"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 14 août 2026

CE QUE L'ELITE MEDIATIQUE NE VOUS DIT PAS SUR LE FASCISME AU POUVOIR EN ALLEMAGNE



LE FASCISME AU POUVOIR EN ALLEMAGNE

article d'Ottorino Peronne (1933)

Extraits d'un long article du bulletin de la Fraction de Gauche italienne, ce texte d'Ottorino Perrone (dit Vercesi) est probablement un des meilleurs textes du mouvement révolutionnaire qui explique et met au clair les causes de la montée du fascisme : la mystification démocratique de l'État bourgeois alliée et en tout cas faiseuse d'ange du fascisme, car Bordiga est emprisonné chez Mussolini1.

Vercesi est lucide et livre une analyse très percutante de la mystification démocratique qui prétend combattre le fascisme mais lui passe le relais de façon hypocrite et implicite dans la défense de la continuité de l'État bourgeois.

Vercesi-Perronne occupe une place importante à la veille de la guerre dans le mouvement international ; avec la revue Bilan il s'affirme comme la principale tête pensante du marxisme ; c'est ce que Bordiga souligne, avec émotion, dans son article hagiographique d'octobre 1957 : « … continuité sans éclats publicitaires, Vercesi l'a représentée alors presque seul ; cette continuité représente pour tous, dans la bataille de chaque jour, ceux qui restent les soldats anonymes d'une même armée. » (On pourra lire cette hagiographie sur mon autre site : Archives maximalistes).

Vercesi s'est parfois bien trompé. Il n'a pas vu la venue de la guerre en 1939. Il est tombé en Belgique dans un comité antifasciste juste à la fin du conflit (ce que taisait Bordiga, mais qui a été révélé et dénoncé par le jeune Marc Chiric), lequel a décrypté à l'époque la faillite théorique de celui qui fut un des meilleurs théoriciens communistes d'avant-guerre (cf. « Le cas Vercesi, à lire sur le site du CCI)2.

Accordons-lui un satisfecit, dans ce long texte il est le premier à avoir prédit un pacte à venir entre le "centriste" Staline et Hitler.

J'ai laissé de côté tous les développements sur la théorie du front unique, le qualificatif bizarre de centrisme pour caractériser le stalinisme et un rôle excessif attribué aux syndicats, pour ne garder que la démonstration irréfutable de la comédie antifasciste.

Certains, en particulier les gauchistes incultes, trouveront une étrange ressemblance avec notre époque préélectorale décomposée, attention à ne pas se tromper d'époque ; j'incite tout lecteur intéressé à polémique à m'envoyer une contribution ; de toute manière on y reviendra en 2027 et pas pour rire.


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"Dans la résolution de février 1932, publiée dans notre Bulletin nᵒ 5 en langue française, nous écrivions : « L'Allemagne, du fait qu'elle représente la clef de la situation internationale, est aujourd'hui, le camp où la lutte contre la contre-révolution et la révolution s'est déchaînée. En cela réside la raison essentielle de l'attaque fasciste en Allemagne, son importance actuelle, l'importance des conséquences que sa victoire aurait pour le mouvement communiste mondial et pour « la Russie soviétique ».

C'est dans le même esprit que nous allons analyser la situation actuelle. Tout d'abord, il s'agit de bien déterminer la signification de cette situation. Une opinion assez répandue est celle qui consiste à affirmer que le fascisme « n'a pas tout le pouvoir » puisque le cabinet Hitler est un cabinet de coalition et que son accession au pouvoir s'est faite légalement. Pourtant l'expérience italienne détruit cette interprétation de la situation : la coalition du type « fasciste-nationaliste » réalisée du premier coup par Hitler, n'a été formée par Mussolini que bien après la marche sur Rome ; son premier gouvernement étant composé en collaboration avec des libéraux et des délégués du Parti populaire (équivalent du Parti du Centre allemand). En outre, la marche sur Rome n'a pas eu son correspondant en une marche sur Berlin, mais cela ne permet pas de déduire que le fascisme n'a pas encore tout le pouvoir en Allemagne. L'explication de cette contradiction apparente se trouve dans la différence de degré d'organisation des deux prolétariats.

