
« Le marxisme est une conception révolutionnaire du monde qui doit toujours lutter pour des connaissances nouvelles". Rosa.Luxemburg. "Le principal héritier du fascisme est l'antifascisme". BORDIGA
Marx (L'idéologie allemande)
«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »
Thucydide
lundi 15 juin 2009
LE LIVRE QUI FAIT PEUR AUX ANARCHISTES (14 euros sur commande)



A en croire les entrefilets économiques spécialisés, aussi bourreurs de crâne que les mensonges politiques électoraux, les uns et les autres prétendent que le rétablissement de la prospérité économique est en cours. La mode syndicale est pourtant à la « déprime sociale » parce que l’absence massive des prolétaires aux manifs de veille de paix sociale estivale est interprétée comme un renoncement à la lutte. Dans ce décor de feintes économiques et de morgue syndicale, le chômage apparaît programmé comme inéluctable avec un saut significatif à la « rentrée », avec à la clé des « restrictions sévères » de la part des « entreprises en difficulté » et la non-embauche de milliers d’étudiants petits bourgeois au sortir de leurs examens (*). Nullement gênée par ce constat, la bourgeoisie, comme le lui permet sa victoire électorale frauduleuse, redouble ses attaques politiques et économiques.
Sur le plan politique, la farce du « Dany boom » à peine éteinte a porté ses fruits. La petite bourgeoisie écologiste et gauchiste a bien mérité de sa complicité électorale. Qu’elle retourne à ses plants de pavots et à ses manifs altermondialistes ! De toutes manières, verts ou roses, les cliques de bobos sont incapables d’unité et ne demeureront jamais que des forces d’appoint de la grande bourgeoisie.
Là où la manœuvre de la droite au pouvoir est habile c’est dans la figuration de l’affaiblissement du PS comme seule force d’opposition crédible, comme si les prolétaires n’avaient le choix qu’entre la soumission ou l’adhésion à un parti d’agioteurs et de receleurs. Les vilaines affaires concernant l’ancien chouchou de Mitterrand Julien Dray, les bêtises des Royal et Valls confortent la conviction que le PS est seul pourri et qu’il faut s’en remettre, mutatis mutandis, à l’empirisme gouvernemental. La mystique de SOS racisme avait été en effet un instrument de la gauche bourgeoise pour dénier tout rôle politique à la classe ouvrière plutôt « lepéniste ». Du PS au PCF et aux gauchistes, tous avaient entretenus le mythe, dénoncé seulement par une minorité de révolutionnaires tenus à la marge.
Or, plutôt que de diaboliser les thèmes sécuritaires du FN, la droite sarkozienne les a assimilés. On a assisté au même détournement politique que sous l’ère Mitterrand. Mitterrand avait mis en selle le FN pour affaiblir la droite. Sarkozy a mis en scène les écologistes pour affaiblir la gauche. Le bouffon DCB ressorti comme nouvelle « institution étatique » qui « a prouvé sa maîtrise des rouages politiques français » est un rebelle devenu bourgeois selon Eric Zemmour, que j'ai croisé l'autre jour à Montparnasse (j'ai failli marcher dessus) : « La rouerie, jusqu'au cynisme ; la décontraction jusqu'à la séduction ; le tutoiement chaleureux jusqu'au mépris. Cohn-Bendit est tout cela à la fois. Quand on observe son parcours depuis quarante ans, on songe que les «enragés de Mai 1968» ne se sont pas trompés en le choisissant comme incarnation de leur révolte. Icône médiatique de leur génération. Avec ses talents et travers. Ses contradictions, et apostasies. Sa réalité sans fard. Libertaire dans les années 1970, libéral dans les années 1980. Français et Allemand selon les moments. Pacifiste, mais pour la guerre contre la Serbie. Au nom des «droits de l'homme». De la Révolution jusqu'au Marché, mais toujours internationaliste. Sa vision inspirée de «l'Europe du Rhin au Bosphore» qui inclurait la Turquie correspond exactement aux frontières de l'Otan et aux desiderata de l'Administration américaine, de Bush à Obama. Un hasard sans doute » (…) « Au fil des années, le rouquin a perdu des cheveux, mais arbore des lunettes rondes, derrière lesquelles vibrionne son sempiternel regard bleu. À 64 ans, l'héritier rebelle est devenu un bourgeois respecté, dans lequel se reconnaissent les fameux bobos. L'insolent trublion souriant à la face d'un «CRS-SS,» s'est transformé en politicien habile et retors. Le référendum de 2005 sur la Constitution européenne fut son chemin de Damas. Il fait campagne pour le oui, mais s'abouche très vite avec les partisans du non. Son alliance avec José Bové est le mariage de la carpe et du lapin, du «grand marché» et de l'altermondialisme. Mais les électeurs ne sont pas trop regardants. Cohn-Bendit fait de José Manuel Barroso un parfait bouc émissaire, dont il soutenait pourtant naguère les choix «européens». Il brocarde sans vergogne son ancien «copain» de Strasbourg, François Bayrou, «touché par la Vierge» et obsédé par la présidentielle. Lui qui appela, au lendemain du premier tour de la présidentielle de 2007 son cher «François» à rejoindre «Ségolène», se fait désormais l'allié objectif de Nicolas Sarkozy ».
AMNESIE RIME AVEC AMNISTIE DU PASSE COMPROMIS
Cohn-Bendit n’a pourtant rien d’une personnalité hors norme. Il s’est simplement glissé dans la peau de son ami Tapie (ami commun avec Sarkozy, dont le pauvre Bayrou avait dénoncé la protection financière). En 1994, Mitterrand aide Bernard Tapie à torpiller la candidature de Michel Rocard lors des élections européennes de 1994. Bernard Tapie fait alors le jeu de Mitterrand, ennemi de longue date de Michel Rocard. Derrière une querelle superficielle de personnes, la haute bourgeoisie visait à affaiblir le PS menacé d’éclatement, non de son propre fait mais par désaffection des électeurs « populaires ». A l’époque, l'Europe désabusée fût incapable d'empêcher la guerre qui déchirait les Balkans ; le sous-fifre Cohn-Bendit choisit alors un camp militaire tout comme il le fît aux côtés des massacreurs d’enfants en Algérie. Bernard Tapie, encouragé par François Mitterrand, maintint sa liste qui fit de l’ombre au PS. La principale distraction fût fournie par sa prestation télévisée pour affronter Le Pen. Où il gagna ne masse les faveurs des électeurs bobos. Le PS n’avait récolté que 14,5 % des voix.
Cohn-Bendit comme Tapie ne ferait pas un bon ministre « d’ouverture », il restera comme Tapie un bouffon de circonstance. Il demeure un leader secondaire de la droite libérale très éloigné du marais de la plupart des Verts européens qui considèrent que le dogme libéral est incompatible avec les moyens que nécessitent la préservation de la planète et le combat pour la justice sociale, et donc avec le paradigme écologiste. Sarkozy a piloté Cohn-Bendit pour piquer des voix au Modem, fragile carte de rechange de la droite dans une compétition inégale de califes ridicules.
Le chanteur Francis Lalanne est parvenu aux mêmes conclusions que nous : « « Maintenant que les enquêtes d’opinion lui promettent son fauteuil de député européen, il annonce qu’il va rentrer à la maison, en Allemagne, payé par le contribuable français. Il a été piloté par l’Elysée pour affaiblir la vraie opposition, la vraie liste écologie que nous représentons (hi hi). Sarkozy fait exactement avec Besancenot et Cohn-Bendit, ce que Mitterrand faisait avec Le Pen et Tapie ».
Immédiatement dès le lendemain de sa « victoire électorale » la bourgeoisie a porté ses attaques : baisse des salaires ou licenciements dans les entreprises en difficulté, attaque prolongée contre les retraites, renforcement du flicage et fichage policier. L’attaque économique n’est pas sans fard. Elle est portée au nom du « soutien aux plus démunis », dixit les exclus de la production « assistés ». C’est la faute à la crise mondiale si des milliers d’étudiants vont être jetés sur le pavé à la rentrée. Du grain à moudre est offert aux complices syndicaux avec le projet de mise en cause du statut de la poste à la rentrée, qui signifie qu’on pourra enrégimenter encore une partie des prolétaires dans la défense de la nationalisation, dont le prolétariat n’a que foutre, mais qui servira à cloisonner les luttes entre public et privé. En vérité, le paternalisme sarkozien à la Badinguet ne fait pas fi de toute opposition – il sait que la démocratie bourgeoise a besoin de cette fiction – il aménage une opposition à sa mesure apte à diviser le prolétariat et à le décourager de lutter véritablement sur ses positions de classe. Puis-je conclure en disant que ce n’est qu’une victoire à la Pyrrhus ? En n’oubliant pas qu’à force de bouffer de la vache enragée…
(*) Pour faire fructifier l’aura du petit frère, les frères Cohn-Bendit publièrent fin 1968 sous les auspices des éditions bourgeoises du Seuil un pensum – Le gauchisme remède à la maladie sénile du communisme – pillant sans vergogne les critiques du communisme de conseils dans sa critique de la révolution russe, pour affirmer un galimatias délirant imaginant une révolte sans but de la jeunesse, et méprisant la classe ouvrière : « Nous savons donc que le mouvement étudiant se trouve à l’origine du mouvement ouvrier ». Ce genre de considérations débiles est hélas la théorie de base de l’actuel CCI pour recruter en milieu étudiant, considéré comme purement prolétaire.
vendredi 12 juin 2009

UNE VICTOIRE DU BLAIREAU ?
