"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 10 juillet 2015

LA GRECE VA-T-ELLE VERS LA REVOLUTION?

 « Alexis Tsipras et son parti Syriza ont montré leur vrai visage : celui d’un groupe de rupture, antisystème, anticapitaliste, et pour finir anti-européen, dont le modèle, s’il existe, doit être recherché du côté du Venezuela de feu Hugo Chavez. Un national-populisme avec comme moteur en lieu et place de la dénonciation du diable américain, une intense propagande anti-allemande faisant de la seule Angela Merkel la responsable de tous les maux de la Grèce. » Jean-Marie Colombani (Slate, 29 juin 2015)

Les fantasmes du franc-mac Colombani sont dérisoires pour ne pas dire ridicules. Le parti Syriza n’est pas du tout un groupe anticapitaliste, et le petit Tsipras ne sera pas un nouveau Kérensky. L’Eurogroupe et Tsipras veulent la même chose: continuer à gouverner ensemble et plus encore. Il n’est nullement question de changer de système ni en Grèce ni ailleurs comme le résume bien l’éditorialiste de l’Huma, vieux journal au passé stalinien indéniable tenu à bout de bras par le grand capital:
« Oxi. C’est un coup de tonnerre dans l’Europe de l’austérité. Le non lucide, courageux et puissant d’un peuple debout. Un non à l’austérité, pour de nouvelles négociations, pas un non à l’Europe. C’est un résultat sans appel, venant après une semaine de tous les dangers, où les peurs ont été exacerbées par cette partie de la presse grecque aux mains des puissances d’argent, où le chantage au Grexit de nombre de dirigeants européens refusait au peuple grec le droit de se prononcer en toute liberté, en un véritable déni de démocratie. Eh bien, c’est une magnifique leçon de démocratie que la Grèce et ses dirigeants ont donnée à l’Europe et peut-être au-delà, où la situation est suivie de près, comme aux États-Unis même...».

Tous les amis de cet ancien directeur du Monde font de quotidiens et louables efforts pour noyer le poisson de la complexité grecque notamment avec ce «tour des idées reçues sur les grecs malhonnêtes»:
 - les grecs dépensent l’argent des européens
- le gouvernement grec n’a fait aucun effort
- la Grèce n’aurait jamais dû rentrer dans la zone euro
- en Grèce l’extrême gauche et l’extrême droite sont au pouvoir
- les grecs sont fainéants
- La Grèce n’a qu’à ne rien rembourser du tout et tant pis pour les « banksters »


[Je ne résiste pas à coller ici un commentaire anonyme pertinent: «"Pour ma part, j'aurais aimé qu'on m'explique en quoi Syriza serait un parti de gauche "radicale" : Quelle nationalisation des vastes domaines de la théocratie, quelle réduction drastique des dépenses militaires, quelle justice fiscale s'attaquant aux plus riches, aux exilés fiscaux ou autres grands propriétaires ? Suffit-il de psalmodier les éternelles antiennes antiKapitalistes et de dénoncer l'UE libérale, toujours trop libérale ?
La démonstration est plus que faible . Il y a bel et bien une alliance objective FDG et FN . Même tonalité populiste , Europe et Euro coupables de tout ! Je suis également persuadé que leurs électorats sont poreux et compatibles».]



Idées reçues auxquelles on peut tranquillement continuer à répondre oui, en particulier à la dernière, concernant les banksters!


CONTRADICTIONS DES UNS ET DES AUTRES

Le Grexit serait une énorme connerie pour tous, donc rétropédalage de tous les témoins. L’économinologue J.Sapir, pote de Mélanchon et de Besancenot, se félicite lui de «l’honneur du Parlement européen" et cite élogieusement les amis d’Albion: « Nigel Farage, le député britannique de UKIP et représentant du groupe ELD2, a quant à lui critiqué l’introduction de l’euro : «Si vous essayez de rassembler de force des personnes différentes ou des économies différentes sans d’abord demander à ces personnes leur consentement, il est peu probable que cela fonctionne. Le projet a échoué ». Sapir glorifie enfin ce héros du compromis (...radical et cultivé): «Alexis Tsipras a également rappelé à ceux qui l’auraient oublié que l’Allemagne avait vu en 1953, 60 % de sa dette effacée. Il aurait pu dire que l’Allemagne avait fait 6 fois défaut sur sa dette depuis 1848. Le mot de la fin est revenu à Alexis Tsipras qui a conclu sur une citation de Sophocle : «Il y a des moments où la plus grande loi de toutes les lois humaines est la justice pour les êtres humains ». Lire aussi sur le site de la tendance Claire du NPA, les délires d’un des particules gauchistes de Syriza , le DEA (Gauche ouvrière internationaliste) qui imagine déjà une nationalisation des banques et un «contrôle des capitaux» (http://tendanceclaire.npa.free.fr/breve.php?id=13751)
Le philosophe gauchiste Sotiris proposait lui carrément le Grexit pour aller vers cette truie «l’Europe des solidarités» avec autarcies de marginaux et fédérations des écolos inconnus.

J’ai eu beau chercher à retrouver les analyses classiques trotskiennes (revival poussiéreux) du schéma de la révolution russe (le libéral faible Kérensky finalement supplanté par les bolchéviks), pas trace chez la plupart. Seul un illuminé isolé se prenant pour Lénine; JJ Karman, rien moins que «membre de la gauche communiste au Conseil national du PCF" roucoulait en 2011 (je n’ai pas cherché s’il avait récidivé en 2015): «Nous devons avancer le mot d’ordre « d’annulation de la dette » et le payement de celle-ci par ceux qui en profitent. Parallèlement la nationalisation des banques avec protection des épargnants, mais sans indemnisation des capitalistes doit aussi être un de nos mots d’ordre.Personne ne peut prévoir l’effet d’un mot d’ordre juste, parfois il suffit de peu pour qu’une situation devienne pré-révolutionnaire».

