"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 11 août 2015

LES ILLUSIONS DU NEO-SYNDICALISME


ARCHIVE MAXIMALISTE:


par MARC CHIRIK (1907-1990) publié au Venezuela dans la revue Internacionalismo (1965?)

Le texte historique suivant n’a pas pris une ride, excepté cette obsession de Marc en la venue d’une 3ème guerre mondiale (mais cette crainte n’a pas non plus disparue de nos jours, 50 ans après...). Il est terriblement actuel! Au niveau de l’argumentation concise et allant à l’essentiel, aucun texte n’a égalé celui-ci; ni Munis ni la plupart des articles de RI et du CCI qui s’en sont inspirés ne frappent aussi clairement et justement pour dénuder l’obsolescence du syndicalisme; cet article est évidemment fraternellement agité sous le nez des camarades du PCint et de Robin Goodfellow qui sont encore en gros sur les positions de Alerta face au «syndicalisme émergent» au Brésil ou en Irak. Ce texte est extrait du tome 11 de la compilation de l'oeuvre de Marc, sous son principal pseudo (Marc Laverne) que j'ai réalisée sous le nom du mien (Pierre Hempel/JLR), plus par modestie et sans avoir besoin réellement de me cacher contrairement à Marc, souvent contraint lui à la clandestinité dans son combat de toute une vie.
PS: la critique du Pcint c’est ici: http://www.pcint.org/04_PC/97/97_laverne.htm

"ALERTA" ET LES ILLUSIONS DU NEO-SYNDICALISME
Une nouvelle revue vient de sortir, son nom est "Alerta". Le premier numéro est sorti en octobre et ils ont jusqu'à présent publié 4 numéros. Ce seul fait témoigne de la combativité qui anime ce groupe de militants pour se lancer dans la lutte publique. "Alerta" interrompt agréablement le choeur patriotard et de collaboration de classes constitué par les publications des partis gouvernementaux ou de l'opposition légale ou illégale, depuis AD jusqu'à FALN, en passant par le MIR et le PCV, et leurs multiples succursales que sont les différents syndicats et confédérations générales du travail.

"Alerta" se situe catégoriquement sur le terrain ferme de la lutte de classes, dénonce implacablement les agissements de ces agents du capitalisme en général que sont les dirigeants actuels des syndicats, et appelle les ouvriers à prendre eux-mêmes la direction de la lutte pour défendre leurs intérêts contre l'exploitation et l'oppression capitaliste. Telle est la grande valeur de la jeune revue "Alerta" et tout son mérite.

