"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mercredi 16 décembre 2009

Une polémique édifiante dans les locaux du Nouvel Obs

« MISSION IMPOSSIBLE »

L’IMPUISSANCE DES POLITIQUES BOURGEOIS ET LE RETOUR DU DANGER PROLETARIEN

Jean-Paul Besset (Europe Ecologie)[1] face à Pierre Moscovici (PS)[2]

«Vive la sociale» ou «sauvons la planète» ?

Taxe carbone contre pouvoir d'achat, croissance contre décroissance, progressisme contre environnementalisme... Entre écologistes et socialistes, l'échange est vif

Le Nouvel Observateur. - Vous avez politiquement grandi l'un et l'autre dans la religion du progrès servie par une croissance éternelle et une nature inépuisable. Et pourtant, à gauche, René Dumont, Edgar Morin, André Gorz ou... Serge Moscovici tiraient très tôt la sonnette d'alarme sur l'inévitable crise de ce modèle trahi par la finitude des ressources. On y est. Pourquoi un tel retard à l'allumage ?

Jean-Paul Besset. - Ce constat-là vaut tout autant pour la gauche que pour la droite. Ces deux grands courants idéologiques sont issus, pour aller vite, de la même matrice : la révolution industrielle. La grande ligne de clivage, c'était la répartition des fruits de cette croissance. Et c'est l'honneur de la social-démocratie d'avoir su utiliser cette richesse pour développer la justice sociale et forger les bases de l'Etat-providence. Mais quand cette manne de la croissance conçue comme une vis sans fin vient à disparaître sous l'impact de la crise écologique, la social-démocratie, qui fut la grande aventure de ces deux derniers siècles, arrive à bout de souffle.

Pierre Moscovici. - Vous semblez considérer que le clivage gauche-droite n'est plus pertinent. Et moi, je continue de penser qu'il l'est, peut-être plus que jamais face à un président liquidateur comme Nicolas Sarkozy ! La question écologique est certes essentielle, mais je ne crois pas du tout que la question sociale soit éteinte. Je note d'ailleurs que les pères de l'écologie qui étaient évoqués, vous avez cité à juste titre le mien, se situent tous dans le champ culturel de la gauche. Je reconnais bien volontiers que le manque d'appétence des socialistes pour l'approche écologique s'explique par leur passé ouvriériste, productiviste ou étatiste. L'avenir, aujourd'hui, je suis d'accord, c'est la social-écologie. Mais pas le dépassement de la gauche et de la droite.

J.-P Besset. - Ne faites pas comme si l'écologie politique ignorait la question sociale, dont vous seriez propriétaire ! Moi aussi, j'ai la question sociale rivée au coeur, mais elle est désormais indissociable de la question écologique. Les inondations, les sécheresses, les cyclones, les mers qui se dépeuplent, les forêts qui reculent et les déserts qui avancent, ça concerne quand même 60% de la population mondiale. La vraie question sociale contemporaine, massive, intolérable, elle est là !

N. O. - Et sur la croissance, verte ou grise, forte ou faible, vous pouvez trouver un langage commun ?

P. Moscovici.Ce dont je suis sûr, c'est que nous avons toujours besoin de croissance. Prenons l'exemple de la France : il y a 3,7 millions de chômeurs, des déficits publics de 140 milliards d'euros, une dette publique équivalente à 82% du PIB. Je ne sais pas comment nous pouvons résorber ces gouffres financiers, investir dans des programmes écologiques lourds et réduire le chômage sans un taux de croissance significatif. Tout le défi est là : il faut à la fois réguler les dégâts considérables dus au réchauffement climatique tout en assurant notre excellence industrielle.

J.-P. Besset. - Je vous dis ça gentiment mais vous rabâchez ! Opposer la bonne croissance et la mauvaise croissance, c'est de l'imposture, et ça évite de poser les questions de fond ! Nous sommes dans un univers fini. On ne pourra assurer la durabilité économique - process industriels économes en énergie, développement des transports collectifs ou isolation thermique, extension du bio, etc. - que si parallèlement on engage des politiques de décroissance. Il faut oser le mot ! Reconnaître l'évidence. Prenons un exemple : l'automobile. Son rôle dans l'économie et l'imaginaire est très puissant. Mais laisser croire qu'on va remplacer chaque voiture polluante par un joli petit véhicule électrique, c'est mentir aux gens.


