"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 17 mai 2012

DEBATS DANS LA GAUCHE MAXIMALISTE: UN RETOUR CRITIQUE NECESSAIRE par Klasbatalo


Ce texte vise à faire un retour critique sur notre texte publié l’an passé «Contribution à un état des lieux de la Gauche Communiste ».[1] Bien des choses se sont passées depuis sa parution, en particulier des débats et des appels faits par des groupes du milieu politique prolétarien. Nous tenons donc absolument à revenir sur ce texte puisqu’aujourd’hui nous voyons bien ses faiblesses politiques importantes qu’il nous faut absolument rectifier.
            Deux textes publiés par des organisations de la Gauche Communiste nous ont forcés à réexaminer les positions que nous avons développées dans notre « Contribution… ». Tout d’abord, le texte « Réponse au texte des Communistes Internationalistes – Klasbatalo sur leur Contribution à un état de la Gauche Communiste »[2] de la Fraction de la Gauche Communiste Internationale (FGCI) qui critique certains aspect de notre texte, en particulier son caractère centriste par rapport au conseillisme. Deuxièmement, l’éditorial de la revue Revolutionnary Perspectives #59[3] de la Communist Worker Organisation qui est venu démentir, en tout cas pour une majorité de sections territoriales de la Tendance Communiste Internationaliste (TCI) seulement, les critiques que nous avons adressé à celle-ci dans notre texte en ce qui concerne son refus en tant qu’organisation internationale de prendre ses responsabilité de pôle de regroupement. Ces deux textes ainsi que des débats intenses dans notre groupe comme entre notre groupe et la FGCI pendant plusieurs mois, ont fait en sorte que nous sommes capables aujourd’hui de faire ce retour critique nécessaire.
Mise en contexte
            De prime abord, remettons dans son contexte la rédaction de ce texte. Le milieu politique prolétarien était, et est toujours, accablé par le sectarisme et l’opportunisme alors que l’on voit éclore une crise économique sans égal depuis 1929, ce qui implique des attaques féroces de la bourgeoisie contre la classe ouvrière, mais aussi des riposte de celle-ci contre la classe dominante. Notre proposition de site Web de la Gauche Communiste[4] faite depuis quelques années visant justement à rompre avec le sectarisme ambiant et permettre un espace de débat et d’intervention politique de la Gauche Communiste n’a eu aucun écho hormis l’appui cordial de la FGCI. Le Courant Communiste International (CCI) amplifiait de plus en plus son ouverture vers l’anarchisme[5], aggravant ainsi son tournant opportuniste entamé depuis déjà quelques années. La Fraction Interne du Courant Communiste International (FICCI) quant à elle scissionna à propos de sa fonction  politique et de ses tâches futures. Cela donna naissance à la FGCI qui resta trop peu bavarde sur les enjeux politiques de la scission, s’en tenant à publier le strict minimum. La FICCI n’assuma tout simplement pas ses responsabilités de groupe prolétarien en intégrant Controverses sans annoncer publiquement ses raisons et en fermant son site internet. Et finalement, nous apprenions aussi l’existence d’une scission dans Battaglia Communista (section italienne de la TCI).[6] Il va sans dire que tous ses événements politiques laissèrent un esprit très démoralisateur et pessimiste dans notre groupe face au camp prolétarien. Bref, c’est avec ces éléments en tête qu’il faut comprendre notre « Contribution… » ses forces et surtout ses faiblesses. Mais nous avons aussi fait fi de toute la portée politique des critiques de la FGCI envers Controverses dans son texte « Le camp prolétarien a-t-il fait définitivement
faillite ? ».[7]
            À notre sens, la « Contribution… » souffre de deux faiblesses principales. La première étant une illusion politique quant au groupe Controverses et son programme, ceci expliquant les glissements conseillistes de notre texte. La deuxième étant notre critique de la TCI ainsi que de la position de la FGCI qui reconnait en la TCI un pôle de regroupement des forces communistes. Ce dernier aspect nous a amené à voir la TCI d’un point de vue statique, c’est-à-dire ne voir que ces faiblesses actuelles et passer outre son potentiel de pôle de regroupement. Dans l’élaboration de la critique de ses deux faiblesses principales, nous rejoignons aujourd’hui les positions politiques générales de la FGCI.
La « Controverses » sur la faillite de la Gauche Communiste
            Notre texte « Contribution...» était entre autres choses une réponse au texte de Controverses « Il est minuit dans la Gauche Communiste ».[8] Notre erreur a été de reprendre certaines thèses de Controverses tout en tentant de critiquer son texte. À la base de cette erreur, figurent des illusions de notre groupe face à Controverses. En effet, le fait que quelques années à peine après avoir publié notre proposition de site web de la Gauche Communiste un groupe fonde un « Forum de la Gauche Communiste Internationaliste » avait fait forte impression. Nous nous rendions bien compte qu’au forum de Controverses manquait les critères politiques clairs (dictature du prolétariat, parti international, intervention dans la classe) que nous avions établi dans notre propre proposition de site web. Plus grave encore, nous ne voyions pas à l’époque que nos deux forums visaient des buts bien différents. Le forum de Controverses n’est qu’un lien de rencontre informel pour permettre à des intellectuels académiques (avec de fortes tendances conseillistes) de discuter pour discuter, sans réels enjeux politiques derrière, alors que notre forum visait un regroupement des forces communistes dans le but d’intervenir activement et efficacement dans les luttes de notre classe ravivées par la crise économique en tant qu’avant-garde révolutionnaire organisée. Ainsi, nous avons été incapables de discerner les tares opportunistes de Controverses, tares que la FGCI avait déjà très justement souligné : « Ils renoncent à la lutte pour le regroupement de la Gauche communiste, c'est-à-dire qu'ils refusent et même renoncent à la confrontation des positions politiques réelles qui sont exprimées et défendues par les groupes les plus anciens et importants, en particulier dans leur presse et intervention. Ces gens-là préfèrent bavarder dans des réseaux ou pire dans des "structures" informelles où l'on entre et l'on sort quand on veut et où chacun, comme dans les "auberges espagnoles", propose ou reprend, selon son humeur, sa pauvre "production".»[9]
