"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 29 janvier 2015

BIG BROTHER ISLAM (II)


    Extraordinaires sondages qui viennent de révéler que l'Union nationale après le massacre de la rédaction de Charlie et des prolétaires du magasin Casher, a porté ses fruits. Pour l'essentiel (tant que la guerre est maintenue le plus loin possible), les "français":

- sont d'accord pour amplifier l’engagement militaire de la France à l’étranger:
Les attentats commis en région parisienne ont manifestement conduit les Français à approuver l’engagement militaire de leur pays contre le djihadisme. « Là où la France est déjà présente (Mali, Sahel, Irak…) », 50 % des personnes interrogées considèrent qu’elle doit « augmenter » son engagement, 40 % le maintenir à son niveau actuel ; seuls 9 % souhaiteraient le voir diminuer. S’agissant spécifiquement de la Syrie, 65 % des personnes interrogées seraient favorables à ce que la France y « intervienne plus directement, dans le cadre d’une coalition internationale contre le djihadisme islamique » (...)
- sont d'accord pour un durcissement de la politique sécuritaire:
Une écrasante majorité des Français est favorable à la mise en œuvre de différentes mesures qui leur sont suggérées « pour lutter contre l’extrémisme religieux ». Y compris celles qui empiéteraient nettement sur les libertés individuelles. « Généraliser les écoutes téléphoniques sans accord préalable d’un magistrat » ? 71 % des personnes interrogées y sont favorables. « Pouvoir perquisitionner des domiciles sans accord préalable d’un magistrat » ? 67 % approuvent. « Pouvoir mener des interrogatoires de suspects sans l’assistance d’un avocat » ? D’accord à 61 %.
Troublant sondage qui sent le trucage concernant l'acceptation de l'islam supposé chant d'amour1 comme religieusement correct, d'un côté il est constaté que "La tolérance des femmes vis-à-vis de l’islam (50,3 %) est supérieure à celle des hommes (43,5 %)", et plus bas: "
66 % des personnes interrogées (81 % des sympathisants de gauche, 53 % des proches de l’UMP, 39 % des sympathisants du FN) jugent que l’islam est « une religion aussi pacifiste que les autres », et que « le djihadisme est une perversion de cette religion ». A contrario, 33 % considèrent que « même s’il ne s’agit pas de son message principal, l’islam porte malgré tout en lui des germes de violence et d’intolérance ». Les femmes sont plus nombreuses que les hommes (70,5 % contre 61,5 %) à être bien disposées à l’égard de cette religion".

Bizarre comme la fabrique à sondages sait admirablement faire écho aux trois premières préoccupations gouvernementales: dédouaner de toute culpabilité ses investissements impérialistes, renforcer la répression intérieure en mettant en garde à vue un gamin de huit ans et faire passer l'islam principal bréviaire des divers ennemis djihadistes pour une religion de paix.

Mieux encore – la bourgeoisie a des capacités d'interprétation inouïe – derrière les recrutements des soldats du terrorisme se profilerait de nouveau la question sociale, il suffirait de mettre fin aux ghettos et d'embaucher au moins un quart de la jeunesse des banlieues pour que cela cesse. Outre que cela révèle une analyse impulsive et à courte vue – se refusant à voir pourquoi le religieux supplante le politique - la bourgeoisie se fiche du monde: les ghettos c'est elle qui les a favorisés depuis trente ans et les promesses restent toujours des promesses qui n'entament jamais les avantages des castes privilégiées. Le notable PS Boutih, ex-démagogue en chef de SOS racisme, reconnaît à quoi a abouti "la politique de la ville" sous Mitterrand et les concessions à la religion sous Jospin: "On a vu une culture de la violence se développer dans les banlieues. On n'a pas su y apporter de réponses et les islamistes se sont engouffrés dans ce vide".2
"On n'a pas réussi à combattre l'intégrisme religieux, parce que d'aucuns disaient qu'on combattait alors la religion. C'est ce problème qui nous pète aujourd'hui à la figure"3. L'islamisation démocratique a ses contreparties électorales4 comme la religion a plus à voir avec la mort qu'avec la vie.

DU BONHEUR D'ETRE FRANCAIS, DE LA DERADICALISATION
OU COMMENT DEPASSER LA JALOUSIE SOCIALE?

On court chercher partout des ambassadeurs de la déradicalisation, de la gauche laïque, pour sauver le gouvernement au milieu d'une marmaille inconsciemment djihadiste, tel footeux, tel rappeur. Le célèbre intello du ballon rond Thuram: "... Je leur ai donc expliqué que nous sommes dans un Etat laïc où chacun est libre de sa pensée religieuse, mais où chacun est libre de critiquer toutes les pensées religieuses, ce qui est une vraie chance pour nous tous" (??) (...) "Je leur rappelle qu'ils sont français et qu'être français veut dire aussi que la religion ne prime pas sur les lois de la République. J'essaie de leur faire comprendre que la religion ne peut pas être vécue en France comme elle peut l'être en Arabie saoudite, en Syrie, ou au Sénégal (...) Quand quelqu'un tue au nom de dieu, c'est qu'il s'est laissé emmuré dans des dogmes, qu'il a perdu la chose la plus essentielle: la liberté de pensée".
Le rappeur Hamé explique: "L'idée c'est de s'affirmer: si vous me refusez le fait de penser que je suis français à part entière, tant pis pour vous, mais moi, je sais que je suis français et si cela vous dérange, c'est votre problème, pas le mien". Sur ce point je suis complètement d'accord avec ces deux ambassadeurs qui ne font nullement preuve de chauvinisme en l'occurence mais d'un constat: pourquoi devrait-on avoir honte d'être français? Parce que les islamo-gauchistes et les ultras radotent que les gens n'ont pas de patrie? Parce que cela ne se voit pas sur la figure? Parce que ce n'est plus à la mode et que la novlangue ne distingue plus que des européens, des africains, des blancs, des noirs, des musulmans, etc.
Ils apportent honnêtement deux précisions importantes: depuis dix ans la France s'est engagée dans dix guerres pour le pétrole, et les Merah et Coulibay étaient des enfants de l'Assistance publique!

Nos deux ambassadeurs de la déradicalisation soft ne vont pas au fond des choses pour expliquer une réaction de déni de nationalité chez les enfants d'immigrés, bien français puisque nés sur le sol français. Ce rejet de ce qui est leur carte d'identé (nationale) est dû à la jalousie sociale des français dits de souche. On est souvent plus ou moins jaloux que l'autre possède la même chose que soi. Cela vous paraîtra original que je fasse état d'un sentiment psychologique pour analyser une des raisons de l'ostracisme anti-français (vice-versa) mais la jalousie est un sentiment bien réel et immémorial, quoique honni dans tous les pays5. La jalousie sociale, elle, peut être entretenue à dessein par un tiers. Traduisons-le en politique. Prenons un ouvrier de souche qui s’aperçoit, à tort ou à raison, que pour l'Etat d'assistance, il n’est plus l’unique, l’exclusif pour les allocs. Que l’Etat a une préférence pour les familles nombreuses immigrées, musulmanes ou pas. Que ce concurrent pourtant aussi "naturalisé" que lui peut tout aussi bien être embauché à sa place. Ou bien que l’autre est plus beau, plus jeune, plus intelligent. Il se sent alors transparent, même plus français lui non plus, mais, en réaction il va assurer qu'il est plus "français" que l'autre. Il avait cru que le vieux slogan "liberté, égalité, fraternité" lui donnait tous les droits, comme celui d'avoir un travail d'office, comme celui d'une garantie pour ses enfants de poursuivre de meilleures études. Cette jalousie n'est que le produit de la concurrence entre les ouvriers, mais là où jadis la question de l'identité nationale était secondaire – chacun finissant par être intégré à la production – celle-ci nous revient à la figure comme un double miroir mais sous forme de rejet. Selon nos ambassadeurs de la société pipole il suffirait de chanter à tous: "on est tous français et contents de l'être"; aux fils de français de vieille souche: "c'est bon t'es français mais pas au point d'en faire une montagne" et aux fils d'immigrés: "t'es français c'est super".

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer cette jalousie mal placée, qu'on trouve un peu partout dans la concurrence en milieu prolétaire, mais elle est aussi une explication aux dérives terroristes et même à l'idéologie terroriste qui, un peu partout, s'appuie sur l'islam. Merah avait été refusé par l'armée française. Tous ceux qui sont refusés dans des emplois réservés en priorité pourtant aux français ne deviennent pas de petits tueurs sans remords. Tous ceux qui sont rejetés pour une raison ou une autre tombent cependant dans le sentiment de jalousie (psychologie) après avoir été dans l'état d'envie, situation morbide qui renvoie à la réalité sociale d'une société qui promet le pompon à quelques-uns et nargue l'immense majorité des autres6. Le terrorisme planétaire a parfaitement compris de façon sectaire cette "condition" à laquelle le système réduit les individus puisqu'il leur propose de "dépasser l'envie" en s'opposant violemment à ce qui la produit, de façon nihiliste et sans rémission. De cette façon le terrorisme est bien un produit intra-muros du capitalisme décadent: no future, kill yourself! Comme dans la guerre, locale ou mondiale, la victoire n'est même plus envisageable, seule la mort est l'échappatoire rédemptrice non des péchés de l'individu (méprisé) mais d'un système excluant qu'il faut punir en assassinant le plus possible d'innocents ou d'individus-symboles. Et à ce point de vue le coran sert pas mal de versets... sataniques.

ON N'EN A PAS FINI AVEC LA QUESTION DE LA NATION ET DE LA NATIONALITE

"Tant que la bourgeoisie détient le pouvoir et peut déclencher cet appareil formidable qui s'appelle la mobilisation et la guerre, elle possède la faculté de mettre le prolétariat entre deux feux, entre deux dangers, entre deux pièges: s'unir à l'ennemi intérieur contre celui du dehors, et abdiquer ainsi son indépendance de classe et aliéner sa liberté d'action, ou refuser de marcher à la guerre, et devenir ainsi le complice indirect de l'ennemi extérieur". C. Rakovsky


Dans une discussion en mai 1915 entre le député socialiste français Charles Dumas et le socialiste roumain Christian Rakovsky (qui deviendra un des plus courageux bolchevique) ce dernier, luxemburgiste, refusait de faire figurer le "principe des nationalités" dans un programme socialiste, inapplicable ni en Europe "dans les cadres de l'Etat national" d'aujourd'hui, ni :"en Orient surtout, où les éléments sont excessivement mêlés, où les frontières ethnographiques n'existent même pas, le principe des nationalités ne sert qu'à masquer une politique de conquête territoriale"7.
Considération très pertinente à la charnière de notre époque où à la comédie des libérations nationales dans des découpages artificiels du colonialisme succède la volonté de conquête islamique du monde arabe d'abord et du reste éventuellement ensuite; prêcheurs dits radicaux depuis longtemps et agents terroristes actuels ne se gênent pas pour déclarer mener les deux simultanément, d'autant qu'ils peuvent s'inspirer du stalinisme qui envisageait de faire effondrer les vieux pays centraux du capitalisme afin de... libérer vraiment les nations (artificielles) asservies par le colonialisme, pour en faire des zones de production et de pillage au profit de la maison mère détentrice du socialisme en un seul pays pour tout le continent.
Définissant le référendum proposé par le député patriote C.Dumas (sur la question de l'Alsace Lorraine) comme nationaliste et néfaste, Rakovsky remarque la spécifité des vieilles nations: "La France, comme l'Allemagne, comme l'Italie, est un Etat national, homogène, et ne peut pas, de ce fait, tolérer des éléments d'autre nationalité. Je n'oublierai jamais que sous le ministère Combes on avait dénoncé comme un véritable crime contre l'unité nationale française le fait qu'en Bretagne le catéchisme était lu en langue bretonne. Combes s'empressa même de l'interdire d'une façon expresse. Ce fait, extraordinaire si on le considère au point de vue de la liberté individuelle, apparaît naturel si l'on prend en considération le caractère profondément unitaire et centraliste de l'Etat français".
Intéressant ce rappel face à tous ceux qui se moquent un peu facilement des vieilleries nationales, mais pour se mettre au service de l'Europe islamisée (je veux bien conchier le vieux patriotisme mais pas au profit d'un patriotisme ou internationalisme islamique!). Il y a une culture et une histoire française comme il y a une culture et une histoire russe, africaine, juive, chinoise, etc. L'internationalisme prolétarien abouti (la lutte finale) dont on n'a jamais su à quoi il aboutirait – sauf dans la version stalinienne, surtout au pillage des peuples – envisageait-il de dissoudre ces aspects culturels (langue, traditions culinaires et vestimentaires esprit des lumières, etc.) dans une uniformité universelle de l'espèce humaine voire une catéchisation islamique généralisée? Lénine n'aide en rien à la compréhension du problème en décrétant la culture de chaque pays comme bourgeoise. Donc la liberté d'expression (vieille "tradition" depuis 1789) serait simplement "bourgeoise"? La laïcité forcément "bourgeoise"? Tout roman, film ou poème, forcément bourgeois?
Personne ne pourra me répondre mais nous savons que nous pouvons régresser en supprimant le capitalisme si ce n'est pas pour le remplacer par le communisme, avec ce qu'écrivait Rosa en 1915: "... ou bien triomphe de l'impérialisme et décadence de toute civilisation, avec pour conséquences, comme dans le Rome antique, le dépeuplement, la désolation, la dégénérescence, un grand cimetière; ou bien la victoire du socialisme...". A cette différence que l'impérialisme a triomphé du prolétariat et est en train de perdre face à la décadence islamique, et que les bouffons du socialisme officiel savonnent la planche à l'islam "de paix et d'amour". Dans la pensée de Rosa l'avenir du communisme n'était certainement pas le col mao pour tous et le voile pour toutes.
Toutes les objections des vilains canards Régis Debray, Finkielkraut, Onfray8 et d'autres ne sont pas toutes débiles. En 1976, Régis Debray, indépendamment de l'avis que l'on peut avoir de son parcours de caméléon, polémiquait contre l'internationalisme frelaté de la LCR:

"La conception de l’unité du processus historique chez Marx demeure encore un parti idéaliste ; c’est-à-dire qu’elle devrait liquider conceptuellement la présence de la nation. Autrement dit, la conception d’une unification croissante non seulement des conditions de production mais des conditions de vie, la conception d’une évolution linéaire, uniformisante de l’histoire, avec les cinq modes de production, etc. Cette conception de l’universalité comme réduction des différences, comme réduction progressive des différences ethniques, nationales, culturelles, etc., est vraiment la conception de la raison analytique bourgeoise. Que d’ailleurs Marx et plus encore Engels ont repris directement de l’Aufklärung, de Condorcet, etc. Conception selon laquelle les chemins de fer vont supprimer les frontières et la classe universelle va prendre le pouvoir, parce que le prolétariat, enfin, tu connais les phrases célèbres, « on ne lui a pas fait un tort particulier, on lui a fait un tort universel, donc c’est la classe universelle ; le prolétariat ne revendique aucun droit particulier », etc. Donc les frontières vont s’écrouler et la République internationale des soviets est là – traduction léniniste du fantasme marxien".
"On trouve parfois chez Marx une opposition de l’universel et du particulier qui fait que pour lui l’universalisation de l’humanité, c’est la liquidation de ses particularités. Alors qu’en fait il y a une dialectique : ce à quoi on assiste maintenant c’est l’interdépendance croissante des conditions de production et d’échange économique, donc en un sens uniformisation, mais, dialectiquement, cela est accompagné d’une multiplication des diversifications culturelles. Le retour en force des revendications nationales ou régionales est concomitant, nécessairement, de l’uniformisation économique ; autrement dit, l’égalité n’est jamais l’identité ; une conception dialectique de l’identité inclut la différence et on assiste maintenant à un processus de différenciation croissante des identités culturelles, une recherche de la spécificité qui va de pair avec le constat de la globalité. Je pense à la limite que la réalité historique est encore plus matérialiste que Marx et encore plus dialectique que lui ! En un sens, tous les démentis de la réalité historique depuis un siècle au marxisme, sont des démentis matérialistes, c’est-à-dire qu’ils liquident tout l’héritage, tout l’énorme héritage idéaliste qu’il y a chez Marx"9.
On n'assiste pas à l'époque au processus d'éclatement du bloc de l'Est et à la montée des micro-nationalismes, ni non plus à la fragmentation politico-religieuse actuelle. Debray reste fidèle à sa formation marxiste-léniniste dans sa jeunesse au parti stalinien et de plus en plus distant avec le guévarisme dont il avait été un des sponsors, et à la veille de devenir conseiller de Mitterrand, la référence est la nation. Il se découvre peu après admirateur de De Gaulle.
Debray n'est pas totalement idiot révisionniste (mais au fond fidèle génétiquement au stalinisme gaullo-national). Il anticipe le mouvement souverainiste avec les Chevènement, Max Gallo et Marianne. Mais la nation à l'agonie selon Hanna Arendt n'agonise pas complètement, durant les années 1990 il s'en crée plein de nouvelles. Un processus semble se développer mais sans s'achever encore. L'achèvement c'est maintenant: constitution bancale d'aires géographiques: Europe, zone d'influence américaine, russe, chinoise, volonté de faire éclater les découpages coloniaux en Afrique. Partout les anciennes frontières nationales des nations les plus récentes, de la Yougoslavie à la Syrie, ont éclaté ou vont éclater. Première conséquence: la bourgeoisie, partout, ne peut plus mobiliser au nom du sentiment national. La bourgeoisie développée avait déjà inventé depuis longtemps l'antifascisme, qui sert encore, et elle rame avec l'anti-terrorisme. Les diverses variétés de terroristes sans Etat national (sauf le Desh en gestation) disposent d'un anti-capitalisme religieux.
Yolène Dilas-Rocherieux a bien résumé l'adaptation d'un Carlos au communisme islamique, non plus nation islamique mais monde islamique:
"En fait, l’islam, « la révolution des révolutions », lui aurait permis de fusionner l’hier et l’aujourd’hui, le rationalisme des théories et pratiques marxistes-léninistes avec la foi religieuse, dans laquelle il désigne la nouvelle dynamique d’une révolution de masse et le fondement d’un monde nouveau. Nul transfert de foi dans cette mutation assure Carlos, mais le terme d’une expérience avec le constat d’une résurgence de la passion révolutionnaire en islam, après l’échec de l’expérimentation communiste: « J’accuse l’Occident d’avoir failli à sa mission révolutionnaire ». S’il rejette le déterminisme de Marx, l’une des raisons, selon lui, de l’embourgeoisement de la gauche occidentale, Carlos en retient le matérialisme dialectique – le capitalisme sera victime de ses propres contradictions – qu’il propose de réinterpréter à la lumière de la loi islamique afin de renouer avec les grandes luttes du passé. L’islam spirituel et doctrinal, porteur d’un dessein divin, serait ainsi devenu l’unique tremplin de la révolte des masses: « Seuls des hommes et des femmes armés d’une foi totale dans les valeurs fondatrices de Vérité, de Justice et de Fraternité, seront aptes à conduire le combat et à délivrer l’humanité de l’empire du mensonge ». Cette alliance entre le politique et le sacré aurait l’avantage de donner sens à une vision binaire du monde, deux blocs opposés: l’Occident dégénéré et son envers positif, une contre-société islamique, dont les règles de vie seraient compatibles avec l’esprit communiste d’un Lénine ou d’un Mao:  » … en mettant des freins au libre exercice du marché. La charia interdit le prêt à intérêt, les pratiques et les règles financières islamiques sont solidaristes, contraires au travail de l’argent, immoral et créateur d’injustice »10.
J'ai parlé d'une première conséquence, le fait que la bourgeoisie ne peut plus mobiliser au nom de la nation (désormais multiethnique, multiculturelle, etc.), mais la deuxième est un fractionnement interne de la nation, des vieilles nations qui n'augure en rien une évolution positive vers une sorte d'irénisme internationaliste dépassant les "arriérations nationales". La génération de 68 avait ridiculisé le fait de se vanter d'appartenir à une nationalité: on était d'abord un internationaliste, ou un citoyen du monde, ou un être humain. Désormais on est d'abord musulman, juif, corse, écologiste, européen, voire joueur de tennis ou DJ!
Se définir comme français, anglais, allemand, etc., est ringard. On ne peut souscrire au caméléon Debray de 1976 qui sortait que la révolution en France n'aurait lieu qu'en "reprenant son héritage national": jacobin? Patriotique? Gaulliste? Debray zigzaguait comme toujours, comme son ami Finkielkraut. Un ivrogne peut, une fois sur deux, indiquer la bonne direction mais il va finir par tomber et s'endormir. Les tenants intellectuels d'une culture française, zemmouriens ou pas, constatent une islamisation rampante, et on les accable d'observer ce phénomène, on les insulte ou on les ignore. Ils ont partiellement raison. La tolérance du religieux ne faisait plus partie de l'esprit français depuis 1905, même s'il a toujours existé des fractions bourgeoises pieuses ou suffisamment hypocrites pour justifier le maintien du carcan idéologique des religions.
Ils sont qualifiés d'islamophobes, une définition qui ne tient pas debout malgré la maïeutique d'un journaliste du Monde11. Il est question que la loi punisse l'islamophobie au même titre que l'antisémitisme. Un Conseil contre l'islamophobie en France (rapport 2014), établit qu'  « il s'agit de l'ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à l'islam. Ces actes sont également légitimés par des idéologies et des discours incitant à l'hostilité et au rejet des musulmans. » Et le Conseil de l'Europe surenchérit: "« Qu'elle se traduise par des actes quotidiens de racisme et de discrimination ou des manifestations plus violentes, I'islamophobie est une violation des droits de I'homme et une menace pour la cohésion sociale. » C'est déjà acquis, labellisé, officialisé, avant d'avoir été discuté, confronté ou soupesé. Depuis le traité de cocu de Lisbonne, la bureaucratie européenne pue. Salman Rushdie ) cette aune devrait être livré aux égorgeurs puisqu'il a osé déclarer: "Je suis aux côtés de «Charlie Hebdo», comme nous devons tous l’être, pour défendre l’art de la satire, qui a toujours été une arme pour la liberté et contre la tyrannie, la malhonnêteté et la stupidité. Le "respect de la religion" est devenue une formule signifiant "peur de la religion". Les religions, comme toutes les autres idées, méritent la critique, la satire et, oui, notre irrespect courageux.» 
Devrons-nous crier un jour: "libérez Debray et Finkielkraut"? Et "sauvez la France de l'islam"!
Il y a de la lucidité chez Finkielkraut dans son constat de la "francophobie"12 et sa défense de la vieille France, bien qu'il soit ambigu lui-même – il est en même temps nationaliste israélien: "Il est évidemment très difficile de répondre à la question : qu’est-ce qu’être français aujourd’hui ? L’identité n’est pas une propriété, c’est une question ; quelque chose d’ouvert et d’évolutif. Mais comme l’a dit Régis Debray, ce sont ceux qui maîtrisent le mieux un legs culturel qui sont capables de le dépasser. Plutôt que de parler de roman national je dirais donc que nous sommes, nous autres Français – Français de souche, car cela existe, ou Français de fraîche date, comme moi – dépositaires d’un grand héritage culturel. La France est une civilisation, ce qui est une chance. Certains peuples, au XIXe siècle, ont dû aller chercher leur identité dans leur folklore mais la France n’en a pas eu besoin : elle a une culture, une littérature, une langue… Je voudrais qu’on ait un peu plus conscience de la richesse de cette civilisation, qu’on ait un peu plus de gratitude pour la beauté de cet héritage".13
Finkielkraut donne des verges pour se faire battre comme chauviniste ringard, mais comme il fût le grand inquisiteur du révisionisme des chambres à gaz en France tout finit par lui être pardonné. La question de fond dépasse ces divers littérateurs du paf: comment passe-t-on de la nation à la fin des nations du point de vue communiste? La décomposition multiculturelle et islamophile va-t-elle rendre impossible toute union du prolétariat au-dessus des diverses divisions et claustrophobies religieuses?
LES CONCEPTIONS OBSOLETES DU MARXISME TROTSKIEN
Sur le site de R.Paris "Matière et Révolution", on peut lire un condensé de la vision simpliste léniniste de l'assimilation et de la question nationale:
"La nationalité et la question nationale en général sont, au fond, une question de classe. Les idées dominantes de toutes les nations sont les idées de leur classe dirigeante. On entend beaucoup parler de la « culture française », de la « culture américaine », etc., comme si ces cultures existaient indépendamment du caractère de classe de la société en question. La classe dirigeante a intérêt à dissimuler l’existence de classes distinctes et mutuellement antagoniques. Mais la culture dominante de toutes les nations n’est autre que la culture de la classe dominante, c’est-à-dire de la classe capitaliste :
« Chaque culture nationale comporte des éléments, même non développés, d’une culture démocratique et socialiste, car dans chaque nation, il existe une masse laborieuse et exploitée, dont les conditions de vie engendrent forcément une idéologie démocratique et socialiste. Mais, dans chaque nation, il existe également une culture bourgeoise (et qui est aussi, la plupart du temps, ultra ?réactionnaire et cléricale), pas seulement à l’état d’" éléments", mais sous forme de culture dominante. » (Lénine, Notes critiques sur la question nationale, 1913.)
Lénine et Trotsky, suivant Marx et Engels, étaient des internationalistes intransigeants. Dans la question nationale comme dans toutes les autres questions, il est totalement inadmissible, pour un marxiste, de faire la moindre concession aux sentiments et préjugés nationalistes. On doit constamment souligner et expliquer les intérêts communs de tous les travailleurs, indépendamment de leur nationalité, de leur langue, de la couleur de leur peau, etc. Le but des marxistes, c’est de promouvoir et de faciliter par tous les moyens possibles l’unité des travailleurs de tous les pays dans leur lutte contre les capitalistes. C’est de ce point de vue que le marxisme défend le droit des nations à l’autodétermination. Le droit à l’autodétermination n’a d’intérêt que dans la mesure où il renforce la lutte contre le capitalisme et contre le nationalisme. Il est entièrement subordonné à la lutte pour le socialisme. Il faut traiter chaque cas selon les circonstances concrètes. Soutenir ou ne pas soutenir ce droit dépend de la situation concrète" (cf. La Riposte).
Pauvre Lénine, il faudrait qu'il nous explique de quoi se compose la culture aujourd'hui, et surtou cette culture bourgeoise qui ne se veut même plus nationale mais multiculturelle et souffreteuse à l'égard des religions et surtout de la principale de plus en plus chez les populations déshéritées. Et ces pauvres trotskiens auront été jusqu'au bout les défenseurs de cette variété de nationalisme obsolète nommé autodétermination, une des pires supercheries du XXème siècle quand la branche du NPA a tenté de glisser la concession de la candidate trotsko-voilée... créant les mêmes émois en son sein que dans le barnum PS lors de l'affaire des mioches voilées de Creil.
Que peuvent faire aujourd'hui les "marxistes intransigeants" contre les diverses manifestations de l'islam, hard, soft et moitié les deux? Le capitalisme étant à l'agonie comme même des économistes bourgeois et l'exhibitionniste Jorion l'assurent, va-t-on directement sauter pacifiquement dans le communisme comme le déclare un fan de Claude Bitot14?
Allons voir du côté du "Fil du temps" et de notre cher Dangeville (Facteurs de race et de nation dans le marxisme):
"Comme nous ne sommes ni des métaphysiciens ni des mystiques, nous acceptons, sans nous couvrir la tête de cendres et sans considérer que le genre humain a à expier ces souillures, qu'apparaissent et se développent de mille façons le mélange des sangs, la division du travail, la répartition de la société en classes, l'Etat, la guerre civile. Mais ce qu'il y a au bout du cycle, avec un mélange des races devenu général et inextricable, avec une technique productive capable d'agir de façon puissante et complexe sur le milieu environnant au point d'envisager de planifier les phénomènes à l'échelle planétaire, c'est la fin de toute discrimination raciale et sociale; c'est une économie à nouveau communiste; c'est la fin, à l'échelle mondiale, de la propriété individuelle qui avait engendré les cultes transitoires de ces fétiches monstrueux que sont la personne, la famille, la patrie."
Tout est simple à l'extrême là aussi avec ces écrits des sixties, finalement avec les mélanges généralisés, indépendamment des clivages religieux, la nouvelle société de paix et d'amour "communiste" mettrait fin naturellement aux horreurs de l'individualisme, de la famille missionnaire et de la patrie coïncée!
Plus radical que les trotskiens, Dangeville oppose à la monoculture bourgeoise une "culture prolétarienne", après l'insurrection bien sûr (conjointe contre nouveaux versaillais et jeunes mercenaires islamistes coalisés15):
"Ce que disent Marx et Lénine, c'est ceci: la bourgeoisie n'admettra jamais que sa culture est une culture de classe. Elle affirme au contraire que c'est une culture nationale propre à un peuple donné, et elle se sert de la surestimation de la langue nationale comme d'un frein puissant pour entraver la formation d'une culture, ou mieux, d'une théorie de classe, prolétarienne et révolutionnaire. Mais il est clair aussi que tout change et s'inverse quand s'effondrent le capitalisme, le mercantilisme et la division de la société en classes. Avec ces institutions sociales périront aussi les langues nationales. Pour la révolution qui tend à les détruire, la revendication de la langue nationale appartient au camp ennemi dès que le plein capitalisme s'est imposé". Dangeville s'appuie sur les travaux d'Engels pour montrer que l'étape de formation des nations n'a pas été facile:
«Nous étions précédemment au berceau de l'antique civilisation grecque et romaine. Nous voici maintenant auprès de son cercueil. Sur tous les pays du bassin méditerranéen, le rabot niveleur de l'hégémonie mondiale romaine avait passé, et cela pendant des siècles. Partout où le grec n'opposait point de résistance, toutes les langues nationales avaient dû céder la place à un latin corrompu; il n'y avait plus de différences nationales [...] tous [étaient] devenus Romains. L'administration romaine et le droit romain avaient partout détruit les anciens liens consanguins et, du même coup, les derniers vestiges d'activité locale et nationale autonome [...]. Mais nulle part n'existait la force capable de forger, avec ces éléments, de nouvelles nations...»(Engels)
Engels rappelait qu'on avait déjà réussi à empêcher que les arabes (maures ou sarrasins à l'époque) et les normands n'envahissent l'empire réservé à Charlemagne:
"La naissance, en quatre ou cinq siècles, des Etats germaniques, dont le pouvoir s'étendit sur les anciennes provinces de l'empire romain et sur l'Italie elle-même. Le plus remarquable était celui des Francs, qui servit à l'Europe de rempart contre l'invasion des Maures et qui, tout en cédant à la pression des Normands à l'autre extrémité, permit aux populations de résister sur les territoires où elles s'étaient établies, fût-ce en donnant lieu à des mélanges ethniques complexes avec des Germains, des Romains et, dans le royaume des Francs, des Celtes aborigènes. Ces Etats germaniques ne pouvaient constituer des nations du fait même de cet enchevêtrement récent de souches ethniques, de traditions, de langues, d'institutions hétérogènes; mais il s'agissait bien d'Etats car ils avaient enfin des frontières solides et une force militaire unifiée".
«Si improductives que paraissent ces quatre cents années [V°, VI°, VII° et VIII° siècles après J.C.], elles léguaient au moins un grand résultat: les nationalités modernes, l'organisation nouvelle et la structure de l'humanité de l'Europe occidentale pour l'histoire à venir [c'est-à-dire pour les XVII°, XVIII° et XIX° siècles]. Les Germains avaient effectivement revivifié l'Europe, et c'est pourquoi la dissolution des Etats de la période germanique n'aboutit pas à l'assujettissement aux Normands et aux Sarrasins, mais à l'évolution [progressive] vers la féodalité (Engels)».
Comment va-t-on passer de la révolution nationale à la révolution internationale alors?
"La révolution nationale n'est pas notre révolution, la revendication nationale n'est pas notre revendication, et elles ne représentent pas pour l'homme la conquête d'un avantage irréversible et éternel. Mais le marxisme les considère avec intérêt, voire avec admiration et passion, et lorsque le cours de l'histoire les remet en cause il est prêt, en temps et lieu décisifs, à se lancer dans la lutte pour elles. Ce qu'il faut étudier, c'est le degré de développement des cycles historiques, en délimitant correctement les aires et les phases. Si mille ans se sont écoulés entre le développement des peuples primitifs du bassin méditerranéen et celui de l'Europe continentale, il est parfaitement possible que le cycle national moderne de l'Occident soit clos alors que celui des peuples d'une autre race, d'un autre cycle et d'un autre continent reste encore ouvert avec son potentiel révolutionnaire pour une longue période.
«On a en outre reproché aux communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur prendre ce qu'ils n'ont pas».
Après une affirmation de principe aussi radicale, il n'était pas question d'ajouter: les ouvriers n'ont pas de nationalité. C'est un fait que les ouvriers sont français, italiens, allemands, etc., non seulement par leur race et par leur langue (nous savons combien il y aurait à redire sur ces deux facteurs), mais par leur appartenance physique à un des territoires gouvernés par l'Etat national des bourgeois, qui influe considérablement sur les vicissitudes de leur lutte de classe, et même sur la lutte internationale. Cela est bien clair."
Non c'est pas clair!


