"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mercredi 9 juillet 2008

EN AVANT VERS LA GAUCHE anticapitaliste à 200% !

(la pénible gestation du NPA par la LCR)

Ont été consultés et analysés pour cet article les ouvrages et article suivant :

- La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981) Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ? par Jean-Paul Salles (ed Presses universitaires de Rennes, 2005)

- Qu’est-ce qui fait courir les militants ? d’Yvon Bourdet (ed Stock, 1976)

- Hebdomadaire Rouge n°2254 (résolution des chefs LCR pour le Nouveau parti anticapitaliste) 29 mai 2008).

Hourrah, masses hexagonales ! La blogosphère a vu se lever un vent nouveau, de multiples courants d’air virtuels vont donner naissance à une tornade guévaristo-libertaire : le « site national du NPA ». C’est quoi ce sigle à la connotation inquiétante (NSDAP ?), négative (nosocomaniaque ?)… Ne tergiversons pas car les masses télévisuelles sont déjà au courant ce soir, Besancenot l’a déclaré lors d’un après-midi chez Michel Drucker : c’est le nouveau parti anticapitaliste cuisiné par la LCR. Nos trotskistes néo-tiers-mondistes, post-bréjnéviens, ex-soutiens électoraux de la bande à Mitterrand, ex-cavalier seul 100% à gauche, peuvent-ils apporter quelque chose de nouveau, ou au moins de vraiment anticapitaliste avec cette volonté sentimentale de « rassembler la gauche » ?

En page centrale de l’hebdomadaire Rouge (n° 2254, organe du vieux groupe), pleins feux sur la résolution du bureau politique, pardon de la « direction nationale de la LCR » : « Pour un anticapitalisme et un socialisme du XXIe siècle » ! Remarquons d’abord qu’au niveau de la sémantique les grands chefs du petit parti LRC ne sont pas fortiches, pourquoi accoler ainsi cette curieuse et vague notion d’anticapitalisme (anti-quoi et antique…) à celle d’un socialisme du XXIe siècle en laissant de côté donc celui présumé carbonisé des XIXe et XXe siècles ?

La résolution du futur feu bureau politique – gageons que ce caméléon restera dans la besace du fier facteur Besancenot – ne brille ni par son génie ni par ses nouveautés. On verra plus loin que la principale mystification réside dans la « mise en orbite du facteur prolétarien » par une organisation néo-stalinienne dirigée par des « docteurs » et des membres des professions libérales peu crédibles comme tels, non seulement par leur programme politique bidon, mais par leur situation sociale d’hommes aspirant au pouvoir, que leur profession intermédiaire ou marginale fruste. Le contenu de la « résolution » est aussi pauvre, médiocre et désespérant que tout ce que la LCR a pu produire depuis des lustres. Qui miserait un kopek ou un euro sur un tel vieux cheval sans tête qui court dans tous les sens? Les médias bourgeois ont bien fait monter la mayonnaise. Pas un éditorial d’hebdo ou de quotidien qui n’ait soupesé les chances du nouveau parti de « rassembler à gauche », de « doubler » un PS déconfit et déségolénisé, de faire oublier le lamentable survivor stalinien. Il ne s’agit pas d’une manœuvre ou d’un simple amusement médiatique pourtant, il existe la crainte d’un remake de 2002, bien que face à la droite pas grand-chose et à la gauche plus rien, le FN ait pu jouer les trouble-fêtes alors qu’à présent il est inexistant. Sarko n’est pas Badinguet et Besancenot n’est pas Victor Hugo.

La bourgeoisie est bien inquiète en catimini, avec les attaques incessantes portées par l’Etat du blaireau Sarkozy contre les conditions de vie des millions de prolétaires, de ne pas pouvoir compter sur un véritable parti d’opposition crédible. Et puis les sondages sont là, et reflètent malgré leur arrière-cuisine peu appétissane le rejet des vieux caciques politicards. Comment la masse anonyme ne serait-elle pas séduite par le petit Besancenot qui est le seul jeune, au milieu des vieux requins, et qu’il a une gouaille et un sens de la répartie qui en laissent plus d’un sur le cul ? Même s’il radote lui aussi des mots creux bovéïstes et boboïstes...

Le PS et le PCF sont les partis bourgeois qui ont le plus contribués à atomiser la classe ouvrière, ils ne voudraient tout de même pas que celle-ci leur dise merci ! Il ne faut pas oublier par contre que la LCR comme LO et les pétés lambertologues, eux, ont contribué à semer des illusions sur ces partis, et que nombre d’anciens de la LCR se sont retrouvés ministrés, ministrables et membres du club des dirigeants bourgeois du PS. Gageons que c’est là le seul avenir au facteur du 16ème, à la suite des ex Weber, Dray, Cambadéchu et Mélandéçu et compagnie.

FLASH-BACK : un peu d’histoire dans le magma de l’édition en faillite. L’édition est en faillite non pas parce que les gens achètent d’abord pour bouffer, ou parce qu’il y a trop d’éditeurs mais parce que la plupart des petits éditeurs comme les dominants ne publient que de la merde pipole et que les discours des râclures d’Etat valent qu’on reste illettré. Prenons tout de même mieux que « histoire d’une nuit à l’Elysée avec Nicolas », l’ouvrage d’un membre d’une école historienne trotskienne, « les amis de Dissidence » : « La Ligue communiste révolutionnaire : (1968-1981) instrument du grand soir ou lieu d’apprentissage ? » par Jean-Paul Salles (aux Presses universitaires de Rennes, comme le book de Vigna). Sans lien avec l’histoire révolutionnaire du XXe siècle (que ces thésards d’obédience trotskienne connaissent peu ou ignorent) ni une appréciation quelconque pour savoir en quoi cette ligue est révolutionnaire ou pas – l’auteur ne se demande même pas ce que peut être la révolution – on va nous entraîner dans la sociologie électorale et les petites cuisines des cénacles trotskiens de l’après-guerre, dont on a été saturé en 2002 (vous vous souvenez ? non, ah oui c’était surtout la hideuse peur lepéniesque qui avait ravi la vedette à nos « trotskysmes » hexagonaux lesquels avaient servi brièvement à animer la campagne électorale catastrophique pour le PS et son Jospin pour s’aplatir dans un « vote utile » pour « gangster Chirac ».

Pour l’heure, l’objectif est le même qu’en 2002 : se servir du trotskysme relooké en façade pour mesurer la possible consistance d’un parti de gauche se réclamant des masses exploitées et non pas des « multitudes électorales », ou aider le PS à se repositionner. La LCR par sa nature éclectique, par son salmigondis de prétentions du clientélisme bobo n’a aucune chance de devenir un parti de l’envergure du PS ni d’illusionner sur la nouveauté de son « ouverture large » guévariste, libertaire et écologique.

L’étude précise et bien informée de la trajectoire de la LCR ne peut pas être méprisée, elle est une indication, une réflexion approfondie de ce qui caractérise ou effraie face à toute organisation alternative, révolutionnaire ou pas, pleine de promesses et férue de machiavélisme au XXIème siècle. Pour cela elle nous intéresse et elle ne nous est pas étrangère. Ses militants ne sont pas des martiens ni des grands bourgeois, ils ont cru longtemps à la révolution, pas la nôtre certes, mais tromper perpétuellement sur la vraie nature de la bourgeoisie n’est pas un certificat de bonne conduite ni un brevet de révolutionnaire authentique. En outre ces post-léninistes ont mis de l’eau dans leur pastaga : ils prétendent ne pas souhaiter parvenir seuls au pouvoir sinon on sera encore obligé de dire que si ces « libérateurs » du capitalisme y parvenaient on dirait ensuite : comment se libérer de nos libérateurs ?

