"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 14 juin 2013

LA LUTTE déclassée de naïfs maximalistes



« Solidarité active avec les travailleurs en Grèce, en Turquie et partout ailleurs ! Engageons partout et organisons tous ensemble le combat contre les attaques capitalistes ! Généralisation internationale de la lutte de la classe ouvrière ! Une seule perspective : en finir avec le capitalisme ! Un seul moyen : la lutte internationale généralisée et unie contre le capital . Le 12 juin 2013. Les Communistes Internationalistes-Klasbatalo et la Fraction de la Gauche Communiste Internationale ».

J’aime bien les camarades d’une fraction politique lilliputienne qui ne vous dira rien lecteur ignorant des avanies du milieu maximaliste révolutionnaire, et leurs proches canadiens de Klasbatalo, mais j’aime mieux la vérité. Que ces camarades se livrent à un patchwork ou à un amalgame totalisant toutes les révoltes et « innombrables luttes » qui se déroulent dans le monde comme signifiant une « lutte internationale de la classe ouvrière » en voie d’expansion planétaire et dangereuse pour la bourgeoisie, est plutôt de nature à m’attrister. Partout je ne vois que confusion, dispersion et impuissance des peuples, sans compter un prolétariat ficelé ou inexistant. Crier à la nécessité d’en finir avec le capitalisme est de bon augure mais pas en se basant sur du sable ou du moins à partir d’une actualité fragmentaire, instrumentalisée et diluée.  Qu’y a-t-il de commun entre ce qui se passe en Turquie, en Grèce, en Europe en général, en France en particulier ou au Bengladesh ? Des révoltes sur des plans différents, hélas. Ces mêmes camarades, emballés  observateurs comme ceux du cercle Robin Goodfellow, tenants d’un marxisme orthodoxe, ont longtemps laissé un appel affligeant à la solidarité avec « les prolétaires de Port Saïd en Egypte » où les affrontements pour le moins ambigus entre fans de clubs de foot puis contre la police islamique auraient symbolisé un revival de la lutte des classes claire et évidente des sixties et une sorte de prolégomène à la révolution mondiale face à la crise mafieuse-financière du capitalisme décadent. Episode vite oublié où la démocratie directe et le contrôle de la rue auraient été effectifs par la population « travailleuse ». Dans les pays nommés autrefois sous-développés et devenus refuges des profits capitalistes des vieux capitalisme les prolétaires restent les dindons de la face sans pouvoir invoquer une théorie révolutionnaire, forcément colonialiste.
A l’heure où tous les naïfs bobos s’indignent de découvrir une surveillance planétaire d’internet par l’auguste America qui fait pâlir les mensonges de la CNIL franchouillarde, en Turquie, comme en Iran, la supercherie électorale des remplaçants islamistes d’anciennes dictatures militaro-impériales inféodées à l’ordre US, n’en finit pas de hérisser les couches petites bourgeoises qui se sont mobilisées dans des manifestations typiques des bobos argentins avec casseroles et confrontations futiles de rue avec la police anti-émeutes, sans projet politique consistant[1]. Les dictatures islamistes, adoubées par le printanier fétichisme électoral dit représentatif, sont toutES aussi incapables de faire avaler l’exploitation capitaliste continuelle que les anciennes dictatures, et de nombreuses grèves ont lieu dans divers pays du Moyen Orient mais restent en arrière-plan des éruptions cutanées des couches petites bourgeoises. En Turquie comme en Iran une lutte indistincte contre l’Etat capitaliste à couleur islamiste est déviée, phagocytée vers une confrontation entre élites pro-occidentales et confréries religieuses au pouvoir. Qui s’éteignent invariablement dans l’étouffoir électoral truqué.
