"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

samedi 16 janvier 2010

HAITI…

LES BRANCARDIERS DU CAPITALISME ET

LEUR CHARITY BUSINESS A L’OEUVRE

Sur l’un des forums de Libération, en dénonçant brièvement sous son seul aspect hypocrite de « pornographie médiatique » le secourisme capitaliste (cf. ci-contre), je ne pensais encourir autant d’injures et de sermons désapprobateurs de type nationaliste primaire. Je ne devrais pas m’étonner de la grande crédulité des gens en général, assez représentative de la réceptivité obéissante de la moyenne face aux mastodontes de la propagande immédiatement mis en place, mais, même les naïfs finiront par se poser des questions après avoir longtemps barboté dans les eaux boueuses de la charité. Permettez que j’essaye de comprendre comment on ficelle le bon peuple face à une catastrophe « naturelle » qui incline à la générosité spontanée sans paraître concerner la politique des dominants, afin d’examiner ce qui lui a échappé s’il avait été ou pu être attentif à ce qui filtrait des médias, même si l’aveuglement du peuple est aussi dû à une forte dose d’imbécillité politique.

Le premier jour du tremblement de terre, l’émotion prend son envol quoiqu’on ne sache pas trop l’ampleur des dégâts. Des dizaines de milliers de morts, des millions de sans abris, et cela ne fait pas plus d’effet qu’un gigantesque carambolage au tunnel de Fourvière ou sur l’autoroute au niveau de Brioude. Pendant que le citoyen lambda compatit et vaque à ses occupations triviales, on lui assène que Haïti est le pays le plus pauvre de la terre, ce qui ne veut rien dire en soi puisqu’il y a tant de pays plus pauvres les uns que les autres. Ce fort relent d’aquoibonisme signifie cependant : laissez de côté toute réflexion envoyez votre obole et priez pour qu’il n’y ait pas trop de morts.

Le deuxième jour alors que la puanteur des cadavres commence à se répandre, les choses se corsent pour les vertus du secourisme international. Hors des heures de grandes écoutes, et pour les cadres supérieurs dans leurs voitures avec chauffeur, vers le milieu de matinée, sur une radio sérieuse et non envahie par la musique ininterrompue et sirupeuse, France-Inter par exemple, pointent des analyses moins nunuches que « l’émotion » de la veille. Des journalistes se questionnent sur la précipitation de la Chine (à l’exact opposé de Haïti sur le globe) pour intervenir la première. En bons marxistes non orthodoxes, les voix des journalistes commentent que la Chine a des intérêts locaux à Haïti, des ressortissants, mais que, avant tout elle a tenu, avec un avion cargo, une poignée d’infirmiers et quelques clébards, à honorer sa place de « grande puissance »… avant les autres. Peu après, toujours au deuxième jour, Le Monde titre « Les américains prennent en charge la coordination de l’aide », la poussée pachydermique du maître des lieux dans la zone caraïbe trouve les mots monde-diplomatiques pour voiler l’arrivée en nombre des parachutistes US (vrais militaires) sous prétexte de mettre de l’ordre sur un aéroport fort embouteillé[1]. L’armada US a rappliqué fissa en survolant Cuba avec l’aval de papy Castro. Il est vrai que chaque impérialisme ne s’était pas soucié du voisin et que les divers avions cargos de Belgique, de France, d’Allemagne, du Japon, de Russie, etc., arrivaient pour la parade dans le désordre. Soyons clair, la compétition « humanitaire » fait rage. Pousse-toi de là que je m’y mette est la règle des dames patronnesses impérialo-humanitaires. La bourgeoisie française, concernée au premier chef par son ex-colonie, est à la fois vexée d’être tenue en marge du grand barnum et ne tient pas à « raquer » au profit de l’ONU ni des pachydermiques ricains. Et elle le fait savoir, via les french doctors de service, Brauman et Kouchner, lesquels rappellent sur TF1 (la chaîne de l’info simpliste brushing) que cela ne sert à rien de se précipiter à faire des dons (allusion aux dons « de trop » lors du tsunami ou au téléthon qui ramasse du fric à ne pas savoir qu’en faire…).

A décharge des Etats-Unis, mais comme une peau de banane glissée sous leurs pattes d’éléphant, les médias français s’empressent de faire savoir, concernant leurs « renforts » militaires nécessaires face aux pillages (car la force armée de l’ONU, la MINUSTAH est minable) –– que cette aide à un petit Etat liquéfié par les éléments naturels anarchiques vise à éviter « l’émigration soudaine d’un million de haïtiens vers les côtes US »[2]. Des gros bras kakis pour empêcher la fuite des populations démunies cela fait déjà moins charitable, même si chacun conçoit qu’une police militaire entraînée est nécessaire face à l’évanouissement de la police locale et à la fuite des 4000 détenus de la prison de Port-au-Prince. Conclusions des deux premiers jours : sous la sordide exhibition des nombreux enfants morts et des photos satellites des zones dévastées, l’aide humanitaire consiste en tout premier lieu à FAIRE LA POLICE DES LIEUX. En second lieu, l’aide humanitaire vise à aggraver la misère.

L’AGGRAVATION DE LA MISERE

Le plus grand drame pour la bourgeoisie mondiale a été immédiatement ce constat : « L'Etat haïtien a été décapité par le séisme, qui a détruit de nombreux ministères ainsi que la présidence et le parlement. Le ministre de la Santé a indiqué que le siège du gouvernement avait été transféré dans un commissariat de police » (AFP). En oubliant un instant le gendarme US, ce qui, en soi, pourrait ravir n’importe lequel de nos anarchistes primaires, n’est pas une catastrophe utile aux êtres humains de cette île, puisque d’une part il n’y existe pas un prolétariat consistant apte à gérer la situation intenable et que de toute façon les gouvernements de Haïti ont toujours été des croupions fantoches du puissant voisin et le dernier en date bureau réduit des « gouverneurs » se fiche de la misère absolue qui règne d’ordinaire comme de l’identification actuelle du nombre immense de cadavres[3].

Au troisième jour, la question sociale repointe le bout de son nez brisé et pissant le sang. Les antillais qui ont de la famille ou des relations avec Haïti ont su dès le départ la cruauté de la situation autrement que nos béni-oui-oui du charity business[4]. Je note un commentaire dans le tas : « Je viens d'avoir un ami au téléphone qui est à Port-au-Prince, il vient de faire le tour de la ville: il n'y a pas d'aide internationale dans la ville: elle est juste concentrée sur les hôtels et bâtiments ou se trouvaient des occidentaux, et autour des bâtiments officiels, il a vu des enfants marcher dans la rue, blessés qui n'ont pas mangé ni bu depuis 48h...et l'aide n'est pas là malgré ce que racontent les TV ».

