"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 22 avril 2014

EN FINIR AVEC LA MORALE HYPOCRITE PROPAGEE PAR LES INTELLECTUELS DE GOUVERNEMENT AMOUREUX DU TRAVAIL IMMIGRE




Dans l'introduction de son ouvrage « Eloge de la paresse », Paul Lafargue cite Adolphe Thiers:« Je veux rendre toute puissante l'influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l'homme : "Jouis". » Pour lui, ce sont donc « les prêtres, les économistes, les moralistes » qui sont à l'origine de cet amour absurde du travail.
S’il y a une figure politique dont l’histoire officielle est enceinte, c’est bel et bien celle de l’extrême droite. Aujourd’hui méprisés ou ignorés, marginaux et pointés du doigt, ces fachos qui entretiennent des liaisons avec des électeurs plus jeunes qu’eux seront, dans un avenir plus ou moins proche, autant dans la naphtaline que les bas de ma grand-mère ou les vieux bourgeois qui épousent des jeunettes africaines. En effet, les inégalités politiques entre les pauvres et les riches, face au vieillissement, ne pourront pas se perpétuer dans un monde où les politiciens seront électoralement de plus en plus impuissants. Et que dire de la réduction du déficit de la Sécurité sociale créée par Bismarck, entre autres, par la consommation par les plus âgés et les bobos et les immigrés d’antidépresseurs, d’anxiolytiques et autres médicaments. Pourquoi ne pas les remplacer par des caresses et des baisers communistes?
Chatouillons donc la libido idéologique des intellectuels de gouvernement.


Ci gît une Brochure de propagande gouvernementale :
"En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite" d'un certain
Pierre-Yves Bulteau (ed de l’Atelier avec  pour partenaires la CGT, la JOC,
le MRAP, l’UNEF, la Ligue des droits de l’homme et le syndicat Solidaires)

LES 73 SERMONS DES AMIS DU GOUVERNEMENT

Les prolétaires ne pensent pas par eux-mêmes c’est bien connu. Ils ont donc besoin de directeurs de conscience qui leur fournissent un prêt à penser ou en tout cas qui les exonèrent d’idées bizarres en les rattachant automatiquement à un parti diabolisé, en tout cas présumé fournisseur de mauvaises pensées dans des âmes d’électeurs et de syndiqués vierges. Indépendamment de ce que peuvent penser untel ou tel autre dans leur réalité quotidienne, il convenait de systématiser la morale dite antiraciste et conviviale du gauchisme soixantehuitard qui a enfin accédé au pouvoir via une floppée de transfuges énarques anciens maoïstes, anciens trotskiens et d’historiens et syndicalistes du même acabit sans compter d’ex-staliniens reconvertis en admirateurs de la démocratie électorale truquée et en défenseurs acharnés d’une Europe multiraciale et multiconfessionnelle[1].
La voix de son maître préside à la catéchisation des prolétaires français et immigrés, des jeunes et des lycéens, désignant l’ennemi à pourfendre :
« Préférence nationale, expulsion des étrangers, fermeture des frontières, hostilité à l’islam, résurgence du racisme et de l’antisémitisme, assignation des femmes à leur rôle de mères, homophobie : les idées de l’extrême droite se propagent. Des boucs émissaires sont rendus responsables des crises mondiales qui bouleversent la France et l’Europe. Cette stigmatisation de groupes ou de personnes nie l’égalité des êtres humains et pervertit l’exercice de la démocratie.
De fait, les idées de l’extrême droite ne circulent plus seulement dans les meetings électoraux et les isoloirs. Elles se propagent dans les villes, les villages les campus, les lycées, les quartiers, sur les lieux de travail dans les territoires urbains et ruraux jusqu’à occuper les conversations quotidiennes et se banaliser.
Cette banalisation préoccupante provient entre autres de la confusion politique née d’alternances décevantes, de la souffrance induite par la précarité sociale, de la peur du déclassement et de la concurrence avec les plus pauvres. Ces tensions nourrissent des réflexes de rejet de l’autre ».
La description est déjà d’emblée contradictoire avec l’objectif de charger la seule extrême droite. La confusion invoquée tient plus de la réalité de la décomposition sociale du système capitaliste lui-même (jamais nommé comme ennemi ici) que d’une orchestration complotiste d’un parti gériatrique minable et impuissant.
Il n’est pas vrai, contrairement à l’affabulation de cette introduction de la brochure gouvernementale que « les dirigeants de l’extrême droite avancent masqués ». Au contraire de nos syndicalistes antiracistes professionnels, même dans leur bêtise et leurs simplismes, les caciques d’extrême droite avancent avec leurs gros sabots des constats largement identifiés par devers ces cuistres par une majeure partie de la population priée de se taire, constats dont il n’est pas nécessaire que la cheftaine Marine Le Pen en relève les contradictions.
Face à l’expansion de la misère psychologique et sociale, au développement public du folklore islamiste, au traitement méprisant des femmes par une confrérie de plus en plus visible et dérivative, à des faits divers dont de « jeunes », fils ou petits fils d’ex-colonisés, sont en général les vedettes criminelles ou « inciviles», la brochure agite comme solution la « communion solennelle », très chrétienne, mais en fabriquant des questions qui ne relèvent aucunement de la naïveté du peuple autochtone et sans lien avec la réalité, voire nunuche théorisation bobo-homo-fémino.
« Ainsi, l’idée se propage qu’il serait normal de priver les étrangers résidant en France d’allocations familiales ou d’aides au logement. Cette proposition qui relève du racisme est absurde… ».
Double affabulation, à ma connaissance il n’existe pas une telle idée répandue contre tous les immigrés, même chez les politiciens gouvernementaux de droite qui l’ont proposée. On généralise à partir de deux ou trois faits divers qui concernaient des familles de dealers fouteurs de merde dans des cités de pauvres ouvriers français et immigrés, tous excédés par l’inaction de la police ou le laisser-faire des « pouvoirs publics ». La proposition des édiles de droite n’était pas plus raciste pour des cas spécifiques de voyoucratie en famille que l’attribution de voitures de fonction aux bonzes syndicaux ou le salon de cirage de pompes d’Aquilino Morelle sous les ors de la République hollandaise. Simple grimace électorale.
A une époque où la prison ne sert plus à rien et où les édiles bourgeois montrent l’exemple de la corruption incessante, où le capitalisme détruit massivement des emplois, il est de notoriété commune en milieu ouvrier (français et immigrés je reprécise) que la généralisation de l’assistanat social, est l’antidote majeure à la révolte sociale. La protection sociale n’est plus ce qu’elle était[2]. La sécurité sociale est devenue la caverne d’Ali Baba de toutes ces couches moyennes qui se font prescrire à tire-larigot cures et visites médicales répétitives, avec la complicité obligeante des toubibs enrichis, et le lieu de grenouillages de faux aveugles, de faux retraités immigrés recevant des allocations indues dans leur pays d’origine, comme en témoignent divers scandales réguliers, vite oubliés par les bonnes sœurs de l’antiracisme gouvernemental. Cette forme de parasitisme concerne également nombre des « petits blancs » assistés qui, assez lucidement, y voient une sinécure préférable aux emplois de merde sous payés. Ces mêmes assistés – classés dans la catégorie « ouvriers » quand cela arrange la propagande qui dénie au quotidien l’existence du prolétariat - se révèlent par ailleurs les meilleurs conservateurs du système, soit en votant pour la clique au pouvoir qui leur assure les prolongations, soit pour le FN, étant entendu que celui-ci promet de supprimer l’assistance aux immigrés en général, ce qui n’est pas seulement absurde mais tout simplement irréalisable, sauf à provoquer une insurrection des ouvriers français et immigrés unis.
La brochure de propagande gouvernementale ne manque pas d’air d’invoquer « la solidarité et l’union » qui fait la force de « tous » (surtout ne pas nommer la classe ouvrière mais congratuler la notion foutoir de peuple citoyen) ; ce « tous » est le peuple indifférencié otage des sondages et des élections truquées : lycéens étudiants, salariés (éviter le terme prolétaire), chômeurs (de toute couche…). La primauté accordée au monde lycéen et étudiant dans cette brochure cible évidemment en premier lieu les scolarisés benêts auxquels s’adresse ce dithyrambe de la « sécurité démocratique » vu que les prolétaires sont considérés comme petite bière et représentants d’un passé révolu sans évolution possible[3].
Evoquant de possibles autres ennemis (les patrons de droit divin, mais antiracistes de nos jours), la brochure veut nous faire avaler que les dames de grande vertu de l’histoire sociale, « opposant la force de règles non discriminantes à travers l’accès à l’emploi », auraient été les syndicats. Du plus haut comique quand depuis 50 ans les syndicats chauvins ont glorifié les nationalisations comme conquête sociale exemplaire, lesquelles ont toujours un statut qui exclut… les travailleurs immigrés ! Quand l’ordinaire des syndicats consiste à découper les luttes en saucissons corporatifs et à empêcher toute solidarité inter-catégorielle nationale ou internationale.
Nous voilà au cœur du Bon marché bobo : droits de l’homme, valeurs de liberté et mon cul, idéal de justice des « syndicats et associations » antiracistes et antifascistes. Le credo bobo s’étale dans toute la splendeur du blabla mondialiste creux :
« Aujourd’hui face aux défis de grande ampleur qu’affrontent le monde du travail (oh monde du travail je t’aime !) et plus largement nos sociétés (pluriculturelles et pluri-mercantiles), il s’agit de réinventer des politiques économiques et sociales qui sortent du cercle régressif de l’austérité d’éradiquer la misère (oui oui) en faisant progresser l’emploi (du Terra Nova à l’état purulent), de construire des coopérations mutuellement avantageuses (tant qu’à faire) avec d’autres continents, d’imposer des normes sociales dans les accords internationaux, de contribuer à une transition écologique pour l’humanité ».
Magnifique ! Et tout cela en conservant le capitalisme, ses syndicats et ses partis. Plus de classes antagonistes, les bourgeois pourront continuer à rouler en limousine certifiée écologique, les prolétaires continuer à bosser pour des profits mieux répartis, défi magique mais à condition que « la solidarité l’emporte sur le chacun pour soi et de chacun chez soi ».
Enfin le mal fondamental, l’ennemi principal, qui n’est ni l’Etat bourgeois ni les patrons, ni les syndicats et partis collaborationnistes, c’est l’extrême droite, seule à remettre en cause « le fondement de notre démocratie » !
L’introduction est signée par les révolutionnaires antiracistes Aschieri (bonze du FSU recasé président d’un machin de recherches syndicales), Bodin (bonze du syndicat gauchiste Solidaires), Agnès Naton (bonze de la presse CGT)  et P.Tartakowski (PDG de la Ligue des droits de l’homme.
LES ETRANGERS SONT COUPABLES…
La première partie de la leçon syndicaliste antiraciste sermonneuse se propose de démontrer que les étrangers ne sont pas coupables, ce qu’on savait déjà. Pour la majorité du prolétariat, pas ses couches marginalisées ni des syndicalistes staliniens passés au FN, cette « idée fausse » a toujours été une idée fausse, voire ponctuellement et malheureusement localisée, limitée à des ressentiments de licenciés ou de femmes de ménage avec seulement deux enfants à charge reléguées en queue de peloton aux caisses d’allocs par de robustes matrones de familles nombreuses, ou tous ceux qui sont en attente de HLM quand ils voient des immeubles entiers logés par une population d’origine tiers-mondiste et qu’ils poireautent depuis des années. Les laissés pour compte n’ont pas eu besoin que le FN leur souffle leurs récriminations et en majeure partie, n’attendent aucun soutien de ce parti minable. On les laisse le nez dans leur caca.
Voulant se débarrasser de la formule du politicien Rocard qui fait toujours mouche – « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » - que tout observateur honnête eût pu traduire par « aucun pays n’a une telle vocation » - la brochure gouvernementale s’égare sur la Syrie, donnant en exemple l’accueil au Liban de plus de huit cent mille syriens. Bel exemple d’accueil dans des… camps de réfugiés où ils vont rester de longues années dans une vie misérable de bidonvilles à ciel ouvert. Et de citer fièrement l’Allemagne qui ouvrirait plus grand ses portes que la France ‘raciste’, pour des salaires de misère, en omettant de signaler que la robuste démocratie bourgeoise allemande a fait le choix de limiter la venue de turcs et de maghrébins en encourageant l’apprentissage en premier lieu de la langue allemande au Portugal, en Espagne et en Grèce… On oublie de préciser également que la France fait montre d’une démographie plus vigoureuse, qu’est le premier des pays de L’UE par le poids de sa population étrangère[4].
Ainsi sous le bla-bla culpabilisateur de la France, on évite de parler de l’impéritie capitaliste mondiale et de son impuissance à combler ce développement inégal qui avait marqué le développement de l’ère bourgeoise progressiste sur un siècle. De même est nié le flux de misère croissant de la gabegie capitaliste depuis la périphérie. On préfère défendre la légitimité des visas touristiques temporaires auxquels ont recours les prolétaires bafoués du « Sud » pour se sauver de leur pays de misère noire. Jamais ne sont mises en accusation les dictatures du tiers-monde et leur corruption entretenue par les démocraties riches. C’est de bonne guerre car nos donneurs de leçon antiracistes étaient dans leur jeunesse de fervents souteneurs et porteurs de valises de ces mêmes Etats qui décuplent la misère capitaliste sous de féroces dictatures « anti-démocratiques »[5] que même le FN serait incapable d’instaurer en pays mieux lotis historiquement par l’évolution capitaliste, contrées si inquiétantes pour la proportion de prolétaires conscients qu’elles contiennent .
Où l’on voit que la leçon antiraciste a pour but de légitimer la création d’un prolétariat « importé » dans les pires conditions, soumis aux pires chantages, afin de permettre à la bourgeoisie des pays riches de continuer à maintenir et développer les boulots de merde (sous les termes de justice sociale et qu’on prétend « revaloriser ») que les prolétaires du Nord tentent désespérément de fuir depuis la fin de la reconstruction.
La notion d’hospitalité de nos donneurs de leçon antiraciste c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Hospitalité de qui et pour qui ? Pour les bourgeois de Neuilly où vers seize heures sort une noria de nounous noires ? Pour les patrons des chantiers où les travailleurs français sont désormais une minorité et où aucun syndicaliste ni gauchiste n’est présent lors d’un terrible accident de sans-papiers renvoyés au pays vivant ou mort ? C’est avec le « vivre ensemble » et le « nouveau pacte citoyen » que nos dames patronnesses de la gauche bobo vont résoudre cette situation infâmante qui reste masquée sous les pleurnicheries antiracistes et l’attribution de la théorisation chauvine du FN à une conscience claire de la saloperies des « passeurs » démocratiques ?
Pour que le reproche de prétendue « chasse aux immigrés » des gouvernements (et on évite de nommer celui de leur régent actuel, F.Hollande) – qui est plus un cynique freinage mercantile aux ordres des patronats – ne soit pas vu comme critique externe de la poulpeuse Europe ou de l’empiriste USA, on prétend que la France bourgeoise fût naguère « refuge salutaire »… à la veille du régime de Vichy, oubliant les saloperies de Clemenceau face à la révolution en Russie ou les rafles sous Guy Mollet.

