"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 30 août 2011

COUP D'OEIL DANS LE RETRO


COMMENT L’ANCETRE DU NPA S’EST VAUTRE DANS LE SOUTIEN AU BOURGEOIS MITTERRAND

Le Quotidien rouge « journal d’action communiste » n°21 – 18 mai 1974 – directeur : Daniel Bensaïd, appella mordicus à voter Mitterrand, « action communiste » qui n’était évidemment pas « un but final », mais comme le communiqué du 6 mai de Lutte Ouvrière « pour qu’il ne manque pas une seule voie sur le nom de François Mitterrand », « mais parce que la victoire de Mitterrand (…) pourra faire la preuve, aux yeux de l’ensemble des classes laborieuses, de ce qu’il est vraiment » ! Hi ! Près de quarante ans plus tard, les trotskiens pourraient-ils tenir le même genre de discours pour demeurés avec un des champions de la gauche caviar ? Non, pour le deuxième tour de la religion électorale, on se contentera d’un « faut battre la droite », pardon « éliminer le blaireau ». Le 17 mai 1974, une autre chapelle du même tronc l’orga Révolution ! des Henri Mahler et Isaac Joshua publie aussi un communiqué en se rejouant juin 36 : « une victoire de l’Union de la gauche affaiblirait l’Etat fort, améliorerait le rapport de force en faveur de la classe ouvrière et créerait, ce qui est décisif, des conditions plus favorables à l’intervention directe des masses sur la scène politique ». Oublié l’impulsif trotskien « élections piège à cons » dans la foulée de la grève générale perdue.

Près de 40 années plus tard on se marre encore du pronostic et de l’analyse trotskienne. Mais peine perdue, en 1974 Giscard conserve le crachoir et les gauchistes font encore rire tout le monde. Malgré leur soutien renouvelé à un des pires magouilleurs de la IVème et de la Vème Républiques en 1981, le florentin de la mièvrerie gauchiste est élu surtout grâce au mécontentement des couches moyennes et trois ans après son élection le chômage explose et il n’y a pas eu de grève notable, la lutte étant ficelée par les ministres staliniens et leurs obligés syndicalistes, qui officient d’ailleurs comme les collaborateurs CFDT et CGT de Sarkozy aujourd’hui, en se gardant de jeter de l’huile sur le feu tout en laissant gauchistes et anarchistes saupoudrer les rues de leurs confettis inoffensifs.

Relions à présent plus à fond l’argumentaire moyen du gauchisme souteneur de la gauche bourgeoise pour que « cette force se gonfle d’espoir », six ans après la gueule de bois post 68 (les gras sont de la rédaction de l’éphémère quotidien trotskien). Vous découvrirez ainsi les secrets de la maïeutique trotskiste, j’allais dire du jargon politique invraisemblable.

« … Pour déjouer les embûches et les trucages, il faut donc que pas une voix ne manque à Mitterrand dimanche. D’abord , parce que son élection ouvrirait la voie à des victoires de tout autre ampleur, si nous savons élargir la brêche (sic !) sans attendre, sans faire confiance aux promesses, en comptant sur nous-mêmes. Il sera possible d’en finir avec ce régime ébranlé que nous supportons depuis trop longtemps.

Et cette victoire ne serait pas due à l’éloquence de Mitterrand mais au vigoureux coup d’épaule donné il y a six ans tout juste par dix millions de grévistes. Le régime a chancelé, essayé de se rattraper, il peut maintenant s’abattre, mais la poussée qui le renverse vient de loin, les présidentielles ne sont que l’occasion.

Ensuite, parce que l’élection de Mitterrand ouvrirait la voie à d’importantes conquêtes sociales. Par (pas) celles annoncées par le programme commun encore réduites et rognées en cous de campagne. Mais les 1500 F minimum, les 35 heures, l’échelle mobile, « oubliées » à Grenoble et bien d’autres. Rappelons nous comment en 36, dans la foulée d’une victoire électorale, les travailleurs se sont engouffrés pour arracher satisfaction sans laisser de répit aux patrons.

Enfin, parce qu’une victoire électorale de ce type, avec la majorité absolue, malgré les ficelles électorales conçues pour la bourgeoisie, donnerait confiance en elle-même à la première France, la France prolétaire, la France populaire, la France d’en bas (sic langage électoral typique des staliniens franchouillards et de leur barde Ferrat). Et si elle pend confiance en elle-même, si elle se gonfle d’espoir, cette France là peut aller bien au-delà des horizons étriqués du programme commun, elle peut bousculer les obstacles, briser les digues, faire éclater les chaînes du capital.

Il serait alors possible de tendre la main aux prolétaires portugais par-dessus la tête de Franco, d’en finir avec trente cinq ans de franquisme, de marcher vers une Europe des travailleurs.

VOTER, FAIRE VOTER MITTERRAND

Cette voie là n’est pas celle de Mitterrand, ni celle du PCF. Marchais se montre conciliant pour deux, il ne revendique aucun ministère-clé, il promet de gérer loyalement le capitalisme. Mitterrand annonce qu’il a confiance dans les généraux et les policiers qu’il connait bien, comme Allende eut confiance en Prats et Pinochet. Pas nous. Ces gens-là se préparent à décevoir ou à trahir les espoirs mis en eux. Il faut se préparer à aller plus loin, malgré eux.

Le 19, nous voterons Mitterrand. Pour qu’il soit élu. Pour que, s’il est élu, il n’ait aucun prétexte à se dérober, pour qu’il ne puisse pas justifier ses compromis à droite par la défection de l’extrême gauche. (fort le café comme degré d’avilissement poliitique, n’est-ce pas ?)

Mais Mitterrand peut être battu, nous n’en serons pas découragé pour autant. Une victoire électorale peut aider le combat révolutionnaire (jamais ! cuistres !) mais nous n’attendons pas la victoire des urnes (menteurs !). Il faudra de toute façon se donner d’autres moyens dans les entreprises et dans la rue, pour vaincre la bourgeoisie. Mais qu’au moins, si les travailleurs font une nouvelle fois l’expérience de l’impasse électorale (rocher de Sisyphe trotsko-gauche caviar !), il ne manque aucune voix révolutionnaire. Que les Marchais et Mitterrand ne puissent pas dire que l’échec est le fruit des divisions, qu’on fera mieux la prochaine fois (bis repetita) en s’élargissant encore à droite.

Cela ne nous empêche pas de dire qu’en multipliant les concessions, les incantations verbales, les réformistes ne préparent en rien les travailleurs aux épreuves de demain, et qu’en votant Mitterrand, il faut continuer plus que jamais, à n’avoir confiance qu’en nous-mêmes et en nos luttes.