Le NPA, plus modeste, flirte avec un réchauffé de la fumeuse «révolution permanente» (derrière les nationalisations la prise du pouvoir?):
«Le NPA salue la volonté du peuple grec d'en finir avec l'austérité permanente, qui ne sert qu'à remplir les coffres forts des banques et de la finance mondiale. En votant « NON » au référendum le peuple grec a confirmé son vote du 25 janvier 2015. Pour le NPA ce vote met à l'ordre du jour la mise en œuvre d'une politique anticapitaliste par l’annulation de la dette, l’expropriation des banques, la renationalisation des services publics privatisés, l’augmentation des salaires et des pensions de retraite en s'appuyant sur les mobilisations du monde du travail pour imposer la rupture des négociations biaisées avec la Troika et faire cesser la dictature de la BCE.»
Lutte Ouvrière est plus nuancé mais dans le vague des formulations, cette secte trotskienne suppute quand même un arrière-planplan «Kérensky puis Lénine», mais avec ces notions liophylisées d’électorat, de peuple grec, de «population», de «classes populaires grecques», de «classe des exploités»:
«En votant non, l’électorat populaire grec a rejeté le énième plan d’austérité que les institutions internationales de la bourgeoisie veulent lui imposer. Malgré le concert de menaces des chefs d’État d’Europe, relayés par les médias à genoux devant le grand capital, malgré les nantis grecs, les classes populaires ont exprimé leur refus de continuer à subir les baisses de salaires, les licenciements, les coupes dans les retraites, le plongeon dans la pauvreté. Elles ne veulent plus payer pour une dette qu’elles n’ont pas faite et dont elles n’ont en rien profité. En votant comme il l’a fait, l’électorat populaire s’est exprimé courageusement mais n’a pas changé le rapport de force avec le grand capital qui, au nom des intérêts à payer, démolit les conditions d’existence de la majorité de la population. C’est là la limite de l’expression électorale dans une société dominée par l’argent, par la grande bourgeoisie. Le gouvernement Tsipras ne demandait pas autre chose que de reprendre les négociations avec les institutions internationales pour trouver un compromis avec les étrangleurs des classes populaires. Et pour montrer sa bonne volonté, il vient d’offrir à ses interlocuteurs la tête de Varoufakis, le ministre des Finances, qui a eu un langage un peu trop dru pour ces messieurs de la haute finance et leurs serviteurs politiques.(...) Qu’est-ce que cela changerait pour les exploités grecs soumis au racket de la finance d’avoir à payer en drachmes plutôt qu’en euros ?
La société crève de la dictature de la grande bourgeoisie, de la course au profit d’une minorité. Par-delà tous les affrontements partiels, aujourd’hui en Grèce, demain ici, peut-être, l’avenir dépend de la capacité de la classe des exploités à s’attaquer aux racines du mal, à se donner pour objectif l’expropriation de la grande bourgeoisie, la mise de l’économie sous le contrôle de la population. Et à se donner les moyens d’y parvenir.»


Les partis oligarchiques officiels ont été divisés au départ tous sur les solutions pour la Grèce, tentant d’abord de dévier vers l’amalgame des «extrêmes». Le ministre des finances Macron avait osé comparer FN et Syriza, pour ensuite rectifier lui-même le tir, sur Twitter : assimiler Syriza et le FN n’a pas grand sens». Pendant une semaine, le fin et médiatisé  Florian Philippot envisageait une sortie rapide de la Grèce de la zone euro. Ce vice-président du Front national, qui avait exprimé à plusieurs reprises son soutien au premier ministre de la gauche bobo, Alexis Tsipras, imaginait les Grecs revenir à la drachme dans la foulée du référendum du 5 juillet, organisé pour répondre sur le plan d’aide proposé par les créanciers du pays. « Il faut que les Grecs mettent fin à l’euro. Il y aura un temps d’adaptation, mais le redressement ira assez vite, dès le mois d’août », expliquait, le 29 juin, le bras droit de Marine Le Pen. Pourtant, au lendemain du non, réflexion faite ou alignement sur des conseils obscurs:   Le scénario qu’il faut éviter, c’est que les Grecs soient jetés en dehors de l’euro », déclara Philippot, à l’inverse de ses précédentes déclarations.
Le plus comique caméléon aura été Sarkozy qui a effectué un revirement complet sur ce dossier, en se disant favorable à la recherche d’un accord avec Athènes pour lui permettre de rester dans la zone euro, après s’être résolu à sa sortie de la monnaie unique.

« Tout doit être fait pour trouver un compromis » entre la Grèce et ses créanciers, a déclaré le président des Républicains (LR), mercredi 8 juillet, sur TF1, à condition que les termes de cet accord ne menacent pas la « crédibilité » des 18 autres pays de la zone euro. Une position contraire à celle qu’il avait exprimé pendant une semaine. Le 2 juillet, il défendait une ligne très dure, en décrétant de manière prématurée que le gouvernement grec avait « suspendu de fait, de lui-même, l’appartenance de la Grèce à la zone euro ». Appelant à « ne pas céder » face au premier ministre grec, Alexis Tsipras, « qui refuse toute attitude raisonnable ». L’inspecteur des travaux finis roulait donc pour le  « Grexit ». Pour lui, la poursuite des négociations n’était pas une priorité : « Aujourd’hui, la question est davantage de savoir comment protéger la zone euro du désastre grec que de simplement protéger la Grèce. »
Contacté par un sous-fifre du Monde, le PN répondit qu’il n’avait pas changé de position mais que c’était «le contexte qui avait changé»!

LE CONTEXTE QUI N’A PAS CHANGE

« Citoyens d’Athènes, peuple grec, Aujourd’hui, nous ne protestons pas, nous ne manifestons pas ; aujourd’hui est un jour de fête. Ce jour est une fête de la démocratie.La démocratie est une fête et une joie, la démocratie est une libération, la démocratie est une issue». (Tsipras le 3 juillet)
Depuis le début Tsipras demande d’alléger la dette d’un tiers dans un contexte kafkaïen où l’aide européenne fournie par les banques sert à payer les rentes aux banques étrangères! Le Grexit n’a jamais été dans les intentions de Syriza, tout au plus un des aspects du chantage. Avec le référendum Tsipras a réussi un joli coup politique, en faisant comprendre que si la Grèce était jetée dehors les créanciers seraient gros Jean comme devant. Mais aussi la Grèce suspendue dans le vide, car, personne à part quelque infimes sectes («Solidarité communiste», «Initiative communiste»,  Karman du PCF etc.)  n’imagine tenable une «annulation de la dette» avec une «nationalisation des banques»! On n’est pas en 1917 avec une situation de guerre mondiale, en présence d’une classe ouvrière forte appuyée par un parti déterminé dans un pays-continent! En 2015, la classe ouvrière en Grèce est au niveau zéro, encadrée par la petite bourgeoisie bobo, divisée entre autochtones et immigrés albanais, bulgares, asiatiques, etc., considérés avec mépris, sans oublier le facteur déstabilisant des arrivées massives de migrants. La droite mettait les migrants dans des camps, et se faisait tancer par la «troïka humanitaire", quand Tsipras, plus malin, les dirige vers le bureau d’Athènes où leur est délivré un asile provisoire et fourni des papiers de circulation qui leur permettent de gagner la clanestinité et de filer ensuite vers l’Allemagne... Moins hypocrite que la bourgeoisie française, la bourgeoisie grecque autorise la prostitution car elle sait que ces migrants en transit n’ont pas seulement besoin de manger; une île est devenue un bordel pour migrants, où la passe est à 5 euros, et le personnel des filles qui viennent des Balkans et d’Europe de l’Est.

La bourgeoisie grecque se ferait couic si elle laissait de quelconques aventuriers gauchistes couper les ponts avec la finance mondiale (en s’imaginant nous refaire le coup des emprunts russes), et le pays sombrerait dans la famine dans les trois semaines; un coup d’Etat de nouveaux colonels serait vite mis sur pied. Contrairement aux analyses alambiquées et hors de la réalité de «Mouvement communiste», secte néo-bolcheviste sur le blog de Coleman, la Grèce n’est plus un pays industriel; depuis de l’entrée dans l’Europe, l’industrie a filé dans le nord et dans les Balkans; en Roumanie les salaires sont de l’ordre de 250 euros/mois et en Bulgarie 150 euros/mois. La crise de la construction immobilière n’arrange rien, d’autant que la plupart des grecs sont propriétaires de leur habitation.