LES ETRANGERS SONT BEAUCOUP PLUS DELINQUANTS QUE LES FRANÇAIS...

Il  eût été moins tordu de définir d’abord ce que signifie le mot délinquance selon la classe dont on relève et d’épiloguer sur ce que contiennent les prisons. La délinquance pour l’ordre bourgeois ce sont les larcins des plus pauvres, et accessoirement pour l’enrichissement de la magistrature la répétition des crimes de sang. Pour les prolétaires, concernant les larcins sans violence ou le cambriolage de banques et de manoirs, la délinquance a du bon, pas vu pas pris, tant mieux il ne s’agit que d’une « récupération » d’argent indûment extorqué par le régime de la corruption et du brigandage financier. De justice tout court et de justice sociale il n’y aura jamais sous le règne capitaliste. Il est certain que l’immense majorité de ceux qui sont en prison ne devraient pas y être et que la révolution les libèrera. Il est évident que nombre de prisonniers immigrés n’ont commis d’autre délit que « l’infraction à la législation sur les étrangers », pauvres sans papiers alpagués à la première heure malencontreusement au passage d’une escouade policière des riches. La leçon numéro 4 des préposés à la morale gouvernementale ne peut pas nier in fine que s’il y a une plus forte population d’étrangers délinquants c’est un fait classique : les derniers arrivés sur un territoire donné sans plus de patrie que leurs mains, sans plus de liberté que de voler pour manger, sont forcément poussés aux actes « délictueux » que les sédentaires nationaux qui bénéficient du minimum vital. Pas besoin du FN ni des donneurs de leçons antiracistes pour qui lit la plupart des faits divers. Ce constat ne se résout pas par une mise en cause de l’immense majorité des travailleurs ni par des sermons d’innocence gouvernementale. Chacun sait que dans les cortèges de réfugiés ou d’exclus de pays arriérés il se trouve aussi de redoutables chenapans sans foi ni loi. Le FN, qui contient aussi un bon lot de chenapans, ne se propose d’ailleurs que de limiter les dégâts comme toutes les politiques dites sécuritaires des gouvernements successifs.
Avec leurs pleurnicheries typiques de la gauche caviar coupée des réalités, nos donneurs de leçon vont plus loin dans l’utopie verbeuse concernant les Roms et jonglent sur de mirifiques prétentions à les intégrer. Les Roms et les gitans en général font partie de l’histoire de l’humanité et sont encore la figuration de peuplades sans Etats, qui vivaient il y a bien longtemps de rapines de lieu en lieu, voyageant au gré de pillages comme les bandes islamiques de Mohamed, sans se fixer nulle part. En ce sens on pourrait même dire qu’ils préfiguraient une existence sans attache, sans frontières, presque communiste. Or à l’époque moderne ce n’est plus en frappant aux portes des autochtones pour vendre des chaises empaillées ou vivre de manèges de foire qu’une population aussi importante peut survivre. Depuis les temps immémoriaux les gitans de toute obédience sont la terreur des paysans à la campagne où leurs vols sont légendaires. C’est un fait, mais au lieu de reconnaître ce passé, au lieu d’en tirer argument pour souligner l’impuissance de cette démocratie bourgeoise qu’ils vénèrent à INTEGRER toutes les populations, nos professionnels de l’antiracisme se plaignent que les sous de l’Europe ne leur soient pas parvenus et assurent que c’est possible grâce à l’exemple d’une dizaine de municipalités qui ont « fait le pari de l’insertion des Roms ». Or cet exemple n’est que goutte de flotte, quelques dizaines de mobil-homes de éo-PCF attendris et cette magnifique insertion d’une poignée d’individus dans le travail rêvé : « BTP, entretien des espaces verts ou transport routier ». Ces bonzes de l’antiracisme n’ont jamais été en Roumanie (où c’est très violent entre la population et les Roms) ni habités près d’un camp bidonvilesque, ni dans les villages où ils repartent sans régler le loyer du « terrain communal aménagé », avec monceaux d’ordures en prime.
Il est de notoriété publique, pas seulement pour les Roms, que de nombreux gangs organisés, jusqu’aux petits dealers français de certains ghettos, que des enfants sont « formés » à la mendicité et à la délinquance. Instrumentalisé ou pas par le FN ceci est une autre réalité indiscutable qui ne peut être oblitérée par la seule faute à la « mise en coupe de réseaux mafieux ». Là aussi nos donneurs de leçon antiraciste n’ont jamais connu le besoin primaire. Un ouvrier de souche ou même de souche immigrée sait très bien que s’il n’a pas de travail, il ne mange pas et ne peut pas vivre décemment. Si ces bonzes bien nourris étaient ainsi privés d’insertion, dans une société qui n’insère plus, ils voleraient comme les Roms et comme moi-même pour ne pas crever au bord de l’autoroute des riches. Ce serait normal.
La difficulté de la scolarisation des enfants Roms n’est pas non plus simplement la faute « à la France » ou aux « pouvoirs publics ». Face à des familles qui déménagent souvent (souvent certes désormais sous la contrainte policière) un enfant Rom ne peut pas suivre une scolarité normale[6], voire sera plus enclin à être perturbateur. Le problème est donc plus complexe et plus mondial que de se plaindre de la seule culpabilité de la France. Sous Sarkozy l’emprisonnement a été rendu possible pour les mineurs de plus de treize ans, vu qu’ils sont « majeurs » plus tôt dans le besoin et pas seulement manipulés par des adultes. Mesure discutable mais pas toujours lorsqu’il y a viol ou meurtre… Mais curieux raisonnement de nos moralistes bobos : « ce qui a poussé les bandes organisées à utiliser des enfants de moins de treize ans ». Donc c’est toujours la faute à … Sarkozy mais pas à Hollande ni surtout à l’incapacité du capitalisme à résoudre une misère endémique et une intégration impossible de populations en déshérence !
En vérité, en dépit des pleurnicheries des gauchistes parvenus ou pas encore parvenus, le problème des Roms comme celui des guerres ou du chômage est récurrent et impossible à solutionner sous le régime capitaliste même amélioré version Europe démocrate et multiraciale.

