"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 8 mai 2014

COMMUNICATION D’UNE OFFICINE PEOPLE DE L’ETAT BOURGEOIS




Il est certain que si le contenu délirant des actuels bulletins internes du CCI sur sa nouvelle « crise morale » étaient restés cachés, cela aurait pu laisser croire que cette secte mondialiste - qui affiche des textes souvent d’excellentes qualités dans l’analyse de la crise capitaliste et comme dénonciation des mystifications des partis officiels – était digne de confiance voire d’estime pour la masse des prolétaires qui ont besoin d’organismes politiques fixant perspectives et alternative au monde actuel croupissant et sanglant[1]. Or, sous le vernis radical se cache une dictature de secte, un fonctionnement destructeur. Depuis une dizaine d’années le « courant communiste international » n’est plus un fleuve de bonnes intentions prolétariennes mais un ruisseau boueux qui n’a nul besoin de méchants « mouchards » externes pour s’autodétruire. Ces errements répétitifs de secte ont tout pour dégoûter tout prolétaire conscient de s’organiser, alors que l’organisation des masses exploitées est plus que jamais un impératif pour prétendre briser un jour une bourgeoisie mondiale caracolante, elle-même solidement organisée en multiples sectes solidifiées par la corruption et les obligations mutuelles. Les organisations qui apparaîtront demain chez les prolétaires en lutte organismes de type social ou/et politique rejetteront comme la peste ces fonctionnements de secte à procès continus, à exclusion rituelle, à insultes lassantes. Si la police m’avait fait parvenir un tel docu, je l’en aurais remerciée au nom du prolétariat.[2]

Le CCI était déjà mourant depuis le milieu des années 1990. Toute sa décadence est décrite dans mon histoire du maximalisme (toujours disponible)[3] et qui, avec la longue compil des réunions de l’organe central par l’ex-FICCI (actuel GIGC qui donne des aigreurs d’estomac aux policiers actuels du CCI) pourra permettre aux historiens du futur de démêler les causes réelles d’une histoire de la folie révolutionnaire.

 Je n’ai pas la prétention d’avoir été celui qui a vraiment identifié la pente fatale en 1996. Il ne faut pas confondre syndrome et symptôme. Tout au long de son histoire ce groupe internationaliste a connu des syndromes destructeurs des tentatives de destruction par des individus louches (phénomène aussi ancien que le mouvement ouvrier) mais est venu le temps du repli sur soi – la chute de l’espoir de l’insurrection rapide du prolétariat mondial – qui a donné lieu à des symptômes internes bizarres. Du fait qu’elle cherchait à se refuser à toute dissolution, vu son inanité historique provisoire, l’organisation développa des maladies auto-immunes…

 Pour donner au lecteur une approximation de la lente décomposition  voici quelques extraits de mon « Histoire du maximalisme »[4]. Et enfin mon texte de l’an 2000 : La peur du bide, où je me moquais déjà des deux clans, l’un anarchiste et l’autre marxiste fossilisé. Ce texte n’a pas perdu son actualité. On en est là. Et c’est bien lamentable.

 PETER PAN ET FEE CLOCHETTE AVRIL

 « C’est là qu’intervient un phénomène qui échappa à tous : la paranoïa. Je perdis ensuite pied progressivement. Il n’était plus question de libre discussion, de confrontations fraternelles des points de vue, de libre discussion politique de sujets généraux. Le moindre désaccord, la petite remarque anodine, une remarque qui se croyait insignifiante vous valait la correction par cinq, six procureurs. Le doute ne s’est-il pas ainsi instillé dans la tête du camarade ? Le camarade ne révèle-t-il pas qu’il n’est pas profondément convaincu des orientations que l’organisation s’est donnée et que la classe lui a confié ? Ultérieurement d’autres seront poussés à démissionner comme moi-même (en 1996). La secte ne laisse aucune porte de sortie honorable à celui, non pas qui se dit d’accord (trop facile) mais qui ne fait pas son mea culpa permanent, qui ne se livre pas aux verges de la « saine auto-critique marxiste » (relire « Autocritique » de E.Morin). Cette destruction sans fin par les petits tortionnaires « purificateurs » veut se passer du minimum d’humanité contenu pourtant encore sous le règne de la bourgeoisie. Oublié le précepte des débuts de l’organisation à la fin des années 1970 comme le psalmodiait Judith Allen : « Nous sommes fermes avec les principes mais souples avec les individus ». L’inverse prévalait avec la léninification accélérée. Mais est-ce que je n’exprime pas finalement ici le même discours que les Chénier et Juan McIver ? Est-ce que je ne suis pas en train de donner raison aux aventuriers « démocrates », « phallocrates » et « louchocrates » ?
Le sociologue Erwin Goffman expliquait que dans le jeu social, il faut toujours laisser une porte de sortie honorable à celui qui a perdu. Le vaincu, dans ces conditions ne perd pas complètement la face et peut garder une « présentation de soi » qui n’est pas totalement disqualifiée  alors même que ni lui-même ni ses comparses ne sont complètement dupes. En revanche, les réactions de celui que l’on enfonce dans son échec sont imprévisibles et peuvent être incontrôlables. Les assauts des procureurs, parmi lesquels il y avait de futurs membres de la fraction « interne » de 2003, pas encore dans la charrette en route vers la guillotine place de la Concorde[5][5], étaient comparables aux diatribes du « vieux » contre les « réservistes » dans les années 1980. Ils pouvaient se revendiquer d’un cynisme, hystérique mais pas historique…

DU COUPLE A LA HORDE

Avec l’exclusion d’une nouvelle charrette en 2002-2003, d’autres histoires réapparaissaient concernant le couple diabolique Peter Pan et Clochette Avril. La horde militante va prendre pourtant sa défense grotesque. Guerre des « deux roses » d’un nouveau théâtre élisabéthain ? Ce couple aurait été en crise permanente, prenant en otage de façon constante l’organisation pour régler ses différents familiaux. Les « voleurs », les « amis de Jonas », les « gangsters », de la dite fraction interne[6] du CCI, qui dénoncèrent courageusement et sans faiblir les nouveaux Torquemada et autres Iago, s’ils nous livrent des détails fastidieux et agaçants, ne comprirent pas vraiment les raisons de leur expulsion évidente. Allait-on ainsi de la horde au parti ? S’agissait-il seulement de la la prise de pouvoir d’un couple du Disneylandesque CCI? Dans leur historique-fleuve des intempéries de l’organe central en 2003, ils émettent pourtant l’idée que le cas de la sorcière Louise/Avril/Clochette n’est pas la cause profonde de la crise du CCI – « elle n’en est qu’une dimension » - mais alors quelle est la raison fondamentale de cette crise ?
Le CCI n’est pas le seul groupe politique à avoir connu des « problèmes de couple » dans l’histoire du mouvement révolutionnaire. Il avait déjà eu affaire au couple d’opérette militante Prénat/DN et au couple trioliste Raoul/Jigi/Dominique. Mais n’en rajoutons pas, c’est déjà assez compliqué. Certes, le phénomène de complicité de couple a toujours existé en politique. Les citoyens élisent un président de République, pas sa femme, pourtant elle est de fait cogérante de la fonction. Les rôles de Mesdames Chirac et Ceausescu ont toujours été sousestimés mais elles eurent aussi le pouvoir partagé. Monique Avril, la conquérante du chef reconnu implicitement par tous, est un cas particulier. Raisonneuse comme une infirmière psychiatrique et dotée d’un solide caractère, elle était dotée des éléments psychologiques et d’une capacité à pomper tout ce qu’elle ignorait en histoire et en politique par l’écoute des discours des autres ; une capacité commune avec l’autre flic supposé, « Jigi » (ou « Gigi » la gonflette). Lors du combat de 1993 contre le clan pavillon, Peter disait souvent : « A travers Avril c’est moi qu’on attaque », confirmant qu’il avait été complètement aspiré par sa fée Clochette. Une telle situation de dépendance affective brise toute individualité dans sa capacité à raisonner de façon indépendante. Peter Pan avait toujours été très dépendant à l’âge adulte du lien avec sa mère, laquelle ne supportait pas sa bru, puis il avait retrouvé un père en Marc Chirik, ensuite il ne lui restait plus que sa compagne de militantisme, à la fois mère et amante, et conseillère politique.  Avril s’est toujours comportée comme une éminence grise, Clochette jalouse, ne parlant jamais en public mais glissant ses petits mots fourmillant d’étoiles jaunes. Elle savait jouer à la fausse neutralité du couple de bande dessinée, par exemple en critiquant certaines positions de Peter en section de Paris juste au moment où étaient présents les délégués internationaux pour le congrès proche. J’avais eu l’occasion de constater les dégâts chez Peter ; assis à côté de lui je le sentais encaisser, et il prenait sur lui de ne pas répondre. Dans la hiérarchie d’entreprise, formellement, les couples sont bannis aux mêmes niveaux hiérarchiques, parce qu’ils signifient « double pouvoir » ; en réalité ils se reforment à l’insu des actionnaires et des délégués syndicaux, quand ce n’est pas la principale déléguée qui couche avec le patron. Le cas le plus célèbre de couple à problème en politique est celui de Louis Althusser et sa femme. Cette dernière était connue pour avoir un caractère fort et Althusser pour sa fragilité. Sommé par la direction du PCF de rompre avec sa femme, Althusser choisit de rompre avec le PCF puis plus tard de zigouiller celle-ci, pour des raisons qui ne sont probablement pas politiques. Le cas de Peter est inverse, sommé en quelques sortes par un Jonas excédé - qui ne faisait que résumer ce que nous étions une dizaine à penser depuis des années, d’identifier comme nuisible sa bonne femme - Peter choisit de manœuvrer pour virer la plupart des fondateurs membres de l’organe central, appliquant ainsi sa maxime de 1993 : à travers ma Clochette, c’est moi qu’on attaque ! En plus il était vraiment attaqué pour son vieux laxisme intellectuel connu depuis les débuts : articles en retard, retard aux réunions, etc. Défauts courants qui furent traduits dans la langue paranoïaque : manœuvre de flic infiltré et tentatives de destruction de l’organisation. De l’organisation ou du couple diabolique  et de sa horde? Etait-ce vraiment une prise de pouvoir par un couple maléfique disneydantesque?

