"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

samedi 4 décembre 2010

MENACE DE MORT

J'ai publié hier sur Le Post un texte pour une pétition proposant non pas de tuer Nicolas Sarkozy mais de supprimer le doublon friqué du pouvoir d'Etat: la présidence de la république, ainsi que le Sénat inutile. Cette initiative était pour moi un exercice de style mi-humoristique mi-démagogique de type "réformiste" car je ne crois nullement que le système démocratique bourgeois soit amendable, avec un seul commandant à bord, fut-il simple Premier ministre. Curieuse époque où même une simple proposition réformiste peut entraîner une menace de mort de la part d'individus masqués et lâches.
Comme première réaction j'ai eu ceci: "pétition pour la suppression de Monsieur Pierre Hempel" par un certain "allwynn" qui en sus a refourgué mon adresse.

Il y a eu d'étranges cambriolages ces temps-ci dans certaines rédactions, un peu trop facilement oubliés avec le dernier cambriolage présenté comme rocambolesque de Mme Royal. Je ne suis ni quelqu'un d'important ni un ami du pouvoir, je ne renierai jamais mes idées politiques (marxistes) ni mon action de pamphlétaire, mais on peut s'interroger sur toute une série de menaces contre les uns et les autres qui me font déduire que la "dictature sarkozyste" est aux abois, et envoie ses sbires de l'ombre et autres "snipers blogueurs" pour impressionner(comme d'ailleurs au niveau international Julian Assange a reçu aussi des menaces de mort, et Cantona?).

Voici le texte de la pétition:

En vue de 2012 : PETITION POUR LA SUPPRESSION DU POSTE DE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Considérant que l’actuel Président de la République est l’homme qui a le plus ridiculisé cette fonction, créée en 1848, modifiée au suffrage direct par le Général De Gaulle en 1962, et ramenée à une vulgaire villégiature régalienne,
Considérant que l’opposition de gauche, divisée en petits marquis piaffant d’occuper la fonction, n’est ni apte à proposer un programme de rechange et dans un état de déliquescence propre à faire réélire en 2012 ce M.Sarkozy, même si celui-ci continue à tomber en dessous de 24% d’opinion favorable dans les sondages,
Considérant que la plupart des pays évolués, Allemagne, Grande-Bretagne, Canada, Australie, Espagne, Pays-Bas, Japon, et même les Etats-Unis d’Amérique dont l’actuel président M.Obama joue le rôle de Premier ministre sans avoir besoin d’un président, le territoire français gagnerait à supprimer un doublon extrêmement lourd pour les finances de l’Etat ; qu’on en juge Sarkozy est peut-être pour les diplomates US un « empereur sans vêtements », mais pour le peuple des travailleurs il n’est qu’un roitelet qui s’enrichit et se nourrit surtout sur leur dos :
- Sous la présidence de M.Sarkozy depuis 2007 le budget de l’Elysée est passé à 100 millions d’euros ; pour mémoire il était de 2,35 sous Pompidou en 1969, et de 31,9 sous Jacques Chirac en 2005 ;
- Le salaire de ce doublon du 1er ministre était porté en 2007 à 101 488 euros, sans compter diverses indemnités de fonction, de multiples résidences secondaires, et un parc automobile de 53 véhicules, une dizaine d’avions, 7 scooters et trois hélicoptères super-puma ;
- L’Elysée n’est pas une petite PME mais un lourd appareil oligarchique parasitaire de la nation, qui emploie un millier de personnes, dont de nombreux conseillers qui devraient relever, de par leur fonction honorifique, du délit d’emplois fictifs ;
- L’élection présidentielle représente un coût faramineux, sans compter les centaines de millions d’euros d’origine opaque pour départager les candidats indépendamment du vote des individus dispersés, cette gigantesque comédie dispendieuse pourrait être réduite à moindre frais par une simple élection par référendum du seul Premier ministre.
Pour alléger les charges inutiles et honteuses de l’Etat, et cesser d’être la risée du monde entier, la population française peut par cette réclamation de la dissolution d’un poste coûteux et inutile, supprimer également le Sénat, enceinte doublon également inutile et parasitaire.

Je souscris aux remarques ci-dessus et ma signature vaut accord.

Date : Signature :

Imprimer cette pétition, puis l’envoyer à:
Pierre Hempel 67 rue Henri Ginoux 92120 Montrouge