Selon l'ONU, la situation sécuritaire en Haïti était "tendue mais gérable" : « « C'est sûr, la violence a toujours été un problème en Haïti, ce n'est pas nouveau. Jusqu'à présent, la Minustah patrouille (dans les rues) dans la mesure du possible", avait déclaré une porte-parole de l'organisation. "Imaginez que ces gens n'ont pas bu ni mangé depuis près de 50 heures et qu'ils sont déjà dans une très mauvaise situation. S'ils voient un camion abandonné ou s'ils voient un supermarché qui vient de s'effondrer, ils se précipitent pour attraper quelque chose à manger", a-t-elle expliqué. Le Programme alimentaire mondial avait annoncé que ses entrepôts de nourriture ont été pillés. Selon le PAM, ce genre d'attaque était prévisible étant donné la situation sur place. "Nous ne savons pas exactement combien (de nourriture a été pillée) à ce stade. Nous essayons d'apporter les vivres que nous avons à disposition aux gens. Pour l'instant, ce que nous avons pu faire n'est qu'une goutte dans l'océan", a déclaré la porte-parole de l'agence. Le PAM prévoit que deux millions d'Haïtiens vont avoir besoin d'une aide alimentaire d'urgence dans le mois qui vient. Moment fatidique ce 3e jour, le très démocrate Libération n’ouvre pas ses forums aux commentaires face à l’article « La colère monte à Haïti où l’aide tarde à venir » !

Si si l’aide première, l’aide militaire n’a pas tardé à venir. L’aide humanitaire viendra, mais pour l’instant elle est à la parade. On défile avec les hôpitaux gonflables dernier cri et des bergers allemands en cage face aux spotlights du monde entier, en prenant le temps de laisser crever sous les décombres les éventuels survivants (passé 48 heures en général il n’y a quasiment plus de survivants). L’aide humanitaire sera constituée pour l’essentiel dans les jours qui vont suivre par les croque-morts pour décompter les cadavres et les balancer avec la gueule des bulldozers dans de vastes fosses communes aussi anonymes et aussi peu importantes que l’amas de gravas empilés des bidonvilles enchevêtrés sans noms de rue, sans numéro, sans rien.

L'ONU a lancé un appel d'urgence à la communauté internationale pour récolter 560 millions de dollars d'aide pour Haïti. Pour l’instant il n’y a que des « promesses d’aide pécunière », chaque capital national tient à ses sous. La bourgeoisie française taxée d’être radine, se défend : «Nous avons choisi de consacrer toutes nos ressources disponibles à l'aide d'urgence», a expliqué à 20minutes.fr un porte-parole du quai d'Orsay. «Cela tient beaucoup à la personnalité de notre ministre», a justifié le ministère des Affaires étrangères, en référence au passé de Bernard Kouchner, cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde. Les autres pays, cependant, ont fait le choix de dépêcher des secours sur place et de donner de l'argent à l'ONU. «Nous n'avons pas les moyens des Etats-Unis», avance le quai d'Orsay, qui rappelle par ailleurs que l'Union européenne a promis un don de plus de 4 millions de dollars. «La France est un des plus gros donateurs du fond européen, à hauteur de 20%», affirme le porte-parole ». La ministre Lagarde a fait valoir que les airbus engagés pour le rapatriement des ressortissants avait déjà coûté cher à Bercy, quoique les ressortissants rapatriés étaient surtout blancs de peau et des classes supérieures. La ministre a fait une belle promesse comme on les aime, elle proposera à un Club des financiers de Paris d’annuler la dette haïtienne (54 millions d’euros), ce qui serait chouette… Mais bernique pour l’ONU et le big boss US. La ministre a surrenchéri que la bourgeoisie française « montrera l’exemple au moment de la reconstruction ». Mon œil ! Une fois les spotlights éteints les haïtiens pourront retourner croupir dans leur misère absolue. Pas de meilleur résumé pour la suite de l’enfoncement dans la misère de la population haïtienne que ce laconique commentaire d’un journaliste ! « Haïti va devoir reconstruire mais en aura-t-il les moyens ? », sans oublier d’autres possibles tremblement de terre du destin…

Dans l’immédiat il y a de fortes chances que la plupart des victimes encore vivantes soient encore privées de nourriture et que l’argent « humanitaire » soit phagocyté par les nouveaux tontons macoutes du charity business :

- Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU, qui prévoit de distribuer une aide d'urgence à 2 millions de sinistrés, a annoncé vendredi que ses entrepôts à Port-au-Prince avaient été pillés. «Imaginez que ces gens n'ont pas bu ni mangé depuis près de 50 heures et qu'ils sont déjà dans une très mauvaise situation. S'ils voient un camion abandonné ou s'ils voient un supermarché qui vient de s'effondrer, ils se précipitent pour attraper quelque chose à manger», a expliqué Elisabeth Byrs, porte-parole d'Ocha.

- « Le gouvernement nous bluffe. Il y a des millions de dollars qui rentrent mais on ne voit rien. A la tête de l'Etat, un groupe d'amis se partage cet argent », accuse Kassana-Jean Chilove, un mécanicien qui a perdu sa fille dans le tremblement de terre.

A ceux qui m’ont reproché de ne rien proposer et de rouspéter derrière un clavier, je propose de réfléchir politiquement et socialement avant de pleurer avec les pleureuses, avant de chanter la Marseillaise avec nos exploiteurs, avant de secouer la sébile aux ordres des curés et au profit des tontons macoutes. Aucun souci à se faire pour les dons d’argent. De l’argent il y en a et il y en aura en masse, mais pour en faire quoi, qui dirige, qui distribue cet argent ? Va-t-on fournir des logements, des vêtements aux survivants, un travail ?

Conclusion révolutionnaire : parfois il n’y a rien à faire. On est les bras ballants mais c’est surtout pas une raison pour fermer sa gueule ! Et c’est pourquoi je continuerai à l’ouvrir pour qu’on n’oublie pas les cadavres dont le capitalisme est responsable aux côtés des catastrophes dites « naturelles ». Je hais aussi la nature !



[1] Haïti n'a pas d'armée et ses forces de police ont quasiment disparu dans le chaos qui a suivi le tremblement de terre. Le maintien de l'ordre reposait entièrement sur la force de l'ONU, dont les quelques 7.000 soldats et 2.000 policiers étaient déployés depuis 2004 pour aider à stabiliser le pays, mais ces unités ont été rapidement débordées. Les parachutistes de la 82e division aéroportée de l'armée américaine ont donc pris le contrôle de l'aéroport Toussaint Louverture où ils débarquaient du matériel lourd, sous les yeux de centaines d'Haïtiens et d'étrangers espérant quitter cet enfer. Des milliers de GI’S arrivent tous les jours, curieux infirmiers !

[2] En langage journalistique cela donnait ceci : « Les responsables américains craignent toutefois qu'une plongée dans le désordre ne déclenche - comme cela s'est produit par le passé avec de précédentes catastrophes - un exode d'Haïtiens désespérés cherchant sur des embarcations de fortune à gagner les Etats-Unis ».

[3] Depuis la fin de la colonisation et avec l’ère du sanglant dictateur Duvalier, la terreur militaire a toujours régné à Haïti. On apprenait avant-hier sur une radio périphérique que des bandes armées « macoutistes » étaient spécialisées dans l’exécution de personnes atteintes du sida, qui étaient jetés parfois vivantes aux requins depuis un hélicoptère (à la façon des militaires argentins) et dont on avait gardé des fioles de sang pour l’injecter à des opposants politiques. La barbarie machiavélique capitaliste n’a ni frontière ni limite.

