"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

samedi 6 février 2010



Du nouveau chez les grèves sauvages, des grèves «surprise» ou en kit ?


Grève en kit chez ikea Thiais



De notre envoyé spécial Haicekrim,

Ma compagne Ornella et moi nous sommes rendus ce matin au centre commercial de Thiais avec l’intention d’acheter un fauteuil (made by children of China) chez Ikea pour la petite. Nous nous sommes rendus compte que quelque chose ne tournait pas rond immédiatement près de l’entrée après l’escalador qui nous avait amené depuis le parking souterrain mal numéroté. Un groupe d’une dizaines d’hommes avec la même tenue (des vigiles ?) empêchaient d’entrer les autres consommateurs. Nous avons pensé tout de suite qu’il y avait eu sans doute un braquage et que les hommes de la loi et les gens d’armes faisaient leur boulot pour nous protéger, et ensuite nous laisser librement et démocratiquement consommer.Je m’approchai tout de même du premier planton pour m’enquérir de la nature du fait divers :


- à quelle heure a eu lieu l’agression ?


- c’est un « mouvement social » me répéta-t-il en chuchotant, comme il venait de l’indiquer au consommateur précédent.


- Pourquoi chuchotez-vous, il n’y a pas de honte à faire grève ? fis-je.


Le gars sourit quand j’ajoutai que je ne pouvais dans ces conditions que les approuver complètement et je m’enhardis à leur poser des questions :


- c’est une grève pour quoi ?


- pour les salaires, me répondit l’un, légèrement emprunté.


- Bon sang, vous n’avez pas à avoir honte ! Et c’était planifié par les syndicats ou sans préavis ?


- Sans préavis.


- Bravo…


Les gars reculaient un peu devant ma grande taille et aucun n’osait entreprendre vraiment la conversation avec moi. Pourtant même si je peux assurer je ne suis jamais violent ni vindicatif, mais je fais du rentre dedans, par habitude, par expérience aussi, si on essaie de me raconter des histoires.


- Je parie que vous êtes du genre d’ouvriers qui laissent les syndicats décider comme bon leur semble la programmation de la grève en AG…


Ils rigolent. J’en rajoute une couche :


- dans le temps quand je venais me renseigner au piquet de grève, il y en avait toujours qui me disait « attend on va aller chercher un responsable syndical », vous aussi vous allez laisser un zigoto du syndicat parler à votre place ?


Ils rigolent encore, mais gênés comme des ados pris en faute, alors j’atténue ma sévérité :


- bon vous n’êtes pas pour la révolution comme moi… ni soixante-huitards…


(le groupe rit franchement, ils sont tous jeunes). Je continue :


- ce qui me choque c’est que vous n’avez même pas de banderole, « en grève » par exemple vous éviterez d’expliquer votre cessation de travail aux centaines de personnes qui vont défiler toute la journée devant vous…


- On veut s’adresser directement à la clientèle, dit l’un, qui s’écarte aussitôt timidement.


- ???? Tous les magasins Ikea en France ?


- Oui tous.


- Et vous en êtes où ?


- Les négociations ne sont même pas ouvertes…


- Les négociations de qui ?


- …….


Ma compagne Ornella met le doigt dans le mille :


- pourquoi n’allez-vous pas chercher la solidarité auprès des gars de la FNAC à côté ?


Elle m’en a bouché un coin, à moi le vieux routier de la révolution, mais oui c’était cela l’essentiel à leur dire d’emblée ; je n’avais plus qu’à en rajouter une couche :


- eh oui ! (joignant le geste à la parole) et vous bloquez tout le centre commercial. Plus tard, si les gars de la FNAC ont des problèmes ils viendront vous voir à leur tour… L’extension c’est mieux que de rester comme des cons à faire le planton toute la journée ou pendant une semaine, regardez à Dunkerque ils ont menacé de bloquer toutes les raffineries en France et le ministre a cédé aussitôt… Bordel faites ce genre de proposition à l’AG !


Un des jeunes, le plus près de moi :


- cela semble une bonne idée…


Nous avons souhaité bon courage à tous.


Ornella et moi on était content – on achèterait la chaise un autre jour ou on irait à BUT ou Conforama. Ornella avait entendu un cri « ils ont le droit de faire grève »… donc des consommateurs devaient être mécontents. Le droit ? Quel droit ? Ils ont raison c’est tout. Ce qui m’a frappé malgré tout, camarade du Prolétariat Universel, c’est la timidité de ces employés. La plupart d’entre eux n’osaient pas s’approcher pour engager ou favoriser la discussion. Ils se sentaient pratiquement coupables de participer à une grève non annoncée d’avance. Dans un réseau d’entreprises commerciales dotées d’une tradition de luttes peu anciennes….De retour à la maison j’ai été surfer sur le web où je lis, répété par chaque site de presse ou modifié à une phrase près, le communiqué de l’AFP: « Plusieurs magasins du groupe d'ameublement Ikea étaient touchés samedi par un mouvement de grève portant sur les salaires, a-t-on appris auprès des syndicats et de la direction. A la mi-journée, le magasin de Thiais (Val-de-Marne) n'avait toujours pas pu ouvrir ses portes, « faute de personnel suffisant pour assurer la sécurité des clients », a indiqué à l'AFP Pierre Deyries, directeur de la communication d'Ikea France (ou plutôt pour assurer les ventes…). Selon la direction, les magasins de Vélizy (Yvelines), Grenoble et Montpellier étaient perturbés mais ont pu ouvrir au public. Le magasin de Roissy-Paris-Nord, situé à Gonesse (Val-d'Oise), n'a pu ouvrir qu'avec deux heures de retard samedi matin, selon Sébastien Heim, délégué syndical central Force Ouvrière, qui précise que certains caissiers grévistes ont été remplacés par des responsables de vente. A Bordeaux-Lac, environ 70 salariés ont observé un débrayage de deux heures et manifesté samedi à la mi-journée devant le magasin, a indiqué à l'AFP Thierry Friconnet, délégué CFDT, selon lui, il s'agit du premier mouvement de cette ampleur au niveau du magasin bordelais qui compte 295 salariés. "La direction propose une augmentation des salaires de 1,2% ce qui ne couvre même pas l'augmentation du prix de la mutuelle", a expliqué M. Friconnet qui a ajouté que d'autres magasins comme celui de Toulouse étaient également touchés. Les trois principaux syndicats d'Ikea (CFDT, FO, CGT) protestent contre les propositions salariales faites par la direction lors des négociations annuelles obligatoires (NAO), laquelle s'est pour l'instant engagée à consentir une augmentation moyenne de 1,2% sur la base de hausses individuelles ou au mérite. Mais les syndicats réclament aussi une augmentation collective (appliquée uniformément à tous les salariés) d'environ 4%. Les syndicats soulignent qu'Ikea France a réalisé en 52 millions d'euros de bénéfice net en 2009, un chiffre qu'a refusé de confirmer la direction à l'AFP. Ils exigent d'être reçus par le nouveau directeur général d'Ikea France, Stefan Vanoverbeke, les négociations étant actuellement confiées à la direction des ressources humaines. Le direction explique son refus d'accorder une augmentation de salaires collective à une conjoncture économique difficile dans le secteur de l'ameublement et aux incertitudes économiques pour l'année 2010 ». J’adore le questionnement simplet des journalistes : grève pour les salaires ? Y dit quoi le patron ? Y font quoi les syndicats ? Jamais ces plumes pour bourgeois voyeurs ne posent les questions troublantes : comment se déroule la grève, qui décide, qui a décidé, y-a-t-il des AG, avez-vous obéi ou désobéi aux syndicats, vous font-ils la comédie de l’unité syndicale, voyez-vous plus loin que les murs de votre entreprise, etc. ? Depuis des années une expérience de lutte marque pourtant cette chaîne suédoise d’ameublement original et pas cher. En décembre, en langage shamallow journalistique on trouvait déjà comme info : « Ikea: une grève perturbe des magasins », c’était à Montpellier, une « grève surprise » d’une vingtaine de salariés, « du jamais vu depuis 2005 » ; merde au Père Noël !


Sur le site espagnol Sociologias qui recopie un article de La Libre Belgique (28,05.09), on peut faire remonter l’expérience en 2009 en Belgique, et comprendre que la timidité de ces prolétaires s’explique parce qu’ils travaillent dans un secteur exposé à la crise, friand d’emplois précaires, celui des PME, et que leur mode d’action est reflété et encadré par un syndicat soft et inodore : le CNE, qui ne veut ni casser des briques ni gêner le capitalisme (en gras le discours typique du syndicat-maison).