Nous saluons chaleureusement la parution de "Alerta", nous saluons ce nouveau bataillon de militants qui viennent prendre leur place dans le combat révolutionnaire du prolétariat vers son émancipation. Nous la saluons avec d'autant plus d'enthousiasme que nous voyons en "Alerta" une nouvelle manifestation, une confirmation du réveil de la classe ouvrière au Venezuela; un réveil lent, certain, indéniable et croissant, que nous "annonçons" depuis 2 ans et dans lequel, depuis 1963, nous tentons de participer et d'accélérer le processus.
Le "réveil" qui n'est pas une exclusivité du Venezuela, ne s'est pas manifesté d'une manière ouverte, directe et positive; c'est pourquoi on ne manque pas de myopes qui ne le perçoivent pas, et même au sein des groupes révolutionnaires, on ne manque pas de militants sceptiques, particulièrement au sein de la vieille génération, qui se lamentent et désespèrent. Il était inévitable que les premiers symptômes du réveil se manifestent d'une manière plutôt "négative": la perte des illusions et une inquiétude croissante. La décomposition du mouvement stalinien international, la crise ininterrompue qui secoue les partis "communistes" dans tous les pays, la perte de leur influence au sein des masses, la désapprobation croissante des ouvriers envers la politique de ces partis, autant de symptômes très importants d'un nouveau processus de réorientation qui s'opère au sein des masses ouvrières.
Plus encore, ceux qui savent observer, constatent une inquiétude croissante, particulièrement au sein de la jeune génération. Cette inquiétude se traduit par une plus grande participation dans les réunions publiques des groupes de l'extrême gauche, par le nombre croissant de publications révolutionnaires et leur plus large diffusion, les discussions et recherche de réponses aux problèmes fondamentaux de notre époque: l'évolution du capitalisme, les perspectives, le capitalisme d'état, la guerre, etc... Tout ceci dénote le début d'un réveil encore limité, mais indéniable et profond en relation avec une situation internationale qui va se dégradant, dont l'instabilité économique et politique devient plus évidente, avec l'apparition d'un chômage chaque jour plus massif, avec la continuelle détérioration des conditions de vie des travailleurs, avec les guerres locales qui surgissent et s'installent, avec la menace plus précise chaque jour de la guerre mondiale qui approche.
S'il est vrai que le délire nationaliste du PCV et du MIR n'ont jamais conduit les masses ouvrières du Venezuela à la triste aventure de la guérilla, ils ont cependant réussi à freiner les luttes ouvrières et les faire sortir du terrain de classe, de la défense des intérêts économiques et politiques de la classe ouvrière et de ses revendications immédiates, satisfaisant ainsi, bien sûr, le patronat et l'état.
C'est pour cette raison que quand les ouvriers arrivent à se libérer de la fumée patriotarde du stalinisme et du faux "révolutionnarisme" du Castrisme, leurs premières réactions consistent à se tourner vers les préoccupations économiques immédiates du salaire et des conditions de travail. Ces réactions, tout en représentant un grand pas en avant, restent cependant sur un terrain assez limité et non dépourvu de nouvelles illusions non moins dangereuses.
"Alerta" est l'expression typique de ce double aspect, comme nous allons le voir en examinant de plus près son contenu. Tout en saluant la parution de cette publication, "Internacionalismo" faillirait à son devoir révolutionnaire en ne soumettant pas les positions et solutions préconisées par "Alerta" à l'épreuve d'une critique fraternelle, certes, mais sévère.
Le Prolétaire n°55 Juin 1968
"Le syndicat est l'organe spécifique de la classe ouvrière pour ses luttes économiques". C'est avec ces mots en majuscules que commence la première page du premier numéro de "Alerta". Mais d'où sort donc "Alerta" cette affirmation? Du fait qu'il en était ainsi il y a plus de 50 ans, avant la première guerre mondiale. La référence au passé, à ce qui "était" pour expliquer ce qui "est", est un argument très superficiel.
Il suffit de lancer un regard exempt de l'impuissante nostalgie de ce qui "était", pour constater immédiatement que dans toutes les parties du monde, dans tous les pays, le mouvement syndical a justement cessé d'être l'organe de lutte de la classe ouvrière, pour devenir l'organe spécifique de la collaboration de classes et de l'intégration du prolétariat dans l'état capitaliste.
"Alerta" regarde en arrière et ne voit pas la réalité présente. Il ne voit pas qu'aujourd'hui il n'existe pas un seul syndicat au monde où nous, ouvriers, "apprenons à nous unir, apprenons à lutter, apprenons à reconnaître nos ennemis et à les affronter" (Alerta n°1). C'est tout le contraire, le syndicat aujourd'hui est le lieu où les ouvriers oublient ce qu'ils ont appris, ils oublient comment se réunir, ils oublient comment discuter, ils oublient comment lutter. Il peut subsister ici ou là des vestiges du vieux syndicalisme, mais ceci ne doit pas nous tromper et nous faire oublier qu'il est devenu une institution bureaucratique, de contrôle des ouvriers, une institution qui peut avoir des variantes en fonction du pays et des circonstances particulières, mais qui suit une évolution irréversible d'intégration à l'état capitaliste.