P. Moscovici. - Vous m'accusez de ne pas innover, mais j'ai l'impression que vous régressez ! J'ai le sentiment d'entendre parler les écologistes fondamentalistes des années 1970. Sur l'automobile, il se trouve que je suis député et président d'une communauté d'agglomération, celle du Pays de Montbéliard, où se trouve la plus grosse usine de France : PSA à Sochaux. J'essaie de faire ce que vous préconisez : généraliser les écoquartiers, les alternatives à la voiture, privilégier les liaisons douces. Et je pense, moi aussi, qu'on ne produira pas demain plus de voitures. Mais ce qu'on fabrique là-bas, ce sont les véhicules des mobilités de demain. Je ne crois donc pas du tout que, pour penser ce nouveau modèle de développement, il faille épouser les thèses de la décroissance ou refuser l'idée que l'industrie soit un substrat essentiel de l'économie et du progrès social ! J'observe d'ailleurs que l'objet de Copenhague n'est pas la croissance ou la décroissance, mais la réduction des gaz à effet de serre. C'est de ça dont il s'agit. Ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain !

J.-P. Besset. - Mais enfin, limiter les gaz à effet de serre, c'est-à-dire l'usage des hydrocarbures, du gaz et du charbon, c'est décroître ! Le grand banquet de la nature à partager entre les riches et les pauvres, cet horizon d'illimitation sur lequel on a construit la vision du bonheur, c'est fini. Sur la question de l'étalement urbain, de la production chimique, des flux tendus de marchandises, des consommations énergétiques, vous savez qu'on doit décroître. Quand vous citez vos actions d'élu régional, je dis bravo ! Mais alors, allez au bout : faites-en l'axe d'une stratégie nationale. La transformation écologique de la société, c'est convoquer l'innovation technologique pour aller vers le mieux plutôt que vers le toujours plus. Vers l'être plutôt que vers l'avoir. C'est une question de civilisation.

N. 0. - Evoquons la taxe carbone : les écologistes ont un discours bien rodé mais abstrait sur la préservation à long terme des intérêts des ménages les plus exposés aux crises énergétiques. Quant au PS, il donne l'impression d'être très divisé sur le sujet...

P. Moscovici. - Non, je dirais presque que, pour une fois, le PS est unanime sur le fond : il se prononce pour un prélèvement plus important que celui proposé par le gouvernement, au moins équivalent au montant proposé par la commission Rocard. Avec l'idée que cette contribution doit faire l'objet d'une redistribution en fonction des revenus ou des distances parcourues entre domicile et travail. Telle qu'elle a été votée par la majorité actuelle, nous jugeons la contribution climat-énergie écologiquement insuffisante et socialement injuste.

J.-P. Besset. - Cette idée de contribution climat-énergie est née dans la mouvance écolo, et je vous fais remarquer au passage que c'est une mesure pour faire décroître la consommation d'énergie. Comme l'a été le protocole de Kyoto et comme va l'être, je l'espère, la conférence de Copenhague. Mais vous voyez, Pierre Moscovici, au fond, vous pensez qu'il n'y a que la représentation politique qui ne changera pas, qu'il y aura toujours la même gauche et la même droite. Nous, à Europe Ecologie, nous disons que tous ceux qui pensent que l'écologie prime sur l'économie sont les bienvenus.

