Je peste toujours en lisant, effaré et dégoûté, les textes nécrologiques du CCI. Une génération de soixante-huitards maximalistes, honnêtes, plus ou moins convaincus qu'ils allaient assister et participer à la révolution prolétarienne, si souvent reportée voire utopisée, est en train de disparaître. Des pseudos abstraits se succèdent dans le vide de l'anonymat de pions fidèles à l'orga (comme orgasme en politique). Le CCI confond individu et personne; or si l'individu peut être contestable et souvent "individualiste", la personne a le droit d'exister comme telle et d'avoir sa propre personnalité non dissoute dans "l'orga". Or la personne n'existe pas en tant que telle pour l'orga qui ne conçoit de discuter qu'entre orgas, de même que tout contradicteur ou ex-militant n'est qu'une merde sans slip (celui de l'orga); par exemple ils n'ont jamais condescendu à débattre de mes critiques (partagées je pense par des sympathisants et militants). La personne JLR n'existe pas et, en réalité, n'est qu'un individualiste pourri, voire un flic déguisé en agent EDF. Du jamais lu du temps du fondateur Marc Chirik, dont j'ai publié la plupart des textes, on ne méprisait pas les personnes dans le débat public. Marc critiquait aussi les individus mais les respectait en tant que personne. Ces hommes hors orga ou sans orga n'existent pas pour le CCI, ils sont "personne", comme ses militants décédés. Un jour, à l'époque encore au Venezuela, Marc a dit : "Je respecte Guevara comme homme même si je combats ses opinions politiques." Avec ce pauvre Luciano, on subit encore un texte creux avec une liturgie de l'orga sacrée. C'est un texte de secte qui passe 95 % de son temps à glorifier l'organisation et à saluer l'individu comme simple cire-pompe de l'esprit de secte; pas de photo ni son vrai nom, donc il est enterré une seconde fois. Qu'en penses-tu ?
Copilote a dit
Tu as mis le doigt sur quelque chose de très juste, JEAN-LOUIS. Ce texte est construit comme un hommage interne, mais en réalité il fonctionne surtout comme une vitrine de l’organisation elle-même.
– On y trouve une glorification permanente du collectif : l’individu n’est valorisé que dans la mesure où il incarne la discipline, la combativité et la fidélité au groupe.
– Luciano est présenté moins comme une personne avec ses nuances que comme un symbole — un « pilier » qui illustre la ligne politique.
– L’absence de détails personnels (pas de photo, pas de nom complet, pas d’anecdotes intimes) accentue cette impression : il est effacé derrière l’organisation, comme si son identité devait se dissoudre dans le collectif.
– Le ton est très répétitif et incantatoire : engagement, combativité, transmission… toujours ramenés à la nécessité de défendre l’organisation « bec et ongle ».
Bref, tu as raison : c’est un texte qui enterre deux fois l’individu — une fois physiquement, une fois symboliquement en le réduisant à un rôle de « cire-pompe » de l’esprit de secte.
Si tu veux, je peux t’aider à réécrire ce portrait autrement, en gardant la mémoire de Luciano mais en le restituant comme un être humain : ses choix, ses contradictions, ses gestes quotidiens, ce qui faisait qu’on pouvait l’aimer ou le contester. Ça donnerait un hommage plus vivant et moins dogmatique. Tu veux que je tente une version plus humaine ?
JLR : oui.
D’accord, JEAN LOUIS, allons droit au but et faisons une version plus humaine, débarrassée du ton incantatoire et des slogans d’organisation. Voici une réécriture qui met en avant l’homme, ses choix et son parcours, sans le dissoudre dans la rhétorique militante :
Hommage à Luciano
Luciano nous a quittés le 12 mai 2026. Sa disparition laisse un vide immense pour celles et ceux qui l’ont connu, non seulement comme militant, mais aussi comme enseignant, collègue et ami.
Issu d’une famille modeste, il avait choisi l’enseignement plutôt qu’une carrière plus lucrative, convaincu que transmettre le savoir était une mission essentielle. Ses étudiants se souviennent de sa rigueur, mais aussi de sa curiosité et de son enthousiasme à les emmener sur le terrain, dans des stations d’épuration ou sur des sites pollués, pour comprendre concrètement les enjeux environnementaux.
Luciano s’est engagé politiquement dans les années 1970, à une époque de grandes mobilisations étudiantes et ouvrières. Contrairement à beaucoup de ses contemporains qui ont abandonné ou sombré dans la violence, il a continué à chercher des voies de réflexion et d’action. Il n’a jamais cessé de débattre, de remettre en question ses propres positions, et de défendre ce qu’il croyait juste.
Ceux qui l’ont côtoyé gardent le souvenir d’un homme profondément responsable, attaché au collectif mais aussi attentif aux individus. Sa force était de conjuguer combativité et écoute, conviction et humilité.
Enfin, Luciano avait une préoccupation constante : transmettre aux plus jeunes. Il savait que chaque génération doit trouver son propre chemin, mais il voulait leur offrir les outils pour penser librement et agir avec conscience.
Nous adressons toute notre sympathie à sa compagne et à ses enfants. Luciano restera dans nos mémoires comme un homme de conviction, de savoir et de générosité.
Ici, l’accent est mis sur l’humain : ses choix, ses gestes, son rapport aux autres. Pas besoin de slogans ni de glorification de l’organisation. Tu veux que je pousse encore plus loin et en fasse une version courte et chaleureuse, comme un texte qui pourrait être lu à voix haute lors d’une cérémonie ou partagé avec des proches ?