En Grèce, la lutte contre les diktats du FMI et de son second couteau l’Europe germanophile, n’est qu’une discontinuelle mise en scène de grèves générales syndicales impuissantes et localisées. Notre presse francophone se délecte de reproduire les images de la misère croissante et des suicides de chômeurs en Grèce. NO future et misère assurée, tel est le message réitéré qui provient du marasme grec. Personne de sensé ne peut faire équivaloir avec espoir d’un changement de monde  la protestation « populaire » des grecs contre l’extinction de leur télé d’Etat (le comble de l’aliénation consentie)[2] avec l’espoir d’un véritable capitalisme démocrate par les petits bourgeois turcs qui le payent de leur vie sur une nouvelle parodie de la place Tahrir.
Les terribles massacres de centaines de prolétaires du textile au Bengladesh à la suite de l’éboulement de leur lieu de travail, n’ont donné lieu qu’à la revendication d’un meilleur contrôle des conditions de travail, à quelques confrontations de rue avec la police des patrons tiersmondistes (du Sud pardon) mais aucunement à poser la nécessité de renverser le capitalisme[3].
En France, le spectacle de la grève minoritaire et ultra longuette des ouvriers de PSA, comme celles de Florange, de Goodyear, n’ont abouti qu’à la désespérance pour ceux de Michelin :
« Pas de zèle, mais pas de blocages: ici, l’exemple de la grève dure des ouvriers de PSA Aulnay ne fait guère d’émules. Pour les syndicats, c’est même un anti-modèle: «Ça ne servirait à rien, estime Jérôme, du syndicat majoritaire Sud. Quand tu sais que l’outil de travail va fermer, tu négocies les conditions de départ et puis c’est tout. Moi je viens de l’usine de Poitiers, qui a fermé en 2006. Là-bas, ils l’ont tenté, le bras de fer. Résultat: zéro, ça s’est encore plus mal passé que prévu» (cf. Libé du 13 juin).
Le « tous ensemble », vieux mot d’ordre canaille de la syndicratie –évoqué par la fraction puriste et naïve – s’apprête à être le nouveau subterfuge pour mieux faire passer la pilule pour la nouvelle attaque sur les retraites. Pour reprendre le bon mot de l’anar girouette Onfray, souteneur de la gauche électorale et mélenchoniennse – « Hollande c’est Sarkozy sans les piles » – la gauche bourgeoise au pouvoir va encore jouer des privilèges de l’aristocratie ouvrière. Les régimes spéciaux seront maintenus, comme du temps de l’excité Sarkozy, non de gré mais parce que des corporations comme la SNCF et l’EDF (pseudo d’ERDF) peuvent tout paralyser non en solidarité avec le privé (ou la généralisation révolutionnaire des luttes) mais pour le maintien des avantages corporatifs des concernés. La fantasmatique et théâtrale lutte syndicale va se mettre en branle avec ses cortèges nombreux de retraités privilégiés et d’affidés municipaux avec le soutien remuant des gauchistes et des maximalistes suivistes. Et nos naïfs amis proclameront que « la classe relève le défi ». Pas besoin de clown comme Beppe Grillo en France, la clownerie est syndicale et l’amnésie la règle. Foin de tout espoir de retour de la droite caviar et amie des escrocs Tapie et Cahuzac, la médiamétrie et son infographie pavoisent ici et maintenant:
« Près de 40% des Français ont vu leur motivation au travail chuter en 2013, selon le baromètre Edenred-Ipsos. Ils sont plus déprimés que les Italiens ou les Espagnols, pourtant plus touchés par le chômage. En cause, un manque de reconnaissance et une frustration salariale. Les Français vont au bureau à reculons. Près de 40% d'entre eux ont vu leur motivation au travail diminuer cette année, selon le baromètre annuel Edenred-Ipsos. Ils sont donc plus démoralisés que leurs voisins italiens (35%) et espagnols (32%), pourtant plus frappés par le chômage, et nettement plus démotivés que les Allemands (22%), les Belges (27%) et les Britanniques (27%). Cette baisse de moral s'explique surtout par un pessimisme quant à leurs possibilités d'évolution, une frustration vis-à-vis de leur rémunération et le sentiment que leur travail n'est pas reconnu au sein de l'entreprise. Des insatisfactions d'autant plus mal vécues que les salariés français ont un «niveau d'affect non négligeable, notamment un sentiment d'implication, dans le travail», note l'étude. Ce qui n'est pas le cas des Britanniques, «plus opportunistes», qui se montrent «relativement plus distants à l'égard de leur travail», ou des Allemands et des Belges qui, en évoluant «dans un environnement plus contractuel», nourrissent également moins d'attentes vis-à-vis de leur hiérarchie ».
