"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 2 décembre 2017

QUAND LES PRINCIPAUX ETATS VOYOUS REGULENT JURIDIQUEMENT LE COMMERCE MONDIAL


« Sans le renversement révolutionnaire du capitalisme, aucune cour internationale d’arbitrage, aucune réorganisation “démocratique” de la Société des Nations, ne sauraient sauver l’humanité de nouvelles guerres impérialistes ». Lénine (1917)
« Mes compatriotes ne doivent pas prendre prétexte de la culpabilité passée de l’Allemagne pour fermer les yeux » ; la défense des droits humains peut impliquer de « prendre les armes ». Gauck (président allemand 2014)


Deux scandales scandés par le MEDIAWEB

On lit en ce moment ceci en une de la presse et du médiaweb : « L'enquête sur les activités du groupe cimentier Lafarge en Syrie, soupçonné d'avoir financé l'État islamique de 2012 à 2014 pour maintenir en fonctionnement son site de Jalabiya, s'accélère. Trois cadres du groupe ont été mis en examen vendredi à l'issue de 48 heures de garde à vue pour «financement d'une entreprise terroriste», «violation du règlement européen» concernant l'embargo sur le pétrole syrien et «mise en danger de la vie d'autrui»1.

De manière obsessionnelle on lit aussi, sans rapport apparent avec le scandale précédent, que « L'inculpation de Michael Flynn menace la Maison-Blanche » ; cet ancien conseiller de Trump aurait menti sur le degré de collusion de Trump avec « l'ingérence russe dans la campagne électorale ». L'objet de cet article sera de montrer les accointances et les raisons de ces scandales martelés par les menteurs professionnels accrédités à la désinformation généralisée.

EN FINIR avec l'impérialisme juridique américain ?

C'est le titre d'un court article du député de droite gaulliste Pierre Lellouche dans Marianne de la fin novembre 2017 (j'ai rajouté le point d'interrogation). Ce député, qui avait déjà protesté en son temps contre les sanctions visant la SNCF, considérée, et non pas Pétain le bref, comme coupable de la déportation des juifs français, fait un constat évident : « Depuis une dizaine d'années, de très importantes sanctions financières ont été infligées par les autorités judiciaires américaines à des entreprises européennes. Et comme il s'agit des Etats-Unis, puissance qui ne peut faire que le bien (benevolent power) , ces sanctions sont imposées au nom, bien entendu, des plus nobles causes : lutter contre la corruption ou la fraude fiscale, punir ceux qui contournent les sanctions contre les « Etats voyous » ou jugés comme tels par les Etats-Unis, protéger les consommateurs ou les règles de la Bourse ou du marché ».
Il liste ensuite toutes les entreprises françaises qui ont trinqué : BNP Paribas, Alstom, le Crédit Agricole, Airbus, Sanofi, Veolia. Ces mêmes entreprises sont obligées de se soumettre au contrôle américain « relevant du secret des affaires ». Il dénonce « une application du droit pénal américain hors des Etats-Unis (qui) détruit le droit international tel qu'il est construit sur la base de la souveraineté des Etats ». C'est donc une arme de soumission et de destruction systématique de leurs concurrents étrangers ». Très bien vu, mais pas analysé en profondeur sur l'état du capitalisme2.
La juridicisation de la vie politique et sociale on connait depuis un moment. Cette mode a été imposée par l'impérialisme dominant surtout depuis la chute de l'ex URSS. A l'anti-communisme primaire a succédé la morale primaire. Il faut s'interroger plutôt sur cette nouvelle forme de compétition entre entreprises, multinationales en façade, par Etats interposés, ou mieux par justice interposée.
On se souvient qu'en décembre 2014: « Un accord entre la France et les Etats-Unis a été signé pour immuniser la SNCF contre des poursuites sur le territoire américain visant sa responsabilité dans la Shoah. Pour cela, la compagnie ferroviaire indemnisera les victimes américaines à hauteur de 100.000 euros »3. La SNCF, et non pas le maréchal et sa milice armée, était accusée d'avoir, durant la seconde guerre mondiale, transporté près de 76.000 de juifs vers les camps de la mort. Seuls 3.000 d'entre eux en sont revenus. Avec cet accord, l'Etat américain s'engagea à immuniser la SNCF contre toutes poursuites judiciaires (on rigole du tour de passe passe mafieux). Il ne s'était agi que de modérer les ambitions de la SNCF en territoire américain. La SNCF n'avait pas participé aux négociations concernant son éventuelle inculpation pour « crime de guerre »...
L'ambassadrice française aux Droits de l'homme (sans ticket), Patrizianna Sparacino-Thiellay avait annoncé cet accord lors d'une visio-conférence de presse, "la SNCF n'a jamais été tenue pour responsable de la déportation. Elle a été un instrument de la déportation. (...) c'est de la responsabilité des autorités françaises" d'en assumer les conséquences, a rappelé la diplomate française. Encore une autre subtilité de langage diplomatique pour dire que si la SNCF a été un instrument, l'Etat français actuel devait bien, lui, raquer à sa place, en tout cas à la place de Pétain.
Bon sang chauvin ne saurait mentir. En juillet 2014 l'Huma faisait râler à sa place le justiciable Le Flock Prigent contre les multiples attaques « juridiques » américaines, lequel en devient même léniniste: « CHANTAGE AMÉRICAIN :Nous venons donc d’abandonner à la fois notre souveraineté, des savoir-faire technologiques essentiels que peu de pays au monde maîtrisent et que nous avons mis des années à construire, et une entreprise rentable qui dispose de débouchés commerciaux indéniables. En l’espèce, la loi du marché ne justifiait nullement cette vente. Outre son rejet du pouvoir socialiste, l’une des raisons qui ont conduit Patrick Kron à vendre Alstom à GE est la menace de poursuites pour corruption qui pèse sur les dirigeants du groupe français, sans qu’il soit possible d’en mesurer le bien-fondé. Il s’agit bien là d’un chantage américain. En effet, nous sous-estimons toujours les pratiques déloyales et illégales américaines dans la compétition économique mondiale. Rappelons qu’au nom de la « guerre contre le terrorisme », la NSA écoute la planète entière, en particulier les entreprises étrangères qui concurrencent les firmes américaines4. Ainsi, depuis la fin de la guerre froide, les Américains ont développé une véritable stratégie planétaire de domination politique, juridique et économique : la mondialisation n’est finalement que l’imposition au reste du monde du droit et des lois américains. C’est là la définition même de l’impérialisme.
« LA PERTE DE SAVOIR FAIRE ESSENTIELS BÂTIS SUR DES ANNÉES DONT LA LOI DU MARCHÉ NE JUSTIFIAIT PAS LA VENTE.»
L’affaire Alstom est à rapprocher d’autres offensives que les États-Unis ont déclenchées contre nous, profi-tant de notre faiblesse politique du moment. A cause d’un président impopulaire et passif (Hollande): remise en cause par Washington de la vente de navires Mistral à la Russie et véritable racket dont a été victime BNP Paribas. C’est pourquoi il est temps de sortir de l’aveuglement dans lequel nous baignons : nous ne sommes plus amis depuis longtemps avec les États-Unis, tout au plus alliés. La guerre économique est depuis longtemps déclarée et il est affligeant que nous ne rendions pas les coups ! Ainsi, contrairement aux allégations du gouvernement, le dossier Alstom n’est en aucun cas une victoire française. C’est uniquement une victoire de GE qui a eu tout ce qu’il voulait. Ce qui est incroyable, c’est que l’entreprise américaine a pu dérouler toute sa stratégie sans la moindre opposition de la part de notre pays.
INCOMPÉTENCES
L’affaire Alstom révèle donc l’incompréhension de la compétition économique des dirigeants politiques français. Le gouvernement n’a pas été à la hauteur des enjeux. Mis à part les rodomontades d’Arnaud Montebourg, rien n’a été fait. Pire, certains, dans la haute administration, ont torpillé dès le départ l’option d’un rachat d’Alstom par la France. Ils ont eu le toupet de justifier cette décision au nom de « l’intégration silencieuse des discours du Front national dans la politique économique de la France ». Une note de l'Huma tenait à se démarquer de tout discours nationaliste, tout en restant national et donnant une petite clique à la CGT : «  Affligeant. Défendre les intérêts nationaux, c’est aujourd’hui être du Front national ! Enfin, il convient de ne pas oublier le silence assourdissant des syndicats, que l’on n’a pas entendus dans cette affaire : comment la CGT, d’habitude plus réactive, a-t-elle pu rester absente de ce dossier ? Ce sont là autant de signes inquiétants d’une démission collective ».

La France n'est pas seule obligée de cracher au bassinet, il faudrait évoquer aussi l'Allemagne avec l'affaire Volkswagen, et d'autres pays européens. Cette juridicisation des rapports économiques interpelle évidemment tout honnête homme sur le fallacieux droit international chanté depuis 1945, comme le soit disant contrôle des ventes d'armes entre pays belligérants5 ; quand la pièce de théâtre à terreur froide Corée/Trump côté jardin, quand, côté cour, les affaires, militaires et mafieuses, vont bon train.

LES CONSEQUENCES « JURIDIQUES » DE L'IMPERIALISME

On peut dire que c'est avec la fin des expansions coloniales que naît l'impérialisme. Marx notait que l’aube de la production capitaliste était marquée par la « découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires […]. Le régime colonial […] assurait des débouchés aux manufactures naissantes [et les] trésors directement extorqués hors de l’Europe […] refluaient à la mère patrie pour y fonctionner comme capital », ce qui permit aux capitalistes européens d’établir d’immenses réserves de richesses vouées à être ensuite transformées en capital. Bien qu’il remarque que le « pouvoir de l’État » a joué dans ces transformations, Marx ne fait pas mention du droit international à l'époque. On ne peut cependant pas nier que ces processus internationaux ont été médiatisés par le droit international. L’expansion coloniale a été réalisée par l’intermédiaire d’un droit d’acquisition des territoires coloniaux, tandis que plusieurs traités ont joué un rôle central afin de garantir le commerce, la navigation et le règlement des guerres entre prédateurs concurrents. Marx pouvait assister à l'expansion régulière du capitalisme depuis l’Europe, et à l'affermissement du rôle de la bourgeoisie pour donner « un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays » au point que « l’étroitesse et l’exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles ». Déjà s'estompait la différence entre économie mondiale et économie nationale.