La présentation de la thèse de JP Salles montre quand même l’intérêt d’une étude sociologique des organisations. Le militant pur et dur antiparlementaire et antisyndicaliste vous daubera en martelant qu’on ne juge une orga que sur son programme ! Et s'ils n'ont pas ou plus de programme? Et quand les orgas ne sont composées que de bourgeois et de petits bourgeois qui prétendent parler au nom de… ? On verra plus tard, mais le hic n’échappe pas au présentateur qui lâche : « Toute nouvelle est la façon dont est traité le problème de l’origine sociale des dirigeants et militants de la Ligue, moins bourgeois dans l’ensemble qu’on ne l’a dit ; souvent d’origine juive, ses dirigeants rejettent l’antisémitisme comme le sionisme. L’auteur montre très bien comment pour toute une génération, la Ligue a été une formidable école de formation politique et professionnelle et pas seulement dans le journalisme ».

On laissera à d’autres le soin de s’interroger pourquoi dans la même phrase on nous parle de bourgeois et de gens d’origine juive. Au moins les dirigeants de la LCR ne soutenaient pas l’Etat d’Israël contrairement à ceux du PS en plus pro-américains. Mais il est malséant de parler de la composition communautaire des partis ; Henri Nallet s’est fait virer du gouvernement Jospin pour avoir estimé qu’il comportait trop de juifs et de protestants. Sarko en a tiré la leçon qui a su si bien doser la représentation gouvernementale des origines diverses.

Post 68 on savait que la ligue comptait nombre de juifs dans ses rangs et on s’en foutait ; Marchais n’a jamais dit que Cohn-Bendit était un « juif allemand », bien que sa diatribe ait instillé le soupçon, car la contre-révolution voit des juifs partout surtout dès qu’il est question d’ébranler l’Etat bourgeois apostolique et romain. Mais je jubilais moi aussi en chantant avec la foule « nous sommes tous des juifs allemands ».

On se disputait dans les lycées au contact du lilliputien milieu révolutionnaire renaissant, non sur l’origine communautaire des uns ou des autres, mais sur l’hystérique soutien à la Chine, aux « libérations nationales » donc sur les divers terrorismes tiers-mondistes (estafettes pour créer de nouveaux Etats) que tous les anciens récipiendaires « pablistes » nient avoir exalté et encouragé. La ligue fût certainement le groupe gauchiste le plus visible, le plus dynamique dans ses cordes, le plus remuant avec ses versatilités. Etait-ce un groupe vraiment révolutionnaire, un avorton opportuniste, un nouveau parti de type stalinien, une bande d’étudiants excités destinés à se calmer dans leur future vie active de cadres ? Les appréciations s’entrechoquaient. On avait du mal à crucifier cette ligue agitée face au paisible PSU et aux imbéciles maoïstes. De jeunes militants d’origine juive, en avance sur nous par leur esprit « apatride » avaient gagné notre estime sans que nous lions cette origine à une malfaisance quelconque (j’admirais le futur dessinateur de la LCR Piotr, compatriote du lycée Buffon, qui fût arrêté rue Gay-Lussac et en photo assis par terre en une de la presse le lendemain de l’émeute). Tous « juifs allemands » ? non : « D’autres militants connus – R.Prager ou P.Barsony (Piotr) - , sont nés de pères juifs hongrois, mais de mère allemande pour le premier et corse pour le second. Quant à écrire comme le fait A.Kriegel que les « jeunes aschkenazim se retrouvent plus volontiers trotskystes, les jeunes sephardim plus volontiers » maoïstes », nous lui laissons la responsabilité de cette affirmation » (p.308).

IMPOSSIBLE D’ESTOMPER LE PASSE DE LA BRANCHE TROTSKYSTE LA PLUS CAMELEON

Excepté l’organe du PS, le Nouvel Obs comme on va le voir, les journaleux en général n’ont pas de mal à répandre le mensonge d’une ligue pacifiée en 2008 puisque un grand nombre d’ex-militants trotskiens sont dans les bonnes places de journalistes à mouliner la fredaine de ce bon gauchisme rangé des voitures qui va (peut-être) blanchir à nouveau les vieux drapeaux de la gauche caviar qui ont servi de nappes aux conseils ministériels. Reconnaissez que la ligue en voie de NPA cultive l’ambiguïté avec son retour à un anarchisme bon teint couplé avec la gloire posthume du « terroriste » Guevara !

L’auteur de la thèse manifeste une complaisance intéressée à excuser la LCR de sa responsabilité dans la propagation de l’idéologie terroriste (p.263 et suiv.) à la traîne de la théorie fumeuse de « l’Etat ouvrier dégénéré », pourvoyeur lui aussi de gangs terroristes. Il présumait que, sous forme de livre, sa thèse n’avait de chances de succès de librairie qu’en flattant la nouvelle ligne électoraliste avec son Besancenot trop lisse pour être révolutionnaire, en amenuisant le fond de leur ancien discours pro-terroriste à distance. Or on ne peut pas oublier les affiches avec mitraillettes et discours vantant les divers guérilleros d’Afrique en Amérique du sud. Avec son salmigondis guévariste-libertaire, le prétendu nouveau parti anticapitaliste s’est de toute manière tiré une balle dans le pied avec le fameux déjeuner Besancenot-Rouillan (de l’ex Action directe). La presse bourgeoise de gauche a sauté sur l’occasion. L’organe théorique du PS, le Nouvel Obs, ne se gêna point pour indiquer qu’il ne voyait pas ce qui différencie un militant trotskiste, même relooké, d’un réactionnaire du FN, d’autant qu’ils se copient les uns les autres pour mieux se combattre… dans la façon de coller leurs affiches (je sais de source sûre qu’il y eût souvent des conciliabules entre chefs trotskystes et chefs du FN pour éviter de faire se rencontrer les colleurs d’affiches). Début juillet, avec son article « Besancenot, un Le Pen à l’envers », le lâche Claude Askolovitch fait dire à un autre qu’on devrait interdire l’extrême-gauche anti-capitaliste au même titre que l’extrême-droite. Le populisme louche de Besancenot ne se vérifie-t-il pas dans le fait que celui-ci a soupé avec l’assassin non repenti du PDG de Renault et du général Audran ? (non il était amiral, le Nouvel Obs a l’habitude des à peu près) : « de là à monter un parallèle avec les ex-tueurs passés de l’Algérie française au FN… ». L’hypocrite Askolovitch fait parler l’ex-LCR Weber, parvenu sénateur PS, pour relativiser sur cette « demi-secte » et mieux pourfendre un rival épisodique du parti gauche caviar mal en point. De la merde de journaliste corrompu…

Sans patauger dans les comparaisons glauques et déplacées de ce con d’Askolovitch, il faut voir l’invitation à déjeuner non comme une bêtise mais comme le souhait du comité central de la LCR en transition vers un espoir œcuménique de repriser la vieille union de la gauche mitée, une volonté de faire radical à bon marché sur le gentil plateau électoral. Peine perdue : Rouillan a largement payé d’années de réclusion mais n’est ni un exemple de révolutionnaire ni un « bon plan » pour rassurer les durs anti-élections sur une conservation en catimini de l’insurrectionnalisme de naguère!