Tout le monde pourrait en convenir, la situation est déplorable, les élections européennes qui magnifient un triomphe de la droite conservatrice (conservatroce…) ont confirmé que le degré zéro de la politique bourgeoise avait été atteint. La belle Europe écolo-rousseauiste d’une oligarchie ultra-minoritaire – plus encore que les bolcheviks ne l’ont jamais été – qui joue de plus en plus au complément impérialiste du brave prédicateur Obama, où règne la barbarie des accidents du travail déniés comme au Moyen Age (*), se gargarise de son union sacrée verte et fleurie. Le pantin Cohn-Bendit fait la Une des médias pour son aide bouffonesque à Sarkozy & Co (cf. la Une du baveux hebdo « Le point » financé par la bourgeoisie US). Le Monde immonde titre sans honte sur la « Victoire de Sarkozy » ! Belle victoire adoubée par un quart des « citoyens ». Renouvelant une formule saint-simonienne, Cohn-Bendit a accouplé les « autorités électorales », les voteurs petits bourgeois absorbés par leur tâche de féconde de producteurs de démocratie et les « abeilles laborieuses » silencieuses. Mais Saint-Simon disait le contraire, les « politiciens professionnels » se servent toujours des « frelons qui se nourrissent de leur travail ». Il fallait défendre les abeilles contre une « fiscalité inquisitoriale » et en venir à la vraie fiscalité, celle des impôts indirects qui frappe les biens de consommation, donc la masse.
Les milieux politiques bourgeois, de l’UMP au Front de gauche, sont aberrants. Tel le gros taon qui frappe à la vitre dans l’espoir de retrouver l’air qui lui manque, les politiciens s’acharnent à des combinaisons sans issue pratique. . Car il faut ménager l’égoïsme des gros bourgeois, la susceptibilité rousseauiste des classes moyennes et trouver de l’argent dans une conjoncture lamentable, où domine l’incompétence économique et le sentiment que « la confiance » en la démocratie bourgeoise suffirait à remettre l’économie décadente sur pied. Que valent les revendications de salaires et la protestation contre les licenciements sans autre perspective que le fait de subsister, en face des besoins immenses de la technocratie étatique et de l’ignorance où sont cloisonnées les couches salariées et expulsées de la production. La démocratie sarkozienne se perd dans une admiration béate d’une Europe virtuellement pro-américaine, ne voyant pas qu’elle n’est que le masque pris par les Etats-Unis pour mieux tromper le prolétariat. L’Europe se noie dans une politique de margoulins. Le Modem, héritier bâtard d’un centrisme giscardien évaporé, trahi par le vieux caciques et le grand patronat, est l’objet des OPA pour tous les colistiers du sado-maso Bayrou par l’ancien parti gaulliste caméléonisé par Sarkozy-Frankestein. Il ne s’agit plus de droite ni de centre ni de gauche mais d’une politique d’union nationale européenne qui doit échapper à toute contingence partisane. Ne pas se soumettre à cette politique signifie ne pas régler les enjeux planétaires impérialistes et se vouer à l’effondrement du capitalisme.
Le problème se pose ainsi : il ne s’agit pas de revaloriser la politique classique droite/gauche, ni de garantir une politique keynésienne de relance au profit d’un plein emploi des travailleurs. Il faut empêcher que par le truchement des journées mortes syndicales, la classe ouvrière retrouve son identité face à la bourgeoisie traditionnelle et qu’elle soit émasculée par l’utopie réformiste des derniers caciques staliniens et trotskiens. Ces derniers, NPA en tête, sont d’ailleurs roulés dans la farine des Mélanchon et Sabir qui, forts de leur un pour cent supplémentaire, leur enjoignent de venir à Canossa sous l’aile du parti stalinien décrépi.
Ces péripéties cachent mal le jeu du nouveau pouvoir qui dresse, face à la crise systémique, l’écologie à deux visages, si l’on peut dire. Pour la gauche ringarde, une conjuration sarkozyste milite contre le virtuel « front de gauche », pour le pouvoir triomphant sans partage – le gouvernement actuel de l’Etat pour lequel la notion de droite est passéiste – il n’y a aucune alternative en face. Les dérapages moraux de la mère Royal et du calife en carton pâte Bayrou ont fait table rase de toute opposition crédible. La primauté accordée au bien commun écologique sur les intérêts corporatifs ouvriers, encouragée par l’incapacité des concurrents « socialistes » à désigner un seul calife, permet au verbe de suppléer à l’action.
L’opinion publique déçue, réduite à cette masse d’abstentionnistes indifférents, est narguée comme jamais. La presse veule du Monde à Rue 89 et à quelque bord qu’elle appartienne, vitupère les mercantis et les affairistes anonymes qui plument l’ouvrier et le petit bourgeois. Rien de nouveau mais une défense sans fissure de la démocratie oligarchique. Comme les littérateurs de gouvernement Sollers et BHL, la presse est très critique sur les malheurs du monde. Les prolétaires d’Europe sont frappés de vertige comme ceux des autres continents. Sous le masque des experts et des donneurs de morale écologique, la bourgeoisie pose la quadrature du cercle : équilibrer les budgets nationaux, autoriser les exportations de capitaux, garnir le carnet de commande de l’industrie aéronautique et militaire. Incontestablement les abstentionnistes nationaux n’ont pas joué le jeu. Ils ont manqué de sang froid et heureusement qu’on décide pour eux.
La majorité de la France, bourgeois en tête, se groupe derrière le monarque Sarkozy. Seuls sont réticents les chômeurs et les licenciés. L’électeur bobo retrouve ce patriotisme européen qui fît les bonnes heures du nazisme et qui depuis avait été érodé par de vieilles réminiscences nationales. Dans cette conjoncture, la collusion des grandes banques européennes et nord-américaines n’a qu’un but : déborder l’Europe centrale et planifier de nouveaux secteurs d’activité au détriment des autres concurrents, la Chine en premier lieu.
A suivre…
(*) Peu après minuit, le 28 mai, Franns Rilles Melgar, un Bolivien de 33 ans, prend son poste à la machine à pétrir le pain d'une boulangerie industrielle près de Valence, à l'Est de l'Espagne. Il devait y rester entre 11 et 12 heures, comme tous les jours, et gagner ainsi 23 euros. Mais la machine a soudainement happé son bras gauche, l'arrachant avant qu'il n'ait le temps d'arrêter lui-même les rouages avec sa main droite. Selon le syndicat Commissions Ouvrières (CC.OO), ses employeurs « ont forcé l'accidenté à nier qu'il s'agissait d'un accident du travail lorsqu'ils le transportaient dans leur camionnette de livraison, avant de l'obliger à descendre à 100 mètres de l'hôpital ». En une seule semaine du mois de mai, six ouvriers de la construction ont perdu la vie, soit 62 victimes depuis le début de l'année. Dans le secteur agroalimentaire, le deuxième le plus touché après le bâtiment, on dénombre deux accidents mortels par semaine en moyenne.

G. Munis, un dels grans militants revolucionaris del segle XX, al què podem qualificar
de teòric marxista, a l'altura de revolucionaris com Amadeo Bordiga, Onorato Damen,
Anton Pannekoek, Paul Matick o Karl Korsch
a càrrec del Comitè d'Edició
de les Obres completes de Munis
dissabte 13 de juny a les 18.30h
dimanche 7 juin 2009
HOU LA MENTEUSE !
Ce n’est pas seulement la ministre Nadine Morano qui est une menteuse, c’est toute sa classe d’appartenance : la bourgeoisie. La profession politique des gouvernants est une profession qui exige avant tout une grande capacité à mentir.
Ce qui frappe pour ces élections européennes en général c’est un énorme taux d’abstention, dont 60% en France face à toute cette réclame publicitaire envers le bloc militaire virtuel européen. D’où la faible légitimité des « élus » et des « gagnants ». L’abstention n’est pas en elle-même une victoire quelconque des classes paupérisées, ni un avertissement révolutionnaire, mais la manifestation du fait que le processus électoraliste échappe complètement aux prolétaires, qu’ils n’ont pas leur mot à dire dans ce barnum ridicule. Ce sont les couches moyennes qui votent en général. On n’y verra donc aucune différence avec le vote minoritaire des possédants de la noblesse d’antan, ni un progrès. Après le traficotage élitaire du traité de Lisbonne, la bourgeoisie n’est nullement gênée par cette abstention. Au contraire, elle roule des mécaniques ; « Le Monde » avait donné le ton la veille : « Qui ne vote pas ne peut traiter le parlement européen de technocratique ». En gros, vous pouvez la fermer !
La bourgeoisie qui ment comme elle respire par ses vertueuses déclamations écologiques en vue de « sauver l’humanité » aurait tort de pavoiser. Le combat des classes ne se déroule plus du tout sur le terrain des urnes. La question de la crise systémique a été totalement absente de la foire d’empoigne, la plupart du temps inaudible, des charlots en compétition.
Le prolétariat n’a pas été dupe ni du minable « front de gauche » ni du parlementarisme trotskien. Il a bien saisi qu’on se foutait de sa gueule en lui aboyant que la montée des eaux de un centimètre sur la planète remisait au musée marxiste la conscience de son exploitation.
