UN CHEF GREVISTE CFDT REJOINT LE PARTI GOUVERNEMENTAL
(et fait scandale mais 52% des "français" seulement estiment qu'il trahit; quand un autre chef gréviste FO est prêt lui à se vendre au parti de droite en opposition)
Quand les grévistes en général seront-ils assez grands pour se passer de chefs et de chefs cuistres?
Le journal de la gauche bien-pensante Libération titra : « Edouard Martin une reconversion en acier trempé ». Un tel titre ne choquait que le cégétiste de base au cuir stalinien bien trempé qui considère qu’un ancien syndicaliste qui rallie un parti bourgeois au pouvoir, quitte à finir ministre, reste forcément un défenseur des travailleurs. Car, chez le syndicaliste moyen, plutôt apparatchik confirmé, comme le décrit si bien le proverbe turc que je cite souvent : « quand les arbres virent arriver la hache, ils se dirent : « le manche est des nôtres ».
(et fait scandale mais 52% des "français" seulement estiment qu'il trahit; quand un autre chef gréviste FO est prêt lui à se vendre au parti de droite en opposition)
Quand les grévistes en général seront-ils assez grands pour se passer de chefs et de chefs cuistres?
Le journal de la gauche bien-pensante Libération titra : « Edouard Martin une reconversion en acier trempé ». Un tel titre ne choquait que le cégétiste de base au cuir stalinien bien trempé qui considère qu’un ancien syndicaliste qui rallie un parti bourgeois au pouvoir, quitte à finir ministre, reste forcément un défenseur des travailleurs. Car, chez le syndicaliste moyen, plutôt apparatchik confirmé, comme le décrit si bien le proverbe turc que je cite souvent : « quand les arbres virent arriver la hache, ils se dirent : « le manche est des nôtres ».
En France, le
pouvoir peut compter sur la mémoire courte en milieu ouvrier. D’ordinaire les
mis en vedette de milieu ouvrier proviennent depuis l’agonie du parti stalinien
du milieu trotskien. Des grèves des trente dernières années ont émergé des
vedettes syndicalistes épistolaires provenant de LO ou de la LCR/NPA vite
oubliées sauf en cas de reconversion politique ou de continuité gauchiste comme
Besancenot et Poutou, ceux-là ne seront jamais députés ni ministres. La CFDT
succédant au ministérialisme de l’appareil CGT a connu un certain nombre de
promus, quoique tous les anciens chefs de tous les syndicats connaissent une
promotion officielle dans l’appareil d’Etat en fin de carrière tel le père
Chérèque et fils.
De la CFDT de Florange à la tête de liste
socialiste aux européennes, Edouard Martin serait-il un nouveau traître ?
Un renégat comme on disait jadis pour un Millerand et tant d’autres socialos,
ministres staliniens ou syndicalistes promus dans la machine d’Etat. Pour
trahir, convenez-en il faut d’abord avoir été « parmi » la classe
ouvrière, or le propre des apparatchiks syndicaux de LO, de la CFDT et consorts
est, tout en étant issus formellement et sociologiquement de cette classe de s’en
être « émancipés » au sens bourgeois du terme parvenir et contrôler
et décider à la place de. Fonction que ledit Martin occupait déjà avant d’aller
à la soupe de l’actuel gouvernement de l’exploitation du prolétariat.
L’ACIER
TROMPé[1]
Contentons-nous pour l’instant de recueillir les « réactions »
journalistiques innocentes…
De syndicaliste dans la sidérurgie à candidat
socialiste pour un mandat européen : la décision d’Edouard Martin,
l’emblématique militant ouvrier d’ArcelorMittal en Lorraine et
désormais candidat du PS aux élections européennes de 2014 dans le
Grand-Est, a fait réagir, notamment à la CFDT. Et pose la question des
relations parfois délicates entre monde syndical et monde politique. L’emblématique
syndicaliste CFDT d’ArcelorMittal à Florange (Moselle), Edouard Martin, 50 ans,
a choisi de se lancer en politique en annonçant qu’il sera tête de liste PS aux
élections européennes de 2014 dans la circonscription du Grand Est. «Oui,
je serai tête de liste sur la liste socialiste dans le Grand Est. J’ai accepté
la proposition qui m’a été faite», a
déclaré Edouard Martin au journal de 20 heures de
France 2.