Maintenant, si Mitterrand était battu, l’élu du 19 mai, Giscard, serait d’ores et déjà désigné, marqué au fer, comme l’ennemi de classe. Et il n’est pas question que la première France, celle du travail et de la jeunesse se résigne, au rôle de sujet de ce nouveau monarque. Elle sait dès à présent qu’elle est la majorité réelle, électorale et sociale. Que sa défaite ne peut résulter que des trucages, des injustices, des entourloupettes de gens rompus au maniement des dés pipés et des cartes biseautées. Et que c’est inadmissible. »

Notez quand même: L’article n’est pas signé et émane donc du comité central trotskien. Comme tous les textes de sectes politiques il est surchargé d’interprétations réponses à tout pour faire barrage à tout fou-rire. L’ennemi de classe succédant au moribond Pompidou « marqué au fer » en carton du trotskysme larbin de la gauche bourgeoise, a régné sans partage les sept années suivantes. La secte LCR peut néanmoins, ergotant face à Madame l’Histoire, se vanter d’avoir préparé la victoire de Mitterrand de 1981… sept ans auparavant. Au bénéfice de l’antériorité. Et du doute des rieurs. A noter que le temps est venu des confessions publiques, lundi 29 sur la chaîne parlementaire, quatre compères trotskystes des trois principales sectes gauchistes, devenus manitous du PS – dont Cambadélis et Juju Dray – sont venus rendre compte de leur stratégie de conquête… des bonnes places au sein du principal parti bourgeois de la gauche caviar. Le trotskysme n’ayant été que leur stage de formation à l’apprentissage de la démagogie basée sur le précepte bien connu et pervers « oui… mais… ». Les plus imbéciles, les lambertistes de l’ex-PT, continuent à perpétrer leurs rites ridicules. Ils se sont rendus endimanchés et avec force drapeau sur la tombe de Sedov, le fils de Trotsky assassiné à une autre époque. Cette version trotskienne n’a pas démérité en ayant formé ce grand homme d’Etat adjoint que fût Jospin, et détient un puissant pouvoir syndical à l’Université.

lundi 29 août 2011

Réponse à la désinformation du pci sur la rupture de 1966

Par Xavier (ex-membre du Groupe Communiste Mondial)

Ce camarade me fait parvenir ses critiques au PCInt. concernant la "déformation" de son histoire. Mon blog est ouvert à toutes les composantes du marxisme maximaliste. Les explications de Xavier et son souci de renvoyer à des sources classiques sont par conséquent bienvenues. Je crains toutefois que l'argumentation n'apparaisse absconse et l'enjeu de la polémique refroidi. Tous les petits groupes de la Gauche communiste maximaliste ont connu moult scissions au point qu'il ne reste plus que des poignées d'individus voire des couples qui conservent pieusement des sigles qui ne signifient plus rien. J'avoue que je garde de l'estime pour ces quelques militants qui ont refusés la résignation, qui mordicus défendent une intervention politique avec des arguments marxistes au profit de la défense de la classe exploitée. Que vaut l'argument "il fallait quitter le PCI en 1966" quand tous ceux qui l'ont quitté ou voulu rivaliser avec lui se sont dispersés dans la nature. Et on ne voit pas trop ce que propose Xavier en fin de compte comme alternative: discuter entre has been? prendre des contacts? Il a essayé depuis deux ans lui-même avec ténacité et çà ne marche pas. Chacun reste encore dans son coin. relire les textes de la "Gauche italienne" comme un bréviaire pour se consoler du marasme actuel?
Il me reprochera certainement d'être "attentiste" à défaut de ne pouvoir être "volontariste". Et bien je préfère être attentiste en vue d'événements futurs qui imposeront à chacun, à chaque groupe de prendre ses responsabilités. Et certainement se reposera le problème de la poule et de l'oeuf: y aura-t-il un seul pôle de clarté théorique face à des regroupements sans principes?
Puisse la démarche de Xavier élargir le débat, ou plutôt le faire sortir de l'ornière où la fin du siècle dernier l'a laissé, induisant l'errance pour beaucoup, le dégoût pour beaucoup aussi, mais aussi la ténacité des mêmes minorités.
JLR


Salut Jean Louis,


J ai vu sur ton blog un "fan" à toi qui ne t'as pas trop critiqué sur un terrain politique !!




Comme je ne savais pas ou je pouvais répondre au Pci, j'ai voulu mettre ce texte dans les "commentaires" de ton blog mais j'ai pas réussi car mon texte était trop long. En terme de désinformation, on ne peut pas mieux faire de la part du Pci pour "expliquer" la séparation de 1966 sur laquelle aucun argument politique sérieux n'est avancé.
J'ai mis en annexe et en lien un certain nombre de documents démontrant la validité de cette rupture.

En guise de réponse à la désinformation du Parti communiste international (voir l'article : http://www.pcint.org/04_PC/101/101_dangeville.htm)


ELEMENTS D’EXPLICATION SUR LES CAUSES, CONSEQUENCES, ORIGINE, NATURE DE
LA FAILLITE DU PARTI COMMUNISTE INTERNATIONAL ET DE L’ECHEC DE LA GAUCHE COMMUNISTE D’ITALIE A RESTAURER LE PARTI DE CLASSE

«L'anatomie de l'homme est la clef de l'anatomie du singe. Dans les espèces animales inférieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d'une forme supérieure que lorsque la forme supérieure est elle-même déjà connue ».
K MARX

Documents de référence :

Lettre de Camatte à Bordiga Janvier 1966 (http://archives-maximalistes.over-blog.com/article-lettre-de-camatte-a-bordiga-de-janvier-1966-53966543.html)

Lettre « Bilan » 1966 ( http://www.facebook.com/media/set/?set=a.136060853090668.20672.100000602611339&type=1)

Invariance, Première série, numéro 6, Thèses de travail 1969 (http://revueinvariance.pagesperso-orange.fr/revolutioncommuniste.html)

Parti de classe 1972

La question syndicale et le marxisme 1976 (Le programme de la société communiste) http://www.facebook.com/media/set/?set=a.172188916144528.45187.100000602611339

Sur le révisionnisme et l’opportunisme 1981 (LPSC)
Fondement d’un plan de travail pour la solution finale de la question capitaliste 1985 (LPSC) (http://www.facebook.com/media/set/?set=a.125065214190232.17267.100000602611339&type=1)

«L’opportunisme centriste de la gauche communiste d’Italie et le possibilisme gradualiste du
P.C. international comme facteur et comme produit de l’échec historique de la Gauche à restaurer le
Parti ». 1988 (http://www.facebook.com/media/set/?set=a.136819256348161.22136.100000602611339&type=1)



La critique radicale des phénomènes apparus dans le P.C.I. dénoncés dans la lettre de Camatte
à Bordiga de janvier 1966 tels que l’activisme, le volontarisme,l’immédiatisme, le fédéralisme, le démocratisme, etc… ne pourra s’effectuer qu’à l’extérieur du Parti communiste international et qu’en repartant des thèses fondamentales et originelles de la Gauche communiste d’Italie telles qu’elles furent énoncées dans Parti et Classe (1921).

Paradoxalement, pour poursuivre la continuité des thèses de la Gauche communiste d’Italie, dans la voie du marxisme authentique, il fallait rompre d’avec la forme Parti pour pouvoir rester convaincu que la forme n’est que la forme d’une fonction et ainsi réaffirmer les thèses fondamentales de toujours (Parti et classe 192). La fonction du Parti de classe, organe du prolétariat révolutionnaire, dont la fonction est de prévoir et de diriger le prolétariat pour le renversement de l’Etat bourgeois, l’instauration de la dictature du prolétariat et la réalisation du communisme ne pouvait pas être constitué à une distance de la révolution de plusieurs décennies sans dévoyer sa fonction, dégénérer et se disloquer.

La question des causes, des conséquences, de la nature et de l’origine de l’échec de la Gauche communiste d’Italie et de la faillite du Parti communiste international n’est pas une question intellectuelle ou spéculative. Elle détermine la capacité des militants communistes ou futurs militants dans la capacité à s’appuyer sur des bases doctrinales solides tout en clarifiant les erreurs d’hier et de ce qui reste à parcourir et à réaliser en direction du Parti communiste tant l’on doit-être convaincu, qu’interpréter le monde relève de vocations bourgeoises et que les communistes ont pour mission à travailler à renverser le monde capitaliste et quand ils ne peuvent pas le faire de façon immédiate, doivent travailler à préparer, concevoir et prévoir les médiations indispensables en direction de la reformation du Parti communiste.