P. Moscovici. - En vous écoutant, j'entends une forme de prophétisme marquée par le refus du progrès. Eh bien, je vous dis que ce n'était pas là une inspiration féconde pour le socialisme d'hier et que ce ne l'est pas davantage pour celui de demain. Moi, j'assume que le socialisme démocratique soit un réformisme. C'est d'ailleurs le même sens du compromis qui permettra de trouver, je l'espère, une solution collective à Copenhague sur le climat. Pour autant, je n'ai pas renoncé à l'idée que le progrès soit une idée noble. Je ne considère pas ringards les ouvriers qui dans ma circonscription ne se préoccupent pas seulement de ce qui arrivera en 2100, mais d'abord de leur pouvoir d'achat et de leur emploi ! Il est exact que nous allons arriver au pic de la production pétrolière et que nous devons donc limiter la consommation des énergies fossiles. Mais ça ne veut pas dire que l'avenir soit voué à la récession et au chômage de masse. Pourquoi, au nom de l'écologie, ignorer les règles de l'économie ? Dernière remarque : je ne pense pas que vous représentiez la position de tous les éco- los français. Socialistes et Verts dirigent ensemble des exécutifs dans les communes ou les régions.

J.-P. Besset. - Deux réponses. D'abord, les taux de croissance plus ou moins consolidés ces dernières années n'ont pas empêché la progression du chômage et de la précarité. Le PIB est un indicateur qui nous a mis dans le mur. Nous proposons de créer, nous, de nouveaux emplois en reconvertissant l'économie. Ensuite, sur le plan politique, oui, Europe Ecologie a pour ambition de sortir du jeu traditionnel. L'écologie n'est plus une force d'appoint mais une proposition centrale. Ce qui compte, ce n'est pas de construire des majorités par rapport aux oripeaux du passé, mais en fonction d'un projet. Pour les régionales par exemple, l'enjeu, c'est comment faire 26 écorégions.

P. Moscovici. - Entre nous il y a moins de différences que vous ne le dites. Je ne suis pas pour un productivisme échevelé et, je le répète, la question écologique est centrale. Mais attention, les écologistes ne se situent pas dans le ciel des idées. Et s'ils le croyaient, ce serait une extraordinaire régression ! Nous pouvons et nous devons donc nous rejoindre. C'était possible hier, ça doit l'être demain.

ET L’AVIS DU CONSULTé DE SERVICE

Le complice des va-t-en guerre, Cohn- Bendit qui est le consultant chouchou des médias est « consulté » sur ce débat troublant , et confirme que les politiciens écolos sont bien méprisables et complètement dépassé par la dangereuse accélération de l’histoire qui repose brutalement la confrontation, non mythique, des classes.

« Ces réactions, et même la relative agressivité d'un homme a priori intelligent comme Pierre Moscovici, sont éloquentes. Je suis frappé par l'incapacité du vieux logiciel social-démocrate à comprendre qu'au coeur de la question sociale se trouvent aussi les inégalités écologiques : il y a ceux qui peuvent choisir ou non de prendre leur voiture, d'habiter plutôt ici que là, de manger sainement ou non, d'échapper aux cancers professionnels... Arc-boutés sur la figure mythique du travailleur, les socialistes n'arrivent pas à penser en dehors du productivisme, et n'ont jamais été capables de faire émerger dans leurs rangs de réelles figures écologistes. En fait, le PS a toujours méprisé les écolos et espéré pouvoir nous confiner à la défense des petits oiseaux ».



[1] Jean-Paul Besset :Député européen, proche de Nicolas Hulot, et auteur de «Comment ne plus être progressiste... sans devenir réactionnaire», Fayard.

[2] Pierre Moscovici Député du Doubs, chargé au PS d'un nouveau modèle de développement, et auteur de «Mission impossible ? Comment la gauche peut battre Sarkozy en 2012», Le Cherche Midi.

