« Les ouvriers n’ont pas de patrie », écrivent Karl Marx et Friedrich Engels dans Manifeste du Parti communiste (1848). Au sein du mouvement ouvrier français, l’hésitation est palpable à la fin du siècle, même si le marxiste Jules Guesde et le socialiste Jean Jaurès appellent à concilier patriotisme et internationalisme – ce dernier écrit ainsi : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. »1
Le patriotisme version Mélenchon: un héritage stalinien
Ce patriotisme socialiste sombre piteusement avec leur vote des crédits de guerre en 1914. Il faut attendre trois ans avant qu'une minorité dénonce cette trahison de l'internationalisme. Produit de la scission de 1920 contre le socialisme mou de Blum, une majorité se dégage pour l'adhésion à la IIIᵉ Internationale, mais avec des personnages sans consistance : Cachin et Frossard. La SFIC (section française de l'Internationale communiste) est désormais le PCF. Un parti qui refuse de célébrer le 14-Juillet, et de chanter La Marseillaise. Le reflux révolutionnaire en Russie, qui s'accélère vers la fin des années 1920, donne naissance au "socialisme dans un seul pays" La révolution n'est plus une question de généralisation au niveau international, mais une sorte de chacun pour soi où le communisme trouverait sa place dans un cadre patriotique, tout en recevant des leçons d'un grand frère russe qui, lui, aurait réussi à bannir le capitalisme de son territoire. Au même moment, l'écrasement de la tentative révolutionnaire prolétarienne débouche sur la montée du nazisme qui se présente lui aussi comme "national-socialiste". Dans tous les pays, les millions de prolétaires sont conviés à s'identifier à ces différents socialismes nationaux, dont le fameux Front populaire hybride en France, qui fait croire que le principal ennemi est désormais le nazisme. Sous quelques concessions sociales importantes (les congés payés) le patriotisme stalinien dissout la classe dans le peuple chauvin. Grand-père de Mélenchon, Jacques Duclos, le 14 juillet 1935, au fameux stade Buffalo, à Montrouge, fait équivaloir La Marseillaise et L’Internationale, le drapeau tricolore et le drapeau rouge.
En conséquence, le 2 septembre 1939, les élus "de gauche unie" trahissent une nouvelle fois le prolétariat en votant à l'unanimité les crédits de guerre du gouvernement Daladier. Ce qui déclenche l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne dès le lendemain. Pour leur part, ces communistes en peau de lapin sont des girouettes. Thorez était déjà parti vers son régiment d'attribution. Staline s'est mis en colère contre ce patriotisme et a exigé du PCF qu'il rétropédale pour dénoncer "la guerre impérialiste", ce qui ne mange pas de pain, mais peut être interprété comme la retrouvaille d'un vrai internationalisme, sauf qu'il reste un nationalisme inféodé au principal pays stalinien.
Passons sur les compromissions du PCF pendant la guerre (demande de reparution de l'Huma à la Kommandatur) et un comportement de mafia nationaliste dans la résistance avec assassinat des opposants trotskistes au stalinisme.
Dans la période qui suit la Libération, Maurice Thorez soutient que la « classe ouvrière » doit se comporter en « classe nationale ». La nature des partis de gauche depuis 1914 les a toujours conduits à voter les crédits de guerre, preuve de leurs bases fondamentalement bourgeoises sous le vernis des mots socialistes ou communistes.
Le 12 mars 1956, tous les députés du PCF votent en faveur des pouvoirs spéciaux attribués au gouvernement Guy Mollet chef de la SFIO. Les petits héritiers de ce parti étriqué cherchent encore à masquer cette trahison du fait qu'au même moment ils réclamaient "la paix en Algérie" ou "la fin de la torture" mais sous l'angle de la négociation sous parapluie colonial, l'Union française, mais pas en faveur de l'indépendance de l'Algérie.
