"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 28 septembre 2016

L'OBSTRUCTION SOCIALISTE A LA GREVE GENERALE



ROSA LUXEMBURG SYSTEMATIQUEMENT MISE EN MINORITE AU CONGRES DE MAGDEBOURG (1910)

… Bebel fait une critique très âpre du parti national libéral, qui est le pire ennemi du parti socialiste. « C'est le parti capitaliste, c'est le parti qui a voté toutes les lois contre les socialistes, et c'est avec ce parti que les socialistes badois recommandent de faire alliance ».
« Le bloc badois, dit Bebel, n'a rien fait pour la classe ouvrière. La situation des ouvriers est restée toujours la même, toujours misérable. Il n'est pas admissible qu'une minorité foule aux pieds les décisions des trois congrès. Il se demande quelles mesures on doit prendre contre une telle minorité, quand on pense que des socialistes de l'Allemagne du Nord ont été exclus parce qu'ils n'ont pas participé aux élections ? La révolte de ceux qui ont demandé l'exclusion de ceux qui ont voté contre le budget badois, est donc très compréhensible. Mais lui, Bebel, ne veut pas aller si loin, il se contente de dire que, si le cas se répète, les coupables seront expulsés du parti, sans aucune considération, il prie donc ceux qui demandent l'exclusion de retirer leur réclamation. Mais une question surgit : quelles sont les attributions du parti ? Et pour dissiper toute équivoque, Bebel dit qu'il est décidé de présenter comme résolution, la déclaration suivante : « Le Congrès général du parti est la cour suprême du parti. Comme tel il a le droit incontestable de décider, dès qu'il est convoqué, de toutes les questions du parti, soit de principe, soit de tactique. Il n'y a pas d'organisation ou de personne, qui puisse échapper à la décision suprême du parti. Cette attitude autoritaire du Congrès résulte de ce que la social-démocratie allemande est un parti-unitaire, avec une organisation unitaire, avec un programme commun et avec des fins communes.
Après avoir critiqué les visites des socialistes à la Cour, il conseille à tous de marcher unis, de ne regarder jamais en arrière, mais toujours en avant, en avant !

La Discussion

On décide qu'un orateur de chaque tendance parlera pour ou contre les badois, et non pas pour ou contre la résolution du Comité directeur du parti.
Le président donne lecture d'une déclaration de la fraction socialiste parlementaire du Wurtemberg, admise par 16 membres de la fraction contre 1 :
« La fraction socialiste de la Chambre des députés du Wurtemberg est d'avis, qu'il est dans l'intérêt de l'influence efficace sur les questions de politique de pays, qu'on laisse une liberté d'action dans la question du refus ou du vote du budget, et prie instamment le Congrès de modifier la résolution de Nuremberg dans le sens, que les fractions socialistes aient la facilité de voter le budget, lorsque cela s'impose pour des raisons supérieures ».
Les orateurs pour et contre se succèdent à la tribune jusqu'au soir. Parmi les orateurs contre, il faut mentionner Zubeil, qui critiqua la résolution du comité directeur, disant qu'elle est insuffisante ; il demanda l'exclusion des socialistes badois qui ont voté le budget.
Après avoir occupé la seconde journée, la question du budget prend encore la troisième. Panzer s'élève contre le vote du budget par les badois.
Maurer reconnaît le ton conciliant de Bebel ; mais Bebel lui-même s'est souvent trompé dans ses prophéties, comme tant d'autres. La tactique ne peut pas rester immuable, les masses veulent des résultats positifs pratiques. Tout progrès dans l'Allemagne du sud fortifie la lutte des socialistes en Prusse.

Rosa Luxemburg prétend que les socialistes du sud n'ont apporté aucun argument en faveur du vote du budget. Elle raille avec ironie l'indigence, l'insignifiance des prétendues réformes en Bade de la condescendance des bourgeois et invoque, à ce sujet, l'opinion des députés badois eux-mêmes. Elle provoque des exclamations indignées quand elle rappelle que les Badois ont dû dénoncer les atteintes à la liberté syndicale et politiques commises par les nationaux libéraux, leurs alliés.
Et en supposant même que les réformes eussent été réalisées, elles ne justifient pas le vote du budget, que des bourgeois approuvent du reste parfaitement. Si les ouvriers badois avaient pu se prono,cer en toute liberté, dans cette question, ils auraient répudié leurs élus.
En ce moment, éclate un incident violent. Le président dit que l'oratrice a épuisé son temps de parole, et Rosa Luxemburg le conteste et reste à la tribune.
Les révisionnsites crient : Assez !; les radicaux disent : continuez ! Puis, c'est une avalanche de motions d'ordre. Mais Rosa Luxemburg renonce à la parole.
Heilmann dit que ni les badois ni Rosa Luxemburg n'ont apportés des arguments nouveaux. Il s'agit d'une question de tactique et non de principe ; car, si c'était une question de principe, c'est l'Internationale qui devrait décider.

(…)

Dr Karl Liebknecht reconnaît la différence qu'il y a entre les conditions de L'Allemagne du Nord et l'Allemagne du Sud ; il reconnaît aussi la valeur de l'action pratique des badois ; mais toutes les victoires, tous les petits succès doivent être jugés selon la grandeur de l'idéal socialiste. Les soi-disants radicaux sont les vrais réformistes. L'essentiel est de ne pas oublier que toute la force du parti est dans les masses. La source de notre force, dit Liebknecht, n'est pas dans le parlement. La question essentielle n'est pas, pour Liebknecht, la question du vote du budget, mais la violation de la discipline du parti.

(…)

La Congrès aborde ensuite la discussion du rapport présenté par Noske, sur l'activité parlementaire de la fraction socialiste.
Noske reconnaît que cette activité est presque nulle et qu'il n'a pas grand'chose à rapporter.

(…)

PROTESTATION CONTRE LA PRESENCE DU TSAR

Karl Liebknecht propose au congrès de voter une motion contre la présence du tzar en Allemagne.
Liebknecht dit que c'est un mensonge de prétendre que le tsar n'est pas responsable des atrocités qui se commettent en Russie. C'est lui notamment, qui fut le bailleur de fonds de l'organisation des cent noirs. C'est agalement lui qui fut parjure en déchirant la Constitution de la Finlande à laquelle il avait prêté serment de fidélité.
Le Parti socialiste ne doit pas permettre que le peuple allemand soit souillé par la présence de ce criminel couronné. Il faut qu'une résolution énergique de notre part povoque un tel mouvement de répulsion, que le tsar rouge soit obligé de quitter l'Allemagne, chassé par l'indignation publique.
Le congrès adopte la résolution suivante, par acclamation :

« Le congrès proteste contre l'infâme violation faite au peuple finlandais par le tsarisme, et lui exprime sa fraternelle sympathie dans sa lutte pour la liberté. Il lui garantit les secours et l'assistance du prolétariat conscient d'Allemagne.
Le congrès proteste avec énergie contre la présence en Allemagne du tsar, complice de toutes les atrocités et de toutes les infâmies de la contre-révolution russe, protecteur de Azeff et de la bande d'agents provocateurs, auteur responsable de la persécution des israélites, qui ne cesse de conspirer contre la liberté et l'indépendance du peuple finlandais.
Il est scandaleux qu'un pareil criminel couronné soit reçu par la nation allemande, protégé par les employés et les soldats allemands, entretnus par les contribuables allamands.
Le congrès déclare que la présence du tsar en Allemagne atteint le peuple dans son honneur et que celui-ci exprime au tsar rouge ses sentiments de répulsion.

LE SUFFRAGE UNIVERSEL EN PRUSSE

La congrès aborde la question du suffrage universel en Prusse. Rosa Luxemburg dépose une motion en faveur de la grève générale, signée par 60 délégués. Cette motion dit :

« Le congrès déclare être d'accord avec la décision du récent congrès prussien, disant que la conquête du suffrage universel ne peut se faire que par l'action énergique des masses populaires, qui doivent recourir à tous les moyens et, s'il le faut, à la grève générale. Le congrès déclare nécessaire de répandre par la presse et les assemblées publiques l'idée de la grève générale, comme pouvant être le moyen suprême de conquérir l'égalité politique ».

Une autre résolution, d'ailleurs vite retirée, est présentée par Locle et d'autres délégués qui réclament okus de liberté d'opinion (sic!) à la Neue Zeit pour la propagande de la grève générale.
Borgmann, le rapporteur de la question du suffrage universel, insiste sur les luttes du prolétariat pour la conquête du droit de vote et sur les avantages que ce droit offre au prolétariat ; il demande au congrès de repousser ma deuxième partie de la résolution Luxemburg, c'est à dire la partie où l'on recommande au parti de faire une propagande inlassable pour la grève générale, car sur la grève générale on en a assez parlé au congrès d'Iéna.