mardi 15 décembre 2009

CONSIDERATIONS DEPLORABLES SUR LA NATURE DU CAPITALISME ET CONFONDANTES EN FAVEUR DE L’UNIVERSALISME ABSTRAIT

La presse européenne de ce 15 décembre semble trouver complètement anormal que l’Europe perde un million d’emplois. Réponse d’un prolétaire sur le site 20 minutes, qui se fiche comme moi des difficultés de la bourgeoisie française et de sa désindustrialisation : « complètement anormal pourquoi?? : nous sommes des milliers de personnes à entrer en retraite depuis deux ans au moins ( papy boom ) ; dans ces conditions le chômage devrait baisser si le patronat jouait le jeu mais les employés et ouvriers entrent comme variables d'ajustement dans la gestion des bénéfices des entreprises redistribués aux actionnaires , pour ces entreprises elles dégraissent le mamouth sans avoir à faire appel aux licenciement massifs. Un ouvrier part en retraite on ne le remplace pas d'une part , d'autre part ces entreprises font appel de plus en plus aux emplois kleenex ( intérimaire ). On prend et on jette sans autre forme de procès, avantages : plus de primes diverses , plus de calculs de congés payés voilà la réalité .De plus la gestion de la crise en France est déficiente on y répond par des saupoudrages de mesurettes , alors qu'il faudrait une relance devenue impossible au regard du taux d'endettement du pays. Résultat : chômage et misère. Je ne pense pas que cela tienne encore longtemps. » (cf. Dragon, 5 heures du mat)

A quoi ressemble la structure du capitalisme français ? S’interroge en même temps le journal bourgeois Le Monde :

« Dans une étude sur la gouvernance des entreprises (MiddleNext, juin 2009), Pierre-Yves Gomez, professeur à l'EM-Lyon et chroniqueur au "Monde économie", indique : « Sur les 2,6 millions d'entreprises françaises, 72 % sont possédées par un seul actionnaire et seules 4 % des sociétés de capitaux ont un capital dilué, au sens où le premier actionnaire ne représente pas plus de 10 % du capital. Huit cents entreprises sont cotées. La part moyenne de leur (capital) flottant est de l'ordre de 20 %. Quelque 85 % des entreprises de taille intermédiaire (250 à 5000 salariés) sont de type patrimonial. Enfin, il existe 27 600 PME non-cotées dont la taille dépasse cinquante salariés ».

Résumé : une ultra-minorité règne sans partage et assoit sa dictature sur toujours plus de privations des masses et une répression sans vergogne.

QUI SEME LE VENT RECOLTE LA TEMPETE

Forcené l’agresseur de Berlusconi, Tartaglia ? Déséquilibré le « pauvre type »? « Suivi pour troubles psychiatriques » ce pauvre prolétaire qui a exprimé sa haine d’un symbole typique du mépris bourgeois? Tout agresseur d’un membre du personnel politique bourgeois est immédiatement criminalisé sans que personne ne connaisse le pourquoi du comment. Il n’y a aucun motif de se réjouir du visage en sang d’un homme, fusse-t-il un ignoble bourgeois libidineux et mafioso. Cependant, hors de tout jugement moral ou humain (type secouriste) la violence primaire est inévitable face à la gouvernance gangstériste des mafias au pouvoir ; on ne devrait pas se contenter sur ce plan de croire à une « spécificité » italienne. Même l’agression du chirurgien d’Hallyday, probablement par des « beaufs » cagoulés, est significative du fait que la médecine bourgeoise n’est plus sacrée. L’Etat bourgeois, partout, génère à la fois l’incompétence et la prévarication, et une violence mille fois plus choquante : en Afghanistan, en Palestine, au Timor Oriental, en Tchétchénie, en Afrique…

La violence « individuelle » - rançon de décennies de culture de l’individualisme - va occuper de plus en plus le terrain « médiatique » sans que le pouvoir, de plus en plus pourri, ne puisse (un) exhiber des mains blanches et (deux) poser au protecteur des citoyens .

UN. Le personnel politique continue, dans tous les pays à se discréditer à la vitesse grand V, signe de fin de règne. Avec le présumé président de la république française, le ridicule de la fonction gouvernementale est apparu indéniable grâce à ses divers valets, cette bande de transfuges arrivistes prêts à tuer père et mère pour un poste ministériel, dont la pouffiasse N°1, la casserole Dati vient d’illustrer que tous ces gens-là sont payés à rien foutre.

