"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 30 septembre 2026

LA PETITE BOURGEOISIE EST-ELLE SOLUBLE DANS LA BOURGEOISIE?



Le spectre d’une crise financière plane sur la campagne. Tous ceux qui pensent avoir une chance de s’installer à l’Élysée l’an prochain sont menacés, soit de voir leur programme pulvérisé en pleine compétition, soit de voir leur capacité d’action réduite à néant après avoir promis la lune.
Dure campagne électorale où il est question de costume kevlar (variante de costume pare-balles) et de guerre. Ces termes utilisés par la mère Le Pen ne sont pourtant pas bien méchants, mais le fruit d'une colère légitime contre les coups de l'appareil d'État et ses complices de la gauche radicale comme les radis. Le site Médiapart, officine policière, travaillait depuis des mois, comme l'a rapporté un de ses séides pour flinguer un RN petit-bourgeois qui inquiète du fait de ses scores électoraux. Trouvaille géniale et sanctifiable, le jeune Bardella aurait écrit des choses antisémites à peine âgé de dix-huit balais. Scandale horrifique, émoi de tous les médias. Le RN, en colère, qui se défend, est enfoncé une nouvelle fois par les mêmes médias, jusqu'à Jupiter lui-même, « déplorant la violence langagière du RN sur Mediapart, à l’origine de l’enquête, qui conduit toujours après à une escalade », jugeant « inacceptable d’avoir des mots violents à l’égard des opposants, des adversaires politiques » et « de s’en prendre à ceux qui sont pour partie les organisateurs de ce débat », les médias. En s'alignant sur LFI, Libération et tutti quanti, Macron veut renforcer le combat pour la bourgeoisie libérale, démocratique et exploiteuse, pour liquider d'ici l'an prochain les brebis galeuses extrêmes. Pour la clique à Mélenchon, c'est pas un gros problème, avec leur contestation néo-stalinienne, invraisemblable, irréaliste, elle se décrédibilise un peu plus chaque jour (quoique en supposent les sondages) et atteint des sommets de bêtise. Avec le RN, c'est plus inquiétant, non par peur d'un fascisme réinventé, mais parce qu'élire une telle secte avec un programme aussi irresponsable (retour à la retraite à 60 ans) et un renforcement policier qui ne réglerait en rien la faillite économique nationale, serait plus dramatique encore que l'élection accidentelle de Tonton en 1981 (dont on paye encore la gestion désastreuse). Macron vient ainsi appuyer les guévaristes de LFI qui promettent une insurrection pour défendre...la démocratie bourgeoise.

Il vaudrait son pesant de cacahuètes d'aller fouiller dans la jeunesse de tous nos probes politiciens, pour rigoler. Bardella peut avoir proféré des conneries à 18 ans, qui n'en a pas proféré ? Un ministre israélien a pris sa défense dans son optique juive nationaliste, et le sceau de la honte antisémite pourrait plutôt à terme renforcer son personnage de redresseur de torts ?

Une évidence si tous les partis bourgeois et petits-bourgeois pouvaient s'entretuer, ils s'inspireraient des dealers. Entre parenthèses, rappelons ici que l'Etat bourgeois a récupéré, sans honte, bien pire que lui.

Les grands ancêtres fachos

François Mitterrand: du nationalisme pétainiste à la gauche républicaine. Dans sa jeunesse : réseaux nationalistes, pétainistes, anti-républicains. Dans les années 1930-40 : fréquentation de milieux nationalistes et d’extrême droite catholique, décoré de la Francisque, distinction du régime de Vichy ; ami fidèle du nazi Bousquet.

Maurice Papon : sous Vichy : haut fonctionnaire du régime. Dans les années 1940, Papon est secrétaire général de la préfecture de Gironde, impliqué dans l’administration des déportations de Juifs (ce qui lui vaudra sa condamnation en 1998). Papon a été un haut responsable sous de Gaulle (préfet de police); il a été ministre plus tard, sous Giscard (Budget, 1978–1981). Il est réintégré dans l'administration de l'État d'après-guerre après avoir été acquitté par une cour d’épuration (1949), Par la suite il devient banquier et homme d’affaires influent.

René Bousquet, le grand ami de Mitterrand. Les faits établis : Mitterrand et Bousquet se connaissent depuis les années 1940 ; ils ont maintenu une relation amicale après-guerre; Bousquet a financé certaines activités politiques de Mitterrand dans les années 1950, Mitterrand l’a reçu à l’Élysée dans les années 1980. Bousquet était secrétaire général de la police de Vichy (poste administratif, mais avec pouvoir immense), enfin surtout connu comme principal responsable de Vichy, organisateur de la rafle du Vel’ d’Hiv.

