"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 4 mars 2022

CRISE DE LA GUERRE (suite 6)

 


POURQUOI TOUTES LES CONDITIONS SONT REUNIES POUR LA DER DES DER (la troisième) ?

« Une voiture ukrainienne croise des tanks russes à l’arrêt. Le conducteur stoppe sa guimbarde et, par la fenêtre, demande aux soldats ce qu’il se passe. «Plus d’essence», répondent, un rien honteux, les ankistes. «Vous voulez que je vous ramène en Russie?» leur lance l’Ukrainien. Une seconde de silence, puis un éclat de rire général » (blague ukrainienne).

LE PROLETARIAT RUSSE EST LACHE ET SOUMIS

J'ai déjà fourni deux explications : terreur intérieure et pérennité du nationalisme stalinien. Mais cette lâcheté est relative et pas destinée à durer1. On peut en ajouter un troisième, l'engagement des braves soldats du pays pour défendre les populations russophones de l'Est de l'Ukraine :

« Sur place, les petits noyaux de contestation s'agrandissent de jour en jour, en témoignent les arrestations. Dans les faits, les Russes ne s'attendaient pas à une attaque massive contre son voisin ukrainien, mais à des opérations ciblées sur l'Est du pays pour venir en aide aux populations russophones.

"L’espace informationnel russe est de plus en plus en vase clos. Ce ne sont pas les mêmes informations qu’en Europe, c’est beaucoup plus opaque et le conflit se concentre sur l’Est de l’Ukraine, ils n’ont pas les mêmes images", confirme Lukas Aubin ».
Le peuple russe est encore plus lâche que le peuple allemand en 39-45, au moins pouvait-on considérer que celui-ci avait vu son prolétariat décapité après 1919 et était excusable de subir la terreur hitlérienne. Il y a une autre raison à cette impuissance que j'évoquerai par après, et qui renvoie à la crise de la guerre et comment la bourgeoisie a innové pour l'encadrer. Son armée ne fait pas dans la dentelle, on tue des civils systématiquement et on tire aussi sur les centrales nucléaires, après avoir reproché au camp occidental de vouloir une guerre nucléaire! Or jouer à renouveler un nouveau Tchernobyl équivaudrait à un suicide de la soldatesque russe, elle-même. Que ces tarés en kaki en crèvent tant mieux, mais sans nous !
La soldatesque en réalité ne dispose pas spécialement d'un matériel modernisé, comme l'affirment nos pitres généraux sur les plateaux télé, mais encore des vieilleries nommées « orgues de Staline » qui tirent dans tous les sens, manquent la cible envisagée (usines, hôpitaux!) et tuent les cibles collatérales, c'est à dire les civils ; c'est pourquoi, les ukrainiens connaissant bien cet armement minable, fuient en masse ; et ce dépeuplement massif retourne le monde entier contre les saloperies ininterrompues du criminel de guerre du Kremlin.
Une interprétation militaire (pro-occidentale) veut que la Syrie servi de terrain d’entraînement à l’armée russe, et que l'Occident a fait preuve de faiblesse2. Des armes nouvelles y auraient été testées. "Plus de 300", se vantait même en juillet dernier le ministre russe de la défense : drones, missiles anti-char, missiles sol-air, avions de combats, équipements de vision nocturne, etc. 60 000 militaires russes y sont passés ces dernières années, pour acquérir de l’expérience de terrain. Et puis c’est en Syrie encore que la Russie a développé le recours à des forces armées clandestines – les mercenaires de Wagner, qui débutent en Syrie, se développent en Afrique, reviennent aujourd’hui en Ukraine. "De Damas à Kiev, c’est la méthode Poutine", résume un journal libanais. Pourquoi la Russie a-t-elle dû décamper en Afghanistan, pas seulement à cause d'un arsenal vieillot ?
Cela va nous permettre de démolir l'interprétation militaire. Le camp occidental n'a en effet rien fait pour punir la Russie qui utilisa armes chimiques, des millions de mines antipersonnel, et pratiqua sans vergogne la tabula rasa. Les généraux russes arguèrent déjà moderniser leurs matériels (dont l'emploi des hélicoptères Mil Mi-24 Hind à partir du milieu de la guerre qui fera (provisoirement) pencher la balance côté soviétique jusqu'à l'arrivée des FIM-92 Stinger, aussi efficaces aujourd'hui en Ukraine) adoptant également une certaine autonomie au sein des unités, ce qui permettait toutes les exactions. Mais l'armada russe allait vers une défaite inéluctable, d'abord sur le terrain après avoir mis en place une présumée « armée gouvernementale afghane » de 302 000 hommes, mais chaque année après 1986, 32 000 soldats désertaient, et surtout vu le coût économique de la guerre. Enfin c'est la colère montant en Russie, avec le retour des milliers de cercueil, qui oblige Gorbatchev (pas débile comme Poutine) à retirer la soldatesque. Cette défaite russe ouvre la boite de pandore de l'islamisme...
DES EXPLICATIONS COMPLEMENTAIRES ET VICIEUSES...
Venant probablement d'un des réseaux de la gauche bourgeoise pacifiste, la Syrie sert aussi à une autre interprétation (dans la catégorie antiraciste) : les européens accueillent volontiers les « migrants » ukrainiens (vaccinés et blancs) alors que les syriens étaient refoulés. D'abord ce n'est pas vrai, ils ont été accueilli en nombre, en particulier par l'Allemagne, ensuite ce n'est pas la même civilisation, ce genre de réfugiés est le vecteur d'un islam politique impérialiste ; si l'islam n'était qu'une simple religion... Ensuite les ukrainiens sont des voisins. Pourquoi les syriens voisins de l'Egypte et de l'Algérie n'ont-ils pas été se réfugier chez leurs voisins ?

Le pitre Jean-Pierre Le Goff fait partie de ces sociologues confus qui considèrent que la guerre en Ukraine « constitue un coup de massue qui marque la fin d’une époque et, j’espère, de ses illusions »3. D'abord, les guerres n'avaient pas cessé avant, la seule différence est qu'elles se sont rapprochées. Nullement une nouvelle époque (à moins qu'il ne nous appelle lui aussi à la défense patriotique dans un cadre « mondialiste » et pas internationaliste. Mais il fait partie aussi de cette ribambelle de penseurs à la noix qui considèrent que le djihadisme passe à la poubelle. Faux c'est la même chose islamisme et néo-stalinisme. Poutine a été programmé pour penser en nationaliste totalitaire et ne saurait être un rempart contre l’islamisme et le multiculturalisme puisque s’ils n’emploient pas les mêmes moyens. Leurs objectifs sont voisins les islamistes ayant été élevés dans la haine de l’Occident et rêvent de détruire laïcité et mode de vie sans contraintes au quotidien. Le fractionnement des Nations pour obtenir par la menace et la violence leur soumission à leurs croyances et à leur pouvoir en font des copies conformes .

Le soutien militaire russe avait permis au dirigeant syrien fantoche de se maintenir au pouvoir au terme d’une guerre sans pitié contre la rébellion. La Russie était intervenue en Syrie, pays sans prolétariat organisé et limité par la pensée islamique, pour tenir à bout de bras un régime dit allié, alors qu’en Ukraine elle intervient pour restaurer son empire disparu dans une guerre forcément transparente dans une Europe où on n'est pas habitué aux exactions guerrières su proches.

Un prolétariat désarmé par la nouvelle tactique bourgeoise

A un peu plus de deux heures de route commence l’Ukraine en guerre, où 120 000 militaires russes affrontent 90 000 ukrainiens, selon les chiffres de l’Etat-Major français. C'est très près de nous qui croyions il y a peu que nous ne risquions rien, vu les conflits impérialistes éloignés. L'horreur, les destructions, les meurtres de civils et en particulier d'enfants sont le fait du criminel de guerre Poutine.

