"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 6 juin 2011

"Les révolutions arabes ne sont que des coups d'Etat militaires masqués"


(et leurs imitations des « indignés européens » des parodies pacifistes d’enfants floués des couches moyennes)

1. Des coups d’Etat militaires masqués :

Ce n’est pas que la thèse d’Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, mais de beaucoup d’observateurs - bien moins naïfs que tout notre milieu maximaliste qui s’est enthousiasmé pour tout ce qui bougeait avec les « réseaux sociaux d’internet » (du CCI à R.Victor et Y.Coleman), y voyant le signe avant-coureur de la révolution prolétarienne tant attendue et si longtemps remise à la Saint Glinglin – pas spécialement habités par la théorie simpliste du complot. Ni « révolution » comme toutes les bonnes sœurs gauchistes et les braves journalistes l’avaient assuré, certainement soulèvements populaires à la fois contre la misère et contre l’arrogance de la hogra gouvernementale comme je l’ai souvent analysé ici mais mouvements plus voués au néant que récupérables dans les ornières nationales ; comme en témoignent hélas la tragédie des nouveaux boat people aux portes de l’Europe riche. Sur recommandation d’un camarade de Rouen j’ai pris connaissance de l’analyse dudit Eric Denécé et je n’ai guère trouvé à redire de son propos (cet article fait déjà beaucoup jaser sur le web). On examinera en deuxième partie les errements du CCI (Courant Communiste International) qui reproduit et tombe dans les pires clichés gauchistes pacifistes sur la parodie jasminesque de la bobologie européenne, pour ne pas dire madrilène.

Le type était de retour d'une mission d'étude en Tunisie, en Egypte et en Libye. Eric Denécé, dans l’interview qu’il a donnée à la Tribune, au demeurant directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, livre une lecture nuancée des événements du début d'année. Sans nier les aspirations des populations, il relativise l'ampleur du changement des équipes dirigeantes. Un prélude à de grandes déceptions pour la planète gauchiste et altermondialiste, et aussi maximaliste. Il explique pourquoi il considère que les évènements de Tunisie et d’Egypte ne sont pas à proprement parler des révolutions, mais des coups d’Etat militaires effectués en douceur et déguisés en révolution, soutenus par les Etats Unis. Laquelle lecture nous avons été amené à faire dans ces colonnes, malgré les quolibets des bien pensants gauchistes et contre les stupidités crypto-bordiguiennes du couple Robin Goodfellow (imaginant des « révolutions nationales » comparables à celles du 19e siècle).

Quelle lecture faites-vous du « printemps arabe » ?

Il y a dans ces pays une réelle aspiration à plus de liberté, mais pas nécessairement à plus de démocratie. Par ailleurs, je ne crois pas à la spontanéité de ces « révolutions », qui étaient en préparation depuis plusieurs années. Dès 2007-2008, des conférences organisées sous l'égide d'ONG américaines, comme Freedom House, l'International Republican Institute ou Canvas, et où étaient présents la plupart des blogueurs et des leaders de ces mouvements, ont instillé le germe de la démocratie, créant un contexte favorable aux révolutions. Le processus était le même que celui qui a précédé le démantèlement de l'URSS, la Révolution serbe, la Révolution orange en Ukraine ou encore celle des Roses en Géorgie.

Mais pourquoi ont-elles éclaté en 2011 ?

Des contestations populaires ou étudiantes dans les pays arabes se produisent régulièrement, mais elles sont à chaque fois réprimées par l'armée et la police. Pour la première fois, l'armée s'est désolidarisée de la police, en refusant de réprimer les soulèvements en Tunisie comme en Égypte, et les mouvements ont été observés par la presse internationale. Mais surtout, dans la semaine précédant les événements, les plus hauts représentants des armées de Tunisie comme d'Égypte se sont rendus à Washington, qui assure l'essentiel du financement de l'armée, pour obtenir le feu vert des États-Unis à un renversement des dirigeants. Ils ne supportaient plus la prédation des clans au pouvoir.

Ces révoltes seraient donc des coups d'État militaires prenant le visage de mouvements démocratiques spontanés ? Les manifestants de la place Tahrir n'avaient pourtant pas l'air manipulés ?