PETIT COURS DE NOVLANGUE

La Novlangue est une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l'expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l’État, l'objectif ultime étant d'aller jusqu'à empêcher l'« idée » même de cette critique1.
Langue officielle d’Oceania, le novlangue a été créé pour satisfaire les besoins idéologiques de l’Angsoc (pour English Socialism) : il doit favoriser la parole officielle et empêcher l'expression de pensées critiques, donc hétérodoxes (comme le navet de Houellebecq qui esquive le présent)
De plus, si la langue possède le mot « bon », il est inutile qu’elle ait aussi le mot « mauvais », car cela suppose l'existence de nuances entre ces deux termes. Le concept « mauvais » est donc détruit pour être remplacé par le « non bon », fabriqué en ajoutant un préfixe marquant la négation (cela donnera « inbon »). En « oldspeak anglais » cela donne : « good », « ungood » et « plusgood » et même « doubleplusgood ».

Outre la suppression des nuances, le novlangue est une incarnation de la double-pensée.
La double signification des mots possède le mérite (pour ses créateurs) de dispenser de toute pensée spéculative, et donc de tout germe de contestation future. Puisque les mots changent de sens selon qu’on désigne un ami du parti ou un ennemi de celui-ci, il devient évidemment impossible de critiquer un ami du parti, mais aussi de louer un de ses ennemis.
Prenons pour exemple le mot « noirblanc ». Quand il qualifie un ennemi, il exprime son esprit de contradiction avec les faits, de dire que le noir est blanc. Mais lorsqu’il qualifie un membre du Parti, il exprime la soumission loyale au Parti, l’aptitude à croire que le noir est blanc, et plus encore, d’être « conscient » que le noir est blanc, et d’oublier que cela n’a jamais été le cas (grâce au principe de « doublepensée »).
L'islam est le culte de l'ignorance systématisée comme le prévoit 1984 (qui visait le stalinisme de 1948): Dans 1984, Syme, un fonctionnaire mettant au point le novlangue, explique précisément la notion de novlangue :
« "Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées [...]. Le processus continuera encore longtemps après que vous et moi nous serons morts. Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. Il n’y a plus, dès maintenant, c’est certain, d’excuse ou de raison au crime par la pensée. C’est simplement une question de discipline personnelle, de maîtrise de soi-même. Mais même cette discipline sera inutile en fin de compte. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait. [...] Vers 2050, plus tôt probablement, toute connaissance de l’ancienne langue aura disparu. Toute la littérature du passé aura été détruite. Chaucer, Shakespeare, Milton, Byron n’existeront plus qu’en versions novlangue. Ils ne seront pas changés simplement en quelque chose de différent, ils seront changés en quelque chose qui sera le contraire de ce qu’ils étaient jusque-là. Même la littérature du Parti changera. Même les slogans changeront. Comment pourrait-il y avoir une devise comme « La liberté c’est l’esclavage » alors que le concept même de la liberté aura été aboli ? [...] En fait, il n’y aura pas de pensée telle que nous la comprenons maintenant. Orthodoxie signifie non-pensant, qui n’a pas besoin de pensée, l’orthodoxie, c’est l’inconscience." » (1984, Chapitre V)

EBAUCHE DU PETIT DICO DE LA NOVLANGUE CUCULTUELLE FRANCAISE

Cette novlangue tout à fait conforme aux préceptes orwelliens permet tous les raccourcis et clichés bourgeois que vous pouvez subir quotidiennement à la télé, en réunion syndicale ou avec un gauchiste qui essaie de vous refiler son canard au coin du marché.

Antifascisme: tout lycéen en âge de faire de la mobylette et de porter un casque peut devenir un antifasciste confirmé à condition de crier au réveil "Le Pen salaud le peuple aura ta peau".
Complotisme : l'interprétation type des pauvres cons, plus complexe et plus pertinente que la version officielle ou les faits eux-mêmes. Duduche apporte la vérité cachée à Ahmed ou l'inverse. La théorie du complot va dévoiler la vérité. Ils sont les initiés par rapport à la masse qui n’arrive pas à voir qu’on lui ment. Adhérer à une théorie du complot, c’est adhérer à une vision critique du monde qui nous entoure, que ce soit au niveau politique ou médiatique. Sous-entendu, les gens qui nous gouvernent et nous informent sont des menteurs. Ce qui signifie surtout qu'il n'y a jamais de complot en politique car les élections, leur organisation et déroulement sont le fait de gens honnêtes, choisis pour défendre le peuple, rien que le peuple.
Devoir (de citoyen): des gens sont morts pour que tu puisses voter.
Identité : Il y a un problème d'identité avant un problème de religion. La première génération d'immigrés musulmans, souvent maghrébins, n'avait pas de difficultés liées à la religion. Le problème arrive avec la deuxième, troisième et maintenant quatrième génération. Pour elles, en attaquant l'islam, vous attaquez plus leur identité que leur foi. Poil au foie.
Haine : un seul parti diffuse la haine le FN c'est pourquoi on prononce Fhaine.
Islam : religion de paix et d'amour
Islamophobie : Le terme « islamophobie » suggère à l'origine une peur collective de la religion musulmane. Mais il s'impose depuis quelques années comme l'ensemble des réactions de rejet vis-à-vis des personnes musulmanes (ou supposées telles). En effet, si le suffixe « phobie » désigne étymologiquement une peur, son sens a dévié et peut désigner communément une notion d'« hostilité sociale », comme dans les mots xénophobes, homophobes, etc.". (définition de l'immonde, je ne la valide pas du tout, elle se ridiculise d'elle-même).
Race: il n'existe plus de races il n'y a qu'une race humaine. Ceux qui parlent de races au pluriel sont des racistes. L'espèce humaine n'existe plus non plus car les animaux en font partie, il est prouvé qu'ils sont sensibles.

Racisme : Tous ceux qui ne pensent pas comme moi, ne couchent pas avec moi et n'enlèvent pas leur béret quand je les croise.







1Deux sourates sur les 200 hyper violentes:  « Exterminez les incrédules jusqu’au dernier »« Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le »...
2Nouvel Obs fin janvier 2015.
3Sincère retournement de veste de l'élu du parti bourgeois, à l'époque de l'affaire du collège de Creil – trois gamines qui refusaient d'ôter le voile - cet ex chefaillon de SOS racisme avait hurlé avec les anges gauchistes qu'il était "scandaleux que l'on puisse au nom de la laïcité malmener les convictions personnelles"; quand, maintenant il déclare tout de go: "Creil c'est l'erreur historique de SOS. On n'avait pas compris les valeurs en jeu. Il fallait demander d'emblée que les filles soient renvoyées". Les islamo-gauchistes blâmeront ce retournement comme tactique électorale pour chasser "sur le terrain du FN"!
4Le député socialiste Razzy Hammadi est revenu sur la lâcheté et les petits arrangements des élus locaux de la gauche plurielle, qui font construire sur leurs territoires des mosquées en échange du vote des communautés musulmanes. Invité à s’exprimer aux micros d’Olivier Galzi, sur I-Télé, le député de Seine-Saint-Denis et ancien président du Mouvement des jeunes socialistes a donc dénoncé les « lâchetés » des élus locaux face à la montée du communautarisme, avant d’avouer que « certains (élus locaux) ont négocié les mosquées contre des voix »


5En Afrique francophone, et plus particulièrement en Côte d'Ivoire, l'expression « Les jaloux vont maigrir » symbolise la force de la jalousie, travaillant le jaloux jusque dans ses chairs. Cette expression a été popularisée par le chanteur Mokobe du groupe 113 dans sa chanson au titre éponyme.
6Myriam Benraad préfère les concepts d'humiliation et de revanche, comme elle l'écrit dans Libération: "Humiliation et revanche se sont longtemps trouvées liées au terrorisme, le facteur psychologique fondant bien souvent le recours à la terreur en précédant la lutte politique en tant que telle. Le jihad, très tôt justifié au nom d’une revanche des musulmans contre les interférences et l’oppression d’un Occident judéo-chrétien impérialiste et diabolisé, est donc aussi la manifestation d’émotions, au-delà de ses soubassements plus politiques et des préjugés culturalistes usuels concernant une supposée «prédisposition» de l’islam ou encore de la culture arabe à la violence". Drôle de revanche!
7Cf. L'opposition à la guerre impérialiste, ed lbc).
8 Dans l'émission de L.Ruquier, l'anar camusien mandarin de l’Université populaire de Caen s’est lamenté que la gauche jette l’anathème sur un Alain Finkielkraut, au prétexte que sa dénonciation d’une école qui fabrique des crétins, et maintenant des barbares, fait le jeu du fascisme (AF le voit partout) alors que cette même gauche "ne cesse d’abandonner la patrie, la nation et l’éducation à l’extrême droite". Michel Onfray a conclu en souhaitant que l’on puisse, à gauche, aborder la question de l’islam sans verser « dans une vision islamophile irénique en laissant dire qu’elle est une religion de paix, de tolérance et d’amour ». Onfray fait partie des adeptes de la déradicalisation par l'institution d'un islam de France doux et tolérant.

