Le spectre d’une crise financière plane sur la campagne. Tous ceux qui pensent avoir une chance de s’installer à l’Élysée l’an prochain sont menacés, soit de voir leur programme pulvérisé en pleine compétition, soit de voir leur capacité d’action réduite à néant après avoir promis la lune. Dure campagne électorale où il est question de costume kevlar (variante de costume pare-balles) et de guerre. Ces termes utilisés par la mère Le Pen ne sont pourtant pas bien méchants, mais le fruit d'une colère légitime contre les coups de l'appareil d'État et ses complices de la gauche radicale comme les radis. Le site Médiapart, officine policière, travaillait depuis des mois, comme l'a rapporté un de ses séides pour flinguer un RN petit-bourgeois qui inquiète du fait de ses scores électoraux. Trouvaille géniale et sanctifiable, le jeune Bardella aurait écrit des choses antisémites à peine âgé de dix-huit balais. Scandale horrifique, émoi de tous les médias. Le RN, en colère, qui se défend, est enfoncé une nouvelle fois par les mêmes médias, jusqu'à Jupiter lui-même, « déplorant la violence langagière du RN sur Mediapart, à l’origine de l’enquête, qui conduit toujours après à une escalade », jugeant « inacceptable d’avoir des mots violents à l’égard des opposants, des adversaires politiques » et « de s’en prendre à ceux qui sont pour partie les organisateurs de ce débat », les médias. En s'alignant sur LFI, Libération et tutti quanti, Macron veut renforcer le combat pour la bourgeoisie libérale, démocratique et exploiteuse, pour liquider d'ici l'an prochain les brebis galeuses extrêmes. Pour la clique à Mélenchon, c'est pas un gros problème, avec leur contestation néo-stalinienne, invraisemblable, irréaliste, elle se décrédibilise un peu plus chaque jour (quoique en supposent les sondages) et atteint des sommets de bêtise. Avec le RN, c'est plus inquiétant, non par peur d'un fascisme réinventé, mais parce qu'élire une telle secte avec un programme aussi irresponsable (retour à la retraite à 60 ans) et un renforcement policier qui ne réglerait en rien la faillite économique nationale, serait plus dramatique encore que l'élection accidentelle de Tonton en 1981 (dont on paye encore la gestion désastreuse). Macron vient ainsi appuyer les guévaristes de LFI qui promettent une insurrection pour défendre...la démocratie bourgeoise.
Il vaudrait son pesant de cacahuètes d'aller fouiller dans la jeunesse de tous nos probes politiciens, pour rigoler. Bardella peut avoir proféré des conneries à 18 ans, qui n'en a pas proféré ? Un ministre israélien a pris sa défense dans son optique juive nationaliste, et le sceau de la honte antisémite pourrait plutôt à terme renforcer son personnage de redresseur de torts ?
Une évidence si tous les partis bourgeois et petits-bourgeois pouvaient s'entretuer, ils s'inspireraient des dealers. Entre parenthèses, rappelons ici que l'Etat bourgeois a récupéré, sans honte, bien pire que lui.
Les grands ancêtres fachos
François Mitterrand: du nationalisme pétainiste à la gauche républicaine. Dans sa jeunesse : réseaux nationalistes, pétainistes, anti-républicains. Dans les années 1930-40 : fréquentation de milieux nationalistes et d’extrême droite catholique, décoré de la Francisque, distinction du régime de Vichy ; ami fidèle du nazi Bousquet.
Maurice Papon : sous Vichy : haut fonctionnaire du régime. Dans les années 1940, Papon est secrétaire général de la préfecture de Gironde, impliqué dans l’administration des déportations de Juifs (ce qui lui vaudra sa condamnation en 1998). Papon a été un haut responsable sous de Gaulle (préfet de police); il a été ministre plus tard, sous Giscard (Budget, 1978–1981). Il est réintégré dans l'administration de l'État d'après-guerre après avoir été acquitté par une cour d’épuration (1949), Par la suite il devient banquier et homme d’affaires influent.