            Ses illusions ont fait en sorte que nous avons cédé à une conception centriste par rapport au conseillisme de l’organisation. En effet, nous donnions en partie raison aux camarades de Controverses lorsqu’ils affirment que « Comme le surgissement et la disparition des organisations révolutionnaires dépendent très étroitement de l’évolution du rapport de force entre les classes, et que l’exacerbation des conditions objectives et subjectives à la base des mobilisations ouvrières se déploie sur un laps de temps relativement court, Marx et Engels concevaient que l’existence de ces organisations était temporaire, intrinsèquement liée aux flux et reflux des luttes. »[10] Et on s’est trompé. On a là de la part des camarades de Controverses une conception nettement conseilliste de l’organisation qui est assez proche de la théorie « groupes d’opinions » chez les conseillistes des années ’30 (GIK hollandais et International Council Correspondance, par exemple). Ces derniers, comme Controverses aujourd’hui, enlevait toute importance aux minorités organisées et formées politiquement, c’est-à-dire à l’activité de parti, pour affirmé que les organisations prolétariennes de lutte de masse comme les conseils ouvriers se suffisent à eux-mêmes pour jouer leur rôle révolutionnaire. Les « individus révolutionnaires » n’auraient qu’à aller donner leur opinion aux conseils ouvriers qui, quant à eux, surgiraient et disparaîtraient au gré des fluctuations de la lutte de classe.
            Bien qu’il soit vrai qu’un court ascendant ou descendant des luttes de classe ait une certaine influence sur les organisations prolétariennes, un cours descendant des luttes peut être une des diverses raisons de la dégénérescence d’une organisation prolétarienne[11] tout autant qu’un cours favorable des luttes peut être une des diverses raisons du passage de la forme fraction à la forme parti, l’organisation prolétarienne, parti ou fraction, doit exister en permanence. Le caractère permanent de l’organisation  a une explication très simple : partie-prenante stable de la lutte de classe en tant qu’avant-garde révolutionnaire pour la forme parti et défenseur de l’intégrité du programme contre les attaques de l’opportunisme ainsi que passeur d’expériences politiques pour les prochaines générations de révolutionnaires dans la forme fraction.
            C’est ainsi toute l’expérience des mouvements révolutionnaires passés, expérience extrêmement précieuse transmise justement par les noyaux communistes ayant su résister à la contre-révolution comme le CCI ou la TCI, qui serait mise aux poubelles par la logique pernicieuse du programme de Controverses. Parce que ces groupes (CCI et TCI) auraient selon Controverses fait faillite, ces camarades viennent proposer explicitement de s’éloigner de ce qu’ils appellent des chamailleries politiques pour se concentrer sur un travail théorique de bilan[12] de cette supposé faillite de la Gauche Communiste. Pour Controverses, il faut « savoir se détacher des organisations formelles qui n’ont pas su s’adapter aux besoins de l’évolution du rapport de force entre les classes en se retirant des chamailleries stériles et en se consacrant à des tâches meilleures. »[13] Pire, les camarades affirment implicitement que pour mettre en œuvre leurs propositions il faudrait dissoudre les organisations existantes de la Gauche, pour « faire autre chose » ! Ce que Controverses appellent des chamailleries politiques n’est en fait que le processus certes rempli d’obstacles (entre autres, le sectarisme) mais nécessaire du regroupement des forces communistes. De plus, la volonté d’effectuer d’abord et avant tout un travail théorique, puisque selon Controverses la Gauche Communiste n’aurait rien produit au niveau théorique depuis trente ans, n’est qu’une rengaine d’intellectuel moderniste pour qui tout a failli, sauf évidemment son propre petit cénacle. Mais le plus grand danger, c’est que Controverses rejette la Gauche Communiste sous prétexte qu’elle aurait fait faillite alors que la crise économique s’aggrave, aggravant aussi la crise sociale : la lutte de classe. À quoi rime de rejeter les expressions politiques les plus avancées du prolétariat à l’aube de conflits sociaux d’ampleur historique ? Ça rime au conseillisme !
            Or, la Gauche Communiste n’a pas fait faillite. Un courant politique fait faillite lorsqu’il passe à l’ennemi, c’est-à-dire lorsqu’il défend théoriquement et pratiquement les politiques au sens large du terme de la bourgeoisie. La social-démocratie a fait faillite. Le trotskysme a fait faillite. Mais aucun groupe de la Gauche n’entre dans ces critères, elle n’est nullement en faillite. Cela ne veut pas pour autant dire qu’elle n’a jamais fait d’erreurs politiques ou de mauvaises analyses conjoncturelles.
            Les camarades de Controverses se mettent le doigt dans l’œil en essayant de justifier leurs positions politiques avec l’histoire de l’activité de Marx dans la Ligue des Communistes et dans la 1ere Internationale. En effet, ils font de la faiblesse une vertu. La Ligue ainsi que la 1ere Internationale ont été dissoute par leurs dirigeants parce qu’en tant que mouvement révolutionnaire ouvrier jeune et embryonnaire elles avaient tout simplement déjà cessé d’exister sous le regard impuissant de leurs militants. Controverses se sert de l’état d’impuissance dans lequel trempait le très jeune et inexpérimenté mouvement communiste du 19e siècle pour tenter de nous vendre que le mouvement communiste actuel, fort de plus de 150 ans de luttes et toujours bien vivant contre vents et marée, devrait se dissoudre, ou en tout cas, « faire autre chose » !
La TCI et son rôle de pôle de regroupement