On est peu de chose face à la propagandastaffel bourgeoise. On est peu de chose tant que le prolétariat est ainsi clivé en corporations et que la politique de tout prolétaire est réduite à celle de l’autruche. Il faudra d’autres événements bien plus graves pour qu’une explosion révolutionnaire puisse avoir lieu. Un chambardement qui restitue la véritable solidarité prolétarienne et son projet historique de renversement du capitalisme. Certainement pas les désastres écologiques, certainement pas la « baisse du pouvoir d’achat », certainement pas les « licenciements boursiers » mais, une nouvelle fois, la guerre généralisée – résumé de a solution à la misère généralisée, au chômage massif et à la destruction des humains - preuve que le capitalisme aux abois ne peut que détruire l’humanité.  Alors les prolétaires, suivis par les couches intermédiaires flouées, auront le choix entre le « parti pris » pour la révolution ou la soumission à l’anéantissement. Il ne suffit pas d’appeler de façon grandiloquente à la révolution « internationalisée » mais d’être à la hauteur pour déterminer les causes qui la rendent impossible pour le moment.


[1] Le pic de la catastrophe imminente et des moyens de ne pas la conjurer est atteint en Syrie où les massacres obscurs et réels n’en finissent pas de mettre en scène une « communauté internationale » affligeante de feinte impuissance à régler le conflit planétaire sous-jacent entre grandes puissances sous prétexte « d’équilibre régional » face aux obscurs « insurgés islamistes » et au « boucher Assad ».
[2] Rappelons ici qu’en mai 68 en France l’extinction des émissions de la télé d’Etat avait été vécue comme un miracle favorisant l’éclosion de l’esprit critique.
[3] Juste à une culpabilisation des « consommateurs » occidentaux !

jeudi 13 juin 2013

LES INVENTIONS OCCIDENTALISTES D’ARTE




Après sa série sur la « science arabe » (apologie moderne du scientisme musulman), Arte récidive avec « L'invention de l'Occident » un autre aspect de sa propargandastaffel, l’accouplement Jérusalem-Athènes et La Bible[1] d’Alexandrie, comme séries confirmant la validité de cet autre monothéisme pour la fondation de l’Europe moderne (démocratiquement bourgeoise), le judaïsme, nouveau supplétif à l’ex-interprétation nazie honnie et malséante Outre-Rhin, (voire entre les lignes gréco-nazie ?).
Résumé épisode 1 : « Le dialogue entre les cultures grecque et juive est à l'origine des valeurs occidentales, qui ont engendré des idées comme les droits de l'Homme ».
Résumé épisode 2 : La «Bible d'Alexandrie» est la première traduction en grec de la Torah, à l'intention des juifs d'Alexandrie, trois siècles avant la naissance du Christ. 

« Les valeurs occidentales prennent leur source au confluent des cultures grecque et juive. Le dialogue entre ces deux civilisations a engendré des idées comme les droits de l'Homme ou l'économie de marché. Des récits monumentaux, la Tora et «L'Iliade» et «L'Odyssée», au-delà de leurs singularités, expriment la prééminence de la liberté parmi toutes les valeurs humaines. La première partie de ce documentaire montre que cet idéal commun s'est élaboré plus tôt qu'on ne le pense, bien en amont de la fondation d'Alexandrie, haut lieu de la fusion judéo-grecque, ou même de l'apogée d'Athènes : au moment où la légende fait de la sortie des juifs d'Egypte un événement contemporain du voyage des Grecs vers la ville de Troie. La sortie d'Egypte débouche sur la libération d'un peuple, et par là de tous les peuples ». Le scénario est tout tracé.