René Bousquet, le grand ami de Mitterrand. Les faits établis : Mitterrand et Bousquet se connaissent depuis les années 1940 ; ils ont maintenu une relation amicale après-guerre; Bousquet a financé certaines activités politiques de Mitterrand dans les années 1950, Mitterrand l’a reçu à l’Élysée dans les années 1980. Bousquet était secrétaire général de la police de Vichy (poste administratif, mais avec pouvoir immense), enfin surtout connu comme principal responsable de Vichy, organisateur de la rafle du Vel’ d’Hiv.
Les jeunes fachos recyclés démocrates
Alain Madelin: jeune, il a été membre d’Occident, un groupuscule d’extrême droite radicale, nationaliste, anticommuniste et violent (années 1960). Il est en compagnie de Gérard Longuet, Patrick Devedjian, Hervé Novelli, etc. Il passe de l’ultra-droite nationaliste à une droite libérale pro-marché, très éloignée des thèses identitaires. Dans les années 1980–2000, Madelin devient : ministre de l’Industrie (1986), ministre des Entreprises (1993), ministre de l’Économie (1995), président de Démocratie libérale.
UNE SOUS-CLASSE LE CUL SUR DEUX CHAISES
Pour Marx, qui a été certainement le plus dur et le plus clairvoyant, la petite bourgeoisie est une classe “intermédiaire” et instable et sans avenir.
Elle stabilise le système par sa quête d’ascension "administrative", moraliste et excluante. La petite bourgeoisie rêve de “monter, devenir cadre, elle oscille entre réformisme (quand elle espère monter) -LFI - réaction le RN (quand elle a peur de descendre) . Les deux font montre d'une radicalité de langage outrancière voire irrationnelle, preuve qu'elles se sentent menacées voire en voie de disparition. Quand elle monte, elle soutient la bourgeoisie de gauche, LFI se proclame désormais tête de file de la gauche bourgeoise amoindrie (PS, PCF, parti vert, NPA, etc.). Même si le RN est vu comme ayant le vent en poupe, il est plus représentatif d'une droite bourgeoise qui descend, et bascule dans la réaction sécuritaire et hostile à toute immigration. C'est une vue de l'esprit gauchiste limitée de vouloir faire croire qu'elle enfanterait un nouvel Hitler.. Marx et Engels le disaient formellement dans Le 18 Brumaire : peur du déclassement, nostalgie de l’ordre, tentation autoritaire mais absence d'avenir crédible.
Ces deux cas invalident la vision de Marx et Engels, posant en leur temps une inévitable prolétarisation de la petite bourgeoisie en faillite; au contraire Mélenchon et Le Pen neutralisent à leur manière cette supposée prolétarisation automatique. Ces sectes révèlent que la bourgeoisie moderne a tiré les leçons de l'ancienne dangerosité des couches intermédiaires et s'efforce de les encadrer ou de les juguler. Ces deux sectes sont à la fois réformistes et réactionnaires: faire avaler que des solutions sont possibles dans le capitalisme.
Toutes les ailes de la petite bourgeoisie ont cependant toujours eu un rôle mineur dans tous les grands changements historiques, voire servi de bouc émissaire. Le fascisme est surtout une création de la grande bourgeoisie qui a su ficeler la classe intermédiaire après 1928 et s'en servir pour reprendre la guerre en 1939. Le flalbeau est d'ailleurs repris en particulier par LFI qui fait chanter l'hymne patriotique à chaque fois qu'elle peut, milite pour une armée créole et exige le vote des crédits de guerre au parlement. Inutile de détailler pour le RN naturellement nationaliste.
La petite bourgeoisie produit de petits partis instables et divisés.
