"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 11 août 2014

Elections turquées




(Le poutinisme à l’œuvre)


Ce qu’il y a de franchement marrant avec le suffrage universel est que celui des vieillottes démocraties libérales s’est aligné sur le carnaval de consultation électorale des pays les plus arriérés. Vous pouvez vous moquer de la plouc Croatie avec les portraits géants du président aussi omniprésents que sous les dictateurs Tito et Brejnev. Vous pouvez sourire en observant la « confiance renouvelée » du « peuple syrien » au boucher Bachar El Assad dont les portraits géants ne cachent pourtant pas le plus grand bain de sang mondial depuis deux ou trois ans. Vous pouvez tiquer en observant l’omniprésence en images du nabot impérialiste Poutine. En réalité, partout, le suffrage universel n’est plus qu’une coquille vide apolitique. Le barnum électoral personnaliste américain avait il est vrai montré l’exemple depuis des décennies. On élit « à la gueule du candidat » avec flonflons et petits drapeaux nationaux pour enfants arriérés. Il suffit de voir l’engouement entretenu par Le Figaro pour ce crétin ridicule et exhib de Sarkozy, pourtant plombé par la corruption massive de la faction de droite, pour saisir combien le petit bourgeois de base, majoritaire dans les scrutins, aime la corruption et l’enrichissement et considère les petites merdes comme Copé et Sarko comme ses idoles. C’est un peu pareil en Turquie où la petite bourgeoisie enrichie par le « charisme » (cf. tjrs Le figaro) Erdogan a fait pencher la balance vers les pâles 51,8%, chiffre qui, bien que truqué (faible participation des ouvriers non prise en compte et aussi révélant une faible marge autorisant n'importe quel bourrage d'urnes) fit plus crédible que les 99% classiques en URSS brejnévienne, à Cuba ou à Téhéran. Le trucage électoral s’est donc raffiné en pays arriérés. Que tous les naïfs de l’idéologie bourgeoise élitaire au pouvoir aillent à confesse, pour avoir cru que les sympathiques protestations de rue changeraient la donne dans le domaine parfaitement maîtrisé de la dictature universelle des consultations publiques cadenassées par le fric et la propagande du pouvoir ininterrompu de la bourgeoisie multicolore et multireligieuse !

NOUVEAU LOOK DE LA SUPERCHERIE ELECTORALE EN PAYS RELIGIEUX

 Mieux le « poutinisme » fait tâche d’huile. Le poutinisme électoral consiste à se faire élire à des fonctions aléatoires une fois comme premier ministre et la fois suivante comme président, c’est l’alternance dans la continuité ; un pâlichon Medvedev sert de point de relais mais le dictateur « charismatique » contrôle toujours les rênes sur quelque fauteuil ministériel qu’il pose ses augustes fesses. C’est un peu ce que souhaitait Sarkozy avec Fillon, mais parfois le toutou adjoint se rebelle.[1]. Besir Atalay est le Medvedev turc.
En été 2013, une partie de la population turque avait massivement manifesté contre la «dérive autoritaire» et «islamiste» du régime du « charismatique » Erdogan qui est aux rênes de la Turquie depuis 2002. La bourgeoisie turque qui ne reconnait pas plus le génocide des Arméniens qu’Israël ne reconnaît être l’assassin de centaines d’enfants palestiniens, vaut bien tous les régimes musulmaniaques pour l’oppression de la femme, quoique nombre de femmes turques de la middle class se battent avec courage et ironie[2] sans grand soutien de la classe ouvrière turque, elle-même dominée par l’arriération machiste et meurtrière (« je tue ma fille si elle veut convoler avec un non musulman ou un étranger… »). Après le port du rideau noir sur la tête réinstauré dans les universités (Mustapha Kemal Atatürk se retourne dans sa tombe), il leur était déconseillé récemment de rire fort[3].
L’oubli est le principal critère qui nourrit l’imbécillité électorale des peuples. Oublié le scandale de corruption du « charismatique » Erdogan. En décembre 2013, l’ex-premier ministre arrogant avait été pincé grâce à un enregistrement téléphonique (comme le gamin Sarko avec son portable à deux balles).
Dans l'enregistrement daté du 17 décembre, l’ex-Premier ministre népotiste, comme un vulgaire Sarkozy, conseillait à son fils aîné Bilal, déjà entendu comme témoin par les procureurs en charge de l'enquête anticorruption, de se débarrasser d'environ 30 millions d'euros, quelques heures seulement après un coup de filet de la police visant des dizaines de proches du régime :  « Fils, ce que je veux te dire, c'est de faire sortir tout ce que tu as chez toi, d'accord ? ». Sitôt diffusée, cette écoute téléphonique, énième d'une série qui décrivait jusque-là les pressions directes du ministre auprès des médias, a enflammé les réseaux sociaux et contraint le gouvernement à mentir immédiatement. Le cacique « charismatique » avait alors perdu de son charisme hurlant devant les députés de sa faction politique qu’il s’agissait d’une "attaque haineuse".
L'opposition de circonstance, qui dénonçait depuis des semaines la corruption du régime islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002, avait exigé le départ "immédiat" du premier ministre pour « dérive autoritaire et islamiste ». Cela avait eu autant d’effet que les multiples demandes de démission de Hollande par le pitre Mélanchon.