Nulle inquiétude à avoir côté Syriza, qui s’est donné les moyens de refaire des «propositions constructives» aux commanditaires de la méchante «troïka» en s’appuyant sur dix experts de Bercy french fisk (en réalité de la banque Lazard, banque d’affaire franco-US, conseil des gouvernements!) . Tsipras négocie aussi a minima avec les curés orthodoxes pour qu’ils cédent des terrains. Quant aux armateurs, il n’y peut que pouic; ceux-ci ne sont pas prêts ni enclins à payer des impôts vu qu’ils sont domiciliés au Luxembourg et... en Grande Bretagne!
Le vrai problème reste d’être capable d’en finir avec l’Etat rentier grec, et de structurer sa gestion économique, pas seulement avec pour argument «l’austérité» (chanson sentimentale de Tsipras dans tous ses discours, en partie ridiculisés par l'ex-Premier ministre belge Guy Verhofstadt, président de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (« La classe politique grecque n'a pas fait assez d'efforts »; « Vous avez le choix : celui d'être un accident électoral qui a appauvri son peuple ou un vrai révolutionnaire qui n'a pas peur de réformer»), se moquant du «faux prophète»... démagogique en effet.

Contexte géopolitique de fond, comme il faut le redire ici: la bagarre oppose toujours l’Allemagne à la Grande Bretagne. Parce qu’on empêche l’Allemagne d’avoir accès à la Méditerranée. Obama a même dû téléphoner à Merckel pour lui dire d’écraser ou de payer les 50 milliards de dollars à la Grèce. Poutine aimerait bien financer les Grecs pour disposer d’une base militaire en mer Egée (quoique la marine russe soit minable) , où la bourgeoisie turque refile migrants à la Grèce; cet argument est certainement utilisé en coulisses, mais une telle velléité se verrait aussi flanquer d’un coup de colonels!

(à suivre dimanche soir)



Post scriptum ergo sum


   
        BONNES FEUILLES DU PASSE

Dans toute l’histoire du mouvement révolutionnaire prolétarien, contre les guerres, contre les crises, a toujours été défendu le mot d’ordre de moratoire des dettes, encore faut-il, fallait-il que le prolétariat fût au commandes - et dans une dynamique de révolution internationale -  et pas un cartel de petits bourgeois soumis au système dominant comme en Grèce actuellement. Très peu diplomates nos chers bolchéviques, ils avaient aussi dévoilé les accords Sykes-Picot, ne se gênent pas avec les fameux emprunts russes. Lénine restait dubitatif concernant les nationalisations. Dans l’interview complaisante que Lucien (cf. La Bataille socialiste) fait du petit chef Nicolas Dessaux d’un vague groupe dit «Initiative communiste et Solidarité Irak», celui-ci définit le caractère «nationaliste de gauche» des nationalisations (= l’Etat réponse à tous les problèmes, état d’assistance, état de sidération idéologique pour la planète bobo, fonctionnaires et enseignants inclus). C’est très insuffisant. Les nationalisations, accolées à l’idéologie stalinienne, sont une des mesures de capitalisme d’Etat pour les reconstructions d’après-guerre. Ce petit chef ne connait rien des analyses des pères de la Gauche maximaliste (Bilan, Internationalisme, etc.) et vient nous dire qu’on n’a pas besoin des banques (une hérésie anti-marxiste: le capital a révolutionné le mode d’échange sur la planète grâce au système bancaire); il nous propose ensuite de sauter directement dans le communisme. Comme tout anar lambda. Au fou!
(Merci à Robin Goodfellow de nous avoir communiqué le texte suivant)
    

Par Joseph Noulens (1864-1964), député puis sénateur du Gers de 1902 à 1924, président d’un parti dit du centre droit qui prit, entre autres, les noms d’Alliance républicaine démocratique puis de Parti républicain démocratique, ministre de la Guerre puis des Finances en 1913-1914, fut ambassadeur de France à Petrograd, de mai 1917 à avril 1918, après la signature du traité de Brest-Litovsk - que le gouvernent français refuse de reconnaître -, puis à Vologda jusqu'en juillet 1918, date à laquelle il part pour Arkhangelsk retrouver le « gouvernement du nord» antibolchevik placé, écrit-il dans ses Mémoires « sous la protection de nos canons » (tome 2, page 198).

En 1933, il publie deux tomes de Mémoires très instructifs. Nous en extrayons les pages où il dénonce l'annulation de la dette et les nationalisations avec une indignation très éloquente... et qui n'a rien perdu de son actualité !


LA SOLUTION: ANNULER LA DETTE, NATIONALISER LES BANQUES

L'annulation de la dette

Vers le milieu de no­vembre, le bruit courait déjà que les commis­saires du peuple avaient l’intention de renier l  renier les engagements fi­nanciers contractés par l’État russe sous le tsarisme. Une très vive émotion était signalée, comme conséquence de cette nouvelle, sur les places de Paris, de Londres et d'Amsterdam, dont la clien­tèle si nombreuse de souscripteurs aux emprunts russes se voyait menacée de spoliation.

Dès le 23 novembre paraissait dans la Novaia Jizn, sous la signature d'un bol­chevik de marque nommé Larine, un projet dont les dispositions essentielles étaient celles que devait reproduire, quelques semaines plus tard, le décret prononçant l'annulation de tous les em­prunts conclus ou placés à l'étranger.

Le texte de Larine était accompagné d'un commentaire que je reproduis ci­-dessous, comme spécimen de l'effronte­rie candide qui est dans la manière propre aux bolcheviks.

« Les emprunts russes sont placés principalement en Angleterre, en Alle­magne et en France, et, actuellement, c’'est le moment le plus favorable pour les supprimer. Les capitalistes de ces pays sont tellement affaiblis par cette longue guerre et par le mécontentement populaire qui en est la conséquence, qu 'ils ne seront pas capables de faire la guerre à la Russie uniquement parce que nous aurons annulé les emprunts étran­gers.

La statistique montre que ces em­prunts sont placés principalement entre les mains des capitalistes. Quant à la partie de nos emprunts qui, surtout en France, est placée entre les mains de pe­tits propriétaires, les capitalistes fran­çais n'auront qu'à ouvrir leur bourse et prendre à leur compte le remboursement des petits porteurs. Ce sera pour les ca­pitalistes français un châtiment parfaite­ment mérité pour    leur guerre, et, s'ils es­saient de s'y soustraire, les petits pro­priétaires les chasseront de leurs places et se payeront eux-mêmes sur leur dos.

L'annulation des emprunts étrangers de la Russie est une des conditions les plus naturelles et les plus obligatoires de la paix. »

Quelques jours après, la Pravda reprenait le même thème, dont il était aisé de deviner les inspirateurs.

La question ainsi posée devant l'opi­nion russe était déjà tranchée en principe dans l'esprit des commissaires du peuple. Mais ils voulaient donner à leur décision une solennité particulière, en la faisant prononcer par le comité exécutif central panrusse des soviets, qui devait se réunir au début de l'année nouvelle. C'est ainsi que le décret annulant les em­prunts de l’État russe ne fut approuvé par cette assemblée que le 21 janvier (3 février) 1918.

Un sentiment de stupeur et de répro­bation.. .

Cette mesure scandaleuse, édictée au mépris d'engagements qui, jusqu'alors, avaient été considérés comme sacrés par tous les grands États, fut accueillie avec un sentiment de stupeur et de réprobation par les membres du corps diplomatique.