L’analyse de Marx de la politique mondiale fut en réalité très limitée par l'état du capitalisme de son temps, encore « jeune ». La contribution approfondie du marxisme en matière de relations internationales revient à Lénine, qui fut le premier à synthétiser les réflexions de Rudolf Hilferding, Rosa Luxemburg et Nicolaï Boukharine pour expliciter le lien entre capitalisme tout entier et les conflits du système au niveau mondial entre Etats capitalistes. Dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, il expliquait que la concentration du capital due à la course au profit mène inévitablement à limpérialisme, c’est-à-dire à une politique agressive, économique et militaire, des Etats capitalistes visant à accroitre leur domination sur les autres Etats capitalistes, rivaux ou plus faibles. La conséquence de cet impérialisme était décrite par l’apparition de frictions et de conflits entre puissances capitalistes qui, parce qu’elles recherchent de nouveaux débouchés pour leurs produits, s’affrontaient déjà pour le contrôle des territoires non capitalistes, les colonies ; et il y a affrontement désormais en plus, un siècle plus tard, comme les quelques exemples repris ci-dessus le démontrent, entre entreprises et cartels industriels, sous arbitrage de la justice... d'Etat dominant6.
Marx aurait tout à fait compris l'aboutissement impérialiste et juridique du capitalisme moderne, puisqu'il avait montré, dans le contexte des « Lois sur les manufactures », qu’ « entre deux droit égaux, c’est la force qui tranche », autrement dit que devant deux arguments juridiques irréfutables, c’est la force qui résout la contradiction. Dans la « Préface » de la Contribution à la critique de l’économie politique, Marx décrit le droit comme l’une des « formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience [du conflit de classe] et le mènent jusqu’au bout ». Concernant l'idéologie, Engels a montré que la fonction du droit est essentiellement, de servir d’écran de fumée pour masquer les processus « réels » à l’œuvre dans le monde.
Loin d’être d'apaiser les relations internationales, le droit international depuis 1945 en est venu en fait à cornaquer et à déchirer le monde .
Les rivalités nationales, loin de se résorber, se sont intensifiées dans la période de 1914. Hilferding a fourni le premier l'analyse de la naissance de l'impérialisme, soutenant que les prédictions de Marx au sujet de la concentration du capital se sont révélées justes à la fin du XIXe siècle. Avec la banqueroute et le rachat de certaines firmes, l’industrie capitaliste s’est trouvée concentrée aux mains de plusieurs corporations en situation de monopole. Afin de garantir leur stabilité et leurs profits, ces firmes se sont organisées en cartels, réalisant la fusion des capitaux industriel et financier au sein de vastes blocs. Ce mouvement a opposé les capitalistes au « libre échange » et aux limites que celui-ci imposait au regroupement en cartel.
La solution à ce problème a été double : augmenter la taille de la zone tarifaire grâce à la conquête de colonies, et exporter le capital. Cette dernière stratégie combinait la vente de marchandises à l’étranger, le développement à vaste échelle et l’investissement dans les manufactures, les infrastructures de transports, etc. ; elle repose sur l’établissement d’entreprises commerciales à l’étranger et l’exploitation directe de la main-d’œuvre étrangère. En raison de leur sous-développement relatif, les économies capitalistes moins avancées ont à chaque fois fourni le plus grand nombre d’opportunités pour accroître les profits. Boukharine et Lénine ont été plus loin, montré qu’une division internationale du travail découlait du processus décrit par Hilferding, et correspondait à l’avènement d’une phase qualitativement distincte du capitalisme, alors décrit selon Lénine comme «un système universel d’oppression coloniale et d’asphyxie financière de l’immense majorité de la population du globe par une poignée de pays “avancés” ». Les Etats rivaux étaient conduit à s'affronter sur le « territoire économique ». La concurrence « économique » s’est transformée en concurrence politique et militaire.
On pourrait croire qu'ils n'ont pas traité de façon explicite, du droit international. Bien au contraire, ils lui sont carrément rentré dans le chou. Boukharine, Lénine et Hilferding ont ainsi tous démontré que le droit international constituait l’un des mécanismes de la lutte entre puissances impériales, et l’un des instruments pour sanctionner l’oppression coloniale. Les traités internationaux, définis comme une manière de codifier un certain équilibre au sein des rapports de forces, en offrent un exemple manifeste. Pour Lénine, le Traité de Versailles repose sur une « paix dissymétrique et prédatrice », et a fait émerger une situation « dans laquelle soixante-dix pour cents de la population mondiale est mis en servitude ».
Par conséquent, Lénine a aussi décrit les institutions internationales de son temps comme basées sur un code juridique hypocrite. La Société des Nations était en particulier vue par lui comme une « meute de loups qui se saisissent mutuellement à la gorge », « une pure imposture […] une caverne de brigands, chacun essayant de dérober quelque chose aux autres ». Il a défendu l’idée que les institutions juridiques internationales incluaient et exprimaient les rivalités engendrées par l’impérialisme. Le capital financier est « un facteur si puissant, si décisif, pourrait-on dire, dans toutes les relations économiques et internationales, qu’il est capable de se subordonner et se subordonne effectivement même des États jouissant d’une complète indépendance politique ». Lénine soutient en fait que l’impérialisme n’était pas uniquement le fait des puissances coloniales et de leurs colonies, mais qu’il s’étend à des « formes variées de pays dépendants qui, nominalement, jouissent de l’indépendance politique, mais qui, en réalité, sont pris dans les filets d’une dépendance financière et diplomatique » – ce qu’il nomme des « semi-colonies »7. Cependant, il expliquait clairement que l’impérialisme s’exprimait en priorité dans le lien immédiatement juridique que la puissance coloniale entretient avec la colonie. L’annexion politique « rend souvent l’annexion économique plus facile, moins cher […] plus accessible et moins pénible ».
Il y a peu d'analyses marxistes « techniques » sur le droit international, on doit à Pachoukanis d'avoir approfondi Lénine pour les conséquences « juridiques » de l'impérialisme8. Dès lors que les États sont structurés en classes et qu’ils sont pris dans les filets d’un impérialisme, cette stratification de classe s’exprime à travers le droit international. Reprenant ainsi la théorie de Lénine sur l’impérialisme, Pachoukanis montre que, loin d’être un corps de règles générales neutre, le droit international équivaut à « la forme juridique de la lutte des États capitalistes entre eux pour la domination du reste du monde » : fondamentalement, c’est ainsi qu’est façonné l’ordre juridique international. À la suite de Lénine, Pachoukanis aborde le rôle joué par certains traités pour structurer et organiser la domination impérialiste, et conclut qu’une « obligation issue d’un traité n’est rien d’autre que la concrétisation, sous une forme spécifique, des rapports économiques et politiques ». Les vainqueurs de 1945 n'ont pas dérogé à la règle... juridique.

Enfin, la domination coloniale, sous sa forme juridique, ne fut pas, pour Pachoukanis, l’unique moyen qui permettait au capitalisme avancé d’exploiter les États moins développés. Elle officialisait une égalité formelle de tous les sujets mais reconnaissant en même temps des inégalités de richesse réelles ; le droit international reconnaît « l’égalité de droit entre États bien que leur pouvoir et leur poids dans les relations internationales soient incomparables », ce que l’absence d’État international centralisé renforce. La corrélation entre violence et forme marchandise contamine également la forme juridique, étant donné que la justification des droits repose clairement sur la violence de l’autorisation à posséder en priorité comme loi du plus fort. La loi du plus fort est le ciment juridique du droit international. La coercition est inhérente à la forme marchande.

LE DROIT PENAL INTERNATIONAL COUVRE LE CAPITALISME

Plusieurs juristes ont démontré la farce de ce droit qui essentialise (réduit à une seule dimension) les diverses conséquences de la barbarie capitaliste. Des actes ignominieux au cours d'une guerre, ou de persécution de populations, ne font plus partie du système global de violence mais sont imputés à quelques « fruits pourris » ; le droit pénal s'occupe de « violences conjoncturelles et de leur caractère anormal »9, comme le concierge témoin d'un fait divers. Le rapport « pratique » aux droits de l’homme est profondément dépolitisé. Le juriste nationaliste Mohamed Bedjaoui restreint la définition de l'impérialisme à l'oppression de l'homme blanc, le droit international a, selon lui, « permis la colonisation, l’exploitation de l’homme par l’homme, les discriminations raciales, [et a] facilité et légalisé l’enrichissement des pays riches ». Le droit international classique est pour l'ex-conseiller du FLN, « dérivé des lois de l’économie capitaliste et du système politique libéral », et dans sa version contemporaine, il continue d’autoriser l’exploitation néo-coloniale au sein de laquelle les firmes multinationales remplacent les États. Définition non seulement simpliste mais complice des nouveaux Etats post-coloniaux. Aux côtés des juristes autorisés, Bedjaoui considère qu'il n'y a pas de lien nécessaire entre droit et impérialisme. On a vu que pour le juriste bolchevique Pachoukanis, contrairement au juridte bourgeois Mohamed Bedjaoui, le droit dépend pourtant structurellement du capitalisme.
Boukharine et Lénine avaient parfaitement vu la division internationale du travail, non pas au sens de complot, mais où les classes dominantes charchent à satisfaire leurs intérêts à travers le droit international. Le marché mondial du capitalisme moderne ne vise pas au regroupement des différentes économies nationales quand, même des entreprises d'une même nation sont prêtes à s'allier avec un conglomérat d'un autre pays. Comme l'a démontré le juriste indien B.S.Chimni, c'est le droit international qui avait permis l'accélération des colonisations en Afrique sous couvert d'un droit des « nations civilisées » d'un côté, et, de l’autre, « l’achèvement du colonialisme ne constitue pas celui de l’impérialisme mais le début d’une nouvelle phase : l’impérialisme sans colonies ». La période 1945-1980 a été marquée par l’essor du néo-colonialisme, situation dans laquelle « l’indépendance politique marche main dans la main avec la dépendance économique » dit ce juriste (pratiquement luxemburgiste), ce qui déteint sur le droit international. La souveraineté de chaque État était pour la première fois reconnue à part égale, mais ce principe juridique a perpétué les inégalités réelles favorisées par le droit international. Ces États (dits nations libérées) nouvellement dotés d’une personnalité juridique s’inscrivaient alors dans un droit écrit sous l’ère coloniale, « expression géométrique de l’hégémonie que la doctrine bourgeoise exerce encore aujourd’hui ».
Pour le juriste indien, à partir des années 1980 la principale évolution du capitalisme repose sur l’essor « d’une classe capitaliste transnationale », classe véritablement globale, sans attache précise à un système économique national, à la pointe du tournant de la «mondialisation ». Le capital transnational dépend de manière essentielle d’un « espace économique fonctionnel, homogène et mondialisé » et de la liberté de circulation pour les capitaux. Pour Chimni, les institutions internationales jouent à ce titre un rôle crucial, et, de manière analogue à la fonction de l’État dans les phases antérieures du capitalisme, elles ont servi à faire tomber « les obstacles locaux à l’accumulation du capital ». Ainsi, l’OMC, le FMI et la Banque mondiale ont-ils remodelé les économies des sociétés périphériques de manière à les rendre bien plus attractives aux yeux du capital transnational. Il ne défend pas l’idée d’un État global qui aurait supplanté les États nationaux, mais soutient plutôt que la mondialisation a transformé la place structurelle qu’occupe chaque État souverain au sein de l’ordre international, ce qui a conduit à la création des institutions internationales et à la mise en œuvre par ces États des fonctions d’un État global. Comme cette évolution représente un pas en arrière face aux bénéfices du droit démocratique bourgeois,Chimni a théorisé au milieu du carnaval altermondialiste la nécessité d'un nouveau mouvement social et global qui devrait tenter de soumettre cette forme étatique aux principes de la démocratie et à l’autorité de la loi. Un utopiste radical à sa façon.

L'économiste Charles-Albert Michalet considère que l’analyse du comportement des firmes multinationales est indispensable à la compréhension du système économique mondial qui se crée à travers leur développement, il n’en reste pas moins convaincu qu’il faut rechercher les causes à l’origine de la multinationalisation des entreprises dans les contradictions inhérentes à la dynamique du capitalisme. Ces firmes conservent un ancrage national. Certes, elles constituent des entités autonomes qui fixent leurs stratégies et organisent leur production indépendamment des découpages nationaux, mais cela ne signifie pas qu’elles soient dépourvues d’une nationalité et qu’elles forment des entités souveraines. Elles ont une appartenance nationale qui est déterminée par la nationalité des capitaux qui contrôlent la maison mère, de sorte que le pays d’origine est aussi celui où sont rapatriés les profits réalisés par les filiales à l’étranger.

À ce titre, la firme multinationale doit être perçue comme négation du commerce international, son activité à l’étranger tendant à se substituer à l’exportation. La multinationalisation des entreprises constitue ainsi une remise en cause radicale de la théorie standard de l’échange international qui assimile les économies nationales à des boîtes de facteurs de production mobiles à l’intérieur et immobiles internationalement.
La genèse des multinationales d’origine française semble calquée sur le schéma américain. Dans l’un et l’autre cas, la stratégie des firmes est défensive. Il s’agit de défendre des positions oligopolistiques exploitées jusque-là par le biais de l’exportation et qui se trouvent menacées par une concurrence accrue. Là s’arrête la ressemblance. Les voies française et américaine de l’internationalisation diffèrent pour deux raisons : d’une part l’écart existant entre le niveau de développement des deux économies, d’autre part la différence dans la prise de conscience des avantages offerts par l’internationalisation de la production. L’avantage oligopolistique que détiennent les firmes américaines est fondé sur une avance technologique elle-même liée à leur appartenance à l’économie la plus développée du monde. Leur implantation à l’étranger revient à exploiter l’inégal développement des économies nationales en bénéficiant à la fois d’économies d’échelle et d’une réduction des coûts salariaux. L’investissement à l’étranger des firmes françaises ne vise pas prioritairement des économies moins développées compte tenu des risques politiques encourus et surtout de l’exiguïté des marchés locaux. Au contraire, leur implantation à l’étranger concerne avant tout des pays de niveau de développement comparable ou plus élevé, comme les États-Unis, ce qui met en doute l’idée que la production à l’étranger vise à protéger une position oligopolistique préalablement acquise par l’exportation. Ce qui explique les longs marchandages avec la SNCF sur fond de punition antifasciste.

Deux concepts lui semblent cruciaux dans Le Capital. D’une part, l’expansion du marché mondial doit être comprise comme une condition indispensable au développement du capitalisme, d’autre part, la division internationale du travail qui en résulte entraîne un développement inégal entre pays à l’avantage de ceux qui sont les plus riches au départ. Michalet souligne deux constats à travers l’inventaire critique qu’il dresse des principales théories d’inspiration marxiste : la nécessité pour les pays capitalistes développés d’étendre le marché à l’échelle mondiale et la possibilité pour eux de bénéficier d’un transfert de valeur au détriment des pays les moins développés. Cependant, ces phénomènes ne suffisent pas à eux seuls pour expliquer les caractéristiques de l’économie mondiale qui se met en place sous l’égide des FMN. L’internationalisation du capital décrite par les théories marxistes reste cantonnée aux relations d’échange sur le marché mondial, alors que pour saisir les spécificités de l’économie mondiale inhérentes au développement des FMN elle devrait être perçue en termes de délocalisation des processus de production. D’où le basculement théorique que Michalet opère dans Le Capitalisme mondial, en rompant avec l’analyse de l’économie internationale, fondée sur le primat donné à la sphère de circulation, afin d’élaborer une analyse de l’économie mondiale privilégiant la sphère de production.
Aux yeux de Michalet, le principal mérite de Marx dans Le Capital est d’introduire une rupture radicale par rapport à l’approche standard en économie internationale en fondant l’analyse sur deux principes essentiels qui sont développés ultérieurement par Rosa Luxemburg. Le premier principe consiste à admettre que l’ouverture d’une économie nationale sur le marché mondial, loin de relever d’un choix de politique économique entre libre-échange et protectionnisme, constitue une nécessité impérieuse pour un pays développé, en ce sens que le marché mondial représente dès l’origine une condition indispensable au développement du capitalisme. D’un côté, la baisse des coûts à l’importation des biens salariaux et des matières premières permet de contrecarrer la baisse tendancielle du taux de profit. De l’autre, les débouchés extérieurs permettent de lutter contre la surproduction de marchandises et, par suite, la suraccumulation de capital. Quelles qu’en soient les modalités, le développement du marché mondial se traduit par une extension des rapports de production capitalistes au niveau international.
Le second principe inhérent à l’analyse de Marx revient à considérer que le commerce extérieur, loin d’assurer des relations égalitaires entre pays co-échangistes, est à l’origine de relations de domination sur le marché mondial, qui sont fondées sur la concentration et la centralisation du capital au sein des grandes entreprises des pays développés et qui sont à même d’opérer un transfert de valeur des pays moins développés vers les pays plus développés. Ce transfert de valeur tient à l’avance technologique dont disposent les pays développés et qui leur permet de vendre leurs marchandises sur le marché mondial à des prix fixés au-dessus de leurs valeurs, de sorte que les entreprises engagées dans le commerce extérieur obtiennent un taux de profit plus élevé que celles qui exercent leurs activités sur le seul marché domestique. Les échanges internationaux servent donc de fondement à un développement inégal des pays en fonction de leurs positions au sein de la hiérarchie instaurée par la division internationale du travail.