Contrairement à l'inaction du camp occidental en Syrie, la bourgeoisie européenne, même avec l'inaction de la bourgeoisie américaine, a réagi fermement, étonnant même le criminel de guerre Poutine. En décidant de sanctions économiques à l'échelle mondiale - du jamais vu, même si des relations commerciales vitales sont maintenues comme dans toutes les guerres hypocrites4 (gaz et pétrole pour l'Allemagne) – la bourgeoisie européenne désarme le prolétariat. Pourquoi me direz-vous avec vos yeux étonnés de marxistes ringards ? Parce qu'elle ôte ainsi la principale arme du prolétariat en temps de guerre : la sanction économique par la grève totale, généralisée ou générale si vous voulez. C'est comme cela que le prolétariat italien en 1943 a préparé la chute de Mussolini ! Ce sont les grèves en Russie en 1918 qui donnent corps au slogan si peu révolutionnaire pourtant « la paix et le pain ».

Ce désarmement idéologique explique que, paradoxalement d'une part, il serve à accroître le nationalisme des ouvriers russes – qui vont être privés de denrées alimentaires plus hausse des prix – et que d'autre part les ouvriers des pays industrialisés restent tétanisés par ce mensonge pacifiste, alors que notre hypocrite bourgeoisie prétend ainsi ne pas être belliciste. Si qu'elle est belliciste avec ces mesures, si qu'elle est belliciste en refilant des armes au nationalisme ukrainien. Si que les prolétaires ukrainiens ne pouvaient rien faire, comme nous en 40, face à une guerre éclair !

LE PACIFISME EST SURTOUT UNE ARME BOURGEOISE CONTRE LE PROLETARIAT

Le pacifisme prétend à une union des classes protestant contre la guerre sur un plan humanitaire qui est violé partout. Il réussit en générale à dissoudre les prolétariats dans ses pleurnicheries démocratiques bourgeoises et accompagne en définitive, les mains liées du prolétariat, jusqu'au dénouement militaire et fratricide. Extrême gauche et extrême droite pétainiste-poutinienne s'affichent résolus défenseurs de la carte pacifiste, de Mélenchon au NPA qui soutient « les forces sociales et politiques qui, en Ukraine, se battent à la fois contre le mépris poutinien du droit à l’autodétermination, contre la privatisation de leur pays par des oligarques et contre leur régime antidémocratique », aux côtés donc des nationalistes ukrainiens. Ces trotskiens sont aussi lamentables que leurs pères en 1940.

Lutte Ouvrière est moins lamentable que les trotskistes wokistes, avec un discours en apparence de l'ordre de l'internationalisme classqiue :

« Biden, Macron et leurs semblables voudraient nous embrigader. Il faut refuser l’union sacrée derrière eux. Cette guerre n’est pas la nôtre ! (…) Comme le proclamait Jaurès avant la Première Guerre mondiale : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». C’est toujours vrai et c’est pour cela qu’il faut le renverser ! ».

Mot d'ordre généraliste mais creux, sans prolétariat reconnu et agissant. Le CCI, du milieu maximaliste ne peut pas dire autre chose et c'est bien dommage. Mais l'absence de véritables groupes révolutionnaires sérieux, constatables avant chaque guerre mondiale, renvoie à l'inexistence actuelle du prolétariat. Et, à la place de la bourgeoisie, je ne me gênerai pas pour lancer la crise finale, vu l'inconscience du prolétariat russe et la niaiserie du prolétariat européen.



NOTES

1Dans ce genre de situation, inaction du prolétariat face aux massacres, on comprend que Rosa Luxemburg ait eu envie de se suicider, et qu'elle constata par après que le seul être humain n'était plus que l'agent de police au coin de la rue.

2« Comme si la Syrie avait servi de laboratoire à Vladimir Poutine pour tester sa politique d’expansion, pour tester ses moyens militaires, pour tester aussi sa marge de manœuvre face aux Occidentaux. "On retrouve la même rhétorique russe, les mêmes mensonges, la même propagande éhontée, estime Karim Bittar, comique chercheur en science politique. Vladimir Poutine ne fait que répliquer en Ukraine les stratégies, les techniques de guerre qu'il a utilisées en Syrie pendant des années. Les armes russes ont été testées en Syrie, ainsi que les limites de la patience occidentale." "Le fait que les Etats-Unis n'aient pas été en mesure de le faire reculer en Syrie a conduit Vladimir Poutine à penser qu'il pouvait envahir l'Ukraine sans susciter la levée de boucliers à laquelle il est confronté aujourd'hui ».

3Le Goff fait aussi écho aux explications psychologiques des journalistes et du CCI, l'irrationnalisme : « Le discours poutinien diffère des délires politico-religieux des islamistes et nous confronte à une autre forme de déraison. Il est marqué par le «mensonge déconcertant» issu du communisme totalitaire. L’énormité des propos et le renversement éhonté entre l’agresseur et l’agressé déstabilisent la raison et le sens du réel. C’est véritablement «le monde à l’envers» dans une idéologie et une propagande où ce qui est blanc est noir, où la guerre, c’est la paix, où l’agression est synonyme de libération des peuples. Pour des nouvelles générations qui n’ont pas connu le communisme et la guerre froide, cette logique est difficilement pensable ». Non le discours de Pouline n'est pas différent de celui des islamistes, ce sont les mêmes idéologies arriérées du capital en décomposition.

4La bourgeoisie américaine en 1940 continua à commercer avec l'Etat nazi en matière d'armement...

mercredi 2 mars 2022

CRISE DE LA GUERRE « TRADITIONNELLE » EPISODE 2

 


Dans les nouvelles formes d'entrée dans la guerre moderne, il existe toujours trois constantes historiques :

  • un prolétariat inerte, battu socialement ou pas réveillé politiquement ;

  • une désignation indiscutable de l'ennemi ;

  • une union nationale de tous les partis politiques bourgeois.

Pour lutter contre la guerre il existe toujours aussi trois constantes plus ou moins opérantes :

  • épuisement militaire d'un camp ;

  • un mouvement pacifiste mondial la plupart du temps figuratif

  • une insurrection révolutionnaire débouchant ou pas sur une révolution universelle.


RESUMONS AVEC « LIBERATION » LES PRELIMINAIRES DE LA GUERRE (où il apparaît en filigrane que l'agresseur n'est pas tout à fait l'agresseur)

Pourquoi la situation a-t-elle dégénéré en 2021 ?

« Pour la plupart des Ukrainiens, la menace d’une intervention russe plus large en Ukraine n’est donc que le dernier épisode d’une guerre inachevée de huit ans. Malgré la signature des accords de Minsk entre l’Ukraine et la Russie, sous le patronage de la France et de l’Allemagne, censés mener à une sortie du conflit, les combats ininterrompus dans le Donbass ont fait plus de 14 000 morts depuis 20141.

La situation s’est envenimée en novembre, lorsque Washington a demandé à Moscou des explications sur des mouvements de troupes «inhabituels» à la frontière ukrainienne. En avril, la Russie avait déjà massé des soldats près de l’Ukraine et en Crimée annexée, avant de retirer une grande partie de ses troupes.

La Russie accuse de son côté les Occidentaux de livrer des armes à Kiev et de mener des exercices militaires «provocants» dans la région (sic). Vladimir Poutine, souhaitant redéfinir l’architecture sécuritaire sur le continent européen, qu’il juge défavorable à la Russie, a exigé de la part de Washington des «garanties» écrites, dont l’assurance que l’Ukraine n’adhérera jamais à l’Otan – des demandes inacceptables pour les Occidentaux.

L’adhésion de l’Ukraine à l’Alliance atlantique représente depuis la fin de la guerre froide l’un des objectifs stratégiques du pays pour contrer l’influence de Moscou. En avril 2008, lors du sommet de Bucarest, tous les membres de l’Otan ont fait valoir à Kiev une perspective d’adhésion, sans annoncer de calendrier.

La crise de 2014 a marqué une accélération de la coopération entre l’Alliance atlantique et Kiev, sans toutefois apporter de réponses aux aspirations euro-atlantiques de l’Ukraine. En juin 2020, le pays est néanmoins devenu l’un des six pays partenaires «nouvelles opportunités» de l’Otan, augmentant un peu plus la collaboration entre Kiev et les membres de l’Otan. Samedi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réaffirmé son souhait que son pays rentre dans l’organisation, réclamant un calendrier d’adhésion «clair et réalisable» ».