Rosa Luxemburg prend la parole pour soutenir sa résolution.
Elle dit que la résolution du comité directeur du parti ne fait que justifier les revendications du suffrage universel, tandis que la résolution présentée par elle complète l'autre, en tirant les conséquences politiques actuelles.
Depuis le dernier congrès prussien, le parti a fait un grand pas en avant. Déjà au congrès prussien, on a parlé d'être prêt à employer tous les moyens, dont la grève générale, pour faire aboutir le droit de vote. Toute la presse de province a discuté vivement la question de la grève. Et cela devait arriver, car les masses se rendent bien compte que seules les démonstrations ne suffisent pas à renverser la réaction. Il faut dire à ces masses qu'il reste encore un moyen, le plus efficae : la grève générale.
Et puis, la lutte ne dépend pas seulement des socialistes. Il ne faut pas oublier les réponses de la police aux démonstrations ouvrières. Le jour des grandes démonstrations, la caserne d'un régiment d'artillerie a été transformée en champ de bataille. Il faut rassurer aux masses qu'elles ne sont pas désarmées en face des provocations honteuses, qu'elles ont une arme précieuse : la grève générale.
Les cercles dirigeants du parti et des syndicats ont une répulsion pour la discussion publique de la question de la grève générale ; ils ont peur qu'à la suite de ces discussions, la grève générale n'éclate du jour au lendemain. On considère la discussion de la grève générale comme une sorte de jeu dangereux ; mais cette conception est tout à fait fausse. On ne peut provoquer artificiellement une grève générale, en en parlant souvent ; elle ne peut éclater que lorsque les conditions, la situation politique, la réclament. La meilleure preuve que les discours ne suffisent pas pour déclarer une grève générale, c'est l'histoire même de la grève générale. Domela Nieuwenhuis et les syndicalistes français ont toujours la grève générale sur leurs lèvres ; ils la propagent comme le moyen suprême contre tous les maux, et pensent pouvoir faire ainsi en 24 heures la révolution sociale.
Aucun homme sensé ne se soucie de la propagande, quand les conditions ne sont pas mûres. C'est maintenant, lorsque nous avons des syndicats patronaux, la tactique du lock-out, les oppositions violentes des classes, que nous voyons çà et là des grèves générales éclater, non pas parce que les socialistes les propagent mais par suite des conditions historiques. La grève générale est un moyen excellent pour léveil de la conscience de classe et pour l'éducation du prolétariat.

(…)

Eugène Ernst dit qu'il n'y a aucun doute sur l'emploi de la grève générale, quand les conditions le demandent. Le comité l'a reconnu comme un moyen de lutte. Mais la grève générale a une trop grande importance pour qu'on puisse la déchaîner sans aucune préparation. Il faut s'entendre avec les syndicats avant de prendre une pareille résolution, car cela serait un acte peu courtois à leur égard. « Précisément parce que nous avons toujours en vue l'éventualité d'une grève générale, nous vous prions de repousser la résolution de Rosa Luxemburg ».
Le président Klüss donne lecture d'une déclaration signée par quelques délégués, qui demandent le rejet de la résolution de Rosa Luxemburg, car le congrès ne peut prendre aucune décision avant de s'entendre avec les syndicats, de qui dépend la réalisation de la grève générale ; l'adoption immédiate de cette résolution ne pourra que nuire aux deux organisations, politique et syndicale.

Dissmann soutient la résolution de Luxemburg, en disant que la protestation des chefs des syndicats est tout à fait inutile, car Luxemburg, elle aussi, dans un journal du pari, a reconnu la nécessité de la collaboration des syndicats pour l'exécution de la grève générale.
Leinert combat la résolution pour la grève générale, car au congrès de Mannheim, on a décidé que les mesures pour la grève générale doivent être prises après un commun accord entre le parti et la commission syndicale. Cette discussion lui semble tout à fait inutile, devant la situation splendide qui s'annonce pour les élections prochaines.
Heine n'est pas contre la discussion de la grève générale, sans être d'accord avec la résolution de Luxemburg.
Clara Zetkin parle en faveur de la grève générale.
Severing : La grève générale doit être discutée entre le parti et la Commission générale des syndicats, et toutes les résolutions présentées avant cette entente doivent être repoussées.
Liebknecht, un des signataires de la résolution présentée par Luxemburg, parle en faveur de la propagande de la grève générale.
Bergmann prend le dernier la parole, pour dire que la deuxième partie de la résolution lui paraît inacceptable.
Avant de procéder au vote, Clara Zetkin déclare que la deuxième partie de la résolution Luxemburg est retirée.
On adopte la résolution du Comité directeur, ainsi que la première partie de la motion de Rosa Luxemburg.

La Coopération

Le rapporteur de la question coopérative, Fleissner (…) La discussion est ouverte. Deux tendances sont en présence, l'une avec Peus, Kalzenslein, Stol défend la thèse que la coopération est unmoyen puissant d'émancipation de la classe ouvrière ; l'autre, avec Wurm, déclare qu'il ne faut pas exagérer l'influence de la coopération.

mardi 27 septembre 2016

FASCISME ET CLERICALISME


par Jean Cotereau (Cahiers mensuels Spartacus n°17, mai 1947)

 Il fût un temps où les Cahiers Spartacus n'étaient pas cornaqués par un lâche quarteron d'épiciers à idéologie stalino-anarchiste bcbg pour clientèle bobo.





 
"...Le fascisme a été la réaction violente du capitalisme contre la menace marxiste, après la Révolution de Russie. Tendant à diviniser l'Etat il était une religion. L'Eglise ne pouvait que le condamner dans ses dogmes. Mais le cléricalisme lui aussi était une réaction contre l'idéologie marxiste. Une haine commune rapprochait les deux mystiques adverses sans parler d'un goût commun de l'autorité.
Contre le communisme italien qui battait ses portes, le Vatican voyait se dresser « l'ancien marxiste anticlérical qu'était Mussoloni ». D'ailleurs le Duce s'était converti avec ostentation. Un premier contact entre lui et le cardinal Gasparri aboutissait au sacrifice par le Pape de son « parti populaire » et au renflouement par l'autre partie de la banque romaine, très chère au Vatican. Les accords de Latran lièrent « indissolublement » à l'acte diplomatique, qui concédait au Saint Père, outre un Etat symbolique, une coquette indemnité de 750 millions de lires, comme « condition absolue » un concordat qui, de l'aveu même de Pie XI (Lettre au cardinal Gasparri, 30/6/29) faisait de l'Italie un « Etat fasciste » certes mais « catholique », où le blasphème était un délit, l'enseignement religieux obligatoire dans les écoles et la religion catholique « la seule religion de l'Etat ». Aussi « l'italinissime pontife » salua-t-il dans l'assassin de Matteoti « un homme que la providence lui avait fait rencontrer ». Malgré bien des querelles ultérieures, Pie XII soutiendra, jusque dans l'affaire des sanctions, l'Italie catholique contre l'Ethiopie schismatique, attestant sa sympathie croissante pour un Duce souvent odieux, mais en fin de compte précieux.
On fait état aujourd'hui des persécutions antireligieuses en Allemagne. Nous ne les nions pas ; nous en plaignons les victimes et en détestons les exécuteurs. Mais puique l'Eglise parle sans cesse d'expiation, n'a-t-elle pas été punie elle aussi – et cruellement – de sa politique opportuniste du début ? Nous lisons dans la brochure du catholique Kurt Turmer, « Hitler contre le pape » : p.22 « Sans l'aide d'un gentilhomme catholique, M.Frantz Von Papen, Hitler ne serait jamais devenu chef du gouvernement » et (p.34). « Dans un pays très catholique... un des principaux leaders catholiques me disait en 1933 : « Hitler est contre les juifs, les francs-maçons et les bolchevistes ; cela suffit pour me le rendre sympathique ». Ce Monsieur... a depuis changé d'opinion. Mais l'état d'esprit qu'il manifestait est toujours assez répandu... grâce au fallacieux dilemme : Hitler ou Moscou, Hitler a réussi en Allemagne (entr'autres choses) à gagner le concours ou la complicité de certains milieux catholiques ». La Croix confirme (9/8/33) « Le fascisme et le racisme sont... tout ce que vous voudrez d'irritant et de funeste. On a peine à croire qu'ils représentent le régime de l'avenir, sinon dans une vague préfiguration (!). Mais, tels quels, ils exterminent et abolissent le marxisme, sans que celui-ci soit capable d'opposer la moindre résistance... Et, détail auquel on ne saurait trop s'arrêter (malgré leurs excès) ils traitent, composent s'accommodent avec la religion catholique ».
D'ailleurs, à peine arrivé au pouvoir, Hitler déclare au Reichstag qu'en raison du cas qu'il fait du christianisme comme fondement de la vie morale du peuple allemand, il entend développer « les relations amicales avec le Saint Siège » sans retirer sa condamnation doctrinale antérieure de « l'épiscopat allemand » dans une déclaration du 28/3/33, croit pouvoir « céder à l'espoir confiant que les interdictions et avertissements généraux ne sont plus à considérer comme nécessaires ». Le 27/7/33 la Croix salue le concordat allemand du 20 juillet comme « le plus grand événement religieux depuis la réforme » et se réjouit de ce que le nouveau régime scolaire allemand comporte « l'exclusion complète du laïcisme dans l'école ». Le très clérical M.Pernod remarque dans les débats (24/7/33) « qu'un régime presqu'unanimement réprouvé vient de trouver à Rome, auprès de la plus haute puissance spirituelle de l'univers, un appui moral que beaucoup d'autres régimes et moins contestables pourraient à bon droit lui envier » et que « pour obtenir à Rome le résultat qu'ils cherchaient, les négociateurs allemands ont fait valoir la lutte entreprise par le troisième Reich contre le bolchevisme et l'athéisme ». Au début de l'Encyclique Mit Brennender Sorge » le pape embarrassé, devait rappeler qu'il ne refusait « à personne, pourvu qu'on ne le repoussa^t pas, la main de l'Eglise mère ». A personne, même au pire criminel, pourvu qu'il serve ses intérêts. L'Eglise qui avait applaudi aux persécutions contre les marxistes, les républicains, les francs-maçons, n'a commencé à protester que lorsqu'à propos des jeunesses en particulier, le totalitarisme nazi se heurte à son totalitarisme. Elle n'a absolument aucun titre à se présenter auprès des démocraties comme une championne de la liberté, alors qu'elle n'a fait que défendre sa mystique contre une autre, sa tyrannie contre une autre.
Après les documents d'origine catholique, que nous venons de citer, il sera commode de traiter de faux sous prétexte que ces documents ont été publiés par Franc Tireur ou par des journaux communistes : le télégramme (lu au procès de Nuremberg par l'avocat de Frick) « envoyé au haut commandement par le cardinal archevêque de Cologne, félicitant Hitler pour la remilitarisation de la Rhénanie », le passage suivant, cité à la même occasion, d'une déclaration des prélats autrichiens au moment de l'Anschluss. « Nous sommes persuadés que le danger du bolchevisme a été écarté grâce à l'activité du mouvement national-socialiste », enfin, cette déclaration des évêques allemands réunis à Fulda en août 36 : « L'Eglise catholique s'associe au national-socialisme pour lutter contre le bolchevisme mondial. Elle implore la bénédiction du ciel pour l'oeuvre du Fuhrer. Elle déclare mettre ses forces spirituelles au service de la communauté nationale ». Au total, l'hérésie nazie dûment condamnée, ou s'accommoda du régime tant bien que mal, quitte à balancer ensuite entre la condamnation des persécuteurs antichrétiens et la bénédiction d'une Wehrmacht opportunément dressée contre d'autres persécuteurs.
L'Eglise soutient ou combat une dictature suivant que celle-ci s'exerce à son profit ou contre elle. Elle a appuyé les fascismes cléricaux de Dollfuss, de Salazar, de Franco. Béni à plusieurs reprises et tout récemment encore par le souverain Pontife et des évêques du monde entier, dans une lettre à l'antéchrist allemand, le Caudillo ne s'en déclarait pas moins lié à lui « d'une manière indissoluble », et au moment de sa mort, faisant décerner par sa presse « la palme du martyre » à ce « fils de l'Eglise catholique », tombé comme « un chevalier » (Temps Présent, 22/6/45).
Revenons à notre pays. L'Eglise, quoiqu'elle prétende aujourd'hui, n'avait pas tellement condamné le fascisme que de nombreux cléricaux français n'aient pu se rallier à lui. « La nécessité se fait jour, écrivait Jean Guiraud dans la Croix (22/7/34), d'un Etat fort et sachant imposer à tous les sacrifices exigés dans l'intérêt général ».
Or, les ligues factieuses d'avant-guerre, nationalistes ou antisémitiques, s'étaient reconstituées sous d'autres noms et avec une puissance accrue. Elles avaient recruté – et pour les mêmes raisons – les mêmes éléments sociaux : anciens combattants et jeunes bourgeois, que les légions des fascismes italien et allemand. Elles ne pouvaient que comporter une masse de cléricaux, formés dans les jésuitières à l'école de Barrès, Psichari, Maurras, Bergson, tous avides de dresser contre un marxisme ennemi de leurs intérêts de classe, les deux idéologies : catholicisme et fascisme qui s'avéraient conciliables et seules capables de le conjurer. Le nom de clérico-fascistes leur convient parfaitement.
Le « Croix de Feu » Ch.Vallin parlait de remettre la France en « état de grâce » ; La Roque déplorait « l'éclipse de tout esprit social conforme à la civilisation chrétienne » (La France sauvée par le P.S.F.) et en 36/2, Jean Renaud organisait une expédition punitive contre l'école sans Dieu de Morsang sur Orge. Bucard invoquait « les grands évêques et les saint prêtres », stigmatisait les « lois d'exception contre les religieux et les bonnes sœurs, et s'écriait : « Pour vaincre le communisme, que les chrétiens commencent à appliquer la religion en rendant le Christ au peuple ».
Vaincre le communisme : comme l'a reconnu le R.P. P.Fessard (Epoque 16/8/46), c'est bien la peur de celui-ci qui avait rejeté vers le fascisme les anciens partis nationaux. Certes il y eût : des « libres penseurs » comme Déat pour évoluer vers l'hitlérisme ; des cléricaux antipapistes comme les excommuniés de l'A.F. ; des catholiques antifascistes comme Marc Sangnier et Francisque Gay ; des hommes « d'action catholique », étrangers à toute politique non strictement confessionnelle. Il n'en reste pas moins que toute l'aile droite de l'armée cléricale française, gagnée par le fascisme latin, a formé, sinon la totalité, du moins la majorité, de ces ligues factieuses dont le but, à peine caché, était de renverser la République.