« 28 Maio 2009


Préavis de grève national chez Ikea


La direction d'Ikea Belgique a décidé de déposer, auprès de la Fedis, une requête en conciliation après l'échec des discussions, jeudi, avec les syndicats nationaux. Ces derniers ont pour leur part déposé un préavis de grève national et quitté la table des négociations, dénonçant l'attitude du management. "Ikea Belgium espère que la Commission paritaire pourra réconcilier le plus rapidement possible les points de vue divergents", souligne la société dans un communiqué. Dans la foulée, elle "demande à ses collaborateurs d'être compréhensifs et d'avoir une attitude constructive face à la situation". Pour rappel, le personnel des sites de Hognoul et d'Arlon avait débrayé en fin de semaine dernière afin d'exprimer son ras-le-bol face à la surcharge de travail imposée par une sévère restriction des effectifs au sein des magasins. Le travail avait par la suite repris à Arlon. "Nous avions demandé - par respect pour les travailleurs - que le 'plan de crise' de la société constitue le premier point évoqué lors de la réunion de ce jeudi, ce que la direction a refusé, affirmant à présent que ce sujet devait être discuté au niveau local", regrette Brigitte Streel (CNE). "Après une interruption de séance et un nouveau refus de la direction, nous avons décidé de déposer un préavis de grève au niveau national, arrivant à échéance dans 15 jours", ajoute-t-elle en évoquant un "durcissement possible du mouvement". Sur le terrain, des assemblées du personnel seront organisées demain/vendredi à Arlon et à Hognoul où il est fort peu probable que le travail reprenne. De son côté, la direction rappelle que son objectif, en présentant son plan d'action, n'était "ni d'effrayer ses collaborateurs, ni de les mettre sous pression". "C'est précisément pour garantir l'emploi que l'entreprise propose de ne pas renouveler les contrats à durée déterminée et les contrats de remplacement, et de limiter les jobs d'étudiants", ajoute-t-elle en regrettant que les syndicats aient "rompu la concertation sociale". Enfin, selon les représentants des travailleurs, la réunion de conciliation demandée par le géant suédois de l'ameublement devrait avoir lieu dans les tous prochains jours ».



Ce n’est pas, cher camarade du Prolétariat universel, parce que j’allais faire mes courses au centre commercial de Thiais, que j’ai cru être tombé sur un miracle de la lutte de classes, ni une de ces étincelles qui annoncent le grand chambardement, que je tenais à vous tenir informé mais parce que cela permet de révéler, aux intellectuels dégrisés de leurs rêves barricadiers ou bolcheviques primaires, que la lutte des classes ne cesse pas et qu’elle tend à s’amplifier en période de crise même dans des secteurs où la défense ouvrière est fort faible[1].


Il y a un an, dans la filière belge d’IKEA, l’expression de cette faiblesse s’était manifestée par l’incapacité à se poser la question de l’extension, on lisait encore dans La Libre Belgique : « Les six magasins de décoration et ameublement IKEA du pays (Anderlecht, Arlon, Hognoul, Ternat, Wilrijk et Zaventem) ont été bloqués dès 6 heures vendredi matin par des piquets de grève empêchant les travailleurs de rentrer. Dans la plupart de ces magasins, la direction a envoyé un huissier de justice pour constater les faits, noter les noms des travailleurs empêchés de travailler et les compter ».


On a vu le même type d’action à caractère limité et « introverti », si je puis dire avec la séquestration en France de patrons d’une entreprise du même type qu’IKEA :


« Des salariés de Pier Import, qui ont séquestré deux dirigeants pendant une nuit cette semaine, ont manifesté samedi pour réclamer de meilleures indemnités de licenciement, apprend-on de source syndicale. Selon la CGT, des rassemblements ont eu lieu à Romans-sur-Isère (Drôme), Bordeaux-Lac (Gironde) et Pontault-Combault (Seine-et-Marne) devant les magasins La Foir'Fouille, une marque détenue par le même actionnaire que Pier Import, Claude Ben Behe. Les manifestants demandent un entretien à ce dernier, après un rendez-vous manqué mercredi. Des dizaines de salariés de Pier Import avaient retenu la P-DG Sonia Ben Behe, nièce de l'actionnaire, et le directeur général Gérard Démaret toute la nuit de lundi à mardi au siège de l'entreprise à Villepinte (Seine-Saint-Denis).Le groupe de meubles et de décoration a été placé en redressement judiciaire en septembre dernier, ce qui entraîne la fermeture de 25 magasins et 140 licenciements. Les salariés réclament un demi-mois de salaire par année d'ancienneté. "Là on nous propose le minimum : un salarié qui travaille 35 heures depuis cinq ans va toucher 1.000 euros", a déclaré à Reuters Jésabelle Rocher, directrice du magasin Pier Import de Niort (Deux-Sèvres) qui doit fermer, selon elle, vers le 20 février. "On a montré notre bonne foi en relâchant les deux dirigeants mais l'actionnaire ne s'est pas présenté mercredi", a ajouté l'employée, qui est allée manifester samedi devant un magasin La Foir'Fouille de Bordeaux. Selon une participante, Nafissatou Ménard, une quarantaine de personnes se sont rassemblées devant un magasin de la même enseigne à Pontault-Combault, où elles ont empêché les clients d'entrer. La séquestration des deux dirigeants de Pier Import a été dénoncée par le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, pour qui "il ne peut pas y avoir de vraie négociation quand il y a de la violence". Avec la crise, les séquestrations de dirigeants d'entreprise se sont multipliées ».



Les journalistes ne se placent jamais du point de vue de la classe ouvrière, et comme les gauchistes décrivent d’un « point de vue extérieur » ce qui se passe. Or, les petites boites, ou les boites ramifiées sur plusieurs régions ou pays,


1°) ne se posent jamais la question de l’extension aux autres entreprises (même françaises), vu la faiblesse des AG, la dominante des emplois précaires et une solidarité peureuse,


2°) les prolétaires n’y sont pas capables d’envoyer leurs propres délégations d’AG vérifier si les syndicalistes ne racontent pas des bobards sur la lutte ailleurs (ils en racontent toujours !) pour mieux empêcher l’extension de toute façon dans les filiales ; dans le cas d’IKEA les syndicats soft ont menti en disant à ceux de Thiais que la situation de blocage était la même partout (or il suffisait de parcourir le web pour voir que là ils avaient déjà repris le collier, ailleurs deux heures de blocage seulement, etc.).



En tout cas, blocage par piquets de grève, séquestration de patrons, révèlent d’abord que la lutte démarre sur des bases faussées : le blocage signifiant que ce n’est pas forcément la majorité des travailleurs du site qui a décidé la grève, et la séquestration amène tout de suite les huissiers et les flics. C’est pourquoi la question de l’extension est préliminaire comme arme foudroyante au tout début de la grève ; les autres actions que je viens d’évoquer ne sont jamais une étape vers l’extension mais parmi les multiples moyens des avocats sociaux, misérables syndicalistes gauchistes, syndicaux soft et néo-staliniens, pour torpiller toute réelle lutte de classe en la ridiculisant comme simple protestation corporatiste.


Voilà cher camarade du Prolétariat universel ce que j’avais à vous communiquer pour mon week-end, pas tout à fait gâché de consommateur, mais néanmoins complice du prolétariat.









[1] Allez voir un très beau reportage de grève chez Ikea, humain et fraternel, bien qu’au ras des pâquerettes syndicalistes : pfff "la vie est un long fleuve tranquille"?! http://www.kizoa.com/i-Contact/sflite.swf?fmode=5&did=449775&kc=3493056





TOUT VA TRES BIEN MADAME LA MARQUISE,

TOUT VA TRES BIEN, TOUT VA TRES BIEN



L’angoisse gagne les marchés boursiers

LE MONDE 06.02.10


es espoirs des gérants, qui, fin 2009, misaient sur une remontée spectaculaire des marchés boursiers, seraient-ils en train de s'évanouir ? Une chose est sûre, la nervosité est plus que palpable sur les marchés financiers. En Asie comme en Europe ou aux Etats-Unis, les places boursières ont ainsi entamé le mois de février sur des reculs significatifs. En cinq séances, entre le 1er et le 5 février, le CAC 40 à Paris a cédé 4,70 %, le Footsie de Londres 2,46 %, tandis que l'Ibex à Madrid a perdu 7,71 % sur la période. Aux Etats-Unis ou à Tokyo, les baisses des indices ont été moins spectaculaires (- 0,55 % pour le Dow Jones et - 1,38 % pour le Nikkei) mais la tendance est là: les investisseurs ont à nouveau peur.