LA CAMPAGNE A-T-ELLE PERMIS UN RECHAUFFEMENT POLITIQUE DES MENSONGES BOURGEOIS ?
Première leçon : le clivage gauche/droite n’a plus de sens. Sarkozy je te vois ! Le système présidentiel inauguré par le blaireau porte ses fruits. Le PS n’est pas simplement marginalisé, il s’effondre, talonné par les Verts insipides de Cohn-Bendit et Bové. Le PCF avec sa béquille Mélenchon rame à 6%, juste devant le NPA de Besancenot à 5%. La classe ouvrière a donc été faiblement embrigadée par ces résidus de la gauche caviar.
Deuxième leçon : la petite bourgeoisie a délaissé massivement les PS. Elle ne s’est pas tournée vers l’extrême-droite, excepté en Hollande. Bousculée par la crise elle s’est réfugiée dans un vote protestataire, assez apolitique en effet, en faveur du marais écologique, lequel n’a pas affiché un langage différent du parti au pouvoir en France ; il suffisait d’entendre ce pauvre Bové parler comme n’importe quel politicien de droite pour mesurer la platitude et la nullité de l’alternative bobo-écolo. Cohn-Bendit a été le principal clown animateur des soirées télévisées, servant par ses réparties fine mouche et sa faconde libertaire, à intéresser un peu au brouhaha pipole invraisemblable. Mai 68 et Sarkozy était réconcilié le temps d’un plateau télé.
Troisième leçon : l’idéologie européenne est apparue comme une arme contre la lutte du prolétariat sur deux graves questions : le chômage et la guerre. Par la bouche du défenseur moustachu du camembert gaulois, nous avons appris que le problème de l’emploi n’est pas national ! C'est-à-dire seulement européen, pas un problème du capitalisme. La sainte Alliance européenne a révélé ses meilleurs défenseurs : on aura désormais des JA européennes, des journées villes mortes européennes, des voyages syndicaux organisés en car de pays à pays, etc.
Lors de l’émission pipole de fin de campagne, plus inquiétante que l’altercation entre Bayrou et Cohn-Bendit, a été l’image de Tien-A n-Men projetée derrière le dos de Cohn-Bendit, et approuvée par lui, indiquant où est le totalitarisme désigné (« le quart de l’humanité ») : la Chine et derrière, la Russie. Cette défense de la démocratie européenne apparaît ainsi comme une machine de préparation à une autre guerre mondiale. La moralisation de l’économie prônée par le confrère de Cohn-Bendit, Fillon, devient ainsi une désignation indirecte des « fauteurs » de la crise, non pas le capitalisme mais des pays « émergés » ou « totalitaires ».
La petite bourgeoisie croit encore au miracle économique et à la paix éternelle dans les pays riches derrière les lobbies écologiques dont tous les partis en lice se réclament, il lui faudra d’autres coups de semonces plus cruels de l’intraitable crise systémique pour qu’elle se rallie au combat du prolétariat. Hors des urnes.
Les divers pantins de l’ex-gauche caviar, à l’unisson des charlots écologistes, ont tous proclamé qu’un article de leur programme de redressement bidon reste la « défense des libertés syndicales en Europe », autant dire la défense de l’armada de protection juridico-sociale des Etats. Le prolétariat n’en aura pas fini pour autant avec un type d’attaque politique électoraliste ponctuel des menteurs qui nous gouvernent, il devra passer par-dessus le corps des technocraties syndicales qui restent la dernière planche de salut du système en crise et de ses porte-voix médiatiques.
mercredi 27 mai 2009
Initiation à la Gauche communiste
Pierre Hempel : tu publies un nouveau livre plaidoyer « En défense de la Gauche communiste », un peu trop réactif à mon avis face à l’anarcho-syndicaliste Berthier. En plus tu risques de taper à côté du lecteur lambda pour lequel l’invocation de la « Gauche communiste » ne signifie pas grand-chose ou, à la rigueur évoque une quelconque chapelle électorale du parti stalinien finissant, même avec la béquille du Front bas de l’ex-trotskien Mélanchon.
Jean-Louis Roche : D’abord je pense qu’il fallait répondre à ce cuistre, ensuite, comme on s’aperçoit très vite qu’il ne connaît rien à la révolution allemande et qu’il brode, cela nous amène à aller au-delà des fabulations de ce petit personnage pantouflard, et à reposer sur la table les grands acquis de la Gauche communiste. Je suis bien conscient du flou du terme pour les jeunes générations, c’est pourquoi je débute en reprécisant que c’était initialement les deux ailes « gauches » les plus notoires – allemande et italienne – en réaction à la dégénérescence de l’I.C. ; j’aurais pu aussi parler des autres Gauches qui apparurent dans les autres pays européens et de Miasnikov en Russie qui se retrouva par exemple sur les positions du KAPD (Gauche allemande). Gauche ne signifie plus grand-chose aujourd’hui, j’ai longtemps préféré user du terme de « courant » communiste… car la gauche politique des médias est bourgeoise et ne peut pas parler au nom de la classe ouvrière.
En fournissant par après la polémique une importante annexe je n’ai pas d’autre but que celui de Polybe : « La meilleure éducation et le meilleur apprentissage pour la vie politique active est l’étude de l’histoire ». En filigrane je tiens à rappeler les vraies leçons de la vague révolutionnaire de 1917-1923, en soulignant ce qui est tranché dans les débats et polémiques entre les deux grands courants de cette « Gauche communiste » en lien avec le temps présent où le profane peut très bien nous rejoindre sur les conclusions en observant la faillite politique des idéologies de la gauche… bourgeoise.
PH : Commençons par le commencement. En référence à ce que tu nommes « la face cachée de la révolution allemande », tu accuses de confusion bordiguistes et anarchistes car ils estiment que c’est la bourgeoisie qui a arrêté la guerre…
JLR : Ils ne font que répéter ces ânes ce qu’on leur a bourré dans le mou à l’école ! Et l’expression « la face cachée » n’est pas de moi mais de Laugier !
PH : Ne t’énerves pas. Tiens lisons ce qu’écrit l’historien Georges-Henri Soutou qui analyse le machiavélisme des militaires : « Le 29 septembre, à l’annonce de l’armistice bulgare, Ludendorff déclara au gouvernement qu’il fallait adresser aux alliés une demande d’armistice, mais, c’était là toute l’habileté, sur la base des Quatorze Points proclamés par le président Wilson le 8 janvier 1918 (c’est-à-dire sur la base du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et aussi de la non-discrimination en matière économique et commerciale, deux intérêts allemands essentiels, on va y revenir). En outre, ajoutait Ludendorff, il fallait nommer un nouveau chancelier à la tête du Reich et mettre en place une « parlementarisation » du régime (jusque-là le chancelier relevait uniquement de l’empereur, désormais il dépendrait de la confiance du Reichstag). Cette seconde proposition avait pour but de gagner la sympathie de Wilson, qui insistait de plus en plus depuis le printemps sur la nécessité de mettre un terme à la nature autoritaire du Reich ; elle avait aussi pour but d’essayer d’amortir la montée du mécontentement populaire, sensible depuis l’année précédente et qui devait d’ailleurs déboucher sur la révolution, à Berlin et dans les capitales des différents États du Reich, du 7 au 9 novembre. Elle avait enfin pour objectif, et disons tout de suite que cet objectif fut atteint, avec les plus grandes conséquences pour la suite, de dégager les militaires de leurs responsabilités aux yeux de l’opinion : c’étaient les militaires qui avaient conduit la guerre pour l’essentiel, au moins depuis 1916, ce serait aux civils de négocier l’Armistice puis la paix. (…) Bien entendu, le mythe de la non-défaite fut immédiatement complété par celui du « coup de poignard dans le dos », propagé par les officines de l’état-major dès octobre 1918 : l’armée n’avait pas été vaincue sur le champ de bataille, elle avait été trahie par les « criminels de novembre », par les hommes politiques défaillants et bien sûr par les révolutionnaires et les socialistes, ces « apprentis sans patrie », selon la formule fameuse. Sur ce double mythe extrêmement fort, forgé dans l’humiliation d’une défaite inattendue et niée, se développèrent deux courants fondamentaux et consubstantiellement liés dès les années suivantes : la volonté de revanche et le rejet de la République de Weimar. On est là, comme l’a fort bien écrit Pierre Jardin, « aux racines du mal ». Il suffit de relire Les réprouvés, le roman autobiographique fameux d’Ernst von Salomon, publié pour la première fois en français en 1931 (chez Plon) pour s’en convaincre ».
