"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

dimanche 30 novembre 2014

LA COMIQUE FEMINISATION DE LA BOURGEOISIE


Au XXème siècle on découvrit de solides femmes chefs d'Etat, au nez plus long que celui de Cléopâtre, Mmes Golda Meir et Margaret Thatcher. Elle ne déméritèrent pas de la fonction, mais elles étaient encore l'exception.
Au siècle suivant il faut bien constater un long règne d'Angela Merkel qui masque mieux que Hitler, Adenauer, Brandt et Kohl réunis (pour la photo), l'arrogance économique et impérialiste traditionnelle de l'Allemagne capitaliste réunifiée pour le meilleur et pour le pire. La France, vieux pays machiste, n'est pas encore en passe d'égaler une telle matrone d'Etat. On se souvient des humiliations répétées de la pauvre Edith Cresson et du ratage de Ségolène Royal, sans doute un peu trop hommasse pour ses concitoyens, sans posséder certaine vertu féminine d'apparente douceur qui sait mieux faire passer des sosies pour des bernés de l'espèce masculine. On doit se contenter de secondes cuillières baveuses à la Dati, Moreno, etc.

On l'a oublié mais le féminisme a été la principale épingle du jeu que la bourgeoisie française a su tirer de Mai 68, quand la bourgeoisie américaine en faisait déjà l'expérience avec la bobolgie hippie dans les campus. Vie quotidienne, cadre de vie, ici et maintenant, environnement, etc., tout plutôt que l'identification de la hiérarchie des classes, de leur rivalité et des inégalités internes aux classes; une même approche "politique" cynique rapprochait marxistes orthodoxes et libéraux anarchistes. La "libération de la femme" devint le principal miroir aux alouettes du socialisme rose et du libéralisme Chamalières; Giscard coiffa sur le poteau marxistes insurrectionnalistes et anars pétroleurs en déléguant une femme, ex-déportée juive de plus, pour faire abolir l'interdiction d'avorter1 dans l'enceinte (sic) parlementaire. Bien avant les Mitterrand-Chirac-Sarkozy-Hollande, la giscardie avait compris l'intérêt des quotas communautaires sexués au gouvernement national.
Tardivement, longtemps après le milieu maximaliste issu de mai 68, en 1997, Christopher Lasch avait remis à leur place les féministes bourgeoises qui avaient servi de laboratoire au renouvellement de l'idéologie de domination bourgeoise: "... les femmes ont tout autant de chances que les hommes de faire mauvais usage du pouvoir, de trouver du plaisir à se montrer cruelles, et de céder au goût pour la cruauté en faisant respecter le conformisme"2.

FEMINISATION DE LA SOCIETE?

C'est la thèse défendue par un journaliste pipole qui se prend pour un philosophe dérangeant de la société décadente, laquelle notion est à peu près partagée et assaisonnée par tout l'éventail politique des officiels aux garants ringards d'un maximalisme de papa comme le CCI. Le dit philosophe de pacotille, le nommé Eric Zemmour, ne fait que reprendre les affres de la dévirilisation de la société moderniste3 par tous les chantres maurrassiens du vieux paternalisme clérical et monarchiste. Danger immanent cette terrible peur de la castration, vieille pratique des guerriers vainqueurs à toutes les époques, avec le viol et l'égorgement animal. Quoi de pire que la castration d'un homme par une femme? L'impétrant est petit et complexé comme tous les hommes nés petits; je l'ai croisé un jour à Montparnasse, et il est en effet chétif et apeuré dans la rue. Sa mère était une mamma pied-noir, femmes traditionnellement autoritaires et dominatrices. Or c'est de la bouillie de chat arriviste, rien n'a changé ni ne changera fondamentalement dans la nature et l'altérité des hommes et des femmes, même si leur complexion et caractère ne sont jamais tout noir ou tout blanc.

Comme l'idéologie patriotique, les droits du citoyen, l'égalité des chances, le droit à l'éducation, fariboles bourgeoises, l'égalité des femmes n'est pas une nouvelle identité mais un costume de plus dans la négation de la guerre des classes. Au niveau sociologique les débats lassants et répétitifs sur la "crise du couple moderne" - le couple marié étant depuis la création de l'Etat le garant de la reproduction sociale hiérarchisée – ne font qu'éviter tout véritable débat sur les inégalités sociales et la misère sexuelle. La "femme libérée" est surtout une prolétaire obligée de "gagner sa vie" comme les hommes salariés. Sa libération présumée, une aléatoire permutation de ses amants jusqu'au seuil de la vieillesse laide, ne lui laisse que le choix de payer une nounou et de s'ennuyer le dimanche dans les allées des supermarchés. C'est plutôt d'une masculinisation des femmes qu'il faudrait parler, non pas au sens de pouvoir dominer les hommes ni égaler leurs capacités physiques, mais de prolétarisation dans la solitude, d'une forme de mort sociale comme celle des retraités.

