"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 23 juillet 2010

LA LITTERATURE ECULEE D’UNE SOCIETE FINISSANTE




AMOUR AMOUR

Par Octave Mirbeau (1925)

A part quelques rares exceptions, peu encouragées d’ailleurs, la littérature ne s’élève guère dans la région supérieure des idées, des connaissances expérimentales et des hautes spéculations psychiques. Elle demeure, immuablement, à l’état de divertissement public. Son rôle social est d’amuser les oisifs et les passants, de faire rêver les femmes ; elle ne l’entend pas autrement. Si, parfois elle tente une incursion timide dans le domaine intellectuel, la critique, chargée de veiller au maintien du bon ordre littéraire, pousse des cris d’alarme. Il lui faut de l’amour. Et le public qui lit et qui achète, répète avec la critique : « Il me faut de l’amour ».
Alors que la science s’efforce de désembroussailler les sources de la vie de toutes les erreurs métaphysiques qui les cachent, mornes ronces, à notre raison ; alors qu’elle conquiert des mondes inexplorés, qu’elle interroge l’infini de l’espace et l’éternité de la matière ; alors qu’elle va, cherchant au fond des mers primitives, la matière primordiale d’où nous sortons et qu’elle suit son long développement à travers les millions d’années et les millions de formes, jusqu’à son évolution la plus parfaite, l’homme ; la littérature, elle, en est encore à vagir de pauvres chansons sur deux ou trois sentiments artificiels et conventionnels qui devraient cependant être bien épuisés, depuis le temps qu’ils servent à nous amuser, car il paraît qu’ils nous amusent.
Elle n’a tiré aucun profit, pour son rajeunissement, des modes magnifiques et nouveaux d’éducation que la science lui apporte, ni des beautés esthétiques nouvelles qui en peuvent surgir. Avec une obstination invincible, elle se refuse à entrer avec elle, ouvert à toutes les activités mentales et artistes de l’homme. Et elle s’acharne à l’amour, c'est-à-dire à l’unique et palpitante question des avoir si Jean épousera Jeanne, et si Pierrette trompera Pierre, et de quelle façon et vice versa. Il lui faut de l’amour.
Là-dessus tous les littérateurs sont d’accord, naturalistes, idéalistes, véristes, modernistes et psychologues. Des œuvres comme Germinal où Zola nous montre le terrible et étrange fantôme de la question sociale, sont rares. Elles sont rares aussi, celles qui, comme l’Anna Karénine, de Tolstoï et le Mal du siècle de Nordau, remuent les idées profondes et projettent de puissantes lumières sur l’avenir de l’humanité. Et l’on a bien vite faite de revenir aux alcôves adultères où l’amour bêle sa complainte éternelle.
Quand on y réfléchit une minute, il arrive une chose incroyable et folle. Dans le guignol littéraire, les personnages de roman n’expriment et ne possèdent qu’une préoccupation : aimer. Ils aiment depuis la première page jusqu’à la dernière, et lorsqu’ils ont fini d’aimer dans un livre, ils recommencent dans un autre. C’est à croire qu’ils ont une anatomie spéciale et inachevée, car, avec une facilité étonnante, ils suppriment tous les autres besoins de la vie physique, une particulière structure crânienne, car, d’un trait de plume, ils biffent toutes les manifestations de la vie intellectuelle, peu différents de ces crétins des Alpes, à l’occiput aplati, au cerveau dépourvu de circonvolutions et de matière grise, à qui, dans la nuit de leur animalité inférieure, il ne reste de vivant et de fonctionnant que l’instinct sexuel.
L’amour a du bon. On lui doit, dans la jeunesse, des heures d’illusion charmante, des croyances vite déçues, et des douleurs aussi, rarement fécondes. De plus il invite l’homme à des actes anormaux, les uns tragiques, les autres comiques, tous ou presque tous d’une démence significative, dont l’étude est intéressante mais trop encombrée. Enfin, il continue l’espèce, malgré lui. L’amour est à la fois délicieux, extravagant, déshonorant, abêtissant, criminel et reproducteur. Il est donc juste qu’il ait dans la littérature la place importante qu’il occupe dans la vie. Mais dans la vie, il n’y a pas que l’amour. Oserai-je dire qu’il y a beaucoup d’autres choses, sans qu’il y paraisse ?
M. Francis Magnard demandait, l’autre jour, que, après l’histoire éternelle, éternellement contée de notre cœur, quelqu’un voulût bien se décider à écrire enfin l’histoire de notre cerveau. Voilà un organe bien négligé. Pourtant ce serait un beau livre à faire, et les matériaux ne manquent pas. « Le monde est étroit, dit Schiller, le cerveau est vaste ». Et Huschke s’écrie : « Le cerveau est le temple de ce qui nous intéresse le plus au monde. Oui, la destinée du genre humain est étroitement liées aux 65 ou 70 pousses de la masse cérébrale, et l’histoire de l’humanité s’y trouve inscrite, comme dans un grand livre plein de hiéroglyphes ». Il y a peu de chances, pourtant, qu’un tel livre soit tenté, de longtemps, dans la littérature, du moins. Les raisons en sont nombreuses et excellentes, en dehors de l’incurable ignorance dont sont atteints les littérateurs modernes. D’abord le sujet manquerait de cette gaieté saine et de cette émotion cordiale, tant recommandées par les critiques qui tournent leurs pouces sur le nombril de M. Renan ; et le livre qui risquerait pareille aventure risquerait fort de ne pas se vendre. Or les livres ne sont faits que pour être vendus ; et l’amour seul se vend chez les éditeurs, aussi bien que sur les trottoirs. La littérature est un commerce comme un autre, plus exigeant qu’un autre, en ce sens qu’il se meut dans un cercle de production étroit et restreint aux choses de l’amour. Les littérateurs sont bien forcés d’en vendre. Ils en vendent en boîte, en sac, en flacon, en bouteille. Ils en vendent de frais, de conservé, de mariné, de fumé. L’étonnant est qu’après en avoir tant vendu, ils en aient encore à vendre, sous quelque forme que ce soit.
Stuart Mill, qui n’était pas un fantaisiste, en sa qualité de logicien, mais qui aimait la musique, comme la seule consolation aux angoisses morales qui l’assaillirent durant une période critique de sa vie, faillit devenir fou, à la pensée soudaine que les accords musicaux pouvaient s’épuiser. « L’octave, écrit-il dans ses Mémoires, se compose de tons et de demi-tons, qui ne peuvent former qu’un seul nombre de combinaisons dont quelques unes seulement sont belles. La plupart ont déjà été inventées ? Il pourrait donc arriver que l’humanité ne vît plus naître un second Mozart ». Cette crainte l’amena au seuil du suicide.
