"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 14 juillet 2011

DETTE GRECQUE ET ASSURANCE-VIE : CANTONA REVIENT !


VIVE LE BANK RUN ! EPARGNANTS TREMBLEZ POUR VOS VIEUX OS !

Même les étranges agences de notation du capitalisme (lequel est noté pour ses productions et déficits dans ses différentes parties composantes comme un vulgaire candidat au baccalauréat) n’auraient pas pu imaginer plus beau paradoxe : l’assurance-vie, ce nec plus ultra de l’épargnant bourgeois et petit bourgeois – ce radeau de survie financière dans un monde instable et sans avenir – pourrait devenir son assurance de mort… L’agence de notation Moody’s menace de retirer la fausse meilleure note – AAA – attribuée au truand dominant yankee ! (déficit budgétaire US :1290 milliards de dollars, la dette grecque est une rigolade à côté).

Les vautours de la spéculation s’en donnent à cœur joie sur le « marché de seconde main ». Selon le Sunday Telegraph, au cours des trois derniers mois, de grandes sociétés de gestion et des fonds d’investissement américains (Loomis Sayles, Black Rock), suisse (Julius Baer), français (Matixis AM) ou allemand (Star Cap), auraient racheté l’équivalent de 150 millions d’euros de dette grecque à vil prix. La dette à dix ans de la Grèce s’achète environ 50% de sa valeur initiale. Plus le temps passe, plus l’investisseur empoche de l’argent car la dette grecque jugée très risquée rapporte en ce moment plus de 15% l’an. C’est le jackpot seulement si la Grèce parvient à honorer sa dette ! Ce qui s’appelle nager en eaux troubles au bord du gouffre… Ah si les épargnants d’un côté et les prolétaires de l’autre voulaient bien se donner la main pour hâter la chute de ces péquins dans leur gouffre financier ! Si les épargnants de l’assurance-vie se précipitent pour retirer leurs gains les banques vont fermer immédiatement (comme elles l’auraient fait si l’opération cantonesque avait réussi) mais alors il faudrait que la classe ouvrière bloque tout jusqu’à étranger l’Etat et ses polices syndicales !

Faut pas trop rêver il n’y a aucun intérêt commun entre épargnants et prolétaires consommateurs. L’observation de l’auto-carnage financier dans le monde actuel est une belle leçon de choses sans que le prolétariat soit en mesure encore d’inquiéter la bourgeoise obsédée par sa propre faillite généralisée en cours. La spéculation financière prend le pas sur le problème structurel de la zone euro, ainsi décrite par Christian Saint-Etienne : « La zone euro a un problème structurel: elle regroupe des pays qui n'ont rien à faire dans la même zone monétaire. D'une part, les pays du nord, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Autriche, qui ont choisi un modèle industriel exportateur ; de l'autre, les pays du sud, France, Italie, Espagne etc., et leur modèle de consommation, tiré en France par la dépense publique. Les premiers, en raison de leur industrie forte, ont les moyens de rester compétitifs avec un euro à 1,5 dollars. Les autres ne le sont plus au-delà de 1,3 dollars. Ce divorce s'est aggravé avec la crise de 2008. L'euro ne peut plus continuer tel qu'il est ». Il faut rappeler que plus que les pays émergents, la zone euro avait été créée comme nouvelle caverne d’Ali Baba d’un capitalisme en plein espoir de jouvence et que son échec est vu par tous les coquins de l’élite bourgeoise mondiale comme catastrophique. Le loup capitaliste se mord la queue. Et ses millions de moutons tondus ne sont pas encore fichus d’en profiter. Le petit-bourgeois s’indigne. L’étudiant étudie. L’ouvrier consomme. L’employé paye ses crédits. Les femmes de ménage se font violer sans leur consentement. Les députés de gauche votent les crédits de guerre sans barguiner. Les présidents président.

Tout le monde a oublié la proposition farfelue du célèbre footballeur hargneux il y a quelques mois, nous engageant à retirer tous notre argent des banques pour faire écrouler le système. Proposition farfelue car comme je le lui avais répondu (ma réponse avait été lue sur le site du Monde par plus de dix mille lecteurs) ce n’est pas sur une somme d’actions individuelles aléatoires que le capitalisme pourrait être menacé et qu’il dépend d’une classe, agissante et armée d’un programme communiste, de virer le système étatique, ses banques et ses armées.

Mieux qu’une grève générale en toc syndicale, un bank run tétaniserait un moment les Bourses du système (excusez ma grossièreté). Pensez : crise « majeure » en cours selon Bernanke, le patron de la FED, déflation quasi certaine à l’automne selon d’autres voire effondrement généralisé de l’euro en décembre. Les prolétaires tremblent pour le porte-monnaie des riches quand la crise « profite aux riches bourgeois ». Je spécule, tu spécules, nous spéculons, ils nous regardent profiter.