Un job va réduire légèrement le chômage : la protection rapprochée du personnel politique ridicule. Ils s’attendent d’ailleurs tous à ce qu’on leur « foute sur la gueule » s’ils passent dans le quartier… Ils sont bien peu nombreux pour serrer les rangs face à leur faconde et arrogance de bourgeois bien pourris. Berlusconi a reçu une pincée de messages de soutien par les complices internationaux de ses crimes. Le faux premier ministre russe Poutine et le faux président français Sarkozy ont été les premiers à l'appeler, avant les messages de réconfort du papillon Benoît XVI, du premier valet britannique Gordon Brown, de la dentellière allemande Merkel et de la secrétaire d'Obama Hillarante Clinton.

Bémol. La violence individuelle, son culte et son exaltation est, comme je l’ai souvent rappelé, et ce depuis 1789, typique de la petite bourgeoisie grugée et primaire; par exemple un journaliste farceur du Monde.fr serait l'auteur d'un montage vidéo montrant Amine Benalia-Brouch, ce morveux militant UMP rendu célèbre par les propos du négrier Hortefeux, un fusil Kalachnikov pointé sur la tempe. Le journaliste, auditionné mi-novembre, aurait reconnu être l'auteur du « détournement » diffusé sur YouTube – propre à enthousiasmer un rigolo d’entarteur comme Godin - rapportait lundi Le Parisien. Cette tendance à exsuder la violence au niveau « sociétal », comme disent les sociologues toujours en retard d’un métro, est la réponse bobo à leur rétrogradation statutaire dans la hiérarchie bourgeoise. Si l’on trouve des prolétaires parfois, parmi les « malfaiteurs » sociaux violents, leur détermination part d’un autre esprit de vengeance, comme réponse aux suicides à France-télécom et ailleurs. Or, je l’ai déjà expliqué dans ces colonnes, il ne faut pas s’attendre à des meurtres en entreprise de chefs honnis, cela ne correspond ni à l’éducation ni à la conscience politique dans la classe ouvrière. La réponse du « point de vue de classe » du prolétariat ne peut pas se situer à ce niveau mais dans cette formidable expression collective que sont les grèves dirigées par les travailleurs eux-mêmes et des manifestations qui auront un sens et des buts, avec inévitablement des débats politiques d’envergure dans les lieux occupés (comme en 68). La bourgeoisie s’attend à cette réponse plus grave, politiquement inquiétante pour son avenir, comme j’ai été pour l’instant le seul à le signaler concernant le congrès de la CGT. Si cette officine gouvernementale a prévu d’en finir avec la « fédération » par entreprises de son cordon policier pour passer à une « fédération territoriale », je suis tenté de dire que cette « mue bureaucratique » a pour fonction d’anticiper l’apparition d’organismes de classe révolutionnaire, type Conseils ouvriers, qui se ficheront totalement du cadre de l’entreprise ; et dont il faudra tenter d’éradiquer la potentialité subversive comme organisations réelles du prolétariat face au système capitalo-écolo, dans une bataille à couteaux tirés face à un maillage syndical comparable à celui de la « gauche socialiste » qui permit de vider de son sang la révolution allemande de 1918. Bataille plus ardue dans des conditions de simultanéité internationale.

