"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 27 octobre 2017

LE MATRIARCAT TROTSKYSTE ET TROGLODYTE


« Quand vous avez des problèmes, montez vers les sommets ». De Gaulle

« L'envie de pénal a remplacé l'envie de Pénis ». Philippe Muray
"Les femmes étaient inviolables chez les Troglodytes des qu'elles s'interposaient entre les combattants, ils cessaient de tirer leur flèche"(Diodore de Sicile cité par Paul Lafargue).

«Pour arriver, en littérature, une seule recette: dire très haut qu'on a du génie. Ça marche. Vous le répétez inlassablement et, à la fin, on vous croit. “Ils ” ont tous fait ça: Breton, Malraux, Aragon, Claudel... ». Emmanuel Berl
 
Ajout : gros dommage collatéral dans cette campagne féministe bourgeoise depuis Hollywood: Tariq Ramadan. Que ce bateleur de foire islamique soit bien défendu ou pas comme DSK, le masque est tombé. Le principal pape de l'islamisme convivial en Occident est cuit! En même temps que l'eggregore daesch? Bizarre, vous avez dit bizarre? Mauvais ramdam pour Ramadan  Toujours le soupçon restera. Pour ses naïfs fans (synonyme de bigot) qui noyaient you tube depuis des années sous des tonnes d'éloges pour sa capacité à "casser" tout contradicteur "ça fait chier", alors ils se répandent en propos antisémites et orduriers sur le "complot". Les services numériques dominés par big America n'allaient pas laisser ce pitre PN se pavaner éternellement, aussi l'ont-ils flingué comme tout politicien de bas étage devenu inutile. Toute cette boue révèle une chose: les djihadistes de Panurge sont dans la merde! Et ce sont des milliers de merdes qui défendent le viol d'une "salope vénale". Leurs arguties sont de la même teneur que l'exaltation des châtiments corporels (lapidation, etc.) prévus contre les femmes dans leur religion. Lire ici: 
http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/10/28/plainte-contre-tariq-ramadan-l-antisemitisme-se-dechaine-envers-henda-ayari_5207247_3224.html


Il paraît que Madame la guillotine a tué le « père de la nation » en coupant sèchement la tête du bon roi Louis le dernier. Et que mai 68 ne fût que la révolte d'une société sans père... ni repère. Laissons les sociologues à leurs spéculations, mais concédons que le rejeton du trotskysme le plus caméléon et attrape-tout des modes successives de l'idéologie bourgeoise, le NPA (ex LCR mais toujours affilié secrètement à un 4e Internationale troglodyte1) a définitivement tué le père Marx (un sale mec macho et manipulateur comme dit le camarade Wolton) et n'est plus gouverné que par des mémères féministes. Et avec ça elles le proclament, elles dont du génie.

« Construire un mouvement de masse contre les violences faites aux femmes ». C'est avec ce titre racoleur et pitoyable que le réformisme radical s'est placé au cul de la campagne bourgeoise, qui ne dénonce pas les (belles) femmes journalistes ou actrices qui couchent (volontairement) pour réussir, mais contre le « harcèlement » de celles, qui ont certes subi mais se sont tues pendant des années (après avoir réussi) après ce fort pistonnage. Le déballage des turpitudes de Weinstein sur le corps de tant de célèbres actrices a totalement ému le comité central du (de la?) NPA, composé(e) essentiellement de féministes, au point qu'il(elle) a décidé(e), en un(e) geste hollywoodien(ne), de le(la) transformer en mouvement de masse. Pourtant il ne sera pas question de défendre principalement la pauvre femme seule dans le bureau d'embauche qui n'a que le tort d'être encore belle à 30 ou 40 ans, ni celle qui, ayant trois enfants à charge, et seule, va finalement « se laisser faire ».