OBSERVONS DU COTE DE LA BOURGOISIE MILITARISTE DES DEUX CAMPS

EN FRANCE :

On note que la plupart des médias bourgeois (forcément) dans le monde ne nous montrent pratiquement pas de cadavres, alors qu'on nous assure qu'ils se comptent par milliers2. Normal, historiquement on ne nous les montre qu'à la fin des guerres. Pourquoi ? Parce que en Russie comme en Occident il n'y a pas meilleure preuve qu'il nous faut marcher par millions contre leur guerre capitaliste ! Les sacs en plastique russes ne devraient pourtant pas tarder à faire parler d'eux.

On n'avait jamais vu autant de généraux venir parader sur les plateaux de télévision ; il est vrai qu'en 1914 et 1939 la télévision n'existait pas. Toutes les conditions seraient presque réunies : le prolétariat y est inerte, tant que l'implication dans la guerre reste indirecte il continuera à sommeiller ; il n'est en tout cas pas prêt du tout à risquer sa peau, non pour la patrie (cette vieillerie) ni pour une démocratie corrompue ; les zozos qui veulent rejouer la farce des brigades internationales en Espagne de jadis ne sont que des cons identitaires, qu'ils aillent se faire trouer la peau par les bandes armées de Poutine, on s'en tape3.

La propagande occidentalo-américaine a réussi pour l'heure à faire figurer une unité internationale en Europe en particulier en simplifiant à l'extrême, à la façon patriotique classique, le bien contre le mal, autrement dit la démocratie bourgeoise contre une dictature...bourgeoise.L'ensemble du personne politique bourgeois français a rallié l'unanimisme national qui suppose toutes les classes confondues dans un même objectif de guerre possible (cf. l'autocrate Macron et sa « confiance » en l'armée française, Lemaire et sa guerre économique, BHL et sa lâcheté militariste habituelle) ; malgré leurs ambiguïtés, les Zemmour et Méléchon ont réaffirmé leur « patriotisme ».

EN RUSSIE :

Le premier mensonge, déjà avancée par la propagande occidentale, a d'abord été de dire que tout était de la faute au fou « irrationnel » Poutine, autrement dit ce qui sert de subterfuge « psychologique » afin d'oublier les conséquences au long terme de l'effondrement du bloc russe ; la bourgeoisie française n'avait-elle pas espéré 1914, 40 ans après la perte de l'Alsace et de la Lorraine ?

Le deuxième mensonge, toujours en cours, est de prétendre que l'Otan n'intervient pas, alors qu'elle organise la livraison d'armes de puis plusieurs pays limitrophes européens, tout comme ils usent du prétexte humanitaire comme arme de guerre « psychologique » contre l'armée russe, par un accueil en fanfare des réfugiés « blancs » de souche ! (les noirs étant refoulés vers le territoire ukrainien).

Le troisième mensonge est de prétendre que la Russie est une « puissance pauvre » et que, dans la « nouvelle guerre » à dimension économique , comme l'a prétendu le ti jeune du gouvernement bourgeois Gabriel Attal : «l'objectif" des pays occidentaux : "Que le coût de la guerre soit tel que Vladimir Poutine soit contraint d'y renoncer ». Vantardise bien prétentieuse.

Bien avant cette guerre, dite pourtant « fratricide » on se satisfaisait de considérer que la Russie avait un PIB inférieur à l'Espagne (et le CCI aussi) ; une manière de plus d'humilier la Russie. Or ce jugement arbitraire et chauvin est faux.

PUISSANCE PAUVRE ?

Vérifions avec le Figaro :

Est-il vrai que le plus vaste État de la planète, qui veut être considéré comme une grande puissance, ne produit pas plus de richesses que Madrid ? Cette comparaison a-t-elle un sens ? Peut-on vraiment relativiser la puissance économique russe ? Si l'on en croit les chiffres de la Banque mondiale, le PIB espagnol s'élevait à 1281 milliards de dollars en 2020 et 1393 milliards de dollars en 2019. Pour la Russie, le PIB 2020 tournerait autour de 1483 milliards de dollars, contre 1687 milliards un an plus tôt, toujours selon la même source. Un peu plus de 200 milliards de dollars séparent ainsi Moscou de Madrid, mais les chiffres restent tout de même à l'avantage de la Russie ! Le PIB est insuffisant pour déterminer la richesse d'un pays. Le PIB en parité de pouvoir d'achat (PPA), qui permet de lisser les différences entre les niveaux de vie et faire des comparaisons qui aient du sens. Résultat, le PIB en PPA de l'Espagne atteint 1984 milliards de dollars, selon le FMI, tandis que celui de la Russie explose à 4450 milliards de dollars. Les deux pays ne jouent plus du tout dans la même cour.

Non seulement la richesse russe est bien plus importante que celle de l'Espagne, mais la nature de son économie lui donne aussi un pouvoir considérable à l'international. Le géant est notamment le premier exportateur mondial de gaz et le deuxième exportateur de pétrole. «L'Europe a fait une erreur stratégique en devenant progressivement dépendante du gaz russe», pointe Marc Touati, Président Fondateur du cabinet ACDEFI (Aux Commandes De l'Économie et de la Finance). Pour le gaz naturel, Moscou fournit 40% de la consommation annuelle du vieux continent.

Le blocage (privation) de la circulation des matières premières et du blé russe pourrait avoir un effet social boomerang, pas seulement en Russie, ridiculisant les blocages économiques européens :

« Moscou est un grenier à blé. Le pays est à l'origine de 10% de la production mondiale et 20% des exportations. De nombreux pays ont un besoin vital du blé russe pour nourrir leur population. C'est notamment le cas des pays arabes. En Tunisie, 60% des importations de blé viennent d'Ukraine et de Russie. L'Égypte est le premier importateur de blé au monde et le deuxième client de la Russie avec 3,5 millions de tonnes achetées jusqu'à mi-janvier, selon S&P Global. «Le printemps arabe est né de la flambée du cours du blé», rappelle Marc Touati. À terme, les freins aux exportations russes décidés par les Occidentaux pourraient être à l'origine de troubles majeurs dans ces pays si des pénuries ou des flambées de prix devaient arriver.

La faiblesse du manque de nouvelles technologies n'est pas dommageable pour l'heure car étalée dans le temps, elle pourrait être surmontée.

Dernier point qui sépare l'économie des deux pays et qui explique la différence de poids sur le plan politique et diplomatique : l'utilisation que font ces pays de leur argent. Ainsi l'Espagne, comme la plupart des pays européens, consacre moins de 2% de son PIB à la défense (1,4% soit 17,5 milliards de dollars en 2020 selon Eurostat). La Russie, elle, est le troisième plus gros budget de défense au niveau mondial selon Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Moscou y consacre plus de 4% de son PIB (près de 62 milliards de dollars en 2020). En outre, il possède un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU et fait partie du cercle restreint des pays possédant l'arme nucléaire. C'est même le premier pays en nombre de têtes.

La richesse ne fait pas tout. L'État le plus vaste de la planète puise sa puissance des différentes ressources dont il dispose en masse et qui restent vitales pour de nombreux pays, à commencer par le gaz pour l'Europe mais surtout le blé pour d'autres régions du monde. Enfin, la Russie, puissance nucléaire, investit largement dans son industrie de la défense, à haute technologie spatiale et nucléaire Ce qui lui permet aujourd'hui d'être le troisième budget militaire de la planète ».

POURQUOI LA POPULATION RUSSE NE PEUT PAS ENCORE S'INDIGNER FACE A LA GUERRE,

Il est le plus souvent trompeur de juger du point de vue de son pays et de l'idéologie chauvine à prétention universaliste sous couvert du mot démocratie. Il faut donc essayer de se placer du point de vue, du champ de vision de l'ennemi ou surtout des populations qu'il régente. Les documentaires du Arte m'ont permis d'approcher plus précisément le point de vue nationaliste russe. Là aussi l'histoire prime comme dans toutes les guerres du passé. L'idéologie de la « défense nationale », de la « protection de la patrie », du sauvetage de « sa civilisation », ressurgit au galop. Et Poutine va s'en servir face à une menace concrète (ne relevant pas de la paranoïa), en 2005 le rapprochement de Kiev avec l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), alliance militaire créée en 1949 pour faire face à la «menace soviétique». Une nouvelle proximité impensable et insupportable pour le chef du Kremlin, qui craint, pas comme il le dit une simple menace pour la sécurité de son pays mais comme obstacle de plus à la reconquête du glacis russe ; l'argument de la « menace pour la sécurité du pays » marche en tout cas pour une immense population éduquée au « protectionnisme » nationaliste stalinien.