En effet, le prolétariat italien, beaucoup moins organisé que celui d'Allemagne, permit au capitalisme une conversion de la démocratie au fascisme, où l'élément extralégal prédominait et se combinait avec la neutralité bienveillante des forces de police. En Allemagne, par contre, les forteresses du prolétariat représentent dans l'ensemble de la nation, un poids spécifiquement supérieur, cette même conversion de la démocratie en fascisme, devait s'opérer autrement. Il ne suffisait plus de la neutralité bienveillante de la police, car le terrorisme ne pouvait être extra-légal ; il devait se baser sur l'appui direct de l'appareil de l'État. Autrement, le prolétariat – devant la neutralité même bienveillante à l'égard du fascisme – aurait su briser les attaques des « chemises brunes ».

Nous sommes ainsi amenés à rencontrer cette interprétation de la marche sur Rome comme étant un « coup d'État ». Dans sa signification de classe, le « coup d'État » comporte la notion du passage de l'État, d'une classe à une autre, ce qui n'est possible qu'à la suite d'une action armée, d'une insurrection. Le fascisme et la démocratie, en tant que formes de domination d'une classe, ne donnent pas lieu, dans la transmission de la seconde en la première, à ce qu'il est convenu d'appeler « coup d'État ». Effectivement, le caractère de celui-ci consiste dans l'action armée et nullement dans la mobilisation théâtrale des armées fascistes, comme ce fut le cas lors de la Marche sur Rome.

Bien qu'il n'y ait pas eu de « marche sur Berlin » en Allemagne, la conversion de l'État, de la démocratie au fascisme, s'est quand même vérifiée.
Cela a son importance, car au point de vue pratique, les conséquences de l'interprétation de la marche sur Rome, sont d'une grande valeur. Ainsi, l'ascension légale du fascisme en Allemagne fait justice de toutes les critiques émises contre la direction de la Fraction de gauche du P. C. I., laquelle n'aurait pas su exploiter les circonstances du « coup d'État » fasciste en Italie, et prouve aussi que le prolétariat n'a pas devant lui, à une telle période, un État en décomposition vers lequel se dirigerait une bataille de classe. L'évolution de l'organisation sociale vers le fascisme ne donnant pas lieu à l'ébranlement des classes sociales, ce qui est propre aux « coups d'État », le prolétariat ne se trouve pas, lors de l'ascension du fascisme au pouvoir, dans la possibilité de traîner à sa suite les classes moyennes. Mais il se trouve devant la situation opposée : celle qui voit la concentration des classes vers le capitalisme qui installe le fascisme au pouvoir.

Dans la résolution de février 1932 de notre Fraction, nous avions mis en garde contre l'établissement d'un parallèle entre la situation d'Allemagne et celle de septembre 1917 permettant de déduire une tactique analogue à celle qu'appliqua le Parti russe à l'égard du putsch de Kornilov. Certes il serait nécessaire de bien préciser le point de vue de Lénine à ce sujet, mais cette question sera traitée à une autre occasion. Pour le moment, nous voulons surtout remarquer que le fait d'avoir apprécié les événements d'Allemagne en fonction des événements en Russie en 1917, a empêché l'Opposition de gauche de saisir les traits essentiels de ces événements. Il aurait fallu se baser sur les expériences en Italie. Mais cela n'aurait pas été compatible avec la lutte sournoise de manœuvres contre notre Fraction ; laquelle, ayant eu la direction du Parti au temps de la guerre civile, aurait pu contribuer efficacement à la détermination de la politique de la Fraction de gauche en Allemagne. En se basant sur l'expérience de l'Italie, on aurait certainement évité la crise de l'Opposition, laquelle s'est vérifiée juste au moment où les événements se précipitaient. Et il est vraiment pénible de constater qu'un génie révolutionnaire comme Trotsky – sous la suggestion des charlatans de la N.O.I. – ait été amené à écrire des bêtises quant à l'analogie entre la politique de Thälmann et de Bordiga.