Les syndicats aujourd'hui sont constitués et enfermés dans une structure juridique, un code juridique avec une procédure légale. Ce code est tellement compliqué avec ses conventions collectives, ses commissions paritaires, les commissions d'arbitrage sous la surveillance du ministre du travail, avec ses préavis, ses clauses douteuses, ses compromis et ses charlataneries, qu'il rend absolument nécessaire la formation d'une caste spécialisée, de tout un appareil de fonctionnaires, avocats et autres bureaucrates. Pour cette même raison, les assemblées syndicales cessent d'être les réunions des ouvriers où ils discutent de leurs revendications et se préparent à la lutte pour les obtenir, pour devenir des assemblées purement informatives dans lesquelles les bureaucrates spécialistes viennent expliquer aux ouvriers leurs "droits et devoirs". Le syndicat a cessé d'être "l'école de la lutte" pour devenir l'école de l'abrutissement des ouvriers. "Alerta" ne voit pas la transformation radicale qualitative de l'organisation syndicale, et, ce faisant, il lui est absolument impossible de comprendre les raisons profondes de cette transformation: il ne se pose même pas la question. Il ne voit pas la différence entre les syndicats d'autrefois, organisations spontanées des ouvriers contre la volonté des patrons et contre l'état capitaliste, et les syndicats d'aujourd'hui directement ou indirectement organisés par les partis anti-ouvriers, mais toujours sous la tutelle de l'état, et avec la bénédiction de l'Eglise et le soutien actif du patronat et de ses agents. Au lieu d'être une création interne, spontanée de la classe ouvrière en vue de la défense de ses intérêts, les syndicats actuels sont une création externe par le biais de laquelle toute les forces du capitalisme moderne se consacrent à enfermer les ouvriers, pour mieux les contrôler et les dominer.
Un des actes premiers de chaque nouveau type de gouvernement consiste à organiser ses syndicats. Sous Hitler nous avons eu les syndicats fascistes, en Espagne nous avons les syndicats franquistes, en Russie les syndicats staliniens, dans l'Argentine de Péron les syndicats péronistes, dans les pays "démocratiques" comme le Venezuela nous avons eu les syndicats "pérezjiménistes" et avec le triomphe de AD, les syndicats Adecos, la CTV et les syndicats des partis de l'opposition, la CUTV. Tous sont organisés pour l'accomplissement d'une même fonction historique: soumettre la masse ouvrière au contrôle le plus rapproché possible pour la lier à la "production nationale". Le droit syndical, tout comme le droit au suffrage universel pour lesquels la classe ouvrière a lutté durant des décennies, ne constituent plus aujourd'hui une dure conquête, mais une obligation à laquelle les ouvriers doivent se soumettre.
De la même façon qu'aucun état capitaliste moderne ne peut subsister sans son organisation militaire, l'armée et la police, il ne peut non plus subsister sans son organisation du travail, c'est-à-dire sans les syndicats. Les syndicats sont à la force de travail ce que les casernes sont à l'armée.
La transformation des syndicats d'un organe de lutte en un organe de collaboration de classe appelé à assurer la paix sociale et l'augmentation de la productivité, n'est pas la conséquence, comme le croient certains, de "mauvais" dirigeants, de chefs "traîtres" et "opportunistes". C'est là une explication superficielle et infantile. Cette transformation correspond à une nouvelle étape historique: l'époque du capitalisme décadent. Tant que le capitalisme représentait une époque de progrès dans l'histoire, menant à bien la tâche de développement des forces productives de la société, la transformation de celle-ci n'était pas à l'ordre-du-jour de l'histoire en tant que tâche politique immédiate. Le prolétariat pouvait alors et devait donner naissance à une organisation permanente ayant pour objectif la défense de ses intérêts immédiats, et cette organisation en même temps servait d'école pour la classe: celle-ci y apprenait à se préparer en vue des futurs combats décisifs et révolutionnaires (quand les conditions historiques seraient réunies) pour prendre elle-même la direction de la société. Ce fut l'époque d'un "programme minimum" et d'un "programme maximum" dans l'activité du mouvement ouvrier. Les syndicats étaient le type d'organisation le plus approprié pour la réalisation de ce "programme minimum" sur le plan économique, de même que les campagnes électorales et l'activité parlementaire des partis ouvriers l'étaient sur le plan politique.
Avec 1914 s'ouvre une nouvelle période historique. Le capitalisme impérialiste entre dans sa phase décadente: époque de guerres impérialistes et de révolutions prolétariennes. Rosa Luxembourg caractérisait cette époque, avec une grande certitude et une vision aigue de la réalité, comme étant celle de la disparition définitive de la division entre "programme minimum" et "programme maximum", pour ne laisser qu'un seul programme unitaire, total, de lutte révolutionnaire permanente du prolétariat, pour la transformation révolutionnaire de la société; une lutte menée à tous les niveaux, économique, politique et social.
L'ancien type d'organisation corporatiste strictement économique et, qui plus est, de structure verticale, le syndicat, s'est avéré absolument inadapté et inopérant pour mener à bien la lutte unitaire et totale qui est celle qui correspond à la classe ouvrière dans l'époque moderne du capitalisme décadent. Pour réaliser efficacement ses nouvelles tâches historiques, dans l'immédiat, la classe ouvrière a apporté spontanément sa réponse en créant un nouveau type d'organisation: les conseils ouvriers d'usine.
