"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 10 octobre 2012

LA GUERRE SAINTE DU GENERAL CAMOIN



CETTE VIEILLE POLEMIQUE SUR LE MYTHE DE LA « GUERRE REVOLUTIONNAIRE »


« Les guerres anti-dynastiques de la révolution bourgeoise française,
par Robert Camoin (285 pages, à compte d’auteur, 2012)

« Eh quoi ! parce que des mandataires infidèles, les hommes d’Etat (les girondins) ont appelé sur notre malheureuse patrie le fléau de la guerre étrangère, faut-il que le riche nous en déclare une plus terrible encore au-dedans ? ». Jacques Roux
« Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs ». Blanqui

Auteur prolixe, Robert Camoin n’arrête jamais d’écrire, auteur « maudit » par les éditions généralement bourgeoises, il n’a eu de cesse de publier à ses frais depuis près de 50 années revues révolutionnaires (Cahiers du Communisme de Conseil, Jalons, Présence Marxiste), une vingtaine d’ouvrages et des centaines d’articles pour le mouvement ouvrier et pour la révolution maximale. Il est doué d’une plume musclée, chatoyante et aime parsemer ses écrits de mots rares comme cerise sur le gâteau, ce qui oblige à le lire avec un dictionnaire à portée de main. Son écriture manuscrite est digne des moines copistes de l’Ancien régime, elle s’envole en courbe gracieuse, comme si elle voulait enlacer le verbe oral trop prosaïque et plagie la calligraphie antique artistique chinoise ou arabe ; un graphologue y décèlerait sans nul doute une volonté de puissance et de séduction un peu étrange car le tracé scripturaire frôle l’illisibilité parfois.
Je me dois tout d’abord de le remercier de m’avoir fait parvenir son ouvrage par la sainte poste républicaine, et pour avoir mis sept ans à répondre à ma thèse de l’obsolescence de la théorie de la « guerre révolutionnaire », laquelle parution avait fortement indisposé le fier maître en orthodoxie qu’il prétend être ! J’ai publié en effet : « La guerre révolutionnaire de Robespierre à Lénine » en 2005, en particulier pour déniaiser la position vindicative d’étudiants maximalistes à la G.Sabatier,  position anti-parti farouchement belliciste de stratèges en chambre germanopratins faisant la leçon au « dictateur  Lénine » pour sa gestion aléatoire du traité de Brest-Litovsk, mais – et c’est pourquoi je n’ai nullement à répondre à R.C. – je décortiquais aussi la position inverse de l’autre tendance du courant maximaliste, qui nullement critique des atermoiements de Brest-Litovsk, juge le parti comme bon s’il se comporte comme un QG militaire et excellent s’il massacre à Kronstadt, et dont R.C. ne fournit qu’un aspect caricatural et oscillatoire ; tout militant communiste serait un soldat !
Ces deux tendances, la première anti-léniniste qui se voulait plus militariste que Lénine quitte à prêcher l’irresponsabilité populiste et anarchiste et la seconde qui, exaltant la terreur d’Etat, foule au pied les massacrés de Kronstadt, ne sont que des tendances opportunistes, d’imaginations enfiévrées, rigides et momifiées par l’histoire.
J’ai donc lu avec attention et patience le nouvel ouvrage de R.C. qui a voulu jouer au professeur d’histoire en prétendant répondre à un niveau de l’orthodoxie la plus pure concernant le maniement des armes  plus  qu’au  progrès émollient du marxisme sous la geste militariste léninienne, sans jamais s’abaisser du reste à me citer. En introduction, R.C. s’exagère grandement l’importance du sujet et la notoriété de la polémique :
« D’année en année, enfle et se fait plus agressive toute une littérature qui décrie la guerre révolutionnaire comme la mort de la révolution. C’est la sentence ex abrupto prononcée par les prêcheurs social-démocrates de la paix sociale et par tous les esprits brouillons de l’ultra-gauche « déjacobinisatrice » et « débolchévisatrice », l’un n’allant pas sans l’autre. D’aucuns, tel le « Courant Communiste International » et sa demi-douzaine de satellites – regroupés en un ludion libre comme « Les Editions du Pavé » - prophétisent, avec une pédanterie marquée au coin du kautskysme, que la révolution ne peut plus naître de la matrice d’une guerre impérialiste transformée en guerre civile par le défaitisme des soldats et des ouvriers qui disloque l’armée de la bourgeoisie, parce que de guerre impérialiste il n’y aura plus. Tout simplement !
Nous les retrouvons répartis en trois groupes :
-          On rejette la révolution sous toutes ses formes.
-          On refuse la violence armée, afin d’éviter à la révolution la souillure indélébile des effusions de sang.
-          On supprime la violence physique par un assembléisme déversant sa spiritualité démocratique pour éviter les « horreurs » de la guerre civile avec ses prises d’otages, ses représailles. Plus de rue Haxo ! Plus d’Ekatérinburg ! Plus de Tchéka ! »[1].
Une pincée du général Lénine vient ponctuer bruyamment cet appel aux armes en matière d’introduction. On passera sans s’inquiéter outre mesure de l’agression verbale dont je suis l’objet indirectement (toujours pas nominé) : « …seul un fripon fieffé, ou un incurable imbécile, peut affirmer qu’il ne s’agit là que d’une exaltation du militarisme guévariste ».
C’est passer un peu vite sur le rab de casserole du guévarisme qui fût originellement bien une mixture de cuisine girondine et léniniste. R.C. exagère avec emphase une inexistante marée de littérature sur la guerre révolutionnaire. Ramenons-le sur terre. Ma publication en 2005 à 50 exemplaires m’a coûté la peau des fesses, environ 1400 euros ; mon imprimeuse m’a roulé en beauté et je n’ai pas écoulé la moitié de ces livres. R.C. publie à 70 exemplaires à compte d’auteur un ouvrage qui ne va pas faire se précipiter les foules dans les librairies de Marseille ou de son village auvergnat, s’il en existe une à côté de la vieille forge. En réalité, tout le monde s’en fout. Même le microcosme maximaliste où chacun trône dans un fier isolement sur son petit blog ou son site de textes en accordéon. La charge verbeuse contre les « social-démocrates » et les « kautskystes » sent trop la naphtaline néo-stalinienne pour qu’elle possède quelque effet rédempteur sur ses victimes désignées. Et la déformation des réelles analyses des uns et des autres empaquetés dans le papier kraft de R.C. prête à sourire plus qu’à gloser inutilement. Arrêtons-nous un instant sur la phrase condensée et consternante livrée comme dans un souffle au bord de la catatonie : « …la révolution ne peut plus naître de la matrice d’une guerre impérialiste transformée en guerre civile par le défaitisme des soldats et des ouvriers qui disloque l’armée de la bourgeoisie, parce que de guerre impérialiste il n’y aura plus ».
Tâchons de traduire ce langage alambiqué en trois temps et sans virgules, ou plutôt de le restaurer dans sa simplicité proverbiale. 1- Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la plupart des révolutionnaires dits anarchistes ou marxistes, professaient que la guerre restait la mère de la révolution. 2- les soldats fuient le front et rencontrent les ouvrières et ouvriers en grève, ce qui aboutit à la désagrégation de l’armée bourgeoise. 3- il est supputé que les fieffés fripons prétendent qu’il n’y aura plus de guerre impérialiste ; qui sait ?
Cela fait mauvais effet en général de déformer les propos de l’adversaire d’emblée, sauf peut-être pour les ignorants. R.C. radote dans la confusion la plus totale, hors de la réalité historique. Il végète encore sur la minable colline de Valmy. Ne rêve-t-il pas chemin faisant à ces merveilleux galons de général épinglé qu’il n’a jamais été ?
Mauvais coucheur ou piètre accoucheur le camarade Camoin ? La mère de la révolution, la Première guerre mondiale, a été une bien singulière marâtre puisqu’elle a fini par enfanter deux ignobles bâtards : Staline et Hitler. Ne sont apparus ni un clone de Lénine ni un prolétariat insurrectionnel au cours de la seconde boucherie mondiale. On s’interroge encore sur l’absence du bébé révolutionnaire à la maternité de la rue des martyrs.
Quant au processus de « défaitisme » tassé en une phrase, R.C. serait bien en peine de l’expliquer. Ou plutôt si, comme le montre son nouvel ouvrage, il méprise le réel processus de prise de conscience du prolétariat face à la guerre autant qu’il surestime l’impact du parti social-démocrate futur  prototype bolchevique parfait.
Tout son raisonnement doctoral et citationniste centré non sur ladite révolution bolchevique mais sur la révolution jacobine bourgeoise ignore les préoccupations des bras nus, les fait passer pour des crétins impatients d’aller se faire tuer pour la patrie, et ne voit pas du tout au contraire combien la guerre « externe » entraîne des émeutes de la faim, louables, mais aussi d’hystériques et cruels massacres inutiles. Les bras nus n’intéressent R.C. qu’une fois en rang d’oignons, cheveux bien coupés (il ignore que c’est Napoléon qui a lancé la vogue de la boule à ras pour les trouffions), et surtout pas déserteurs. Il passe le plus clair de son relevé des citations militaristes et des bouffonneries diplomatiques des « grands » généraux, des « grands » princes, qui accumulent les médailles comme ma collection de pièces de l’ère jacobine et de l’Empire bling bling, à louer ces dominants d’un autre âge, alors que je pisse sur leur tombe de chefs de guerre.
Toute la confusion de la position actuelle de R.C. se trouve donc dans cette entrée en matière biscornue qui mélange tout, et voile à demi une vision très hiérarchisée de la révolution : à défaut du parti il exaltera tel ou tel généralisme, beau comme Artaban sur son cheval ; à défaut de mouvement ouvrier dynamique et offensif, il imagine les futurs prolétaires en révolution pioupious cheveux bien dégagés sur les oreilles, prêts à se jeter poitrine nue au-devant des mitrailleuses des derniers réduits de la bourgeoisie mondiale, féroce et pourrie jusqu’à la moelle.
R.C. se pique de tout connaître, comme bien des militants blanchis sous le harnais, et les professeurs. Ils ont des lacunes immenses, et jamais comblées. Et qui n’en a pas ? Or je soupçonne R.C. de ne pas avoir étudié sérieusement l’histoire de la révolution française, ni lu les principaux historiens  sérieux en ce domaine. Sa référence appuyée à l’historien néo-stalinien Eugène Tarlé ne laisse d’inquiéter. J’irai même jusqu’à estimer qu’il ne connaissait pas les écrits contre la guerre « externe » des Robespierre, Marat et Babeuf avant d’avoir lu mon livre ; au bout de 40 ans de militantisme, n’ignorait-il pas que Staline était la matrice de l’Opposition militaire et ses exactions en Géorgie. Il va crier que c’est pas vrai et que je suis un vrai fripon. Pour preuve j’en ai qu’il ne fait quasiment jamais référence aux écrits géniaux de ces trois hommes, et s’efforce par esquive, circonlocutions – il est d’ailleurs le roi de la circonlocution -  et divers évitements de nous les reformater en partisans farouches de la poussiéreuse « guerre révolutionnaire ».
Le premier chapitre intitulé « Du guerillérisme comme ouvriérisme militaire », circonvolution abconse et non démontrée, se sépare comme du diable de la théorie maoïste (il oublie de préciser aussi stalinienne) de la guérilla, des ânes du Blak Bloc, des anarcho-marxistes du GCI (c’est eux les « ouvriéristes » du militarisme), de l’aventurier Makhno, très bien. Mais pour vanter le navet de Trotsky, « Terrorisme ou communisme »[2].