Nul mieux qu’Yvon Bourdet, ex-membre de S ou B et cofondateur d’ICO (et moi plus modestement avec mes « trotskiens ») n’a aussi bien décrypté l’image agitée de la LCR première manière, concédons que la plupart n’étaient pas encore à l’âge où on vous octroie le droit de vote :

« On se forme en faisceau dans les rues, têtes uniformisées par des casques de moto, on chante, on crie, on hurle, éventuellement on frappe. L’ « idée » qui résonne sous les casques moutonnants est simple : montrer la puissance du groupe (auquel, souvent, on aura adhéré par hasard, et en tout cas rarement par connaissance de la théorie des autres groupes et du sien propre). (…) L’insignifiance de fait du but prétendument visé se manifeste par la versatilité : on pourrait évoquer, en caricaturant, ces « militants » et « militantes » qui ont successivement épousé la cause des Vietnamiens, des Algériens, des Palestiniens. Ensuite est venue l’heure des Chiliens expulsés ou émigrés ; enfin, il a fallu voler vers le Portugal. Cette inconstance et cette jubilation pour la cause « nouvelle » sont du même type que Don Juan : on n’aime personne, on s’aime aimant. L’arrivée de Pinochet au pouvoir ne rend aucunement périmée la cause des Palestiniens, et la révolution au Portugal ne résout pas la question chilienne, mais ces « militants » quelques jours, n’ont plus d’yeux que pour Lisbonne… Je le dis sans précaution : les militants libidinaux de ce type ne sont pas des militants, même s’ils constituent la majorité flattée par les « dirigeants » ; leur activisme excité par la nouveauté immédiate n’a rien de spécifique et ne se distingue guère – sauf par le goût de la violence au moins verbale – de celui des amateurs de jazz, des fanatiques du sport, voire des collectionneurs de timbres (…) l’expérience d’un demi-siècle n’a que trop prouvé que les militants de type léniniste (en tant que corps) constituent une nouvelle classe dominante »

(« Qu’est-ce qui fait courir les militants ? ed Stock 1976).

UNE RIVALE DU PARTI STALINIEN ?

Ce n’est pas pour rien que l’entrisme trotskiste dans le parti stalinien a produit son meilleur fleuron en la personne d’Alain Krivine. Le jeune Krivine, tarabusté par le vieux Pierre Frank, qui lui demande d’agrafer des brochures lors de leur première rencontre alors que l’autre se sentait gonflé par son aura de leader étudiant vu à la télé, signifie bien qu’il n’y a pas retour à la case départ (le trotskisme d’avant-guerre, réel courant prolétarien en lutte contre le stalinisme). Les « jeunes » passé à l’école du parti stalinien (avec l’excité Goldman et tutti quanti) veulent régner sur les brisées du parti stalinien, modèle et école. Singerie lamentable. JP Salles le note : « De la même manière que la Ligue, incarnation du vrai communisme, dispute au PC la direction de la classe ouvrière, elle tente de s’imposer dans ce lieu sacré de la mémoire ouvrière qu’est le mur des Fédérés. » Les lambertistes ont porté souvent leurs chrysanthèmes dans les mêmes lieux, eux aussi avec leurs amis francs-macs et Bergeron. La ligue n’a jamais démenti non plus son soutien au régime totalitaire de Cuba, incarnation de la lutte « anti-impérialiste » des sixities au deuxmillies : « les révolutionnaires n’en défendent pas moins Cuba socialiste (sic) contre ses ennemis » (p.70). C’est ce que le trotkysme nommait « soutien critique », comme aujourd’hui leur soutien à la gauche en « état critique ».

Dans la « saga de classe » oubliée des bougistes LCR, on peut se souvenir que la ligue ne désespérait pas de s’incruster en milieu ouvrier en dépit de ses références tiers-mondistes rédhibitoires pour les prolétaires européens sevrés par l’orgie « armée » de 39-45: « Les militants essentiellement étudiants de l’ancienne JCR se donnent pour objectif « d’aller aux masses », ouvrières surtout, et de renouer par-delà quarante années de « trahisons staliniennes » avec la tradition de Lénine et Trotsky » (p.71).

La tâche était rude pour ne pas dire insurmontable : « La place centrale donnée à la « classe ouvrière » est une idée unanimement partagée à l’extrême gauche. Avant mai 68, les militants maoïstes de l‘UJCml avaient déserté les facultés pour les usines, et les trotskystes de Voix ouvrière sont organisés autour des « feuilles de boites » qui leur permettent de stabiliser leurs contacts, procédant à une patiente « accumulation primitive » de militants » (p.74).

Les références politiques ne sont pas différentes des maoïstes, la position chinoise est jugée positive car « elle attribue une importance primordiale au mouvement des masses » (p.91).

Quelle différence entre maoïstes et trotskystes ? « Chez ces derniers (les maoïstes) il (l’établissement en usine) doit permettre d’extraire les idées justes des « masses », alors que les trotskystes se perçoivent comme les « éclaireurs » des « masses » (p.127).

Avec son insertion électoraliste dans la vie politique française, la ligue connaît un début de prolétarisation à la fin des années 1970, mais très « fonctionnaire » : « Bien sûr, beaucoup sont des enseignants, et les employés (agents des PTT et de l’EDF) sont plus nombreux que les véritables ouvriers de l’industrie » (p.153).

La ligue est la championne de la prise en compte de toutes les révoltes, de la facétie autogestionnaire des LIP au bucolique Larzac, de la jeunesse scolarisée au « travail armée », et du « travail femme » à celui des « enfants » et à la libération « homosexuelle », sans oublier la lutte foucaldienne pour les « malades, fous, handicapés ».

J’ai eu l’occasion de décrire par le menu dans mes « trotskiens » la versatilité de la LCR et ses modes successives sans éprouver le besoin de m’appesantir encore en détails sur ce caméléon politique moderne de la bourgeoisie libertaire assez unique dans l’histoire pour refléter tout de même notre époque de confusion des genres, de mixture de toutes les théories fumeuses d’une société décadente. L’intérêt du bouquin de Salles, bien qu’il ignore apparemment la critique incisive faite à ce courant aussi bien par le milieu révolutionnaire glorieusement méconnu, que par les anarcho-situationnistes et les lambertistes, est de révéler que la LCR est bien une organisation bourgeoise, non pas seulement par son programme caméléon stalino-libéral, mais par la direction sociologique de ses dirigeants. A pisser de rire. Bravo d’aborder les questions qui fâchent la plupart des orgas politiques qui se proclament radicales. Page 294 est évoquée « une lutte de classes à l’intérieur de la Ligue ? ». Ebouriffant ! Fuyez, fuyez prolétaires et ne votez surtout pas pour un tel organisme dirigé par… des bourgeois ! Sous l’inter-titre « Origine sociale des dirigeant(e)s de la LCR » on lit :

« Dans l’immédiat après-mai 68, les communistes rouennais sont excédés par l’activisme des militants de la Ligue. Ils s’emploient à les discréditer en rappelant que l’un de leurs dirigeants, JM Canu, « terriblement rrrrévolutionnaire » (sic) est un « enfant de bourgeois »(p.294). Plus loin : « Mais un certain nombre de militants parisiens en vue, les frères Krivine, P.Rousset, M.Recanati ou les frères Cyroulnik appartiennent à la petite bourgeoisie cultivée. Le père des frères Krivine était Stomatologue (…) Nous n’avons pas rencontré de très grands bourgeois parmi les ascendants des dirigeants de la ligue mais un certain nombre d’entre eux appartiennent à la catégorie cultivée de la population. Par les métiers qu’ils exercent – médecin ou dentiste – sans atteindre l’extrême richesse, ils sont à l’abri du besoin » (p.296).