La petite bourgeoisie et ses partis se distinguent de la bourgeoisie en ce qu'elle possède peu de capital, qu'elle travaille (tout en exploitant ses salariés (ce qui n'empêche nullement LFI, le RN, le NPA et LO, de les soutenir dans leur lutte contre les riches). Elle rêve du pouvoir mais n'obtient jamais que des strapontins.
Aujourd'hui on retrouve à peu près les mêmes clivages et oscillations que les cliques des années 1930 , malgré les photos jaunies, chez les sectes petites bourgeoises “radicaux de gauche”: écologistes, syndicats étudiants, cénacles intellectuels, Nouvel Obs (avec le sinistre Askolovitch ). Caractéristiques : réformisme moral, revendications sociétales, absence des ouvriers. Elle n’a pas de base sociale stable : ses partis suivent ses oscillations = scissions, recompositions, éclatements. Sans remonter au poujadisme; on peut constater un même merdier de ces couches moyennes à s'unifier ou à supplanter la bourgeoisie.
Les écologistes affichent des divisions chroniques entre réformistes blancs (Hulot, Jadot) et radicaux roses (Duflot, Rousseau) ; c'est typique d’un parti petit-bourgeois intellectuel hors-sol.
Le RN et Reconquête, c'est la petite bourgeoise déclassée, qui rameute artisans, policiers, paysans, ouvriers, chômeurs et population, plutôt provinciale, excédée par la non-prise en compte de l'invasion islamique et migratoire. Sans inquiéter la bourgeoisie moralisatrice et féministe car perdurent les divisions entre ligne “populiste sociale” (Le Pen) et ligne “identitaire bourgeoise” (Zemmour).
LFI trahit la réutilisation des méthodes sectaires, insultantes et intrusives du parti stalinien des années 1930 à 1970. Tout ce qui semble oublié ou méconnu par les jeunes générations.
Le PCF se définissait comme “parti d’avant-garde” : discipline, centralisme, ligne unique avec une idéologie clairement totalitaire. LFI n'affiche aucun centralisme (ce qui est un centralisme déguisé), mais fonctionne comme un tribunal avec ses deux idéologies (psychologiques) totalitaires: l'antifascisme et l'antiracisme.
Avec ces notions binaires simplistes, LFI procède à une disqualification idéologique systématique comme le PCF d'antan avec le même type d'étiquettes: fasciste, réac, antidémocratique, etc. (mais plus les qualificatifs de trotskiste ou petit-bourgeois). Semblable est la critique personnalisée : dénonciation publique à tour de rôle par les encadrants,
Toutes ces cliques, dites de gauche traditionnelle, mais bizarres, ne possèdent pas un aussi important contrôle culturel que le PCF avec sa presse, ses éditions, ses associations, ses réseaux d'intellectuels, ses syndicats. Ce contrôle ramifié, si utile et indispensable au pouvoir gaulliste, permettait de fabriquer des réputations ou de détruire des carrières. LFI n'a qu'un pouvoir minable comparé au monstre stalinien mais dispose de relais médiatiques pesants (Médiapart, France Inter, Besancenot, etc.).
Le PCF isolait ses adversaires du "camp de la gauche" en refusant les alliances, les accusant de trahison, comme LFI, poule se croyant plus grosse que le boeuf, qui prétrnd animer le ballet électoral final. En encart je vous ai mis aussi le cas du maire LFI maoïste qui croit essentialiser les enfants lycéens comme flamme de la révolution électorale. Pr contre, quand le PCF fabriquait son histoire il y avait au moins matière à controverses ou, en s'inquiétant, à aller vérifier des sources fiables. Avec LFI l'inculture et l'apolitisme sont généralisés, tous les sujets - antiracisme, féminisme, antifascisme, islamophobie - relèvent de la psychologie, et sont indiscutables comme les paroles de Staline ou de Mao.
La guéguerre électorale est le cadet des soucis des prolétaires mais au moins elle évite de parler tous les jours de la guerre mondiale en cours.