LA FEMINISATION DU PERSONNEL POLITIQUE

Les fabricants de la dite civilisation occidentale savent très bien que la question des femmes est un enjeu historique et une mystification immémoriale depuis la côte d'Adam jusqu'au hijab islamique. En s'emparant de la question, les bourgeoisies dominantes des plus anciens pays capitalistes peuvent sans mal faire avaliser leur supériorité "morale" sur les contrées attardées et maintenues dans l'arriération religieuse. Sans analyser chaque pays "développé", nous pouvons examiner le cas français, exemplaire de la mutation frauduleuse. Après l'acceptation officielle très tardive (1944) du droit de vote pour les femmes, puis du carnet de chèques indépendamment de l'époux (3 juillet 1965, nouvel article 221 du Code Civil), de l'avortement (loi Veil 1975), la loi sur la parité (6 juin 2000) on n'a aucunement détruit les stéréotypes habituels ni surtout leur place en politique de domination. Le "vivier des femmes" aptes à concurrencer les hommes est encore plus sélectif que jamais. Celles qui se détachent du lot sont généralement issues du même milieu bourgeois dominateur, fils et filles de famille, haut diplômé(e)s. Dans le processus de sélection politique à l'intérieur des divers partis, majoritairement contrôlé par les hommes, elles restent sous-représentées dans leurs instances dirigeantes, tout comme dans les administrations des grandes industries étatiques. Plus révélateur, comme l'écrit un analyste: "La féminisation de la vie politique ne s'est pas accompagnée d'une ouverture sociale"4
Il n'y a aucune chance pour trouver une femme de ménage ou un ouvrier du bâtiment député ou ministre (sauf quelque syndicaliste corrompu ou une égérie beur de banlieue, pour la galerie). La "socialisation au métier politique" reste aux mains de l'élite bourgeoise. La notion de parité ou de quota est d'abord une cuistrerie de plus : que m'importe qu'un homme ou une femme représente mon courant politique, quand l'essentiel reste le contenu.
"Féminiser par la loi" devait "moderniser" la République pour "ré-enchanter la politique depuis 1975, année internationale de la femme pour la clique des "Nations Unies", "rééquilibrer le pouvoir entre hommes et femmes", "ainsi que "le droit de prendre part à l'élaboration et à l'exécution de la politique de l'Etat".

En 1998, une circulaire signée par Claude Allègre et Ségolène Royal intronisait une circulaire sur la "féminisation des métiers", actualisant la circulaire de Fabius en 1986, selon la volonté du chef de l'élite rose Jospin (le même qui avait officialisé le droit aux salles de prière dans les usines et le port du voile religieux)5.

Vint ensuite la cuistrerie politique sur la parité – dite "universalisme sexué" - ne fût que la prétention des élites bourgeoises à leur renouveau, et placée au centre de leurs discours et programmes (les femmes votant plus que les hommes...), afin de "restaurer la confiance des français dans leur classe politique" (c à d tous partis confondus)6. Depuis plusieurs décennies, les "décideurs anonymes" ont ainsi prétendu répondre à la "crise de la représentation" liée... à l'affaiblissement de l'Etat-Nation, à l'entrée en scène des nouveaux décideurs (conglomérat européen, globalisation financière) et tares locales françaises: sclérose des partis, magouilles électorales, cumul-accaparement des mandats.
Cette prétendue féminisation des élites qui n'a en rien ébranlé le règne de l'oligarchie bourgeoise a achoppé sur le terme de parité pour le remplacer par celui plus fumeux encore d'égalité. Sur le terrain électoraliste la modification ne s'est avérée jouable que pour les scrutins secondaires, municipaux et régionaux, n'entamant en rien la composition des élites nationales. Les femmes élues à ce niveau secondaires sont elles-mêmes, soit de bonnes bourgeoises, soit des arrivistes étudiantes ou issues d'une immigration avide d'intégration conformiste, des profs, fonctionnaires ou cette catégorie très marginale et peu consciente socialement des "femmes au foyer" aux côtés de jeunes retraitées, avides de reconnaissance pré-cimetière. Les élues salariées proviennent en outre surtout du secteur privé, secteur où les prolétaires possèdent une conscience politique limitée en général. La médaille d'honneur des recrutées conformistes par les partis officiels revient à celles qui se targuent d'être "actives dans le milieu associatif" ou "personnalité de la société civile de la région".
Exceptés les gauchistes recyclé verts, ardents supporters des hausses d'impôts contre la classe ouvrière pollueuse, les partis officiels dominants ont généralement préféré renoncer au financement public (condition pour respecter le quota féminin) plutôt que de mettre en péril la réélection de leurs députés mâles au profit d'incongrues nouvelles venues "dépourvues de notabilité locale". Ainsi leur est verrouillée l'entrée au Parle-ment, rempart du pouvoir républicain bourgeois mâle. La seule nouveauté se résume à une nouvelle féodalité républicaine où ces "nouveaux féodaux" accaparent tout le pouvoir face aux masses asexuées... qui se préoccupent avant tout de leur carrière et de compléter leurs énormes revenus avec ceux de leur femme nominée secrétaire parlementaire!