jeudi 2 décembre 2010

LES RAISONS DU SUCCES DE CANTONA

La ministre de l'Economie Christine Lagarde était hagarde en voyant le buzz provoqué par la « révolution Cantona ». Elle fit donc la remontrance publiquement à Eric Cantona, qui suggère aux particuliers de retirer leur argent des banques pour faire s'écrouler le système, « Il ne devrait pas jouer à l'économiste, chacun son métier», commença-t-elle par morigéner, avant de tacler l’artiste du ballon rond :
«Je ne me risque pas à jouer au football et Eric Cantona devrait éviter de jouer à l'économiste». Lors d'une conférence de presse, la ministre de l'Economie Christine Lagarde, alternant flatteries et mépris oligarchique, porta un deuxième tacle non sifflé par l’arbitre : «Je crois que quelqu'un qui est un grand footballeur ou un grand acteur de cinéma doit se garder d'intervenir dans le domaine financier, économique, surtout quand il n'en maîtrise pas les mécanismes», a tranché la ministre, après quatre jours de silence. En gros, la groupie de l’arbitre Sarkozy a dit : « ferme ta gueule Cantona, t’as le droit de taper dans le ballon comme les fils de prolos déshérités de banlieue mais ne te mêle pas de politique ! ». Du coup, nous les sans-grades, les pue-la-sueur, on s’est dit que la dame se fichait aussi de nous parce qu’on n’y connaît rien à l’économie mais suffisamment pour savoir que les banques nous roulent et que le gouvernement a fait passer sa loi contre les retraites des prolétaires. Et on aurait eu presqu’envie de suivre Cantona… comme on avait suivi les syndicats, sans lendemain !
C’est un fait que l’incursion du sombre footballeur adulé dans les quartiers ouvriers de Manchester passionne plus les prolétaires en France que les révélations de Wikileaks. Cantona continue d’ailleurs à faire le buzz (mon article de réponse précédent a été lu par 8500 personnes); des dizaines de milliers de personnes discutent depuis plusieurs jours sa « provocation » à ministre financière dans l’exercice de ses fonctions et crée l’événement sur facebook et Le Post. Malgré le caractère limité, franchouillard et sans perspective du précepte de Cantona, on peut lui être reconnaissant d’ouvrir une écoutille pour laisser s’exprimer le désarroi qui persiste en France après l’échec d’une défaite planifiée par syndicats et gouvernement sur les retraites (l’oubli est un élément du pouvoir : tout le monde a oublié la gaffe de Sarkozy en Janvier : « l’affaire sera pliée d’ici l’été… euh d’ici la fin d’année »).
Cantona a fait le buzz parce qu’il n’y a eu aucun bilan de la panade syndicale sur les retraites. Ou plutôt il y a eu deux ou trois bilans non répercutés par les médias, sur mon blog, sur le site de Robert Paris, un numéro spécial de « Révolution Internationale », ou sur celui de la CGT Goodyear Amiens qui demandait (sans rire) aux appareils de l’Etat de se ressaisir pour revenir aux fondements (défunts) du syndicalisme !
« La CGT Goodyear avait en septembre 2010 écrit au secrétaire général de la CGT, mais cette fois-ci nous estimons que la responsabilité de l’échec (car il faut parler d’échec) de la lutte contre la réforme des retraites est clairement le fait d’une stratégie qui dès le départ à donné le tempo d’une lutte volontairement molle !!!! (…) Vous ne mesurez pas l’impact négatif de cette lutte perdue d’avance du fait de vos positions confédérales, des milliers de salariés ont une impression légitime d’avoir été trahis, le gouvernement peut se contenter de cette situation, même si dans beaucoup d’endroit la colère couve et s’exprimera tôt ou tard, pourquoi ne pas avoir appelé à une grève reconductible interprofessionnelle le premier jour, en moins de 5 jours le gouvernement aurait plié, blocage des zones industrielles, des poumons économiques de notre pays, dès le premier jour et là, nous aurions gagné, c’est une certitude !!!! ».
La proposition de Cantona est bien faite pour plaire à ces syndicalistes et aux gauchistes qui ont joué le rôle de rabatteurs des manifs pépères pendant dix mois, comme s’en sont félicités les O.Besancenot et C .Autain. Où sont les stridents appels à la « Grèève Générâââle » et autre « Grève Interprofessionnelle jusqu’au retrait du projet du gouvernement » du genre de l’intersyndicale FO-Solidaires-FSU de Loire Atlantique qui n’acceptait pas « cette nouvelle dégradation pour toute la classe ouvrière au moment où le gouvernement arrose les banques et les spéculateurs à tout va, de plusieurs centaines de milliards d’euros …». Les frères siamois syndicaux ont disparu du paysage odieux-visuel. Pour la bourgeoisie, seul le porte-parole du parti socialiste, Benoît Hamon, a dressé un bilan "contrasté" de la mobilisation contre la réforme des retraites : « Mais il (le bilan) est exceptionnel par le témoignage de solidarité entre les Français du public et du privé, entre jeunes et moins jeunes durant les cinq mois où les gens sont descendus dans la rue », « Le soutien dans l'opinion ne s'est jamais "démenti" », a-t-il ajouté, ce qui nous a fait une belle jambe.
Après la félonie des syndicats et de leurs exécutants de base, faut-il attendre celle de Cantona ?
Personne n’y a fait attention, mais Cantona a dit deux bêtises dans la présentation de son précepte pour « faire tomber le système ». Il a déclaré « les syndicats font ce qu’ils peuvent », non, « L’intersyndicale a mené la lutte dans le mur » (titre d’un excellent article-bilan de l’historien Robert Paris sur le site Matière et révolution du 27 octobre). Cantona a déclaré aussi que les manifestations ne servaient plus à rien. Cela aussi est faux, bien que repris naïvement par nombre d’internautes. Les manifestations sont toujours nécessaires mais encore faut-il qu’elles soient décidées par les travailleurs eux-mêmes avec un but précis et pas par une intersyndicale obscure, qui s’éclipse sans gêne fin novembre sans rendre des comptes à qui que ce soit.
Les enthousiastes de l’action anti-banque de Cantona tombent dans la même logique des mois de balades syndicales inutiles. Ils attendent le 7 décembre comme ils attendirent chaque annonce de la prochaine JA syndicale sans réfléchir que l’intersyndicale gouvernementale menait dans le mur. Et le 8, ils attendront une nouvelle consigne de Cantona : brûler les billets retirés de la banque par exemple ?
Le désarroi non des « français » mais de la masse des prolétaires conviés à un travail morne et sans fin est perceptible derrière l’engouement pour la proposition farfelue de Cantona. Ce désarroi n’est pas méprisable contrairement à la proposition farfelue qui relève de l’action individuelle et atomisée « interclassiste », donc inefficace. Les élections sont truquées, ce ne sont que bourgeois ou bourgeoises qui se font élire. Les syndicats ne mènent qu'à des défaites successives. Que reste-t-il à faire? La révolution? Impossible faut payer avant ses dettes aux agioteurs des banques, truands protégés par la loi. Risquer de faire couler le sang inutilement pour retomber dans pire ? Conclusion de milliers de prolétaires anonymes et de bobos militants : il faudrait défiler derrière un footballeur qui a ergoté comme Mesrine qu’il faut frapper au porte-monnaie, prendre l'argent où il est, vider donc les banques. Et après? on verra bien. Désarroi et attente du Grand émoi.
Patience ! Tous les économistes reconnaissent que ce système va s'effondrer! Le système bancaire monétaire est en train de crever, et pas seulement l’euro. Il faut tout changer, c’est la planète qui court à sa perte en laissant de jours en jours de + en + de prolétaires dans la misère.
Depuis le début de la semaine, la panique a discrètement gagné les marchés européens, n’avez-vous pas remarqué que depuis 2009 les médias ont mis un bémol aux humeurs trop intempestives sur la gravité redoublée de la crise systémique ? Les taux auxquels les pays parviennent à emprunter de l’argent sont de plus en plus élevés en Espagne, en Italie, au Portugal, et même en Belgique et en France. Dans la péninsule ibérique, ils atteignent des records jamais connus depuis la création de l’euro en 1999. Un futur Fonds de soutien permanent aux pays en crise, est appelé à voir le jour mi-2013, en remplacement du mécanisme actuel, temporaire, mais certains exigent qu’il soit avancé d’urgence… Ne vous inquiétez pas, c’est pas Cantona qui va faire écrouler le système bancaire, sa faillite est déjà là, et nous n’aurons qu’à pousser un tout petit peu pour l’aider à s’effondrer vraiment, sans faire la queue à la banque ou au pole emploi.