Il y a diverses sortes de guerre, mais de Valmy à la guerre d’Indépendance américaine, à la Commune de Paris et à l’offensive militaire bolchevique contre Varsovie en 1920, il n’y a qu’une « juste cause », psalmodie R.C. avec son père putatif Wladimir Oulianov. Mais, n’en disconvenez point citoyens lecteurs voici le ci-devant Robert Camoin qui va nous mener sabre au clair et vareuse bien boutonnée à la recherche des armées perdues.
Voici la naissance de l’artillerie française, sœur jumelle de l’éveil national français. Tout à son jacobinisme sentimental, notre chevalier Camoin ignore superbement les deux terribles défaites de Crécy et Azincourt. Avant de se précipiter à nous parler des chassepots, de s’exciter sur le chef de bande Du Guesclin et la Pucelle d’Orléans (à la manière de Jean Fréville ?)[3] il eût fallu rappeler le mode de production, de conquête et les avancées des autres nations.
Il s’ensuit des recopiages de faits et de biographies puisés dans des ouvrages rarissimes dont la bibliothèque de Marseille détient les secrets ; mais notre général des lettres maximalistes n’a pas besoin de citer ses sources, oseriez-vous demander au maître d’où il pompe ce savoir encyclopédique et biographique jusqu’à la nausée ?
Le maître du pont d’Arcole n’a nul besoin de raisonner face à des petits fripons comme vous. La longue litanie des biographies des « grands généraux », des « grands princes », suffit. Prenez des notes  satanés bougres! Soulignez ! Attendez qu’il ait fini avant de poser vos questions stupides !
A l’étalage de biographies pesamment recopiées s’adossent des apartés pour régler ses comptes avec untel groupe ou tel autre. Babeuf est évoqué au début sans préciser ni qu’il était opposé à la guerre externe ni qu’il a protesté contre les massacres en Vendée. Carnot semble égratigné (quelques petites crapuleries le fourbe) mais il possède la « science des armes ». Et qu’est-ce qu’on se fout des morceaux à rallonge du genre : « Charles Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu, l’Oratorien et conseiller au parlement de Bordeaux devenu président à mortier » (ouf !) ; et des digressions identitaires et médaillées qu’on décompte à foison et que çà lasse le lecteur. Sans doute le futur biographe de Camoin reprendra la même antienne : Sir Robert Camoin, grand conseilliste devant l’éternel, passé baron du CCI et de RI, successeur de l’Onorevole Bordiga à la tête de Présence Marxiste et principal continuateur de marxisme au XXIème siècle.
Pourtant le marxisme camoinien est un marxisme dangevilien, néo-engelsien (excuse-moi lecteur ignorant de ces néologismes !) l ’histoire ne progresse plus dans l’imaginaire camoinesque par la lutte des classes mais par le perfectionnement de l’artillerie, sous les efficaces conseils de cette pourriture de La Fayette qui envoya combattre « … sous les ordres du maréchal Jean-Baptiste Donation de Vimeur, comte de Rochambeau, qu’accompagnait son fils Donatien-Maris-Joseph, colonel commandant le régiment de Picardie » (ouf ! et pas du 62 ?). Comme on le perçoit aisément la polémique sur la validité de la « guerre révolutionnaire » progresse au pas militaire de notre professeur d’artillerie en état de marche dans les calanques accidentées et au chant d’un blabla de remplissage.
Louons sa capacité de démonstration de la capacité de l’armée « libératrice » à développer « la liberté », ce qui vous permettra de mieux « comprendre la guerre révolutionnaire bourgeoise qui viendra ». L’armée en effet se « laisse gagner aux Lumières » et se mêle de « discuter des affaires publiques ». Le général Camoin est pourtant infoutu de clarifier les notions classiques de la guerre. N’est pas Clausewitz qui veut. Camoin s’ingénie bientôt à nous tresser des fleurs pour la « fraction pro-guerre », les tristounets Brissotins, taisant que cette fraction est la plus liée au commerce et aux agioteurs. L’évoque-t-il par devers la fraction pour la « guerre d’expansion » ? Notre général en culottes courtes (c’est l’été dans les calanques)  est irrité que Robespierre aille à contre-courant du « patriotisme des sans-culottes » et termine son paragraphe (intitulé misérablement « Robespierre pacifiste momentanément ») en citant Dangeville, qui va hélas (trois fois hélas) complètement à contre-courant de toutes les salades militaristes du général d’opérette maximaliste, et fustige les va-t-en guerre Girondins comme complices des aristocrates (page 53). Voilà qu’on nous narre guère plus loin que Robespierre se rallie à la guerre, soulagé Robert ? Mais pourquoi évitez-vous systématiquement  cher maître sans galons à citer ces longues déclamations et mises en garde contre la guerre externe que persiste à faire le subtil Robespierre ?
Pourquoi restez-vous muet après la longue et magnifique déclaration de Robespierre contre les « missionnaires armés » ? (pages 58-59). Si vous le permettez, vous traficotez bassement la question de la guerre défensive derrière les impondérables du moment, avec un argumentation retournée qui ressemble comme une goutte d’eau à celle des social-démocrates va-t-en guerre en 1914 ou à l’évanescent  et cornélien « oui, mais… » trotskien : « La Montagne était née précisément pour empêcher une guerre extérieure extrêmement périlleuse et qui, selon Robespierre (NB le « selon »), portait le césarisme dans ses flancs. Mais une fois cette guerre extérieure déclenchée, la Montagne ne se dérobera pas à sa tâche patriotique de participation à la levée en masse et de conduire la nation en armes. Le gouvernement robespierriste s’organisera comme un instrument de guerre révolutionnaire » (p.60).
Le général Camoin persiste à tout mélanger, une fois ses pages en ordre de marche : « Dès lors patriotisme et civisme devinrent synonyme de révolution et de guerre ». En résumé, les braves petits soldats, cheveux dégagés sur les oreilles, sont supposés acquis à « une guerre totale, la guerre intérieure et la guerre extérieure » (p.61) pour pouvoir bouffer. On ne prête qu’aux riches, or c’est du pipeau, les meilleurs historiens, Mathiez, Lefebvre, Kropotkine, Dommanget, Guérin, Dupuy, etc. ne brossent pas un tableau idyllique de l’ardeur patriotique mais révèlent les misères du peuple, les luttes contre la vie chère et les privilèges, luttes qui ne sont pas pacifiques mais prioritaires « à l’intérieur » de la nation (et tournent le dos à tout impérialisme « révolutionnaire »).
Mais les luttes sociales ne sont rien comparées à « l’amélioration du rendement des armes de guerre » selon le général Camoin qui invoque les billevesées de son compère, feu le « général Engels » dont la démonstration sur la colonne militaire pour discipliner les chevelus parisiens ne nous convainc absolument pas d’un rôle révolutionnaire de l’armée qui, peu après deviendra avec Carnot et Napoléon une armée « impérialiste », selon le terme de R.C.lui-même, qui bordera étrangement alors son raisonnement au moment de Thermidor.
Puis on saute d’un sujet à un autre, d’un personnage à un autre comme si cette compilation de biographies servait à la fois d’explication à 1789 et à justifier la guerre révolutionnaire foireuse. Babeuf vient tout à coup contredire toute la démonstration de R.C. qu’on en est gêné pour lui. R.C. est interloqué que Babeuf se prononce contre la guerre avec la Hollande, pardi ! « …à condition que ce ne soit pas une libération par voie militaire ». Comment ne pas rougir ? R.C. saute dans un aparté sans lien, le paragraphe nous parle des qualités du duc de Brunswick et nous apprend qu’il est le futur époux d’Anne d’Angleterre, élément consistant en effet pour épouser la théorie de la guerre révolutionnaire. Cet idiot de Babeuf n’est après tout qu’un « partisan d’une autre façon de libérer la Hollande » ! Ben voyons ! Mais non il est partisan de la libération de la Hollande par le peuple hollandais lui-même pas par les « missionnaires armés » fussent-ils auvergnats, marseillais  ou parisiens ! La démonstration du paragraphe de la page 66 finit en eau de boudin. Quiz de tout raisonnement ou appréciation, on dérape dans le contingent presque le fait divers puisqu’il faut ridiculiser cet idiot de Babeuf : « Babeuf s’enrôla dans la Légion batave ; mais un mois plus tard, de graves soucis d’argent l’obligèrent à rejoindre sa femme. Il trouva un emploi auprès de Jean-Baptiste Eustace, combattant de la guerre d’indépendance américaine. En même temps il prêtait sa plume à Fournier dit l’ « Américain » pour une attaque en règle de Marat ». On se perd dans l’infinitésimal avec notre général historien pour midinettes ou bobonnes!
Voici le talentueux orateur Vergniaud, autrement plus brillant à la tribune que le fluet Robespierre, qui permet au général Camoin d’effacer la mauvaise impression d’un Babeuf limité à son intendance personnelle. Voici la fleur de la Gironde belliciste qui fait la joie des belles spectatrices de l’Assemblée et gagne à ses arguties même les méchants adversaires robespierristes de la guerre extérieure (Camoin  se garde d’évoquer les discours captieux de Brissot dont se moque Marat). On se contrefiche du beau discoureur. Vergniaud a bouffé à tous les rateliers. Il avait écrit à Louis XVI pour lui proposer de le protéger s'il acceptait de rappeler les ministres girondins et leur laisser les pleins pouvoirs, mais bernique. Contrairement à Babeuf, il est de son temps, résolument promoteur de la République bourgeoise, de la propriété et de la guerre de conquête. C’est la conception d’une partie des fractions de la bourgeoisie mais elle n’est pas à notre sens applicable au futur « ennemi de l’intérieur » le prolétariat. Vergniaud n’était pas vraiment un politicien, plus un sentimental moitié girondin (« brissotin ») moitié montagnard. Son attaque contre le duc de Brunswick et son appel à "la patrie en danger" sont restés épatant pour la postérité mais dès lors que l'ennemi numéro un,  le roi, a été déchu, et que tout restait à faire, Vergniaud ne brilla plus. Il prononçait toujours de sublimes apostrophes mais celles-ci étaient souvent sans but. La passion va enfin s’emparer de Paris et mener au fameux 10 août 1792. L’opportunisme de la Gironde triomphaliste est pourtant à moitié démasqué, mais Camoin aussi en tant que girondin lié aux masses…plébéiennes et ploucs. En brave anarchiste émeutier il salue les massacres de septembre soi-disant « par les masses, décidées à tout prix à ne pas revenir en arrière », triste épisode dont Marx et Engels ont été d’accord pour considérer que ces massacres ont été l’œuvre des petits boutiquiers déchainés mais pas des « bras nus ».
Voici Valmy qui ravit plus Camoin que Goethe, et qui avec « nos ancêtres les gaulois » a été intégralement intégré à l’histoire nationaliste française. Comme je le rappelais dans mon propre livre, Henri Guillemin disait que sur le terrain, la bataille de Valmy ne fut pas très héroïque et que la victoire de l’armée révolutionnaire fut plus circonstancielle que due aux cris des sans-culottes chevelus. Le Manuel d’histoire Malet et Isaac a toujours relativisé l’événement : « L’action se borna à une canonnade ». Claude Delmas rappelait que la conception française du soldat-citoyen l’emporta cependant partout en Europe:
« Ainsi l’homme du peuple, jusqu’alors méprisé comme appartenant à un groupe inférieur de la société, se vit offrir l’occasion de prendre les armes pour la justice, incarnée d’abord par les assemblées révolutionnaires, puis par un seul homme, Napoléon. Les militaires prussiens remarquèrent alors que la discipline telle qu’ils la concevaient n’était à elle seule un moyen suffisant de conquête ou même de défense : il en résulta que quelque chose de la conception française de l’homme du peuple donna au nationalisme une vigueur nouvelle. Le soldat-citoyen et La Marseillaise ne sont pas seulement des motifs de légende. Ils ont constitué l’un des éléments essentiels de l’histoire depuis le premier quart du XIXe siècle. La discipline militaire plus efficace, la nouvelle conception de la nation en armes pour la défense du Droit, contribuèrent à répandre plus largement que jamais l’ardeur au combat. »
Mais la discipline militaire est à la conscience de classe ce que la musique militaire est à la musique classique, comme disait le camarade Einstein[4].
Après l’exaltation de Valmy, apprise par le général Camoin à l’école communale de la République une et indivisible démarquée par de solides frontières naturelles, notre historien pour midinettes  et bobonnes temporise grâce à l’Abbé Grégoire qui : « mit en lumière les dangers de faire des généraux de la République des « missionnaires de la Constitution »… proposition du millionnaire prussien Anarcharsis Cloots, « point de conquête et point de rois ». Le général Camoin eût été plus avisé de rappeler ici que le dénonciateur des « missionnaires armés » avait été Maximilien Robespierre. Va-t-il ranger son arc et ses flèches girondines ? Une pincée de Bordiga hors époque concernant la décolonisation moderne pour donner un coup de pouce à une notion typiquement bourgeoise moderne, la solidarité nationale !?
Notre général girondin nous balade longuement en Savoie, mais le chapitre court à la catastrophe pour notre stratège girondin avec la description d’Engels de l’invasion de Nice par les soudards français qui pillent violent et incendient. Et ce pauvre Engels de déplorer en cœur avec le général Camoin que « le bonapartisme s’appuie sur la racaille ». Non pas sur la racaille en soi mais sur l’armée ! Comme Staline plus tard au moment de la contre révolution en Russie, en Géorgie pour commencer, mais tout cela autant le général Camoin l’ignorait dans sa suffisance de maître du pont d’Arcole, autant il préfère éviter d’en parler ; on est à un cours sur la révolution française du XVIIIe siècle, n’est-ce pas ? Nice aurait dû rester italienne, voilà la seule déduction de notre stratège auvergnat.
On saute à 1795 puis on revient magiquement à 1793, où tel Lyssenko ou un salafiste de base, Camoin nous apprend que la « guerre devait être organisée scientifiquement » ; après le socialisme scientifique, le stalinisme scientifique, l’islamisme scientifique, voici venue l’ère du camoinisme scientifique. Le paragraphe n’est que la reproduction du discours de Saint Just en faveur de la réorganisation de l’armée… « scientifique » ?
Retour à Valmy concernant la trahison de Dumouriez, ce qui permet au général Camoin, déguisé en historien, de nous refiler la comparaison avec Kornilov, ainsi crucifiée préhistoriquement « sa kornilovade », comme on dit de Vercongétorix qu’il avait des moustaches comme un hélicoptère.
Le paragraphe page 110 s’intitule « L’agitation économique des bras-nus » mais que nenni n’en cause point du tout, laquelle agitation est remplacée par l’enrôlement de milliers de volontaires pour filer dare dare en Vendée « y combattre l’émeute royaliste » ; en réalité c’est plus compliqué mais comme notre général épinglé se base sur un vague historien stalinien et que la Vendée et Kronstadt c’est bandit pendu et pendu bandit, on n’épiloguera pas sur des détails de la terreur « révolutionnaire ».
On constatera au pas de charge que notre général peu étoilé ne finit pas ses paragraphes ni n’analyse les discours ampoulés des petits bourgeois jacobins. Cela doit lui suffire. A nous pas.
Il faut une bonne dose de perversité pour annoncer en paragraphe suivant : « La lutte de classe des bras-nus et la guerre éliminent le parti de la guerre » !?  De démonstration du ci-devant Camoin point. Il zigzague entre les fractions politiques petites bourgeoises, re-cite à tour de bras son héros du blabla,  le ci-devant, bientôt ci-gisant Vergniaud, pour finir par nous annoncer sa décapitation ainsi que celle de Mme Manon Roland « bonne musicienne et claveciniste », info majeure à cette étape de la polémique si l’on songe que cela lui fit une belle jambe polyphonique séparée de sa tête.
Après un coup de chapeau à « l’arsenalisation de Paris », pour mieux montrer qu’il maîtrise son sujet, entendu que son histoire de la « science militaire » atteste un perfectionnement militaire ininterrompu (voire darwinien), notre général empire en rendant hommage  par un remplissage généreux des bricolages militaires du fameux Gilbert Romme (voir wikipédia, ne pas confondre avec Rommel) et surtout aux « généraux de très haute valeur ». Il est aux anges pour décrire le pouvoir des apparatchiks très-grands-russiens de la République, quoique presque aussi totalitaires que leurs lointains imitateurs russophones. Oubliées les prévenances de Maximilien et de l’Abbé Grégoire : « Des Représentants en mission furent envoyés aux armées – nous dirions aujourd’hui, après l’expérience de la guerre révolutionnaire panrusse « Commissaires du peuple ». Le plus souvent, ils étaient au nombre de quatre. On leur conférait des pouvoirs pratiquement illimités, des pouvoirs de proconsuls… ». Et cela ne le fait pas rire ?
Pas d’explication concernant le fédéralisme girondin, et, comme on le voit ensuite, le général Camoin n’a pas la subtilité de Rosa Luxemburg qu’il a bien fait de citer en annexe, le renforcement de l’Etat ne commence pas avec la révolution de 1789, il est parachevé.
L’assassinat de Marat sert à nous balancer une nouvelle entourloupe. Marat, comme Robespierre et Babeuf gênent considérablement notre général épinglé avec leur dénonciation de fond de la guerre offensive ; il se sent mieux à l’aise de son point de vue anarcho-blanquiste fossile avec les brissotins comme Vergniaud.  En novembre 1792, Marat, presque seul s'abstint dans le vote sur l'annexion de la Savoie à la France ; et en ce qui concerne les territoires occupés par la France, il prêcha à l'hiver 1792-1793, la modération à l'égard des forces aristocratiques et du Clergé que les Brissotins voulaient exclure de la vie politique. Tout cela n'était pas contradictoire avec sa plaidoirie pour la guerre à outrance contre les puissances coalisées, dans la mesure où elle était devenue « défensive ».
Juste avant sa mort le 12 juillet 1793 à l'occasion d'un renouvellement il demanda l'éviction de Barère du comité de salut public  qui, montagnard non jacobin, fut toujours partisan de la guerre d'attaque. A la manière des staliniens, le général Camoin efface Marat et nous colle la citation d’un anarchiste hébertiste du nom de François Vincent : « On veut détruire la liberté par la guerre. C’est par la guerre qu’il faut la sauver ». Ne voilà-t-il pas une facile péroraison pour éviter la guillotine, effet de manche qui permet à Camoin d’esquiver encore une fois la question du comment et pour quoi de la généralisation de cette révolution.  Il fait le pitre en se servant de Marat mort contre Marat vivant toujours hostile à la « guerre de conquête »: « L’assassinat de Marat donna un nouvel élan à la revendication terroriste des sans-culottes contre les royalistes ». C’est quoi « la revendication terroriste », la vengeance de quelques abrutis déchaînés ? Le goût de Camoin pour les films gores ? Ou son faible penchant anarcho-hébertiste désuet pour la « guerre à outrance » ?
Camoin revient porter plus loin des chrysanthèmes fielleux sur la tombe de Marat avec ses habituels « selon lui » : « Au moment de la crise de Varennes, Marat était contre la perspective de la guerre étrangère qui, selon lui, cachait un nationalisme annexiste et aggraverait la situation économique. (…) A la nécessité de la guerre extérieure, il opposait la nécessité de la guerre intérieure. D’opposant à la guerre extérieure il en deviendra un partisan ». Le général Camoin a tout appris de son propre chef où il occupe le sommet du commandement et des opérations d’enfumage des ennemis de toute sorte qui l’environnent. Il veut ridiculiser Marat alors que Marat concède la guerre comme nécessité uniquement dans sa dimension « défensive » contre-indiquée pour notre brissotin bougnat.
De l’Armée du Rhin, au siège de Toulon, à Bonaparte « qui paye de sa personne », à Buonarroti « qui mérite bien de la patrie », on saute en Pologne où, peau de balle ce sera kif kif bourricot pour l’Irlande. Et Camoin de faire choir le couperet de son terrible jugement sévère (ce manque d’internationalisme militariste de Bonaparte…) suivi d’une ballade irlandaise (p194), sous oublier que la mère patrie de la guerre révolutionnaire ne fit rien pour les patriotes aux ordres de Kosciuszko ! Robespierre repasse sous le billot de guillotin Camoin, il est jugé inconséquent à l’aune de notre stratège marxiste émérite deux siècles plus tard et en gravitation universelle hors de la chronologie historique : « Dans la stratégie marxiste, la subordination nationale du mouvement polonais au parti jacobin de Paris eût seul permis de mener les deux mouvements à la victoire ».
Du délire mon cher Watson, imaginez un peu si Du Guesclin et la Pucelle s’étaient alliés comme ils auraient boutés hors de France les Anglais perfides ! Le général Camoin est tout sauf marxiste en s’imaginant un internationalisme « national » (et surtout militariste) dans les premiers pas de la jeune bourgeoisie.
S’il repeint les couleurs d’un Robespierre belliciste sous toutes les coutures désormais, c’est après avoir enterré ses objections et celles des Marat et Babeuf, avec l’apparition ex-nihilo camoinesque d’un « comité Robespierre », « qui avait la haute main sur la guerre » (« scientifique » ?), qui devient le Comité de Salut public : « … s’employant avec une inflexible rigueur à faire triompher les méthodes terroristes, méthodes salutaires ». Le général Camoin se fait plus maratiste que Marat. Un certain Noël Pointe est glorifié pour sa rigueur envers les ouvriers, non pour exiger qu’ils suivent le programme de la télé mais « pour la réalisation du programme de fabrication des canons », sans doute premier pas du « programme communiste » dans l’acception de notre généralissime en bravades terroristes en carton pâte. Camoin ne s’intéressent guère aux ouvriers comme producteurs d’armes disciplinés mais bien plutôt aux va-nu-pieds attifés en soldats, avec ces derniers notre général d’opérette ne craint aucune désobéissance.  Il égratigne au passage C.Desmoulins « bien loin d’encourager les exécutions sommaires » que lui, le général Camoin n’aurait pas hésité à encourager, bave aux lèvres et protégé comme Sarko par 50 commissaires du peuple à la terreur scientifique, pardon « au salut public ». Quelle indécrottable pacifiste geignard ce Desmoulins : il « abhorre trop de sang » avec son « autel de la miséricorde », et son opposition « aux marches ensanglantés », hein ? oui… il « frisait la guillotine » méritée ! Heureusement on coupa sans tarder le kiki à cette apologiste des institutions de la Perfide Albion, et celui de sa bonne femme. Point barre.