Une dirigeante du comité central, dans sa lettre de démission fait état de « l’écoeurement des militants de province lorsqu’ils vont à Paris et dorment chez des copains dans des appartements très chics avec des chaînes à 1 et 2 millions » (p.297).

« En septembre 1975, la cellule de la LCR d’Avignon est composée à sa naissance de 4 professeurs, 3 internes en psychiatrie ou médecine, un ingénieur de l’Equipement et un jeune chômeur. Un des rares ouvriers locaux, sympathisant, est laissé en groupe taupe rouge du fait de ses « nombreux problèmes individuels » (p.297). Toujours le pauvre con de service.

Une organisation de la petite bourgeoisie et des couches flagada : « Les listes de souscription pour Rouge quotidien confirment cette image d’une organisation qui puise une partie importante de ses ressources dans son milieu originel, chez les étudiants et les enseignants » (p.298). « La présence à la LCR de médecins et surtout de leur implication dans la vie politique locale sont moins apparentes. En comptant les militants qui se consacrent à la direction nationale de l’organisation, comme le docteur Antoine Grimaldi, nous en avons dénombré une dizaine. A Paris, le chirurgien JM Krivine, le professeur de médecine MF Kahn ou le psychanalyste M.Hassoun sont très actifs dans les années soixante-dix ». Voici donc qu’un groupe longtemps extra-parlementaire se composait donc, à son commandement, de bourgeois docteurs, chirurgiens… comme le personnel des partis officiels du Parlement !

Puis, on apprend que la classe ouvrière (objet désiré et fantasmé de la révolution) est inexistante dans l’appareil qui se reproduit surtout dans le milieu interlope de l’Eduque naze : « Au cœur de la Ligue : enseignants et étudiants » : « Ainsi, après 1968, ce sont les étudiants toulousains devenus enseignants qui créent de nouvelles sections dans les villes du Sud-Ouest » (p.303).

L’étude de Salles est honnête concernant les « drop out », les échoués du système qui vont peupler nombre d’organisations contre le système mais pas forcément pour un autre monde débarrassé de l’arrivisme : « nombreux sont ceux qui interrompent leurs études avant leur terme, sans obtenir de diplôme professionnel. Ils se reclassent ensuite dans la fonction publique, les PTT, l’Inspection du travail ou l’enseignement » (p.305).

Ces échoués du système, de milieux défavorisés, sont souvent aussi lucides que les opposants dits ultra-gauches sur les tares de l’orga : « De nombreux textes dénoncent l’absence de fraternité entre militants : « les rapports cadre-militants n’ont souvent rien à envier aux rapports hiérarchiques bourgeois, écrit ce militant marseillais. La prise de parole est moyen d’affirmation, de domination sur les autres camarades » (…) « Il existe dans l’organisation une catégorie de militants – une race de Seigneurs (sic) - qui peuvent continuer à échanger en dehors des périodes de congrès, ce sont les membres du CC . Confirmant le constat du Montpelliérain, dans un texte public, Verla dénonce un « climat de suffisance » instauré par certains. Nous n’avons pas tous eu, poursuit-elle, « les mêmes conditions de départ, la même formation, les mêmes tâches familiales», aussi tant qu’on n’aura pas pris conscience des problèmes posés par ces inégalités, « les rapports de domination, d’oppression » existeront aussi dans l’organisation » (p.324).

Remise en cause du schéma léniniste d’organisation : « On trouve un écho de ce malaise dans le compte-rendu d’un débat de la cellule enfance inadaptée de Rouen qui pointe le doigt sur le fait que « pour beaucoup, l’organisation est devenue un but d’existence, réinstaurant par la même des phénomènes substitutifs de ce qui se passait à l’extérieur (hiérarchie, volonté de puissance) » (p.334).(…) « Y sont relevé plusieurs défauts couramment répandus, héritage de « nos déformations estudiantines après Mai 1968 » : langage codé, arrogance, verbiage, terrorisme verbal… ». Il demande que « les femmes et les ouvriers soient promus dans les directions ; cela passe par la création de crèches et un fonctionnement moins activiste » (pp. 334 et 335).

Puisque les ouvriers ne venaient pas au parti trotskien, il fallut engager les militants petits bourgeois à se transformer en ouvriers. Le « tournant ouvrier » eu rapidement du plomb dans l’aile pour les plus lucides : « Quant à Laurence Rossignol, elle explique que cette décision du congrès l’a amenée à quitter la ligue. Elle ne se voyait pas annoncer à ses parents modestes qu’après six ans d’études, elle allait s’embaucher chez Renault : « Pour aller s’établir, il fallait vraiment être des fils de bourgeois (…) C’est un truc d’aristocrates et de petits bourgeois » (p.336).

La LCR est bien décidément un lieu d’apprentissage pour passer corps et âme au service d’un parti bourgeois : « Beaucoup d’autres partent en groupe, Julien Dray et ses amis de Questions socialistes en 1982, Paul Alliès et ses camarades de Montpellier en 1986. Le passage au PS permet à ces militants de réinvestir le capital politique acquis à la LCR. Comme l’explique PH. Juherm, ils y ont appris à s’exprimer en public, y ont contracté de l’assurance et manient parfaitement les « thématiques politiques. A défaut d’avoir acquis un cursus scolaire prestigieux ou d’avoir conquis une position élective locale, ils sont devenus tout au long de ces années d’activisme des militants efficaces » (p.337).

JP Salles reste neutre, il ne tire pas vraiment les leçons de « l’école LCR ». Il laisse le soin à JF Sirinelli de considérer que : « la victoire de la gauche en 1981 a permis « le recyclage politique » des militants de la génération baby-boom : « l’extrême gauche rentre à gauche » (p.338). Mais il a une intuition géniale tout de même, les Pierre Frank et Cie malgré leurs confusions étaient quand même les héritiers d’une tradition révolutionnaire bafouée par la prégnance du stalinisme (et érodée par leur suivisme) ; le post-stalinisme, les Krivine et Cie s’y sont conformés en réintégrant le cirque électoral et en râclant les fonds de tiroir du stalinisme municipal: « Par contre, du fait d’une pyramide des âges non-conforme à celle du pays, la ligue n’a pu être le terrain de rencontre entre les diverses générations. Les anciens, ou très anciens, très minoritaires, ont été submergés par les baby-boomers, qui les ont parfois regardés avec condescendance » (p. 346).

Le vétéran et dynamique Michel Lequenne (80 ans), dans l’interview qu’il m’avait accordée en 2002, n’avait pas été explicite à ce sujet, mais j’avais bien eu l’impression qu’il était marginalisé lui aussi comme « vieux de la vieille ».