En définitive, une comparaison entre la quantité des mesures réactionnaires adoptées en un mois par Hitler, ainsi que par Mussolini lors de la marche sur Rome, nous permet de constater une supériorité manifeste de la réaction en Allemagne. Pour conclure ceci, nous ajouterons que la signification exacte de la situation actuelle nous intéresse à un double point de vue :

1°) déterminer que la conclusion des événements s'est déjà vérifiée ;

2°) que l'analyse doit être faite sans tarder, de toutes les forces qui ont agi dans ces événements, afin de continuer la lutte pour la révolution prolétarienne.

(…) 

À ce moment (1919), L'essentiel était de briser par la terreur l'avant-garde du prolétariat regroupé dans le Spartakusbund, d'écraser impitoyablement l'effort que cette ligue faisait pour devenir le guide indispensable pour la victoire révolutionnaire. En même temps une grande manœuvre devait faire croire aux ouvriers que le capitalisme allait à leur rencontre. La signification historique de l'Assemblée de Weimar est représentée par les assassinats de K. Liebknecht, R. Luxemburg, Léviné, et l'écrasement des matelots révolutionnaires.

A cette heure tragique pour la bourgeoisie, c'est la social-démocratie qui assura l'écrasement de la révolution, qui réhabilita le feld-maréchal von Hindenburg et aida à constituer les premières formations armées contre-révolutionnaires, c'est Ebert et Noske qui, représentants de la S.D., furent les bourreaux de l'avant-garde prolétarienne. La social-démocratie prit alors possession des leviers de commande de l'État et s'avéra être cette force qui donna au capitalisme allemand une organisation sociale qui put durer exactement ce que peut durer l'équilibre issu de Versailles, précisé à Cannes, Spa et Gênes.

La question que posent les événements d'Allemagne, de façon catégorique, est la suivante : une république démocratique s'appuyant sur le prolétariat le plus éduqué politiquement, dans le pays le plus développé au point de vue technique, peut-elle représenter un bastion de défense pour la prolétariat et pour ses intérêts même élémentaires ?

La force sociale qui s'incarne dans cette république, la social-démocratie, pourra-t-elle jouer le rôle de défenseur de cette république ? Et si on voulait prétexter qu'à pareille république manquerait l'appui des masses communistes, encore une fois on resterait en dehors de la réalité historique, car après les premières manifestations de regroupement de la réaction en 1922, l'appui ne manqua pas, même de la part du Parti communiste.


En effet, en juin 1922, après le putsch de Kapp, après les assassinats d'Erzberger et de Rathenau, un cartel de défense de la République fut constitué et il comportait l'adhésion des syndicats, du parti socialiste et du parti communiste, tandis que le chancelier démocrate Wirth, chef du gouvernement de coalition avec les socialistes, proclamait que « l'ennemi est à droite » et qu'il était prêt à défendre le prolétariat.

On était en 1922, à l'époque de l'épanouissement de l'Internationale communiste, alors que les directives politiques trouvaient leur expression en une action politique correspondante. La défense de la République de Weimar dans son interprétation d'étape vers la lutte successive pour la dictature du prolétariat, c'est-à-dire l'interprétation orthodoxe de la lutte pour les mots d'ordre démocratiques, ne pouvait être mieux conduite que par un État-major dirigé par Lénine, lequel avait expérimenté une tactique analogue en Russie.