La France, nul ne l'ignore, avait, plus que tout autre pays, en souscrivant aux emprunts russes, fait les frais de mise en valeur du territoire de l'empire, notam­ment par la construction de chemins de fer. Ces émissions approuvées et encou­ragées par l’État français avaient eu un succès populaire qui aurait dû entrer en considération auprès d'un gouvernement socialiste. La créance française, évaluée alors à une douzaine de milliards, était répartie entre des millions de petits épar­gnants. Aussi étais-je bouleversé à l'idée des misères que les bolcheviks, ces pré­tendus amis du peuple, allaient provo­quer parmi les moins fortunés de nos compatriotes.

On sait que les premiers coupons de rente russe qui vinrent à échéance au dé­but de l'année 1918 furent acquittés par le Trésor français. En annonçant cette prise en charge provisoire, M. Klotz, mi­nistre des Finances, fit, le 19 janvier, de­vant la Chambre, des déclarations qui étaient empreintes de sympathie et de confiance envers la Russie.

Certains journaux bolcheviques l'in­terprétèrent comme une acceptation du fait accompli: acceptation qui leur pa­raissait facile, car, disaient-ils, « le chiffre des emprunts russes est faible par rapport aux dettes de guerre de la Fran­ce. Celle-ci peut se substituer à la Russie sans sans s'imposer un fardeau excessif. »

Quant à la Pravda, dont les attaches avec les commissaires du peuple étaient étroites, voici en quels termes elle s'ex­primait dans son numéro du 17 février 1918 : « L'annulation des emprunts exté­rieurs porte aux puissances de l'Entente un coup dont l'importance n'est pas moins grande que celle des victoires al­lemandes sur le front occidental. L'heu­re du châtiment sonne pour les Clemen­ceau et Poincaré. Le petit-bourgeois français pardonnera les millions de vic­times sur le champ de bataille, mais il ne pardonnera pas la ruine matérielle. Le gouvernement français cherche à ajour­ner l'échéance de sa chute, en prenant à son compte le paiement des intérêts des coupons des emprunts russes. »

Après la France, la nation la plus gravement atteinte par la décision des com­missaires du peuple était la Hollande, dont la population était créancière de l’État russe pour plus de trois milliards. Les États scandinaves, Suède, Norvège et Danemark, représentaient aussi des montants élevés de souscriptions, de mê­me que l'Angleterre, la Belgique et la Suisse.

A la première nouvelle de la répudiation des dettes, les chefs des missions devenu doyen du corps diplomatique depuis le départ de Sir George Buchanan. Ils avaient rédigé une protestation dont le texte devait être définitivement adopté le lendemain.

Nous nous étions séparés assez tard dans la soirée. Chacun regagnait sa de­meure à travers une ville mal éclairée, obligé à tout instant, par des ouvriers ar­més ou des gardes rouges, d'exciper de ses qualités et de présenter son proputsk ou permis de circuler. Le marquis de la Torretta, ministre d'Italie, allant souper chez des amis, fut arrêté par de soi-di­sant malandrins, qui lui dérobèrent sa pelisse et le laissèrent dans la rue, sans autre vêtement que sa jaquette, par un froid de 15 à 18 degrés au-dessous de zé­ro. Le soir même, les ambassadeurs ap­prenaient le fait. Ils eurent l'impression que le ministre d'Italie avait été dé­pouillé par des agents du gouvernement soviétique, qui pensait, par ce moyen, s'emparer du projet de note diploma­tique relatif à la répudiation des dettes.

En réponse à la plainte du marquis de la Torretta, Trotski répliqua, sur le mode ironique, que la mésaventure du ministre d'Italie était analogue à celle qui, dans la capitale de l'Europe la mieux policée, aurait pu se produire au détriment de bourgeois victimes d'attaques nocturnes.

Le marquis de la Torretta semblait par­ticulièrement visé par les bolcheviks. Une douzaine de jours avant l'incident que nous venons de relater, un détachement de soldats était entré de vive force à l'am­bassade d'Italie, avait pillé la cave et pé­nétré dans les appariements du ministre. Le corps diplomatique s'était empressé de protester avec vigueur contre cette viola­tion de l'exterritorialité diplomatique. Le commissari « Tous les ambassadeurs et ministres alliés ou neutres, présents à Petrograd, font savoir au commissariat des Affaires étrangères qu'ils tiennent les décrets du gouvernement ouvrier et paysan relatifs à l'annulation des emprunts, à la confis­cation des biens, etc. pour autant qu'ils concernent les intérêts des sujets étran­gers, comme non existants. En consé­quence, les ambassadeurs et ministres soussignés déclarent que leurs gouver­nements se réservent le droit, au moment voulu, d'exiger instamment satisfaction et réparation du préjudice et des pertes occasionnés par l'application de ces dé­crets aux États étrangers en général et à leurs sujets habitant la Russie en parti­culier. »

Nous n'avions aucune illusion sur l'efficacité de notre protestation. Les bolcheviks étaient incapables d'un retour sur eux-mêmes, provoqué par un senti­ment d'équité ou d'honneur.

A propos des nationalisations

Une autre opération financière, qui dénotait, peut-être, encore moins de scrupules que l'annulation des emprunts, avait été réalisée par le gouvernement soviétique dès le milieu de décembre. C'était la nationalisation des banques et la réquisition de leurs coffres-forts. La décision avait été prise sans étude préa­lable ni hésitation, avec un mépris de l'opinion publique attesté par Lénine lui­-même dans son discours du 13-26 jan­vier 1918 :

« Le fond de la tactique du pouvoir des soviets est qu'il place les masses de­vant le fait accompli.

Nous n'avons pas résolu la nationalisation des banques de façon théorique, par voie de longue préparation ; nous avons dit : nous disposons d'ouvriers et de paysans armés, profitons-en pour occuper, dès ce matin, les banques privées, et ensuite nous examinerons les mesures à prendre. Le matin les banques furent occupées, et, le soir, le comité exécutif discutait la situation et donnait un fondement théorique au fait accom­pli. »

C'était sous le prétexte ironique de servir l'économie populaire que les com­missaires du peuple s'appropriaient les avoirs des banques: « Nous tâcherons de confisquer, au profit du peuple russe, une quantité de capitaux suffisante pour créer une forte et riche banque populaire de la République russe » disait, le 14 décembre, devant le comité exécutif des soviets, Sokolnikov, qui préludait ainsi, comme apo­logiste de cette mesure, aux fonctions de commissaire aux Finances et ensuite d'ambassadeur en Grande-Bretagne. C'est encore lui qui déclarait, devant la même assemblée: « L'or en monnaie et en lingots des coffres-forts sera immédia­tement et indiscutablement confisqué et déclaré propriété nationale. »

Le décret décidait que toutes les banques privées étaient rattachées à la Banque d’État, qui se chargeait de l'actif et du passif de chacune d'elles. En vertu de ce texte, toutes les sommes en garde, soit dans les caisses des banques, soit dans les coffres-forts particuliers, de­vaient être versées à la Banque d’État et inscrites au compte-courant des clients, qui naturellement ne revirent jamais un centime des avoirs confisqués.

La plus touchée des nations étran­gères fut, de beaucoup, la France, dont les nombreux nationaux, établis ou non en Russie, avaient dans ce pays des inté­rêts financiers considérables. Certains établissements français possédaient éga­lement en Russie d'importantes succur­sales, dont les dépôts se trouvèrent dé­tournés au profit du Trésor soviétique.