JLR : J’ai lu Soutou, c’est intéressant mais ce n’est qu’un historien inconscient. Je te signale qu’il souligne que la bourgeoisie n’était pas encore vraiment unie sur l’intérêt de cesser immédiatement la guerre, ce n’est qu’après les événements révolutionnaires en Allemagne qu’elle s’y est vraiment résolu dans son ensemble. D’ailleurs Soutou le dit avec ce titre : « Les divergences entre alliés dans la préparation de l’Armistice du 11 novembre annonçaient les ambiguïtés de la paix future ». Bien ! Mais nous sommes en 1918, et Soutou et ses lecteurs bordiguistes et anarchistes ont sauté les années de guerre. Or, déjà en 1915, après une année de guerre il se produit des grèves en Russie et déjà des insubordinations au front. Pour Sebastian Haffner, c’est une mutinerie de marins qui a mis en branle la révolution de 1918 (et donc arrêté la guerre): « … la révolution allemande peut tirer une gloire toute particulière de son auto-discipline, de sa clémence et de son humanité, d’autant plus remarquables qu’il s’est agi presque partout de l’œuvre spontanée de masses sans dirigeants. Le héros de cette révolution, ce sont les masses ». Le seul groupe politique à aller dans le même sens que ce génial journaliste, du point de vue historique réel, sur les causes de la guerre, reste le Courant Communiste International (je peux le dire sans faconde d’autant que je n’en suis plus militant depuis longtemps). Dans un article de sa revue internationale en 2008 – Il y a 90 ans, la révolution allemande : Face à la guerre le prolétariat renoue avec ses principes internationalistes – l’auteur, Steinhopfer, rappelle que, en mai 1916, après l’arrestation des membres du petit groupe spartakiste, dont Liebknecht, les métallos se sont mis en grève en solidarité, que les syndicalistes avaient lancé la chasse aux « meneurs » pour qu’ils soient envoyés au front… c’est la vérité contrairement aux maquilleurs du rôle de ces flics sociaux pendant les guerres, comme Berthier ! Les marins allemands se sont révoltés en août 1917, à quelques semaines de la révolution… d’Octobre en Russie ! Il y a eu tant de grèves et de révoltes dans les tranchées qu’il est culotté d’affirmer que la bourgeoisie a pris l’initiative de mettre fin à la guerre. D’abord elle y a été contrainte face au danger de l’effondrement intérieur croissant, parce que la continuation de la boucherie était devenue un carburant révolutionnaire, puis elle a pu prendre le temps de s’unifier pour écraser les réactions courageuses du prolétariat. Donc, la poignée de bordiguistes modernes (évanescents…) et la nuée d’anarchistes (inconscients) sont les deux faces de la même pièce. Ils récitent les âneries qu’on leur a inculquées à l’école bourgeoise. Ce qui m’amène à dire que les anarchistes font en général de bons bordiguistes et que ces derniers redeviennent anarchistes individualistes dès qu’ils se rendent compte qu’ils font rire avec leur histoire d’invariance du marxisme. En tout cas, ils expriment cette vision typique de la petite bourgeoisie intellectuelle qui méprise les masses de prolétaires, ces « cons » qui ont besoin de parti ou de syndicats pour avancer ! En tout cas ils sont aveugles face aux événements en Allemagne de 1916 à 1918 qui révèlent la capacité du prolétariat à paralyser la bourgeoisie avec des minorités politiques réellement présentes mais à la suite de ces mêmes masses, comme l’écrit Haffner : « Les masses qui s’étaient donné ces nouveaux organes d’Etat n’étaient ni spartakistes ni bolcheviques mais social-démocrates. Le groupe Spartakus, précurseur du parti communiste, n’a fourni à cette révolution aucun dirigeant ni « meneur ». La plupart de ses militants ne rattrapèrent la révolution qu’une fois libérés (…) L’exemple russe a peut-être joué un rôle indirect d’amorce, mais il n’y eût aucun émissaire russe qui eût pu orienter le cours des choses. D’ailleurs cette révolution, sauf à Munich, n’eut aucun dirigeant, aucune organisation, aucun état-major, aucun plan d’opérations. Elle fut l’œuvre spontanée des masses, des travailleurs et des simples soldats ».
PH : Le « spontané » horripile les professionnels du bordiguisme et de l’anarchisme… Laissons de côté pour l’instant ces deux caricatures de partitisme et de syndicalisme. Cet arrêt de la guerre est tout de même un coup de génie de la bourgeoisie puisqu’elle va pouvoir s’occuper du front intérieur. Mais le prolétariat allemand se bat-il pour le socialisme ?
JLR : Bonne question ! Le prolétariat va se battre pour la paix. J’en réfère au grand Jogisches qui a dit « ce fut une révolution de soldats ». L’excellent Sébastian Haffner – qui a écrit « Allemagne 1919 une révolution trahie » - et qui nous décrit une « révolution social-démocrate », a estimé aussi que cela avait été une révolution au caractère fondamentalement « antimilitariste ». Je développe depuis des années l’importance de cette idée pour la révolution future, sans faire de concession au pacifisme. Il y a là une leçon de l’échec allemand qui est cruciale, non rédhibitoire mais aucunement prise en compte et analysée par un groupe politique ou un historien.
PH : Révolution social-démocrate ? Au gouvernement le SPD et dans l’opposition, tués dans la rue, les ouvriers allemands en train de faire une révolution social-démocrate ? Il exagère pas un peu Haffner ? Drôle d’explication et de justification de la social-démocratie pour sa trahison de 14 !
JLR : Hep ! Pas si vite ! Les explications de Lénine et Rosa sur la faillite de la IIe Internationale restent valables. Mais pour comprendre cette trahison avec nos petits yeux de spectateurs éloignés encore faut-il discerner qu’il s’est agi de la trahison de la confiance que les masses accordaient jusque là au parti et aux syndicats. Et quand quelqu’un trahit votre confiance vous ne continuez pas votre train-train insouciant, vous restez interloqué ! Les masses interloquées sont ces mêmes masses d’électeurs social-démocrates, reconnaissantes au parti d’avoir généré des syndicats de défense des travailleurs. Nombre de membres du principal parti réformiste « traître » le SPD et de syndicalistes se retrouveront membres des Conseils ouvriers… La trahison croisait le dramatique changement de période de fin de capitalisme florissant – qui se limitait à des guerres locales – les deux principaux moyens de défense politique et économique de la classe ouvrière s’étaient englués dans la routine bureaucratique de l’Etat au point d’abandonner la menace de la veille (refuser la guerre) du fait d’une telle inféodation au socialisme national… empressé à défendre la patrie !
PH : Cela expliquerait pourquoi les Conseils ont été si peu révolutionnaires en Allemagne contrairement à la Russie, et assez légalistes ?
JLR : Oui. Et en acceptant de mettre à leur tête un Noske. Le vote des crédits militaires par le parti n’est pas suffisant pour décrédibiliser ce responsable qui avait été envoyé en Suisse avec la caisse du parti pour la préserver. Investi de cette action, Noske apparaît comme un « homme de confiance ». Ce n’est pas un hasard si les délégués révolutionnaires se sont appelés « hommes de confiance » au fur et à mesure que les prolétaires allemands ont perdu confiance dans ce parti traître. La composition des Conseils allemands est le reflet de cette situation tragique qui permet la double trahison, trahison dans la guerre puis trahison dans la révolution. Nos donneurs de leçons après-coup, les trotskiens et les bordiguistes qui expliquent tout par l’absence du parti et le vieil anar Berthier par son ignorance, oublient que les masses ne se battent pas initialement pour le socialisme, comme le note Haffner, mais pour la paix, le retour au foyer des pauvres pioupious. Avec ces donneurs de leçons on reste évidement scandalisé par la nomination de Noske !
Deux grandes figures de notre Gauche communiste ne s’y sont pas trompées :
- « Le plus souvent, les ouvriers élus sont très peu éclairés, ont une très faible conscience de classe, de sorte que les conseils ouvriers (…) n’ont aucun caractère révolutionnaire » Karl Liebknecht (20 novembre 1918)
- « Si la révolution suit son cours dans les organes révolutionnaires que les premiers jours ont vu naître, les conseils d’ouvriers et de soldats, son destin n’est pas brillant (…) La révolution vivra sans les conseils, les conseils sont morts sans la révolution ». Rosa Luxemburg (30 novembre).
On peut compléter ce constat en lisant Haffner encore : « Les conseils n’étaient pas une bohème révolutionnaire corrompue et assoiffée de plaisirs. Ils étaient pour l’essentiel composés de l’élite ouvrière, de cadres des partis et des syndicats, sobres et solides, qui à leur manière aimaient autant l’ordre que les vieux fonctionnaires qu’ils contrôlaient et voulaient remplacer. En quatre semaines ils avaient largement surmonté le chaos des premiers jours et, dans tous les domaines, avaient créé une organisation parallèle à la vieille administration et capable de fonctionner, ce qui est une performance remarquable » (…) « Les masses allemandes ont fait aussi bien durant cette semaine (du début novembre 1918, ndt) que les soldats allemands pendant les quatre années de guerre et les masses russes en février 1917 ».
PH : ça alors ! Donc demain, mettons en France, on va se fader les rigolos enseignants du POI, de la LCR, de LO et de la CNT dans de futurs conseils ! Et l’élite ouvrière des « cadres » ?