Nous n’avons pas à redouter une catastrophe semblable en ce qui concerne l’amour. Les tons et demi-tons de son octave ont depuis longtemps épuisé leurs combinaisons ; et l’humanité voit, tous les jours, naître des romanciers qui recommencent sans jamais nous fatiguer, les combinaisons littéraires de leurs aînés. D’ailleurs, il ferait beau voir qu’ils voulussent imposer au public une autre marchandise dont celui-ci n’aurait ni l’habitude, ni l’emploi. Nous avons déjà assisté à une révolution terrible et qui faillit mal tourner pour les littérateurs. Autrefois, l’amour était, dans les œuvres dites d’imagination, l’exclusif privilège des hautes classes. Il fallait être au moins baron ou vicomtesse pour avoir droit à l’amour des romanciers. Qu’une blanchisseuse par exemple, et un menuisier pussent s’aimer, cela ne se concevait pas. On savait bien qu’ils faisaient des enfants, mais c’était sans doute, un effet du hasard et non un résultat de l’amour.
Quelques écrivains hardis et brutaux, rompant tout à coup avec la tradition des amours élégantes et titrées, imaginèrent d’introduire dans leurs romans des blanchisseuses, des menuisiers et de les faire s’aimer comme s’ils étaient des marquises et des ducs. C’était une prétention insoutenable et malhonnête. Aussi le scandale fut-il énorme. On protesta au nom du bon goût, de la morale et de la vérité. Les critiques décidèrent que c’était la fin du monde. Mais les écrivains novateurs tinrent bon. Ils déclarèrent en de mémorables préfaces, où il était question de déterminisme, d’enquête sociale, de sciences naturelles, que non seulement ils continueraient à faire s’aimer menuisiers et blanchisseuses, mais qui on leur cherchait noise, ils les « feraient penser ». Devant cette menace, le scandale s’apaisa peu à peu, et l’on se dit, après tout, que si improbable que fut l’amour d’une blanchisseuse, c’était encore de l’amour, et que cela valait mieux que rien.
Aujourd’hui les critiques ont fini de lutter. Ils acceptent le mouvement, c’est-à-dire qu’ils s’en désintéressent d’une façon absolue, qu’ils ne s’occupent plus que de dîner en ville et de se pousser les uns les autres aux honneurs et aux succès. M. Jules Lemaître célèbre M. Anatole France ; M. Anatole France célèbre Jules Lemaître, et, dans la Revue des Deux-Mondes, le tendre M. Brunetière , parlant de Voltaire et de M. Faguet, nous montre un tout petit Voltaire et un très grand Faguet. Il va sans dire que M. Faguet rend à M. Brunetière sa politesse. Cela n’en finit plus et nous vaut des volumes presque aussi nombreux que le roman d’amour où l’on voit, non sans émotion, les critiques se tresser de réciproques couronnes et parler de leur génie, avec de touchantes piétés. Entre temps, ils renaissent. Il est vrai qu’ils tolèrent encore à côté d’eux trois écrivains non point à cause de leur talent indiscuté et de la beauté de leurs œuvres, mais parce que les deux premiers sont priés chaque jour, à des tables recherchées, et que le troisième est marin. Cela les étonne et ils admirent.
Tel est l’état actuel de la littérature. Il n’y a pas d’indice pour qu’il change de longtemps. Nous sommes encore condamnés à de longs adultères et à d’innombrables « Dis-moi que tu m’aimes ». Et la plume qui doit écrire le livre rêvé par M. Magnard, le livre qui contiendrait l’histoire contemporaine et toute neuve de nos idées, et non plus l’éternel recommencement de nos sentimentalités vieillottes, n’est pas près d’être forgée.
Pourtant le moment serait favorable à l’éclosion d’une telle œuvre. Nous sommes à une période historique, et probablement à la veille de grandes transformations. Il n’est pas besoin d’être un esprit profond pour comprendre que des événements se préparent, plus considérables qu’aucun de ceux qui se sont accomplis dans le passé. Les multiples découvertes de la science, le résultat des enquêtes biologique, anthropologique, astronomique, qui restituent à la matière les phénomènes que nous avons l’habitude d’attribuer à une force supra-naturelle, leur application au bien-être de l’humanité rendent l’heure que nous vivons particulièrement troublante. Les institutions politique, économique et sociale, toutes d’oppression et de mensonge, qui régissent les peuples ne correspondent plus à nos besoins ni aux idées qui éveillent en nous un rêve de justice, de liberté et de bonheur.
Nous oscillons entre un passé auquel nous ne croyons plus et un avenir encore incertain et mal défini qui nous effraie et nous attire en même temps ? Il en résulte un malaise général qui se traduit chez les uns par la résistance décuplée aux dépossessions fatales, chez les autres par l’impatience de précipiter le mouvement vers des formes de vie plus rationnelles, plus scientifiques.
En réalité nous ne sommes qu’au seuil de la civilisation. Si nous comparons la durée relativement courte du développement de la civilisation à celle des temps préhistoriques ; si, comme le remarque le grand Buchner, nous observons qu’une portion restreinte du globe se prépare à ce développement ; si nous songeons que la vitesse du progrès s’accroit au fur et à mesure de sa continuité ; si nous ne perdons pas de vue qu’au milieu de notre vie raffinée, subsistent encore, en nombre considérable, les impulsions et les instincts grossiers de notre passé barbare, et que le struggle for life, dont le caractère sauvage s’est transmis des animaux à nous, fait rage, toujours, parmi les hommes ; alors nous reconnaitrons que nous sommes à l’aurore de la civilisation et que nous n’avons parcouru qu’une petite partie du chemin de lumière ouvert devant nous. Nous nous croyons des décadents et nous ne sommes qu’une façon de sauvages. Un savant russe, le professeur W. Betz, je crois, en étudiant ce qu’il faut de fibres nerveuses et de cellules nerveuses pour l’élaboration d’une idée, a trouvé, dans le cerveau humain, une quantité prodigieuse de places vides, de steppes immenses peu utilisées, qui attendent pour se remplir et se fertiliser, l’ondée bienfaisante du Progrès et de l’Evolution.
Si la littérature est restée en arrière des sciences, dans la marche ascensionnelle vers la conquête de l’idée, c’est que, plus avide de succès immédiats et d’argent, elle a davantage incarné les préjugés, les routines, les vices, l’ignorance du public qui veut qu’on le berce avec des histoires de l’autre monde.