dimanche 25 septembre 2016

Le drôle de déracinement ouvrier de Simone


La jeune professeure mystique embrigadée dans la guerre d'Espagne
La douce complainte d'une anarchiste mystique


Il est intéressant de lire ou relire Simone Weil, non pas que cette femme à l'intelligence éblouissante soit un sérieux creuset de réflexion politique révolutionnaire – il suffit de voir comment le semi-identitaire Causeur la transforme en prophète de la décadence moderne et Gallimard qui ouvre son tiroir-caisse – mais parce qu'en frôlant souvent la vérité elle a des éclairs de génie. Sa pensée philosophique est datée, son « enracinement » est écrit à la veille de la fin de la Seconde Guerre mondiale, empreint des plus grands regrets pour la débâcle française en même temps que bizarre apologie de la nation (« le peuple français a ouvert la main et laissé la patrie tomber par terre »), moins bête certes que celle de Sarkozy avec l'invention originelle des gaulois (dont se moquait déjà Simone), mais regrettant que les ouvriers ne veuillent plus perdre leur sang pour celle-ci. Selon elle, la nation française ne remonte qu'au Moyen âge. Mais, par endroits, la réflexion semble faire écho à notre époque où la confusion règne en politique et où la lutte sociale semble liquéfiée dans la sociologie empirique moderniste, et la guerre un simple épisode de nouvelles guerres de religion.
En lisant les pensées philosophiques un peu décousues de l'ex-militante de la troupe de Durruti en Espagne je me suis demandé si, finalement, de nos jours elle ne se serait pas convertie elle aussi à l'islam, nouvelle religion des pauvres (toutes les religions sont en compétition au hit parade de celle qui sera la « vraie » religion des pauvres, cette partie inoffensive et invisible de l'humanité capitaliste. Pas du tout invraisemblable – elle en vient à se plaindre que la religion soit « dégradée au rang d'affaire privée » - sa pensée est complètement imbibée d'idéologie chrétienne, ce qui est aussi aliénant que l'islam pour toute compréhension rationnelle du passé et de l'avenir. Son soudain mysticisme ne peut s'expliquer que par un retour en arrière au culte du passé, typique des religions, au moins le passé c'est du béton : ces salauds de rois ont « déraciné » nos cultures provinciales, déraciné, pour ne pas dire éradiqués les coutmes de nos bretons et de nos berrichon. On a oublié que la Commune de Paris avait été au début une « explosion de chauvinisme aigu ». L'adjectif policier en France est une des insultes les plus sanglantes.La notion de classe sociale est indéterminée : « Marx, qui fait reposer sur elle tout son système, n'a jamais cherché à la définir, ni même simplement à l'étudier ». La vraie nation pour cette pauvre Weil, qui enthousiasma le nihiliste Camus... c'est le Christ. Et son petit Jésus, le grand Charles à Londres.

Dans nos conversations privées, nous avions parlé, Marc Chirik et moi, du cas Simone Weil, dont je disais mon étonnement de la qualité de quelques parties de son raisonnement confus et cureton charitable. Marc m'expliqua que, avant la guerre, le milieu politique trotskiste et anarchiste face aux staliniens était très étroit ; tout le monde se connaissait. Il se rappelait avoir vu Simone Weil venant assister aux réunions politiques des petits groupements de la Gauche communiste antistalinienne, où elle avait sans doute puisé quelques unes de ses considérations radicales, quoique en triturant les conceptions : elle nomme impérialisme ouvrier le faux internationalisme stalinien par exemple. Son ouvrage l'enracinement qui est une sorte de testament de la fin de sa croyance en la classe ouvrière est terminé peu de temps avant sa mort tragique monacale, au même moment (1943) où la classe ouvrière en Italie vient de faire chuter Mussolini !
au fond une anarchiste mystique. On rencontre toutes sortes de gens en politique maximaliste, et de drôles de personnage aussi parfois.A la fin de la guerre, Marc Chirik fait de l'auto-stop. Dans le véhicule qui s'arrête il aperçoit un homme à la longue barbe. L'homme qui l'embarque le fascine immédiatement par sa rectitude morale et une poigne de fer peu commune. C'était l'abbé Pierre.

