"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 29 mars 2011

LES SOULEVEMENTS ARABES ET LA PERSPECTIVE VUE PAR LE MILIEU MAXIMALISTE




D’une façon générale, la plupart des éléments dispersés des « minorités » qui constituent ce milieu militant dispersé – considérant la classe ouvrière comme seule révolutionnaire – (à différencier donc de l’ultra-gauche moderniste et anarchiste mondaine), ont pris un mois et demi pour se manifester ; excepté le groupe bordiguiste qui a assez rapidement publié une prise de position régulière(5 à ce jour). Le CCI, sa fraction honteuse (la FGCI) et l’ex-fondateur RV (14/02) ne prennent position que dans la seconde quinzaine de février ; l’autre fraction de la précédente fraction a disparu de son environnement internet et annonce depuis Noël qu’elle va finir par reconstruire son site.

Le premier groupe à se prononcer (après votre serviteur, j’ai salué les soulèvements dès le début) est le PCI avec son premier communiqué du 30 janvier : « Les révoltes donnent une leçon de lutte prolétarienne ». Cela reflète assez bien le sentiment général de tout le milieu maximaliste même s’il n’y a pas d’autres communiqués, les articles et prises de positions des autres groupes, couples ou individualités iront à peu près toutes dans ce sens, quoique la plupart fonceront dans l’exaltation d’une lutte de classe à 100% ! Le 9 février, Controverses (Belgique) publie une prise de position mesurée soulignant que « les populations en révolte ne sont pas anticapitalistes ».
Ex number one du CCI, Raoul Victor d’un réseau à éclipses du web, est publié par le social-démocrate anti-raciste Coleman (sans patrie ni frontières… de classe) le 14 février avec ce vague intitulé : « Sur les luttes en Algérie, Tunisie et Egypte » (alors qu’il définit ces luttes dans son texte comme « explosion sociale ».
Le deuxième communiqué du PCI (14 février), plus en phase avec la situation, douche l’enthousiasme initial du milieu maximaliste (dont le mien) .Il prend du recul et voit nettement la révolte des couches petites bourgeoises comme prédominante : « des manifs des jeunes de la petite bourgeoisie mobilisée par internet », et précision utile pour ne pas déprimer ensuite : « En Egypte il ne faut pas s’attendre à un changement du pouvoir ». Controverses et Klasbatallo (Canada) font bien de reprendre ce communiqué. Le 15 février, la FGCI (fraction du CCI) continue à s’emballer à fond la caisse : « une période de grèves de masse s’est ouverte ». De l’attentisme spectateur ce cercle saute dans l’exaltation des « luttes prolétariennes massives ». Fin février, le journal de mars du CCI salue un « soulèvement massif de la population et des classes exploitées contre des régimes de terreur entretenant de faux espoirs démocratiques ».

Le 22 mars, un camarade du Canada me fait parvenir le texte de Robin Goodfellow : « Les syllogismes de l’ultra-gauche », qui est une réponse argumentée et longue au « consultant en lutte de classe » Raoul Victor, mais complètement à côté de la plaque. Comme d’ailleurs l’analyse impulsive de la plupart de ces cercles ou cénacle d’individus qui se présument avant-garde du prolétariat, est d’un autre côté absolument à côté de la plaque des enjeux dans une région où la bourgeoise possèdent toutes les cartes politiques, géographiques et militaires.
Tâchons de mettre en évidence les premières leçons depuis décembre 2010 de cette succession d’événements avec du bon et du mauvais de notre Clochemerle maximaliste :