9Pour ceux qui veulent se colleter avec l'argumentaire de l'ex-moustachu, extraits: "Bon, autrement dit, ce n’est pas pour rien qu’il n’y a chez Marx ni une théorie de la politique, ni une théorie de la culture, parce que la politique et la culture c’est actuellement dans l’Etat ou la nation, dans l’Etat national que ça se passe. C’est évident que la politique ça n’existe pas chez Marx, c’est tout de même gênant ! Il n’y a pas de théorie de l’organisation, il n’y a même pas de théorie qui rendre nécessaire une organisation. Je veux dire qu’il y a des lacune immenses chez Marx et je crois que toutes ces lacunes, qui sont plus que des lacunes, qui sont des contradictions logées au corps du système, elles ont lieu dans la nation. C’est dans cette petite lacune que se cristallise, que se concentre tout le non-dit du marxisme. Mais ce non-dit, quand tu le dis, ça fait exploser le reste. En ce sens, je pense que la nation c’est vraiment le noyau atomique dans la déflagration du marxisme en tant que théorie et du socialisme en tant que pratique. Exemple : ce qui s’est passé depuis cent ans. Alors que s’est-il passé depuis cent ans ? Nous pouvons maintenant en parler. Je t’ai livré quelques présupposés qui sont nécessaires… Maintenant, on peut localiser des questions de détail, on peut si tu veux les fonder.
"moi je dis parce que toutes les fois qu’on veut imposer le régime socialiste contre l’affirmation d’une identité nationale, c’est le régime socialiste qui perd. Parce que, ce que l’histoire montre, c’est que le prolétariat contre la nation, c’est le pot de terre contre le pot de fer. Toute l’histoire contemporaine montre que les dictatures du prolétariat ne se sont implantées que lorsqu’elles se sont assimilées à une lutte de libération nationale ou à la sauvegarde de l’identité nationale. Il y a une chose très frappante, c’est la façon dont Marx rend compte de la Commune. Car quand on étudie la Commune tant soit peu, il y a une dimension qui éclate à la gueule du premier venu, c’est la dimension patriotique. Et même chauvine ! Et Marx qui a imposé sa mythologie de la Commune, puisque c’est à travers sa grille qu’on la déchiffre, a complètement liquidé cet aspect de sursaut patriotique contre l’envahisseur. Pourquoi on fout Trochu et Jules Favre à la porte ? Parce qu’ils n’ont pas su lever le siège de Paris, parce que les percées qu’ils ont essayé d’opérer ont été des percées faibles, bref parce qu’on les accuse de complicité avec l’ennemi ! Il y a une dimension patriotique extrême dans la Commune, qui naît d’un sursaut patriotique. Chez Marx, on n’en parle pas".
"Du côté des pays capitalistes, dans toutes les périodes de crise, on a constaté que l’identification à la nation était toujours plus forte, même dans le prolétariat, que l’identification à la classe. Je veux dire dans les grandes masses. La crise de la social-démocratie en 1914, ce n’est pas seulement la trahison d’une poignée de chefs – idée contre laquelle Lénine s’est insurgé. Ce n’est pas seulement la conséquence historique de toute une période sociale avec la formation des pays impérialistes et par là même d’une aristocratie ouvrière.
C’est je crois quelque chose de plus profond (on a d’ailleurs retrouvé des choix analogues dans des alternatives du même genre dans d’autres circonstances) : je veux dire que la division horizontale en classes est apparue dans l’histoire des sociétés beaucoup plus tard que la division culturelle segmentaire : ethnie, nation, peuple, et qu’il y a une loi anthropologique, aussi bien dans l’organisation psychique que dans l’organisation sociale, aussi bien de l’ontogénèse que de la philogénèse, et qui est que les couches les plus profondes d’une formation nationale ou d’une personnalité sont celles qui résistent le mieux. Autrement dit, que l’archaïque, c’est le noyau dur. C’est ce qui est le plus ancien et le plus actif. Donnée psychanalytique et historique de base."

10A lire sur le site Mezetulle. J'avais déjà relevé cette conversion bizarre de Carlos dans mon livre Immigration et religion.
11Le terme « islamophobie » suggère à l'origine une peur collective de la religion musulmane. Mais il s'impose depuis quelques années comme l'ensemble des réactions de rejet vis-à-vis des personnes musulmanes (ou supposées telles). En effet, si le suffixe « phobie » désigne étymologiquement une peur, son sens a dévié et peut désigner communément une notion d'« hostilité sociale », comme dans les mots xénophobes, homophobes, etc.". Belle déviation grammairienne en effet, les procureurs de la novlangue sont débiles.


12Devra-t-on créer aussi un Conseil contre la francophobie, notoire et répétitive: "les françaises sont des salopes", "une arabe qui sort avec un gaulois est une salope", etc.
13On peut surtout supputer qu'il fait montre d'un chauvinisme français de bon aloi pour justifier un nationalisme juif car il semble choqué par la déclaration de Tony Judt, essayiste autrement pertinent. Dans un article publié en 2004 dans la revue Le Débat, l'historien anglais Tony Judt écrivait que «dans un monde où les nations et les hommes se mêlent de plus en plus et où les mariages mixtes se multiplient, où les obstacles culturels et nationaux à la communication se sont presque effondrés, où nous sommes toujours plus nombreux à avoir des identités électives multiples, et où nous nous sentirions affreusement gênés s'il nous fallait répondre à une seule d'entre elles ; dans ce monde, Israël est véritablement un anachronisme.»
14"Quant à ceux qui assimilent les offensives djihadistes à une expression des rivalités "inter-impérialistes", ils se révèlent pour le moins frappés de cécité ou plutôt se mettent à eux-mêmes des œillères pour tenter conforter leurs schémas habituels et éculés. Les piliers fondateurs et incontournables du capitalisme ne sont pas les religions mais : le productivisme, l'industrialisme, le consumérisme et la réification du vivant. Comme l'indiquait Claude Bitot récemment, parler de "barbarie capitaliste" est un non-sens : nous tous, vivons depuis 1945 dans un monde relativement stable, qui nous a apporté confort, sécurité (même si elle est toujours restée relative), consommation et loisirs. Les barbares islamistes se sont développés en opposition justement à la modernité capitaliste.
    Par ailleurs, le monde actuel avance tranquillement mais sûrement vers sa crise définitive : définitive, au sens où la forme sociale capitaliste se sera effondrée, au sens où l'alternative de l'humanité sera barbarie ou cours vers le communisme". (JL O)
15J'actualise car Dangeville a écrit tout cela il y a quatre décennies et n'a jamais connu Daesch et consorts.

lundi 26 janvier 2015

PRISE DE POSITION DE ROBIN GOODFELLOW







 
Internationalistes, toujours et partout !




Contre l’état bourgeois, toujours et partout !
 
 







sommaire Sommaire.. 2
1.             Des événements inévitables.
2.            La critique de la religion.
3.            La défense de la démocratie.
4.            Le poison du racisme et du nationalisme.
5.            Contre toutes les menaces armées.
6.            Contre l’unité nationale..

La situation créée en France par les attentats débutés le 7 janvier 2015 avec la tuerie de Charlie-Hebdo devrait susciter une réponse unie de la part de tous les groupes et individus se réclamant de la gauche communiste et internationaliste. Encore faut-il avoir une analyse claire des événements, et de leur contexte sous-jacent ce qui est loin d’être simple.
Le camp prolétarien doit en effet déjouer plusieurs pièges très dangereux que pourraient créer des prises de position énoncées à mauvais escient.

1.           Des événements inévitables.

Dans une société fondée sur l’antagonisme de classes, qui plus est dans une situation où les crises économiques et le déclin relatif du capitalisme français sur le marché mondial accroît la misère d’une partie de la population et met à mal la paix sociale, il est inévitable que se produisent des explosions de haines et de folies meurtrières qu’il ne sert à rien de déplorer ou de condamner. Elles sont, ainsi que leurs victimes, aussi inévitables que les morts lors de tempêtes, d’inondations ou de tremblements de terre. De même que la tectonique des plaques engendre une accumulation d’énergie qui à certains moments de rupture est brutalement relâchée en provoquant aveuglément tremblements de terre et raz de marée, la société bourgeoise accumule sourdement des tensions sociales dont nous venons de vivre une des manifestations.

La bourgeoisie française, incapable de maîtriser le développement des forces productives et de mettre un terme à la séparation de la société en classes antagoniques aux intérêts irréconciliables, menant et poursuivant sur divers théâtres d’opération sa politique impérialiste, confrontée à un déclin relatif de sa position sur l’échelle des nations, a permis, comme d’autres sociétés européennes, que se développe au sein de la société, généralement parmi une jeunesse en rupture de ban, celle qui ressent le plus les effets de cette situation, une révolte radicale. Celle-ci n’a rien à voir avec celle qui caractérisait l’action des groupes armés des années 1980 : RAF, Brigades rouges, Action Directe, … dont l’idéologie politique était un « marxisme » dégénéré et bâtard. Ces groupes étaient issus du mouvement social prolétarien des années 1960 et 1970 dont ils représentaient une excroissance petite-bourgeoise, incapable d’affronter de manière efficace l’Etat bourgeois et porteurs d’un projet politique à la fois utopique et réactionnaire (une démocratie populaire) tel qu’en propose le socialisme petit-bourgeois.

Rien de tel ici. Nous avons à faire à des individus ou groupes radicalisés qui constituent une couche non négligeable (vraisemblablement plusieurs milliers en France et à coup sûr à l’échelle européenne) issus des franges d’un prolétariat immigré et de sa descendance mais dont la contre-culture et la contre société qu’ils ont développé dans certains quartiers populaires entraîne dans leur sillage, de manière significative (autour du ¼ des recrues), d’autres jeunes prolétaires qui n’avaient pas vécu dans une atmosphère de culture musulmane[1]. Le terreau est formé d’un mélange de chômage endémique, de misère économique contrebalancée par le recours à la délinquance et aux trafics, de rejet raciste, de faillite de l’enseignement, d’acharnement policier et d’un mépris de classe subi en permanence.
Cette mise au ban de la société entraîne, pour une frange d’individus, la recherche d’une identité spécifique[2] qui entre en opposition avec nombre de traits du caractère national dominant : assimilationnisme, égalitarisme, laïcisme ombrageux … S’y ajoute le déracinement culturel en particulier pour les mâles confrontés à une perte de statut d’autant plus grand que, parallèlement, le patriarcat traditionnel de la société française s’effrite sinon s’effondre.

Pour autant, en l’absence de grandes luttes de classes, de l’absence d’un parti prolétaire indépendant et opposé aux autres partis et de l’attraction « naturelle » que pourrait représenter un en tel parti en lutte contre la bourgeoisie et son Etat pour la conquête du pouvoir politique, ces individus choisissent, alors que le drapeau rouge est discrédité et souillé par la contre-révolution social-démocrate et stalinienne et les diverses expériences soi-disant « socialistes », de se glisser dans les plis du drapeau vert de l’islam. Ils y puisent ainsi une idéologie politique qui leur permet de prendre les armes contre un ennemi fantomatique, figure fantasmée de l’impérialisme de « l’occident » réduit aux « mécréants » qu’il faut convertir de gré ou de force. De ce fait, ils englobent dans leur haine la plus grande partie de ce même prolétariat occidental dont ils sont souvent issus à travers la sédimentation par couches successives constituées au fil des différentes vagues d’immigration.

Leur combat n’a rien à voir avec le fascisme, ou avec l’extrême-droite. Pour autant que les mots ont un sens,  il faut réserver le qualificatif de « fascistes » aux forces, pour une part supplétives du régime démocratique puis se réclamant d’un état corporatiste ; des forces qui écartent du pouvoir politique une bourgeoisie (en ce sens il s’agit d’une forme de bonapartisme) effrayée de sa victoire contre le prolétariat, lui interdit toute représentation politique autre que le parti unique tout en lui assurant la continuité de ses affaires et la domestication du prolétariat et des classes moyennes, elles aussi privées d’expression politique ; des forces qui pillent le socialisme pour mieux l’écraser. Contre-révolution à la fois posthume (c’est la république démocratique qui a vaincu le prolétariat) et préventive afin de combattre et écraser la menace de la révolution prolétarienne, fut-elle déjà annihilée, le fascisme continue despotiquement l’œuvre de la bourgeoisie, la poursuite de la constitution de l’Etat nation et de ses ambitions impérialistes. C'est ainsi qu'ont fonctionné les formes classiques du fascisme en Italie et en Allemagne à partir de la contre-révolution des années 1920, dans une configuration historique dont les contours stricts ne sont pas répétables aujourd'hui.

Tout mouvement violent ou haineux, nationaliste, xénophobe ou antisémite n’est pas forcément « fasciste », y compris à l’extrême-droite, celle-ci pouvant représenter, par exemple, une droite nationale « classique ». Le projet d’une république islamique homogène est strictement réactionnaire dans le cadre du capitalisme occidental moderne et bien évidemment doit être combattu par le prolétariat ; la république démocratique est l’ultime champ de bataille entre le prolétariat et la bourgeoisie. Les bases matérielles d’un tel projet, si nous écartons les fantasmes racistes qui voient dans les évolutions démographiques de l’Europe et les conversions à l’islam l’équivalent d’une cinquième colonne, sont fondamentalement absentes et par conséquent, elles n’aboutissent qu’à donner une forme absurde, xénophobe, antijuive, raciste, théiste, terroriste, à une révolte sociale si ce n’est à la transformer en acte de guerre contre l’impérialisme français[3].