Notre professeur d’histoire terroriste glisse ensuite dans son nirvana des digressions imbitables avec de doctes « nous savons » ne faisant que recopier sur internet, ou à la grande bibliothèque de Marseille, un nouveau cortège de biographies. Thermidor enfin est relativisé comme « réaction politique de droite » et non pas début de la contre-révolution, ce qui est inexact, c’est un coup d’Etat de l’armée ; à la dictature personnelle de Robespierre, Carnot oppose la voie vers la dictature militaire.
Et en recopiant son père en bordiguisme Dangeville, Camoin sort une nouvelle ficelle en affirmant que la Terreur était une mesure de guerre. Non mon généraliste ! il fallait préciser de « guerre interne ». Et il ne dit pas sur qui s’appuie le Directoire réactionnaire. La remise en ordre s’appuie comme toujours en début de contre-révolution sur l’armée, et en l’espèce avec Carnot futur sponsor de Bonaparte. Où Camoin va-t-il chercher que la production d’armement a été rendu « partiellement » à des entreprises privées ? Encore une invention sans source de références. Il contredit tout son charabia antérieur sur l’armée révolutionnaire « scientifique » en reconnaissant par après que l’armée se fait « l’instrument docile des thermidoriens ». Le raisonnement patriotard stalinien et hors réalité apparait soudain avec la dénonciation des insoumis et déserteurs « pour se mettre au service de la jeunesse dorée » ; pure affabulation, la fuite des jeunes paysans visait à revenir donner des bras indispensables à la marche de la ferme, et des déserteurs face à la barbarie guerrière il y en eût à toutes les époques, et en général ils obéissent au sauve qui peut plus qu’à une volonté de servir le camp d’en face.
On approche de la fin de la saga technico-militaire et national-mystique de notre général épinglé, espérant de la suite dans les idées ou une argumentation plus allongée et moins copiste des biographies de dictionnaire concernant les avatars étranges de cette pauvre guerre révolutionnaire constamment avortée. C’est alors que Camoin lance sa fanfare, sa « fête de la musique ». La musique aux armées remonte « à la plus haute Antiquité » nous apprend le maître en terrorisme scientifique. En effet les Grecs ne connaissaient pas l’harmonium de Madame Lelonbec. Mais voici les fameux musiciens d’époque dont personne n’a jamais entendu parler mais que Camoin sort de la fosse d’orchestre – et quelles musiques ! La marche lugubre, la musique funèbre, le chant du départ l’hymne pour la fête de la vieillesse… On en redemande. Une nouvelle notion apparaît dans le défilé militaire chantant, la « guerre civile révolutionnaire », alors que notre général devenu imprésario se contentait jusque là de faire l’apologie de la guerre externe et de tancer les partisans de la guerre interne, les Robespierre, Marat et Babeuf (idem avec Jacques Roux, et Sylvain Maréchal, grand absent du dictionnaire camoinesque, qui réclamait l’abolition de l’armée).
Les flonflons de la musique militaire, comme on l’imagine, si funèbres étaient-ils, consolaient les familles des héros patriotes morts au combat. Camoin n’a certainement jamais vu le spectacle d’Ariane Mnouchkine après 1968, où elle sut admirablement mettre en scène la dramaturgie phrygienne, mais sa dérive artistique si incongrue d’apparence a pour but de défendre une vision terroriste apocryphe et bien pensante de la guerre externe puisque pour sa guerre impérialiste Napoléon « conserva » ces scies ! Passons, le lecteur n’a pas oublié ce que Einstein disait de la musique militaire. Je le pense aussi sans honte au risque de me faire traiter de moderniste par maître Camoin et de vulgaire apologiste du MP4.
Après ce détour par une musique de merde, comment revenir au sujet qui pose problème ?
Il suffit de faire l’apologie de la Terreur « réééévolutionnnnnaire » exemplaire pour le monde entier. La révolution française est un bloc disait un ancien socialiste devenu ministre. La vraie contre-révolution c’est lorsque  les thermidoriens sont prêts à faire la paix avec « l’ennemi du dehors » (finalement Camoin doit être d’accord avec Sabatier, selon qui Lénine et Trotsky furent « thermidoriens » en signant la paix de Brest-Litovsk…). Sur qui s’appuie notre ci-devant professeur de radicalité terroriste  pleurnicharde  qui se régale des noyades de Nantes? Sur Marx ? Sur Engels ? Sur Michelet ? Je vous le donne en mille : sur Eugène Tarlé, fameux historien passé au service de l’histoire nationalisée du stalinisme ![5] Le tout enveloppé dans de nouvelles divagations littéraires sans aucune méthode d’analyse.
Comme on sait que Camoin n’a pas digéré les aigreurs babouvistes concernant la « question militaire », il en remet une couche en ciblant l’adjoint de Babeuf, Buonarrotti qui défendait le soldat-citoyen mais uniquement en cas d’agression extérieure, sans compter que ce cancre « voulait que des mesures fussent prises qui missent en garde contre l’amour des armes ». Crime de lèse majesté pour notre auguste Camoin qui lui suinte l’amour des armes au bout de son clavier pépère. Sur le mode de l’ironie légère le paragraphe se moque du pacifisme présumé de Buonarrotti pour ensuite citer benoitement le décret militaire des conjurés babouvistes, suffisamment terroriste pour plaire à notre général de salon, et achever de gagner Buonarrotti à la cause fictive et au-delà des siècles du général Camoin, transposable à toute époque avec sa pipe et son béret de bougnat. Buonarrotti en exil « a théorisé l’extension de la guerre révolutionnaire au-delà des frontières nationales » ! Aucune preuve ni référence de cette affirmation mais peu importe, Buonarrotti n’est pas un exemple de révolutionnaire éternel, il a correspondu à son époque, au carbonarisme, à la franc-maçonnerie clandestine, et donc à des formes de luttes plus proches du complot révolutionnaire de l’époque bourgeoise des clubs jacobins et girondins qu’aux luttes modernes, au grand jour, du prolétariat.
« Les guerres du Directoire deviennent de moins en moins révolutionnaires mais de plus en plus des guerres de rapine brutales », concède notre général, sans remettre en cause la stratégie terroriste militariste…Après un court panégyrique de Bonaparte il est bien obligé de reconnaître avec guillemets que la réalité de sa guerre révolutionnaire à la Napoléon est un désastre en Italie : « le gouvernement « révolutionnaire » (des notables) se livrait bientôt à de graves exactions ».
Notre général tourne casque carrément en page 234 et nous ressort de sa paillasse théorique la tête de Robespierre, qui fût si critique contre la « guerre révolutionnaire ». Elémentaire mon cher Watson vu que Directoire et Napoléon se conduisent en pillards des peuples envahis ! Revoici la tête de ce pauvre Robespierre agitée à nouveau sans perruque pour sauver la mise à notre historien pour midinettes. Est évoqué le discours « flamboyant » du corps sans tête, en novembre 1793, apostrophant le caractère impérialiste de la guerre entre la France et l’Angleterre, seulement ? Et trop tard pour rattraper le vide argumentaire de notre général en retraite théorique.
La conclusion, qui se veut fort prétentieusement « théorie générale de la guerre révolutionnaire » accouche d’une souris aveugle. Camoin veut à tout prix recoller les morceaux de cette théorie défunte en liant guerre civile intérieure et guerre extérieure. Et de citer Lénine à témoin. Or Lénine dit tout le contraire, et l’on mesure que Camoin n’y comprend que pouic. Lénine ne mélange pas tout lui. Il parle de « guerre défensive », ce qui est évident et correct du point de vue marxiste : « la France révolutionnaire se défendait », ajoute-t-il et « Napoléon fît perdre aux guerres de la France leur caractère défensif pour en faire des guerres de conquêtes ». Lénine sépare bien les deux types de guerre. En ce sens il est conforme aux objections de Robespierre contre les « missionnaires armés » ; on n’impose pas une révolution à la pointe des baïonnettes. Lénine aurait dû s’en souvenir en 1920 avant d’envoyer au casse-pipe son armée rouge. Dans mon livre j’avais fourni une remarque subtile de Bordiga qui permet de mieux comprendre la notion de guerre défensive qui échappe aux neurones de notre stratège en chambre : « « Réticent tout d’abord à l’égard de toute guerre des peuples, et après la déclaration contre toute guerre de conquête territoriale, il trouva dans la fureur de la défense, le levain de la force de la révolution qui permit d’incroyables victoires contre une foule d’ennemis».
Une deuxième couche de conclusion s’efforce de prêter une conscience militariste au peuple : « L’exaltation patriotique servit de comburant aux sentiments et dispositions révolutionnaires du peuple ». Hélas notre général est un mauvais instructeur, le vrai carburant de la colère du peuple avaient été les incessantes guerres des dynasties féodales impavides, et la misère dûe à la crise économique. Girondins et Brissotins ne font que reprendre l’idéologie royaliste où la guerre extérieure a toujours été « purificatrice » des problèmes sociaux internes.
L’espoir d’un vrai changement social et politique avait été exprimé par le bouillonnement du peuple, et l’exaltation du patriotisme ne comportait pas de véritable ingrédient révolutionnaire puisque, assez rapidement, la guerre extérieure devient but en soi pour profiteurs et hommes en armes. Il n’est pas question de faire une seule concession au pacifisme mais la possession des armes n’a jamais été facteur primordial de conscience ni de « science » politique, et cela RC n’a jamais voulu l’admettre. Son imaginaire de soldats-citoyens s’effondre avec les soudards de Napoléon. Il mélange  les moments où les bras-nus agissent et décident comme civils citoyens (et sont combattus par la petite bourgeoisie robespierriste) et ceux où, sous l’uniforme, ils n’ont plus qu’à obéir. Il cite à nouveau Lénine qui s’en sortait par une pirouette, après la guerre révolutionnaire (de défense) du début de la révolution, faisant succéder la guerre impérialiste napoléonienne… laquelle avait du bon puisqu’elle suscitait à son tour des « guerres nationales », révolutionnaires à leur tour. Pas vraiment en général. Beaucoup de zigzags pour rien puisque le capitalisme se développa surtout par son économie plus que par les coups de canon et que les libérations nationales ne furent pas la généralité, quand au seuil du XXe siècle la révolution prolétarienne ne pouvait plus être issue ni devenir une guerre révolutionnaire.
Citer le confus Boukharine en fin de compte pour justifier une théorie morte, est inopérant, et frise l’esquive car, théoricien de la guerre à outrance à Brest-Litovsk, avant de ranger ses cartouches rhétoriques, Boukharine avait travaillé pour le grand guerrier Staline, et reconnu son erreur d’avoir théorisé une version bolchevisée de la guerre sainte. Camoin aurait dû avouer, logiquement, qu’il se range désormais aux côtés de l’anti-parti Sabatier au moment du traité de Brest-Litovsk !
La tâche de renversement violent de l’Etat bourgeois dans tous les pays reste de la responsabilité du prolétariat DANS tous ces pays et ne se résoudra certainement pas en termes de stratégie militaire ni en espérant la renaissance d’une armée rouge même internationaliste chargée de libérer des prolétaires trop faibles politiquement ou trop peu armés pour le faire. A moins qu’un droit d’ingérence, du genre de celui invoqué par les impérialismes « humanitaires » ne fasse partie de l’arsenal fictif du général Camoin. Mais c’est une tout autre discussion face à la décadence capitaliste et à ses impondérables.