Alors que l'on assiste à une raréfaction des attitudes misogynes, surtout parmi le prolétariat (mais pas au Parle-ment), la réalité de la condition féminine dans le salariat reste une des plus honteuses. Les femmes restent les plus mal rétribuées, mal traitées par la hiérarchie patronale, confinées aux boulots ("d'avenir", comme ils disent): prostitution, ménages dans les hôtels sordides, gardes des enfants, tâches de bureau répétitives. On a envie de ressortir l'image antique concernant leur sort: les empereurs romains désignaient un chef aux esclaves, et il devenait le chef des esclaves, le garant de leur soumission. Une femme nommée ministre n'est-ce pas la garantie que des millions d'autres se courberont à la tâche avec fierté?

Après Thatcher, Merkel et Michelle Bachelet, Hillary Clinton sera-t-elle la future chèfe des esclaves américains? Et si Bruno Lemaire avait été une femme n'aurait-il pas remisé Sarkozy au trente pour cent du glorieux opposant au bréjnévisme de parti?

LA FEMINISATION EN TROMPE L'OEIL DE L'EXTREME DROITE:

Ce qui est frappant à l'aile dite anti-élite de la droite française c'est sa propension affichée à une oligarchie présomptueuse et sans honte. Marine Le Pen vient d'être élue présidente du FN à... 100%. Au XXIème siècle le ridicule ne tue toujours pas. Elle était la ... seule candidate. Comme son père elle ne veut pas du pouvoir, mais persister dans le même rôle de faire-valoir du barnum officiel. Il vaut mieux être premier dans son village que deuxième en ville. A ce compte Sarkozy avec ses 64% apparait comme un gentil roi démocrate!

Cela avait été une trouvaille de génie népotiste de placer à la tête du FN français la propre fille du cador breton ex-para volontaire, clone adouci du terrible épouvantail à gauchistes. Puis de reconfirmer récemment la féminisation de l'appareil oligarchique par la promo d'une mignnonette jeunette blondasse, Marion Maréchal-Le Pen (cf. Maréchal nous voilà!) ; il y a de la pureté du bled Domrémy chez la marionnette. Est-elle pucelle? Sans compter évidemment la tête à claques de premier de classe du petit rondouillard Florian Filippot7, qui affiche autant de virilité que Tino Rossi avec sa voix de pédale face aux virils occupants teutons8.
L'extrême-droite serait-elle (serait-il?) devenu un parti de "gonzesses"? Nullement, sur le fond, son principal parti, le FN, reste un parti de droite bourgeoise, surfant sur les inquiétudes liées à l'envahissement religieux musulman, mais avec pour tout programme une resucée de celui du PCF des années 1970. Cela a échappé à tous les commentateurs et aux hystériques anarchistes antiracistes, "nanti-ostracistes" finalement et anti-tout, mais le fait qu'une femme dénonce moins la "transhumance" de l'immigration que le folklore evahissant, surtout maghrébin – par le fait que celui-ci véhicule une image religieuse méprisante de la femme – donne plus d'ampleur à sa propagande que la simple dénonciation de "l'envahissement" par son père dans les 70. Le propos de la femme chef de parti, donc homme en chef, repose plus de prime abord sur l'idée de dignité et de respect que sur celui d'exclusion, qui reste sous-jacent; et ça marche. Mais le discours nationaliste demeure le même: repli sur soi, mantient des inégalités, vieilleries industrialistes autarciques, rejet de toute immigration, clichés auxquels même le preux Montebourg a renoncé pour aller à l'école des patrons apatrides.La compo du FN reste majoritairement un assemblage de vieux gros bras qui agitent une égérie trompe l'oeil pour mieux faire digérer une vieille idéologie barbouzarde.