L’héroïne de la nouvelle série confondante d’Arte est la Septante qui est une version du Tanakh (Bible hébraïque) en langue grecque. Selon une tradition rapportée dans la Lettre d'Aristée (IIe siècle av. J.-C.), la traduction de la Torah aurait été réalisée par 72 (septante-deux) traducteurs à Alexandrie, vers 270 av. J.-C., à la demande de Ptolémée II.
Par extension, on appelle Septante la version grecque ancienne de la totalité des Écritures bibliques (l'Ancien Testament ). Le judaïsme n'a pas adopté la Septante, restant accroché par sectarisme antique au texte hébreu et à des traductions grecques ou araméennes (Targoum) plus proches dudit texte. Très vite après la fondation d'Alexandrie par Alexandre le Grand en -331, la diaspora juive s'y développe fortement, en particulier autour du Palais royal ; à tel point que deux des cinq quartiers de la cité sont réservés aux « descendants d'Abraham ». Les Juifs continuent à y parler la langue hébraïque et à étudier les textes de l'Ancien Testament. Le culte synagogal est public et les intellectuels grecs se montrent curieux des « sagesses barbares ». Selon la lettre d'Aristée (IIe siècle av. J.-C.), la Septante serait due à l'initiative du fondateur de la Bibliothèque d'Alexandrie, Démétrios de Phalère, ancien oligarque d'Athènes. Vers 270 av. J-C., celui-ci aurait en effet suggéré à Ptolémée II (au pharaon selon Aristée) d'ordonner la traduction en grec de tous les livres israélites, textes sacrés et narrations profanes. Le Lagide, Ptolémée II, souverain hellénistique le plus cultivé de son temps, apparaît également soucieux de connaître les règles des divers peuples qui lui sont assujettis dans le cadre d'une réorganisation de son royaume.
Les traducteurs juifs au nombre de 72 (six de chacune des douze tribus d'Israël) sont chargés de ce travail qui, en leur honneur, porte le nom de Version des Septante. La tradition prétend que le souverain sacrificateur de Jérusalem, Éléazar, n'accède à la demande de Ptolémée II qu'à une condition : l'affranchissement des Juifs de Judée, que Ptolémée Ier a fait prisonniers et réduits à l'esclavage en Égypte. Une tradition postérieure veut que ces 72 érudits aient tous traduit séparément l'intégralité du texte, et qu'au moment de comparer leurs travaux, on se serait aperçu avec émerveillement que les 72 traductions étaient toutes identiques. Dans son récit Flavius Josèphe arrondit le nombre de traducteurs à 70, chiffre divin hébraïque, d'où le nom retenu par la postérité. Nombre de juifs qui ont migré en Égypte ne connaissent plus l'hébreu et souhaitent lire leurs textes sacrés dans leur langue quotidienne, l'araméen. Seul le grec peut être une langue sacrée à côté de l'hébreu, tant est grand le prestige des philosophies et sciences grecques. La Septante, dite « traduction inspirée » fut surtout un élément de sauvegarde, mais aussi d'évolution, de l'identité juive dans la culture grecque. Ce double aspect est mis en évidence par la célèbre allusion du Talmud :
« On raconte que cinq anciens traduisirent la Torah en grec pour le roi Ptolémée, et ce jour fut aussi grave pour Israël que le jour du veau d’or, car la Torah ne pouvait être traduite convenablement (tout comme le coran). On raconte également que le roi Ptolémée rassembla 72 anciens, il les plaça dans 72 maisons, sans leur révéler l’objet de ce rassemblement. Il vint voir chacun et leur dit : “Écrivez-moi la Torah de Moïse votre maître”. L’Omniprésent inspira chacun, et ils traduisirent de la même manière. » Ce n'est qu'au IIe siècle de l'ère chrétienne, après l'extermination des communautés juives d'Égypte et de Cyrénaïque par Hadrien, que la Bible en grec est devenue exclusivement celle des chrétiens. Auparavant, cette traduction répondait aux besoins du peuple juif en diaspora autour du bassin méditerranéen, dont une communauté particulièrement hellénisée et intellectuelle, celle d'Alexandrie.