1. Ce ne sont pas des révolutions, cela le milieu maximaliste l’a affirmé correctement face aux médias et aux gauchistes du monde entier ;
2. Ce sont des soulèvements populaires emmenés par les couches petites bourgeoises flouées de la crise (les deux organisations politiques dignes de ce nom, PCI et CCI, l’ont bien vu, pas les petits cercle ou individus en rupture des dites fractions qui voient la grève de masse à chaque émeute ; insurrection sans projet politique des réservoirs de main d’œuvre du croissant arabe ; et des oubliés du sauvetage capitaliste de 2008 (on a sauvé les banques mais pas les peuples de la périphérie…) ;
3. La lutte sociale n’est qu’une pitrerie inoffensive si on manifeste en charentaises aux ordres des syndicats et qu’on rentre chez soi au coup de sifflet ; les masses populaires arabes ont montré (comme nous en 68 à Paris) qu’il faut occuper les places publiques jour et nuit tant que le gouvernement ne s’est pas levé de sa chaise (raison principale et justifiée de nos révolutionnaires à la bourre) ;
4. Tant que l’armée et la police bourgeoises ne sont pas réellement décomposées, la bourgeoisie garde le pouvoir (classique du maximalisme marxiste).
5. Les croyances religieuses sont apparues tout à fait secondaires dans les soulèvements malgré la focalisation des médias sur foulards et cris « Allah Akbar » (tous les groupes ou cercles s’en félicitent, et moi aussi);
6. La détermination incroyable, époustouflante des peuples à confronter une répression lâche et systématique (à chaque fois, dans chaque pays, cela se traduisit au début par des centaines de morts par les snipers policiers ; et surtout la force incroyable de manifestations pacifistes que ne devenaient violentes que pour se défendre ; mieux que nos pauvres petites émeutes de banlieue de 2005, les violences normales des manifestants visent en premier lieu les symboles de l’Etat répressif : commissariats de police, télé d’Etat, etc. (encore une raison de s’enthousiasmer pour des cercles au pain et à l’eau depuis la chute du mur de Berlin) ;
7. Comme ces soulèvements sont menés par les couches petites bourgeoises, celles-ci, incapables d’internationalisme, ont partout imposé les drapeaux nationaux et agité des solutions nationales creuses, (à part les plus orthodoxes PCI et Rob. Good., les héritiers ou veufs du CCI ne connaissent pas les couches moyennes)
8. La classe ouvrière, soit réduite, soit inexistante dans ces pays, est incapable de prendre la direction du mouvement (ni de s’organiser sérieusement comme telle, le pauvre Raoul parle d’une capacité à organiser le ramassage des poubelles… on fait mieux comme auto-organisation) ni de créer un parti communiste maximaliste et internationaliste. (sauf le PCI, la plupart rêvent au Palais d’Hiver de 1917 alors qu’on est en plein printemps arabe avec météo politique capricieuse).

RESUMONS LE PLUS OBJECTIVEMENT POSSIBLE

Le point de départ a bien été un soulèvement spontané. Face à cette éruption de peuples opprimés la réaction des médias du monde entier a été d’exalter « la révolution arabe », puis comme à chaque étape dans chaque pays successif la tête de l’Etat, nous fit assister à la répression (une centaine de morts à chaque fois en Tunisie, puis Egypte, puis Bahreïn, puis Yémen, puis Syrie, etc). La bourgeoisie américaine, voyant l’impossibilité d’empêcher de s’enflammer la traînée de poudre (plus naturelle et prégnante qu’une cascade boursière) s’est mise à piloter les armées sous son contrôle (Tunisie et Egypte) pour favoriser de simples révolutions de palais. Avec ses âneries de potache lycéen sur les nouvelles technologies, c’est l’imaginaire conseilliste du consultant Raoul et de ses ex-collègues du CCI qui leur fait croire que « l’extension des grèves » a mené à la démission de Moubarak ! Non c’est un coup de fil dicté aux dictateurs !

Avec la Libye, la tâche s’avère plus dure, l’empire US ne contrôlant pas l’armée mercenaire de Kadhafi, mais l’épisode libyen plus long, tortueux et militarisé est plus intéressant du point de vue de la racaille impérialiste dans la région, pour contrer la chaîne des dominos des soulèvements socialement transmissibles. La politique d’attentisme, suivie de frappes aériennes « humanitaires », a permis indubitablement de freiner et démoraliser en partie la fânée « révolution de jasmin ». Pendant la guerre en Libye les exactions des armées tunisiennes et égyptiennes ont pu tranquillement reprendre pour bien faire comprendre qui tient encore solidement le manche et qu’il est mal élevé de rêver à un autre monde possible. La petite bourgeoisie diplômée qui avait phagocyté le terrain politique avec ses pleurnicheries pour des élections libres et les droits de l’homme peut toujours chanter misère.
Pendant les atermoiements concernant l’épine libyenne, les barrières de protection impérialistes se mettaient en place et continuent de parer au plus pressé au Bahreïn (envoi de 1000 soudards d’Arabie Saoudite, sans complexe d’ingérence externe) pour écraser dans le sang la révolte dans une zone stratégico-pétrolière. Idem au Yémen face à Al Qaida, cette poulpe des cartels pétroliers US. La minorité chiite concentrée dans l’est pétrolier du pays, près du Bahreïn pourrait faire basculer le royaume saoudien. En Syrie, malgré une atroce répression le gouvernement a été renversé, sans que le régime ne vacille. D’autres populations piaffent d’impatience en Jordanie, Algérie, Maroc… Le mouvement n’est au demeurant pas bien dangereux politiquement pour le système en place. Il réclame la démocratie. Or elle est impossible dans tous ces pays arbitrairement créés et destinés à rester des réservoirs de main d’oeuvre.