DEUX. L’argument de l’Etat bourgeois qui consiste à dénoncer la violence en général en oubliant qu’il en est le principal géniteur, s’accouple avec les accusations génériques de terrorisme à tout va, d’une assurance de son rôle de protection des citoyens. Cette dernière assurance est en train de voler littéralement en éclats. Les campagnes antiterroristes n’abusent plus grand monde. C’est la deuxième fois, depuis l’ascension fulgurante de Sarkozy, qu’un enfant de 12 ans est tué dans la rue pour des querelles de petites frappes. La fois précédente, Sarko, simple premier flic de l’Intérieur avait promis une réponse au kärcher. J’avais trouvé sa réponse plutôt virile et correcte sémantiquement (le gamin précédent lavait la voiture du père avec une éponge) du point de vue médiatique par le ministre ; et je pense toujours que la réponse face aux meurtriers d’enfants ou des terroristes du lumpen reste la mitraille, mais pas par la police bourgeoise qui est chargée de protéger exclusivement les puissants. Ce deuxième meurtre, celui du petit Amar à Lyon, criblé de balles, vient révéler que Sarkozy, malgré son bla-bla « viril », ne fait rien pour les quartiers ouvriers (face aux excroissances et dérives du lumpen, en attendant de les recruter plus tard comme corps francs) et ne fera jamais rien que jouer au malin et exhiber, comme Berlusconi : l’étalement de sa richesse et les envies de sa bite, et couvrir d’or ses complices en tics Guaino et Dati. La petite mémé continue à se faire brutaliser et arracher le sac à main, des passants à se faire écraser par les cowboys policiers et policières, des retraités maghrébins à se faire tabasser et tuer au commissariat. L’antiracisme du maoïste intégré Kouchner peut voisiner sans émotion avec la chasse au faciès. L’intégration républicaine autorise la kabyle fonctionnaire d’ANPE comme l’algérien en uniforme de CRS à taper sur le chômeur et sur le manifestant, indépendamment de sa race. Contrairement aux analyses superficielles des sociologues influencés par l’idéologie US (à la Dominique Schnapper) les liens ethniques sont totalement secondaires dans la « fonction sociale » de chacun. Le maghrébin devenu flic restera flic en premier lieu. Parmi la classe ouvrière, c’est pareil, face à la répression et au chômage, face aux assassinats de rue, ce n’est pas l’islamisation des mœurs qui se répand mais la détermination de classe. La détermination des « gens des quartiers », des prolétaires, lorsqu’ils protestent n’est pas centrée sur ces questions secondaires et artificielles que sont les minarets, les quotas, le voile ou le string. Cette détermination, pour l’instant pacifique, est une détermination de prolétaires indistincts. C’est pourquoi la manifestation à Lyon pour le petit Amar m’a beaucoup touché par sa dignité et parce qu’un manifestant, couvrant la voix des habituels « médiateurs démocratiques » a crié : « c’est la révolution qu’il faut ».

Universalisme abstrait contre communautarisme d’Etat :

Depuis des années les intellectuels gouvernementaux, et à leur suite tous les prédicateurs écolos, les imams consensuels, les rabbins obligés d’Israël, les féministes bourgeoises, les communisateurs antiracistes confortent la principale idéologie bourgeoise occidentale selon laquelle la lutte de classes n’était plus devenue qu’un « universalisme abstrait ». Ces engeances ont rejoint la frange gauchiste et social-démocrate de l'intelligentsia de gauche qui pense qu'on ne peut plus changer le monde et qu'il faut l'accepter comme il est à condition de produire plus d’éoliennes et de chanter ensemble à Copenhague. Aujourd'hui ils veulent tous dialoguer avec tout le monde. On balaye toutes les difficultés et on cache la poussière sous le tapis pour avoir la paix. On ne veut plus aborder les questions de fond de la lutte des classes. On accepte tout dans un mouvement de fraternité communautaire… abstraite, mais, en réalité, c'est pour mieux contrôler le prolétariat.

Notre époque est celle du dérapage contrôlé. Ce sont les prolétaires qui payent, et les sans-diplômes que l'on envoie au casse-pipe se battre ou marner pour les marionnettes du Capital. La démocratie, l’antiracisme sont des leurres avec lesquels on égare les consciences. Vieille tactique politicienne, on nous demande d'abandonner l'idée que l'histoire va dans le sens de l'émancipation du prolétariat. Les manifestations diverses du prolétariat n’intéressent pas les moyens de contrôle médiatique de l’Etat bourgeois, ou elles ne sont présentées que comme grèves d’égoïstes, manifestations pour plus de police, protestations « citoyennes », phénomènes dérisoires d’éternels vaincus de l’histoire.