mardi 30 novembre 2010

La grande mystification de wikileaks



Mardi pardi les journalstes de "Soir 3" ne sont pas loin de l'apoplexie, l'affaire des révélations de l'entité WikiLeaks promet "une onde de choc aux conséquences incalculables", suscite un "embarras diplomatique"; le "spécialiste" ombrageux des questions internationales parle vite et sa voix tremble comme toute la diplomatie mondiale. Le grand "spécialiste" Pascal Boniface se demande même comment "protéger les chancelleries". Info ou intox? Du passé faisons table basse.
Après la chute de la Monarchie de Juillet, Alexis de Tocqueville, vedette de la bourgeoisie moderne franco-américaine et de ses intellectuels de gouvernement, est élu à l'Assemblée constituante de 1848. Il est une personnalité éminente du parti de l'Ordre, un parti résolument conservateur. Prenant conscience du poids de la classe ouvrière et de l'émergence du socialisme avec la Révolution de 1848, qu'il considère comme une trahison de la révolution bourgeoise de 1789, il approuvera sans aucune réserve la répression des ouvriers lors des Journées de Juin. Il est membre de la Commission chargée de la rédaction de la constitution. Il y défend surtout les institutions libérales, le bicamérisme (système à deux parlements), l'élection du président de la République au suffrage universel, et la décentralisation. Il est élu à l'Assemblée législative dont il devient vice-président. Hostile à la candidature de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence, lui préférant le négrier fusilleur d’ouvriers Cavaignac , il accepte cependant le ministère des Affaires étrangères entre juin et octobre 1849 au sein du deuxième gouvernement Odilon Barrot. Le 12 juin 1849 à Paris Tocqueville refuse la demande de l'extrême gauche de communiquer des pièces diplomatiques relatives au siège de Rome et manifeste à cette occasion sa solidarité avec le ministère.
La rétention des affaires diplomatiques est ancienne. Aucun pouvoir n’accepte de divulguer ses documents au-delà d’un siècle. Serions-nous privilégiés au XXIème siècle avec le site de Monsieur Julien Assange selon qui l'objectif à long terme est que WikiLeaks devienne « l'organe de renseignements le plus puissant au monde ».
WikiLeaks est un site Web de balance d’infos sensationnelles dont la prétention d'être est de donner une audience aux fuites d'information en provenance notamment « des régimes d'oppression en Asie, aux États-Unis, dans l'ancien bloc soviétique, en Afrique et au Moyen-Orient » tout en protégeant ses sources. Le site a été créé en décembre 2006 et dans l'année qui a suivi, il a ajouté 1,2 million de documents à sa base de données grâce à une communauté d'internautes, composée de dissidents chinois, iraniens, de mathématiciens et de technologues d'entreprises Internet des États-Unis, de Taïwan, d’Europe, d’Australie et d’Afrique du Sud et de nombreux anonymes. Le site publie 250 000 notes diplomatiques confidentielles, prétendues gênantes pour l’administration Obama, qui a succédé au massacreur Bush. Le site WikiLeaks a publié un ensemble de plus de 250 000 télégrammes rédigés ces dernières années par le ministère américain des Affaires étrangères et son réseau d’ambassades dans le monde. La plupart de ces documents couvrent la période entre 2004 et mars 2010.
Le 17 avril 2009, WikiLeaks avait dévoilé l'intégralité du procès de l'Affaire Marc Dutroux, le pédophile belge, en particulier le résumé de ses auditions,1 235 pages de synthèse de l'enquête destinées au juge d'instruction. WikiLeaks a publié le 5 avril 2010 une vidéo de l'armée américaine montrant deux photographes de Reuters tués par un hélicoptère Apache lors du raid aérien du 12 juillet 2007 à Bagdad. Le 25 juillet 2010, en collaboration avec The Guardian, The New York Times et Der Spiegel, WikiLeaks rend publics les War Logs, 91 000 documents militaires américains secrets sur la guerre en Afghanistan. Le porte-parole du site a affirmé que certains des documents pourraient permettre de prouver d'éventuels crimes de guerre. Le 23 octobre 2010, après avoir donné une avant première aux journaux alléchés Le Monde, The Guardian, The New York Times et Der Spiegel, aux télévisions Al Jazeera, SVT, Channel 4 et aux sites Bureau of Investigative Journalism, Iraq Body Count et OWNI, Wikileaks a mis en ligne 391 832 documents secrets sur l'Irak, portant sur une période du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2009, et révélant notamment que la guerre avait fait environ 110 000 morts pour cette période, dont 66 000 civils et indiquant que les troupes américaines auraient livré plusieurs milliers d'Irakiens à des centres de détention pratiquant la torture. Le gouvernement français a répliqué par son porte-parole. François Baroin a assuré que la France est «très solidaire de l’administration américaine», présentant comme «une menace» la publication par le site de Julian Assange des quelques 250.000 notes diplomatiques confidentielles. Le nouveau ministre de la Défense, Alain Juppé a dénoncé lui aussi un modus operandi «scandaleux» et «irresponsable». D’autant, a estimé M. Juppé qu’«il n’y a rien de fracassant» dans les révélations. C’est vrai. Les attaques ad hominem sont légion sous les poignées de main des diplomates bourgeois.
François Baroin est un homme du sérail du pouvoir bourgeois, fils de Michel Baroin mort dans un accident d’avion non élucidé le 5 février 1987 au Cameroun qui était un haut fonctionnaire, homme d'affaires français et Grand-maître du Grand Orient de France. Selon Dominique Lorentz, cet accident était à relier à une campagne d'attentats de l'Iran motivée par le contentieux Eurodif. Curieux porte-flingue opportuniste de Nicolas Sarkozy après avoir été un « bébé Chirac », il fait la déclaration sybilline suivante : «Moi j’ai toujours pensé qu’une société transparente, c’était une société totalitaire.» «Nous sommes très solidaires de l’administration américaine sur la volonté d’éviter ce qui, non seulement porte atteinte à l’autorité des Etats, à la qualité de leurs services, mais met en danger des hommes et des femmes qui ont travaillé au service du pays». Au service de la puissance américaine ? Les collabos des puissances impérialistes n’on qu’à bien se tenir. Le jeune Baroin en langage maçonnique signifiait : « Moi j’ai toujours pensé qu’une société opaque c’était la meilleure gestion démocratique sarkozienne ». Pas de meilleure définition de l’oligarchie régnante en France.