En effet, il ne s’agit pas non plus de desperados isolés, puisqu’ils se situent dans une logique de réseau, reliés aux mouvements opérant au proche et au Moyen-Orient et que leur nombre (plusieurs milliers en Europe) témoigne de l’importance du phénomène. Pour retrouver un tel niveau d’engagement (en y ajoutant les combattants qui viennent de pays où la religion dominante est l’islam), il faut se retourner vers la guerre d’Espagne et les brigades internationales. Il est en même temps difficile de caractériser ce courant dans les catégories politiques classiques. Si la république islamique se présente comme une utopie réactionnaire en France, elle peut être ailleurs un cadre adéquat pour le développement du mode de production capitaliste (en Iran par exemple[4]) et la féroce exploitation du prolétariat qui l’accompagne. C’est d’ailleurs dans des contextes similaires que s’effectuent les combats de l’Etat islamique, bande armée qui fédère les intérêts sunnites écartés du pouvoir par la chute de Sadam Hussein et dont l’action terroriste barbare et à base de « purification ethnique », procédé jugé par défaut tout à fait acceptable par la bourgeoisie occidentale notamment en Yougoslavie[5], remet en cause les frontières tracées par les impérialismes français et britanniques. C’est sur ces terrains, pour ceux à qui la réalité de ces luttes n’a pas décillé les yeux et permis d’échapper par la fuite et le retour en Europe à encore plus d’endoctrinement sectaire, que se battent au péril de leur vie nombre de ces soldats perdus.

Contrairement au discours qui veut que les peuples du Moyen-Orient sont inaptes pour une république démocratique[6], et qui sont autant de justification d’une politique impérialiste éclairée et de défense des autocraties en place, le prolétariat doit en faire la conquête.

Il s’agit donc d’un courant qui peut s’ancrer durablement dans le paysage social et politique qui marque également, sous une forme aliénée, un développement de la lutte entre les classes mais dont les actions peuvent d’une part pousser à la radicalisation des antagonismes raciaux et religieux qui parcourent la société française (et européenne), envenimer l’antagonisme entre les fractions du prolétariat, antagonisme attisé par les idéologues de la bourgeoisie soit à travers le déni de réalité soit en répandant les préjugés racistes. La bourgeoisie en profitera pour peaufiner son arsenal répressif tant du point de vue juridique que militaire, et pour entraîner le prolétariat sous la bannière démocratique et servir ses intérêts impérialistes. Ce serait une fatale erreur que de se réfugier dans l’union nationale avec les différentes fractions de la bourgeoisie.

Premier piège : être paralysé entre la déploration de la violence et l’allégeance à la « protection » de l’état bourgeois. Voir dans ces phénomènes uniquement des facteurs religieux indépendants de la lutte des classes.

2.           La critique de la religion.

Imaginer qu’il existe une essence de l’Islam, indépendante des modes de production, des classes sociales, des intérêts nationaux, bref de toute base matérielle est bien sûr une conception idéaliste. Pas plus que le stalinisme n’est a priori contenu dans Marx, le « djihadisme » n’est contenu a priori dans le Coran. Pour s’affirmer face à l’Occident, dans le cadre de mouvements d’émancipation bourgeoise vis-à-vis des différents impérialismes, il s’est avéré nécessaire pour les classes porteuses de cette perspective de forger une idéologie susceptible d’être une alternative de combat à l’idéologie démocratique des puissances impérialistes. Pendant un temps, le socialisme, sous sa forme dégénérée avait joué ce rôle avec le tiers-mondisme. Dès lors qu’il était en faillite, il était à la fois aisé et nécessaire de trouver dans une des multiples et foisonnantes interprétations de l’islam les éléments adéquats (de ce point de vue l’islam a des caractéristiques qui favorisent particulièrement cette entreprise idéologique). Il s’agissait de bâtir une idéologie politico religieuse capable de fournir un modèle d’Etat, un ensemble de lois, une théorie non démocratique, une communauté (la communauté des croyants) susceptible de transcender les frontières bien que les groupes qui la portent ne dépassent pas le cadre de l’Etat nation (même si celui-ci reste à constituer et ne correspond pas nécessairement aux frontières actuelles). Donc, une idéologie nationale révolutionnaire capable d’émanciper la nation de la domination impérialiste et de permettre la domination et la création d’une bourgeoisie nationale. Ce type d’idéologie a permis et permet, comme dans tout le cours des révolutions bourgeoises, sous toutes les latitudes, d’écraser les expressions autonomes du prolétariat qui se manifestaient dans la foulée (exemple de l’Iran). Par conséquent, sous le manteau religieux, il est indispensable d’en comprendre le contenu de classe[7].

En Europe, et en France, l’islam radical, idéologie politique, trouve dans l’islam les éléments d’une contre- culture (vêtements, aliments, fêtes, rituels religieux, lieux de cultes, langue), d’une forme de résistance aux évolutions de la société bourgeoise moderne. Par exemple à la tendance à nier les différences entre les sexes, s’opposera la résurgence d’un machisme porté par des traditions patriarcales et une structure de la parenté propres à certaines des régions où la religion dominante est l’Islam. Cette tradition de domination masculine est mise à mal par les évolutions de la société bourgeoise[8], le succès relatif (scolarité, emploi) des sœurs par rapport aux frères[9], etc. Ainsi, une minorité - plus large cependant que la pointe émergée que représente l’islam politique – tend, en réaction au sort qui lui est fait, à constituer de fait une population allogène. Cette perspective qui heurte le sentiment national français (y compris des assimilés musulmans ou issus de culture musulmane), est ressentie comme une provocation et alimente les préjugés racistes de certaines fractions de la bourgeoisie[10].

Que cette idéologie politique relève plus d’un folklore guerrier et d’une contre-culture que d’un véritable engagement théologique structuré et fanatique ne doit pas entraîner le prolétariat à accepter l’idée qu’il y a une « bonne » facette de la religion et à se réfugier dans le giron d’une église officielle et « responsable » quelle qu’elle soit.

Dès lors que la bourgeoisie est devenue la classe dominante – et après avoir joué un rôle essentiel dans sa phase révolutionnaire dans la critique de la religion et de l’Eglise – elle a tôt fait de comprendre que la religion est une arme de premier choix pour soumettre le prolétariat à sa domination. Les révolutionnaires doivent combattre l’influence de la religion et aucune d’entre elles ne peut bénéficier d’une indulgence particulière au prétexte qu’elle serait plus particulièrement la religion des « opprimés » ou aurait un caractère « anti-impérialiste ». Les masses ouvrières et les femmes des pays où domine la religion musulmane paient notamment un lourd tribut à la férule religieuse, pour le plus grand profit des bourgeoisies locales qui les exploitent et leurs alliés impérialistes, de l’Est ou de l’Ouest[11]. En même temps, le parti révolutionnaire défend la liberté de conscience, défend la liberté religieuse et ne combat pas la religion de la même manière que l’anticléricalisme bourgeois ou l’anarchisme. Il évite les formes qui pourraient engendrer un élément de division du prolétariat et met en avant la lutte sociale, la lutte de classe contre la bourgeoisie afin de permettre, dans le mouvement, de dépasser les divisions et diriger le prolétariat vers la conquête du pouvoir politique. Tandis que, d’un côté la bourgeoisie bien-pensante « somme » les musulmans de France de se « désolidariser » d’avec la fraction terroriste et ses actions, contribuant à stigmatiser les fidèles et jetant de l’huile sur le feu par rapport à une religion qui serait par essence « suspecte » (à ce compte, le christianisme, entre les croisades, l’inquisition, les bûchers, les guerres de religion, la bénédiction de toutes les saloperies coloniales et la férule brandie dans les villes et les campagnes contre toute forme de critique pourrait prétendre à la première place[12]) ; d’un autre côté, les imams en quête de notabilité et les représentants de cette religion particulière y cherchent une reconnaissance officielle pour mieux jouer leur rôle de chiens de garde et coller l’étouffoir sur toute tentative de révolte qui viendraient de prolétaires dont l’identité est réduite au seul statut de « musulmans ». Les fractions dominantes de la bourgeoisie souhaitent à la fois le maintien et le développement d’une religion susceptible de maintenir sa domination en offrant notamment le paradis comme consolation des malheurs d’ici-bas et étouffer toute velléité révolutionnaire. En même temps, ils voudraient que cette religion s’adapte aux lois de sa république (concernant par exemple la question de la polygamie ou de l’héritage défavorables aux femmes, lois par exemple en vigueur en Algérie et conformes à une certaine lecture du Coran), tienne compte du passé et du paysage architectural (pas de lieux de culte[13] dominateurs – minaret, appel à la prière) voire du caractère national (effacement des signes d’appartenance les plus ostensibles - ce qui a notamment conduit à la loi sur le voile à l’école -) afin d’accompagner un mouvement de sécularisation et d’assimilation qui est tout aussi réel sinon plus vaste que la tendance au communautarisme[14]. De nombreux points, plus qu’épineux, subsistent encore comme celui de l’abattage rituel et ses suites, les calendriers des fêtes, …

Enfin, il faudrait se garder d’identifier musulman et prolétaire, immigré[15] et musulman, immigré et prolétaire, dans la mesure où d’une part, les nouveaux arrivants ne relèvent pas nécessairement ni de cette classe sociale ni de cette religion, et qu’au sein des populations de tradition musulmane émerge une classe moyenne[16] et une bourgeoisie. C’est un des grandes forces de la société bourgeoise que de permettre aux plus travailleurs, aux plus entreprenants, aux plus studieux, aux plus savants, aux plus courageux, aux plus intelligents, aux plus talentueux, aux plus chanceux, aux plus beaux etc. de devenir membres de la classe dominante ou de ses serviteurs les mieux lotis. Mais ce que la bourgeoisie appelle la « méritocratie » ne peut s’appliquer en aucun cas à la classe considérée dans son ensemble. A côté de l’exemple de l’immigré « intégré », ou du prolétaire « de souche » qui ont quitté le prolétariat, subsiste nécessairement une classe prolétaire, elle-même en évolution, rivée au char de l’exploitation et soumis à tous les aléas de la société bourgeoise, chair à plus-value et chair à canon. Enfin, tout français ou étranger originaire (à un certain degré) d’une région où domine l’islam n’est pas nécessairement musulman[17]. Outre que certains se convertissent au christianisme (10% des baptêmes) une partie a rompu ou est susceptible de rompre avec la religion voire d’embrasser le socialisme internationaliste.

Deuxième piège : oublier que la lutte pour l’émancipation de l’humanité passe par une critique radicale de la religion, qui ne signifie pas une stigmatisation ou une persécution des fidèles ni une fermeture des lieux de culte, mais une transformation radicale des conditions de vie qui rende superflu le recours au « baume » que représente la religion pour la « créature accablée » (Marx). Mais ne pas prendre le prétexte de la lutte contre la religion pour faire dévier la lutte contre la bourgeoisie et la conquête du pouvoir politique en divisant les prolétaires. Dans son action immédiate, le parti prolétaire (aujourd’hui inexistant) demande partout une séparation marquée de l’Eglise et de l’Etat (ce qui, en France, signifie notamment la remise en cause des avantages dont disposent certaines religions à commencer par la religion majoritaire : la religion catholique – ex. le concordat en Alsace-Moselle)

3.           La défense de la démocratie.

La cible constituée par un journal[18] et des caricaturistes a fait se lever une bourgeoisie et une petite-bourgeoisie dégoulinante de bons sentiments pour défendre la « liberté de la presse » et la « liberté d’expression ».

Le parti prolétarien défend la plus grande liberté d’expression, mais il ne compte en aucun cas sur la démocratie bourgeoise, sur l’état bourgeois pour la garantir. Il sait que la bourgeoisie est le principal liberticide. Il sait qu’elle ne tolère la liberté d’expression que quand elle ne remet pas en cause son propre pouvoir et qu’elle est prompte à rogner et suspendre les libertés publiques et individuelles dès qu’elle se sent menacée.

En France, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, dans le cadre restauré de la république démocratique, la bourgeoisie n’a cessé de remettre en question la liberté de la presse ou d’association et dispose de tout un arsenal de lois. Par exemple celles dites « mémorielles » ou celles qui prennent le prétexte de l’antiracisme pour interdire certaines expressions politiques ou théoriques voire même la simple expression de faits.

A la fin de 2014, le renforcement des lois anti-terroristes a encore accru les possibilités de museler toute expression en introduisant une forme de délit d’opinion[19]. Le reproche « d’apologie du terrorisme » peut être suffisamment vague et étendu pour mettre deux ans en prison des partisans de mouvements qui, considérant les pratiques tant des révolutions (bourgeoises en tout premier lieu) que des contre-révolutions (terreur blanche), reconnaîtrait la nécessité de se préparer à de telles éventualités comme de couper des têtes de rois (révolution anglaise, française), de faire face à la contre-révolution par une politique employant la terreur (révolution française, révolution russe), de fusiller des évêques otages (Commune de Paris) ou des tsars (révolution russe). Il s’agit là de phénomènes inhérents à toute révolution, et la propagande révolutionnaire qui appelle à prendre la tête de ces actions[20], si ce n’est tous les manuels d’histoire qui justifient peu ou prou la nécessité ou l’utilité de ces mesures, ou encore certains passages de la constitution de 1793, tombent évidemment sous le coup de « l’apologie du terrorisme ».

Qui plus est, c’est bien la bourgeoisie que ce soit sous un angle révolutionnaire, conservateur ou contre-révolutionnaire qui n’a jamais hésité à utiliser des moyens d’une barbarie sans nom et le terrorisme le plus implacable. C’est bien la bourgeoisie qui n’a pas reculé devant l’extermination de groupes entiers de population[21]. C’est bien dans les pays signataires de la déclaration universelle des droits de l’homme que l’on n’a jamais hésité à pratiquer l’intimidation, la torture et l’assassinat. Bien plus, la bourgeoisie s’y est montrée complice sinon participant actif des massacres et autres exterminations qui endeuillent régulièrement la planète.

Troisième piège : Tout en défendant le cadre d’une république démocratique si ce dernier venait à être renversé (la bourgeoisie étant le principal suspect), le prolétariat ne doit pas renoncer à critiquer l’hypocrisie de la bourgeoisie qui ne soutient la liberté d’expression et notamment la liberté de la presse que si celle-ci ne remet pas en cause (quelle qu’en soit la forme) ses privilèges et sa domination. Le prolétariat doit donc revendiquer l’extension la plus grande possible des libertés publiques et individuelles et demander l’abrogation de toutes les lois liberticides afin d’obtenir la plus grande liberté de mouvement et d’expression. Il doit se constituer en parti politique indépendant et opposé aux autres partis.