En êtes-vous si sûre ? Il est tout de même étonnant que dans ce pays où existent un militantisme islamiste et un net sentiment anti-israélien, aucun slogan anti-israélien ne soit apparu pendant les manifestations. C'est bien l'indice d'une « révolution » sérieusement encadrée. Quant à la « nouvelle équipe » au Caire, elle comprend le chef d'état-major de l'armée ainsi que l'ancien chef du service des renseignements, et s'est immédiatement engagée à respecter les accords internationaux signés, notamment les accords de Camp David auxquels est hostile une large partie de la population.

Et en Tunisie ?

Le ras-le-bol face à l'avidité du clan Trabelsi était profond et touchait l'ensemble de la population confrontée à des difficultés économiques croissantes jusqu'aux entrepreneurs, dont beaucoup devaient « céder » des parts entières de leur business pour ne pas être inquiétés. C'est pour cela que des manifestations se sont produites dans toutes les villes du pays. La révolte y a été plus populaire et plus profonde qu'en Égypte, où les événements se sont, pour l'essentiel, limités à la place Tahrir. Mais comme au Caire, le nouveau gouvernement de Tunis comprend en majorité des collaborateurs de l'ex-président Ben Ali. Dans les deux cas, tout s'est passé comme si les jeunes générations avaient décidé de « faire sauter le bouchon » qui empêchait leur accès au pouvoir, sans changer fondamentalement le système ou le régime. L'imminence d'un coup d'État militaire était évoquée depuis dix-huit mois en Tunisie. Aussi n'est-il pas approprié de parler de « révolution ». L'Iran, en 1979, et l'URSS, en 1991, ont connu de vraies révolutions. Tout y a changé : les hommes, les institutions, les rapports internes, les relations internationales, etc.

Rien de tel dans les événements récents. Il s'agit d'un renouvellement des classes dirigeantes qui ont, avec l'accord de Washington, organisé des coups d'État « en douceur », en profitant d'une vague de contestation populaire qu'elles ont intelligemment exploitée. Ainsi, leur arrivée aux affaires bénéficie extérieurement d'une grande légitimité et donne le sentiment d'une rupture profonde avec le régime précédent. La situation est en réalité bien différente. D'ailleurs, pour Washington, c'est un « changement dans la continuité » modifiant peu l'équilibre régional, ce qui est étonnant pour des révolutions. Washington encourage et appuie les armées d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour qu'elles évoluent vers un rôle « à la turque » : c'est-à-dire qu'elles n'occupent pas le pouvoir - sauf cas de force majeure - mais soient les garantes de la stabilité du pays contre l'islamisme, qu'elles contribuent à la stabilité régionale et qu'elles ne manifestent pas d'hostilité réelle à l'égard d'Israël.

Comment lisez-vous la situation actuelle ?

Beaucoup de problèmes risquent de surgir : dans les deux pays, un fossé inédit est apparu entre l'armée, qui sort grandie des événements, et la police, qui a longtemps assumé la répression des manifestants. Les forces de l'ordre - surtout en Tunisie - en sont sorties profondément désorganisées. On pourrait voir une recrudescence de la criminalité nuisant à l'équilibre intérieur. Enfin, très vite, une partie de la population va réaliser qu'elle a été flouée. D'où de possibles chocs en retour et une reprise des émeutes. Nous en voyons peut-être déjà quelques signes avant-coureurs à travers les manifestations populaires qui semblent reprendre ici et là. Enfin, les islamistes se sont pour l'instant montrés plutôt discrets. Mais jusqu'à quand ? ». Ouais jusqu’à quand ?