Wikileaks et cinq journaux mondains, dont Le Monde, ont commencé pour accroître leurs ventes à publier le contenu de télégrammes ou de mémos diplomatiques, émanant de l’administration américaine, malgré cette apparente « atteinte à la souveraineté des Etats » dominants la planète. Ces documents montrent, comme par hasard, notamment l’inquiétude suscitée en Europe, Israël et dans le monde arabe par le programme nucléaire iranien, soupçonné d’avoir des visées militaires. Certains télégrammes montrent également que l’ambassade américaine à Paris taxe Nicolas Sarkozy de «susceptible» et d’«autoritaire». Une façon de rappeler à l’ordre un sous-fifre d’un pays secondaire.
Et ça balance. WikiLeaks rapporte aussi un entretien confidentiel que Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique du président de la République, a eu avec un haut responsable américain où il y qualifie de «fou» le président vénézuélien Hugo Chavez, en train de transformer son pays en un «autre Zimbabwe». Il traite aussi que l’Iran d’«Etat fasciste». Selon la plupart des médias, les gouvernements des grands pays du monde tremblent ou s'indignent de telles « révélations ». Cinq titres de la presse internationale - The New York Times, Le Monde (France), The Guardian (Grande-Bretagne), El Pais (Espagne) et Der Spiegel (Allemagne) ont publié des documents diplomatiques américains fournis par le site Wikileaks, dont beaucoup sont classés «secret». Quelque 251.287 «câbles», couvrant une période allant de 1966 à février dernier, ont ainsi été mis en ligne. Et certains ne s'avérent nullement gênants pour les futures rencontres entre les Etats-Unis et leurs partenaires lesquels connaissent le mépris américain à leur encontre. La Maison Blanche a condamné dimanche «dans les termes les plus forts» la publication «irresponsable et dangereuse» de ces documents, affirmant que l'initiative de WikiLeaks pourrait faire courir des risques mortels à des individus, mais pas à la mystification démocratique occidentale. Le site créé par l’aventurier Julien Assange a justifié de son côté sa démarche en expliquant avoir voulu souligner la contradiction entre la position officielle américaine et «ce qui se dit derrière les portes closes». Pas très méchant.
Parmi ce nouveau torrent de documents, un câble daté du 16 septembre 2009 rapporte, comme si on y était, un entretien du secrétaire d’Etat adjoint, l’Américain Philip Gordon, avec le conseiller diplomatique de l’Elysée, Jean-David Levitte et quelques autres conseillers sont « mouillés » car ils auraient qualifiés l’Iran d’Etat « fasciste ». Mouillé aussi, au sujet de la Russie, l’un des diplomates français, Roland Galharague, aurait affirmé : «La racine du problème, c’est le régime.» Loin des courbettes habituellement réservées au duo Poutine-Medvedev pour leur vendre des armes, le conseiller de l’Elysée chargé de la Russie, Damien Loras, aurait renchéri : «Les dirigeants russes manquent de vision suffisante à long terme pour leur pays et, au lieu de cela, se concentrent sur un horizon à six mois et sur leurs intérêts commerciaux». D’ici quatre ou cinq ans, «la Russie ne pourra plus subvenir à la demande européenne» en matière d’énergie, aurait mis en garde le même Damien Loras : cela risque de donner à la Russie «encore plus de possibilités d’influence sur une Europe qui ne s’est pas préparée à diversifier son approvisionnement énergétique», ou à… se rapprocher du grand frère US. Toujours au cours de cet entretien, Jean-David Levitte aurait qualifié le président vénézuélien, Hugo Chávez, de «fou», bonne révélation pour distraire le Vénézuela de toute relation commerciale avec l’Europe. «Il est en train de transformer l’un des pays les plus riches d’Amérique latine en un nouveau Zimbabwe», aurait expliqué le servile conseiller diplomatique de Sarkozy à ses hôtes américains.
A propos de la chancelière allemande, Angela Merkel, on lit qu’elle «évite les risques et est rarement créative», donc peu intéressante pour les affaires commerciales. Au sujet des deux Corées, au cœur des préoccupations mondiales ces jours-ci, des télégrammes montrent que les Sud-Coréens ont proposé d’offrir des «incitations commerciales à la Chine» pour qu’elle se rende à l’idée d’une réunification de la péninsule. Le troc est bien une méthode courante de la diplomatie américaine rappellent d’ailleurs ces documents : la Slovénie s’est vue demander d’accueillir un prisonnier de Guantánamo en échange d’une entrevue avec le président Obama, il n’y a pas de petits profits. La Belgique s’est entendue suggérer qu’accueillir des prisonniers de la base militaire serait, pour elle, «un moyen à moindre coût de jouer un rôle de premier ordre en Europe», à défaut de calmer les ardeurs hostiles entre flamands et wallons.