            Dans notre « Contribution… », nous sommes restés perplexes et avons critiqué la position de la FGCI qui voit dans la TCI un pôle de regroupement des groupes communistes au niveau international. À la base de cette perplexité politique face à la TCI, il y deux aspects importants. Premièrement, la majorité de nos membres ont déjà été sympathisants du Groupe Internationaliste Ouvrier (GIO), section nord-américaine de la TCI. Sans s’éterniser sur la petite histoire, nous avons eu à combattre une tendance dans Klasbatalo à voir la TCI à travers l’expérience plutôt difficile et négative de certains de nos membres en tant que sympathisants d’un groupe, le GIO, dont les membres au Canada ne sont jamais bien étranger au sectarisme et à l’opportunisme. Mais là n’est pas le point principal.
            Notre erreur la plus importante a été de ne pas prendre en compte la portée politique de la position de la FGCI qui voit en la TCI un pôle de regroupement de la Gauche Communiste. Nous disions à l’époque : « Le fait est que pour les CI-K actuellement, non seulement la TCI n’a pas la volonté d’accomplir ce rôle (et c’est elle-même qui ne cesse de l’affirmer) mais nous pensons que, pire encore, elle n’est pas en mesure de le faire. Cette organisation, tout en gardant le cap sur les positions de classe, nous semble floue; on ne sait jamais trop ce qu’est le bureau, qu’est-ce qu’il fait, quelle est son intervention dans la classe. »[14] Nous n’avions pas absolument tord en affirmant cela. Mais, la question n’est pas là. En effet, on ne peut pas rester les bras croisés devant les hésitations de la TCI à prendre son rôle politique historique, il faut aussi essayer de la convaincre à travers la discussion. Nous croyons justement que c’est ce que fait la FGCI avec la TCI. Enfin, la manière dont nous comprenons aujourd’hui la position de la FGCI n’est plus « d’octroyer le contrat du pôle de regroupement à la plus base soumissionnaire en erreurs programmatiques »[15] comme nous l’avions affirmé avec un grain d’humour dans notre « Contribution… », mais bien lutter pour que la TCI, seule organisation de la Gauche actuelle qui a le potentiel politique de jouer un rôle de pôle de regroupement, devienne ce pôle de regroupement dont les petits groupes communistes comme le nôtre ont évidemment besoin.
            Mais voilà qu’entretemps la CWO publie dans sa revue un éditorial dont les positions politiques sur le camp prolétarien ont, et auront d’autant plus prochainement, une influence positive sur le camp et sur le processus de regroupement. Nous avons fortement appuyé cet éditorial dont voici un extrait d’une importance historique : « Sans attendre, les authentiques révolutionnaires ont une vraie bataille à mener pour que le prolétariat rejette non seulement les illusions des “anti-capitalistes” mais aussi les manipulations de la gauche traditionnelle. Nous avons besoin de créer un mouvement qui unifie tous ceux qui peuvent comprendre les problèmes dont nous parlons ici. Ce mouvement (ou parti) doit être guidé par une vision claire de la société que nous voulons. Nous l'appellerons “le programme communiste”. Il doit se baser sur les luttes autonomes de la classe ouvrière qui se libère, de manière croissante, des chaînes qu'un siècle de réaction nous a imposées. Son but doit être l'abolition de l'exploitation du travail salarié, de celle de l'argent tout comme celle de l'État, des armées permanentes et des frontières nationales. Nous devons réaffirmer la vision développée par Marx, selon laquelle nous nous battons pour une société de “libres producteurs associés”, société dans laquelle le principe est “de chacun selon ses capacités et à chacun selon ses besoins”. Aujourd'hui, il y a beaucoup de groupes et d'individus dans le monde qui, comme nous, défendent cela; mais, nous sommes soit trop dispersés soit trop divisés pour prendre l'initiative de former un tel mouvement unifié. Certains sont opposés, par principe, à la formation d'un tel mouvement, car ils pensent que le mouvement spontané se suffit à lui même. Nous aimerions partager leur confiance. Nous pensons que les révolutionnaires responsables devraient réexaminer leurs divergences et se demander si, à la lumière de cette période de la lutte de classe qui s'ouvre aujourd'hui, les divisions qu'ils pensaient avoir jusque là persistent. Nous devrions nous baser sur nos nombreux accords et non pas sur le peu de désaccords qui existent entre nous. Nous devrions chercher à travailler ensemble dans les luttes, non pour simplement recruter tel ou tel individu pour notre propre organisation, mais pour chercher à élargir la conscience de ce que signifie réellement lutte de la classe ouvrière. Face aux obstacles que nous avons soulignés plus haut, il serait suicidaire de ne pas le faire. »[16]
            Que dire de plus? Tout y est : la nécessité pour parvenir à l’objectif du renversement révolutionnaire de la société bourgeoise d’un parti avec des positions claires (le programme communiste) et la nécessité du regroupement des forces vives communistes pour constituer ce parti par le débat et la confrontation politique. La CWO, avec cet éditorial, a fait un grand pas vers la direction assumée du rôle de pôle de regroupement puisque tous les groupes communistes de par le monde peuvent se référer à cet « appel » de la CWO et ainsi commencer un processus de regroupement. D’ailleurs, la conclusion du tract du 1er mai 2012 renforcit même cette position pour l’ensemble de la TCI : La Tendance communiste internationaliste n’est ni « le parti », ni même le seul noyau d’une telle organisation. Cela dit, nous nous sommes donnés comme but de lutter aux cotés des militants et des militantes de la classe ouvrière et d’autres révolutionnaires pour progresser dans la construction de la nouvelle organisation révolutionnaire internationale. Nous invitons toutes les personnes qui s’identifient à cette perspective, de nous contacter et d’en discuter avec nous. Bref, dans le contexte actuel d’une montée des luttes et d’une volonté plus grande de regroupement des forces révolutionnaires internationalistes, le besoin d’une revue internationale et centralisée se fait sentir pour la TCI. Pour notre part, nous pouvons dire que nous sommes prêts à y participer par la diffusion, un soutien financier et de la traduction dans la mesure de nos faibles moyens.