JLR


PS : RC aurait dû lire plus attentivement Dangeville que je citais longuement. la « guerre défensive » n’est pas une panacée[6]. Roger Dangeville en a très bien résumé la problématique pour l’époque moderne:
« … la tendance naturelle d’une nation est de se défendre lorsque l’ennemi envahit son territoire. Mais, cela ne signifie aucunement que sa cause devienne juste pour autant. Ce serait rompre avec les critères d’appréciation marxiste d’une guerre qu’il faut appuyer ou combattre. Les partis sociaux-démocrates ont utilisé l’argument de la défense du territoire pour justifier leur politique d’union sacrée avec leur bourgeoisie, de sorte que, dans chaque camp, la guerre se trouva justifiée. Les marxistes – et Lénine en tête – ont combattu avec force cette falsification fondamentale des positions marxistes face à la guerre. Enfin, Marx a montré qu’une guerre « défensive » (ou mieux une guerre qui trouve l’appui du prolétariat), ne se caractérise nullement par des critères contingents et liés au succès des armes – attaque ou défense – mais aux caractères historiques, économiques, politiques et sociaux de la guerre – et pour autant que ces caractères durent. Ainsi, la guerre nationale progressive de la Prusse se transforma en guerre impérialiste, et se heurta dès lors à l’opposition – armée si possible – du prolétariat. Cela n’a rien à voir avec la guerre défensive au sens de la défense du territoire envahi : « Kugelmann confond une guerre défensive avec des opérations militaires défensives. Ainsi donc, si un individu m’attaque dans la rue, j’ai juste le droit de parer ses coups, et non de le terrasser, parce que je me transformerais alors en agresseur ! Le manque de dialectique se lit dans chaque mot que prononcent ces gens ! »[7].
Une autre précision enfin : « C’est la guerre qui contraindra les gouvernements à des mesures d’exception contraires aux principes de 1789 ; c’est de la guerre enfin qu’en 1799 sortira, pour quinze ans, la dictature napoléonienne »[8].; le boucher Carrier fût lié aux jusqu’auboutistes hébertistes, petits bourgeois militaristes qui avaient pour fonds de commerce la terreur à outrance. Avant cet auteur, Jean-Clément Martin avait remarqué que : « La Vendée est d’abord le résultat des maladresses, des incompétences, des illusions désastreuses des républicains, qui n’ont pas voulu comprendre la nature de cette guerre, qui ont donné la priorité à leurs propres querelles (…) les républicains ne voulurent jamais reconnaître leurs propres erreurs qu’ils firent de la Vendée cette énigme contre-révolutionnaire, argument idéologique spécieux, mais qui leur garantissait l’impunité de leurs fautes et permettait la poursuite d’une politique aveugle » (cf. La Vendée et la France, ed du Seuil, 1987, p.132-133). Les soldats « bleus » engagés dans les colonnes infernales avaient été nombreux à dénoncer les exactions, mais la terreur est atténuée en Vendée surtout au moment de l’élimination de la fraction hébertiste. L’idée révolutionnaire ne nourrit aucun fanatisme exterminateur,  les généraux tueurs Carrier et Turreau obéissent à une logique d’Etat et de clan dans les luttes pour le pouvoir à Paris. L’historien américain Timothy Tackett estime qu’il n’y a pas de lien direct entre révolution et terreur.















[1] R.C. présente les meilleures références du théoricien en chambre courageux par ces trois exemples destinés à faire « radical », bave aux lèvres. Rue Haxo en 1871, épisode lamentable de la populace en furie, exécution de 50 otages plus un fédéré qui avait pris leur défense. Ekaterinburg en 1918, lieu où toute la famille et le csar, comme il l’appelle avec snobisme, sont massacrés. Il semble vénérer de bout en bout La Tchéka, que chacun connaît plus ou moins en oubliant qu’elle fût au début un organe de défense légitime face aux attentats terroristes des fous anarchistes et populistes va-t-en guerre après la pause de Brest-Litovsk.  RC ne dit rien, il ne finit ni ses phrases, ni ses affirmations dont on ne sait s’il approuve ou désapprouve. La lucidité sur des violences ou dérapages inévitables en période de révolution ne se justifie certainement pas par l’approbation muette des massacres scandaleux des précédentes. Couper le kiki à Louis XVI en 1793 était compréhensible, exécuter la famille impériale entière en 1918 a manifesté des traits d’arriération du sol russe, même si je ne plains pas l’autocrate qui avait envoyé à la mort des millions de prolétaires et de paysans en buvant tranquillement son thé en 1914.
[2] Que j’ai démonté dans mon livre « Les avatars du terrorisme », 2011, ainsi que la déification de la Commune de Paris par tutti quanti gauchiste et ultra-gauchiste.
[3] A force d’exalter la révolution française R.C. en vient à minorer l’importance de la révolution de 1917, la révolution de 1789 est ainsi l’une des plus grandes révolutions de tous les temps et ne peut-être comparée « qu’avec Octobre 1917 en Russie, qui, du reste, s’en est approché par maints côtés ». Du reste ? Par maint  côtés ? Hé hé le jacobin qui sommeille surpasserait-il le léniniste farouche qui s’éveille en Robert ?
[4] Il a dit mieux encore: « Un homme qui peut marcher au son de la musique militaire n'a reçu son cerveau que par mégarde; sa moëlle épinière lui aurait amplement suffi ».

[5] Sous la pression de Staline, Tarlé doit réviser sa copie historique du rôle de Napoléon et glorifier la défense nationale russe. Du patriotisme au nationalisme et même au messianisme, le pas est rapidement franchi. Eugène Tarlé refit son histoire de la guerre napoléonienne (comme il avait refait celle de la guerre de Crimée) : pour la décrire comme une lutte purement nationale et patriotique, un modèle et un précédent, il doit abandonner son analyse marxiste, renoncer à l'analyse de classe qui l'avait conduit à affirmer que Napoléon, en despote bourgeois, avait renoncé à une victoire aux fruits incertains en se refusant à affranchir les serfs. En réécrivant sur commande, tous les éléments émotionnels traditionnels du passé russe sont ressuscités, mis en vedette, développés de façon à mobiliser, à galvaniser la résistance, de préférence aux motifs de classe.


[6] Ernst Kantorowicz rappelle que : « le but des croisades a le plus souvent, et toujours dans les premiers temps, été formulé en termes de guerre défensive, une défense des frères chrétiens et des églises de Terre sainte, et non présenté comme une guerre d’agression contre les infidèles. » (cf. p141 de « Mourir pour la patrie »)
[7] Page 652 des Ecrits militaires, extrait d’une lettre de Marx à Engels, du 17 août 1870.
[8] Réédition poche Marabout/Hachette 1960, Les révolutions 1789-1848, p.62.

dimanche 7 octobre 2012

LES FRANGINS TROIS POINTS ET LES SYNDICATS

Dans son édition payante, Libération a publié un intéressant article sur les bagarres internes de la mafia CGT - "CGT: héritage, société secrète et patronat" (selon nos informations, le poulain de Thibault fait partie d'un cercle comptant des dirigeants) - mais cet intéressant article est archivé le lendemain sans plus être lisible en Une. Alors je vous le joins ici.
Ce genre de vagues provient toujours des réseaux secrets bourgeoise, qu'on nomme en termes à la mode think tank, qui fluctuent au gré des obédiences de tel ou tel personnage (DSK fait partie de ces personnages quasi intouchables), mais qui nous renvoie invariablement vers la franc-maçonnerie. Curieuse et toujours louche franc-maçonnerie qui n'en finit pas d'intriguer malgré tant d'articles de la presse bourgeoise qui se veulent rassurant et l'organisation conviviale  de la visite publique des locaux du Grand Orient (sic!). Etonnante capacité de ces officines bourgeoises à rebondir après frasques et scandales. C'est la franc-maçonnerie qui a porté au pouvoir les Mussolini et Hitler, et qui trouve le moyen de passer pour une victime des fascismes... Quand le fascisme dénonce, par exemple en France pétainiste, la franc-maçonnerie, c'est une compétition de pouvoir entre fractions bourgeoises en guerre. Du point de vue prolétarien, seuls Bordiga, Trotsky et le CCI ont dénoncé ces engeances de collaboration de classe.
Le livre de François Koch - Le vrai pouvoir des francs-maçons (2003) - n'est qu'une approche superficielle et a-historique, comme tout ce qu'il écrit (sur LO par exemple). Il rappelle bien sûr l'absence de barrières politiques à ce niveau de rencontre des organismes de la bourgeoisie: "le réseau chiraco-trotsko-maçonnique de Chevènement" (sic), la trajectoire de l'avocaillon Francis Spitzner, qui aurait été lambertiste lui aussi, aux côtés des Kessel et autres Bauer. Les frangins sont majoritaires dans la hiérarchie de la police, de l'EDF et de plein d'administrations car "l'entrée en loge est aussi considérée comme un moyen de faire carrière... copinage et la recherche d'intérêts personnels" sous l'affiche des grands principes "indivisibles" et "invisibles", les  exemples multiples de combines. Sans oublier le "frère" Marc Blondel, longtemps grand gourou de FO.
Article II de la Constitution du Grand Orient de France: "Le secret maçonnique doit être scrupuleusement observé par tous les frères. Les communications à la presse profane, relativement à des faits maçonniques, doivent être interdites, et les frères qui appartiennent au journalisme sont priés de s'inspirer avant tout des intérêts de l'ordre et de s'abstenir de publier soit ce qui se fait et ce qui se dit en loge, soit des commentaires sur des actes ou des dires des francs-maçons en tant que francs-maçons". Curieuse époque, où les flics ripoux de la Bac (francs-macs aussi) sont mis au piquet, où des avocats et des patrons sont inculpés pour malversations. Vous pensez à la décadence et vous avez bien raison. Merci au journaliste de Libé d'avoir fuité pour un candidat au poste de paon syndical!

Syndicat. Selon nos informations, le poulain de Thibault fait partie d’un cercle comptant des dirigeants.

Par LUC PEILLON
Le dernier - et troisième - candidat de Bernard Thibault pour le remplacer à la tête de la CGT a-t-il déjà du plomb dans l’aile ? Sorti du chapeau de l’organisation il y a quelques semaines, afin de contrer la candidature d’Eric Aubin, Thierry Le Paon, responsable de la CGT Calvados, est accusé par certains de ses détracteurs de procéder à des rencontres un peu trop discrètes avec le patronat.
Cet ancien délégué syndical CGT de Moulinex, que Thibault pourrait soumettre à la prochaine réunion de direction comme candidat «officiel» en vue du congrès de mars 2013, fait ainsi partie, selon nos informations, d’un groupe informel d’échange - dénommé Quadrilatère - regroupant patrons, DRH, syndicalistes, journalistes et experts. Une sorte de mini «Siècle» - ce club décrié de personnes influentes de la société française - créé en 1992 par le groupe de presse Liaisons sociales.
«Restos». Membres actuels, entre autres, de ce groupe confidentiel : Jean-François Pilliard, délégué général de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) pour le patronat, Marcel Grignard pour la CFDT, Stéphane Lardy pour Force ouvrière… et donc Thierry Le Paon pour la CGT, qui a succédé il y a quelques mois à Jean-Christophe Le Duigou.
«L’idée de ce club, c’est que rien ne doit sortir, tout est off, pour faciliter les échanges, explique un membre. Ils débattent entre eux, s’engueulent parfois, et prennent de temps en temps des rendez-vous.» Les rencontres se font dans des bons restos, tous les deux mois en moyenne.
«S’en aller comme cela, incognito, rencontrer des patrons, sans aucun mandat de l’organisation, ça pose un vrai problème», peste un haut responsable de la CGT. «Ce n’est pas forcément un gros scandale, mais ça peut être emmerdant pour Le Paon, à un moment où l’opposition interne à Thibault l’accuse de ne pas être assez en pointe contre le patronat», ajoute un observateur de la scène sociale.
Du côté de l’intéressé, on n’y trouve rien à redire : «J’ai été invité deux fois à plancher devant eux sur certaines thématiques, répond ainsi Thierry Le Paon à Libération. Mais heureusement que des patrons rencontrent des syndicalistes, et vice-versa !»
Autre dossier brandi par certains opposants à Le Paon : son travail au sein du conseil économique et social (CES). Responsable de la délégation CGT au CES, il a été rapporteur d’un avis sur «l’ouverture à la concurrence des services ferroviaires régionaux de voyageurs». Un sujet sensible à la CGT, très implantée à la SNCF. «Quelle idée de se mettre sur un tel sujet qui, de fait, laisse penser que l’on approuve le processus de libéralisation», s’étonne un cadre confédéral. «C’est un mauvais procès qui lui a été fait, estime au contraire un autre responsable qui, comme les autres, souhaite rester anonyme. Cet avis évoque seulement le fait qu’en cas d’ouverture à la concurrence, il faut qu’il y ait un minimum de garanties.»
«Crise». La sortie de ces dossiers, à un mois du prochain comité confédéral national de début novembre (CCN, le parlement de l’organisation) devant approuver le successeur de Bernard Thibault, en dit en tout cas long sur la persistance d’un climat délétère au sein de la CGT. Et ce alors même qu’un apaisement était annoncé depuis plusieurs jours, notamment grâce à un présumé deal entre Eric Aubin et Thierry Le Paon, afin de mettre fin à la crise.

mardi 2 octobre 2012

LE SYNDICAT OU LA REVOLTE DE CLASSE?