Les jeunes fachos recyclés démocrates

Alain Madelin: jeune, il a été membre d’Occident, un groupuscule d’extrême droite radicale, nationaliste, anticommuniste et violent (années 1960). Il est en compagnie de Gérard Longuet, Patrick Devedjian, Hervé Novelli, etc. Il passe de l’ultra-droite nationaliste à une droite libérale pro-marché, très éloignée des thèses identitaires. Dans les années 1980–2000, Madelin devient : ministre de l’Industrie (1986), ministre des Entreprises (1993), ministre de l’Économie (1995), président de Démocratie libérale.

UNE SOUS-CLASSE LE CUL SUR DEUX CHAISES

Pour Marx, qui a été certainement le plus dur et le plus clairvoyant, la petite bourgeoisie est une classe “intermédiaire” et instable  et sans avenir.

Elle stabilise le système par sa quête d’ascension "administrative", moraliste et excluante. La petite bourgeoisie rêve de “monter, devenir cadre, elle oscille entre réformisme (quand elle espère monter) -LFI - réaction le RN (quand elle a peur de descendre) . Les deux font montre d'une radicalité de langage outrancière voire irrationnelle, preuve qu'elles se sentent menacées voire en voie de disparition. Quand elle monte, elle soutient la bourgeoisie de gauche, LFI se proclame désormais tête de file de la gauche bourgeoise amoindrie (PS, PCF, parti vert, NPA, etc.). Même si le RN est vu comme ayant le vent en poupe, il est plus représentatif d'une droite bourgeoise qui descend, et bascule dans la réaction sécuritaire et hostile à toute immigration. C'est une vue de l'esprit gauchiste limitée de vouloir faire croire qu'elle enfanterait un nouvel Hitler.. Marx et Engels le disaient formellement dans Le 18 Brumaire : peur du déclassement, nostalgie de l’ordre, tentation autoritaire mais absence d'avenir crédible.

Ces deux cas invalident la vision de Marx et Engels, posant en leur temps une inévitable prolétarisation de la petite bourgeoisie en faillite; au contraire Mélenchon et Le Pen neutralisent à leur manière cette supposée prolétarisation automatique. Ces sectes révèlent que la bourgeoisie moderne a tiré les leçons de l'ancienne dangerosité des couches intermédiaires et s'efforce de les encadrer ou de les juguler. Ces deux sectes sont à la fois réformistes et réactionnaires: faire avaler que des solutions sont possibles dans le capitalisme.

Toutes les ailes de la petite bourgeoisie ont cependant toujours eu un rôle mineur dans tous les grands changements historiques, voire servi de bouc émissaire. Le fascisme est surtout une création de la grande bourgeoisie qui a su ficeler la classe intermédiaire après 1928 et s'en servir pour reprendre la guerre en 1939. Le flalbeau est d'ailleurs repris en particulier par LFI qui fait chanter l'hymne patriotique à chaque fois qu'elle peut, milite pour une armée créole et exige le vote des crédits de guerre au parlement. Inutile de détailler pour le RN naturellement nationaliste.

La petite bourgeoisie produit de petits partis instables et divisés.

La petite bourgeoisie et ses partis se distinguent de la bourgeoisie en ce qu'elle possède peu de capital, qu'elle travaille (tout en exploitant ses salariés (ce qui n'empêche nullement LFI, le RN, le NPA et LO, de les soutenir dans leur lutte contre les riches). Elle rêve du pouvoir mais n'obtient jamais que des strapontins.

Aujourd'hui on retrouve à peu près les mêmes clivages et oscillations que les cliques des années 1930 , malgré les photos jaunies, chez les sectes petites bourgeoises “radicaux de gauche”: écologistes, syndicats étudiants, cénacles intellectuels, Nouvel Obs (avec le sinistre Askolovitch ). Caractéristiques : réformisme moral, revendications sociétales, absence des ouvriers. Elle n’a pas de base sociale stable : ses partis suivent ses oscillations = scissions, recompositions, éclatements. Sans remonter au poujadisme; on peut constater un même merdier de ces couches moyennes à s'unifier ou à supplanter la bourgeoisie.

Les écologistes affichent des divisions chroniques entre réformistes blancs (Hulot, Jadot) et radicaux roses (Duflot, Rousseau) ; c'est typique d’un parti petit-bourgeois intellectuel hors-sol.