Cette proposition de « lutte » est typique du réformisme radical, vide et lamentable. On est dans quelle société ? Une société humaine où il serait possible d'un coup de défendre les opprimés et les offensé(es)2. Ou dans une société capitaliste perverse et cynique, cruelle et sans limite dans l'ignominie et la violence tout azimut? Nos matriarches procèdent avec le même calque que leur antifascisme de salon. On propose de lutter contre des moulins à vent3. Mais hélas cela n'apparaît que comme un des multiples relais de la campagne « féministe » de l'ordre dominant qu'on prétend combattre :
« Dans ce genre d’horreurs, qu’elles concernent des personnalités publiques ou des inconnus, nombreux et nombreuses sont ceux et celles qui savent mais se taisent. Quelle surprise quand on voit le traitement médiatique qui est réservé à celles qui osent parler : on n’oubliera pas les larmes de Sandrine Rousseau ni le qualificatif de « troussage de domestique », employé par Jean-François Kahn pour parler du viol de Nafissatou Diallo par DSK. Et on n’oubliera pas que, sous couvert de résistance au « traitement horrible » que subirait Betrand Cantat, dont la violence aura été jusqu’à tuer Marie Trintignant, les Inrocks lui ont offert la « Une », lui ont donné une tribune, et ont jeté à la figure de toutes les femmes un symbole de la violence conjugale, des féminicides, de la négation de la parole des femmes, quand Marie Trintignant, elle, ne pourra plus jamais avoir de tribune4. Il ne s’agit pas d’un nom ni du nombre d’années de prison. Ce n’est pas un problème d’individus mais bien du patriarcat. En ce sens, les réseaux sociaux ont permis de visibiliser cette violence en pointant une oppression structurelle, et ont permis aux femmes de se solidariser les unes des autres. Mais la réponse durable ne viendra pas des réseaux sociaux : il faut reprendre la rue contre les violences, en commençant dès le 25 novembre prochain ».
Nos trotskiens girouettes, qui ont tant contribué à l'écriture inclusive (féministe) viennent d'inventer le « féminicide » car le mot homicide était trop injurieux pour les femmes. Le comité central féminiseur anti-paternel ne dénonce plus le salariat ou le capital mais le patriarcat. Nuance chers frères et sœurs ! (NDLR : rappelez-vous le père de la nation a eu le quiqui coupé). Les « réseaux sociaux » sont devenus vraiment le véhicule de la révolution féministe ; ils « visibilisent » (néologisme typiquement féministe) les violences faites aux femmes (toutes?), et, merveille des merveilles « ont permis aux femmes de se solidariser les unes des autres ». Ce qui est formidable avec le féminisme radical bobo c'est qu'il triomphe, sermone, vitupère hors de la réalité et sans rien y changer. Après le credo de Besancenot, voici les versets féministes : « violence conjugale », « négation de la parole des femmes » (une pipe sinon rien?), « oppression structurelle ». Et LA solution : la manif de rue programmée comme n'importe quel enterrement syndical. Solidarité avec les actrices renommées, et pendant ce temps femmes anonymes battues anonymement continuez de pleurer et de panser vos blessures dans la solitude5.
Avant la journée de lutte internationale des femmes, il faut dénoncer dénoncer répète la féministe stalinienne de service. Et pas se gêner : « Ce #balancetonporc a eu quelque chose d’incroyablement positif : montrer, rendre visible un problème structurel. Il a permis aux hommes de ne plus pouvoir se cacher derrière des excuses. Il a permis d’ouvrir les yeux. Il a permis aux femmes de parler, de ne plus se taire, de prendre conscience qu’elles ne sont pas seules, de leur force collective en tant que femmes ». La lesbienne corbeau explique que les hommes ne sont pas des porcs mais... des porcs quand même : « Il ne faudrait pas fuir la réalité : les hommes qui agressent ne sont pas des « porcs ». Ce sont des agresseurs, des violeurs, des harceleurs. Ce sont des hommes construits par le système patriarcal. Ce mot de « porc », qui tend à souligner une « animalité » distincte de « l’humanité », voire une  « monstruosité » permet de mettre une distance en eux et nous, nous faisant oublier que ce sont notre entourage, notre frère, notre pote, notre fils, notre père, un militant… ». Ensuite « libérer la parole des femmes » dans un cadre « non-mixte » et ensuite construire le « mouvement de masse pour changer la société6 », mais elle ne nous dit pas si c'est en jupe ou en pantalon, avec ou sans voile intégral ? Enfin il faudra encadrer les « balances », un tribunal révolutionnaire exclusivement féminiphile ?
Cette inclusion du féminisme trotskien dans la campagne morale bourgeoise (sans changer leurs habitudes de « couchages ») est bien sûr honteuse, de la même manière que le NPA s'était bouché les yeux sur la misère sexuelle des migrants à Cologne (pourquoi un immigré se gênerait-il de violer une blanche colonialiste?), mais surtout parce qu'on fait silence sur le machisme islamique et leur pédophilie maritale ! Hein, qu'est-ce que c'est ce pays qui interdit aux femmes de porter burkini et voile ? Hein au nom de quoi se permet-on d'aliéner la liberté de ces femmes, psalmodie le NPA depuis l'été.