La faute à qui ? Aux déficits publics colossaux de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal ou de l'Italie, surnommés d'une façon pas très sympathique les "pays du Club Med" de l'Europe, ou, plus méchamment, encore les "PIGS" (cochons) ? Au risque d'un éclatement de la zone euro lié aux difficultés de ces pays ? A la situation de l'emploi américain qui peine à se redresser ? Ou à la prise de conscience que l'économie mondiale est encore loin d'avoir surmonté toutes ses difficultés ? Sans doute un mélange de tout cela. "Les inquiétudes sur la dynamique de croissance pour 2010-2011 préoccupaient déjà les marchés. Ces derniers jours, les questions budgétaires des deux côtés de l'Atlantique ont été un élément déclencheur. Surtout en Europe, où l'accord de la Commission sur le budget grec a été perçu davantage comme un accord politique qu'économique", résume Philippe Waechter, responsable de la recherche chez Natixis AM.


Après celle de la Grèce, la situation budgétaire de l'Espagne et du Portugal ont également été jugées préoccupantes par les marchés. Et ces craintes ont été l'étincelle qui a fait vaciller les marchés en Europe à partir de jeudi 4 février. La dégradation des comptes publics, en créant des tensions sur le marché de la dette, a particulièrement affecté les cours des sociétés qui ont beaucoup emprunté. Ces dernières pourraient en effet être parmi les principales victimes de ces turbulences en ayant de plus en plus de mal à se refinancer. Le titre du groupe de BTP espagnol Ferrovial, dont le cours a plongé de plus de 11 % sur la seule séance de jeudi à Madrid, en fait partie.


Les valeurs bancaires ont aussi subi sévèrement ce mouvement de panique. En Italie, les cours d'Intesa Sanpaolo ou d'UniCredit ont perdu plus de 4 % en fin de semaine. En Espagne, le cours de la banque Santander a lui dégringolé de près de 10 % jeudi, le marché ignorant totalement les résultats annuels pourtant solides publiés le même jour par l'établissement.


Outre-Atlantique aussi, les investisseurs ne sont pas franchement rassurés. Si les Etats-Unis se sont toujours plus ou moins accommodés d'un déficit public colossal, le discours du président Barack Obama, faisant savoir que des mesures de soutien à l'économie étaient encore nécessaires, a démontré, à qui l'ignorait encore, que la situation du pays n'est pas encore totalement satisfaisante.


Les derniers chiffres de l'emploi ont illustré la convalescence difficile de la première économie mondiale. Les investisseurs ont ainsi appris, jeudi, que les inscriptions hebdomadaires au chômage étaient remontées à 480 000, contre 455 000 attendues. Et vendredi, le ministère du travail a fait état de nouvelles destructions d'emplois (20000) en janvier, alors que les investisseurs espéraient que l'économie serait à même d'en créer à nouveau.
Une consolation, toutefois, le taux de chômage a reculé à fin janvier, passant de 10 % à 9,7 %. Une baisse paradoxale qui peut s'expliquer par le fait que les Américains sont moins nombreux à cumuler désormais deux emplois. En prenant acte de cette reprise globalement mollassonne, les marchés ont sanctionné les valeurs cycliques, plus sensibles à la conjoncture économique, sur toutes les places boursières: industrie, automobile, sidérurgie… Les seules bonnes surprises de ces derniers jours sont venues de l'Asie et du secteur du luxe. Dans la foulée d'autres grands noms du luxe mondial, les français LVMH et Hermès ont annoncé jeudi et vendredi des ventes en hausse au quatrième trimestre, laissant entendre que le gros de la crise pourrait être passé pour le secteur. L'appétit grandissant des Chinois pour les produits haut de gamme étant l'une des principales raisons de cette embellie.




Claire Gatinois

Article paru dans l'édition du 08.02.10

mercredi 3 février 2010



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MARC LAVERNE



« INEDITS »



Tome III







Textes de Marc Chiric (dit Marc Laverne),


Recueillis, choisis et annotés par Jean-Louis Roche


(dit Pierre Hempel)












Les Editions du Pavé


Janvier 2010





TABLE DES MATIERES



Présentation



Première partie : le théoricien du parti moderne



A propos du programme (Internationalisme n°2, 1945)



Le mouvement ouvrier en France (conférence d’avril 1945)



La tâche de l’heure : construction du parti ou formation des cadres ? (1946)



Problèmes actuels du mouvement ouvrier (1ère suite)



Signification de la grève Renault et quelques enseignements (mai 1947)



Une conférence des groupes révolutionnaires (juillet 1947)



« Bravo Abdel-Krim » ou la petite histoire du trotskisme (1947)



Problèmes actuels du mouvement ouvrier (2e suite)



Problèmes actuels du mouvement ouvrier : la conception du chef génial (3e suite)



Deuxième partie : vers la construction d’une organisation mondiale



Rapport de la commission d’organisation (1974)



Une incompréhension de la nature de la classe ouvrière, la tendance Bérard (1974)



Réponse à la section de Rouen sur la question des divergences (mai 1978)



A propos de la Revue Internationale, en réponse à Chénier (décembre 1979)



La gauche dans l’opposition ou la droite au pouvoir (octobre 1979)



A propos des démissions (juillet 1981)



Lettre au camarade Juan MacIver (1981)



Un révolutionnaire peut être atteint de paranoïa… ((1981)



Intervention complémentaire à la conférence extraordinaire (1981)



Brèves notes et réflexions sur les derniers événements dans le CCI (octobre 1982)



Les bulletins internes, cahiers de récriminations ? (mars 1982)



Sur la conférence extraordinaire


Remarques à l’article de M.Roux sur les fractions



Remarques à l’article de Gieller sur le parti



Si le cours historique se renversait, réponse à Max



Jalons de quoi ? la revue de Camoin (juillet 1984)



Jalons n’est plus…



Baisse tendancielle du taux de profit et recul (1984)



DEBAT SUR LES « RESERVISTES »



Réflexions en marge du bilan du dernier Bureau international plénier


(sur l’opportunisme et le centrisme)



MARXISME REVOLUTIONNAIRE ET CENTRISME DANS LA REALITE PRESENTE ET LE DEBAT ACTUEL DANS LE CCI (mars 1984)



Michel Lazare polémiste et théoricien



Centrisme, conseillisme et susbtitutionnisme (intervention orale, 1985)



Reponse à la lettre du Noyau de Galice.



POSTFACE : L’enfant de Marc, le CCI, une épave.









PRESENTATION




L’éminence grise du maximalisme marxiste de la fin du siècle dernier





Marc Chiric est certainement le militant et théoricien qui a le plus écrit sur l’organisation révolutionnaire au XXème siècle après Lénine. Il est resté méconnu des éditions officielles et des historiens professionnels du fait de l’incapacité du courant dont il a été porteur à rappeler vraiment son rôle considérable – quoique dans un milieu restreint de militants maximalistes – pour plusieurs générations successives de jeunes éléments révoltés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Rôle éminent, non pas tant « éminence grise » comme on dit d’un comploteur de l’ombre que parce qu’ignoré plus involontairement que volontairement des « spécialistes »[1], et surtout conchié par la plupart des groupes qui n’ont pas voulu être ses héritiers.



Au XXe siècle, on a pu mesurer l’importance d’un homme politique révolutionnaire pour la postérité un nombre de scissions qu’il a suscitées. Lénine avait bien commencé ; même si on ne peut lui attribuer toutes les scissions, le « schisme » était la voie du salut pour lui. Trotsky a été et reste imbattable pour le nombre de scissions trotskiennes qui se sont égrenées tout au long de la dernière moitié du siècle. Bordiga peut se prévaloir d’un score honorable en troisième position. Sur cette dernière marche du podium peut monter également Marc Chiric. Pas moins de cinq groupes maximalistes peuvent se réclamer peu ou prou de ses enseignements, sans compter de multiples succursales réduites du Venezuela à la Turquie et affiliées au réseau centralisé pourtant très modeste qui se qualifie de CCI (courant communiste international). Vingt ans après sa disparition il n’a jamais fait l’objet ni d’une biographie, alors que son ami Malaquais a été porté au pinacle dans des éditions certes marginales, ni été célébré ou au moins remémoré par des articles ou études des groupes qui pouvaient prétendre se réclamer de lui. Curieux non ? Enterrement de première classe ou simple décadence de son courant, mais pas du maximalisme marxiste tout entier ?


Punition de Dame Histoire pour son « école » ? il y a eu des « léninistes », des « trotskystes », des « bordiguistes », mais pas de « chiriquistes »… et tant mieux pourtant, il n’aimait pas les « ismes » autour du nom d’une personne sauf pour « marxisme ».



