Le plus fasciste n'est pas celui que l'on croit...
"De même que je ne suis qu'in membre de ce parti, de même celui-ci n'est qu'un élément de moi-même." Hitler
"Lorsque je sens la masse dans mes mains, lorsque je sens combien elle croit, ou lorsque je me mêle à elle et qu'elle m'écrase presque, alors je me sens un morceau de cette masse. Et cependant il reste de l'avesion, telle que le poète la conçoit contre la matière qu'il travaille." Mussolini
Mon commentaire censuré par Le Figaro, peut tout aussi bien s'appliquer à l'élection allemande en Saxe, où l'Afd, parti dit fasciste, a emporté provisoirement une majorité des voix électorales : "C'est le pays réel, fracturé politiquement et socialement. L'équation est simple. D'un côté ceux qui savent qu'il n'est plus possible d'éviter de prendre des mesures graves et impopulaires et de l'autre ceux qui prônent sans honte la lune, dont les irresponsables de LFI (qui ont pour tâche d'encadrer l'électorat musulman et voudraient bien récupérer les bobos écolos pour une victoire électorale impossible). Pour l'instant c'est le foutoir. D'ici là les événements trancheront".
À un peu plus de sept mois du premier tour de l'élection majeure en France, on en est de plus en plus au stade du grand n’importe quoi. Les vaines ambitions de candidatures condamnées produisent encore leurs chants désespérés. La politique spectacle fait son show. Chacun veut son heure de gloire et amuse la galerie populaire avec ses outrances ou fausses. J'ose considérer qu'une bonne partie des électeurs de LFI ne croit pas à la série de balivernes de Mélenchon, incrédibles voire irrationnelles, mais que voter pour ce cuistre est une manière de dire merde au système, comme d'ailleurs de nombre d'électeurs du RN.
Au journal Le Monde, certains journalistes se félicitent d'une manifestation pro-Mélchon dans une brocante à Lille: "Force est de constater que la manifestation a été une réussite, si l’on se fie à la quantité de monde qui s’est déplacé jusqu’à la porte de Paris, au cœur de la ville, pour écouter Jean-Luc Mélenchon en pleines festivités. Le mouvement a décompté pas moins de 12.000 personnes. Parmi la foule impressionnante, une écrasante majorité de jeunes gens est venue applaudir le «Vieux», comme il se fait appeler affectueusement (surnom donné jadis à Trotsky). Il faut dire que les 18-24 ans, et dans une moindre mesure les 25-34 ans, ont voté massivement pour lui lors de la dernière présidentielle, en 2022 : quelque 32% selon l’Ifop, loin devant les 22% d’Emmanuel Macron et les 20% de Marine Le Pen".
Le Duce en a profité pour s'autocongratuler avec son fond national-populiste au nom ni du peuple ni du prolétariat mais du "pays" et "des Français" :« Ce pays bouillonne et en a assez, est exaspéré, d’être dirigés par des bons à rien qui leur font honte. De voir des politiciens à la ramasse qui ne m’arrivent pas à la cheville tout en me critiquant, et qui sont incapables d’imaginer quoi que ce soit qui propage autre chose que des misères et des souffrances autour d’eux », a fustigé l’Insoumis. Et de célébrer, un vague peuple qui bosse (rien d'original) : « un peuple qui travaille tant, qui fait tant d’efforts et qui est capable de se montrer à chaque étape de son histoire si magnifiquement solidaire». «Voilà ce que nous sommes, nous autres Français, nous méritons mieux qu’eux »,
Ce caudillo d'opérette, si imbu de sa personne (il dit souvent : "le candidat, c'est le programme"1) s’est présenté comme le candidat du pouvoir d’achat, rival donc d'Édouard Leclerc, vu l'« état d’urgence social » qu’il promet de décréter. "Les prix augmentent", ce qu'on sait généralement sans sortir les fusils. Et de ressortir le gadget du PNUD aussi incongru qu'irrationnel : "un indicateur de développement humain". Avec l'autre gadget trotskiste réformiste, toujours aussi réalisable, l'échelle mobile des salaires. Des promesses totalement irréfléchies et ubuesques qui n'emballent que les quelques milliers de badauds à la foire de Lille; ce qui s'appelle vraiment emballer, c'est l'impulsivité et incrédibilité.
Heureusement l'élection de l'Afd en Saxe vient à point pour ranimer la mode antifa, mayonnaise avariée classique de la gauche bourgeoise et de ses petits rebelles insoumis. Mélenchon est le plus souvent placé en tête des commentaires par l'ordre journalistique : « Catastrophique démonstration de l'aveuglement des politiques européennes centristes. Ce désastre est leur résultat. Dans ces conditions, le projet militaire allemand de créer la première armée conventionnelle d'Europe est inacceptable pour la France ».
Le nazisme est ressorti de la naphtaline, en associant cette nouvelle menace (pourtant électorale et locale) à la volonté de réarmement de la bourgeoisie allemande, double de la France; ce n'est pourtant pas la revendication première de l'Afd mais bien du gouvernement démocrate de Friedrich Merz. Pas de pot pour Mélenchon, l'Afd, comme lui, est pro-russe alors que la bourgeoisie allemande dominante veut réarmer contre le danger russe.
