"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 3 mars 2011

Réponse de la FGCI à Klasbatalo (Canada)

Je me plie à la demande suivante des camarades de Klasbatalo, mais ça me fait chier, j'ai pas envie de répondre aux mêmes salades éculées sur le culte de l'organisation léniniste transcendante et inoxydable, j'ai pas envie de répondre à des zigotos qui n'ont même pas pris le temps de lire le texte qui leur était soumis et qui récitent la leçon du vieux Chirik par coeur depuis 20 ans, mais qui sont incapables de répondre à ce très intéressant texte de Klasbatalo (reproduit plus bas sur ce blog):

"Comme tu l'as peut-être constaté, la FGCI a répondu à notre "contribution" en janvier dernier. Bien que nous ne soyons pas forcément en accord avec l'ensemble de leur critique qui ne semble pas, de toute façon, répondre à notre texte en soi (elle nous accuse de conseillisme par la bande - ce que nous ne sommes pas), nous pensons que cette critique s'inscrit dans un processus de débat que nous espérons voir porter un peu plus en avant. Aussi, nous nous demandions, puisque tu as déjà publié notre "contribution" sur ton blog avec tes commentaires critiques, si c'était possible pour toi d'y mettre la critique de la FGCI avec encore une fois tes propres commentaires si tu juges le tout pertinent; comme ton blog est plus lu et connu que le nôtre.

http://fractioncommuniste.org/fra/bci04/bci04_4.php

Quoiqu'il en soit camarade, reçois nos salutations les plus fraternelles,

A. pour les communistes internationalistes - Klasbatalo!
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Je me plie car je ne trouve pas grand intérêt au rabâchage bien connu des deux ou trois membres de la robuste Fraction de la gauche communiste internationale, qui a déjà scissionné de la fraction externe. La plupart des dites fractions ou groupes sont ridiculement réduits à deux ou trois individus et parlent comme s'ils étaient le parti mondial. La réponse de deux zèbres de ladite FGCI est encore plus ridicule que les sermons de la secte CCI:
1. Ils défendent cette secte comme les trotskiens défendaient le parti stalinien jusqu'à ce qu'il les fusille; et le CCI n'est pas la IIIe Internationale dégénérée, il est dégénéré tout seul.
2. Ils accusent Controverses de vouloir liquider les 3 principales organisations du milieu maximaliste, pas besoin de Controverses elles se sont liquidées elles-mêmes;
3. Le plus grand danger c'est le conseillisme, non c'est ma grand-mère! Ces vieux fossiles du CCI des années 1980 rabâchent une vieille analyse, qui reste valable, mais qui n'est pas première aujourd'hui, y a plus urgent quand le prolétariat ne bouge pas son cul contre les principales attaques et est incapable de faire montre de solidarité de classe; on se fiche des intellectuels anti-parti et des mannes de Lénine et Chirik.
Des remarques du couple arrogant FGCI (elfe j'ai failli!) sont bien sûr bonnes. Controverses c'est rien qu'un cénacle mondain mais ils n'ont tué aucun bordiguiste ni violé une vieille militante du CCI. Ils ont le droit de vivre et j'ai le droit de les ignorer. La défense masochiste de groupes inexistants à chaque événement du monde depuis des années (et je peste assez contre cette mollesse, sauf le PCI qui fait un effort pour agir vite dans les moments graves) est aussi inutile que nos deux FGCI sont invisibles, impossibles à contacter, incapables de discuter avec un sectarisme puant de marxistes bègues. C'est bien de faire le malin derrière son clavier, mais ça n'intéresse personne, et la défense prodomo du CCI et de la TCI c'est du bla-bla, ces deux sectes ne sont plus que de cercles d'incapables, invisibles aux aussi. Nos deux FGCI (voire trois, avec un membre du comité central + un de la base + une sympathisante)zigaguent avec des machins morts,un coup ils veulent faire le regroupement dans ce fantôme de Damen, et maintenant "autour"? Ils tournent pas rond quoi! La TCI ex-Battaglia (tendance communiste internationale, tendance de quoi, de qui?) c'est quoi, c'est qui, ça a scissionné sans qu'on sache pourquoi, qui et qui et qui et quoi. Le CCI c'est pareil, en plus obscur, au point que des militants en rupture de la CNT sont venus me demander "comment ça se passe là-dedans). C'est fini depuis Blanqui les orgas clandestines, partis autoproclamés, ou alors c'est louche. On peut pas faire confiance à des types qui restent cachés derrière un appareil hiérarchisé ou leur moustache, derrière un site ou derrière un bla-bla éculé sur un courant dit gauche communiste qui ne signifie plus que militants à la dérive, haines recuites, surdités, refus de l'altérité. Toutes les leçons n'ont pas été perdues de ce malheureux courant maximaliste mais les unités dispersées ne se retrouveront jamais, le prolétariat aurait bien aimé, mais il s'en passera. Le cours de l'histoire continu sans les vieux débris petits bourgeois. Et moi, chers camarades canadiens, je réponds une chose à vos donneurs de leçon: le parti n'apparait jamais avant les révolutions, vous mentez et continuez à mentir, bande de has been. Il apparaît, de toute façon après, il ne sera ni le produit du CCI ni des conseillistes. Heureusement.
JLR

PS: après une visite sur le site de TCI, le groupe autour duquel nos donneurs de leçon veulent qu'on fasse la danse du ventre, y a rien, rien de rien, pas un mot sur les soulèvements qui secouent le croissant arabe depuis deux mois! Hé camarade, leur dirons-nous, réveillez-vous on a renversé l'Etat capitaliste, pouvez-vous nous donner vos bons conseils marxistes pour avancer plus vite vers l'idéal communiste.IL y en a bien un qui répondra: fallait nous faire sonner le réveil plus tôt!

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REPONSE AU TEXTE DES COMMUNISTES INTERNATIONALISTES-KLASBATALO
SUR LEUR CONTRIBUTION A UN ETAT DE LA GAUCHE COMMUNISTE


par La Fraction de la Gauche Communiste Internationale (FGCI)

"Jung et une foule d'autres ne se laisseront jamais convaincre qu'il existe une différence de principe entre nous et Ruge, ils s'en tiennent à l'opinion qu'il s'agit uniquement de chamaillerie personnelle. Quand on leur dit que Ruge n'est pas un communiste, ils ne veulent pas le croire et manifestent leur regret de voir rejetée inconsidérément une « autorité littéraire » comme Ruge !" (Lettre d'Engels à Marx, 19 novembre 1844).

Depuis nos premiers contacts avec les camarades des Communistes Internationalistes-Klasbatalo (ex-CIM), nous n'avons eu de cesse de débattre et d'essayer de clarifier la question des forces communistes de notre époque, de ce que nous appelons le camp prolétarien, ou encore le milieu politique prolétarien. La contribution des camarades vient marquer une étape importante de notre discussion. Elle est d'autant plus importante qu'en soulignant les insuffisances actuelles des principaux groupes de la Gauche communiste - leur incapacité à assumer de manière active et décidée leur rôle de pôle de regroupement du fait du poids du sectarisme et de l'opportunisme politiques -, elle vient interpeller ceux-ci d'une part et qu'elle se fait indirectement l'écho, en s'interrogeant, des tendances croissantes au rejet et à la liquidation de ces groupes.

Alors que la crise ouverte du capital et les réactions ouvrières qu'elle provoque, annoncent l'ouverture d'un processus vers des confrontations de classes décisives, frontales et massives, l'état de dispersion et de faiblesse du camp politique prolétarien - qui devrait tendre à se renforcer et à regrouper autour de lui, autour de ses positions et orientations politiques - favorise au contraire les tendances anti-organisation de type conseilliste et anarchisante. Au point qu'aujourd'hui toute une mouvance - bien souvent constituée d'ex-militants du CCI "déçus" renforcés par des éléments anarchisants - vient militer, directement ou indirectement, explicitement ou implicitement, pour la liquidation et la disparition des principales organisations du camp prolétarien.

Déjà en avril 2009, le groupe Perspectives internationalistes avait appelé à un rassemblement des "pro-révolutionnaires" que, pour notre part, nous avions rejeté notamment pour son ignorance, c'est-à-dire en fait pour son rejet, des principales organisations de la Gauche communiste et pour sa tonalité anarchisante (cf. Notre réponse à l'Appel au milieu pro-révolutionnaire dans le bulletin 47 de la Fraction interne du CCI). Depuis, cette dynamique au rejet des principales organisations du camp prolétarien s'est accentuée ; en particulier du fait du renfort que lui apportent nombre d'anciens "adorateurs déçus" tels ceux qui se retrouvent au sein du Forum de la Gauche communiste. Ceux-ci ont adhéré dès leur sortie (volontaire) du CCI à "l'Appel de PI" et sont devenus les plus actifs pourfendeurs des organisations présentes de la Gauche communiste au point d'en prôner la disparition (cf. Controverses 3, Il est minuit dans la Gauche Communiste1). Nous avons rejeté et combattu cette thèse destructrice et liquidatrice dans le bulletin 2 de la FGCI, dans le texte Le camp prolétarien a-t-il définitivement fait faillite ?
Peut-on concilier l'inconciliable ?