4.           Le poison du racisme et du nationalisme.

Les préjugés raciaux ne se combattent pas avec de bons sentiments ni des positions théoriques. Ils sont profondément ancrés dans la matérialité de la vie sociale et ne se dépassent, avant de disparaître, que dans la dynamique d’événements historiques suffisamment grands pour faire fondre le sentiment des différences culturelles et ethniques. Les combattants de la Commune ouvrirent « grand leurs bras » (Marx) aux étrangers[22], mais une partie des bannis et déportés - à l’exception notable de Louise Michel, « la canaque » - combattirent ensuite aux côtés des gendarmes pour écraser les révoltes des Calédoniens.

La reproduction de l’espèce[23] est une composante de la base matérielle des sociétés. Les évolutions de la démographie sont un élément à prendre en compte pour comprendre celles de la société. La race blanche qui domina le monde - et à ce titre est identifiée dans sa globalité à l’expansion capitaliste, à la domination coloniale et impérialiste – est en déclin à l’échelle mondiale[24]. En Europe, outre les effets de l’allongement de l’espérance de vie, l’accroissement de la population n’est fondamentalement dû qu’aux apports de populations non européennes et non blanches et à leur descendance. Le marxisme n’a jamais nié qu’il existait un caractère national (il n’est d’ailleurs par nécessairement identique d’une classe à l’autre), ni que celui de la nation d’accueil était identique à celui d’une population immigrée. Comme les populations immigrées ont également un nombre, une histoire et un contexte d’immigration, une origine sociale au sein de la nation d’où ils sont partis, des structures de parenté, des religions et des cultures, souvent des langues, différents, que leur rôle social va les mettre en concurrence avec les membres des autres classes de la population, leur insertion est toujours source de tensions.

Marx et Engels ont montré à travers le cas classique de l’Irlande, la nation qui a connu le plus grand taux d’émigration au monde, et de l’Angleterre, les effets de l’immigration sur le prolétariat. En rejoignant l’armée de réserve industrielle, les immigrés non seulement pèsent sur le salaire des ouvriers de même qualification, mais compte tenu des habitudes sociales dans leur pays d’origine ce sont même les constituants de la force de travail qui peuvent être revus à la baisse[25], non seulement le prix mais la valeur de la force de travail du fait d’un nouveau standard de vie est abaissée[26]. L’immigration n’est donc pas due comme le justifient les bonnes âmes des classes supérieures qui profiteront de services moins chers, au fait que les prolétaires autochtones ne voudraient plus faire le travail qui est désormais confiée à la fraction immigrée, mais à ce qu’ils rechignent à accepter les conditions sociales qui leur sont proposées du fait de la concurrence et qui les entraînent vers le bas.

Il n’y a pas la moindre xénophobie chez Engels. Lui, qui vivait avec une ouvrière irlandaise, défend toujours le caractère national irlandais quand il juge qu’il est déformé[27] et montre que ce sont les conditions sociales qui conditionnent complètement l’existence de certains maux comme l’alcoolisme[28] par exemple. Après avoir montré tous les maux endurés par le prolétariat et les effets sur son comportement social (santé menacée, logements dégradés, nourriture de mauvaise qualité, éducation insuffisante, influence néfaste de l’Eglise, instruction absente, moralité relâchée, importante mortalité infantile, espérance de vie réduite, effet des grandes villes et des mauvais exemples, alcoolisme, criminalité, travail pénible sans intérêt, etc.) il défend les deux fractions du prolétariat et appelle à leur unité[29].

Le marxisme ne nie pas non plus que la délinquance et la criminalité entretiennent une relation non pas avec l’immigration en général mais avec l’existence du prolétariat[30]. Ce sont donc les conditions sociales qui sont à la base de celles-ci. Si dans ses couches les plus basses, les immigrés et leur descendance directe sont présents, ils seront aussi d’autant plus surreprésentés dans les délits et les crimes. De même, la classe capitaliste est surreprésentée dans les abus de biens sociaux, la fraude fiscale, les grandes escroqueries financières, les fraudes sur la TVA et les cotisations sociales, avec des montants en jeu et un degré d’impunité sans commune mesure avec le montant des vols et cambriolages et la répression qui s’abat sur les classes les plus pauvres.

En créant au sein du prolétariat deux nations rivales, dont l’une se pose en aristocrate de l’autre ou des autres, on réduit le prolétariat à l’impuissance pour le plus grand bien des classes dirigeantes qui entretiennent en permanence leur concurrence[31]. Cette situation de tension raciale permanente est une arme toujours mobilisable pour opposer entre elles les fractions de la classe exploitée selon la vieille facilité du bouc-émissaire

Ce n’est pas l’antiracisme qui peut nous animer, mais l’internationalisme. Celui-ci ne nie pas qu’il existe des nations, des ethnies, des races, il travaille à dépasser les clivages en unifiant l’espèce par-delà ses différences (et non en les niant). L’internationalisme sait que le principal clivage qui sert à renforcer les préjugés racistes est la division de la société en classes, il lutte pour l’abolition des classes et donc pour l’unification du prolétariat à l’échelle internationale, afin qu’une révolution mondiale puisse en finir avec les appareils d’état, l’économie marchande, le salariat et toutes les conditions de l’exploitation. L’exploitation ayant disparu, les conditions pour que les hommes et les femmes de toutes couleurs et conditions physiques se reconnaissent et se mélangent seront données.

En attendant, c’est en menant des luttes où l’ennemi commun est bien identifié en termes de classes, en termes politiques (les bourgeoisies et leurs Etats, de toutes couleurs) que l’on peut créer les conditions de cette unification.

Quatrième piège : désigner l’ennemi en fonction de ses origines, de sa couleur de peau, de sa culture, de sa religion, et non de sa position de classe dans l’échelle de la société. Ce n’est qu’en créant un parti communiste international que l’action du prolétariat pourra venir à bout de la société bourgeoise et des tares qui l’accompagnent.

5.           Contre toutes les menaces armées.

Si, pour parler vite, il arrive aux communistes internationalistes de se dire athées, cette démarcation est en fait insuffisante. Une telle caractérisation, par la négative, relève plus des fractions libre penseuses, anti-cléricales et rationalistes de la bourgeoisie, que du matérialisme communiste. Ce dernier cherche à montrer la base matérielle de la religion et ne compte en rien sur la « raison » mais sur un changement de société mettant fin à sa division en classes sociales pour que le phénomène religieux dépérisse. Le matérialisme communiste est donc au-delà de la religion, il est transthéiste. Cela, bien sûr, ne l’empêche en rien de mener une lutte contre les religions, contre leur idéologie et leur pratique dans la mesure où elles jouent un rôle politique et social et notamment en montrant comment les institutions religieuses et le clergé se posent en défenseurs de la société bourgeoise dont ils sont une composante.

De par leur position sur la religion, sur la nature de la société, parce qu’ils sont partisans comme Fourier de mesurer le degré de l’émancipation générale en fonction du degré d’émancipation de la femme et donc en appellent à une société non pas seulement d’égalité de l’homme et de la femme mais une société où celle-ci est placée à son faîte, parce que leur parti s’oppose à tous les autres partis bourgeois ou petit-bourgeois ou pseudo ouvriers ou encore représentants de classes laminées par l’expansion du mode de production capitaliste, les militants révolutionnaires sont évidemment des ennemis et des cibles pour les tueurs des partis « djihadistes ».

Rappelons que, des agents d’entretien, aux ouvriers d’imprimerie, les récentes prises d’otages ont frappé indistinctement cibles médiatiques – les caricaturistes de Charlie-Hebdo – et des prolétaires. Le prolétariat doit savoir, en voyant les capacités de mobilisation extrêmement rapides et efficaces des forces de répression depuis le 7 janvier que, contre lui aussi, s’il ose relever la tête, il n’y aura pas de quartier. Même s’il est certain que le sacrifice de leur vie faisait partie de la trajectoire des assassins, on doit constater que la peine de mort n’a pas été abolie ; sa pratique est inévitable ; elle a été transférée de la justice à la police. Les populations des banlieues sont déjà confrontées régulièrement à des interventions de police musclées, les réactions de l’Etat à la mort de Rémi Fraisse en septembre 2014 ont montré que la « mort d’homme » est désormais un risque parfaitement assumé par l’Etat dans les manifestations de rue. De la Grèce à l’Espagne, l’Italie, les répressions de la colère sociale sont extrêmement vives et l’Etat est parfaitement prêt à passer un cran au-dessus dès que la menace d’un véritable soulèvement prolétarien pourrait se faire jour.

Ce n’est que dans le cadre de la république démocratique que la lutte contre la bourgeoisie peut être menée jusqu’à son terme : la conquête du pouvoir politique par le prolétariat et l’exercice de sa dictature révolutionnaire, elle-même phase de transition politique vers la société sans classes.
La république démocratique est une forme politique instable que la bourgeoisie a régulièrement abandonnée dès lors qu’elle est effrayée par les conséquences du déchainement de la lutte des classes. Le prolétariat doit défendre le terrain de lutte indispensable à sa victoire ou sinon le conquérir (notamment dans les théocraties islamistes où la religion est mobilisée pour museler par la terreur toute opposition non seulement prolétarienne mais même démocratique envers les classes dominantes) ou le reconquérir si par malheur il l’a perdu.

Le parti prolétarien a toujours considéré que le meilleur moyen pour assurer l’existence de la république démocratique, est la suppression de l’armée permanente et l’armement du prolétariat.
Ajoutons ici la lutte contre la politique impérialiste de la bourgeoisie.

Aujourd’hui, les forces organisées du prolétariat révolutionnaire sont réduites à néant, il n’existe aucune possibilité d’action autonome, le prolétariat est réduit à n’être que l’aile gauche de la démocratie. Mais la seule réponse possible consiste contre toutes les menaces qui pèsent sur sa capacité d’action, au tout premier rang duquel figure la bourgeoisie, dans la suppression de l’armée permanente et l’armement du prolétariat, le rétablissement du service militaire, afin qu’il se dote de ses propres organes de combat et d’autodéfense et qu’il puisse partout, dans les entreprises, la rue, les quartiers, défendre sa vie, sa sécurité et celle de ses enfants.

Cinquième piège : confier sa protection à la puissance de l’Etat et renoncer à la possibilité, aujourd’hui ou demain de se défendre par ses propres moyens contre toutes les menaces armées d’où qu’elles viennent.

6.           Contre l’unité nationale

La petite-bourgeoisie a la mémoire courte. Rivée en septembre 2014 aux écrans télés de la série « Apocalypse » qui montrait les conséquences de l’union sacrée de 1914 : l’embrigadement vers la mort annoncée de millions d’ouvriers et de paysans, elle est prête aujourd’hui à défiler bougies à la main avec toutes les composantes du paysage politique (sauf le FN) et les chefs de gouvernement de toute l’Europe et au-delà, dont les plus réactionnaires et liberticides d’entre eux.

Sans être évidemment comparable, les appels à l’union nationale constituent une volonté d’empêcher que la colère sociale grandissante due à la succession des crises, à la guerre sociale menée par une bourgeoisie et un patronat arrogant et ivres de vengeance contre le prolétariat, ne se muent en un grand mouvement de protestation pouvant déboucher sur une reprise du combat révolutionnaire.

L’Union nationale vise à retourner contre le prolétariat les énergies, la colère et l’émotion suscitée par les attentats en lui faisant avaliser une politique sécuritaire renforcée, la politique impérialiste, et capitaliser cet élan pour aller plus vite et plus loin dans la politique sociale diminuant le salaire social (retraites, santé, chômage, …)

L’union nationale est toujours et partout une défaite pour le prolétariat, car elle l’enchaîne au char de l’Etat et à la bourgeoisie qui mène la danse. Dans l’état de tension internationale extrême qui prévaut aujourd’hui et qui atteint le cœur de l’Europe (Ukraine) toute forme d’embrigadement sous quelque bannière bourgeoisie que ce soit : démocratie, tolérance, antifascisme constitue un piège mortel.

Pour une fois la qualification de « historique » appliquée à la manifestation du 11 janvier 2015 par les commentateurs n’est pas exagérée. Réunir près de 4 millions de personnes dans une démonstration de soutien à l’Etat et à ses forces de répression (quelles que soient par ailleurs les motivations individuelles des participants qui par la même occasion ont montré leur volonté d’une république démocratique élargissant les libertés) est une performance exceptionnelle.

C’est en même temps un jour noir pour le prolétariat révolutionnaire. L’exécutif français, si souvent caractérisé comme mollasson a joué un coup de maître en réunissant cinquante chefs d’Etat tous engagés dans des politiques anti-ouvrières drastiques et liberticides. Il faut y voir là à coup sûr un signe avant-coureur d’une accélération des attaques contre la classe ouvrière que l’état bourgeois français a commencé à engager, mais plus mollement que ses homologues européens, sans doute par crainte des réactions prolétariennes, dans une atmosphère sociale très volatile. La fraction française du capital international est contrainte de mettre en place rapidement un train de « réformes » et d’ajustements à la concurrence internationale dont l’objectif est d’accroître l’exploitation et la soumission du prolétariat.

Sixième piège : se laisser embrigader dans l’union nationale pour la défense des « libertés », marcher derrière l’ennemi de classe au nom du « rassemblement national ».

Pour autant que le prolétariat puisse avoir une expression autonome, il devrait s’affirmer :

-         Contre l’union nationale et toute illusion sur la protection par l’Etat.
-         Pour la liberté totale d’expression, de presse, de manifestation, d’organisation et l’abrogation des lois liberticides
-         Contre toutes les religions et l’emprise des appareils théocratiques de toute nature, séparation radicale de l’Eglise et de l’Etat.
-         Pour la suppression de l’armée permanente et l’armement du prolétariat et auto-défense ouvrière.
-         Pour le renforcement des organes de défense du prolétariat et la constitution d’une internationale communiste, d’un parti prolétaire international.