La Chine, enfin, est montrée du doigt à de nombreuses reprises, ce qui ne peut que contenter l’administration Obama. Un document affirme que le Bureau politique du Parti communiste est directement à l’origine des attaques contre Google en Chine, Google ce plénipotentiaire de la Silicon Valley. Depuis 2002, des agents recrutés par le gouvernement chinois s’efforceraient aussi de pénétrer dans les ordinateurs du gouvernement américains et de ses alliés occidentaux, ce qu’on savait déjà. Les documents dont WikiLeaks est en possession «abordent une immense gamme de sujets très sensibles», a déploré Elizabeth King, secrétaire adjointe à la Défense. Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat, et, si émotionnée qu’elle a appelé en personne ses homologues allemand, français, chinois, afghan, saoudien et émirati pour tenter d’amortir le choc. D’autres diplomates américains se sont chargés de prévenir l’Australie, la Grande-Bretagne, le Canada, le Danemark, la Norvège et Israël. «A la différence des opinions publiques, les Etats ne seront pas tellement surpris d’apprendre ce que les Américains pensent d’eux», prédit Justin Vaïsse, directeur de recherches sur la politique étrangère américaine et l’Europe à la Brookings Institution. Mais ces documents peuvent être aussi révélateurs des «initiatives de certains pays européens sur l’Afghanistan ou l’Iran», en marge de l’empire US. Cette publication va «mettre en danger les vies d’innombrables innocents», a protesté hypocritement l’administration Obama, comme elle l’avait déjà fait en juillet et en octobre, quand WikiLeaks avait mis en ligne des documents sur les guerres d’Afghanistan et d’Irak. Ces notes avaient « été fournies en violation de la législation américaine et sans considération pour les graves conséquences de cette action», a répété le conseiller juridique du département d’Etat, Harold Koh, dans une lettre au fondateur de WikiLeaks, Julian Assange. Passé le moment de bonheur qu’auront les journalistes du monde entier à publier les extraits les plus cinglants, ces fuites risquent d’être «dommageables» redo a ajouté sans rire Justin Vaïsse : «Elles vont conduire à accroître la protection des informations, à des destructions de documents et à un renfermement des diplomates sur eux. Au final, elles vont rendre la vie internationale moins transparente et plus secrète.»
Beaucoup de bruit pour rien donc. Comme lors de l’affaire Farewell (l’espion russe passé au service de la CIA) les différents services secrets occidentaux n’ont que foutre de la vie des agents « doubles » ou « détournés ». Qui peut sérieusement croire à la dangerosité de la « spontanéité » ou « indépendance » des individus qui animent Wikileaks ? Qui peut croire qu’un empire industriel, technologique, hyper-espion de la planète et nucléaire comme les USA serait « victime » d’une cabale indépendante de « corbeaux » pour corriger la perversion du capitalisme militariste?
Ce n’est pas la vie des « informateurs » qui préoccupe les dirigeants des Etats de la planète, mais des règlements de comptes obscurs au sein des coalitions impérialistes, et assez lourdement la prolifération intéressée d’un « victimisme » des démocraties impérialistes qui seraient trop exposées, trop « transparentes » face à l’hydre terroriste des « Etats voyous ». Une longue campagne d’intoxication commence qui pourrait mener à la guerre contre un nouvel « axe du mal ».
_____________________________________
Cet ex. membre de Wikileaks, parfaitement identifié par nous, nous a envoyé le texte ci-dessous. Il précise notre article du 5 septembre : http://dutron.wordpress.com/2010/09/05/les-lourdes-incriminations-qui-pesent-sur-julian-assange-touchent-wikileaks/ Il nous explique, de l’intérieur, qu’il connaît bien. La fuite des informations de Wikileaks vers le réseau « Genesis », la situation d’Assange, les possibilités de manipulations au sein du système US, etc.
1. Julian ASSANGE se présente comme « l’initiateur et le créateur » de WikiLeaks : FAUX. C’est un groupe de mathématiciens, puis d’informaticiens et enfin d’informateurs qui ont créé WikiLeaks. Assange s’est imposé comme « un porte-parole naturel » principalement parce qu’il est et était appuyé par des élus islandais.
2. Si beaucoup de membres de WikiLeaks se révoltent, ils ne quittent pas WikiLeaks. Ils se mettent « en attente ». Assange n’est rien sans une équipe. Pas de techniciens et pas de site !
3. Une « guerre civile » sous-entend deux groupes importants qui s’affrontent : FAUX.
Il y a d’un côté la majorité des membres (bénévoles et informateurs)
et de l’autre, Assange et les employés payés de WikiLeaks. Payés par quels fonds, quelles sources ? Une seule certitude : seuls 10 % des frais sont assurés par les dons issus du site.
4. « Pour Birgitta Jonsdottir, qui dit être une amie de Julian Assange, il faudrait que ce dernier se concentre sur ces accusations et que donc il n¹intervienne plus dans Wikileaks, au moins le temps de l’enquête » : cette élue islandaise n’est pas une amie d’Assange mais un soutien politique islandais.
5. Problème de WikiLeaks : Qui pourrait « reprendre le flambeau » de porte-parole du site ? Vous devez prendre tous les coups bas, effacer votre famille, vos amis. Et il y a les risques physiques, les « services » d’à peu près tous les pays du monde. Assange n’a jamais apporté d’explications surses motivations d’être porte-parole de WikiLeaks !
6. L’existence même d’un site du type WikiLeaks n’est pas en danger : d’autres reprendront le système. Ce qui est contesté c’est le fait qu’à peine 40% des informations et documents réceptionnés au sein de WikiLeaks soient censurés. Ok, les USA ont beaucoup de secrets mais pas uniquement militaires et pratiquement tous les autres pays de la planète ont leurs secrets. Au sein de WikiLeaks, il n’y a plus qu’une seule bataille : tous contre les USA.
7. Assange est effectivement « brut de décoffrage », un pur australien genre Crocodile Dundee mais il n’est pas connu pour son côté génial avant ses apparitions, qui connaissaient le nom d’Assange ? Qui connaissait ce hacker qui aurait piraté la NASA ???
8. Si Assange est CIA, leurs manœuvres tournent mal mais c’est une habitude dans cette « agency ». Peu probable sauf si CIA s’est retournée contre l’US Army et pire, la Maison Blanche.
9. Une certitude pour une des fuites majeures de l’US Army : Manning, celui qui a sorti les documents était connu de l’US Army comme ayant des problèmes psychiatriques. Son arme de service avait été désactivée 1 an avant les fuites. OK, tout ne va pas au mieux au pays de l’Oncle Sam mais pas au point de donner des accès à des salles et des documents classifiés. A savoir, ce type de personnel est « criblé » (très surveillé) et est régulièrement soumis à des tests psychologiques.