FAIRE PASSER LES OUVRIERS POUR DES CRETINS

La confusion des idées reçues du FN et le constat de faillite du régime bourgeois à leur détriment par la plupart des prolétaires, qui majoritairement ne participent plus au carnaval électoral, veut revaloriser la démocratie des établis bobos et des riches français et  leurs amis qataris du PSG, etc.
Le ressentiment contre un mode de vie modelé de plus en plus par les désidératas communautaristes et les clans de politiciens affiliés est plus le souci des prolétaires que ce raisonnement qui leur est prêté qu’en renvoyant les étrangers dans leur pays cela libèrerait des emplois (dont les prolétaires des pays riches ne rêvent surtout pas pour leurs enfants).
Sanction du psaume 10 : « Ainsi, demander le renvoi des étrangers dans leur pays, c’est ne pas vouloir affronter véritablement le problème du chômage et des droits sociaux de tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalité ». Cela veut dire quoi dans le jargon de ces messieurs « affronter véritablement le problème du chômage » ? Attendre que les syndicats défendent véritable les intérêts généraux des prolétaires alors qu’ils cloisonnent systématiquement dans le cadre national ou européen ? Que les prolétaires en général sont aux commandes des mesures d’expulsion ? Cette lubie du FN n’est pas celle des prolétaires qui savent que c’est la crise capitaliste qui est responsable du chômage et pas le pauvre sans papiers qui trime au noir d’un chantier à un autre pour des tâches subalternes, pénibles et angoissantes. Que des prolétaires immigrés « rapatrient une bonne partie de leurs revenus vers leur famille restée à l’étranger », certes, mais ce n’est qu’une lubie du FN selon lequel cela grèverait l’économie française. De plus les prolétaires français et immigrés ne pensent pas comme nos commères antiracistes « notre » économie mais « leur » économie.

BILLEVESEES ANTIRACISTES SUR LA « CONCURRENCE » ENTRE LES TRAVAILLEURS

Depuis Karl Marx nous savons que la concurrence existe entre les travailleurs de toute catégorie, français entre eux ou avec immigrés avec ou sans papiers. C’est ainsi que règne la bourgeoisie et se bonifie leur profit. Dans les entreprises d’Etat c’est la course poursuite aux places dans la hiérarchie, plutôt favorable aux hommes qu’aux femmes. Dans le privé, où l’ouvrier est plus soumis et corvéable, c’est une lapalissade. L’union des prolétaires n’a toujours été effective qu’au temps de la lutte de la grève contre l’ennemi exploiteur identifié : les patrons et l’Etat bourgeois. Nos hâbleurs de gouvernement prétendent nous donner une leçon de « solidarité », voir en catimini d’internationalisme, et que revoilou une couche sur le syndicalou:
« Le fondement du syndicalisme c’est la solidarité (…) En revendiquant la journée de huit heures, les congés payés, les syndicats ont amélioré les conditions de vie de tous les salariés. En luttant pour établir une sécurité sociale qui compense la perte de revenus causée par la maladie, en faisant en sorte que les travailleurs âgés voient leur retraite financée par la cotisation des actifs plus jeunes, les syndicats ont uni les intérêts des différentes catégories de salariés ».
Double mensonge, le syndicalisme d’aujourd’hui n’est plus celui d’autrefois et la sécurité sociale ce sont Bismarck, Napoléon III et Pétain qui l’ont inventée ! Et c’est quoi cette Europe « démocratique et multiconfessionnelle », avec cette hydre opaque et comique de CES (confédération européenne des syndicats) que défendent nos hâbleurs professionnels, oligarchie opaque qui remet en cause retraites, droits des « salariés » ou non salariés, et conditions de travail ! A force d’accuser la mondialisation ils évacuent la complicité des gouvernementaux nationaux avec les financiers tout azimuts. Sans oublier de nous farcir ce langage d’épicier à la Montebourg ou à la Mélenchon : « … il faut plutôt valoriser la qualité du travail et des services effectués par des salariés qualifiés et bien rémunérés. Il est en effet possible d’être compétitif en proposant des services et des produits de qualité » (cf. sermon n°17). Paul Lafargue leur crache à la gueule.
Tout ira très bien Madame la Marquise avec des produits de qualité compétitive!

TOUS LES POLITICIENS SONT POURRIS, THESE DU SEUL FN ?

Le FN inclus pardi ! Sermon n°25 : « Il est intéressant de souligner que le slogan habituel de l’extrême droite « tous pourris » épargne en général le monde des affaires et celui des grands décideurs économiques pour se focaliser sur les élus. La plupart du temps il émane d’une fraction politique qui n’a jamais accepté la République en tant que telle et qui n’a de cesse d’accuser ses représentants de tous les maux. Certes, tous ne sont pas exempts de reproches. Beaucoup ont même été condamnés. Mais cette mise en accusation d’une élite (sic) qui agirait contre l’intérêt des citoyens n’a qu’un objectif : les mettre tous dans le même panier, les déconsidérer pour, au final, discréditer la République. Le résultat espéré est de décourager les citoyens de franchir le pas de la politique et de les inciter à voter « en opposition », donc à voter pour le Front national (FN) (…) Non, car la responsabilité du citoyen ne s’arrête justement pas à cet acte unique de désignation de l’élu. Au contraire, il doit maintenir une vigilance constante et constructive à l’égard des actions de celui-ci et ne pas se déresponsabiliser, pensant qu’une fois le bulletin glissé dans l’urne les affaires de la cité ne le concernent plus. La solution à la crise de la représentation politique ne réside donc pas dans la stigmatisation des élus, mais dans le développement de mesures qui fassent en sorte qu’ils reflètent mieux la diversité de la société du point de vue des origines sociales de l’âge, des sexes ».
Vous êtes FOOORMIDABLE et FOOOORminable comme dirait Stromae ! Il peut faire quoi une fois qu’il a adoubé un quelconque élu, le « citoyen » ou l’immigré s’il a obtenu le droit d’être bluffé lui aussi dans l’urne « citoyenne » qui exclut tout prolétaire d’une quelconque représentation de classe ? Rien car il n’a aucun pouvoir. En sus on lui propose de communier au multiracialisme de circonstance, dans sa communauté, dans le folklore de sa race ou de son curé. Le sermon 27 a le culot de prétendre que les syndicats sont réputés sectaires à cause de leur exclusion de quelques zozos du FN, alors qu’on s’en branle, et que les syndicats sont surtout largement déconsidérés pour leur complicité institutionnelle avec l’Etat bourgeois.
On ne perdra pas notre temps à corriger tous les sermons, tous aussi vaniteux, mensongers et dithyrambiques envers la démocratie bourgeoisie pourrie et corrompue. Le discours vertueux n’est qu’une suite de soliloques de bourgeois pro PS en faveur de la police de « proximité », de la victimologie du nationalisme hystérique juif, etc.

LE PIEGE IDENTITAIRE…LA FRANCE EST RANCE

Miroir aux alouettes de la pensée gouvernementale les querelles sur l’identité nationale butent sur la question de la légitimation de l’islam, et on va comprendre ici pourquoi finalement. L’auteur en titre a fait confiance à ses copains pour le relire mais ils ont été tellement enthousiasmés qu’ils ont laissé passer les plus grosses contradictions. Ainsi, à partir des sermons 40 la mondialisation qui était présentée comme l’enfer responsable des crises nationales, édulcorant toute critique de l’Etat national, recouvre soudain d’étranges vertus :
« la mondialisation est l’occasion d’un formidable (fooormidable dixit Stromae) partage des connaissances et des cultures ». D’une imposition des coutumes les plus arriérées oui. De Marie Curie à Zidane la France ne s’est-elle pas enrichie de l’immigré ? Enfoncées les idées reçues et indigestes du FN : « C’est ce mélange, et non la préservation d’une prétendue pureté identitaire, qui fait sa richesse (à la France) ». C’est vrai un peu partout. Des personnages sont apparus dans l’histoire là où on ne les attendait pas : Jésus un prédicateur juif chez les Romains, Tom Paine fût un américain évolué dans la révolution de 1789, Laurence d’Arabie a été un sacré cheik, Napoléon un drôle de corse, Léon Zitrone un ashkénaze à la télé gaulliste, Kofi Yamgnane un maire breton, Dombrowski un général polonais dans la Commune de Paris, etc. Mais le prolétariat s’en fiche comme des premiers utopistes. La question n’est pas de collectionner le nom des diverses personnalités qui ont été de grands acteurs ou pas dans tel cadre national, mais de comprendre que la nation bourgeoise est caduque et que faire sauter les barrières et entraves de la société bourgeoise ne dépend pas de sermons lénifiants mais d’un combat de classes opposées sur la marche à donner à l’humanité quand le grand amour du travail immigré cache les sordides intérêts marchands.
Pulsions xénophobes que le regard porté un jour de semaine, plutôt très tôt le matin dans le métro parisien sur la masse de travailleurs (plutôt noirs et encore ensommeillés), manipulation du FN ? Peur du métissage ? Rejet de ces pauvres prolétaires surexploités par les travailleurs blancs ? Certainement pas. Mais sentiment d’étrangeté et de relégation par les autochtones comme dans les banlieues avec souk et voilées. Ils se disent « on n’est plus en France », voire « on n’est plus chez nous » ; et Marine le Pen n’était pas dans l’oreillette mais Maître Gims. De même qu’était source d’étonnement partout en Europe qu’à l’époque zidanesque il y ait une majorité de footballeurs noirs, constat hautement répréhensible par l’antiracisme officiel et juridique. Les blancs seront-ils minoritaires dans dix ans en France (question du sermon bref n°44) ? Réponse : oui. Une vieille carte des évolutions raciales aux Etats Unis, dans un vieux numéro de Libération, montrait la place croissante occupée statistiquement dans les grandes villes ouvrières des Etats Unis par la population « noire » des années 1950 aux années 1970. C’est un constat. C’est pas méchant, c’est l’aboutissement de la politique d’immigration, mais ce sont les hispanophones (mexicains) qui emportent la palme du nombre désormais aux Etats Unis, avec lobby électoral adéquat qui demande déjà que la langue espagnole figure en première place dans les transports publics. Le capitalisme à son stade actuel produit une telle mixité que les races des plus déshérités occupent progressivement une place dominante. Il faut faire avec, comme hier il a fallu faire avec les « ritals », les « polacks » et les « espingouins ».
C’est tout autre chose avec l’entretien des cliques communautaristes afin de gommer tout critère de classe. C’est toi qui l’a dit c’est toi qui l’est, répliquent nos dames vertueuses de l’antiracisme : « Par sa rhétorique nationaliste et son discours stigmatisant, au contraire le FN pousse au communautarisme. Il transforme les communautés en zones de repli, alors que ces dernières jouent un rôle normal (sic) de représentation et d’espace de débat, comme le font tous les corps intermédiaires (…) La communauté n’est donc pas incompatible avec la citoyenneté républicaine. Au contraire, elle est un élément de cette interculturalité (resic) qui favorise les relations entre les citoyens sans faire abstraction de leur diversité ».
Les bourgeois dominants peuvent dormir tranquille avec ces « interculturels » antiracistes.