Dans la zone « commentaires » d’un de nos quotidiens nationaux, un anonyme ose même déjà conclure, tel un révolutionnaire maximaliste : « la question est qu’est-ce qu’il va se passer dans dix ou vingt années de misère ou alors la troisième Guerre mondiale ? » ; le cacique vert Yves Cochet parle même de la nécessité d’une « économie de guerre » bientôt imposée par la récession. Pas rassurant. D’autres voix anonymes demandent logiquement un moratoire des dettes (ce qu’appliquera de toute façon le prolétariat au pouvoir dans les premiers pays touchés par la révolution communiste universelle) et de mettre fin aux magouilles des banques et des Etats ainsi qu’aux engagements militaires irréfléchis. Ces naïfs militent inconsciemment à nos côtés pour l’abolition du capitalisme, sans savoir non plus par quels moyens cela sera possible !

La dette grecque est l’arbre qui cache (mal) la forêt des « obligations » capitalistes et l’insolvabilité de la plupart des pays riches de l’auguste Amérique à la botte italienne. Les obligations d’Etat émises pour emprunter de l’argent sont majoritairement souscrites par des institutions financières, c'est-à-dire par les banques et les … assurances, qui s’en servent pour des rendements faibles mais sûrs de certains placements. C’est l’un des fondements des « fonds en euros » des contrats d’assurance-vie que d’être investis sur des placements sûrs, mais peu rémunérateurs. Or, depuis qu’ils annoncent leurs résultats, les différents assureurs français et européens dévoilent peu à peu leurs engagements sur cette dette grecque, mais restent discrets sur l’exposition aux dettes irlandaise, portugaise, espagnole et italienne. Grand peur des épargnants qui l’ignoraient le système financier est un vulgaire vase communiquant: les banques et les sociétés d’assurance possèdent des emprunts grecs dans leurs comptes. Si la Grèce tombe en défaut ce sera l’horreur pour les épargnants (Ah le cruel souvenir des emprunts russes cramés par les bolcheviques !). Les conséquences ne sont pas du tout identiques pour les banques et les assurances. Pour les banques ce sera une perte sèche. Pour les assurances, double horreur : les assureurs, ces croque-morts de bas de laine, pourront « déduire » cette perte dans les contrats d’assurance-vie de leurs clients ! TOUS AU BANK RUN pour devancer l’inévitable nouvelle bulle financière!

Paradoxalement la nouvelle embellie estivale de la crise capitaliste – qui révèle que celle de 2008 n’a pas été digérée – repose le même type de proposition cantonesque face aux vagues de ce qui est limité, caricaturé et faussé autour du dit problème de la dette grecque, comme si la Grèce était responsable à la fois de l’endettement faramineux des principaux Etats (USA et France), de la gabegie des banques, de la raréfaction des matières premières bon marché (pétrole) de la remontée du chômage et de la poursuite de la dite crise immobilière. On apprend que les banques ont un autre talon d’Achille : l’assurance-vie ; avec la France en première ligne. L’exposition de la France du fait du contrôle de banques grecques est donc triple : d’abord un risque liée à la détention de la dette souveraine grecque par des banques locales , ensuite, un risque lié à la dégradation des conditions économiques en Grèce suite au plan d’austérité et enfin un risque de « bank run » de la part de déposants qui peuvent vouloir protéger leurs dépôts contre le risque du retour au drachme. « Bank run » = retirer tout son pèze (hein Cantona !).

Voici d’ailleurs les conseils donnés par les courtiers en assurance-vie, un peu inconscients et suicidaires : « La prudence serait au moins de ne pas renforcer votre assurance-vie sur ce fonds Euros. Si les choses s’aggravent, vous pourrez toujours faire un retrait partiel et mettre vos liquidités en sécurité ». Vous imaginez ces braves épargnants bourgeois en révolutionnaires potentiels, moi non, ils n’oseront jamais toucher au sanctuaire bancaire ! Ils ne sont pas les seuls à détenir de la « dette souveraine », les assureurs qui ne se sont pas désengagés de la dette grecque la partagent aussi. Mais silence sur les « produits dérivés » !

Le Monde du 13 juillet offre le titre de l’article pertinent de Y.Cochet : « Dernières vacances avant la récession », dont l’auteur, ex-chefaillon gauchiste rangé des voitures brûles, tire l’alarme : « Lorsque la récession survient, le risque de révolte sociale grandit ».

Le roi est nu, le capitalisme n’assure plus d’assurance-vie, il n’est plus qu’une assurance de mort. Alors plus question de s’indigner comme les bobos diplômés, ou de jouer une farce à la Cantona, mais de s’insurger oui, et derrière la classe ouvrière s’il vous plaît, industrialisée ou semi-industrialisée !