[4] « "Il y a tant de corps dans les rues que les morgues sont pleines, les cimetières sont pleins", témoigne le chanteur américano-haïtien Wyclef Jean, venu prêter main-forte à ses compatriotes dans un contexte de violence créé par le désespoir de la population, au risque de ralentir les secours ». Ce commentaire puant accuse la population meurtrie et fait la morale « secouriste », quand violence et désespoir sont tragiquement légitimes, quand ceux qui « ralentissent » sont les armadas militaires et les querelles de préséance des cliques du charity business.

mercredi 13 janvier 2010

UN EXEMPLE POUR LE MONDE ENTIER EN Italie :

LES PROLETAIRES NE COURBENT PLUS LE DOS

"Rappelle-toi... L'Italie sous les Borgia a connu 30 ans de terreur mais ça a donné Michel-Ange, Vinci, la Renaissance.

La Suisse a connu la fraternité et 500 ans de démocratie et de paix et ça a donné quoi? Le coucou!"

Orson Welles (réplique in Le 3ème homme, film de 1949)

« Rosarno, cité italienne près de la Calabre, a été le théâtre, la semaine dernière, d'émeutes par des africains employés comme ouvriers agricoles et cela suite à l'agression de deux d'entre eux au fusil à air comprimé par de jeunes italiens » ; ce court résumé typique de l’ensemble de la vision projetée des médias bourgeois est un mensonge simpliste. L’ensemble de la presse bourgeoise mondiale a par ailleurs surtout insisté sur la « fuite des immigrés » et la « chasse à l’homme » par les autochtones, n’évoquant qu’en second lieu les bandes mafieuses. Or la principale leçon est bien comme l’a titré d’ailleurs Libération en France que « les immigrés ne courbent plus le dos ».

« Victimes d’exploitation, de vexations et de provocations, des centaines d’immigrés africains, le plus souvent clandestins, ont provoqué depuis jeudi soir une véritable émeute dans la petite ville calabraise de Rosarno. Vendredi soir, le bilan était de 37 blessés (19 étrangers et 18 policiers). Vivant depuis des années des conditions d’habitat et d’hygiène terribles, travaillant dans les champs d’agrumes jusqu’à quatorze heures par jour pour une vingtaine d’euros, ils ont bloqué et saccagé une partie de la commune et se sont très violemment affrontés aux forces de l’ordre après avoir été une nouvelle fois l’objet d’intimidations. Jeudi après midi, deux d’entre eux ont en effet été pris pour cible et légèrement blessés par des inconnus tirant avec une arme à air comprimé. Au retour du labeur, les centaines d’étrangers ont alors décidé de se rassembler pour bloquer dans un premier temps les routes d’accès à Rosarno avant de fondre sur le centre-ville. Armés de barres de fer, de bâtons et de pierres, ils ont caillassé les commerces, brûlé des bennes à ordures, détruit de nombreuses voitures. Dans la soirée, la police est intervenue, les chargeant très durement. Bilan : 7 étrangers arrêtés. Dortoirs. La protestation a repris vendredi matin avec le renfort de centaines d’immigrés provenant de toute la région de la plaine de Gioia Tauro (qui accueillerait15 000 étrangers). Les écoles et les commerces de Rosarno sont restés fermés tandis qu’une partie des habitants s’organisaient à leur tour contre les immigrés, certains tirant des coups de feu en l’air. Le calme n’est provisoirement revenu qu’après une rencontre entre une délégation de travailleurs africains et le commissaire Francesco Bagnato, qui assure l’administration de la ville depuis que le conseil municipal a été dissous pour infiltrations mafieuses. Il a assuré aux immigrés que leurs dortoirs seront «surveillés et protégés», que des toilettes chimiques installées. «Les lieux où ils vivent sont comme les cercles de l’Enfer de Dante», a rappelé Don Carmelo Ascone, le curé de Rosarno ».

Après les représailles organisées par les hommes de main des chambres patronales (maffias locales) (et non pas « la population »), la chasse aux immigrés qui a ensanglanté la communauté de Rosarno, dans la province de Reggio de Calabre, semble terminée. Les travailleurs saisonniers étrangers surtout en provenance des pays de l’Afrique noire sont les premiers à demander aux forces de l’ordre de venir les chercher dans les bâtiments où ils se sont barricadés pour être transférés ailleurs sous protection. Un millier d’immigrés ont déjà été transférés vers des centres d’accueil et d’identification en Calabre, dans les Pouilles, et en Sicile par crainte de nouvelles représailles d’une partie des résidents calabrais de Rosarno. Quelque 300 autres devraient les rejoindre, une centaine d'étrangers sont partis par leurs propres moyens. La presse et les magistrats ont botté en touche sur l’émeute qualifiée de « guérilla urbaine » (pour plaire aux gauchistes altermondialistes et à Coupat) en montrant du doigt la mafia locale, la puissante « Ndrangheta » qui contrôle le marché des agrumes, comme « pouvant avoir un lien direct avec le déclenchement des affrontements entre immigrés et Calabrais ». Exit la protestation de classe des prolétaires immigrés.

Les camarades de la revue Balance en Espagne ont fait parvenir une prise de position marxiste et révolutionnaire depuis Rome d’un certain Michele Castaldo, que je ne connais pas ni ne ne sais s’il écrit au nom d’un groupe. Je suis tout à fait d’accord avec la tonalité « de classe » de l’ensemble du texte que je vous joins en version italienne suivie de ma traduction approximative.

Dans le camp du prolétariat on ne peut que se féliciter de la violence des prolétaires immigrés contre les conditions générales qui leur sont faites, mais comme signe annonciateur de la reprise des combats de classe on peut espérer mieux et plus organisé. L’aspect « explosion de colère » légitime et courageuse a très vite été éteint sous la terreur de la répression démocratique, humaniste et consensuelle, les « immigrés » étaient présentés comme repentants face à la police. Il est réducteur cependant de théoriser cette explosion de colère légitime en « guerre civile » préliminaire, voire en « guérilla urbaine » comme le font déjà anarchistes et anarco-terroristes. Il est aussi réducteur d’y voir le chemin par lequel l’ensemble du prolétariat devrait passer. Il est en plus réducteur de nous ressortir des combles idéologiques (gauchistes et bordiguistes) la théorie du prolétariat immigré comme avant-garde du prolétariat mondial ; on se souvient de la faillite complète de ce concept petit bourgeois maoïste ! Le texte italien a trop tendance a utiliser le terme immigré en soi, comme si ce critère signifiait appartenance de classe, c’est pourquoi je l’ai souvent corrigé en précisant toujours « ouvrier immigré » ce qui n’est pas la même chose qu’immigré tout court, qui ne signifie pas plus prolétaire que bourgeois ou italien moyen. Mais le texte, malgré sa qualité de dénonciation de la bourgeoisie, laisse planer l’idée que si du moins les immigrés ne vont pas au paradis, l’immigré serait à nouveau « l’avant-garde » du prolétariat, ce qui est faux et archi-faux. Enfin avant de souhaiter (ou de subir) une guerre civile, des révolutionnaires responsables, soucieux des leçons sanglantes de l’histoire, au lieu de hurler déjà triomphalement en faveur d’un grand charcutage universel, feraient mieux d’être prudents et d’en appeler à la capacité de paralysie de la grève de masse, et de laisser les couteaux au vestiaire.