Les chefs de missions ne purent se dispenser de protester contre la révoltan­te spoliation dont leurs nationaux étaient victimes: leur démarche ne fut pas mieux accueillie que ne devait l'être, plus tard, celle qu'ils firent concernant la répudiation des dettes.
 La plus touchée des nations étran­gères fut, de beaucoup, la France, dont les nombreux nationaux, établis ou non en Russie, avaient dans ce pays des inté­rêts financiers considérables. Certains établissements français possédaient éga­lement en Russie d'importantes succur­sales, dont les dépôts se trouvèrent dé­tournés au profit du Trésor soviétique.

Les chefs de missions ne purent se dispenser de protester contre la révoltan­te spoliation dont leurs nationaux étaient victimes: leur démarche ne fut pas mieux accueillie que ne devait l'être, plus tard, celle qu'ils firent concernant la répudiation des dettes.

Les espoirs en la Constituante

Tous les espoirs des partis d' opposi­tion allaient vers la Constituante. La pé­riode électorale était ouverte depuis le 25 novembre. Une agitation fébrile se manifestait dans les groupes politiques. Quant au gouvernement, il prenait toutes les mesures propres à peser sur la volonté des électeurs. Il comptait aussi sur la proposition d'armistice, malheu­reusement conforme au vœu des popu­lations, pour les amener à se prononcer en faveur de sa politique.

Les adversaires des maximalistes comptaient trouver dans la Constituante, même dénuée de toute force maté­rielle, l'appui moral qui leur permettrait de rallier une partie des ouvriers d'usi­ne et des soldats fourvoyés dans l'aventure bolchevique».



lundi 6 juillet 2015

VRAIS ET FAUX ENJEUX DE L'ORCHESTRATION POLITIQUE DEMAGOGIQUE EN GRECE

Démagogique est un terme très grec: "La démagogie (du grec demos « le peuple » et ago : « conduire ») est une notion politique et rhétorique désignant l'état politique dans lequel les dirigeants mènent le peuple en le manipulant pour s'attirer ses faveurs, notamment en utilisant un discours flatteur ou appelant aux passions.Le discours du démagogue sort du champ du rationnel pour s'adresser aux pulsions, aux frustrations du peuple. Il recourt en outre à la satisfaction immédiate des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique peut être simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire à la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes" (sic! Wikipédia).

« Je ne m'habitue pas ni au cynisme des dirigeants grecs qui ont posé une question biaisée » parce que portant sur des propositions périmées des créanciers, ni aux « propos populistes d'aucuns qui, parce que leur opinion publique le leur demande, considèrent que la solution à tous nos problèmes serait de sortir la Grèce de la zone euro » (ministre Macron)

Le feuilleton grec entretient un suspense complexe largement dominé par les mensonges des dominants et le cinéma de rue des "réformateurs radicaux" (Lire l’article du CCI: Grèce: les gauchistes cachent la nature bourgeoise de Syriza); et de vaines émeutes de rue. Résumé du suspense référendaire ambigu par le site du barnum TF1 dimanche matin, révélateur de l'incroyable aveuglement et cynisme de la bourgeoisie européenne chic, imaginant 60% de oui alors que cela vient de produire le contraire (qui est pour honorer les yeux fermés des dettes faramineuses? Levez le doigt?):

"De quel côté penchera la majorité des Grecs? Des indications existent. Deux sondages, menés sur les propositions européennes en fin de semaine dernière, c'est-à-dire avant l'annonce surprise du référendum, publiés dans la presse grecque, donnent 60 % de oui. Les créanciers comptent sur la peur du Grexit, la sortie de l'euro, pour pousser les électeurs à désavouer leur premier ministre. La fermeture des banques et le contrôle des capitaux mis en place lundi donnent aux Grecs un avant-goût de la paralysie et du chaos qui pourraient conduire à un abandon forcé de la monnaie commune. Ces mesures d'exception empêchent pour l'heure un phénomène de panique bancaire qui constituerait le premier rouage de l'engrenage incontrôlable menant à l'effondrement des banques, puis au Grexit. Le dispositif va empoisonner la vie quotidienne des Grecs pendant toute une semaine et entretenir l'angoisse sur l'après. Mais, dans l'immédiat, il suspend le temps en attendant la consultation populaire de dimanche. Si le "oui" obtient la majorité : On imagine mal Alexis Tsipras ne pas démissionner à la suite de ce qui serait un désaveu cinglant de sa politique.
Si le "non" obtient la majorité :

Dans ce cas, la balle sera dans le camp des créanciers. Ces derniers pourraient retourner à la table des négociations et revoir leur copie mais cela semble peu probable. Ils devraient plutôt considérer que le texte retoqué par le référendum est le seul envisageable. La République hellénique se retrouverait alors isolée pour s'acquitter de ses dettes. Un recours au marché est exclu, le risque d'un défaut est si grand que ces derniers lui imposeraient des taux d'intérêt insoutenables. La seule solution pour le gouvernement Tsipras serait donc de refuser d'honorer sa dette. Dans sa très large majorité, cette dernière est due à des institutions ou à des Etats (42,4 milliards d'euros pour la France et 56,5 pour l'Allemagne). Les risques de contagion sont donc très faibles. Ce défaut ne devrait pas impacter le secteur financier international. Par ailleurs, sans accord, la Banque centrale européenne ne pourra plus continuer à soutenir les besoins en liquidités de la Grèce. Sans cette aide, les banques grecques feront faillites précipitant le pays dans une crise encore plus grave.
 Face à ce scénario noir, il ne restera plus qu'une solution à la Grèce, sortir de la zone euro et gérer elle-même sa politique monétaire, seule solution pour espérer sortir de la crise à moyen terme".
Tout était dit en l'espèce.