            Finalement, nous devons rectifier une erreur de notre texte par rapport à la TCI et concernant l’Institut Onorato Damen (IOD). Nous avons écris : « Passons aussi sur le silence incroyable dont il (Battaglia) a fait preuve concernant l’IOD et sa récente réponse dont le caractère politique cherche encore à émaner. »[17] Or, la TCI n’a pas garder silence longtemps[18] sur la sortie de l’Institut de Battaglia Communista et sa réponse à l’Institut était correcte du point de vue du programme communiste et des principes prolétariens. L’Institut Onorato Damen, quant à lui a pris un chemin opposé : celui de l’opportunisme et du modernisme intellectuel.[19]
Conclusion
            Nous sommes aujourd’hui plongés dans un processus de montée des luttes de notre classe dans un contexte de crise économique inégalée depuis 1929. De par le monde, la classe ouvrière commence à lutter ou reprend la lutte contre l’austérité économique que la bourgeoisie internationale lui impose de force. Que ce soit par exemple en Grèce ou encore en Égypte, le prolétariat se met à défier les organismes d’encadrement bourgeois que sont les syndicats et les partis de la gauche du capital. Il est impossible de dire aujourd’hui si se jouent en ce moment des « années de vérités », mais les luttes de plus en plus massive de notre classe nous donnent la responsabilité, en tant que communiste de gauche, d’intervenir selon nos forces afin de transformer les luttes de désespoir sans lendemain en luttes victorieuses de la révolution communiste internationale. L’heure du regroupement de la Gauche Communiste approche. Un parti communiste international et internationaliste manque actuellement dans nos luttes.
            Dans cet ordre d’idée laissons le dernier mot aux camarades de la FGCI concernant ceux qui, dans le camp prolétarien, s’oppose au regroupement et au parti et ceux qui ont la capacité d’en accélérer et d’en faciliter la constitution :
            « S'appuyant sur le constat immédiat, mais non moins réel, de division et de sectarisme qui frappent les groupes se revendiquant de la Gauche communiste, ces éléments en rupture d'organisation et en quête de "liberté individuelle" affichent ainsi leur rupture - non déclarée, non ouvertement revendiquée - avec les orientations politiques qu'ils avaient pourtant défendues durant parfois des décennies au sein de leur organisation, en l'occurrence pour ces derniers dans le CCI. »[20]
            « Enfin, dans cette situation du camp prolétarien dans laquelle ces deux premiers courants ("Bordiguisme" et CCI) ne sont plus en capacité de faire face à leurs responsabilités historiques comme pôle de référence et de regroupement, la Tendance Communiste Internationaliste (ex-BIPR), seule organisation qui serait en capacité réelle d'occuper et d'assumer cette responsabilité, tend à n'en pas saisir toute l'importance et toute la signification historique, préférant en rester à ces certitudes immédiates. Certes, cette organisation réussit par moment et en certaines occasions à s'imposer comme ce pôle, au point de regrouper directement autour d'elle - ce que nous saluons et appuyons -, mais elle ne réussit pas à appréhender toute la dimension d'une politique déterminée de "regroupement" autour d'elle, se limitant justement à n'en voir la finalité que comme une adhésion immédiate. Du coup, elle tend à sous-estimer, voire à ignorer, les autres courants du camp prolétarien et l'indispensable lutte politique contre les dérives opportunistes qui s'y développent, n'y voyant, à son tour, elle-aussi, que des polémiques stériles. Pourtant combien d'éléments révolutionnaires en recherche de clarification et de cohérence politique - ils seront encore plus nombreux demain avec la crise et les luttes ouvrières inévitables qui se développent - pourraient ainsi se référer et s'orienter parmi les positions et groupes si la TCI assumait toutes les dimensions du rôle que l'histoire lui offre aujourd'hui. Quel pas en avant pour le regroupement ! »[21]
           