(…)

Les mêmes principes appliqués par Lénine en Russie, où un contraste de classe existait entre le féodalisme tsariste et la bourgeoisie démocratique, devaient conduire à ne jamais faire adopter par le P.C. le programme ou la défense de l'organisation démocratique de la société capitaliste.
Comme aboutissement de la position fausse du P.C. en 1922, de la lutte pour la défense de la République de Weimar, dans l'intention de passer outre à la dictature du prolétariat, nous avons en 1923 la politique de la coalition gouvernementale avec les socialistes en Saxe, afin – comme disait Zinoviev – d'y rester juste le temps nécessaire pour prendre les clefs des magasins d'armes. Évidemment, le même temps avait suffi à la bourgeoisie pour surmonter le moment le plus critique du danger rouge et les ministres communistes qui se croyaient à la porte des magasins d'armes, afin de passer celles-ci au prolétariat, avaient en fait étranglé toute possibilité d'insurrection : les ouvriers avaient besoin d'un guide pour l'assaut des magasins d'armes et non d'un concierge pour leur ouvrir les portes des arsenaux.

(…)

La défaite de 1923 est donc le lit où s'est fécondé le fascisme. Au sein de l'I.C., la divergence sur la tactique communiste au sujet des événements de 1923 a été jugulée. C'est le moment de la « bolchévisation ». L'avortement des événements d'Allemagne dépend – selon Zinoiev – d'erreurs d'organisation et d'erreurs individuelles, de Brandler, d'erreurs de transmission de directives et l'on n'exclut même pas des erreurs de courrier. Le camarade Trotsky, à cette époque, bien que restant dans le cadre des événements révolutionnaires en Russie, auxquels il avait été mêlé et dont, avec Lénine, il avait dirigé le dénouement, ce camarade Trotsky, seul, dans le bureau politique du P.C.R., énonça une critique réelle des événements d'Allemagne et de la tactique à suivre. Le camarade Bordiga, au 5ᵉ Congrès, proclama l'urgence d'une solution des problèmes de tactique en constatant que la critique du camarade Trotsky, bien que ne lui paraissant pas satisfaisante, était bien une critique de gauche.

Mais le 5ᵉ Congrès plébiscita la « bolchévisation ». Nous avons déjà dit qu'à l'origine de la défaite de 1923 se trouve la friction entre la tactique appliquée par les marxistes en Russie et sa copie en Allemagne. Comme correctif, le Congrès devait décider que les P.C. des autres pays ne devaient plus se borner à copier seulement la tactique du P.C.R., mais qu'ils devaient en copier aussi les méthodes d'organisation.

C'était donc appliquer un remède pour tuer le malade et non pour le guérir. L'organisation des P.C. sur la base des cellules devait supprimer tout contrôle prolétarien et permettre l'omnipotence de la bureaucratie. Le camarade Bordiga s'opposa énergiquement à cette transformation de la structure des partis, qui en faisant miroiter une démagogie prolétarienne, enlevait aux prolétaires des P.C. la possibilité d'influencer la marche du Parti communiste.

Après la défaite de 1923, les conditions devaient se produire pour la réplique à l'avortement révolutionnaire. Cette réplique devait consister en une éclosion du mouvement fasciste.

(…)

Nous croyons devoir, tout d'abord, situer la différence entre la démocratie et le fascisme. Nous marquons notre accord avec le camarade Trotsky quand il déclare qu'il s'agit là de deux formes de gouvernement de la bourgeoisie. Mais pour que des directives de tactique correspondent à cette définition générale, il nous paraît nécessaire de spécifier en quoi s'expriment ces deux formes de domination.

Dans la structure démocratique de la société, nous assistons à la rotation de différents partis sur l'axe central de l'appareil d'État. Mais l'essentiel n'est pas la rotation de ces partis, et par exemple le déplacement de la droite à la gauche, ne comporte pas une attitude plus ou moins favorable de l'État à l'égard du mouvement d'affranchissement de la classe ouvrière. L'histoire parlementaire de ces dernières années est définitive à ce sujet.

C'est par exemple d'une chambre de gauche, du bloc de gauche de 1924, que surgit en France, le gouvernement Poincaré de 1926, d'offensive contre le prolétariat. De même en Belgique, où le Parlement de gauche de 1925 permet la formation du bloc des droites en 1925. En Angleterre, les élections de gauche de 1930 permettent la formation du gouvernement national de 1931 ? Et en Italie, c'est à l'époque d'un Parlement d'extrême gauche que la terreur fasciste s'organise, et, lors de la marche sur Rome, Mussolini forme son premier gouvernement avec un groupe parlementaire d'une vingtaine de députés, contre plus de 400 députés antifascistes.