Venons-en à l’émission pour téléspectateurs insomniaques et cultivés. Des spécialistes savants philosémites en général, profs de Talmud et de religion juive se succèdent à l’écran pour comparer hardiment l’Odyssée et la Bible. La traduction de la Bible en grec serait contemporaine de la rédaction de l’Odyssée par Homère. Homère et Moïse sont donc des figures parallèles qui ont retranscrits les traditions orales. Longtemps le christianisme a dissocié les deux traditions or il faut donc agréer au must d’Artepropaganda, une modernité judéo-grecque et non plus judéo-chrétienne obsolescente. Les textes ont des contenus communs. Dans la Bible ne trouve-t-on pas les fondamentaux de la condition humaine (engendrement, traîtrise, etc.) ? La Bible donne une version du salut (ce qui est déjà marxiste n’est-ce pas ?). Dans l’Iliade et l’Odyssée, les héros se battent contre des dieux. L’homme y est vu comme cherchant coûte que coûte sa liberté. L’Illiade est la Bible des Grecs, mais pas un texte religieux (et toc !). C’est une série de poèmes, manuel de savoir-vivre. Mais les héros d’Homère viennent d’Orient. On est à la charnière de deux mondes. Homère relie l’Orient à l’Occident, c’est donc déjà un européen élargi. La Bible va dans le même sens à une époque où l’Occident n’existait pas encore (elle a dû influencer Jean Monnet !). L’ouverture de la Mer rouge marque les esprits dans une route imaginaire que Moïse traverse à pieds secs. Les marins grecs, ces pillards des poissons des autres, se dirigent vers l’Orient. Deux destins quittent l’Occident (qui n’existe pourtant pas !?) pour l’Orient. Deux événements fondateurs sont du même ordre (religieux ?): la guerre de Troie et la sortie des juifs d’Egypte, qui « dessinent deux cultures ». Dans les deux cas se met en place l’identité de ces deux peuples ; ils vont « recevoir la loi ». La Bible est le retour vers la terre promise, le héros est en errance. Ulysse fait écho à Moïse en errant lors de son retour vers la terre originelle, retour toujours désastreux. Il s’agit toujours de la même histoire : le retour à soi, le retour à lui-même du héros par le retour au livre, retour aussi vers l’enfance (on est ému).
Sans s’en douter, Homère et Moïse se sont livrés à un « retour à notre cartographie intérieure ». Ils forgent notre inconscient de façon indélébile. Les images fortes de la Bible « forgent » notre inconscient à jamais. L’Occident s’est « forgé » dans ce ciment judéo-grec. La Bible n’apparaitra pas étrangère aux Grecs[2]. Juifs et grecs racontent la même histoire avec la figure de la femme fatale aux hommes (soit !). Le mot Babel résume bien l’unité brisée du monde, le risque de la fin du monde. On a voulu séparer la Grèce du Proche-Orient, mais sur l’Olympe et le Sinaï on parle la même langue ( ?). La mémoire de Moïse a été maintenue par les grecs depuis le 6ème siècle sur le mont Athos (Arte bondit d’un siècle à l’autre sans souci de chronologie, astuce typique du propagandisme bourgeois). Les dieux grecs sont combattus quand pour les juifs, dieu est la loi. Chez Homère pas de commandements de la loi, les héros grecs sont justes jugés par les dieux. Les dieux expriment la loi comme dans le registre oriental en Mésopotamie (clin d’œil pour les travailleurs turcs). La Grèce appartient alors à l’Orient (CQFD). Beaucoup a été emprunté à Minos roi divin de Crète. L’image chez Homère est similaire à celle de la Bible, Minos se retire sur la montagne et en redescend avec la loi. La Crète a joué un rôle important dans la loi grecque ; Minos fut considéré comme le Moïse des grecs, figure de grand législateur. La légende de Moïse a réussi à s’enraciner jusqu’à nos jours comme en témoignent les rouleaux (imprimerie antique). Dans le monde grec il n’y a aucun texte physique, pas de code de loi entier (les grecs ont toujours été un peu anars !).