Edouard Martin avait été propulsé l’an
dernier sur le devant de la scène à l’occasion de la lutte contre la
fermeture des hauts fourneaux lorrains. A l’époque, le syndicaliste n’avait
pas mâché ses mots contre le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, à qui il
reprochait d’avoir cédé face à ArcelorMittal sur Florange. «Monsieur
le Président, vous attendez quoi ? Qu’il y ait un malheur ici ? Eh
bien, nous, on va être votre malheur !» : l’image
d’Édouard Martin, submergé par la colère et la tristesse, interpellant
François Hollande avait marqué le combat de Florange. Avec son sens de la
formule et sa belle gueule burinée, le cédétiste, né en Andalousie et arrivé en
Lorraine avec sa famille au début des années 1970, était devenu
l’ambassadeur des sidérurgistes, arpentant sans relâche les plateaux télévisés
et multipliant les opérations médiatiques, tout en faisant grincer des dents
dans les rangs syndicaux à Florange.
Depuis la parution en avril de son livre Ne lâchons
rien (terme syndicalo-gauchiste en vogue) sur ses mois de lutte
syndicale, Edouard Martin avait à plusieurs reprises laissé entendre qu’il
pourrait s’engager en politique. Mais jusqu’à récemment il se méfiait du PS, de
peur d’être utilisé comme un «gadget» électoral. Il a récusé mardi avoir
changé de camp. «Ceux qui disent ça, c’est mal me connaître», a-t-il
rétorqué. «Je ne renie rien et je n’enlève rien à ce que nous avons dit et
fait», a-t-il souligné, appelant les ouvriers de Florange à se «tourner
vers l’avenir», après la fermeture des hauts fourneaux en avril et la
promesse du président François Hollande en septembre de créer un centre de
recherche dans la métallurgie à Florange
«Je m’engage dans une nouvelle mission : je n’ai
pas l’impression de m’engager en politique, dans le sens où je n’ai pas
programmé de faire une carrière politique. J’ai simplement envie de continuer
le combat que nous menons depuis maintenant plusieurs années sur le maintien de
l’industrie en France et en Europe, et j’ai envie de le poursuivre à un autre
niveau, au niveau européen, parce que c’est là que se prennent toutes les
grandes décisions qui nous impactent», a-t-il ajouté.
Le Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, s’est
aussi félicité du ralliement d’Edouard Martin, y voyant une «très
grande fierté pour les socialistes». «Edouard Martin apportera
la force de ses valeurs et de ses convictions à notre combat pour une nouvelle
politique industrielle européenne, pour la croissance et l’emploi, et pour une
véritable Europe sociale protectrice des droits des travailleurs», a
souligné Harlem Désir. Le ralliement du syndicaliste mosellan fait écho, à
Paris, à celui de Didier Le Reste, ex-leader de la CGT Cheminots, qui est sur
la liste PS d’Anne Hidalgo aux municipales.
Pour l’ancienne ministre UMP Nadine Morano,
l’offre du PS à Edouard Martin «est la récompense d’un
syndicaliste qui ne menait pas un combat pour les salariés de Florange, qui
menait un combat personnel et surtout un combat politique».
Florian Philippot, vice-président du FN, a quant
à lui accusé mercredi le syndicaliste d’être «allé à la soupe». Sur
i>TELE, le bras droit de Marine Le Pen a déclaré : «Edouard Martin,
c’est la trahison à Florange, celui qui avait formidablement bien accueilli
François Hollande le 26 septembre» dernier sur ce site lorrain «alors
que lui-même, quelques mois avant, considérait que ce que proposait le
gouvernement, c’était de la trahison».
«On voit bien qu’en réalité, il avait déjà
négocié sa place aux européennes», a encore dit le candidat Front national
à la mairie de Forbach. «Il a fait comme les autres, il est allé à la
soupe.»
Voyons les commentaires plus cruels des
anonymes ou pas.
…Un ouvrier au Parlement Européen... Certes. Ce
qu'on omet de dire, c'est qu'Edouard Martin "évincera" pour cela le
député sortant Liêm Hoang-Ngoc, issu lui, de la diversité. Fallait choisir
après l’étrange rapport de destruction de l’identité française… un ouvrier « français »
ou un candidat de la diversité même si ledit rapport était destiné aux
électeurs… de la diversité.
« Une instrumentalisation » (Guaino), « une
trahison à Florange » (Philippot), « la récompense » (Morano) ont
permis un rapide survol en rase-mottes de la politique française. La palme de
plomb revenant à Jean-Pierre Raffarin : « Il y en a au moins un de recasé.
» Très drôle. D’anciens camarades de lutte – de l’adversaire FO – disent se
sentir cocus.
Le PS réalise indéniablement une très belle «
prise de guerre ». Et il faudra des gilets pare-éclats pour suivre la campagne entre
un trio assez improbable : Édouard Martin donc, Nadine Morano pour l’UMP et
Florian Philippot pour le FN. Quel casting de forts en bouche !