On glose souvent en France sur l'aspect vieillot de l'antifascisme, mais en Russie, et le temps ne fait rien à l'affaire, on n'a jamais oublié les dizaines de millions de morts sous la botte nazie. On voit un Poutine régulièrement se rendre devant les monuments au morts, discourir devant un parterre de vieux généraux en retraite la poitrine inondée de médailles, discourir avec son habituel ton patelin vis à vis du peuple russe en affirmant que seule la Russie avait permis de gagner la guerre mondiale4.

L'immobilisme de la population russe ne s'explique donc pas forcément par la censure et la terreur policière. Le peuple russes et ses satellites ont été conditionnés par près de 70 ans de situation de citadelle (faussement) communiste et assiégée. Le vieux parti stalinien, réduit à un état minuscule, comme le PCF, véhicule encore un nationalisme qui convient à Poutine et qui irradie encore dans les milieux populaires et la classe ouvrière. Le peuple a été éduqué, peut-être plus qu'en Occident à se méfier des infos manipulées de l'Ouest, certainement en oubliant les manipulations dans leur dos. Ce qui ne saurait durer lorsque le voile se déchirera, c'est aussi une des principales raisons pour laquelle Poutine misait sur une guerre éclair.

En outre, les historiens à la solde du pouvoir, comme leurs collègues européens, se chargent de rappeler que les élites ukrainiennes se sont placées du côté d'Hitler et o,nt été responsables de massacres de russes à l'époque. C'est pourquoi, même si cela nous paraît étrange et en décalage, Poutine ne dit pas n'importe quoi en parlant de « dénazifier l'Ukraine » ; l'argument n'est pas rationnel, mais il vise l'inconscient collectif. Et cela marche5. Pas pour longtemps grâce aux improvisations de Poutine.

L'ERREUR DE POUTINE RESIDE DANS LE RECOURS A UNE GUERRE CONVENTIONNELLE (mais au sens arbitraire)

Jamais on n'avait vu une puissance continentale se lancer dans une guerre extensive sans alliés de poids. Même pas une géopolitique révolue, comme le croient les experts militaires, mais une géopolitique solitaire ! La guerre de 1914 opposera de multiples alliances coalisées. Hitler signe le traité d'alliance de l'Axe avec le Japon et l'Italie en 1940, puis s'assure la neutralité naïve de Staline. Poutine s'est lancé seul dans une bataille en perdition face au monde entier, sans obtenir ni le soutien de la Chine ni de l'Inde, ni de la Turquie !

Dans l'expectative, après avoir subi l'arrogance occidentale, Poutine a choisi la guerre avec quelques suppositions favorables ; il savait que l'Otan ne pouvait pas directement envoyer des troupes pour porter secours à l'Ukraine. Il savait que la dépendance européenne au pétrole et au gaz russes ferait hésiter des pays comme l'Allemagne à imposer des sanctions lourdes (malgré son potentiel réarmement elle continue à dépendre du gaz russe...). Le plan russe était de frapper vite et fort, de décapiter le gouvernement ukrainien, d'établir un régime fantoche à Kiev et de faire le dos rond face aux sanctions occidentales. 

L’armée russe a ensuite opté pour une stratégie militaire très conventionnelle en trois temps : pilonner, rentrer, rester. En premier lieu, elle a opté pour des tirs de suppression de longue portée pour stériliser les défense ukrainienne, notamment dans sa composante aérienne. Rien que dans les premières 24 heures, près de 200 missiles avaient été tirés selon les chiffres communiqués par le Pentagone, certains depuis des sous-marins ou des navires.

Poutine avait certainement oublié la faculté des caïds ukrainiens à réveiller le nationalisme, mais, malgré leur résistance acharnée avec les fournitures militaires occidentales, ce n'est pas cette résistance qui inquiète le plus Poutine. Il continue d'ailleurs à faire bombarder sans discrimination population civile et militaires ukrainiens.

LE BOOMERANG DE LA POPULATION RUSSE...


La presse occidentale a déjà essayé de récupérer le désarroi des jeunes recrues russes avec des manchettes comme celle-ci : « Les soldats russes pleurent et se mutinent à la radio, et le monde entier peut écouter ». Aucune preuve n'a été fournie même si nous souhaitons ici de telles réactions de « démoralisation » dans l'armée envahisseuse. C'est tout simplement pour alimenter une protestation vue comme romantique et l'insérer dans l'unanimisme occidental innocent et hypocrite. Franchement jamais un camp bourgeois ne peut célébrer mutinerie de soldats autrement qu'en soumission à sa propre idéologie de classe.

Au risque de ne pas vouloir tomber dans les stéréotypes, la finalité d'une Ukraine libre, c'est quoi? Les femen ? L'antiracisme bc bg ? L'usine à PMA pour les gens de l'ouest..., des chômeurs libres ? Le secteur productif acheté et géré par les gentils patrons de l'Ouest...la vie solitaire des villes à l'européenne et la paupérisation à la campagne comme il y a 80 ans? La liberté reste un bien précieux mais pour quoi y faire? A l'Est rien de nouveau, mais à l'Ouest non plus. Pas de quoi faire rêver les milliers d'ukrainiens qui s'enfuient ni la population russe. Quand l'idéologie va-t-en guerre « sécuritaire » de l'autocrate Poutine ne suffit plus, il reste la répression.

Mardi 1er mars, près de 6 500 personnes avaient été arrêtées dans 103 villes du pays. Les participants risquent des amendes allant de 2 000 à 300 000 roubles (de 175 à 25 000 euros) et une peine de prison pouvant atteindre 30 jours. Au premier jour de l'offensive, le 24 février, les autorités avaient déjà menacé de poursuites les futurs participants à ces manifestations. Les forces de l'ordre, désormais, verrouillent les lieux de rassemblement éventuels, afin d'anticiper les regroupements prévus en soirée. Les protestations, même individuelles, sont interrompues au bout d'une poignée de minutes et les fourgons de police bondés partent tous les soirs au commissariat.

Cette guerre peut certes devenir un catalyseur de l’opposition russe, laquelle n'est aucunement révolutionnaire. L’opinion publique russe peut se désolidariser progressivement de Vladimir Poutine sous le double effet des sanctions, notamment monétaires et bancaires, et de l’augmentation des pertes militaires, mais sans envie de se laisser régenter par de nouveaux édiles bourgeois. Il s'agit toujours d'une opposition petite bourgeoisie pro-occidentale et qui ne séduit pas vraiment le prolétariat russe, lequel se sent encore plus proche de la grande Russie dite « communiste ». C'est pourquoi, car rien n'est étanche dans la propagande mondiale pour la conservation du capitalisme, on fait donner le révisionniste Courtois qui vient confondre Lénine et Poutine avec ses mensonges et amalgames... qui vont dans le sens de Poutine !

Parenthèse courtelinesque...

Lisons l'amalgame à la Courtois, l'expert en révisionnisme, wokiste avant l'heure,  :

« Et Lénine ayant instauré, le 8 novembre, le Conseil des commissaires du peuple, la Rada proclama, le 3 décembre, la République populaire d’Ukraine. Lénine réagit avec rage et violence. Il savait que si l’Ukraine échappait à son pouvoir, il perdrait le grenier à blé de l’Europe et une puissante industrie charbonnière et métallurgique. Mais surtout, en marxiste radical, il savait que la puissance du sentiment national ukrainien ferait exploser le principe de la guerre des classes qui commandait toute son action. Il annonça la couleur dès le 5 décembre: «Nous sommes aujourd’hui témoins d’un mouvement national en Ukraine et nous disons: nous sommes partisans sans réserve de la liberté totale, illimitée du peuple ukrainien. (…) Mais nous tendons une main fraternelle aux ouvriers ukrainiens et nous leur dirons: avec vous, nous lutterons contre votre bourgeoisie et contre la nôtre.» Déjà Orwell! ».