ROSARNO: LA BORGHESIA TREMA, PRODROMI DI GUERRA CIVILE

Ebbene cari lor signori, non si può avere la botte piena e la moglie ubriaca, non è possibile schiavizzare la mano d’opera utilizzandola per la raccolta di prodotti ortofrutticoli e cerealicoli e pretendere che questa non si ribelli nelle forme e nei modi almeno pari all’oppressione subita.
L’ipocrisia pennarola – di destra, di centro e di sinistra, da Il giornale di Berlusconi allo scrittore Saviano - al servizio del dio Kapital vorrebbe spostare su Mafia, Camorra, Ndrangheta e similari bande di malavitosi, la responsabilità di quanto accaduto a Rosarno in questi giorni o di quanto accaduto due anni fa a Castelvolturno.
Stiamo ai fatti. Gli immigrati, a Rosarno come nel resto del paese vengono impiegati come braccianti agricoli, quale classe operaia, a nero, perché – si dice ipocritamente – certi lavori i lavoratori italiani non li vogliono più fare. Diciamo diversamente e cioè che vengono impiegati gli immigrati ed a condizioni infami di lavoro proprio perché a quelle condizioni i nostri giovani lavoratori non vogliono sottostare. E si utilizzano gli immigrati come ulteriore fattore di ricatto contro la mano d’opera locale e indurla a più miti consigli. A questo scopo sono complementari tanto le associazioni umanitarie come la Caritas et similia nel loro spirito commiserevole ad evitare che la brutalità dello sfruttamento e della miseria sfoci in ribellione, quanto le organizzazioni criminali che manu militare tendono a soffocare ogni tentativo di organizzazione e di lotta degli immigrati.
I governi nazionali con le loro leggi Turco-Napolitano o Bossi-Fini sanzionano legislativamente il razzismo classista di stato. Entrambe, insieme, operano al servizio del profitto delle imprese, all’interno delle spietate leggi del mercato e della concorrenza. <<>> recita il Corrierone confindustriale milanese <<>> a giustificare l’atteggiamento e la necessità per le imprese locali di utilizzare la mano d’opera immigrata in quelle esplosive condizioni. Sì, sono le leggi del mercato a rendere il piccolo e medio contadino del sud d’Italia allo stesso tempo fondiario, capitalista e “lavoratore”, a essere strozzato dalla concorrenza e dalle banche e rivolgersi - per combattere le necessità degli immigrati - alle squadracce di camorristi.
E lo stato? Si domandano democratici e liberali. Lo stato arriva con le sue camionette, con la sua celere, con la sua forza repressiva quando le organizzazioni camorristiche per un verso e quelle commiserevoli per l’altro verso, non ce la fanno a contenere la legittima ribellione dei lavoratori immigrati, del proletariato, di quella classe che non è proprietaria di niente se non delle sue braccia, cioè di questa classe operaia, a questo stadio di sviluppo del capitalismo ed innanzitutto di questa fase di crisi generale dell’accumulazione del Capitale. In fin dei conti cosa chiedevano gli immigrati? Di essere pagati per il lavoro svolto e siccome siamo alla fine della campagna del raccolto, si è voluto punire e cacciarli via senza pagarli. C’è forse bisogno di dire da che parte sta lo stato?
<<>> scrive Antonio Macaluso sempre sul Corrierone. Vede lontano il pennarolo, sa leggere esattamente quel che le spie segnalano: un pericolo per la democrazia, per la “civile convivenza” di una piccola parte contro un’altra parte, la stragrande maggioranza della razza umana, bianca, nera, gialla o meticcia che sia.
A Rosarno è successo qualche cosa che preoccupa e non poco le classi borghesi, è successo semplicemente che i lavoratori neri hanno cominciato a devastare tutto, definendo cioè cose e persone quali facenti parte di un unico Sistema di oppressione e di sfruttamento. E l’hanno sfidato - tale sistema - in una sorta di vera e propria guerra civile seppure dagli esiti sfavorevoli scontati. Con questo bisogna fare i conti. Ai lavoratori rosarnesi così come ai lavoratori italiani si comincia a porre dinanzi il dilemma del ‘che fare? ‘, se cioè assistere passivamente o peggio ancora schierarsi con le forze repressive dello stato in cambio magari di elemosine da esso elargite e immiserirsi ulteriormente oppure cominciare a porre un argine alla prepotenza delle leggi del mercato, della concorrenza, della prepotenza padronale, camorristica, umanitarista e istituzionale.
A cosa serve la farisea manifestazione “antirazzista” all’indomani della cacciata degli immigrati se non al tentativo di lavarsi la coscienza sporca di aver assistito in maniera passiva alla repressione ed alle violenze contro i braccianti sia da parte delle squadracce al soldo delle imprese agricole che della polizia dello stato democratico?
Ma serve anche a ripristinare un certo clima “antirazzista” sempre più ricattatorio nei confronti degli immigrati perché di questi si ha assoluta necessità, con il solito codazzo di preti e di anime belle della sinistra a far da battistrada.
Tanto bastone e pochissima carota. Ma a Rosarno è successo qualche cosa di molto diverso rispetto agli anni 50 e 60, quando cioè alla violenza mafiosa e camorrista di agrari e imprenditori si opponevano mobilitazioni politico-sindacali pacifiche e democratiche, e si rivendicava ‘La terra a chi la lavora ‘.
Erano anni proiettati verso un poderoso sviluppo economico, dove trovavano posto sia illusioni che aspirazioni sia di parte dei contadini poveri che del proletariato meridionale. La crisi polarizza i campi. La lotta degli immigrati di questi giorni dice che la crisi morde alle radici del Sistema, che si riducono sempre di più tutti i margini di contenimento, che la compressione sulla forza lavoro non concede mediazioni e che innanzitutto è sciolto e in maniera definitiva il nodo della questione agraria: da una parte le imprese con i loro attrezzi antichi e moderni, dall’altra il moderno e più povero proletariato, la moderna e più impoverita classe operaia. A questo sono chiamati quanti guardano ad una ripresa generalizzata del conflitto Capitale-Lavoro a scala mondiale, senza piagnucolii.
Siamo soltanto ai primissimi prodromi di una inevitabile quanto certa guerra civile.
‘ Il proletariato ha solo da perdere le proprie catene ’ scriveva il nostro Carlo Marx.
Eccolo il proletariato che nella crisi irrompe sulla scena, tende a rompere le sue catene e lo fa a modo suo, nell’unico modo possibile, con la mobilitazione violenta, proporzionata in percentuale infinitesimale a quella subita nel corso di secoli.
Si è conclusa e definitivamente la fase ascendente del Sistema del Capitale, siamo a quella discendente, se ne accorge lo stesso papa e quanti nelle ‘camere caritatis’ sono in grado di leggere questa crisi, cioè nella fase che prepara grandi rivoluzioni non più democratiche borghesi, ma di natura proletarie.
Michele Castaldo
Roma 11/01/10

ROSARNO:

LA BOURGEOISIE TREMBLE, PRODROMES DE GUERRE CIVILE

Eh bien cher messieurs, on ne peut pas avoir le tonneau plein et la femme ivre, il n'est pas possible d’utiliser impunément la main d'oeuvre pour la récolte de produits fruitiers et céréaliers pour exiger de celle-ci qu’elle ne se rebelle pas dans les formes et des manières au moins égales à l'oppression subie.