Il est une condition sociale entièrement et perpétuellement suspendue à l'argent, c'est le salariat, surtout depuis que le salaire aux pièces oblige chaque ouvrier à avoir l'attention toujours fixée sur le compte des sous. C'est dans cette condition sociale que la maladie du déracinement est la plus aiguë. Bernanos a écrit que nos ouvriers ne sont quand même pas des immigrés comme ceux de M. Ford. La principale difficulté sociale de notre époque vient du fait qu'en un sens ils le sont. Quoique demeurés sur place géographiquement, ils ont été moralement déracinés, exilés et admis de nouveau, comme par tolérance, à titre de chair à travail. Le chômage est, bien entendu, un déracinement à la deuxième puissance. Ils ne sont chez eux ni dans les usines, ni dans leurs logements, ni dans les partis et syndicats soi-disants faits pour eux, ni dans les lieux de plaisir, ni dans la culture intellectuelle s'ils essayent de l'assimiler.
Car le second facteur de déracinement est l'instruction telle qu'elle est conçue aujourd'hui. La Renaissance a partout provoqué une coupure entre les gens cultivés et la masse ; mais en séparant la culture de la tradition nationale, elle la plongeait du moins dans la tradition grecque. Depuis, les liens avec les traditions nationales n'ont pas été renoués, mais la Grèce a été oubliée. Il en est résulté une culture qui s'est développée dans un milieu très restreint, séparé du monde, dans une atmosphère très confinée, une culture considérablement orientée vers la technique et influencée par elle, très teintée de pragmatisme, extrêmement fragmentée par la spécialisation, tout à fait dénuée à la fois de contact avec cet univers-ci et d'ouverture vers l'autre monde.
De nos jours, un homme peut appartenir aux milieux dits cultivés, d'une part sans avoir aucune conception concernant la destinée humaine, d'autre part sans savoir, par exemple, que toutes les constellations ne sont pas visibles en toutes saisons. On croit couramment qu'un petit paysan d'aujourd'hui, élève de l'école primaire, en sait plus que Pythagore, parce qu'il répète docilement que la terre tourne autour du soleil. Mais en fait il ne regarde plus les étoiles. Ce soleil dont on lui parle en classe n'a pour lui aucun rapport avec celui qu'il voit. On l'arrache à l'univers qui l'entoure, comme on arrache les petits Polynésiens à leur passé en les forçant à répéter : « Nos ancêtres les Gaulois avaient les cheveux blonds ».
Ce qu'on appelle aujourd'hui instruire les masses, c'est prendre cette culture moderne, élaborée dans un milieu tellement fermé, tellement taré, tellement indifférent à la vérité, en ôter tout ce qu'elle peut encore contenir d'or pur, opération qu'on nomme vulgarisation, et enfourner le résidu tel quel dans la mémoire des malheureux qui désirent apprendre, comme on donne la becquée à des oiseaux.
D'ailleurs le désir d'apprendre pour apprendre, le désir de vérité est devenu très rare. Le prestige de la culture est devenu presque exclusivement social, aussi bien chez le paysan qui rêve d'avoir un fils instituteur ou l'instituteur qui rêve d'avoir un fils normalien, que chez les gens du monde qui flagornent les savants et les écrivains réputés.
Les examens exercent sur la jeunesse des écoles le même pouvoir d'obsession que les sous sur les ouvriers qui travaillaient aux pièces. Un système social est profondément malade quand un paysan travaille la terre avec la pensée que, s'il est paysan, c'est parce qu'il n'était pas assez intelligent pour devenir instituteur.
Le mélange d'idées confuses et plus ou moins fausses connu sous le nom de marxisme, mélange auquel depuis Marx il n'y a guère eu que des intellectuels bourgeois médiocres qui aient eu part, est aussi pour les ouvriers un apport complètement étranger, inassimilable, et d'ailleurs en soi dénué de valeur nutritive, car on l'a vidé de presque toute la vérité contenue dans les écrits de Marx. On y ajoute parfois une vulgarisation scientifique de qualité encore inférieure. Le tout ne peut que porter le déracinement des ouvriers à son comble.
Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines, car il se multiplie lui-même. Des êtres vraiment déracinés n'ont guère que deux comportements possibles : ou ils tombent dans une inertie de l'âme presque équivalente à la mort, comme la plupart des esclaves au temps de l'Empire romain, ou ils se jettent dans une activité tendant toujours à déraciner, souvent par les méthodes les plus violentes, ceux qui ne le sont pas encore ou ne le sont qu'en partie.
Les Romains étaient une poignée de fugitifs qui se sont agglomérés artificiellement en une cité ; et ils ont privé les populations méditerranéennes de leur vie propre, de leur patrie, de leur tradition, de leur passé, à un degré tel que la postérité les a pris, sur leur propre parole, pour les fondateurs de la civilisation sur ces territoires
Les hébreux étaient des esclaves évadés, et ils ont exterminé ou réduit en servitude toutes les populations de Palestine. Les Allemands, au moment où Hitler s'est emparé d'eux, étaient vraiment, comme il le répétait sans cesse, une nation de prolétaires, c'est à dire de déracinés ; l'humiliation de 1918, l'inflation, l'industrialisation à outrance et surtout l'extrême gravité de la crise de chômage avaient porté chez eux la maladie morale au degré d'acuité qui entraîne l'irresponsabilité.
Les espagnols et les anglais qui, à partir du XVIe siècle, ont massacré ou asservi des populations de couleur étaient des aventuriers presque sans contact avec la vie profonde de leur pays. Il en est de même pour une partie de l'Empire français, qui d'ailleurs a été constitué dans une période où la tradition française avait une vitalité affaiblie. Qui est déraciné déracine. Qui est enraciné ne déracine pas.
Sous le même nom de révolution, et souvent sous des mots d'ordre et des thèmes de propagande identiques, sont dissimulées deux conceptions absolument opposées. L'une consiste à transformer la société de manière que les ouvriers puissent y avoir des racines ; l'autre consiste à étendre à toute la société la maladie du déracinement qui a été infligée aux ouvriers. Il ne faut pas dire ou penser que la seconde opération puisse jamais être un prélude à la première ; cela est faux. Ce sont deux directions opposées, qui ne se rejoignent pas.
La seconde conception est aujourd'hui beaucoup plus fréquente que la première, à la fois parmi les militants et dans la masse des ouvriers. Il va de soi qu'elle tend à l'emporter de plus en plus, à mesure que le déracinement se prolonge et augmente ses ravages. Il est facile de comprendre que, d'un jour à l'autre, le mal peut devenir irréparable.
Du côté des conservateurs, il y a une équivoque analogue. Un petit nombre désire réellement le réenracinement des ouvriers ; simplement leur désir s'accompagne d'images dont la plupart, au lieu d'être relatives à l'avenir, sont empruntées à un passé d'ailleurs en partie fictif. Les autres désirent purement et simplement maintenir ou aggraver la condition de matière humaine à laquelle le prolétariat est réduit. (… ) L'effondrement subit de la France, qui a surpris tout le monde partout, a simplement montré à quel point le pays était déraciné. Un arbre dont les racines sont presque entièrement rongées tombe au premier choc. Si la France a présenté un spectacle plus pénible qu'aucun autre pays d'Europe, c'est que la civilisation moderne avec ses poisons y était installée plus avant qu'ailleurs, à l'exception de l'Allemagne. Mais en Allemagne le déracinement avait pris la forme agressive, et en France il a pris celui de la léthargie et de la stupeur. La différence tient à des causes plus ou moins cachées, mais dont on pourrait trouver quelques unes, sans doute, si l'on cherchait. Inversement, le pays qui devant la première vague de terreur allemande s'est de loin le mieux tenu est celui où la tradition est la plus vivante et la mieux préservée, c'est à dire l'Angleterre.
En France, le déracinement de la condition prolétarienne avait réduit une grande partie des ouvriers à un état de stupeur inerte et jeté une autre partie dans une attitude de guerre à l'égard de la société. Le même argent qui avait brutalement coupé les racines dans les milieux ouvriers les avait rongées dans les milieux bourgeois, car la richesse est cosmopolite. ; le faible attachement au pays qui pouvait y demeurer intact était de bien loin dépassé, surtout depuis 1936, par la peur et la haine à l'égard des ouvriers. Les paysans étaient, eux aussi, presque déracinés depuis la guerre de 1914, démoralisés par le rôle de chair à canon qu'il y avaient joué, par l'argent qui prenait dans leur vie une part toujours croissante, et par des contacts beaucoup trop fréquents avec la corruption des villes. Quant à l'intelligence, elle était presque éteinte.
Cette maladie générale du pays a pris la forme d'une espèce de sommeil qui seul a empêché la guerre civile. La France a haï la guerre qui menaçait de l'empêcher de dormir. A moitié assommée par le coup terrible de mai et juin 1940, elle s'est jetée dans les bras de Pétain pour pouvoir continuer à dormir dans un semblant de sécurité. Depuis lors l'oppression ennemie a transformé ce sommeil en un cauchemar tellement douloureux qu'elle s'agite et attend anxieusement les secours extérieurs qui l'éveilleront.
Sous l'effet de la guerre, la maladie du déracinement a pris dans toute l'Europe une acuité telle qu'on peut légitimement en être épouvanté. La seule indication qui donne quelque espoir, c'est que la souffrance a rendu un certain degré de vie à des souvenirs naguère presque morts, comme en France ceux de 1789.
Quant aux pays d'Orient, où depuis quelques siècles, mais surtout depuis cinquante ans, les Blancs ont apporté la maladie du déracinement dont ils souffrent, le Japon montre suffisamment quelle acuité prend chez eux la forme acative de la maladie. L'Indochine est un exemple de la forme passive. L'Inde, où existe encore une tradition vivante, est assez contaminée pour que ceux mêmes qui parlent publiquement au nom de cette tradition rêvent d'établir sur leur territoire une nation du type occidental et moderne. La Chine est très mystérieuse. La Russie, qui est toujours mi-européenne, mi-orientale, l'est bien autant ; car on ne peut savoir si l'énergie qui la couvre de gloire procède, comme pour les Allemands, d'un déracinement du genre actif, ce que l'histoire des vingt cinq dernières années porterait d'abord à croire, ou s'il s'agit surtout de la vie profonde du peuple issue du fond des âges et demeurée souterrainement presque intacte.
Quant au continent américain, comme son peuplement, depuis plusieurs siècles, est fondé avant tout sur l'immigration, l'influence dominante qu'il va probablement exercer aggrave beaucoup le péril.
Dans cette situation presque désespérée, on ne peut trouver ici-bas de secours que dans les îlots du passé demeurés vivants sur la surface de la terre. Ce n'est pas qu'il faille approuver le tapage fait par Mussolini autour de l'Empire romain, et essayer d'utiliser de la même manière Louis XIV. Les conquêtes ne sont pas de la vie, elles sont de la mort au moment même où elles se produisent. Ce sont les gouttes de passé vivant qui sont à préserver jalousement, partout, à Paris ou à Tahiti indistinctement, car il n'y en a pas trop sur le globe entier.
Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu'à l'avenir. C'est une illusion dangereuse de croire qu'il y ait même là une possibilité. L'opposition entre l'avenir et le passé est absurde. L'avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c'est nous qui pour le construire devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner il faut posséder, et nous ne possédons d'autre vie, d'autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l'âme humaine, il n'y en a pas de plus vital que le passé.
L'amour du passé n'a rien à voir avec une orientation politique réactionnaire. Comme toutes les activités humaines, la révolution puise toute sa sève dans une tradition. Marx l'a si bien senti qu'il a tenu à faire remonter cette tradition aux âges les plus lointains en faisant de la lutte des classes l'unique principe d'explication historique. Au début de ce siècle encore, peu de choses en Europe étaient plus près du Moyen Age que le syndicalisme français, unique reflet chez nous de l'esprit des corporations. Les faibles restes de ce syndicalisme sont au nombre des étincelles sur lesquelles il est le plus urgent de souffler.
Depuis plusieurs siècles, les hommes de race blanche ont détruit du passé partout, stupidement, aveuglément, chez eux et hors de chez eux. Si, à certains égards il y a eu néanmoins progrès véritable au cours de cette période, ce n'est pas à cause de cette rage, mais malgré elle, sous l'impulsion du peu de passé demeuré vivant.
Le passé détruit ne revient jamais plus. La destruction du passé est peut-être le plus grand crime. Aujourd'hui, la conservation du peu qui reste devrait devenir presque une idée fixe. Il faut arrêter le déracinement terrible que produisnet toujours les méthodes coloniales des Européens, même sous leurs formes les moins cruelles. Il faut s'abstenir, après la victoire, de punir l'ennemi vaincu en le déracinant encore davantage ; dès lors qu'il n'est ni possible ni désirable de l'exterminer, aggraver sa folie serait peut-être plus fou que lui. Il faut aussi avoir en vue avant tout, dans toute innovation politique, juridique ou technique susceptible de répercussions sociales, un arrangement permettant aux êtres humains de reprendre des racines.
Cela ne signifie pas les confiner. Jamais au contraire l'aération n'a été plus indispensable. L'enracinement et la multiplication des contacts sont complémentaires. Par exemple, si, partout où la technique le permet – et au prix d'un léger effort dans cette direction elle le permettrait largement - , les ouvriers étaient dispersés et propriétaires chacun d'une maison, d'un coin de terre et d'une machine ; et si en revanche on ressuscitait pour les jeunes le Tour de France d'autrefois, au besoin à l'échelle internationale ; si les ouvriers avaient fréquemment l'occasion de faire des stages à l'atelier de montage où les pièces qu'ils fabriquent se combinent avec toutes les autres, ou d'aller aider à former des apprentis ; avec en plus une protection efficace des salaires, le malheur de la condition prolétarienne disparaîtrait.
On ne détruira pas la condition prolétarienne avec des mesures juridiques, qu'il s'agisse de la nationalisation des industries-clefs, ou de la suppression de la propriété privée, ou de pouvoirs accordés aux syndicats pour la conclusion de conventions collectives, ou de délégués d'usines, ou du contrôle de l'embauche. Toutes les mesures qu'on propose, qu'elles aient l'étiquette révolutionnaire ou réformiste, sont purement juridiques, et ce n'est pas sur le plan juridique que se situent le malheur des ouvriers et le remède à ce malheur. Marx l'aurait parfaitement compris s'il avait eu de la probité à l'égard de sa propre pensée, car c'est une évidence qui éclate dans les meilleures pages du Capital.
On ne peut pas chercher dans les revendications des ouvriers le remède à leur malheur. Plongés dans le malheur corps et âme, y compris l'imagination, comment imagineraient-ils quelque chose qui n'en porte pas la marque ? S'ils font un violent effort pour s'en dégager, ils tombent dans des rêveries apocalyptiques, ou cherchent une compensation dans un impérialisme ouvrier qui n'est pas plus à encourager que l'impérialisme national.
(…) C'est pourquoi la France se sent mal à l'aise dans son patriotisme, et cela bien qu'elle-même, au XVIIIe siècle, ait inventé le patriotisme moderne. Il ne faut pas croire que ce qu'on a nommé la vocation universelle de la France rende la conciliation entre le patriotisme et les valeurs universelles plus facile aux français qu'à d'autres. C'est le contraire qui est vrai. La difficulté est plus grande pour les français, parce qu'ils ne peuvent pas complètement réussir, ni à supprimer le second terme de la contradiction, ni à séparer les deux termes par une cloison étanche. Ils trouvent la contradiction à l'intérieur de leur patriotisme même. Mais de ce fait ils sont comme obligés d'inventer un patriotisme nouveau. S'ils le font, ils rempliront ce qui a été jusqu'à un certain point, dans le passé, la fonction de la France, à savoir penser ce dont le monde a besoin. Le monde a besoin d'un patriotisme nouveau (…) Il est facile de se dire comme Lamartine : « Ma patrie est partout où rayonne la France... La vérité, c'est mon pays ». Malheureusement, cela n'aurait un sens que si France et vérité étaient des mots équivalents. Il est arrivé, il arrive, il arrivera que la France mente et soit injuste ; car la France n'est pas Dieu (sic!), il s'en faut de beaucoup. Le Christ seul a pu dire : « Je suis la vérité ». Cela n'est pas permis à rien d'autre sur terre, ni hommes, ni collectivités, mais bien moins encore aux collectivités. Car il est possible qu'un homme parvienne à un degré de sainteté tel que ce ne soit plus lui, mais le Christ qui vive en lui. Au lieu qu'il n'y a pas de nation sainte. »