Le mouvement national féminiphile ne se construira pas de toute façon, et reste totalement étranger et à la lutte de classe et au prolétariat. Ce n'est qu'une plaisanterie, une pénible distraction organisée par une poignée de rigolotes petites bourgeoises, pour les raisons que l'une d'elle liste, et qui nous font pisser de rire à chaque phrase. Vous rectifierez vous-même en parcourant ce tissu d'âneries (je rappelle qu'en Mai 68 le féminisme était inexistant tout comme en Octobre 17). Liste des problèmes de ces malheureuses bourgeoises :
« Le premier est le lien avec le mouvement féministe. Ce n’est pas un secret : ce mouvement est, en France, très divisé, avec d’un côté le mouvement féministe structuré issu des années 1970 et, de l’autre, des organisations radicales, et souvent l’impossibilité à agir ensemble (deux manifestations le 8 mars, par exemple). Mais cela n’en fait pas un mouvement inexistant, ni qu’il faudrait balayer d’un revers de la main. Ainsi le mouvement issu des années 1970, s’il s’est trop instutionnalisé, a des liens forts avec le mouvement ouvrier, notamment syndical, et mène un travail essentiel dans l’accueil de victimes de violences. D’ailleurs, dans certaines villes, ce sont ces cadres déjà existants qui appellent au rassemblement, comme à Marseille où le rassemblement est appelé par le collectif 13 Droit des femmes.
Le deuxième problème, et pas des moindres, est le cloisonnement de l’organisation de ces rassemblements. Il est difficile de s’en emparer et de créer une dynamique réellement collective pour le moment, toutes les décisions sont prises par en haut avec des systèmes de référentEs pour à peu près toutes les questions. Pour construire un mouvement de masse qui soit collectif et durable, et non un mouvement ponctuel initié d’en haut, il faut absolument développer des structures d’auto-organisation : assemblées générales, collectifs de quartiers, etc.
Enfin, le dernier problème est l’idée de rassemblement « apartisan », qui n’est pas la même chose que ce qu’on appelle mouvement autonome : autonome des organisations du mouvement ouvrier certes, mais évidemment pas autonome de la lutte des classes…
Ces trois problèmes doivent être résolus, en permettant l’unité du mouvement féministe autour des rassemblements du 29 octobre, avec en perspective la manifestation du 25 novembre, en favorisant l’auto-organisation et, enfin, en faisant le lien entre oppression des femmes et lutte des classes. Ainsi, nous pourrons vraiment dire « nous toutes ensemble » .
Et « toutes ensemble » aller vous faire foutre !