Le RN et Reconquête, c'est la petite bourgeoise déclassée, qui rameute artisans, policiers, paysans, ouvriers, chômeurs et population, plutôt provinciale, excédée par la non-prise en compte de l'invasion islamique et migratoire. Sans inquiéter la bourgeoisie moralisatrice et féministe car perdurent les divisions entre ligne “populiste sociale” (Le Pen) et ligne “identitaire bourgeoise” (Zemmour).

LFI trahit la réutilisation des méthodes sectaires, insultantes et intrusives du parti stalinien des années 1930 à 1970. Tout ce qui semble oublié ou méconnu par les jeunes générations.

Le PCF se définissait comme “parti d’avant-garde” : discipline, centralisme, ligne unique avec une idéologie clairement totalitaire. LFI n'affiche aucun centralisme (ce qui est un centralisme déguisé), mais fonctionne comme un tribunal avec ses deux idéologies (psychologiques) totalitaires: l'antifascisme et l'antiracisme.

Avec ces notions binaires simplistes, LFI procède à une disqualification idéologique systématique comme le PCF d'antan avec le même type d'étiquettes: fasciste, réac, antidémocratique, etc. (mais plus les qualificatifs de trotskiste ou petit-bourgeois). Semblable est la critique personnalisée : dénonciation publique à tour de rôle par les encadrants,

Toutes ces cliques, dites de gauche traditionnelle, mais bizarres, ne possèdent pas un aussi important contrôle culturel que le PCF avec sa presse, ses éditions, ses associations, ses réseaux d'intellectuels, ses syndicats. Ce contrôle ramifié, si utile et indispensable au pouvoir gaulliste, permettait de fabriquer des réputations ou de détruire des carrières. LFI n'a qu'un pouvoir minable comparé au monstre stalinien mais dispose de relais médiatiques pesants (Médiapart, France Inter, Besancenot, etc.).

Le PCF isolait ses adversaires du "camp de la gauche" en refusant les alliances, les accusant de trahison, comme LFI, poule se croyant plus grosse que le boeuf, qui prétrnd animer le ballet électoral final. En encart je vous ai mis aussi le cas du maire LFI maoïste qui croit essentialiser les enfants lycéens comme flamme de la révolution électorale. Pr contre, quand le PCF fabriquait son histoire il y avait au moins matière à controverses ou, en s'inquiétant, à aller vérifier des sources fiables. Avec LFI l'inculture et l'apolitisme sont généralisés, tous les sujets - antiracisme, féminisme, antifascisme, islamophobie - relèvent de la psychologie, et sont indiscutables comme les paroles de Staline ou de Mao.



La guéguerre électorale est le cadet des soucis des prolétaires mais au moins elle évite de parler tous les jours de la guerre mondiale en cours.






mardi 29 septembre 2026

Colère lycéenne: la fonction de neutralisation de LFI



Un livre publié en 1971 - La Barrière et le Niveau - est mon livre de chevet. Il est un des textes fondateurs de la sociologie critique de l’école. Sa thèse centrale est simple :
L’école n’est pas un instrument d’égalité : elle est un instrument de division du travail.

Baudelot & Establet montrent que le système scolaire français est séparé en deux, le niveau : filière longue, générale, destinée aux classes moyennes et supérieures, et la “barrière” : filière courte, professionnelle, utilitaire, pour "socialiser" les enfants du prolétariat. Deux "destins sociaux" donc. Un livre marquant pour décrypter la reproduction sociale capitaliste. Il précède Bourdieu & Passeron (La Reproduction, 1970) mais s’inscrit dans la même logique. l’école n’est pas un ascenseur social, elle officialise les inégalités, elle organise la division du travail. La différence avec Bourdieu : Baudelot & Establet sont plus marxistes, plus structuraux, moins centrés sur le capital culturel. Pour eux, l’école est un appareil d’État qui fabrique les futurs rôles dans le capitalisme. Leur livre démonte l’idée que l’école serait un espace neutre, méritocratique ou universaliste. Le livre reste actuel. Malgré certains décalages, dans les années 1950, le baccalauréat signifiait la barrière de classe, aujourd'hui il faut au moins le master. Parcoursup renforce la séparation. Le lycée pro est toujours un sas vers le prolétariat. Les inégalités de capital culturel se creusent.

Pourquoi LFI “récupère”-t-elle les luttes lycéennes ?

LFI n’est pas un parti de classe : c’est un parti contestataire à prétention radicale. Il fonctionne avec une psychologie émotionnelle à la manière des sectes religieuses. Les conflits de toute nature relèveraient d'une interprétation morale.