Dans leur contribution, se basant sur les deux textes, les camarades du CIK "se sont donnés, ils le déclarent d'entrée, pour mandat de répondre aux deux groupes en tentant (...) de les concilier" bien que "ces deux positions semblent irréconciliables". Leur contribution souffre fortement de cette volonté de "synthèse" et de "conciliation". Se basant sur leur bonne volonté de concilier l'inconciliable, le texte des camarades est amené à des contradictions flagrantes et, du coup, à des concessions politiques dangereuses qui s'expriment dans des erreurs politiques particulièrement dangereuses. Pour résumer de manière sommaire leur contribution, les CIK semblent d'une part critiquer l'article de Controverses - qui "se veut implicitement un appel à saborder les trois principales organisations actuelles de la Gauche communiste" - tout en appuyant son argumentaire basé sur Marx et Engels : "C'est effectivement comment Marx et Engels voyaient la mise sur pied et la disparition des organisations politiques dont se dotait le prolétariat. (...) Aussi comme le souligne bien Controverses (...) après le reflux du cours des luttes, lire de l'épuisement du prolétariat écrasé le plus souvent par sa défaite, l'organisation tend à chercher une légitimité à la préservation de son existence. Elle tend alors à s'enfoncer dans des analyses particulières qui la divisent sur des questions de second ordre". Et les camarades des CIK, c'est une de leur qualité, de dire tout haut à qui ils pensent, et surtout à qui pense si fort Controverses : "On peut facilement faire un parallèle à cet effet avec le CCI qui semble s'être profondément enfoncé dans la paranoïa et l'autisme organisationnel au cours des dernières décennies"2 (nous soulignons).

En fait, tout en critiquant Controverses pour son rejet de toute continuité historique, d'assumer face au prolétariat et au milieu communiste, sa propre histoire et ses propres responsabilités - ses militants ont une histoire dont ils sont redevables -, les camarades des CIK reprennent les arguments les plus erronés de Controverses qui mènent à l'adoption d'une vision anti-parti de type conseilliste. La première erreur, peut-être la moins importante, est celle d'un CCI, et de groupes de la Gauche qui auraient faillite depuis 30 ans. La deuxième est que toute organisation, quelle que soit la période historique, le cours du rapport de forces entre les classes, quelles que soient les circonstances, et quelle que soit l'organisation - parti, fraction, groupe, cercle... -est inévitablement amenée à dégénérer en suivant mécaniquement, inéluctablement, le reflux des luttes - ce qui mène à l'abandon de tout combat de fraction3. Enfin, Marx et Engels seraient les premiers porteurs de cette vision qui auraient été ensuite reprise par Bilan et même par la Gauche communiste de France dont le CCI est issu. Rien n'est plus faux !

Dans leur volonté de concilier l'inconciliable, les camarades sont amenés à commettre deux types d'erreurs : les premières appartiennent à ce que nous qualifierons comme des malentendus ou des confusions politiques ; les secondes sont des erreurs politiques.
Les malentendus

Les principaux "malentendus" touchent à deux questions : le "regroupement" et la "discussion".

Lorsque notre fraction, comme elle l'a toujours fait, appelle au "regroupement" des forces de la Gauche communiste autour d'un "pôle de regroupement", elle ne réduit en aucune manière ce processus à une simple et immédiate adhésion à ce "pôle". Cette "simple et immédiate adhésion" ne peut signifier que l'élimination complète des divergences existantes et donc l'affirmation d'un accord quasi-total avec les positions de l'organisation-pôle. Cette vision du regroupement - qui malheureusement prévaut aujourd'hui, notamment chez les organisations issues de la Gauche communiste - est non seulement erronée mais surtout en rupture avec la tradition et la pratique historiques du véritable mouvement communiste. Ce sont cette tradition et cette pratique que nous nous évertuons à défendre et qui sont à l'opposé du sectarisme ambiant actuel, qui est marqué par la défense exclusive de "sa petite chapelle" et par le rejet des autres tendances politiques. Si on ne prend référence que sur ce qui prévalait dans la période de la fin des années 1920 et des années 1930, pourtant marquée par la contre-révolution et une classe ouvrière profondément défaite, il apparaît clairement que, malgré ces conditions particulièrement défavorables, les courants et organisations de l'Opposition internationale et surtout de la Gauche communiste (italienne, germano-hollandaise et autres) ont multiplié (parce qu'ils en ressentaient la responsabilité historique et qu'ils en avaient la volonté politique) les tentatives de regroupement de leurs forces. Ces tentatives se basaient, bien sûr, sur un certain nombre de positions fondamentales communes mais elles n'impliquaient, en aucune manière, que les divergences devaient être laissées à la porte ou mises sous la table, pour en faire partie. Elles se manifestaient par des liens directs et fréquents, par la tenue de réunions et même de conférences internationales, parfois aussi par la mise en place de structures organisationnelles communes (Secrétariats ou Bureaux internationaux...) et par l'édition de bulletins "de discussion" ou "d'information" internationaux ; et cela même si leur fusion dans une seule et même organisation ne se faisait pas.

De la même manière que ces nombreuses organisations ont cherché à se regrouper tout en mettant en avant leurs différences et en les confrontant, quand nous parlons de la TCI (ex-BIPR) comme "pôle de regroupement" digne de ce nom aujourd'hui, cela n'implique pas, à nos yeux et au vu de la tradition communiste, la nécessité absolue de se regrouper en son sein mais, tout au moins, autour d'elle, cette organisation étant au centre du processus de regroupement. C'est dans ce sens qu'à notre avis la TCI doit assumer cette responsabilité qui lui échoit aujourd'hui et que, pour l'instant, elle est seule capable d'assumer. Contrairement à ce qu'écrivent les CIK, ce n'est pas nous qui octroyons "immédiatement le « contrat » du pôle de regroupement à la Tendance Communiste Internationaliste". Mais c'est son lien "organique", à savoir son lien historique avec les organisations du passé, c'est aussi son lien théorique par sa fidélité au marxisme et son lien politique par la revendication de la continuité programmatique du mouvement ouvrier, et organisationnelle par la capacité d'intervention internationale - la presse en particulier - dans le prolétariat et en direction des autres minorités révolutionnaires ; et c'est enfin la profonde faiblesse actuelle des autres organisations qui pouvaient prétendre jouer ce rôle de "pôle de regroupement".

Malheureusement, il nous faut reconnaitre que la TCI possède aussi une faiblesse importante à ce niveau - et qu'elle partage avec toutes les autres organisations de la Gauche communiste actuelles -, faiblesse qui trouve sa source dans le poids de la contre-révolution et de la rupture organique. Celle-ci s'exprime notamment au travers d'une tendance à une vision monolithique et erronée de l'avant-garde politique du prolétariat et a du mal à concevoir l'existence de positions différentes en son sein (inévitable reflet de l'hétérogénéité qui existe au sein même de la classe). C'est de cette confrontation entre des positions différentes et même divergentes que se fait le développement de la conscience de classe et que peut surgir le processus de regroupement et d'unification des forces communistes. Il n'y a pas de regroupement et de formation d'une avant-garde conséquente et unie du prolétariat si ses différences sont ignorées ou refusées.

Critiquant notre "anathème" contre la démarche de Controverses, les CIK affirment à leur tour que "le temps est à la discussion, à l'ouverture des débats, aux critiques dures, certes, mais fraternelles" - ce avec quoi tout le monde se déclarera en accord. Mais, les camarades doivent se rendre compte qu'il y a discussion et discussion - ou plutôt débat politique et discutaillerie. Dans le cas qui nous occupe ici, la discussion ne peut avoir de sens que si elle vise à la clarification politique en vue du regroupement des véritables forces communistes. Elle ne peut donc participer à la clarification politique qu'à la condition de se situer dans le cadre programmatique et politique de la Gauche communiste. Tout autre cadre de "discussion" ne peut au mieux que correspondre à une dérive dans l'impuissance, dans la participation à la dispersion et à la confusion politiques ; au pire, en s'appuyant sur un autre type de préoccupations (remise en cause du marxisme, révision voire rejet de l'expérience historique de notre classe), elle tend en général à s'éloigner du camp du prolétariat.