[5]Voir l’édifiante serie de texte « Gauche Communiste et anarchisme : ce que nous avons en commun » où CCI se tortille théoriquement pour faire passer les anarchistes « internationalistes » (sic) pour d’authentiques révolutionnaires. Le CCI, au lieu de tenter de créer des liens politiques avec les autres groupes communistes, en particulier la TCI, crée en falsifiant l’histoire un nouveau courant de faux révolutionnaires : les anarchistes internationalistes. On peut parler ici de la théorisation d’une tactique de front avec des organisations petite-bourgeoises. http://fr.internationalism.org/ri414/gauche_communiste_et_anarchisme_internationaliste_ce_que_nous_avons_en_commun.html
[11] Il existe un lien certain, qu’il faudrait certes approfondir, entre le fait que le CCI appelait les années 1980 les années de vérités (ce qui était à l’époque tout à fait légitime, par exemple avec la grève de masse en Pologne en 1980) alors que cette décennie s’est terminé par un nette recul des luttes politiques qui s’est encore aggravé dans les années 1990, années où le CCI innovait avec la théorie révisionniste et opportuniste de la décomposition du capitalisme.
[12] L’idée de faire un bilan de la Gauche Communiste, ou plus particulièrement du CCI vu qu’il est l’organisation la plus touché par l’opportunisme, n’est pas une mauvaise idée en soi. En effet, il y a de nombreuses leçons politiques importantes à tirer des raisons pour lesquelles une organisation prend un cours opportuniste. La FICCI (et maintenant la FGCI) a fait un travail très valable de bilan du CCI, mais qui sous certains aspects politiques est encore pour nous insuffisant. De son côté, Controverses ne fait pas de bilan de la Gauche, mais rejette plutôt le programme communiste et les organisations qui le porte pour adhérer à la logique révisionniste et moderniste du « tout nouveau, tout beau ».
[15] Idem
[19] Voir leur texte en réponse à Controverses : http://www.leftcommunism.org/spip.php?article279
[21] Idem