L'essentiel dans le fonctionnement de l'État, même démocratique, est représenté par la continuité du fonctionnement de son mécanisme qui s'incarne surtout dans la bureaucratie ; les différents partis et le jeu de leurs luttes n'empêchent pas l'État d'accomplir sa fonction de défense du régime capitaliste : le Parlement est l'organisme qui réalise la domination de la classe bourgeoise.
Mais la « démocratie » suppose une situation économique telle, que la lutte pour les besoins essentiels des masses ne menace pas directement les bases mêmes du régime existant, une situation qui laisse encore une place, au sein du régime capitaliste, pour une telle lutte des partis.
Le fascisme, au contraire, est cette organisation sociale qui correspond à une autre situation économique où le capitalisme ne peut rester à la direction de la société qu'à la condition d'empêcher même les luttes pour les besoins immédiats des masses. La formation de la plus-value capitaliste ne peut se faire qu'aux dépens des conditions de vie des salariés ; il n'existe pas d'extension de l'appareil productif, pas de possibilité de trouver un terrain d'amortissement des contradictions capitalistes dans les colonies. Les salaires doivent suivre une courbe descendante et il en est de même pour les conditions générales de toutes les autres classes exploitées par le capitalisme : les paysans et les classes moyennes.

L'expérience italienne démontre clairement la fonction historique du fascisme. Depuis 1926, malgré la crise économique, aucune grève importante n'a pu se produire.

Avant la guerre, la pierre d'achoppement du mouvement prolétarien était les rapports avec l'État et à cette époque l'opportunisme préconisait l'adhésion du prolétariat à la conquête graduelle de l'État pour le diriger vers le socialisme. Dans l'après-guerre, dans la phase de l'impérialisme, la position de l'État est, peut-on dire, renversée. L'État ne peut plus se permettre une évolution des conditions de vie des exploités et il doit comprimer les possibilités de lutte qu'offrent les libertés ouvrières en donnant le jour à une « démocratie » qui étrangle l'avant-garde communiste, ou bien il doit détruire les bases mêmes de ces libertés par l'organisation nouvelle représentée par le fascisme.

Mais le renversement de la position de l'État capitaliste ne change pas la nature des rapports du mouvement prolétarien envers l'État ; maintenant, comme avant la guerre, le seul programme communiste reste celui de la dictature du prolétariat. Pour le surplus, lors de l'offensive fasciste, l'adhésion du prolétariat à la lutte pour l'organisation ou pour la sauvegarde de l'organisation démocratique de l'État, au lieu de réaliser les conditions pour la défense du prolétariat, met celui-ci en dehors du terrain spécifique de sa lutte de classe.

Le passage de l'organisation sociale de la démocratie au fascisme ne comportant pas un changement de classe dans le fonctionnement de l'État n'offre par conséquent pas de bases pour établir le plan de la lutte du salut du prolétariat. Par contre, c'est dans l'ambiance de classe qui commande l'évolution de l'État vers le fascisme, que nous pourrons établir les bases de la lutte du prolétariat. C'est à ce moment que l'heure a sonné, pour le capitalisme, d'étrangler toute lutte, même partielle, de la classe ouvrière, mais justement le plan de défense des travailleurs ne peut trouver son expression, ne peut se développer que dans le déclenchement de ces luttes, leur élargissement, leur aboutissement en une grève générale

(…)

Une équipe donnée cède le pouvoir à l'autre, laquelle a pour fonction de réaliser les conditions pour la phase supérieure qui est celle de l'attaque fasciste. Et cela se vérifie sans le moindre heurt, abstraction faite de la gymnastique théâtrale de Severing qui ne sort du ministère prussien qu'après la présentation de deux agents de police. L'on constate que dans cette période la social-démocratie s'efface comme une force sociale dont la fonction est épuisée provisoirement et qui ouvre enfin la porte à son successeur. L'élection de mars 1932 confirme que l'évolution de la bourgeoisie de la forme démocratique au fascisme, ne s'opère nullement sur le plan d'une opposition foncière entre ces deux formes d'organisation capitaliste : les social-démocrates assurent l'élection d'Hindenburg qui est même reçu au chant de l'Internationale.