Ce type d'organisation horizontale, non verticale, est basé directement sur le lieu de travail, aux sources même de la production, englobant tous les ouvriers (sans discrimination aucune, sans vérifier si l'ouvrier a sa carte d'identification syndicale), elle fait participer tous les ouvriers d'une manière effective et constante aux délibérations, discussions et décisions; les délégués sont des ouvriers de l'usine elle-même, élus et révocables à tout moment, selon le souhait des ouvriers. Seule une organisation ainsi structurée, sur le lieu-même de l'exploitation -l'usine- et qui lie étroitement les ouvriers entre eux, non pas sur le plan professionnel, mais sur le plan territorial -le quartier, la ville, la région, le pays et le monde-, seul ce type d'organisation peut mener la lutte du prolétariat à terme et assurer son triomphe.
Tel sont les enseignements et acquisitions les plus profonds tirés de l'expérience de la lutte du prolétariat au XXe siècle. Et les syndicats alors, direz-vous ? Ils ne correspondent plus aux nécessités ni aux tâches de la lutte du prolétariat au XXe siècle, leur objectif limité qui était leur raison d'être, s'est évanoui; ils ne peuvent donc plus servir en tant qu'organisation de la classe. En continuant d’exister en tant qu'organisation (vide de contenu prolétarien) le syndicat se transforme en son contraire, il devient le terrain de prédilection des manoeuvres de toutes les forces politiques du capital contre la classe ouvrière.
Il semble que les militants de "Alerta" n'ont pas compris la signification du caractère actuel des syndicats. A en juger par les critiques véhémentes contre les mauvais dirigeants (les "Mandrakes" comme ils les appellent) sur qui ils rejettent la faute de la collaboration de classe des syndicats actuels, les militants démontrent qu'ils n'ont pas compris la signification profonde de la nécessaire et inévitable transformation subie par les syndicats; et tel un nouvel Hercule, "Alerta" se lance héroïquement dans l'oeuvre surhumaine de nettoyer les étables modernes du capitalisme d'Augias que sont les syndicats.Vouloir faire revivre un syndicalisme révolutionnaire dans une  époque ou les syndicats sont morts en tant qu'organisations ouvrières depuis fort longtemps, relève d'un désir naïf.
Dans une époque de décadence, de déséquilibre permanent et d'instabilité sociale, la classe ouvrière ne peut maintenir une organisation révolutionnaire de masse stable et permanente au sein de l'ancienne société. C'est une époque de virages soudains et de violentes explosions qui mènent à court terme soit au triomphe final, soit à la défaite. Quand le moment sera venu où le prolétariat pourra implanter et développer une organisation de masse, l'heure de la révolution sera proche et ne tardera pas beaucoup à sonner. En attendant, les luttes ouvrières ne se préparent ni se mènent à travers ou dans les syndicats, mais en dehors d'eux et contre eux, avec l'explosion de grèves sauvages dirigées par des comités ouvriers "improvisés" spontanément.
"Alerta" semble ignorer la vague de grèves sauvages qui s'est développée durant toute l'année dernière en Angleterre. Il ignore les cris de terreur que ces grèves sauvages ont produit dans la presse capitaliste "sérieuse", laquelle se demande avec anxiété jusqu'où cela irait si les syndicats ne parvenaient pas à prendre le contrôle de ces mouvements "irresponsables". Si "Alerta" connaissait mieux le mouvement ouvrier européen et son évolution, il réfléchirait deux fois avant de lancer ces appels:  "Camarades travailleurs, ta participation dans le syndicat doit être une réalité, que tu sois d'accord ou pas avec ses dirigeants actuels, que tu sois d'accord ou pas avec ses caractéristiques actuelles".
Pour éviter de se mouiller quand il pleut, "Alerta" appelle à se jeter à l'eau. Le fait aujourd'hui d'appeler les ouvriers à entrer dans les syndicats est un service gratuit que l'on rend à l'Etat, aux partis politiques ennemis de la classe et à la bureaucratie syndicale. Déjà le capitalisme exerce toutes sortes de pressions pour obliger les ouvriers à se soumettre au contrôle des syndicats. Il n'est pas rare que l'ouvrier ou l'employé ne trouve pas d'emploi s'il n'a pas de carte syndicale, et c'est chose courante que les patrons se chargent d'encaisser les cotisations syndicales, en les déduisant directement du montant du salaire. Sous l'appellation de cotisation syndicale se cache un impôt direct imposé aux ouvriers afin que ce soit eux-mêmes qui nourrissent une caste bureaucratique spécialisée dans leur surveillance.
Il est d'autant plus surprenant de voir Alerta tentant de faire revivre un syndicalisme révolutionnaire anachronique, que n'a jamais existé de véritable mouvement syndical de classe au Venezuela. En effet les syndicats furent crées à la veille de la IIe guerre mondiale, oeuvre directe du stalinisme ou du parti A.D. (aujourd'hui parti gouvernemental), autant dire qu'ils ne furent jamais rien d'autre que des annexes de ces partis de la jeune bourgeoisie nationaliste du pays. Au Venezuela, comme dans beaucoup de pays arriérés, les syndicats n'ont pas eu à se transformer: dès leur naissance ils apparaissent comme des organisations corrompues et de collaboration de classe.
Tout comme dans les pays hautement industrialisés d'Europe, la jeune classe ouvrière du Venezuela n'a rien à faire dans les syndicats. De même que ses frères aînés d'Angleterre et d'ailleurs, les ouvriers du Venezuela engageront leur lutte de classe en dehors et contre les syndicats. Déjà les grèves sauvages des ouvriers de Puerto La Cruz et d'autres parties du pays, il y a 2 ans , sont la manifestation du fait qu'au Venezuela également, la classe ouvrière s'oriente dans la direction de l'auto-organisation de sa lutte, et contre la tutelle des syndicats.