"Nous nous sommes unis en vertu d'une décision librement consentie, précisément afin de combattre l'ennemi et de ne pas donner dans le marais d'à côté, dont les hôtes, dès le début, nous ont blâmés d'avoir formé un groupe à part et préféré la voie de la lutte à la voie de la conciliation. Et certains d'entre nous de crier : Allons dans ce marais ! Et lorsqu'on leur en fait honte, ils répliquent :Quels gens arriérés vous êtes ! N'êtes-vous pas honteux de nous dénier la liberté de vous inviter à suivre une voie meilleure ! Oh ! Oui, Messieurs, vous êtes libres non seulement d'inviter, mais d'aller où bon vous semble, fût-ce dans le marais (...). Mais alors lâchez-nous la main, ne vous accrochez pas à nous et ne souillez pas le grand mot de liberté, parce que nous aussi, nous sommes « libres » d'aller où bon nous semble, libres de combattre aussi bien le marais que ceux qui s'y acheminent !" (Lénine, Que faire ?).
Pour notre part, et loin d'une supposée "rigidité" qui nous opposerait à la volonté de "discussion (soi-disant) ouverte" revendiquée par les uns et les autres, nous n'avons eu de cesse, depuis notre constitution comme fraction au sein du CCI, de susciter, soulever et participer à des "débats" qui comportent des enjeux politiques réels, c'est-à-dire qu'au-delà des combats politiques que nous menons contre l'influence de l'idéologie bourgeoise au sein de notre classe (poids du conseillisme, de l'anarchisme, du démocratisme, de l'individualisme...), nous privilégions les débats avec et autour des principales organisations du camp politique prolétarien, en référence avec ces pôles historiques, et cela afin de favoriser au maximum le processus de regroupement et de clarification politiques, dans la perspective de la constitution du parti4.
Les erreurs politiques

Contrairement à la thèse conseilliste que reprennent les camarades des CIK lorsqu'ils s'appuient sur les arguments de Controverses, l'existence des organisations politiques du prolétariat est une nécessité permanente aussi bien dans la période d'ascendance du capitalisme que dans sa période historique de déclin ; et aussi bien dans les périodes de flux que dans les périodes de reflux de la lutte du prolétariat. Cette nécessité permanente est confirmée, vérifiée, par le combat permanent des communistes, à commencer par Marx et Engels - contrairement ce que reprennent les CIK -, pour la construction, le développement, la défense et même le maintien des organisations existantes. Loin d'être du "fétichisme organisationnel", ce combat permanent pour l'existence de l'organisation communiste comme expression la plus avancée de la conscience de classe est d'abord et avant tout un combat politique de confrontation et de clarification politiques qui est fait de regroupements, de ruptures, de scissions, et même de disparitions d'organisations. Il s'agit du combat pour l'homogénéité et l'unité politiques des avant-gardes politiques du prolétariat. Par contre, la fonction et la réalité formelle de ces organisations révolutionnaires sont, elles, dépendantes des périodes historiques : organisations de masse dans la période d'ascendance du capitalisme, organisations minoritaires dans sa décadence ; forme parti dans les périodes de développement massif des luttes du prolétariat et forme "fraction" dans les périodes de reflux5.

Il convient donc de tordre le cou à cette thèse conseilliste selon laquelle les organisations communistes naissent et disparaissent mécaniquement en fonction du développement et du reflux de la lutte des classes. Dire que telle fut la compréhension et la pratique de Marx et Engels, puis dans leur foulée de toute l'histoire du mouvement communiste, est une falsification de l'histoire.
Marx-Engels, la Ligue des communiste et la 1° Internationale

Nous ne pouvons revenir ici en détail sur les conditions de la dissolution de la Ligue des communistes (1852) et de la 1° Internationale (1872-1874). La thèse souvent avancée par les militants qui tournent le dos à la nécessité de l'organisation et du parti est que Marx et Engels auraient délibérément dissous ces organisations afin de se dédier aux études théoriques face au reflux de la lutte des classes. Et ils en profitent pour faire un parallèle avec leur situation d'aujourd'hui.
Ce parallèle est déjà particulièrement fallacieux dans la mesure où les périodes historiques sont complètement différentes. A l'époque de la Ligue et de l'AIT, le capitalisme était en pleine ascendance et les conditions de la lutte des classes bien différentes de celles qui prévalent suite à la 1° Guerre mondiale et à la vague révolutionnaire qui la suit. Même, les conditions qui prévalent entre la Ligue et l'AIT sont elles-aussi bien différentes : la première se trouve confrontée au fait que le prolétariat commence à peine à se constituer comme classe, qu'il est une classe en formation. Cela détermine la forme et l'action même de la Ligue en comparaison de l'AIT. "Le mouvement international du prolétariat américain et européen est à cette heure [1890] devenu tellement puissant que non seulement sa forme première et étroite - la Ligue secrète - mais encore sa seconde forme, infiniment plus vaste -- l'Association publique internationale des travailleurs -- lui est devenue une entrave, et que le simple sentiment de solidarité, fondé sur l'intelligence d'une même situation de classe, suffit à créer et à maintenir, parmi les travailleurs de tout pays et de toute langue, un seul et même grand parti du prolétariat" (Engels, 1890, Quelques mots sur l'histoire de la Ligue des communistes).
Mais surtout, la dissolution de la Ligue ne fait qu'entériner une situation de fait, à savoir l'éclatement réel de la Ligue au sein de laquelle il n'y a plus aucune unité politique : "Bref, la réserve que nous préconisions n'était pas du goût de ces gens ; il fallait essayer de déclencher des révolutions ; nous nous y refusâmes de la façon la plus absolue. La scission se produisit comme on le verra dans les Révélations" (idem, nous soulignons).

Le caractère fallacieux d'un supposé "détournement" de Marx et Engels de l'activité de parti est encore plus manifeste avec l'exemple de la dissolution de la 1° Internationale. Là non plus, nous ne pouvons revenir en détail. Néanmoins, la dissolution effective de l'Internationale a lieu en 18746. Loin de se détourner de toute tâche de "regroupement", de parti, Marx et Engels, qui ont essayé de préserver l'organisation en en déplaçant le centre à New-York, n'ont de cesse, dans les années qui suivent, de favoriser et d'intervenir dans la formation du parti allemand au point de poser, dès... 1875, leurs conditions politiques pour pouvoir y adhérer7. La légende d'un Marx se retirant pour la réflexion théorique n'est qu'une déformation de la réalité historique.

Derrière cette "interprétation" de l'histoire, repose une vision politique qui oppose la réflexion et l'approfondissement théorico-politique aux "luttes de parti", c'est-à-dire aux débats, discussions, confrontations de positions, y inclus ce que l'on traite de « chamailleries » de fraction. Or, l'expérience du mouvement ouvrier montre au contraire que ce n'est pas la réflexion "pure", débarrassée des contingences immédiates, qui est la plus favorable aux avancées théoriques et politiques, mais bel et bien les confrontations et polémiques de parti. N'est-ce pas là justement l'histoire des fractions ?
L'histoire des fractions

Nous ne revenons pas non plus ici sur l'histoire et le rôle des fractions - Lénine, Rosa Luxemburg, Pannekoek, etc... - dans la 2° Internationale que le texte des camarades laisse de côté. Pourtant cette histoire est justement le combat pour l'organisation et sa défense contre l'opportunisme et le révisionnisme.

Est tout aussi fallacieuse que la référence à Marx et Engels celle à Bilan, pour justifier la dissolution des organisations politiques prolétariennes. Certes, les CIK ne s'y réfèrent pas. Néanmoins, et dans la mesure où ils s'appuient sur ce que disent les responsables de Controverses - qui prennent l'exemple de Bilan après celui de Marx et Engels, pour justifier leur propre éloignement des « chamailleries » et liquider les organisations actuelles -, nous entendons y répondre ici. Bilan, c'est-à-dire la Gauche italienne en exil en France et en Belgique, est issu du Comité d'Entente (1925) qui est le premier regroupement interne au Parti communiste italien pour s'opposer à la bolchévisation du parti, laquelle marque la prise du pouvoir de l'opportunisme au sein du parti et de l'Internationale. Loin de s'éloigner des « chamailleries » de parti pour se dédier à "tirer le bilan" théorico-politique" de l'expérience révolutionnaire, la Gauche italienne combat pied à pied dans le parti - malgré les exclusions - au point de présenter des Thèses au congrès de Lyon en 1926. Mieux même, et au moins certains militants de Controverses devraient s'en souvenir8, les membres de la Fraction continuaient à essayer d'intervenir malgré les risques physiques dans les réunions des PC stalinisés dans les années 1930.

Ces déformations de la réalité historique ont des implications politiques très concrètes et surtout très dangereuses. Certes, les CIK9 dans leur texte expriment surtout des contradictions qui révèlent leur hésitation entre deux chemins opposés et leur volonté insensée de les concilier, ce qui les conduit aux erreurs historiques et politiques et à une position centriste dans le moment présent du combat pour le parti. Mais le texte de Controverses duquel ils reprennent les arguments est beaucoup plus conséquent, comme l'ont clairement relevé (et critiqué) les CIK eux-mêmes. Effectivement, les conséquences et implications politiques de ce texte est d'appeler "à saborder les trois principales organisations actuelles de la Gauche communiste". Il est clair que, pour notre part, nous ferons tout ce qui est notre possible, pour défendre et sauver ces organisations. Deux lignes, deux perspectives diamétralement opposées, l'une excluant l'autre. A ce titre, nous entendons combattre le texte de Controverses.
Controverses appelle à la liquidation des organisations du camp prolétarien

Selon Controverses, "assurément, il est minuit dans le siècle de la Gauche communiste car cela fait maintenant trois décennies que ce courant est traversé par une crise politique et organisationnelle très profonde". Ce constat serait dû au décalage entre la réalité des luttes, particulièrement dans les années 1980, et une vision trop optimiste de celles-ci, en particulier avec l'analyse du CCI d'alors sur "les années 1980, années de vérité". Ce qui est vrai pour le CCI le serait aussi pour le PCI "bordiguiste" qui voyait la révolution en 1975. Relevons déjà en passant que cet argument, la critique de l'analyse du CCI sur les années 1980, a surtout été utilisé par le... BIPR qui ne partageait pas du tout cette analyse. Il faudra donc que Controverses trouve une autre explication pour appeler à la dissolution du BIPR.
Mais surtout, ce constat - erroné et extrêmement dangereux politiquement, nous y revenons - s'appuie sur le supposé sabordage par Marx et Engels de la Ligue des communistes et de la 1° Internationale que nous avons déjà abordée plus haut10. Nous aurions beaucoup à dire aussi sur les raccourcis, et même sur l'utilisation des citations de Marx et Engels, du texte de Controverses afin de montrer que le maintien en vie des organisations du prolétariat dans les périodes de recul des luttes ne peut que les mener à la dégénérescence. Le texte ne fait aucune distinction ni entre les périodes historiques, ni entre les différentes formes d'organisation du prolétariat. Mais surtout, il ignore complètement les luttes politiques qui ont accompagné ces processus de dégénérescence, en particulier le combat des fractions contre ces processus. Il n'évoque que des "petites minorités entre deux vagues de lutte" dont la fonction aurait été limité au seul lien entre l'ancienne et la nouvelle organisation. Il nous suffira de relever le passage suivant pour rejeter comme typique du conseillisme, du rejet de l'organisation et du parti, la démarche actuelle de Controverses : "L'histoire a systématiquement démontré que, fondamentalement, ces dernières [les "expressions politiques organisées"] surgissent tout naturellement au cours des phases d'effervescence sociale et se disloquent lors des périodes de reflux". Plus conseilliste, tu meurs ! Nous ne développons pas plus ici car l'objet de notre critique du texte porte sur un autre aspect, plus immédiat, à savoir sur son objectif politique réel. Non seulement le texte appelle à la liquidation, au sabordage estiment les camarades des CIK, des organisations du camp prolétarien telles qu'elles existent aujourd'hui, mais pire encore il appelle à liquider tout leur héritage théorique, politique et organisationnel.