 DE LA FIN DU DEBAT-COMBAT DE 1993-1996 A L'EXPLOSION DE LA CRISE AU 14e CONGRES DU CCI (SEPTEMBRE 2001) . L’analyse de la FI-CCI ou la fraction interne face aux accusations torrentielles :

 « Ultime précision : « Ce travail, cet Historique, a été ensuite lu et discuté par 4 des anciens membres du SI. 4 sur 6. Même si écrit par un militant, cet historique est le fruit d'un travail collectif. Les camarades Olivier, Michel et Juan ont directement participé à son élaboration. Nous l'avons fait lire aussi au camarade Jonas – démissionnaire mais toujours membre de l'organisation. Les 4 camarades de l'ancien SI sont tous d'accord avec ce texte, la réalité de ce qui s'est passé, et les conclusions générales qui en sont tirées. Ils sont d'accord avec la démarche et le contenu ».
Les problèmes de ces camarades « tendancieux » ont commencé dans une ambiance d’agence matrimoniale, le CCI étant l’agence, le couple Peter Pan et Clochette Avril posant leurs différents au cours des réunions du SI (secrétariat international) occupant « jusqu’à 30 à 40% de ces réunions ». Il ne nous est pas précisé si le couple faisait désormais partie de cette même commission[7], Clochette étant montée sur le bras viril de Peter Pan, auquel cas nous n’aurions eu en effet qu’une reproduction du népotisme du clan pavillon raoulesque. Le scénario-vérité a pris pour prolégomènes le départ de Raoul au 12e congrès du CCI en avril 1996. Etait-ce une manière de compte à rebours, involontaire hommage au plus jeune fondateur de RI-France? Le tout est que Peter, le mari d’Avril/Clochette, est de plus en plus en retard aux réunions. N’est-ce pas volontaire de sa part pour ne pas se mêler des discussions, ou parce que ça radote sempiternellement? Ou qu’on n’y discute plus de politique ? Peter n’aurait-il pas été lassé de ces salades comme je le fus moi aussi ? Surtout qu’il y a toujours un zèbre pour renchérir, et d’autres pour surenchérir. Voici l’an 1997, Peter manifeste une absence de « discipline sociale » dans la vie quotidienne, familiale et militante, et plus drôle : « A partir d'avril (sic !), Peter va invoquer aussi, à côté des "excuses" classiques, la nécessité d'aider sa fille à faire les devoirs pour justifier ses retards ». Le bâtard du couple perturbé, Bruno fera des siennes au cours de l’année 1998 (contestation du SE envers le SI), comprenez que Peter, se sentant isolé au SI, fait agir « Capitaine Bruno » (le pitt bull du couple) depuis la place forte du SE de RI. On apprend qu’il y aurait trop long à dire. Stupeur : « En vacances à l'été 99, le couple Peter-Louise explose. C'est l'apogée de la crise du couple qui atteint là son paroxysme après des années de déterioration continue comme le montre la période antérieure ». Louise Clochette « pousse à ce que l'organisation fasse pression contre Peter en participant à son chantage à la séparation ». Pauvre fraction, il ne faut jamais se mêler des bisbilles d’un couple. La preuve, mère organisation, cette marâtre, les accuse d'avoir voulu la séparation du couple contre l'avis de Peter et de Louise. Le pauvre Peter Pan avait découché trois jours dans la caverne du brave Olivier pourtant et Louise Clochette éplorée a reconnu devant le SI avoir fait une politique de « pression sur son compagnon » en l’absence des alligators. C’est beau l’amour. Le confident du couple, le Capitaine Bruno sort son crochet pour dénoncer les briseurs de ménage du SI et en saisit un seul dans le tas, le plus petit – ni méchant ni futur Staline plutôt sergent chef - qui fût toujours du genre apparatchik parpaillot, le blondinet Michel. A chaque dépendance de l’agence matrimoniale, SI, SE, BI, CE, le torchon brûle entre le couple, le confident et les voisins indélicats qui s’étaient mêlés de ce qui ne les regardait pas. Tout s’apaise à l’été 99, le couple coule à nouveau des jours heureux. Malheureusement voilà fée Clochette Avril qui entre en crise seule. Elle boude d’abord et tous les regards sont tournés vers elle au 14e congrès de RI qui porte pourtant son nom « avril 2000 », à la fin duquel, le confident salace, le Capitaine Bruno, aboie après toute la compagnie et laisse transpirer qu’il y a un chef génial « militant-fil-rouge »… (une hérésie pour la GCF). Il est rétrogradé cependant lieutenant par la fraction de Clochette, qui a toujours besoin d’un camarade avec ceinturon. Aux bouderies de Clochette succèdent des « retraits-offensifs ». On disserte sur les « cadavres dans les placards en section de Paris » quand Peter soi-même préside les réunions de section de Paris, laquelle ne contient plus que les membres de l’organe souverain et trois ou quatre futurs liquéfiés. On imagine cette section qui avait compté jusqu’à quarante membres et qui était présidée par de jeunes équipes, réduite comme peau de chagrin avec un Peter Pan rétréci en grandeur réelle à cette banale et bureaucratique fonction de président de séance d’une vulgaire section locale. Peter ne laisse pas la parole à qui veut critiquer Louise Clochette Avril, ce qui est bien normal car c’est son épouse adorée. Elle se fait d’ailleurs porter pâle mais en chuchotant à l’oreille de son prince bien-aimé que le CCI est « stalinien ». Elle dit une chose un jour puis le contraire le lendemain. Elle ne se gêne point pour retourner les accusations qu’on lui a adressées, comme un gant et en vous faisant l’effet que c’est elle qui l’a affirmé la première. Vous imaginez comment Peter Pan est affaibli au bout d’un an de ce traitement cyclothymique par une professionnelle ? Les vieux matelots éclopés de la fraction ne peuvent plus suivre, pour tout dire ils chavirent. Elle est bien finie la belle époque où jeunes étudiants ou cadres sup pouvaient faire durer les séances des organes souverains jusque tard dans la nuit :
« Les réunions du SI deviennent de plus en plus longues et tardives. La plupart du temps, Peter arrive en retard, de plus en plus en retard, parfois même il s'absente pour "garder" sa fille âgée de 16 ans. Il fait donc traîner les réunions tard soit en posant à la fin de l'ordre du jour un nouveau problème aigu – par exemple une publication de texte de Louise pour le bulletin -, soit en revenant encore et encore à la charge sur une question où il est minoritaire. Les membres du SI, dont la plupart a plus de 50 ans, se fatiguent plus vite qu'avant d'autant qu'à l'exception de Peter qui a le privilège de pouvoir arriver vers 11h ou midi à son travail - en fait quand il veut - les autres sont obligés de respecter des horaires stricts. Enfin, outre Jonas qui est atteint d'une grave maladie, Michel et Olivier ont subi des opérations chirurgicales durant toute cette période qui les ont aussi affaiblis. Elise, institutrice, se lève à 7h. et a un travail fatigant. Quant à Juan, après 25 ans de travail de nuit dans un centre de tri postal, il se lève à 5h du matin. Inutile de dire que tous ont aussi des charges familiales ». 