Il ne s’agit pas de «jeter le bébé avec l’eau du bain» (voir « Bilan 1966 » mais le fait de défendre une vision radicale du marxisme en rejetant l’illusion de la présence du « Parti » et d’une situation soit disant « défavorable » (pour ne pas reconnaître une situation totalement contre révolutionnaire où les communistes n’ont aucune influence sur la situation), qui permet d’occulter l’absence durable d’une lutte de classe, c'est-à-dire la tendance au sein du prolétariat à se constituer en Parti de classe et à vouloir renverser le pouvoir bourgeois.

La lettre de Camatte à Bordiga de janvier 1966 ne pourra être véritablement comprise dans les conséquences qu’il dénonce qu’à travers les critiques ultérieures qui se feront en dehors de l’apparence du Parti. Le texte « Bilan » de 1966 fournira les éléments d’une première explication de la prématurité du Parti de 1943 comme cause des tares activistes et volontaristes, condamnées par les Thèses de Naples de 1965 mais n’ayant eu aucune influence sur
l’organisation. Ces thèses échoueront à renouer à la cohésion de l’organisation et les positions activistes des « milanais » se réintroduiront dans le pseudo parti.

La critique de la faillite du Parti communiste international et de l’échec de la Gauche communiste d’Italie à restaurer le futur Parti communiste mondial ne pourra être réalisé qu’à travers un patient et lent travail de délimitation et de confrontation du Programme communiste aux caractéristiques historiques dominantes et au renversement catastrophique de la situation actuelle comme clef de la possibilité du retour du prolétariat révolutionnaire et de son organe. Les conséquences de la proclamation d’un Parti, ont occulté la question des conditions du resurgissement du Parti étant inhérent à l’illusion de son existence.

Le parti communiste international, initialement constitué de militants issus de la Gauche communiste d’Italie, trempés dans la lutte ouvrière, se transformera progressivement en regroupement des nouvelles couches moyennes et de petits bourgeois, qui ne feront que véhiculer une marchandise frelatée sous une étiquette obsolète dont la vocation est de diffuser un discours ossifié et idéologique incapable de reconnaître la réalité telle qu’elle : totalement contre révolutionnaire . Le fait de ne pas reconnaitre la situation pour ce qu’elle est, conduit à remettre en cause la nature et la fonction du Parti et par une conception d’une invariance mécanique et figée, à répéter des situations dépassées.

La revue Invariance, naitra en 1968 dont l’animateur, Jacques CAMATTE contribuera à synthétiser les apports essentiels de la Gauche communiste d’Italie. A partir de la deuxième série d’Invariance en 1970 la véritable continuité théorique sera poursuivie par les revues « Parti de classe, 1972 » qui traça les limites de la Gauche communiste d’Italie puis la revue « Le Programme de la société communiste 1975-1991). Jacques CAMATTE abandonnera en 1970 la vision de classe pour revendiquer une « classe universelle » tombant dans l'idéologie des couches moyennes. La clarification des causes de la faillite du P.C.I. et de la disparition de la Gauche communiste d’Italie est fondamentale au regard de la renaissance du Parti communiste. Il ne s’agit plus simplement de dévoiler l’erreur de proclamation d’un Parti (comme organe de la classe prolétarienne révolutionnaire) à une distance d’un retour d’une situation révolutionnaire que n’importe qui pourrait comprendre, mais d’expliquer au-delà de la description de l’erreur et des conséquences de cette erreur quelle en est l’origine et la nature de cette erreur.

Le texte de 1988 «L’opportunisme centriste de la gauche communiste d’Italie et le possibilisme gradualiste du P.C. international comme facteur et comme produit de l’échec historique de la Gauche à restaurer le Parti ». 1988 (http://www.facebook.com/media/set/?set=a.136819256348161.22136.100000602611339&type=1), rédigé par un seul militant qui patiemment mettra 22 ans pour aboutir à boucler un cycle de travail de confrontation et de délimitation avec la Gauche communiste d’Italie, tout en ayant participé à la rupture d’avec le Parti communiste international en 1966. En 1966, il fallait rompre d’avec le PCI pour défendre les positions fondamentales de la Gauche notamment à travers les réunions de 1951 à 1966 alors que maintenant toute position radicale doit avoir rompu d’avec les ambiguïtés et les erreurs de la Gauche communiste d’Italie pour poursuivre le marxisme radical et rigoureux en direction du futur Parti de classe à naitre.

Xavier

dimanche 28 août 2011

COMMENT FAVORISER UN CADRE DE DEBAT POUR PREPARER LA FIN DU CAPITALISME ?


Interrompue puis reprise, à l’initiative de mon correspondant F.C., la discussion sur un sujet aussi crucial que vaste reflète bien le questionnement des masses du prolétariat encore muselé sous les diktats de l’intox dominante, atomisé sous la fausseté démocratique de la « liberté de parole » au fond de nos chiottes et dans le cimetière des illusions anarcho-syndicalistes. Merci François de me permettre de reprendre cette discussion. Je ne suis plus militant ni donneurs de conseils. Je n’ai pas la prétention d’être un parti à moi tout seul, mais je suis conscient que la création d’un véritable parti communiste reste nécessaire pour confronter une classe dominante très bien organisée, centralisée et armée pour la préservation de ses privilèges et la couverture de ses mensonges les plus éhontés. Le débat public planifié et truqué de la classe dominante étale tout son mépris des masses en nous imposant ses sondages improbables et ses soutiens invraisemblables. Chassez le naturel il revient au galop. Dans l’affaire secondaire du pervers DSK, autant les larbins de la crête de l’intelligentsia bourgeoise avait minimisé un « troussage de soubrette », autant l’acquittement du pervers a été accueilli avec « joie » par l’élite sociocrate via la gendarmette Aubry. Le rapport médico-légal des médecins américains qui ont examiné Nafissatou Diallo avait conclu pourtant à une véritable agression sexuelle, autrement dit à un viol. M. DSK a été relaxé parce que la victime était forcément coupable. Une vulgaire soubrette de chambre, de plus noire et sans papier, n’allait pas faire le poids face à un présumé penseur économique, apte selon ses ouailles à sauver le capitalisme décadent. Passée la première journée de la « relaxe » du client des avocats mafiosos newyorkais, la « relaxe » apparut moins pimpante. Qu’à cela ne tienne, les « réseaux DSK » se sont mis en branle subtilement, avec ce sens de « l’objectivité démocratique » (j’allais dire l’abjectivité) des fabriques de sondage avec cette dose de fiel et de chiffres abstraits qui vous répare un pneu crevé sans changer la roue ; cf. le communiqué de l’AFP :

« Une large majorité de Français est opposée à un retour de Dominique Strauss-Kahn dans une fonction ministérielle (ministre ou Premier ministre) en cas de victoire de la gauche à la présidentielle, selon un sondage Ifop pour Sud-Ouest Dimanche. 61 % des personnes interrogées ne souhaitent pas que l'ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) devienne ministre (38 % le désirent), et 67 % ne désirent pas qu'il soit nommé Premier ministre (32 % le souhaitent). Dans les deux cas, 1 % des sondés ne se prononce pas. Les sympathisants socialistes souhaitent majoritairement à 53 % que DSK devienne ministre (contre 47 %). Mais, à 58 %, ils ne désirent pas qu'il soit Premier ministre (contre 42 %). Ifop relève que sur l'ensemble de l'échantillon le "fait que près de 4 interviewés sur 10 (38 %) se montrent favorables à l'accession de DSK à un poste ministériel (et 32 % à la fonction de Premier ministre) ne constitue pas une donnée négligeable". L'institut souligne en outre, "qu'au-delà de la sympathie partisane, opère un clivage générationnel", avec les moins de 35 ans "systématiquement plus favorables que leurs ainés" à un retour de Dominique Strauss-Kahn en cas de victoire de la gauche. Sondage réalisé par téléphone les 25 et 26 août auprès d'un échantillon de 955 personnes ».