Tiens tiens, à l'heure où les pingouins du gouvernement gauche mollasse et leurs affidés de la syndicratie déplorent la fermeture de Florange avec l'aquoibonisme des témoins d'un acccident de voiture, la presse bourgeoise déplore l'absence de "syndicat libre" face aux explosions prolétariennes inévitables et qui se multiplient en Chine. La question que j'ai posée au journaliste de Libération - vous croyez qu'avec de pareilles conditions de travail dignes du 19e siècle, des "syndicats libres" auraient éteint l'incendie - il n'y eût point de réponse. Mais l'article vaut d'être reproduit ici, et possède une autre teneur que l'épisode des "révolutions de jasmin" nationalistes et écroulées dans la musulmanie. Le plus triste est que les ouvriers européens ne montrent pas l'exemple des vrais axes pour généraliser la lutte contre le capitalisme, et se laissent enfermer et humilier par des axes de lutte étroitement nationale de notre "libre syndicratie" collaborationniste de l'Etat bourgeois. Vivement l'éruption des seules organisations immédiates de classe valables pour la révolte prolétarienne généralisée: les Conseils ouvriers!

Chine : la mort ou la révolte, dilemme des ouvriers de Foxconn

Récit Les employés d’une usine fabriquant des iPhone, théâtre la semaine dernière d’une émeute, dénoncent leurs conditions de travail.

Par PHILIPPE GRANGEREAU De notre correspondant à Pékin
Dans une Chine en fin de révolution industrielle mais privée de syndicats libres, les ouvriers à la chaîne laissent parfois éclater leurs frustrations de manière spectaculaire. C’est ce qui s’est passé dans la nuit de dimanche à lundi dernier dans l’usine Foxconn de Taiyuan, dans le nord-ouest du pays, où sont fabriqués les gadgets dont raffolent les Occidentaux, tel l’iPhone d’Apple. Une bagarre entre ouvriers et vigiles s’est soldée, de source officielle, par une quarantaine de blessés. Un employé interrogé par Radio Free Asia a fait état de sept morts, mais la compagnie a démenti qu’il y ait eu le moindre décès.
Plus de 79 000 personnes - soit 20 000 de plus que l’effectif total de Renault en France - travaillent jour et nuit dans ce complexe industriel gigantesque. Celui-ci n’est toutefois qu’une fraction de l’empire Foxconn, qui emploie plus d’un million de personnes en Chine. Environ 2 000 travailleurs ont été impliqués dans l’émeute. Selon une version des faits, l’échauffourée aurait démarré après qu’un garde eut frappé un ouvrier qui serait entré ivre dans l’usine. Selon une autre version, c’est une bataille à coups de poing entre deux employés qui aurait déclenché les troubles. Plusieurs bâtiments ont été saccagés, des véhicules incendiés, et 5 000 policiers antiémeutes ont dû intervenir pour ramener l’ordre. La production, suspendue deux jours, a repris sous bonne garde.
«Camps de travail». « Je ne suis absolument pas surpris de ce qui s’est passé, commente Xie Xiangbin, qui a quitté l’usine Foxconn de Shenzhen (sud-est) en juillet après y avoir travaillé pendant trois ans. Je dirais même que ce genre d’explosion de colère est inévitable, car les conditions de travail sont insupportables, elles poussent les ouvriers soit à l’émeute, soit au suicide.» Entre janvier et novembre 2010, 18 salariés de Foxconn se sont jetés du haut des dortoirs où ils logeaient : 14 sont parvenus à mettre fin à leurs jours. Un rapport produit par 20 universités chinoises qualifia alors ces usines de «camps de travail». La vague de suicides s’est estompée depuis que Foxconn a fait placer des filets sous les fenêtres de certains dortoirs. L’entreprise a également «privatisé» une partie de ses logements afin de se dégager de toute responsabilité directe. De manière assez singulière, la direction demande depuis 2011 à ses recrues de signer un document engageant leurs familles à ne pas solliciter d’indemnisation s’ils mettent fin à leurs jours.
Globalement, ces mesures ont eu un effet : seulement quatre employés se sont défenestrés en 2011, et, en 2012, un seul, le 14 juin. Tous sont morts sur le coup, ou peu après. Rapporté au nombre de ses ouvriers en Chine (1,1 million), le taux de suicide chez Foxconn est plus faible que la moyenne nationale. Il demeure néanmoins qu’il y est perçu comme un mode d’action revendicatif. En janvier, faute d’autre recours, 150 employés de l’usine Foxconn de Wuhan se sont rassemblés sur le toit de l’entreprise, en menaçant de se suicider collectivement si la direction n’améliorait pas leurs conditions de travail. Ces grévistes kamikazes demandaient surtout que soit mis fin à l’atmosphère de camp de travail de l’usine. Souvent enfant unique et diplômé, le jeune ouvrier d’aujourd’hui n’est pas prêt à faire les mêmes sacrifices que ses parents. Or les employés sont toujours entassés à 10 par chambrée, et hommes et femmes sont strictement séparés.
Rythme infernal. « Quand j’ai mis les pieds dans l’usine pour la première fois, on nous faisait subir quatre heures d’entraînement militaire par semaine. Il y avait aussi des réunions quotidiennes avant et après le travail. Aucune de ces heures n’était payée », rapporte Xie Xiangbin. Ouvrier soudeur, il travaillait dans un atelier si bruyant que son audition en a été gravement affectée. L’indemnisation accordée par Foxconn ne suffit pas à couvrir les frais de son traitement et il a entamé une procédure de compensation devant un tribunal. Ces trois dernières années, les accidents du travail chez Foxconn ont fait quatre morts et une centaine de blessés.
A Taiyuan comme dans les autres usines de Foxconn, le temps de travail hebdomadaire dépasse largement les soixante heures légales (heures supplémentaires comprises), surtout quand il faut sortir les nouveaux iPhone, car les délais de fabrication sont très courts. Les employés s’en plaignent rarement, car leurs revenus augmentent dès lors considérablement. Mais peu supportent longtemps ce rythme infernal et, pour cette raison, le renouvellement de la main-d’œuvre est constant. A Taiyuan, il faut remplacer chaque jour le départ de 600 employés. Mais remplir les chaînes de montage est de moins en moins facile car, comme l’expliquent de nombreux experts, les ouvriers chinois sont de plus en plus éduqués et recherchent des emplois qui leur offrent des perspectives. Or Foxconn, dit Xie, « n’est qu’une vaste sweat-shop [atelier d’esclaves, ndlr] où l’ouvrier est considéré comme un élément interchangeable qui n’a pas droit à la parole. Les syndicats officiels censés défendre nos intérêts sont bidon… Les gardes et les contremaîtres nous couvrent d’insultes à longueur de journée et les libertés individuelles y sont partout bafouées ».
AJOUT SAMEDI 6 OCTOBRE:
 

Ils s'opposent à de nouvelles règles de qualité qui encadrent la production du smartphone d'Apple. Le sous-traitant Foxconn parle «d'incidents isolés».

Les usines chinoises où est assemblé l'iPhone 5 sont à nouveau secouées par un mouvement social. Selon l'organisation China Labour Watch, des milliers de salariés se sont mis en grève vendredi dans à Zhengzhou, au centre de la Chine, après que la direction eut augmenté les niveaux de qualité des produits et demandé aux salariés de travailler un jour férié.
«Selon les salariés, de nombreuses lignes de production de l'iPhone ont été paralysées toute la journée dans plusieurs bâtiments de l'usine», indique un communiqué de China Labour Watch. «Cette grève vient du fait que les ouvriers subissent trop de pression», précise le directeur de cette organisation basée à New York, Li Qiang. L'agence de presse locale Xinhua News Agency a elle aussi relayé des informations faisant état d'arrêts de travail.
D'après l'ONG, le surcroît de «pression» a été provoqué par les nouvelles règles de contrôle qualité qui encadrent la production de l'iPhone 5, dictées par Apple et la direction de l'usine. Elles limiteraient à 0,02 mm les imperfections tolérables sur les iPhone 5 produits. «Les employés ne peuvent pas fabriquer des iPhone qui répondent à ces standard», déplore China Labour Watch.

Foxconn dément toute grève

Sur les forums de discussions d'Apple, des acheteurs se plaignent d'avoir découvert des rayures et des éraflures («scuff», en anglais) dès la sortie du smartphone de sa boîte. Ces soucis ont été qualifiés de «scuffgate», sur le modèle de l'«antennagate», le problème de réception qui avait frappé l'iPhone 4. Le dos de l'iPhone 5 se montre notamment sensible aux rayures. Un comportement «normal» pour de l'aluminium, avait commenté Apple.
Foxconn a réagi samedi en niant toute grève. «Il n'y a eu aucun arrêt de travail dans cette usine ou dans quelque autre usine de Foxconn et la production s'est poursuivie comme prévue», a affirmé le sous-traitant d'Apple. Foxconn reconnaît toutefois deux «incidents isolés», qui ont conduit à augmenter immédiatement les effectifs. Il affirme aussi que les ouvriers qui ont travaillé lors des congés de la fête nationale étaient volontaires et payés trois fois plus, comme le veut la loi.
En septembre dernier, 40 personnes avaient été blessées à Taiyuan, dans la province du Shanxi, après une «dispute entre plusieurs salariés pour motifs personnels» qui a dégénéré en bagarre impliquant 2000 personnes dans un dortoir, selon un communiqué diffusé par Hon Hai, la société mère de Foxconn. En 2010, au moins 13 salariés de Foxconn sont morts, apparemment à la suite de suicides, dus, selon les militants, aux dures conditions de travail.
(avec AFP et AP)