Revenons donc à la citation qui prétend qu'"il est minuit dans le siècle de la Gauche communiste". Toute une série de constats vient à l'appui de l'affirmation. Certains sont justes tels celui qui soulignent l'incapacité "à instaurer un espace commun de débat". Mais la plupart sont faux et portent en eux une remise en cause de la Gauche communiste. En effet, la thèse est que la Gauche communiste est en crise et n'a plus rien "produit" depuis la fin des années 1970 du fait qu'elle aurait surestimée la réalité de la lutte des classes dans les années 1980.

"L'infléchissement à la baisse du nombre et de l'ampleur des luttes dans l'ensemble de la classe ouvrière dès le milieu des années 1970, et leur recul généralisé dès le début des années 80, seront à l'origine d'un décalage croissant au sein de ce courant : décalage entre une réalité objective marquée par ce reflux et un discours subjectif qui le nie (...). Au lieu de comprendre cet infléchissement et ce recul généralisé des luttes en adaptant leurs orientations et mode d'organisation comme Marx et Engels nous l'avaient appris, les principaux groupes de la Gauche communiste vont persister dans leurs erreurs d'orientation".

A l'appui de cette thèse, surgie de nulle part, en tout cas que ces camarades sortent de leur chapeau aujourd'hui, blancs comme neige, alors même qu'ils ont participé à élaborer et défendre ces analyses durant presque trois décennies, vient d'abord l'argument du nombre de grève et de grévistes. Mais cela sans aucune référence explicite à un quelconque conflit, à une quelconque lutte !

Pas un mot sur la lutte des mineurs en Grande-Bretagne, pas un mot sur les luttes des COBAS en Italie, rien sur les grèves sauvages de cheminots en France et en Belgique, rien non plus sur les luttes dans les services publics, la sidérurgie dans différents pays, en particulier européens. Et surtout rien sur la grève de masse en Pologne ! Toutes ces expériences ouvrières n'ont pas existé selon Controverses. Alors effectivement, si l'on nie ces expériences - auxquelles ces camarades ont pour la plupart directement participé comme militants du CCI -, il est difficile de prendre en considération les avancées de la conscience de classe dans la classe, c'est-à-dire dans les grandes masses ouvrières, que ces expériences ont permises : la remise en cause des syndicats au point que les ouvriers en lutte, s'organisaient, ou tendaient à s'organiser, de manière autonome en coordinations ou COBAS ; l'expérience de la confrontation au syndicalisme de base dans ces organes qui visait à détruire de l'intérieur ces tentatives d'organisation ; la question de l'extension de la lutte et du nécessaire affrontement aux syndicats, c'est-à-dire le combat pour la direction politique des luttes par les assemblées, le combat pour disputer aux syndicats l'organisation et la direction des manifestations de rue ; la question de la généralisation internationale des luttes ouvrières, et combien d'autres expériences encore et leçons politiques tel que le rejet des partis de gauche, et particulièrement des partis staliniens...

Nous laisserons aussi de côté ici l'affirmation que les groupes n'ont "plus connu de processus de regroupement (...) comme durant les années 1970". La constitution du BIPR n'est-elle pas un regroupement ? La constitution des sections du CCI en Suède et au Mexique ne font-elles pas partie d'un processus de regroupement ?...
Défendre le CCI contre les attaques de Controverses

Si l'on nie toute l'expérience des années 1980, alors effectivement les avancées théoriques et politiques que les organisations communistes ont accompli n'ont pas non plus existé (le lecteur nous pardonnera de nous référer presque uniquement aux avancées de notre organisation, le CCI). Il suffit pourtant de prendre les Revue internationale du CCI des années 1980, de lire leur sommaire, pour voir à quel point cette organisation s'est prononcée, a clarifié, approfondi, s'est réappropriée aussi des questions théoriques et politiques. Citons juste quelques unes en lien direct avec la réalité de la lutte des classes des années 1980 : sur le parti (parmi d'autres :Sur le parti et ses rapports avec la classe, 1983) ; l'indispensable rôle actif, "partie-prenante" disions-nous, des organisations communistes dans les luttes, leur rôle de direction politique, et donc leur présence au premier rang de l'affrontement aux syndicats et gauchistes (cf. une grande partie des éditoriaux de la revue tout au long de ces années) ; la distinction conscience de classe et conscience dans la classe ; Les conditions historiques de la généralisation de la lutte de la classe ouvrière (1981) et le processus de la grève de masse ; le cours historique ; mais aussi, la "critique de la théorie du maillon faible" qui définissait le rôle historique central du prolétariat d'Europe occidentale (Le prolétariat d'Europe occidentale au centre de la généralisation de la lutte de classe, 1982) en opposition à la position du BIPR de l'époque sur la question (cf. ses Thèses sur les tactiques communistes dans les pays de la périphérie capitaliste) ; le fonctionnement des organisations révolutionnaires ; l'opportunisme et le centrisme dans la période de décadence (1986) ; la lutte contre le modernisme et le conseillisme ; la défense de la théorie de la décadence : Comprendre la décadence du capitalisme (1987) ; la défense des fractions dans l'histoire du mouvement ouvrier ; la guerre impérialiste et l'alternative guerre ou révolution ; la Guerre, militarisme et blocs impérialistes dans la décadence du capitalisme (1988) ; sur le jeu politique de la bourgeoisie face au prolétariat, Machiavélisme, conscience et unité de la bourgeoisie, etc...

Nous sommes sûrs de pouvoir trouver, peut-être à un degré moindre, tout une série de textes produits par le BIPR et même parmi les groupes bordiguistes qui ont survécu, qui participent tous de cet approfondissement et de ces avancées théoriques et politiques tout au long de ces années.

Ce que nous propose donc aujourd'hui Controverses, c'est d'ignorer tout cela, de faire comme si cela n'avait pas existé. Il s'agit là de la vieille rengaine "moderniste", sous une couverture plus soignée, qui prétend rejeter les apports des organisations du mouvement ouvrier et s'inscrire dans l'innovant. Alors, à l'image de tous ceux qui pataugent dans le milieu conseilliste d'aujourd'hui, et particulièrement autour de Perspective internationaliste, les camarades de Controverses affirment leur volonté de discuter avec tout le monde, loin des « chamailleries », c'est-à-dire aussi sans compte à rendre à qui que ce soit, "librement", c'est-à-dire sans référence aux débats du passé, sans référence aux principaux "fournisseurs" d'avancées théoriques et politiques de nos jours, à savoir les organisations du camp prolétarien - que l'on soit d'accord ou pas avec les positions développées ne change rien à la méthode. Bref, ils veulent bien discuter de tout sauf de ce qui... fâche : les divergences politiques réelles et les prises de position qui engagent.

S'il ne s'agissait que de cela, ce ne serait pas trop grave. Mais il y a pire. Profitant du sectarisme et des faiblesses politiques des principales organisations de la Gauche communiste, Controverses et la mouvance qui s'agglutine actuellement autour de cette revue semblent offrir une alternative à ses faiblesses auprès des éléments dispersés et isolés qui se rapprochent de la Gauche communiste et qui sont désemparés face à sa situation. Elle les mène à l'impasse et à la négation de la Gauche communiste réelle, celle qui existe aujourd'hui et autour de laquelle il faut se regrouper malgré ses faiblesses. La responsabilité première n'en revient pas à Controverses, mais bel et bien à la dérive opportuniste gravissime du CCI et aux hésitations et manque d'assurance, pour ne pas dire tendance au sectarisme, de la Tendance communiste internationaliste.