PROFITER DE L’ISLAM POUR  CETTE BELLE PHILOSOPHIE DU TRAVAIL FORCé

A partir des sermons 50, on a droit à tous les poncifs sur les apports de l’islam. Sous l’égide du « vivre ensemble » on ressort les pires mythes jacobins : « La laïcité vise à l’exercice du pouvoir par le peuple, et ce à l’abri de toute tutelle politique ou religieuse et de toute confiscation idéologique ». Alors que le « pouvoir par le peuple » on sait ce qu’il en est de nos jours (le trucage électoral démocratique sous contrôle de partis bourgeois financés par les industriels), et que le communautarisme antiraciste permet l’éclosion de tout un tas de « tutelles religieuses », pour soi-disant empêcher « des angles morts de la société » ; les féministes bourgeoises sont invitées elles aussi au parloir pour remettre en cause cette laïcité qui permet de prier « derrière les portes de son appartement » (alors que pourtant femmes battues = religion voilante). Les prières de rue = islamisation rampante (dixit la fille Le Pen), faut pas exagérer : « Elles montrent surtout une absence de lieux de prière décents et adaptés en France » (sermon n°52). Quelle flatulence pour un islam respecté bien qu’irrespectueux des originalités blasphématoires de la croyance laïque ! Nos sermonneurs évolutionnistes d’une Europe démocratique de plein emplois de merde et d’une régénérescence écologique de l’humanité sont soudain ravis de sponsoriser une religion de soumission universelle au dieu Capital.
Le manque d’hospitalité attribué indirectement aux prolétaires dubitatifs face à l’exaltation du multiculturalisme sous la stigmatisation du bouc émissaire FN (qui n’en demandait pas tant comme concurrent des autres mafias bourgeoises) mérite une sévère remontrance dans le sermon 54 ! Qu’ils réfléchissent enfin ces « salauds de pauvres » : « une réflexion à mener autour de la notion d’hospitalité et des besoins économiques ». Là ils se sont lâchés nos menteurs du gouvernement avec « et les besoins économiques »… du pays. La farce est plus sinistre avec ce serpent de mer de l’hospitalité en accusant les prolétaires blancs à la place des « passeurs » patronaux : « Ainsi, ne pas prendre le tournant de l’hospitalité c’est réduire ces personnes à être de la main d’œuvre bon marché, juste bonne à boucher les trous des secteurs économiques en tension (sic), en ignorant en outre, toute la richesse dont elles sont porteuses en matière de culture et de pensée ».

EN AVANT POUR LA RICHESSE EN MATIERE DE CULTURE ET DE PENSEE !

La culture de la femme voilée. La culture de la charia. La pensée de l’aplatissement maniaque sur un tapis d’Orient. Syncrétisme de l’intégration bourgeoise de l’islamisation en usine et en famille importée, le regroupement familial instauré par l’Etat de Giscard d’Estaing eût pour but de fixer en usine les OS des années 1970. Présenté comme mesure humanitaire vis-à-vis des ex-colonisés, il visait en réalité à pérenniser les tâches les plus pénibles et à favoriser la reproduction d’OS. Puis le freinage de l’immigration s’est imposé puisque la reproduction de proles de prolétaires immigrés intra-muros permettait aux patrons d’usine de retrouver le sourire. Sans compter avec le fait que les proles des surexploités ne voulurent pas se soumettre comme leurs pères à la reproduction des inégalités sociales capitalistes, comme les enfants autochtones, quitte à brûler des BM à vénissieux !
Les sermons finissent par tourner autour du pot avec les mêmes questionnements « primaires » attribués au FN et répétitions lourdinguement irréalistes, mais en réalité adressées au vulgum pecus prolétaire de souche. Et voilà qu’on tombe sur l’histoire de la priorité d’embauche. Curieuse lubie des sermonneurs cette question de « préférence nationale en matière d’embauche, de logement et d’aides sociales » car l’Etat a depuis longtemps intronisé la « préférence régionale » ; c’est le cas en lozère et en région parisienne. Normal en un sens. Se moquant de la concurrence entre ouvriers du cru, qui devraient se féliciter que d’autres viennent piquer une place au travail raréfié, et pas forcément le plus intéressant, nos antiracistes décident d’une embauche prioritaire pour le nouveau roi le la planète, l’immigré affamé quoique décrié mollement par les autres pue-la-sueur.
Faux nez en moins, nos antiracistes officiels en viennent donc à critiquer inconsciemment la main qui les nourrit et les bat comme plâtre quand ils dérapent de la ligne officielle (cf. un certain rapport pour le gouvernement précédent l’espagnol Valls[7]), ce n’est plus le FN (qui ne gère rien) qui est visé mais l’Etat bourgeois: « … démarche raciste et xénophobe (qui) n’a qu’un but : retirer leurs droits économiques et sociaux aux étrangers pour leur enlever toute perspective d’intégration, leur signifiant ainsi que leur « vocation naturelle » est de retourner dans leur pays d’origine (…) Provoquant, in fine, le repli sur soi, la peur de l’autre et la dislocation du lien social. Ce n’est donc pas la mise en place d’une quelconque « préférence nationale » qui permettra de ressouder ce vivre-ensemble indispensable au bon équilibre d’une société, mais bien l’accès de tous aux droits à commencer par le droit au travail ». Non c’est la priorité conférée à l’immigré pour les tâches de merde qui permettra à la classe bourgeoise de continuer à jouir de son profit. Accompagné des pires sornettes légendaires sur le fumiste « droit au travail » si bien déshabillé par Marx et Lafargue[8].
En conclusion, comme vous avez pu le constater, le sermon antiraciste apparaît comme le garant de la paix sociale, syndicale et politique. L’exaltation des vertus de l’islam, rangé des hadiths terroristes, est le fond de l’argumentation. Cette religion qui professe la soumission est idéale pour les patrons capitalistes du XXIème siècle. Tous les Etats dominants la planète ont compris l’intérêt de sponsoriser cette croyance en un monde de l’au-delà pour mieux faire fonctionner celui d’ici bas, en maintenant pour la majorité les tâches les plus ingrates afin que le bourgeois puisse remplir sa panse sans produits cancérigènes et rouler carrosse. Telle est la vocation de cette tolérance laïque et capitaliste de l’antiracisme organisé qui contrôle les principales maisons d’édition et la presse. Thésauriser sur le communautarisme pour mieux vaincre la peur du prolétariat internationaliste n’est qu’un pis aller dans la confusion dominante.
Paradoxalement, le dernier sermon qui croit stigmatiser le FN comme possible tremplin pour un dictateur, décrit parfaitement le mode de fonctionnement de la société « démocratique » actuelle in vivo, en France et ailleurs :
« L’extrême droite se réclame de l’autorité en laissant croire qu’il n’y aurait qu’une seule manière de l’exercer et de l’incarner : un chef, à qui le peuple délèguerait une fois pour toutes sa confiance afin qu’il décide de tout sans débats contradictoires. Dans cette logique les citoyens sont spectateurs de l’exercice du pouvoir. Ils ont le choix entre la fascination, l’approbation et le silence ».
C’est exactement cela. Mais nous on se fout des élus corrompus de la démocratie bourgeoise comme des rigolos du FN, on ne compte que sur la dictature du prolétariat pour faire table rase de ce vieux monde d’antiracistes d’opérettes suce-boules de l’industrie poussive du barnum écologique pour la protection de la terre des riches mais pas de l’humanité souffrante.

« Aristote prévoyait que « si chaque outil pouvait exécuter sans sommation, ou bien de lui-même, sa fonction propre, comme les chefs-d'œuvre de Dédale se mouvaient d'eux-mêmes, ou comme les trépieds de Vulcain se mettaient spontanément à leur travail sacré ; si, par exemple, les navettes des tisserands tissaient d'elles-mêmes, le chef d'atelier n'aurait plus besoin d'aides, ni le maître d'esclaves.

Le rêve d'Aristote est notre réalité. Nos machines au souffle de feu, aux membres d'acier, infatigables, à la fécondité merveilleuse, inépuisable, accomplissent docilement d'elles-mêmes leur travail sacré ; et cependant le génie des grands philosophes du capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l'humanité, le Dieu qui rachètera l'homme des sordidæ artes et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté. »

« Pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre penseuse ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. »

« Paressons en toute chose, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant. » (Citation de Lessing, reprise par Paul Lafargue)




[1] Les sermons n°20 et suivant glorifient la monnaie européenne et, sommet de bêtise élitaire, se félicitent de l’absence de conflits militaires entre européens depuis 50 ans passant sous silence que la plupart des conflits en Afrique comme en Yougoslavie ont été et sont des règlements de compte entre pays de l’Union avec la participation masquée des autres grandes puissances rivales. Le même discours du « vivre en commun » était tenu au moment de Fachoda et partout à la veille de 1914 sauf que deux guerres mondiales ont ramené les vieux conflits pour le repartage du monde intra-muros Europe, et que cela leur pend au nez encore. Guerres usuelles d’influence et de contrôle des marchés et ressources fossiles, c’est-à-dire « le garant de l’exercice de la démocratie »… capitaliste dans toute sa médiocrité profiteuse.
[2] Sur la question des allocations familiales le sermon n° 7 prétend que les allocs versées « aux familles étrangères » « ne sont certainement pas suffisantes  pour faire « vivre » les familles ». Il est de notoriété commune qu’avec 7 ou 8 enfants cela donne un bon budget, et nombre de communications de presse informent régulièrement sur tel type de « maghgrébin intégriste » ou chef de famille africain polygame vivaient très bien des allocs. Les enfants comme source de revenus, il n’y a pas qu’en Chine que le capitalisme a restauré une source de profit comparable à ceux de la mine au XIXème siècle !
[3] Question marketing et gros profits éditoriaux les éditions de l’Atelier espérant un buzz équivalent à la pauvre brochure nunuche « le livre brun » et le lamentable livret des indignés de feu Hessel.
[4] Michèle Tribalat a très professionnellement déniaisé les trucages des amis du gouvernement : « En termes relatifs, lorsque la population française s’est accrue de 100, près de la moitié était d’origine étrangère. Très grossièrement cela donne, pour la période, un taux d’accroissement voisin des 18% pour la population d’origine étrangère et de 4%  pour celle des natifs au carré. Dans les conditions des années 2000, le potentiel d’accroissement de la population d’origine étrangère est donc de quatre fois supérieur à celui des natifs au carré » (nom technique pour les autochtones ou nationaux anciens). Cf. « Assimilation la fin du modèle français » ed du Toucan 2013).
[5] Pour atténuer le grand mensonge dominant sur l’ouverture des frontières à tous les miséreux du monde (surtout pour les tâches ingrates dont la classe ouvrière développée ne veut plus), nos coquins d’antiracistes syndicaux nous vantent dans le même sens l’apport des étrangers diplômés qui a pour conséquence : « … de priver les pays les plus pauvres de leurs salariés les plus qualifiés ». On ne réfléchit pas un instant au pourquoi ceux-là n’ont aucune envie comme le balayeur sans papiers de retourner dans leur pays de misère mais on proclame une vaporeuse volonté à « s’engager pour combattre les inégalités sur la planète et pour construire une perspective de développement durable (sic dans le monde tel qu’il est) qui procure du travail à tous (il n’y a donc pas assez de travail pour tous !) » (sermon n°18). Sans manquer aux « partenariats dans le domaine de l’industrie et des services (sic) et s’entraider pour envisager la transition écologique » (ibid). En effet la transition écologique étant l’arme suprême pour sortir l’humanité de son croupissement et que les lieux de villégiature des bobos ne sentent plus les particules fines de l’industrie obsolète pour le lobby écologiste !
[6] J’ai connu moi-même cette situation dans les années 1950 avec un père qui changeait souvent d’emploi et de région, d’où mon échec scolaire.
[7] Article « Assumer la dimension arabo-orientale de la France » sous l’oublié et ordinaire Ayrault, sur ce blog.
[8] L’ouvrier « qui a porté sa propre peau au marché » « ne peut plus s’attendre qu’à une chose : à être tanné ». « Le travail lui-même est nuisible et funeste non seulement dans les conditions présentes, mais en général, dans la mesure où son but est le simple accroissement de la richesse ».(cf Manuscrits de 1844, Karl Marx, éd. Flammarion, 1996, 1844, p. 62). Dans le Capital, livre I : « Le pompeux catalogue des « droits de l'homme » est ainsi remplacé par une modeste « grande charte » qui détermine légalement la journée de travail et « indique enfin clairement quand finit le temps que vend le travailleur, et quand commence le temps qui lui appartient ».


dimanche 20 avril 2014

LA MYSTIFICATION DES SEL (Système d'Echange Local)



L’ENTRAIDE EST-ELLE POSSIBLE EN REGIME CAPITALISTE ?
A propos des "Systèmes d'Echange Local".