Hélas, trois fois hélas ! La crise systémique se renforce. Ce ne sont plus des entreprises seulement qui sont en faillite mais des Etats entiers. La crise systémique fait et fera voler en éclats de plus en plus les leurres gouvernementaux. La violence n’est que la crête de la vague. C’est d’organisation qu’ont besoin les prolétaires, c’est de lieux où décider de leur vie, de l’universalisme concret de l’humanité. C’est une réflexion renouvelée pour la possibilité de changer le monde qui est à l’ordre du jour de la période qui vient. Vivement 2010.

Bien creusé vieille taupe !

dimanche 13 décembre 2009



Pendant la bouffonnerie de Copenhague


Le partage du gâteau impérialiste continue



Les vulgaires enchères pour le partage des champs pétrolifères irakiens


sous la pression terroriste capitaliste


A 15 H cet après-midi en France les cloches des villages vont sonner 350 fois (pendant dix minutes) pour la "justice climatique"; on ne sait pas si du haut des minarets existants les bigots islamiques vont en faire autant à voix nue. Toutefois nous sommes en demeure de vérifier la traditionnelle alliance du sabre et du goupillon. Pendant que sonnent les cloches de Copenhague à Pétaouchnok, et que des milliers de jeunes bobos jouent à l'insurrection bon teint face aux flics robocops danois, le business continue. En fin de semaine dernière, les enchères organisées par l'Irak pour la mise en exploitation de certains de ses principaux gisements pétroliers ont suscité une concurrence plus forte que prévu, permettant à Bagdad de s'assurer les services de certaines des plus grosses compagnies mondiales pour un prix modique. Les compagnies candidates ont même offert un prix inférieur à celui que le gouvernement irakien était prêt à payer. Le contraste a été particulièrement marqué avec la première série d'enchères organisée en juin, lors duquel un seul contrat avait été attribué, et seulement après que le consortium gagnant ait réduit de moitié ses prétentions pour respecter les conditions posées par le gouvernement fantoche irakien. Les consortiums qui ont emporté les contrats attribués vendredi, emmenés respectivement par Royal Dutch Shell et le chinois CNPC, devraient engranger moins de profits que le groupe conduit par BP, qui avait remporté les enchères de juin, selon les communiqués publiés vendredi par le ministère irakien du Pétrole, Hussein al Chahristani.


La séance d'enchères pour l'attribution à des compagnies étrangères de cinq champs pétroliers irakiens s’était tenue vendredi à 09H40 (06H40 GMT) à Bagdad. C'est le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki qui avait ouvert la séance au ministère du Pétrole en présence de représentants des 44 compagnies pétrolières en lice, dont les grandes majors internationales. Au total, les enchères concernent 10 champs pétroliers (cinq vendredi et cinq samedi). Le premier mis à l'encan est celui de Majnoun, dont les réserves sont estimées à 12,58 milliards de barils et qui ne produit actuellement que 45.900 b/j. C'est le consortium composé de l'Anglo-Néerlandais Shell et du Malaisien Petronas qui a remporté cette exploitation du sud de l'Irak, a annoncé ensuite le ministre irakien du Pétrole Hussein al-Chahristani. Shell (60%) et Petronas (40%) ont proposé d'être rémunérés 1,39 dollar par baril et de porter la production à 1,8 million de barils/j d'ici six ans. Shell-Petronas a battu le Français Total, associé au Chinois CNPC (43%), qui proposait d'être rémunéré 1,75 dollar par baril et de porter la production à 1,405 baril/j. Parmi les quatre autres qui doivent être attribués figurent Bagdad-Est, à la périphérie de la capitale, avec des réserves estimées à 8,1 milliards de barils, et Halfaya, dans le sud, près de la frontière avec l'Iran, avec des réserves de 4,1 milliards de barils. Le consortium conduit par le Chinois CNPC a remporté vendredi le champ pétrolier de Halfaya, dans le sud de l'Irak, dont les réserves sont estimées à 4,09 milliards de barils. Ce cartel, dont le chef de file est CNPC (50%), compte également dans ses rangs le Français Total (25%) et le Malaisien Petronas, a annoncé vendredi à Bagdad le ministre irakien du Pétrole Hussein al-Chahristani. Ils ont proposé d'être rémunérés 1,40 dollar par baril et de porter la production à 535.000 barils/j d'ici six ans, contre 3.100 b/j actuellement. Deux autres champs plus petits sont également proposés: Eastern Fields (est), avec des réserves de 0,36 milliard de barils, et Qaiyarah (nord) avec 0,80 milliard de barils. Les réserves mises en jeu s'élèvent au total à 41,2 milliards de barils et, si ces enchères sont réussies, l'Irak peut devenir d'ici six ans l'égal des grands producteurs mondiaux de brut.