Néanmoins le combat politique contre la fausse alternative que proposent les camarades de Controverses, c'est-à-dire le combat politique contre le danger du conseillisme - surtout aujourd'hui que le CCI tire un trait d'égalité entre la Gauche communiste et l'anarchisme -, n'en reste pas moins nécessaire. Voilà comment nous avions averti ces camarades et l'ensemble du camp contre leur démarche dès leurs premières apparitions et publication publiques :

"Enfin, un petit commentaire rapide sur le Forum pour la Gauche communiste internationaliste : il s'agit donc, apparemment, de militants ayant quitté dernièrement le CCI. Nous avons pris connaissance du premier numéro de Controverses. Et disons-le sans fard, cette première lecture indique que ces camarades semblent vouloir prendre un chemin qui ne peut que les mener à la confusion politique et à la remise en cause des acquis du CCI et de la Gauche communiste. Déjà, en terme de méthode : ils ne disent pas quel a été leur parcours politique, ce qui les a amené à rompre avec le Courant et donc ne semblent pas vouloir s'inscrire dans la revendication, critique, d'une continuité théorique, politique et organisationnelle. Conséquence politique immédiate de ce rejet de tout cadre théorico-politique impératif et contraignant lié à leur histoire : d'une part, ils ne s'engagent pas dans un combat au sein du CCI pour défendre leurs positions et assumer leur opposition à la politique actuelle, et d'autre part ils se sont jetés avec un enthousiasme sans fondement, autre que la bonne volonté s'exprimant dans le désir de "surmonter tous [les] legs du passé", à savoir la dispersion, les profondes divergences et les "blessures douloureuses [des] avant-gardes du prolétariat", sur l'Appel de PI au point d'en être devenus le principal et zélé propagandiste en Europe. Ils sont donc "libres" de toute continuité et de toute référence. La conséquence la plus évidente et la plus immédiate de cette "liberté" recherchée d'avec leur propre passé politique, se retrouve par exemple dans le texte sur la situation internationale de leur revue, Tendances et paradoxes de la scène internationale. Ce texte, sans aucune référence aux analyses et positions développées par les principaux groupes communistes, sans aucune référence même au CCI et à ses positions opportunistes en la matière, est incapable de dégager une quelconque perspective pour le monde capitaliste et se refuse à prendre position sur les principales questions théoriques et politiques qui se posent aux révolutionnaires : est-ce que l'alternative historique posée par le marxisme, guerre ou révolution, reste valable ? Est-ce que le monde capitaliste s'oriente vers un renforcement des contradictions entre les plus grandes puissances impérialistes dont la dynamique propre ne peut déboucher que sur une troisième guerre mondiale généralisée ? Est-ce que la guerre impérialiste reste une question centrale à laquelle est confronté le prolétariat international ? Tout en reprenant une vision s'apparentant à celle de la théorie de la décomposition du CCI actuel, l'article n'en dit pas un mot. Nous aurions d'autres critiques, tant sur la méthode et la démarche des camarades donc, qui ne peuvent, selon nous, que les mener à s'éloigner, à quitter, le terrain du marxisme et du combat politique communiste, que sur des prises de position qui en découlent, mais tout cela mériterait une critique plus élaborée de notre part que nous ne pouvons accomplir ici. Néanmoins, il nous semblait impossible d'ignorer l'apparition de ce Forum et de ne pas en informer nos lecteurs et le camp prolétarien" (Bulletin 47 de la Fraction interne du CCI, Présentation sur l"Appel au milieu pro-révolutionnaire » Nous soulignons aujourd'hui).

Malheureusement, notre prédiction était largement en deçà de ce que ce groupe a développé depuis. Aujourd'hui, les camarades de Controverses en arrivent à appeler presque ouvertement au sabordage du CCI et de la TCI et surtout à l'oubli, l'ignorance, bref à la liquidation, des débats et des avancées théoriques et politiques de trois décennies !

Nous disons aux CIK, que même si nous maintiendrons avec les membres de Controverses une attitude fraternelle, nous voyons mal comment nous pourrons sur cette base, dans ce cadre, mener des discussions réelles, "positives", avec toute cette mouvance conseilliste. Nous ne pouvons que la combattre comme nous avons combattu l'Appel au milieu "pro-révolutionnaire" de Perspective internationaliste. Nous espérons que, contrairement à Jung, ils "se laisseront (...) convaincre qu'il existe une différence de principe entre nous et" les camarades de Controverses, qu'ils ne s'en tiendront pas "à l'opinion qu'il s'agit uniquement de chamaillerie personnelle" pour paraphraser Marx cité au début de ce texte.
Le cours historique actuel et le danger du conseillisme

"Nous pensons que le conseillisme constitue le plus grand danger pour le milieu révolutionnaire dès aujourd'hui, et bien plus que le substitutionnisme [les visions du parti défendues en particulier par le courant "bordiguiste"], il deviendra un très grand péril pour l'intervention du parti dans les luttes révolutionnaires futures. (...) Si le substitutionnisme constitue un danger surtout en période de recul dans la vague révolutionnaire, le conseillisme est un danger bien plus redoutable, surtout dans la période de montée de la vague révolutionnaire" (Revue internationale 40 du CCI, 1985, Le danger du conseillisme11).

Les CIK citent un texte d'Internationalisme (GCF) de 1947 - rédigé par le camarade MC - pour appui à leur avis selon lequel il convient d'ouvrir la discussion et les débats à tous les éléments et groupes qui prétendent se revendiquer de la Gauche communiste, indépendamment de leur dynamique et de leur histoire. Il s'agit là, selon nous, d'une erreur dangereuse. D'une part, nous ne pouvons mettre sur le même plan les groupes historiques et les groupes et éléments isolés qui cherchent à se regrouper - à se réfèrer - autour d'eux d'une part et, d'autre part, les groupes et individus qui rejettent ces organisations, le cadre historique et collectif qu'elles portent, et qui appellent même à leur disparition - Controverses exprimant tout haut, c'est son mérite, ce que les autres pensent et souhaitent tout bas. D'autre part, et du fait même des faiblesses - le sectarisme en particulier - des groupes historiques qui structurent le camp prolétarien, ou milieu politique prolétarien, "ouvrir la discussion à toutes les bonnes volontés", c'est-à-dire sans méthode et exclusive, signifie concrètement aujourd'hui, dans la réalité, plonger dans le milieu anti-parti, dans le marais dont le groupe conseilliste Perspective internationaliste est l'expression la plus caricaturale.

Le texte d'Internationalisme cité, rappelons-le en passant, n'appelle pas à la dissolution des groupes révolutionnaires face à la pire des situations contre-révolutionnaires. Mais surtout, la période de contre-révolution extrême dans laquelle il se situe, et ses conséquences sur l'activité des groupes communistes, ne peut être comparée à celle d'aujourd'hui. Malheureusement, les CIK ne prennent pas en compte - c'est un débat que nous avons à ce jour à peine abordé avec les camarades malgré, pour le moins, des incompréhensions sinon des divergences - la réalité du cours historique actuel de la lutte des classes. Si on peut "comprendre", sans les partager, les hésitations que des camarades pouvaient avoir il y a quelques années encore pour reconnaître l'existence d'une dynamique historique vers des confrontations de classes décisives, l'explosion de la crise et les réactions ouvrières croissantes et massives sur tous les continents sont depuis lors venues largement confirmer la réalité d'un cours historique vers des confrontations massives de classes. Et c'est justement le moment où on nous invite à dissoudre les organisations de la Gauche communiste et à faire table rase de leurs expériences ! Au moment même où le prolétariat en lutte va de plus en plus avoir besoin, un besoin crucial, de ses expressions les plus avancées, les plus hautes, les plus conséquentes, de sa propre conscience de classe, on nous demande de les détruire !

Paraphrasant la citation, nous sommes en droit de demander aux camarades si "les conditions et les facteurs qui ont déterminé la plus profonde défaite du prolétariat et la nuit historique de la période présente [celle de 1947] dans laquelle a sombré le mouvement ouvrier révolutionnaire ne sont [elles pas] épuisées" depuis lors ? N'y-a-t-il eu aucune "modification du cours avant la généralisation de la prochaine guerre impérialiste" que la GCF voyait comme imminente ? Surtout depuis l'éclatement de la crise ouverte et les réactions ouvrières internationales qui se font jour maintenant. En conséquence, "les révolutionnaires [d'aujourd'hui en 2010] ne peuvent [-ils] prétendre exercer une influence directe et efficace sur les événements" ? N'être que "des îlots, des hommes allant consciemment et volontairement contre le courant (...) forcément isolés des grandes masses du prolétariat" [nous soulignons] ?

Pris par leur désir centriste de concilier les thèses de Controverses et les nôtres, entre l'appel explicite à la liquidation des organisations communistes d'aujourd'hui et l'appel à les défendre et les renforcer, les camarades finissent par dénaturer le sens politique du texte d'Internationalisme et à concéder finalement que les groupes communistes d'aujourd'hui ont commis l'erreur de "s'évertuer à subsister". Nous avons vu que l'explication des conseillistes à propos de ce qu'ils appellent la "faillite" du camp prolétarien, de ce que nous considérons comme les faiblesses et insuffisances de ce camp, ne tient pas la route et porte en elle, dans un premier temps, l'abandon de l'expérience et des acquis politiques de décennies et in fine l'abandon du cadre politique, théorique, programmatique et organisationnel de la Gauche communiste.

Nous avons aussi vu que le soit-disant recul des luttes dans les années 1980 était inexistant - même s'il y a eu des avancées et des reculs durant cette période bien évidemment - et qu'il ne pouvait donc expliquer le pourquoi des difficultés du camp prolétarien aujourd'hui. D'autant qu'il n'y a pas de lien mécanique entre les aléas du développement de la lutte des classes et le développement des organisations communistes - des périodes de recul pouvant très bien correspondre à des moments de renforcement politique et même numérique des organisations.