Pour « l’opinion » (955 connards en l’occurrence), cette pute corvéable, le pauvre est pourri par le fric et la pauvre Nafissatou le prototype du pauvre « corrompu » jusqu’à la moelle. La vilenie bourgeoise reste pourtant la plus voyante et la plus cruelle en Angleterre où ces salopards d’exécutants de la justice de classe font passer les prolétaires émeutiers pour des noirs expulsables, et où « l’opinion » applaudit des deux mains la défense de la propriété privée des riches annoblis.

J’ai pris ces deux exemples caricaturaux des droits imprescriptibles de la dictature bourgeoise sur l’âme et le corps des prolétaires, comme j’aurais pu prendre les excuses des policiers chiliens qui ont tué un jeune lycéen manifestant avec les grévistes de Santiago, comme j’aurais pu prendre le cas de ce dessinateur syrien aux doigts écrasés par les tortionnaires aux ordres d’Assad, ce nouvel Hitler au petit pied.

En un mot, l’indignation contre les mille actions sadiques et injustices du totalitarisme bourgeois suffit à haïr ce système, mais ne nous indique aucunement comment le mettre à bas, à quelle classe faire confiance pour s’en charger et surtout avec quel projet politique « changer ce monde ». Ceci est l’objet de la discussion avec François.

Bonjour,

Je reprends cette correspondance après une longue pause; j'avais été déçu de votre réaction à mon email à l'époque, mais avec le recul j'apprécie aussi votre franchise, votre défiance de l'intellectualisme et votre absence de démagogie. En plus, en relisant ma brève et sans doute maladroite présentation de la téléologie, je comprends un peu votre sentiment. Si je n'ai pas répondu depuis c'est aussi que je manque de réponses concernant les points que vous aviez soulevés:

- faut foutre en l'air le capitalisme, mais comment et avec qui?

- est-ce que les Gauches germano-hollando-italienne peuvent rester nos éclaireurs?

- est-ce qu'il y a des groupes politiques sérieux?

- est-ce qu'il ne nous incombe pas de favoriser un cadre de débats pour que, surtout les prolétaires (et pas tous nos braves petits profs du GCI, du CCI,de PI, etc.) tiennent le crachoir?

A propos des gauches, je suis heureux d'avoir enfin commencé à lire votre Histoire du maximalisme, que ma lecture de la "Révolution trahie" de S. Haffner m'a redonné envie de lire. Le côté "discussions de sectes entre profs et autres intellectuels petit-bourgeois rangés

des voitures" (quand on voit la plupart des groupes actuels se revendiquant communistes) m'avait fait me désintéresser des vieux (?) débats entre communistes de gauche... du coup j'ai beaucoup de retard sur ces débats, tandis que vous les connaissez de l'intérieur. La question la plus accessible pour moi ici et maintenant (avant d'avoir tranché pour moi-même les questions théoriques importantes) me semble être "comment favoriser un cadre de débat". Dans cette optique, internet a des avantages, mais on a en même temps plus de chances d'y rencontrer encore une fois des intellectuels (au sens de spécialistes, satisfaits de leur statut, simples curieux ou bien donneurs de leçons mais toujours de l'extérieur), et des membre de la "middleclass" en général, que des prolétaires... Comment sortir du cercle vicieux: nous voulons pouvoir débattre dans l'optique d'une révolution, mais un débat (libre et généralisé) nécessiterait, pour aller vite, une révolution (rupture de la routine du travail et disponibilité de tous, neutralisation des médias existants omniprésents et utilisation (différente) de leurs moyens, etc.)? Comment, en attendant, rencontrer et engager la discussion avec des personnes qui veulent la fin du capitalisme (et, au moins grossièrement, la même fin que celle que nous voulons), sans tourner en rond dans un petit milieu de militants ou de vétérans? Le hasard

des rencontres (dans des manifs ou des grèves "spontanées", dans des émeutes) est précisément... hasardeux, mais la recherche activiste d'occasions de rencontre ne fait-elle pas courir le risque de devenir suiviste voire touriste, toujours à la traîne, extérieur et décalé

avec les événements?... Y a-t-il un juste milieu ou une autre voie?

Aurait-il fallu aller en Tunisie en janvier, par exemple, histoire de rencontrer et parler directement avec des prolétaires révoltés? Et si oui, à quel prix: quitter son boulot et se retrouver dans la merde ensuite? Ou alors, vaut-il mieux rester sur un point d'observation à

distance pour mieux comprendre les événements dans une perspective historique (et éviter ainsi de s'emballer ou de se tromper sous l'effet de l'interprétation dominante dans les médias, laquelle risque de se retrouver aussi sur place, parmi les acteurs des événements eux-mêmes, très rapidement)?

Concernant la question des Gauches germano-hollando-italienne, j'ai besoin de lire et de réfléchir davantage par moi-même avant de pouvoir me faire une opinion. Vos livres et vos sites sont une base très utile pour cela, et contrebalancent les textes des téléologues à ce sujet

(ceux-ci n'ignorent pas les gauches; leur interprétation du marxisme en général est assez "dure", ils le remettent en question en bloc, mais elle a le mérite de pousser jusqu'au bout les conséquences de leur vision du monde, elle oblige à trancher - ce que je n'ai pas encore

vraiment fait) - voir ce lien si le coeur vous en dit, extrait de "Téléologie moderne et courants de pensée dominants de la première moitié du XXe siècle":

http://www.teleologie.org/TO/teleologie/08_xx_prophylaxie2.htm#32

Enfin, la question "faut foutre en l'air le capitalisme, mais comment et avec qui?" est essentielle mais j'ai encore peu de certitudes à ce sujet. Même la question "avec qui", simple en apparence, pose un gros problème: celui de la petite-bourgeoisie ou "middle class", dominante (semble-t-il) dans les pays riches. Désolé de vous gonfler avec les téléologues, mais je précise que je reprends leur terme de middleclass qu'ils utilisaient pour inclure, plus que la définition sociologique ou en terme de moyens de production, l'appartenance, disons, idéologique à cette catégorie molle, exploitée, parfois un peu révoltée (ou plutôt "indignée") mais essentiellement consentente, et dont la vision du monde est moraliste et non politique (pour citer directement: "l'alliance entre l'ex-classe ouvrière et l'ex-petite bourgeoisie, qu'on appelle la « middle class »"). Ne sera-t-on pas obligé de rallier une bonne partie de cette middleclass au projet de renversement du capitalisme, et si oui, comment? Sachant qu'un compromis sur les objectifs est hors de question, la question semble plutôt tactique; est-ce une question de propagande? On en revient alors au problème du débat si difficile dans les conditions actuelles. Si on pense que l'aggravation des conditions de vie partout dans le monde va radicaliser cette middleclass, comment favoriser sa radicalisation pro-révolutionnaire? Si ses intérêts peuvent devenir de plus en plus communs avec les prolétaires objectivement, il n'en va pas forcément de même de la perception par ce groupe de ses intérêts... Un tel ralliement est-il possible sans qu'il entraîne une nouvelle dépossession des prolétaires par la middleclass "ralliée", si ses intérêts et ses objectifs politiques demeurent distincts? Dans ce cas, comment faire dans des pays où cette middleclass est apparemment

majoritaire, et qui sont en même temps des lieux politiquement et militairement stratégiques?