COMMENT SURGIT UNE TELLE POSITION ?

Ce n'est pas un hasard si ce néo-syndicalisme proclamé par Alerta s'est manifesté précisément parmi les militants du syndicat de la chaussure. Les industries de production de biens de consommation peu durables, comme le textile, l'habillement, la chaussure etc..., ne présentent pas ce degré élevé de concentration et de centralisation capitaliste comme c'est le cas pour les grandes industries de base. Elles ont encore beaucoup des caractéristiques des manufactures. La division n'est pas encore très accentuée, l'ouvrier s'affronte encore directement au capitalisme personnalisé, et pas encore au capitalisme anonyme. Ce sont des industries qui très souvent travaillent par périodes; les ouvriers exécutant certains des travaux à la tâche, ce qui signifie qu'une importante couche  ouvrière travaille à domicile et possède en partie ses moyens de production. Une couche ouvrière encore très liée à l'artisanat; il est donc très naturel qu'au sein de cette couche ouvrière survive l'esprit corporatiste et professionnaliste qui constitua la base de l'organisation syndicale d'autrefois. Ce serait une grave erreur que de partir de cette image et vouloir appliquer cet esprit au mouvement ouvrier moderne. Ce serait une grave erreur que de vouloir poser et résoudre les problèmes brûlants de la lutte du prolétariat et de son organisation dans l'époque actuelle en regardant à travers les lorgnons de nos chers grands parents.
Quand on lit "Alerta" pour la première fois, on croit voir une saine réaction des ouvriers du syndicat de la chaussure, qui protestent et dénoncent l'ignominieuse attitude de leurs dirigeants qui vendent sans scrupules les intérêts des ouvriers. On ne peut donc pas ne pas applaudir et appuyer cette réaction élémentaire ouvrière. Mais au fil de la lecture on ressent un malaise croissant dans la mesure où "Alerta" prétend justement se présenter en tant qu'une orientation, une plateforme générale pour le mouvement ouvrier. Ainsi dans son dernier numéro (le N°4), "Alerta" (bien que son contenu soit encore étroitement lié aux problèmes de la Chaussure et de la signature de la convention collective), se présente comme le "porte-voix des comités en vue du sauvetage du mouvement syndical". Toute la plateforme s'exprime à travers cet appel: "camarades, récupérons les syndicats des mains des agents patronaux! Faisons-en de véritables organes de classe!".
Nombreux sont les groupes et partis révolutionnaires qui depuis 1920 se sont fixés la tâche de "transformer les syndicats en véritables organes de classe" avec pour unique résultat un cinglant échec. "Alerta" ne voit pas, ne comprend pas, ni se demande la raison de cet échec. Il répète encore la même erreur qui consiste à ne pas voir la fonction capitaliste que remplissent nécessairement les syndicats à l'époque actuelle.
Un organe de classe ne se "fait" pas selon notre bonne volonté. Toute organisation EST un organe déterminé de telle ou telle classe.
La nature de classe d'une organisation n'est pas seulement déterminée par son origine historique. Nombre d'exemples dans l'histoire nous montrent le contraire. Il suffit de citer l'Etat russe, les partis socialistes, les partis communistes et aussi les syndicats, tous d'origine ouvrière, qui sont devenus autant d'institutions contre la classe ouvrière.
L'argument se référant à la composition sociale n'est pas plus valable. Il est évident qu'une organisation générale des ouvriers est inconcevable si elle n'est pas composée,socialement d'ouvriers. Mais ceci n'entraîne en aucune façon que toute organisation composée d'ouvriers soit une organisation ouvrière. S'il en était ainsi, il faudrait considérer les organisations de travail de Hitler, de Mussolini, de Franco, de Staline, de Perez Jimenez, des socio-chrétiens, de l'Eglise,toutes constituées d'ouvriers, comme autant d'organes du prolétariat !
Ni l'origine, ni la composition sociale ne suffisent pour caractériser une organisation de classe. C'est seulement la fonction sociale qu'elle est nécessairement appelée à assumer et qui est déterminée par son époque, qui permet de définir la nature de classe d'une organisation.
Comme nous l'avons déjà vu, le mouvement syndical en maintenant et perpétuant un "programme minimum", séparé et limité, ne peut pas représenter le "programme total" de lutte de classe du prolétariat tel que l'exige l'époque actuelle. Par ailleurs il ne peut pas non plus réaliser un "programme minimum" car celui-ci est historiquement caduc. En aucune façon cette organisation ne peut servir dorénavant le mouvement prolétarien. Elle doit disparaître ou bien, se réclamant formellement du vieux programme, elle doit se convertir en réalité, en une institution de paralysation et de frein de la lutte, au service de la classe ennemie.
Cela ne sert à rien d'invoquer et de s'abriter derrière le prestige de Lénine, ni de se réclamer du léninisme. Pour aussi grande que fut l'autorité d'un Lénine, elle n'est pas en soi une garantie infaillible de la justesse d'une position, et encore moins valable en tout temps.Il ne faut pas oublier que Lénine est mort au début de notre époque, ce qui explique en partie que sur beaucoup de questions il soit resté attaché à des positions classiques passées. L'expérience des 50 dernières années a invalider nombre de positions de ce qu'on appelle le "léninisme". Pour n'en citer que quelques unes: la question parlementaire, le problème national et colonial, l'auto-détermination des peuples, la question du front unique et la conception du parti. La question syndicale fait partie de cette ligne politique générale. Une position fausse, même si elle est enveloppée de "léninisme", reste fausse.
Les propositions de Alerta pour sauver les syndicats ne sont que voeux pieux, et leurs propositions pour la réforme des statuts syndicaux ont la valeur d'un pansement sur une jambe de bois; il n'y a aucune possibilité de sauver les syndicats pour qu'ils puissent redevenir l'organisation de la luttte de classe.
Les grèves sauvages ont montré dans la pratique cette impossibilité. Elles ont montré la nécessité impérieuse pour la classe ouvrière de mener  ses luttes hors des syndicats.
Appeler à la constitution de comités d'usines pour sauver les syndicats c'est les amener à une impasse. Les comités d'usine en se constituant sont là pour organiser et diriger directement les luttes de la classe ouvrière.
Quand arrivera le moment où la classe ouvrière aura retrouvé sa  combativité, elle ne se limitera pas à jeter hors des syndicats les mauvais dirigeants comme le conseille Alerta, elle ne perdra pas son temps ni son énergie à nettoyer cette maison pourrie de fond en comble, au contraire, elle la détruira au même titre que toutes les autres institutions propres à la société capitaliste.
Nous ne doutons pas de la sincérité  ni de la volonté révolutionnaire des militants de Alerta. C'est pourquoi nous sommes convaincus que tôt ou tard ils prendront conscience de leur position fausse et la corrigeront.
Le plus tôt sera le mieux.

