistance nationale et au mythe de la révolution espagnole comme avant-garde de la destruction du nazisme, nos épiciers d’un gauchisme ringardisé exhibent leur ignorance des tenants et aboutissants de la grande mystification du XXème siècle en l’érigeant en modèle d’engagement : « Ici, gober le bobard est le prix à payer pour notre confort moral. En d'autres temps, on n'aurait pas attendu pour monter des brigades internationales de volontaires auxquelles auraient participé de futurs George Orwell, et c'est bien sûr de ne l'avoir pas fait que nous avons, en lieu et place, des Brigades Al-Nosra et des otages ». Ah le beau conte gauchiste récurrent des "brigades internationales" ces cocus de l'antifascisme embrigadés volontaires en Espagne pour se faire encadrer par chefaillons staliniens et anarchistes dans les prolégomènes de la future guerre mondiale impérialiste! Le cinéaste trotskien Ken Loach avec "Land and Freedom" a bien montré, par devers lui, que cette guerre d'Espagne ne fût qu'une sinistre préparation à l'embrigadement des esprits enfiévrés et grugés par une révolution qui avait très vite tourné court... les braves anarchistes qui avaient accourus apprirent surtout à marcher au pas et surtout à bannir les assemblées délibératives... Quant à Orwell, bel exemple d'épiciers ignorantins, il faudrait nous expliquer pourquoi il collabora avec les services secrets anglais et défendit l'impérialisme britannique durant toute la guerre...

Certes l’antiterrorisme des Sarkozy et Valls se sert de quelques présumés terroristes de papier pour terroriser (« terreur discursive) « l’ensemble de la population » (mais on ne nous dit pas quelle classe). Certes nous sommes observés jusque dans nos chiottes par la NSA amerloque et ses affiliées françaises. Mais quelle honte de mettre en examen « deux élèves de seconde » pas fichus de les passer leurs examens ! Mensonges du « secret-défense » ! Et vérité confondante : « Le Parti socialiste n'a pas plus le pouvoir d'être socialiste que celui de sortir du paradigme mondial, libéral de la sécurité. Quant aux magistrats, n'en parlons pas : comment oseraient-ils contredire la police de la société ? ».
Voilà un discours propre à flatter la nébuleuse anarcho-gauchiste des bobos habités par leur échec social et politique. Discours vaseux qui a peu de chance de « conscientiser les masses dans leurs sofas » vu les aigreurs contre la trop grande mansuétude gouvernementale à l’égard des « apprentis djihadistes » (cf. « qu’on les y laisse et qu’ils ne reviennent pas sur notre auguste territoire » selon le vulgum pecus) ; lequel gouvernement plaide à minima pour « décourager les autres petits jeunes radicalisés sur Internet qui auraient l'intention de se rendre là-bas ». La Fabrique des simplismes politiques se charge des « djeuns » révoltés :
« La perspective politique est à l’avenant. Face au délabrement en cours, il convient d’utiliser toutes les ressources de la démerde, vieille démangeaison anarchiste qui continue unilatéralement à voir dans les diverses formes de survies des résistances politiques exemplaires. Aux mensonges de l’État sur la menace des regroupements « barbares » du bas des tours – menace bonne à emporter une civilisation –, on n’oubliera pas, par exemple, d’opposer ses propres fantasmes, en soulignant notamment les aspects fraternels, subversifs, pour tout dire salvateurs, que les bandes, en regard de la solitude sociale, contiennent et propagent. Empli de la foi nécessaire aux missionnaires, « les invisibles » iront donc courir la banlieue nord de Paris pour peser l’âme de quelques « racailles » et déterminer si leur volonté d’en découdre ne serait pas l’effet d’une tiqqounnerie inconsciente »[3].