Pauvre Marx qui n'était pas un saint ni immortel et qui meurt à 65 ans à peine.

samedi 24 septembre 2016

Chimulus: disparition du successeur de Reiser

Le monde du dessin de presse est en deuil. Le dessinateur Michel Faizant, connu sous le nom de Chimulus, est décédé le 17 septembre d'un cancer a-t-on appris vendredi 23 septembre.
C'est la banque d'images de dessins de presse Iconovox qui a annoncé la disparition de ce collaborateur dans un billet de blog après avoir été contacté par la famille.
Fils du dessinateur du Figaro Jacques Faisant, Chimulus avait commencé au JDD et au magazine ELLE avant de contribuer ensuite à La Tribune, Le Post et plus récemment pour l'OBS.





http://chimulus.blogs.nouvelobs.com/
http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/23/chimulus-mort_n_12153806.html

jeudi 15 septembre 2016

LA LUTTE DE PLACES DANS LE PARTI

« Sur soi, quelque chose rassure quand on vacille : c'est d'avoir une fonction, un titre, même modestes. Se retrouver dans une case, être « logé » par les autres. Quand on peut se dire : je suis gendarme, je suis chef comptable, je suis médecin. On se sent inscrit quelque part ».
Françoise Giroud

(extraits du livre de Guido Morselli : Le communiste, ed Gallimard 1978).

Résumé : Walter Ferranini, quarante-cinq ans, ancien cheminot venu de la base et qui a fait la guerre d'Espagne, homme intègre et austère, dont la seule raison d'être est le militantisme, vient d'être élu député sur une liste communiste. Coupé du contact vivant avec sa province, mal à l'aise parmi les grands dirigeants et les hommes d'appareil rompus aux habitudes de la capitale, il en viendra à entrer en conflit doublement avec la direction de son parti. Sa vie sentimentale ne le passionne pas : il craint trop le plaisir sous toutes ses formes, qui pourrait le distraire de « lunique nécessaire ». Il n'est pas moins bouleversé lorsque son organisation intervient dans sa vie privée et tente, pour des raisons de bienséance, de le détourner de sa compagne. Il est sommé brutalement de se renier comme « révisionniste ». Guido Morselli s'est suicidé en 1973, âgé de soixante ans. La plupart de ses livres n'avaient pas été publiés de son vivant.

« …
  • Les cadres, au sommet et aussi çà et là, alentour, c'est ça ?, seraient coupables, toujours à ton avis, de menchevisme, de social-démocratie. Il faut comprendre les deux termes dans le sens de propension au réformisme. Exact ? Comme remède, tu suggères évidemment une conversion à gauche dans l'appareil et dans les programmes. Entre parenthèses, je ne dirais pas que tu tiens à te montrer comme très original. Conversion à gauche et retour à la ligne staliniste : « ton » maximalisme. Entre autres, tu suggères que l'hymne Bandiera rossa soit remis à l'honneur. Et c'est peutêtre là ton idée la plus concrète. J'invite le camarade Ferranini à se faire l'écho de cette proposition dans les lieux opportuns.
    Mazzola semblait maintenant plus calme.