J. BLASCO

Encart du journal Libération en décembre 1998:

Les syndicats profitent de l’argent des retraites

"Le parquet de Nanterre a été saisi, à la fin décembre, d’un rapport de l’Igas sur la Caisse de retraite interprofessionnelle (CRI). Une enquête préliminaire a été ouverte. Ce rapport de l’Igas détaille comment patronat et syndicats s’entendent à merveille pour assurer leur train de vie sur le dos des assurés sociaux, à travers la CRI. Le rapport a été révélé dans une longue enquête publiée par l’hebdomadaire Marianne dans son édition du 27 décembre, et a été repris hier par Le Monde.
La CRI l’un des multiples organismes de retraite complémentaire, surtout actif dans la métallurgie, aurait financé les principales organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, CGC et CFTC) à hauteur de 34 millions de francs au cours des quatre dernières années. Avec la bénédiction du Medef, représenté par Yves Espieu, président en titre de la CRI. L’essentiel de ce financement passe par la rémunération de permanents syndicaux. Marianne soulignait l’une des conclusions de l’inspection générale des affaires sociales: «La gestion de la retraite n’apparait plus que comme une préoccupation secondaire de l’encadrement supérieur» de la CRI.
Dès octobre, Le Canard Enchaîné avait déjà révélé qu’une filiale de cette caisse de retraite, spécialisée dans les concierges, avait versé des pensions à Georges Marchais, ancien secrétaire général du PCF et à Georges Séguy, son homologue de la CGT. Selon l’Igas, la CRI a également investi dans les chevaux de course, sous prétexte de relations publiques.»


Comme on comprend toutes les agitations syndicalo-stalino-gauchistes cycliques contre les «attaques ignominieuses contre NOS retraites». En tout cas pour Marchais et Séguy (toujours en vie?) c’était pas la consécration cette révélation: pauvres apparatchiks rétribués comme vulgaires pipelets de la classe ouvrière; car on sait depuis la création des concierges par Napoléon qu’ils se devaient d’être surtout des auxiliaires de police!


lundi 10 août 2015

UN MONDE QUI N’EST PAS ANGELIQUE

(déclaration de Alain Juillet, ancien chef du SDECE)

Puisque mes vacances sont un désert et un enfer, au moins aurais-je complété mes connaissances historico-visuelles sur événements et personnages politiques de premier plan, ou de l’ombre. Ici je n’ai point pour habitude de saluer les chaînes de télévision du pouvoir, et du pouvoir de l’argent, ni les merdes de la TNT ni Arte (télé raide boche qui étouffe tout réel débat). Par contre, chapeau à LCP! Cela va vous étonner qu’un anti-parlementaire professionnel comme moi, soit épaté par la principale chaîne «parlementaire» et réservée en premier lieu à cette espèce régalienne de la démocratie oligarchique. Pourquoi s’étonner que les bourgeois aiment à être servi, comme dans leurs restaurants chics, par de la qualité? Au moins LCP n’est pas populaire ni de réalise de fortes audiences, donc elle n’est pas obligée de s’abaisser au niveau des besoins pervers et émollients de l’audimat.
On assiste donc, malgré les courbettes au mensonge représentatif, à de sérieuses émissions historiques documentées. L’émission sur l’amitié Hitler-Mussolini sortait des sentiers battus, montrait des images inconnues des complicités capitalistes, malgré une pétasse bardée de diplômes chargée de confirmer les mensonges dominants sur la guerre mondiale et d’inférioriser le réalisateur. Certains hommes politiques bourgeois en sortaient grandis, avec une mention incontestable pour De Gaulle, quoique un peu trop dépeint comme «Monsieur mains propres» (ce qui sera contredit par son organisation planifiée des crimes pour retarder la décolonisation, mais ses actions mafieuses de guerre restent sujet tabou). Mention très bien pour le procureur Eric de Montgolfier, seul magistrat à dénoncer clairement la trouble franc-maçonnerie au milieu de ses pairs. Mention pour Beate Klarsfed, quand la jeune femme va gifler l’ex-nazi Kissinger devenu chancelier «démocrate». Etonnant Eichmann, qui, tout salaud qu’il fût, refuse de prêter serment sur la bible lors de son procès à Jérusalem... (c’est la bible qui dût être contente). Mussolini, nabot difforme, piètre batteleur d’estrade, devenu petit toutou d’Hitler quand Hitler fait minable portier d’hôtel bourgeois au début de sa carrière face au Duce plastronnant: de telles images épargnent ou démystifient d’inutiles et pesantes lectures historiques ou de risibles ergotages antifa.