Mésaventures de la société civile en déshérence :

« Bonjour,
Vous avez participé à la réunion publique du 6 février dernier et nous vous en remercions.
Suite à cela, nous nous sommes réunis en groupe restreint afin de définir les modalités de fonctionnement du SEL en se basant sur les outils du réseau Selidaire.
L'idée étant de démarrer au plus vite les échanges avant de s'organiser en éventuelle association. Dès à présent, nous vous invitons aux permanences du SEL et à un pot de bienvenue au Centre Social CAF d'Etaples.
Permanences SEL : 1er vendredi et samedi de chaque mois (hors vacances ou sur rdv)
Horaires des Permanences : Vendredi de 13h30 à 15h et Samedi de 10h à 11h30.
Date du pot de bienvenue : le samedi 19 avril à 11h
Cordialement, L'Equipe du SEL ».

Face à l’impéritie des « pouvoirs publics » face à la désindustrialisation de régions entières, face à la croissance d’un chômage de masse étrangement individualisé, face à l’aspect le moins commenté de la misère sociale, la solitude, traduit généralement dans le langage des sociologues comme « perte de lien social », face à la corruption récurrente de toutes les équipes politiques qui se succèdent au pouvoir, face au clientélisme corporatif des divers clans syndicaux, il existe un besoin d’organiser la vie autrement dans la masse des prolétaires atomisés. Les grandes usines avec une solidarité naturelle n’ont-elles pas disparues comme roc d’une conscience sociale minimum ? Ne serait-il pas possible de recréer une solidarité « locale », de « quartier », par un Système d’Economie Locale? Par un échange non monétaire de savoirs, de compétences diverses, par une entraide entre « voisins » paupérisés ?

Pourquoi pas ? Sans avoir été intéressés par le mouvement planétaire des « indignés », vite passé de mode, il nous faut prendre en compte la permanence d’une volonté de se gérer par le bas, voire en dehors de la logique capitaliste de compétition via toutes sortes d’assocs qui suppléent ou prétendent suppléer à l’Etat d’assistance.
Smaïn Laacher, auteur d’un très intéressant article – « Les systèmes d’échange local (SEL) : entre utopie politique et réalisme économique » (auquel je vais beaucoup puiser par après) - s’appuie sur un juriste pour souligner une possible échappatoire entre utopie et réalité économique capitaliste : « Cet apprentissage politisé de la solidarité civile « entre soi » mais non pour soi, ni chacun pour soi, parce qu’il est ouvert sur le monde reste, comme le dit très justement Alain Supiot, « propice à l’invention de nouveaux types de liens sociaux, qui ne laissent personne sans foyer où s’abriter et sans marché où échanger (cf. A. Supiot, « Les mésaventures de la solidarité civile :...». •
Ce juriste Alain Supiot estime qu’il faut repenser la solidarité civile et théoriser une alternative dans le monde tel qu’il est :
« La Sécurité sociale ou les services publics qui ont été institués après guerre ont participé grandement au soutien des capacités des personnes, en rendant accessibles à tous les soins, l’enseignement, l’énergie, les transports, etc. Être fidèle à l’esprit qui a présidé à leur création consiste à les faire évoluer, et non à les figer au nom de l’intangibilité des statuts ou à les privatiser au nom de la libre concurrence. Le statu quo corporatiste et la privatisation ne sont du reste que deux formes différentes de prédation de l’État social, qui peuvent se conjuguer comme le montre le sort actuel de l’assurance maladie, qu’on laisse s’enfoncer dans la faillite financière. Car l’État social a aussi généré des effets pervers : en pourvoyant à tous les besoins, il a accéléré le démantèlement des solidarités de proximité, déjà affaiblies par l’essor du capitalisme. On n’a plus besoin par exemple de compter sur ses propres enfants pour affronter la vieillesse ni sur ses proches pour faire face aux aléas de la vie. C’est un progrès, mais cela favorise l’illusion de l’autosuffisance de l’individu. L’État devient débiteur universel face à un peuple de créanciers qui ne se reconnaissent plus comme mutuellement solidaires. En réalité, les mécanismes de solidarité anonyme (par exemple la Sécurité sociale) ne sont viables qu’enracinés dans un terreau social suffisamment riche et solidaire. Ils ne résisteraient pas à la généralisation de la solitude et du chacun pour soi. Il faut donc soutenir les multiples formes de « solidarité civile », tout en les articulant à la solidarité nationale pour éviter les repliements communautaires. Dans les années 1990, j’ai soutenu le Pacs parce qu’il comporte un engagement de solidarité. Autre exemple, les mutuelles, qui continuent d’incarner un bien commun pour leurs adhérents et pourraient jouer un rôle pivot dans la gestion des ressources de l’assurance maladie. Or au lieu de respecter leur spécificité, on s’acharne à les aligner sur le modèle de l’assurance privée. Je ne suis pas pessimiste. L’ultralibéralisme est entré dans une phase comparable aux dernières années du communisme réel : les gouvernants s’y accrochent faute de vision de rechange, mais seule une poignée d’illuminés continuent à y croire. L’avenir n’est pas écrit et le pire n’est pas certain ».
Face à la « prédation de l’Etat social » et aux « repliements communautaires » il suffirait donc d’articuler « les multiples formes de « solidarité civile » tout en les articulant à la solidarité nationale », voilà qui ressemble fort à une articulation en autarcie intellectuelle pour ne pas dire à un misérable chauvinisme de clocher, qui prétend nettoyer tout clivage de classes.
Cette théorisation petite bourgeoise conservatrice d’une misère « locale » cogérée n’est que la progéniture bâtarde de l’idéologie anarchiste dixneuviémiste de charbonnier maître chez soi et d’autoproducteur de son champ de patates, prolongée par le mouvement hippie. Avant la chute de la maison stalinienne, la décomposition mondiale du gauchisme politique avait déjà produit son cortège d’éleveurs de chèvres au Larzac ou de producteurs de produits bio un peu partout dans les pays industrialisés.
L’apparition d’un mouvement citoyen d’entraide dans les pays périphériques frappés de plein fouet par la crise en Amérique latine, en Argentine en particulier, vieille pratique dans les bidonvilles du Brésil, a semblé redonner du tonus à cette théorie petite bourgeoise. Cette notion d’entraide, tout à fait vitale dans les zones les plus paupérisées, a essaimé ensuite en Europe et en France dans les ghettos paupérisés, secrétant outre les « restos du cœur », un certain nombre d’organismes locaux permettant à nombre de militants syndicalistes et politiques de se refaire une place au soleil de la reconnaissance… civile. C’est le cas pour le sujet que nous traiterons aujourd’hui des SEL qui se définissent ainsi :
« L'intérêt fondamental d'un SEL est de favoriser le développement d'une économie solidaire et locale. Chaque membre peut profiter de biens et des services en échange de son temps (en offrant à son tour biens et services) ; or, tout le monde est riche de 24 heures par jour ! Faire partie d'un SEL permet ainsi de sortir de l'isolement, de bénéficier d'un réseau d'entraide et de prendre conscience de ce que l'on a à offrir à d'autres personnes. Contrairement au troc, on n'est pas tenu de rendre à celui dont on reçoit : cette disposition élargit les possibilités d'échanges ».

REELLE ALTERNATIVE A LA MISERE SOCIALE ET PSYCHOLOGIQUE OU NOUVELLE MYSTIFICATION DANS LE CADRE DU CAPITALISME DECADENT ?

Le mieux était d’aller voir sur place, localement. Le 6 février à Etaples sur convocation d’un projet de constitution d’un SEL nous nous retrouvons dans le local de la CAF au moins une soixantaine de personnes. Un groupe de jeunes hommes et de femmes plutôt rondes de milieu ouvrier nous initie au fonctionnement d’un SEL. Chaque corps de métier peut rendre un service gratuit qui confère une heure de travail sur un compte personnel, lequel service n’est pas échangé contre un autre tout de suite. Un électricien peut vous dépanner sans que vous lui soyez redevable d’une heure de repassage ou de conseil informatique. L’opération d’entraide est ponctuelle et ne doit pas consister en gros travaux pour ne pas tomber dans la catégorie de « travail au noir » ou de concurrence avec les artisans. Un certain nombre de participants dont Pierre, qui deviendra un ami, ancien gestionnaire d’un resto du cœur, objectent qu’il faut des statuts, en référer à la loi de 1901, qu’il faut un responsable président une secrétaire et un trésorier. Les jeunes gens assurent prendre en compte ces soucis qui sont « en cours ». Comme nous sommes à la veille des élections municipales des représentants des partis politiques officiels ramènent leur fraise et inondent le débat de leurs objections et mises en garde. Evidemment je soutiens tous ceux qui refusent toute main mise de ces sous-marins sur le collectif en constitution. On nous demande enfin de remettre nos noms et adresses emails. Pierre et moi, du fait de notre implication et expérience, sommes conviés à participer à la fondation du truc. On vous enverra une invitation.