Deux reproches conviviaux au gouvernement de la gauche bourgeoise

Le premier : sa prétention à rééduquer des « gamins de 15 ans » par l’antiterrorisme ! Mais sur le fond l’indigence politique des plaisantins de Tarnac n’est qu’une apologie de l’invraisemblable « guerre révolutionnaire »… délaissée par not’gouvernement : « voilà qui permet à bon compte de faire un peu oublier la contradiction saignante entre la position officielle de la France envers le régime syrien et sa paralysie effective ».
Le deuxième (complexe dit Munich 1938)[4] « Ce qu'il y a de sidérant, c'est évidemment que depuis trois ans on laisse un peuple se faire massacrer, bombarder, torturer, gazer par tout un appareil contre-insurrectionnel déchaîné, et non que des jeunes gens trouvent cela intolérable et décident d'agir en conséquence ».
Selon nos épiciers anarchistes, sans leur père protecteur papy Hazan (blanquiste maoïste)[5], les « jeunes de 15 ans » ont un bon fond, mettre fin au massacre en Syrie. Soit, MAIS AU SERVICE DE QUI ? De l’impérialisme américain qui finance tel ou tel gang djihado-mafieux ? Au nom du chef de bande mercenaire Mahomet ? Au nom du petit ergoteur de la finance française Hollande ?
L’inanité et la nullité politique d’une telle dénonciation morale de l’idéologie antiterroriste n’est en fait qu’une nouvelle apologie de la guerre rédemptrice qui affabule à son tour sur le mensonge déconcertant des médias sur la volonté de certaines grandes puissances de mettre fin aux massacres contre les salauds Assad et Poutine comme s’il dépendait de tel ou tel impérialisme rival de faire cesser meurtres et viols, comme s’il fallait gober ce militarisme post-colonial « humanitaire » qui prétend mettre fin à des barbaries triviales entre cathos et musulmans ou entre « tribus » primitives. Comme en 1914 l’anarchisme révèle son habilité à choisir un camp, de préférence dominant et le plus mystificateur ; hier c’était la défense de la « patrie socialiste », aujourd’hui c’est « l’ingérence humanitaire » au nom d’Allah ou de la démocratie.
Comme on comprend l’intérêt financier des éditions La Fabrique et la préservation d’un lectorat critique pour le trust Le Monde obligé de dire des demi-vérités qui ne remettent pas en cause l’action impérialiste de leur gouvernement[6]. Les épiciers de Tarnac ne le disent pas mais ils ont tout lieu avec leur raisonnement complice, de se féliciter de l’opération militaire en Centrafrique comme ils peuvent déplorer l’inaction du gouvernement Hollande, voire son humiliation par le grand manitou Obama !
Quel prolétaire n’est pas choqué par cette guerre « mondiale » sous-jacente partout, au Moyen Orient, en Afrique, dont les horreurs nous sont exhibées chaque jour, dans ces zones où les attentats pissant le sang sont quotidiens ? Quel prolétaire conscient n’est pas choqué par la débauche d’argumentaires humanitaires pour justifier les bagarres terribles de l’ombre par milices interposées des grandes puissances en lice ? Quel prolétaire conscient ne peut pas vomir face au discours va-t-en guerre d’irresponsables anarchistes prêts à comprendre voire à soutenir des jeunes lycéens endoctrinés pour aller se faire zigouiller au nom de la justice foireuse d’Allah (où la croyance cesse d’être religieuse pour être létale), ce nouveau cache-sexe d’un impérialisme de sous-développés ?