UNE VICTOIRE DE LA CLASSE MOYENNE

La semaine de tous les dangers s'ouvre après la victoire du non. Du point de vue du prolétariat grec, très faible et très encadré par démagogues syndicaux et anarchistes, ce référendum n'est que pipi de chat, il n'exprime nullement une prise en main de son sort, et la bourgeoisie, même si elle est restée muette de stupeur à l'annonce du résultat (silence radio des Hollande, Merkel et Juncker) s'en moque comme de la première dette grecque. Ce référendum gauchiste sert momentanément à sauver la peau du parti Syriza et de son cador Tsipras, et a pour but, cyniquement, de servir à mieux faire passer un plan d'austérité arrangé, rééchelonné, un tonneau de danaïdes en guenilles sans fin autre que l'attente de l'explosion d'autres contradictions capitalistes qui pourraient bien provenir rapidement. Comme l'a dit sans fard une pétasse anonyme sur la "chaîne info": c'est une victoire de la classe moyenne. Oui cette petite bourgeoisie qui ne pense qu'à son nombril, veut maintenir ses privilèges, ne pense qu'en termes de riches et de pauvres, qui veut le beurre et l'argent du beurre. Les représentants français de la petite bourgeoisie, Mélenchon et NPA, ont eu beau danser place de la République avec chants patriotiques comme sur la place Syntagma, ils n'ont amusé personne tellement la situation est grave, entre cynisme des financiers européens et démagogie gauchiste. Le clivage gauche/droite se résume un peu partout à ce schéma: une gauche bobo qui la joue victimaire pour le cas grec, et une droite qui veut qu'on fasse payer "les grecs" en général. Les partisans de l'extrême droite se répartissent dans ces deux camps, voire se veulent une synthèse des deux mystifications!
On pouvait imaginer que Tsipras, le fringant ministre du cartel gauchiste Syriza, avait choisi la seule
porte de sortie honorable pour mettre fin aux promesses électorales de raser gratis en vue d'un moratoire des dettes du demi-Etat grec (Etat sans cadastre et sans sérieuse perception d'impôts): se faire adouber électoralement (pas sûr) ou se laisser remplacer pour s'échapper d'un pouvoir bancal la tête haute du héros "résistant"même en ouvrant une crise politique dans le pays mythique de la démocratie éternelle ou du mythe éternel de la démocratie. La seule chose que sa manoeuvre dilatoire aura permis aura été de toute façon d'ouvrir la crise politique à l'échelle européenne, à contenter Poutine et à inquiéter Obama.
Très symbolique du cynisme des dirigeants financiers du Conseil européen est le fait qu'ils auront milité pour le oui en compagnie des curés orthodoxes et des patrons grecs, pour une soit disant décision démocratique électorale quand il s'étaient assis sur le nom des peuples au traité de Lisbonne: la démocratie ne s'use que selon qu'elle sert ou pas les intérêts financiers des grands groupes capitalistes, mais peau de balle au bout du compte. Le système du référendum peut être dangereux et reste plus incontrôlable que le système truqué d'élections des partis politiques. De plus, grâce à une élection réalisée à grande vitesse en une semaine, les médias conservateurs n'ont pas eu le temps de renverser la tendance à l'indignation face aux remboursements de plus en plus exorbitants, preuves de la démesure atteinte par le capitalisme en crise dont la crise grecque n'est qu'une pustule. Le manoeuvrier boutiquier Tsipras a réussi à piéger les méchants créanciers en les prenant de vitesse, mais ces élections restent aussi frauduleuses que les autres organisées en régime bourgeois; et quand toute la planète gauchiste a le culot de clamer qu'on a donné la parole au peuple, elle ment effrontément. D'abord: forte abstention face à une question à la con de manipulateur politique, près de 40%, ce qui atténue la "forte" victoire de 60 contre 48, et prouve que la manoeuvre politique de Syriza et de ses potes d'extrême droite, n'est pas si écrasante qu'on nous le hurle aux oreilles et divise bel et bien le peupel grec, et en plus le prolétariat en général, en particulier en France où ceux qui réfléchissent ne donnent aucun "crédit" à la démagogie misérabiliste suiviste des PCF, FdG et NPA. Les commentateurs ont glissé que dans certains quartiers ouvriers d'Athènes le vote avait atteint plus de 80% en faveur du non; évidemment les ouvriers les plus frappés par la crise capitaliste n'allaient pas voter oui à la baisse des retraites et des salaires (quoique si l'on lit bien les dernières conditions, ce n'est pas ce secteur qui est plus menacé -la bourgeoisie européenne craint l'explosion prolétarienne - mais les revenus déguisés des couches moyennes plus les taxes genre TVA, etc.).
La bourgeoisie grecque n'envisage nul nouveau coup d'Etat de colonels, car cette place dominante prise par la "classe moyenne" indignée est bien utile pourtant à la domination bourgeoise, avec ses ramifications mondiales d'Espagne au Brésil, de Podemos à Die Linke. Cette marge intermédiaire de la société affiche une prétention "radicale" à réformer le capitalisme, en abolissant certaines dettes, mais sans toucher aux privilèges des fonctionnaires, sans toucher aux privilèges des curés des partis politiques, des rentiers d'Etat et des curés tout court (Syriza caresse dans le sens de la barbe les parasites de l'Eglise orthodoxe et la mafia des bateaux de luxe). Cette excroissance sociale parasitaire sert de barrage à toute expression indépendante du prolétariat et valide l'absence de perspective véritablement révolutionnaire. Ce n'est pas d'abattre l'Etat bourgeois qu'il est question mais de nous chanter: "Vive le gouvernement Syriza" qui "résiste" (pour l'intérêt national) aux méchants créanciers carnivores, comprenez: "créons partout, un, deux, trois gouvernement Syriza"; au point que le petit démagogue creux Mélanchon se voit déjà président en 2017!
Or il nous faut ici resituer les enjeux sous les cris contre les salauds de la "troïka", la dénonciation de "l'humiliation du peuple grec", face aux gardiens financiers d'une Europe faussement démocratique. Ces enjeux dépassent les courtes festivités électorales.
Nous allons examiner les deux principaux aspects occultés de la "crise grecque", qui n'est pas en soi une crise économique de la seule Grèce, mais surtout une histoire politique et... militaire, géopolitiquement s'entend.

AUX ORIGINES DE L'ADHESION DOUTEUSE DE LA GRECE A L'EUROPE

C'est l'émission consacrée à la Grèce sur Public-Sénat, la veille du jour électoral, qui vaut d'être citée pour référence et pour l'excellence du documentaire présenté, historique de l'adhésion alambiquée du pays de Platon au conglomérat européen. Sans négliger l'intérêt du débat, certes tardif, entre économistes et géopolitiques intelligents. 
L'adhésion de la Grèce, pays non industriel, paraissait anormale et donc peu souhaitable. Le documentaire rappelle que, contre l'avis de la plupart des caïds européens, la bourgeoisie française (de Giscard à Chirac) a, pendant une dizaine d'années fait le forcing pour faire admettre la Grèce. Avec des arguments démagogiques en premier lieu: cela aurait fait mauvais genre de ne pas inclure dans l'Europe moderne financière et commerciale le pays "fondateur de la démocratie". La Grèce se voyait affublée de la fonction de vitrine civilisatrice... La plupart des ex-ministres ou ex-commissaires européens se récrient d'avoir été au courant ensuite des trucages financiers invraisemblables qui ont servi à maquiller les résultats misérables des gouvernements grecs. A l'évidence ils étaient au courant, mais leur profession comporte la qualification de menteur et ils ne veulent pas être inquiétés pendant leurs confortables retraites, une hache perdue de Daesch est si vite arrivée. La bourgeoisie grecque et ses bobos mènent ensuite grand train de vie; la dolce vita: achat de Porsches et de résidences luxueuses, dîners fastueux et... doublement des salaires, du jamais vu dans toute l'histoire du mouvement ouvrier (mais les ouvriers grecs n'étant pas très nombreux... et laissant le sale boulot à de nombreux migrants...avant l'heure de leur exposition médiatique). Puis, toujours avec la manne financière européenne, le demi-Etat grec (Etat rentier) va dépenser sans compter pour de fastueux jeux olympiques, dont la facture pèse encore.
Lorsque les premières inquiétudes commencent à poindre sur la réalité de la santé économique grecque, les politiciens font appel à la banque juive Goldman&Sachs, qui va les rouler dans la farine avec des intérêts exorbitants.
Tout cela c'est l'écume des vagues. Un économiste a beau nous dire que le forcing de la France pour l'admission de la Grèce était de ne pas rester seule face à la Deutschebank, on reste dubitatif. La vérité (partielle aussi) va venir de l'excellent prof géopolitique Philippe Dessertine (à ne pas confondre avec Jean-Paul) et par un prof grec présent à l'émission.
L'association de la Grèce "berceau de la civilisation" c'était pour les gogos. En vérité, la Grèce est d'abord une frontière européenne face à la Turquie et, surtout aujourd'hui, face à la Syrie. Double enjeu, comme il n'existe pas d'armée européenne, chaque pays porte une responsabilité. Ainsi, coup double, en échange de sa prise de responsabilité défensive, la Grèce doit être arrosée financièrement pour acheter un armement sophistiqué à l'Allemagne et à la France. L'Europe finance donc avant tout l'armée grecque, alors qu'il n'existe pas vraiment de menace de la part de la Turquie membre de l'OTAN. (Mais elle finance une armée d'incapables, dixit JLR)
Si menace il y a , comme on le verra, elle provient de la Perfide Albion. Ce petit pays d'à peine 11 millions d'habitants se situe entre la troisième et la cinquième place des pays importateurs d'armement. C'est en outre la plus grande marine du monde.
Les debaters rappellent que lorsque l'armée turque envahit Chypre, la Grèce se serait retrouvée seule pour la contrer. Ils omettent de préciser que c'est l'impérialisme anglais qui était derrière, qui a toujours monté les turcs contre les grecs afin de mieux sauvegarder son importante base militaire de Chypre.
Donc, comme on le voit, la Grèce nécessite des égards financiers (même empoisonnants) comme l'Ukraine, parce que ces deux pays sont "au front". Il se pose le problème d'éponger plus ou moins la spirale infernale des dettes d'un Etat rentier incapable, mais qui ne fait que servir de bouc-émissaire à la crise capitaliste générale qui se poursuit et dont le cas grec n'est qu'un soubresaut et pas un cas particulier. La finance européenne a créé des bulles en cascade et quand elles éclatent elle crie: c'est pas moi! La comparaison avec l'Argentine n'est pas flatteuse pour les prétendues "faculté de récupération économique du système capitaliste"; l'Argentine, quand même plus industrielle que la Grèce , n'est toujours pas sortie du bourbier, après son "défaut de paiement" datant de 15 années; et certains ont même le culot de nous assurer que la Grèce est mieux protégée parce qu'elle n'est pas elle, sous la coupe des "fonds vautours" US!