Michalet justifie la nécessité d’un retour à Marx par les impulsions qui incitent les entreprises capitalistes à conquérir des débouchés extérieurs et qui résident dans les relations entre le procès de valorisation du capital et son procès d’accumulation. Le principal obstacle auquel se heurte le procès de valorisation du capital tient aux limites de la demande qui imposent aux entreprises d’élargir sans cesse leurs marchés, notamment au plan mondial, afin de réaliser sous forme de profit la plus-value créée. Or, cet élargissement repose sur le procès d’accumulation du capital, condition d’une reproduction élargie des rapports de production capitalistes, notamment à travers leur extension mondiale. La conquête de marchés à l’étranger apparaît ainsi comme une nécessité pour la croissance des entreprises et comme un facteur déterminant dans leurs stratégies d’investissement.
Avec la théorie de l’impérialisme comme stade suprême du capitalisme de Lénine et, plus encore, avec l’ouvrage précurseur de Boukharine, de nouveaux pas ont été franchis, après Marx, dans la compréhension de la dimension internationale du procès de valorisation du capital et de son procès d’accumulation. Des trois changements apportés par rapport à l’analyse de Marx-le capital financier, les monopoles et l’exportation des capitaux - c’est le troisième qui retient le plus l’attention de Michalet. L’exportation des capitaux qui prend le pas sur l’exportation des marchandises constitue une caractéristique centrale de l’impérialisme. Les déterminants de l’exportation des capitaux sont nombreux, mais le plus fondamental est la tendance à la surproduction de marchandises, toujours présente dans le fonctionnement du capitalisme et qui se traduit en période de crise par une suraccumulation de capital ; celle-ci se manifeste dans le capitalisme financier, où les banques d’affaires dominent la grande industrie, sous la forme d’une suraccumulation de capital-argent. En outre, l’exportation de capitaux dans des zones moins développées élargit les marchés à l’exportation des marchandises compte tenu des nouvelles activités marchandes qu’elle génère à l’étranger. En tant qu’exutoire à la suraccumulation du capital, l’exportation des capitaux permet d’étendre les rapports de production capitalistes à des régions moins développées, ce qui crée en retour de nouveaux débouchés extérieurs pour écouler les marchandises produites par les pays développés. 

Cependant, cette rupture apparaît inachevée pour deux raisons avancées par Michalet. D’une part, au plan factuel, la théorie de l’impérialisme a vieilli en ce qu’elle apparaît inadaptée pour décrire et interpréter les relations économiques internationales qui se développent après la seconde mondiale. Depuis le début des années 1960, l’exportation de capital n’a plus pour but principal d’acquérir le contrôle sur des matières premières et des ressources énergétiques dans les pays en développement. Son objectif prioritaire est de délocaliser la production des entreprises d’un pays développé vers une région du monde ayant atteint un niveau de développement comparable. D’autre part, au plan théorique, la rupture inaugurée par la théorie de l’impérialisme par rapport aux théories de l’échange international est incomplète, parce qu’elle reste centrée sur l’internationalisation de la sphère de circulation du capital, alors qu’une réelle prise en compte du rôle des firmes multinationales exige de s’intéresser à l’internationalisation de la sphère de production.

La fixation des gauchistes sur les multinationales depuis une trentaine d'années ne permet pas une vraie lutte contre le capital ; la principale multinationale reste l'Eglise catholique ! Leur étendue et leurs ramifications ne dévoilent pas la politique concurrentielle des Etats comme la juridisation mafieuse et le racket des entreprises aussi bien par Washington que par Moscou. Michalet voit bien pourtant l’influence décisive des désidératas des États-Unis, qu'il nomme « régulation » (triste euphémisme), en tant que puissance hégémonique, sur les diverses « régulations nationales » (penser : règles pénales). Il théorise une collusion États-multinationales jouant comme principe de régulation, et non pas racket. Il s’ensuit une concertation implicite, non proclamée, entre un pouvoir économique qui s’étiole, celui des États nationaux, et celui en plein essor d’acteurs privés, les multinationales, qui font prévaloir leurs intérêts particuliers. La collusion/concertation acquiert une ampleur qualitativement nouvelle avec la globalisation financière caractérisant la mondialisation à partir du milieu des années 1980.
À l’ère de la domination de la finance de marché (le capitalisme financiarisé) sur la finance de banque (l’économie d’endettement) une double contradiction émerge dans le fonctionnement de l’économie mondiale. D’une part, la césure entre l’espace national sous autorité étatique et l’espace mondial où les FMN (firmes multinationales dans le jargon économiste) développent leurs stratégies s’est accentuée avec la globalisation financière, parce que celle-ci confère un rôle accru au marché des capitaux et qu’elle intensifie la concurrence sur le marché mondial des biens. 

Michalet croit pouvoir en déduire une plus grande liberté d’action acquise par les acteurs multinationaux, à l’origine de la hausse de leur rentabilité financière, avec pour contrepartie une plus forte instabilité des marchés et aussi que la capacité globale de l’économie mondiale à se réguler a reculé, alors que les besoins d’une régulation accrue se font sentir. Ce grand économiste, idole des altermondialistes, passe complètement à côté de la « division internationale du travail », c'est à dire de la compétition accrue, même à l'intérieur de chaque impérialisme dominant, entre fractions haineuses, soucieuses de leurs propres intérêts. La persécution de la fraction Trump est, comme je l'ai déjà plusieurs fois souligné, le reflet opaque de la bagarre entre deux fractions de la bourgeoisie américaine, pétrole financier contre pétrole classique. La fraction Trump ne s'est jamais cachée de vouloir travailler avec la Russie (les forages dans le nord de l'Europe sont réalisés avec les russes), mais la fraction financiaro-pétrolière des Obama-Clinton orchestre une culpabilisation internationale contre le « fou Trump », non parce qu'il est en effet zarbi, mais parce qu'au plan militaire (Syrie, Irak, Ukraine) cette fraction est directement opposée aux intérêts russes, lesquels ne se croisent pas forcément avec tous les intérêts de la fraction Trump. Compliqué n'est-ce pas ?
Pas tant que cela si l'on comprend l'intense bagarre économique des Etats dominants et de leurs paniers de crabes industriels (USA, Russie, Chine, Allemagne, Angleterre, France) pour se piquer mutuellement par tous les moyens, juridiques comme militaires), les marchés intérieurs, les zones pétrolières et le fond des mers avec les terres rares, puisqu'il n'y a plus de colonies à partager. Même au prix de la désagrégation de fictives unités nationales. La guerre contre le terrorisme opaque et les interdictions de commercer avec les Etats voyous – quand tous les Etats tendent à se comporter comme des voyous – sont la principale régulation actuelle du commerce international !
Une amorce à des réflexions à prolonger pour mieux décrypter les mystères de la politique internationale.




NOTES 

1Ce qu'on ne crie pas sur les toits c'est ceci : le dirigeant du groupe Lafarge qui a supervisé les négociations financières avec l’organisation Etat islamique était candidat FN aux dernières municipales à Paris. Faut-il rappeler, que, sous la table, le FN est acquis à l'impérialisme russe, lequel le soutient financièrement ? Mais en sous-main, le gouvernement de gauche n'a pas pour autant sermonné Lafarge pendant les deux ans qu'ils ont commercé « empiriquement » avec Daesch ; l'Etat américain n'était-il pas au courant lui non plus ? Les oukases pour punir la Russie, auront été bien douloureux surtout pour l'Etat français qui n'aura pas pu écouler ses bateaux ; les autorisations de commercer avec l'Iran restent au compte-goutte et bien incertaines avec les revirements de Trump.
2Lellouche est évidemment moqué par les blogs d'extrême-droite qui récusent l'absence de continuité entre Vichy et la République d'après-guerre, et font allusion aux origines juives du député. La position chiraquienne, on s'en souvient, était de nier cette continuité, mais pas la position américaine. Où notre extrême droite est au moins d'accord sur un point avec l'Etat racket US – la France actuelle comme continuité de l'Etat pétainiste – mais pas pour raquer. Cette fraction bourgeoise passéiste ne cachant pas par ailleurs son amitié pour le tsar Poutine, un autre maréchal que voilà.
3Les victimes américaines n'étaient pour la plupart pas nées pendant la guerre... ni n'avaient été directement victimes.
4Ce qui est complètement indubitable !
5On pourrait lister longuement les ventes d'armes ou de pièces de rechange entre industries françaises et allemande pendant la guerre de 1914 ou le fait que des entreprises américaines ont continué à commercer avec IGFarben pendant 39-45, etc. Examiner le prêt bail refilé à Staline pour qu'il tienne tête à l'armée allemande, et les chars américains repeints aux couleurs russes à Stalingrad. L'industrie capitaliste ne fait pas de sentiment et n'a pas de morale. Question cynisme deux factions de la bourgeoisie allemande nous jouent encore la valse à deux temps, militariste avec pacifiste. En 2014, la République fédérale figurait sur la troisième marche du podium des marchands de canons, derrière les Etats-Unis (31 % du marché mondial) et la Russie (27 %), et juste devant la Chine et la France (environ 5 % chacune). La position de M. Gabriel tranche avec celles de la chancelière Angela Merkel ou du président Joachim Gauck.Traduisant le désir croissant de l’Allemagne d’assumer des responsabilités internationales en adéquation avec son poids économique, ce dernier ne ratait pas une occasion de plaider pour que son pays « s’implique plus tôt, avec plus de détermination et de façon plus conséquente » dans les conflits et les opérations de paix. « Mes compatriotes, avait déclaré Gauck, ne doivent pas prendre prétexte de la culpabilité passée de l’Allemagne pour fermer les yeux » ; la défense des droits humains peut impliquer de « prendre les armes ». Cette dernière affirmation lui a valu le qualificatif d’« odieux va-t-en-guerre » de la part de Die Linke. le parti de la gauche radicale.

6Ce qui est reproché à Poutine, par exemple l'occupation de la Crimée, est une autre façon de faire de la politique économique que les Etats-Unis, pour parodier une célèbre formule.
7Ce qui est une compréhension prémonitoire et géniale de la future fumisterie des libérations nationales, compréhension qu'il oubliera en cours de route mais que lui rappellera Rosa Luxemburg.
8Pachoukanis est un juriste bolchévique, connu après la période révolutionnaire initiale. Il a été le théoricien du droit du Soviet suprême dans les années 1920 et 1930 ; il avait dirigé l’Institut de droit de l’Académie des sciences de Russie. Bien qu’il ne fit pas partie de l’Opposition de gauche, son travail est tombé progressivement en disgrâce aux yeux du régime stalinien, et Pachoukanis, dénoncé comme « ennemi du peuple », fut exécuté en 1937.
9cf. Tor Krever. La cour pénale de La Haye sert ainsi d'arbuste qui cache la forêt du capitalisme en condamnant régulièrement tel ou tel "criminel de guerre" comme si ce n'était pas le capitalisme qui est le principal criminel de guerre. Un chien de guerre bosniaque a tout de même réussi à se suicider au nez et à la barbe des juges de la fausse paix.

lundi 27 novembre 2017

La résistible ascension du racialisme, du féminisme et du nazislamisme gauchiste

« Nous avions un Maître. J’ai vécu ma jeunesse dans l’illusion d’être un soldat dans la grande armée magnifique dont il était le Général. Eh bien le Général prenait ses ordres chez son psychiatre ». BHL (sur Althusser)


L'islamo-gauchisme et le fémino racialisme se rapprochent de l'islam un peu plus chaque semaine. Islam und Arbeit ? Certains trouvèrent scandaleux jusqu'à ce ridicule stage islamo... gauchiste; l'assimilation des termes « islamo-gauchisme » quoi? encore des dérives des salauds Finkielkraut et Zemmour ! Le stage non-mixte de SUD dans le 9-3 apparaît pourtant comme une sinistre validation subséquente de la non mixité dans les mosquées archaïques, un adoubement du comportement des intégristes barbus de la RATP qui refusent de serrer la main de leurs collègues femmes, un blanc-seing du consentement sexuel possible dès 13 ans pour les gamines (projet gouvernemental repoussé à 15 ans , pour l'islam les noces c'est à 12 ans pour les fillettes). Dans le même ordre de débilité je propose qu'on rajoute deux zéros aux malheureux prolétaires qui ne touchent que 1500 euros par mois, pour mettre fin à l'inégalité salariale et aux supériorités hiérarchiques!
Première réaction : ils sont complètement foldingues ces gaucho-syndicaux !
Le féminisme arrogant, sémantique, voilé et anti-sexuel, qui est la marée motrice, à infime surface représentative de la population, de cette mode idéologique n'est que le nouveau masque paternaliste autoritaire de la morale bourgeoise et macronesque. En parallèle à la débilité féministe, le syndicat CGT du cru a soutenu à son tour le clivage racialiste des syndicalistes sudistes gaucho-islamistes comme jamais ; normal les vieux féministes trotskiens remplacent partout les staliniens machistes décatis et déménagés en retraite, tout en gardant la même sorte de cannes idéologiques et ces mêmes déambulateurs conceptuels étriqués pour manifs d'enterrement des soumis à Mélenchon.