 LE DRAME ELISABETHAIN DE LA FRACTION INTERNE DU CCI
 « Un bon film n'est rien sans un bon méchant ».  Alfred Hitchcock

 La longue investigation notariale du Charles Dickens de la fraction conclut : « Quelque que soit sa nature véritable (malade psychologique, aventurière, agent d’une quelconque officine de la bourgeoisie infiltré dans l’organisation, etc...) dont nous n'aurons sans doute jamais l'explication, ce qui est sûr, c'est que Louise, ex-Avril, n'a rien à faire dans une organisation communiste au même titre que Simon dont elle partage en partie l’itinéraire. Un parallèle étroit les unit, malgré leur apparente opposition finale en 1993, tant avant leur adhésion au CCI que durant leur parcours au sein du CCI. Louise présente les mêmes "caractéristiques" et le même type d'histoire personnelle avant et après son adhésion au CCI. Les deux laissent beaucoup de zones d'ombre sur leur passé - avant d'intégrer le CCI - sur lesquelles ils restent toujours très vagues ».  Deux flics, nous ont-ils déjà dit ? Sans doute mais dont l’action n’a pu être favorisée que par « l’affaiblissement théorique, politique, organisationnel du CCI ». D’explication véritable et argumentée point. Louise Clochette est un malheur tombé sur le CCI, une véritable fée carabosse, se dit le lecteur éploré à cet endroit du scénario linéaire et de moins en moins fertile en rebondissements, même si les rôles sont strictement répartis : « Michel (présenté par la suite comme le guru manipulateur et revanchard), d'Olivier (membre de la "secte fanatique aux méthodes nazis"), de Juan (le voyou violent, hargneux et qui a failli devenir L'Agent provocateur), et de Jonas (présenté finalement, et après bien des vicissitudes, comme L'Agent provocateur) ».
Nous reprenons pied dans cet incroyable imbroglio où des voisins indélicats se sont mêlés des affaires d’un couple un peu particulier lorsque le directeur de l’agence (la commission d’investigation) avec le bedeau Krespel livre ses résultats basés sur la découverte de la jalousie, hé ! cette vieille passion humaine qui pousse au crime : « … la CI a déjà développé en son sein l'analyse que les quatre membres du SI sont jaloux de Peter, revanchards, envieux de son brillant et de ses capacités théorico-politiques, et qu'ils veulent lui faire la peau ». La main sur le cœur et l’autre bras levé au ciel, déclamant dignement tel Orson Welles, Peter Pan se mue en Othello :
«Othello.- Voyez comme ces goujats traitent ma compagne ! Voyez combien ils éjaculent de calomnies contre notre dévouement de couple à l’orgasme que le prolétariat nous a confié !
Jonas.- Oh ! Prenez garde, monseigneur, à la jalousie ! Non pas pour l’adorable Avril mais pour ce monstre aux yeux verts, bossue à 36 carats, qui produit l’aliment dont il se nourrit ! Ce cocu vit en joie qui, certain de son sort, n’aime pas celle qui le trompe ; mais, oh ! Quelles damnées minutes il compte, celui qui raffole, mais doute, celui qui soupçonne, mais aime éperdument !
Bruno Iago[8].- Ô que c’est honteux ! Je demande la damnation du félon Juan et la crucifixion du paria Jonas ! Aglaé et Sarah seront tondues !
Desdémone Clochette.- Le militant qui est content est riche ; et riche à foison ; mais le militantisme sans organisation est plus pauvre que l’hiver pour celui qui craint toujours de devenir petit bourgeois. Cieux cléments, préservez de la jalousie les âmes de toute ma tribu et de mon mari! O j’ai vécu le calvaire et l’enfer pendant des siècles à cause de ces manants mal embouchés du SI…
Othello.- Allons ! À quel propos ceci ? Crois-tu que j’irais me faire une vie de jalousie, pour suivre incessamment tous tes changements de lune à la remorque des nouveaux soupçons des félons du SI? Non ! Pour moi, être dans le doute, c’est être résolu…Échange-moi contre un bouc, le jour où j’occuperai mon âme de ces soupçons exagérés et creux qu’implique ta conjecture. On ne me rendra pas jaloux en disant que ma femme est jolie, friande, aime la compagnie, a le parler libre, chante, joue et danse bien avec ses traînées lumineuses ! Là où est la vertu, ce sont autant de vertus nouvelles. Ce n’est pas non plus la faiblesse de mes propres mérites qui me fera concevoir la moindre crainte, le moindre doute sur sa fidélité, car elle avait des yeux, et elle m’a choisi !... Non, Iago-Bruno ! Avant de douter, je veux voir. Après le doute, la preuve ! Et, après la preuve, mon parti est pris : adieu à la fois la fraction et la jalousie ![9]
Bruno Iago.- J’en suis charmé ; car je suis autorisé maintenant à vous montrer mon affection et mon dévouement pour vous avec moins de réserve. Donc, puisque j’y suis tenu, recevez de moi cette confidence…Je ne parle pas encore de preuve…Veillez sur votre femme, observez-la bien avec Krespel Eulenspiegel, portez vos regards sans jalousie comme sans sécurité ; je ne voudrais pas que votre franche et noble nature fût victime de sa générosité même… Veillez-y ! Je connais bien les mœurs de notre confrérie. À Venise, les femmes laissent voir au ciel les fredaines qu’elles n’osent pas montrer à leurs maris; et, pour elles, le cas de la tenir cachée.
Othello.- Est-ce là ton avis ?
Bruno Iago.- Elle a trompé son père en vous épousant; et c’est quand elle semblait trembler et craindre vos regards qu’elle les aimait le plus[10].
Othello.- C’est vrai.
Jonas.- Eh bien ! Concluez alors…. Votre grue à 36 carats est légèrement encline à l’embonpoint et habillée d’une feuille taillée très court. Elle parle le langage des fées, un tintement argentin et lorsqu’elle pleure, parce que les fées aussi peuvent pleurer, elle émet des notes
plaintives. Desdémone Clochette est une personne pleine de qualités mais aussi pleine de défauts. Elle est romantique et a bon coeur, elle n’est pas foncièrement méchante encore qu’à certains moments, elle peut se montrer jalouse et haineuse. Elle est vaniteuse aussi, dévergondée et impolie. Elle est si petite qu’elle n’a de place que pour un seul sentiment à la fois. Elle est brillante, elle zèbre l’obscurité de traînées lumineuses. Elle ne s’éteint que lorsqu’elle s’endort mais ne peut dormir que si elle a réellement sommeil. Elle est rapide et pudique. Elle libère du pollen des fées qui permet de s’envoler. Comme toutes les fées, elle est assommante. Elle se mêle tout le temps des affaires des autres et tient difficilement en place. Ciel mais les chevaliers Michel Po et Stanley, le gnafron sous-off et le jeune gnafron bureaucrate, nous quittent déjà !». Clochette-la-rétameuse vous perdra aussi !