L’activiste Grandizio Munis, éclectique et touffus, voit son oeuvre pas à pas reproduite dans une édition propre et luxueuse par les camarades de Balance à Barcelone. Tant mieux, il le mérite comme le mériteraient les Gaston Davoust, Lucien Laugier, Ottorino Perrone, etc., mais il y a une certaine injustice à laisser à la critique rongeuse des souris l’œuvre de Marc Chirik. Doit-on le classer parmi les relaps, les diaboliques d’un néo-stalinisme supposé, comme n’hésitent pas à le faire les petits intellectuels égarés, militants fondateurs dégrisés du prolétariat et petits profs dogmatiques de la dernière heure ?



Excepté la réalisation à 100 exemplaires ( !) de deux tomes successifs des écrits de « M.C. » par mes soins, aucun effort de mise à disposition d'un des meilleurs analystes et polémistes du mouvement révolutionnaire marxiste, n’a été produit, rien d'important n'a été fait au moment où je termine ce troisième tome qui ne sera même pas publié sous forme livre, faute de moyens, mais restera à l’état de « fichier-texte ». Rien de la part de l'organisation qu'il avait patiemment contribué à faire naître, le CCI, rien de ses multiples épigones dispersés. Depuis près de quinze ans je me suis mis à la tâche, de 1994 à aujourd'hui, tâche parfois délaissée puis remise dernièrement sur le métier.



Je n’ai pas raclé tous les textes au fond de mes tiroirs[2], ni tapé l’intégralité. J’ai voulu faire ressortir enfin le théoricien et l’homme d’organisation, aussi rigoureux en 1945 qu’en 1980. Ce tome III contient deux grandes parties :



- ses textes d'analyse de l'immédiat après-guerre, très lucides, dont je ne disposais pas pour le tome I mais où, en filigrane – qu’il traite des événements internationaux ou des grèves en France – apparaît et se développe une notion du parti pour la révolution qui va au plus près des nécessités modernes et du rôle de cet organisme dans le monde contemporain. La Gauche italienne n’a pas voulu le reconnaître pour maître, tout à son dieu Bordiga, mais ce dernier n’était déjà plus qu’un souvenir comme Blanqui ;



- la plupart de ses textes polémiques sont flamboyants dans le CCI jusqu'à la fin des années 1980, même s’ils comportent souvent des craintes (exagérées : l’épée de Damoclès de la 3e guerre mondiale, sans doute vieux relents de son angoisse au moment de la guerre de Corée), un immédiatisme effréné scolastique (« la reprise des luttes » sans cesse agitée), une propension en toujours dire « nous » et à être cruel dans la polémique ; ils sont flamboyants dans l’argumentation, Marc développe l’idée d’un vrai parti communiste qui ne prend pas le pouvoir à la place des masses, un parti pour classe ouvrière « développée ».



Oralement il était plus percutant et convaincant que par écrit, avec sa voix nasale et des gestes avec des bras courts qui inspiraient confiance. Il parlait simple comme un vrai prolétaire, même si au fond il était très érudit et disposait d’une capacité intellectuelle à aller à l’essentiel qui lui permettait de contrer les meilleurs universitaires.


Avec les générations qui se succèdent après 1968, il n’a pas de chance. Est-il resté aveugle devant la petite bourgeoisie sémillante ?


Il a ouvert grands les bras aux étudiants qui ont constitués majoritairement les jeunes sections affiliées un peu partout, lesquelles ont plus ou moins assimilé le marxisme dans sa version « chiriquiste » (décadence du capitalisme) mais ont été happées régulièrement par les vents d’ouest modernistes ou séduits par les aventuriers Bérard, Chénier, Albar… Marc a voulu se servir des éléments de la petite bourgeoisie au profit de la classe ouvrière, mais la classe intermédiaire, qui n’a pas la reconnaissance du ventre, a eu raison de lui parce que la rencontre n’a pas eu lieu avec le prolétariat ; réveillé en 1968, malgré quelques insomnies, il s’est rendormi à nouveau jusqu’au siècle dit de la fin du monde par les sorcières, les roturiers et les couturiers.



Ce tome III, malgré des textes qui n’ont pu se retrouver dans leur ordre chronologique dans les tomes I et II, peut se suffire à lui-même, pour l’insistance qui transparaît, à la fois novatrice et classique, sur la nécessité du parti politique du prolétariat. Il transparaît un combat d’arrache-pied, âpre et obstiné de la part de Marc pour « faire vivre » le marxisme – étant entendu que le marxisme ne pouvait être pour lui que l’organisation, un « mode de vie et de penser organisationnel » (dont il était le capitaine au long cours ou le timonier indomptable), pas une idéologie. Il se sera battu comme un lion pour éviter les dérives de l’organisation… jusqu’au ridicule. Tous les statuts (certes les meilleurs du monde), toutes les résolutions (certes les meilleures du monde) qu’il aura inspirés n’auront pas empêcher la décadence de « son » œuvre, son lent étiolement à coups de procès et d’exclusions déguisées, sa survie à l’état de secte grandiloquente.


Cette grandiloquence, les derniers bédouins du CCI la tiennent certes du « vieux » qui trônait comme à la tête d’un parti de masse avec « organes centraux », « commissions d’orga » et autres « bureaux », s’arrogeait de dire « nous » même s’il parlait pour sa pomme. Sa démarche était honnête, rectiligne, mais valable pour une autre époque – devant nous encore – et il n’a pas vu le décalage avec la réalité de la luttes des « classes » ; j’insiste sur ce pluriel car il écrivit et fit toujours écrire à ses plus suivistes admirateurs « lutte de classe ». Or dans la lutte « des » classes, le prolétariat n’est pas la seule classe à lutter, il fût, au cours des trente dernières années, largement devancé et dominé par les désiratas conservateurs d’une énorme petite bourgeoisie, aisée et encore épargnée par la crise, aussi mercantile qu’elle est ambiguë (car pour partie elle est constituée de la partie haute des salariés). Cette immense couche moyenne a produit des dilettantes, des comètes militantes qui ont vite trouvé que cela salissait les mains de s’occuper du cambouis politique de la classe ouvrière. Pourtant, en fil de votre lecture, vous pourrez le voir solide comme un roc face à tous ces petits intellectuels « conseillistes », « centristes », « anarchistes », « individualistes ». Il resta vigilant face aux enfants des « couches moyennes », sans craindre de les choquer parfois, et en se moquant franchement.



« Je n’ai pas usé mes fonds de culottes


sur les bancs


de l’université »



Lors du débat dans le CCI de 1984 sur la signification du « centrisme » était apparu pour la première fois de son histoire un grave clivage dans l’organe central ampoulé, le bureau international d’un tout petit groupe ramifié sur deux ou trois continents en quelques agences postales grosses comme un timbre. Des doutes sur l’orientation militante de « parti de masse » (fictif) du CCI s’étaient emparés de certains honorables composants de l’organe central, et pas des moindres : Judith Allen et Raoul Victor, Lazare pas encore en cendres, les Mac Intosh et Iver pas encore en fibrillation, ci-devant membres fondateurs quoique « formés » au biberon par « le vieux ».


« Le vieux » avait-il réchauffé des serpents en son sein ? La contestation de tels « fondateurs» suivis par leurs « amis » belges et américains fût difficile à saisir dans sa nature initialement. « Le vieux » prit les devants comme toujours avec une rapidité intellectuelle fulgurante, fonçant comme un éléphant dans le magasin de porcelaine d’une petite bourgeoisie intellectuelle qui croyait avoir pris racine, et pension politique, définitivement dans l’organisation.



Le texte « Marxisme révolutionnaire et centrisme dans la réalité présente » (de 1984) commence par une étonnante et profonde analyse de la méthode marxiste[3]. La deuxième partie donne la leçon à la chef de file Judith[4] avec tout le brio et la cruauté dont MC était capable en polémique, au point malheureusement que « le vieux » se compare aux plus grands du passé, ce qui affaiblit la démonstration ; il cire un peu trop les pompes à un Marx hypocondriaque et dépressif dont hélas les épithètes pour « dézinguer » un adversaire ne m’apparaissent plus si reluisantes que naguère. Le lecteur qui n’a jamais été « dedans » comme les ex-militants, risque de n’y rien comprendre, en l’espèce à cette notion de «centrisme»; la reproduction de l’intervention orale titrée « Centrisme, conseillisme, substitutionnisme » apportera plus de lumières au lecteur lambda.