PS : Mirbeau est un écrivain considérable, toujours négligé en France. En Juin 1968, à Amsterdam, au milieu des fumées hallucinogènes de la faune hippie dans le vaste dancing Paradiso, un étonnant jeune hollandais me fît connaître cet auteur français, me confiant sa grande admiration et son projet de poursuivre son œuvre. Qu’est-il devenu ? En Hollande, Mirbeau est notoirement connu et apprécié. Il eût même pour lecteur un certain Pannekoek. Wikipédia fournit une très intéressante et complète biographie du grand Octave Mirebau. Ce grand démystificateur avait senti venir la révolution russe mais hélas est mort l’année de son surgissement.

mardi 20 juillet 2010

L’ETAT-RENTIER ET SES BOURGEOIS EN VIAGER


« Dans le même temps qu’on cessait en Angleterre de brûler les sorcières, on commença à y pendre les falsificateurs de billets de banque. Il faut avoir parcouru les écrits de ce temps-là, ceux de Bolingbroke, par exemple, pour comprendre tout l’effet que produisit sur les contemporains l’apparition soudaine de cette engeance de bancocrates, financiers, rentiers, courtiers, agents de change, brasseurs d’affaires et loups-cerviers ».
Marx (Les dettes publiques dans la genèse du capitaliste industriel)

« La bourgeoisie (...) a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité à quatre sous dans les eaux glacées du calcul égoïste. »
(Manifeste du Parti Communiste, 1848).


LA SOURCE DU PROFIT MODERNE

Lorsque le capitaliste vend la marchandise produite dans son entreprise, la plus-value apparaît comme un excédent, un surplus aux coûts de production capitalistes. En déterminant la rentabilité de l’entreprise, le capitaliste confronte cet excédent avec le capital avancé, c’est-à-dire avec la totalité du capital investi dans la production. La plus-value, rapportée à la totalité du capital, prend la forme du profit. Comme la plus-value est comparée non pas au capital variable, mais à tout le capital dans son ensemble, la différence s’efface entre le capital constant, dépensé pour l’achat des moyens de production, et le capital variable dépensé pour l’embauchage de la force de travail. Il en résulte l’apparence trompeuse que le profit est le fruit du capital. Cependant, en réalité, la source du profit est la plus-value créée uniquement par le travail des ouvriers, uniquement par la force de travail dont la valeur est incarnée dans le capital variable. Le profit est la plus-value considérée dans son rapport à la totalité du capital investi dans la production ; elle apparaît, extérieurement, comme le fruit de ce capital. En raison de cette particularité, Marx appelle le profit une forme modifiée de la plus-value.
De même que la forme du salaire masque l’exploitation de l’ouvrier salarié, en faisant croire que tout le travail est payé, de même la forme du profit camoufle à son tour le rapport d’exploitation, en créant l’apparence trompeuse que le profit serait engendré par le capital lui-même. Ainsi les formes des rapports de production capitalistes estompent et masquent leur véritable nature. Les capitalistes s’efforcent, en exploitant au maximum les ouvriers, de freiner la baisse tendancielle du taux de profit. Cela aboutit à aggraver les contradictions entre prolétariat et bourgeoisie.