  • Mon maximalisme, répliqua-t-il, est différent de ce que vous imaginez. Il n'est pas aventureux, il n'est pas imaginaire. C'est un rappel à l'union, dans la discipline. Pour construire le communisme, je dis qu'il faut des hommes disposés à se sacrifier, à devenir, vraiment, « masse ». Non pas des hommes qui voient dans le communisme un poyen de s'affirmer. Les bourgeois nous accusent de nier la personnalité, autrement dit ils nous accusent justement de ce qui devrait être notre caractéristique, notre mérite. Ils trouvent également leur compte à exciter en nous l'instinct tout puissant de la personnalité chez un individu. Car ainsi ils nous désagrègent. Les nations du bloc communiste doivent exalter leur nationalisme, et voilà la Yougoslavie qui se détache, la Hongrie qui se révolte ; les hommes qui forment la masse communiste doivent exalter leur individualisme : c'est ce que veulent les bourgeois parce qu'ils savent qu'ainsi leur ennemi est liquidé. Et les Montobbio sont la liquidation du communisme. Je dis « les » Montobbio parce que le phénomène de l'individualisme, ou si vous préférez du personnalisme, de l'arrivisme, et caetera, est parmi nous un phénomène répandu.
  • Il faut, poursuivit cependant Mazzola, se noyer dans la masse, se renier en tant qu'individus.
  • Je vois qu'il y a aussi en toi une composante mystique, fit remarquer le camarade Pisani avec un demi-sourire. N'oublions pas que la réalité, y compris celle de la fédération du PCI de Turin est praxis...
  • Et moi je suis dans la pratique ! Car je dis que même si nous comptons cinq millions d'individus, d'hommes qui se sentent avant tout des individus, nous ne formons pas un mouvement communiste : et toi, excuse-moi, pourrais-tu dire le contraire ? Maintenant il y a deux tendances qui favorisent l'individu et qui s'opposent à la cohésion et à la masse, et l'une est la course au bien-être ; chez les ouvriers, c'est le scooter, la voiture de tourisme, la T.V. ; pour les Montobbio, ça se comprend, c'est bien plus. L'autre tendance, c'est le hiérarchisme. Moi je ne veux pas dépendre des autres, je veux émerger, je veux commander aux autres. Notez-le bien, cette seconde tendance, ne signifie pas intérêt politique. Absolument pas. Elle signifie l'abandon de cet intérêt. Nous qui sommes avec la base, nous savons qu'aujourd'hui la base est trop souvent apolitique. Essentiellement apolitique.

Là aussi, Ferranini ne pût s'empêcher de penser : Mais c'est qu'il a raison ! Il a raison !

  • Le hiérarchisme n'est pas le désir de responsabilité, c'est le désir de la « place » même à l'intérieur de l'organisation du parti. C'est pourquoi aux travailleurs, moi, contre le hiérarchisme, je prêche le grégarisme : défiez-vous des responsabilités ! On vous offre une charge à la commission intérieure, à la cellule, à la section ? Refusez-la donc ! Ne craignez rien, il y en aura toujours trop qui la désireront, cette charge, qui l'accepterons.

Debout dans l'embrasure de la fenêtre, le camarade Ferranini tambourinait avec sed doigts sur les carreaux, légèrement. Il se tourna en souriant :
  • Ton erreur est la vieille erreur anarchiste. Reconnais-le . Une erreur qui mène bien loin du socialisme. Toutefois, comme dans tes paroles il y a une implicite profession d'humilité, de subordination personnelle, de discipline, nous en prenons acte bien volontiers. Nous verrons dans quelle mesure tu te montrerars discipliné pour ce qui te concerne directement. Si et avec quel esprit tu te soumettras aux dispositions que le parti pourrait te donner.
  • Dispositions et peut-être mesures, dit Mazzola. J'ai déjà prévu cela, des charges j'en ai peu et elles sont modestes. Vous m'enlevez ça aussi ? Je serai content, je redeviendrai un partisan à cent pour cent. Je n'aurai certainement plus l'occasion de parler à une personne influente comme toi, camarade, et j'en profite pour exprimer une suggestion, quitte à sembler présomptueux. Faisons en sorte que, dans le parti, les gens désirent plus demeurer aux postes de travail qu'aux postes de commande.

L'autre ne jugea pas utile de répondre. Il donna un dernier regard par la fenêtre, à la branche majestueuse du magnolia qui continuait d'osciller dans le vent.

- Remets-toi, camarade Mazzola. Je te souhaite un bon réatblissement. Tu en as besoin.

dimanche 11 septembre 2016

BOBONNES ISLAMIQUES ET CCI EN PYJAMA

« Âgée de 19 ans, Inès M. semble tenir une place centrale au sein du venimeux trio. Fichée S depuis 2015 en raison de ses velléités de départ vers la Syrie, cette jeune femme établie dans un pavillon coquet de Tremblay-en-France a brutalement changé d'habitudes vestimentaires afin de porter le voile ». Le Figaro
«Le passage à l'acte de femmes téléguidées depuis la Syrie prouve que l'État islamique entend en faire des combattantes», souligne François Molins, qui précise qu'elles ne sont plus «confinées dans des tâches familiales et domestiques». Journaliste rapportant les propos de M. Molins



DU BURKINI AUX BONBONNES DE GAZ ET AUX BOBONNES ISLAMIQUES

Le feuilleton daechien se poursuit mieux qu'une série télé. Les arrêtés anti- burkinis peuvent être suspendus tout le monde s'en fout, l'automne est là. Les burkinettes anarchistes pourront toujours troquer le tissu collant contre une combinaison de plongée, aucun maire ne se risquera à interdire celle-ci. Retour aux habits d'hiver, paranoïa en plus, car, comme vous l'indique la première citation ci-dessus – une des fofolles islamingantes est...habillée pour l'hiver – on « change brutalement d'habitudes vestimentaires pour porter le voile » dans certaines banlieues... avec cette particularité qu'on se promène avec un couteau de boucher dessous... (l'une des fofolles, terme sexiste certes, a ainsi percé violemment l'épaule d'un policier). Pour ceux que cela défrise d'apercevoir une nonne bâchée il y aura désormais la crainte du coup de couteau de cuisine en pleine rue. Pour le gauchiste qui tolère une « religion des pauvres » c'est à nouveau de la sale propagande de gouvernement - qui, comme le démontre l'interprétation de ce procureur manipuleur - provoque sciemment le féminisme émancipé de la cuisine et de la boucherie. Avec la découverte des bonbonnes dans le coffre d'une voiture sans plaques minéralogiques et warning allumé, les bobonnes sont devenues terroristes1. Le scénario ne dévie pas de la cuisine médiatique. En quelque sorte se vérifierait une « évolution » islamiste du cas de la femme, enfin bombe humaine à l'égal de l'homme terroriste moyen ; au paradis l'attendent 72 Chippendales aux corps bodybuildés pour un gangbang céleste.

Victor Hugo n'eût pas imaginé des bonbonnes de gaz placées non loin de Notre Dame par bobonnes interposées2. Misérables ! Eût-il protesté ! Dénoncé l'amalgame raciste entre Notre Dame et une bobonne islamisante ?

Rebondissement machiavélique incroyable, à faire pâlir tous les anarchistes athées mécréants de l'ordinaire complotisme d'extrême droite, il serait avéré « d'inquiétantes connexions des femmes djihadistes de l'Essonne » ; une des bobonnes était promise au tueur du curé, ou à l'égorgeur du couple de gendarmes, semble-t-il. On se rapproche de la houri sur terre. Daech se démocratise, se féminise, mais (faudrait-il s'en plaindre?) plonge dans l'amateurisme le plus stupide comme ceux d'en face: avant de pouvoir faire exploser de quelconques mécréants de passage, deux bobonnes se sont enfuies en prenant un garçon de café pour un policier (toujours le prestige impressionnant de l'uniforme), et la maison poulaga a mis trois heures avant de venir constater si le véhicule n'avait pas explosé ; la peur de l'uniforme des bobonnes islamiques sans doute ; quoique à notre humble avis elles n'étaient point discriminées par leur habit de carnaval islamique au jour du jour de l'attentat foiré.

APRES L'ETE INDIEN DU BURKINI LE FOURNEAU GAUCHISTE DU CCI

Que les personnes qui tombent par hasard sur ce blog sans savoir distinguer Bordiga de Staline, passent leur chemin, que mes anciennes amantes qui veulent prendre de mes nouvelles et que les pétasses de Meetic qui n'ont pas donné suite ne se formalisent pas sur le sigle CCI, cela n'a aucune espèce d'importance, ce pourrait être aussi bien une mosquée avec mentalité d'assiégé ou un quelconque groupuscule gauchiste, vous mettez le terme secte à la place et vous comprendrez. Moi j'ajoute : secte malheureuse.

Voici pourtant le squelette d'un ancien groupuscule révolutionnaire qui se croyait promis à un grand avenir, rien moins qu'une cinquième ou sixième internationale, mais est tombé en désuétude pour ne pas dire décrépitude. Oui décrépitude conviendrait mieux, comme un vieux machin qui se traîne avec un déambulatoire et une nounou africaine à ses côtés qui se fait passer pour marxiste.
Veilleur de nuit le CCI ignore ce qui se passe le jour. Le « vieux » CCI avait donné vie à plusieurs bâtards dont on pouvait espérer qu'ils puissent faire oublier leur naissance trouble, de type parasitaire3. Une branche classique moins nombreuse que les doigts de ma main continue à radoter un anti-terrorisme couard et les billevesées sur « nos frères de classe immigrés », comme mes potes à la récré, et un paquet de « puces intellectuelles » bruxelloises sert de voiture-balai à la secte on Tour. Tous sont des repoussoirs à toute forme d'organisation crédible, les uns parce qu'ils n'ont jamais appris et radotent les mêmes sermons et les autres tirent dans tous les sens avec un œcuménisme sanctificateur nietzschéen dont sainte Rosa Luxemburg est la grande prêtresse qui pardonne tout. Même décrépi le CCI fait des efforts théoriques qu'on ne retrouve pas chez ses puces négatrices de toute organisation, et proches du mysticisme daechien : tout viendra du ciel. Ainsi, Bourrinet, dont j'ai salué le bon travail d'historien sur le maximalisme transalpin, a bénéficié pour un vieil article de 2011 d'une tribune à relents de revanche chez les puces bruxelloises : « Pathologie sectaire dans la gauche communiste », de la forteresse assiégée à l’écroulement de la Baliverna. S'appuyant sur le grand penseur Raoul Victor, ce roi des flûtistes sémantiques qui a toujours enrichi le marxisme avec les définitions du dictionnaire – auteur d'un article complètement décalé et hors sol sur les attentats de janvier 2015 – où les termes intransigeance et sectarisme valsent comme un couple d'éclopés, nous apprenait que les organisations maximalistes ne peuvent être peuplées que de mouchards (pas de la police, mais se mouchardant entre eux face au CC, commandement central si vous voulez. Et pour ne pas paraître nihiliste, comme daech lorsqu'ils font des conneries est couvert par le coran, invoque à tour de citations la sainte Rosa, démocratique et parfumée. Mais là où le bréviaire des tueurs islamiques ne masque plus les bandes manipulées par l'impérialisme, Rosa peut servir de cache-sexe aux balivernes luxembourgo-anarchistes de nos nihilistes bobos ultra-gauches (c'est le cas de le dire). Et Rosa avait, hélas, malgré son héroïsme incontestable un côté utopique et très sentimental4.