La féminisation bourgeoise de tout le cirque médiatique aura été un bel enfumage qui n'est pas prêt de faire cesser le combat des hommes et des femmes du prolétariat pour la destruction des élites politiques et du métier de la politique parasitaire de l'humanité.




1Simone Veil assuma très bien sa tâche, sous les quolibets et les menaces, mais les récalcitrants de la droite bourgeoise en insultant une ancienne déportée se ridiculisaient eux-mêmes du fait de leur filiation implicite avec le fascisme disparu. Ce fût un pas réformiste indéniablement positif pour les femmes; le parti maximaliste bordiguiste eut raison d'appeler à voter pour l'avortement en Suisse, quand le CCI rigidement anarchiste au plan parlementaire cria au viol des principes... car les femmes pouvaient attendre ad eternam l'émancipation de l'enfantement automatique aux temps sans cesse reculés de l'imminente révolution prolétarienne. Ceci dit, nombre de femmes sont encore obligée d'aller avorter ailleurs... à l'étranger.
2"Les femmes et la vie ordinaire" (1997).(reprint ed Climats)
3Je me demandais récemment où étaient passés nos pitre modernistes Wajnsztejn et Guigou, lorsque j'ai reçu une pub des éditions post-tiersmondistes L'Harmattan; ils en sont réduit à publier une compil de leurs âneries anti-marxistes avec un pauvre titre: La société capitalisée. Bof!
4 En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/politique/la-feminisation-du-personnel-politique-se-fait-en-trompe-l-oeil_1573981.html#dXu7IFE1e5IMiM3D.99

5La bourgeoisie canadienne, éminemment suiviste et moderniste (avé l'accent du 17ème plouc) a produit en septembre 2006 un "Guide de féminisation", ventant les "épicènes", le langage moderniste devant être formateur d'identité... nationale: "Etendre la féminisation aux textes informatifs et à l'allocution des discours... peut avoir un impact important sur la propagation d'une syntaxe française qui se veuille inclusive. Il faut garder en tête que la féminisation vise à rendre "les femmes aussi visibles dans la langue (sic) qu'elles le sont devenues au sein de secteurs de plus en plus diversifiés". (cf. Cré, conférence régionale des (crétins) élus). Quoi de plus con qu'un élu(e), il attrape tout de suite le melon! Dans la même veine de déculturation, la bourgeoisie finlandaise vient d'annoncer la fin de l'apprentissage de l'écriture pour 2016, pour celle du clavier. L'homme machine informatisé jusqu'au bout des doigts va ainsi supplanter le salaud de prolétaire auquel la noblesse bourgeoisie regrettait qu'on lui ai appris à lire et à... écrire!
6cf. Mariette Sineau, directrice de recherches au CNRS, 22 mars 2006.
7De la promo Willy Brandt de l'ENA, comme ce militant de la section américaine du CCI qui a co-écrit un livre sur la chute du mur de Berlin avec... Willy Brandt (1990); je possède une des éditions originales avec photos à l'appui!
8Un des maîtres à penser de Zemmour, Patrick Buisson, très soucieux de virilité pérenne, et ex-conseiller de Sarkozy, a écrit un excellent livre sur les amours du temps de l'Occupation teutonne (1940-1945 années érotiques) où il voit un début de dévirilisation de la France sous la bite des nazis, et de ... l'homosexuel Jean Marais: "... la valorisation de la faiblesse masculine semble faire écho à la défaillance des combattants de juin 1940 (... ) la virilité déchue d'un Gabin ou celle, incertaine, d'un Tino Rossi". Les chansons pour femelettes de Rossi renvoient, pour les Zemmour et Buisson, à l'image de déchéance du vaincu violé et traité comme femme soumise, leur référence restant l'homme en tant que guerrier ardent et dominateur. Ces pitres s'imaginent ainsi futurs Déroulède et archanges de la "défense nationale", où, nous l'espérons, ils cantonneront le rôle des femmes à celui de cantinières et d'infirmières consolatrices!