JLR : Attention, les types du parti et des syndicats de l’époque n’étaient pas l’équivalent de nos rigolos trotskiens ou anarchistes. C’étaient de vrais représentants du combat de classe de la fin du XIXe siècle. Un phénomène comme celui des Unions, qui ont succédé aux Conseils avec comme critère d’adhésion l’accord avec la dictature du prolétariat, ne pourra plus se reproduire. C’était d’anciens syndicalistes. Les syndicalistes actuels seront virés en premier lieu des tribunes… pour leur ridicule apologie de la grève générale d’une journée tous les deux mois… Nos gauchistes peuvent être comparés aux Junkers ou au Cadets russes… Mais bon oui il y aura des membres de ces groupuscules et des sous-marins des vieux syndicats gouvernementaux comme la CGT et Cie. Ce n’est pas un problème, le combat se mène pour des objectifs qui dépassent les clivages politiques bourgeois et la créativité des masses saura se jouer des magouilleurs de coulisses. Les délégués révolutionnaires des Unions nous laissent des leçons toujours valables contre le prurit de l’immédiatisme et l’impulsivité révolutionnaire. Dixit Haffner : « Le 30 décembre (1918), le groupe Spartakus se sépara définitivement de l’USPD et se constitua en parti communiste. Ce faisant, il se brouillait avec les Délégués révolutionnaires, qui étaient en désaccord avec cette décision et qui trouvaient depuis longtemps que la « tactique de rue » de Liebknecht, consistant à organiser perpétuellement des manifestations, était d’un dangereux amateurisme. Même au congrès de fondation du parti communiste, il y eut dès le début divergence ouverte entre la masse des adhérents, qui exigeaient une action immédiate, et la direction qui considérait qu’il restait un long chemin à faire (Rosa Luxemburg : « Camarades, votre radicalisme est un peu facile (…) Nous ne sommes qu’au début de la révolution »). Bien qu’il était déjà trop tard de quitter l’USPD opportuniste…
PH : Cela veut-il dire que, comme le chantent sans cesse bordiguistes et anarchistes, les Conseils ouvriers sont nuls et non avenus, faibles, récupérables, pacifistes ?
JLR : C’est du pipeau. Les masses seront toujours amenées à créer leurs propres organes en situation révolutionnaire. Je ne fétichise pas la forme des Conseils puisque je dis qu’ils ne pourront plus être calqués sur les seuls grandes usines mais sur le réseau de toutes les entreprises et les quartiers ; on aura peut-être une fusion de la forme comité d’usine et soviet car l’usine comme base pour réorganiser la société c’est plutôt étroit et dépassé… En tout cas, même s’ils sont composés de « l’élite ouvrière » et de militants des partis traîtres (mais pas de militants traîtres) les conseils en Allemagne – même s’ils ne voulurent au fond qu’une démocratie constitutionnelle des conseils – étaient imprévus et gênaient la social-démocratie ; Haffner note que pour Scheidemann leur existence prolongée aurait signifié la chute de la bourgeoisie.
PH : Après la fabulation sur l’arrêt de la guerre grâce aux syndicats comme l’a déclaré le menteur Berthier, après sa tentative de dissoudre l’innovation extraordinaire des Conseils ouvriers dans l’apologie de l’anarchisme inexistant au cœur des événements en Allemagne, n’a-t-il pas un peu raison de relever la précocité du danger nazi et d’accuser de négligence la Gauche communiste ?
JLR : Du tout. Berthier sait qu’il s’adresse à un milieu analphabète en histoire, le milieu anarchiste et joue sur la sensibilité « antifasciste » qui est la base du recrutement gauchiste simpliste depuis plus de 30 ans. ET il se plante magnifiquement sur l’année 1922. Quiconque a un peu « lu » les événements sait que le mouvement hitlérien ne prend son envol qu’avec la crise de 1929 ! Il essaie de nous refiler sa salade antifasciste a-historique en reprenant l’interprétation bourgeoise de wikipédia sur le putsch de Kapp avec en héros le bonze Crispien. Or ce dernier était au début totalement opposé lui aussi à faire la grève avec les traîtres du SPD, puis a obéi aux consignes des ministres SPD. Mais bon, les lecteurs liront comment je démonte le truc lourdingue à Berthier.
Un coup de chapeau ici au grand historien Martin Broszat, que Berthier eût mieux fait de lire au lieu d’inventer un nouveau putsch Kornilov ou Salan ; Broszat constate que après le putsch « la grève se mua en révolution armée » : « Le gouvernement légal (SPD, ndt) pouvait maintenant revenir de Stuttgart. Son premier soin fut de mettre fin à la grève générale, son deuxième fut le désarmement de l’armée rouge qui occupait toujours la Ruhr. Tout naturellement, les ministres sociaux-démocrates, qui à l’heure du danger avaient encore une fois appelé la révolution à la rescousse et avaient de fait été sauvés par elle, retrouvèrent leur rôle de feuille de vigne de la contre-révolution. Ils firent encore aux dirigeant syndicaux, qui hésitaient à mettre fin à la grève, quelques promesses dont ils savaient qu’elles ne pourraient être tenues, comme le châtiment sévère des putschistes, comme le recrutement d’ouvriers dans les forces de sécurité ». Mais, lisons la suite, ce n’est pas la Gauche communiste qui favorise ou néglige la montée du nazisme, mais le cadre de ce putsch qui en est le « sol nourricier » : « Le régime réactionnaire qui parvint au pouvoir à Munich après la répression de la République des Conseils et le putsch de Kapp fournissait un sol nourricier favorable au premier NSDAP. Le soutien actif de la Reichswehr bavaroise – pénétrée de l’esprit des corps francs contre-révolutionnaires depuis l’été 1919 – aussi bien aux associations patriotiques völkisch qu’aux « gardes patriotiques », puis à leurs remplaçants (les « groupements de défense patriotique »), eut une importance décisive pour le développement du NSDAP et de la SA ».
PH : Quel est le moment de la césure pour le prolétariat allemand ?
JLR : Sa grande défaite est l’année 1923. Cinq ans de luttes qui l’ont épuisé. Il continuera à lutter mais ne sera plus vraiment une menace pour la volonté de la bourgeoisie de mettre le parti de la guerre au pouvoir. La Gauche communiste devient minoritaire avec le KAPD et les Unions. Le parti communiste allemand principal « sur ordre de Moscou, le KPD, renonça à sa tactique révolutionnaire » (Martin Broszat, L’Etat hitlérien). Entre 1923 et juin 1928, le SPD ne fut plus représenté dans les gouvernements de droite du Reich qui se succédèrent dans la République de Weimar. Pendant la même période le parti nazi reste marginal : «… la rupture presque complète des liens de protection dont Hitler avait bénéficié auparavant, suite à sa condamnation à la prison, à son interdiction de parole ainsi qu’aux entraves contrecarrant les activités de son parti dans certains Länder. (…) dans ces années 1924-1928, au cours desquelles le NSDAP nagea à contre-courant, penchant à gauche aussi bien dans son idéologie que dans sa propagande, et revêtant temporairement plus un visage national-révolutionnaire que völkisch-antisémite, que le parti se trouva réellement rejeté par la société politique… (il) se révéla n’être qu’une formation politique marginale » (M.Broszat). Il émerge en 1932, hors de toute problématique de contre-révolution ou d’opposition du prolétariat et de ses partis : «Le parti national-socialiste, qui pendant dix ans n’avait été rien d’autre qu’une petite minorité radicale de droite, se développa soudain en un mouvement national de rassemblement et de masse… » (ibid). La revanche nationale dans la guerre mondiale est en marche, et celui qui lui avait ciré les pompes n’était autre que le député « ouvrier » Ebert qui avait déclaré aux soldats de retour du Front : « Aucun ennemi ne vous a vaincu ».
PH : Pour toute période il faut en effet comprendre le désir ou la logique inévitable du capitalisme d’aller à la guerre. Il ne peut pas faire autrement. Dans le faux dilemme guerre ou paix, il finit d’ailleurs par l’emporter pour recommencer la guerre à peine deux décennies après la boucherie de 14-18. On peut dire qu’on en est au même point aujourd’hui. Comment le capitalisme pourrait-il ne pas envisager la guerre mondiale dans une crise autrement plus grave que celle de 1929, comme même ses thuriféraires les reconnaissent ?
JLR : grave question que nous n’allons pas écluser aujourd’hui. Je voudrais simplement et brièvement conclure sur la conjonction idéologique invariante entre bordiguistes et anarchistes. Lénine avec la complicité de Bordiga avait qualifié d’anarchiste la Gauche allemande maximaliste (le KAPD), étrange retour de bâton, 80 ans plus tard la Gauche italienne se retrouve dans les bras de l’anarchisme confusionniste ! Malgré l’invocation sacro-sainte du parti, mais comme de tout anarchiste lambda du grand penseur Bakounine, une poignée de derniers sectateurs ou ce qu’il en reste est voué à rester sur le bord du trottoir.
Comme je l’ai souligné au début, il y a cet étonnant aveuglement similaire sur la spontanéité des masses, cette obsession de faire dépendre tout changement politique de spécialistes de parti ou de syndicat… Bordiga affirmait que la conscience de classe ne pouvait exister que dans le parti et chaque bonze anarchiste prend les prolétaires pour des incapables. Les bordiguistes ont gardé et cumulé les tactiques parlementaire et syndicale du virage légaliste de l’IC en 1923. Les anarcho-syndicalistes ne sont pas les derniers à appeler à voter pour le candidat de la gauche (bourgeoise) le mieux placé. Sur la question nationale palestinienne, sans issue, on ne trouvera pas une feuille de papier à cigarettes de différence entre anarchos et bordiguistes. Pour dénoncer les Conseils ouvriers ils sont capables d’unir leurs voix. Sur la nature de la Russie, dont Bordiga est resté le supporter ambigu dix ans plus que la Gauche allemande (trop tard !), bordiguistes et anarchistes n’ont plus à se quereller, la Russie stalinienne n’existe plus.