lundi 1 octobre 2012

DELINQUANCE ET BOLCHEVISME



Les deux jeunes gens tués vendredi dans un quartier sensible de Grenoble ont trouvé la mort dans une "bagarre d'une grande banalité", "ayant tourné à un déchaînement de violences difficilement explicable", a indiqué samedi le procureur de Grenoble, Jean-Yves Coquillat, au cours d'une conférence de presse. Ce procureur  de Grenoble a écarté la thèse du règlement de comptes : "on n'est pas du tout dans le contexte qu'on voit parfois de règlement de comptes, de gangs, les deux victimes n'étaient pas connues des services de police", a-t-il expliqué. "L'un d'entre eux était étudiant en master, sa mère est pédiatre. Nous n'avons pas à faire à des délinquants. On n'est pas du tout dans le cadre de l'appropriation du territoire ou du trafic de stupéfiants", a-t-il souligné. Les deux jeunes gens, de 21 et 22 ans, auraient voulu protéger leurs petits frères, à l'origine d'une altercation survenue à la sortie d'un lycée d'Echirolles, dans la banlieue grenobloise. "Un mauvais regard" pourrait en être à l'origine. 
Le procureur  a qualifié " de "bagarre d’une grande banalité (sic )" le lâche assassinat à coups de barre de fer, de battes de baseball et de couteaux des deux jeunes grenoblois, l’un noir et l’autre d’origine arabe mais bien français dans la mort tous deux (pour moquer le stupide Zemmour qui voit ce couple arabo-africain comme un danger et une généralité explicative). Ces victimes sont de jeunes hommes qui ne demandaient qu’à vivre, aimer et travailler dans ce pays. La banalisation du fonctionnaire de justice de classe et la dédramatisation des médias ont quelque chose d’hallucinant.  Donc il n’y a rien qu’un mauvais regard… et au journaliste qui faisait quand même remarquer (mais de quoi il se mêle !) que « de son temps « (20 ans en arrière précisa-t-il), les mauvais regards ne se traduisaient pas par des lynchages à armes blanches, l’observateur des tensions imaginaires (ou d’un nom approchant) répondit en résumé : et bien aujourd’hui c’est comme ça (!) ; ou quasiment ! L’explication apaisée et « démineuse » se révélait finalement plus terrifiante que les plus funestes commentaires : puisque désormais en effet c’est « pour rien », pour un « mauvais regard » que le simple passant serait conduit à laisser toute espérance en une vie banale au coin d’une rue aussi banale ! Hallucinant cette dédramatisation organisée qui va jusqu’à organiser une « marche blanche » avant toute arrestation ou toute enquête (comme s’il ne fallait pas déranger les poulagas pendant leur week), ou comme si la gauche mollasse voulait prévenir une émeute « légitime » du quartier hébergeant les bandes de tueurs lâches, quoique adolescents défavorisés !
Ces ados défavorisés, échoués scolaires des banlieues, ont de la chance de vivre sous le règne de l’arbitraire bourgeois et policier contre les victimes, en temps de guerre ou de révolution, ados ou pas, les auteurs d’actes de barbarie sont passés illico par les armes. On peut argumenter en long et en travers sur « la faute à la société »…
et il y a une faute à la société car le capitalisme encourage tous les jours le meurtre sous toutes ses formes. Dès la maternelle, puis à l’école publique, les enfants sont encouragés à se tuer les uns les autres, c’est à celui qui aura les fringues les plus au top, qui humiliera celui ou celle qui n’a point les moyens de s’en offrir, qui le poussera à les lui voler, en frappant fort s’il le faut. L’acquisition des diplômes est ensuite une distinction qui vous élève en éliminant les autres. Le sans-diplôme est une merde pour toute sa vie. Le chômeur français aura la haine pour l’immigré qui a trouvé du travail. Dans tous les pays la hiérarchie en entreprise pousse de plus en plus de prolétaires à se suicider parce qu’elle les a décrétés « incompétents » ou à charge. L’assassinat n’est donc pas du simple domaine du faits divers dramatique, il suinte de cette société pourrissante qui se soucie plus du manque de réserve en pétrole que du manque d’humanité.
On peut penser au surplus qu’il y a une croissance de la violence interindividuelle comme jamais, de nos jours. Signes évidents de décadence générale du capitalisme : l’adolescence est devenue un « problème à risque » - relayant et dépassant la peur de l’islamisation générale - avec ces constats de faillite éducationnelle, familiale et sociétale : décrochage scolaire, retards à l’apprentissage, troubles émotifs, ultra-violence chez les garçons, détresse psychologique  chez les filles, troubles du comportement, déficits d’attention, déficience intellectuelle légère, comportements anti-sociaux, appartenance cachée à un gang, drogue et alcool, cruautés physiques… quand ce n’est qu’une infime minorité qui commet les délits les plus graves.
Tous ces constats ne pourront jamais calmer la douleur des proches et parents des victimes, ni la promesse de la belle société communiste sans violence et pétrie de bonheur pour quand on sera tous morts…
Et pourtant, si l’on comprend fondamentalement que le capitalisme décadent – pas en soi par paupérisation, mais par confusion et incitation au meurtre subliminal dans la compétition – est responsable des cruautés d’enfants et d’adolescents, et pas simplement les carences dans l’éducation et la nullité de l’Eduque naze républicaine, comment ne pas se poser la question des héritages funestes en vue d’une autre société. Comment ne pas comparer avec les efforts au cours de la révolution russe, par la nouvelle réorganisation bolchevique, où l’on voit que l’opposition entre répression aveugle et efforts de réinsertion restent patents.
L’historienne italienne Dorena Caroli a analysé cette période où les fondateurs de la République des Soviets envisageaient  de donner aux « jeunes abandonnés » et délinquants un travail pour en faire des « hommes nouveaux ». L’Etat « ouvrier » mit en place un système de prévention et de réinsertion en s’appuyant sur un corpus de textes administratifs imposant des commissions chargées des affaires de mineurs, des orphelinats, des communautés de travail et divers types de travaux pour adolescents. Dorena Caroli fait renaître la réalité sociale et institutionnelle des deux premières décennies de la révolution communiste en Russie, au cours desquelles la situation des enfants et des adolescents abandonnés a continué de s’aggraver malgré les tentatives d’une commission centrale pour améliorer leur vie. Guerre civile, famine, planification économique donnent le cadre de cette histoire sociale qui s’étend de l’époque de Lénine où primaient l’éducation et la formation de « l’homme nouveau », jusqu’à la période stalinienne où la punition des enfants abandonnés (hooligans) a pris le dessus et où, simultanément le droit pénal a glissé vers le droit administratif policier.
Dorena Caroli commence par nous apprendre que, selon la légende, Rome et d’autres villes célèbres de l’Antiquité ont été fondées par des enfants abandonnés selon le rite divin (cf. J.Boswell, Au bon cœur des inconnus, Les enfants abandonnés de l’Antiquité à la Renaissance, Gallimard 1988). Ce n’est qu’à la fin du 19e siècle que les Etats ont commencé à se soucier de ces enfants comme catégorie à risque, susceptible de menacer l’ordre social de la bourgeoisie et des monarchies. La quantité d’enfants sans famille augmenta d’une façon catastrophique en Russie à la suite de 14-18, puis la guerre civile jusqu’en 1920 et par la famine dans le bassin de la Volga. A la fin de l’année 1920 on comptait plus de deux millions d’enfants abandonnés… Ce n’était pourtant pas la faute du pouvoir bolchevique, mais cette masse d’enfants exhibée servit à symboliser l’horreur du bolchevisme pour toute la bourgeoisie mondiale.
Calqué sur le statut élaboré avant la révolution par le juge pour enfants de la capitale tsariste en 1913, le statut bolchevique adopté en 1918 déboucha aussi sur la création, unique en Europe, d’un « droit de l’enfance », qui regroupait toutes les branches du droit qui concernaient d’une façon ou d’une autre la condition des enfants et leur relation avec le milieu environnant : lois concernant la protection du développement physique, intellectuel, l’éducation à un comportement social, lois concernant la protection des droits de propriété ainsi que du travail juvénile. L’effort portait vers une individualisation du traitement des mineurs, de prévention et de réinsertion, dans un respect de chacun évitant la politique des cheveux ras ou, comme on pourrait dire, l’obligation pour tous du col Mao ;
L’amalgame des concepts de jeune abandonné et jeune délinquant présentait cependant des limites dans la mesure où sa raison d’être dépendant du succès de la mise en place des réformes éducationnelles. Au fur et à mesure que la révolution croupissait dans l’isolement et avec la croissance de l’esprit militariste stalinien, la garantie d’une prise en charge équitable de tous les enfants et ados dans l’esprit du communisme à venir, s’est effritée. Les jeunes se mirent à retomber dans la délinquance et la marginalisation sociale. Dans le premier cas, ils tombaient dans les filets de la justice, avec de moins en moins d’espoir de se réinsérer ; et dans le second cas ils devenaient encore plus rétifs à l’organisation de plus en plus militaire du travail. Ils furent progressivement inclus parmi les « éléments étrangers », « désorganisateurs » et « ennemis du peuple ».

Il me faudra revenir une autre fois le parcours d’un éducateur qui m’avait fasciné il y a plus de trente années : Anton Séménovitch Makarenko (1888-1939). Instituteur à 17 ans, il grimpera dans la carrière scolaire – directeur d’école puis professeur d’histoire – mais pour se consacrer après la révolution de 1917 à l’organisation d’une colonie de réinsertion de mineurs grands délinquants –la « colonie Gorki » - près de Potlava – qui se constituera malgré des heurts et des rixes. Les « poèmes pédagogiques » de Makarenko seront connus et admirés dans le monde entier. Les adolescents de la colonie sont mis devant des responsabilités civiles réservées d’habitude aux adultes : ils travaillent pour vivre (activité agricole), gardent les routes et font la police dans leur secteur. Il y aura jusqu’à 97 jeunes à la fois. Makarenko aura pu continuer son expérience depuis 1920 jusqu’à sa mort en 1939. Il récusait que la situation éducationnelle soit limitée à la seule relation éducateur-éduqué. Il considérait qu’au départ l’éducation familiale devait donner les notions de dévouement et de justice, et qu’elle devait apprendre à l’enfant à avoir conscience de ses responsabilités. L’éducation au respect des autres commence très tôt : ce qui n’a pas été fait avant trois ans est difficile à rattraper. Le travail anoblit l’homme, encore faut-il qu’il ne soit ni contraint ni aliénant. Le jeu permet à l’enfant de pendre confiance en ses forces. Makarenko pense qu’il faut « être vrai » avec les jeunes enfants délinquants. L’école est une société en réduction, l’enfant y est membre d’une communauté où il peut apprendre à se conduire d’une manière efficace… Mais voilà tout cela n’est pas applicable dans notre société d’injustice et de loi du plus fort où les profs considèrent leurs élèves comme des « inférieurs » et les élèves leurs profs comme des flics…
C’était un petit coup de chapeau aux pionniers d’une société en transition, qui n’efface pas le chagrin face aux meurtres impunis de Grenoble.