Associer ce programme de réarmement à la méchante Afd, lequel est du même type que les autres grandes puissances, n'a rien à voir avec une nouvelle montée du fascisme ou son remake. Il faut démagogiquement inoculer la peur du diable pour mieux défendre le "pays", voire le préparer à porter l'uniforme demain.
Certes, au premier abord, le programme de cette extrême droite est peu reluisant. L’AfD a notamment promis d’expulser les immigrés en situation irrégulière « dès la première minute » de l’exercice du pouvoir, de créer des milices citoyennes, de rapprocher le Land de la Russie, ou encore de revoir les programmes scolaires afin de revaloriser l’histoire de l’Allemagne avant le nazisme.
L'Alternative pour l'Allemagne (AfD), formation antimigrants, russophile et pro-Trump, a revendiqué une large victoire dans ce Land d'ex-RDA, infligeant un camouflet au chancelier conservateur Friedrich Merz. Le petit Olivier Faure s'est livré à une petite approximation pas très historique pour une mobilisation de l'ordre de la sociologie : "L’extrême droite à 44 % dans le land de Saxe Anhalt, qui fut le premier à élire un ministre-président nazi en 1932, ce n’est plus un avertissement. C’est un ordre de mobilisation générale qu’il faut lancer. L’internationale réactionnaire et d’extrême droite avance à visage découvert. L’AFD est un parti ouvertement néo-nazi, pro-Kremlin et pro-Trump. La droite néolibérale, par ses politiques austéritaires, a mis le pied à l’étrier d’une extrême droite qui prospère sur les malheurs des classes populaires et moyennes. La gauche doit tourner le dos à ces politiques et apaiser les colères en étant là où elle est attendue : dans le combat contre l’injustice. Ce soir je pense dans l’immédiat à ceux que l’AFD prend déjà pour cibles : les femmes, les étrangers, les minorités, les personnes LGBTQI+".
Fabien Roussel a été plus honnête sur les causes du «terrible bilan pour l'UE et ses traités», appelant à les «changer». «Partout en Europe, l'extrême droite gagne du terrain avec son programme de haine. Elle prospère sur la pauvreté, la désindustrialisation, l'escalade de la guerre»"2.
Cette victoire, tout de même étriquée, ne concerne qu'un land et n'est pas certaine d'aboutir. Concernant les migrants voyous, une large partie de la population européenne est favorable à leur expulsion, ce qui n'a rien de choquant pour tout citoyen honnête et pas fanatique. On peut se féliciter de l'effondrement des démagogues verts et du parti gauchiste Die Linke, qui ne veulent pas entendre parler de problèmes migratoires, ce qui se profile aussi en France.
On peut se féliciter de ce que cette élection en Allemagne permet de mettre au grand jour le mépris de la gauche bourgeoise pour le peuple et le prolétariat. Après tout il n'y a eu ni coup d'État ni appel à un quelconque génocide. Ce mépris vise évidemment l'ancienne portion d'Allemagne de l'Est où l'élite de l'Ouest estime qu'elle n'a pas été assez bien intégrée à l'Occident "démocratique et libéral". Or c'est justement parce que ces régions sont restées pauvres que le mépris affiché des élites politiques antiracistes de l'Ouest les poussent à un vote protestataire comme en France, et parmi ces électeurs, nombre d'entre eux ne prennent certainement pas au sérieux tout le programme fantaisiste de l'Afd. Mais notre gauche morale journalistique accuse ces malheureux électeurs d'être une bande de nazis. Le plus drôle est qu'il existe en Allemagne un petit parti gauchiste favorable au renvoi des immigrés et qui pourrait servir de force d'appoint à l'Afd pour gouverner la région!
LES PARTIS SONT MORTS (Macron) et "LA FORME PARTI EST DÉPASSÉE" (Mélenchon)
LE MONDE a analysé finement la transformation des partis, même opposés.
Frappés de discrédit, les « partis de gouvernement » ont cherché, ces dernières années, à se réenchanter : primaires ouvertes pour donner plus de pouvoir aux sympathisants, multiplication des dispositifs de participation… On leur a fait succéder des cliques bizarres, des machineries électorales décentralisées. Ce ne sont plus en effet des partis mais des gangs créés pour leurs caïds. C'est le caïd qui donne le sens du vent au "mouvement" avec une hyperpersonnalisation qui confine au ridicule. Le « mouvement » se donne à voir comme inclusif et souple. N’importe qui peut y adhérer en quelques clics, sans avoir à payer de cotisation ; n’importe qui peut créer un groupe local. Cette flexibilité favorise un engagement rapide – mais pas forcément durable – et permet de faire état, dans les médias, d’un large soutien populaire. En mai 2017, LFI revendiquait 539 000 membres ; en juillet 2017, LRM évoquait 400 000 « marcheurs ». Des chiffres nettement gonflés mais qui offrent l'apparence d'être supérieurs au nombre d’adhérents que comptent les partis en place.