[1] Mais le phénomène de l’adhésion peut être plus complexe que la simple proximité (quand celle-ci n’est pas non plus celle de la prison), la misère et l’échec scolaire. La révolte qui s’empare de jeunes, les injustices qu’ils découvrent, le besoin d’une communauté et d’une action de type humanitaire, l’information accessible sur Internet, l’existence d’un pôle radical de contestation facilitent leur adhésion. Par leur connaissance et l’usage des nouvelles technologies, les postures adoptées, leurs intentions et leur mise en scène qui montrent une grande maîtrise de l’image et des symboles, ils sont bien les enfants de la société moderne, au-delà des traits archaïques et obscurantistes des idéologies sur lesquels ils s’appuient.
[2] « Plus d’un immigré et d’un descendant d’immigré sur deux déclarent qu’« on ne les voit pas comme des Français ». » Gérard Bouvier, Les descendants d’immigrés plus nombreux que les immigrés : une position française originale en Europe.
[3] Aujourd’hui ennemis (mais pas de tous), hier amis. On n’oubliera pas qu’un Ben Laden par exemple a d’abord été soutenu, formé, armé par la bourgeoisie étasunienne en tant que combattant de la liberté contre l’impérialisme soviétique en Afghanistan.
[4] Bien qu’elle soit également une forme de la contre-révolution iranienne et aussi un produit de la contre-révolution prolétarienne à l’échelle internationale, celles des années 20 qui a vu disparaître le prolétariat en tant que classe politiquement autonome.
[5] Mais, cela a été aussi le cas, par exemple, à la suite du conflit entre la Grèce et la Turquie. En 1923, plus d’un million de grecs de Turquie (dont beaucoup mourront en route, sachant que de 1916 à 1923, plusieurs centaines de milliers seront exécutés, pendus, exterminés par le travail obligatoire, la famine et les marches forcées) et plus de 300 000 turcs de Grèce sont déplacés ou encore les déplacements des allemands notamment de Pologne et de Tchécoslovaquie après la deuxième guerre mondiale (soit pour l’ensemble de l’Europe entre 12 et16 millions d’allemands expulsés tandis que 1,5 millions de polonais sont expulsés des territoires conquis par l’URSS).
[6] Par exemple : « il est vain de prétendre appliquer au monde du Levant les principes libéraux et démocratiques dont l’Occident a pu s’accommoder » (Charles de Gaulle)
« Il est vrai que pour agir nous avons adopté le pire système dans ce pays [le Levant NDR] à savoir d'inciter les gens à se lever d'eux-mêmes quitte à les y encourager, alors qu'on n'a jamais rien réalisé ici, ni les canaux du Nil, ni l'aqueduc de Palmyre, ni une route romaine, ni une oliveraie, sans la contrainte. » (Charles de Gaulle)
[7] Des religions qui ont traversé les siècles et les modes de production ne recouvrent pas les mêmes intérêts partout et toujours. Elles s’adaptent aux nouvelles circonstances entraînant au passage, schismes et évolutions doctrinales. Par exemple, le christianisme primitif était « le mouvement des opprimés ; il apparut tout d’abord comme la religion des esclaves et des affranchis, des pauvres et des hommes privés de droits, des peuples subjugués ou dispersés par Rome. » (Engels, Contribution à l’histoire du christianisme primitif). Plus tard, « l’opposition révolutionnaire contre la féodalité se poursuit pendant tout le moyen âge. Elle apparaît, selon les circonstances, tantôt sous forme de mystique, tantôt sous forme d’hérésie ouverte, tantôt sous forme d’insurrection armée. » (Engels, la guerre des paysans en Allemagne) puis « Le dogme calviniste convenait particulièrement bien aux éléments les plus hardis de la bourgeoisie de l’époque. » (Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique). Quant à l’islam des origines c’« est une religion faite à la mesure des Orientaux plus précisément des Arabes, c’est-à-dire, d’une part, de citadins pratiquant le commerce et l’industrie ; d’autre part, des Bédouins nomades. Mais il y a là le germe d’une collision périodique. Les citadins, devenus opulents et fastueux, se relâchent dans l’observance de la « Loi ». Les Bédouins pauvres et, à cause de leur pauvreté, de mœurs sévères, regardent avec envie et convoitise ces richesses et ces jouissances. Ils s’unissent sous la direction d’un prophète, un Madhi, pour châtier les infidèles, pour rétablir la loi cérémoniale et la vraie croyance, et pour s’approprier comme récompense les trésors des infidèles. » (Engels, Contribution à l’histoire du christianisme primitif)
[8] Il est facile d’en montrer une des bases matérielles. En solde net, depuis près de 40 ans, il n’y a pratiquement aucun emploi masculin de créé tandis qu’environ 4 millions d’emplois ont été créés (pendant les soi-disant trente glorieuses environ 2 millions d’emplois au total avaient été créés). En 2013, la population employée était composée de 13,4 millions d’hommes et de 12,3 millions de femmes. En 1975, la population active était composée de 13,8 millions d’hommes et de 8,7 millions de femmes. Comme la population active inclut les chômeurs, il faut les déduire pour obtenir la population employée. Le taux de chômage moyen était de 3,4% en 1975 (2,6% pour les hommes et 4,7% pour les femmes). Par conséquent, en 1975, la population employée masculine s’élevait à 13,4 millions. Nous retrouvons plus ou moins le même nombre 40 ans après. Dans le même temps, la population féminine employée est passée de 8,3 millions à 12,3 millions. Nous pourrions également montrer que ces emplois (solde net) sont à temps partiel, précaires(cdd, intérim), aidés, tenus par un personnel plus qualifié que la moyenne et d’autant moins bien payé que le salaire des femmes est 20% plus bas que celui des hommes à qualification égale. N’en déplaise aux féministes, il y a eu substitution des femmes aux hommes.
[9] Un exemple extrême est celui de Rachida Dati, ancienne ministre de la justice dont deux frères sont passés par la case prison.
[10] Et anciens : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.
Qu’on ne se raconte pas d’histoire ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. » (Charles de Gaulle)
[11] Cette situation est loin d’être récente : « La religion musulmane trouve ses racines dans un communisme religieux selon lequel aucun homme ne peut être propriétaire et toutes les institutions religieuses doivent avoir pour préoccupation principale de prendre soin des orphelins et des indigents. Néanmoins, ces principes religieux n’ont pas sauvé les paysans du servage ni empêché l’accaparement des terres par les propriétaires fonciers et les despotes. Graduellement, ces principes ont été modifiés à l’avantage des classes dirigeantes. La terre, libre et appartenant seulement à Allah, a d’abord été déclarée appartenir aux sultans et aux shahs et ensuite devient la propriété des féodaux et des capitalistes.
Les terres en donation (Wakf) qui avaient été données aux mosquées et au clergé afin que leurs revenus contribuent au financement des institutions de charité pour le peuple perdirent graduellement leur fonction originale et devinrent des terres appartenant au clergé et à des personnes privées. Au lieu d’être utilisé au bénéfice des pauvres, le revenu de celles-ci fut pris par les dirigeants séculiers et ecclésiastiques - parasites qui utilisaient ces terres tout d’abord pour exploiter les paysans pauvres.
Le paysan, un homme libre selon la charia a été réduit graduellement à la condition d’esclave soit par la coercition directe de la part des khans et des beys soit par la contrainte économique liée à l’appropriation des terres par les propriétaires fonciers. » (Extrait du rapport de A.E. Skachko, secrétaire de l’IC pour l’Est, dans la 6ème session du Congrès de Bakou dédiée à la question agraire, le 6 septembre 1920)
[12] En 2011, le chrétien fondamentaliste norvégien Breivik, critique d’une Eglise protestante éloignée de ses « valeurs traditionnelles », hostile à « l’islamisation de l’Europe », ennemi du marxisme a tué 7 personnes par un attentat à la bombe puis 85 jeunes socio-démocrates sans que personne ne « somme » les chrétiens de s’excuser. Il considérait que : «Si l'Europe de l'Ouest et les États-Unis avaient emprisonné tous les marxistes après la Seconde guerre mondiale, et avaient considéré l'idéologique marxiste comme aussi haïssable que le nazisme, nous n'en serions pas là. [C’est-à-dire à l’islamisation de l’Europe NDR]».
[13] Avec la difficulté que arrivant après la loi de 1905, les lieux de culte musulmans sont en principe intégralement à la charge des fidèles, tandis que l’entretien des églises est à la charge de la nation. Comme elle l’a fait pour la cathédrale d’Evry, la bourgeoisie, au lieu d’affronter directement la question, encore qu’elle y vienne, prend divers biais hypocrites pour détourner la loi et aider au financement des lieux de culte, terrain sur lequel elle est également en concurrence avec certains pays comme l’Arabie saoudite ou le Qatar qui cherchent par ce moyen à étendre leur influence.
[14] On peut le mesurer par exemple à travers le recul des mariages forcés (sauf pour les turcs mais avec une tendance à la polarisation des extrêmes – le mariage forcé et le concubinage progressent simultanément-), les naissances « mixtes » (un parent né à l’étranger et un parent né en France soit environ 100 000 naissances sur environ 800 000. L’essentiel de l’accroissement des naissances qui a caractérisé la France par rapport au continent - sans pour autant parvenir à un seuil supérieur au taux de renouvellement des générations - est le fait soit de ce type de naissances – avec un père ou une mère née hors de l’union européenne – soit des naissances avec un père et une mère nés hors UE soit encore environ 100 000 naissances), la polarisation de la ségrégation des quartiers (La politique de la ville a défini 751 zones urbaines sensibles (ZUS) qui regroupent environ 5 millions de personnes. Au sein de celles-ci, 100 quartiers de plus de 8500 personnes représentant entre 1,5 et 2 millions d’habitants sont classés en zones franches urbaines (ZFU). Dans ces zones la population immigrée (toutes origines confondues est majoritaire) et encore plus fortement dans les zones franches qui conjuguent un bâti dégradé, des capacités fiscales communales limitées, un fort taux de chômage et d’emplois précaires. Dans les zones franches, l’immigration africaine -dont maghrébine- et leur descendance représente une majorité relative. Cependant près des ¾ des immigrés de cette origine ne vivent pas dans ces quartiers et ce pourcentage s’accroît pour les descendants.), etc.
[15] Le concept d’immigré, création relativement récente dans la statistique, est défini comme une personne résidant en France et née à l’étranger de parents étrangers. La personne reste dans cette catégorie statistique toute sa vie, même si elle a acquis la nationalité française (environ 100 000 personnes obtiennent la nationalité française par acquisition en majorité (environ 50% des cas) par naturalisation. Selon l’Insee, il y a actuellement en France 5,6 millions d’immigrés (environ 3,9 millions en 1975) dont la moitié environ a acquis la nationalité française. Cette population est composée de plusieurs générations, nationalités d’origine, religions. La majorité des immigrés sont désormais des immigrées. Elles représentent plus des 2/3 de l’accroissement de la population immigrée. Les immigrés nés dans un pays d’Afrique ou en Turquie représentent près de la moitié des immigrés et 40% d’entre eux vivent dans la région parisienne. On n’oubliera pas non plus que les immigrés peuvent partir dans un autre pays ou mourir. Quant à leur descendance directe, leurs enfants, la « deuxième génération », qui a donné lieu à des débats ridicules dans la mesure où on oublie que les enfants en question sont issus de diverses vagues d’immigration d’origine différentes et peuvent avoir tous les âges, ils sont de l’ordre de 7 millions (les 2/3 ont plus de 18 ans). Cette « catégorie » (immigrés et descendance) représente plus du ¼ de la population en âge de travailler.
[16] Un bon exemple est fourni par le manifeste publié dans « Le Monde » du 11 janvier où plusieurs centaines de signataires prennent fait et cause contre les tueurs et « au côté de la liberté ».
[17] Ce qui faisait dire à l’écrivain berbère (terme qu’il récusait) algérien, Kateb Yacine qu’il n’était ni arabe, ni musulman.
[18] On notera que l’ex-directeur dudit journal avait lui-même viré abusivement le caricaturiste Siné pour cause « d’antisémitisme », puis, à France-Inter, les humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte. Voilà qui témoigne bien de l’hypocrisie qui préside à cette défense pleurnicharde de la « liberté d’expression ».
[19] Le sinistre Dieudonné, dont la dérive vient de se concrétiser par la formation d’un parti politique ayant des accointances avec l’Iran et dont un des fondements est l’antisémitisme, est depuis longtemps harcelé par le gouvernement. Il vient d’en être la première victime pour un simple mot douteux, provocateur et ambigu comme à son habitude. Il a été rapidement suivi par le signalement d’élèves qui refusant de s’associer à la minute de silence décrétée dans les établissements scolaires ont pris une attitude qui les faisait tomber sous le coup de la loi.
[20] « Bien loin de s’opposer aux prétendus excès, aux exemples de vengeance populaire contre des individus haïs ou des édifices publics auxquels ne se rattachent que des souvenirs odieux, il faut non seulement tolérer ces exemples, mais encore en assumer soi-même la direction. » (Marx, Adresse à la ligue des communistes)
[21] Depuis la deuxième guerre mondiale, la bourgeoisie a introduit dans le droit bourgeois le concept de génocide sous le chef d’inculpation duquel peut tomber le parti prolétaire puisqu’il admet qu’il puisse réprimer des adversaires sur la base de considérations sociales, sur la base de différences de classes, alors même que c’est Babeuf, le représentant du premier « parti communiste agissant » qui dénoncera notamment un des premiers « populicide », pour reprendre son expression, de l’ère moderne, celui accompli par le panthéon révolutionnaire contre la Vendée.
[22] « Le second Empire avait été la grande kermesse de la filouterie cosmopolite, les escrocs de tous les pays s'étaient rués à son appel pour participer à ses orgies et au pillage du peuple français. En ce moment même le bras droit de Thiers est Ganesco, crapule valaque, son bras gauche, Markovski, espion russe. La Commune a admis tous les étrangers à l'honneur de mourir pour une cause immortelle. - Entre la guerre étrangère perdue par sa trahison, et la guerre civile fomentée par son complot avec l'envahisseur étranger, la bourgeoisie avait trouvé le temps d'afficher son patriotisme en organisant la chasse policière aux Allemands habitant en France. La Commune a fait d'un ouvrier allemand son ministre du Travail. - Thiers, la bourgeoisie, le second Empire avaient continuellement trompé la Pologne par de bruyantes professions de sympathie, tandis qu'en réalité ils la livraient à la Russie, dont ils faisaient la sale besogne. La Commune a fait aux fils héroïques de la Pologne l'honneur de les placer à la tête des défenseurs de Paris. Et pour marquer hautement la nouvelle ère de l'histoire qu'elle avait conscience d'inaugurer, sous les yeux des Prussiens vainqueurs d'un côté, et de l'armée de Bonaparte, conduite par des généraux bonapartistes de l'autre la Commune jeta bas ce colossal symbole de la gloire guerrière, la colonne Vendôme. » (Marx, La guerre civile en France)
[23] « Selon la conception matérialiste, le facteur déterminant, en dernier ressort, dans l'histoire, c'est la production et la reproduction de la vie immédiate. Mais, à son tour, cette production a une double nature. D'une part, la production de moyens d'existence, d'objets servant à la nourriture, à l'habillement, au logement, et des outils qu'ils nécessitent; d'autre part, la production des hommes mêmes, la propagation de l'espèce. » (Engels, L’origine de la famille de la propriété et de l’Etat)
[24] Ce sont les pays capitalistes les plus développés qui ont initié la révolution démographique du XVIIIè siècle, en faisant reculer notamment la mortalité infantile. Avec retard, la natalité a ensuite baissé pour rejoindre le niveau de la mortalité, le nombre d’enfants par femme tombant au niveau du taux nécessaire pour renouveler les générations. Entre les deux mouvements, l’augmentation de la population, également favorisée par l’augmentation de l’espérance de vie, a été considérable ; il s’agit de la plus grande révolution démographique depuis le néolithique. En Europe elle a été multipliée par 4 en deux siècles. Désormais, l’Union européenne est passée sous le seuil de renouvellement de générations ainsi que la plupart des pays où le mode de production capitaliste est le plus développé donc au-delà du peuplement blanc proprement dit (par exemple au Japon, où le taux de renouvellement est de 1,3 enfants par femme et l’immigration limitée la population diminue. C’est le cas aussi en Allemagne malgré une forte immigration. Mais ce mouvement gagne l’ensemble du monde et d’ores et déjà plus de la moitié de l’humanité vit dans des pays qui sont passés sous le seuil du renouvellement des générations (C’est le cas par exemple de l’Iran, de la Tunisie, de la Turquie). Les démographes estiment que la population atteindra un apogée avec environ 9 milliards d’individus vers 2060.
[25] Florilège à faire hurler le petit bourgeois démocrate politiquement correct : « Ces gens [irlandais NDR], qui ont grandi presque sans connaître les bienfaits de la civilisation, habitués dès leur jeune âge aux privations de toutes sortes, grossiers, buveurs, insoucieux de l'avenir, arrivent ainsi, apportant leurs mœurs brutales dans une classe de la population qui a, pour dire vrai, peu d'inclination pour la culture et la moralité. » « Les pires demeures sont assez bonnes pour eux; leurs vêtements les préoccupent peu, tant qu'un seul fil les maintient; ils ignorent l'usage des chaussures; leur nourriture consiste uniquement en pommes de terre, ce qu'ils gagnent en plus, ils le boivent; pourquoi de tels êtres auraient-ils besoin d'un fort salaire ? Les pires quartiers de toutes les grandes villes sont peuplés d'Irlandais; partout où un quartier se signale particulièrement par sa saleté et son délabrement, on peut s'attendre à apercevoir en majorité ces visages celtiques qui, au premier coup d’œil se distinguent des physionomies saxonnes des indigènes, et à entendre cet accent irlandais chantant et aspiré que l'Irlandais authentique ne perd jamais. Il m'est arrivé d'enten­dre parler le celto-irlandais dans les quartiers les plus populeux de Manchester. La plupart des familles qui habitent des sous-sols sont presque partout d'origine irlandaise. Bref, comme le dit le Dr Kay, les Irlandais ont découvert ce qu'est le minimum des besoins vitaux et ils l'apprennent maintenant aux Anglais. Ils ont importé en outre l'alcoolisme et la saleté. Cette malpropreté qui chez eux, à la campagne, où la population est disséminée, n'a pas de trop graves conséquences mais qui est devenue chez les Irlandais une seconde nature, est véritablement une tare effrayante et dangereuse dans les grandes villes par suite de la concentration urbaine. Ainsi qu'il a coutume de le faire chez lui, le Milésien déverse toutes ses ordures et ses détritus devant sa porte, provoquant ainsi la formation de mares et de tas de crotte qui salissent les quartiers ouvriers et empuantissent l'atmosphère. Comme il le fait dans son pays, il construit sa porcherie tout contre sa maison; et si ce n'est pas possible, il fait coucher son cochon dans sa chambre.