jeudi 10 mai 2012

LES PARTIS RIGOLOS EN OPPOSITION



Die Linke (Allemagne) Syriza (Grèce) Front de Gauche et NPA (France) Cinq Etoiles (Italie)

La décomposition des deux grandes ailes de la gauche bourgeoise européenne a donné naissance depuis la fin des années 2000-2010 à des espèces de partis bâtards, simplement produits par l’accouplement d’anciens staliniens et de vieux social-démocrates (le NPA, bien qu’issu d’un tronc trotskien girouette ne déroge pas à la même bâtardise idéologique°.
Ils ont en commun une réputation « radicale » outrageusement exagérée par les médias bourgeois. Ils sont les méchants de la farce électorale. Ils trépignent et crient, mais comme de robustes rabatteurs de l’électoralisme bourgeois. Ce sont les déchets terribles de la social-démocratie bourgeoise et du stalinisme désséché, terriblement figurants mais qui n’inquiètent ni les marchés financiers ni les politiciens de premier plan des partis dominant dans l’oligarchie. Le plus symbolique de cet alliage stalino-SD est Die Linke, mixture démocratique post gauchiste, qui participe à la comédie religieuse électorale comme les Verts, et qui ne vous est pas inconnu. Nous n’avons pas à aborder non plus dans cet aperçu rapide sur les nouveaux partis rigolos, le cache-sexe de la tentative de résurrection du PCF, ce lamentable Front de Gauche et son pitre Mélenchon qui a été incapable de devancer les présumés fachos du FN avec un discours antifasciste qui sentait la naphtaline.

En Italie, le plus rigolo « Cinq Etoiles »:

Succès électoral pour le machin du comique Beppe Grillo, qui a présenté des listes "antipolitiques" dans une centaine de villes (sur près de 1 000 concernées par le vote) lors du premier tour des élections municipales partielles italiennes, qui ont eu lieu les 6 et 7 mai. Le Parti des libertés de Silvio Berlusconi, et son allié la Ligue du Nord ont subi une lourde défaite, face aux listes de centre-gauche. Mais ce sont les listes Grillo qui ont créé la surprise. L'un d'elles s'est placée en troisième position à Gênes (dont Grillo est originaire) avec 14% des voix, une autre a même obtenu 20% à Palerme. Le mouvement démagogique "Cinq Etoiles" a harponné pas mal d’électeurs bobos lors du premier tour des municipales partielles en Italie bien que ces élections aient également été marquées par une forte poussée de l'abstention pour un type de scrutin habituellement très prisé des Italiens: le taux de participation s'établit à près de 67%, en recul de sept points par rapport à 2007. Le succès du mouvement "Cinq Etoiles" du comique Bepe Grillo, en lutte contre la "partitocratie" et très présent sur les réseaux sociaux, est en passe d’exalter la noria gauchiste européenne et les zombies communisateurs. "C'est juste un début. Les citoyens se réapproprient leurs institutions", s'est félicité Beppe Grillo dans un message sur YouTube ! Ouahou ! Ce clown devrait aller en Algérie pour tenter de redonner espoir aux électeurs dans la misère qui sont si nombreux à vouloir s’abstenir face à un gouvernement de bigot et une armée de sadiques.
Ces élections étaient un premier test politique près de six mois après l'entrée en fonction du gouvernement "technique" de François Hollande… pardon de Mario Monti, qui a mis fin au règne de Nicolas Sarkozy… pardon de Silvio Berlusconi, miné par la corruption et de multiples scandales. Les prochaines législatives doivent se tenir en avril 2013. Et on s’en tape.