La loi de la baisse tendancielle du taux de profit accentue la lutte au sein de la bourgeoisie elle-même pour la répartition de la masse globale des profits. Dans leur course aux profits élevés les capitalistes dirigent leurs capitaux vers les pays retardataires, où la main-d’œuvre est meilleur marché et la composition organique du capital plus basse que dans les pays à industrie hautement développée, et ils jettent à la rue et suppriment la retraite des prolétaires des pays les plus puissants. Ensuite, pour maintenir paralysées les masses jetées au chômage ils chargent leurs délégués politiques de corrompre les syndicats et abondent en millions les caisses des différents partis officiel.
Enfin, soucieux de compenser la baisse du taux de profit en augmentant sa masse, les capitalistes élargissent le volume de la production au-delà des limites de la demande solvable. De ce fait, les contradictions résultant de la baisse tendancielle du taux de profit, se manifestent de façon particulièrement aiguë pendant les crises, tout comme la corruption généralisée du système démocratique ne peut plus être masquée. La loi de la baisse tendancielle du taux de profit est un des indices les plus frappants des limites historiques du mode de production capitaliste, comme les révélations sur la corruption généralisée à tous les échelons de l’Etat est l’indice de la pourriture avérée et masochiste de la classe déliquescente de plus en plus contrainte à frauder pour compenser sa perte de crédibilité face aux masses appauvries. Le régime bourgeois devient un obstacle à la paix sociale, un encouragement à la violence et à l’émeute. Il reste relativement protégé du lien de cause à effet par l’utilisation médiatique contestataire des journalistes corrompus et jaloux et par la bêtise anti-marxiste des dernières sectes d’extrême-gauche comme Lutte Ouvrière où grand-mère Arlette engage à « préparer le 14 juillet des travailleurs », après un titre pleine page « Gouvernement et milieux d’affaire : Une politique au service des riches ! ». La lutte des classes n’est plus selon le populisme trotskien qu’une lutte « contre les riches »… en les dépossédant à la manière stalinienne ! Et avec ce langage retors très électoraliste qui oublie tous les autres parasites de l’Etat rentier (les commerçants, les fonctionnaires syndicaux, les magistrats, les flics, etc.). On lit ceci dans l’édito du 19 juillet : « les seuls inutiles dans cette société, ce sont les grands bourgeois », et le résumé des révélations perçues par les activistes trotskiens : «Une sordide affaire de très gros sous, dans la famille de la femme la plus riche de France, a mis en lumière les relations qui existent entre les membres de la grande bourgeoisie et les hommes politiques à leur service. Et peu importe que tout se soit passé en toute légalité, comme le proclament les porte-parole du gouvernement, ou que Éric Woerth et Sarkozy aient pris quelques libertés avec celle-ci. De toute manière, ce qui ressort clairement de cette affaire, c’est que tous les politiciens qui se présentent comme les défenseurs de “l’intérêt général” sont au service exclusif des possédants. La preuve en est que les services des impôts n’ont pas le moindre droit de regard sur les revenus publics ou cachés des plus grosses fortunes ». L’allusion à un bon Etat stalinien qui contrôlerait mieux les grosses fortunes qui termine la description ne rassure pas plus que la charge contre les politiciens, de gauche en particulier pour lesquels la secte LO a toujours appelé à voter, oubliant de nous rappeler que l’idéologie diffusée par « l’intérêt général » est une marmelade d’antiracisme et d’antifascisme de salon, cette confiture politique ayant servie de formation de base à la ribambelle d’ex-leaders étudiants reconvertis en élus frauduleux, ou en avocat dans l’affaire Bettencourt (celui de la secrétaire bavarde).

DEFINITION DE L’ETAT RENTIER

Avant de revenir sur la superficialité des scandales qui agitent les médias français, il nous faut expliquer cette notion qui disqualifie l’Etat bourgeois actuel qui n’est ni universel, ni progressiste, ni libre-échangiste mais l’Etat d’une vieille classe inhumaine, rétrograde et bouffonne. Tout le génie de Lénine nous y aide. Dans « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, écrit prémonitoire il y a un siècle voici comment il décrivait déjà « le parasitisme et la putréfaction du capitalisme » :
« L’impérialisme est une immense accumulation de capital-argent dans un petit nombre de pays, accumulation qui atteint, comme on l’a vu, 100 à 150 milliards de francs en titres. D’où le développement extraordinaire de la classe ou, plus exactement, de la couche des rentiers, c’est-à-dire des gens qui vivent de la « tonte des coupons », qui sont tout à fait à l’écart de la participation à une entreprise quelconque et dont la profession est l’oisiveté. L’exportation des capitaux, une des bases économiques essentielles de l’impérialisme, accroît encore l’isolement complet de la couche des rentiers par rapport à la production, et donne un cachet de parasitisme à l’ensemble du pays vivant de l’exploitation du travail de quelques pays et colonies d’outre-mer. (…) Aussi la notion d’« Etat-rentier » (Rentnerstaat) ou Etat-usurier devient-elle d’un emploi courant dans la littérature économique traitant de l’impérialisme. L’univers est divisé en une poignée d’Etats-usuriers et une immense majorité d’Etats-débiteurs. "Parmi les placements de capitaux à l’étranger, écrit Schulze-Gaevernitz, viennent au premier rang les investissements dans les pays politiquement dépendants ou alliés : l’Angleterre prête à l’Egypte, au Japon, à la Chine, à l’Amérique du Sud. En cas de besoin, sa marine de guerre joue le rôle d’huissier. La puissance politique de l’Angleterre la préserve de la révolte de ses débiteurs. (…) "L’Angleterre, écrit Schulze-Gaevernitz, se transforme peu à peu d’Etat industriel en Etat-créditeur. Malgré l’accroissement absolu de la production et de l’exportation industrielle, on voit augmenter l’importance relative qu’ont pour l’ensemble de l’économie nationale les revenus provenant des intérêts et des dividendes, des émissions, commissions et spéculation. A mon avis, c’est précisément ce fait qui constitue la base économique de l’essor impérialiste. Le créditeur est plus solidement lié au débiteur que le vendeur à l’acheteur. "(…) En ce qui concerne l’Allemagne, l’éditeur de la revue berlinoise Die Bank, A. Lansburgh, écrivait en 1911 dans un article intitulé : « L’Allemagne, Etat-rentier » : "On se moque volontiers, en Allemagne, de la tendance qu’ont les Français à se faire rentiers. Mais on oublie qu’en ce qui concerne la bourgeoisie, la situation en Allemagne devient de plus en plus analogue à celle de la France. "
L’Etat-rentier est un Etat du capitalisme parasitaire, pourrissant ; et ce fait ne peut manquer d’influer sur les conditions sociales et politiques du pays en général, et sur les deux tendances essentielles du mouvement ouvrier en particulier ».