L'hypocrisie générale de droite, de centre et de gauche, et du journal de Berlusconi à l'écrivain Saviano - au service du dieu Kapital a voulu déplacer sur les Maffia, Camorra, N’drangheta et fanfares similaires de malappris la responsabilité de tout ce qui est arrivé à Rosarno ces jours-ci comme de tout ce qui a eu lieu depuis deux ans au Castelvolturno.

Nous en restons aux faits. Les immigrés, au Rosarno comme dans le reste du pays, employés comme ouvriers agricoles agricoles sont venus, en tant que classe ouvrière, travailler au noir, et on déclare hypocritement qu’ils viennent faire le travail que les travailleurs italiens ne veulent plus faire. Nous disons différemment que les employés immigrés viennent travailler à des conditions de travail infâmes vraiment parce qu'à ces conditions nos jeunes travailleurs ne veulent pas se plier

Et on laisse entendre gentiment que les immigrés sont utilisés comme un autre facteur de chantage contre la main d'oeuvre locale. Dans ce but, beaucoup d’associations humanitaires comme le Caritas et similaires sont complémentaires dans cet esprit misérabiliste qui veut éviter que la brutalité de l'exploitation et de la misère n’entraîne la rébellion. Elles sont nombreuses ces organisations criminelles qui tendent à étouffer chaque tentative d'organisation et de lutte des ouvriers immigrés.

Le gouvernement national avec leurs Turc-Napolitano ou Buis-fins, sanctionnent le racisme législativement classiste d'état. Les deux opèrent au service du profit des entreprises ensemble à l'intérieur des lois impitoyables du marché et de la concurrence. <<>> le Corrierone récite pour la confédération du patronat milanais <> afin de justifier l'attitude et la nécessité pour les entreprises locales d'utiliser la main d'oeuvre immigrée dans les conditions explosives. Oui, soumis au marché, ils contribuent à rendre le petit et paysan moyen du sud de l'Italie au même temps propriétaire foncier, capitaliste et "travailleur", à être étranglé par la concurrence et les banques et à s'adresser - pour combattre la réplique des ouvriers immigrés - aux bandes de la camorra.

Et l'Etat? Interrogent démocrates et libéraux ? L'Etat arrive avec ses camionnettes, avec la sienne rapide, avec sa force répressive quand les organisations camorraises d’un côté font dans le misérabilisme et de l’autre ne peuvent pas contenir la rébellion légitime des travailleurs immigrés, du prolétariat, de cette classe qu'il n'est propriétaire de rien sauf de ses bras, c'est-à-dire de cette classe ouvrière au stade de développement du capitalisme et avant tout de cette phase de crise générale de l'accumulation du Capital. En fin de compte que demandaient les travailleurs immigrés? D'être payé pour le travail effectué et comme nous sommes à la fin de la campagne de la récolte, on a voulu les punir et les chasser voire sans les payer. Est-il nécessaire de dire que l’Etat a été complice?

<< style="mso-spacerun: yes"> Sans hésitations. Quand les signaux d’alerte indiquent un danger imminent et diffus, la politique doit faire son mieux.>> Antonio Macaluso écrit cela dans le Corrierone. Il voit un peu plus loin, il sait lire exactement ce que les signaux signalent: un danger pour la démocratie, pour la vie « en commun", "civile » d'une petite partie contre une autre partie, la majorité immense de la race humaine, blanche, noire, jaune ou métisse.

Au Rosarno il s’est produit quelque chose qui préoccupe, et pas peu, les classes bourgeoises. Les travailleurs noirs ont simplement commencé à dévaster tout, en identifiant la vraie face d'un unique Système d'oppression et d'exploitation. Et ils l'ont défié - ce système - dans une sorte de guerre véritable civile préliminaire. Désormais on doit en tenir compte. Pour les travailleurs de Rosarno comme pour tous les travailleurs italiens, chacun se trouve devant le dilemme « que faire ? ». Soit assister passivement ou encore pire, se ranger du côté des forces répressives de l'Etat, et peut-être en échange de son aumône, vous vous soumettez ou commencer à déchirer l'arrogance du marché, de la concurrence, l'arrogance du dominant camorrais, humanitariste et institutionnel.

C’est à la soumission qu’a servi la manifestation "antirazzista" au lendemain de l'expulsion des immigrés voire à la tentative de se laver la conscience sale d'avoir assisté de manière passive à la répression et aux violences contre les ouvriers agricoles, soit de la part des bandes rétribuées par des entreprises agricoles qui sont restées démocratiques pour la police.

Ce genre de protestation, avec la cohorte habituelle de prêtres et de belles âmes de la gauche sert à rétablir un certain climat de plus en plus "antirazzista" de chantage vis-à-vis des immigrés, également parce qu’on a besoin qu’ils restent absolument pour travailler.

Beaucoup de bâton et peu de carotte. Mais à Rosarno quelque chose de très différent s’est produit, alors que pendant 50 à 60 ans la violence de la maffia et des camorrais paysans et entrepreneurs pouvait s’opposer aux habituelles mobilisations calmes politico-syndicales et démocratiques, et qu’on pouvait revendiquer 'la terre à qui il la travaille ' !

Ils ont été étaient projeté vers un développement économique puissant, où ils ne pouvaient trouver place que dans des illusions ou dans les aspirations à être plus partie des pauvres paysans que du prolétariat méridional. La crise polarise les frontières de classe. La lutte des ouvriers immigrés de ces jours-ci montre que la crise mord aux racines du Système qui réduisent toujours plus toutes les marges de compression sur la main-d'œuvre. Le système n'accorde pas de médiations et il défait avant tout, et de manière définitive, le noeud du problème agraire: pour partie les entreprises avec leurs outils anciens et modernes, de l'autre le prolétariat moderne et plus pauvre, la classe ouvrière moderne et la plus appauvrie. Au système les ouvriers ont rappelé qu’ils ont en vue une reprise généralisée du conflit Capital-travail à l'échelle mondiale, sans pleurnicheries.

Nous sommes aux prodromes premier d'un inévitable et combien certaine guerre civile.

Le prolétariat n’a que ses chaînes à perdre comme l’écrivait notre Carlo Marx.

Saluons le prolétariat qui déferle sur la scène dans la crise, tente de rompre ses chaînes, et il le fait à sa manière, de la seule manière possible, par sa mobilisation violente, proportionnée en pourcentage infinitésimal à celle qu’il a subi au cours de siècles.

Elle est terminée la phase ascendante du Système du Capital, et la chute est définitive. Même le pape ne s’en aperçoit pas. Et combien dans les mouvances caritatives sont aptes à lire cette crise ? C'est-à-dire dans la phase qui prépare les grandes révolutions, non pas de nature bourgeoise démocratique, mais de nature prolétaires.

Michele Castaldo Rome 11/01/10


lundi 11 janvier 2010



ORACLE ô désespoir !


