"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 14 mai 2009

NOTE DE LECTURE

Par Robert Camoin

« DIGRESSIONS SUR LA REVOLUTION ALLEMANDE »

(René Berthier – Ed. Monde libertaire. 188 p. 2009)

A la page 2674 du n°74 de Présence Marxiste, on pouvait lire que le prochain numéro à paraître porterait sur l’Allemagne ; or, il a été remplacé par un numéro entièrement consacré au capitalisme d’Etat en U.R.S.S. Le camarade Caro m’avait facilement convaincu qu’il y avait toute l’année devant nous pour publier commémorativement sur l’héroïque soulèvement des Spartakistes et sur la fin tragique de la Commune de Berlin. Ce travail-ci, sur l’Allemagne romantique et révolutionnaire, approchait de son terme. Le vendredi 24 avril, le n°76 de Présence Marxiste m’attendait chez l’imprimeur. J’étais à 48 heures de mon départ pour Marseille.

Ce jour-là, embaumé de Lilas sous les derniers feux du soleil, je recevais un coup de fil du camarade Roche, tout indigné et débordant de colère, m’apprenant la récente publication d’un sale ouvrage de Berthier contre les Gauches Communistes, à partir de la Révolution allemande. Ayant lu « Dans quel ‘Etat’ est la révolution ?’ où Roche contre-critique la critique de la Révolution russe par Berthier, je ne doutais pas de la teneur des propos du bravache.

Dès mon arrivée à Marseille le lundi suivant, j’achetai « Digressions sur la Révolution allemande », dont la date de parution trompe joliment le monde. A ma question sur l’état de la vente du livre, le gérant responsable de la librairie « L’Odeur du temps » me répondit qu’il « partait bien ».

En quatrième de couverture d’un ouvrage d’impression guère avenante, on peut y lire : « La révolution allemande de 1918 est peu connue des militants »… des militants anarchistes certes, tel Berthier qui se trompe de date. Puis ceci : « L’échec de la révolution allemande, à cause de l’attitude des groupes communistes, va livrer le peuple allemand, et le monde, à la barbarie hitlérienne dès 1922 ». L’esprit du livre est résumé dans cette citation, calomnieuse pour les Gauches communistes allemandes et fausse de façon outrée quant à la date où débute la dictature du Parti-Etat nazi : de la fin 1918 au début de 1933, l’Allemagne est gouvernée tantôt par les social-démocrates, tantôt, mais moins souvent et moins longtemps, par le centre catholique. A la date donnée par Berthier, le petit menteur, la « révolution nationale » n’a pas encore commencé et même en Bavière, qui est leur fief, les chemises noires des S.A. ne contrôlent absolument rien.

Empiriste vulgaire, il refuse d’appliquer au fascisme le matérialisme, notre lumineux Berthier le considérant « simpliste ». Il se noie dans le verre d’eau des successives dénominations du parti de classe allemand et il est bien en peine de voir ce qui distingue la Gauche germano-hollandaise de la Gauche d’Italie. La théorie lui répugne, car il la considère comme frein à l’action.

Une première infamie antimarxiste de Berthier est d’affirmer qu’en août 14 les Majoritaires social-démocrates, loin de trahir l’internationalisme, n’ont fait que répéter l’attitude « anti-slaviste » de Marx et Engels en 1848-1849 et leur prise de position « pangermaniste » de 1871. A ce titre, Berthier est bon disciple de James Guillaume, suisse alémanique social-patriote en 1914. Une seconde infamie de l’insulteur Berthier, est de mettre sur le même plan la « spontanéiste » Rosa Luxemburg (sic du franchouillard Berthier) et le « déterminisme réformiste » (Berthier est-il autre chose qu’un vulgaire réformiste, puisqu’il fait du syndicalisme ?) de Karl Kautky.

Quand le « compagnon » Berthier calomnie, il calomnie beaucoup. Sur ce terrain, il arrive même à dépasser Christophe Bourseiller. Ce n’est pas peu dire !