Sans nier l’importance du rôle du parti, mais en renonçant à toute accointance avec les élections républicaines et avec le cinéma syndical, tout révolutionnaire moderne ne peut que se reconnaître dans le maximalisme du programme du KAPD. La Gauche allemande a triomphé au-dessus des autres fractions de la Gauche communiste.
Nous attendons la superbe affiche de nos camarades du Canada avec une longue citation de Rosa Luxemburg qui résume toute la confiance que les communistes révolutionnaires peuvent placer dans les « masses ».
mercredi 20 mai 2009
Les digressions incroyables du syndicaliste Berthier

EN DEFENSE DE LA GAUCHE COMMUNISTE
et de la November Revolution
Table des matières de l'ouvrage (à paraître en juin) 253 pages, 10 euros
Transgression
LA FACE CACHEE DE LA « REVOLUTION ALLEMANDE »
Révolution allemande ?
Un contexte maquillé
Une démolition en règle des Conseils ouvriers
L’organisation doit-elle précéder l’action ?
Recommencer la guerre au plus vite
Berthier léniniste sans le savoir ?
Un ennemi unique ou travestissement de la période ?
La panacée du front unique
Des digressions invraisemblables
Fragments ANNEXES en souvenir de
la November Revolution
L’irruption de la discussion sur la révolution allemande
par Lucien Laugier
La révolution de novembre par Lucien Laugier
Programme du KAPD (mai 1920)
Une vie pour la révolution ou brève autobiographie
d’un révolutionnaire prolétarien par Jan Appel
Allocution funèbre à Maastricht
Notes sur le KAPD et le GIK
Aperçu sur l’histoire des communistes de Conseils
par Henk Canne Meijer
Comment le « Front unique » a préparé la mystification
anti-fasciste (interview de Marc Chirik, 1985)
Retour sur la tragédie espagnole
Compléments sur la théorie de l’insurrection (interview)
Compensation sexuelle à l’échec révolutionnaire?
Documents traduits, extraits du livre de
Hans Manfred Bock
Appel des radicaux de gauche de Brême et de Hambourg (1917)
Statuts de l' « Union des Travailleurs manuels
et intellectuels d'Allemagne »
Statuts de l’organisation de combat du KAPD
Les motivations de René Berthier
Une note de lecture de Robert Camoin
sur l’ouvrage de Berthier
dimanche 17 mai 2009
LES MOTIVATIONS DE RENE BERTHIER
Après avoir traversé la place de la République, nous étions passés par une avenue bloquée par la police. Pour protéger une manif ? On apercevait au loin un camion semi-remorque qui barrait l’avenue et entouré de drapeaux rouges. Nous fîmes le crochet avant de rejoindre la rue Amelot. Ce n’était qu’une prestation de la secte trotskienne POI (parti ouvrier indépendant) veuve de son gourou Lambert, parti au ciel du trotskysme intersidéral mais toujours aussi sidérant. Un gros type qui ressemblait au dénommé Gluckstein éructait dans le camion tel un bateleur de foire, entouré d’une poignée d’agités du bazar trotskien qui faisait la claque à chaque rude mot contre le gouvernement. Autour, un millier de petits bourgeois parisiens et provinciaux qui font la loi syndicale à l’université, vibrait à chaque rodomontade du péquenot au micro. On eût dit une assemblée de vieux profs réacs ou de retraités de la fonction publique. Ce n’étaient que les soutiers du trotskysme le plus débile, du trotskysme sous-marin de la social-démocratie et du syndicalisme de fonctionnaires. Nous avions passé notre chemin. Le maire de Paris Delanoé aurait pu refuser à ce dandy de Gluckstein de faire son cirque en plein Paris, éviter l’embouteillage du quartier et éviter à Berthier d’arriver en retard parce qu’il ne trouvait pas où se garer.
En présentation de son livre, face à une vingtaine de personnes à la librairie Publico de la Fédération anarchiste, René Berthier a commencé par expliquer ses motivations pour réaliser un tel ouvrage. Il nous prévint qu’il n’est pas un spécialiste de cette révolution, qu’il s’est efforcé de lire pas mal de choses. On pouvait retenir deux de ses motivations. L’une pour marquer le coup en milieu libertaire où il n’y pas grand-chose concernant la « révolution allemande », et l’autre ne mangeait pas de pain, contre ces courants ultra-gauche qui ont eu un peu trop le monopole du sujet. Il glosa sur le terme ultra-gauche. On ne le lui reprochera pas, que peut-on faire d’autre que gloser sur cette notion à la con, éculée, essorée, médiatisée, policée, tirebouchonnée… Il glosa sur le pertinent Pannekoek, qu’il renvoie pourtant dans les cordes de son cher cabinet d’astronome dans son livre. Il considéra que les premières manifestations contre les nazis n’avaient pas été le fait de l’ultra-gauche. Il nous enseigna que le parti social-démocrate avait réussi à prendre sous son aile des parties considérables du mouvement ouvrier, qu’il y avait des maisons ouvrières, des syndicats ouvriers, des distractions ouvrières, comme s’il voulait nous montrer qu’il avait bien tout lu Georges Haupt.
Il ne nous cacha point que le SPD avait tiré sur les ouvriers. Le PC allemand avait flirté avec l’extrême-droite. Les anarchistes avaient fait ce qu’ils pouvaient. Rudolf Rocker est resté moins connu parce qu’il écrivait moins. En gros, l’auteur ne prétendit pas avoir réalisé autre chose qu’un condensé d’une tragédie.
La présentation, comme vous venez de le voir, avait été relativement lisse et le vulgum pecus eût pu lui donner le bon dieu bakouniniste sans la confession de Netchaïev. La salle était pleine de têtes chenues des habitués de la fédération anarchiste et on aurait pu en rester là après une ou deux questions de détail. Hélas un affreux loup marxiste était au beau milieu des chaises, et n’était pas venu là pour la séance d’autographes.
Après avoir salué le souvenir de cette tentative révolutionnaire et indiqué les deux principales causes de l’échec – l’arrêt de la guerre et le fédéralisme des länder – j’ai donc estimé que l’ouvrage du citoyen Berthier n’était en rien une référence historique mais un ouvrage partisan, de partisan qui porte une attaque calomnieuse contre la Gauche communiste, italienne et allemande ; qui fait équivaloir la position de Marx en 1870 et le vote des crédits de guerre du SPD, qui attaque les acteurs de cette période révolutionnaire en mettant en avant deux grands absents : l’anarchisme et le nazisme. L’anarchisme est au niveau zéro dans les événements sauf s’il y a double appartenance, quand des anarchistes sont dans les Unions ou même dans le KAPD. Le nazisme n’est pas un danger réel jusqu’à la fin des années 1920.
La quatrième de couverture du livre mentionne que « l’attitude des groupes communistes va livrer le peuple allemand et le monde, à la barbarie hitlérienne dès 1922 ». Affirmation stupide et fausse : 1922 c’est l’année de l’inflation, année où la classe ouvrière est à nouveau dangereuse pour le pouvoir d’autant que les couches moyennes sont paupérisées, et Hitler c’est moins que zéro. Il faudrait arrêter d’accuser les groupes politiques communistes, même l’IC opportuniste, d’être responsables des manœuvres de la bourgeoisie.
Mais, et je l’ai dit sur un ton indigné, le livre de Berthier est une infamie par sa négation de l’acquis du plus important de la vague révolutionnaire : les conseils ouvriers. Ils étaient « circonstanciels », « vite récupérés par la bourgeoisie », alors que les syndicats ont perduré. J’ai conclu en disant que dès 1903, Rosa Luxemburg avait souligné ce que la vague révolutionnaire allait confirmer : les organisations de lutte immédiate sont désormais le produit de la lutte et pas l’inverse : « sinon, tout ce qui préexiste comme sous-marins de vos cercles anarchistes ou des gauchistes, vise à décider à la place des prolétaires en lutte ».
Berthier confirma qu’il avait bien écrit un livre partisan : « je ne cache pas que je donne mon opinion subjective », précisa-t-il. Marx avait bien frayé selon lui la voie à la social-démocratie traître car il soutenait en 1870 l’Allemagne contre la France, puis il avait retourné sa veste face à la Commune de Paris, mais il avait continué à la débiner dans ses courriers privés.
La révolution allemande a été une révolution contre l’Etat et l’emprise de la social-démocratie. Les syndicats en Allemagne étaient différents d’aujourd’hui. Ils englobaient par millions les ouvriers et ont accéléré la fin de la guerre. Et la guerre était déjà arrêtée et la paix objet de tractations quand ont eu lieu les insubordinations. Les chiffres c’est important : « quand j’ai fait mes premières recherches et que mon collègue au syndicat du livre, Philippe Bourrinet, m’a montré les chiffres ridicules des unions et du KAPD deux ou trois ans après, je me suis dit que ces gens qui parlaient comme s’ils représentaient des millions d’ouvriers, n’étaient plus rien du tout ».