Le plus consternant est que ledit stage non-mixte, qui a fait l'objet d'une sévère (et justifiée rationnellement) réprobation de la direction de l'Education nationale avant la plaintive objection ministérielle, a entraîné le silence de certains naïfs adeptes de l'ancien syndicalisme de caserne. Sur facebook, un Stéphane Julien, prof mais aussi archiviste sérieux du mouvement libertaire et divers socialos collabos, quoique demeuré syndicaliste coincé, n'a pas jugé digne de critiquer l'initiative islamo-racialiste (de « ses camarades syndicalistes ») pour ne pas porter atteinte à l'honneur du syndicalisme, et ne pas se solidariser avec « le patron ».
Je lui ai alors objecté que c'était comme s'il refusait de dénoncer un collègue pédophile afin de rester solidaire d'un camarade « travailleur » ; un travailleur quelconque peut devenir un jour autre chose, criminel par exemple. Ne riez pas, il me répondit ceci : « Comparer les pédophiles au syndicalisme, je ne peux pas répondre ». J'aurais pu mettre cambrioleur ou fasciste à la place de pédophile, il n'aurait toujours pas compris que, même militant de « la classe », on n'a pas d'oeillères, que Dreyfus pouvait être défendu même s'il était un capitaine bourgeois et qu'il n'y a pas un mur de Berlin syndicaliste qui nous protègerait des injustices ou plutôt si, chez la plupart des « organisés corporatifs » demeure une cloison mentale, ouvriériste et bornée à la fois, laquelle barrière permet de tolérer l'obscénité du projet loufoque des racialistes en faveur de cette invraisemblable « non-mixité raciale » comme innovation « révolutionnaire » en entreprise1.

Sur le forum poubelle « socialisme ou barbarie », plate-forme à dénigrements permanents (annexe à Sainte Anne?) et à prurits insultants, un suiviste bêlant me traita aussitôt de « glauque », pour consoler face à mes « insultes » et récupérer de façon clanique sournoise et affinitaire le pauvre petit chéri Stéphane Lucien, malgré sa bêtise2. Il existe des gens qui passent leur temps à vous accuser de grossièretés quand c'est leur comportement qui est insultant face à toute pensée politique logique et non personnalisée.

LES LOBBIES RACIALISTES ET FEMINISTES UN PROLONGEMENT DES LUTTES PARCELLAIRES FUMEUSES DES TROTSKIENS ET DES STALINIENS

Cet esprit de corporatisme étroit nuit gravement à la santé politique et contribue à l'aliénation, pas seulement marchande, de la classe ouvrière. Produit d'un aveuglement inconséquent il démontre encore une fois le poids de l'esprit syndicaliste stalinien terroriste chez des éléments qui ne sont pourtant pas malhonnêtes ; j'ai connu il y a un demi siècle ce langage de chef CGT : « tu ne dis rien hors de la réunion syndicale ou tu es complice du patronat ». Dans les années cinquante tout ouvrier rétif pouvait être menacé de cassage de gueule s'il ne votait pas PCF ou CGT. Vers la fin du stalinisme en Russie, tout oppositionnel était psychiatrisé, c'est à dire considéré comme fou « à enfermer ». Les trotskiens défroqués pratiquent encore ce terrorisme, mais (comme c'est justiciable) plutôt à la manière d'infirmiers psychiatriques (politiciens) face à tout éventuel contradicteur libéral ou « incontrôlable » ou face aux vrais continuateurs du combat marxiste qui persistent à identifier la lutte des classes comme fondamentale et non pas accessoire ou confusionniste comme les palinodies gauchistes sur la lutte « antiraciale » ou « philoféministe ».

Elle n'est pas anodine cette mode qui sanctifie à la manière islamique la séparation des femmes et des hommes dans l'espace publique politique. Il n'est pas anodin ce projet de séparer les « races » dans le carcan syndical. Il s'agit bien d'une capitulation devant la pénétration de deux formes des plus arriérées de l'idéologie bourgeoise actuelle, un féminisme ergoteur qui ne changera rien à l'oppression des femmes prolétaires, et ce communautarisme honteux, sous couleur de tolérance envers une religion archaïque vecteur de djihadisme, communautarisme qui, s'il triomphait en entreprise, s'avèrerait un facteur de division, de démolition, d'implosion pire que dans la société en général puisqu'il s'attaque, comme le nazisme naguère, à ce qui est le coeur unitaire du prolétariat : ni patrie, ni religion, ni frontière, ni race différente.
Flash-back. Comme tout parti bourgeois le parti nazi avait besoin de gagner tout ou partie de la classe ouvrière . Il y réussit de deux manières ; la première par sa participation aux grèves avec les partis communistes opportunistes, en faisant croire qu'il était allié aux ouvriers contre les bourgeois social-démocrates responsables (en effet) des répressions sanglantes, puis, et en même temps, par la terreur. Pour atténuer l'aspect terroriste et guerrier des troupes national-socialistes, et hors des limites du syndicalisme étroit, les théoriciens nazis eurent le génie d'inventer la « Kraft durch Freude (KdF, La force par la joie) annexe du syndicat hitlérien qui se posa comme une vaste organisation de loisirs faisant partie du Deutsche Arbeitsfront (DAF, Front allemand du travail), promettant « la joie » par la distraction contrairement au lointain bonheur communiste (comme nos antiracistes racialistes promettent la suppression immédiate du racisme et les syndicaliste sreligieux la prière à la place de la grève). L'idéologie national-socialiste de « joie immédiate » ne s'était pas simplement substituée aux promesses lointaines de tous les syndicats « ouvriers », dissous le 1er mai 1933, mais achetait la paix sociale en offrant pour la première fois dans l'histoire une société de consommation moderne, et immédiatement au peuple allemand, inventant le tourisme de masse, plus réjouissant que les marches syndicales ou les clubs corporatifs de vacances3, même si elle ne servit que brièvement d'apéritif à la veille du nouveau carnage et de villégiature temporaire à la masse des petits bourgeois. L'idée avait été importée de chez Mussolini : le Dopolavaro (après le travail)4. La bourgeoisie avait un grand besoin de soldats « motivés », exalter la joie du loisir allait contenter un grand nombre de chômeurs fainéants qui trouveront autrement plus gratifiant de s'engager dans l'armée, où on ne se tue plus au travail (et pas encore au Front) où le prestige de l'uniforme et l'ascenseur des galons fait de vous quelqu'un de bien supérieur à l'ouvrier.
Le travail de propagande nazi n'avait jamais permis l'éclosion d'un véritable syndicat (comme la non-mixité raciale ne permettra pas le développement du trosko-islamisme mais seulement le nombre de tapis de prière). Ce fut au moment de la prise du pouvoir, le rôle du DAF de muer en simple courroie de transmission d'Etat comme en Russie quand les syndicats traditionnels étaient dissous pour leur carence à unifier la société vers la guerre ou à soumettre les ouvriers aux privations de l'Etat bourgeois. Avec le poison de la vengeance nationalisée, mais aussi l'horreur ressentie par la population en général face aux insurrections ratées et surtout sanglantes en Allemagne, où avait été réduite à néant la force ouvrière, les prolétaires comme les autres couches non exploiteuses pouvaient être mobilisés en fin de compte dans « la joie pour la guerre ». Le terme « front » adopté un peu partout – surtout dans le simulacre espagnol de 1936 - est un vocable militaire dans les années 1930. Si ce terme pouvait au début figurer l'affrontement entre les uns et les autres, entre les différents partis dans les bagarres de rues où pouvait être agitée la peur de sanglantes batailles insurrectionnelles aveugles, il finit bien sûr par incarner la volonté du capital de retourner à la guerre frontale... au front.


A BAS LA CLASSE ! VIVE les décolonisé(e)s et racisé(e)s séparés dans le carcan syndical !


Comme son ancêtre pabliste et révisionniste la LCR qui soutint toutes les pires dictatures du tiers-monde, le NPA s'est mis à soutenir l'islamisme depuis plusieurs années5. La pétition sponsorisée par Libération où l'on découvre un cartel de chefaillons syndicaux gauchistes apporter son soutien aux racialistes de SUD 9-3 - avec pour arguties, et orthographe allusive, le combat contre un ministre de gouvernement « capitaliste » d'Etat « raciste », quand bien même ces mêmes gauchistes et syndicalistes préférèrent voter Macron le féministe antiraciste plutôt que pour la diablesse néo-colonialiste et hitlériste Le Pen - a le toupet d'invoquer les « libertés républicaines » bourgeoises pour justifier leur nazislamisme : « Nous sommes pour tout dire stupéfait·es de cette atteinte grave aux libertés syndicales comme de la tournure que prend le débat public, virant littéralement au lynchage avec beaucoup d’amalgames, d’approximations, voire de mensonges. Cette médiatisation a des conséquences pour les militant·es de ce syndicat qui subissent depuis plusieurs jours menaces, injures, calomnies émanant de l’extrême droite. Et il est inacceptable qu’un ministre légitime cette entreprise. Avant toute chose, il faut rappeler l’évidence : oui, ce stage de formation syndicale est bien un stage antiraciste, visant à combattre les discriminations raciales. Alors, on peut avoir des réserves sur la pertinence des méthodes employées par SUD Éducation 93 dans ce stage, dont celle qui fait couler beaucoup d’encre, les ateliers en non-mixité. Nous pouvons même, après tout, être en désaccord et en débattre. Mais il y a des impostures agitées par les détracteurs de SUD Éducation 93 que nous ne pouvons accepter ».

On s'en branle évidemment de cette pétition contre les « paniques identitaires » et le « calendrier dicté par l'extrême droite », signée par les habituels hâbleurs/seuses du réformisme radical, les Besancenot, Anick Coupé, et autres alternatifs libertaires, sociologues verbeux, édiles pourricipaux, cinéastes touristes et divers chefaillons des divers syndicats corporatifs de fonctionnaires. Ils contribuent tous à la communautarisation et psychiatrisation de la vie politique pour aliéner toute sérieuse réflexion révolutionnaire contre l'ordre existant.

Les poursuites judiciaires envisagées contre le syndicat SUD éducation 93 par le ministre nous font aussi rigoler, qu'elles aboutissent ou pas dans le « calendrier judiciaire » sans fin, car la notion gauchiste de « racisme d'Etat », visant l'Etat bourgeois républicain actuel, est aussi bête que non avenue (les Etat dits démocratiques occidentaux ne sont pas fondés sur l'idéologie raciale comme l'Etat hitlérien) ; l'idéologie d'Etat démocratique bourgeois est plutôt, quand même « antiraciste », en surface, même si, en fait, les discriminations raciales demeurent et les noirs plus tabassés par la police que la moyenne. L'invention du racisme d'Etat par le non penseur Bourdieu n'aura été qu'une corde de plus ajointe à la lyre imaginaire antifasciste qui sert de portée musicale au recrutement gauchiste et syndicaliste. Et à tous ces figurants oppositionnels, mais perroquets d'une gauche évanouie qui prétendent recruter sur la base de cette guimauve psychologique, l'antiracisme, et non pas sur les critères de classe : défense de conditions de travail dignes, revendications salariales communes aux femmes, aux hommes et aux travailleurs de toute origine ou race, perpective de suppression du capitalisme.

Ce racialisme pétionnaire, qui prétend ridiculiser le poison nationaliste, instille en réalité un poison pire que ne peuvent le faire les partis d'extrême droite actuels, plus populistes que fascistes, plus lamentables que dangereux. Il favorise non pas la critique de l'hypocrite démocratie bourgeoise, mais avec cette théorie psychologique raciale (de vengeance décoloniale comme la théorie nazie se prétendait « déjuivante »), parodie internationaliste niant toute identité nationale ou de classe, est validée l'émergence ou le renforcement de ces mêmes partis dits populistes par l'exhibition de ce mondialisme tribal de colonisés repentants6, une variante de la guerre de tous contre tous ou toutes (sic). Que cette pollution néo-tiers-mondiste charitable envahisse la cellule syndicale, cellule morte, importe peu mais que ces militants toqués veuillent s'en servir pour répandre le virus déclassi-sé (pour parodier leur bouffonnerie langagière) ne suppose pas qu'on ne leur fasse pas barrage. La bande de sudistes islamo-gauchistes procède à la façon traditionnelle des manipulateurs trotskiens qui ne se prétendent même plus marxistes ; après avoir préparé leur coup de manière conspiratoire, tout en criant haro sur les complots, ils placent les « collègues » devant le fait accompli ; c'est ce qu'ils avaient fait naguère avec la création artificielle des coordinations néo-syndicales. Dans le cadre enseignant ils ont la propriété de se pavaner comme travailleurs « intellectuels » (professions supérieures), activité qui fût jadis gratifiante, mais la plus grande partie est cornaquée par les petites mafias trotskistes, petits gourous qui sont mentalement et politiquement étrangers au mouvement ouvrier unitaire et internationaliste.