Désolé pour la forme un peu bordélique de mon email, plein de questions qui vous paraîtront peut-être idiotes et en tout cas tâtonnantes, mais c'est je l'espère un début; j'ai hâte de lire votre réponse.

Cordialement,

FC

MA REPONSE QUI RESTERA FORCEMENT INCOMPLETE (et encore heureux) :

Oui les Gauches germano-hollando-italienne restent nos références, nos éclaireurs pas forcément. Il faut réfléchir et travailler à notre tour à déblayer le terrain boueux et opaque de l’idéologie moderne, sans renier le marxisme. C’est pourquoi, de prime abord, je vais rejeter une nouvelle fois, violemment, les prétentions explicatives des imbéciles de la « téléologie ouverte » (dont le site est d’ailleurs éteint) qui ne cachaient que la poignée de rigolos de la « bibliothèque des émeutes ».

J’ai pu enfin parcourir le texte que vous évoquiez intitulé « la contre révolution marxiste ». Texte pathétique. Suant et pétant le faux enthousiasme, la fausse naïveté, criant sans cesse à la chosification, assurant la promotion du penseur stalinien Lukacs et d’une simili révolution iranienne inconnue. Le ton est celui d’un agitateur de bureaucrates, comme il y a des moniteurs de gym pour vieillards. Rions de la jargonnade petite bourgeoise déconnante :

- Le marxisme a été l’idéologie dominante de la contre révolution,

- Le marxisme est d’abord une pensée ouvertement aliénée,

- Le marxisme n’est que le cimetière des occasions perdues,

- Une méthode nébuleuse,

- L’anticipation de la révolution future est un rêve adolescent,

- Le communisme, ce grand tout sans rivage,

- Le marxisme a principalement été une théorie de la gestion et de l’encadrement des pauvres,

- Les bolcheviks sont comme les jacobins une traduction policière de l’émancipation rêvée…

- Le marxisme une idéologie qui a encapuchonné les gueux,

- Le prolétariat est une invention sociale,

- La conscience de classe a été presque exclusivement une affaire d’intellectuels petits bourgeois,

- La fable de classe…

- C’est bien de l’extérieur, pas du prolétariat que Lénine… vient passer le mors à cette masse de gueux informes

- La conscience de classe ne nait pas de la rue…

- L’organisation a été considérée comme une clé magique…

- Le marxisme est d’abord l’idéologie de l’encadrement des pauvres qui se révoltent… une anthropologie messianique. »

-

Sous ce langage conceptuellement pauvre, radoteur, on ne retrouve rien de nouveau, mais le pire purin de l’idéologie des nobliaux et des plus célèbres penseurs réacs du XIXe siècle. Les « téléologues » comme les modernistes d’antan et les communisateurs de jadis, comme les révisionnistes Dauvé et Nézic, peuvent bien arguer « bien connaître les Gauches « maximaliste, ils ne connaissent rien car ils ne se sont jamais mis à la place du prolétariat. Ce ramassis de petits profs piaffe à la marge de l’intelligentsia officielle et ne fait qu’émettre des petits pets adolescents. Tous ces douteurs du prolétariat finissent naturellement aux côtés des néo-fascistes si méprisant envers ceux qu’ils nomment « les gueux », comme la racaille à sang bleu d’avant 1789. C’est d’ailleurs pourquoi ils conchient autant 1789 que 1917. Nous n’avons ni à répondre ni à discuter avec ces cuistres déclassés, clochards intellectuels et militants de bars à bière.

LE CADRE DU DEBAT REVOLUTIONNAIRE EST FIXE PAR LE PROLETARIAT

La petite bourgeoisie hétéroclite en Europe s’affole face à l’ampleur de la crise économique. Contrairement aux années 1930 elle n’a même plus ni le fascisme ni le stalinisme auxquels se raccrocher. Elle s’indigne avec pacifisme contre la pollution, contre les grands barnums des clowns « socialistes », contre la fille de Le Pen. Au Moyen Orient, la petite bourgeoisie, qui ne veut pas accepter de prolétarisation, s’indigne en faveur d’une réelle démocratie – laquelle est déjà réellement une tartufferie en occident – mais se révèle impuissante à renverser des régimes ficelés par l’impérialisme US et étrangères aux méthodes de la classe ouvrière, méthodes scandaleuses qui, d’une façon ou d’une autre, conduisent à la destruction de l’Etat capitaliste, parce que le prolétariat, conscient de sa place sociale, de sa force, devient à un moment donné intransigeant, intraitable.

Est-ce à dire que le prolétariat ne peut qu’agir seul, comme le répliqua maladroitement le « gauche hollandais » Gorter à Lénine ?

Certainement pas, et ce n’est pas qu’une question de nombre. Une alliance avec les couches petites bourgeoises ? Non plus. La théorie de « l’alliance » des « classes exploitées » fût un des principaux chevaux de bataille du stalinisme occidental pour mener la classe ouvrière européenne à la Deuxième Guerre mondiale via une nouvelle union nationale relookée mode antifasciste. Je reviendrai au terme de ma démonstration sur la dissolution stalinienne de la notion de classe ouvrière – bien avant tous les Marcuse, Aron, BHL et autres Dauvé – sur la conception de la nature de classe, non liée simplement à la production selon Marx et Engels, contrairement à ce que leur font dire les ânes ignorantins « téléologues », apolitiques.

LA STRATEGIE DE L’ALLIANCE : UNE SOUMISSION A L’ELECTORALISME PACIFIQUE PENDANT LA RECONSTRUCTION

La contre révolution stalinienne est la première, on l’oublie généralement à dessein, à avoir été le promoteur de la liquéfaction de la théorie des classes et surtout de la notion de classe ouvrière ; pas simplement avec leur théorie de la dictature du parti sur le prolétariat. Prenons un échantillon du discours populiste électoraliste du PCF, longtemps après l’hystérie des procès de Moscou, dans sa revue « Cahiers du communisme », relativement sophistiquée au niveau argumentaire et accessible aux seuls profs staliniens et à leurs élèves (n°7-8, juillet 1960).

Dans l’introduction, le chef paysan Waldeck-Rochet, pâle successeur du « mineur » Thorez, se fait sibyllin – « L’union de la classe ouvrière et des classes moyennes dans la lutte pour la démocratie » : « … la politique communiste est une politique de classe, c'est-à-dire une politique de lutte contre la classe capitaliste et pour l’émancipation de la classe ouvrière. Mais politique de classe ne veut pas dire politique ouvriériste et sectaire, car, en même temps qu’elle lutte pour ses revendications et sa propre émancipation, la classe ouvrière défend tous les exploités et lutte pour les libertés et la démocratie, pour la paix et l’indépendance nationale, pour le socialisme. Et s’il est vrai qu’elle a dans cette lutte, un rôle dirigeant à jouer, en même temps il est non moins vrai qu’elle ne peut s’acquitter de sa mission qu’en alliance étroite avec la paysannerie laborieuse et les classes moyennes des villes ».