Les lycéens sont un milieu politique malléable, présumé innocent et inculte, partiellement syndiqué. avec un avenir angoissant et précaire. Ils sont naturellement, même plus que les étudiants, très sensibles à la contestation d'où qu'elle vienne. Hélas la protestation lycéenne de ces dernières années n'est pas encore au niveau politique de l'année 1968. La descente d'avion (céleste) du pape, applaudi par des milliers de jeunes bobos comme une rock star, pas des banlieues, fut plus ridicule que signe d'un retour au Moyen Âge.

La fonction du parti petit-bourgeois LFI est de se se poser comme “défenseur des humiliés”, en l'occurrence les lycéens à l'avenir incertain et qui n'ont pas confiance en eux, considérés comme inférieurs sociaux immatures.

Pourquoi les arguments de LFI sont-ils “minables” ?

LFI transforme : une lutte matérielle (conditions d’étude, ségrégation scolaire, manque de profs) impliquant en lutte morale (“les jeunes sont maltraités”, “on ne les écoute pas”). Et en plus, réduit une lutte structurelle (budget, organisation, reproduction sociale) en combat symbolique (“le gouvernement méprise la jeunesse”). Réduit également la domination capitaliste (marchandisation de l’école, tri social) à une "sauvagerie" policière (“violences policières contre les jeunes”). Encourageant les jeunes avec l'éruption ridicule de Bally Bagoayoko, à croire que la révolution c'est mettre le feu à des poubelles et à développer des bagarres stériles avec la police. La police devient l'incarnation simpliste du "mal capitaliste". C'est un scandale moral qui pose la question d'une police gentille et démocratique, évitant de penser qu'elle n'est qu'un appareil répressif de l'État bourgeois que les gurus de LFI voudraient occuper, en créant leur propre police ? C’est une dépolitisation, car la lutte de classes est remplacée par une indignation morale.

Le racisme existera toujours dans la domination capitaliste, mais son utilisation comme critère politique est une esbrouffe réductrice à une catégorie morale, supprimant tout critère de classe. Le racisme est un produit de la structure de classe, pas une catégorie politique autonome. LFI le détache de la lutte des classes pour en faire un marqueur identitaire, ce qui fragmente le prolétariat lycéen.

La fonction de neutralisation de LFI1

Capter immédiatement la révolte lycéenne. Elle capte la colère lycéenne pour la détourner vers un populisme moral, des actions de rue dans une conflictualité symbolique (police, racisme, mépris), substituant donc l’identité à la classe, empêchant l’émergence d’une organisation lycéenne autonome comme celle des étudiants dans leur lutte passée contre le CPE. Bravo en passant au CCI d'avoir été prémonitoire en organisant toutes ses réunions politiques de rentrée par le rappel de la lutte victorieuse contre le CPE autonome. LFI ne radicalise pas les lycéens : elle les neutralise en les moralisant. Sans cette fonction, le gouvernement serait démuni avec sa simple répression policière. Le "soutien" de LFI est une simple instrumentalisation pour produire de l’indignation, pas de la conscience de classe, et laisser croire que la période d'intense battage électoral est la seule solution.

    La plupart des lycéens ont compris que L'école n’est pas un espace neutre.

C'est un appareil de reproduction du capitalisme. Elle ne vise pas l’égalité, mais la stabilisation des rapports de production en organisant le tri social. Les différences de capital culturel deviennent “méritées” ; les dominants apparaissent comme “plus doués”. Elle vise à développer une subjectivité individualiste dans la compétition des notes, tentant, de plus en plus difficilement, de faire accepter l'ordre social, c'est-à-dire docilité et discipline. L’école transforme des inégalités matérielles en différences scolaires légitimes. Le tri social valide les trois classes sociales: pour la reproduction des classes moyennes et supérieures, enseignement général de plus en plus spécialisé dans les matières "nobles", technologique (informatique...) pour les emplois de bureau, professionnel pour la classe laborieuse (métiers dits manuels).

Je ne développerai pas ici non plus sur le capital culturel, moteur invisible de la reproduction sociale inégalitaire. Chose dont les lycéens se rendent compte en voyant leurs compères (provisoires) bourgeois parler en public ou afficher leurs résultats. Autre constat déplorable, la chute du niveau d'expression orale, la disparition de l'orthographe, voire la disparition de la capacité de lire grâce à l'aliénant portable.

L'avenir du combat émeutier, et assez désespéré des lycéens, n'augure pas une victoire comparable aux expériences passées. Pourquoi?

Pas simplement à la tentative de mainmise grossière de LFI, mais pour deux raisons:

– les nombreuses mobilisations syndicales corporatives: fonctionnaires, pompiers, policiers, et. très encadrées et peu propices à une union avec les lycéens;

– la période électorale qui étouffe toute véritable pensée critique hors système.