Comme ces dits « travailleurs » favorables jadis à Hitler – une aristocratie ouvrière alors composée surtout de fayots, de balances, d'artisans et de contremaîtres – ils peuvent attirer une même catégorie intermédiaire d'individualistes paumés et séduits par la phraséologie racialiste, qui est la rançon de la gigantesque escroquerie de la décolonisation et des libérations nationales. Ces trotskistes – principalement la partie qu'on nommait pabliste de ces divers héritiers du stalinisme (trotsko-stalinisme) - n'ont pas digéré que l'histoire leur ait infligé un camouflet. Pauvres girouettes sans barbiche ils acceptent n'importe quel vent. Pourvu que ça agite !
Le racialisme, en ses diverses variétés, de la soumission féministe « anti-viriliste » au NPA au racisme déjantée de Houria Boutelja, ne vise pas à la prise du pouvoir contrairement au nazisme, dont il n'est au fond qu'un succédané archaïque7, mais à cloisonner et aliéner toute réflexion de classe là où il peut salir la véritable solidarité de classe. L'antiracisme qui fonde le racialisme est directement inspiré par la classe élitaire dominante, ou copié sur elle.
Basta. Il est perçu comme une forme de mépris de la classe dirigeante et des bobos militants racialistes par l'immense masse des prolétaires dont le souci n'est pas le racisme ni un éternel mea culpa pour le colonialisme français.
La dispute entre racialistes gauchistes et gouvernement a pris cette tournure fort comique. Le gouvernement porta plainte parce qu'on l'accusait de racisme d'Etat, alors qu'on peut raisonnablement constater que prédomine un antiracisme d'Etat au même titre qu'un permanent antifascisme bilieux et imaginaire des agités du bonnet islamo-fémino-gauchistes. Il ne se trouva personne pour plaindre le bruyant syndicaliste,vieil aventurier des trotskysmes aventureux, ce brave grognard de Gérard Filoche ; gouvernement et racialistes laissèrent conclure le parti décati dit PS qu'il était excluable pour antisémitisme8. Et tout le monde s'en foutait. L'équipe de France de tennis avait gagné la coupe Davis.



NOTES

1Le procédé avait été expériementé au grand jour lors des nuits debout suscitant l'indignation légitime de vrais indignés face aux conneries des islamo-féministes gauchistes.
2Le soutien syndical aveugle mais surtout glauque je peux en donner un exemple. Il y a une vingtaine d'années un technicien EDF se fait tailler une pipe impromptu dans l'escalier de l'immeuble par une gamine de dix ans. La mère voyant revenir sa fille la bouche maculée de sperme prévient la police. Au procès toute la section syndicale CGT était là pour soutenir « le camarade », certes un peu porté sur le sexe, concédèrent-ils, mais honnête homme. Une section syndicale qui ne se serait pas assise à côté de « la direction ». Le soutien syndical sans faille c'est comme l'affaire Dreyfus, pour des socalistes et d'honnêtes syndicalistes Dreyfus n'était pas spécialement coupable parce que juif mais parce que bourgeois juif ! Lors de l'affaire du viol et du meurtre de la gamine de Bruay en Artois, la clique maoïste des Pierre Victor, Geismar et Sartre a bousillé la vie d'un notaire de province sans preuves puisque la vraie preuve était qu'il était un notaire... bourgeois.
3Avec la « voiture du peuple » alors qu'on attend toujours la « voiture communiste » !
4Significatif est le terme Dopolavoro = après le travail. Les fascistes sont plus révolutionnaires dans l'immédiat ( communisateurs bien avant Roland Simon et Cie) que leurs concurrents communistes qui proposent la distraction à la Saint Glinglin après une éventuelle révolution victorieuse et humaine. Sous Mussolini il y a une vie « après le travail », qui doit être culturelle et ludique. Bémol : pas pour les paysans qui doivent rester attachés à la terre. L'Italie n'est pas une grande nation industrielle et l'idée de distraction apparaît alors invraisemblable aux paysans. L'ouvrier des villes sait ce que c'est le besoin de temps libre vu le temps long passé à l'usine, mais sa distraction ne va pas durer longtemps comme pour les ouvriers allemands.
5Le virage « islamiste » lui a coûté cher puisque la majorité de la section belge a pris la poudre d'escampette. Leur absence de dénonciation des attentats islamistes tout comme de protestation à propos du martyre du jeune Ilian Halimi, les classe désormais plus à l'extrême droite que le FN. Le NPA ne compte plus pour amis que les vieilles badernes syndicalistes staliniennes, quand la majorité des ouvriers n'y voient probablement qu'une officine plus démagogique que dangereuse pour le pouvoir étatique. Le PS, lui, qui pouvait être classé aussi dans le giron de l'extrême droite islamique – cf. ses démagogiques promesses de construction de mosquées et son philo-islamisme électoral – en réchappe, devenant à son tour une secte qui, comme les résidus de la droite, ne sont plus que portion congrue du paysage politique. Ce qui fût le cas en 1933 en Allemagne, où gauche et droite ne signifiaient plus rien. Il faudrait être bête pour croire que Macron serait un nouvel Hitler et son parti « en marche » aussi hégémonique que le parti hitlérien. Heureusement que non. Mais cela pose des questions étranges sur la période à venir et qui ne sont pas certainement inintéressantes du point de vue du prolétariat.
6Plénélisation accélérée... mais doublée d'un silence étrange concernant l'ancienne collusion avec le violeur PN Ramadan, alors qu'il suffirait de dire « ouais on s'est fait rouler dans la farine » ! Mais avez-vous vu déjà un stalinien rassis ou un trotskiste borné dire « j'ai eu tort » ? Moi jamais.
7La follasse Boutelja est connue pour avoir osé écrire qu'une femme noire « violée par un noir ne peut pas porter plainte pour ne pas déconsidérer la race noire », ce qui induit qu'une femme blanche violée par un noir doit fermer sa gueule car elle est forcément la descendante d'un salaud de colonialiste. Ce raisonnement débile est assez proche du discours nazi qui exigeait que les soldats allemands ne se souillent pas dans un rapport sexuel avec des juives, ce qui n'empêcha point un viol de masse de ces mêmes pauvres juives otages.

8Même si les pitres de l'ultra droite félicitent Filoche, je ne crois pas une seconde qu'il soit antisémite ; il faut laisser ce genre d'anathème à tout bout de champ aux racialistes déguisés à la Coleman. Le dessin de Soral contient une partie de la vérité, qui peut convenir avec une part d'ironie à ce bon gros Filoche après deux gorgées de bière. Franchement peut-on oublier que Rothschild était l'employeur de Macron, comme il fût celui de Pompidou ; il est peu probable que si Macron et Pompidou avaient été livreurs chez Nicolas les grands capitalistes leur aient fait confiance. Drahi lui, patron en difficulté, a une réputation louche de favoritisme d'Etat. Enfin Attali a été conseiller d'un autre président et dispose d'un exceptionnel carnet d'adresses internationales sans compter qu'il est un habile renifleur des modes et créatif en matière d'idéologies modernistes. Le montage soralien pèche par son simplisme antisémite en alignant trop juifs riches de renom. Le capitalisme ne peut pas être représenté ni comme une image ni comme richesse, il est un rapport social entre classes. La bourgeoisie c'est plus complexe, c'est pas les patrons + les juifs de cour, il y a de plus grandes fortunes que chez les milliardaires juifs, voyez du côté des russes ou des chinois. Le système fonctionne avec des promesses électorales, des foires d'empoigne entre partis pourris qui ne sont ni juifs ni communistes, etc. Présenter Macron en petit dictateur avec le brassard du dollar, à la place du svatiska, est ridicule. Il n'est pas un dictateur et même s'il dispose de conseillers de l'ombre (Attali, Cohn Bendit ou Tartempion) il prend les décisions qui sont nécessaires à la bourgeoisie française et dont elle semble plutôt se (le) féliciter pour l'heure. Enfin, clou du spectacle, le FN éjecté par la société générale (heureusement qu'il n'était pas chez Rothschild) ; j'ai toujours opposé aux hystériques gauchistes que si un jour Le Pen devenait dangereus(e) les banques la lâcherait. C'est fait, et pourtant le FN n'est toujours pas dangereux. Jusqu'à ce que les médias aux ordres estiment qu'il faudra qu'il le redevienne, par ex aux lointaines prochaines élections.

vendredi 17 novembre 2017

DISPARITION DES OUVRIERS OU TRUCAGES STATISTIQUES ?