LA PEUR DU BIDE
En 2000 j’appelais le CCI « Eglise de marxologie » en m’adressant à ses autres défroqués tout en me démarquant de cette cuvée « intello-conseilliste ».
A propos de la brochure à retardement d’un modeste cercle de discussion de Paris : « Que ne pas faire ? » (juin 2000)

Chers camarades défroqués,
   J’ai lu avec attention votre « réflexion critique sur une expérience traumatisante : l’évolution d’une organisation révolutionnaire en secte paranoïaque », et pris connaissance de votre bilan du XXe siècle.
 J’ai compati au maigre constat de votre « pensée collective qui a ouvert plus de questions qu’elle n’en a résolu ». Je n’ai pas oublié les délires de la bolchévisation des années 1990 du CCI et de son égérie Suzanne Avril. J’ai cessé de me poser des questions sur pourquoi l’esprit policier dénoncé à l’extérieur a finalement triomphé à l’intérieur avec la milice centrale bolchévisée. Je m’en fiche. Il n’y a rien à redresser quand on est devenu extérieur à ce genre de machin.
 Je vous ai trouvé bien timorés concernant ces mêmes délires. La victime principale de « l’esprit de parti », Raoul (le fondateur ou l’élixir de jeunesse du vieux Marc au milieu des soixantehuitards) est bien trop gentil sur les exigences léninistes des « membres des organes centraux » à son égard. Raoul a été roulé dans la boue, traité comme moins que rien. Raoul n’avait pas le droit de prendre des notes à l’organe central pour assurer sa défense car il était soupçonné de les montrer à l’affreux JJ. Raoul n’était plus un exemple de rigueur politique mais il avait un défaut : la prétention au leadership. Derrière le gourou JJ se cachait un autre gourou : Raoul.
Déterminés à contrer cette ambition, les maîtres du moment eurent pour argument principal que l’absolution de Raoul du péché clanique était envisageable mais dans la mesure où il s’engageait à rompre avec sa compagne SK, histrionne manipulée par son ex l’affreux franc-maçon JJ. C’était la meilleure tactique pour séparer Raoul de ses troupes. C’est dans son intérêt qu’il était accablé, questionné des nuits entières.
Althusser sommé de quitter son épouse par l’instance centrale du PCF avait refusé et s’était vengé en ralliant le maoïsme. Quand la secte ou le parti exige une telle séparation, un homme viril ne cède pas. Raoul donna des bâtons pour se faire battre aux cyniques bureaucrates marxologues. Raoul, plus fidèle en amour et en amitié qu’en politique, ne céda pourtant pas (l’échine d’un homme peut longtemps endurer les pires vexations) et par conséquent les sévices intellectuels du CCI à son égard n’eurent une fin que lorsqu’il se décida à écrire une deuxième lettre de démission (ils avaient réussi à lui faire manger la première). Laquelle démission n’était pas reconnue ( la personne n’existe pas sous le régime du collectif marxologique) car, face aux membres dispersés, l’organe central ne pouvait apparaître comme ayant cautionné le départ de l’inconciliable Raoul. Les bras du CCI restent donc éternellement ouverts à Raoul alors que les bras de ce dernier lui en sont tombés.
 Tout cela n’intéresse plus personne et apparaît si ridicule que le CCI a retiré sa brochure paranoïaque de la vente.
 J’ai noté que la justice du CCI était « pire que celle de la bourgeoisie » et que les injures proférées à l’encontre du pauvre Raoul étaient « de type stalinien » et que face au « complot universel » dont le CCI s’est dit victime, vous avez tout autant subi ses « traquenards » et « menaces de toutes sortes ». Vous avez quitté cette « maison d’aliénés, sans concertation, déboussolés, écoeurés ». C’est vrai. Le CCI est devenu « inutile à l’émancipation du prolétariat », dites-vous, ce que je partage (le prolétariat n’a pas besoin de nouveaux petits chefs du CCI ou de LO), mais je m’interroge sur votre conclusion introductive  « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface » ?
 Incontestablement, votre brochure « Que ne pas faire ? » est de la belle ouvrage : efforts notables pour sortir de la langue de bois propagandiste, efforts de lisibilité, illustrations qui éclairent les propos (parfois avec humour) comme les manuels d’histoire de seconde littéraire. Bel emballage et pas de question tabou. La forme de l’emballage peut-elle vraiment abuser sur l’absence de fond et une démarche modernisatrice en surface ? C’est ce à quoi je vais m’efforcer de répondre selon mon point de vue, et je ne prétends parler ni au nom du prolétariat ni au nom de la bourgeoisie.
 Peut-on quitter un navire et nager vers une autre rive sans risque ?

En général tous les défroqués du parti stalinien pour prendre un exemple connu par le citoyen lambda, rejoignent la démocratie bourgeoise en poussant des cris d’orfraie contre le « totalitarisme communiste», tout comme les ex-membres des sectes dénoncent la « manipulation » dont ils auraient été les victimes non consentantes. Il y a une singulière propension dans votre témoignage tardif (la rupture ou la mise au ban de l’organisation dénoncée datant de 4 à 5 ans) à montrer ses mains blanches. Le « mal » c’est le CCI. Les horreurs sectaires subies surtout par l’auteur n°1 de la brochure, Raoul, ne seraient que le fait d’un groupe « en décadence ». Le groupe incriminé est vraiment stupide, il n’a pas discerné « le décalage de ses schémas d’analyse primitifs par rapport à l’évolution réelle de la situation au long des années 80 ». Le CCI a été l’artisan de sa propre décadence parce que les termes de l’élaboration de la théorie ne se posaient qu’en comportements suivistes par rapport aux « textes d’orientation préparés et concoctés par les organes centraux ». Fascinant totalitarisme du CCI! Les camarades divergents se voyaient dénier jusqu’au droit d’être admis en divergence. Les successives tendances et divergences ont été injustement brimées jusqu’à cette affreuse caricature du débat de 1993-1996 « amplification caricaturale de la dispute autour de la tendance P.I. »[11] . Tout cela était accepté bon an mal an par tous, majoritaires comme minoritaires, chacun savait[12] qu’il fallait se plier à la discipline pour offrir un point de vue de groupe et non un éventail de carnaval, ou ce catalogue de questions façon « Science et vie » du cercle raoulien. Rien de choquant à l’idée de discipline, la bourgeoisie en face s’effondrerait en un rien de temps si elle ne défendait pas sa discipline dans ses partis, ses armées, et ses syndicats. La discipline ne vaut pas en elle-même mais en ce qu’elle suppose un but, une passion commune et un respect mutuel. Votre cercle raoulien a raison sur un point dans ce galimatias new look : le CCI a perdu tout contact avec la masse ouvrière (bien que ses rapports antérieurs aient été aussi épais que le papier rizla) et, déphasé par rapport à une réalité qui fait mentir ses schémas, il n’avait plus pour ressource que de régler des comptes disciplinaires avec ses vilains canards anarchistes et ses petits bourgeois enseignants et cadres supérieur en concurrence pour le monopole du saint-esprit marxologique en matière organisationnelle. Et j’ajoute une autre raison, plus fondamentale : l’absence d’ennemi extérieur.
Les gens de ma génération se rappellent le sketch de Roger Pierre et Jean-Marc Thibault. Thibault campe un magicien contrarié par un spectateur qui ne cesse de l’interrompre en criant « y a un truc » ! Il invite ce spectateur à monter sur scène. Roger Pierre monte. Le magicien entreprend de découper sa cravate et pendant toute cette démonstration, Roger Pierre ne cesse de pouffer et de dire « y a un truc ». Fin du sketch, Jean-Marc Thibault déclare, comminatoire : « y a pas de truc ! » laissant Roger Pierre consterné. La bourgeoisie actuelle se fiche pas mal des « militants révolutionnaires », ne leur fait aucune publicité, ne leur occasionne aucun martyr. Il n’y a pas un « truc » en 1996 mais clairement une action de minage du milieu ultra-gauche avec l’idéologie de la Shoah (qui est passée au-dessus de la tête du CCI, qui a pourtant souvent justement dénoncé la version classique de l’antifascisme, et du cercle raoulien). Le CCI a été comme une souris affolée dans sa cage et qui se cogne la tête contre le grillage. Le CCI est resté dans sa cage. Personne ne va lui en vouloir pour cet auto-enfermement. Toute secte, veuve d’un ennemi déclaré, ne peut que se flageller en psalmodiant les plus vieux refrains des textes sacrés et en attendant le miracle.