Le gauchisme d'époque, en l'occurrence un trotskisme minoritaire et absent des médias, défend lui les nationalismes d'indépendance nationale, comme aujourd'hui un improbable État palestinien. Ce ne sont que des minorités, des sectes trotskistes dont certains des membres vont se mettre au service des nouveaux dictateurs sanglants. Cette prétendue étape nationale populaire supposait classiquement par après le passage à la révolution communiste, mais on n'était plus en 1848 ou en 1917, mais dans un monde décadent où la constitution de nouvelles nations ne pouvait signifier une révolution industrielle ni sociale mais la constitution de territoires partagés entre les deux blocs de la guerre froide. Plein de petits Mélenchon ont été élevés à ce biberon patriotique pour petits peuples soi-disant libérés de la colonisation alors que celle-ci est demeurée sous une forme plus perverse.
C'est en Mai 68 que le concept de patrie est ridiculisé, reléguant même au second plan le nationalisme de peuple sous-développé et destiné à le rester. Les derniers délires de ce chauvinisme pour sous-développés sont surtout portés par les sectes maoïstes et les admirateurs des posters de Che Guevara.
Les bordiguistes ont un peu raison, malgré mai 68, de répéter que la période de contre-révolution n'est pas finie. Le concept de patriotisme refait surface sur les ruines de 68 qui a fini surtout dans le jouir sans entraves, hippie. La gauche bourgeoise, voteuse de tant de crédits de guerre "patriotique" n'osait pas réutiliser le terme patriotique depuis la fin de la guerre d'Algérie (une guerre raciste comme disait bébé Mélenchon dans son parc à bébés). Le programme commun de 1972 ne contenait aucune référence à la nation. Avec l'ex-pétainiste Mitterrand (plus menteur que Bardella), proche des Croix de feu, la patrie est ressortie du grenier en clignant des yeux. En 1978, l'ancien ministre de l'Intérieur pendant les massacres en Algérie, déclarera sans rire: "la France, pour moi, c'est moi". C'est une marée de drapeaux tricolores qui accompagne sa marche au Panthéon après son triomphe électoral inattendu. Peu après le succès de 1981, le gang socialiste a retrouvé la patrie, oubliant sa collaboration aux massacres des chair à canon successives; dans le préambule des “110 propositions pour la France” on lit: “Nous proclamons notre attachement irréductible à la patrie.” »
L'idéologie de De Gaulle (vieil ennemi de Mitterrand), grand successeur patriote de Pétain, les années passant, allait progressivement réinvestir le champ politique, de Tonton à Régis Debray. L'idéologie européenne avait eu du mal à s'implanter après 1945. Elle sembla prédominer jusqu'à la chute du bloc russe, avec les idéologues écologistes surtout et les gauchistes rangés des voitures comme Cohn-Bendit.
Progressivement, la politique européenne devient impopulaire à cheval sur la dernière décennie du XXᵉ siècle et le début du XXIᵉ. Les fractions de droite s'emparent petit à petit de ce rejet d'une politique européenne. Le soubassement de cette contestation poursuit pourtant le but initial de cette Europe "libérée", dissoudre le prolétariat dans la nation "multipliée", "diversifiée" des "peuples européens"; ce que l'adolescent Mélenchon saisit déjà comme créolisation avant de devenir à l'âge adulte cire-pompe de Tonton2. Culotté, le droitier Chevènement ouvre la brèche en 2002, la nation doit être désormais une priorité; en 2007, sa groupie Ségolène Royal appelle "les Français" à "avoir chez eux le drapeau tricolore". En 2012, Arnaud Montebourg s'affiche comme le garant du "made en France".
Quant au lider Minimo, sa position a dérapé au niveau local banlieusard, véritables "grands ensembles" métissés à but final électoral. Après avoir voté, tu rentres chez toi et tu laisses ton élu décider ce qu'il veut à ta place.