Le grimaud Berthier publie sur la Révolution allemande après avoir publié sur la Révolution russe, occasions saisies par lui pour attaquer le marxisme révolutionnaire des Gauches communistes : russe, allemande, italienne. Ainsi, les deux principales batailles de la Révolution mondiale du XXe siècle, sont-elles déformées par un folliculaire de la Fédération Anarchiste en mal de reconnaissance du public qui en ferait une sommité du monde des historiens Or, Clio, muse épique, ne cesse d’accabler l’anarchisme.

Si la Révolution bolchévique russe fut le tombeau de l’anarchisme, la Révolution spartakiste allemande ignora que des anarchistes existaient, sauf en Bavière où, acoquinés avec les Indépendants, ils déployèrent l’éventail de toutes les facettes de leur idéologie petite-bourgeoise.

Durant le 1905 prolétarien en Pologne, en Russie et au Caucase, les anarchistes de ces zones explosives agirent sous le pavillon du banditisme dont ils n’étaient qu’une variété. Dans « Grèves de masses, Parti et syndicat », Rosa Luxemburg n’éprouve que dégoût devant le déploiement du drapeau noir. De son côté, V.I. Lénine prouve que les anarchistes n’appartiennent pas au mouvement ouvrier et persuade les prolétaires d’interdire l’admission des anarchistes dans les Soviets, organismes politiques du pouvoir des masses social-démocrates. Les anarchistes de Pétrograd et de Moscou ne jouèrent aucun rôle lors des journées insurrectionnelles d’Octobre 17 ; les plus sains d’entre eux rejoignirent – mais pas toujours durablement – les rangs bolchéviques, comme l’a mis en évidence V. Serge. Les anarcho-syndicalistes allemands passèrent tout à fait inaperçus dans la « November Revolution » ; pendant la « Semaine sanglante », pas un seul anar ne tomba sous les balles des freikorps noskistes.

A défaut de pouvoir faire ressortir un quelconque rôle vraiment révolutionnaire de la part des anarchistes allemands, Berthier calomnie les Spartakistes qu’il qualifie d’ « impatients » qui veulent « proclamer un gouvernement révolutionnaire à Berlin » et qui veulent sortir des syndicats, mot d’ordre dont l’application « restera toute confidentielle », alors même que des Unions antisyndicales surgiront partout et recouvriront toute la République de Weimar. Mais, notre syndicaliste à tous crins, n’en reste pas là. Il va calomnier aussi les Communistes-de-Conseils Hermann Gorter et Antonie Pannekoek. Pour ce faire, il utilise Radek contre le « poète » Gorter et Trotzky contre l’ « astronome » Pannekoek. Ainsi, croit-il démontrer leur incapacité congénitale à mener une révolution. Et de souligner que les unionistes kapédistes ne savaient rien faire d’autre que de scissionner après d’interminables discussions byzantines sur le sexe des anges. Défenseur de la gestion du Capital par le Travail, Berthier se permet de critiquer La « Critique du Programme socialiste de Gotha » pour… ses contradictions et le manque de clarté de… Engels – elle est de Marx !

A l’instar du stalinien P.Togliatti, l’anarchiste Berthier calomnie aussi A.Bordiga en disant que par sa politique « sectaire », quand Bordiga dirigeait le Parti, Bordiga a fait le lit du fascisme et que sous la dictature noire mussolinienne, l’ « architecte » Bordiga se taisait, se cachait comme un lâche, laissait les antifascistes recevoir les coups de la réaction brune. Et, Berthier « constate » que les milieux bordighistes n’avaient rien à envier aux communistes-de-conseils en matière de « byzantinisme » et de « scissionnisme ».