Les insanes de l'INSEE et leur nouveau camouflage de l'exploitation des prolétaires
« Nous sommes des ouvriers des temps modernes. Surdiplômés, certes, bien payés, mais des ouvriers quand même. » Juliette Bouzou (ex cadre bancaire devenue vitrailliste)
« Le procès de valorisation du capital a essentiellement pour but de produire des capitalistes et des travailleurs salariés ». Marx (Grundrisse, cité par Robin Goodfellow)
Les dernières estimations de l'INSEE sur une énième « disparition de la classe ouvrière » accumulent incohérences et inepties. Le titre général de leur dernière enquête est typiquement macronesque et sarkozien : « Depuis 1982, les ouvriers ont autant disparu que les fonctionnaires ont augmenté ». Pourquoi lier la baisse (qualifiée exagérément de « disparition » et radotage permanent de l'idéologie) du nombre d'une des catégories du prolétariat à l'augmentation du nombre des fonctionnaires ? Alors qu'il coule de source que les « destructions d'emploi » ne sont pas plus compensées par l'embauche de fonctionnaires - si longtemps adoubée comme variable d'ajustement anti-émeute - ni combattues par l'honnêteté patronale ! Cela pue en plus la stigmatisation d'une classe ouvrière en CDI quand de Macron à son idole Sarkozy la mise en danger permanente du statut de prolétaire est indispensable au capitalisme en crise, comme sa ghettoïsation à la campagne quand la ville ne doit plus être que l'habitat majeur du bobo et de l'immigré. Haussmann avait déjà commencé le boulot avec ses grands boulevards...
Nulle neutralité de la part de cet institut aux ordres : « sus aux fonctionnaires » c'est le vieux radotage de la droite bourgeoise si humble pourtant lors de chaque tuerie terroriste face à « nos » policiers et aux ramasseurs de crottes des services municipaux lorsque cette petite noblesse bourgeoise se pavane dans la rue, et si hargneuse si fifils n'a pas eu de bonnes notes de la part de ses profs gauchistes. Dans ces « infographies » de 30 années domine un crétinisme de bureaucrate à tampon. Certes, l'évolution de l'emploi en France de 1982 à 2014 par rapport au niveau de formation, à la répartition géographique révèle la paupérisation des zones rurales et industrielles, et l'inflation des emplois administratifs. D'abord qui dit paupérisation devrait s'interroger sur ses causes, et sur l'inflation des emplois administratifs mettre ce phénomène non pas simplement sur le plan du facteur désindustrialisation mais informatisation. Au même niveau, ras des pâquerettes nationales et de la sociologie hexagonale, certains combattent l'intox sur la disparition des « classes populaires »1.
En quoi en plus de 30 ans, le paysage de l'emploi en France a-t-il radicalement changé ? Encore un titre « neutre » et en gras : « Le grand recul de l'industrie et la victoire de l'administration ». Comme la féminisation de l'orthographe et la suppression du mot race, on invente des concepts vides : que signifie « victoire de l'administration » chez un crâne d'oeuf de l'INSEE ? Qu'il n'y a pas de crise économique ? Que tous les politiciens ne sont pas des menteurs ? Que le socialisme est encore au pouvoir et se moque du bon patronat privé ? Que, plus léninistes que Lénine, les anonymes ministres macronesques mènent une sévère lutte pour détruire « l'Etat bureaucratique », comme aurait dit Castoriadis, pour abolir la séparation dirigeant étatique et exécutant privé ?
Contre d'autres têtes de cons prévisionnistes de la fin du travail ou même mieux de la fin du salariat, les insanes de l'INSEE constatent que « l'emploi a progressé presque partout, malheureusement pas au même rythme que la population active, le taux de chômage passant de 6,7% en 1982 jusqu'à plus de 10% en 2014 ». Mais le chômage, dans leurs étroits calculs, ne demeure que quantité négligeable non lié à la révolutionnaire et macronesque flexibilité. Le chômage de longue durée, plutôt du genre définitif, c'est pas la fin du travail PRESENT et la fin ACTUELLE du salariat pour ses malheureuses victimes? Et non cette pauvre spéculation imaginaire, l'hypothétique prévision moderniste enchanteresse d'un monde débarrassé du travail, animé par la seule abondance du supermarché reconverti en gratuité céleste, concitoyenniste et utopique bourgeoise?
De façon résiduelle et « sans surprise » le seul secteur qui « a chuté » (on se garde d'utiliser le terme destruction d'emploi ici) de l'ordre de 2,8 millions est le secteur industrie et agriculture, quoiqu'on ait constaté une légère hausse des cadres industriels ; quand les ouvriers industriels sont détruits il se trouve qu'on conserve les cadres industriels (DRH, licencieurs, reconvertisseurs en blabla, etc.). Miracle de la statistique, les ouvriers non qualifiés ne représenteraient plus que 8,4% des emplois !? Ce qui est pure hypothèse car peu de choses différencient souvent ouvriers qualifiés et non qualifiés et sur les chantiers du BTP la majorité est souvent composée de travailleurs migrants formés sur le tas et non comptabilisés. Il est précisé en outre que les professions intermédiaires comme les ouvriers qualifiés ou les secrétaires ont également fondu au rythme des fermetures d'usine, ce qui n'a déjà plus rien à voir avec le titre général de l'enquête ni ne relève de la responsabilité des « fonctionnaires ». L'Insee évoque sans rire les secteurs particulièrement touchés du textile, de l'automobile, quand au contraire les boulots de merde du bâtiment et du nettoyage ont « résisté », boulots adorés par les sans-papiers et leurs passeurs gauchistes.
LE GRAND REMPLACEMENT DES « FONCTIONS D'INTERMEDIATION »
Les emplois zigouillés ont été remplacés par un déplacement vers ce que l'Insee appelle les «fonctions d'intermédiation», c'est à dire les métiers du commerce inter-entreprises et de l'ensemble transports-logistique: environ 600.000 postes dans ce domaine ont été créés en quelque 32 ans (il n'est pas précisé sur les routiers sont tous polonais ou bulgares).
Il eût été choquant que dans la société de la marchandise aliénante les emplois dans le commerce n'augmentent point, tout comme les services de proximité où les africaines remplacent les portugaises de plus en plus). L'emploi non qualifié dans ces secteurs est même qualifié de «moteur» de l'emploi en France, ce qui est se ficher du peuple et du prolétariat, torchon en main. La « mercantilisation relative » (euphémisme des insanes pour valoriser la mercantilisation totale des rapports humains) a donné la part belle aux activités de distribution (on ne produit plus qu'en Chine et en France « on distribue »). La totalisation opérée ensuite est à pisser de rire quant à la bonne santé du capital français : l'embellie existe, tenez-vous bien, pour les métiers de la culture, « en incluant les salons de coiffure, boutiques telecom et tous les services, le gain global dans ces domaines est estimé à 2,2 millions d'emplois en plus. L'étude cite notamment les serveurs et employés de la restauration, ou encore les agents de sécurité ». Je ne fais que citer la fierté nationale d'accumuler des métiers de merde, mais empaquetés avec ceux, nobles, de la kultur !
FINANCIARISATION ET TECHNICITE ACCRUE DE L'ECONOMIE GLOBALE
Qu'en forme ampoulée elle est dite la putréfaction de l'idéologie de l'élite bourgeoise : « Signe de financiarisation et de la technicité accrue de l'économie globale, les métiers réservés aux «fonctions intellectuelles supérieures» ont aussi prospéré, la définition regroupant les métiers de la conception, de la recherche, des prestations intellectuelles et de la gestion. Les consultants et ingénieurs de tous domaines sont en effet 1,7 million de plus qu'au début des années 1980 ». Mais on va voir que ces ingénieurs ne sont plus tellement ingénieurs...
Mais attention, additif saignant ajouté au succès de la loi Travaille !, le rugissement insane contre les fonctionnaire s'abat comme hache de Damoclès sur infirmières, employé(e)s de bureaux, gestionnaires, archivistes, magasiniers, vigiles en CDI, gardiens d'immeuble, etc. :
« Mais le métier le plus «popularisé» pendant les années Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande, est bien celui de fonctionnaire, quel que soit son niveau de formation. Entre l'étatisation assumée, les décentralisations créatrices de doublons, et les crises économiques régulées par l'emploi public et «aidé», le secteur «administration et santé» s'est accru de 2,7 millions d'employés. La masse salariale de l'État n'a cessé d'enfler, avec une progression des effectifs de 0,6% par an sur la dernière décennie, soit deux fois plus vite que dans le privé! On pense irrémédiablement aux enfants des villages de province, ayant rejoint la fonction publique dans la «grande ville» la plus proche, comme le pressentait dès 1964 Jean Ferrat, avec une tendresse mélancolique dans sa chanson sur la «Montagne»: «leur vie? Ils seront flics ou fonctionnaires...».
La charge est quasi stalinienne et Ferrat passerait presque pour un barde macronien, et le règne des prédécesseurs de Macron pour un socialisme ininterrompu. Parce que l'Etat n'a pas besoin de flics, d'instituteurs, d'employés aux diverses gestions administratives et sociales ? Parce que ces millions de fonctionnaires sont inutiles ? Trop payés ? C'est la « masse salariale de l'Etat » qui n'a pas cessé d'enfler ou le capital qui est devenu de plus en plus improductif ? C'est qui qui a « enflé » ? La situation misérable des chômeurs et des petits salaires ou les salaires mirifiques des marionnettes du CAC 40, les retraites chapeaux des milliardaires patronaux, sans compter ces milliers et milliers de petits patrons qui roulent 4X4 ?
LES CADRES SONT PARTIS TRANSFORMER LES VILLES...
Les « enfants des villages de province ont été rejoindre la fonction publique » nous dit-on entre deux graphiques plus haut, mais peu après on nous renseigne ainsi : « L'économie paysanne en perdition, les cadres partis transformer les villes » !? Qui fait quoi dans la marche du capitalisme ? L'Etat engraisserait des fonctionnaires, des villageois ramèneraient leur fraise en ville, puis des cadres (d'où venus?) seraient « partis transformer les villes » ? Une variante de structuralisme aussi bêbête que celui de Françoise Parturier. L'analyse est strictement nationale bien entendu car il ne saurait y avoir d'ingérence de la compétition capitaliste mondiale dans l'étroit hexagone franchouillard, de même que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté à nos frontières, par pur respect des convenances écologiques. Dans leur délire nos insanes précisent, sans se relire cette saillie : «  La géographie de l'emploi ne s'est pas trouvée fondamentalement modifiée, et il n'y a pas eu de réorganisation profonde de la carte de l'emploi. Mais par exemple, la chute de l'emploi ouvrier a été plus forte dans les grandes villes que dans les zones rurales, accentuant la précarisation des campagnes. En effet, les ouvriers agricoles ont stagné, car leur métier n'est pas délocalisable ». Pauvres ouvriers agricoles, contrairement aux ouvriers urbains ils ne peuvent même pas être délocalisables à merci, belle leçon de citoyenneté sociale. Comprenez que s'il n'y a plus d'embauche en ville les ouvriers de base peuvent rester dans leur foin à la campagne, et oubliez (ce serait un argument du FN que diable !) que les professions du BTP et de nounous sont occupées déjà pour la plupart par des prolétaires non nationaux et bien plus corvéables et exploitables (mais l'INSEE n'en dira rien). Principale leçon : plus le capital est improductif plus il a besoin de prolétaires soumis et sans défense.
LES PROFESSIONS « INTELLECTUELLES » EN EXPANSION EN VILLE
Gommant l'expansion des services de l'immigration – deuxième composante de l'habitat urbain – nos insanes statisticiens sur commande s'émerveillent du corollaire à ce qu'ils ne nomment pas destructions d'emploi « non intellectuel » ; voici la masse des indignados : « ils constituent 25% des salariés des «pôles urbains de plus de 100.000 habitants. Une proportion qui grimpe jusqu'à 30% en Île-de-France ». Les insanes insistent alors sur la « disparition des ouvriers » - qui n'ont pourtant pas disparus après trois couches de graphiques, qui sont autant ces milliers de « manuels » toujours présents en ville, charpentiers comme nounou africaine ou serveur sans patrie – et pour se moquer pour une fois bien de la nouvelle petite bourgeoisie : « Combinée à la disparition des ouvriers, cette concentration progressive des cadres dans les grandes villes explique aisément la «gentrification» de certains quartiers, anciens faubourgs populaires transformés en repères de diplômés pleinement intégrés à l'économie mondialisée ».
LA NEGATION DE LA CLASSE OUVRIERE N'EST QUE SA PRECARISATION ET SA DISPERSION
Avec ces calculs d'apothicaire nos insanes statisticiens participent du camouflage de l'exploitation et du profit où à la honte de jeter dehors les prolétaires en surnombre, s'ajoute l'ostentation à mépriser ceux et celles qui ont travail stable (parce qu'ils sont forts en nombre mais hélas encore corporatisés et caporalisés par les bandits syndicaux), et s'ajoute pire encore la honte de ces patrons antiracistes qui spolient les « immigrés » des services culinaires et chiottes compris dans les villes gentrifiées où les bobos ont toute bonne conscience de se faire servir en ignorant ce qui se passe dans l'arrière cuisine.
L'argument « il n'y a plus d'ouvriers » ou « les ouvriers ne sont plus qu'une minorité », rabâchés depuis 30 ou 40 ans, ne vaut rien, pas plus que le « livre noir du communisme » n'a démontré que le communisme aurait fait des millions de victimes, quand c'est le capitalisme, et d'Etat, qui a produit camps de la mort et guerres mondiales. Dans sa première phase de développement, le capitalisme n'employait qu'une minorité d'ouvriers, cela ne l'a pas retenu de développer en nombre cette classe, plus de la fractionner ni de faire passer l'immense majorité des salariés et des chômeurs pour les faire passer pour des non-ouvriers, parce que le nom serait devenu plus intellectuel ! Par contre le capitalisme dit désormais « globalisé » (après mondialisé) en revenant à de petites unités de production signe sa régression, sa tentative de se raccrocher aux petites bouées entrepreneuriales, comme aux fictions d'indépendances régionalistes. Ce capitalisme faible est européen, et concerne les vieilles anciennes puissances réduites à végéter sous le bon vouloir des grands dominants.
Marx avait prévu dès 1857 le gonflement des classes moyennes mais aussi leur paupérisation. Il voyait très bien comment le mouvement du capital tendait à faire du bourgeois un personnage superflu, ce qu'a confirmé 50 ans de capitalisme d'Etat russe, de welfare state américain et de gestion nationalisée française. Le bourgeois de droite comme son homologue merdeux macronien voudrait se croire à nouveau un personnage important, mais bernique, le capital n'a plus besoin, dans l'élite, que de « fonctionnaires salariés » au service des anonymes actionnaires et des banksters.
PROLETARISATION OU MARGINALISATION DES CADRES ?
Le nombre des cadres a en effet doublé, en ville. Ce phénomène n'a pas la même signification qu'on lui attribue généralement d'un relèvement du niveau culturel ou d'un bon ascenseur social. Cette promotion est à son tour frappée de malédiction. Ils sont pour la plupart tous bientôt inquiétés par l'avenir (tiens un questionnement très ouvrier?), ils sont vieux pour l'entreprise dès 45 piges. Se rendent-ils compte qu'ils sont prolétarisés dès lors ? Non pas vraiment, ou alors c'est en toute fin de carrière, et au placard, qu'ils commencent à se rendre compte qu'on les a traités comme de vulgaires prolétaires manuels. En attendant, ils s'indignent et se laissent séduire par les âneries gauchistes comme la « citoyenneté dans l'entreprise », la « tentation de l'artisanat ». Leur propre monde, factice et m'as-tu-vu – le monde des cadres – les insupportent. Et je complète avec cette enquête du Figaro : « D’abord à cause d’un phénomène massif, durable et maintenant mieux compris: l’ennui et la perte de sens au travail. De plus en plus d’employés perçoivent désormais leur poste comme un bullshit job ou « job à la con », tel que théorisé en 2013 par l’anthropologue américain David Graeber, et s’y ennuient profondément. En cause ? La répétitivité des tâches, l’absence de créativité et le manque de résultats concrets, griefs les plus redondants. La généralisation de l’ordinateur au travail, à partir du milieu des années 1980, a modifié profondément les rythmes et la productivité, contrebalançant un pouvoir de calcul foudroyant par des normes et des procédures de contrôle (« processes ») toujours plus strictes ».
L'enquête interroge ensuite une cadre dégoûtée qui insiste justement sur la croissante « inhumanité du travail » que la révolution macroniste n'a surtout pas pour but d'abolir ; arrivée chez BNP Paribas au début des années 90, elle a vu son travail se transformer sous l’effet de la dématérialisation des tâches. « Désormais, la quasi-totalité du travail d’un banquier s’effectue devant un ordinateur », explique-t-elle. « Le contact humain est réduit à sa portion congrue, et même la production écrite tend à disparaitre. » Conséquence supplémentaire, les relations au travail changent et tendent à se détériorer : le client n’est plus devant soi mais à des milliers de kilomètres, le collègue situé un étage au-dessus se contente de communiquer par mail, etc. Dans cet environnement, certains s’adaptent ou ne perçoivent pas d’aliénation particulière ; d’autres ne tiennent plus en place ».
« Les emplois classiques qui rebutent certains des jeunes reconvertis. Pour Edouard, 27 ans, il a suffi de deux ans en finance à Londres pour comprendre qu’il aurait plus d’impact, et de gratification, en restaurant des voitures anciennes ; un marché d’ailleurs particulièrement en forme, ce qui est assez rare pour s’y intéresser. Car dans des économies occidentales faisant du sur-place depuis quelques années, l’entreprise se fige, comme les carrières. Dans son livre la Révolte des premiers de la classe sur le phénomène de reconversion, Jean-Laurent Cassely cite le spécialiste Denis Monneuse, qui a calculé que le salaire d’un cadre est aujourd’hui en moyenne 2,7 fois celui d’un ouvrier, alors que le rapport était de 1 à 4 dans les années 1960. Une banalisation progressive, et un sentiment de déclassement social relatif que certains ressentent amèrement. « Nous sommes des ouvriers des temps modernes », confie Juliette Bouzou. « Surdiplômés, certes, bien payés, mais des ouvriers quand même. »
Une autre enquête, plus intéressante que celle, orientée et frauduleuse, de nos insanes de l'INSEE, soulignait que, en France, 6 millions de personnes manquent de travail. Les plus touchés: les jeunes, les seniors, les descendants d'immigrés mais surtout, et quel que soit l'âge, les «peu qualifiés»: ils représentent 5,9 points des 10,3% de chômage dans l'Hexagone (au sens du BIT). Malgré la création en 1984 d'un régime spécifique de solidarité et les modifications des indemnisations des chômeurs depuis les années 1990, environ un demandeur d'emploi sur deux ne touche pas d'allocations chômage et plus d'un tiers vit sous le seuil de pauvreté. Il ne s'agit donc pas du tout d'une disparition de la classe ouvrière mais de sa paupérisation, ce qui est révoltant et ne relève pas de la froideur des chiffres.
La génération du baby boom entre en retraite, mais de plus en plus tard, et alors que les jeunes qui arrivent sur le marché du travail sont à la fois un peu plus nombreux que ces dernières années, mais aussi plus qualifiés. «Même si la proportion de diplômés du supérieur parmi les jeunes s'est stabilisée depuis 2005», nuance le rapport. Avec le développement du numérique et de l'automatisation, l'emploi va, sans aucun doute, se polariser. Cela signifie qu'il y aura plus de postes peu qualifiés et plus de postes très qualifiés, avec le risque que les employés «intermédiaires» se déclassent et concurrence le travail des peu qualifiés. Selon une étude qui a fait grand bruit, celle d'Osborne et Frey, 47% des emplois seraient menacés de destruction à moyen terme par la robotisation. Un chiffre toutefois largement relativisé, notamment par l'OCDE, qui a récemment chiffré les risques d'extinction de certains emplois à 9% et celui de profondes modifications d'autres emplois à 20% ». Evoquer la disparition ou la destruction d'emplois comme planifiée ou agitée comme tsunami inévitable, sert à accroître la peur du lendemain (Babeuf) et à terroriser pour empêcher de croire une lutte possible contre l'escroquerie de la globalisation modernisatrice. Cadres n'attendez pas le retraite pour comprendre que vous êtes désormais aussi des prolétaires !
L'avenir de vos enfants c'est mort aussi. L'apprentissage en France est une farce de longue durée et
qui reste opaque et inutile. Le débat sur les 35 heures s'est éternisé et n'aura été qu'un gadget pour salariés « garantis ». Les CDD sont de plus en plus courts. Cadre tu es aussi superflu dans l'entreprise dans le moyen terme que l'inqualifiable manuel que tu vois passer derrière ta cage vitrée. Et la solution n'est pas dans l'artisanat individualiste et borné.
S'il fallait que la classe ouvrière repense le travail, par elle-même, et pas via la prétention de tous ces pitres de spécialistes en stratégies sociologiques et propositions macronesques, ce n'est pas avec l'intox sur les méfaits de la « modernisation numérique » mais en posant le problème de la réorganisation de la société après avoir foutu en l'air la bourgeoisie et ses « fonctionnaires salariés », je précise bien, du haut, ministres, députés, chefs syndicalistes, patrons et collabos de la petite hiérarchie. En attendant, guerres, désindustrialisations, délocalisations, destructions d'emplois et immigrations de masse, perpétuent de manière routinière un chômage de masse.