NOTES



1Laquelle, comme le coucou, fait des apparitions sporadiques sur le site du NPA, avec les mêmes adages guévaristes que lors de la jeunesse ébouriffée des Krivine, Ben Saïd et Weber : « Une, deux, trois Catalogne », par exemple comme je l'ai rappelé dans un récent article ; un tel slogan, vu les errements du nationalisme catalan et la stupéfaction du peuple espagnol, confirme l'imbécilité politique invétérée du trotskysme tiersmondiste. Pour relativiser leur soutien et exhiber leur vision saugrenue de la réalité (oubliant les errements de la faction nationaliste) est interviewé un cam (e?) espagnol (membre de la 4e Internationale, assoc de femmes libérées). «La situation reste incertaine : le gouvernement central a ralenti sa prise de contrôle de la Catalogne, craignant que cela provoque des réactions de masse. Le gouvernement de la Generalitat de Puidgemont, lui, est coincé entre l’énorme pression nationaliste espagnole et la pression populaire. Nous faisons ce point ce lundi soir 23 octobre... ». Appuyant un Podemos à la démarche incertaine le plumitif de la 4e NPA ne peut qu'encourager le bordel ambiant en promettant la grève générale de la semaine prochaine victorieuse, mais victorieuse sur quel plan ? Indépendamment de ces clowns embourbés dans le féminisme bourgeois qui ne changera jamais rien à la condition de la femme sous le capitalisme, il faut lire Paul Lafargue: LE MATRIARCAT : https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1886/10/matriarcat.htm. Il faut savoir ceci: "
"Les femmes étaient inviolables chez les Troglodytes des qu'elles s'interposaient entre les combattants, ils cessaient de tirer leur flèche"(Diodore de Sicile).
2Ceci est écrit en littérature inclusive, hi hi. Les journalistes bourgeoise soumises à de mâles députés et l'Académie semblent découvrir cette transformation féministe gogole qui est usitée depuis des années par le révisionnisme orwellien suiviste des trotskiens et de leurs suiveurs anars et libertaires en tout genre.
3C'est pourtant toujours les mêmes ficelles et le même simplisme qui va dans le sens des campagnes « démocratiques » de l'Etat bourgeois, sur le plan de l'immigration heureuse comme pour toujours trouver un vilain facho au coin de la rue responsable de tous les malheurs du monde. Un article nuançant est consacré à charger le jeune zigoto qui voulait assassiner Mélenchon, en reconnaissant que la mouvance d'extrême droite tue surtout... par les mots, mais pas un mot sur le procès de la famille d'assassins les Merah qui assument sans honte les assassinats d'enfants juifs et de soldats arabes « collabos » . Pas un mot sur les attentats successifs des tueurs islamistes depuis des années sur le site du NPA, qui est comme « Je suis partout » partisan du silence (les pétainistes c'était sur les camps de gazage) sur les massacres de juifs et de leurs enfants par des arabes « opprimés » et le meurtre de populations indistinctes à Nice ou à Berlin car ces gens ne sont-ils pas les  héritiers de ces salauds de colonialistes? On n'attend plus que les syndicalistes du NPA protestent contre la suppression des allocs aux djihadistes « réfugiés » en Syrie et contre leur internement à leur retour en France. Cette dite extrême gauche est finalement pire que l'actuelle extrême droite puisqu'elle reprend le même type de comportement que les pétainistes au pouvoir : par leur silence ils soutenaient les tueries d'Hitler, par leur silence nos trotskiens soutiennent les tueries islamistes par tolérance envers une religion … de paix quoique plutôt létale et raciste, dont les électeurs sont si nombreux désormais en banlieue. Faut se souvenir... Malgré l'affaire ridicule de Carpentras éventée (deux merdeux avaient saccagé le cimetière pas le FN et Mitterrand avait entraîné derrière lui non seulement la LCR mais des milliers de bons antifascistes), lors des premiers meurtres du salaud Merah, la police, elle-même contaminée par la croyance que les fachos seraient derrière tous les attentats, avait tardé à rattraper le tueur en négligeant ces milieux islamistes qu'elle était pourtant chargée de pister, laissant le tueur commettre de nouveaux crimes ; pareil pour le petit Ilan Halimi à Bagneux. La focalisation sur le diable FN avait permis jusqu'ici aux partis bourgeois classiques de jouer aux pères la morale républicaine, tout comme à l'extrême gauche « antifa »de collaborer à la messe sur le terrain de la rue et parmi la jeunesse estudiantine. La montée du populisme, qui n'est pas le fascisme, qui se moque de l'ignominie gauchiste, est donc naturelle et compréhensible. Ce qui ne veut pas dire qu'elle contient LA solution.
4Voir l'excellente charge de la chanteuse Lio contre une écrivaine neuneu : https://www.youtube.com/watch?v=2fWVQVsI-F4