DERRIERE LE CINEMA DU REFERENDUM GREC LA BAGARRE POUR LE CONTROLE DE CHYPRE

Syrisa n'a jamais constitué une alternative politique au capitalisme et n'est, comme le chantent nombre de plumitifs, qu'un exemple de fierté nationale de bobos réunis, de fierté d'un vague peuple baladés par une poignée de démagogues. Non seulement ce cartel de partis gauchistes allié à un parti d'extrême droite n'a quasiment rien fait pour bouleverser l'ordre des choses, mais, étant composé d'anciens étudiants en économie formés dans la Perfide Albion, il roule pour les intérêts de l'impérialisme britannique, quitte à contrarier le grand frère US, et ne croit pas à la fiabilité des impérialismes chinois et russe.
D'abord en menaçant in fine, sous l'affirmation de vouloir réouvrir les négociations, pouvoir séparer la Grèce du conglomérat européen (projet qui concerne la bourgeoisie anglaise elle même désireuse de faire sécession) mais cela aboutirait au  renforcement de la base militaire britannique à Chypre, que la bourgeoisie américaine tente de récupérer. Grexit ne rime-t-il pas avec Brexit? La bourgeoise anglaise a toujours surveillé et contrôlé la politique en Grèce comme l'huile sur le feu. La bagarre met aux prises en réalité Allemagne contre Angleterre, avec comme arbitre la bourgeoisie américaine (qui prônait le oui sado-maso à l'Europe); la grande base américaine à Francfort n'est plus suffisante et correspondait à la ligne de partage de la guerre froide, et le théâtre des opérations (impérialistes) se situe plus au sud évidemment face aux guerres arabes... qui se rapprochent

[La plus grande base restant la mystérieuse Diego Garcia, d'où l'armada US a probablement abattu le Boeing 777 de Malaysia Airlines et ses 239 passagers le 8 mars dernier, cf. http://www.parismatch.com/Actu/International/Le-mystere-du-vol-MH370-2-2-675084]

Ensuite, par le chantage au lâcher de migrants si les "gérants" de la finance européenne éjectent la Grèce endettée (cf. lire la déclaration du ministre facho du gouvernement Tsipras en début d'année, sur la colonne de gauche (sic) de ce blog.
Le jeu électoral qui vient de se dérouler au premier plan aura donc été une comédie, ponctuel épisode des tragédies à venir - cachant les véritables enjeux - mais on voit par en dessous la complexité du jeu géopolitique, un jeu politique très déstabilisant voire décrédibilisant pour les partis en lice. Partout en Europe les extrêmes gauches se retrouvent à faire des cantiques communs avec l'extrême droite pour bénir Syrisa et son ministre sans cravate. De Mélenchon à Marine Le Pen, de Podemos à Philippot (si bien mis en selle par les médias en France) tous ces politicards font les yeux doux au petit Tsipras, pourtant sur siège éjectable comme il le sait depuis le début. La victoire électorale de la gauche bobo aura aussi permis à la bourgeoisie grecque de gagner du temps, pendant que les syndicats et partis anars auront épuisés les ouvriers dans des processions avec drapeau national et émeutes inutiles. Tsipras, auréolé de son expérience de héros (en carton pâte) pourra tôt ou tard retourner défiler en tête des manifs "contre l'austérité" en tant qu'ancien lutteur émérite (à la saint Mendès France) contre les "géants de la finance".

Pour l'heure, la situation va devenir de plus en plus tendue. Le gouvernement de la bourgeoisie grecque, dirigé par les cadors de la classe moyenne, doit honorer un remboursement de 3,5 milliards à la BCE le 20 juillet. Et, face aux pleureuses d'un impossible moratoire, les caïds de la finance allemande ne sont pas restés muets contrairement à leurs délégués politiques, ils ne rigolent pas eux.
La crise en court peut avoir pour conséquence à court terme de nouvelles élections en Grèce pour éviter une explosion sociale, dont seront encore victimes les prolétaires (répression, piège des émeutes anars, etc.) dans un tourbillon insensé initié par la petite bourgeoisie. Le mauvais payeur grec n'est pas renforcé par la victoire électorale de Syriza (un fraudeur qui nie sa fraude ne peut être crédible auprès du public) car ce sont bien les exigences (terme signifiant originellement: percevoir l'impôt) des créanciers capitalistes qui ressortent plus exigeantes encore face à la manoeuvre électorale démagogique.


à suivre

PS: Cet article était déjà écrit lorsque je suis tombé sur l'article du Monde du 4 juin antérieur à la journée électorale:"Les risques géopolitiques d'un Grexit" http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/07/04/les-risques-geopolitiques-d-un-grexit_4670193_3214.html
lequel confirme ce que j'analysais comme véritable arrière-plan de la crise grecque.