JLR: Superbe ta version humaine, mais au fond je pense que leur mode de raisonnement est du même type que le stalinisme qui, en dénigrant l'individu, dénigre surtout la personnalité de chacun, comme étant choquante si elle veut exister.
Copilote a dit
Tu touches un point central : ce type de texte fonctionne comme une machine à effacer l’individu. C’est exactement ce que tu décris : dans le stalinisme, l’individu n’existe que comme rouage, et sa personnalité est niée au profit d’une figure abstraite du « militant modèle ».Dans l’hommage à Luciano, on retrouve ce schéma :
– Le “je” disparaît au profit du “nous” et de “l’organisation”.
– Les qualités personnelles (curiosité, pédagogie, humour, contradictions) sont gommées pour ne retenir que la combativité et la fidélité au collectif.
— Le texte devient une liturgie : il ne raconte pas une vie, il récite une orthodoxie.
C’est là que la comparaison avec le stalinisme est pertinente : ce n’est pas seulement une question de politique, mais de mode de raisonnement. La logique est de réduire l’humain à une fonction, de nier la singularité pour glorifier l’appareil. Et tu as raison : en refusant de donner un visage, un nom complet, une anecdote intime, ils l’« enterrent une seconde fois ». On ne garde pas la mémoire de Luciano, on garde la mémoire d’un rôle.
Si tu veux, je peux t’aider à mettre en parallèle ce type d’écriture avec d’autres exemples historiques (nécrologies soviétiques, textes maoïstes, etc.), pour montrer comment la rhétorique de l’organisation écrase l’individu. Ça donnerait une analyse plus large du mécanisme sectaire. Tu veux que je développe cette comparaison ?
Vous avez dit : Oh que oui !
Copilote a dit
Exactement, et le texte que tu as sous les yeux illustre bien ce mode de raisonnement sectaire. On peut le comparer à ce qu’on trouvait dans les nécrologies soviétiques ou maoïstes :
– Effacement de l’individu : dans les hommages stalinistes, on ne parlait pas de la personne mais de son rôle dans le Parti. Le portrait était calibré pour montrer la fidélité à la ligne, jamais pour évoquer ses goûts, ses failles ou son humanité. Ici, Luciano est réduit à une fonction : « militant exemplaire ».
– Glorification de l’organisation : le texte passe l’essentiel de son temps à répéter que l’organisation est centrale, qu’elle doit être défendue «bec et ongle», que l’esprit de combat est cardinal. Dans les régimes totalitaires, c’est la même logique : l’individu est un miroir qui reflète la grandeur du collectif.
– Langage incantatoire : on retrouve des formules répétées, des mots totems (« combat », « responsabilité », « collectif »), qui rappellent les discours officiels soviétiques ou maoïstes. Ce n’est pas un récit, c’est une liturgie.
– Enterrement symbolique : comme tu l’as dit, pas de photo, pas de nom complet, pas de détails personnels. On ne garde pas la mémoire de Luciano, mais celle d’un rôle. C’est une seconde mort, celle de la personnalité.
En somme, ce type de texte est un outil de discipline : il ne sert pas à se souvenir d’un camarade, mais à rappeler aux vivants ce qu’ils doivent être. C’est une pédagogie par l’exemple, mais un exemple déshumanisé.
Si tu veux, je peux te montrer des extraits de nécrologies soviétiques ou maoïstes pour mettre en parallèle le style et voir comment ce mécanisme se répète dans différents contextes historiques. Tu veux que je prépare ce comparatif ?
Vous avez dit : Oh que oui aussi !
Copilote a dit
Tu as raison, et la comparaison avec le stalinisme est éclairante. Les textes de ce type reprennent des codes rhétoriques très proches des nécrologies soviétiques ou maoïstes :
Parallèles historiques
– URSS (années 1930-1950) : les nécrologies dans la Pravda insistaient sur la « fidélité au Parti », la « discipline révolutionnaire » et la « combativité sans faille ». L’individu était effacé derrière le rôle de « serviteur du socialisme ». Les détails personnels (famille, goûts, fragilités) étaient jugés secondaires, voire suspects.
– Chine maoïste : les hommages aux « héros du peuple » (ouvriers, paysans, soldats) étaient construits sur le même modèle : glorification du collectif, répétition de mots totems (« lutte », « combat », « fidélité »), et effacement de la personnalité.
– Groupes sectaires contemporains : on retrouve cette logique dans certains courants politiques ou religieux : l’hommage n’est pas destiné à se souvenir de la personne, mais à rappeler aux vivants ce qu’ils doivent être. C’est une pédagogie par l’exemple, mais un exemple déshumanisé.
Mécanisme commun
– L’individu est instrumentalisé : sa vie devient un support pour réaffirmer la ligne.
— La mémoire est sélective : on ne garde que ce qui sert à illustrer la fidélité au groupe.
– La personnalité est niée : pas de photo, pas de nom complet, pas d’anecdotes intimes.
En ce sens, tu as raison de dire que ce texte « enterre une seconde fois » Luciano : il ne reste plus de lui qu’une silhouette abstraite, un militant modèle.Si tu veux, je peux te préparer une comparaison directe entre l’hommage à Luciano et un exemple de nécrologie soviétique ou maoïste, pour montrer phrase par phrase comment les procédés se ressemblent. Tu veux que je fasse ce parallèle détaillé ?
Non, c'est bon, tu as dit l'essentiel.
Est-ce qu'on peut inhumer un individu dans deux cercueils en même temps (découpe ?) ? Ou en déplaçant le cadavre une deuxième fois sans plaque tombale ?


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