5Evidemment que je pense que ces féministes grossières du NPA sont toutes des salopes, des blablateuses, des gouines attardées, qui ne font et ne feront rien pour les milliers de femmes meurtries, et qui les enfoncent un peu plus dans leur « spécificité » de femmes alors que cette violence nous indigne et nous concerne tous, Femmes comme hommes, homos ou transgenres. Dans ma carrière professionnelle je suis intervenu plus d'une fois pour défendre ou voir comment protéger des femmes prolétaires battues et j'ai vu que police et assocs féministes ne sont que des bon(nes) à rien. La police à chaque fois : « on n'y peut rien ». L'assoc Femmes battues de Nanterre : « elle a qu'à venir porter plainte ». Même stupidité et indifférence que les flics au syndrôme de Stockolm. J'ai raccroché en leur criant « salopes » ! La question des femmes n'est pas un problème féminin mais de société qui produit la barbarie!
6J'imagine mon lecteur(trice) se gratter la tête quand à ce changement de la société : de nouvelles lois confiées à des femmes avocates instaurant une égalité rassurante, une égalité réelle des femmes et des hommes (écrire toujours femmes avant hommes), un défilé de soldats uniquement féminin(es) le 14 juillet, un conseil des ministres non mixiste (néologisme involontaire dû à mon clavier inclusif), composé uniquement de lesbiennes ?

lundi 23 octobre 2017

SAINT FELIX ET LES BOLCHEVIQUES

Loin de Paris, dans un trou perdu qui n'existe pas même sur mon GPS, tenir une réunion fin octobre 2017 sur le thème de la révolution d'octobre tenait de la gageure. N'allait-on pas se retrouver avec une bande d'écolos ringards rangés des pots d'échappement, producteurs de résine de cannabis ou véganistes sectaires? Ou une cellule de collectionneurs de caténaires avec épicerie vendant du beurre de contrebande (denrée désormais rare) ?
Du tout. Ce n'est qu'après quelques pas, depuis le parking, qu'on s'aperçoit qu'on est tombé près d'un moulin dans un écrin de verdure et le bruissement d'une petite rivière plus rapide que les autres, puis à l'intérieur on découvre un reliquaire de l'industrialisme du temps jadis où c'était pas tous les jours 35 heures. Une usine pour partie transformée en loft d'accueil de rencontres et d'échanges « pour faciliter la circulation des idées » sans sectarisme, au milieu de ces reliques industrielles pas si anciennes et qui nous parlent encore au plus profond, pas si surprenant et même rassurant au pays de la recherche des identités.
Un groupe « orthodoxe » marxiste était invité - Robin Goodfellow – n'allait-il pas se faire bouffer par un quarteron d'anarchistes barbus jusqu'aux oreilles ?
  • Vade retro Satanas, avec tes goulags, tes Kronstadt et Trotsky ce Staline manqué !


Mais la barbe ne fait plus le moine ni l'intégriste. Elle est in, cette masse de poils qui est en plus un vocable féminin, et qui sert comme expression de ras le bol. Elle plaît aux femmes (gare au harcèlement des barbus).
La brosser avec la Brosse Falconia!
Peu nombreux et si discrets nos anarchistes, barbus comme tout un chacun, étaient venus benoitement écouter la conférence et sans doute furent-ils médusés de découvrir un marxisme non terroriste, un peu pépère, quoiqu'un mot étrange et inquiétant ait été évoqué, le mot « orthodoxie ». Pas grave, du moment que des hétérodoxes comme Pierre Hempel sont présents. Monsieur maire, qui n'est point barbu, était des nôtres. Lequel se mêla à la conversation pour déplorer la violence « sauvage » propre à l'espèce humaine, après avoir entendu, il faut bien l'avouer, des horreurs comme « la violence de classe » ou la « dictature du prolétariat », quoique sans indiquer un lien de cause à effet entre ces concepts barbares. Il n'y avait certainement pas la crème de la classe ouvrière dans cette assemblée, si toutefois, autrefois, la crème était l'ouvrier en bleu de chauffe endimanché lors des réunions politiques ou l'employé de bureau blanchi sous le harnais du harcèlement hiérarchique. Comme toujours un certain quota de retraités, profs ou pique-assiettes viennent en touristes essayer de s'intéresser encore à cette chose bizarre et un peu dévaluée qu'on nomme révolution ou pour trouver enfin une définition satisfaisante de la classe ouvrière. L'espoir fait vivre dans ce monde où les patrons sont les algorithmes comme me le dit un plus tout jeune, mais brillant jeune homme. Peu importe j'ai plus apprécié l'ambiance conviviale de cette population hétéroclite que tant de réunions syndicales avec des ouvriers bovins suivant comme moutons de Panurge leurs « cadres » syndicaux dans des grèves inutiles.