LA PETITE BOURGEOISIE PROTESTATAIRE NE PEUT PAS REMPLACER LE PROLETARIAT

La clique islamiste au pouvoir - dite soft - garde toujours une série d'obligations civiles, concernant la consommation d'alcool ou la généralisation du port du foulard idiot, qui a déjà largement alimenté la colère qui s'était déversée contre le régime dans les rues du pays à la fin du printemps 2013, mais qui reste une goutte d'eau face à la masse électorale lobotomisée..
Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, la petite bourgeoisie féministe tient la dragée haute au dictateur « démocratique », et lui sert de faire-valoir « démocratique » et juridique absolument pas subversif, et confortant la classe ouvrière dans sa passivité politique.  La volonté du caïd d'Ankara de restreindre le droit à l'avortement et l'utilisation de la pilule du lendemain, ses appels répétés pour que les femmes aient au moins trois enfants ou son hostilité aux dortoirs mixtes pour les étudiants ont alimenté de multiples controverses  avec ces bourgeoises. Erdogan a mis de l’eau dans son vin pour faire risette l’Europe conviviale et a été contraint de battre en retraite sur certains de ces projets anti-femmes. Il y a un an, ce gros plouc avait répondu aux manifestants qui le défiaient dans la rue qu'il ne recevait d'ordres que "de Dieu".  En visitant leur dortoir, le Premier ministre a recommandé à un groupe de jeunes filles dûment recouvertes d'un foulard islamique de ne pas être trop "difficiles" au moment de se choisir un mari; entendez surtout pour les vieux vieux électeurs mâles et moches...

Malgré l’agitation juridique petite bourge, les violences faites aux femmes, les mariages forcés et autres "crimes d'honneur" restent une tare endémique en Turquie, exportable en immigration.  
Oublié électoralement le terrible crime industriel de la mine à la mi-mai, et oubliée l’immense protestation ouvrière des usines au campus d’Ankara. Les manifestants avaient si bien conchié le « charismatique » Erdogan qu’il marchait queue basse au milieu des mineurs éplorés.

Le drame, l'une des pires catastrophes prolétariennes de Turquie, avait provoqué une forte réaction hélas que sur les réseaux sociaux (et pas plus fort que la protestation féministe ni avec un contenu politique de classe)  envers le gouvernement, accusé de négligence et d'indifférence au sort des travailleurs et des plus démunis en général. Des manifestations sporadiques avaient ensuite lieu à Ankara et Istanbul. Dans cette dernière ville, plus ouvrière, une quinzaine de personnes s’étaient couchées pendant dix minutes sur le sol du métro de Taksim, place emblématique de la mégapole où un bras de fer avec le pouvoir avait eu lieu l'année dernière, pour  rendre symboliquement hommage aux victimes. Dans la ville de Soma, théâtre de la catastrophe, la colère avait été la plus forte. La foule regroupée autour de la mine, souvent composée de proches des mineurs, avait vu les secouristes sortir péniblement les cadavres La venue du premier ministre n'avait fait qu'exacerber les tensions. Dans la foule, des ouvriers lui avaient jeté des pierres au cris de « assassin » et « voleur ». Les prolétaires manifestants s'en étaient aussi pris à son véhicule officiel malgré un dispositif policier. Le pacha qu’était mal était sorti de la voiture sous les huées des ouvriers et avait été se réfugier dans un commerce. La colère a ensuite gagné le centre-ville, où une foule de prolétaires âgés d'une vingtaine d'années s'était regroupé autour de l'hôpital, protégé par des barrages de police.
Selon les médias locaux, trois semaines avant le drame, la deuxième farce institutionnelle de la pitrerie électorale bourgeoise, le Parlement avait refusé de former une commission pour faire un état des lieux sur la sécurité des mines en Turquie. Les trois partis d'opposition avaient soumis avec humilité des propositions qui avaient toutes été refusées par l'AKP, le parti majoritaire « de la justice et du développement » comme l’appelle sans rire le népotiste corrompu Erdogan réélu par les couches moyennes commerçantes.
Le régime avait décrété une minable journée de deuil national Seule une minorité des prolétaires conscients se bat en Turquie contre l'omniprésence militaire et religieuse du régime en attendant que les autres prolétariats ne restent plus spectateurs de leur propre misère ou admiratifs des pleurnicheries féministes en Turquie, apolitiques et superficielles.


[1] Et c’est pourquoi Sarko est cuit et peut toujours faire le malin en scooter en Une de Paris-Match, il n’est plus pris au sérieux par les fractions souterraines qui tirent les ficelles de la comédie démagogique.
[2] J’ai eu l’occasion de faire des parties de jambes en l’air avec une journaliste turque mais lors des réunions festives de la « communauté » à Paris, nous devions faire semblant de ne pas nous connaître.
[3] «Une femme doit conserver une droiture morale, elle ne doit pas rire fort en public», avait affirmé le vice-Premier ministre turc, Bulent Arinç, suscitant une polémique en Turquie, un pays musulman mais laïque qui fêtait l’Aïd al-Fitr. «L’homme doit être moral, la femme aussi, elle doit savoir ce qui est décent et ce qui ne l’est pas», avait précisé M. Arinç influent membre du gouvernement islamo-conservateur dont il est aussi le porte-parole, lors d’un déplacement dans sa circonscription de Bursa. Et d’ajouter: «Elle ne doit pas rire fort devant tout le monde, doit absolument conserver sa décence à tout moment».