Pauvre masse d’ouvriers réduits à être des sacs de patates électorales pour élire des planqués du « communisme électoral », noria de pantins de « l’électorat populaire » cette masse indistincte mêlant le boutiquier de gauche, le paysan radical et le syndiqué navré, en faveur de prébendes « démocratiques » pour un parti de bureaucrates chargé de briser les grèves et d’enfoncer les portes ouvertes des gogues parlementaires. Mais attention à la fantaisie réformiste et révisionniste, rectifie Waldeck , laquelle laisse entendre que: « … la classe ouvrière, comme classe distincte et irréductiblement opposée à la classe capitaliste tendrait à disparaître, à s’émietter en des groupes indistincts, à se fondre plus ou moins dans la classe moyenne. Et de ce fait son rôle politique, tendrait lui aussi à se réduire alors que les classes moyennes deviendraient, elles, une force économique et politique indépendante ».

Ce discours plus d’aléas et de chausse-trappes, très populiste et anti-marxiste, théorise la non disparition des couches moyennes (envisagée pourtant comme réduction dans le Manifeste de 1848) et – provisoirement avec raison dans la phase d’embellie du capitalisme du XXe siècle – et donc la nécessité d’un accommodement électoral au profit du personnel bureaucratique stalinien (masse de fainéants syndicalistes désireux de parvenir « élus » en mairie ou au parlement) : « Ce rôle (des classes moyennes) tient tout d’abord au fait que les paysans et les classes moyennes des villes restent très nombreux et qu’en conséquence l’issue de la lutte pour la restauration et la rénovation (sic) de la démocratie dépend pour beaucoup de la question de savoir qui, du prolétariat (c a d le parti stalinien, JLR) ou du grand capital, les entraînera finalement de son côté. Car, comme le rappelait Maurice Thorez au XVème congrès, les marxistes sont bien éloignés de l’opinion simpliste et absurde d’après laquelle les couches moyennes disparaitraient purement et simplement et qu’on pourrait ainsi les négliger ». Au début du XXIème siècle les paysans ne seront plus qu’une couche électorale secondaire, clientéliste des fractions de droite et les couches moyennes de plus en plus mal en point au niveau de celles qui sont concernées par le salariat, mais dans les années 1950-1960, les couches moyennes sont résolument avec le « grand capital » et le « parti des travailleurs » aussi ; les ingénieurs sont la plupart du temps directeurs dans les nationalisations (la CGT tient particulièrement à les syndiquer hors du « collège ouvrier ») et les « intermédiaires » nombreux dans l’artisanat et la petite industrie sont autant d’électeurs « dont les communistes défendent les intérêts immédiats (sic) contre les monopoles ».

Pour donner un semblant de consistance à la théorie anti-marxiste de l’alliance électorale des classes à un Waldeck dont les écrits sont rédigés par des nègres professeurs, il est utile d’adjoindre le professeur Gilbert Mury, futur chef maoïste après le divorce Moscou/Pékin, qui, porté sur les citations pompeuses du gros Thorez et tronquées de Marx va nous fournir « une définition scientifique des couches moyennes » qui… éternise les couches moyennes. Il parcourt la polémique de Marx face à Adam Smith concernant le travail productif et, bien avant le rigolo Toni Negri, il invente une force de travail collective « à l’intérieur de la sphère de la production » qui associe les ingénieurs-directeurs et les ouvriers exécutants. Mury a le culot de faire dire à Marx que c’est un ensemble productif, extrayant cette phrase de Marx : « Et tous ensemble, en tant qu’ouvriers, sont les machines vivantes qui fabriquent ces produits ». Et il commente en disant une chose et son contraire, à la façon du paysan Waldeck : « On notera que, si Marx rejette la distinction entre activité manuelle et activité intellectuelle et les associe l’un à l’autre ( ?) à l’intérieur du travail productif, en revanche il s’abstient soigneusement de faire figurer dans cette énumération les salariés (cf. les directeurs-ingénieurs) ».

Il est beau le socialisme (la démocratie gaullisto-stalinienne…) qui éternise les manoeuvres de profession, eussent dit Marx et Engels ! L’ingénieur Bordiga s’est amplement moqué de cette ouvriérisme stalinien, pré-maoïste, qui finalement entérinait la hiérarchie capitaliste pour l’éternité démocratique-bourgeoise ! Mury compare ensuite les employés et les ouvriers, mais persiste avec raison (et actualité) à se méfier de la mentalité employé (traditionnellement couarde), et reconnait la compromission des emplois tertiaires : « La multiplication des employés commerciaux et financiers s’explique évidemment par le développement du capitalisme qui dans un premier stade en est venu à concentrer entre les mains des boursiers et des agents de change une puissance immense ». Mais il laisse leur chance aux employés du « tertiaire » de rejoindre les ouvriers dans le combat d’émancipation de la phase impérialiste dudit système : « Dans sa phase impérialiste le capitalisme accentue l’emprise des banques sur l’industrie et fait apparaître ainsi une multitude d’emplois tertiaires. Mais rien de tout ceci ne modifie le fond du socialisme scientifique : d’une part les marxistes ne sauraient accepter que sous bénéfice d’inventaire la répartition des travailleurs en ouvriers et employés telle qu’elle est faite par les statisticiens bourgeois. D’autre part un ouvrier n’est pas un employé… ». Mury est plus sévère avec les fonctionnaires et divers salariés de l’Etat bourgeois, avec l’Université et ses profs qui « font pénétrer l’idéologie bourgeoise » et évidemment la couche parasitaire des « détachements spéciaux d’hommes armés »… un langage qui suintait déjà l’hérésie gauchiste car le parti stalinien tenait et tient toujours à une « police démocratique » et à une armée « nationale ». Il ajoute aussi que les couches moyennes ne contiennent pas uniquement que des salariés… mais défend résolument le petit commerçant victime des monopoles, et son frère l’artisan arriviste.

Un certain Bouvier-Ajam décrit ensuite dans le même esprit confusionniste les « nouvelles classes moyennes en France », exaltant au fond l’ouvrier arriviste qui parvient à toucher un haut salaire et qui reste « selon le critère marxiste » : « sans ambiguïté dans le prolétariat (…) l’ouvrier reste un ouvrier quelle que soit l’étendue de son salaire ». Comprenez, le député stalinien reste un ouvrier quel que soit sa planque parlementaire, le syndicaliste stalinien reste un ouvrier quel que soit son degré de compromission dans les habituelles tractations secrètes, etc. Thorez reste un mineur alors qu’il n’a été que brièvement employé de bureau avant de devenir un professionnel politique parasitaire, etc.

Comme on le voit, les modernistes révisionnistes, de Mury à Negri, de Dauvé à la bibliothèque des émeutiers n’ont fait que reprendre la notion restrictive de classe ouvrière comme liée simplement à la production (méprisons ici sciences-Po et tous les marxologues du monde caviar). Le fractionnement de la classe ouvrière par période et par époque en se focalisant sur une catégorie – les mineurs dans les années 1930, les métallos et les sidérurgistes après guerre, l’automobile – caricaturée en « bastion ouvrier », « forteresse ouvrière » (dixit l’île Seguin) qui enfermait les grandes concentrations dans le carcan syndical – une fois celle-ci disparue, a permis de théoriser la fin de la classe ouvrière, ce qui se traduit dans le jargon des intellos ultra-marginaux par de longues tirades maniaco-dépressives sur la « fin du fordisme ».