Exploitant à fond l’os libyen les requins impérialistes se préparent à un découpage comme au Soudan pour contenter tous les rapaces européens et américains. En même temps fleurissent des articles soupesant « la face cachée de la révolution égyptienne » et le complot des jeunes patriotes orfèvres de twitter. Une chose est sûre, les petits bourgeois, qui dirent s’inspirer, en Tunisie et en Egypte, des mêmes méthodes qui avaient fait tomber Milosevic en 2000, avaient déjà instrumentalisé la classe ouvrière, et possédaient une expérience et les trucs informatiques pour provoquer des rassemblements larges (mieux que l’appel au moment des prières) ; dans le cas de l’Egypte, l’appel à la grève générale du 23 mars 2008 en soutien à la grève de l’immense usine textile de Mahalla, avait été un succès bien que suivi d’une répression féroce avec des dizaines de morts. Depuis fin décembre 2010, la colère contre la misère et l’oppression des dictatures a été le carburant des soulèvements et de la capacité de sacrifices des masses. Sans cette ardeur, le mouvement n’aurait pas eu une telle ampleur, aurait failli dans le sang comme en 2008, et ne possèderait pas encore cette vigueur dont personne ne voit le terme et qui inquiète toujours.

En même temps que le complotisme de la presse, les blogueurs viennent renforcer l’esprit de démoralisation que suppose le « complot » d’origine (US de préférence) en déplorant la « contre révolution » (répression sale des militaires tunisiens et égyptiens, fouille dans les culottes des femmes manifestantes pour vérifier la virginité, retribalisation)… Mais il ne peut pas y avoir contre révolution puisqu’il n’y a pas eu encore de révolution. Révolution signifie : renversement d’une classe par une autre, en l’occurrence armement de la classe ouvrière et appel à briser les frontières, etc.(re classique du maximalisme marxiste).
Nos groupes ou cercles maximalistes peuvent s’enthousiasmer sur la révolte des masses, ils leur sont inutiles s’ils ne caractérisent pas ces mêmes masses ni de font le tri dans les factions politiques néo-staliniennes (Al Qaida et diverses branches). En général, ils dénoncent assez bien les mystifications démocratiques occidentales (à la différence des socio-démocrates anarchistes à la Coleman qui veulent une « vraie démocratie »), mais rien sur les pervers narcissiques islamistes.
Et dommage que ces cercles et individus ne se parlent pas. Le texte de Raoul qui a tant plus aux vieux anarchistes et à sa famille ne vaut pas un clou comparé aux communiqués du PCI. Et le CCI avec sa notion fourre-tout de "classes non exploiteuses" vient encore de tenter de nous refourguer son révisionnisme anti-marxiste des étudiants "enfants de la classe ouvrière" et pourquoi pas que les cadres supérieurs ne feraient pas partie de nos exploiteurs...
A suivre…

(Les groupes ou individus qui estimeront que j’ai déformé ou mal interprété leur prise de position ont toute latitude pour me répondre ou rectifier dans ces colonnes).