…Si l’on veut aller un peu plus loin que
l’habituelle (et fatigante) chicanerie politicienne, la candidature aux
Européennes d’Édouard Martin fait-elle sens ? Un type est-il légitime après un
combat syndical et avoir secoué le gouvernement en hurlant les larmes aux yeux
« Monsieur le président, vous attendez quoi ? Qu’il y ait un malheur ici ?
Eh bien nous, on va être votre malheur ! » ?
…Au moment où l’opinion publique rejette la
classe politique, range aveuglément dans le même sac énarques et hiérarques,
l’arrivée d’un ouvrier et syndicaliste, d’un homme de terrain devrait insuffler
un air revigorant dans l’atmosphère européenne. Édouard Martin, longtemps
membre du comité central d’entreprise européen d’ArcelorMittal, connaît son
sujet. Il a même contribué à arracher ce fameux centre de recherche sur la
sidérurgie à Florange.
…Et puis, les passages du syndicalisme à la
politique sont légion. Quelqu’un a-t-il déjà reproché à Lech Walesa d’avoir
quitté Solidarnosc pour diriger la Pologne ? Ou l’ancien président Lula au
Brésil ?
…En France, rappelons-nous de têtes de pont
célèbres comme Pierre Bérégovoy, Jacques Delors, Jacques Chérèque qui fut
ministre du gouvernement Rocard, José Bové, passé de la Confédération paysanne
au Parlement européen sous casaque verte. Dans une autre France, il suffit de
lorgner du côté des syndicats agricoles pour trouver d’appréciables représentants
politiques. Il y eut François Guillaume, président de la FNSEA puis ministre de
l’Agriculture de Chirac, et… Christian Jacob, l’actuel président du groupe UMP
à l’Assemblée nationale après avoir mené le syndicat des Jeunes Agriculteurs.
Il ne fut jamais accusé d’être un traître à la cause.
Le PS récompense-t-il Édouard Martin pour
avoir neutralisé la colère des salariés de Florange ?
Le Parti Socialiste a annoncé qu’Édouard Martin,
responsable CFDT du site ArcelorMittal de Florange, sera la tête de la liste PS
de la région Grand Est aux élections européennes de 2014. Il est sûr d’être élu
et donc de toucher les 12 à 15.000 euros nets par mois d’indemnités
parlementaires (selon sa participation aux séances), sans compter la
rémunération mensuelle prévue pour ses futurs collaborateurs, de 21.000 euros.
Rappelons qu’Édouard Martin a soigneusement
caché, aux ouvriers dont il était censé défendre les intérêts, les véritables
raisons du démembrement d’Arcelor par Mittal. Mittal a pu acheter Arcelor au
premier semestre 2006 grâce aux traités européens qui interdisent toute
restriction aux mouvements de capitaux entre les États membres, et entre les
États membres et les États tiers. Édouard Martin va maintenant s’employer à
défendre la construction européenne, cause des malheurs d’Arcelor, pour le
compte du Parti socialiste après l’avoir défendue pour le compte de la CFDT,
membre de la Confédération européenne des syndicats, elle-même financée par la
Commission européenne. Au cours de la campagne électorale qui s’annonce,
Édouard Martin va probablement promettre aux électeurs de bâtir une « autre
Europe », en reprenant ainsi le slogan éculé dont tous les partis politiques
rebattent les oreilles des Français depuis 1979, date du premier scrutin
européen.
…ventdest
CONCLUSION : tous ceux,
de droite, du FN ou de ses ex-collègues qui taxent Martin de traîtrise, ont
tous tort. Est traître seulement celui qui s’est véritablement situé un moment
de sa vie aux côtés des prolétaires, qui a combattu pour leur réelle
indépendance de classe politique, pour leur auto-émancipation. Martin n’a
jamais combattu ni du point de vue de classe – mais de celui de la
collaboration – ni du point de vue révolutionnaire – mais de celui du
corporatisme étroit. Il n’est donc pas un traître mais une simple girouette de
l’ordre dominant.
PS : une biographie édifiante du
syndicaliste moderne parvenu à la gloire.
Par AGNÈS LAURENT - Publié
le 10 mai 2007 | L'Usine Nouvelle n° 3055
« La rage de faire » Jacques Chérèque. editions
Balland. 288 pages. 21 euros
De sa naissance à Champenoux (Meurthe-et-Moselle)
en 1928 à son élection comme conseiller régional de Lorraine dans
les années 1990 : Jacques Chérèque livre le passionnant récit d'un demi-siècle
d'actualité sociale et politique, dans cet ouvrage d'entretien avec Stéphane
Bugat.