10. Des « collecteurs » de WikiLeaks disposent d’une moyenne de 30 à 40% d’informations confidentielles concernant les USA ET l’OTAN dont pratiquement la moitié est à caractère politique ou financier et non militaire. Le reste des documents qui devraient être publiés représentent entre 60 et 70% d’informations d’origine (dans l’ordre d’importance) : Proche Orient, Russie, Chine, Europe. Aucun n’est publié : raison invoquée par WikiLeaks : manque de moyens. OK, mais alors pourquoi ne pas respecter une règle proportionnelle de publication? Où est la publication de listes d’espions russes ou chinois fournies et complétés pas des sources confirmées ?
11. Je ne vais pas me prononcer sur des guerres entre CIA et US Army. Pas plus, pas moins probablement que dans toutes les administrations. Il est inutile de penser qu’au delà de quelques croche-pieds, cette lutte prenne cette ampleur au nez des services secrets, des politiciens US et surtout de la Maison Blanche.
12, Un des problèmes d’éthique de WikiLeaks est de localiser et identifier ses sources alors que l’on déclare le contraire sur le site. Oui, ces données sont protégées mais rien n’est inviolable. Et pourquoi prendre un tel risque ? Si ce n’est être une monnaie d’échange ?
13. Une manœuvre d’une « agency » US ? Si c’est le cas, elle ne peut émaner que du plus haut de l’Etat : La Maison Blanche et être dirigée que par un ou deux conseillers du Président. Quelles raisons ?
- McCrystal est parti pour des raisons bien professionnelles et Petraeus a été manipulé par la Maison Blanche (ou il a été d’accord de jouer le jeu).
- L’Afghanistan sera LE thème de la prochaine campagne présidentielle. Elle va débuter progressivement en 2011 après les élections de la Chambre et du Sénat en Novembre 2010.
- Malgré les déclarations de Pétraeus sur l’assurance de pouvoir décider du retrait d’Afghanistan, la Maison Blanche a fait savoir que la date de retrait (fixée mi 2011) n’était pas négociable. Pourquoi ?
o Parce que si le Président Obama veut se faire réélire pour un second mandat, il devra s’appuyer sur l’image de son prix Nobel.
o Monter des manœuvres (WikiLeaks entre autres),
o le retrait des sociétés de sécurité (dans deux mois), d’Afghanistan
o un accord de paix Israël/Palestine justement dans un an … Le Président Obama a compris qu’en matière de politique intérieure, avec le blocage des Républicains, que la reprise économique n’est pas pour demain et que le chômage ne sera pas résorbé pour les prochaines élections.
La seconde moitié de son mandat servira à la politique internationale et à être celui qui aura ramené tous les soldats américains à la maison, y compris ceux d’Afghanistan. Imaginez l’impact électoral du dernier soldat US rentrant aux USA quelques mois voir quelques semaines avant l’élection ? Ce même soldat envoyé combattre par « le vilain Bush », qui est … républicain !
Et voilà justement un WikiLeaks qui publie un maximum de réalités sur l’Afghanistan et un Julian Assange transformé en machine dirigée contre les républicains. La guerre en Afghanistan, c’est eux.
14. Attention, j’écris au conditionnel : des manœuvres secrètes menées par un très petit nombre et avec la bénédiction du Président des USA n’ont jamais été couronnées de succès : Kennedy, le Watergate ont été des « affaires » qui ont été des échecs. Pourquoi ? Pour garder le secret, un ou deux hommes seulement dirigent la manœuvre. Politiciens, ce sont des amateurs de la manipulation. C’est une des bonnes raisons pour que CIA, NSA, FBI et Services Secrets US doivent disposer d’un nombre importants d’agents et de moyens.
Les républicains ne sont pas dupes : au sein de WikiLeaks, d’autres
qu’Assange, ont des contacts journaliers avec des politiciens républicains.
Assange inculpé, une bonne idée pour lui donner le rôle d’un martyr mais cela a l’effet contraire : les autorités suédoises n’ont pas assurés leurs rôles : trop de précipitation, de communiqués … Personne ne sait plus aujourd’hui s’il faut inculper ou non Assange ! S’il est inculpé, il prend l’opinion publique internationale à témoin mais il perdra WikiLeaks. Déjà, sous les yeux horrifiés des services de renseignements étrangers (chinois et russes en tête), agissent « les collecteurs » des informations données par les informateurs de
WikiLeaks. Elles ne sont plus transmises « au centre névralgique de WikiLeaks ». Des réseaux entiers d’informations WikiLeaks passent dans un réseau parallèle de collecte et analyse d’informations : Genesis. Ce projet a été initié par les républicains au temps de Bush. Une sorte de réseau international de stockage de données.Si l’on peut faire un jeu de mots, WikiLeaks « se liquéfie » et des informations ultrasecrètes sont dispersées. Des fuites organisées et maîtrisées deviennent des torrents, bientôt des océans. Rien qu’en Belgique, plus de 6 000 000 de documents confidentiels ont été récoltés de Juin 2010 à Août 2010 sans avoir été transmis et publiés. Aucun document ne concerne les USA.
15. Pourquoi avoir peur ? Pas mal d’espions professionnels commencent à décéder ici et là. Certains sont manipulés : ils sont mal payés et c’est la crise pour tous. Et il y a tous ceux qui trahissent sans être pris. Il estprobable que CIA, NSA, FSB, ISI et autres « agency » commencent à ne plus maîtriser la situation. « Les offres » financières se multiplient pour infiltrer WikiLeaks : plus d’un million pour de simples « informations de l’intérieur du réseau » jusqu’à des « investissements à longs termes » pour infiltrer, manipuler WikiLeaks. La crise n’est pas pour tout le monde. Assurer à chacun qu’un collaborateur bénévole, ne cède à la tentation relèverait d’un mensonge inutile.
Un « collecteur » WikiLeaks dirigé contre Assange