Les grecs ont inventé la liberté, la politique, la liberté. Soit. Mais « le » politique n’est pas « le » même chose que « le » religion. A Jérusalem c’est le temple qui protège la loi. Les juifs ont bâti LEUR cité. Athènes par contre voulait être la cité qui régissait toutes les cités et la loi (Nomos = la loi humaine). Cette démarche est commune aux juifs pour qui, traditionnellement la loi ne peut venir que de dieu (ah bon !); ils brisent la loi et les idoles pour créer de nouvelles tables de loi. Leurs commentaires sont incessants, leur relecture continue. Ils ne veulent pas lire mais relire. Ils ne veulent pas aimer mais aimer à nouveau. A Athènes les législateurs se mettent en quête de l’unification de la loi (cf. les lois de Solon). Comme la loi de Moïse, le décalogue de Solon prône l’égalité sociale et la démocratie (Nettanyaou aussi). Un savant émet un rictus pour le cratos de démocratos, qui s’adresse au peuple vulgaire, qui signifie démocratie directe…(cette horrible chose). Pour les juifs l’apprentissage du bien commun passe par la théorie (pas par la pratique ?). Socrate n’a-t-il pas cessé d’argumenter à la manière des exégètes juifs ? Platon faisait de Sparte le régime idéal (gouvernement d’une assemblée de sages) ; Platon se rapprochait donc du modèle juif des sanhédrins. Moïse en Egypte fait une description comparable au régime de Sparte. Pour l’invention de la loi les grecs font valoir la raison humaine, certes. Mais Xénophane et Héraclite critiquent l’anthropomorphisme d’Homère. Xénophane formule le mieux le monothéisme grec, proche de la conception hébraïque de « l’innommé ». Apprenez-le ignares spectateurs, c’est en Asie Mineure qu’est née la philosophie et si la Bible n’existe pas encore ses idées circulent (cf. reportage sur D8, 30 ans av JC)[3]. L’idée de dieu unique omniprésent est un pas vers l’unification. Plus proches de Babylone des philosophes comme Héraclite étaient itinérants. Platon aurait cotoyé des juifs en Egypte. Platon reconnait que le monde a besoin d’un être supérieur mais il ne l’admet pas. Platon va dans un sens analogue au texte biblique. Trois siècles avant Platon, Phitagoras avait envisagé un dieu des chiffres. Cette idée que dieu est à l’image de l’homme conditionne la découverte des droits de l’homme (et la soumission au droit de vote truqué).
Avant Alexandrie il y a eu sûrement des contacts mais pas de traces écrites. Les grecs avaient entendu parler le Moïse (et de Johnny Hallyday). Selon Théophraste les juifs étaient par définition un peuple de philosophes (le travail c’est la santé). Les philosophes juifs sont très proches du jeune Aristote. Or Aristote a voyagé en Orient. Juifs et grecs se sont croisés mais cela est occulté par l’histoire, cette rencontre est pourtant le germe de l’Occident moderne (et européen).