BIEN MAL ACQUIS NE PROFITE JAMAIS…

Pour sûr l’enrichissement dans l’histoire de l’humanité n’a jamais été honnête ni un don des cieux, ni une conséquence de l’Etat-rentier. L’enrichissement de la famille Bettencourt ne remonte pas à la nuit des temps, mais il est bien symbolique du niveau de corruption atteint par le capitalisme décadent. La famille Schueller-Bettencourt s’est enrichie durant la guerre. Elle ne fût pas la seule, les bourgeoisies anglaise et américaine ont tout dévalisé... L’Oréal est à notre époque la première fortune de France et un des fleurons industriels de la France éternellement enfumée par les parfums politiques nauséabonds. On s’est donc sans scrupules royalement enrichi pendant le deuxième carnage impérialiste mondial. Le père de la multi-milliardaire, Eugène Schueller, a contribué à créer le CSAR (Comité Secret d’Action Révolutionnaire) plus connu sous le joli nom de « Cagoule », groupuscule d’extrême droite, dans les jupes du nazisme. Le mari disparu, André Bettencourt – obligé de tous les cocktails présidentiels depuis la Libération - a dirigé la revue « La terre française », ouvrage pour le moins pétainiste et antisémite. Puis, par opportunisme gaulliste, il s’inscrira dans la Résistance, à partir de 1944, l’année du débarquement. Comme le disait un autre tonton du pouvoir, Mitterrand (durant une petite année salarié de L’Oréal en tant que président-directeur général des éditions du Rond-Point et directeur du magazine Votre Beauté): " En politique, il n’est jamais trop tard".