AVEZ-VOUS LU LE DERNIER PRESAGE D’EDGAR MORIN ?[1]


Non et vous n’avez rien perdu. Edgar Morin, oracle patenté du principal journal bourgeois francofaune, est toujours consulté tous les quarante ans pour ne rien dire. La dernière fois, souvenez-vous c’était la « révolution introuvable » en 1968. Edgar Morin c’est l’encyclopédie réduit à l’état de marmelade, la sodomisation des avoirs multiples, la codification du néant vieillissant. Vieille relique stalinienne des années lamentables et simplement antifascistes, passé à l’élite bourgeoise alcoolique via son versant sociologique, Edgar Morin est surtout connu pour avoir inventé le fil à couper le beurre. Avant lui le beurre durcissait, après lui il fond.


Par son « éloge de la métamorphose » en Une du mondain du 10 janvier, le vieux rat de la sociologie agita la boule de cristal acquise dans une vieille brocante parisianiste, avec un langage heurté de verbes qui s’entrechoquent à l’imparfait comme au présent sans pouvoir se servir du futur, conjugaison forcément diabolique: « L'aspiration multimillénaire de l'humanité à l'harmonie (paradis, puis utopies, puis idéologies libertaire /socialiste/communiste, puis aspirations et révoltes juvéniles des années 1960). Cette aspiration renaît dans le grouillement des initiatives multiples et dispersées qui pourront nourrir les voies réformatrices, vouées à se rejoindre dans la voie nouvelle. L'espérance était morte. Les vieilles générations sont désabusées des faux espoirs. Les jeunes générations se désolent qu'il n'y ait plus de cause comme celle de notre résistance durant la seconde guerre mondiale. Mais notre cause portait en elle-même son contraire. Comme disait Vassili Grossman de Stalingrad, la plus grande victoire de l'humanité était en même temps sa plus grande défaite, puisque le totalitarisme stalinien en sortait vainqueur. La victoire des démocraties rétablissait du même coup leur colonialisme. Aujourd'hui, la cause est sans équivoque, sublime : il s'agit de sauver l'humanité. L'espérance vraie sait qu'elle n'est pas certitude. C'est l'espérance non pas au meilleur des mondes, mais en un monde meilleur. L'origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine ». Le pauvre Edgar Morin n’est plus que le reflet du monde politique bourgeois déliquescent, dont les sous-produits bobos se raccrochent en vain au mirage écologiste et aux trips élitaires, avec ou sans paradis artificiels.


Revenons au début de la prévision de ce soulographe qui se prenait pour un dieu : « Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un méta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. Le système Terre est incapable de s'organiser pour traiter ses problèmes vitaux : périls nucléaires qui s'aggravent avec la dissémination et peut-être la privatisation de l'arme atomique ; dégradation de la biosphère ; économie mondiale sans vraie régulation ; retour des famines ; conflits ethno-politico-religieux tendant à se développer en guerres de civilisation. L'amplification et l'accélération de tous ces processus peuvent être considérées comme le déchaînement d'un formidable feed-back négatif, processus par lequel se désintègre irrémédiablement un système. Le probable est la désintégration. L'improbable mais possible est la métamorphose ».


La méthode de Morin c’est le grand n’importe quoi. Célèbre pour ses reportages hippies dans Paris Match il y a un demi-siècle, on regrette que sa métamorphose n’ait pas été retenue par « Gala », nul doute que les ménagères de plus de cinquante balais n’eussent intensément frémi aux papillonnements morinesques que les froids lecteurs intellectuels du Monde. La méthode de Morin peut être appliquée à toutes les questions généralistes, à la mode féminine, aux randonnées pédestres, à l’observation des étoiles et des fourmis, mais pas pour la réparation du moteur de votre auto ni pour faire fonctionner la traite automatique du lait dans votre étable. Adoptons si vous le voulez bien, lecteur suiviste et inculte, la méthode morinesque à un concept qui paraît fort luxueux et décalé en ces temps de crise systémique (autrement dit crise économique systématiquement masquée) : la critique de la hiérarchie. Vous allez sur le site gauchiste « Rue 89 », haut lieu de la pensée morinesque, et vous lisez ceci :


Un aspect du discours de la « métamorphose ».


« Et si on se passait de la hiérarchie en entreprise ? »[2]


« Marre de devoir rendre des comptes à des supérieurs qu'on ne voit jamais ? De poursuivre des objectifs irréalisables fixés par des chefs qui n'ont jamais travaillé sur le terrain ? Sirènes populistes ou délires d'anarchie, le désir d'en finir avec la hiérarchie fait partie de l'esprit national. « La France a longtemps été l'un des pays où la chaîne de commandes au sein de l'entreprise était la plus longue », rappelle le professeur Alain d'Iribarne de la fondation Maison des sciences de l'homme. Avec Mai-68, les choses ont commencé à bouger. Mais le vrai virage a eu lieu lorsqu'il a fallu répondre aux exigences de compétitivité et de flexibilité des marchés mondiaux : « Les entreprises ont alors décidé d'adopter des “organigrammes plats” en réduisant les niveaux hiérarchiques et la division du travail en faveur d'une meilleure qualification des personnels d'exécution ». « Organigrammes plats » : l'expression n'est guère séduisante dans sa formulation si abstraite. Pour en avoir une idée plus concrète, le mieux est de se rendre à Hallencourt, Picardie. C'est là-bas qu'en 1957 est née Favi, entreprise spécialisée dans le travail du cuivre et du laiton. A sa tête des années 1980 à janvier 2009, Jean-François Zobrist a fait de cette entreprise le fournisseur de fourchettes d'embrayage de 65% du marché automobile européen. Son « secret » : le travail en équipe, avec une totale absence de cadres et des ouvriers libres de décider eux-mêmes comment mettre en place la stratégie fixée par le directeur.


Mise en pratique : « Je crois que l'homme est bon ! Il n'est donc ni voleur, ni fainéant », s'exclame Jean-François Zobrist pour justifier sa méthode de gestion. Au quotidien, cela signifie des magasins en libre service, la suppression du pointage, les portes ouvertes et surtout la réduction drastique des niveaux hiérarchiques.