« Néanmoins, l’Ukraine participa en novembre aux premières élections organisées en Russie au suffrage universel des hommes et des femmes, qui aboutit à la formation de l’Assemblée constituante, réclamée depuis un demi-siècle tant par les démocrates que les révolutionnaires. Celle-ci, réunie à Saint-Pétersbourg le 18 janvier 1918, fut dispersée par la force dès le lendemain, sur ordre personnel de Lénine ».

Courtois a tout faux cf mon article Lénine contre Poutine... l'erreur de Lénine mais sur une autre question, l'envoi de la troupe par exemple en Pologne, fût d'avoir défendu une thèse caduque – la guerre révolutionnaire – vieille croyance marxiste déjà désuète, aboutissant à deux ans de guerre (perdue) après avoir réveillé le nationalisme polonais ! Idem à Kronstadt. Tout à fait en accord avec Poutine qui reproche à Lénine d'avoir laisser filer l'Ukraine...

Revenons à nos moutons oligarques.Le mécontentement des oligarques russes, entravés dans la conduite de leurs affaires à l’étranger et cumulant les pertes financières depuis 72 heures, est peu probable, contre les espoirs du petit Attal, car ce sont tous des laquais du régime qui les a aidé à s'enrichir par la corruption, et ils sont donc peu motivés pour « demander justice » auprès des gangsters internationaux qui se nomment démocrates.

Les sanctions européennes visent donc un mélange d’intimes de Vladimir Poutine et des hommes d’affaires réputés pour être très influents. De quoi mettre la pression sur Vladimir Poutine ? "Aucune chance, il est bien trop tard pour que cela puisse avoir un impact sur la guerre ou la détermination de Vladimir Poutine", souligne Kadri Liik, spécialiste de la politique russe au Conseil européen pour les relations internationales.

D’où l’importance pour Vladimir Poutine d’en finir au plus vite avec cette invasion. "Les corps des soldats russes morts au combat ne sont pas encore revenus en Russie, donc la population n’a pas encore pu prendre conscience du coût humain de cette guerre", rappelle Kadri Liik. L’idée qu’ils influencent la politique de Poutine est une pure fantaisie​, estime Angus Roxburgh, ancien correspondant de la BBC à Moscou, dans un article de The Guardian. Mais frapper la classe dirigeante – les membres de la Douma, du Sénat, du conseil présidentiel, dans les services de sécurité et de la télévision d’État, serait une approche plus créative et efficace

Plus le conflit traîne en longueur, plus le risque de désordre social interne sera grand pour Vladimir Poutine. Et à ce moment-là, peut-être que l’argent et le soutien des oligarques pourraient avoir un impact.

La menace nucléaire est à la fois imbécile, irréelle et krouchtchévienne. L’agression contre l’Ukraine est tout droit sortie d’une géopolitique que l’on pensait révolue. Pire, les rodomontades nucléaires du «maître du Kremlin» ressuscitent une paléontologie de guerre froide : revoilà les titans balistiques et Docteur Folamour, l’apocalypse now...

« Il faut y voir une forme d’intimidation des Ukrainiens, en premier lieu. Par l’emploi d’une arme nucléaire tactique contre l’Ukraine, Vladimir Poutine signalerait sa détermination tout en pariant sur le fait que l’OTAN n’oserait pas escalader. Faire cela isolerait davantage la Russie sur la scène internationale et ne manquerait pas d’exposer Vladimir Poutine à une fronde au sein de son état-major. C’est là un scénario improbable mais pas impossible ».

Pour le final ; je vous livre des réflexions collectées dans la presse, à lire avec des pincettes, mais qui reflètent à mon avis une bonne part de la réalité entre partisans d'une guerre longue (les bourgeois occidentaux) et d'une guerre courte (de la bourgeoisie russe affolée). La guerre n'est plus classique non plus avec la cyberguerre, même si elle se croit fondamentale, et ne remplace en rien la seule véritable opposition à la guerre, celle du prolétariat en action. Et dans le cybernétique les russes demeurent sans doute les plus forts...

SUR LE FAMEUX CONVOI MILITAIRE RUSSE DE 60 KILOMETRES

« Il semble aussi que le convoi soit arrêté du fait d'un manque criant d'essence et de ravitaillement. Une légèreté logistique qu'on retrouve sur d'autres colonnes. Des blindés venus de l'Est, par exemple, se sont retrouvés en panne d'essence sur l'autoroute de Kiev. Nombre d'unités russes sont arrivées dans le pays avec, dans leur paquetage, seulement trois jours de rations, pas plus.

Résultat, on commence à voir des soldats russes s'en prendre à des épiceries, faisant main basse, sur toutes les victuailles et bouteilles d'eau qu'ils peuvent emporter. Encore plus étrange : nombre d'unités, y compris des unités d'élite, ne communiquent entre elles qu'avec des talkies-walkies civils, parfaitement audibles par tout le monde. La petite communauté des radio-amateurs ukrainienne s'est d'ailleurs jetée sur l'aubaine, collectant du renseignement à la pelle et parfois même s'autorisant un brouillage en règle des communications de l'armée russe en pleine bataille. 

Visiblement, les forces de Vladimir Poutine n'était absolument pas prête au combat en Ukraine, comme le confirme général Dominique Trinquand, expert militaire et ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU à New York. Sur franceinfo, il précise ainsi que s'il s'agit d'une "information donnée par le Pentagone", "il est anormal qu'une colonne soit arrêtée durant plus de 48 heures, bien visible sur les images satellite. L'armée russe a toujours eu des problèmes de logistiques. Plusieurs interlocuteurs sur place expliquent que la logistique russe n'a pas progressé comme nous le pensions. Il faut également se rappeler que ces colonnes viennent de Biélorussie. L'attaque de Karkhiv est très importante : elle permet d'avoir un axe logistique qui vient directement de Russie".

C'est sans doute l'une des plus grandes surprises de la guerre entamée par la Russie en Ukraine: malgré des mois de préparation, la superpuissance de l'est est entrée dans le conflit avec un degré d'impréparation qui étonne même les plus pessimistes des analystes militaires occidentaux.

Loin du Blizkrieg sans coup férir dont Vladimir Poutine et ses généraux rêvaient sans doute, la guerre s'enlise, l'Ukraine résiste, les colonnes s'étirent et la logistique défaille.

Partout, les images ahurissantes de matériels détruits ou abandonnés, en panne d'essence ou les récits de soldats manquant de nourriture, les vidéos de simples civils bloquant le passage de blindés russes de leurs corps font de l'armée russe la sidérante (mais néanmoins encore redoutable) risée du monde.

L'un des signes les plus étonnants de ces flottements techniques peut même être entendu, en direct et sans aucun filtre, par tout un chacun: une partie des forces russes est si mal équipée qu'elle doit s'en remettre aux transmissions radio HF et aux talkies-walkies pour communiquer

Le plus fou? Une partie de ces échanges, qui peuvent parfois révéler de cruciales informations tactiques sur ceux qui les émettent ou ceux qui les reçoivent, peuvent être écoutés partout dans le monde par quiconque dispose d'une connexion Internet.

Il est sans doute plus compliqué de motiver les soldats russes que de motiver les soldats ukrainiens qui eux défendent leur terre, leurs maisons, leurs rues, leurs villages ou leurs villes. Alors que les Russes finalement sont vus comme des assaillants et comme les méchants par toute la population. Et ils ne s'attendaient sûrement pas à ça", a-t-il estimé.

"Les Ukrainiens et les Russes sont des peuples très proches. Toutes les familles russes ont des liens avec les familles ukrainiennes et inversement. Ce sont des gens qui parlent exactement la même langue. Bien souvent on parlait de deux pays mais d'un seul peuple, alors c'est sans doute difficile pour les soldats russes de voir qu'ils ne sont pas du tout bien accueillis", a-t-il poursuivi. "Et au contraire, ils sont vus comme des adversaires redoutables."

Selon le général, le moral des troupes russes "ne semble pas au plus haut". "On a un certain nombre de témoignages -même s'il faut s'en méfier en tant de guerre...

SUR LA CYBERGUERRE

Les Russes, qui sont eux-mêmes victimes de la censure du Kremlin et ne savent pas réellement ce qui se passe. Afin d’informer les citoyens russes sur ce que subit l’Ukraine, le collectif de hackers Anonymous a appelé les internautes à se servir de Google Maps. Comment? En postant des avis sur les commerces russes.