mercredi 26 septembre 2012

FRERES MUSULMANS : UN MOUVEMENT AU SERVICE DU CAPITALISME




Par Robert Camoin

Depuis quelques années, on constate dans l’ensemble des pays arabes une recrudescence des activités des groupes se réclamant de l’Islam. La victoire de la « révolution islamique » en Iran a donné un véritable coup de fouet à l’intégrisme religieux.
En Algérie, les divers groupes intégristes ont marqué leur entrée sur la scène politique par des agressions répétées contre ceux qui ne sont pas des fervents des traditions islamiques réactionnaires. Lors des derniers mouvements de contestation sociale en Algérie, les bandes de « Frères Musulmans » se sont opposés de manière virulente et parfois violente aux grévistes ouvriers et étudiants. Il est évident que, malgré leur opposition proclamée au régime, des groupes font le jeu de la bourgeoisie, et cela sans parler de leurs liens avec certains hauts bureaucrates de l’Etat, de la police et de l’armée. Mais on ne peut écarter la possibilité que ces sectes religieuses et notamment la plus importante d’entre elles, celle des « Frères Musulmans » arrivent, en l’absence d’un mouvement ouvrier organisé, et vu le mécontentement social dû à la dégradation des conditions de vie des masses laborieuses, à élargir leur audience au sein des couches les plus défavorisées de la population.
Itinéraire historique
La secte des « Frères musulmans » a été créée vers 1928 par un instituteur, Hassan El Banna. Pour comprendre et analyser les conditions de naissance de la Fraternité Musulmane, il nous faut situer le contexte historique où elle a vu le jour. La société égyptienne sous l’occupation coloniale britannique et du fait de celle-ci – (l’Egypte jusqu’au coup d’Etat  militaire de 1952 était « gouvernée » par la dynastie des descendants de Mehémet Ali, vice-roi d’Egypte au début du XXe siècle. En 1937 fût couronné le roi Farouk inféodé au colonialisme britannique qui exerçait sur le pays un « protectorat », contrôlant de ce fait le canal de Suez, veine jugulaire de l’Empire colonial britannique qui reliait l’Inde à la métropole) - , renfermait une dualité. Deux formes économiques, politiques, sociales et culturelles cohabitaient de façon contradictoire : l’une capitaliste moderne, dûe à la domination de l’impérialisme britannique, l’autre féodale, précapitaliste.
C’est d’une réaction des milieux traditionnalistes de la classe possédante, - propriétaires fonciers, grands commerçants, dignitaires religieux -, face aux transformations, à l’ « occidentalisation » des structures économiques, politiques, sociales et culturelles, qu’est née la Fraternité Musulmane. Rivale du WAFD, parti nationaliste libéral, la Fraternité acquit de 1938 à 1949 un grand poids politique. Malgré ses compromissions avec la monarchie de Farouk et l’occupant britannique, elle sut tirer profit des sentiments anti-colonialistes qui prévalaient au sein des différentes couches sociales et développer son audience jusqu’à organiser près d’un million d’individus. Mais le putsch militaire de Nasser, et le régime nationaliste bourgeois auquel il donna lieu sonna le glas de la Fraternité Musulmane. La répression, le consensus social qu’arriva à réaliser le régime de Nasser, finirent par affaiblir politiquement et organisationnellement la Fraternité.
Au service du roi et du colonialisme
Le soutien accordé par la monarchie de Farouk à la Fraternité n’est par conséquent pas dû au hasard. Ceci d’autant plus qu’El Banna voyait en Farouk « sa majesté musulmane, un espoir », à qui il fallait « soumettre nos foyers et notre obéissance, selon le Livre de Dieu et la Sunna de son prophète ». L’un des objectifs constants de la politique du roi étant de limiter l’influence des nationalistes du WAFD, il trouva dans l’organisation d’El Banna une alliée. Celle-ci avec l’aval de la monarchie et des représentants de l’impérialisme britannique allait tenir le pavé contre les milices du WAFD, jouant un rôle qui n’est pas sans rappeler celui des « Chemises Noires » et autres sections d’assaut fascistes en Europe à la même époque.
Nous avons établi dans notre précédent numéro la collusion existant entre la Fraternité Musulmane et la monarchie ; il nous faut aussi évoquer ses liens avec les représentants du colonialisme britannique. Les relations de l’organisation avec l’ambassade britannique n’ont jamais été très claires du fait de l’attitude apparemment contradictoire des Frères. En effet, s’ils tenaient volontairement des propos anti-britanniques, de fait, ils ne réclamaient pas l’indépendance, et ils soutenaient le roi, marionnette dont l’impérialisme anglais tirait les ficelles. De toutes les manières, les Frères ont eux-mêmes reconnu, dans leur revue A’Nadir du 9/4/1946 que « le côté britannique fit preuve de compréhension et proposa son appui financier afin que l’organisation puisse mener à bien son travail de propagande et d’éducation ».
Les « Frères Musulmans » contre la classe ouvrière
Après ce que nous venons de dire sur les liens qu’entretenaient la Fraternité Musulmane avec les exploiteurs, nous ne serons pas étonnés d’apprendre que ce qui fonde l’attitude de cette secte vis-à-vis des ouvriers est la phrase suivante de Hassan El Banna : « Les ouvriers doivent toujours se rappeler du devoir qu’ils ont envers Dieu, leur âme et leur patron » (El Ikhouane El Mouslimine du 3/5/46).
Malgré les efforts qu’elle a déployés, la secte ne put jamais s’implanter de manière significative au sein de la classe ouvrière en Egypte, ceci d’autant plus qu’elle prit le droit de grève comme cible. Quand les Frères participaient et appuyaient une grève, ce n’était que dans le but de saper le mouvement. C’est ainsi qu’ils prirent part à la grève de El Kaima – lutte importante dans l’histoire du mouvement ouvrier égyptien – pour en venir à bout en conseillant les ouvriers ainsi : « Il faut que les ouvriers de cette région s’arment de la force morale, pour que puissent s’établir entre eux et leurs patrons des liens de bonté, de respect et de fraternité mutuels ; telle est la meilleure des solutions ». Mais en général les Frères « se contentaient » de dénoncer les ouvriers combatifs à la police, et de former des milices assistant les forces de répression dans les mouvements revendicatifs et les émeutes.
 L’idéologie réactionnaire des « Frères musulmans »
L’idéologie des « F.M. » avait pour fondement le rejet de l’influence de « l’Occident » qui aurait engendré une dépravation des mœurs, celle-ci étant la cause de tous les maux de la société. Pour résoudre les problèmes sociaux, la secte proposait l’établissement d’une forme de gouvernement religieuse et théocratique, « où le possédant n’est pas nécessairement injuste… il peut être généreux, ho, juste… » et où encore « il ne s’agit pas de réguler et de combattre la propriété, mais seulement de l’éduquer ». Incontestablement les Frères reprenaient à leur compte la nostalgie passéiste, et les bonnes vieilles traditions dans lesquelles se réfugiaient les couches les plus arriérées de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, que menaçait le développement du capitalisme.
Ce bref rappel historique montre ce que sont les « Frères Musulmans » : une secte réactionnaire, dispensant l’opium de l’islam, prônant la résignation et la passivité au sein des masses et n’hésitant pas à user de violence contre tous ceux qui ne partagent pas ses vues réactionnaires. Il est inutile de dire que la caractérisation que nous venons de faire de la Confrérie, en nous basant sur le cas de l’Egypte, est fondamentalement valable aujourd’hui pour tous les pays musulmans, même s’il y a des différences – mineures – où certains groupes intégristes se manifestent.
Aujourd’hui en Algérie
En Algérie, la Confrérie rejette l’étiquette « Frères Musulmans » comme péjorative dans la mesure où elle évoque une influence arabe étrangère (Egypte, Lybie, …) lui préférant « Ahl al-Dawa », signifiant « ceux qui appellent (à l’Islam) ». Les principales structures utilisées par les Frères sont les mosquées et des associations  de bienfaisance constituées autour de celles-ci. A chaque mosquée est attaché un « imam », qui est soit rétribué par l’Etat, soit par des fonds privés. Si en général le texte du prêche du vendredi est envoyé par le ministre des Affaires religieuses aux imams fonctionnaires, les autres imams sont libres dans leur expression.
C’est ainsi que les associations de la tendance « Ahl al Dawa », qui existent dans la plupart des wilayas tiennent un discours critique vis-à-vis du gouvernement. Elles s’opposèrent à la réforme agraire menée par le régime de Boumedienne qui pourtant était loin de constituer une menace sérieuse pour les gros propriétaires fonciers. De la même manière, les « Frères musulmans » firent feu de tout bois contre les attaques de l’Etat contre le secteur commercial privé. Ce sont donc les intérêts de certaines couches sociales bien précises que défend la secte : propriétaires fonciers, gros commerçants, etc. Par ailleurs, « Ahl al Dawa » n’hésite pas à tenter de récupérer démagogiquement les mécontentements des masses en s’en prenant à ceux « qui vivent dans l’opulence, s’adonnent à l’alcool… ». Les Frères Musulmans se prétendent des opposants au régime, mais ils fondent leur opposition sur des considérations réactionnaires, comme en attestent les liens qu’ils ont avec les régimes monarchiques arabes – Arabie Séoudite – et les services secrets impérialistes.
Mais il est encore plus facile d’établir dans quel camp ils se placent quand on sait l’attitude du mouvement face aux dernières grèves qui ont eu lieu en Algérie. Dans les universités, leurs exactions contre les éléments combatifs ne sont plus à compter.
Même si aujourd’hui nous ne savons pas avec précision le degré de structuration du mouvement des Frères Musulmans, ils sont loin d’avoir autant de poids que leurs homologues égyptiens dans les années 1950. La propagande officielle religieuse dans les médias, dans les écoles (4 heures d’éducation « civique et religieuse » par semaine) leur fournissent une aide appréciable et crée un climat idéologique qui peut, ajouté à la crise, favoriser leur développement.
Les travailleurs n’ont pas d’autre alternative que de s’organiser pour faire face au danger que représente la violence para-légale des Frères Musulmans. Plus que jamais, nous devons les dénoncer pour ce qu’ils sont, des ennemis de la classe ouvrière et de l’ensemble des masses laborieuses, plutôt que des ennemis du régime en place. Nous devons dénoncer l’unanimisme religieux, et tout faire pour briser l’influence réactionnaire de la religion et de ses tenants.

Dans les années 1980, contrairement à aujourd’hui, total désert, existaient encore de vigoureux groupes politiques, avec leurs modestes bulletins, paraissant avec régularité (c’est complètement perdu !) en France et en Belgique. Un d’entre eux était Travailleurs immigrés en lutte… et pas seulement pour obtenir des autorités en place le droit d’asile, des « papiers » pour travailler. De ce courageux bulletin ronéoté mensuel, nous avons déjà republié plusieurs articles démystificateurs, car recentrant sur un terrain de classe le problème de l’immigration. C’était l’organe d’un groupe d’Algériens essentiellement. Communistes, ils combattaient non pour un « printemps arabe », mais pour la révolution mondiale, sans exclusive d’aires géographiques. La lecture de l’article qui précède montrera au lecteur le gouffre qui sépare l’internationalisme du nationalisme, celui-ci fût-il le fait d’épigones bordighistes, qui sont plus trotzkystes que gauche communiste d’Italie.
Nous avons toujours pris nos distances avec un mot comme « l’incandescent réveil des peuples de couleur », par trop tributaire de l’idéologie tiers-mondiste affichée, en pleine montée de la vague révolutionnaire mondiale, au congrès de Bakou (printemps 1920). Nous sommes en communion d’idées et d’âme avec John Reed, le généreux adversaire de Grigori Zinoviev et de Karl Radek, sur la question des peuples et nations opprimés par l’impérialisme. Pour nous, « éveil des peuples de couleur » , veut dire éveil du nationalisme, mouvement réactionnaire puisque le communisme est inscrit à l’ordre du jour de l’histoire. Nous avons toujours affirmé que la lutte de libération nationale n’est pas le cadre où prend naissance le commencement d’une conscience socialiste. Voyez la Pologne et l’Irlande ! Voyez l’Algérie ! Voyez la Palestine ! Voyer le Kurdistan !
Nous sommes aux côtés des ouvriers arabes et berbères qui, en Afrique du Nord, subissent la dureté et la rapacité de leur capitalisme à l’enseigne du « socialisme national ». Ils composent une masse de manœuvre pour les exploiteurs de leur classe dirigeante. Pour nous, l’essentiel c’est la lutte de classe que devraient mener les exploités. Ce qu’ils ne font pas. L’essentiel, ce n’est pas de se constituer en Etat ; c’est de former un parti internationaliste, d’avoir une internationale, un parti mondial.
A ces considérations, nous ajouterons que ladite « résistance » syrienne, soutenue par les puissantes démocraties occidentales, n’a de cesse d’envoyer à la mort les masses sans armes devant les mitrailleuses et les chars du pouvoir laïque, et donc progressiste !, de Bachar el Assad, sanguinaire satrape soutenu par la Russie et par la Chine. Tandis qu’en Syrie, le sang coule, en Europe et en Amérique les travailleurs n’ont pas cessé de s’objectiver dans la marchandise et à s’unir au capitalisme. En Russie et en Chine, ils produisent, comme si de rien n’était, les armes qui massacrent les Syriens !
Extraits de Présence Marxiste n°94, juillet 2012. Au sommaire outre l’article que vous venez de lire sur les Frères Musulmans :
-          Résister dans la contre-révolution
-          Elections présidentielles françaises : en défendant la république tous les candidats défendent l’Etat capitaliste
-          Le Bloc d’Août ou bloc anti-léniniste de Trotsky
-          Littérature du monde entier (Pologne) : Boleslaw PRUS (1847-1912), « Le cœur des cœurs » (Serce cer)
-          Mihai Eminescu : extrait, Empereur et Prolétaire (1874)
Au sommaire de Présence Marxiste n° 95 (septembre) « sur l’insurrection » :
-          Insurrection ou gasconnades
-          Lénine, La route de l’insurrection
-          Marxisme, social-démocratie germanique de droite et blanquisme
-          Etude de l’Autobiographie de Paul Frölich : Du communisme de gauche au centrisme social-démocrate.
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