Répartis au sein de 21 mini-usines, une pour chaque client (Fiat, PSA, Audi…), les 500 salariés sont encadrés par des « leaders », ouvriers plus expérimentés qui prennent toutes les décisions concernant la production, les approvisionnements, la gestion du personnel (salaires compris) et de l'entreprise. Ils remplacent ainsi les services administratifs qui gèrent habituellement ces tâches dans les entreprises et se substituent aux nombreux échelons d'agents de maîtrise (chefs d'équipes, contremaîtres et chef d'ateliers). Résultat : une vision plus globale pour une meilleure compréhension et une prise de décision plus réactive car au plus près du terrain. D'ailleurs, les bureaux des 13 commerciaux de l'entreprise sont installés au milieu des machines, pour toujours avoir un œil sur le baromètre de la situation. A en croire Jean-François Zobrist, chez Favi tout se passe étonnamment bien du point de vue relationnel. « Je n'ai pas d'explication. Je constate simplement qu'en trente ans il n'y a jamais eu de tensions ». Impossible d'avoir l'avis des délégués syndicaux pour une seule et bonne raison : il n'y en a pas (tant mieux, JLR). Les élections ont systématiquement été désertées (du maximalisme à l’état pur, JLR). Peut-être est-ce grâce à l'esprit d'équipe qui s'instaure dans chaque mini-usine et qui pousse les salariés à coopérer. Dans le documentaire de François Maillart, tourné au cœur de l'entreprise pendant plusieurs mois et diffusé sur France 3 en mai 2009, on voit des salariés épanouis et satisfaits du modèle mis en place[3]. Cependant ce type d'organisation peut générer un climat de pression sociale à l'intérieur du groupe. Olivier Torrés, professeur à l'Université de Montpellier et à l'EM Lyon, spécialiste des PME, le confirme : « Si la proximité qui se crée dans les PME et les petites équipes réduit le risque de conflit, l'attachement et l'affectivité qui découlent de ce lien direct peuvent rendre plus pénibles les moments difficiles qui font partie de la vie d'une entreprise. » [4] Pour lui, l'enjeu serait donc de trouver le juste équilibre entre management à distance et « modèle PME ». Cela passerait par un retour à des formes de management direct, verbal et affectif au dépit d'un « management à distance » basé sur des données chiffrées et des reportings abstraits. A noter tout de même que si une organisation en mini-usine peut s'appliquer aisément à d'autres secteurs de l'industrie manufacturière, elle est beaucoup plus complexe à mettre en œuvre dans les entreprises du tertiaire. Il semblerait que l'idée d'un bureau sans hiérarchie où tout le monde travaille en « mode projet » dans des « business units » n'ait pas que des avantages. C'est en tout cas ce que laissent entendre Alexandre des Isnards et Thomas Zuber, co-auteurs de « L'Open space m'a tuer » (éd. Hachette Littératures, 2008). Thomas Zuber constate : « Aujourd'hui, 65% des entreprises françaises travaillent en open space, ce qui est le symbole le plus marquant de ce qu'on appelle le néomanagement participatif. » Censée rendre effective la démocratisation du travail, la disparition des petits chefs autoritaires ne s'accompagne pas automatiquement d'une réelle autonomie des salariés : « On vous dit que vous êtes autonome mais on ne vous en donne pas les moyens, notamment le pouvoir de décider le budget et les ressources. Sans marge de manœuvre, votre stress monte. » Dans des équipes où personne ne peut rien attendre des autres car on est tous au même niveau, la pression est de nature affective et s'exerce de façon très subtile : « Ce n'est pas le chef qui met la pression mais le client que l'on n'a pas le droit de décevoir. » [5]


COMMENTAIRE D’UN FAINEANT MARGINAL


« Difficile pourtant d'imaginer que ce soit le modèle rêvé des patrons français… Dans les entreprises modernes, on aime la flexibilité. Depuis mon embauche, j'ai entendu ce mot assez souvent. Il faut être flexible et venir travailler le week-end. Il faut être flexible et faire des heures supplémentaires quand il y a des livraisons urgentes. Il faut être flexible et savoir déplacer ses vacances au bon vouloir des patrons ou des chefs. Il faut être flexible et être joignable par téléphone lorsqu'on est en vacances. Il faut être flexible et accepter de ne pas être payé pour un mois de travail. Il faut être flexible et accepter les retards dans le salaire. Bref, la flexibilité (je dirais même le contorsionisme) et une valeur primordiale de l'entreprise. Ayant adhéré avec joie aux valeurs de l'entreprise en signant mon contrat de travail, j'ai depuis développé mon amour de la flexibilité au sein de cette dernière. Comme il faut être créatif et avoir un sens de l'initiative dans le monde merveilleux du libéralisme, j'ai introduit une nouvelle flexibilité à la liste ci-dessus. Celle d'arriver à l'heure qui me plaît au travail, et cela de manière sinusoïdale entre 12:00 et 14:00. Mais voilà, étrangement, cette flexibilité ne plaît pas à mon chef. Alors ça fait un moment que ça le dérange, et que j'ai droit à des réunions en tête à tête pour parler du problème. La première stratégie a été la menace du chômage "Il ne faudrait pas que ton accident de réveil se transforme en accident de chômage". Ne voyant pas forcément la perspective du chômage comme quelque chose de négatif, ça n'a pas vraiment fonctionné. À vrai dire, ça à eu l'effet inverse. Réaction basique à l'autorité... La deuxième phase a consisté à "médicaliser" cette flexibilité. "Tu devrais consulter pour tes problèmes de sommeil". "Tiens, lis donc cet article, ça explique comment devenir un lève-tôt". Nouvel échec. C'est vrai que la flexibilité salariale est une pandémie capitaliste, mais bizarrement, celle-ci ne doit pas se faire soigner... Aujourd'hui, la troisième phase a commencé. Après avoir bien étudié mon cas, mon chef a décidé de s'attaquer à quelque chose d'important pour moi : mes vacances. Il m'a donc proposé que tout retard après l'heure de 11:30 soit compté en tant que vacances. C'est pervers. N'approuvant absolument pas la mesure, mais n'ayant pas grand pouvoir dans la décision, j'ai négocié 2 points. L'heure limite est déplacée à midi, et ne seront comptés en tant que vacances que les retards non prévenus. Si j'appelle à 11h59 pour dire "j'arrive à 13h", et bien la mesure ne s'applique pas. Malgré cette négociation, j'ai fait comprendre à mon chef que cette mesure s'appliquait sans mon consentement.


Dans la mesure où je peux prendre des congés sans solde, cette mesure pourrait finalement se transformer en réduction choisie du temps de travail... À suivre !


Pendant l'entretien, comme d'habitude, sont apparues quelques petites perles. Expliquant sans trop en faire, que ma matinée avait été un peu chaotique, entraînant mon arrivée à 13h30 j'ai eu droit à un "Le chaos de ta vie privée n'a pas à influencer ton travail.". Chiche? La prochaine fois qu'une livraison urgente viendra jouer la corde de la flexibilité, j'irai lui dire "le chaos de l'entreprise n'a pas à influencer ma vie privée". On verra ce que ça donne. Pour finir, une petite phrase qui m'a fait sourire : "Parfois c'est pénible d'être ton chef". Peine partagée. C'est pénible d'avoir un chef... Je n'aime pas la hiérarchie. Ça, mes patrons commencent à le comprendre, et mon chef aussi. Finalement, je pense que toute la hiérarchie "officielle" de l'entreprise a compris que toute expression ouverte de son autorité avait des conséquences négatives sur ma productivité et ma collaboration avec les intérêts capitalistes de l'entreprise. Mais depuis peu, je me suis retrouvé confronté à une nouvelle forme d'autoritarisme inattendu. Celle du petit lèche-cul qui veut devenir sous-chef. C'est une forme d'autorité qui est complexe à gérer au premier abord, lorsque l'on veut être solidaire de l'ensemble des salarié-es, dans un esprit marxiste old-school. Mais c'est finalement quelque chose d'assez facile à comprendre dans la logiquecapitaliste néo-libérale. Chacun-e, dans son esprit d'entreprise individuelle doit niquer les autres et montrer sa supériorité et ses avantages comparatifs. Certes, dans mon cas on a tous les deux un boulot, et pas de concurrence "à priori", mais à l'image des grandes entreprises qui ont réussi, le but c'est de niquer la concurrence, même si elle n'est pas une menace, parce qu'à terme, elle pourrait en devenir une. Voilà donc comment un collègue inoffensif à priori sort depuis quelques semaines son jeu pervers à chaque occasion. Il s'agit de corriger spontanément mon travail devant notre chef, puis de me donner des tâches qu'il serait bien que je fasse. Un petit peu les basses tâches dont il ne veut pas se charger. Plus pervers encore, il me demande de réaliser des tâches qui sont de sa compétence, pour le seul plaisir de les faire avant que je n'aie eu le temps de m'y atteler, parce que j'ai un autre métier malgré tout. Entrer dans une guerre froide avec ce collègue, comme je le fais avec ma hiérarchie officielle, ça n'est pas forcément la bonne stratégie, car ça me ferait passer de "chieur anti-chef" à "chieur tout court". Ma stratégie sera donc simplement d'entrer dans son jeu jusqu'à ce qu'il se lasse : lui laisser faire tout mon travail. Au bout d'un moment, il finira par arrêter de vouloir me donner des trucs à faire si il se rend compte que ça lui retombe sur la gueule. Au final, je me demande si il s'agit du syndrome simple du "lèche cul premier d'la classe", ou d'une manipulation perverse de mon chef, qui remarquant mon refus de son autorité, la fait passer par la voix d'un collègue » (Marcel).