ET LA VIEILLE DAME MILLIARDAIRE SE FAIT POURTANT DEPOUILLER

Nous serions autrement attristés qu’il arrivât une telle mésaventure à une dame âgée, partie en retraite à un âge acceptable, dépouillée de ses maigres économies par un voyou de passage. Dans l’affaire de la vieille dame, hors de toute proportion comptable, et personne ne l’a remarqué jusqu’à présent, le voyou semble bien être l’Etat-rentier, avec ses trois dimensions : voyou, gendarme et magistrat !
Partie d’une simple plainte de sa fille déshéritée, le casse étatique de la fortune Bettencourt s’est croisé avec celui d’aigrefins privés qui baratinent Mme Bettencourt depuis qu’elle est veuve. C’est fragile une veuve riche. Elle a tout avoué… posséder des comptes à l’étranger et toute une île aux Seychelles non déclarés au fisc. Elle avait promis de régulariser cette situation. Malheureusement, une affaire qui restait jusque là du domaine de l’escroquerie dans le domaine privé a rebondi aussi comme escroquerie (consentante ?) en faveur du parti au pouvoir et de l’actuel président ; puis enfin parce qu’on a découvert que la femme de l’actuel ministre du sale boulot (E.Woerth) avait été discrètement pistonnée pour devenir la gestionnaire de la principale poule aux œufs d’or. Le ministre a nié sans pouvoir cacher que le service mutuel est de règle depuis deux siècles au moins dans les rangs bourgeois : tu trouves un bon job à ma femme et je te file la légion d’honneur ! Patrice de Maistre a même été haussé au grade de Chevalier ! Woeth a été jusqu’ici le petit colporteur pour la récolte des fonds auprès des grosses fortunes, et cela nous a valu des quolibets journalistiques entre les uns et les autres pour savoir qui avait été à la soupe chez la mère Bettencourt.
Dans les enregistrements clandestins de conversations apparus mi-juin - que le parquet (affidé Courroye) a refusé de transmettre à la juge qui enquête sur un abus de faiblesse aux dépens de la milliardaire – un des parasites déclarait au contraire à Liliane Bettencourt avoir embauché Florence Woerth à la demande de son mari, «pour lui faire plaisir». Quelques mois plus tard, en janvier 2008, Patrice de Maistre recevait la Légion d'honneur des mains d'Eric Woerth. Le vague écrivain et photographe François-Marie Banier a décroché en 2002 «un contrat de 405.000 euros par an pendant 10 ans», qui prévoit de le rémunérer pour des «conseils de mode et de sensibilité artistique» et d'organiser une grande exposition par an des oeuvres de l'intéressé. La fille, Françoise Bettencourt-Meyers estime ainsi que ce photographe des stars se serait fait remettre près d'un milliard d'euros de dons - notamment en contrats d'assurance-vie, chèques, tableaux de maîtres - dans les années 1990 et 2000, en profitant de la fragilité psychologique de l'octogénaire. Une thèse fermement démentie par l'intéressé, qui assure que ces cadeaux lui ont été consentis par une «femme brillante et libre» (j’ai fait pour ce paragraphe le copier-coller lécheux du journaliste soucieux de ne pas se faire mettre en examen). Chaque épisode vient confirmer qu’aussi haut que vous soyez placé dans l’échelle sociale, isolé(e) vous pouvez vous faire plumer comme n’importe quel retraité impotent. Sorti de sa GAV, l’ex-avocat fiscaliste (drôle de profession) de la milliardaire s’est apparemment complètement fichu de la gueule des policiers. Me Fabrice Goguel, qui préside la fondation pour l'équilibre écologique, esthétique et humain, qui est officiellement propriétaire de l'île d'Arros. Il confie au Figaro comment il est facile de tricher : « Il y a quelques années, le propriétaire de l’île d’Arros (Mme Liliane Bettencourt, NDLR) a souhaité assurer la préservation écologique et esthétique de cet écosystème unique après son décès. Il voulait ainsi éviter que l’on ne se mette à y construire un hôtel avec 200 chambres pour y développer un tourisme de masse. À sa demande, j’ai examiné les différentes possibilités et je me suis rendu compte qu’il est beaucoup plus simple de créer une fondation au Liechtenstein qu’en France, où il faut demander le feu vert du Conseil d’État. Cette structure a été fondée en décembre 2006 et il est vraisemblable qu’elle intégrera à l’avenir plusieurs scientifiques au sein du conseil de fondation. D’ores et déjà, des recherches scientifiques sont conduites sur l’île d’Arros, notamment sur les tortues de mer, et elles devraient s’amplifier à l’avenir ».
Dans le même temps où on apprenait que pour financer les gros partis il suffit de créer plus de deux cents micros partis pour aller taper à la porte des grands bourgeois ou racketter des industriels, on découvre qu’il suffit de baiser le fisc et les gendarmes en prétextant créer une structure « écologique » pour la recherche scientifique sur les tortues de mer, pas sur les baleines ? Que pense notre célèbre Paul le Poulpe du fait que la dame Bettencourt se retrouve en viager au profit d’avocats recyclés chercheurs ! Mais l’héritier ne sera pas forcément celui qu’on pense, un héritier peut en cacher un autre. Si l'on se fie aux auditions réalisées la semaine dernière dans l'affaire Bettencourt, ajoute un journaliste, le doute n'est plus permis : l'île d'Arros, aux Seychelles, appartient bien aux Bettencourt. Et elle devrait effectivement revenir à l'artiste François-Marie Banier, désigné comme bénéficiaire, au même titre, cependant, que trois associations médicales : Orvacs, Solthis et Crepats, toutes trois fondées par le couple de professeurs de médecine Gilles Brücker – exécuteur testamentaire de Liliane Bettencourt – et Christine Katlama. Il y a du monde pour une île.
Peu intéressée par la misérable situation de la vieille dame, la gauche bourgeoise et ses journalistes, une partie de la droite masquée crient au scandale politique simplement pour la partie qui concerne les dons à la droite mais pour la galerie, et puis sur ce plan au moins la dame était libre de faire ce que bon lui semblait. Je reste plus choqué par la manipulation de la vieille dame et son détroussement par les aigrefins, quoique je me fiche que la famille hérite, que par le financement des valets politiques de la haute bourgeoisie au pouvoir.
Le problème n’est toujours pas l’existence de la corruption en général, des scandales financiers, des affaires mais celle du capitalisme qui les engendre. Il y a eu dans le passé des scandales, il y a aujourd’hui des scandales et il y aura dans l’avenir d’autres scandales tant que ce système existe. Les deux dernières phrases sont également prononcées par trotskiens et résidus staliniens dans la plupart de leurs blogs, mais ils font croire qu’il s’agirait d’un combat contre les riches et qu’une meilleure démocratie serait possible sur la base des élections républicaines, pacifiquement. Des menteurs peuvent dire parfois le vrai, mais toujours partiellement, ce qui est forcément une moitié de leur mensonge politique.

IL N’Y A PAS QU’EN France…

La gauche et l’extrême gauche restent limités aux scandales français. Comme en France Mme Bettencourt, des artistes d'Hollywood sont aussi rackettés par les officines politiques parallèles ou l'Eglise de Scientologie. Les scandales financiers de ces dix dernières années nous ont permis de nous rendre compte de l’ampleur d’une créativité frauduleuse des grands groupes internationaux en matière de comptabilité, supérieure à celle des financements des partis politiques bourgeois nationaux. La liste des entreprises pointées du doigt pour leurs maquillages comptables est longue mais deux d’entre elles se sont distinguées particulièrement : Enron Corporation aux Etats-Unis et Vivendi-Universal en France. Enron était la 7ème capitalisation boursière des Etats-Unis et Vivendi-Universal le 2ème groupe mondial de communication. Elles se sont distinguées par le fait qu’elles se sont détournées de leur métier initial, la distribution de gaz pour Enron et la distribution d’eau pour Vivendi, vers des métiers dits d’avenir, le courtage en énergie pour Enron et la communication pour Vivendi. Enfin, leurs nouveaux métiers permettaient une plus grande opacité des pratiques comptables et particulièrement dans le cas d’Enron puisqu’il s’agissait d’un métier qui n’existait pas.