Le moins drôle : Siriza en Grèce :

Dimanche, le parti de gauche radicale Syriza a créé la surprise en Grèce en rassemblant 16,5% des voix aux élections législatives anticipées. Mené par Alexis Tsipras, le parti a triplé son score de 2009 et a raflé 52 sièges à la Vouli, la Chambre des députés grecque, devenant ainsi le premier parti de gauche du Parlement. Dans les années 70, à l’image de ce qui s’est passé en Italie, le PC grec s’était divisé entre les staliniens favorables à l’influence de l’Union soviétique et ceux qui préféraient s’en détacher. Syriza [fondé au début des années 2000, ndlr], est issu des courants staliniens qui souhaitaient devenir indépendant de Moscou : la partie proeuropéenne du national stalinisme. Le PC commercial de Grèce, le KKE, avait réalisé 8,48% aux élections législatives, soit une augmentation de 0,9 points par rapport à 2009 ; Syriza, lui, a explosé, de 4,6% à 16,5%. Il paraît que le jeune arriviste à la tête de cette faction néo-stalinienne avait souhaité rencontrer le nouveau président français, lequel a décliné, cette faction hybride n’a aucune compétence à gouverner comme la bande à Mélenchon.

PARENTHESE SUR L’INTERREGNE EN FRANCE

Comme à l'UMP, le poignard est roi dans l'oligarchie de la gauche caviar. La veille de sa victoire annoncée, le « pote » Juju avait failli tout faire capoter avec son parrain DSK. Madame la nouvelle Première dame de France lui a fort justement botté le postérieur au siège des agapes du parti victorieux ; Juju, premier manipulateur de la jeunesse sous Tonton a longtemps rêvé décocher la timbale de premier flic. Il repassera.
Le prude Hollande doit faire avec un savant dosage de vieux crocodiles et de jeunes loups. Mais le problème n'est pas tant celui des personnes que de la prétention à être le "gouvernement de la France"; Sarko avait repris l'idée d'ouverture à Badinguet, débauchant quelques transfuges pour la galerie, tout comme il avait fait ami-ami avec les traîtres de la syndicratie. Hollande est confronté à la même gageure. Le hic est que les braves 18 millions d'électeurs qui l'ont sponsorisé ne veulent pas d'un gouvernement d'apparatchiks ni du louche politicien Fabius ni des arrivistes verts... pourquoi ne débaucherait-il pas, outre une poignée de bayrouistes, d'anciens ministres du blaireau dégagé? Rachida qui tiendrait sa revanche sur Fillon, Bertrand qui ferait la nique au blaireau bis Copé, et "la voix" ex-grand argentier pour la tradition gaullo-chiraquienne.... En laissant Mélencon jouer au beau Serge et Eva Joly à ses salades vertes.

Et si l’Euro explosait :

Par JEAN QUATREMER correspondant de Libé à Bruxelles
« Et si l’euro explosait ? Ce scénario catastrophe a refait surface sur les marchés financiers depuis le résultat calamiteux des élections législatives anticipées grecques de dimanche, qui a privé le pays de toute majorité viable. Ce n’est pas tant la Grèce comme telle qui fait peur, les marchés n’étant quasiment plus exposés à sa dette publique depuis sa restructuration, que les risques de contagion d’une éventuelle sortie de ce pays de la zone euro aux autres Etats fragiles, qui menaceraient l’existence même de la monnaie unique. Les taux d’intérêt des dettes espagnole et italienne ont ainsi recommencé à flamber sur le marché secondaire, celui de la revente, dépassant notamment à nouveau 6% pour l’Espagne ».

AFFOLEMENT, CONSTERNATION DES ECONOMISTES BOURGEOIS : sous la focalisation obsessionnelle sur la Grèce, la crise capitaliste ébranle tout ce beau monde.