HIERARCHIE ET COMMUNISME


Brave contempteur de son aliénation, le marginal Marcel rêve doucement, peut continuer à zigzaguer avec la fausse solidarité corporative et théoriser son dégoût de la hiérarchie sans alternative. Il ne dérange personne et restera au placard toute sa vie. C’est l’anarchiste de service. Il sait qu’il ne peut pas compter ni sur le bouffon Morin ni sur Marx et Engels, lesquels intellectuels ont défendu la hiérarchie comme progressiste (cf. l’image du capitaine de bateau par Engels), ni une quelconque égalité fallacieuse dans la société communiste. Engels écrivit un jour à Bebel : « Se représenter la société socialiste comme le règne de l’égalité est une conception unilatérale de français, conception s’appuyant sur la vieille devise ‘Liberté, égalité, fraternité’, et se justifiant en ses temps et lieu comme phase de développement ; mais de nos jours, elle devrait être dépassée comme toutes les visions unilatérales des vieilles écoles socialistes car elle ne fait qu’embrouiller les esprits et doit donc être remplacée par des formules plus précises et mieux adaptées aux choses »[6].


Marcel et les anarchistes en général devront s’y faire : tant que subsistera l’Etat capitaliste, subsistera la hiérarchie sous toutes ses formes : franche, déguisée, autogestionnaire, managériale, moderniste, sentimentale, familiale, etc.


Marcel et les marxistes en général devront s’y faire : tout parti quel qu’il soit, sous le capitalisme, ne peut fonctionner sans hiérarchie. L’expérience en Russie au début du siècle dernier a confirmé que si la révolution abhorrait les hiérarchies, le reflux les lui a resservies sur un plateau. Le parti bolchevik a été un véritable parti révolutionnaire tant que sa vie interne se foutait de toute préséance hiérarchique. Via l’idéologie frelatée de tous les gauchos de Lénine et des anarchistes crapoteux, la « guerre révolutionnaire », transmuée en « militarisation » a été le principal vecteur de la restauration de la hiérarchie étatique dans le parti, et Staline le menuisier de l’escalier. Tout l’honneur de Trotsky a été de refuser de s’appuyer sur la hiérarchie militaire pour monter un coup d’Etat.


Pour parodier Morin, je conclurai ainsi: L'amplification et l'accélération des processus de destruction d’emplois et de paupérisation absolue, peuvent être considérées complémentaires du déchaînement d'un formidable rejet des hiérarchies managériales, syndicales, politiques, religieuses et morales, processus par lequel se désintègre irrémédiablement le système capitaliste[7]. Le probable est la désintégration. L'improbable mais possible, est non pas la métamorphose du plomb en or, ou du vent en pluie, mais la confrontation violente des classes.











[1] J’ai préféré garder ce titre, bien que tenté par cet autre « Edgar Morin est devenu communisateur », c'est-à-dire partisan du contenu et du contenant du capitalisme, mais c’était trop explicite pour mes lecteurs maximalistes.



[2] Par Andrea Paracchini Reporters d'espoir 18/11/2009 13H53




[3] Comme les ouvriers autogérés de Lip avant qu’ils ne se rendent compte qu’ils avaient été baisés par les syndicats et les gauchistes.



[4] On pense aux « Libres enfants de Summerhill », et à toutes les prétentions utopiques à éduquer ou à vivoter hors du capitalisme, toutes des échecs. Certains « libres enfants de Summerhill » sont devenus de compétents pilotes de bombardiers…



[5] Ce journaleux découvre à retardement l’univers capitaliste moderne ! Cf. dans mon ouvrage de 2008 « Dans quel Etat est la révolution ? » : « La hiérarchie est une invention des prêtres et des théologiens. Nietzsche est le premier à s’en moquer, avant Kafka. Il identifie le concept de devoir qui se présente comme un commandement sans commandant ; la monstruosité d’un commandement sans commandant est pourtant le fin fond de l’autogestion capitaliste, des « cercles de qualité », « réformes de structures » et des divers systèmes d’auto-régulation mis en place depuis l’éducation jusqu’aux besoins créés artificiellement de manière subliminale » (p. 135)



[6] Repris dans la brochure de « Le programme de la société communiste » du groupe communiste mondial (la question syndicale et le marxisme, page 7) numéro spécial, octobre 1976. Engels n’a pas pu ni inventer ni trouver ces « formules plus précises », mais nous renvoyons à la critique du programme de Gotha par Marx où celui-ci explique bien que l’égalité est impossible mais que cela ne peut pas fonder une nouvelle injustice ; Marx n’a pas vraiment eu les moyens de réfléchir à l’autre société succédant au capitalisme sans… hiérarchies, ou en tout cas, dans la transition, par une « rotation des tâches » dans laquelle les hiérarques marxistes intégristes voient fissa la réincarnation de Belzébuth et de ses deux horribles progénitures Proudhon et Bakounine!



[7] La remise en cause « primaire », « impulsive » de toutes les hiérarchies, de toutes les « autorités », « maîtres à penser » ou « directeurs de conscience » est patente dans les dramatiques « faits divers » que nous aligne la presse quotidiennement. Il faudrait se livrer ici à tout un développement dont sont incapables tous les oracles et sociologues pour expliquer l’avancée du néant : vague de suicides en entreprises, meurtres gratuits, etc. Le fait que dans un face à face absurde, d’homme à homme, deux automobilistes s’entretuent pour des motifs futiles, que des pères assassinent froidement leurs enfants par strangulation, que des lycéens s’égorgent à coups de couteaux sans raison crédible, cette série de constats dévoile le vide de l’humanité actuelle barbotant dans ce capitalisme no future. Les hommes ne pourront-ils désormais vivre que dans l’attente de tuer ou d’être tué ? La désintégration va-t-elle l’emporter sur la capacité de la classe des prolétaires à, non pas métamorphoser, mais transformer les rapports sociaux et politiques par la révolution la plus radicale qu’il soit?