En 2012, il faisait l’éloge de la « nation républicaine » et de la « nation universaliste », mêlant, longtemps après son grand-père Jacques Duclos, Internationale et Marseillaise. C’est surtout en 2017 qu’il fabrique vraiment une campagne bleu-blanc-rouge, exaltant le drapeau tricolore et la patrie. « Je ne suis pas un nationaliste, je suis un patriote », chiant toutefois sur le drapeau en agitant le souvenir de la colonisation comme une faute indélébile (comme le capitalisme lui-même ?), surtout à destination des électeurs chauvins musulmans, qui, pourtant, ceux récemment débarqués, savent bien qu'une bourgeoisie coloniale a été remplacée par une bourgeoisie gangstériste.
La cocarde patriotique est à nouveau dépoussiérée dans le cirque présidentiel actuel. Du Lider Minimo au très européiste va-t-en guerre Raphaël Glucksmann, en passant par Fabien Roussel, petit-fils de Georges Marchais, ou encore par le provincial François Ruffin, qui n’a pas hésité à s’enrouler dans un drapeau tricolore en une de Marianne, en février dernier. Coiffé comme un snob de Neuilly, le sous-fifre Jérôme Guedj., qui s'est cru présidentiable, a assuré que le patriotisme républicain favoriserait le "patriotisme économique".
QUAND
L'ANTIRACISME REMPLACE L'INTERNATIONALISME
Le 18 novembre 2018, à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), le lider Minimo anime une des « rencontres nationales des quartiers populaires ». A la banlieue créolisée ou métissée, il lâche :« Je n’ai pas peur, je n’ai pas honte de le dire : ce que vous voyez là, c’est la nouvelle France. » En 2024, la nationaliste palestinienne, égérie mélenchonesque qui affole CNEWS, est présente lors de la clôture électorale européenne où le gourou se pavane, alternant colère théâtrale ou bonhomie paternaliste : " Cette nouvelle France, c’est nous, les bigarrés, les mélangés qui refusons absolument le venin qui leur permet de rester au pouvoir – la division du peuple par le racisme" .
Lider Minimo s'imagine une nouvelle France, certes métissée et islamisée, mais à condition d'être patriotique; merde à Le Pen, cette sale fasciste! Or ce concept d'une nouvelle France est fumigène pour les lycéens; cette France bigarrée existe depuis longtemps, le prolétariat a toujours été composé de diverses nationalités d'origine, et ce, même depuis 1914, où par "antiracisme patriotique", la bourgeoisie et ses partis socialistes n'ont pas hésité à transformer en chair à canon des hommes noirs et arabes réquisitionnés de force dans les colonies. Le fascisme ne passera pas. La véritable "intégration" sera démocratiquement patriotique et se déploiera sur les champs de bataille de la 6ᵉ République.
Bouffon! Si le métissage est désormais plus important c'est du fait de la faillite inévitable des libérations nationales "patriotiques" (exaltées par les gauchistes) qui ont livré d'immenses populations du dit tiers-monde à la misère patriotique, puis à fuir éperdument vers les "pays riches" pour échapper aux tortures de leurs "libérateurs", oppresseurs cyniques et sanguinaires. Cette vérité que le wokisme décolonial moraliste inverse3, justifie toujours le choix affectif du camp des pauvres dictateurs contre le colonialisme éternel; des députés LFI aiment se rendre en Algérie embrasser le camarade libérateur le dictateur Teboune comme Marchais adorait aller faire un bisou bucal à Brejnev, comme Besancenot se complaît à aller fleurir la tombe de Guevara. çà c'est la gauche éternelle, visqueuse, victimologue et tartufe!
UN IDENTITARIME RELIGIEUX COMMUN AUX DEUX POPULISMES
Le populisme, de Mélenchon et de Le Pen est d'inventer comme essentielle une opposition entre un peuple, considéré comme vertueux, et une élite corrompue. « Le maître est le peuple », a dit un jour le lider Minimo. Pour l'otage de LFI, le petit Olivier Faure, tout s'explique: "e piège, c’est d’avoir laissé la droite et la droite extrême s’engouffrer dans une vision identitaire de la France. C’était une erreur de ne pas avoir su répondre à cette question ».