Le parcours du père de l'actuel secrétaire
général de la CFDT ne manque pas de sel. Recruté comme ouvrier en 1949 dans
l'usine sidérurgique de Pompey, il intègre en 1959 la CFTC, qu'il contribuera à
transformer quelques années plus tard en une CFDT déchristianisée.
Devenu permanent de l'organisation, il participe
jusqu'au début des années 1980 à tous ses grands moments : l'affaire Lip en
1973, le soutien à François Mitterrand en 1974, le « recentrage » de la CFDT lors
du rapport Moreau en 1979... Des épisodes émaillés d'anecdotes truculentes
telle celle de la remise du trésor de guerre des Lip à un banquier qui prend
des allures de film noir. Son histoire personnelle est sans cesse mise en
perspective, notamment via l'évocation des relations de la CFDT avec la CGT et
FO.
En 1984, Jacques Chérèque change de vie
professionnelle et d'environnement. Il est nommé préfet délégué en charge de la
reconversion de l'industrie sidérurgique lorraine. Ce qui lui vaudra, en 1988,
de devenir ministre délégué à l'Aménagement du territoire et à la Reconversion.
Là encore, il en tire des enseignements d'ordre général. Et n'hésite pas à
donner quelques coups de griffe : à François Mitterrand, qui le licencie du
gouvernement « sans préavis, ni entretien préalable », ou à Bernard Tapie,
croisé lors de la reconversion des chantiers navals de La Ciotat, qui « promet
tout à tout le monde, tout en se donnant la possibilité de toucher le jackpot
». En mêlant petite et grande histoire, avec un sens du bon mot, Jacques
Chérèque, aujourd'hui retraité, analyse sans complaisance la CFDT et le monde
politique.
PS (bis): bien que je me foute des sondages, instruments de manipulation non scientifiques, ils peuvent donner une approximation, ainsi de la décadence politicarde totale de l'ex-extrême gauche désormais absorbée par la sondologie, dixit Le Parisien qui après avoir précisé que 58% des ouvriers honnissent Martin (donc un peu plus que les "français") ajoute que les gauchistes et résidus du stalinisme sont, par contre contents qu'il les rejoignent dans l'électoralisme (complice et corruptible): "... Pour autant, tout n’est pas perdu dans ce « coup » politique : les sympathisants des partis les plus à gauche (Front de gauche, Lutte ouvrière, NPA) sont 62% à considérer qu’en devenant eurodéputé Martin défendra plus efficacement ses positions (ils sont 74% à le penser, si on y inclut les partisans du PS). Globalement, les sympathisants de gauche approuvent (74%) Edouard Martin dont l’entrée en politique ravit même 81% des sympathisants PS". Nostalgie, cela faisait longtemps que tu ne nous avais pas fait le coup de la "tribune parlementaire" pour promettre un bon salaire à l'heureux élu pour ses promesses mirifiques et révolutionnairement virtuelles!
PS (bis): bien que je me foute des sondages, instruments de manipulation non scientifiques, ils peuvent donner une approximation, ainsi de la décadence politicarde totale de l'ex-extrême gauche désormais absorbée par la sondologie, dixit Le Parisien qui après avoir précisé que 58% des ouvriers honnissent Martin (donc un peu plus que les "français") ajoute que les gauchistes et résidus du stalinisme sont, par contre contents qu'il les rejoignent dans l'électoralisme (complice et corruptible): "... Pour autant, tout n’est pas perdu dans ce « coup » politique : les sympathisants des partis les plus à gauche (Front de gauche, Lutte ouvrière, NPA) sont 62% à considérer qu’en devenant eurodéputé Martin défendra plus efficacement ses positions (ils sont 74% à le penser, si on y inclut les partisans du PS). Globalement, les sympathisants de gauche approuvent (74%) Edouard Martin dont l’entrée en politique ravit même 81% des sympathisants PS". Nostalgie, cela faisait longtemps que tu ne nous avais pas fait le coup de la "tribune parlementaire" pour promettre un bon salaire à l'heureux élu pour ses promesses mirifiques et révolutionnairement virtuelles!
[1]
Un film documentaire intitulé « L’Acier Trompé » réalisé à l’issue de 4 années
de tournage par un cinéaste et réalisateur autour de la vie des sidérurgistes
de Gandrange et Florange-Hayange (Moselle, Lorraine, France) avait été présenté
en avant-première le mercredi 30 janvier 2013 à Paris et ensuite sur Public
Sénat en février.