HISTORIQUE DES LUTTES LYCÉENNES DU PASSÉ

1. Les premières luttes lycéennes (1882-1883)

  • 1882 1883 : révoltes de Toulouse, Montpellier, puis Louis le Grand → Congrès lycéens d’Albi (1882) puis Bordeaux (1883). → Revendications : réforme disciplinaire, commissions d’élèves, liberté d’expression. Aboutissement : première affirmation nationale d’un sujet lycéen autonome.

2. Les années 1960-1970 : naissance des CAL et politisation

  • 1967-1968 : création des Comités d’action lycéens (CAL) → Dans le sillage des comités Vietnam et de Mai 68. Aboutissement : mise en place de commissions lycéennes, transformation du régime intérieur, reconnaissance de la parole lycéenne.

  • 1971 : affaire Guiot / circulaire Guichard

  • 1973 : mobilisation contre la loi Debré

  • 1974-1976 : mobilisations contre les réformes Fontanet et Haby. Aboutissement : consolidation d’un espace lycéen organisé.

3. Les années 1980 : structuration du syndicalisme lycéen

  • 1986 : mouvement contre la loi Devaquet → Forte mobilisation, mais impulsion surtout étudiante. Aboutissement : naissance de la FIDL (1987), premier syndicat lycéen durable.

4. Les années 1990 : luttes massives et victoires politiques

  • 1990 : mobilisation contre la banalisation de la violence scolaire

  • 1994 : lutte contre le CIP (contrat d’insertion professionnelle) → Mobilisation nationale, blocages massifs. Aboutissement : retrait du CIP ; émergence de l’UNL comme syndicat national structuré. Il faut désormais encadrer les lycéens comme la classe ouvrière, d'autant que la pluprt sont destinés à être salariés ou chômeurs de longue durée.

5. Les années 2000 : lycéens au cœur des grandes réformes scolaires

  • 2005 : lutte contre la loi Fillon → Coordinations lycéennes très actives.

  • 2006 : lutte contre le CPE (Contrat première embauche) → Blocages massifs, alliance avec étudiants et syndicats. Aboutissement : retrait du CPE ; reconnaissance du rôle des coordinations lycéennes.

  • 2008 : mobilisation contre la réforme des lycées Aboutissement : ajustements de la réforme Darcos.

6. Les années 2010 : Parcoursup, bac, et nouvelles organisations

  • 2016 : mobilisation contre la Loi Travail

  • 2017-2018 : mobilisations contre la loi Vidal et la réforme du bac. Aboutissement : mise en place de nouvelles structures lycéennes, montée des coordinations locales.

7. 2024-2026 : retour des blocages massifs et crise structurelle du lycée

Septembre 2026 : blocages dans 180 lycées → Manque de professeurs, locaux délabrés, stress Parcoursup, surcharge des classes. Aboutissement (en cours) : pression politique accrue ; débat national sur les moyens du secondaire ; affrontement gouvernement/LFI sur l’interprétation du mouvement. Les lycéens deviennent un acteur central des réformes éducatives. Mais aussi une matière sociale à encadrer, et à faire oublier qu'ils sont désormais un jeune prolétariat.



1 Lire l'excellent article de la revue Frustration "Le peuple ou la classe" (Le peuple ou la classe ? Les ambiguïtés stratégiques de la France insoumise ). Extrait : "la réponse est au fond assez simple et le dire ne constitue même pas une critique : La France insoumise n’est pas un parti anticapitaliste mais social-démocrate au sens strict. Elle vise à l’aménagement du capitalisme français par des mesures sociales de redistribution, des dispositifs de relance keynésienne, et une plus forte place de l’État dans l’économie, associée à des formes de cogestion – en priorisant largement, pour ce faire, l’espace des politiques publiques par la conquête des institutions via les mécanismes électoraux existants. Ce qu’elle propose a déjà de quoi largement contrarier le capital et la bourgeoisie – qui le font bruyamment savoir – mais ce n’est pas là ce qui définit l’anticapitalisme (qui, dans sa définition la plus simple, signifie l’abolition de la propriété lucrative du capital) . Je le répète. LFI, comme le RN, est un parti petit-bourgeois, pas bourgeois comme l'ânonne de façon simpliste le CCI qui le réduit au statut d'irresponsable. Ces deux partis sont à empêcher d'accéder au pouvoir par la bourgeoisie. Je reviendrai sur le rôle des partis petits bourgeois dans l'histoire de Franceet la rareté de leur participation prédominante dans l'État bourgeois.