Le texte fit scandale à l’époque à l’intérieur du CCI. La majorité des militants étant constituée dans les groupes maximalistes d’intellectuels et de profs, la remarque de MC « je n’ai pas usé mes fonds de culotte sur les bancs de l’université » fit pousser de hauts cris. D’aucuns se dirent rouges de honte pour l’orga d’un tel « ouvriérisme », d’un tel mépris des honorables intellectuels passés à la classe ouvrière. Le « vieux » était-il devenu fou ? voire stalinien ?



Tous les aigris, tous les déconfis de leur « place » de dirigeants d’une organisation de généraux sans armée font dater le début de dégénérescence du CCI de cette époque : en vérité ce n’était que l’avant-garde de toute une série de contestations de couches successives d’éléments hostiles au fond au marxisme et à l’idée d’organisation politique. Comme les morts-vivants dans le fameux film de Romero, les petits bourgeois chancelants se mettront debout successivement pour quitter le CCI jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’une épave.



C’est la faute au vieux cacique pas à nos diplômes ni à notre amour des colloques!



A la dernière réunion de Perspective Internationaliste, fin 2009, un désormais vieux petit prof, Greg salua ce cartel d’intellectuels déconfis d’un militantisme trop soixantehuitard à leur gré, comme « premières victimes » non des crimes des derniers sectateurs, mais du «vieux » qui les aurait poussés du haut de la falaise de leur confort intellectuel. Il résumait à lui seul l’argument bouclier de bonne conscience pour tous ces ex-étudiants, ex-militants qui ont tout renié, et comme les gosses crient : « c’est la faute à l’autre ! ». Minable.



Or, ce tournant dit « léniniste », était une gageure. Est-ce que le développement du petit cercle de 68 allait se confirmer comme une voie vers un réel parti du prolétariat ? Non. L’histoire en a décidé autrement. Les « années de vérité » n’ont pas permis au prolétariat de sortir de l’ornière et la petite bourgeoisie politique spontanéiste et idéaliste a repris le dessus. Cette « vieille salope » avait commencé à relever la tête à la fin de la vie du « vieux gardien » des principes. Il avait réussi à la contenir puis à l’éloigner de ses prétentions à « conseiller » le prolétariat bien au chaud et sans risques. La dernière partie du texte « scandaleux »[5] n’est ni léniniste ni kautskyste, quoique ni Lénine ni Kautsky n’aient eu entièrement tort, elle indique qu’il faut « une certaine éducation au socialisme », que la conscience ne tombe pas du ciel, et – scandale des scandales – que le prolétariat a besoin d’une « organisation de combat ». Il fallait du courage non seulement pour le défendre théoriquement mais pour l’assumer dans la rue face aux brutes CGT. C’est ce que je me flatte d’avoir fait aux côtés de Marc à l’époque.


Sacré Marc ! A la relecture il dérange encore. Si le CCI est mort, Marc ne l’est toujours pas.



Voici avec le bouclage du Tome III de l'oeuvre de Marc Chirik un dernier aperçu de l'homme comme redoutable debater dans la défense du parti. L’avant-dernier texte, intervention orale - il parla une heure durant - date de 25 ans et n'a pas pris une ride. Tout ce qu'il a expliqué et pronostiqué dans la polémique s'est vérifié. Les grands intellectuels réservistes, y inclus d'augustes fondateurs, qui n'avaient ni compris la méthode ni tenté de comprendre des notions classiques du marxisme, ont abandonné la théorie révolutionnaire. Les Judith et Michel Lazare se sont rangés des voitures, Raoul Victor joue à l'ordi "lillipucien", les quelques anciens de la "tendance informelle" devenue Perspective internationaliste ne sont plus qu'un cercle de réception mondaine où de gentils professeurs viennent "approfondir", causer et étaler leur science... sociologique. La plupart des départs du CCI ont été contaminés tour à tour par le centrisme sous la forme du démocratisme petit-bourgeois sensible aux modes sociétales et désespéré de la "nullité" factuelle du prolétariat. Tous ces gens parlent de tout et de rien, comme la réunion lamentable de Smolny-Tumulteuse à Toulouse avec les pithécanthropes de PI et les vertes pousses de Controverses. On discute de tout et de rien, on sympathise. Dommage que le CCI ne soit plus qu’une épave. Un lot de consolation. Marc nous laisse un solide héritage théorique, pour ceux qui auront la chance de consulter ses écrits et d’y réfléchir.





























[1] Excepté le dilettante Bourseiller dans son histoire fantaisiste de la mouvance ultra-gauche, qui ne fait d’ailleurs que pomper sans méthode mes propres travaux ou remarques concernant Chirik. Consulter plutôt mon Histoire du maximalisme, ed du pavé 2009. Marc aura été le premier a tenter une histoire du CCI, « Rapide survol de la préhistoire du CCI », texte dont je ne dispose plus dans son entier.



[2] L'oeuvre ne sera pas complète hélas, avec ce tome III et sous ma seule égide, car il y manquera ses articles du journal L'étincelle dont j'ai confié la collection complète à la fois aux camarades du CCI en Allemagne (il y a 20 ans) et à Smolny (il y a deux ans) qui dort dessus et ne les reproduit pas dans son prétendu "fonds Chirik" ; sans compter nombre de textes que je n'ai pas retrouvé. La production théorique de cet homme, qu'on l'approuve ou qu'on le rejette, a été considérable et reste curieusement négligée (ou noyée sous la publication intégrale de la revue Internationalisme par la fraction exit du CCI). Les trois énormes fichiers-textes que j'ai réalisés permettront, je l'espère, un jour à un historien consciencieux de replacer l'ensemble des textes dans l'ordre chronologique et par périodes, et de restituer une pensée rigoureuse, toujours novatrice dans le sens de la tradition et qui savait se renouveler constamment dans la confrontation, la polémique, « en pompant » même le substance de l’adversaire dans la polémique. Lui ayant longtemps servi de secrétaire tapeur sur une bécane antique, je corrigeais parfois son mauvais français ou m’étonnais qu’il reprenne les mots mêmes de ses vis-à-vis pour les fondre dans une autre dimension…



[3] Pas un truc écrit à la va vite… Marc s’était mis à potasser partout dans sa bibliothèque et m’avait demandé de lui prêter le numéro jaune d’invariance « thèses… ».



[4] Qui fût longtemps sa fille spirituelle, mais aussi son amante, comme R.Victor fils spirituel reconverti après la césure de l’an 2000 dans la communisation « lillipucienne ».



[5] Comme d’ailleurs tous les textes de Marc (cf. du tome II) qui dénonçait les comportements petits bourgeois : clans d’amis, haschichins, etc. Toujours au nom d’une organisation « propre » qui devait des comptes au seul prolétariat…

dimanche 31 janvier 2010



"Six Red Months in Russia"



D’après les notes de Louise Bryant (écrites en 1917, revues par Mark Jones 2001), jolie femme convenez-en comme Henriette Roland-Host. [Louis Bryant était l’amante et la collaboratrice politique de John Reed. Dans ses courtes mémoires elle livre ses impressions sur Lénine, les bolcheviques et les premiers jours du pouvoir soviétique]. Je ne traduis pas cette fois-ci, les notes sont suffisamment compréhensibles et un vrai lecteur de PU doit au moins connaître la langue anglaise.