L’initiative est partie d’un internaute qui a interpellé le collectif, appelant à publier des avis afin “d’informer la population russe” sur la guerre en Ukraine. Lundi 28 février, Anonymous, qui a déjà déclaré une “cyberguerre” contre le Kremlin, a relayé la publication sur Twitter pour lui donner de la visibilité. Le but est donc simple: sélectionner un commerce en Russie, laisser un avis et donner dans la foulée des informations sur le conflit.

L'armée russe tue des civils ukrainiens. Russie, réveille-toi!”

Et l’appel a bien été entendu. Sur Google Maps, les commentaires de soutien à l’Ukraine se sont multipliés dans les avis liés aux commerces russes. “La nourriture était excellente! Malheureusement, Poutine nous a coupé l’appétit en envahissant l’Ukraine. Tenez tête à votre dictateur, arrêtez de tuer des innocents! Votre gouvernement vous ment. Levez-vous!” peut-on notamment lire. “L’homme qui prétend être le maître de la Russie a déclaré la guerre à l’Ukraine indépendante. Depuis le début de la guerre, l’armée russe tue des civils ukrainiens. Russie, réveille-toi, est-il écrit dans les avis de l'un des Burger King de Moscou.

Afin d’informer les citoyens russes sur ce qui se passe vraiment en Ukraine, le collectif de hackers Anonymous a appelé les internautes à se servir de Google Maps.

Tous les moyens sont bons pour contourner la censure. Depuis six jours qu’a débuté l’invasion russe en Ukraine, tous les regards sont tournés vers l’Est et scrutent l’évolution de la situation. Tous, sauf les Russes, qui sont eux-mêmes victimes de la censure du Kremlin et ne savent pas réellement ce qui se passe. Afin d’informer les citoyens russes sur ce que subit l’Ukraine, le collectif de hackers Anonymous a appelé les internautes à se servir de Google Maps. Comment? En postant des avis sur les commerces russes.

L’initiative est partie d’un internaute qui a interpellé le collectif, appelant à publier des avis afin “d’informer la population russe” sur la guerre en Ukraine. Lundi 28 février, Anonymous, qui a déjà déclaré une “cyberguerre” contre le Kremlin, a relayé la publication sur Twitter pour lui donner de la visibilité. Le but est donc simple: sélectionner un commerce en Russie, laisser un avis et donner dans la foulée des informations sur le conflit.

Impliquez-vous: trouvez un magasin/café/restaurant au hasard en Russie dans une grande ville sur Google Maps et écrivez dans l’avis ce qui se passe réellement en Ukraine. Merci de diffuser l’idée”, écrit l’internaute. “Bonne idée. Tous ceux qui voient ce tweet, faites-le. Faisons passer le mot”, relance Anonymous.

Selon plusieurs médias, dont BFMTV, les commentaires étaient légion il y a quelques heures, mais ce mardi en milieu de soirée, ils semblaient plus difficiles à trouver, indiquant que la plupart ont dû être supprimés.

D’autres internautes encore ont utilisé ce service pour faire parvenir des photos du conflit jusqu’aux Russes en les téléchargeant dans les galeries photos des monuments du pays. Selon Vice, on peut voir des clichés de civils blessés, de soldats russes capturés en Ukraine en cliquant sur les aperçus des galeries photo des emplacements populaires moscovites. Une fois encore, les exemples de photos donnés par Vice et illustrés par capture d’écran, ne sont plus visibles sur Google Maps ce mardi soir.

Poutine lui avec son Roskomnadzor, le service de régulation des médias a fait bloquer ou limité l’accès à la couverture médiatique étrangère de la guerre en Ukraine, y compris Facebook et Twitter. Ainsi a été donné l’ordre aux médias nationaux d’effacer toutes les allusions aux civils tués par les forces russes, blacklistant également les termes “invasion”, “offensive” et “déclaration de guerre”.

Nous soulignons que seules les sources officielles russes disposent d’informations actuelles et fiables”, a indiqué Roskomnadzor dans un communiqué, alors qu’officiellement Moscou appelle son intervention en Ukraine une “opération militaire spéciale” destinée au “maintien de la paix”.

On se félicite cet apm de ce qu'une délégation de négociateurs russes est prête à poursuivre mercredi 2 mars des pourparlers avec des représentants de Kiev, a indiqué le porte-parole du Kremlin, près d'une semaine après le début de l'invasion russe du pays.

Hé hé, mais le camp impérialiste occidental n'a pas plus d'intérêt au fond que la guerre dure !

Le boomerang peut frapper de quel côté, l'un ou les deux ?



NOTES

1 La soi-disant « révolution orange », violemment réprimée par les forces de l’ordre (plus de 80 morts et près de 2 000 blessés), conduit à la chute du président fantoche pro-russe, le 22 février 2014. Vladimir Poutine profite du conflit pour annexer la Crimée, une péninsule stratégiquement importante sur la mer Noire. La population locale approuve ce rattachement à la Russie à une écrasante majorité (plus de 96 %) à l’issue d’un référendum condamné par la bourgeoise communauté internationale, en totale contradiction avec ses idéaux démocratiques surtout quand une consultation populaire ne s'incline pas devant ses exigences. Les premiers combats éclatent lorsqu’une partie des provinces de Donetsk et de Lougansk, dans le Donbass ukrainien, lesquelles s’autoproclament «républiques populaires» après des référendums jugés eux aussi illégaux.

  • 2Des milliers de soldats ukrainiens et russes ont été tués dans cette guerre : l'Ukraine ne communique pas encore sur ses pertes militaires, mais assure avoir tué près de 5000 soldats russes.

  • Selon le ministère de la santé ukrainien, 352 civils, dont 14 enfants, sont morts depuis le début de l’invasion russe. Au moins 11 personnes ont été tuées à Kharkiv.

  • L'ONU dresse le bilan provisoire des pertes civiles dans la guerre en Ukraine : 102 morts dont 7 enfants et 304 blessés mais les chiffres réels sont "considérablement" plus élevés, selon l'ONU.

  • Près de 500 000 Ukrainiens se sont réfugiés dans les pays frontaliers selon l'ONU, plus de 280 000 personnes sont accueillies par la Pologne.

3 Légion internationale ? Parmi eux, on trouve d’anciens légionnaires et des militants de groupes identitaires prônant une violence radicale. Ceux-là ne s’affichent pas sur des conversations internet ouvertes au grand public. Certains connaissent bien l’Ukraine. L’un d’eux, ayant autrefois servi dans la «108e brigade bosniaque» dans les années 1992-1993, s’est retrouvé formateur en Ukraine de mercenaires ayant pris part à la révolution de la place Maïdan, à Kiev, en 2014. Ce putsch qui a conduit à la destitution de Ianoukovitch, le président ukrainien prorusse.

4Ce qui est faux, sans le prêt bail US et les tanks américains repeints aux couleurs de l'URSS, Staline aurait fini pendu. Néanmoins on peut s'interroger sur la longue absence américaine pendant quatre années laissant Hitler assassiner des millions de prolétaires russes et juifs du pays qui avait le plus effrayé la bourgeoisie mondiale et arrêté me premier holocauste impérialiste de 1914 !

5Pour justifier l'« opération militaire », les médias officiels reprennent la communication du Kremlin présentant l'Ukraine comme un pays aux mains de néonazis responsables d'un génocide et contrôlés par l'Occident.