Les faiblesses du camp prolétarien sont à la fois beaucoup plus profondes, plus "historiques", et en même temps la situation historique actuelle favorise leur dépassement. Appeler à la dissolution des groupes communistes d'aujourd'hui alors que la situation est au développement massif des luttes ouvrières n'en est que plus stupide et dangereux. En effet, les difficultés des forces communistes sont de trois ordres :

- elles continuent à souffrir, comme la classe ouvrière dans son ensemble, du poids de la contre-révolution, en particulier du stalinisme. Jamais dans son histoire auparavant, le prolétariat n'avait subi une période aussi longue, 50 ans, de contre-révolution. Une des expressions principales du poids de celle-ci sur le prolétariat et ses minorités d'avant-garde est justement la crainte du "politique", la sous-estimation et le rejet du rôle actif, dirigeant, des organisations communistes et de la conscience de classe, le rejet de l'affrontement politique avec les forces du capital et tout particulièrement avec son État. Bref, une des expressions du poids négatif de la contre-révolution est justement le conseillisme sous toutes ses variantes ;

- elles souffrent aussi, autre conséquence de la contre-révolution, de la rupture organique d'avec les organisations précédentes. Jamais la classe ouvrière et ses minorités politiques n'avaient connu une coupure aussi nette et aussi longue avec les organisation du passé. Les liens qui subsistent encore aujourd'hui sont si ténus, si minces - seuls le PCInt-Battaglia comunista et les PCInt "bordiguistes" peuvent formellement en revendiquer12 - qu'il faut prendre en compte qu'il y a eu une véritable rupture de la continuité organique13 ;

- enfin, le renforcement de la bourgeoisie au niveau de ses armes anti-prolétariennes, surtout aux plans idéologique et politique qu'elle a su développer dans la période de décadence. Le développement du capitalisme d'État ne touche pas qu'au plan économique. Ce sont tous les secteurs de la société que l'État capitaliste s'est ingénié à occuper et à absorber. Les conséquences pour les conditions de vie et de lutte du prolétariat en sont d'importance : il n'y a plus de possibilité de vie politique permanente - Bourse du travail, syndicats de masse, partis de masse, etc... - pour le prolétariat et l'État capitaliste fait tout pour éliminer et faire taire toute expression qui lui soit opposée par sa main-mise sur tous les rouages de la société - nous ne pouvons développer ici - et tout particulièrement sur les petites organisations communistes.

Et pourtant, cette situation ne doit pas nous inviter à baisser les bras. Au contraire, à l'opposé des conseillistes, les communistes s'accrochent d'autant plus à la question de l'organisation politique du fait que l'État capitaliste est devenu totalitaire comme jamais. Autant la pression sur les groupes communistes est énorme, autant nous devons nous accrocher à ceux-ci. Si nous attendons que le prolétariat fasse surgir spontanément, mécaniquement, du développement de sa lutte, les organisations communistes et le parti, alors nous nous retrouverons à coup sûr dans la situation du type de l'Allemagne en 1918. Et même en pire. Alors, nous le savons, c'est la défaite assurée. Comme nous l'avions déjà dit, entre Berlin 1918 et Petrograd 1917, nous choisissons sans aucune hésitation 1917.

Aussi petits soient les petits groupes communistes, et quelle que soient leurs faiblesses, ils sont le lien indispensable qu'il faut maintenir à tout prix afin de pouvoir doter le prolétariat au plus vite de sa principale arme : l'expression organisée et la plus haute de sa conscience de classe, le parti communiste. Ils sont le dernier fil qui nous relie à ce passé si précieux et certains veulent nous le couper ! C'est criminel. Qu'ils ne s'étonnent pas de nous trouver à les combattre de toutes nos forces.

Décembre-janvier 2010-2011

La Fraction de la Gauche communiste internationale.

Notes :

1. http://www.leftcommunism.org/spip.php?article169

2. Ou encore : "Cependant, avec Controverse, nous pensons qu'une organisation s'évertuant à subsister malgré un cours historique défavorable, qui ne produit plus de luttes à fort contenu théorique, risque considérablement de ne plus se comporter (...) en tant qu'organisation révolutionnaire et risque plutôt, dans cette période, de se comporter telle une pathétique secte d'élus"

3. Ce que le texte de Controverses appelle « chamaillerie ».

4. Quelle autre expression de refus du débat, de la discussion, et donc expression de sectarisme réel, que l'ignorance systématique des prises de position officielles des autres groupes communistes, tout particulièrement le silence sur leur congrès et autres réunions générales ? Pour notre part, nous avons pris position sur pratiquement tous les congrès que le CCI a tenus depuis 2001 tout comme nous l'avons fait sur la conférence du BIPR en 2008.

5. Le lecteur nous pardonnera la forme rapide et simple sous laquelle nous présentons à très grands traits les différentes formes que prennent, plus exactement sont contraintes de prendre, les organisations communistes selon les périodes. Il nous pardonnera aussi de ne pas développer ici les différences de fonction entre les formes parti et fraction. Il pourra toujours se référer aux textes sur le sujet que notre Revue internationale du CCI a pu publier tout au long des années 1970-1990.

6. "Par ton départ [celui de Sorge en aout 1874 du Conseil général de l'Internationale], la vieille Internationale a complètement cessé d'exister" (Engels à Sorge, septembre 1874).

7. cf. Lettre d'Engels à Bebel, mars 1875 : "Marx et moi ne consentirions jamais à adhérer à un parti nouveau édifié sur cette base".

8. Le camarade MC aimait à raconter aux jeunes militants que nous étions alors, comment les membres de la Fraction italienne s'organisaient "physiquement"pour pouvoir intervenir dans les réunions publiques des staliniens malgré les coups et les agressions, certains parfois y allant même avec un pistolet dans la poche.

9. Sans doute est-il plus juste à ce jour de parler du texte des camarades que des CIK eux-mêmes dans la mesure où, jusqu'à présent, ils s'étaient inscrits résolument dans le combat pour le parti et avaient rejeté les approches conseillistes au point de rejeter l'Appel au milieu pro-révolutionnaire de Perspective internationaliste.

10. De ce point de vue, le lecteur nous pardonnera cette parenthèse, il est, pour nous, pour le moins cocasse de relever que des militants, ceux de Controverses, viennent aujourd'hui sans aucune explication sur leur position et pratique passées prôner la dissolution de l'organisation au moindre coup de vent contraire venu. En effet, n'ont-ils pas participé à notre exclusion du CCI en 2001-2002, pour certains d'entre eux au premier rang, au nom de la « défense de l'organisation », c'est-à-dire qu'ils étaient embourbés dans le fétichisme d'organisation ? Alors même que nous leur affirmions que l'unité politique de l'organisation n'était plus. Il n'y a là qu'une contradiction apparente. En fait, que ce soit hier ou aujourd'hui, il s'agit, chez eux, de la même démarche et de la même erreur : un profond rejet (ou, au mieux, une incompréhension) du cadre collectif, des organisations politiques du prolétariat, comme lieu privilégié et indispensable, et même comme lieu unique dans la période actuelle pouvons-nous avancer, de la réflexion et de l'action communistes, des débats réels et des confrontations réelles de positions, des combats et de l'affrontement des oppositions. Le rejet "fétichisé" de l'organisation qui est le produit bien souvent d'une conception individualiste du militantisme, voire de la déception face au caractère collectif et anonyme de l'engagement et des luttes politiques dans l'organisation communiste, n'est que le calque inversé, sinon le résultat direct, du fétichisme de l'organisation qui, lui aussi, s'accompagne tout aussi souvent d'une conception tout aussi individualiste que la première, du rapport du militant à l'organisation - en particulier d'une vision mystifiée et "sacrificielle" de l'engagement communiste que nous avions qualifiée dans le CCI de "militantisme intégral".

11. http://fr.internationalism.org/rinte40/conseil.htm. Pour notre part, nous continuons à nous revendiquer de la position que le CCI avait définie alors sur le danger du conseillisme. Qu'en disent le CCI d'aujourd'hui et les membres de Controverses ?

12. Encore que leur refus, ou réticences, de se revendiquer de la Fraction italienne en exil (Bilan), seule continuité organique alors avec le PC d'Italie, en atténue encore plus la réalité.