The workingmen demand, above all, frankness and the unpowdered truth. An address by Lenin is, therefore, as direct, unsentimental and full of facts as a statement to a board of directors by an executive of an American corporation... The Russians of today... are close to the earth and striving for the stars. Lenin's calm, majestic as a Chinese Buddha's. The Lenins ... had become accustomed to privations long before the revolution, had lived in the meanest quarters of every city they visited, occupy as a rule only one room, where they ate, slept, studied and carried on their revolutionary work. Lenin more interested in America than in any other country. 'We must make friends with America'- for the thousands of tractors, railway engines, cars etc we need. Lenin 'will flay an opponent in debate and walk out of the hall arm-in-arm with him. Every man in Lenin's cabinet, except Trotsky and Chicherin had worked with him +20 years- they are his disciples.' Us editors always asked Louise Bryant to get Lenin to keep a diary. Non vanity- Lenin 'in real distress' when he had to sit for Clair Sheridan to do his bust. Angelica Balabanova said revolutionaries should not waster their time in such a way; but Lenin only sat for a few hours, and worked through'. After the revolution Lenin only had time to attend the theatre once- he went to see Yelena Suchachova in 12th Night. Lenin also went in for hunting and horseback riding. 6 months after October Lenin said 'if they crush us now they can never efface the fact that we have been. The idea will go on'. During the Civil-War when Red-Army morale fell very low and even the trusted Lettish sharpshooters guarding the Kremlin grew discouraged- the enemy was at the gates of Peter. They began to drink the wine in the Kremlin cellars. One night Lenin came down to barracks and, wordlessly, felt in the soldiers pockets, finding several vodka bottles he smashed them on the cobblestones, still without a word. The soldiers were so shamed they never drank on duty again. Bryant talks of the 'legendary significance' which the blockade bestowed on Lenin. One of his best friends and advisers was his sister Anna. In Moscow after the revolution, Lenin and Krupskaya lived in two small rooms, simply furnished, with piles of books scattered about and pot-plants. Lenin always jumps out to greet visitors to his office, smiling and shaking hands warmly. When you are seated he draws up another chair leans forward and begins to talk as if there was nothing else to do in the world...Loves to tell and to hear stories. About Kamenev, Bryant said: he has the genial manners of an American small-town politician. He [Kamenev] is with Zinoviev, and these are the weakest members of Lenin's government; he still has middle class consciousness. Zinoviev : short, heavily-built, flabby; strongly sectarian, vain- 'the most photographed man in Russia'. Kamenev guilty of petty corruption- eg giving away sable-fur coats (state property) to beautiful women: both Kamenev and Zinoviev are tolerated because of the sheer shortage of talent. Pyotr Stuchka - a Latvian, close friend of Lenin, and his adviser. Drafted the First Soviet constitution. Drafted the First laws on marriage, sex equality etc; aged 70, felt he was too old and conservative, so invited 5 young women revolutionists to his office and they drafted the (very liberated!) laws on marriage. He said 'for centuries, women have been oppressed, they have been the victims of prejudice, superstition and the selfish desires of men'- now the new marriage laws should even give them 'an advantage over men' to compensate. Rykov - serene, good-humoured, though terribly persecuted before revolution (7 years in Siberian solitary (!) confinement): 'resembles Lenin', and his natural successor. Dzerzhinsky: tall, noticeably delicate, slender white hands, long straight nose, pale countenance and the drooping eyelids of the over-bred and super-refined; health wrecked by 11 years in a Warsaw prison, where he learnt a habit of self-effacement, even abasement, he is totally devoted to Lenin. Dzerzhinsky is incorruptible, and is determined to save revolution by the Red Terror and Cheka if necessary. Bill Shatov: the anarchist who returned from the States and joined the Bolshevik revolution, becoming Piter's Chief of Police. Now violently opposed to the Anarchists, during a spate of serious robberies, Shatov arrested every so-called Anarchist, holding them 2 weeks without trial- during which not a single robbery took place! At the trial he released all the anarchists who actually knew something about the subject [ie, anarchist philosophy]- the rest were charged. Shatov said that anyway anarchists are the most difficult of all groups during a revolution: nearly every Soviet official's life is threatened, and there were two actual goes atLenin. Bryant's first glimpse of the Red army: 'great giants of men, mostly workers and peasants, in old, dirt-coloured uniforms from which every emblem of Tsardom had been carefully removed. Brass buttons with the imperial insignia, gold and silver epaulettes, decorations- all replaced by a simple armband or a bit of red cloth' (21-22). 'Nobody salutes. At all the stns little knots of soldiers talking and rguing. Women without cosmetics- the 'rouge sticks, French perfumes, powders, air-dye, brilliantine'- all thrown away. On the first days of the February revolution 'The crowd raised a man on their shoulders when they saw the Cossackscoming. And the man shouted, 'if you have come to destroy the revolution, shoot me first', and the Cossacks had cried 'We do not shoot our brothers'. Some of the old people who remembered how long the Cossacks had been our enemies almost went mad with joy' (soldier's story).The shops had no food or warm clothes but were full of flowers, corsets, dog-collars, false hair. Reason: there were no fashionable women left to wear corsets and wigs (most people kept hair short- fear of disease-carrying lice). Fancy jewel-studded dog collars not appropriate either. And the Petrograd bourgeoisie had had expensive tastes in hot-house flowers- orchids, white lilacs etc. Outside the hotels stood dejected flunkeys with bedraggled peacock feathers in little round hats, waiting for the grand carriages with their eminent passengers who never arrived. On the other hand, inside the restaurants waiters had become egalitarian and every table bore a small sign: 'Just because a man must make his living by being a waiter do not insult him by offering him a tip'. After the fall of Riga (sold by Kornilov) Bryant reports this story as probably true: many Russian POWs were trundled on a Sunday to services at which the Kaiser appeared in person and made a speech, calling the Bolshevik rank and file 'dogs' who had killed Russianofficers, those 'brave and gallant gentlemen'. The officers he freed, the rank and file starved, or were put to hard labour, or flogged. Later hundreds of thousands of such tubercular POWs returned to Russia. In his speech the Kaiser enjoined them to 'pray for the government of Alexander III, not the present disgraceful government'. After the October revolution, the trams were not running and there was no electricity or water for weeks at a time. The Nevsky was still always crowded with promenaders, its theatres and cinemas kept going, and there was much night life. The cafes were always full. At one table would be found a soldier with fur cap 'over one ear', a Red-Guard in rags, a Cossack in a gold and black uniform, earrings, silver chains on neck...Before the revolution prostitutes had had to carry a 'yellow ticket' but now the trade was no longer recognised. Many former prostitutes became nurses or 'sanitarki'. Petrograd was decked out in flags-all of them red. The statue of Catherine the Great before the Alexandrinsky Bridge had a red flag hung on her sceptre. Great blotches marked the places where imperial insignia had been ripped from buildings. Overall ruled-King Hunger. The Smolny with its little convent stood on the river's northern flank. Cavernous dark hallways with here and there a flickering light. On the polished white floors where the daughters of Russia's aristocracy had once tripped, now thousands of soldiers, sailors and factory-workers tramped in muddy boots. On the ground floor a great mess hall was now covered with rough trestle tables, where great throngs of friendly people came and went; anyone who was poor was welcomed for a meal of cabbage soup and black bread. The Bolshevik leaders from Trotsky down would frequent the place and talk to all-but not Lenin, who held aloof, remote, and did not appear except at big meetings. In the former classrooms typewriters clicked incessantly. [At the moment of the October rising] Smolny was alive 24 hours a day. All the Bolshevik leaders overworked, haggard. In the great white hall, with graceful columns and silver candelabra, delegates to Soviet came from all Russia. Straight from the trenches, the factory floor, the field. A speech by a soldier: 'A tired,emaciated little soldier mounts the rostrum. He is covered with mud from head to foot and with old blood stains. 