CADRES REJOIGNEZ SANS CRAINTE LES PROLETAIRES DANS LEUR COMBAT POUR FICHER EN L'AIR LE CAPITALISME !


1Le géographe Christophe Guilluy, révélé par Fractures françaises (Flammarion, 2013) et par La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires (2014), s'inspire indirectement et faiblement du marxisme par ses remarques sur les mutations des classes populaires où il réfute plusieurs idées reçues sur la banlieue. Son nouvel ouvrage, Le Crépuscule de la France d'en haut (Flammarion). Selon ce « géopgraphes » la baisse de la proportion d'ouvriers est réelle, mais elle s'est accompagnée d'une augmentation de la proportion d'employés. Les catégories populaires - qui comprennent aussi les petits agriculteurs - n'ont donc en rien disparu. Elles sont simplement moins visibles, puisqu'elles vivent loin des grands centres urbains où se concentrent décideurs publics et privés. Si l'on considère l'ensemble du territoire national, la part des catégories populaires dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. Le problème social et politique majeur du pays c'est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Or, Christophe Guilluy l'affirme: les catégories sociales qui soutiennent la mondialisation sont trop peu nombreuses pour que leur projet de société continue à s'imposer longtemps encore à la France périphérique. Il ne nous dit pas lui non plus quel pourrait être un projet de société de ces « classes populaires » alors qu'elles n'en ont même pas plus loin que l'horizon du supermarché.



dimanche 12 novembre 2017

L'usine de rien : un navet qui ne vaut rien


Dans son cycle "les écrans documentaires", patronnés par trois perroquets lycéens, un quidam de la municipalité de ma banlieue Front de Gauche nous a bassiné en introduction avec un long couplet antiraciste à propos d'un fait divers. C'est l'ordinaire du vieux jus stalinien et trotskien lorsqu'il est question de lutte de classe, on trouve toujours des gadgets pour troubler les questions fondamentales : antifascisme de salon, obsession de Trump, antiracisme, écriture féministe, pinçage de fesses, et j'en passe. Le pitch du cinéma municipal mentait carrément : une histoire de reprise de l'usine de fabrique d'ascenseurs en autogestion par des ouvriers délocalisés, d'une durée d'une heure (non 3 heures!). Archi faux, au départ ce n'était pas un nouveau nanar sur l'autogestion nullarde à la Onfray ou FA, mais, pour les deux tiers une très bonne exposition de la situation des ouvriers frappés par la fermeture de leur lieu de travail, huis clos certes mais assez bien vu sur les magouilles des cadres et leur perversité pour acheter les futurs chômeurs avec des primes différenciées dans des entretiens individuels. Il n'y a pas reprise de l'usine, comme le croit le plumitif de Libération – ce qui ne signifie rien – par les ouvriers, mais occupation et désarroi. Ce désarroi n'est même pas le souci du collectif de bobos réalisateurs qui s'en fichent comme du lieutenant-colonel Otelo de Carvalho, ils aiment les barbus sales et dépenaillés qui discourent sur n'importe quoi.
Les querelles des ouvriers soupçonneux entre eux, leur honte du chacun pour soi, mais aussi leurs réactions violentes et leurs moqueries des patrons voyous sonnaient juste ; pour les deux tiers du film le tableau avait été étonnamment juste. Les petits bonheurs de la vie privée font contraste avec le monde en perdition du travail, mais cette vie reste limitée à la panne de libido à l'aurore (le chômage c'est du bromure) et aux soldes du samedi. Mais soudain tout déraille, les comédiens-ouvriers sont éjectés au profit d'un conclave de phraseurs (parodie de l'impuissance des intellos modernistes?) ; le seul lien avec le groupe d'acteurs précédents n'étant plus que le vieux chauve à tête de clochard en bataille, qui apparaissait en arrière plan sans qu'on sache qui l'avait invité, et qui bafouille en gros plan au milieu des vieux machins qui parlent d'on ne sait quoi. Le film de rien s'avère brusquement n'être que le scénario-magma méprisant et délirant d'un collectif d'intellectuels portugais modernistes, bourrés ou ayant trop kiffé (on a choisi de représenter la plupart des ouvriers comme laids et avec des têtes de marginaux ou de clochards et de ridiculiser ces ouvriers « ringards » qui « s'accrochent » à leur boulot de merde). Pauvres intellos merdiques, cinéastes de série B, qui connaissent que dalle de la classe ouvrière, ni aux ruses des syndicats gouvernementaux et encore moins des indispensables partis de classe. Qui végètent dans la lune moderniste et sans GPS pour se repérer dans leur brouillard fictionnel.

Avec les quelques bases préliminaires d'une compréhension du fonctionnement de la conscience de classe naturelle chez des ouvriers fort bien campée par les acteurs – face à l'attaque économique inopinée du patronat - on était en droit d'attendre que s'élève l'action vers une réelle réflexion marxiste, comme le laisse à penser un discours plaqué sur une séquence d'images d'usines vides (sans l'humour maoïste involontaire de Godard), radotant certes sur une crise qui ouvre la voie à un monde sans travail, CQFD ; voire assister à d'autres discussions entre ces mêmes ouvriers posant plus largement la question de l'extension de la lutte... et pas du tout cette baleine vide d'autogestion. Au lieu de quoi, ils deviennent soudain des pantins délirants devant un brasero ou des pitres inconsistants fouillant dans les tiroirs de l'usine morte, puis disparaissent de l'écran au profit d'un barbu boutonneux qui débite un discours inaudible débile (et en français!?) entouré de vieilles femmes et de pépères qui s'interpellent on ne sait trop sur quoi et pour quoi, mais disent n'importe quoi. Le film est fichu. Et nous les spectateurs floués dans nos espoirs de voir un film politique honnête au milieu de l'océan des fictions nullardes et des docus haineux anti-bolcheviques.

Salué en début d'année par tous les esthètes de la presse (qui imaginaient un nouveau perroquet à la Godard)1, ce film raté n'est qu'une nullité, qui se prétend sabotage organisé (de toute pensée cohérente?) par un groupe de bobos finalement très méprisants pour la classe ouvrière limitée à ses seules réactions « tripales », et ensuite, gommée simplement du scénario pour laisser place à des discoureurs complètement neuneus, vieux et sales qui l'examinent comme d'impuissants pions sans intérêt à la manière de n'importe quel manager ou observateurs d'insectes . C'est morne, bête et confus. J'ai beaucoup d'admiration pour le niveau des discussions des ouvriers portugais à l'époque de la révolution des oeillets, ainsi que pour la prestation des acteurs autochtones jusqu'au deux tiers du film, pas du tout pour l'immigré fayot, mais castrer ainsi la dynamique de la lutte et de la conscience de classe, cela s'appelle du sabotage nihiliste. Ne touchez plus au prolétariat crétins cinémateurs !
Clarinda, ouvrière depuis l'âge de 14 ans, a conclu : « les films portugais, vraiment nuls, ça vaut rien ». Un film de rien en tout cas et qui vaut... rien.



1Voici ce qu'écrivait Télérama (organe TV catho) : « Tout en croyant à une farce, on voit cette Usine de rien prendre de la force. Le rien que produit l’usine devient néant incommensurable dans une réflexion sur l’absurdité de tout le système capitaliste. Embarqués dans des discussions sans fin, les personnages défont et refont le monde d’aujourd’hui. Des hypothèses sur l’avenir sont lancées, comme celle, étonnante, qui prédit une société divisée en trois classes : la stratosphère (où les gens planeront en comptant leurs millions), le niveau des gens juste assez riches pour consommer (et faire marcher l’usine), et puis les égouts, où sera rejeté le reste de la population… ». Les gauchistes des Inrockuptibles écrivaient eux : « Bien que clairement rangé du côté des ouvriers, le film est politiquement très fin, montrant les partisans de l'autogestion, ceux qui s'estiment collectivement incapables de faire tourner l'usine sans le concours de cadres comptables, ceux qui n'ont pas le luxe de se perdre en palabres ou en grève trop longue parce que leur urgence est de faire croûter leurs mômes... ». Ce n'est pas du tout ce qui en ressort à cause du magma de propos invraisemblables et inopinés du cercle des vieux qui surgit au deux tiers du film et ne vient pas poser du tout des bases de réflexions de classe. Non ce film n'est ni fin ni du côté des ouvriers, IL LES MEPRISE!

mardi 7 novembre 2017

AVIS AU KAUTSKISTE TROTSKY !

oh c'est pour rigoler, j'suis pas mégalo.

(contre les girouettes trotskiennes et la catalanophobie appliquée)1

Au début du XX e siècle, des « opportunistes font cause commune avec la bourgeoisie impérialiste justement dans le sens de la création d'une Europe impérialiste sur le dos de l'Asie et de l'Afrique ». Nous ne reviendrons pas ici sur les avatars successifs de la conception des Etats-Unis d'Europe, et sans nous situer sur le terrain nationaliste2, mais cette idée d'une unification de la plus vieille zone capitaliste du monde était déjà une absurdité du temps de Lénine, qui fût défendue par le jeune puis le vieux Trotsky (le mot d'ordre avait été érigé lors du 5e congrès opportuniste de l'IC). C'est ce que réclame le NPA au bout du compte – contre l'Europe forteresse - comme sanctification d'une indépendance catalane prometteuse d'une future fédération de petits Etats bourgeois pullulant, tout en se faisant le porte-voix de l'ONU, avec son écriture inclusive féministe (+ l'invention d'un nouveau néologisme pour justifier leur politique de girouette : le mot catalonophobe), en faveur de l'invasion migrante « sans frontières » quoique dans le « cadre national » et dans une démarche « citoyenne »3. D'ailleurs, les conditions des Etats-Unis socialistes d'Europe n'existent-elles pas déjà, contenant déjà un fédéralisme catalan, comme le suppose un article sur leur site :«
Une révolution démocratique avec un soutien social massif au sein de l’Union Européenne a été initiée. Cela renforce les possibilités d’avancer vers la République catalane ». Les euro-trotskystes sont cependant très en désaccord entre eux, tous ne voulant pas se laisser embarquer dans le nationalisme catalan. Un chef trotskyste de Podemos, Jaime Pastor, ose même écrire qu'il n'y a « d'avenir historique qu'à l'échelle européenne » ! Quand un tas d'autres, y inclus chez les gauchistes ignares considèrent que le gouvernement de Madrid est « fasciste » puisqu'il est issu d'un pacte de continuité des fractions bourgeoises avec la famille de l'incontinent vieux machin en phase terminale4
 