Trois mois passent sans nouvelles. Arrive la missive citée au début de cet article. Un vulgaire pot de bienvenue. Nous décidons de nous y rendre sans prêter attention aux ambiguïtés contenues dans la missive : « groupe restreint », « éventuelle association », et des permanences déjà officialisées ( !?) en début de mois, non pas dans un lieu neutre type bistrot mais carrément au siège de la CAF.
La salle est plus petite et il n’y a qu’une dizaine de personnes en majorité des femmes. Dans le brouhaha où chacun parle à son voisin, une journaliste de la Voix du Nord pérore aux côtés d’une jeune femme qui fait circuler une pile de papiers où il faut décliner identité, profession, désirs et capacités. D’emblée je m’étonne de l’absence des principaux animateurs de la première réunion, où sont-ils passés ? On me répond qu’il s’agissait de professionnels ( ?) puis devant mon interrogation muette qu’il y a un malade. Malaise. Quelle cuisine nous cache-t-on ? De plus la réunion n’est pas organisée comme lieu de débat, personne ne préside. Je demande qu’il soit nommé un président de séance, la femme qui fait circuler les papiers tout prêts répond qu’il n’y en a pas besoin que c’est collégial… Comme j’insiste pour que la discussion soit organisée et permette un tour de table afin que chacun s’exprime, on condescend à nommer une jeune femme présidente[1]. La journaliste de la Voix du Nord nous demande de nous serrer les uns contre les autres pour la photo de circonstance. Chacun de poser avec le sourire. On reste cependant encore dans le flou. Il nous est demandé en quelque sorte de prendre un train en marche dont on ne connait ni le machiniste ni la destination. Pierre, solide colosse retraité, demande alors aux personnes qui font circuler les papiers tout prêts de se présenter. Une femme robuste répond qu’elle est citoyenne. Point barre. Les autres se taisent. Surgi du bois un chauve qui trouve la remarque de Pierre « agressive » et instille qu’il ne faut pas perdre de temps en récriminations, que la réflexion sur la loi de 1901 et le dépôt de statuts sont en cours. Pierre s’énerve : « c’est de moi que vous parlez ? Vous recommencez la réunion de février à zéro alors que c’est à ce moment-là qu’il fallait faire circuler les papiers sur les compétences de chacun, ce qui avait déjà été fait semble-t-il». Je prends alors la parole pour expliquer notre étonnement devant le fait accompli où nous avons été lanterné pendant trois mois et quand subitement on nous annonce que le train roule avec son convoi de marchandises avec journaliste locale en prime d’un torchon qui s’est salement illustré au moment de l’affaire d’Outreau. Vous voulez des petits soldats pour fonder un organisme opaque ?
La jeune distributrice réplique : « vous n’êtes que deux » ! Et moi : « mais on représente quand même 20% de la salle et les minorités ont souvent raison ». Elle demande alors aux trois hommes qui sont assis en face si la réunion leur agrée. Ils répondent par l’affirmative.
La journaliste s’en prend à moi me reprochant de ne pas être arrivé à l’heure. La jeune femme distributrice des papiers tout prêts annonce qu’elle refuse de travailler avec moi. J’objecte que ce refus de discuter et de présenter les « organisateurs » est du même type de magouille que les partis staliniens et les sectes rois du ready made. Le chauve est sorti de la salle pour aller prendre ses ordres dans la hiérarchie de la CAF. Il revient subitement et furax sur moi, intime : « vous allez quitter cette salle ! » Pauvre gars qui ne sait pas à qui il a affaire : « je partirai quand je voudrai » !
Le chauve ressort et revient aussitôt en hurlant : « en tant que responsable de la CAF je proclame cette réunion dissoute » ! Bon je me lève et convainc Pierre de venir avec moi – il voulait rester pour « voir » - nous sortons. Nous en concluons qu’autant la réunion préliminaire de février avait été marquée par l’improvisation autant celle-ci sentait la bande organisée qui avait caché de désagréables bruits de cuisine ou scissions inavouées, qui nous jouait la comédie d’une organisation déjà structurée. Enfin il en ressortait une curieuse institutionnalisation sous l’égide de la CAF d’une quête d’énergies généreuses et désintéressées, au profit de qui ? Emissaires de la mairie ? Syndicalistes locaux ? Quarteron de mémères aigries en mal de reconnaissance sociale ? Franchement nous étions dépités. Nous n’étions pas venus pour foutre le bordel mais pour que tout soit mis sur la table quand il nous apparaissait qu’on restait dans l’improvisation et le bluff comme s’il s’était agi d’une vulgaire création d’entreprise capitaliste.

RECHERCHE SUR INTERNET D’AUTRES CAS LITIGIEUX

Une autre approche des SEL en expérimentation à Abbeville dans la Somme était basée sur la réinsertion. Il s'agissait d'œuvrer à la réinsertion des publics marginalisés par la société (allocataires notamment). C'est inverser la sortie du capitalisme puisque tout est axé sur une démarche mimétique vis-à-vis des règles sociales et économiques existantes. Pour ces SEL, le travail informel était aussi un outil de maintien et de développement des compétences, ceci en vue d'une valorisation monétaire sur le marché du travail. Cette expérience avait l'aval du fisc qui permettait la défiscalisation des activités en partie rémunérées. Aujourd'hui, faute de soutien public et d'une relève capable - suite au départ du concepteur de ce S.E.L. particulier -, l'expérience n'a pas été poursuivie.
La propagande des SEL se présente ainsi en toute immodestie ::
« Le SEL est un système d’échange qui s’inscrit dans la perspective d’une alternative au système économique actuel. Par sa réflexion et ses pratiques, il participe à la transition vers une société plus juste, respectueuse des êtres humains et de l’environnement.
Adhérer à un SEL c’est :
Article 1 - Affirmer : "le lien est plus important que le bien".
Article 2 - Échanger dans le respect, l’intérêt mutuel et collectif, en développant des pratiques d’échanges. La valeur de ces échanges est basée sur le temps, exprimée en unités locales, de manière équitable, sans référence au système mercantile.
Article 3 - Révéler, reconnaître, valoriser et transmettre les savoirs, les savoir- faire et l’expérience par l’échange, la coopération, la solidarité, la réciprocité et le savoir-être.
Article 4 - Développer et expérimenter une vision transformatrice de la société, des pratiques démocratiques au sein des Sel par l’implication et la prise de responsabilités individuelle et collective.
Article 5 - S’inscrire dans une dynamique de prise de conscience de son impact sur l’environnement. Eviter le gaspillage et la surconsommation.
Article 6 - Fonctionner en toute indépendance vis-à-vis des partis politiques, des mouvements religieux ou sectaires et interdire tout prosélytisme en leur faveur. Exclure tout propos et comportement discriminatoire.
Chaque SEL est une source de développement des valeurs individuelles libérant des forces nouvelles qui prépareront une société plus juste, plus fraternelle où chacun retrouvera sa place ».
« La rencontre de l’autre vaut tout l’or du monde ». Beau comme un camion.
Un historique superficiel raconte sur wikipédia :
« En 1930 le maire de Wörgl en Autriche décidait d'émettre des bons de travail convertibles en schillings, afin de lutter contre l'endettement et le chômage. L'expérience fut interdite en 1933 par les autorités régionales et la banque centrale autrichienne. De même en 1954 à Lignières-en-Berry, en France, furent instaurés des bons d'échange pour tenter de revitaliser l'activité locale. Le premier SEL (LETS en anglais, pour Local Exchange Trading System) a été fondé au Canada, dans les années 1980. Michael Linton, écossais, qui vivait sur l'île de Vancouver, voulait ainsi aider les habitants de cette région touchée par le chômage. Il a donc proposé de créer un système basé sur le troc, dans une grande communauté, à l'aide d'une monnaie locale, le green dollar[réf. souhaitée]. L'expérience fut plutôt positive, malgré les réticences de certains éléments clés de la région. Elle a duré cinq ans, avant de s'arrêter, suite à des problèmes internes de bureaucratie trop lourde et manquant de transparence, ce qui a amené une perte de confiance des adhérents. Une vingtaine de systèmes semblables avaient cependant été lancés un peu partout en Amérique du Nord entre-temps.
Le tout premier système d'échanges en France est né au Mans en 1990 sous l'impulsion d'un entrepreneur privé, Franck Fouqueray, et de son entreprise, Trader France. Son système était baptisé Troc Temps et gérait les échanges de services entre les cinq cents adhérents grâce au minitel. Le premier SEL moderne français a été créé en 1994, en Ariège. En 1995, Toulouse  était l'une des premières grandes villes de France à voir naître un SEL. Dix ans après, il y a près de 300 SEL dans 96 départements, de tailles plus ou moins modestes (de deux à quelques centaines de membres) suivant les régions, qui permettent à plus de 20 000 personnes de procéder à des échanges. On en trouve aussi en Australie, au Japon ou en Amérique latine et bien sûr dans d'autres pays d'Europe: Belgique, Suisse,….
Le premier système d’échange local français a vu le jour en 1994, en Ariège. Il s’agit d’associations dont les adhérents, souvent voisins, échangent des biens et services selon une unité propre à chaque groupe : sourires, cailloux, prunes, pavés, pistaches… L’objectif est de permettre à tous les membres d’avoir accès, de façon égalitaire, aux biens et aux services, et de retisser des liens de solidarité. Les relations entre les SEL et les pouvoirs publics n’ont pas toujours été harmonieuses. Certains SEL, soupçonnés de remettre en cause la législation du travail en dissimulant notamment du travail au noir, ont été poursuivis en justice. Aujourd’hui, les pouvoirs publics sont conscients que les comptes de ces organisations sont transparents et, surtout, qu’ils assument une fonction de prévention de l’exclusion pour des personnes sans emploi. On recensait une cinquantaine de SEL dans les années 90, ils sont désormais plus de 300 répartis dans toute la France ».

Smaïn Laacher a réalisé une étude assez pertinente  -Les systèmes d’échange local (SEL) : entre utopie politique et réalisme économique ». Extraits :
« Les systèmes d’échange local sont l’un des derniers espaces de fabrication de « liens sociaux ». Trop souvent les questions à leur propos ont été de nature économiciste : rôle économique de la monnaie, valeur monétaire des biens et services échangés, etc. Quant à la presse, sa préoccupation fut surtout de savoir si les SEL n’étaient pas plutôt des espaces de « travail au noir » ou, version plus digne mais plus archaïque, des lieux ou se pratiquait le « troc ». Ce qui s’expérimente avec ces micro-économies est bien plus la recherche complexe et aléatoire d’un sens du juste dans les transactions fondées sur une « monnaie équitable ». Les systèmes d’échange local français ont une double filiation : l’une liée aux utopies socialistes, l’autre raccordée à des expériences de « monnaies alternatives » qui ont eu lieu principalement aux USA dans les années soixante.