Pour comprendre l’avanie organisationnelle de la micro-secte ultra-gauche, le cercle raoulien se débat désespérément dans les eaux de naguère, il « rembobine le fil du temps » jusqu’à l’après-68 et la délimitation d’avec les contestataires à la Bérard (impatient contre cette masse ouvrière revendicativiste) et remonte le courant même jusqu’à Martov en Russie (1903). Lénine, terrible patineur, avait attaqué la « personnalité humaine » de Martov son ami de jeunesse (« argumentation antipersonnelle », on en frémit). Le cercle de Paris voudrait nous embobiner à nouveau sur les « affinités personnelles » qu’il n’y réussirait pas autant en prétendant refuser désormais toute langue de bois. Les garanties en politique de ces moralisateurs seraient-elles d’indéfectibles amitiés, les affinités électives et autres sornettes qui fondent le bourrage des urnes bourgeoises, les délits d’initiés et autres prévarications de la démocratie occidentale ? Prompt à faire la morale, le « cercle de Paris » oublie benoîtement le rôle joué par ses protagonistes dans l’esprit de clan. Comme les anarcho-conseillistes bon teint, Raoul aime les réputations « personnelles ». Il aime par-dessus tout qu’on admire sa « personne ». La « personnalité humaine » concerne Raoul, lui-même. Les autres, il s’en fiche. Ce qui importe c’est sa « personnalité humaine ». Le bourgeois dénonce dans le « totalitarisme communiste », la fin de la « personnalité humaine », mais cette personnalité humaine n’est pas celle du prolétaire en général mais celle du maître, du manager, et accessoirement de l’intellectuel, du larbin de service qui pense, contrairement à l’impulsive masse moutonnière. Raoul est un produit du CCI où la considération humaine ne prévaut qu’en fonction de votre degré de « discipline » et de louanges versés à l’organe central. Raoul n’était plus un alter-ego et encore moins un « égaux » !
Un fondateur révolutionnaire comme Raoul aimait bien « donner des leçons » à l’époque où il était encore un notable écouté et humainement considéré. Sorti du monastère, Raoul peut retrouver sa « dimension humaine », donner à nouveau ses leçons et réviser l’histoire à sa façon sans être contredit.
 Le navire est en perdition, mais la nage en eaux troubles ne garantit pas la survie.
 La hausse tendancielle du taux de rancune :
 Raoul se révèle plus qu’il ne se réveille. Avec son cercle d’amis, de femmes et de soeurs, Raoul montre du doigt le CCI qui ne reconnaît pas s’être trompé avec ses «années de vérité », et autre « cours à la révolution ». Le problème n’est pas que le CCI ne reconnaisse pas s’être trompé - toute secte est infaillible, à commencer par L.O. et sa guenon Laguillier - mais que le CCI soit incapable de prendre en compte comment Marx et Lénine ont reconnu et corrigé leurs erreurs ! On ne peut certes pas trouver dans ce cercle une connaissance approfondie de l’histoire du mouvement ouvrier et du mouvement marxiste, d’autant que ces cadres planqués  proviennent tous de l’ardent CCI où la connaissance du militant moyen et supérieur est limitée à la lecture superficielle de Libération et de Lutte Ouvrière; de plus la secte mondiale oblige à lire tant de textes répétitifs internes traduits de l’original sans originalité et mobilise la ruche organisationnelle à un tel point activiste qu’il est impossible à la plupart de se documenter par eux-mêmes et de découvrir des ouvrages sérieux d’historiens. Ce sont des ignorantins qui prétendent transmettre des leçons d’histoire « prolétarienne » au commun des passants quand celui-ci ne les confond pas, en offrant son obole charitable, avec ces pauvres vendeurs de journaux, chômeurs roumains.
 J’ai déjà répondu en décembre 1997 à la problématique de Raoul et à son persécuteur le CCI[13] (). Ni Raoul ni le CCI n’ont répondu. Pourquoi ? Parce qu’ils ne peuvent pas répondre. Et pourquoi ne peuvent-ils pas répondre ? Le CCI n’est pas simplement sur un nuage, il est hors de la réalité. Il sermonne. Il vaticine. Il radote. Il éructe contre le capitalisme. Il conchie la bourgeoisie de droite et de gauche. Il sanctifie les martyrs communistes des années 30 près du cours de tennis comme le Pape évoque les saints persécutés au bord de sa piscine privée.
Le cercle de Paris, clone de Raoul, ventriloque du jeune fondateur de RI, ne se situe pas du point de vue du mouvement ouvrier sur les questions des organisations, comme je le soulignais dans mon texte de déc 97. Il veut recoller les scissions ou exclusions déguisées successives face à la « lutte des places » dans la hiérarchie organisationnelle. Il prétend dénoncer l’esprit policier duquel il a été complice et une élite « bolchévique » dont il a été longtemps (même ambivalent) le porte-parole. Le cercle informe le quidam que les « belles années » sont passées et qu’une « rupture dialectique » a eu lieu produisant un « glissement vers la conception léninienne », « hypertrophiant le centralisme et les questions de discipline ». On ne peut se défaire de l’idée que les défroqués du cercle chargent la barque. Toutes ces choses sont éminemment condamnables, mais que dire de la conception du « militantisme intégral de Raoul » chef historique déchu où l’on doit pouvoir « tout dire en politique à sa femme et à l’amant de sa femme »? (un peu comme le maire de Paris Jean Tibéri et sa mémère). Il n’y a rien de pire que les couples en politique !