'Comrades! I've come from where men are digging their graves and calling them trenches...Something's got to be done! The officers won't work with the soldiers' Committees, the soldiers are starving and the Allies won't have a conference. I tell you, something's got to be done, or the soldiers are going home!' The peasants spoke in religious terms about the land they would die for, and would no longer wait to claim; the workers talked of sabotage in factories by the owners... On 26 October 2 mile parade of peasants who came from the All-Russian Peasants Congress to show support. In Room 17 of Smolny the Military-Revolutionary-Committee met. It was headed by Lazarimov, an 18-year old boy. In the corridors were stacks of lit which people grabbed by the bundle. Weary soldiers slept in the halls and unused rooms. Machine guns stuck out of the windows; rifles stacked against walls among the lit. Armoured cars in the yard, engines racing to keep warm. The tramway workers kept the line from Smolny open even till 4 am when meetings usually ended; in heavy snow falls, men and women from the Vyborg cleared snow from the line, which often only had one tram working. Lenin on Trotsky (after the Brest peace): '[He is] a man who blinds himself with revolutionary phrases'. At the time of Brest a whole division of Bolshevik troops was rounded up by Austrian troops, on the Rumanian front, while sp-called fraternizing was going on. Trotsky in Brest ordered the arrest of the Rumanian ambassador in Petrograd. Next day the corps diplomatique- 39 diplomats- presented themselves at Smolny to protest to Lenin, who thought for a wonderful moment that they'd come to recognise the Soviet government. Lenin good-humouredly agreed to release the Rumanian ambassador, and shook hands with all 39, who departed, only later to discover the Bolsheviks had then ordered the arrest of the King of Rumania instead... (147) On the Soviets: the Soviet is an organ of direct proportional representation based on small units of the population with one representative per 500 people. Equal suffrage, secret ballot, right of recall. The Soviets not elected at regular intervals, but delegates can be recalled by electors any time. The Soviets are based directly on the workers in the factories, peasants in fields, soldiers in trenches. Every town has a joint Soviet of Soldiers' and Workers' Deputies. Provinces, counties, villages all have Peasants' Soviets, and wards in towns. The All-Russian-Congress-of-Soviets is made up of delegates from provinces. (provincial soviets, 1 representative per 25,000). The All-Russian Soviet meets approximately once each 3 months. It elects a Central Executive Committee (CEC) which acts as a parliament. Has about 300 members. The soviets are 'not simply a territorial representation but also a class body' (58) and its representatives are drawn mainly the working class. From the February revolution the Soviets were the real source of legitimacy for both the Provisional Governments. These fell when they were no longer tolerated by the Soviets. The Democratic-Congress at the Alexandrinsky. This [counter-revolutionary attempt] lasted just two weeks. Mme Kerensky sat in a gallery, a visitor, dressed all in black, pale and wistful. She was only heard once, when a Bolshevik orator was making a lengthy denunciation of the Provisional Government and she exclaimed 'Da volna!'- 'Enough!'. [after fall of Provisional Government Mme Kerensky goes into the streets, and is arrested for tearing down Bolshevik posters; released when the guard found out who she was.] Tsereteli, oriental-looking but in a sharp business suit, consumptive, health broken by 7 years hard labour in Siberia. Trotsky like a Marat, vehement, serpent-like, convincing, brilliant oratory, stinging, both hated and loved. Kamenev expressed his opinions in a mild way. Impressions of the Congress: the Kadets, once a liberal party, had become the sanctuary of Black Hundreds, aristos and whites for whom liberalism itself was a crime, but could openly come out now for monarchy etc, privilege. Kadets now the only non-socialist party; the Bolsheviks at the Congress wanted it thrown out of Provisional Government coalition for that reason. The Soviet CEC called the Congress after Kornilov affair. 1600 delegates came for all over Russia. September: wet, cold. On the stage of the Alexandrinsky sat the entire Petrograd Soviet and congress presidium. Represented were all political organisations, co-ops, Soviets, Trade Unions, liberal professions (doctors and lawyers etc), national minorities etc; a unique gathering of representatives of the 180 million people of the Russian empire. Hanging from the boxes were revolutionary banners and streamers. In the gold, ivory and crimson colour scheme were great grey patches where imperial insignia ripped from walls. Kerensky made a brilliant speech, received an ovation, appeared in his plain brown soldiers suit, no decorations or epaulettes, avoided the rostrum, spoke as a common man, as 'tovarishch'. But although the hostile crowd was temporarily won over, did not answer the real questions about his own involvement in Kornilov affair. 'Long the Democratic Republic and the Revolutionary Army!' he ended; 'Long Live Kerensky!' the crowd replied. It was the last ovation Kerensky got. There were 23 elected women's representatives at Congress, notably Maria Spiridonova. A preparliament was supposed to follow the Congress. A vote at Congress told this preparliament to issue appeal to peoples of world reaffirming the Soviets' call for 'peace without annexations or indemnities'. A Bolshevik resolution called for a new government of coalition of all parties, but without Cadets. This was the reef on which the Congress was to founder and drag down with it not just Kerensky and the Provisional Government, but all of old Russia of private property and privilege, which was to now plunge into an abyss. For delegates now heard of Kerensky's plan for a new cabinet with Cadet ministers- virulently ant-socialist ones. Kerensky appealed to the Presidium for support, and Tsereteli, Dan, and Gotz spoke again and again to the Congress on need for a coalition with the bourgeoisie. Lunacharsky and Kamenev spoke against the resolution and accused Tsereteli of altering words surreptitiously from that agreed by Presidium. Then the latter exploded: 'The next time I deal with the Bolsheviki I shall insist on having a notary and 2 secretaries!'. Nogin shouted that Tsereteli had 5 minutes to retract; result was a Bolshevik walkout. Uproar; 'men ran into the hallways, pleading, weeping' (69). The atmosphere completely changed. Spridonova gotup and told the peasant that vote for a coalition meant they would be cheated of the land, and her words were met by 'a sullen, ominous roar'. 'As I watched this change it came to me... it meant civil war, it meant a great swinging of the masses to the banners of the Bolsheviki, it meant new leaders pushed to the surface who would do the bidding of the people and old leaders hurled into oblivion, it meant the beginning of class struggle and the end of political revolution'... (70). But the coalition was voted for by a small majority. The Preparliament met in the shabby old hall of the Petrograd Duma on 23 September. It was dominated by the Mensheviks, and Chkheidze was elected president. An index of drift to right was its decision to discuss the future constitution in secret session- this was furiously opposed by the Bolsheviki, the Left SRs, and the Menshevik Internationalists. During the secret session Tsereteli arrived from the Winter palace to report on the coalition, the result of which would be entry of 100 bourgeois reps to every 120 representatives of the democracy into the preparliament, soon to be renamed the Council of the Russian Republic. Stormy, violent debates on such matters as restoration of the death penalty in the army, coalition, dissolutionof the Duma, a threatened railway strike, the land question (the preparliament rejected, amid terrible acrimony, an immediate handing over of land to peasants Land Committees). 'A new revolution, deeper and in every way more significant than the first, hung like a thundercloud over Russia'. The Council held weeks of futile sessions. On the first evening, the Bolsheviks withdrew, accusing the propertied classes of dominating the Council and of being out to ruin the Revolution. Subsequently, the Council was divided into two hostile camps- Mensheviki, Menshevik Internationalists, Right and Left SRs on one side, the Cadets on other. The left heaped recriminations on the right, the right screamed abuse at the Left. Meanwhile the Bolsheviks gained strength hugely, the cry 'All power to Soviets' grew. Kerensky made numerous impassioned speeches which had no effect at all. He was received coldly and listened to with indifference; the Cadets ostentatiously reading the papers. In one of the last of these appearances at the Maarinsky Palace Kerensky was so overcome with sense of hopelessness that he rushed from rostrum back to his seat, weeping openly. Bryant says Council might still have been saved had a long-promised Allied Conference of War Aims been held but 'with the now-famous speech of British minister Bonar-Law' (refusing a peace of no annexations) the Council's last shred of credibility evaporated. Starving Russia was now left to face another winter of hopeless war. Bryant adds there was 'no doubt' that when the 2nd Congress of Soviets met on 25 October [eve of the Revolution], that that 'tremendously powerful body' would demand immediate action on the burning issues, and if the Provisional Government also refused to act, there was no doubt they would then take power. This was all obviously true- why else did old VTSiK try to stop it meeting? 'Kerensky believed that he ought to prevent this meeting by any means possible, even by force of arms'. But he was out of touch with the popular mood; the masses were now solidly pro-Bolshevik. 23 October: Kerensky orders arrest of members of the Military Revolutionary Committee (MRC). Soldiers of the Pavlovsk regiment hid in the General Staff quarters and heard officers make plans for dispersal of Soviet Congress next day. The Regiment began arresting the General Staff instead. Next day--the afternoon of the 24--there was a strange sight in the square before the Maarinsky Palace. Soldiers and sailors were guarding the little bridges over the Moika river, there was a great crowd of sailors at the palace door, barricades. Rumours fly that the Council is to be arrested. A big Kronstadt sailor goes into the great chamber and booms out: 'No more Council! Go along home!' End of council. 2 pm. As soon as the Council is abolished by a lone sailor, Bryant, together with John Reed and Albert Rhys Williams, another American, go inside the Winter Palace. Junkers are everywhere. Kerensky has fled, no-one knows where. The Provisional Government ministers are still inside. Outside in the palace grounds, women of Kerensky's Death Battalions have turned the winter wood pile into barricades. A small man with a huge wooden camera and tripod appears, and sets up the equipment in the nomansland between the defenders of order inside and the proletarian insurrectionaries outside. At Smolny a bitter debate between Menshevik/SRs and the Left SRs and Bolsehviki is spilling out of halls into the corridors. A Menshevik speaker suddenly announces that the cruiser Aurora has begun shelling the hapless Provisional Government and that all the Menshevik/SR delegates will go forthwith unarmed to die with the Provisional Government, an announcement which causes consternation to appear on the faces of many Menshevik/SR delegates who thus learn of their impending martyrdom. Some do leave; the soldiers stand aside as they pass, laughing and slapping one another on the back the while. Lorries trundle out of Smolny crowded with soldiers and loaded with leaflets and proclamations to scatter to the populace. People scramble over the cobbles for leaflets. They read: 'Citizens! The Provisional Government is deposed. State power has passedinto the organ of the Petrograd Soviet of Workers' and Soldiers' Deputies'. At 2 am next morning Bryant and the others come across the Menshevik/SR martyrs, with wives, friends and bourgeois Duma delegates, about 200 in all. They are arguing with the sailors guarding the entrances to the Winter Palace. 