RIDICULISER LA CONSCIENCE DE CLASSE OU LES MILITANTS AGITES DU BONNET?

Les cocus de l’histoire restent des cocus. A défaut d’être reconnus par leurs dirigeants bourgeois (médecins ou ingénieurs) les militants « de base » ne sont plus que de petits arrivistes déçus ou qui compensent leur infériorité sociale : « A défaut de réussir dans la société, certains ont tendance à se satisfaire de leur « réussite » dans l’organisation. N’est-il pas plus valorisant d’être distingué par ses pairs plutôt que par une société dont on refuse les règles ? (…) La LCR ne peut-elle également apparaître comme une structure d’accueil pour « intellectuels déclassés » ? (…) Déjà, en 1895, Kautsky fustigeait les « prolétaires intellectuels » nombreux dans le mouvement social-démocrate, qui avaient tendance « à se servir du mouvement ouvrier pour y trouver un pouvoir politique ou idéologique que la grande bourgeoisie refuse dans ses institutions légitimes ». Comme quoi les « docteurs » et « maîtres de conférence » de la direction ont la base qu’ils méritent.

Yvon Bourdet, s’appuyant sur son expérience à Socialisme ou Barbarie estimait que tous les groupes vivent des mêmes mystifications :

« Au moment de se dissoudre, au printemps 1967, le groupe « Socialisme ou Barbarie », fort d’une expérience militante de près de vingt années (il exagère le groupe s’était effiloché depuis la fin des années 1950, ndt), dressait, sans indulgence, un bilan de son activité (au moins dans les derniers temps) : « Notre expérience a été que ceux qui sont venus chez nous – essentiellement des jeunes (il ne précise pas « étudiants ») – l’ont fait à partir , sinon d’un malentendu, du moins de motivations qui tenaient beaucoup plus d’une révolte affective et du besoin de rompre l’isolement auquel la société condamne aujourd’hui les individus, que de l’adhésion lucide et ferme à un projet révolutionnaire ». Dans ces conditions – et compte-tenu des circonstances économiques et politiques générales – le groupe (et c’était pourquoi il se dispersait) ne pouvait « au mieux (que) tenir un discours théorique abstrait ; au pire, produire ces étranges mélanges d’obsessionnalité sectaire, d’hystérie pseudo-activiste et de délire d’interprétation dont par dizaines, les groupes « d’extrême-gauche » offrent encore aujourd’hui tous les spécimens concevables ».

Bourdet était envahi par le doute sur l’intégrité des militants en général, s’appuyant sur le célèbre passage de Rousseau contre la prétention élitaire et Max Weber pour qui tout homme qui fait de la politique « aspire au pouvoir ». Il tentait tout de même de séparer le bon grain de l’ivraie par rapport aux « excités libidinaux » : « le militant est celui qui combat avec persévérance pour atteindre un but, général et généreux (qui dépasse en tout cas la sphère de ses intérêts propres et n’est pas l’effet d’un défoulement, même s’il éprouve « félicité » d’accompagnement, souvent d’ailleurs absente). Mais si se trouvent ainsi éliminés ceux pour qui « le mouvement est tout » il reste encore à faire un tri parmi ceux qui visent un but. Quel but ? ». Bourdet définira ce but « le premier stade du militantisme révolutionnaire comme une adhésion active et subordonnée à la cause de l’auto-émancipation du prolétariat ». Tout ce à quoi tournait le dos la bientôt ex-LCR et bien entendu sa nouvelle parure NPA comme on va le découvrir maintenant.

UN PROGRAMME ELECTORALISTE ATTRAPE-TOUT

La résolution du CC pour un anticapitalisme du XXIe siècle n’a aucune envergure et est très mal écrite. Comme tout le monde il est facile d’annoncer la catastrophe avec la crise bancaire, d’égrener les misères du monde, les émeutes de la faim, la crise énergétique qui fait frémir les conducteurs de 4X4, les obscurités de la lutte anti-terroriste, en notant au passage l’inévitable « crise globale et profonde du mouvement ouvrier » (en se gardant de révéler que c’est surtout de la crise de représentation de la gauche bourgeoise qu’il s’agit plus qu’une perte d’espoir en un avenir radieusement socialiste qui n’a jamais été très précis).

Où est la classe ouvrière dans cette ouverture théâtrale ?

« Notre anticapitalisme, notre volonté (sic) d’une transformation révolutionnaire de la société qui soit portée par l’immense majorité des travailleurs des villes et des campagnes ne tombent pas du ciel ». Non mais du comité central !

Qui va s’occuper de ce nouveau « socialisme réellement émancipateur » ?

« Le plus grand nombre dans une logique de satisfaction des besoins de la population ». Nos vieux trotskars seraient-ils devenus « communisateurs » ?

On retrouve ensuite pêle-mêle le même galimatias sociétal habituel : la lutte pour légalité des droits des sans-papiers, le droit des femmes, etc. On apprend que « la social-démocratie est en train d’achever sa mutation » et que celle-ci « transforme encore davantage le PS en gestionnaire fidèle du système » qui se social-libéralise « rompant les derniers liens historiques avec le mouvement ouvrier ». Et alors ? Vous vous apercevez seulement maintenant que le PS s’éloignerait du bout des ongles de Ségolène de ce bon vieux socialisme metterrandisé ! La « crise du mouvement ouvrier » se réduit à nouveau à la crise de la « direction révolutionnaire », pardon au déclin des PS et PC que vous soutenez toujours électoralement !

En s’adressant aux masses électorales, nos trotskiens pas très filous veulent les couper de « leurs directions » vieille rengaine usée jusqu’à la corde par le pater noster PCF dans les années 1950. Les enfants du néo-stalinisme radote le discours du père : « Nous voulons changer de gauche, pas changer la gauche ; reconstruire du neuf à gauche en rupture avec l’orientation prônée par les directions du PS et du PCF ».

On pourrait dire de la même manière « nous voulons changer de droite » ou « changer de gouvernement » que ce serait aussi ridicule. Le prolétariat est toujours absent de ce projet à facettes multiples où tout est mêlé de façon invraisemblable et incohérent : qu’est-ce que les prolétaires ont à foutre de « régler la crise climatique », « la crise alimentaire » et de « combattre les multinationales » ? En quoi le prolétariat devrait-il se mêler de « la lutte écologique, antiraciste et anti-impérialiste »? Est-ce sur ces plans idéologiques politicards qu’il va trouver sa force pour renverser le capitalisme ? Ou dans ses grèves économiques et politiques ?

Qui va s’occuper de coordonner « ces (tartignoles) luttes de résistance à l’échelle mondiale » ? Qu’est-ce qu’on se fiche d’une « Europe des travailleurs », vieux brouet trotskiste dont Lénine s’était moqué d’ailleurs !

Ils nous ont déjà fait le coup du parti qui ne prend pas le pouvoir, rebelote : « Nous ne souhaitons pas le pouvoir pour nous-mêmes, mais comme instrument pour un mouvement d’en bas ». Que les choses sont dites de manière raffarinesque ! On devine qu’ils sont prêts à nous refaire le coup de « l’Etat prolétarien » au service de la population d’en bas !