LE CCI EN TENUE DE PLAGE HUMANITAIRE

Salman Ruschdie a parfaitement résumé le scandale du burkini : une tenue ridicule mais qui ne méritait pas que les flics viennent sur les plages demander à la bobonne islamique de se désaper au milieu des baigneurs conformes et laids. Mais examinons l'angle d'attaque du CCI. Comme tout groupe sérieusement anticapitaliste il ne va pas s'en prendre aux pauvres ni aux victimes du flolklore musulmaniaque. Il dénoncera au passage ces « véritables camisoles de force contre les femmes, souvent victimes consentantes de leur propre prison vestimentaire et surtout idéologique » (le NPA va hurler et les traiter de fachos avérés!). Il ajoutera ces sublimes phrases marxistes qui éclairent si bien d'un coup de projecteur éclairé la noirceur obscurantiste  partie prenante de: « ...l'aliénation généralisée et totalitaire que fait subir la société capitaliste à l'humanité, une intériorisation des rapports sociaux de domination ».

Alors que dans un récent article, plus réfléchi, sur les délires de l'immigrationnisme à la Merkel, il semblait y avoir une ouverture du regard sur le mensonge déconcertant de tous les bons apôtres du capitalisme libéral et multiracial, on retombe dans l'ornière gauchiste, fondée sur cette culpabilité très christiano-bourgeoise à la Plenel, de prendre la défense des plus pauvres fussent-ils les plus crétins. Pensant bien sûr aux « frères de classe immigrés » et pas à la population prolétaire indistincte ou même à la population en général qui peut être la cible des criminels islamistes, la presse internétisée du CCI nous ressort le concept de pogrom, déjà fort rodé en interne contre les opposants et les « puces intellectuelles » externalisées. Le terme de progom fait peur, on ne peut pas oublier le juif bouc-émissaire, mais il s'agit là d'un anachronisme antifa, prisé par les discoureurs gauchistes. La population de croyance musulmane n'est nullement visée par une préparation de quelconques pogroms revanchards, quoique ce soit surtout une lubie des bobonnes gouvernementales à chaque fois qu'a lieu un pogrom de spectateurs ou de promeneurs. Laissons de côté ce terme connoté et inopérant de pogrom, même s'il se déroule quelques faits divers de vengeance ridicule.
Il y a bien une montée de l'obscurantisme dans la population civile, que reconnaît le CCI, mais sur lequel il ne développe pas (de peur de critiquer « les plus pauvres ») et qu'il recouvre du pudique sac à merde du Cac 40. Le Burkini fait partie d'une stratégie commerciale perverse, comme toute stratégie commerciale certes réplique tout un chacun. Mais des faits sont tout de même plus grave que l'interdiction, vite levée du burkini, ces agressions violentes de couples dont la femme était en short, de jeunes filles jugées trop dénudées par des bobonnes musulmanes en vadrouille ou des paumés déracinés qui traînent en bandes de désoeuvrés. Nous sommes certainement majoritaires en France à donner raison aux corses qui ont été mettre une râclée à ces gens qui prétendent imposer un mode de vie obscurantiste, qui est même étranger à l'islam classique puisqu'il n'est qu'un comportement calqué sur l'individualisme crasse dominant, si bien incarné par le portable et moâ, les « je fais ce que je veux », « c'est moi qui te donne des leçons de morale », « j'ai la priorité parce que je suis immigré ou fils d'immigré colonisé ». On ne peut pas combattre de façon rationnelle le délire islamiste, mais non plus le discours gouvernemental pervers, parti de Washington. Les Etats occidentaux condamnent le terrorisme islamique tout en le facilitant en externe et en interne, par la prolifération des guerres comme par une batterie de lois dites antiracistes qui éliminent toute opposition de classe. S'il ne s'agissait que de cogner à notre tour les bandes de donneurs de leçon d'islam, il existe les musclés nécessaires côté français et pas forcément des musclés recommandables. Le problème est politico-social. La classe ouvrière n'a rien à déléguer à la police qui fonctionne aux ordres de l'Etat bourgeois. Aucun citoyen n'a le droit de contester l'habillement de son voisin même s'il lui déplaît. C'est sur ce qu'on appelait autrefois le terrain de classe, cet euphémisme bizarre pour le lieu de travail, qui sera peut-être le dernier îlots pour empêcher la balkanisation islamique... bien que la gauche caviar ait tout fait pour répandre les salles de prière en usine. La gauche bourgeoise est tellement con qu'elle est prête à distribuer des bananes halal si cela permet la réélection de ses apparatchiks.

Pour les robustes tenant d'un marxisme inoxydable, il ne suffit plus d'en référer à la religion (en général) comme opium du peuple de ce bon Karl Marx d'une autre époque pour contrer les campagnes idéologiques bourgeoises et départager le bon grain de l'ivraie dans la mélasse médiatique5. La décomposition du capitalisme explique tout, et serait presque rassurante pour les esprits cartésiens même s'ils n'en voient pas le bout :