CONSEILS AUX JEUNES PUCEAUX: FAITES L'AMOUR PAS LA GUERRE



[1] Lors de l’affaire de Tarnac, louche et  instrumentalisée par la police de Sarkozy et ses journalistes, les principaux politiciens de la gauche bourgeoise avaient apporté leur soutien « moral », les Voynet Cohn Bendit, Mamère, Braouzec, Hollande, etc.
[2] En  juin 2013 dans « Mutation de l’antiterrorisme ou le nouvel ennemi (présumé) de l‘intérieur », j’écrivais : « Comme l’antifascisme, l’antiterrorisme a pour fonction de faire passer les démocraties impérialistes pour des victimes. Les attentats terroristes de toute sorte servent en même temps d’enfumage pour voiler et répandre l’incompréhension sur les guerres incessantes des démocraties dominantes dans les aires où elles s’entredéchirent – avec chair à canon locale – pour maintenir leurs « chasses gardées » ou conquérir ce qu’il reste des marchés… ou des marchandages impérialistes. (…) L'errance sociale est le nouveau nom pour désigner le fondamentalisme religieux, nous voila bien avancés ! Le type qui tranche lâchement, et par surprise, la gorge d'un soldat est le soldat du nationalisme islamiste et on ne peut lui trouver des excuses à 2 balles ! Il est totalement mystificateur de vouloir faire croire tout simplement au déséquilibre de ces individus, comme ça, sans raison valable réelle ... De l'auto-enfumage! En admettant qu'ils soient effectivement des déséquilibrés, il faut savoir qu'ils servent au renforcement de l’antiterrorisme, doublé de la fable selon quoi l’acte terroriste serait la seule compensation à la misère sociale et au chômage de masse.
Sans doute on assiste à un envahissement des démonstrations religieuses largement permises par la bourgeoisie occidentale, alors qu’en Orient et en Turquie les populations dénoncent cet éteignoir calotin soutenu par l’Occident en pays arriérés comme chez les faux développés. Sans doute que cette société est tellement déshumanisée et pourvoyeuse d’exclusion généralisée qu’elle pousse nombre de laissés pour compte à  se jeter dans les bras de l’obscurantisme étroitement subversif seulement par la bombe ou le couteau, qui n’est que cette espèce de nihilisme anarchiste suicidaire qu’ils nomment islam radical.

Sans doute que les millions de laissés pour compte, les vagues « paumés » aussi (comme les journaleux les qualifient du haut de leur confortable mercenariat), les « populations marginalisées » confondues avec quelques tarés assassins, auraient des raisons d’avoir d’autres espoirs politiques pour sortir de la tutelle miséricordieuse du terrorisme et de l’antiterrorisme, en particulier la volonté de changer partout de société et de mettre fin aux privilèges des puissants et de leurs acolytes des partis et syndicats. Ce sera pour plus tard.
On nous abreuve de « paumés islamistes » et de "loups solitaires" mais les loups journalistes chassent toujours en MEUTE ! ».


[3] A lire sur le site de Lieux communs : « Tarnac, retour sur un aveuglement politique ».
[4] C'est-à-dire qu’il eût fallu que les démocraties capitalistes déclarent la guerre dès lors à l’Allemagne préventivement... Nos « djeuns » de Tarnac ont bien été à l’école de l’historicité bourgeoise moderne avec leur vieux maître Hazan, jacobin-anar le jour, et blanquiste-maoïste la nuit, national-révolutionnaire pour faire l’instruction aux jeunes lycéens « chihuahuas ». Quant à l'innocence supposée  voire à l'exemplarité supputée de merdeux de 15 ans, c'est un sommet de pusillanimité théorique de bobos ordinaires! Tant de faits divers démontrent que des mômes ou des ados sont capables des pires cruautés!
[5] Cf. mon article sur ce blog concernant les « premières mesures révolutionnaires » facétieuses et infantiles du jacobin dégénéré Hazan (L’insurrection qui revient de loin 10 janvier 2004) ; extrait : « L’apologie de l’émeute n’est que l’apologie de la marginalité et du jeune délinquant qui tient coopérative avec son deal au bas de l’immeuble, nouvelle catégorie révolutionnaire la « jeunesse » (du bas des immeubles) « jouera son rôle dans la mise à bas du capitalisme démocratique » : « Elle mettra en application la politique des halls d’immeubles qui vaut bien celle des émissions de France-Culture et des éditoriaux de la presse asservie ». Il est vrai que dans la société libérée du capitalisme démocratique le concierge aura perdu toute utilité car les clés des appartements seront autogérées par les habitants des halls d’immeubles ».

[6] Cf. lire l’excellent tract des bordiguistes : « A bas l’intervention militaire française en Centrafrique » : « Le gouvernement français a décidé à la mi-décembre d’envoyer plusieurs centaines de soldats en Centrafrique, officiellement 1600 pour une durée limitée, là aussi officiellement à 16 mois. Le grand quotidien bourgeois Le Monde parle à ce sujet de « pieux mensonge destiné à ménager une opinion publique peu concernée », mais l’expérience a suffisamment démontré que les mensonges « pieux » ou non, accompagnent toujours les interventions impérialistes (…) en réalité, l’impérialisme français a des intérêts bien réels en Centrafrique… notamment l’uranium » (22.12.2013).