« À Saint-Pétersbourg, les médias n’utilisent jamais le mot d’invasion, ils parlent d’opération militaire », explique à Marianne Franck, jeune étudiant français installé à Saint-Pétersbourg depuis 3 mois. L'expression est partout, des titres des grands médias russes aux élements de langage utilisés par les différents journalistes ou présentateurs des chaînes inféodées au pouvoir. Lundi 28 février, le président Vyacheslav Volodin a approuvé une proposition de loi visant à punir les « mensonges » sur les actions des troupes russes. Dans son article sur « Ce qui se passe en Ukraine », publié le 24 février, le correspondant du tabloïd populaire Komsomolskaïa Pravda (KP) commence ainsi par expliquer pourquoi cette intervention est une opération spéciale et non une guerre. Il n’est pas question « d’occuper le territoire de l’Ukraine » mais de « protéger la population civile du Donbass », poursuit le journaliste.



mardi 1 mars 2022

CRISE DE LA GUERRE « TRADITIONNELLE »



La «haute intensité» modifie l’échelle et la nature des engagements militaires où s’exprime la «dialectique des volontés». La guerre d’aujourd’hui se caractérise par l’usage désinhibé de la force par des acteurs étatiques, multichamps et multimilieux - terre, mer, air, spatial et cyber -, n’hésitant pas à recourir à des attaques hybrides dans lesquelles, hors du champ de bataille, les populations civiles pourraient être prises en otage - attaques informatiques contre les réseaux d’énergie ou le système bancaire - et subir une guerre informationnelle de grande ampleur1. Les drones sont devenus aussi une nouvelle variable dans le combat, sans prise de risque comme un pilote d'hélicoptère de combat. La technologie diversifiée, le commandement du matériel à distance par informatique, doit faire croire à la plupart des soldats que l'engagement physique pourra être évité ou diminué, ce qui est un énorme mensonge dans le cas de la guerre de guérilla.

La supériorité aérienne et technologique n’est plus acquise. Les réseaux satellitaires pourraient être détruits. L’exercice Warfighter2 a montré qu’il fallait s’attendre à plusieurs milliers d’hommes hors de combat et l’exercice Polaris à celle de quatre navires en quelques heures. La masse, c’est-à-dire le volume des forces et les stocks, redevient vitale. Alors se pose l’inévitable question: sommes-nous prêts? D’autant que les conflits gelés sont nombreux.

C' est rigolo avec ce genre de mantra néolibéral, nous dépendons de l' atelier mondial chinois, du producteur russe du gaz. La Russie – puissance pauvre comme dit le sociologue du coin - a beaucoup de gaz et de blé mais elle ne fabrique pas grand chose et consomme beaucoup . Les Chinois fabriquent beaucoup mais ils doivent vendre .

L’invasion de l’Ukraine est intervenue à un moment délicat pour l’économie mondiale, qui commençait à peine à se remettre des ravages du Covid. La guerre enclenchée par la Russie pourrait avoir des conséquences économiques considérables, alors que les marchés financiers s’effondrent et que le prix du pétrole s’envole. On peut hasarder une comparaison avec la guerre du Yom Kippour en 1973 au Moyen-Orient qui avait conduit à la première crise pétrolière, ébranlé l'économie mondiale et marqué la fin des trente glorieuses.

Au deuxième jour de la guerre, des spécialistes assuraient que l’Europe serait probablement la première touchée par la tempête économique, en partie en raison de sa plus grande dépendance à l’égard des approvisionnements énergétiques russes, mais aussi en raison de sa proximité géographique avec une guerre à ses portes. La population russe comme les familles qui s'échappent d'Ukraine sont concrètement les premières victimes de la sanction de la guerre.

UNE VRAIE BLITZKRIEG MAIS TENUE EN ECHEC

Les blitzkrieg ne marchent plus dans les pays de type européen avec grande concentration du prolétariat. Poutine misait, comme je l'ai dit dans mes articles précédents, sur une guerre éclair, car, comme en 39-45 toutes les guerres qui s'installent dans la durée – comme les guerres dites de libération nationale – coûtent cher et s'enlisent pendant des années. Poutine a tenté le coup en oubliant que l'Ukraine n'est pas l'Afghanistan.

Toutes les déambulations des bourgeoisies européennes allaient dans le sens du prolongement du conflit en cherchant l'enlisement afin d'éliminer Poutine de l’intérieur. Mais tout cela pouvait prendre des mois et des années et avec les conséquences économiques pour non seulement pour le prolétariat russe mais aussi mondial. Les sanctions économiques, autre aspect de la guerre idéologique moderne ont raccourci les délais.

Macron avait promis pour une guerre longue (pour le temps d'embrigader?), dramatisation du même genre que Poutine menaçant de l'arme nucléaire. Une première offensive contre Kiev, pensée comme une blitzkrieg, qui devait assurer la prise de l’aéroport d’Hostomel puis un raid au centre de la capitale pour y décapiter le pouvoir politique, capturer ou tuer l'ancien clown Zelenski a été contrecarrée par une résistance ukrainienne militaire et civile, téléguidée et encensée par les « amis européens », en particulier Hongrie et Pologne, jusque là considérées comme néo-fascistes mais plus intéressées soudainement à une immigration non musulmane. Quelques tanks russes échoués au bord des routes. Des bombardiers abattus par la défense ukrainienne. De jeunes prisonniers russes démoralisés affirmant ne rien savoir de cette guerre où ils ont été projetés. Beaucoup de matériel mais qui tombe en panne, avec de jeunes russes sans expérience et qui ne veulent pas se battre.

Les deux guerres russes en Tchétchénie n’avaient guère provoqué de réactions aux États-Unis et en Europe. En 2008, la guerre de Géorgie avait été condamnée mais rapidement oubliée. L’annexion de la Crimée en 2014 avait donné lieu à des sanctions économiques modérées, et puis les Occidentaux avaient regardé ailleurs. L’invasion de l’Ukraine a cette fois provoqué des réactions massives, pas tellement des manifestations pacifistes, qui ne révolutionnent rien et n'empêchent pas les guerres de se dérouler. À Moscou, des journaux proches du pouvoir osaient un bandeau noir d’opposition à la guerre. Des manifestations en soutien à l'Ukraine dans tous les pays européens. Des Biélorusses qui chantaient «non à la guerre».

L'Occident sous domination américaine a effectivement réussi à pousser Poutine à la faute, en se parant désormais des vertus des « faiseurs de paix » face au méchant et fou oligarque russe. Il ne pouvait que foncer tête baissée dans le piège de l'Otan. La différence entre Poutine et l’Otan c’est que Poutine assume son rôle de méchant quand l’Otan use de la dissimulation et de la ruse pour nous faire croire que c’est le camp des gentils, le camp de la paix. Allez demander aux irakiens et aux libyens ce qu’ils en pensent de la paix made in USA.

En déclarant, au quatrième jour de la guerre, l’intensification de l’offensive et son élargissement à toute l’Ukraine, en faisant appel à des bataillons de Tchétchènes pour épauler les conscrits russes, Poutine voulait montrer ses muscles, ils sont flasques. On le dit foldingue, il est surtout un stratège failli. Il n'a fait que franchir une nouvelle étape dans sa fuite en avant. Comme beaucoup des oligarques qui l'entourent il a sous-estimé non pas le nationalisme ukrainien mais la volonté de la bourgeoisie ukrainienne de rester arrimée à l'Occident riche même avec sa démocratie trafiquée. En accusant le régime parlementaire véreux d'Ukraine de génocidaire et d'être nazi, Platov3 s'est planté en étant aussi ridicule que nos prétendus révolutionnaires vintage qui s'indignent d'une résurgence du nationalisme ukrainien ; la réaction défensive ukrainienne est à la fois compréhensive (qui voudrait du néo-stalinisme paupérisé face à un libéralisme bourgeois plus avenant?). Les comparaisons simplistes avec le passé sentent la naphtaline. Même l'appel à des légions étrangères « internationales » comme au moment de la guerre d'Espagne en 1936, sont dérisoires et inactuelles4 : Poutine n'est pas un nouvel Hitler ni l'incontinent Franco, il fait plus penser à un Mussolini au bord de sa faillite politique et éjecté en 1943 par le grand conseil fasciste représentant du grand patronat. Le dictateur ne dicte pas, il « est dicté » comme me l'avaient répondu les bordiguistes dans un article il y a une trentaine d'années. Poutine n'est peut-être pas loin d'être jeté à son tour par le « grand conseil » de l'oligarchie mise à poil et dépouillée dans le monde entier, au point que nos médias se permettent de nommer l'union européenne anti-magnats oligarques de « révolution », quoique dans le cadre bien consenti du capitalisme libéral et ultra militarisé.