dimanche 28 novembre 2010

Vider les banques? Ma réponse à Eric Cantona (*)


Peu passionné par le football, je vous aime bien comme acteur de cinéma, mais pas du tout comme conseiller politique. Je tenais d’abord quand même à vous remercier d’avoir été le premier à répondre, et avec des échos au niveau international, aux inutiles balades syndicales de cette année par tous ces aristocrates du travail si flattés par le président Sarkozy. La défaite sans véritable combat d’une petite partie des prolétaires embrigadés ou aux retraites protégées, conclu par un ridicule « pique-nique » syndical n’est pas la défaite de tout le prolétariat, mais déprime la lutte dans les autres pays. Grèves générales sans lendemain en Espagne et au Portugal comme les manifestations en Irlande ont répété le même schéma de défilés syndicaux inutiles. En France, si les dés n’avaient pas été pipés dès janvier dernier, une véritable lutte avec de vraies AG et la nomination d’un comité de grève central responsable devant la population travailleuse et dont les débats internes auraient été chaque jour transmis en direct par voie télévisuelle (comme les micros que les ouvriers polonais avaient imposé en 1980 dans la salle des négociations) avec la possibilité de chasser immédiatement cette intersyndicale obscure ficelée par le gouvernement.
Très touché par la situation des pauvres et des mal logés, vous êtes parrain de la fondation Abbé Pierre depuis 4 ans et vous venez de sortir un recueil de photos témoignant de la misère dans le monde. J’ai trouvé votre déclaration suivante très sentimentale nationale: « « Être français, est-ce que c'est parler français, chanter la Marseillaise et lire la lettre de Guy Môquet ? Non, ça c'est être con. Être français, c'est être révolutionnaire. » Mais croyez vous que français ce soit le critère pour être révolutionnaire à l’heure de la crise mondiale ?
Vous avez parfaitement saisi l’inutilité et la cuistrerie de la couleuvre syndicale de 2010 : «Au lieu d'aller dans les rues faire des kilomètres (pour manifester), tu vas à la banque de ton village et tu retires ton argent" ». Vous avez suscité soudainement l’intérêt des médias en engageant ainsi « tout le monde » à retirer son argent des banques le 7 décembre : « S'il y a 20 millions de gens qui retirent leur argent, le système s'écroule (...) La révolution se fait par les banques". "Pour parler de la révolution, on va pas prendre les armes, on va pas aller tuer des gens. Il y a une chose très simple à faire (...) Le système est bâti sur le pouvoir des banques. Donc il peut être détruit par les banques". Et s'il y a 20 millions de personnes qui retirent leur argent, le système s'écroule: pas d'arme, pas de sang, rien du tout. A la Spaggiari" ». Alors que vous semblez limité vous aussi comme les professionnels du syndicalisme à des solutions nationales, vous conviendrez que votre idée a eu tout de même une extension internationale puisque, paraît-il des gens trouvent votre idée géniale au paradis du pognon en Suisse ! Des banquiers suisses se seraient aussi affolés !
D’accord pour parler avec vous révolution nécessaire et indispensable, dans tous les pays et en mettant des coups de pieds au cul (avec chaussures cloutées de footballeur) de tous ces employés d’Etat syndicalistes qui l’ont en horreur. S’il suffisait de s’en prendre aux banques comme vous le préconisez pour faire « écrouler le système » comme vous dites, je vous sauterais au cou de joie. Hélas c’est du pipeau, comme tant d’autres projets de grève des consommateurs, des automobilistes, des collectionneurs de timbres ; et en plus vague puisque vous vous adressez à cette catégorie interclassiste de « français » ! Je me suis demandé comment vous alliez faire pour montrer l’exemple vous milliardaire du jeu collectif le plus populaire du monde. Allez-vous louer un camion de la Brink’s, et le faire garder jour et nuit dans une de vos propriétés ? Avez-vous pris la précaution de tout placer en actions, dans l’immobilier afin de ne retirer que quelque argent de poche au jour J devant les caméras de télévision? Savez-vous que la plupart des prolétaires n’ont quasi plus rien sur leur compte en banque au milieu du mois, et qu’ils sont débiteurs à la banque ? Savez-vous que la plupart des personnes âgées isolées ou même des rmistes au chômage craignent d’aller chercher leur argent au jour dit parce qu’on les attend au coin de la rue pour les dépouiller ?
Vous accréditez dangereusement en outre que l’argent aurait une valeur. C’est faux ce n’est pas l’argent qui a une valeur, c’est l’homme. Vous devriez savoir que lorsque Marx jeune plagie Shakespeare et Goethe c’est pour réaffirmer la valeur humaine : « L'argent est l'entremetteur entre le besoin et l'objet, entre la vie et le moyen de subsistance de l'homme. [...] Il apparait aussi comme cette puissance de perversion contre l'individu et contre les liens sociaux, etc. (...). Il transforme la fidélité en infidélité, l'amour en haine, la haine en amour, la vertu en vice, le vice en vertu, le valet en maitre, le maitre en valet, le crétinisme en intelligence, l'intelligence en crétinisme. Comme l'argent, qui est le concept existant et manifestant de la valeur, confond et échange toutes choses, il est la confusion et la permutation universelles de toutes chose, donc le monde à l'envers, la confusion et la permutation de toutes les qualités naturelles et humaines» (Manuscrits de 1844 : Le pouvoir de l'argent). Vous êtes trop jeune pour vous rappeler le proverbe de Coluche définissant la valeur : « Le monde appartient à ceux dont les ouvriers se lèvent tôt ».