PS : En marge de cet enthousiasme exagéré pour des soulèvements qui restent phagocytés par une petite bourgeoisie libérale sans réelle capacité politique alternative face à l’armée et au salafisme, mais qui a le mérite d’en appeler à la responsabilité du prolétariat de ces pays (même s’il n’a pas les moyens de peser comme celui d’occident encore en charentaises), et de défendre la générosité des masses, on trouve la thèse du marxisme bègue de Robin Goodfellow. Nos Robins des bois français fustigent Raoul de ne point voir des révolutions bourgeoises à l’œuvre et que je te lui enseigne les grands principes orthodoxes du marxisme dixneuviémiste sur la question nationale, etc, en un très long texte sauvé par son humour. Mais complètement à côté de la plaque. Si la plupart des maximalistes croient voir des grèves de masse et un début d’auto-organisation dans le bourbier socialo-impérialiste de la péninsule arabe, notre bon Rob Good, perché sur son arbre et arc tendu, se vante de nous expliquer doctement le processus de révolutions bourgeoises. Je n’ai pas le temps ici d’entrer dans les détails ni de faire entendre mes éclats de rire. Le texte de RG (Rob. Good.).
Après des années d’académisme, et après s’être rendu compte que les cercles issus du CCI ne valaient pas un clou, Rob. Good tire à boulet rouge dessus avec des 50 citations de Lénine et trois ou quatre de Karl Marx. Rien ne tient debout dans cette compilation pour comprendre la phase actuelle du capitalisme parce que les camarades de Rob. Good laissent de côté la question de l’impérialisme et du développement inégal du capitalisme, entré en régression historique aux alentours de 1914 (pour ne pas dire décadence, mais c’est la même chose pour moi).
« L’inégalité du développement économique et politique, écrivait Lénine, est une loi absolue du capitalisme. Il s’ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste pris à part ». (« Du mot d’ordre des États-Unis d’Europe », Œuvres,t. 21, p. 354-355). Lénine a toujours insisté sur l’importance primordiale des vieux pays du capitalisme et il a expliqué aussi que la victoire était désormais impossible dans un seul pays ; la traînée de poudre de la péninsule arabe montre (même sans internationalisme affiché) la voie pour la lutte sociale et politique partout (on ne pourra plus avoir par ex France 68, Italie 69, Pologne 71, Angleterre 72, Portugal 75, etc.)
Je ne veux pas discuter ici des trente glorieuses ni que, contrairement aux prévisions de l’IC le capitalisme ait pu retrouver des joues roses et des taux de profit superbes, ni des révolutions technologiques en occident. Mais de la situation qui a été celle des pays dits « libérés nationalement ». En effet, si on peut se disputer sur la date fatidique ou pas de 1914 pour caractériser le déclin du mode de production capitaliste, il est impossible, sauf à être de mauvaise foi de nous faire avaler que le XXème siècle a permis l’éclosion de nouvelles véritables nations + industrialisation + constitution d’un nouveau prolétariat en classe. Avec Luxemburg, Lénine avait vu le début : « Les pays exportateurs de capitaux se sont, au sens figuré du mot, partagé le monde. Mais le capital financier a conduit aussi au partage direct du globe ». Quelle image plus patente de ce découpage géométrique que celui de l’Afrique du nord ? Le découpage en carré de la Libye prête à sourire, découpage arbitraire, que ne justifie aucune histoire de peuple… la Libye qui risque d’être coupée en deux nouveaux carrés de désert comme le Soudan, pour raison pétrolière et non pour une quelconque accumulation primitive version Rob Good !
Défendre la possibilité de véritables libérations nationales contemporaines (comme celle de véritables syndicats de classe) n’est que s’aligner derrière les banalités gauchistes tiers-mondistes de l’intelligentsia petite bourgeoise. Et dire que la démocratie serait un objectif « intermédiaire » (à la façon du démocrate Coleman et de l’original Rob Good) c’est se gratter le prépuce. Le manifeste de 1848 ne peut même pas les sauver de leur plongée dans le gauchisme. Ce document daté est manifestement inutilisable pour aujourd’hui. D’un côté il est assuré que : « La première étape dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie », de l’autre une deuxième formule (qui mélange volonté des communistes, des partis ouvriers et des prolétaires) affiche la nécessité de la « conquête du pouvoir politique par le prolétariat » : « Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat ».
Bizarre non ? Le Manifeste visait la conquête de la démocratie m’objectera-t-on, mais quelle démocratie conquérir dans les pays destinés à rester colonisés et infériorisés quand la démocratie en occident n’est plus que le masque ridicule de l’oligarchie ?
Là où j’utiliserai comme toujours valable le Manifeste de 1848 c’est contre la religion arabe, contre le salafisme, contre l’islamisme arriéré, avec ce que dirent Marx et Engels pourla défense de femmes (on juge du niveau d’une société sur la situation faite aux femmes, a dit en substance Marx) : « Pour le bourgeois (l’islamiste, ndt), sa femme n'est autre chose qu'un instrument de production. Il entend dire que les instruments de production doivent être exploités en commun et il conclut naturellement que les femmes elles-mêmes partageront le sort commun de la socialisation. Il ne soupçonne pas qu’il s’agit précisément d’arracher la femme à son rôle actuel de simple instrument de production ». A mon avis c’est pas demain la veille, tant qu’on n’aura pas supprimé la religion musulmane en même temps que les autres religions.
Le bât blesse enfin, et donc, avec la théorie académique et irréaliste de Rob Good sur cette question religieuse justement, qui prouve bien par son retour et sa prégnance (utilisation intensive par l’Etat bourgeois) la décadence du capitalisme ; lequel au contraire dans sa phase florissante parvenait à faire reculer le vieil obscurantisme, avec un prolétariat qui se déchristianisait à grande vitesse (ne disait-on pas que les hommes allaient au bistro pendant que les femmes allaient à la messe ?).