Le nouveau membre Rouillan sera-t-il le prochain Antonov-Ovsenko de la prise du Palais de l’Elysée ? Non car toute idée de violence est esquivée, oubliée l’exaltation de la mitraillette vietnamienne. Est supposé une sorte de nouveau mai 68 « qui commencerait à contrôler la marche de l’économie ». Et ce disant on fait l’impasse sur tout affrontement de type guerre civile puisqu’on sous-entend que la victoire sera électorale. Mal fagoté le raisonnement du CC se mord la queue. S’il parle d’un parti de rupture, non pour unir la gauche mais en rêvant se passer de ses « directions » sociales libérales, et hop « la question du pouvoir sera posée » !

Oui et alors ? Et quoi ? Il se passe quoi avec cette question ? Rien. Réponse immédiate, lamentable, courtelinesque et marchaisienne : «Un parti, c’est, pour nous, une force collective et démocratique. Un rassemblement de militantes et de militants (tu parles d’un rassemblement !) unis autour d’un programme commun » (hips !). Puis blabla sur « l’indépendance des équipes syndicales », « construire une force qui vote » (lamentable !). Mais qui vote les gens ou le parti ? ce parti, cette « force qui combine activités nationales et déclinaisons locales » !? Les mannes du NPA ne sont-ce pas des syndicalistes, des associatifs, des altermondialistes, des militants antiracistes et de la diversité ( ?). Le CC veut nous faire le coup de la pyramide à l’envers avec tous ces bœufs ficelés à l’avant de son char NPA, auréolé du même charivari trentenaire trotskien éclectique, marmelade de la somme des revendications des néantissimes et divers courants d’agités petits bourgeois et de bobos avec résidences secondaires chauffées avec panneaux solaires.

C’était la LCR. C'est le NPA sans programme et amnésique.

Continuité dans la simili rupture, le NPA hérite des mêmes tares de la LCR, qui n'illusionne pourtant personne avec son ravalement de façade. Laissons la conclusion au fin Yvon Bourdet: "Les gauchistes consolident objectivement le statu quo; leur critique du possible-imparfait contribue à rendre impossible tout changement".

Hors du remue-ménage de ces clowns officiels, hors des radotages des minuscules sectes paranoïaques de révolutionnaires petits bourgeois engoncés dans un raisonnement circulaire, il faut miser sur un nouveau véritable parti révolutionnaire, avec un PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE qui laisse respirer le prolétariat et qui ne se substitue pas à lui dans ses tâches de réorganisation de la société future, qu'il est le seul à pouvoir mettre en oeuvre par sa place même dans la société bourgeoise d'aujourd'hui.

Vive Rosa Luxemburg!

Vive le prolétariat universel!

"Bien dit, vieille taupe, eh eh! tu creuses vite! Fameux pionnier! "

Hamlet (I, 5)

mardi 8 juillet 2008

DESORMAIS QUAND IL Y A DU CHOMAGE PERSONNE NE S’EN APERCOIT

(Réponse à M. Nicolas Sarkozy, Président de la République bourgeoise chinoise en exercice)

M. Le président de la République,

En tant que citoyen de seconde classe (la classe ouvrière), voire même de non-classe si l’on suit à la lettre votre dernière provocation (« Désormais quand il y a une grève personne ne s’en aperçoit » lors d’un colloque de votre cour de politiciens) je me permets cette modeste contribution que votre espion-WAP aura, je l’espère à cœur de vous soumettre pour le sérieux de son indignation et ses arguments imparables.

A première vue, comme je vous comprends. Vous rappelez vos syndicats à leur insignifiance. Ces thermomètres d’Etat ont essuyé tout récemment une belle déconvenue avec l’indifférence des travailleurs pour leurs manifestations weight&wachter présumées défendre les retraites et le gadget jospinien des 35 heures. Vous leur donnez le coup de pied de l’âne : « faites mieux la prochaine fois et je célèbrerai votre sens du dialogue, avec les mêmes compensations financières que pour les syndicats-maison de la RATP » (cf. Marianne n°582, « comment la RATP achète ses syndicats »).

A mon échelle dérisoire, je me suis mis dans votre peau de chef d’Etat dans l’alcôve élyséen, bercé par les ritournelles de la belle et intelligente Carla. Délaissant du regard la belle, je me suis tourné vers la bête :

- Qu’est-ce qui coûte le plus cher à l’Etat bourgeois?

- les retraités ou les chômeurs ?

Comme vous je n’y comprends pas grand-chose à l’économie, (mais j’ai des amis qui m’aident), et après maintes discussions comme vous avec vos conseillers, j’ai vite saisi que s’il y a de moins en moins de gens qui travaillent, bien que ce soit dans la logique de la baisse tendancielle du taux de profit si bien mise en valeur par Karl Marx, et de plus en plus d’assistés et de pensionnés, c’est que le système ne tourne plus rond. Il devenait impossible, j’en conviens, de prétendre faire avancer les profits capitalistes (en langue soft sciences-Po « équilibrer le régime général ») avec des retraités de plus en plus nombreux, plus nombreux que les chômeurs surtout ! Vous avez donc pesé pour inverser la tendance. Miracle : il y aura peut-être de moins en moins de retraités et de plus en plus de chômeurs ; et d’étudiants longue durée inutile et de difficultés pour les travailleurs non-nationaux pour obtenir des papiers « régularisatoires ».

Les chômeurs coûtent moins cher que les retraités à l’Etat bourgeois et ne votent pas. Les retraités votent mais ils votent BIEN en général car ils ne se sentent pas diminués comme citoyens. Et les retraités pauvres, car il y en a de plus en plus, votent bien aussi, surtout gauche caviar en coulisses. En tant que chef de l’Etat vous avez la vertu pour vous. Vous avez exigé que les entreprises embauchent désormais les quinquagénaires. Impeccable du point de vue propagande vertueuse, même si on sait que les entreprises n’embaucheront pas plus qu’avant les « vieux » après 45 ans !

Enfin vous avez été en totale conformité avec votre discours de candidat en faisant avaliser la principale réforme : la retraite à 65 ans. Les énarques et la bourgeoisie chinoise vont en sont infiniment reconnaissant. La patronne des patrons, Laurence Parisot, vous l’avez ridiculisée alors qu’elle s’en tenait à un ridicule minima «Est-ce si catastrophique que ça de partir à la retraite à 63 ans et demi ? Si « on » décide de partir à 63 ans et demi, on pourra équilibrer le régime général.»

Pourtant, vous savez bien qu’il n’y a pas que les retraités qui soient « à la charge » de la société (en langue sciences-Po : les anciens cotisants sont des feignants): c’est l’ensemble des non-actifs ou considérés comme tels (enfants, étudiants, personnes âgées, femmes au foyer, chômeurs) qu’il faut prendre en compte et rapporter aux actifs. Dès lors le rapport est beaucoup moins défavorable : 16,3 inactifs pour 10 actifs en 1995, 14,7 pour 10 en 2005, 15,2 en 2020 et 17,3 en 2040. Comme on le voit, c’est d’abord une baisse de ce rapport qui va se produire, et une légère remontée d’un point en 2040 par rapport à 1995. Rien d’insurmontable donc… Chacun peut l’observer autour de soi : du fait de temps d’études et de formation allongés, des périodes de chômage et petits boulots, l’âge d’entrée dans la vie active recule sans cesse. Alors qu’il y a trente ans il était courant d’être « actif » à dix-huit ans, aujourd’hui c’est 25 ans, parfois plus. Retenons pour voir l’objectif du gouvernement d’aligner tous les salariés sur une durée de cotisation de 40 années et faisons le compte : 40 années à partir de 25 ans, c’est la retraite à 65 ans. L’objectif du MEDEF est en vérité de 45 annuités, 70 ans. Le travail c’est pour la vie, la retraite au flambeau ! On nous explique en effet que, du fait de l’évolution démographique (dixit sciences-Po), il y aura 7 retraités pour 10 actifs en 2040, contre 4 pour 10 aujourd’hui. Sachant la grande inertie des mouvements démographiques, ces prévisions sont plausibles. Mais la façon de calculer est vicieuse et il ‘y a que les zombies d’ATTAC pour prétendre refuser d’opposer secteur public et privé. A-t-on jamais vu un Etat bourgeois qui voulait cesser de diviser la classe ouvrière ?