On a, dans les milieux staliniens et social-démocrates, beaucoup écrit contre les Gauches Communistes. C’est en remontant aux années Trente qu’on trouve des attaques aussi abjectes et aussi lâches que celles de Berthier qui appartient à l’anarchisme, un milieu aussi pourri que la social-démocratie et que le stalinisme. Monsieur Berthier, qui calomnie comme il respire, s’est ligué avec la bourgeoisie impérialiste pour, de ses mains malpropres, salir toutes les composantes de la Gauche Communiste Internationaliste. Les vues de Monsieur Berthierr sur la Révolution russe, sur la Révolution allemande et sur la lutte du bordighisme pour étendre ces Révolutions en Italie, sont celles d’un historien nul et d’une petite somme de connaissances qui s’est avisé de juger des géants.

Pour le pragmatique Monsieur Berthier, les actuels communiste de gauche ne forment que des sectes d’autant plus mégalomanes qu’elles sont insignifiantes dans la lutte de classe des travailleurs qui, pour le réformiste Monsieur Berthier, proudhonien devant l’Eternel, est la lutte pour de « justes salaires » et le droit à une retraite bien gagnée. Ce sont, dit Monsieur Berthier, qui est, lui, « sur le terrain », des déserteurs du combat syndicaliste. Ce sont, dit Monsieur Berthier, qui, lui, défend la social-démocratie, des « illuminés » de la dictature du prolétariat. Monsieur Berthier, défenseur du « front unique ouvrier », ne comprend pas réellement leur haine viscérale de la social-démocratie. Peut-on, vraiment, être à ce point aussi sénilement bigleux ?

Monsieur le bakouniniste Berthier n’aime pas donc l’expression marxiste « dictature du prolétariat » et il lui substitue la formule d’absence immédiate de pouvoir, comme le lui a dit Bakounine, un de ses maîtres avec De Paepe, le théoricien belge du possibilisme par la coopération du Travail avec le Capital – un joli mentor ! Monsieur Berthier est un petit-bourgeois chez qui « démocratie », « liberté », « droit », sont les mots qui reviennent fréquemment aux lèvres. C’est dans l’anarchisme qu’il les a trouvés, comme d’autres trouvent de l’enchantement à faire entendre une homélie pastorale.

Fier imbécile d’appartenir à l’anarchisme, il fait passer le C.N.T./F.A.I. comme le seul courant qui ait résisté avec des armes au fascisme ibérique, dans une lutte pour faire triompher le socialisme. Il défend D.Daeninckx et G.Marchais contre les dérives fascisantes d’une frange minoritaire du parti stalinien. Dans sa conclusion, il calomnie une fois encore la Gauche Communiste allemande, en niant qu’il y eût des organisations révolutionnaires préalablement au déclenchement de la Révolution allemande et dit qu’elle ne sut pas résoudre le problème de l’ « articulation (mot typiquement trotzkyste) entre organisation de classe et organisation des révolutionnaires ». Monsieur Berthier a pas mal emprunté à Monsieur Bourrinet, autre anti-léniniste.

L’anarchisme ? qui étudie l’histoire du mouvement ouvrier rencontre ce mot à chaque pas, un mot qui signifie trahison. Au nom de l’anarchisme, on a défendu les deux guerres impérialistes mondiales, la boucherie en Espagne, l’anti-bolchévisme, la démocratie, l’inter-classicisme. On l’a vu défendre hier la S.D.N. et aujourd’hui on le voit défendre l’O.N.U. On l’a vu se battre en 1919 pour W.Wilson et on le voit se battre pour B. Obama. Maintenant, l’anarchisme, souillé indélébilement, rend le Spartakisme responsable du nazisme et le bordighisme responsable du fascisme. Quelle ignominie ! La crapulerie politique est inhérente à l’anarchisme. La Révolution communiste, voilà l’ennemi pour les anarchistes. Nous n’en connaissons pas qui ne le soient pas.

Salissant les Gauches Communistes de ses ordures anarchistes, Berthier, au nombre des meilleurs amis du Capital, met le comble à l’indignation. On est plein de rage et d’écoeurement de sa lâcheté. Ce livre, écrit par un idiot, plein de fracas antimarxiste, illustre que l’anarchisme est l’école du mensonge où il ne fait qu’un avec le stalinisme.

Marseille, après-midi du Premier Mai.

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