Enfin laissons le dernier mot au CCI qui, sans répondre directement à Rob Good, détruit cette autre facétie goodfellowienne « les révolutions à l’est en 1990 ». Le CCI a raison de souligner la différence entre la chute du bloc de l’est tout bénéfice pour la bourgeoisie mondiale (et largement téléguidée – la chute – par les services spéciaux US) et les soulèvements actuels dans la péninsule arabe où les prolétaires peuvent prendre des initiatives du point de vue de classe face à la misère et à la répression incessante.

PS 2: Trouvé à la librairie La Brèche la feuille de choux d'Echanges et Mouvement (Dans le monde une classe en lutte), contrairement à tous nos maximalistes néo-léninistes qui se sont emballés pour les luttes dans la péninsule arabe, Henri Simon est plus prudent (comme au moment du cinéma franchouillard sur les retraites). Il donne d'abord une définition de la révolution, puis constate l'absence de renversement du pouvoir bourgeois et "un processus de réformes à la tête de l'Etat" n(!?): "La révolution sociale n'est pas au programme: d'ailleurs les travailleurs qui se sont lancés dans la lutte des derniers jours n'en demandaient pas tant, seulement des hausses de salaires, le changement des conditions de travail et la possibilité de s'organiser pour se défendre dans le quotidien". H.Simon espère qu'une autre insurrection, celle-là véritablement sociale, pourra succéder aux "développements présents", qu'il a du mal à caractériser en effet.

dimanche 27 mars 2011

LES AVATARS DU TERRORISME (nouveau livre) à paraître bientôt...