Selon une étude de l'INSEE publiée en 2006, les régimes spéciaux, qui bénéficient à moins de 25 % des Français (dont de généreuses retraites pour les anciens garde-chiourmes cadres), généreront à l'horizon de quelques décennies plus de la moitié des déficits. Ces arguments n'ont pas laissé le très poujadiste syndicat SUD insensible, qui propose une solution de choc : « yaka faire payer les patrons et les actionnaires ! ». La démonstration est éclatante. Mais elle repose sur un postulat fort contestable : celui que l'accroissement des prélèvements n'a aucun effet sur l'activité économique.

Que dit SUD ? « Le Produit Intérieur Brut » (le PIB), c'est-à-dire la richesse que nous produisons collectivement dans le pays, continuera d'augmenter ; il y a 40 ans, les retraites coûtaient 6% du PIB, 12 % aujourd'hui et 18 % dans 40 ans ». Jusque là rien à redire. Poursuivons la démonstration : « le coût des retraites représentera 540 milliards d'euros dans 40 ans sur un PIB de 3000 milliards, c'est plus qu'aujourd'hui mais laisse 2500 milliards à d'autres dépenses ». La solution est donc simple : « ramener les profits que patrons et actionnaires se font sur le dos des salariés à ce qu'ils étaient il y a 20 ans (et c'est déjà beaucoup trop) dégagerait chaque année une somme 40 fois supérieure à ce qui est présenté comme nécessaire pour sauver les retraites ».

Les années 70 – 80 auraient elles donc constitué l'âge d'or du salariat dit « embourgeoisé »? Les données chiffrées semblent donner raison a priori à cette thèse. Au début des années 80, les salaires, (c'est à dire ce qui est versé aux salariés et l'ensemble des charges sociales payées), représentent presque les 2/3 du PIB, contre un peu plus de la moitié en 2006. Il serait pourtant très rapide d'affirmer que les salariés ont été gagnants. Jusqu'au milieu des années 85, la politique française est largement d'inspiration keynésienne – que ce soit avec Valéry Giscard d'Estaing ou François Mitterrand - : il faut soutenir la demande, ce qui veut dire « soutenir les salaires » et « faire payer les patrons ». Avec 2 conséquences : les salaires réellement payés (c'est-à-dire incluant les charges dites patronales, qui ne sont que du salaire prélevé) tendent à dépasser la productivité du travail, ce qui signifie que certains salariés vont coûter plus chers qu'ils ne produisent et que les marges bénéficiaires des entreprises s'érodent. Laissons Patrick Arthus (économiste appartenant au Conseil d'Analyse Economique et au Cercle des Economistes) commenter la situation cette époque : « Le résultat ne se fait pas attendre : chute de la profitabilité des entreprises, arrêt de l'investissement productif (croissance zéro en 1983), envolée de l'inflation, hausse des taux d'intérêt ... A la fin de 1981, le chômage, la mévente des produits français, l'arrêt des investissements ... condamnent l'expérience ». De plus, le coût élevé du travail a incité les entreprises à privilégier les technologies les moins créatrices d'emploi. Les entreprises travaillent pour dégager un bénéfice. Que celui soit absent, et les entreprises réduisent leurs investissements. Au détriment de l'emploi et du niveau de vie de la collectivité. L'analyse de SUD comporte un second point faible. Ce qui n'est pas versé aux salariés irait selon l'analyse de ce syndicat dans la poche des « patrons et des actionnaires ». Mettons que seules les entreprises du secteur marchand ont « des patrons et des actionnaires ». Quelle est la part réelle du PIB que ces derniers « s'approprient »? 7 % avant impôt !!! C'est que la notion de valeur ajoutée brute affectée au capital est un fourre tout. Elle rassemble par exemple le loyer perçu par un particulier propriétaire d'un bien immobilier ou les intérêts des livrets d'épargne détenus par les ménages. Il en va de même pour ceux propriétaires de leur résidence principale : ils reçoivent un loyer fictif représentant le loyer qu'il devrait se payer. Il en est de même pour les administrations qui perçoivent des revenus du capital (loyers, interêts, dividendes ...) dont une éventuelle diminution devrait être compensée par des impôts supplémentaires.

La valeur ajoutée brute, de plus, n'est pas la mesure de la richesse conservée. Pour les entreprises, elle va servir à payer les intérêts des emprunts. Il faut également déduire les amortissements, qui représentent l'usure des biens de production (matériels, bâtiments, incorporel ...), qui sont des charges importantes. Bref, la confiscation intégrale des « profits » ne permettrait pas de financer la hausse attendue du poids des retraites !

Il y a surtout un élément effrayant. C'est la facilité avec laquelle SUD envisage de prélever des richesses produite par d'autres pour financer une « non création de richesse » au profit de quelques uns. Comme sous l'ancien régime, le citoyen redevient « taillable et corvéable à merci ». Au détriment de l'emploi et du pouvoir d'achat.

L'inconvénient majeur du régime par répartition est son aisance à cacher l’enflure du parasitisme des couches successivement ajoutées à ce régime bien plus responsables des déficits que la masse des pue-la-sueur : cadres, militaires, paysans, petits commerçants. En effet, si la classe ouvrière des générations actuelles de retraités avait imposé des garanties de retraites honorables nécessaires à la paix sociale dans les trente glorieuses de la « reconstruction », les présidents qui vous ont précédé n’avaient rien trouvé à redire à en faire profiter progressivement les couches petites bourgeoises. La misère des vieux prolétaires avait toujours été avant-guerre un ferment de révolution sociale. Les régimes spéciaux (retraite à 50 ou 55 ans) furent créés car l’espérance de vie des cheminots était de 50, 52 ans et qu’il fallait, pour la police et l’armée, avoir une politique attractive ; sans oublier que les militaires retraités fournirent longtemps de bons garde-chiourmes d’entreprise pour leur deuxième vie sociale. Idem pour les dits services publics, leur faible rémunération et espoir de carrière n’auraient pu attirer des impétrants sans « avantages en nature » et retraites précoces.

QUEL ELOGE DU TRAVAIL ?