L’express imaginant que le parti rigolo Syriza accède au pouvoir (fiction déjà forclose) :
« Aussitôt les coupes budgétaires annulées, le Fonds monétaire international et l'Union européenne couperaient les vivres à l'État grec. Or, ce dernier tourne grâce à une injection permanente de dizaines de milliards d'euros versés par ses partenaires. Credit Suisse a calculé que 143 milliards d'euros avaient été versés de 2010 à aujourd'hui. Athènes attend d'ailleurs un nouveau virement de 5,3 milliards d'euros. Si le fonds de sauvetage a approuvé cette aide, il a néanmoins réduit son montant d'un milliard qui a été bloqué pour un éventuel versement en juin.
Sans cet argent, l'État grec serait en faillite dès la fin juin. Le gouvernement aurait beau retarder le paiement de ses factures, il ne pourrait plus payer les fonctionnaires ou les pensions de retraite, passé quelques semaines. L'État ne pourrait notamment pas rembourser ses 25 milliards de dettes détenues par les banques locales. Un coup de plus pour ces établissements, eux-mêmes privés de leurs perfusions accordées jusqu'à présent par la Banque centrale européenne (BCE). Les banques en faillite, les entreprises ne peuvent plus payer leurs employés qui rejoindraient dans la rue les fonctionnaires et retraités à sec eux aussi.
Le retour à la drachme
À un moment donné durant l'été, pour éviter que la situation n'empire, le gouvernement serait forcé d'émettre sa propre monnaie pour payer ses dettes et les salaires. D'une façon ou d'une autre. «La Grèce pourrait choisir de sortir de la zone euro si elle était incapable de renouer avec la croissance en y restant, et si les mesures de rigueur sapaient l'attachement à l'idée européenne, ou encore si des populistes arrivaient au pouvoir», résume l'agence de notation Fitch. Le risque qu'un tel scénario se réalise est difficile à évaluer. Les analystes de Credit Suisse l'estiment à 15%, ceux de la banque américaine Citi entre 50% et 75%.
Le remède serait pire que le mal. «La Grèce vivrait un effondrement financier et une récession bien pire que celle qu'elle connaît actuellement», prévient Willem Buiter, chef économiste de Citi. Le pays verrait probablement son économie s'effondrer de moitié, selon Stéphane Déo, économiste chez UBS.
L'euro serait probablement remplacé par un retour à la drachme, l'ancienne monnaie grecque. Si le gouvernement décide au départ qu'une drachme égale un euro, cette parité ne durerait pas. Inflation galopante, fuite massive des capitaux étrangers… très vite, la nouvelle monnaie ne vaudrait plus grand-chose. À terme, les Grecs ne pourraient acheter avec une drachme qu'environ la moitié de ce qu'ils s'offraient auparavant avec un euro, estime Patrick Artus, le chef économiste de Natixis. 

Ruine des épargnants

La valeur de la drachme chutant de 50%, le prix des produits achetés à l'étranger, donc en monnaie étrangère, du pétrole à l'iPhone, doublerait. Or, la Grèce est un pays qui importe beaucoup plus qu'elle n'exporte. Les entreprises rencontreraient d'énormes difficultés avec leurs fournisseurs étrangers. Dans le même temps, les épargnants seraient ruinés, leurs euros ayant été transformés en drachmes lors de la sortie de la Grèce de la zone euro. En revanche, les endettés, à commencer par l'État, y gagneraient: leurs créances fondraient à mesure que la drachme s'effondre.
La crise se diffuserait en parallèle dans le reste de la zone euro. Athènes pourrait refuser d'honorer comme prévu ses dettes contractées par ses partenaires. En jeu, plus de 143 milliards d'euros accordés par les institutions internationales depuis 2010, selon les calculs de Crédit Suisse. Les banques, assurances et autres investisseurs privés étrangers seraient touchés à hauteur de seulement 36,3 milliards d'euros, selon les estimations d'UBS.
Pour autant, ce ne sont pas ces pertes directes qui inquiètent le plus. Le plus grand risque, mais aussi la plus grande inconnue, réside dans l'effet domino provoqué par l'événement. «Un tabou serait brisé, celui de la sortie d'un pays de la zone euro», souligne Willem Buiter. L'étendue du désastre dépendrait alors de la capacité des autres États européens à colmater la crise. Là, les avis divergent. Certains, comme Fitch, estiment que les outils anti-contagion existent, comme le pare-feu financier de 500 milliards d'euros. Et qu'un fort soutien affiché aux autres pays en difficulté, couplé à une intégration plus forte de la zone, calmerait les dernières craintes. Plus pessimistes, d'autres observateurs tablent sur une réponse insuffisante et trop tardive des États membres en cas de contagion. Comme ce fut le cas jusqu'à présent, soulignent-ils ».

Etonnant non ? L’élection de Hollande était annoncée comme une catastrophe, mais la catastrophe reste grecque. Double cata car, si d’une part, la Grèce est totalement insolvable (étant donné son régime moyenâgeux de non paiement de l’impôt foncier et une tricherie généralisée), comme il n’y existe aucune classe ouvrière homogène, il n’y a aucune chance pour que la solidarité (invoquée hystériquement par le gauchisme européen et les maximalistes suivistes). Au cas où il y aurait tout de même une solidarité compassionnelle de pauvres à pauvres, les partis rigolos se chargent de l’exterminer par leurs solutions rigolotes… nationales.