'Let us pass! Let us sacrifice ourselves!' they criy, wholly without conviction. Only a few sailors bar the way. One says 'Go home and take poison; but don't expect to die here; it's not allowed'. 'What will you do if we suddenly push forward?' asks a Menshevik. 'Spank you' answers a sailor, 'but we won't kill one of you, damnit!' At the Winter Palace the junkers have surrendered, and the Provisional Government ministers are being dragged forth from broom cupboards and odd rooms where they'd hidden and to which Palace staff guide the revolutionary soldiers and sailors. All who leave are searched, besieging Bolsheviks and bourgeois ministers and servants alike. The Palace is stuffed full of treasures; while two soldiers search people, a young Bolshevik is saying, 'Comrades this is the people's palace. This is our palace. Do not steal from the people... Do not disgrace the people'. And a row of shame-faced soldiers, simple peasants in uniform, laid out their booty: the broken handle of a Chinese sword; a wax candle, a coat hanger, a blanket, a worn cushion... Back at the City Duma the would-be martyrs, who had decided after all, not to sacrifice themselves 'to switchmen', now frothing with indignation, have formed themselves into a 'Committee for the Salvation of the Country and the Revolution'. The Constituent Assembly. Bryant is good on this. Method of Russian elections: to vote for a party and a programme; list of candidates is drawn up by CC of each party. Constituent Assembly lists were drawn up in September; elections held in November; assembly is called in January 1918. SR party splits after the list is drawn up; majority of SR rank and file go to Left-SRs, but CC move to right and its list ditto. Elections are held two weeks after the Bolshevik revolution, while the peasantry is still moving left. As the wave of Bolshevism spreads over the country the cry 'All power to Soviets!' spreads with it; by January the peasants had the land; the Constituent Assembly had nothing more to offer in any case. The Kadets were present in the ConstituentAssembly. The Constituent Assembly opened at 8 am on a cold January morning; there is a tense atmosphere. The Tauride Palace is jammed with people. Many of the delegates and platform party carry guns. Viktor Chernov, the discredited SR who had voted for Coalition at the Democratic-Congress, is elected President. Hissed and booed by Lenin when he speaks. Tsereteli the only one listened to by both sides- Bryant likens him to Lincoln and says he towered above Kerensky. Sverdlov opens Constituent Assembly by reading the 'Declaration of the Rights of the Toiling and Exploited People'. At 2 am, it is put to vote--defeated. The Bolsheviks then read out a statement denouncing the Constituent Assembly whose SR majority was actually 'directing the fight of the bourgeoisie against the workers' revolution and was really a bourgeois counter-revolutionary party.' As in 'the time of Kerensky, [it] makes concessions to the people, promises them everything, but in reality has decided to fight against the Soviet government, against the socialist measures giving the land and its wealth to the peasants without compensation, nationalising the banks, and cancelling the national debt'. As the Bolsheviks said, 'the great majority of the toiling people of Russia' demand that the Constituent Assembly recognise Soviet power and the results of the Great October Socialist Revolution. The Bolsheviks now withdraw. The Constituent Assembly rump then proceeds, in one hour, to pass a fundamental constitutional law—which among other things calls for the confiscation of landed property without compensation and the nationalisation of land, and for an immediate peace. It thus accepts the reality of popular desires and expectations, while still rejecting the concrete historical form in which they'd been realised. At 4 am, a Kronstadt sailor on guard at the Tauride said to the assembly 'All the good people have gone, why don't you go? The guards want to get some sleep'. The Constituent Assembly duly disperses, never to meet again. Antonov-Ovseenko: the first Bolshevik Minister of War; had various experiences; as battles swirled to and fro in Petrograd in the days after 25 October, junkers recaptured the telephone exchange by impersonating the Bolsheviki and pretending to be a change of guard; a few hours later they were themselves besieged and captured by the Regimental Guards. In the meantime, Antonov-Ovseenko had walked in unannounced, been 'arrested' by the junkers, and sat in a corner reading Dostoevsky until liberated. The next day he set off in a car for the outskirts of Petrograd where Red Guards were digging in against counter-revolutionary Cossacks. The car broke down and Antonov-Ovseenko and his party set off on foot, but soon flagged down a car returning from the front. Antonov-Ovseenko told the driver he would have to requisition vehicle; the soldier (characteristic lack of respect for authority) said no, the car is needed to get ammunition supplies for the 1st Machine Gun Regiment: 'They don't need any more men, they need bullets'. Antonov-Ovseenko (seriously): 'But I am the Minister of War'. 'Excellent!' said the soldier. 'You're the very man I need!', says the soldier and invites the Minister to sign a requisition for ammunition supplies, which he does, saying 'And now, how about the car?' 'Oh no; we already agreed about that' replies the soldier, setting off at once in the direction of Smolny. Later, they commandeered the car of a fleeing bourgeois, but then discovered they had no food either. Going to a grocery store nearby, they made some purchases and then discovered that neither the War Minister nor any of his officers and aides had any money; an American journalist in the party had to pay. The armoured cars: Kerensky sent them racing up and down the streets, sirens howling, to terrify the populace; on their flanks was lettered in red the name of a Tsar; the 'names of all the ancient rulers flash by in a terrible procession. It was as though they had come back from the dead to curse the new order'. (153). Angelica Balabanova said to Bryant: Women have to go through such a tremendous struggle before they are free in their own minds that freedom is more precious to them than to men'. (169) Maria Spiridonova: Left-SR leader (who turned against the Bolsheviki). She knew several languages, was elected president of 1st and 2nd All-Russia Peasant Congresses, and chair of EC of Peasants Soviet; universally called by the soldiers and sailors 'dear comrade' and not just ordinary 'tovarishch'. She was still only in early thirties, frail and delicate seeming, had spent 11 years in Siberian exile for murder of Lupenovsky, a sadistic Governor of Tambov. After her arrest, Spiridonova was beaten and thrown naked by Cossacks into a dungeon. Refused to confess names of accomplices. Tortured by having her hair pulled out and cigarette burns over whole body. For two days and nights she was passed around the Cossacks and gendarmes. Savaged, comatose, in this condition she was sentenced to death; later commuted to life imprisonment, but Spiridonova was not conscious of reprieve either; still delirious and near death anyway. She returned from exile after February revolution. She made a point to Bryant that in the years before the revolution, of the scores and hundreds sent to exile, most years there was the same number of women as men, or even, more women. The Red-Guards do battle; on a snow-swept morning, 25 degrees below zero, thousands upon thousands of people, in thin, tattered clothes, white pinched faces, men, women, even children, pouring forth from the factories and working class quarters to repel Kerensky's Cossacks. With 'infinite courage, infinite faith' they marched out 'untrained and unequipped to meet the traditional bullies of Russia, the paid fighters, the paid enemies of freedom'. But the Bolsheviks also beat the Cossacks politically- the Decree on Land, it said, 'does not apply to Cossacks'. But there are great Cossack landed estates, and Cossack land-hunger; there are rich and poor Cossacks. An agitation for land began and grew till a delegation representing thousands of Don Cossacks went to (white) General Kaledin , their Hetman, and demanded that the land be divided as it was in Soviet-controlled areas. Kaledin said 'That will happen only over my dead body', they deserted, and he shot himself. Moscow: the Kremlin, 'beautiful beyond description', lit up by a long line of sputtering torches stuck upon poles beside the north wall. Before it, after the six days of fighting it took the Bolsheviks to win Moscow, a huge trench, hundreds of ft long, is dug out of the frozen ground. The tall figures of soldiers, the smaller, gaunt figures of factory workers; digging the 'brotherhood grave' for the fallen. In the Soviet building women are sewing miles of red cloth, with faces stern and set. The funeral procession begins at 8 am; even the coffins are stained red. Behind the 500 coffins borne by young soldiers come shawled girls with round, peasant faces holding wreaths of artificial flowers; behind them, bent old men, small children, babushkas. Cavalry regiments and military bands. 21 January 1918: a huge demonstration, 250,000 people, in Petrograd. Red Guards, Kronstadt sailors, women, children--all are working people. A 'peace' demo at which everyone was armed! A solemn and menacing procession, but most banners bore only the word- 'Peace'. German delegations have arrived in Petrograd to negotiate (a diplomatic manoeuvre related to Brest talks): they are insulted by the parade 'and that was all. But there was a much deeper significance. The people who marched through the snow-covered streets knew that they *had* to have peace--that they were, for the hour, at the end of things. 'But it was a 'forced peace which left every man and woman with future wars to fight; it was an armed peace. ... Almost every demonstration in Russia has a certain symbolic meaning'.