Finalement, toute cette année 2015, comme 2014, aura été l’occasion de nous bourrer le crâne sur l’idéologie des vainqueurs impérialistes de 44-45. Mais, pour avoir une énième fois vu et revu l’exploitation des «travailleurs forcés» par les nazis (juifs mais en général aussi européens et slaves), il m’est venu une idée assez... luxemburgiste, tout simplement par la comparaison avec la persistance de la volonté de colonisation après 1945, avec les images du Vietnam, de l’oppression en Algérie, et les écrits de Marguerite Duras («Un barrage contre le Pacifique» 1950, jugé si subversif qu’on lui refusa d’abord le Goncourt).

ET SI LE COLONIALISME contrarié ETAIT LE VRAI PERE DU NAZISME? Avec cette différence que, avec la raréfaction des marchés externes (comme aurait dit Rosa) il a fallu à l’Allemagne nazie faire suer le burnous à une main d’oeuvre sise dans la vieille Europe même, étrangère (juive, française, polonaise, etc.).... puisqu’elle ne pouvait non plus seulement exporter mais surtout posséder des colonies comme la France et l’Angleterre. Contrairement à la version des historiens nationalistes juifs, le nazisme ne provient pas de toute façon ni de la France ni de Knokke-le-zoute, mais de l’explosion de l’impérialisme mondial au mitan du XXe siècle, de la crise d’étouffement capitaliste. Le colonialisme était marqué par un mépris racial qui interdisait toute dignité aux populations dominées par les conquérants «civilisés-progressistes-baptisés» et... charitables même au régime du knout! Il fallait travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive dans des conditions ignobles. Ce qui a été reproché aux nazis pendant la boucherie mondiale, peut tout autant être reproché à la bourgeoisie française après 1945 (massacres par milliers à Madagascar, en Indochine, en Algérie, etc.). L’arrogance impérialiste française reprit ses aises sans façon après l’écrasement de son rival nazi, et ses services secrets allaient initier adéquatement les collègues encore morveux de la nouvelle grande puissance mondiale US aux us et coutumes des crimes politiques pour couvrir les menées coloniales ou impérialistes, qui restent synonymes (selon moi); les «chasses gardées» n’étant plus destinées à rester vierges... ou imprenables par le concurrent.

Chaque jour la presse mondiale unique vous dénonce les trafics de Daesch, la certitude que cette «organisation criminelle» non seulement vole du pétrole... pour le revendre, mais vit de «l’argent de la drogue", et en plus casse des statues antiques pour les revendre en petits morceaux sur le «marché de l’art». Mais depuis l’Irgoun, tous les services secrets du monde se sont spécialisés dans les complots, les montages bidons (on n’a pas encore abordé l’épisode du Rainbow Warrior), toutes choses que contestent nos gentils anarchistes conseillistes ou ultra-gauches (car ce serait une invention ou une lubie des fachos). Ha Ha Ha!

L’histoire des services secrets français, diffusée les 10 et 11 août sur LCP, fût passionnante. On apprend que c’est De Gaulle qui a créé nos SS, le SDECE, comme service directement rattaché au chef de l’Etat et non plus à la camarilla des hauts gradés de l’armée. En restaurant dès 1945 un contre-espionnage efficace, la bourgeoisie française manifeste sa volonté de reprendre voix dans le concert inter-impérialiste et ne pas se laisser bouffer par les grands vainqueurs arrogants de 1945.

Le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) est créé le 28 décembre 1945 et remplacé le 2 avril 1982 par la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE). Il ne prend pas pour autant la fonction du Deuxième Bureau qui reste alors consacré au renseignement militaire traditionnel. Sous la Quatrième République le SDECE est subordonné au président du Conseil. Avec l'instauration de la Cinquième République et jusqu'en 1962, il est utilisé par le Premier ministre Michel Debré et se montre particulièrement efficace dans la lutte contre la rébellion en Algérie. À la suite de l'affaire Mehdi Ben Barka, le général de Gaulle décide de subordonner le service au ministère des Armées dirigé par Pierre Messmer, fidèle compagnon du général.

De vielles crapules comme Aussaresses étaient venues témoigner de leur vivant, hyper abimés par les années, pour nous expliquer les dessous de la lutte nationale contre les libérations nationales (peu nationales elles aussi...). Vous allez voir que nos «SS» n’eurent rien à envier à Daesch ou à l’Irgoun nationaliste juive, en particulier avec la fabuleuse et sanglante histoire de «la main rouge» (http://www.wat.tv/video/services-secrets-main-rouge-3ivrp_2hpbt_.html).