AVANT PROPOS
Il n’existe pas d’histoire du terrorisme car il ne peut pas en exister une qui soit impartiale ni tant qu’une révolution mondiale n’aura pas forcé les archives imprenables des Etats. Le terrorisme est une savonnette idéologique qui vous glisse entre les doigts et paraît en général insaisissable comme son action qui commence dans l’ombre et finit dans le crime au grand jour, lequel est prétendu beaucoup plus explicite. Les terrorismes sont aussi nombreux que leurs interprétations et nous n’avons pas eu pour but ici de les passer tous en revue, mais de nous concentrer sur la relation mystifiée des trois catégories : prolétariat – violence – terrorisme.
Nous n’allons pas prendre de gants pour dévoiler ici que le raisonnement logique suffit à démystifier le terrorisme. En résumé nous pouvons distinguer pour tout le vingtième siècle et le début du suivant deux formes de terrorisme :
- Un terrorisme utilisé contre la lutte de classe (dans ses versions anarchistes et stalinistes)
- Un terrorisme entre factions bourgeoises (dans ses versions militaires et religieuses).
Ces deux distinctions se retrouvent tout au long du XXème siècle même dans la succession cyclique des divers terrorismes :
- Terrorisme anarchiste de la fin du XIXème siècle utilisé contre le socialisme
- Terrorisme anarchiste contre l’Etat bolchevique (qui entraîne la création de la Tchéka en 1918)
- Terrorisme bolchevique puis staliniste (1918 puis 1926)
- Terrorisme fasciste et nazi des années 1920-1930
- Terreur pendant la Deuxième Guerre mondiale et résistants taxés de terroristes
- Terrorisme dit guérilla sous l’auspice des dites « libérations nationales » des années 1950-1960
- Terrorisme noir et rouge contre le réveil du prolétariat et son ressac, non mesurables aux taux des grèves (début : Piazza Fontana 1969 puis 1974)
- Terrorisme dit religieux (islamiste) après la chute du bloc de l’Est en 1990
Ce listing aurait pu nous servir de canevas mais la chronologie risquant de noyer l’essentiel de nos thèses, j’ai préféré traiter successivement des origines de la violence politique (que la notion de terrorisme a abusivement simplifiée et amalgamée) religieuses et paysannes, des conceptions héritées par les anarchistes et les marxistes de révolutions sanglantes puis émancipées de ces visions erronées. Je n’ai pas hésité à remettre en cause les poncifs sur la Commune de Paris, panthéonisée éternellement par stalinistes et anarchistes. Les anarchistes restant toujours des adeptes masqués de l’invraisemblable « vengeance révolutionnaire » moyenâgeuse et les stalinistes farouches défenseurs d’un marxisme figé qui radote des citations dogmatiques des « maîtres ».
L’étude du terrorisme rouge (ou gauchiste) des années 1970 nous démontrera la fusion de l’ancienne théorie anarchiste et du stalinisme affaibli par le retour au premier plan du prolétariat (surtout au moment du dangereux ressac du mitan des années 1970) ; ce terrorisme, bien que couplé avec les attentats des factions nationalistes palestiniennes, était exhibé bien évidemment pour ridiculiser toute révolution prolétariennne, supposée depuis la Commune de Paris et l’expérience bolchevique en Russie, n’être que terrorisme sanguinaire à grande échelle, par conséquent utopique lubie d’inférieurs sociaux éminemment condamnable par la « société évoluée »..
Enfin, le dernier avatar du terrorisme du « village mondial », dit djihadiste, même s’il a des accointances avec l’idéologie fasciste (féodalisme, dictature religieuse, éradication physique des opposants, mépris des femmes, etc.), est un produit multiforme et indéfinissable non pour lutter directement contre le prolétariat et le socialisme, mais comme l’expression de la confrontation entre impérialismes rivaux sous la dénomination d’Al Qaida. Le discours anti-terroriste qui accompagne le spectacle du terrorisme vise bien sûr à relégitimer sans cesse les oligarchies dites démocratiques et c’est dans ce cadre que les analyses policières et journalistiques ont pour but, au même niveau que l’anti-fascisme de naguère, de déboussoler le prolétariat.
Je n’ai pas jugé utile de traiter des deux vagues de « lutte armée » qui ont encadrées dans le temps la vague du terrorisme dit rouge – vague des libérations nationales (1945-1968) et vague djihadiste de 1990 à aujourd’hui – ce qui ne nous empêchera pas d’établir les raisons de la périodisation des trois formes dominantes de terrorismes dans la deuxième moitié du XXème siècle et leur impact sur la société mondiale, au chapitre V et en conclusion.
L’interprétation visant de nouveaux terroristes « indépendants » dits « loups solitaires » comme quatrième mutation du terrorisme transnational - nouvelle prétention sociologique et mode journalistique de certains à diluer encore les enjeux de l’idéologie anti-terroriste policière et gouvernementale - ne déroge pas aux deux prémisses principales, ci-dessus délimitées, que le lecteur doit garder en tête tout le long pour identifier et comprendre « le fait de l’attentat », ou plutôt surtout son utilisation par les dominants.
Cette étude tout à fait ciblée et partisane s’efforcera néanmoins de montrer des constantes dans les diverses formes de terrorisme, que l’on peut plus justement qualifier de violence minoritaire et/ou téléguidée. Ce qui devrait réserver quelques surprises.

361 pages 15 euros
-------------------------------------------------------------


Introduction (p.11)

1. GUERRE ET VENGEANCE PAYSANNE, (p.35) Guerre et pacifisme/Le terrorisme djihadiste : une autre façon de faire la guerre/Les guerres à petite échelle du temps jadis/Le terrorisme paysan/La Réforme, sa violence et les paysans/La terreur jacobine, Marx et Kautsky/La guérilla agricole de Guevara/Quelques terroristes célèbres issus du terroir.



2. LE TERRORISME DE MARX ET DES ANARCHISTES (p.81) Au début le socialisme était considéré comme criminel/Marx et Engels sont-ils terroristes en 1848 ?/Les trucages pacifistes de Bernstein/Les révisionismes successifs des anarchistes/Réformisme syndical et terrorisme (Ce qu’il y a de commun entre l’économisme et le terrorisme selon Lénine)/L’anarchiste Staline.