La première chose qui peut vous engourdir fût la durée de l'exposé : 1H30. Quoique Fidel Castro ait fait dix fois pire. Durée du débat : 1H301. J'ai chronométré et enregistré. La deuxième chose qui choquerait presque est que les 50 personnes présentes sont restées jusqu'au bout et ont écouté très attentivement. Bizarre n'est-ce pas ? On a été très intéressé à savoir dans le cours de la réunion quelle pouvait être la nature de l'attention prêtée à un événement si lointain et un peu abstrait chez les plus jeunes présents ; pas très très jeune du reste, ils/elles ont d'ailleurs répondu en confirmant leur curiosité et leur souci du lendemain pour l'humanité.

L'exposé était très cadré historiquement. Il défendit clairement la nature de la révolution d'Octobre comme d'une révolution « prolétarienne », et surtout une révolution qui n'avait pas envie de rester isolée dans un seul pays, en gagnant le plus vite possible le pays le plus important pour les traditions socialistes, l'Allemagne. D'emblée le conférencier signal l'importance des courants critiques de l'expérience russe, en Hollande et en Italie en particulier, mais fondamentalement aux côtés de l'expérience nommée bolchevique ; tout comme il a rappelé les polémiques au sujet des leçons d'Octobre dans les groupes révolutionnaires du début des années 1970. Il ne s'est pas agi d'un événement spécifiquement russe mais d'une vague qui écumait en Allemagne, en Hongrie, en Italie, etc. A chaque étape de son exposé, il prenait soin de souligner qu'il y avait volonté d'établir les premières bases du socialisme mais que cela n'avait pas été possible ; il ajouta que « le communisme historique n'est pas passé en Occident ». Remarque de poids quand on nous a bassiné avec les soit disants partis communistes staliniens des années 1930 en Europe.
Rosa Luxemburg est évoquée pour son soutien à la révolution russe, n'avait-elle pas dit « ils ont osé ! » dans une Russie qui était jusqu'alors un condensé de la contre révolution mondiale. C'est un malheur pour le prolétariat mondial que la tentative de révolution en 1919 en Allemagne échoue ; et Rosa est assassiné par les social-démocrates.
Lorsqu'il revient au cas particulier de la Russie, avec une immense petite bourgeoisie rurale, il livre une analyse réaliste des arrangements qui sont nécessaires pour favoriser l'alliance avec la classe ouvrière minoritaire, la question majeure de l'exploitation de la terre, tout comme il souligne le poids des soldats, épuisés et maltraités par trois ans de guerre, qui sont devenus à leur tour une force sociale. Il analyse le passage de la phase révolutionnaire démocratique en février et explique le cheminement heurté jusqu'en Octobre où se pose naturellement la question de la dictature du prolétariat.
Contre la « légende de la conscience apportée de l'extérieur », il précise que dès 1847 a été posée la question d'un parti autonome du prolétariat, et la nécessité d'un prolétariat en armes : « L'organisation du prolétariat en parti a toujours été un des fondements du marxisme ». En 1905 la révolution ne peut pas s'affirmer encore comme prolétarienne, c'est pourquoi Lénine produit un texte qui porte sur la « dictature démocratique » du prolétariat et de la paysannerie, une formulation qui ne sera plus de mise en 1917, car il y a encore des tâches démocratiques à réaliser – dont la bourgeoisie est incapable – et qui renvoient encore au programme minimum du socialisme.
En 1917, le gouvernement provisoire sera un gouvernement purement bourgeois face à l'inventivité de l'histoire et de la classe avec la création des soviets. Le mouvement du prolétariat va se renforcer progressivement face à l'obstination de la bourgeoisie à continuer la guerre. Il détaille ensuite longuement la répression au mois de juillet qui vise à liquider la force de classe et son expression politique la plus claire. Ce n'est plus le moment pour appeler au pouvoir des Soviets, les bolcheviques et les militants ouvriers les plus en vue sont obligés de se cacher. Mais la contre révolution de juillet est si faible qu'elle est finalement vaincue par les masses ouvrières et paysannes.
On entrera alors dans la nouvelle phase avec le gouvernement du « Conseil des commissaires du peuple » et vers l'application des premières mesures révolutionnaires. Le conférencier insiste sur le processus extrêmement rapide du changement qui s'opère. La tâche est ardue, il faut au prolétariat reforger un mouvement international et créer un véritable parti international.