2. Les parodies grotesques des « indignés » européens :

En 1968 les étudiants bobos eurent la parole et l’on sait ce qu’il advint de la plupart de ces beaux parleurs. Le petit conglomérat CCI-RI qui y vit tout de même un réveil de la classe ouvrière monte d’un cran en comparant les assemblées actuelles de bobos qui plastronnent sur les places publiques aux soviets de 1917 ! Ce vieux groupe maximaliste, réduit à l’état de peau de chagrin, n’est pas à un reniement ni à une déformation près. Avec sa notion révisionniste de « jeunes générations » le CCI veut faire passer le boudin pour de la crème Chantilly. Le concept de génération jeune ne veut rien dire en ce qui concerne les classes sociales. Ce concept fourre-tout leur permet de mettre sur le même plan les enfants des couches moyennes qui ont le verbe facile en public et les proles (= enfants d’ouvriers ou de familles monoparentales) de banlieue qui ont hélas la pierre plus leste. Cela donne des approximations funestes : « ces étudiants pauvres issus de la classe ouvrière », « Les populations déshéritées de la classe ouvrière, en particulier la jeunesse » ! La jeunesse en général vue comme catégorie de la classe ouvrière.!?Marx doit se pâmer dans sa tombe ! Au surplus, alors que la pub est maximum sur les gentillets occupants bcbg des places ibériques, l’autarcique CCI nous fait le coup du « black out des médias » et du brouillard diffusé (à dessein) par le complot contre DSK (le prude CCI – qui invente un nouveau gimmick simiesque « la barbarie morale » et tombe ainsi dans la thèse bistrot la plus minable en France n’ose pas employer le terme pervers concernant ce politicien lubrique). Les « indignés » espagnols auraient mûri suite au mouvement rigolo contre les réformes des retraites en Espagne (aussi plat qu’en France). Sans une seule critique frontale contre le débile « Democracia RealYa » (comme seuls en sont capables les bordiguistes) on nous « informe » (pour briser le méchant « incroyable black out ») du grand succès des manifestations. Plus immédiatiste tu meurs ! Le CCI liste ensuite avec enthousiasme les slogans gauchistes lamentables tel celui-ci : « Ouvriers, réveillez-vous ». Chaque fois que se déroule une assemblée de quartier, d’enseignants ou d’étudiants en colère, le CCI y voit désormais « une réappropriation spontanée d’une arme de combat de la classe ouvrière ». Le CCI fantasme mai 68 version 2011 : « la parole se libère » (la parole… ibère) ; « des commissions se mettent en place »… ceci dit sans recul critique alors qu’il y a 20 ans le CCI dénonçait justement la propension des cliques d’étudiants gauchistes et gauche socialo-caviar à monter toutes sortes de comités pour s’arroger la direction du mouvement. Quelle guimauve révisionniste ! ET en plus on cèle la vérité : « ce torrent de pensée ne semble déboucher sur rien. Il n’y a pas de propositions concrètes, pas de revendications réalistes ou immédiatement réalisables ». Ah donc ! Plus drôle : « le mot révolution est réapparu et ne fait plus peur » ; en effet depuis la révolution de jasmin le mot n’est plus qu’une vague odeur démocratoque !

Avec un sens de la synthèse toute stalinienne, le CCI nous résume, mieux que l’Huma d’antan ou n’importe quel support idéologique d’Etat, le principal clivage décelé dans les « Agés », la tendance conservatrice citoyenne et la tendance crypto-radicale pour en finir avec le capitalisme. La prise du palais d’Hiver n’est pas loin, quoique l’été approche avec sea, sex and sun pour nos braves étudiants floués par la crise intragénérationnelle. Le CCI trempe sa plume dans les archives de la « Cause du peuple », aller des bobos au peuple travailleur : « La tendance prolétarienne s’est plus clairement affirmée à travers les propositions « d’aller vers la classe ouvrière » ! Quoique le révisionnisme se ridiculise aussitôt soi-même : « (la classe ouvrière) a été noyée dans la vague de colère « populaire » et ne s’est pas affirmée de façon autonome » (cf. toujours l’article : Solidarité avec les indignés en Espagne). Clou du spectacle qui émeut tant les vielles barbes et mamies du CCI, la comparaison s’impose avec la révolution russe (avant le basculement en maison de retraite) : « Le mot d’ordre ‘Tout le pouvoir aux assemblées » n’est qu’un remake du vieux mot d’ordre de la révolution russe «’Tout le pouvoir aux conseils ouvriers » (il est précisé entre parenthèse pour les ignares « soviets » quand bien même ce n’en est point la traduction).