Concernant l’accusation contre la Gauche communiste d’avoir favorisé le nazisme Berthier nia l’avoir écrit et face à mon objection sur ce que dit la quatrième de couverture il déclara :
- ce n’est pas moi qui ai fait cette quatrième de couverture avec la date de 1922, l’auteur s’est fait engueuler…
Berthier fut plus long pour exprimer son dégoût de la dictature du prolétariat : « vous imaginez, dans ces Unions avec une stratégie expérimentale, qui n’avaient pas d’ouvriers à leur tête, on vous demandait si vous vouliez adhérer : est-ce que tu es pour la dictature du prolétariat ? Non ! alors tu rentres pas ! ». Il ajoutait : « ainsi le mouvement a reflué, les gens s’en allaient un à un ». Pour Berthier il fallait donc que quelqu’un mette en évidence ce combat idéologique, « vous comprenez, ces gens ne faisaient que de l’idéologie et méprisaient les revendications immédiates des ouvriers ».
Malgré les cris qui s’élevèrent dans la salle au cours de ma réponse, je pus me faire entendre. J’ai refusé de laisser passer l’amalgame avec la position de Marx sur la question nationale au XIXe siècle en reprochant à Berthier de renoncer à toute méthode en niant les périodes. J’ai abondé dans le sens des critiques de Marx à la Commune, qu’il avait décrite comme accidentelle, et soutenu ses critiques en privé sur les incohérences de cette expérience, par exemple les bagarres entre la Commune et le comité central de la garde. J’ai considéré que l’expression d’Engels « regardez la Commune c’était la dictature du prolétariat » était superfétatoire.
Contrairement à l’affirmation que la tentative révolutionnaire en 1919 aurait été une révolution contre l’Etat, j’ai redit l’importance de comprendre qu’il s’agit d’une insurrection contre la guerre, suivie d’un arrêt de cette guerre, situation qui ne s’avéra pas favorable à la révolution.
La force des idées révolutionnaires ne dépend pas du nombre, Berthier raisonne partout en syndicaliste CGT ou CNT, (ou comme Staline : combien de divisions ?). Au cri « dictature du prolétariat » il répond « syndicalisme avant tout » ! Il déforme tout, les révolutionnaires allemands n’ont jamais abandonné les luttes immédiates, mais en période révolutionnaire où les luttes immédiates c’est complètement secondaire, et c’est laisser la politique à l’Etat bourgeois.
Une polémique s’est engagée ensuite avec les autres partisans anarchistes de la salle dont l’un m’objecta gentiment :
- la dictature du prolétariat faut des spécialistes pour s’en occuper… nous ce qu’on veut c’est la démocratie au boulot… tu comprends… qu’on puisse organiser notre travail. Notre combat c’est la démocratie… on peut continuer à le faire dans les syndicats parce que les Conseils ils disparaissent rapidement ou sont récupérés…
Lui coupant la parole je dis :
- les prolétaires sont très capables d’assumer la dictature du prolétariat…
- et le travail il se fait comment ?
- je me fiche du travail, la révolution commence par le réduire à 3 heures par jour comme çà les ouvriers auront le temps de faire de la politique le matin ou l’après-midi ou de ne pas en faire pour certains.
La notion de dictature du prolétariat provoquait donc un sérieux phénomène de rejet chez la plupart des présents, acharnés à lui opposer le terme de démocratie, quoique l’un des critiques de cette chose marxiste ait reconnu qu’il « faudra en zigouiller pas mal » pour arriver à ce qu’on veut. On pouvait avoir l’impression qu’ils jouaient sur les mots, alors qu’à l’évidence ils semblaient conscients de la nécessité d’une révolution violente… donc qui exerce une certaine dictature. Devant leurs regards incrédules de syndicalistes coincés du cigare, j’expliquais que le terme « démocratie » n’était pas plus pur que la notion diabolisée de « dictature du prolétariat » - et j’avouais ne pas être pour la dictature du parti :
- mais la démocratie, chers amis, vous encule pendant que vous travaillez, vous voulez que je vous fasse une démonstration du déroulement et des aboutissements des élections en France ? Vous croyez qu’une révolution se fait sans violence ?
Berthier reprit du service en assurant « mais on ne peut pas appeler cela dictature du prolétariat » (le coupant à nouveau je dis : « dictature de quoi alors ? »). Sans répondre, il s’étendit longuement sur les trahisons de l’Etat bolchevik. Selon lui, depuis le début l’Etat bolchevik faisait tout pour que la révolution ne réussisse pas en Allemagne car cela aurait abouti à lui faire de l’ombre, voire à ce que le pouvoir change de main. L’Etat bolchévik vend des armes à l’Etat allemand (je l’interrompis en criant que c’est le KAPD qui l’a révélé !), reçoit des troupes allemandes pour qu’elles s’entrainent sur le territoire russe.
Je dénie évidemment toute logique dans ces affirmations du fait que Berthier considère que depuis 1917 les bolcheviks n’étaient que de petits machiavéliques avides de pouvoir. J’insiste surtout sur le fait que la contradiction des bolcheviks – oui Rapallo est une traîtrise, oui laisser la Reichswehr s’entrainer sur le territoire russe était une traîtrise pour le prolétariat allemand – repose sur leur identification à l’Etat national, vieille conception héritée de la social-démocratie. Mais pourquoi tant de révolutionnaires sont sortis de ce parti, de l’IC, malgré ces traîtrises étatiques ? Mais pour les mêmes raisons que les Rosa et Lénine sont sortis de la social-démocratie. Tous ces révolutionnaires sont sortis de partis dégénérés mais qui avaient été des écoles révolutionnaires pour des générations ! De l’anarchisme il n’est rien sorti, aucune école de pensée, aucune cohérence, juste de petits démocrates adorateurs du syndicalisme !
OK l’Etat bolchevik tourne de plus en plus le dos à la révolution en voulant adapter de nouvelles tactiques pour garder l’oreille des masses, mais il va à sa perte en même temps que les masses qui deviennent pacifistes. ET, vous avec la CNT qui participe au gouvernement bourgeois en 1936, vous pouvez prétendre nous faire la leçon ?
Silence de Berthier et de ses partisans. Ou un vague « gloup » d’un spectateur.
Le président de séance, au bout d’une heure et demi, se tourne vers l’assistance pour lui demander son accord pour clore la réunion. Elle agrée. J’étais en train de faire une plaisanterie sur les querelles de boutique concernant l’histoire ou de regretter qu’il y ait si peu de jeunes dans la salle, ou je ne sais plus quoi. Le président de séance fort gentiment annonça qu’il me laissait le mot de la fin.
En fait il ne pouvait pas y avoir de conclusion. Les réunions des (vieilles) graines d’ananars ne se concluent jamais ou bien dans les cris et les admonestations. On y vient comme on va au théâtre, pour voir du cirque. Personne ne prend des notes. On ne cherche pas vraiment à discuter. Il apparaît une incapacité à avoir l’esprit critique, et à entendre les critiques de fond. Je me souviens d’une assemblée des centaines d’anarchistes à la Mutualité il y a trente cinq ans venus écouter Maurice Joyeux. Quel charivari. Cela criait de partout. Certains chantaient dans les coins. D’autres sortaient boire un coup puis revenait sans se soucier de ce qui s’était dit. L’anarchisme n’est pas le lieu de l’histoire mais des histoires à n’en plus finir.
J’ai remis à René Berthier copie de la note de lecture de Robert Camoin, et la table des matières de mon livre « En défense de la Gauche communiste et de la November Revolution », à paraître au mois de juin. Il m’a demandé qui est Robert Camoin. Vous, heureux lecteurs de ce blog, pouvaient toujours lire ci-dessous la répartie de Robert aux assauts anarcho-syndicalistes, qui habille Berthier pour l’été .
jeudi 14 mai 2009
NOTE DE LECTURE
Par Robert Camoin
« DIGRESSIONS SUR LA REVOLUTION ALLEMANDE »
(René Berthier – Ed. Monde libertaire. 188 p. 2009)
Ce jour-là, embaumé de Lilas sous les derniers feux du soleil, je recevais un coup de fil du camarade Roche, tout indigné et débordant de colère, m’apprenant la récente publication d’un sale ouvrage de Berthier contre les Gauches Communistes, à partir de la Révolution allemande. Ayant lu « Dans quel ‘Etat’ est la révolution ?’ où Roche contre-critique la critique de la Révolution russe par Berthier, je ne doutais pas de la teneur des propos du bravache.
Dès mon arrivée à Marseille le lundi suivant, j’achetai « Digressions sur la Révolution allemande », dont la date de parution trompe joliment le monde. A ma question sur l’état de la vente du livre, le gérant responsable de la librairie « L’Odeur du temps » me répondit qu’il « partait bien ».
En quatrième de couverture d’un ouvrage d’impression guère avenante, on peut y lire : « La révolution allemande de 1918 est peu connue des militants »… des militants anarchistes certes, tel Berthier qui se trompe de date. Puis ceci : « L’échec de la révolution allemande, à cause de l’attitude des groupes communistes, va livrer le peuple allemand, et le monde, à la barbarie hitlérienne dès 1922 ». L’esprit du livre est résumé dans cette citation, calomnieuse pour les Gauches communistes allemandes et fausse de façon outrée quant à la date où débute la dictature du Parti-Etat nazi : de la fin 1918 au début de 1933, l’Allemagne est gouvernée tantôt par les social-démocrates, tantôt, mais moins souvent et moins longtemps, par le centre catholique. A la date donnée par Berthier, le petit menteur, la « révolution nationale » n’a pas encore commencé et même en Bavière, qui est leur fief, les chemises noires des S.A. ne contrôlent absolument rien.