Raoul nous rejoue son rôle de rassembleur des mécontents successifs, il est le « fédérateur des intellectuels en perdition » disais-je en 1997 : « il roule pour une secte-cénacle d’intellectuels libérés rassemblant tous les déçus du CCI à chaque étape où ils en sont sortis », et, sans pudeur (mais c’est parce qu’il est en colère) il essaie de blanchir le gauchiste aventurier Chénier en noircissant le tableau de la récupération du matériel et en mentant (aucune violence n’a été exercée).
 Le cercle, ce porte-voix de Raoul, affirme que le CCI est tombé dans un délire activiste dans ses «années de vérité » (1980-1990) mais pourquoi ne nous parle-t-il pas des emballements activistes de Zorro Raoul pour les événements au Portugal en 1975 et à la seule ville de Vitoria en Espagne en 1976 ? Raoul, masqué, tenant à s’arroger la représentativité du prolétariat ressort ses pathétiques appels à la grève corporative d’Air France en 1996 pour faire oublier la guerre de clans. Il n’y avait pas eu besoin de la cape et de l’épée de Raoul pour se rendre compte sur place des limites d’une banale grève corporative par d’autres militants.
 Raoul a toujours été en divergence. Cela n’est pas une qualité. Il a toujours défendu son point de vue, comme le petit commerçant défend sa boutique. Raoul est l’expression du petit-bourgeois soixantehuitard, fort en gueule mais accomodant, généreux même dans son aveuglement, mais bonne poire grave ! Il peut servir à quiconque pour ridiculiser le mouvement. Caméléon il était, caméléon il reste. Raoul est une figure de la petite bourgeoisie moderne. Il veut et il veut pas. Il ramène tout à lui et il crie au totalitarisme dès qu’on conteste son « libre-arbitre ». Dans les années 30 un partie importante de la petite bourgeoisie était fasciste, depuis trente ans, une partie importante de la petite bourgeoisie est soixante-huitarde. On dira que cela vaut mieux que d’être fasciste. Mais, sur le fond, cela ne change rien à l’affaire. La petite bourgeoisie ne pourra jamais être le guide de la classe ouvrière . Elle est trop imbue d’elle-même. La petite bourgeoisie passe son temps à s’imaginer à la tête des événements. La petite bourgeoisie n’a pas de projet, elle va dans le sens du vent. Raoul rêvait au prolétariat dans les années de plomb (1968-1980) puis il a commencé à déchanter, comme ses amis Michel Pidi, et les universitaires de la FECCI (dont il défendait l’approfondissement dans le bide), quand les choses se sont avérées plus compliquées, plus dispendieuses, plus étalées dans le temps. Il subissait jadis le charme moderniste de Bérard sans l’avouer puis il a trouvé que la révolution tardait à se déclencher. Il en a conclu excédé que les ouvriers ont besoin d’une solide saignée comme en 14 pour se bouger le cul. Depuis il attend, ruminant les vacheries des inquisiteurs du CCI. Puis il s’est penché avec circonspection sur le bilan du XXe siècle avec la collaboration de ses derniers admirateurs.
 La rancune est mauvaise conseillère
 Après tant de ruptures successives, voici une rupture par force de camarades poussés à bout qui prétendent élaborer a posteriori une nouvelle vision du monde. Pourquoi, confrontés à la fossilisation bolchévique du CCI, en viennent-ils à remettre en cause des axes marxistes de compréhension du capitalisme : sa décadence, l’impérialisme et le danger prolétarien jusqu’à la fin du XXe siècle ? Ils font la confusion entre la façon de fonctionner sectaire et hiérarchisée du CCI et des positions générales qui ne sont pas la propriété du CCI. Lorsqu’ils étaient encore membres du CCI il n’y avait pourtant pas meilleurs défenseurs de ces analyses comme armes pour combattre la bourgeoisie, pas l’ombre non plus d’un désaccord sur la limitation des marchés et le ralentissement des forces productives. Le contenu des repas de la maison-mère était-il si monacal qu’il faille se précipiter à l’extérieur vers des théories moins frugales ? La clarté extérieure a-t-elle été soudaine au point d’illuminer l’ombre de la militance qui les aveuglait ?
Certes trois ou quatre années d’une mentalité de caserne et de flicage léniniste des militants ne pouvaient favoriser une réflexion sereine ni sur les enjeux mondiaux ni sur l’état du capitalisme ni en faveur d’un bilan raisonné du XXe siècle. Le groupe ne pouvait que s’arc-bouter sur ses principales idées-force confondues avec les principes de base. Il suffit d’ailleurs de jeter un œil sur ce qui est publié encore aujourd’hui. C’est toujours la même chose, les mêmes radotages. La certitude de retrouver les mêmes vieilleries depuis vingt ans dispense d’une lecture attentive. Ce sont des Témoins de Jéhovah de la marxologie. Ils sont une poignée élitaire à pouvoir envisager d’être sauvée de la décomposition sur l’arche de Marc Chirik. Il paraît qu’ils auront même bientôt leur place à Eurodisneyland près du Space mountain dans la CCI Valley.
 La démarche du cercle raoulien n’est pas aussi sereine qu’elle veut bien le laisser paraître. En prétendant s’élever « au-delà du problème de la crise du CCI » et s’interroger sur l’appréciation du siècle écoulé par les révolutionnaires, comme s’il y avait une cassure et qu’on se trouve dans un autre monde, le cercle accomplit une vengeance. Il ne l’avoue pas mais il en prend la tangente inévitablement à la manière des intellectuels de « Perspective Internationaliste », manière de défi aux « bureaucrates du CCI » pour montrer qu’ils sont adultes et n’ont plus besoin de la théorie-maison. Pour se venger de l’espoir communiste fané ou de leurs illusions perdues ou souillées, ces anciens militants en viennent à découvrir une « dynamique du capitalisme au XXe siècle ». Ils s’aperçoivent qu’il n’y avait pas de crise économique à la veille de 1914 mais qui a jamais prétendu le contraire ? Puis avec des citations tronquées de Rosa Luxembourg, on nous apprend que depuis 1914 les possibilités de développement du capitalisme sont immenses.
Quelques photos pour illustrer l’esprit de veilleur de nuit du CCI alternent avec des encarts sur les taux de croissance mondiale. Les chiffres sont toujours sujets à caution et ne permettent pas de prendre en compte toute la réalité. On aurait pu nous donner les chiffres des profits des bourgeoisies américaine, britannique et allemande de 1939 à 1945, on y voit là aussi des chiffres colossaux. Cela peut-il permettre d’assurer :
 « On peut dire sur ce point que, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, c’est une bourgeoisie adulte et désormais plus consciente de ses intérêts, des nécessités réelles de son système ainsi que des rouages de l’accumulation qui émerge (…) Le nazisme, de ce point de vue, est caricatural en ce qui concerne le retard de la conscience bourgeoisie sur le propre développement effectif de son système et de ses nécessités modernes ».

Qu’est-ce que cette notion de bourgeoisie adulte ? Une excuse de plus à la barbarie ! La bourgeoisie aurait été infantile au cours des deux carnages mondiaux, plus dus à des phénomènes d’arriération hérités du XIXe siècle, reprise de la théorie fumeuse d’Arno Mayer et de son recopieur Bitot. Comment expliquez-vous alors le nazisme ? Comme un accident (version alliée) ? Comme une caricature arriérée (version Bitot) ? Et le stalinisme ? Comme un simple passage arriéré du capitalisme d’Etat ?
Le cercle raoulien est allé chercher ses arguments chez Mattick et Pierre Souyri, autrement dit chez les partisans de la baisse tendancielle du taux de profit. Vieille polémique où ceux-ci imaginaient encore de beaux jours au capitalisme sans nier sa barbarie actuelle. Cette propension à aligner des colonnes de chiffres froids m’a toujours paru dérisoire. Ces chiffres révèlent que l’humanité est beaucoup plus nombreuse qu’avant, donc que les profits sont décuplés, que la surproduction concerne autant les denrées détruites que les armes et les tanks, quand des sous-marins nucléaires russes sont transformés en musée. Mais que vaut la simple comparaison avec le XIXe siècle sachant les millions de morts des deux carnages mondiaux, les millions de morts des guerres locales, de la famine, du Sida ? Allez jusqu’au bout de ce raisonnement économiste et dites comme les bourgeois que ces morts, s’ils avaient vécu, auraient gêné le capitalisme et fait monter le chômage !
Ce listage des chiffres, à la place d’une argumentation, montre que n’importe quel ancien militant peut raisonner en monstrueux économiste. La période de reconstruction a dépassé en ampleur les taux d’avant-guerre ! Et alors ? Nos économistes se fichent pas mal de rappeler que cette reconstruction s’est faite sur le dos de la classe ouvrière, sur un nombre faramineux d’accidents du travail : la silicose n’a jamais autant décimé les mineurs en France par exemple que sous la « militarisation du travail » des ministres staliniens. Le salaire moyen des ouvriers en Europe et en Russie était dérisoire jusqu’à la fin des années 60. Après la crise de 1975, le chômage est devenu un phénomène massif dans les pays développés. On peut saluer la reprise des « 30 glorieuses » (à la Jean Fourastié) par le cercle raoulien, mais ces années n’ont jamais été glorieuses pour la classe ouvrière. Le développement massif de l’immigration dans des conditions d’exploitation odieuses peut permettre de magnifiques taux de production mais en quoi est-ce progressif pour l’humanité ?
Même sans guerre mondiale, le capitalisme a continué à mener de multiples guerres locales pas toujours déterminantes pour ouvrir des débouchés aux puissances dominantes. Mais le « dynamique capitalisme » du cercle raoulien a continué à porter en son sein la dynamite de la guerre. Les deux nouveautés théoriques avancées par le cercle d’une fin de l’impérialisme depuis 1945 et d’une quasi-disparition de l’Etat-nation prêtent tout simplement à sourire.