Les liens entre l’argent des grandes industries et la désignation du personnel politique sont un secret de polichinelle dans tous les pays. En 1979, arrivant au pouvoir au Royaume-Uni, Margareth Thatcher, était déjà une roturière membre notoire de la Royal Society britannique et du Conseil privé de la reine mais également du think tank ultra-conservateur Heritage Foundation, qui fut un des architectes et des soutiens les plus importants de la doctrine Reagan en Afghanistan, en Angola, au Cambodge ou au Nicaragua. Or, Thatcher n'était qu’une autre soubrette politique longue série de dirigeants corrompus et dévoués aux intérêts aveugles de l'élite (Sarkozy pour l’oligarchie-énarchie française). En dehors de leur avidité pour leur enrichissement personnel, ces délégués politiques de la bourgeoisie n’ont pour souci que la pérennité du système d’exploitation et le partage du gâteau entre la classe régnante et la couche supérieure des classes moyennes.

LA CORRUPTION EST FILLE DE LA FINANCE MODERNE

L’Etat-financier, en même temps Etat-prédateur et Etat-rentier n’a plus qu’un jeu de principe :le jeu du gendarme et du voleur dans lequel le gendarme est aussi un voleur et le criminel. Le dernier crime politique a été en Europe et aux Etats-Unis la mise en place sous différentes formes de boucliers fiscaux. En France, il a été instauré par la loi de Finances 2006, abaissant les impôts des contribuables de 60% à 50% de leurs revenus depuis le 1er janvier 2008, sur les revenus de 2007. Le dispositif prend en compte l'ensemble des prélèvements fiscaux : la contribution sociale généralisée ( CSG ), la contribution pour le remboursement de la dette sociale( CRDS), l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), l'impôt sur le revenu, , les taxes foncières et la taxe d'habitation sur la résidence principale. Le système fonctionne par remboursement de l'administration fiscale: si les impôts payés dépassent le seuil de 50% des revenus, celle-ci rembourse l'excédent aux contribuables. Ainsi, l'Etat français rembourse ses membres les plus riches au prétexte qu’ils investissent à nouveau dans l’industrie et favorisent la création d’emplois. Ce qui est archi-faux au vu des sommes faramineuses que se disputent les parasites de la « pauvre » veuve Bettencourt : sommes dispendieuses, rentes royales à des avocats louches, aux politiciens, etc.
En résumé, les boucliers fiscaux, quelle que soit leur forme, répondent à une volonté politique criminogène de limitation de la participation des riches bourgeois au financement du budget de l'Etat, accablant la classe ouvrière et (heureusement) aussi une bonne partie des couches dites moyennes (cet édredon qui protégeait la haute bourgeoisie jusqu’ici) afin que les grands dominants puissent faire fructifier l’argent dans des produits financiers douteux mais bienvenus. En réalité ce narcissisme pervers insatiable de la haute bourgeoisie ressemble vraiment au faste précaire de la noblesse décadente, la politique économique n’est plus qu’une économie politique véreuse qui hausse l’intérêt particulier au rang d’un individualisme féodal.
Le lobbying entre les autorités étatiques (gouvernement et partis de gauche et de droite, syndicats) et les milieux financiers (banques, agences de notation, cartels d’industries, etc.) est un va et vient constant où les premières jouent le rôle d’entremetteurs et sont rétribués individuellement pour ce « service ». La criminalisation de l’économie capitaliste date des années 1990 qui marquent le début d'une nouvelle ère de corruption financière en raison du développement de la titrisation, processus permettant de transformer les crédits en titres échangeables. C'est ce phénomène qui a conduit à l'augmentation du nombre de crédits à risque en circulation dans l'économie, les banques s'incitant mutuellement à accorder le plus de crédits possibles, en considérant que celles qui en émettront le plus seront les plus rentables et donc verront leur cotation boursière améliorée en conséquence. Ce geste de tricherie est le symbole même de l’esprit d’anti-jeu permanent qui anime le football, en tant que composante du capitalisme, comme l’ont confirmé la plupart des matchs de la Coupe du monde en Afrique du Sud. De même que le capitalisme accumule les profits en exploitant les humains et la planète, la finalité du sport capitaliste est de gagner à tout prix, le « jeu » en lui-même n’ayant plus aucune importance. Le gangstérisme légal est devenu la dernière « valeur » du capitalisme.
D’habitude, les scandales financiers et les affaires de corruption qui mettent épisodiquement en cause la plupart des membres d’un gouvernement n’ont aucune influence directe sur la révolte sociale. Pas de pot cette fois-ci, « l’affaire Bettencourt » contraste honteusement avec la politique de rigueur et d’austérité sans précédent que le gouvernement Sarkozy (sponsorisé aux élections en grande partie par la vieille milliardaire) impose au prolétariat (et à cette petite bourgeoisie mécontente d’y tomber). Au moment où l’Etat bourgeois exige au prolétariat des sacrifices de plus en plus lourds – il a quasiment avalisé dans ses corridors la detsruction de la retraite à 60 ans - au moment où les chômeurs et les précaires se comptent par millions, les représentants de la bourgeoisie, eux, se permettent de se servir abondamment dans les caisses de l’État et jouissent d’innombrables privilèges. La liste des ministres impliqués dans des affaires est longue : des 9 500 euros mensuels de Christine Boutin pour une obscure mission sur la mondialisation, aux 12 000 euros des cigares de Christian Blanc en passant par les hôtels particuliers du ministre de l’industrie Christian Estrosi ou les 116 500 euros d’Alain Joyandet pour un aller/retour à la Martinique sans parler de son permis illégal pour agrandir sa maison près de Saint-Tropez. Car les scandales financiers, corruption, privilèges sont intimement liés au fonctionnement même du système capitaliste qui les produit et reproduit de manière permanente depuis un siècle, mais ils tombent mal, et, même s’il s’agit de règlements de compte souterrains entre factions bourgeoises qui se moquent de ce que peuvent en penser les millions de prolétaires.
« Le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière », disait Lénine. L’État n’est donc pas au service de l’humanité, mais sert seulement les intérêts privés de quelques uns. Le président gère l’Etat contre l’intérêt général au profit de l’intérêt particulier, celui de la classe dominante. Et plus il essaie de sauver les intérêts de la haute bourgeoisie, plus la gauche bourgeoise du PCF au PS limite les protestations à un changement de président ou de majorité parlementaire.
La corruption, elle aussi, remplace l’intérêt public par l’intérêt privé. La droite favorise la corruption privée quand la gauche au pouvoir favorise la corruption publique. La droite, après la gauche, avec un sentiment total d’impunité, s’est servie à son tour dans les caisses de l’État comme s’il s’agissait de son propre patrimoine ! Malgré l’appel à la rigueur du sous-fifre Fillon et le fait que le président ait promis de réduire le train de vie des ministères, personne n’est dupe, la corruption étatique est ultra-protégée. Les magistrats sont complices, les syndicalistes aussi. Il n’y a pas conflits d’intérêts entre la bourgeoisie et ses partis politiques, mais une même volonté de discrétion. C’est pourquoi les débats comme celui sur les retraites éloignées se tient, sans scrupules, à huit clos.