DES RAPPORTS DE CLASSE INCHANGES

Dans sa revue internationale (N°34, 1983), RI-CCI donnait une approximation assez profonde des liquidateurs de la classe ouvrière: « Il ne manque pas alors de "théoriciens" pour ex­pliquer à qui veut bien l'entendre, que la classe ouvrière, en tant que telle est, en fait, partie intégrante du système, qu'elle y a une place à dé­fendre et que seuls des illuminés aveuglés par leur propre fanatisme peuvent voir en cette masse d'in­dividus "près de leurs sous", la porteuse d'une nouvelle société. Ceux qui défendent toujours ouvertement les bien­faits du système capitaliste, que ce soit sous sa forme "occidentale" ou stalinienne, n'ont jamais d'autre credo à la bouche. Mais les périodes de re­cul de la lutte ouvrière font aussi régulièrement réapparaître des groupes ou publications qui théo­risent les "doutes" sur la nature historique de la classe ouvrière, même parmi ceux qui se réclament de la révolution communiste et qui, en outre, n'ont d'illusions ni sur la nature des pays dits "socia­listes" ni sur celle des partis occidentaux dits "ouvriers". Les vieilles idées d'origine anarchiste et popu­liste suivant lesquelles la révolution sera essen­tiellement l'oeuvre non pas d'une classe économi­que spécifique, mais de l'ensemble des hommes qui, d'une façon ou d'une autre, subissent l'inhumanité du capitalisme, gagnent du terrain. Tout comme au moment du recul des luttes ouvriè­res après la vague de 1968-74, l'idéologie "moder­niste", l'idéologie de la "théorie moderne de la révolution" qui rejette "le vieux mouvement ouvrier" et son "marxisme poussiéreux" semble connaître, ac­tuellement, avec le repli des luttes ouvrières de l'après Pologne un certain regain. En témoignent, entre autres, en France l'apparition de la revue "La Banquise" et le passage au rythme trimes­triel de la revue "La Guerre Sociale", et en Grande Bretagne la réapparition de "Solidarity". Ces publications sont relativement différentes entre elles. "La Guerre Sociale" et "La Banquise" s'inscrivent plus directement dans une ligne théo­rique qui passe par Invariance et Le Mouvement Com­muniste. Mais elles partagent toutes le même rejet de cette idée de base du "vieux" marxisme : la clas­se ouvrière est la seule force véritablement révolu­tionnaire de la société ; la destruction du capita­lisme et l'ouverture vers une société communiste exigent une période de transition caractérisée par la dictature politique de cette classe. Nous n'avons pas l'intention de développer ici une critique complète de l'ensemble des idées défendues par ce type de courant. La polémique avec ces tendances est d'ailleurs souvent stérile et ennuyeuse, étant donné, premièrement, qu'il s'agit de groupes assez informels (et fiers de l'être) regroupant divers individus "indépendants", ce qui fait que d'un article à l'autre on trouve dans la même publication des concepts, des idées qui se contredisent et deuxièmement, les tenants du modernisme cultivent en permanence les ambiguïtés, les "oui, mais", les "non, mais", en particulier vis-à-vis du marxisme dont ils manient souvent avec aisance le vocabulai­re (on cite Marx dès que l'on peut) tout en en reje­tant l'essentiel. De ce fait, ils peuvent toujours répondre aux critiques par le classique "ce n'est pas ce que nous disons, vous déformez". Ce qui nous importe c'est de réaffirmer, dans un moment de recul provisoire des luttes de la classe ouvrière et de mûrissement accéléré des contradic­tions sociales qui conduisent à la révolution com­muniste, le rôle central de cette classe, pourquoi elle est la classe révolutionnaire et pourquoi, du moment qu'on ignore cette réalité essentielle de notre époque, on se condamne d'une part à ne pas comprendre le cours de l'histoire qui se déroule sous nos yeux (voir le pessimisme larvé de "La Ban­quise"), et d'autre part à tomber dans les pièges les plus grossiers de l'idéologie bourgeoise (voir les ambiguïtés de "La Guerre Sociale" et de "Solidarity" sur le syndicat "Solidarité" en Pologne) . Cela est d'autant plus nécessaire que tout comme les étudiants "radicaux" de 1968, certains groupes modernistes développent souvent une analyse lucide et fouillée de certains aspects du capitalisme dé­cadent, ce qui ne peut qu'ajouter à la crédibilité de leurs fadaises politiques. Chez Marx, comme chez tous les marxistes, les termes de classe ouvrière et de prolétariat ont toujours été synonymes. Cependant, parmi ceux qui remettent en question la nature révolutionnaire de la classe ouvrière comme telle, sans pour autant oser se réclamer directement de l'anarchisme ou du populisme radical de la fin du siècle dernier, il est fréquent d'inventer une distinction entre les deux mots. La classe ouvrière, ce serait les ou­vriers et les employés tels qu'on les voit tous les jours sous la domination du capital avec leurs lut­tes pour de meilleurs salaires et des emplois. Le prolétariat, ce serait une force révolutionnaire aux contours plus ou moins indéterminés, englobant un peu tout ce qui, à un moment ou à un autre, peut se révolter contre l'autorité de l'Etat. Cela peut aller de l'ouvrier de la métallurgie au voyou pro­fessionnel en passant par les femmes battues, riches ou pauvres, les homosexuels ou les étudiants, sui­vant le "penseur moderniste". (Voir la fascination qu’exerçait sur 1'Internationale Situationniste ou sur Le Mouvement Communiste les "hors-la-loi" ; voir le journal "Le Voyou" au milieu des années 70 ; voir l'emballement de "Solidarity" dans le féminis­me). Pour la revue Invariance (Camatte), en 1974, la définition du prolétariat finit par être élargie à son maximum : l'humanité entière. Ayant compris que la domination du capital était devenue de plus en plus totalitaire et impersonnelle sur la société, on en déduisait que c'est toute la "communauté hu­maine" qui devrait se révolter contre le capital. Ce qui revenait à nier la lutte de classes comme dynamique de la révolution. Aujourd'hui, "La Guerre Sociale" nous offre une autre définition, plus restrictive, mais à peine plus précise : "Le prolétaire, ce n'est pas 1'ouvrier ou même 1'ouvrier et l'employé, travailleur au bas de l'é­chelle. Le prolétaire, ce n'est pas le producteur, même si le producteur peut être prolétaire. Le pro­létaire, c'est celui qui est coupé de',c'est 1' 'exclu', c'est le sans réserve '" ("La Guerre Sociale" n°6, "Lettre ouverte aux camarades du Par­ti Communiste International maintenu", décembre 82). Il est vrai que le prolétaire est exclu, coupé de toute emprise réelle sur la conduite de la vie sociale et donc de sa vie ; il est vrai que contrairement à certaines classes exploitées pré-capitalistes, il ne possède pas ses moyens de production et vit sans réserve. Mais il n'est pas que cela. Le prolétaire n'est pas seulement un "pauvre" comme un autre. Il est aussi un producteur, le producteur de la plus-value qui est transformée en capital. Il est exploité col­lectivement et sa résistance au capital est immédia­tement collective. Ce sont des différences essentiel­les. Elargir ainsi la définition du prolétariat, ce n'est pas agrandir la classe révolutionnaire, mais la diluer dans le brouillard de l'humanisme. "La Banquise", à la suite d'’Invariance’, croit pou­voir se référer à Marx pour élargir la notion de prolétariat. "A partir du moment (...) où le produit individuel est transformé en produit social, en produit d'un travailleur collectif dont les différents membres participent au maniement de la matière à des degrés très divers, de près ou de loin, ou même pas du tout, les déterminations de travail productif, de travail­leur productif, s'élargissent nécessairement. Pour être productif, il n'est plus nécessaire de mettre soi-même la main à 1'oeuvre, il suffit d'être un organe du travailleur collectif ou d'en remplir une fonction quelconque". (Marx. Le Capital, Livre 1, Oeuvres, Gallimard, I, 1963, p.1001-1002). Pourtant, ce que Marx met ici en relief, ce n'est pas l'idée que tous et n'importe qui dans le monde seraient devenus productifs ou prolétaires. Ce qu'il souligne, c'est que la qualité spécifique de la tâ­che accomplie par tel ou tel travailleur ne consti­tue pas dans le capitalisme développé un critère, une détermination valable pour savoir s'il est pro­ductif ou pas. En modifiant le processus de produc­tion suivant ses besoins, le capital exploite l'en­semble de la force de travail qu'il achète, comme celle d'un travailleur productif. L'utilisation con­crète qu'il fait de chacun des membres de celui-ci, ouvrière de boulangerie ou employé de bureau, productrice d'armes ou balayeur, est secondaire du point de vue de savoir qui est exploité par le capital. C'est l'ensemble collectif qui l'est. Le prolétariat, la classe ouvrière inclut bien aujourd'hui la plu­part des employés dans le secteur dit "tertiaire". Pour autant qu'elle se soit développée, la domina­tion du capital n'a pas généralisé à toute la socié­té la condition de prolétaire. Le capital a engen­dré de gigantesques masses de marginaux sans-travail, surtout dans les pays sous-développés. Il a laissé survivre des secteurs pré-capitalistes, comme le petit paysannat individuel, le petit commerce, l'artisanat, les professions libérales ».