« Dans un contexte de tendance à la dislocation croissante du corps social, dans lequel la classe ouvrière ne parvient pour le moment pas à défendre une perspective révolutionnaire, le communautarisme, et toutes les tendances irrationnelles au repli sur soi se renforcent. Cette dynamique alimente les peurs, les incompréhensions, les préjugés xénophobes et raciaux, voire la haine aveugle et obsessionnelle d’une partie des “autochtones” envers les “étrangers”, et inversement ».
Et de montrer un doigt colérique aux corses :
« Ceci illustre la réalité du danger d’installation et de banalisation de la mentalité de pogrom au cœur même du capitalisme. Les difficultés actuelles de la classe ouvrière, même si elle n’a pas entièrement perdu sa capacité de résistance, sa capacité à renouer avec sa propre alternative révolutionnaire, tendent en effet à miner l’espérance en un monde meilleur dans l’esprit de nombreux prolétaires. Faute, pour le moment, de comprendre la nature réelle des rapports sociaux capitalistes et ce qu’ils contiennent de contradictions inextricables, faute de réelle perspective, le danger est de vouloir trouver des boucs émissaires aux “malheurs du monde”. Cette démarche réactionnaire, préconisant le retour chimérique à un “ordre ancien” où les rapports sociaux étaient prétendument plus “harmonieux” et “équitables”, perçoit les immigrés et les éléments les plus fragilisés par la crise comme les principaux responsables de cette illusion perdue et comme des fauteurs de troubles ».
Et de s'embarquer sur l'horrible xénophobie et de taxer le danger de populisme comme n'importe quel blog gauchiste : « jeu dangereux avec le populisme... (où) la classe ouvrière n'a rien à gagner en prenant partie sur ce terrain pourri et piégé de bout en bout par le nationalisme ».
Voilà, la même position rigide que Jules Guesde lors de l'Affaire Dreyfus, simple querelle entre bourgeois pour un militaire en plus ! La classe ouvrière doit rester indifférente6 aux sujets politiques (« piégés de bout en bout par la bourgeoisie », mais pas par les bonbonnes). La classe ouvrière n'a rien à dire sur le mode de vie, si elle réprouve le mode de vie obscurantiste qui se répand dans les ghettos de banlieue et dans le métro (= « confusion dans la tête des ouvriers »), c'est qu'elle n'est bonne qu'à voter pour la smala Le Pen.
Pourtant l'article, s'il passe à côté de l'essentiel en se focalisant sur la notion décalée et inappropriée de pogrom, remarque justement qu'il y a une « montée en puissance de l'obscurantisme religieux ». Si on voulait concevoir la notion de pogrom (très liée à celle d'antifascisme de salon) comme recevable, pardon alors qui sont les « pogromés » ? Mais les centaines de victimes françaises ou étrangères toutes religions confondues depuis janvier 2015, décimées à la mitrailleuse au Bataclan, écrasés comme des steaks hachés à Nice, égorgés comme le couple de gendarmes. Ces faits ignobles ne sont pas manipulation d'Etat ni une juste vengeance pour les enfantas massacrés en Syrie (version gauchos islamistes honteux). Ces crimes n'ont pas été commis par des suédois, quoiqu'on connaisse un norvégien capable de ce genre de saloperies. Ce n'est pas parce qu'on est pauvre ou mal payé quel l'on se « radicalise » (= égorgeur professionnel). Le passage au meurtre terroriste concerne généralement des noms à consonance arabe (que big brother démocratique a muté en initiales par antiracisme orwellien). L'expansion de l'univers du bazar et des femmes habillées en sacs de patate développe une clientèle musulmane, ciblée su je puid dire qui se coupe d'elle-même de plus en plus des « français racistes ». Le supermarché, devenu principale aire de loisirs, est devenu le carrefour des exotismes antipathiques, où l'indifférence traditionnelle des moutons consommateurs a cédé la place à une hostilité rentrée. Ce n'est ni le coran ni les simples petits désidératas des bobonnes anarchistes du fond de la cuisine qui sont responsables de cette atteinte au mode de vie laïque européen traditionnel7.
La faute à qui ? Au peuple ou aux gouvernants ? Cette traditionnelle billevesée était ressortie, lors d'une émission C' dans l'air, du placard par une journaliste qui fût très belle et assidue au plumard des politiciens du haut du panier : les masses allemandes ayant manifesté en faveur des bras ouverts à l'imigration massive, Mme Merkel avait été obligée de s'y conformer ! C'est formidable comme l'idéologie démocratique bourgeoise arrive à faire prendre ses désidératas pour vos désirs intimes ! Les besoins du capital allemand + le merdier immigrationniste provoqué par l'intervention homéopathique du capital américain contre daech et son ombre, sont bien au-dessus des émotions d'une partie de la population moyenne allemande ; émotions aléatoires comme l'on sait vu la contradiction sexuelle immanente de tant d'arrivées d'hommes seuls, non gérables par les sains bordels allemands.
Le tapis rouge pour se servir à fond de l'islam, puisque le stalinisme n'existe plus que dans les limites du stade de la Courneuve, est bien une volonté déterminée de l'Etat bourgeois (dois-je le répéter?) pour unifier les communautarismes ou faire croire à un faisceau d'intérêts communs : quel rapport entre un fils d'immigré de première ou deuxième génération et un migrant afghan ? Entre un migrant syrien catholique et un abruti salafiste bien français de souche ?
La bourgeoisie dominante, comme le capital marchant, s'est mondialisée. L'idée de nation ne lui importe plus, elle laisse cette lubie à ses opposants pratiquement ringardisés, mais qui serve au moins à faire croire qu'une école « républicaine », restaurant les valeurs nationales (préciser svp lesquelles?), qu'un retour au service militaire obligatoire restaurerait la morale...républicaine. Au niveau culturel c'est encore pire. Même Bordiga ne nous servirait plus à rien lui qui était acharné à dénoncer la laïcité bourgeoise et ceux qui voulaient s'en faire les complices. La laïcité est devenue presque un racisme. Loi hypocrite déjà en 1905, elle sert à tenter d'officialiser à son tour l'islam comme religion d'Etat. Pendant que les gauchistes barrent la route à la porte à un fascisme qui se faut attendre, l'islam entre par la fenêtre. Il ne constitue pas une troisième société, entre capitalisme et communisme, mais un des derniers balais qui tient la serpillière du capitalisme puant. Le CCI n'est pas obligé de fournir sa lessive.
Dans la définition du national-socialisme (lequel était quand même plus industriel et moderne que la bouillie islamique) par Trotsky en 1933, il suffit de remplacer ce terme par islamisme : « L'islamisme a amené à la politique les bas-fonds de la société. Non seulement dans les maisons paysannes, mais aussi dans les gratte-ciel des villes vivent encore aujourd'hui, à côté du XX° siècle, le Xe et le XIIe siècles. Des centaines de millions de gens utilisent le courant électrique, sans cesser de croire à la force magique des gestes et des incantations. Le pape à Rome prêche à la radio sur le miracle de la transmutation de l'eau en vin. Les étoiles de cinéma se font dire la bonne aventure. Les aviateurs qui dirigent de merveilleuses mécaniques, créées par le génie de l'homme, portent des amulettes sous leur combinaison. Quelles réserves inépuisables d'obscurantisme, d'ignorance et de barbarie ! Le désespoir les a fait se dresser, l'islamisme leur a donné un drapeau. Tout ce qu'un développement sans obstacle de la société aurait dû rejeter de l'organisme national, sous la forme d'excréments de la culture, est maintenant vomi : la civilisation capitaliste vomit une barbarie non digérée. Telle est la physiologie de l'islamisme ».

LA FEMME N'EST PAS L'AVENIR DE L'ISLAM


On se rappelle le poète Chénier exécuté sous la folie robespierriste (les islamistes et leurs amis délirants comme Dieudonné se gaussent d'ailleurs des égorgements jacobins) : « Du nom de liberté, le meurtre est revêtu ». Même les pires chauvines du féminisme reconnaissent une aptitude historique de la femme à la soumission (besoin du père, d'une protection, etc.). George Sand, comme le mouvement ouvrier au XIXe siècle considérait que les femmes non intégrées au travail et à la société civile n'étaient pas mûres pour le droite de vote. Elle estimait qu'avant d'avoir des droits politiques, il fallait que les femmes aient des droits civils. Elles devaient être des individus autonomes avant de pouvoir devenir des citoyens. C'est encore à peu près la situation de bobonne musulmane (et les gauchistes voudraient lui donner le droit de vote halal lorsqu'elle n'est pas française). Un nombre important de femmes musulmanes ne travaillent pas, on l'oublie, et donc sont complètement dépendantes de leur mari comme la femme de l'ouvrier au XIXe siècle. Dans ce cadre le voile devient un moyen d'affirmation d'une identité « protestataire », anarchiste de la cuisine, à défaut d'une quelconque identité qui n'est pas reconnue par la société - « bobonne au foyer » c'est encore plus négatif que chômeur8.

La femme n'est pas destinée à rester la bobonne de l'homme, ni la bobonne de l'islam modéré ou hard. Nous ne pouvons pas voiler que seule une révolution communiste mondiale peut faire sauter le capitalisme et sa version sociétale islamisée. Il paraît qu'il faudra être patient et tolérant.






NOTES:
1Bonbonne est déjà un mot étrange dont il est difficile de trouver une traduction sensée sur internet. Elle s'apparente à un vocabulaire argotique pourtant : Emballage contenant une substance illicite, généralement de la drogue, destiné à être transporté dans l’appareil digestif.

  • Au fait t’as fait quoi de la troisième bonbonne. — (Engrenages, Saison 1, Épisode 3, 2005)



2Le terme bobonne sera d'ailleurs bientôt sanctionné juridiquement dans le cadre des six mois de lutte gouvernementale et féministe contre le sexisme. C'est une bonne nouvelle pour l'émancipation de la femme quand l'on subit encore les deux définitions suivantes : Bobonne : Sens 1 Péjoratif
  • Sens 2 (non péjoratif)


3En réalité selon la secte malheureuse – ils ont tous triste mine – les progénitures ne sont pas de sang noble militant, mais du type des puces ou des poux, qualificatifs au demeurant très « marxistes », Marx et Engels n'aimaient jamais tant taxer leurs adversaires de « puces intellectuelles ». LO, plus « marxiste » encore nous qualifiait naguère de « morpions ». On verra plus loin que les puces peuvent être qualifiées de « pogromistes ». Les staliniens ont ensuite enrichi le vocabulaire « marxiste » : vipère lubrique, ver solitaire...

4Il est très à la mode de conspuer Lénine l'abominable centralisateur (qui inspire pourtant d'une certaine façon les partis bourgeois au pouvoir), en négligeant qu'il a dit des choses essentielles et toujours valables pour ceux qui restent sur le « terrain politique » du renversement de l'Etat bourgeois. Autre chose, quand Bourrinet veut différencier tradition stalinienne et un Orwell simplement « littéraire », il montre qu'il n'a rien compris ni au stalinisme ni à Orwell. Orwell, à partir du drame espagnol, a compris la nature pas spécialement bourgeoise du stalinisme – ce n'était pas son souci et il a fini collabo de l'Etat anglais en guerre – mais des systèmes d'oppression moderne, dont le stalinisme était partie intégrante : individuation aliénante, dépersonnalisation, culpabilisation, théorie du moi collectif, esprit sacrificiel des subordonnés, lavage de cerveau, etc. D'ailleurs le trotskysme dégénéré d'après guerre a fusionné avec le même travers orwellien. La plupart de ceux qui sont tombés dedans restent, je le constate et le regrette pour eux, marqués indélébilement. Bourrinet le sait, ancien de LO, passif qu'il vit comme un péché de jeunesse.

5Voici la citation de leur texte in extenso : « « L’apparition du burkini sur les plages est un phénomène encore très limité, mais il est aussi un signe tangible, comme l’essor spectaculaire des produits halal et du port du voile ces dernières années, de la montée en puissance de l’obscurantisme religieux qui, loin de “donner du sens à la vie”, est “tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple”.


6Les bordiguistes avaient fait très mal au CCI dans les années 1970 en dénonçant son « indifférentisme », qui était typique en effet du milieu ultra-gauche hautain, et que Marc Chirik avait négligé, rançon d'un recrutement essentiellement universitaire. Le CCI paye encore aujoud'hui les avanies de son indifférentisme... historique, et même « pogromiste hystérique ».

7Les Finkielkraut et Zemmour parlent d'Art de vivre à la française, ce qui n'est pas faux mais exagéré, comme tout ce que disent ces deux fayots d'un chauvinisme ringard. Ils font souvent pourtant ponctuellement des constats très justes, immédiatement conspués par le pouvoir et ses affidés (on l'oublie mais le pouvoir est gauchiste désormais). Zemmour court après les bons mots comme toutes les divas de l'écran, il n'est que notre Guitry moderne. Son dernier ouvrage compile sans gêne ses radotages à la radio, il est lassant mais dit une chose juste sur le cinéma musulmaniaque, il sert à diviser la classe ouvrière.


8Lire sur un des sites du Front de gauche, un recensement à réfléchir des écrits sur la soumission : http://www.gauchemip.org/spip.php?article5832