Empiriste vulgaire, il refuse d’appliquer au fascisme le matérialisme, notre lumineux Berthier le considérant « simpliste ». Il se noie dans le verre d’eau des successives dénominations du parti de classe allemand et il est bien en peine de voir ce qui distingue la Gauche germano-hollandaise de la Gauche d’Italie. La théorie lui répugne, car il la considère comme frein à l’action.
Une première infamie antimarxiste de Berthier est d’affirmer qu’en août 14 les Majoritaires social-démocrates, loin de trahir l’internationalisme, n’ont fait que répéter l’attitude « anti-slaviste » de Marx et Engels en 1848-1849 et leur prise de position « pangermaniste » de 1871. A ce titre, Berthier est bon disciple de James Guillaume, suisse alémanique social-patriote en 1914. Une seconde infamie de l’insulteur Berthier, est de mettre sur le même plan la « spontanéiste » Rosa Luxemburg (sic du franchouillard Berthier) et le « déterminisme réformiste » (Berthier est-il autre chose qu’un vulgaire réformiste, puisqu’il fait du syndicalisme ?) de Karl Kautky.
Quand le « compagnon » Berthier calomnie, il calomnie beaucoup. Sur ce terrain, il arrive même à dépasser Christophe Bourseiller. Ce n’est pas peu dire !
Le grimaud Berthier publie sur la Révolution allemande après avoir publié sur la Révolution russe, occasions saisies par lui pour attaquer le marxisme révolutionnaire des Gauches communistes : russe, allemande, italienne. Ainsi, les deux principales batailles de la Révolution mondiale du XXe siècle, sont-elles déformées par un folliculaire de la Fédération Anarchiste en mal de reconnaissance du public qui en ferait une sommité du monde des historiens Or, Clio, muse épique, ne cesse d’accabler l’anarchisme.
Si la Révolution bolchévique russe fut le tombeau de l’anarchisme, la Révolution spartakiste allemande ignora que des anarchistes existaient, sauf en Bavière où, acoquinés avec les Indépendants, ils déployèrent l’éventail de toutes les facettes de leur idéologie petite-bourgeoise.
Durant le 1905 prolétarien en Pologne, en Russie et au Caucase, les anarchistes de ces zones explosives agirent sous le pavillon du banditisme dont ils n’étaient qu’une variété. Dans « Grèves de masses, Parti et syndicat », Rosa Luxemburg n’éprouve que dégoût devant le déploiement du drapeau noir. De son côté, V.I. Lénine prouve que les anarchistes n’appartiennent pas au mouvement ouvrier et persuade les prolétaires d’interdire l’admission des anarchistes dans les Soviets, organismes politiques du pouvoir des masses social-démocrates. Les anarchistes de Pétrograd et de Moscou ne jouèrent aucun rôle lors des journées insurrectionnelles d’Octobre 17 ; les plus sains d’entre eux rejoignirent – mais pas toujours durablement – les rangs bolchéviques, comme l’a mis en évidence V. Serge. Les anarcho-syndicalistes allemands passèrent tout à fait inaperçus dans la « November Revolution » ; pendant la « Semaine sanglante », pas un seul anar ne tomba sous les balles des freikorps noskistes.
A défaut de pouvoir faire ressortir un quelconque rôle vraiment révolutionnaire de la part des anarchistes allemands, Berthier calomnie les Spartakistes qu’il qualifie d’ « impatients » qui veulent « proclamer un gouvernement révolutionnaire à Berlin » et qui veulent sortir des syndicats, mot d’ordre dont l’application « restera toute confidentielle », alors même que des Unions antisyndicales surgiront partout et recouvriront toute la République de Weimar. Mais, notre syndicaliste à tous crins, n’en reste pas là. Il va calomnier aussi les Communistes-de-Conseils Hermann Gorter et Antonie Pannekoek. Pour ce faire, il utilise Radek contre le « poète » Gorter et Trotzky contre l’ « astronome » Pannekoek. Ainsi, croit-il démontrer leur incapacité congénitale à mener une révolution. Et de souligner que les unionistes kapédistes ne savaient rien faire d’autre que de scissionner après d’interminables discussions byzantines sur le sexe des anges. Défenseur de la gestion du Capital par le Travail, Berthier se permet de critiquer La « Critique du Programme socialiste de Gotha » pour… ses contradictions et le manque de clarté de… Engels – elle est de Marx !
A l’instar du stalinien P.Togliatti, l’anarchiste Berthier calomnie aussi A.Bordiga en disant que par sa politique « sectaire », quand Bordiga dirigeait le Parti, Bordiga a fait le lit du fascisme et que sous la dictature noire mussolinienne, l’ « architecte » Bordiga se taisait, se cachait comme un lâche, laissait les antifascistes recevoir les coups de la réaction brune. Et, Berthier « constate » que les milieux bordighistes n’avaient rien à envier aux communistes-de-conseils en matière de « byzantinisme » et de « scissionnisme ».
On a, dans les milieux staliniens et social-démocrates, beaucoup écrit contre les Gauches Communistes. C’est en remontant aux années Trente qu’on trouve des attaques aussi abjectes et aussi lâches que celles de Berthier qui appartient à l’anarchisme, un milieu aussi pourri que la social-démocratie et que le stalinisme. Monsieur Berthier, qui calomnie comme il respire, s’est ligué avec la bourgeoisie impérialiste pour, de ses mains malpropres, salir toutes les composantes de la Gauche Communiste Internationaliste. Les vues de Monsieur Berthierr sur la Révolution russe, sur la Révolution allemande et sur la lutte du bordighisme pour étendre ces Révolutions en Italie, sont celles d’un historien nul et d’une petite somme de connaissances qui s’est avisé de juger des géants.
Pour le pragmatique Monsieur Berthier, les actuels communiste de gauche ne forment que des sectes d’autant plus mégalomanes qu’elles sont insignifiantes dans la lutte de classe des travailleurs qui, pour le réformiste Monsieur Berthier, proudhonien devant l’Eternel, est la lutte pour de « justes salaires » et le droit à une retraite bien gagnée. Ce sont, dit Monsieur Berthier, qui est, lui, « sur le terrain », des déserteurs du combat syndicaliste. Ce sont, dit Monsieur Berthier, qui, lui, défend la social-démocratie, des « illuminés » de la dictature du prolétariat. Monsieur Berthier, défenseur du « front unique ouvrier », ne comprend pas réellement leur haine viscérale de la social-démocratie. Peut-on, vraiment, être à ce point aussi sénilement bigleux ?
Monsieur le bakouniniste Berthier n’aime pas donc l’expression marxiste « dictature du prolétariat » et il lui substitue la formule d’absence immédiate de pouvoir, comme le lui a dit Bakounine, un de ses maîtres avec De Paepe, le théoricien belge du possibilisme par la coopération du Travail avec le Capital – un joli mentor ! Monsieur Berthier est un petit-bourgeois chez qui « démocratie », « liberté », « droit », sont les mots qui reviennent fréquemment aux lèvres. C’est dans l’anarchisme qu’il les a trouvés, comme d’autres trouvent de l’enchantement à faire entendre une homélie pastorale.
Fier imbécile d’appartenir à l’anarchisme, il fait passer le C.N.T./F.A.I. comme le seul courant qui ait résisté avec des armes au fascisme ibérique, dans une lutte pour faire triompher le socialisme. Il défend D.Daeninckx et G.Marchais contre les dérives fascisantes d’une frange minoritaire du parti stalinien. Dans sa conclusion, il calomnie une fois encore la Gauche Communiste allemande, en niant qu’il y eût des organisations révolutionnaires préalablement au déclenchement de la Révolution allemande et dit qu’elle ne sut pas résoudre le problème de l’ « articulation (mot typiquement trotzkyste) entre organisation de classe et organisation des révolutionnaires ». Monsieur Berthier a pas mal emprunté à Monsieur Bourrinet, autre anti-léniniste.
L’anarchisme ? qui étudie l’histoire du mouvement ouvrier rencontre ce mot à chaque pas, un mot qui signifie trahison. Au nom de l’anarchisme, on a défendu les deux guerres impérialistes mondiales, la boucherie en Espagne, l’anti-bolchévisme, la démocratie, l’inter-classicisme. On l’a vu défendre hier la S.D.N. et aujourd’hui on le voit défendre l’O.N.U. On l’a vu se battre en 1919 pour W.Wilson et on le voit se battre pour B. Obama. Maintenant, l’anarchisme, souillé indélébilement, rend le Spartakisme responsable du nazisme et le bordighisme responsable du fascisme. Quelle ignominie ! La crapulerie politique est inhérente à l’anarchisme. La Révolution communiste, voilà l’ennemi pour les anarchistes. Nous n’en connaissons pas qui ne le soient pas.
Salissant les Gauches Communistes de ses ordures anarchistes, Berthier, au nombre des meilleurs amis du Capital, met le comble à l’indignation. On est plein de rage et d’écoeurement de sa lâcheté. Ce livre, écrit par un idiot, plein de fracas antimarxiste, illustre que l’anarchisme est l’école du mensonge où il ne fait qu’un avec le stalinisme.
Marseille, après-midi du Premier Mai.