"Ce n’est pas par amour de Platon et Aristote que le président américain Barack Obama, dès le début de la crise grecque, s’est inquiété d’un éventuel « Grexit », jugé dangereux non seulement pour la stabilité financière mondiale ou la cohésion de l’Union européenne, mais aussi – surtout ? – pour la sécurité du commandement militaire de l’OTAN en Méditerranée orientale.
(...) Pas question pour le président américain de voir ce site stratégique menacé. Or, le premier ministre grec, Alexis Tsipras, l’affirme : dans son intransigeance économique, l’Europe sous-estimerait le risque de déstabilisation régionale qu’entraînerait une sortie de la Grèce de la zone euro. « Le facteur géopolitique est en effet totalement absent du débat depuis le début de la crise », estime Georges Prévélakis, auteur du livre Géopolitique de la Grèce (Editions Complexe, 2005). « Garantir une Grèce stable politiquement et performante économiquement aide à stabiliser la région et à européaniser les Balkans. Aujourd’hui, c’est la Grèce qui se balkanise », déplore ce professeur à l’université Paris-I.

Si des années 1970 aux années 1990, la Grèce s’est retrouvée dans une phase de rattrapage économique accélérée par rapport aux pays du nord de l’Europe, depuis vingt ans cependant, elle était devenue un acteur commercial important dans les Balkans, où ses banques, notamment, étaient très actives. L’évolution régionale est suivie avec inquiétude par la chancelière allemande Angela Merkel. Dans ces Etats souvent faibles, Moscou essaie d’avancer des pions en Serbie et dans la partie serbe de Bosnie-Herzégovine, tandis que les djihadistes recrutent dans les Balkans."(...)


Bonne lecture et vous pouvez me dire merci.


Lire aussi l'autre article du CCI "Des Etats en faillite", bien qu'il ne dispose pas de nos infos cruciales pour comprendre les enjeux de fond et ignore les questions géopolitiques:

 «Maintenant ce sont donc les Etats eux-mêmes qui se retrouvent endettés jusqu’au cou, incapables de faire face à leurs propres dettes (sans d’ailleurs que le secteur privé ne soit sauvé pour autant) et en situation potentielle de faillite. Certes, un Etat n’est pas une entreprise, lorsqu’il est en cessation de paiement, il ne met pas la clef sous la porte. Il peut encore espérer s’endetter en payant toujours plus d’intérêts, ponctionner toutes nos économies, imprimer encore plus de papier monnaie. Mais vient un temps où les dettes (ou du moins les intérêts) doivent être remboursées, même par un Etat. Pour comprendre cela, il suffit de regarder ce qui se passe actuellement pour les Etats grec, portugais et même espagnol. En Grèce, l’Etat a tenté de se financer par l’emprunt sur les marchés internationaux. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Tout le monde, sachant que celui-ci est maintenant insolvable, lui a proposé des emprunts à très court terme et à des taux de plus de 8 %. Inutile de dire qu’une telle situation financière est impossible à supporter».

Et aussi les analyses du GIGC:
" La bourgeoisie européenne sait bien que la dette grecque ne sera jamais remboursée. Elle peut donc se payer le "luxe" de laisser Syriza venir au pouvoir en Grèce, puissance capitaliste relativement périphérique et secondaire, si elle réussit à rendre crédible au niveau européen les autres partis "radicaux" de gauche. D’autant que Syriza n’aura d’autre choix que de mener la même politique anti-ouvrière que les gouvernements grecs précédents. Par contre, Syriza et la médiatisation internationale de Podemos permettent de faire miroiter une alternative politique "radicale" de gauche, mais non moins bourgeoise, derrière l’État démocratique capitaliste au niveau européen au moment même où les grandes masses de prolétaires votent de moins en moins, s’éloignent du terrain démocratique bourgeois, et luttent de plus en plus, s’ancrent sur leur terrain de classe".(janvier 2015)
http://igcl.org/Charlie-Hebdo-la-manifestation-de



PS:  Sur le plan des répercussions sociales, dont aucun média ne se soucie excepté pour les images répétitives des queue aux dabs, toujours avec l’enjeu géopolitique majeur seul Le Point fait des remarques lucides sur un risque de révolte sociale: «... depuis la victoire accablante du non, les responsables français, soucieux de ménager l’électorat socialiste, séduit par le romantisme du populisme grec, et désireux de ne pas affoler l’opinion, tiennent un discours tellement apaisant qu’il devient émollient : sur le « respect dû à la décision du peuple grec », « la porte ouverte aux discussions », « les bases d’un accord qui existent », les répercussions quasi inexistantes – à les en croire – du défaut de paiement d’Athènes. Comme le dit en substance l’économiste Philippe Dessertine, les autorités françaises nous refont le coup du nuage de Tchernobyl, dont on se souvient encore qu’il pouvait avoir des retombées sur le reste de l’Europe, mais pas sur la France. On a vu la suite, notamment dans les Alpes-de-Haute-Provence.
(...) D’abord, parce qu’il ne faut pas mésestimer la dimension historique de la victoire du Premier ministre Tsipras au référendum. Plus qu’au moment du succès remporté par le parti Syriza aux élections législatives, le vote de dimanche, par son ampleur, est perçu par la gauche de la gauche en Grèce comme une revanche sur l’échec de la tentative de soulèvement communiste de 1944. Lorsque le gouvernement légitime, avec l’aide des Britanniques, avait empêché les maquis communistes de prendre le pouvoir. Certes, Tsipras a rompu autrefois avec le parti communiste, le KKE, et serait, s’il était en France, plus proche de Mélenchon que de Pierre Laurent. Mais la Grèce est en train de glisser, jour après jour, dans une situation de pénurie : les commerçants ne peuvent plus s’approvisionner faute de liquidité, l’essence devient rare dans les stations-service, les voitures sont laissées chez le garagiste parce qu’on n’a pas les moyens de payer la facture, les salaires sont payés irrégulièrement, les pharmacies sont dépourvues de médicaments, etc. Après l’euphorie populaire de la victoire du non, les lendemains peuvent rapidement déchanter et la situation peut se tendre dans la rue, voire devenir incontrôlable. Pour Tsipras aussi.
Même si la Grèce évite cette dérive extrême, l’instabilité qui découle de la situation dans laquelle elle se trouve en a fait, depuis quelques mois, le maillon faible de la sécurité en Europe. Or, comme le dit son ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotsias, « notre pays est au centre d’un triangle de crises et de déstabilisation ». Ukraine, Libye, Irak, Syrie, la Grèce est géographiquement au coeur des tensions. Un désastre économique, la désorganisation de l’État pourrait, si on ose l’écrire, en faire le talon d’Achille de l’Europe. À la fois pour la pénétration de commandos islamiques dans l’espace Schengen, mais aussi pour l’afflux sans contrôle de réfugiés venant des zones de guerre du Proche-Orient. Déjà le nombre de migrants entrés en Grèce – officiellement 68 000 – est supérieur depuis le début de l’année à ce qu’il avait été pour la totalité de 2014. Faute de ressources, Tsipras a décidé de fermer les camps destinés aux arrivants, qui sont maintenant livrés à eux-mêmes quand ils débarquent.

Un appel d’air pour les candidats au voyage qui ne s’améliorera pas. Et peut-être pour le coup une bonne raison pour l’Europe – même si c’est là un réflexe égoïste – d’aider la Grèce à sortir de sa mauvaise passe économique et financière afin qu’elle ne devienne pas la porte d’entrée d’une marée de migrants, venus de Syrie ou d’ailleurs, attendant une occasion favorable pour se répandre dans les pays du Nord. Il faut toujours avoir en tête que la géographie a fait qu’Athènes est plus proche de Damas que de Bruxelles».