En conclusion, je ne peux résister à vous coller ici le superbe commentaire de Philippe Petit de Marianne. Je ne suis pas lecteur de Marianne, magazine franchouillard anti-révolutionnaire limité à des solutions politiques hexagonales et démocratoques, mais quand un passage me plaît, il me plaît de le citer/
« Que l’argent soit la figure du mal. Ce n’est pas une nouveauté ! Il est l’art « d’acheter trois francs ce qui en vaut six et de vendre six francs ce qui en vaut trois », disait Charles Fourier. Il pervertit les relations humaines. Il est la valeur qui inverse toutes les autres selon Shakespeare et Marx. Il nous fait vivre – nous les hommes – dans un monde corrompu où la part du crime grandit, de la fraude, explose. Nous le savons. Mais inversement nous savons aussi qu’un monde où il n’y aurait aucune fraude, aucune corruption, est impensable. Certes, ce n’est pas une raison pour encourager la fraude et la corruption. Mais cela en est une pour ne pas sombrer dans la pure dénonciation de l’argent fou. Pour Marx l’argent : c’est ce qui sépare l’être de l’agir. L’aliénation se définit chez lui concrètement par cette séparation : « Ce que l’homme est par l’argent, il peut cesser de l’être, et, de fait, il s’en sépare concrètement dans ses actes », écrivait-il. Voilà une belle définition de l’argent fou ! L’homme ne sait plus ce qu’il fait, l’argent lui fait perdre la tête. De moyen, l’argent devient fin.
Reste à savoir ce que signifie cette séparation. Elle signifie chez Marx, la perversion des liens humains. De sociable qu’il était, l’homme, gagné par la passion de l’argent, finit par annuler son semblable. Il fallait bien trouver un responsable à un tel dévoiement. Et chez Marx, le responsable, c’est l’argent. Car l’argent, en devenant capital, est précisément ce qui annule le rapport marchand, ou si on préfère, la relation humaine qui préside à ce rapport. Ce qui faisait dire à Hume que « l’argent n’est pas à proprement parler un objet de commerce ». Il y avait le doux commerce, ce qu’on appelle le capitalisme marchand, il y a maintenant le capitalisme sauvage, la spéculation etc. Bizarrement, aujourd’hui, tout le monde est marxiste ! Les vilains financiers, qui appliquent Marx à la lettre. Ils vont au bout de la perversion. Et les gentils dénonciateurs, qui, eux, vont au bout de la dénonciation de cette perversion. Lisez à ce sujet l’entretien avec Henri Guaino dans le numéro de «Cités» sur les capitalismes. Il y a donc le pouvoir de l’argent d’un côté, et de l’autre, la dénonciation de ce pouvoir. De ce cercle, il faudra un jour sortir. « La divinité visible » dont parlait Marx à propos de l’argent est aujourd’hui moins visible, il y a moins d’espèces trébuchantes. Et très souvent l’argent ne se dit pas : il navigue entre la honte, de n’en avoir pas assez, et la culpabilité ou l’arrogance d’en avoir trop. Un tel pathos a son utilité. Mais il ne pourra nous délivrer de cette schizophrénie ».

dimanche 18 juillet 2010

MAUVAIS "CLIMAT JUDICIAIRE" MAIS LA REFORME DES RETRAITES EST DEJA ARROSEE



« Dans les pays de vieille culture parlementaire démocratique, la bourgeoisie a admirablement appris à agir non seulement par la violence, mais aussi par la tromperie, la corruption, la flatterie, jusqu'aux formes les plus raffinées de ces procédés. Ce n'est pas pour rien que les « déjeuners » des « leaders ouvriers » anglais (c'est à dire des commis de la bourgeoisie chargés de duper les ouvriers) sont devenus célèbres et qu'Engels en parlait déjà. La réception «exquise» que fit monsieur Clemenceau au social traître Merrheim, les réceptions aimables faites par les ministres de l'Entente aux chefs de l'Internationale de Berne, etc., etc., relèvent du même ordre d'idées. « Vous, instruisez les, et nous, nous les achèterons », disait une capitaliste anglaise intelligente à monsieur le social impérialiste Hyndman, qui relate dans ses mémoires comment cette dame, plus avisée que tous les chefs de l'Internationale « de Berne » réunis, jugeait les « efforts » des intellectuels socialistes pour instruire les leaders socialistes issus de la classe ouvrière ».
Lénine (Les tâches de la IIIe Internationale)