En 1911, le social-démocrate Ledebour, dit au Reichstag qu’il faut unifier l’Europe, pour la paix et… « pour ne pas être submergée par la compétition mondiale. » Il dit que le socialisme réaliserait les États-Unis d'Europe, mais que les bourgeoisies seront probablement amenées à le faire avant. Kautsky évoque aussi la possibilité de l’unification bourgeoise. Rosa Luxemburg répond que l'unification est impossible vu les conflits d'intérêts entre bourgeoisies d'Europe. Et elle ajoute que les bourgeois qui parlent de cette unfication le font avec un discours réactionnaire contre le « péril jaune » ou le « continent sombre ». Elle ajoute un argument économique en affirmant qu'il y a tant d'échanges avec les autres continents que l'Europe n'est pas une "unité". Enfin elle souligne les tensions entre pays européens. Tout ceci lui fait dire : « Par conséquent les "Etats-Unis d'Europe" sont une idée qui va directement à l'encontre du cours économique et politique du développement, et qui ne tient absolument pas compte des événements du quart de siècle écoulé. » Trotsky reprend le mot d’ordre des « Etats-Unis d’Europe » comme mot d'ordre pacifiste en 1914. La même année, Lénine co-écrivait une résolution considérant que les « Etats-Unis républicains d'Europe » devaient être « l’un des mots d'ordre les plus immédiats », et essaie d'en convaincre ses camarades. Mais dès 1915, il se ravise. Le Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie prend position contre le mot d'ordre d'Etats-Unis d'Europe, et Lénine argumente par le texte suivant, qui conserve toute sa valeur contrairement à son article de 1916 sur l'autodétermination qui n'est plus depuis un siècle qu'un joujou pour n'importe quel impérialisme dominant et donne totalement raison à Rosa Luxemburg (de toute façon il y a ou il y aura un « grand frère » pour soutenir « l'autodétermination catalane », voire même toutes les puissances qui veillent à l'affaiblissement de l'Europe).
Les prises de position des deux principaux groupes maximalistes ont été brouillonnes, comme je l'ai déjà signalé. Il est à déplorer que le cercle Robin Goodfellow rejoigne les positions démocrates des trotskystes, quoique pas avec la base argumentaire fédéraliste : «La position d’un parti prolétarien sur cette question aujourd’hui (comme en Ecosse, en Flandres...) devrait se situer d’emblée au niveau européen, en affichant le mot d’ordre général des Etats-Unis socialistes d’Europe. Autrement dit, proposer une perspective par le haut», qui évite, via la fragmentation des Etats, également la fragmentation de la lutte des classes »5.
Le bordel planifié en Espagne ne cache pas l'arbre de la lutte de classe mais l'arbre des nationalismes. L'Europe prétendument unifiée à la manière fédéraliste ne pourrait pas être un chemin " par le haut" pour aller vers l'abolition des frontières, elle restera en sandwich entre les grandes puissances, à la fois principal marché mondial et à la fois creuset du prolétariat révolutionnaire, jusqu'aux échéances finales. Les camarades rêvent avec un marxisme bègue d'une bourgeoisie suicidaire imaginant aussi une autre hypothèse farfelue et ahistorique : l'Europe nettoyant les petits nationalismes pour ouvrir la voie à un bon et vigoureux prolétariat européen unifié ! En prime finale, l'appel à une « constituante européenne » que le « parti prolétarien » (virtuel et imaginaire) propose au prolétariat n'est qu'un sac de cordes et la liste des proposition farfelues qui suivent confirme le désarroi qui frappe ce milieu politique marxiste comme toutes les autres sectes. Qui vivra verra. En attendant, le texte qui suit peut nous aider à mieux réfléchir au lieu de se laisser embarquer dans les catalâneries. Ce texte de Lénine a cependant lui aussi pris un coup de vieux, dans sa dernière partie ; comment imaginer la configuration suivante : « la lutte opiniâtre des républiques socialistes contre les Etats arriérés » (àmoins qu'il s'agisse d'un caviardage de Staline ou de Khrouchtchev post décès de Wladimir Illitch)... Les étapes de l'internationalisation et de la destruction des frontières demeurent impénétrables pour l'heure, quoique repoussées aux calendes grecques avec le prurit catalan.
(on peut lire avec profit l'intéressante prise de position de l'écrivain espagnol Javier Cercas : http://www.liberation.fr/debats/2017/11/06/en-catalogne-une-dangereuse-fiction-narcissique_1608201)


Du mot d'ordre des États-Unis d'Europe

23 août 1915 par W.I. Lénine


Dans le n° 40 du Social-Démocrate, nous annoncions que la Conférence des sections de notre Parti, à l'étranger, avait décidé d'ajourner la question relative au mot d'ordre des "États-Unis d'Europe", jusqu'à ce que le côté économique de la question fût examiné dans la presse.
Les débats sur cette question avaient pris à notre conférence un caractère politique unilatéral. En partie cela tenait peut-être à ce que le manifeste du Comité Central formulait expressément ce mot d'ordre comme un mot d'ordre politique ("mot d'ordre politique immédiat..." y est-il dit) ; non seulement il préconisait les États-Unis républicains d'Europe, mais il soulignait spécialement que "sans le renversement révolutionnaire des monarchies allemande, autrichienne et russe", ce mot d'ordre était absurde, mensonger.
On aurait absolument tort d'objecter à cette façon de poser la question dans les limites d'une appréciation politique de ce mot d'ordre, par exemple, en disant qu'il éclipse ou affaiblit, etc., le mot d'ordre de révolution socialiste. Les transformations politiques dans un sens véritablement démocratique, et à plus forte raison les révolutions politiques, ne peuvent en aucun cas, jamais, quelles que soient les conditions, ni éclipser, ni affaiblir le mot d'ordre de révolution socialiste. Au contraire elles la rapprochent toujours, élargissant sa base, entraînant à la lutte socialiste de nouvelles couches de la petite bourgeoisie et des masses de semi-prolétaires. D'autre part les révolutions politiques sont inéluctables dans le cours de la révolution socialiste que l'on ne doit pas regarder comme un acte unique, mais comme une époque de commotions politiques et économiques orageuses, de luttes de classe très aiguës, de guerre civile, de révolution et de contre-révolution.
Mais si le mot d'ordre des États-Unis républicains d'Europe formulé en connexion avec le renversement révolutionnaire des trois monarchies les plus réactionnaires d'Europe, la monarchie russe en tête, est absolument invulnérable comme mot d'ordre politique, il reste encore une question éminemment importante : le contenu et la portée économiques de ce mot d'ordre. Au point de vue des conditions économiques de l'impérialisme, c'est-à-dire des exportations de capitaux et du partage du monde par les puissances coloniales "avancées" et "civilisées", les États-Unis d'Europe sont, en régime capitaliste, ou bien impossibles, ou bien réactionnaires.
Le capital est devenu international et monopolisateur. Le monde se trouve partagé entre une poignée de grandes puissances, c'est-à-dire de puissances qui s'enrichissent dans le pillage en grand et dans l'oppression des nations. Quatre grandes puissances d'Europe : Angleterre, France, Russie et Allemagne, avec une population de 250-300 millions d'habitants et une superficie de près de 7 millions de kilomètres carrés, possèdent des colonies dont la population est d'environ un demi-milliard de personnes (494,5 millions), et la superficie est de 64,6 millions de kilomètres carrés, soit près de la moitié du globe (133 millions de kilomètres carrés sans les régions polaires). Ajoutez à cela les trois pays d'Asie : la Chine, la Turquie, la Perse actuellement déchirées par les forbans qui font la guerre "émancipatrice" : le Japon, la Russie, l'Angleterre et la France. Ces trois pays asiatiques, que l'on peut appeler semi-colonies (en réalité ils sont maintenant, pour les neuf dixièmes, des colonies) comptent 360 millions d'habitants et 14,5 millions de kilomètres carrés de surface (c'est-à-dire près d'une fois et demie la surface de toute l'Europe).
Poursuivons. L'Angleterre, la France et l'Allemagne ont placé à l'étranger un capital d'au moins 70 milliards de roubles. Pour toucher un appréciable profit "légitime" sur cette agréable somme, - profit qui dépasse trois milliards de roubles par an, - il existe des comités nationaux de millionnaires, appelés gouvernements, qui sont pourvus d'une armée et d'une flotte militaire et qui "installent" dans les colonies et semi-colonies, fils et frères de "monsieur le milliard", en qualité de vice-rois, consuls, ambassadeurs, fonctionnaires de toute sorte, popes et autres vampires.
Ainsi est organisée, à l'époque du développement supérieur du capitalisme, la spoliation par une poignée de grandes puissances, de près d'un milliard d'habitants du globe. Et en régime capitaliste, toute autre organisation est impossible. Renoncer aux colonies, aux "zones d'influence" à l'exportation des capitaux ? Y songer serait descendre au niveau d'un petit pope qui, tous les dimanches, prêche aux riches la grandeur du christianisme et leur recommande de donner aux pauvres… sinon quelques milliards, du moins quelques centaines de roubles par an.
Les États-Unis d'Europe, en régime capitaliste, seraient comme une entente pour le partage des colonies. Or en régime capitaliste le partage ne peut avoir d'autre base, d'autre principe que la force. Le milliardaire ne peut partager le "revenu national" du pays capitaliste avec qui que ce soit, autrement que "en proportion du capital" (avec encore cette addition que le plus gros capital recevra plus qu'il ne lui revient). Le capitalisme c'est la propriété privée des moyens de production et l'anarchie dans la production. Prêcher le partage "équitable" du revenu sur cette base, c'est du proudhonisme, du béotisme de petit bourgeois et de philistin. On ne peut partager autrement que "selon la force". Or la force change avec le progrès économique. Après 1871 l'Allemagne s'est renforcée trois ou quatre fois plus vite que l'Angleterre et la France. Le Japon, dix fois plus vite que la Russie. Pour vérifier la force réelle de l'État capitaliste, il n'y a et il ne peut y avoir d'autre moyen que la guerre. La guerre n'est pas en contradiction avec les principes de la propriété privée ; elle en est le développement direct et inévitable. En régime capitaliste, le développement égal des différentes économies et des différents États est impossible. Les seuls moyens possibles de rétablir de temps en temps l'équilibre compromis, ce sont en régime capitaliste les crises dans l'industrie, les guerres en politique.
Certes, des ententes provisoires sont possibles entre capitalistes et entre puissances. En ce sens, les États-Unis d'Europe sont également possibles, comme une entente de capitalistes européens ... dans quel but ? Dans le seul but d'étouffer en commun le socialisme en Europe, de protéger en commun les colonies accaparées contre le Japon et l'Amérique, extrêmement lésés dans l'actuel partage des colonies, et qui se sont renforcés au cours de ces cinquante dernières années infiniment plus vite que l'Europe monarchique, arriérée, laquelle déjà pourrit de vieillesse. Comparée aux États-Unis d'Amérique, l'Europe dans son ensemble signifie stagnation économique. Sur la base économique d'aujourd'hui, c'est-à-dire en régime capitaliste, les États-Unis d'Europe signifieraient organisation de la réaction en vue de contenir le développement plus rapide de l'Amérique. Les temps sont révolus où l'œuvre de la démocratie et celle du socialisme étaient liées uniquement à l'Europe.
Les États-Unis du monde (et non de l'Europe) sont cette forme d'État - forme d'union et de liberté des nations, - que nous rattachons au socialisme, - en attendant que la victoire totale du communisme amène la disparition définitive de tout État, y compris l'État démocratique. Toutefois, comme mot d'ordre indépendant, celui des États-Unis du monde ne serait guère juste, d'abord parce qu'il se confond avec le socialisme ; en second lieu, parce qu'il pourrait donner lieu à une fausse interprétation de l'impossibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays et de l'attitude de ce pays envers les autres.
L'inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme. Il s'ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste pris à part. Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir exproprié les capitalistes et organisé chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du monde capitaliste en attirant à lui les classes opprimées des autres pays, en les poussant à s'insurger contre les capitalistes, en employant même, en cas de nécessité, la force militaire contre les classes d'exploiteurs et leurs États. La forme politique de la société dans laquelle le prolétariat est victorieux, en renversant la bourgeoisie, sera la République démocratique, qui centralise de plus en plus les forces du prolétariat d'une nation ou de nations dans la lutte contre les États qui ne sont pas encore passés au socialisme. La suppression des classes est impossible sans la dictature de la classe opprimée, du prolétariat. La libre union des nations dans le socialisme est impossible sans une lutte opiniâtre, plus ou moins longue, des Républiques socialistes contre les États arriérés.
C'est pour cette raison et à la suite de nombreuses discussions sur ce point, pendant et après la Conférence des sections du P.O.S.D.R. à l'étranger, que la rédaction de l'organe central en a conclu à la fausseté du mot d'ordre des États-Unis d'Europe. 

NOTES

1Le mot d'esprit est de Lénine contre le « pacifiste » Trotsky et sa défense des Etats-Unis socialistes d'Europe vers 1916).
2Comme le PRCF hostile aux « euro-trotskystes » : http://www.politique-actu.com/osons/europe-saurait-avoir-bons-etats-unis-europe-icwpe/1660420/
3« Proclamé en 2000 par l’ONU comme Journée internationale des migrantEs, le 18 décembre est
les"grands ensembles" était une formule de Marx
chaque année, dans de nombreux pays, l’occasion de mobilisations. Cette année, au vu de la gravité et de l’urgence de la situation, les anticapitalistes mettront toutes leurs forces afin de faire de cette journée de mobilisation un succès. Contre la résignation et les stratégies d’évitement, nous sommes prêts, en accord avec les collectifs de sans-papiers, avec les migrantEs, avec les structures qui les soutiennent activement, à répondre à tout appel de caractère national. L’heure n’est pas à l’action symbolique et à la dispersion, mais à la création d’un rapport de forces réel… Pourquoi pas à la frontière italienne, samedi 16 décembre, lieu emblématique s’il en est de la résistance aux logiques d’État et de la solidarité citoyenne ? « .
4Pacte de la Moncloa, 1977. On ne doit pas se moquer seulement des ignares en politique, mais aussi de l'élite intellectuelle française qui vient de récompenser deux écrivains du dimanche (connaisseurs superficiels du fascisme en général) – les deux principaux prix littéraires – qui ont consacré leur diarrhée à la période nazie, en plein dans les clichés usés sur le nazisme, lequel, diabolisé et simplifié, est seul horizon de la pensée du mal dans les salons parisiens et les manifs de lycéens gauchistes. Coup de chapeau à Filiu pour une fois, sur son blog il signale l'étrange oubli des attentats à Barcelone, le chacun pour soi des policiers nationalistes, oubli qui arrange bien les islamo-trotskiens : http://filiu.blog.lemonde.fr/2017/11/05/terrorisme-et-democratie-a-barcelone/
5https://defensedumarxisme.wordpress.com/2017/11/06/espagne-lindependance-de-la-catalogne-est-larbre-qui-cache-la-foret-de-la-lutte-de-classe/