13. Nous ne pouvons ici revenir sur les conséquences négatives profondes de cette rupture organique. Mentionnons parmi celles-ci le sectarisme qui n'avait jamais autant sévi au point que les communistes d'aujourd'hui sont incapables à ce jour de reprendre les traditions passées dans les relations entre groupes et courants, au point qu'ils s'ignorent et se décrètent "l'axe, ou la colonne vertébrale, du futur parti"

Les dessous secrets de l’amitié entre l’Italie et Kadhafi


Les dessous secrets de l’amitié entre l’Italie et Kadhafi
Eric Jozsef


L’Italie aurait soutenu militairement le colonel Kadhafi contre l’Angleterre et la France en 1969. (AFP)

Révélations sur les liens entre la Libye et la Péninsule dans les années 1970, ou sur le rôle de la France dans la mystérieuse disparition d’un avion civil au-dessus d’Ustica en 1980, alors qu’elle tentait d’abattre l’avion du colonel Kadhafi: «Intrigue internationale» du juge Rosario Priore revient sur les années de plomb italiennes dans un ouvrage qui ouvre de nombreuses pistes sur les conflits larvés autour de la Méditerranée entre les puissances de l’Europe
Il a été le juge d’instruction de l’attentat commis, en 1981, par le Turc Ali Agça contre Jean-Paul II. Le magistrat chargé, trois ans plus tôt, de l’enlèvement et de l’assassinat par les Brigades rouges du leader de la Démocratie Chrétienne Aldo Moro. Vingt ans après la fin des «années de plomb» qui ont ensanglanté l’Italie, Rosario Priore a décidé d’évoquer «les vérités qui, selon lui, n’ont jamais pu être dites». Dans un livre d’entretiens avec le journaliste Giovanni Fasanella intitulé «Intrigo Internazionale» (Intrigue Internationale, ed. Chiare Lettere), l’ancien juge analyse sous un angle plus large la vague terroriste qui a submergé la péninsule à partir de la bombe de piazza Fontana à Milan, en 1969, qui fit seize morts et enclencha une escalade dans la répression policière et les violences des groupes armés. Pour Rosario Priore, la matrice interne du terrorisme reste indéniable. Mais elle doit être replacée dans un contexte international de guerre froide mais aussi de conflits larvés autour de la Méditerranée et du Proche-Orient entre les puissances de l’Europe occidentale. «Nous avons été en guerre sans le savoir» estime Priore, «l’hégémonie sur la Méditerranée et le contrôle des sources énergétiques nous ont placés en collision avec l’axe franco-anglais qui n’a pas supporté notre rapport privilégié avec la Libye». En clair, derrière l’unité de façade contre le péril soviétique, les pays de l’Ouest ainsi qu’Israël se seraient livrés à des affrontements armés notamment à travers l’instrumentalisation de groupes terroristes lesquels auraient été également infiltrés par les services du bloc soviétique. Pour montrer la complexité du jeu international, le juge indique par exemple que dans les années soixante-dix, Moscou voyait d’un très mauvais œil l’évolution dans un sens philo-occidental du secrétaire du Parti communiste italien Enrico Berlinguer et que ses agents auraient même tenté de l’assassiner en 1973 lors d’un voyage en Bulgarie. Il révèle aussi que l’Italie, située au carrefour des rapports Est-Ouest mais aussi Nord-Sud, avait passé un accord dénommé «pacte Moro» avec les groupes palestiniens pour qu’ils puissent transiter et passer des armes sans être inquiétés dans la péninsule, en échange de l’engagement à ne pas accomplir d’attentats sur le sol italien. Le pacte aurait tenu jusqu’à la mort d’Aldo Moro, exécuté par les Brigades rouges qui selon le juge auraient d’ailleurs bénéficié, pour l’opération contre le responsable démocrate chrétien, du soutien logistique et direct de la Stasi est-allemande.

Rosario Priore ouvre ainsi de nombreuses pistes dont certaines ne pourront être complétées et confirmées que par l’ouverture des archives des différents pays concernés. Il n’en reste pas moins que le livre met en avant des scénarios inquiétants, notamment en ce qui concerne les rapports avec la Libye du colonel Kadhafi. L’Italie aurait soutenu militairement ce dernier contre l’Angleterre et la France, allant jusqu’à fournir des chars pour une parade militaire, en 1969, à Tripoli mais aussi des experts durant la guerre au Tchad. En réaction la France aurait tenté, selon Rosario Priore, en 1980, d’abattre l’avion du leader libyen dans les cieux italiens touchant par erreur, au-dessus d’Ustica, un avion civil avec à son bord 81 personnes. L’ancien président de la République italienne Francesco Cosssiga a récemment affirmé que «les Français étaient responsables de la tragédie d’Ustica». Son successeur, l’actuel chef de l’Etat Giorgio Napolitano a quant à lui parlé, à ce propos, «d’intrigues internationales».
(et c’est comme ça que vous saurez tout en lisant mon prochain ouvrage :
LES AVATARS DU TERRORISME, nouvelles réflexions sur la violence !)
A lire aussi en attendant : Choc et Simulacre » par un collectif européen d'auteurs, présenté par Michel Drac.

lundi 28 février 2011

Communiqué du PCI sur la Libye (4ème)

Le cannibalisme du régime de Tripoli montre le vrai visage d’un régime prétendument socialiste, mais soutenu par les impérialismes européens !


Après les révoltes de Tunisie et d’Egypte dont la force a fait sauter les gouvernements liés aux familles de Ben Ali et de Moubarak, c’est maintenant le tour de la Libye et du système de gouvernement centré autour de la famille Kadhafi et des tribus qui le soutiennent. Par rapport aux autres pays, il y a une différence: la révolte des masses s’est transformée en Libye en révolte armée; des détachements de l’armée, de l’aviation, de la marine ont refusé de bombarder la population et il semble que certains soient passés du côté des révoltés; Kadhafi et ses acolytes ne peuvent compter que sur les militaires des tribus de Tripolitaine et sur ses mercenaires africains et balkaniques pour réprimer le soulèvement populaire.
Mais aucun des gouvernements de ces pays n’aurait pu durer si longtemps – Ben Ali, plus de vingt ans, Moubarak plus de trente, Kadhafi plus de quarante – sans l’appui, le soutien et la reconnaissance internationale accordés par les grandes puissances impérialistes : les Etats-Unis d’abord en tant que première puissance mondiale, puis la Grande-Bretagne, la France et l’Italie, en tant qu’anciens colonisateurs de la région, sans oublier l’URSS qui, en concurrence avec les impérialismes occidentaux, s’efforçait de pénétrer dans la région. Les heurts diplomatiques qui ont fait monter la tension entre les Etats, tantôt dans un pays tantôt dans un autre se traduisant parfois en actions militaires (comme en Egypte en 1956, en Libye au début des années 80, sans parler des guerres du Golfe ou des guerres arabo-israéliennes), sont la conséquence normale de la rivalité inévitable entre puissances capitalistes ; lorsque celle-ci arrive à son point de rupture, la guerre économique et commerciale se transforme en guerre tout court.

Cependant le cadre général ne change pas ; et pour les pays impérialistes, avoir des régimes autoritaires, surtout dans les régions où la décolonisation pouvait déboucher sur une instabilité politique et sociale, était le «prix à payer» pour assurer le bon fonctionnement de l’économie mondiale et la rentrée des profits capitalistes ! En outre si Moubarak a servi à l’impérialisme occidental pour tenir en bride les prolétaires palestiniens grâce à ses bonnes relations avec Israël, Kadhafi a été utilisé pour contrôler les flux migratoires des masses africaines vers l’Europe. C’est ainsi que le récent accord (2008) entre le premier ministre italien Berlusconi et le dirigeant Libyen avait parmi ses principales clauses le contrôle de l’émigration !
C’est une des raisons pour laquelle le gouvernement italien a continué, en dépit des massacres, à soutenir le maintien au pouvoir de Kadhafi, peut-être dans une Libye divisée, comme il l’a fait pendant des années : on se souvient de la phrase de Berlusconi disant qu’il ne voulait pas intervenir auprès de son «ami» Kadhafi pour «ne pas le déranger» dans un moment aussi grave pour son pays. Quant au gouvernement français qui avait dressé le tapis rouge pour recevoir le Guide Libyen, il est resté jusqu’à ces derniers jours bien silencieux ; il resterait à connaître sa responsabilité dans l’envoi par son protégé tchadien de centaines (on parle d’un millier) de combattants de la Garde présidentielle au secours du potentat libyen dès les premiers moments de la révolte…

Lors des «5 jours de Bengazi», du 15 au 20 février, une grande partie de la population de l’Est de la Libye s’est soulevée contre le despotisme, sur la vague des révoltes de masse qui, après la Tunisie et l’Egypte, ont touché, à des degrés divers, l’Algérie, le Maroc, le Yémen, Barhein, la Jordanie, le Koweit, l’Iran. A partir de la Cyrénaïque, le mouvement de rébellion s’est étendu en 10 jours à toute la côte jusqu’à atteindre la capitale Tripoli où se sont retranchés Kadhafi et ses prétoriens et d’où le chef de la «révolution» de 1969 (en réalité un coup d’Etat) a lancé la guerre contre son propre peuple.
Le nombre de victimes ne cesse d’augmenter chaque jour ; aujourd’hui la chaîne de télé Al Jazeera parle de 10 000 morts et de 50 000 blessés : un massacre perpétré par les policiers, les soldats et les mercenaires appelés par Kadhafi pour écraser la révolte et reprendre le contrôle du pays et des affaires !