Et c'est ce même Hindenburg qui appelle Hitler au gouvernement juste au moment des revers électoraux des nazis, au moment où il apparaît que sur le plan électoral, seul, il n'est pas possible d'instaurer le fascisme au pouvoir.

Toujours, l'élément fondamental, est représenté par le prolétariat. En 1930, celui-ci était encore trop fort, il était nécessaire de la paralyser pendant deux années et de lui insuffler une confiance dans les méthodes démocratiques, pour se préserver de « la victoire du fascisme ».

Pourquoi, à notre avis, la défense de cette démocratie devait-elle inévitablement aboutir à l'immobilisation du prolétariat ? Voilà ce que nous démontrerons.

(…)

L'appel au prolétariat pour défendre l'État démocratique signifiait le ligotement du prolétariat devant l'attaque fasciste, dont le triomphe des décrets de famine. (…) comme nous l'avons indiqué, lorsque le problème de l'État se pose, même dans son sens opposé de précipice vers le fascisme, il n'st possible de garder une position de classe qu'à la seule condition de ne pas donner son adhésion à la défense de n'importe quelle forme de domination de l'État capitaliste. On peut ajouter que la S.D. apparaît comme une force capable et même indispensable au capitalisme pour arriver au fascisme, mais elle n'est nullement une force capable de lutter contre le fascisme. La S.D. pourra être violentée par les fascistes, mais il n'en restera pas moins vrai que le fait des violences subies ne modifiera en rien la fonction que les assassins de 1919 ont eu, ont et qu'ils auront à l'avenir.

(…)

L'évolution du capitalisme vers sa nouvelle organisation sociale – le fascisme – pose sous un angle fondamental les problèmes des revendications partielles des ouvriers. Nous avons déjà indiqué que l'heure du fascisme arrive lorsque les conditions économiques poussent le capitalisme à réduire à leur infime expression les conditions de vie des travailleurs. Nous avons expliqué aussi que le prolétariat ne peut lutter efficacement contre le fascisme qu'à la condition de ne pas orienter la défense de ses intérêts vers la défense de l'État démocratique. Il s'agit maintenant de mettre en évidence le fait que cette évolution du capitalisme vers le fascisme se produit lorsque les masses ouvrières sont encore en grande partie sous l'influence d'un parti bourgeois : la social-démocratie qui, par surcroît, contrôle et dirige les organisations syndicales. Le P.C. doit donc résoudre le double problème de la mobilisation des masses pour la lutte, et de la destruction de l'influence de la social-démocratie parmi les masses."




NOTES

1 La même argumentation se trouve dans l'article publié par le CCI, repris de la revue Internationalisme, années 1940 : « Le néo-antifascisme ».

Sur l'histoire de la gauche marxiste italienne, il faut être reconnaissant au long et patient travail de l'historien Philippe Bourrinet, malgré son caractère de cochon, ainsi qu'aux travaux de Michel Roger, récemment décédé. Ce texte de Vercesi fait partie des archives du CCI qui étaient déposées et ordonnées dans son local d'époque à Montrouge. Vers la fin des années 1980, il fut décidé ; décision absurde, bête et inexplicable (par qui ? Un policier infiltré ? Un organe central paranoïaque ?) : la destruction de ces archives !!! Comme je m'occupais des locaux, j'en ai sauvé une partie et je pense aussi Bourrinet et Roger. La confection de ces archives commencée dans le local précédent à Vanves était un travail minutieux, bien classé et annoté (par Max ?). Ou Bourrinet ?). Bizarre, vous avez dit bizarre ? Il y a toujours un flic saboteur dans les sectes révolutionnaires marxistes.

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