Pas du tout, c'est la même exaltation patriotique; le RN s'occupe de la campagne et LFI des "grans ensembles". Le chauvinimse c'est le RN (rejet des étrangers) quand LFI défend un nationalisme métissé et donc antiraciste. Dans les deux cas ils pourront défiler ensemble dans le même uniforme kaki.
La religiosité catho de l'extrême-droite est bien connue. Il fallait en créer une autre, versant contestataire islamique. C'est fait avec lider Minimo qui tombe dans l'apologétique de l'islam (ne pas confondre islam et islamisme) : « J’ai renoncé à une forme d’anticléricalisme grossier duquel je veux m’excuser auprès de ceux que j’ai pu blesser dans le passé ». Un bon leader se doit toujours d'être ambigu et surtout menteur. Devant la commission d'enquête parlementaire, il a assuré qu'il "n'acceptera jamis l'entrisme religieux", sachant très bien que cette vieille notion trotskienne est toujours intégrable.
Il faut le constater le populisme a besoin de la religion patriotique et du patriotisme religieux. Quand demain la guerre sera là, la tradition chrétienne conditionnera les sacrifices; côté islam, le hadith sur la foi est très explicite: "L'amour de la patrie fait partie de la foi". La partition en faveur ou défaveur des juifs, avec l'Etat hébreu colonialiste au milieu, marque drôlement deux doubles langages. D'un côté une extrême droite qui s'affiche amie et protectrice des juifs alors que, historiquement, elle a été la principale porteuse de l'idéologie antisémite et, en face, une fausse insoumission, a priori hostile à l'antisémitisme, mais qui au fond n'est pas éloignée de celui traditionnel de l'extreme droite; LFI caressant l’électorat musulman dans le sens du poil en axant sa campagne sur le « génocide » à Gaza, minimisant un antisémitisme bien réel dans ses rangs, refusant de reconnaître sa fréquentation d'individus appartenant à la mouvance islamiste pour profiter de leurs réseaux lors de chaque échéance électorale. Il y a un aspect pacte germano-soviétique dans cette stratégie risquée du lider Minimo qui devrait aussi se laisser pousser une longue barbe. Car, vouloir réglementer la foi, c’est l’assurance d’une défaite : « Si vous voulez vous disputer avec Dieu, c’est perdu d’avance », Or lider Minimo c'est lui, dieu.
NOTES
1Je suis très redevable à l'article, dans Le Monde de Ariane Ferrand: "La nation, une idée passée à droite que la gauche veut réinvestir".
2Pour une fois son ex-compère électoral, Ruffin note justement: : « Son mentor, François Mitterrand, avait glissé sans trop de douleur du combat social, économique, vers celui des valeurs. Mélenchon fait de même quarante ans plus tard. » Il ajoute avec pertinence, que Mélenchon fait du « néo-Terra Nova », du nom de ce groupe de réflexion proche du PS qui recommandait de forger une identié aux couches moyennesc petites bourgeoises à partir de minorités plurielles, en 2011, après avoir décrété la fin du prolétariat.
3 Dans les commentaires du Monde, on trouve celui-ci: "Témoignage vécu: dans ma salle des profs d'un lycée du 93, les collègues militants LFI auto-proclamés, monochromes, qui vivent à Paris et viennent d'un milieu social très aisé, donnent des leçons de morale à tout le monde, en particulier aux collègues racisés. Je vous laisse imaginer le ressenti de ces collègues, issus de la banlieue, vivant en banlieue, qui s'entendent donner de leçons d'antiracisme et de lutte contre l'islamophobie par ces fils à papa bourgeois..." Ou celui-ci: "Vous parlez visiblement des familles qui se laissent prendre par le discours de victimisation systématique qui est le fond de commerce de la gauche depuis bien trop longtemps. Il y a en d'autres qui refusent cette vision manichéenne. Ben non, avec un neveu marié avec une marocaine parfaitement intégrée, deux cousines respectivement épouses d’un algérien et d’un tunisien, personne dans une famille qui connaît un peu le métissage ne se reconnaît dans le discours du chef de la Meute".