Vous accréditez surtout la théorie fallacieuse de la gauche caviar et de toute l’armada des gauchistes suivistes que la crise serait « la faute aux banques », excusant ainsi le capitalisme comme énorme machine étatique, répressive, parlementaire imbécile et syndicratie aristocrate, avec ce mythe abstrait du « pouvoir de l’argent » ; suffirait de s’attaquer à l’argent contenu dans les banques ! Or, l’argent est d’abord la sueur et la terreur du prolétaire, le sang du prolétaire est extorqué, bonifié par la planche à billet, soigneusement récolté puis redistribué dans les divers circuits capitalistes sous forme d’actions, d’obligations, de crédits, investis, injectés, réinjectés. L’argent n’est donc pas simplement dans les banques. Les banques ne sont pas seules face à leur client, lequel n’a pas tous les droits : telle banque peut fermer le 7 pour ravalement de façade. Un décret d’Etat suffit comme en Argentine pour refuser la sortie de grosses sommes d’argent….
Je crois que vous êtes trop jeune, trop naïf et ignorant de l’histoire complexe des révolutions. Je pense comprendre la raison d’une telle naïveté – le mépris de la classe ouvrière identifiée aux syndicats pourris, croyance que j’ai souvent trouvée chez les sportifs de haut niveau – basée sur une vision bourgeoise, pour ne pas dire très catholique de la pauvreté. Où sont les pauvres ? Partout, dans toutes les classes répondait Georg Simmel en 1907:
« … les préjugés de classe sont suffisamment forts pour rendre la pauvreté pour ainsi dire invisible ; et avant cela, la pauvreté est une souffrance individuelle, sans conséquences sociales. (…) L’affirmation socio-démocratique selon laquelle le prolétaire moderne est définitivement pauvre, mais pas un homme pauvre, s’accorde à cette interprétation. Les pauvres, en tant que catégorie sociale, ne sont pas ceux qui souffrent de manques et de privations spécifiques, mais ceux qui reçoivent assistance ou devraient la recevoir selon les normes sociales ». Plus précis encore : « Le fait que quelqu’un soit pauvre ne veut pas dire qu’il appartienne à la catégorie spécifique des pauvres. Il peut être un commerçant, un artiste ou un employé pauvre, mais il demeure dans la catégorie (commerçant, artiste ou employé), qui est définie par une activité ou une position spécifique ».
Le pauvre en soi comme le français en soi ne sont donc nullement révolutionnaire. C’est le prolétariat comme classe qui fait tourner toute la société qui est seule capable de « faire écrouler le système ». On n’a pas le droit de cacher cette vérité, ni sous prétexte que la classe ouvrière s’est fait rouler dans une nouvelle manipulation syndicale avec gros ballons et flonflons, d’inventer des solutions individuelles aléatoires et aussi dangereuses finalement que les hâbleries et crêperies syndicales.
En effet, le plus grave dans votre déclaration bon enfant, confortablement allongé dans votre fauteuil, aura été votre exaltation du pacifisme et au nom du mafioso Spaggiari, ce conte pour enfants qui aura profité probablement à quelque parti de gouvernement vendeur d’armes.
Vous croyez que la classe bourgeoise qui est en train de supprimer la retraite, qui rogne toutes les concessions sociales, qui envoie nos enfants des banlieues sans diplômes se faire tuer en Afghanistan, qui jette à la rue des milliers et des milliers pour maintenir les profits non des seuls banquiers, mais de la haute de Neuilly, des milliardaires du sport comme vous, et qui dégraisse ce ballon montgol-fière des couches moyennes au point que la hiérarchie sociale va ressembler vraiment sous peu à la Tour Eiffel, va nous céder la place galamment à nous les millions de prolétaires, sans cris, sans nous tirer dessus ?
Vous nous prenez pour des cons, ou quoi ?

PS: J'oubliais le plus important, c'est pas le tout de dire "faut faire effondrer le système", mais pour le remplacer par quoi: quel est votre programme, quel est votre parti Cantona?

(*) Le titre a été modifié bienheureusement par la rédaction du Post, je les en remercie. Cet article a été publié au même moment donc sur LE POST, en 3 heures j'ai eu près de 3500 lectures...(et jusqu'au lundi 6 déc: 9753!) alors qu'avec ce blog je rame au quotidien avec une petite centaine de connections; je me demande si je vais pas le laisser tomber. Quant à la toquée nommée Sylvie qui me dénigre sur Le Post et demande ce que je propose, elle n'a qu'à relire attentivement, la réponse y est.