Un argument classique est dressé contre l’idée de décadence capitaliste : « ce n’est qu’une vue de l’esprit d’oser affirmer que le XXe siècle n’a pas produit d’innovations scientifiques cruciales » (p.51). Qui a jamais dit cela ? Marx a dit quelque part que, même dans leur phase décadente, les sociétés antérieures continuent à faire de beaux tableaux et des progrès ; savez-vous que les grandes découvertes scientifiques des Euclide, Archimède ou Hiérophile ont lieu au moment de la décadence grecque ? Les découvertes scientifiques les plus importantes de l’humanité ont même sans doute été faites au cours de ce siècle le plus criminel de l’histoire. Cela infirme-t-il la notion de décadence ? Marx, encore lui, fut horrifié par les atrocités de la guerre de Crimée, et pourtant le capitalisme était encore ascendant : « De nos jours, chaque chose paraît grosse de son contraire (…) Toutes nos inventions et tous nos progrès paraissent conduire à un seul résultat : doter de vie et d’intelligence les forces matérielles et rabaisser la vie humaine à l’état de force brute (…) L’évolution des forces productives a été aussi formidable que sont prémonitoires les symptômes de déclin dépassant de loin les horreurs rapportées des derniers temps de l’Empire romain ».
La théorie de la radioactivité est une superbe théorie qui a servi concrètement à Hiroshima et à Tchernobyl ! Le laser est une merveilleuse invention pour tuer depuis les satellites. La télévision est un excellent bourreur de crâne. L’informatique est une puissante machine pour développer le chômage et un flicage big brother totalitaire de la société. On pourrait lister ainsi d’autres grandes découvertes du XXe siècle, mais il faut aussi préciser que ces découvertes ont été menées à bien empiriquement au moment des guerres mondiales. La pénicilline découverte en 1929 par Fleming avait pour but de limiter le nombre de blessés qui mourraient si vite en 1914, « pour mieux les renvoyer au front grâce à la Croix rouge » (Trotsky). La recherche capitaliste est d’abord militaire, quel progrès ? La recherche militaire se base sur le meilleur moyen de « faire exploser des poitrines à vingt kilomètres à la ronde » (Churchill) à trouver des gaz efficaces pour tuer d’un coup des milliers de gens. La torture des otages juifs par les savants allemands a finalement servi à l’Etat américain pour mettre au point des combinaisons d’aviateurs permettant de résister au froid lorsqu’ils chutent en mer ! Idem pour les recherches de l’Unité 731 au Japon sur des otages américains ou chinois, dont les expérimentations tortionnaires ont été récupérées par les USA.
Vive le progrès ! Vive la dynamique du capitalisme au XXe siècle !
 A quoi mène le combat anti-léniniste du chef historique déchu ?
 Dans mon texte « Une secte dans la secte » (Un débat entre esquinteurs et esquintés), j’ai rappelé comment pendant deux décennies avaient cohabité dans le CCI une vision anarchiste de la révolution et une autre favorable au marxisme classique. Quand le marxisme du CCI est devenu du léninisme réchauffé, la mouvance anarchisante n’avait plus d’oxygène pour subsister. Le monolithisme a horreur de l’expression de divergences, fussent-elles mineures et la moindre allusion à la faillibilité des organes centraux est intolérable. C’est ainsi dans les sectes, cela n’est pas le cas dans le mouvement ouvrier vivant. Votre cercle raoulien connaît assez l’histoire de la révolution russe pour rappeler qu’en effet Lénine est passé à plusieurs reprises au-dessus du conservatisme de l’organe central en s’appuyant sur la base. L’histoire lui a donné raison, mais cela signifie-t-il que tout organe centralisé est mauvais ? Assurément c’est ce qu’il ressort de la démonstration appuyée sur le bon Lénine anarchiste qui décide à la place des bureaucrates, ce Lénine aimé des conseillistes et du cercle raoulien.
Mais Stop à la révolution dès qu’il est question de la prise du pouvoir par le parti. Dès lors le mauvais Lénine reprend le dessus. Je n’ai ni le temps ni la place d’insister sur le sujet, mais cela suppose un débat plus ample et moins simpliste que de s’accommoder avec des parties de la révolution ou des moments privilégiés sans observer l’ensemble du problème.
Cela nous renvoie à la perception de la classe ouvrière par ce cercle raoulien. Curieuse perception qui nous décrit une « fureur chauvine manifestée par une grande partie de la classe ouvrière au tout début de la guerre » et qui explique l’accident russe comme dû aux « particularités de la Russie »[14. Si le mouvement ouvrier a échoué dans la phase de guerres et de révolutions du XXe siècle, on sait désormais que c’est la faute « à l’immaturité du prolétariat ». Vieille idée syndicaliste, on affirme depuis des lustres dans ce milieu là que les ouvriers font leur propre tort eux-mêmes. Au passage sont reprises deux idées piquées au CCI de la belle époque, la guerre ne favorise pas la révolution et la paix sépare les ouvriers entre ceux des pays vainqueurs et ceux des pays vaincus. C’est alors que le petit bourgeois pointe à nouveau son nez, et montre sa suffisance et son ignorance crasse de l’histoire réelle de la lutte de classe : « La façon politique de penser de la classe ouvrière la laisse toujours pénétrée d’un esprit de possibilisme et d’adaptation à la légalité bourgeoise »[15]. Ce mépris de parvenu aux positions révolutionnaires nous rappelle trop ce couple de cuistres anciens militants, et amis de Raoul, exhibant sur le bord des cortèges ouvriers de 1995, la pancarte « abandonnez vos stupides luttes économiques ».
Cette affirmation arrogante est enveloppée et suivie par une longue tirade sur la force manœuvrière de la social-démocratie, mais ne peut cacher le mépris évident pour la classe ouvrière en Europe au début du XXe siècle insuffisamment débarrassée de l’idéologie nationaliste. Nos intellectuels ultra-gauches se prennent comme les clercs classiques au moment de l’Affaire Dreyfus ou des Front populaires pour des éveilleurs de ces ignares d’ouvriers. S’ils connaissaient un peu mieux l’histoire en général, ils verraient la trouille qui s’empare de la bourgeoisie mondiale dès 1915-1916, et comment pour conjurer la menace la bourgeoisie n’ira pas de main morte en Allemagne d’abord, partout en Europe dans les années 30 (arrestation de milliers de militants à la veille de 1939), recours à la réaction fasciste, etc. Même pendant le carnage de 39-45, Hitler, Staline et Churchill gardent en tête « la façon de penser dangereuse » du prolétariat et se guident sur ses possibles réactions pour terminer à nouveau la guerre, tant bien que mal. Les années 60 et 70 où les gens de ce cercle s’enthousiasmèrent pour la classe ouvrière qui leur enseigna à combattre la légalité bourgeoise, n’ont pas été un mirage. Les années 80 et 90, dominées par les événements de politique impérialiste ont fait passer au second plan l’action de la classe ouvrière mais, il faut le souligner, par un effort monumental sur les plans idéologiques et sociaux de la bourgeoisie pour contrôler la situation. La classe ouvrière n’a pas disparu ni sa « façon de penser ». Le système dit mondialisé (= occidentalisé et dont le centre économique reste l’Europe et les USA) ne cesse de montrer qu’aucune des grandes questions de société n’est résolue, qu’il est aussi fragile que décadent. De nombreuses questions passionnantes sont posées dans les incertitudes et les ambivalences de la période actuelle. Le XXe siècle n’est pas fini et les réponses sur « quoi faire ? » et « comment ? » ne pourront être trouvées dans le cadre du cercle raoulien ni dans le CCI.
 Cordialement,
 Pierre Hempel (30 juin 2000)

EPILOGUE: A LA RACINE DE TOUTE DICTATURE INHUMAINE...