M. Le Président, vous avez parfaitement réussi votre campagne électorale avec votre éloge du travail. Il fallait redresser la barre ou continuer à se couvrir de ridicule face au monde entier. La diminution du temps de travail et le combat pour les vacances avait toujours été jusque là dans le mouvement ouvrier une exigence normale et même révolutionnaire. Parvenus aux 40 heures et à six semaines de congés payés, nous les prolétaires avions des raisons de satisfaction, même si le temps passé dans les transports en commun rapprochait un grand nombre d’entre nous des dix heures par jour de nos ancêtres du XIXème. Le gadget des 35 heures de M. Jospin et Me Aubry n’avait passionné que les couches supérieures du salariat, vous le savez. Les garde-chiourmes pouvaient aller plus souvent dans leur résidence de campagne, au ski ou aux Baléares. Après un véritable casse-tête lors de leur mise en place par le management suiviste des services publics, cette mesure avait parfaitement réussi à renforcer la division de la classe ouvrière entre secteur public et privé où, dans ce cas, la mesure était suicidaire économiquement, sans compter que la tricherie a continué car « un cadre n’a pas d’heure » ou alors il n’est plus un cadre ! Je me suis franchement marré lorsque j’ai lu la déclaration hier du président du syndicat des cadres qui déplore que ces cuistres écopent de 17 jours de travail en plus avec votre réforme ; si nombre de prolétaires subalternes n’étaient pas aussi concernés je rirais encore plus fort.

A la différence de l’élection de Mitterrand en 1981, ce gadget du gouvernement Jospin n’était pas accidentel, mais une mesure de compensation provisoire pour l’électorat bobo. Chirac et Villepin n’eussent pas dû dissoudre, alors il fallut composer. Le PS garantissant la continuité du gouvernement bourgeois, avec la même constance dans les attaques anti-ouvrières, il lui fallait aux yeux de l’opinion (cette pute sans morale) se différencier apparemment de la droite au pouvoir. La mesure fût au bout du compte aussi funeste que les actions du premier gouvernement Mauroy pour temporiser avant les rééquilibrages des bourgeois Fabius et Rocard, puis le retour des « méchants » de la droite. A chaque fois, comme sous votre jeune règne, les syndicats ont accompagné les modes gouvernementales. Il faut le reconnaître, ils vous ont totalement épaulé pour vos réformes. Vous nierez évidemment les avoir acheté comme vous niez l’achat de la libération de madame Bettencourt. Il n’en demeure pas moins qu’ils révèlent leur degré de corruption et de compromission à chaque fois qu’ils crient au feu, comme pour l’heure ils s’égosillent concernant le statut de la poste. Quand les syndicats dénoncent une attaque frontale de votre Etat c’est pour mieux la faire passer.

« Travailler plus pour gagner plus ». Personne n’a vraiment compris le sens de votre courageux radotage. En vérité, tout en agitant un billet aux yeux des classes pauvres, vous vous adressiez au patronat et à tout les petits capitalistes en herbe, qui répondirent « bien reçu » à votre « travailler plus » pour faire gagner toujours plus aux patrons et au patronat d’Etat. Vous aviez parfaitement compris, malgré vos limites en économie, que la valeur du travail réside dans sa durée et non dans son raccourcissement, que le travail ne profite que si l’on s’en sert, que le travail n’est digne d’éloge que s’il rapporte aux possédants et aux privilégiés.

LE TRAVAIL : UNE VALEUR RENAISSANTE ?

Les sociologues sont rigolos. Ils raisonnent toujours après les politiques, ou après les décisions de politiques. Ils constatent, voire déplorent, mais s’ingénient à apparaître comme des philosophes qui avaient tout compris avant les changements de direction « sociétale ». Ils sont surtout hors de toute compréhension du mode de fonctionnement du capitalisme, et surtout des contrainte de l’accélération de la compétition internationale, au point que vous apparaissez, vous et vos ministres, souvent comme de très bons VRP des entreprises françaises en voyage à l’étranger, et que parfois on s’étonne de l’absence de remerciements de vos syndicats lorsque vous avez « ouvert des marchés » à « nos » produits militaires ou nucléaires, qui créent, il faut le concéder, des emplois. Des intellectuels, souvent au passé gauchiste, avaient théorisé, sur la foi des discours des remplaçants du banc de touche « socialiste », une « fin du travail ». Je me permets de vous conseiller, d’ailleurs, la lecture de mon « Précis de communisation », pour rire avec moi de la déconvenue de ces théoriciens suivistes de pacotille.

Mais venons-en à des analystes plus sérieux et plus crédibles. Ce jour, dans la presse officielle que vous détestez (Libération) l’honorable Robert Castel, gentil observateur de la condition ouvrière au-dessus des siècles, vous interroge à sa manière, avec cette gentillesse empreinte d’aménité qui lui ouvre les portes des conférences pour bons samaritains et bourgeoises qui s’ennuient : « Travailler plus pour gagner quoi ? ». Cet homme rembobine depuis le début 1990 où la mode chantait le travail comme « valeur en voie de disparition », voire « une fin du travail ». Il découvre désormais, grâce à vous, qui êtes avant tout le porte parole des magnats de l’industrie et de la finance, une « survalorisation du travail », en rendant hommage au précurseur votre ami Raffarin qui en 2003 s’interrogeait avec inquiétude : « la France va-t-elle devenir un parc de loisirs ? ». A la même époque, moi et mes semblables révolutionnaires, disions à peu près la même chose : avec les délocalisations la France est en train de devenir une république bananière pour servir à l’écoulement des produits chinois et US. Castel a raison de souligner que, contre l’inconsistante Royal, vous avez gagné votre élection non sur le sécuritaire (car l’insécurité n’a pas diminué et vous y avez ajouté l’insécurité face aux exactions de vos forces de police) mais sur ‘apologie du travail. On se souvient, et je l’ai relevé à l’époque en me moquant de vous, des questions accrocheuses et révélatrices de nombre de chômeuses et chômeurs lors de vos tours télévisés. Castel a aussi raison de noter que votre apologie était fielleuse et stigmatisait les dits « assistés » et les « fainéants », alors que cela caractérise au plus haut point les magnats parasites qui vous ont financés royalement. Pire, sous cette apologie du travail rétribué à sa juste ( ?) valeur, votre installation à la tête de l’Etat et vos attaques-réformes ont opéré un retour inouï de l’insécurité sociale, avec en pôle position l’exemple dégradant et ignominieux de la bourgeoisie chinoise que vous allez adouber dans le concert olympique. Ce Castel est minable enfin en s’agenouillant devant votre altesse : « il ne suffit pas de réhabiliter le travail mais de respecter la dignité des travailleurs ». Vous ne réhabilitez que l’exploitation sans fard, et la dignité des travailleurs vous vous en fichez comme de votre première montre Cartier.

Vos opposants versatiles comme Besancenot et SUD vous servent de faire-valoir conséquent avec leurs propositions ridicules de « faire payer les riches », comme si la richesse de la société était ce que possèdent les riches et non pas le « travail humain cristallisé » (Marx), comme si le prolétariat pouvait faire l’économie de sa révolution en attendant le sprochaines échéances électorales truquées et conditionnées.

La personnalisation, pipolisation de la politique, à laquelle vous officiez, ne vous permettra pas de continuer sans que « cela finisse mal », comme vous le reproche un ex-prétendant au poste de calife suprême, avec le retour des « classes dangereuses », car vous n’êtes que le sous-fifre d’un système à la dérive qui mène à la réhabilitation de la guerre des classes. Pour la dignité d’une société enfin humaine.

Je ne vous salue pas.

JLR