Cette nouvelle et anormale sorte d'élevage pratiquée dans les grandes villes est purement d'origine irlandaise; l'Irlandais tient à son cochon comme l'Arabe à son cheval, si ce n'est qu'il le vend quand il est assez gras pour être tué; pour le reste il mange avec lui, dort avec lui, ses enfants jouent avec lui, montent sur son dos et s'ébattent avec lui dans le fumier, ainsi qu'on peut en voir mille exemples dans toutes les grandes villes d'Angleterre. Et quand à la saleté, à l'inconfort des maisons, impossible de s'en faire une idée. L'Irlandais n'est pas habitué aux meubles; un tas de paille, quelques chiffons absolument inutilisables comme vêtements et voilà pour sa couche. Un bout de bois, une chaise cassée, une vieille caisse en guise de table, il ne lui en faut pas plus; une théière, quelques pots et écuelles de terre, et cela lui suffit pour sa cuisine qui fait en même temps office de chambre à coucher et de salle de séjour. Et quand le combustible lui fait défaut, tout ce qui peut brûler et qui lui tombe sous la main : chaises, montants de portes, chambranles, plancher, à supposer qu'il y en ait, prennent la direction de la cheminée. Et d'ailleurs, pourquoi lui faudrait-il de l'espace ? Dans son pays, dans sa cabane de torchis, une seule pièce suffisait à tous les usages domestiques; en Angleterre, la famille n'a pas non plus besoin de plus d'une pièce. Ainsi cet entassement de plusieurs personnes dans une seule pièce, maintenant si répandu, a été introduit princi­palement par l'immigration irlandaise. Et comme il faut bien que ce pauvre diable ait au moins un plaisir, et que la société l'exclut de tous les autres, il s'en va au cabaret, boire de l'eau-de-vie. L'eau-de-vie est pour l'Irlandais, la seule chose qui donne son sens à la vie - l'eau-de-vie et bien sûr aussi son tempérament insouciant et jovial : voilà pourquoi il s'adonne à l'eau-de-vie jusqu'à l'ivresse la plus brutale. Le caractère méridional, frivole de l'Irlandais, sa grossièreté qui le place à un niveau à peine supérieur à celui du sauvage, son mépris de tous les plaisirs plus humains, qu'il est incapable de goûter en raison même de sa grossièreté, sa saleté et sa pauvreté, autant de raisons qui favorisent l'alcoolisme - la tentation est trop forte, il ne peut résister et tout l'argent qu'il gagne passe dans son gosier. » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre)
[26] « C'est contre un concurrent de ce genre que doit lutter le travailleur anglais, contre un concurrent occupant le barreau de l'échelle le plus bas qui puisse exister dans un pays civilisé et qui, précisément pour cette raison, se contente d'un salaire inférieur à celui de n'importe quel autre travailleur. C'est pourquoi le salaire du travailleur anglais, dans tous les secteurs où l'Irlandais peut le concurrencer, ne fait que baisser constamment et il ne saurait en être autrement, comme le dit Carlyle. » « Mais partout où il s'agit d'un travail simple, moins précis, qui requiert davantage de vigueur que d'adresse, l'Irlandais est tout aussi bon que l'Anglais. Et c'est pourquoi tous ces métiers sont envahis par les Irlandais; les tisserands manuels, aide-maçons, porte-faix, «jobbers» etc. comptent une foule d'Irlandais; et l'invasion de cette nation a contribué, pour beaucoup, dans ces professions, à abaisser le salaire et avec lui la classe ouvrière elle-même. Et même si les Irlandais qui ont envahi les autres branches ont dû se civiliser, il leur est resté encore assez de marques de leur ancien mode de vie pour exercer sur leurs camarades de travail anglais, une influence dégradante - sans parler de l'influence du milieu irlandais lui-même. Car si l'on considère que dans chaque grande ville, un cinquième ou un quart des ouvriers sont Irlandais ou enfants d'Irlandais élevés dans la saleté irlandaise, on ne s'étonnera pas que dans l'existence de toute la classe ouvrière, dans ses mœurs, son niveau intellectuel et moral, ses caractères généraux, se retrouve une bonne part de ce qui fait le fond de la nature de l'Irlandais, et l'on concevra que la situation révoltante des travailleurs anglais, résultat de l'industrie moderne et de ses conséquences immédiates, ait pu être encore avilie. » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre)
[27] « Carlyle a ici tout à fait raison - si l'on excepte la condamnation exagérée et partiale du caractère national irlandais. » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre)
[28] « Comment la société qui le met dans une situation telle qu'il deviendra presque nécessairement un buveur, qui le laisse s'abrutir et ne se préoccupe nullement de lui - comment peut-elle ensuite l'accuser, lorsqu'il devient effectivement un ivrogne ? » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre)
 « L'alcoolisme a cessé dans ce cas d'être un vice, dont on peut rendre responsable celui qui s'y adonne; elle devient un phénomène naturel, la conséquence nécessaire et inéluctable de conditions données agissant sur un objet qui - du moins quant à ces conditions - est sans volonté. C'est à ceux qui ont fait du travail­leur un simple objet d'en endosser la responsabilité. »
[29] « Un autre facteur qui a exercé une influence importante sur le caractère des ouvriers an­glais, c'est l'immigration irlandaise, dont il a déjà été question sur ce plan également. Elle a certes, comme nous le voyons, d'une part dégradé les travailleurs anglais, les privant des bienfaits de la civilisation et aggravant leur situation - mais elle a contribué par ailleurs à creuser le fossé entre travailleurs et bourgeoisie, et ainsi hâté l'approche de la crise. Car l'évolution de la maladie sociale dont souffre l'Angleterre est la même que celle d'une maladie physique; elle évolue selon certaines lois et a ses crises, dont la dernière et la plus violente décide du sort du patient. Et comme il est impossible que la nation anglaise succombe à cette dernière crise, et qu'elle doit nécessairement en sortir renouvelée et régénérée, on ne peut que se réjouir de tout ce qui porte la maladie à son paroxysme. Et l'immigration irlandaise y contribue en outre par ce caractère vif, passionné qu'elle acclimate en Angleterre et qu'elle apporte à la classe ouvrière anglaise. A maints égards les rapports entre Irlandais et Anglais sont les mêmes que ceux entre Français et Allemands; le mélange du tempérament irlandais plus léger, plus émotif, plus chaud, et du caractère anglais calme, persévérant, réfléchi ne peut être à la longue que profitable aux deux parties. L'égoïsme brutal de la bourgeoisie anglaise serait resté beaucoup plus enraciné dans la classe laborieuse si le caractère irlandais, généreux jusqu'au gaspillage, essentiellement dominé par le sentiment, n'était venu s'y adjoindre, d'une part grâce au croisement entre races, d'autre part, grâce aux relations habituelles, pour adoucir ce que le caractère anglais avait de froid et de trop rationnel.

Nous ne nous étonnerons donc plus dès lors d'apprendre que la classe laborieuse anglaise est devenue peu à peu un peuple tout différent de la bourgeoisie anglaise. La bourgeoisie a plus d'affinités avec toutes les nations de la terre qu'avec les ouvriers qui vivent à ses côtés, Les ouvriers parlent une langue différente, ont d'autres idées et conceptions, d'autres mœurs et d'autres principes moraux, une religion et une politique différente de celles de la bourgeoisie. Ce sont deux peuples différents, aussi différents que s'ils étaient d'une autre race, et jusqu'ici, nous n'en connaissions sur le continent qu'un seul, la bourgeoisie. Et pourtant, c'est précisément le second, le peuple des prolétaires qui est de loin le plus important pour l'avenir de l'Angleterre. » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre).
[30] « Le mépris de l'ordre social se manifeste le plus clairement dans son extrême, le crime. Si les causes qui rendent l'ouvrier immoral s'exercent de façon plus puissante, plus intense, qu'habituellement, celui-ci devient un criminel aussi sûrement que l'eau chauffée à 80º Réaumur passe de l'état liquide à l'état gazeux. Sous l'action brutale et abrutissante de la bourgeoisie, l'ouvrier devient précisément une chose aussi dépourvue de volonté que l'eau; il est soumis avec exactement la même nécessité aux lois de la nature - pour lui, à un certain point, toute liberté cesse. C'est pourquoi, parallèlement au développement du prolétariat, la criminalité s'est accrue en Angleterre; et la nation anglaise est devenue la plus criminelle du monde entier. » «Les tableaux de criminalité fournissent aussi la preuve directe que presque tous les crimes ont été commis par le prolétariat. » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre)
[31] « En raison de la concentration toujours plus grande des exploitations agricoles, l'Irlande fournit sans cesse un excédent de main-d'œuvre au marché du travail anglais et exerce, de la sorte, une pression sur les salaires dans le sens d'une dégradation des conditions matérielles et intellectuelles de la classe ouvrière anglaise.
Ce qui est primordial, c'est que chaque centre industriel et commercial d'Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L'ouvrier anglais moyen déteste l'ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l'ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l'Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L'Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l'ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande.
Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l'impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C'est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente.
Mais le mal ne s'arrête pas là. Il passe l'Océan. L'antagonisme entre Anglais et Irlandais est la base cachée du conflit entre les États-Unis et l'Angleterre. Il exclut toute coopération franche et sérieuse entre les classes ouvrières de ces deux pays. Il permet aux gouvernements des deux pays de désamorcer les conflits sociaux en agitant la menace de l'autre et, si besoin est, en déclarant la guerre. » (Marx, Lettre à S. Meyer et A. Vogt, 9 avril 1870.)