Désormais les querelles entre la secte CCI et sa dernière fraction contestatrice - si elles resteront byzantines pour le commun des lecteurs et des électeurs - ne doivent pas cacher le sens de l'étouffement progressif interne de la secte: l'exercice de la dictature d'un couple en vase clos prolégomène à ce que devrait subir la société si ces gens prenaient le pouvoir (cf. meilleure illustration dans "Le meilleur des mondes" de AldousHuxley). Cette volonté de détruire toute altérité, de détruire celui qui pense autrement est non seulement typique des hitlériens et des staliniens, mais c'est exactement comme cela que fonctionne la démocratie totalitaire bourgeoise. Prenons simplement l'angle de la pensée d'Etat obligatoire - le communautarisme antiraciste qui dissout les classes - tout critique, tout impénitent, est sommé de se justifier indéfiniment mais reste soupçonné et doit sans cesse rendre des comptes. A défaut d'être éradiqué physiquement, l'opposant ou le "douteux" doutant doit être enfermé dans ce qui relève de son propre mental; les admonestations des camarades sponsorisés juristes d'occasion deviennent en quelque sorte la camisole chimique pour isoler l'impétrant d'un monde extérieur capitaliste qui l'aliène en lui faisant douter de l'organisation, entité qui cache simplement le pouvoir du couple dirigeant lequel  n'a de cesse de détruire constamment les linéaments de l'utopie organisationnelle en menaçant de détruire l'autre - celui qui "se rend compte" - soit en le poussant vers l'hôpital psy soit dans les poubelles des renégats "petits bourgeois" des départs ou ruptures félonnes. La fraction GIGC - qui a compilé les tares du CCI mais demeure sur un terrain économiste sur son blog - reste elle-même marquée par ce fonctionnement autiste; plusieurs lecteurs, avant leur unification avec les canadiens, m'avaient fait part de leur étonnement qu'il n'y ait pas de réponse à leurs courriers et que des questions restent sans réponse (frilosité et culte de la clandestinité).
En tout cas l'éradication permanente de toute contestation dans la secte CCI est absolument un rejet du marxisme, car basé sur la même logique liquidationniste que l'antisémite aveugle Eugen Dühring, si bien dénoncé de son vivant par Marx et Engels; la philosophie de Dühring se résumait à ceci: "faire disparaître, dans son ensemble le type d'homme qui pose problème". Pogrome? Non, mais le gazage n'est pas loin.




« Certes les consciences ont leurs cloisons intérieures, que certains d’entre nous se montrent particulièrement habiles à élever. Gustave Lenôtre s’étonnait inlassablement de trouver parmi les terroristes tant d’excellents pères de famille. Même si nos grands révolutionnaires avaient été les authentiques buveurs de sang dont la peinture chatouillait si agréablement un public douillettement embourgeoisé, cette stupeur n’en persisterait pas moins à trahir une psychologie assez courte. Que d’hommes mènent, sur trois ou quatre plans différents, plusieurs vies qu’ils souhaitent distinctes et parviennent quelquefois à maintenir telles. De là cependant, à nier l’unité foncière du moi et les constantes interpénétrations de ses diverses attitudes, il y a loin ».

Marc Bloch (1941)


[1]dont  les aléas des machineries impérialistes en Ukraine, la secte Boko Haram et l’instauration de la charia au Brunei ne sont que des épiphénomènes.

[2] Face aux régimes dictatoriaux qui croient tout étouffer, personne n’étouffe plus la vérité dans un monde devenu transparent. Même ceux qui ont été souvent parmi les meilleurs défenseurs du système (grands flics ou caciques politiciens)  craquent et envoient au Canard ou à Médiapart des révélations « internes », c’est le phénomène Wikileaks qui n’épargne donc pas le milieu maximaliste. Même les néo-staliniens sont à poil désormais. Il reste possible, selon moi, que ce soit des larves actuelles du CCI (militants réduits à l’état de larves pour ne pas perdre une place honorifique ou une réputation de suivisme « discipliné » et « confiant » aveugle dans l’orga !
[3] CHAPITRE 11 :LE TOURNANT OBSCUR DU CCI.  La crise la plus dangereuse dans l’histoire du CCI. La dégradation du tissu organisationnel. Un nouveau Staline ? L’esprit de secte selon l’apostat R.Victor. Les enfants de Charlemagne se battent pour une boulangerie en faillite. Un parasite peut en cacher un autre, hyper-parasite. Le clan pavillon et Que ne pas faire ? Du couple à la horde. Que deviennent les apostats de la première charrette ? Perinde ac cadaver. La proto-histoire du CCI qui se donne le vertige. Le succès des prévisions du CCI. L’exclusion de trop ? Genèse du drame élisabéthain de la fraction « interne » du CCI. On dit qu’ils ont la rage. Le jeu de la bourgeoisie. Un vieil exemple de folie groupale. La F.I. et le C.C.I. QUEUSSI-QUEUMI. Quelques critères du fonctionnement sectaire et définition de la paranoïa. Enquête sur le capitalisme décadent.

[4] Publié en 2009, présenté à une réunion à Paris de plusieurs vieux coucous désenchantés du militantisme où seul, le représentant du CCI Len Black, refusa de l’acheter, malgré pour insistance pour information, arguant que cela « risquait de le démoraliser » ! L’esprit de secte, après l’esprit de clan, est donc : j’entends pas, je vois pas, j’écoute  pas !
[5] Futurs « voleurs » et «mouchards de l’ex-FICCI » rebaptisés fraction « infraction »… par les policiers officiels du CCI ! (leur nom actuel : GIGC ou « petit avorton » du CCI)
[6] Caractérisée comme « Pavillon bis », assimilation inappropriée et sans humour typique de la horde aboyant au profit du couple shakespearien, avec le premier « Pavillon » de la famille Raoul/Jigi., On me permettra de considérer que la fraction était aussi un peu paranoïaque de s’obstiner à s’appeler « fraction interne ». Irresponsable surtout pour les nerfs de la hiérarchie rétrécie des Capitaine Crochet et Pat Hibulaire du CCI, borgnes et avec des bottes à Francis Lalanne. Imaginez-vous l’angoisse du seul œil valide des « dirigeants » du CCI : qui est membre de la fraction interne ? Levez le doigt ! Où sont-ils les chevaliers de Troie complices des exclus qui vivent tels des « parasites » en notre sein, violant les statuts qui pourtant n’excluent pas de se comporter en « infiltrés » ? Cela a de quoi rendre fou, n’est-ce pas ? N’est-ce pas typique des individus parasitaires qui bossent pour la bourgeoisie ?
 (Avec le communiqué aux lecteurs cru mai 14, la même terreur interne du « mouchard infiltré » doit servir de ciment aux derniers sectateurs mais reste pondérée par une imaginaire espionnite informatique policière – les flics se branlent de surveiller ces cons surtout dangereux pour eux-mêmes) – au cas le plus probable où le mouchard interne serait introuvable.
(8) Bruno Iago se trouve aujourd'hui à son tour parmi les pestiférés internes et a été rétrogradé en province.


[11]« Perspective internationaliste », de brillants petits bourgeois qui avaient usé leur fond de culotte sur les bancs de l’université et qui n’aimaient pas trop se mêler aux « luttes syndicalistes » au nom de leur abstraite « perpective internationaliste »; ils organisent encore périodiquement des réunions de cercle qui tournent en rond et rabâchent leur commune déception que la révolution n’ait pas encore eu lieu et que le CCI les ai si longtemps abusés .

[12][  Le groupe politique n’est pas un libre cercle de discussion et le mouvement ouvrier n’a pas attendu Lénine pour le constater ; poussée à son comble l’unicité de la centralisation organisationnelle a toujours tendance à nier l’altérité
[13] Une secte dans la secte, texte reproduit dans « L’organisation eggrégore », juin 1998.
[14][De quoi faire rugir toutes les générations mortes qui ont clairement vues l’explosion russe comme épiphénomène de l’ensemble des contractions et contradictions mondiales du capitalisme.
[15] Impuissant à comprendre la situation actuelle, votre cercle renvoie la balle aux ouvriers, et avec culot (après avoir dit que le prolétariat était immature au début du siècle, en un raccourci anarchisant, leur demande de mieux mesurer l'insupportable : « Le capitalisme est né dans la boue et le sang, cela rend plus ardu pour la classe porteuse de la nouvelle société de percevoir l’absurdité de tels rapports de production, de mesurer avec conscience le seuil de l’insupportable » (p.69). Encore une vision extérieure, très léniniste, dans l’espoir du « réveil prolétarien » une fois débarrassé de son inconscience du supportable !