Nul doute que ces « nouvelles générations de la classe ouvrière » (bobos bac + 5) sont les nouveaux « acteurs de l’histoire »… « grâce à l’utilisation des réseaux sociaux »… cette « nouvelle génération sans futur » a frappé « en Tunisie et l’Egypte » provoquant la chute des dictateurs (sans inquiéter la bourgeoisie restée en place…) et l’élément déterminant de la chute de Moubarak, la grève générale, est déjà si oubliée que l’armée réprime comme elle veut ! Pauvre CCI qui exalte la place Tahrir comme un emblème alors qu’elle n’est plus qu’une croix de douleur. Il n’y a pas eu passage de témoin de la place Tahrir à la place de Catalogne. Le soulèvement dans le croissant arabe est resté canalisé dans le nationalisme et sous haute protection démocratoque US. Ou si influence il y a c’est l’imbécilité des indignés hesseliens à reprendre le mot d’ordre bourgeois d’Attac et de la gauche caviar pour une démocratie bourgeoise « réelle » qui lave plus blanc.

Comme illustration de son affection disproportionnée pour ces nouvelles générations bobos flouées par la crise (le CCI d’antan se moquait des bac + 3 des infirmières bobos alors qu’il se lamente sur les faibles débouchés des actuels bac + 5 dont le prolétariat n’a que foutre), on lira enfin l’apologie lamentable d’une vidéo gauchiste sur les agités espagnols reproduite sur leur site « avec émotion » pour mesurer la régression du CCI quant à l’observation du rapport entre les classes, laquelle confirme qu’il n’est qu’un groupuscule de plus pour la prise du pouvoir par la petite bourgeoisie intellectuelle… comme en Russie en 1917, pour « réveiller le prolétariat » et éventuellement lui tirer dessus comme à Kronstadt :

« Nous publions ci-dessus une vidéo qui est à nos yeux très intéressante pour deux raisons. D'abord, on y voit clairement la profondeur de la colère qui anime le mouvement des Indignés, l'ampleur et la massivité de cette lutte et son lien direct avec la crise économique internationale. Mais transparaissent aussi dans le texte écrit qui accompagne cette vidéo tous les pièges idéologiques tendus par la gauche "anticapitaliste" ( les recettes réformistes ou les mots d'ordre habituels du NPA comme d' ATTAC) qui prétend pourtant que ce mouvement est "a-politique"! Nous attirons par exemple votre attention sur le slogan "interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices". Ça ne vous rappelle rien ? C'est donc avec un œil particulièrement critique et attentif que nous encourageons nos lecteurs à visionner cette vidéo qui n'en est pas moins émouvante quand elle montre la vie quotidienne des Indignés dans la lutte, avec leurs campements, leurs Assemblées et autres réunions improvisées ».

Ma conclusion : comme disait le PCI (bordiguiste) dans son communiqué tout n’est pas à jeter dans les assemblées de rue, des prolétaires se posent de vraies questions politiques, ont envie de véritables lieux de débat, mais ils ne peuvent pas déboucher sur un vrai cadre politique révolutionnaire sans luttes de classe basiques, sans grèves motrices pour conditionner la discussion par rapport à la lutte des classes, et certainement pas à la remorque de cette vague révolte de jeunesse indistincte. Dans ce cadre marécageux et hippie nous voyons nettement qui officie, qui tire les ficelles, les futures recrues des partis de la gauche caviar, futurs édiles et ministres en train de tenter de reforger une idéologie pour la guimauve de gauche réformiste disparue. En Espagne comme en France, sont aux manettes les mêmes envoyés spéciaux de la gauche caviar qui avaient présidé à la farce de la génération « touche pas à mon pote » et qui a fini dans la prévarication et les montres de luxe. Et si ce cinéma de rue n'était qu'un prélude à de futures réelles AG prolétariennes, voire des singeries préventives des petits chefs gauchistes et social-démagogues pour arguer de l'antériorité de cette "boite à idées" comme le CCI caricature l'imagination des masses?