3. 3. LA REVOLUTION EST-ELLE TERRORISTE ? (p.119) La violence des émeutes du XIXème siècle/Terrorisme des Communards ou de la populace ?/Adresse ou maladresse de l’Internationale ?/Un soulèvement inattendu/Du Paris armé au parti armé ?/Passions mauvaises et querelles/Un Etat petit bourgeois/Les conséquences réformistes de l’échec de la Commune/Les lois anti-socialistes en Allemagne/La belle époque du syndicalisme révolutionnaire/La paysannerie n’est pas révolutionnaire.



4. 4.LE MACHIAVELISME DU TERRORISME D’ETAT (p.163) Le terrorisme gauchiste/La faction rouge armée en Allemagne/Aux origines des intentions staliniennes de la RAF/La faction terroriste au Japon/La faction des brigades rouges en Italie/Les pionniers de la démystification du terrorisme stalino-gauchiste/Gasparrazzo terroriste ou la version dissonante des figurants terroristes/Le bon Franceschini/La brute Moretti/Le truand Curcio/Faillite Politique et humiliation des combattants désarmés/La récupération des épaves terroristes/L’invention de la dissociation/Rôle toujours négatif du terrorisme.

5. 5.REVELATIONS SUR LES TROIS VAGUES DU TERRORISME (p.251) Le retour du refoulé religieux/Marx et son analyse tronquée de la religion/Déguisements religieux, religion et violence/Le masque religieux des gauchistes/La guerre sale/Le médiaterrorisme/Fascisme vert ?



Conclusion (p.277):le terrorisme rouge s’est suicidé !

Annexe (p.282)

Commentaires préliminaires aux textes suivants :

Léon Trotsky : La faillite du terrorisme individuel (1909), Pourquoi le marxisme s’oppose au terrorisme individuel ? (1911)

Anton Pannekoek : L’acte personnel (1933), La destruction comme moyen de lutte (1933)

Revue BILAN : en défense de Marinus Van Der Lubbe : Les fascistes exécutent, socialistes et centristes applaudissent (1934)

Marc Chirik : Les campagnes anti-terroristes de la bourgeoisie (1977), Terreur, terrorisme et violence de classe (1978)

Guy Debord : A propos de l’utilisation du terrorisme (lettre à G.Sanguinetti, 1978).

Le terrorisme gauchiste à l’écran : Buongiorno Note/Prima Linea/Nada/Der Baader Meinhof Komplex/United Red Army.



BIBLIOGRAPHIE (p.361)

ADDENDA: deux aspects qui confirment les négligences de Marx et Engels sur la religion et le terrorisme.

UNE REPONSE DISPARUE D'UN ANCIEN PROGRAMME:

Dans Les principes du communisme d’Engels, dans le manuscrit, à la place de la réponse aux questions 22 et 23, on lit le mot "maintenu". Ce qui signifie, vraisemblablement, qu'il faut conserver la réponse telle qu'elle était formulée dans un des projets préliminaires de programme de la Ligue des communistes qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous.]


XXII. COMMENT L'ORGANISATION COMMUNISTE SE COMPORTERA-T-ELLE VIS-A-VIS DES NATIONALITES EXISTANTES?


Maintenu.




XXIII. COMMENT SE COMPORTERA-T-ELLE VIS-A-VIS DES RELIGIONS EXISTANTES?


Maintenu".

----------------------------------------------
SUR LA QUESTION DU TERRORISME, Karl Korsch souligne un coup l'ambiguïté de Marx et Engels qui pensent que le terrorisme sera l'allumeur de réverbère de la révolution russe prochaine, et d'un autre coup qu'ils imaginaient que ce serait une révolution bourgeoise! Tout faux!


« Témoin aussi l’attitude positive et visiblement contradictoire que Marx et Engels adoptèrent à l’égard du projet parfaitement idéaliste de la Narodndia Volia, visant à déclencher par des menées terroristes « une révolution politique et donc une révolution sociale » dans les conditions arriérées propres à la Russie tsariste des années 1870 et 1880. Ainsi qu’il a été montré en détail dans un article précédent, Marx et Engels ne se bornaient pas à penser que la toute proche explosion révolutionnaire en Russie donnerait le signal d’une révolution générale en Europe, et d’une révolution de type jacobin dans le cadre de laquelle « si l’année 1789 se fait jour, l’année 1793 arrivera sûrement » (comme Engels l’écrivait en 1885 à Vera Zassoulitch). Ils saluaient décidément dans la révolution russe et paneuropéenne une révolution ouvrière, point de départ d’un développement communiste ».
(Le marxisme et les tâches actuelles de la lutte de classe prolétarienne (1938).