Le cannibalisme du gouvernement de Tripoli montre le vrai visage du pouvoir capitaliste libyen - car c’est bien le capitalisme qui est à la base des systèmes de gouvernement opprimant dans tous les pays les larges masses, les prolétaires autochtones et immigrés ; systèmes de gouvernement où, dans les pays gonflés de pétrole ou d’autres matières premières, une mince couche de bourgeois accapare les énormes richesses qu’elle en tire, alors que les masses sont condamnées à la misère et à la faim, sans pouvoir même revendiquer le moindre droit.
Les représentants des grandes démocraties occidentales qui se vantent de la liberté dont jouiraient leurs populations, ont soutenu et armé les pouvoirs despotiques et dictatoriaux grâce auxquels ils ont pu faire des affaires en or ; et devant les massacres qui se succèdent aujourd’hui dans les pays arabes, ils n’ont qu’une idée en tête : comment sauver les profits tirés du pétrole, des ventes d’armes ou de la construction d’infrastructures destinées à «moderniser» ces pays ! Les bourses de New-York, de Londres, Berlin, Paris ou Milan chutent à cause du chaos provoqué par les révoltes ? C’est un «problème international», il faut au plus vite arriver à la pacification sociale, il en va de la finance et de l’économie mondiales ! Les manifestants sont emprisonnes, torturés massacrés par milliers en Tunisie, en Egypte, en Libye ou en Algérie ? C’est le «problème» des Tunisiens, des Egyptiens, des Libyens, des Algériens, des problèmes internes dans lesquels il ne faut pas s’immiscer» ! Les grandes usines d’armes légères et lourdes des pays capitalistes développés qui ont rempli les arsenaux de ces pays n’ont qu’un souci : comment continuer à faire des affaires ? Peu importe aux bourgeois que des milliers de civils désarmés soient massacrés par la soldatesque, les profits doivent être sauvés! Et s’il n’y a plus de Kadhafi, il faudra en trouver un autre à sa place pour continuer les affaires…

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A Rome, à Madrid et à Athènes comme dans les grandes capitales européennes, on s’inquiète de l’éventuelle arrivée en masse de réfugiés venus de l’autre rive de la Méditerranée ; les ministres italiens disent ouvertement ce qui inquiète les dirigeants européens : la possibilité que puissent venir de Libye 300 000 réfugiés ; le ministre italien de la Défense, affirmant qu’il y aurait plus de 2,5 millions d’immigrés africains en Libye, agite la perspective d’une véritable invasion de masses désespérées fuyant la misère, la répression et la guerre après l’écroulement de l’Etat libyen. Et c’est pour cette raison que des navires de guerre italiens ont commencé à se positionner devant les côtes libyennes !

La véritable visage du capitalisme n’est pas constitué par la façade démocratique de la liberté d’expression, de manifestation, de réunion et d’organisation . Là où ces libertés existent c’est parce qu’elles ont été conquises par de longues luttes dans lesquelles le prolétariat a été à l’avant-garde ; et ces libertés sont toujours plus ou moins bafouées et limitées parce que le droit bourgeois qui doit toujours l’emporter, quitte à réduire ou à suspendre les autres droits démocratiques, est le droit à exploiter le mieux possible le travail salarié pour en extraire la plus-value qui, pour les capitalistes, se transforme en profit. Face à l’aggravation des tensions sociales qui pousse les prolétaires et les masses prolétarisées à s’attaquer aux piliers du pouvoir capitaliste et à ses symboles, la façade démocratique démontre qu’elle n’est qu’une mystification.

La révolte, y compris armée, qui secoue les régimes despotiques entretenus par les démocraties impérialistes peut bien arriver à faire chuter les gouvernements locaux qui avaient régné par la terreur et la répression ; mais confier à d’autres gouvernants bourgeois, moins compromis que les précédents, la tâche de «rétablir la paix civile» et d’«ouvrir la voie à la démocratie» ne peut aboutir à rien d’autre qu’au maintien de la domination des capitalistes sur les travailleurs, de la domination des intérêts bourgeois nationaux et impérialistes sur la population et tout particulièrement sur le prolétariat ; des couches petites-bourgeoises, des avocats, des juges et surtout les militaires y auront gagné en termes de reconnaissance sociale, mais l’écrasante majorité des prolétaires et des paysans pauvres continueront à devoir affronter les problèmes de survie quotidienne avec toujours autant de difficultés, si ce n’est davantage encore. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison qu’au cours de ces dernières années des millions de personnes, affrontant des périls de toutes sortes, ont émigré et émigrent à travers le monde.

Mais que trouvent dans les riches pays d’Europe ces masses d’émigrés poussés par la misère à émigrer? Ils trouvent des centres de détention pour sans-papiers, ils trouvent la police et les militaires les mieux armés du monde qui les pourchassent, les emprisonnent et les expulsent ; ils trouvent la surexploitation et le travail au noir ; et même quand ils réussissent à être régularisés, ils se heurtent au racisme et aux préjugés petit-bourgeois. La civilisation bourgeoise de ces pays qui font au monde entier la leçon sur les bienfaits de la démocratie, repose sur la même structure économique et sociale que celle des pays moins développés : sur l’exploitation capitaliste, sur la domination économique, sociale et politique de la classe qui possède tout, moyens de production comme produits, et donc qui a droit de vie et de mort sur les prolétaires du monde.

Surprises par l’incendie social qui dure depuis plus de 2 mois dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, les chancelleries des grands pays capitalistes d’Orient et d’Occident ont appelé les dirigeants de ces pays à faire preuve de «retenue» dans la répression et à «répondre» aux demandes de «liberté» et de «réformes». Des régimes qui depuis tant d’années étaient jugées comme solides, ne peuvent plus contrôler leurs masses, leurs prolétaires. Ben Ali est tombé, Moubarak est tombé, Kadhafi est en chute libre, Bouteflika vacille. Mais ce que redoutent les puissances impérialistes, c’est moins ce qui se passe aujourd’hui, que ce qui risque de se passer demain ; elles craignent que la révolte populaire ouvre la voie à des mouvements révolutionnaires prolétariens , que le prolétariat contre qui la bourgeoisie mène dans tous les pays une lutte sans trêve, trouve dans la révolte actuelle la force de se lancer ouvertement dans la lutte de classe anti-bourgeoise. La chute de Kadhafi pourrait en effet relancer la vague de révolte sociale dans les pays de la région, encourageant du même coup les masses prolétariennes des pays d’Afrique et d’Asie à se soulever à leur tour contre le despotisme capitaliste. C’est cette crainte qui motive le changement d’attitude des Etats-Unis qui, au moment où la révolte armée annonce la fin de Kadhafi, menacent d’intervenir militairement en Libye.

Malheureusement pour les prolétaires des pays en révolte, la lutte de classe prolétarienne n’est pas encore à l’ordre du jour ; les illusions démocratiques, encore trop puissantes, y font passer au second plan les véritables intérêts de classe des prolétaires. Et les prolétaires d’Europe et d’Amérique, anesthésiés depuis des décennies par l’opium démocratique, contemplent passivement ces révoltes au lieu d’y trouver un motif pour entrer en lutte contre leurs bourgeoisies, véritables vampires qui ont sucé le sang de générations de prolétaires et de paysans arabes et moyen-orientaux : ce qui serait la démonstration de ne pas être complices des répressions, des guerres et de l’écrasement des populations de ces pays, et qui serait la seule façon réelle de se solidariser avec ces prolétaires et de s’allier avec leurs frères de classe du monde entier pour défendre les intérêts prolétariens communs à tous.

Moubarak, Ben Ali, Kadhafi ou d’autres pourront être remplacés demain par un jeune militaire se disant révolutionnaire ou par un exilé politique : cela ne changera pas grand chose pour les prolétaires et les masses. Le seul véritable changement ne pourra venir que de la reprise de la lutte de classe, non seulement dans ces pays, mais aussi dans les pays capitalistes industrialisés qui sont le cœur du Moloch capitaliste mondial !

Les communistes révolutionnaires saluent les révoltes sociales des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient non seulement parce qu’elles font chuter des régimes despotiques des sanguinaires, mais aussi parce qu’elles montrent le véritable visage des pouvoirs bourgeois dans ces pays comme les pays impérialistes. Sachant que ces mouvements, mobilisant toutes les classes qui forment le peuple «affamé» de démocratie ne pourront en tant que tels se transformer en mouvement prolétarien révolutionnaire, les communistes révolutionnaires soulignent les causes matérielles, et non idéologiques, qui ont déclenché une révolte courageuse à mains nues et qui ont poussé un prolétariat jeune et combatif à se mettre en grève et à manifester. Il est impossible de s’attendre à ce que les révoltes sociales actuelles débouchent automatiquement demain sur la lutte de classe ; il faudra pour cela que les prolétaires s’organisent et luttent de manière indépendante, pour la défense exclusive de leurs propres intérêts de classe, en se libérant des illusions démocratiques et de l’étreinte suffocante des couches bourgeoises et petites-bourgeoises ; il faudra que dans ces luttes apparaissent des éléments d’avant-garde pour constituer le parti de classe, le parti communiste révolutionnaire dont la tâche sera de diriger le combat vers la destruction du pouvoir bourgeois, expression de la dictature de la bourgeoisie quel que soit sa forme, et vers l’instauration de la dictature du prolétariat et l’extension de la lutte révolutionnaire internationaliste unissant tous les prolétaires du monde contre les bastions de la contre-révolution.

La voie de la reprise de la lutte de classe n’a jamais été simple et facile ; c’est d’autant plus vrai aujourd’hui où le pouvoir de la bourgeoisie s’est énormément renforcé sur le plan du despotisme social et du militarisme et où l’œuvre pluri-décennale du collaborationnisme social-impérialiste a permis de faire accepter au prolétariat sa propre exploitation et de lui faire soutenir les exactions et les guerres de rapine bourgeoises. Mais c’est la voie qu’il est nécessaire de prendre pour en finir avec les horribles massacres perpétrés par les bourgeoisies du monde entier pour défendre leurs privilèges de classe, leur propriété privée et tout le système d’exploitation capitaliste sur lequel se fonde leur domination.

Parti Communiste International

24/2/2011