Toutefois, l’horizontalité sur le terrain ne se comprend qu’à l’aune d’une grande verticalité décisionnelle. Le leader n’a pas de comptes à rendre aux adhérents. Les contre-pouvoirs sont rejetés au nom de l’efficacité organisationnelle, les baronnies locales étant redoutées. Clé de voûte du système, la sélection des candidats investis aux élections est centralisée. Corollaire : certains critiquent le manque de démocratie interne, parfois associé à de l’autoritarisme3.
Je dirai même mieux. Macron et Mélenchon n'ont rien inventé, ils n'ont fait que reprendre le mode de fonctionnement des partis fascistes.
DES PARTIS NOUVEAUX MAIS NÉO-FASCISTES
Je m'appuie ici sur l'excellent travail de l'historien Philippe Burrin - "Fascisme, nazisme, autoritarisme" – qui explique d'abord qu'il n'y a jamais eu de partis ou de régime fascistes en France. Des individus ou des bandes limitées comme celle de Doriot. Le régime de Pétain, dont les députés, y compris de gauche, avaient été constitués démocratiquement, ne peut être ainsi qualifié; plutôt régime autoritaire et colonie de l'Allemagne nazie. Les incultes gauchistes ont tout faux. Pour qu'il y ait intronisation d'un régime fasciste, il y faut une contre-révolution, or en France il n'y eût aucune révolution depuis la Commune de 1871, le Front populaire ne fut qu'un changement de gouvernement populaire4. Des gauchistes vous objecteront, à la suite de certains historiens superficiels, que le fascisme serait né de la perte de crédibilité de la gauche et de la droite. Faux, il est né du traité de Versailles et de la destruction du prolétariat en Russie et en Allemagne.
Burrin décrit très bien cet aspect des régimes fascistes qui s'apparentent aux visées politiques, parallèles et semblables des Macron et Mélenchon: "ces régimes imposèrent à leur société une idéologie qui devait organiser sa vie entière et ne tolérait ni discussion politique publique ni même indifférence privée". (p76) La pensée unique centriste de gauche est le régime de Macron ; l'obligation aux sportifs de soutenir LFI n'est plus seulement de type stalinien mais renvoie à la société nazie.
Les deux "anti-partis" sont également composés de couches moyennes, comme le parti d'Hitler: surreprésentation des étudiants, des propriétaires de petites entreprises, professions libérales; les ouvriers étaient quasi absents des cadres du parti. La jeunesse hitlérienne aurait été composée de plus de 65% d'ouvriers et la SA de la majorité: "ce qui ne saurait surprendre; la SA étant largement
le produit du chômage et de la auvreté urbaine,le refuge des laissés-pour-compte qui trouvaient une raison d'être dans la vie de bande et les affrontements de rue. (p.94)
"Tout à l'opposé des partis de type bolchevique, le parti nazi n'était ni centralisé, ni même sérieusement coordonné" (p. 102). À peu près semblable donc à la polycratie des Macron et Mélenchon où l'autorité dépend du rayonnement du chef, phénomène plus efficace que la contraignante hiérarchie classique. Les conséquences de cette polycratie sont évidentes à la fin du gouvernement de Macron: multiplication d'organismes extraordinaires, hybridation des appareils administratifs, autonomisation des politiques, exacerbation des rivalités personnelles et institutionnelles... et on sait que c'est comme cela que le nazisme s'est effondré, entraînant la défaite militaire. L'autogestionisme de Mélenchon serait plus destructeur encore et à court terme. Il faut toujours se méfier des fans (nom propre: fanatiques) ces girouettes sans conscience et sans foi ni loi.
Pourquoi l'abandon du marxisme trotskien a conduit Mélenchon au populisme chauvin? Pour les mêmes raisons que le passage au fascisme:
"L'expression du passage au fascisme par la révision doctrinale du marxisme est, à cet égard, exemplaire en ce qu'elle est, soit tautologique: pour aller du marxisme au fascisme, il faut abandonner la classe pour la nation; soit inconsistante: car, si le planisme, par exemple, peut mener aussi bien à la social-démocratie qu'au fascisme selon qu'il est associé à des valeurs démocratiques ou autoritaires, cela signifie simplement que l'explication doit porter, non pas sur le planisme en tant que révision du marxisme, mais sur la combinaison de valeurs..." (p.214)
"Il serait légitime de se demander si le débat sur le fascisme français n'a pas été une vaine dépense d'énergie. Ne jouerait-on pas à coller de nouvelles étiquettes sur de vieux flacons, sans que la connaissance historique en tire le moindre profit?" (p.262)
NOTES
1Donc sans le caïd Mélenchon, pas de programme!
2lire cet article du CCI: Allemagne: Comment la classe dominante exploite la décomposition de la société contre la classe ouvrière? | Courant Communiste International
4"René Raymond pour qui le fascisme est un phénomène limité pour l'essentiel aux années 1930 et circonscrit à de petits cercles, en quelque sorte atteints par la contagion de l'étranger". (p252)