Les SEL français : une double filiation

« Commençons par la première. Les LETS et les SEL ont une préhistoire qui trouve son origine dans une longue tradition d’utopie révolutionnaire (Marx, Fourier, Proudhon, Owen, Gesell pour ne citer que les principaux théoriciens), pour qui le changement social passait par un travail de domestication du pouvoir insolent de l’argent, par une volonté d’inverser les liens de subordination entre l’économie et le politique. Dans les deux cas l’utopie est la même : c’est au politique de gouverner les besoins fondamentaux des populations et non aux « puissances financières » d’imposer leurs « lois », celles de l’argent et du marché. Ce sont les secondes qui doivent être contrôlées par les premières et non l’inverse ».
« Les SEL ont vu le jour dans des pays capitalistes développés dont une partie de leur population s’est appauvrie. Mais, à la différence des temps qui ont précédé la période de l’État-social ces populations sont, dans leur grande majorité, pourvues de droits et de protections. Comme leur dénomination l’indique, les SEL ne déploient leur utopie que « localement » et inscrivent leurs actions dans une politique de territorialisation des problèmes sociaux. C’est en cela qu’ils sont des vecteurs de politisation du local. Mais sans aucun doute la filiation proprement politique des SEL français remonte aux nombreux mouvements contestataires hippies qui ont eu lieu sur les campus californiens, dans les années soixante. La critique politique portait alors sur la « société de consommation » et le refus de la guerre au Viêt-Nam. Mais la velléité des « communautés alternatives » de l’époque de décrocher du système marchand et de l’idéologie du travail salarié ne signifiait pas une rupture avec l’activité économique et le « travail communautaire ». C’est en leur sein que sont apparues des « monnaies parallèles » dont l’utilité était, avant tout, d’ordre pratique : être une mémoire des échanges ou une trace comptable des transactions. Ces monnaies n’étaient pas investies d’une charge subversive contre le désenchantement de l’argent froid et des rapports marchands. En un mot, elles n’étaient pas l’expression théorisée d’une critique politique du capitalisme. Les groupes les plus politisés, en particulier les libertaires, se sont d’ailleurs, pour un grand nombre d’entre eux, « reconvertis » dans l’agriculture biologique ou l’activité artisanale (travail du cuir, etc.) ».
« Ainsi, Les premiers groupes ayant été les plus attentifs à ces expériences étrangères, au milieu des années quatre-vingt dans le Lot-et-Garonne et en Ariège, étaient ceux qui étaient les plus proches de l’idéologie et de la culture « hippie » et écologiste, ainsi que ceux qui avaient été activement partie prenante des mouvements contestataires dans les années soixante-dix. Ce sont, précisément, ces ressources technico-politiques et symboliques qui ont été mises au service du premier SEL ariégeois. Des militants écologistes et des groupes comme Alliance paysanne et ouvrière, dont la mémoire et l’identité s’étaient constituées au fil des luttes sociales (refus de l’extension du camp militaire au Larzac, mouvement antimilitariste, objection de conscience, antinucléaire, investissement dans l’humanitaire, « développement durable », équité et égalité économique dans les rapports Nord-Sud, etc.), ont pu convertir une expérience accumulée en investissant et en s’investissant en nombre dans ces nouveaux pôles de contestation légitime que sont les SEL. Ceux-ci ont indéniablement permis de construire une sorte d’aggiornamento, rendu nécessaire par l’état des rapports de force politiques et intellectuels dans la société française, en permettant aux premiers et nombreux militants écolo-libertaires de s’approprier des pratiques alternatives plus universelles, moins idéologiques, sans rien renier de leur passé et des valeurs qui avaient été les leurs au temps des « grandes luttes ».
 Critique de la monnaie « capitaliste » ?
« Leur originalité réside en ceci que leur critique porte non pas, pour schématiser, sur les politiques de l’emploi, mais sur la vocation de l’argent et les conditions politiques de sa circulation. Qu’est-ce que l’argent dans une société inégalitaire, à quoi doit-il servir et qui doit décider de ses modalités de création et de sa distribution ? Voilà, pour les SEL, les interrogations premières. C’est à partir d’une critique radicale de l’usage capitaliste de l’argent, comme fin en soi, thésaurisable et instrument d’exploitation, que s’esquissent toute une série de redéfinitions touchant à des pratiques comme l’intérêt, le crédit, la circulation monétaire, les rapports de confiance économique, les principes d’équivalence entre les services et les biens, etc. Plus largement, les SEL offriraient la possibilité à chacun, indépendamment de son statut, de sa condition et de ses opinions, d’expérimenter de nouvelles formes de relations sociales au sein d’une économie non monétaire reposant, pour l’essentiel, sur la circulation et l’échange de biens symboliques. Une sorte d’économie enchantée débarrassée des pouvoirs iniques de l’argent et des rapports marchands. Il nous semble que ce discours peut être qualifié d’idéologie équivoque. La coexistence d’intérêts et d’attentes parfois très différents au sein d’une même structure (entre par exemple un militant politique, une personne cherchant à rompre la solitude affective et un adepte du new-age) ne peut se maintenir et n’être maintenue qu’au prix d’un accord largement implicite sur l’indétermination de la vocation des SEL ou, ce qui revient au même, sur une multiplicité de définitions jugées aussi légitimes les unes que les autres. L’inclination collective à préserver cette ambivalence structurale s’organise autour d’un certain nombre de valeurs et de principes (la tolérance, le respect, la confiance, l’égalité des échanges, l’entraide, la controverse pacifique, etc.) qui, aussitôt qu’ils sont évoqués, sonnent comme autant de rappel à l’ordre à une philosophie commune ».

DES «  BONS » QUI N’ONT RIEN A VOIR AVEC CEUX QUE MARX IMAGINAIT POUR LA PERIODE DE TRANSITION AU COMMUNISME (intertitre de JLR):

« Les SEL ont de nombreux points communs. Ils sont juridiquement organisés en association de droit ou de fait et sont adhérents à la Charte des SEL qui codifie la philosophie générale et signe leur appartenance à un même « esprit » ou, ce qui revient au même, à une même « éthique des échanges ». La publicité des transactions s’opère à l’aide d’un catalogue des ressources où sont consignés les offres et les demandes de chaque adhérent. Dans leur grande majorité, les SEL matérialisent leurs transactions et leur comptabilité par un système de bons, appelés « bons d’échange », et organisent périodiquement des bourses locales d’échanges. Mais à y regarder de plus près, les différences qui apparaissent ne peuvent pas être réduites seulement à des modes d’organisation spécifiques. Elles sont liées, pour les plus fondamentales d’entres elles, à la tentative d’introduire la plus grande équité possible dans les échanges ».
« Le SEL de Paris, qui est né en mars 1996, compte aujourd’hui environ quatre cents adhérents. Il est, à notre connaissance en France, le SEL le plus important en nombre d’adhérents. Étant donné l’ampleur du travail à effectuer quasi quotidiennement, les responsables ont jugé « nécessaire » l’embauche d’une personne en contrat emploi solidarité. Le piaf est le nom de la monnaie locale. Un piaf est égal à un franc. Mais, presque toujours, les biens et les services auxquels on accède avec cette monnaie valent « moins cher que sur le marché ». Les échanges se font de gré à gré. C’est indéniablement ce qui caractérise la politique monétaire du SEL de Paris : les prix sont libres, c’est-à-dire qu’il est officiellement recommandé de « négocier » et de « marchander » la valeur des biens et des services. L’association n’intervient pas dans les échanges. Il se peut que des adhérents, à titre individuel, préfèrent lors de leurs transactions pratiquer, essentiellement dans le domaine des services, l’échange fondé sur la « valeur-travail » (1 heure = 1 heure). Cette pratique est tout à fait tolérée mais elle reste minoritaire ».
« Le SEL de Caen a, quant à lui, été créé en 1997. Il compte aujourd’hui cent trente-cinq adhérents. La monnaie locale s’appelle le grain de sel. Dans ce SEL, « il est fortement conseillé, nous dit un de ses responsables, de pratiquer le 1 heure égale 1 heure. C’est conseillé mais ce n’est pas imposé, les gens peuvent négocier […] Si un bon d’échange arrive avec une heure pour plus de deux cents grains, on ne va pas le refuser. Du moment qu’il y a eu accord des deux personnes et que ç’a été signé, il n’y a pas de problème ». Pas de règle imposée mais un mode de régulation dominant : celui de la « monnaie-travail ». Le principe est le suivant : une heure égale une heure quel que soit le service échangé. Ainsi, l’heure passée à faire les carreaux vaut le « même prix » qu’une heure d’expertise fiscale. Seules les transactions de biens matériels échappent à cette obligation morale. La valeur des produits (périssables ou non) est laissée à l’appréciation des contractants. Elle fait l’objet d’une « négociation » de gré à gré. Ici, comme d’ailleurs dans les deux autres SEL étudiés, la communauté des adhérents peut fixer directement la définition légitime du mode de régulation des échanges : le gré à gré fixant librement le prix de la transaction ou la « monnaie-travail » qui impose soit un prix de l’heure, soit une « fourchette » à ne pas dépasser, par exemple entre 50 et 70 grains de l’heure.
« Le SEL de Saint-Quentin-en-Yvelines est né en 1996 et compte à ce jour cent cinquante adhérents. Sa monnaie locale est le pavé. Il a à l’évidence un statut quelque peu particulier au sein de la « mouvance des SEL » et du même coup se différencie des SEL de Paris et de Caen. Non pas tant dans le mode de fixation des prix des transactions. Le statut particulier du SEL de SQY tient principalement dans le choix de la monnaie fondante comme seule politique monétaire susceptible à la fois « d’accélérer les échanges » et de pratiquer une « politique de relance ». Cette politique monétaire, la première tentée dans un SEL en France, a été initiée par Armand Tardella président du SEL de SQY en janvier 1997. Il vaut la peine de s’arrêter un instant sur cette expérience, souvent citée comme un exemple d’innovation. Après un an environ de fonctionnement, un constat sans appel s’imposait à tous : les personnes dont le compte était « négatif » n’osait pas entrer dans le cycle des échanges. On offrait mais on sollicitait peu, voire pas du tout. Le seul processus qui était privilégié par beaucoup était celui de l’accumulation primitive de pavés. Face à cette « peur d’échanger quand on est en découvert », le président a proposé deux mesures « radicales » pour lutter contre cette « inhibition ». Tout d’abord, le versement à chacun et à tout nouvel adhérent de mille pavés (équivalent de mille francs) ; ensuite un « prélèvement » mensuel de 3 % sur les soldes positifs à titre de « cotisation solidaire » pour alimenter le « compte commun » en remplacement de la cotisation annuelle. Au bout d’une année, la « peur d’échanger » avait largement diminué et le volume d’échange a été multiplié par 3,5. Pour le SEL de SQY, ces mesures approuvées par une très grande majorité d’adhérents ne remettent pas en cause l’équité dans les échanges puisque ce qui est « taxé », ce ne sont pas les montants des transactions, ou la liberté de fixer soi-même la valeur des choses, mais les avoirs monétaires, les crédits. Ces mesures incitent les personnes à ne pas thésauriser et, c’est peut-être plus inattendu, à échelonner les paiements (en pavés) de transactions financièrement importantes (« achat » d’un ordinateur, d’une télé, etc.). Par ailleurs, et comme pour renforcer davantage l’implication de chacun dans le bien commun, les pavés ainsi collectés sont mobilisés pour deux types d’activités fondamentales : la rémunération liée au fonctionnement quotidien du SEL et la confection de projets fédérateurs, par exemple la mise en place d’une épicerie-sel ».

Un relais pour l’équité et la solidarité ?