Le consortium mené par le russe Lukoil a remporté l'énorme exploitation du champ pétrolifère de Qourna-ouest 2 dans le sud de l'Irak, samedi 12 décembre, dernier jour des enchères qui ont vu l'attribution de sept champs au total à plusieurs compagnies étrangères.


Le chef de file Lukoil, détenant 85% de l'exploitation, et le norvégien StatoilHydro (15%) ont proposé d'être rémunérés 1,15 dollar par baril et de produire 1,8 million de barils par jour. Qourna-ouest 2, le plus important des champs pétrolifères mis aux enchères vendredi et samedi, recèle 12,8 milliards de barils. Le cartel russo-norvégien a largement pris le pas sur le français Total, le consortium composé du Malaisien Petronas, de l'Indonésien Pertamina et du Vietnamien PetroVietnam, et sur la coalition britannique BP et le chinois CNPC.



Par ailleurs, le champ de Garraf (centre), qui recèle 863 millions de barils, a été attribué au bloc composé du Malaisien Petronas (60%) et du japonais Japex (40%) qui a proposé d'être rétribué pour ses services à 1,49 dollar par baril et de produire 230.000 barils par jour. Ils ont pris l'avantage sur la coalition composée par le turc TPAO (60%) et l'Indien ONGC (40%), l'alliance de KazMunaiGas (Kazakhstan), du Kogas (Corée du sud), de l'italien Edison et sur l'indonésien Pertamina qui se présentait seul.


Le champ pétrolier de Badra (est), dont les réserves sont estimées à 109 millions de barils, a été remporté par une coalition menée par le russe Gazprom (40%), le turc TPAO (10%), le Sud-Coréen Kogas (30%) et le Malaisien Petronas (20%).


Seule en lice, cette coalition avait proposé d'être rémunérée 6 dollars et de produire 170.000 barils par jour mais elle a finalement accepté de ne recevoir que 5,5 dollars. Le champ de Najmah (dans la province de Ninive, nord), qui recèle des réserves de 858 millions de barils, a été remporté par l'angolais Sonangol, qui a proposé d'être rémunéré 6 dollars par baril et de porter la production à 110.000 barils par jour. Cette compagnie a déjà remporté vendredi dans la même province le champ de Qaiyarah, dont les réserves sont estimées à 807 millions de barils. Elle sera rémunéré 5 dollars par baril et s'est engagée à produire 120.000 barils par jour. Avec les sept champs attribués depuis vendredi, l'Irak serait en mesure de produire 4,765 millions barils par jour supplémentaires dans les prochaines années, ce qui en ferait le principal rival de l'Arabie saoudite. Il produit actuellement 2 millions de barils par jour. En revanche, Bagdad-est, avec des réserves de 8,10 milliards de barils, et Eastern Fields (est) dont les réserves s'élèvent à 367 millions de barils, ainsi que trois petits champs regroupés sous le nom de "Middle Furat" (centre), dont les réserves totales sont 547 millions de barils, n'ont pas trouvé preneur. En ouvrant la séance vendredi, le Premier ministre Nouri al-Maliki a assuré que "les compagnies seront protégées par le gouvernement". La réunion regroupant 44 compagnies, dont les grandes majors internationales, s'était ouverte trois jours après une série d'attentats à Bagdad ayant fait 127 tués.


La motivation des compagnies a aussi été liée à des facteurs non financiers, comme l'accès aux réserves et le positionnement stratégique dans la région, ainsi qu’a tenu à le préciser lourdement un ministre quelconque.