C'est là un résumé très succinct de ma part, et les Robin Goodfellow pourront toujours y apporter leurs rectifications, sauf qu'il est probable qu'ils publient l'intégral de leur exposé. Exposé inhabituel sur le sujet, corsé et pointu mais qui pose de nombreuses questions sans réponse.

Le débat n'allait cependant pas s'enfermer dans les arcanes de l'histoire passée (pour spécialistes chevronnés) mais conjuguer en quelque sorte cette expérience révolutionnaire au présent.

Pour Pierre Hempel, jamais ni les syndicats ni un quelconque parti révolutionnaire n'ont déclenché les révolutions. Contrairement au conférencier, il ne pense pas que l'on puisse dire que les débuts de la révolution prolétarienne en Russie vérifie la « constitution de prolétariat en classe » ; au contraire le parti socialiste russe des Lénine, Kamenev, Staline est en porte à faux, une partie des dirigeants est prête à saboter la perspective d'insurrection. Ce sont les masses qui poussent. Ce sont les masses qui produisent partout des comités de toute sorte. Hempel craint que, avec toutes ces commémorations, on noie l'essentiel : cette révolution est un phénomène inattendu et très rapide, qui accélère les événements comme aucune programmation syndicale ou politique ne sera jamais capable de le faire. Ce processus n'a rien à voir avec nos troglodytes d'une 4e internationale poussiéreuse et inepte qui ressort Guévara de sa tombe en bredouillant « une, deux, trois Catalogne ».
Enfin Hempel manifeste son désaccord avec l'exposé. Pour expliquer la dégénérescence de la
révolution (qui aurait demandé plus de temps à un exposé déjà long) l'argument de l'isolement ne suffit pas. Des erreurs internes ont joué contre la révolution. Ainsi le massacre de Cronstadt – critiqué dans les isolateurs sibériens par des compagnons de Trotsky qui vont s'éloigner de lui, comme le rapporte Ciliga2, il me semble. Car ce parti bolchevique était encore à l'époque tout sauf monolithique (version des trotskiens et des bordiguiens). Ce massacre de Cronstadt en 1921 a eu, selon lui des conséquences très néfastes et décourageantes pour le prolétariat allemand. Et il pose la question suivante, car il est lui pour la prise du pouvoir (sur la société) par les conseils ouvriers, tout comme il considère que le parti ne peut pas s'identifier à l'Etat (puisqu'il est question de le détruire à terme) : est-ce que le parti prend le pouvoir ?