Dans le deuxième volet patronné par Jacques Attali on est plongé au 6e siècle dans le désert du Sinaï. On a soif tout à coup. Un monastère grec en terre biblique y trône, les moines de Sainte Catherine (des types qui ne supportent pas la vue d’une femme). On saute ensuite au 3e siècle av JC à l’époque de la création d’Alexandrie par Alexandre le Grand. Alexandrie sera le trait d’union entre les grecs et le monde oriental (le volet précédent nous assurait pourtant que les grecs faisaient partie du monde oriental, quand l’Occident n’existait pas…). Les juifs accourent à Alexandrie et découvrent, émerveillés, la culture grecque, rêve de la cité idéale. Alexandrie c’est New York, nous assure une prof de judaïsme newyorkaise : « on s’en prend plein la vue » ! Une partie de la communauté juive adhère à l’hellénisme new look. Pour comprendre les peuples il faut traduire leurs textes (CQFD). C’est à Alexandrie que sera traduite en grec la Bible, à la demande de Démétrios, traduction qui servira de modèle au monde entier pendant des siècles et des siècles. Le but de la traduction est contesté. Il semble plus probable qu’elle ait intéressé une communauté juive dont beaucoup ne parlaient plus l’hébreu car les grecs s’en fichèrent initialement. Et les romains aussi. Pour les juifs la culture grecque était arrogante, un sordide helliocentrisme. Au même moment les savants grecs, ces barbares, ne se préoccupaient pas de la Bible. Euclide mettait au point ses principes, en médecine on découvrait l’anatomie, l’astronomie, la mécanique moderne. « On » a accusé les philosophes grecs d’avoir volé les idées de la Bible, le monothéisme en premier lieu. « On » voit bien que Platon s’est inspiré de la loi de Moïse et que tous les autres y ont pris beaucoup. Un professeur juif de Talmud assure que les grecs ont transformé la Bible en philosophie platonicienne (merci la bible). Philon[4], qui connaissait bien tous les philosophes grecs, disait qu’ils s’étaient tous servi de la Bible. La sagesse grecque remontait sans nul doute à l’inspiration hébraïque. Le prof de Talmud ramène sa fraise pour affirmer qu’il a « quelque chose de très mauvais dans la culture grecque », mais on ne saura pas quoi. Est-ce le fait de croire que le monde est tout noir ou tout blanc comme le dit un autre ? Et qu’il ne faut pas opposer le monothéisme juif au polythéisme grec ? Les juifs seraient les seuls inventeurs du monothéisme ! Oublié Bouddha ? La science grecque serait impossible sans le monothéisme juif : « intellectuellement les grecs vont se reconnaître dans les juifs » (les a-t-on interviewés à l’époque ?). La sagesse d’Israël débouche sur la science de la cause première ![5] Le prof bigot du Talmud réapparaît : « Platon était monothéiste mais pour l’adoration de plusieurs dieux ( ?) et en rajoute a-historiquement: « des aspects de la culture occidentale sont dangereux. Etre juif c’est faire partie du monde en étant séparé » ( !?).
Le christianisme va convertir les populations méditerranéennes mais il n’est en rien une synthèse judéo-grecque. Pour un autre, le christianisme est une hellénisation extrême du judaïsme. Les juifs vont ensuite rejeter la traduction grecque comme infamie, acte d’idolâtrie (parce que la traduction échappe à la logique de secte) : «  se repliant sur eux-mêmes les juifs renient toute influence grecque », car le Talmud n’est pas prosélyte et que les grecs sont « un miroir repoussant ». Le mouvement rabbinique va créer ensuite le Talmud, sa bible intra-muros.
Pour la petite histoire du manuscrit le Codex, compil bible initiale traduite en grec et atterri à Saint Petersbourg, Staline le revend très cher à la reine d’Angleterre en 1933. Conclusion d’Arte : « Cette Bible a été l’esprit fondateur des monarchies européennes. Elle forgera l’Europe d’où naîtra la démocratie européenne ».

Comme je l’avais déjà souligné dans un message blog précédent[6], on ne peut pas ressentir comme un malaise devant cette compilation historico-spéculative comparée, idéaliste et totalement inféodée à l’idéologie religieuse immémoriale. L’histoire du monde est trafiquée de manière non matérialiste en éliminant des pans entiers de son déroulement, guerres et apports des autres peuples et des autres religions, l’histoire des classes sociales, la trajectoire d’un Spartacus de trente ans antérieure à JC, etc. Jamais la religion juive magnifiée outre mesure en l’occurrence n’est passée au crible de la critique, jamais n’est rappelé le rôle universel et progressif du christianisme. On est bien au cœur de l’idéologie confusionniste germano-américaine d’une histoire du monde revisitée avec les bésicles des pires superstitions religieuses. Ce judéocentrisme au service de l’eurocentrisme capitaliste non seulement maquille le combat des tenants du progrès scientifique contre les diverses formes de l’obscurantisme religieux mais ramène toute l’évolution sociale et politique à l’impasse du monothéisme. Avec cette prétention à réduire l’histoire de l’humanité à l’histoire des religions.