« Avec les SEL de Paris et de Caen, nous sommes dans une logique d’équité (le gré à gré n’est censé léser personne et la monnaie-travail – toujours conseillée mais jamais imposée sauf à de rares exceptions – réduit la part d’arbitraire dans la négociation), mais aussi de responsabilité, en se refusant par exemple d’intervenir directement, comme dans le cas de la monnaie fondante, dans le cycle des échanges. Les fondateurs et responsables de ces deux SEL ont sans aucun doute, par leur surinvestissement dans cette expérience, leur incontestable charisme, leur culture et leurs choix politiques et idéologiques, ainsi que leur connaissance des « mouvements alternatifs », imprimé leur identité aux SEL auxquels ils appartiennent. Par ailleurs, et cette position politique est essentielle, dans les deux cas, il n’est nullement question de remettre en cause la dimension locale des échanges. Celle-ci doit être coûte que coûte préservée et les échanges doivent toujours se dérouler dans un espace d’interconnaissance maîtrisée par tous. L’ambition n’est donc pas de construire une « économie alternative », ni de faire des SEL un marché autosuffisant à côté de l’économie officielle.
« À la lumière de ce que nous venons de dire, il est possible d’avancer que les SEL constituent une sorte de structure d’expérimentation équivoque. Ce sont, nous semble-t-il, des formes organisées d’insoumissions cognitives, ou des espaces de rétivité qui se sont glissés dans les interstices des structures sociales, déployant leur logique et leur efficacité propres entre deux autres systèmes auxquels ils sont organiquement liés, le système de solidarité sociale garanti par l’État et le système de solidarité locale qui se manifeste dans le principe de subsidiarité (transferts des pouvoirs vers les niveaux les plus bas et droit d’accès aux espaces publics où se confectionnent et sont mis en délibération les projets liés à un territoire et à des populations donnés). Tout se passe comme si les SEL avaient pour fonction de relayer la solidarité nationale, tout en s’appuyant sur elle, afin d’accroître et d’élargir l’espace de la solidarité locale. Si les SEL ne mettent nullement en cause, ni en activités ni en projets, la structure des inégalités sociales et l’ordre symbolique qui lui est attaché, c’est parce qu’au fond ils empruntent, dans la construction de leur stratégie, de leurs instruments économiques et leur architecture des liens sociaux, de nombreux traits des grandes instances régulatrices des pratiques. Ils empruntent à la solidarité étatique (au don forcé) quand, par exemple, ils créent de la monnaie fondante reposant sur une « cotisation solidaire » dont le principe se fonde sur la dialectique du « prélèvement » et de la « redistribution » ; cette remarque vaut bien évidemment pour les groupes qui ont institué un « revenu SEL ». Ils empruntent à la solidarité locale sa dimension délibérative (ou de délibérations collectives entre plusieurs partenaires sociaux) et sa gestion territorialisée des problèmes sociaux et économiques. Comme pour la solidarité locale, les SEL sont autant « d’espaces de choix publics » dans lesquels sont débattus la vie en commun, les rapports entre les groupes, leur place dans la société, etc. Enfin, ils empruntent à l’économie officielle, au marché, la relative liberté des prix avec la particularité suivante : dans la majorité des SEL, ceux-ci sont associés à la qualité des personnes, à leur « appréciation », à leur pouvoir de « négociation », en un mot à leur capacité de se faire valoir à la hausse ou à la baisse. Mais, et c’est peut-être là que se situe la profonde originalité de cette expérience, ces emprunts de structures font l’objet d’un travail collectif de détournement pour les transférer dans les espaces sociaux où serait supposée possible la (dé)-négation de l’économie monétaire afin de les transformer en vertus sociales et politiques dénuées de domination symbolique. Cet apprentissage politisé de la solidarité civile « entre soi » mais non pour soi, ni chacun pour soi, parce qu’il est ouvert sur le monde reste, comme le dit très justement Alain Supiot, « propice à l’invention de nouveaux types de liens sociaux, qui ne laissent personne sans foyer où s’abriter et sans marché où échanger [2]  A. Supiot, « Les mésaventures de la solidarité civile :...»[2]. •

UNE OREILLE ATTENTIVE AUX UTOPIES SOUS-JACENTES A LA SOCIETE CAPITALISTE DANS LE CAMP MAXIMALISTE

J’ai lu avec intérêt deux articles du CCI sur cet étrange questionnement social sur leur site. Le premier « L'utopie ne mène pas à la lutte: la recherche de la vérité offre une perspective », où un rédacteur de ce groupe internationaliste baignant dans les vaticinations petites bourgeoises des « indignés » prend pour référence Sander journaliste très impliqué dans les réseaux bobos modernistes; ce journaliste avait été éjecté  du CCI dans les années 80 pour son « conseillisme ». Où il apparait que ces diverses luttes « sociétales » - où des prolétaires luttant pour leur survie se voient pourtant en général floués par une floppée « d’organisateurs » professionnels petits bourges qui psalmodient la solution réformiste hippie de la démerde « ici et maintenant » tout en laissant croire que ce sont les premiers pas du « grand soir ».
Publié par Internationalisme le 3 March, 2014 - 23:03
« Ces dernières années, de plus en plus nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour mettre en avant des revendications encore plus radicales et rechercher une solution pour une transformation plus fondamentale de la société. Les mouvements de lutte de ces dernières années (Occupy, Indignés, etc.) ont mis en évidence que des revendications partielles en tant que telles, des revendications sur des terrains particuliers de la société, bien qu’elles peuvent constituer un point de départ pour la lutte, sans suite et sans extension dans et par la lutte, se brisent tôt ou tard. Un texte signé Sander du KSU (1), tente de formuler une réponse à cette question.
Viser les réformes semble, à première vue, plus réaliste, mais il vaut la peine de lutter pour une société qui est entièrement comme tu l’imagines. En revendiquant des réformes, on risque d’affaiblir la lutte une fois que les revendications ont été satisfaites. (…) Des causes sous-jacentes (…) sont faciles à reprendre à leur compte par des parties modérées qui ensuite récupèrent la résistance. Quand par contre, on lutte pour une toute autre société (…) alors il est possible sur cette base de davantage développer, parce que le but final dès le début est une société totalement différente et ainsi on peut continuer vers ce qu’on vise véritablement”. (Sander van Lanen; KSU). Et Sander n’est pas le seul qui constate que poser des "revendications réalistes" ne favorise pas le combat. D’autres voix également font un plaidoyer pour radicaliser les revendications (…) “Les dernières années m’ont appris que beaucoup de gens entre temps savent qu’un changement radical est inévitable. Les crises sociales, écologiques et économiques ne peuvent pas être résolues par un ‘business as usual’. Les conceptions existantes ont mené vers les crises et ne peuvent être employées pour les résoudre. ” (Martijn Jeroen van der Linden, économe d’entreprise, Hoogeveen) ».
Pourquoi ne pas dire clairement qu’en réalité c’est le marasme idéologique qui prédomine, que les aigreurs d’estomac de la petite bourgeoisie et ses solutions de « solidarité locale » sont du pipeau et nullement un marchepied pour une révolution non pas civile mais prolétarienne ! Que c’est la rupture avec le système qui est la finalité à condition que la classe ouvrière mène le bal sans quoi la misère sera sans fin.
Plus intéressant est le second article : « Après la Seconde Guerre mondiale: débats sur la manière dont les ouvriers exerceront le pouvoir après la révolution ». L’article montre que les prolétaires n’ont rien à pouvoir gérer localement dans le système actuel qui étouffe toute initiative. Et nous y relevons surtout la référence à Bordiga qui ne s’embarrasse pas avec les aigreurs d’estomac ou les lubies de la petite bourgeoisie.
Publié par ICConline le 29 January, 2014 - 22:40
« (…) Le texte de Bordiga "Force, violence et dictature dans la lutte de classe" (1946)  semble sous bien des aspects tomber dans des erreurs symétriques à celles de Pannekoek. La force de ce travail est de réaffirmer contre l'hypocrisie pacifiste du consensus "démocratique" qui incluait le parti communiste stalinien – et avait émergé sur la base du plus grand massacre de l'histoire de l'humanité – les bases de classe de la révolution qui était à l'ordre du jour de l'histoire, et la nécessité pour le prolétariat d'avoir recours à la violence organisée dans le renversement du régime capitaliste et l'établissement de sa propre dictature politique Bordiga mettait l'accent sur l'inévitabilité d'une guerre civile, d'un État transitoire pour écraser la résistance de la classe dominante, et d'un parti communiste pour exprimer et défendre les buts du communisme contre les confusions et les hésitations inévitables existant dans la classe.
Bordiga comprenait aussi l'importance historique des organes du type soviets ou conseils :
"Les conseils sont effectivement à la base des organes de classe et non pas, comme on l’a cru, des combinaisons de représentations corporatives ou professionnelles ; donc ils ne présentent pas les limitations qui affectent les organisations purement économiques. L’importance de ces conseils réside pour nous avant tout dans le fait qu’ils sont des organes de lutte et c’est en nous reportant à l’histoire de leur développement réel, et non à des modèles fixes de structure, que nous cherchons à les interpréter.
Ce fut donc un stade essentiel de la révolution que celui où les Conseils se dressèrent contre la Constituante à type démocratique qui venait d’être élue et où le pouvoir bolchévique dispersa par la force l’assemblée parlementaire réalisant le mot d’ordre historique génial de “Tout le pouvoir aux soviets”.En même temps, Bordiga mettait en garde contre le danger de transformer en fétiche les majorités démocratiques issues de ce type d'organes :
"Mais tout ceci ne suffit pas à nous faire accepter l’opinion qu’une telle représentation de classe une fois constituée, et mise à part la fluctuation en tous sens de sa composition représentative, il soit permis d’affirmer qu’à n’importe quel moment de la lutte difficile conduite par la révolution à l’intérieur et à l’étranger, la consultation ou l’élection des Conseils soit un moyen commode de résoudre à coup sûr toutes les questions et même d’éviter la dégénérescence contre-révolutionnaire. Cet organisme décrit un cycle très complexe qui, dans l’hypothèse la plus optimiste, doit se conclure par sa disparition en même temps que l’État dépérira. Mais pour cette raison même, il faut admettre que le mécanisme du Soviet tout comme il est susceptible d’être un puissant instrument révolutionnaire, peut aussi tomber sous des influences contre-révolutionnaires. En conclusion, nous ne croyons à aucune immunisation constitutionnelle contre ce danger, qui se trouve uniquement dépendre du développement intérieur et mondial du rapport des forces sociales." (Idem)

La tâche peut paraître incommensurable mais il n’en est pas d’autre qui conduise à la rupture avec le système que cette violence de classe face au cynisme total dominant et contre tous les accommodements du quotidien. Les organismes de classe seront confrontés évidemment, comme aujourd’hui, à toute une ribambelle de professionnels du « ready made » avec comités pré-constitués, secrétaires auto-désignés avec statuts prédéfinis et journalistes invités, mais une vague puissante, si elle est puissante, ne pourra que balayer les représentants du vieux monde.


[1] C’est le b a ba de toute réunion publique digne de ce nom afin qu’un tel type de réunion n’implose pas en vulgaire banquet de mariage. Les anarchistes eux-mêmes qui se moquent de nommer un président de séance y ont recours à leur façon. Lors de la réunion à Lille organisée par l’OCL et la Mouette enragée en soutien aux ouvriers de PSA,  j’avais aussi demandé un président de séance afin de mieux ordonner les débats, on m’avait ri au nez en arguant que cela n’était pas nécessaire et que la discussion pouvait se mener « naturellement » (on n’est pas léniniste…) et de fait, c’est le principal chefaillon de l’OCL qui avait cornaqué le débat.
[2] Laacher Smaîn, « Les systèmes d'échange local (SEL) : entre utopie politique et réalisme économique », Mouvements 1/ 2002 (no19), p. 81-87URL : www.cairn.info/revue-mouvements-2002-1-page-81.htm. DOI : 10.3917/mouv.019.0081