En Indochine, avant la râclée de Dien Bien Phu les représentants secrets du colonialisme français mis à mal par Ho Chi Minh (finalement je regrette presque de ne pas avoir salué quand même Ho en son temps, quoiqu’il n’ait été qu’un pion de l’impérialisme russe) revendent la drogue aux mafiosos parce qu’ils sont mal payés (problème d’intendance comme aurait dit le Grand Charles aux «mains propres»...). Mais c’est avec la bagarre pour garder l’Algérie que l’Etat français a recours à tous les moyens les plus criminels. On recherche d’abord des tueurs à gages, comme le célèbre truand Jo Attia, pour tuer les militants du FLN; mais, malgré un épisode rocambolesque pour le récupérer, ce genre d’individu n’est pas fiable et peut se retourner comme girouette. Rien ne vaut de créer par conséquent son propre service de «tueurs à gages» de fonctionnaires d’Etat. Ce qui est effectif avec la fameuse «main rouge», bande de tueurs autorisés, qui sous l’autorité («aux mains propres») de Debré et De Gaulle, est chargée de l’assassinat, y compris en France, des avocats du FLN (Ould Aoudia est assassiné par les sbires du SDECE comme le reconnaissent sans honte les caïds des SS de l’époque, vieillis et chevrotants); les futures victimes de «la main rouge» (ancêtre de l’OAS) reçoivent cette simple phrase: «toi aussi tu n’es qu’un numéro», en l’occurence le n°3, etc. Défilent à la barre le «russe blanc» Melnik (les anti-bolcheviques primaires ont toujours été de bonnes recrues pour les SS occidentaux), encore Aussaresses, et le sémillant et souriant P.Juillet. «La main rouge», autrement dit le SDECE agit partout en Europe, les salons du monde entier bourgeois savent la qualité des SS français et que James Bond n’est qu’un rigolo à côté. En 1961, ce sont 103 personnes qui sont assassinées.
L’émission n’est pas exhaustive sur le passé de tous ces dévoués serviteurs du colonialisme français prolongé, mais une bonne partie de ces zélés exécuteurs devaient être d’ex-pétainistes; ces assassins patentés sont d’ailleurs outrés que 8 ans après l’Indochine, l’Algérie soit déclarée indépendante. N’est-ce pas «une trahison du pouvoir politique»? Et de vouloir occire le Général...

En Afrique, au Katanga, au Biafra, etc. ce sera moins frontal mais aussi meurtrier. Nos SS vont continuer avec le sinistre Foccard, premier homme de main du Général. Pour faire tomber un dictateur guinéen qui ne veut pas faire allégeance à la France, nos SS inondent le pays de faux billets: mais pas de pot c’est l’impérialisme russe qui récupèrera la mise. L’assassinat de divers chefs nationalistes africains ne sera qu’une promenade de santé, avec cet argument répété «le monde n’est pas angélique et nos concurrents faisaient pareil»!
L’implication souterraine de nos SS au Biafra «prolongera la guerre de plusieurs années» comme l’expliquent sans fard les ex-retraités du SDECE, avec des milliers et des milliers de morts. Alain Juillet n’a pas besoin de farder en quoi que ce soit la vérité, il la décrit en souriant, comme s’il s’agissait d’un scénario sans conséquences sanglantes: «c’était une guerre entre compagnies pétrolières françaises et anglaises»... Quid des présumées "libérations nationales", "révolutions avant-gardistes" tant prisées par nos jeunes estudiantins gauchistes des sixties, futurs ministres de Mitterrand ou conseillers du fruste et ignorant Besancenot...

Cela ne vous rappelle pas ce que j’expliquais récemment sur les insondables conflits au Moyen-Orient, ou même des bagarres «entre compagnies américaines» au moment du fameux 11 septembre? Nos SS modernes sont capables de tout pour préserver le Capital!

LA SECONDE PARTIE (1961-1981), couvrant une période de lutte interne des classes, est carrément elliptique, un survol superficiel qui tente de nou faire croire à une maladresse voire une inutilté de nos SS. Le haut fonctionnaire Georges Paques, qui travaillait allègrement pour le KGB, baisse rapidement culotte mais le gouvernement De Gaulle est la risée des journaux US qui voient des espions russes à tous les étages de l'administration française. C'est beaucoup plus grave avec l'assassinat de Ben Barka. Le docu se contente de nous dire que ce fût une bavure incontrôlée des bovins du SDECE... et de s'étendre sur la colère de De Gaulle. Rien donc sur une affaire complexe où il semble bien pourtant que c'est le roi du Maroc et son larbin le général Oufkir qui ait ordonné aux flics de l'ombre français de se charger su sale boulot.
On apprend peu sur l'affaire Markovitch, sale magouille pour faire tomber Pompidou, et où on prend soin de ne pas nous rappeler que De Gaulle avait ... laissé faire! On passe beaucoup de temps à glorifier le comte Alexandre de Marenches pour son job de femme de ménage dans les écuries du SDECE, mais le commentaire est peu loquace sur les successives opérations impérialistes et gangstéristes menées dans les "chasses gardées" par Giscard et son comte de l'ombre.
L'épisode se termine par l'arrivée  du petit Mitterrand, dont les 100 propositions électorales comportaient une suppression des services secrets (autre preuve qu'il ne se voyait pas arriver au pouvoir). On en saura peut-être un peu plus au prochain épisode, surtout avec Tonton, roi des écoutes téléphonique et l'affaire du Rainbow Warrior; en tout cas un gouvernement bourgeois sans "grandes oreilles" c'est comme le petit bourgeois Edwy Plenel sans copains dans la police, que dalle!