[1] La Bible est un ensemble de textes considérés comme sacrés par le judaïsme et le christianisme. Différents groupes religieux incluent différents livres dans leurs canons, dans un ordre différent, et parfois combinent ou divisent certains livres, ou incorporent du matériel additionnel dans les livres canoniques. Les Bibles chrétiennes comprennent entre 66 livres - pour le canon protestant - et 81 livres - pour le canon orthodoxe éthiopien. Le canon protestant réunit l'Ancien Testament, constitué de la Bible hébraïque, et le Nouveau Testament. La Bible hébraïque se nomme TaNaKh, acronyme formé à partir des titres de ses trois parties constituantes : la Torah (la Loi), les Neviim (les prophètes) et les Ketouvim (les autres écrits).  La version, dite des Septante fut traduite en grec ancien à Alexandrie. Les chrétiens nomment Ancien Testament la partie qui reprend le Tanakh et d'autres textes antiques non repris par la tradition juive. La Bible chrétienne contient en outre un Nouveau Testament qui regroupe les écrits relatifs à Jésus-Christ et à ses disciples. Il s'agit des quatre Évangiles, des Actes des Apôtres, des Épîtres et de l'Apocalypse. La Bible rassemble une collection d’écrits très variés (récits des origines, textes législatifs, récits historiques, textes sapientiaux, prophétiques, poétiques, hagiographies, épîtres) dont la rédaction s’est échelonnée sur plusieurs siècles (VIIIe siècle av. J.-C. - IIe siècle). Les versions connues aujourd'hui, comme le Codex Sinaiticus pour le Nouveau Testament, sont notablement plus tardives que la période supposée de rédaction. Cela laisse un immense champ d'exploration aux exégètes et aux historiens et pose en termes aigus la question d'un recours littéral au texte.



[2] Ce qui est faux initialement puisqu’ils ne s’intéresseront pas à sa traduction, comme on nous le dira plus loin…
[3] On reste dans la confusion télévisuelle, quelles sont ces idées qui circulent, celles des grecs influençant la Bible ou les idées orales de la future Bible qui influenceront les grecs ?
[4] Philon d’Alexandrie (vers 12 a.C. – vers 54 d.C.) est un philosophe juif hellénisé né à Alexandrie. Le seul événement dont la date est sûre est d'ailleurs cette participation à l'ambassade que les Juifs d'Alexandrie envoyèrent à l'Empereur Caligula en l'an 40 pour demander sa protection à la suite des émeutes antijuives, dont ils avaient été victimes de la part des Grecs. Son âge à cette époque, de 50 à 70 ans, est incertain. Eusèbe de Césarée le cite abondamment dans son Histoire ecclésiastique sections XVIII et XIX dans laquelle il décrit la vie des thérapeutes d'Alexandrie. Pour ce philosophe, l’homme ne peut saisir l’essence de Dieu ni par le sens ni par l’intelligence. La terre n’appartient pas à l’homme. Le dialogue entre Dieu et l’homme que présuppose la Loi révélée est opaque et sourd, comme celui du maître et de l’esclave. De plus, renversant la célèbre maxime de Socrate, Philon affirme que l’homme ne se connaît même pas lui-même. Sa théorie est une sorte de synthèse autour des termes employés par la Bible traduite en grec  pour parler de Dieu, de la création et de la prophétie. Il alliait la terminologie de la Bible à la mystique de Platon et au mystérisme de l’Orient.

[5] Les idéologues au service d’Arte font donc une nouvelle fois découler la démarche scientifique d’une religion mosaïque, comme ils l’avaient prétendu pour la religion musulmane !
[6] Suite de l’apologie du scientisme musulman : Les délires de l’obscurantisme boche de l’Orient à l’Occident.