Or, avec leur sectarisation, les gens du CCI ont fini par défendre comme le PCF des sixties une vision globalisante et totalisante de la classe ouvrière qui comprendrait désormais les apprentis de l’intelligentsia (les étudiants décrétés enfants de la classe ouvrière alors qu’en Angleterre et en France ils sont très bourgeois en général) et les cadres en général. C’est aussi rejoindre et se confondre avec les révisionnistes modernistes de Temps critiques et autres simonesques individus perclus d’obscurantisme théorique : les passants dans les manifestations qui remplissent les rues deviennent ainsi « la classe ouvrière en action » (dixit R.Victor ex-fondateur chef de RI-CCI et guru de son aile petite bourgeoise démocatique).

Tous ces gens, qui ont besoin de définitions carrées et simples, n’ont jamais compris les termes « mouvement ouvrier ». La lutte DES classes, la confrontation est toujours mouvement, souvent insaisissable, curieux, surprenant, innovation, redécouverte, mais elle se tranche toujours par une affirmation distincte des classes et des hiérarchies.

Ce qui définit le prolétaire aujourd’hui selon moi c’est l’isolement dans la structure hiérarchique/prison et la faiblesse des relations sociales.

Il est vrai que le marxisme a longtemps considéré la question hiérarchique comme une lubie anarchiste, il est vrai que Socialisme ou Barbarie a ridiculisé le problème en limitant l’injustice capitaliste à une histoire de dominants et de dominés, il est vrai en revanche que le stalinisme – sans l’économie de marché – a révélé que la domination capitaliste à l’Est pouvait passer par la hiérarchie ; des bureaucrates et des technocrates, à l’est comme à l’ouest, ont remplacé généralement les patrons de droit divin et les généraux. L’isolement de la révolution russe a obligé à recourir aux « spécialistes » qui ont repris leurs anciennes fonctions régaliennes, et dégoûté ses admirateurs prolétaires. L’anarchiste qui ne voit que la hiérarchie oublie l’existence des classes sociales qui la fonde et l’intérêt des intermédiaires à la conserver (il faut savoir qu’à l’époque des nationalisations, ces sociétés embauchaient néanmoins l’artisan anarchiste pour lui offrir un poste de contremaître…). Le marxiste qui méprise la question hiérarchique est un arriviste qui attend son heure.

La réussite relative de la dissolution médiatique de la classe ouvrière a abouti à une crise de la politique bourgeoise elle-même qui ne repose plus que sur le mensonge ou les délires abstraits des compétiteurs seuls autorisés à s’exprimer. Et à une crise de la notion de parti.

Le militant syndicaliste, le militant gauchiste, le militant ultra-gauchiste mentent lorsqu’ils parlent de « fraternité de parti » qui en finirait avec la division intellectuels/manuels, qui ne se soucierait point des différences de revenus ou de statut social. Dans le cadre électoral et syndical du « tous ensemble », la solidarité de gauche vaut bien une messe. Idem dans les petits groupes maximalistes, on ne se fréquente qu’en fonction du diplôme, les « docteurs » sont nombreux avec leur résidence secondaire, les professeurs continuent à professer pour ceux qui les supportent dans la vie privée, les artistes intermittents ne côtoient pas les plombiers. Les ouvriers et les employés partent en vacances avec leur beau-frère et sa femme.

Le copain de l’ouvrier de base reste tous les dix ans celui qui lui est le plus proche : l’immigré. Dans les années 1950, les copains de mon père n’étaient pas des couches moyennes mais des ouvriers espagnols et italiens. Moi-même vingt années plus tard mes copains sont restés des ouvriers arabes. Un internationalisme par le bas en quelque sorte.

La classe ouvrière reste cette immense masse de « salariés » et de chômeurs, et un certain nombre de cadres intermédiaires inquiets eux aussi du lendemain. Son combat traditionnel n’est ni au fond la grève de l’usine « fordiste » ni les lamentables processions de fonctionnaires syndicaux. Son combat est inégal, faible il est émeutier, fort il peut paralyser tout un pays. Il passe et passera non en soi par une accumulation de grèves que par des manifestations se donnant des lieux où discuter enfin puisque tout est fait (impasse syndicale et poison parlementaire) pour empêcher la discussion politique et briser l’isolement organisé par l’Etat et ses sous-fifres. Il n’y a pas grand-chose à attendre des petites sectes. Les événements à venir poseront hâtivement les nécessités du moment et les organisations de classe sortiront à nouveau du terreau de la crise économique.

Pour évacuer cette histoire d’alliance (électorale ou pacifiste à la façon des bobos indignados dont les palabres ne méritent même pas qu’on s’en mêle), il me suffit de vous renvoyer à l’atmosphère que j’ai vécu à Paris dans les manifs de mai et juin 1968. J’y reviendrai dans mon prochain livre (Les petits marquis de 68, l’expérience des CAL). On discute, on confronte, on ne se soucie ni de la situation sociale ni du diplôme de celui qui est en face. Contrairement à la grève économique on pose des questions politiques qui intéressent tous et chacun. Les mandarins, les « spécialistes », on n’en veut plus, on leur coupe la parole, on veut plus les voir en peinture. Les radios nous encourageaient à aller manifester mieux qu'Internet aujourd'hui.

La question ne sera pas de s’allier aux petits bourgeois ou de les caresser dans le sens du poil. Ils seront tellement appauvris et sans perspective qu’ils n’auront d’autre choix que de tomber dans le prolétariat. D’ailleurs, et je l’ai déjà écrit il y a longtemps, les petits bourgeois estudiantins étaient « tombés dans le prolétariat » cette année-là, même si la reprise capitaliste les a conduit à le mépriser à nouveau les années suivantes.

Rira bien qui rira le dernier.