D'autres intervenants vont se succéder pour rappeler que les bolcheviques n'étaient pas seuls au gouvernement au début mais avec les socialistes-révolutionnaires, mais la discussion ne se déroula pas pour l'essentiel sur les interprétations ou versions de la révolution russe, ni sur la configuration Etat-Parti-Conseils ouvriers, la place de chacun ou même la mise en cause d'un Etat transitoire. Elle fut plus marquée par une série d'interrogations sur le temps présent : qui peut faire quoi, comment définir la classe ouvrière (éternel problème où on attend que Godot vienne nous fournir la définition adéquate comme si une définition pouvait résumer le mouvement de cette classe... qui file entre les doigts), et Notre dame des landes c'est pas un exemple ? Une partie importante fût dédiée à la question de la violence ; beaucoup d'appréhensions, de mises en garde face à un monde violent où la violence n'est pas généralement la bonne solution dans la lutte sociale, où il faut réaffirmer que la nature de la classe ouvrière n'est pas violente mais qu'elle est légitime de se défendre. Des propositions amusantes ont fusé depuis le concert de casseroles jusqu'au blocage des raffineries de pétrole, pour faire tomber l'Etat en quinze jours. On s'est même demandé qui pourrait remplacer nos grands hommes, les Marx, Engels, Lénine. Ce à quoi il fut répondu « nous comme collectif » (mais alors, ajouta cet autre : « les gens de Notre Dame des Landes peuvent se penser comme collectif »?).

Il n'y eût pas de réponse pour savoir si le parti prend le pouvoir3 ou pas, comment il peut peser sur les événements. Un intervenant insista sur la nécessité de dénoncer l'intelligentsia petite bourgeoise, en particulier les « nuits debout » où il décrivit la chienlit place de la République : »... m'enfin le pouvoir n'est pas dans la rue avec n'importe qui, qui passe ou dit ce qui lui chante. Le pouvoir est sur les lieux de production où les gens se connaissent, se reconnaissent, où il y a un réel débat démocratique. Et non pas cette caricature de démocratie de rue où on dit tout et n'importe quoi, où aucune décision n'est suivie d'effet, où les gens se font manipuler par d'autres qui parlent en leur nom et des représentants de groupes qui passent leur temps à manipuler les assemblées. Il faut que les travailleurs puissent créer leurs propres comités et agir de façon indépendante ».

Plein de bonnes choses ont été émises, qui sont sur l'enregistrement que je peux communiquer à qui le désire. Mais l'essentiel n'a pas été établi en conclusion, pour sortir du flou de la réunion et d'une discussion assez brouillonne finalement : personne ne s'est soucié du comment peut s'affirmer cette classe qu'on dit révolutionnaire, quoique supposée en disparition et gouvernée par des robots, ni non plus sur la base de quels objectifs, j'allais dire sur la base de quel programme, pour ne pas vexer nos camarades de Robin Goodfellow, qui en ont un eux, tout prêt et dans une boite. Quand bien même ils ont répété à plusieurs reprises que le but c'est de supprimer l'exploitation , l'argent, les frontières et l'Etat (j'espère n'avoir rien oublié dans la liste).




NOTES

1Cela n'a rien ôté à la qualité de l'exposé, le conférencier a d'ailleurs reçu une salve d'applaudissements lorsqu'il a quitté la salle un peu plus tard. Cependant je me permets de conseiller aux Robin la prochaine fois de raccourcir l'introduction pour permettre un débat... plus long. En mai 68 lorsque Sartre est venu faire son discours à la Sorbonne il a vu atterrir sous son nez un petit papier : « Sartre sois bref ».
2Enfin je ne suis pas très sûr de moi a posteriori, mais je pense que le CCI par exemple sur le sujet va un peu vite en besogne en disant que les anarchistes ont été les premiers à critiquer Cronstadt, sachant que les débats ont été ardus dans les assemblées du parti, et que si Kollontaï et Serge ont approuvé de "tirer sur les marins comme des perdrix", il serait intéressant de faire des recherches plus approfondies pour vérifier que la répression n'a pas obtenu le consentement de la majorité, quoiqu'il soit compréhensible dans la paranoïa ambiante, que la plupart aient perdu tout sens critique. J'ai noté en outre une fascination de certains pour des textes du CCI, et je n'ai pas dit le contraire ; même si je me suis sauvé d'un organisme devenu secte étroite, cela ne m'empêche pas d'apprécier encore nombre de leurs articles et je ne rejette pas un passé dont ils ne sont pas les propriétaires.
3Vieux briscard je connais la réponse des Goodfellow (oui) vieille position complètement ringarde, c'est fini le parti unique, le parti UDR comme la fable d'un parti « encadrant » le prolétariat. Laissons ces conceptions militaristes aux attardés trotskiens et à leurs amis fonctionnaires syndicaux.