La bourgeoisie occidentale, prête à envoyer au casse-pipe des millions de jeunes prolétaires si son opulence avait été véritablement menacée, a compati soudainement face aux vidéos des soldats russes faits prisonniers par l’armée ukrainienne, et leur faible moral militaire, sachant que la Russie et l’Ukraine restent, historiquement, un seul et même peuple, un seul et même pays, plutôt mondialistes que nationalistes? Ce que Poutine a essayé d'inverser en demandant aux recrues militaires russes de faire la guerre à des « nazis », imagerie aussi vaine que le prouve son utilisation par les gauchistes occidentaux. Autre aspect oublié par ce pauvre Poutine bouffi (et que j'ai sous-estimé) la contre-offensive de guérilla, impossible à contrôler totalement ; se souvenir que pendant la guerre froide, l’Ukraine occidentale avait résisté pendant douze ans à l’occupation stalinienne, jusqu’en 1956.

Autre faiblesse de la bourgeoisie russe, ses services de désinformation poutiniens tardent à mettre en ligne la traditionnelle bombe (en l' occurrence ""ukrainienne"" ) qui tomberait sur une école ou un hôpital (pro)russe, car personne n'a oublié les faux attentats tchétchènes en 1999. Ce n'est pas tant de crise du capitalisme qu'il faudrait parler mais de crise de la guerre « traditionnelle », qui ne peut plus être menée « comme avant ».

C'était couru d'avance, Poutine n'aurait jamais eu les moyens de tenir un pays aussi grand que l'Ukraine moderne sous sa botte.

Un autre élément est venu confirmer qu'il ne s'agit pas d'une guerre comme les autres, une volonté évidente de ne plus tuer des masses de civils. D'abord un choix de cibles stratégiques : silos militaires, centrales électriques, matériel militaires, centre de communication ; les médias occidentaux passent en boucle une seule tour d'habitation détruite sur un flanc (erreur balistique?). L'orchestration de la fuite des populations (500.000) évitant surtout à l'armée russe de se discréditer par un massacre trop voyant de civils. Ces dernières heures, l'armée russe a assuré que les civils pouvaient quitter "librement" Kiev et accusé le pouvoir ukrainien de les utiliser comme "bouclier humain" (ce qui n'est pas faux), laissant planer le spectre d'un assaut de grande envergure. Si massacre de civils il y a, Poutine pourra toujours le mettre sur le dos de la bande de tchétchènes de Kadyrov, ou les exactions de la bande Wagner. Autre aspect de la guerre moderne criminalo-électronique, des bandes de tueurs suppléent au manque d'engagements des recrues non volontaires.

Pourtant, l'ouverture des négociations augure mal, vu les exigences ukrainiennes de rattachement à l'UE et de Poutine de désarmement de l'Ukraine et reconnaissance de la Crimée, d'une fin rapide. Une seule chose est sûre la guerre éclair a fait flop. Il ne faut pas s'attendre à une réaction autonome du prolétariat dans le croisement des propagandes nationalistes, mais à la fois à un enlisement et à de graves problèmes sociaux en Russie, voire son renversement, puisque les médias occidentaux plus les sanctions vont faire réfléchir...

Les nombreuses destructions de villes entières et la question du retour des populations fuyant la guerre vont pourrir la situation et peser politiquement et socialement en Europe.

Le nombre réel de victimes reste un silence de guerre. L'Ukraine a fait état de quelque 200 civils tués et de dizaines de militaires morts au combat, mais n'a pas publié de bilan précis dimanche. L'ONU recensait samedi au moins 64 morts parmi les civils et des centaines de milliers de personnes sans eau ou électricité.L'armée russe a, de son côté, pour la première fois dimanche reconnu des pertes humaines, sans les chiffrer. L'Ukraine affirme que plus de 4300 soldats russes ont été tués.

LA FAUTE AU CAPITALISME ?

Une fois que vous avez affirmé cela, vous faites quoi ? C'est le radotage du CCI qui, comme au début du mouvement des gilets jaunes attend plusieurs jours avant de prendre position. Leur prise de position sur cette guerre, cinq jours après, est titrée « le capitalisme c'est la guerre, guerre au capitalisme ». C'est assez plat, non pas que ce soit faux, mais sans souffle, monotone et simpliste comme un tract gauchiste ou syndicaliste. « L'Europe est entrée dans la guerre » !? Rien n'est moins sûr, et de quelle guerre s'agit-il ? Une guerre capitaliste pour sûr, mais causée par qui et pour quoi ? Par le méchant capitalisme ! Deux très vieux arguments sont ressortis du grenier – supposés « réveiller les masses » : des milliers de vie civiles et militaires fauchées (des preuves SVP) et la terrible hausse des prix en vue (= horrible baisse du pouvoir d'achat) ; et un troisième aussi peu convaincant « comme toujours c'est la classe ouvrière qui va payer au prix fort... les menées guerrières des maîtres du monde », exclusivement la classe ouvrière ?

Cette « tragédie guerrière », « est une manifestation claire de l'enlisement du monde dans la barbarie », plus que vague comme explication. Quant aux mensonges de la propagande, celle de Poutine est plutôt minable comme exemple, ceux de l'Otan et Cie auraient dû être rappelés en priorité. Que Poutine ait la tête d'un criminel est de l'ordre de l'à-peu-près. On n'explique en rien pourquoi Poutine « a dégainé le premier ».

Considérer la classe ouvrière à l'Est comme « particulièrement faible » reste subjectif, mais le plus grave est le passage stupide qui déclare que l'effondrement en 1989 de régimes prétendus socialistes est un « coup très brutal porté à la classe ouvrière mondiale »... laisse entendre, sans l'explication nécessaire, que la chute du stalinisme était déplorable pour le prolétariat !

Enfin les tirades finales (on connaît la chanson) c'est pour se faire plaisir :

  • tous les Etats, tous les partis sont nationalistes !

  • Vive partout les luttes massives et conscientes !

  • Les prolétaires n'ont pas de patrie ! Sauf pour s'entretuer ;


Et fin du fin : Pour le développement de la lutte de classe du prolétariat international !

Très abstrait mais on peut vous l'offrir avec un cornet de frites.

NOTES

1https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/briant_florant_pesqueur_masse_2021.pdf

2https://www.defense.gouv.fr/terre/exercices-d-entrainements/exercice-warfighter/warfighter-une-simulation-dopee-a-l-intelligence-artificielle-en-appui-des-evaluateurs

3Surnom de Poutine lorsqu'il était étudiant pour devenir espion, et nom d'un célèbre général cosaque.

4Le président clown d'Ukraine Volodymyr Zelensky a salué la formation d'une "coalition anti-guerre" internationale pour soutenir l'Ukraine et appelé les étrangers à venir se battre "contre les criminels de guerre russes" dans une "Légion internationale" en formation. Pas folichon, comme sa rétention des pères de famille pour « défendre la patrie ».


CELA DIT NOS GRANDS REVOLUTIONNAIRES DU PASSE FURENT A CHAQUE FOIS DEMUNIS FACE AU DEBUT DE LA GUERRE

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » est devenu « Prolétaires de tous les pays, entretuez-vous ! ».

Lisant la nouvelle dans le Vorwärts dans son exil en Autriche, Lénine croit d’abord que ce numéro du quotidien social-démocrate de Berlin est un faux produit par l’Etat-major allemand. Le futur dirigeant du Parti communiste allemand, Hugo Eberlein raconte ce mardi 4 août dans ses souvenirs :

« Au sortir du travail, je me dépêchais d’aller chez la camarade Rosa (Luxemburg). Elle était couchée sur le divan et pleurait. “Je vais me tirer une balle dans la tête, ce sera la meilleure protestation contre la trahison du Parti et cela ramènera peut-être quand même les masses des travailleurs à la raison.”

Naturellement, je lui ai déconseillé un tel geste. Nous avons parlé de notre position sur la question, si nous devions démissionner du Parti ou protester publiquement contre la décision du Parti, etc. mais nous n’arrivions à aucun résultat. Elle revenait toujours à ses pensées de suicide.

Ce soir-là, je suis encore allé chez Franz Mehring, qui de rage contre la trahison du Parti, n’arrêtait pas de marcher à grandes enjambées d’un bout à l’autre de la chambre. Je lui ai demandé d’aller chez Rosa et de la détourner de son projet.