"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 3 juillet 2010

L’EUROPE SERA-T-ELLE LA SUISSE DE LA 3ème GUERRE MONDIALE ?


Entre 1939 et 1945, deux pays européens sont passés à travers la boucherie planétaire : l’Espagne et la Suisse. L’Espagne avait amplement versé sa contribution de sang grâce à Franco et ne pouvait plus prolonger l’hémorragie. Son prolétariat avait été écrasé pour que triomphe l’idéologie de la guerre des démocraties contre les fascismes. Néanmoins, comme la Suisse, elle servit tout le long de lieu de passage des transactions financières. Les pays en guerre mondiale ont toujours eu besoin de no man ‘s land pour soit commercer entre eux, soit continuer à agioter au profit des grandes familles bourgeoises (les hiérarques nazis firent de bons placements qui ont profité à leur famille post 1945 sans qu’elles soient inquiétées).
Il y avait longtemps qu’on n’avait point évoqué la logique de guerre capitaliste dans les médias français – tout le monde restant le nez sur la crise sans évoquer la seule solution bourgeoisie possible à terme : la guerre – et voici que ce samedi 3 juin l’éditorial du Monde sonne l’alarme.
« Aux armes, citoyens européens ! » clame l’articulet : « Dans un monde qui s'arme, l'Europe désarme. Sous le choc de la crise et la nécessité d'assainir leurs finances publiques, les pays européens taillent dans les budgets de la défense - massivement. C'est dangereux ». Avec toute la roublardise du journaliste bourgeois, le pigiste anonyme stigmatise ce refus de « devenir une puissance qui compte dans le monde de demain », « un tropisme vers la neutralité, qui ferait d’une Europe vieillissante une sorte de Suisse à l’abri des tumultes du XXIe siècle – ce qui relève dAvec toute la roublardise du journaliste bourgeois, le pigiste anonyme stigmatise ce refus de « devenir une puissance qui compte dans le monde de demain », « un tropisme vers la neutralité, qui ferait d’une Europe vieillissante une sorte de Suisse à l’abri des tumultes du XXIe siècle – ce qui relève d’une conception angélique de l’histoire ». Les Européens se satisfont du « bouclier américain », or le scribouillard de service prévient – et au moins il est le premier à ne pas cacher les enjeux des « guerres lointaines » - « La défense, pour un continent comme l'Europe, c'est la capacité à justifier ses ambitions stratégiques (en a-t-elle encore ?) ; c'est l'aptitude à projeter sa puissance sur des théâtres éloignés où se joue une partie de son avenir économique ; c'est la possibilité d'intervenir pour s'interposer sur un autre continent, empêcher tentatives génocidaires et crimes contre l'humanité. Bref, tenir son rang parmi les puissances de l'époque ». Sous le bla-bla humanitaire et anti-génocide (ils ont bien laissé faire hier tous au Kirghizistan) vous avez bien lu « où se joue une partie de son avenir économique » !
Les chiffres de ce lamentable « abandon » des dépenses militaires ne trompent pas : « La majorité des pays européens consacre moins de 1,5 % de leur produit intérieur brut (PIB) à la défense. Tous, sans exception, taillent dans les crédits militaires des lois de finances des deux années à venir. C'est vrai pour les petits pays européens. Mais c'est aussi le cas pour les quatre ou cinq grandes puissances militaires du Vieux Continent que sont l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et, à un moindre degré, l'Espagne, l'Italie et la Pologne. Les Allemands et les Britanniques paraissent les plus radicaux dans les coupes demandées à leurs armées ; les Français semblent plus prudents, qui limitent la "casse" ou s'efforcent, comme ils disent élégamment, de "stabiliser" leurs dépenses militaires ».
Les Français (Sarkoziens ?) « limitent la casse » ? Oui car il y a chaque semaine un militaire français tué (certes un professionnel plutôt gradé) et bon pigiste ne saurait mentir complètement, l’Etat sarkozien donne un sérieux coup de pouce au maître dominant US. Evidemment tout ceci paraît ridicule comparé au plus de 4% des USA, au 5% de Poutine, au 6 à 7 % des Chinois. Alors notre pigiste va-t-en guerre de prier les Européens de « mutualiser leur effort militaire ».
Ce sergent recruteur pour des dépenses militaires accrues oublie volontairement (ou c’est un imbécile) de nous expliquer le pourquoi. Les dépenses militaires grèvent les budgets étatiques et sont improductives. Si les Etats rognent sur ces dépenses en Europe, ce n’est pas par laxisme, mais parce qu’en face les prolétariats européens sont déjà tellement pressurés (sans compter qu’ils se fichent de mourir pour les drapeaux nationaux ou même celui de l’Europe) qu’on ne va pas les pousser à l’insurrection pour quelques tanks de plus.
L’idée de l’Europe comme Suisse de la future 3e guerre mondiale me plaît bien. Imaginons une guerre entre les USA et la Chine + la Russie. Certes on verrait passer de drôles de drones au-dessus de nos têtes, de curieux réfugiés avec des brûlures inconnues. Nos banques européennes se rempliraient de milliards de dollars des généraux des camps adverses et des fortunes de guerre, tout comme leurs coffres s’empliraient des œuvres d’art mandchoue piquées en zone asiatique ou des trésors d’Hollywood détournés par sous-marins.
Pure rêverie, nous le savons bien, l’Europe est une vieille pute bourrée de bijoux qui restera encore au centre du cambriolage impérialiste planétaire si notre grand Robin des bois, le prolétariat universel, croit pouvoir tirer les marrons du festin génocidaire.

mercredi 30 juin 2010

LA GUERRE DE TOUS CONTRE TOUS ?

LE « FAIT DIVERS » EXPRESSION DE LA DESINTEGRATION SOCIALE OU ARME NATURELLE DE L’ETAT JURIDIQUE BOURGEOIS ?

Il y a si longtemps que le philosophe Hobbes écrivit ces lignes qui définissent la guerre de tous contre tous dans les sociétés sans Etat (état de nature), et le philosophe défendait la pérennité éternelle de l’Etat, quand Engels lui répondit deux siècles plus tard que l’Etat n’avait jamais existé de toute éternité: « L'état de nature, cette guerre de tous contre tous a pour conséquence que rien ne peut être injuste. Les notions de droit et de tort, de justice et d'injustice n'ont dans cette situation aucune place. Là où il n'y a pas de Pouvoir commun il n'y a pas de loi ; là où il n'y a pas de loi il n'y a pas d'injustice: Force et ruse sont à la guerre les vertus cardinales. Justice et injustice n'appartiennent pas à la liste des facultés naturelles de l'Esprit ou du Corps ; car dans ce cas elles pourraient se trouver chez un homme qui serait seul au monde (au même titre que ses sens ou ses passions). En réalité la justice et l'injustice sont des qualités qui se rapportent aux hommes en société, non à l'homme solitaire. La même situation de guerre a aussi pour conséquence qu'il n'y existe ni propriété [...] ni distinction du Mien et du Tien, mais seulement qu'à chacun appartient ce qu'il peut s'approprier et juste aussi longtemps qu'il est capable de le garder » (17ème siècle).
Sommes-nous revenus à cet état de nature, à la barbarie antique avec les guerres incessantes sur le globe, mais si mystifiées, avec – plus mal vécus que ces guerres – les faits divers sanglants qui ponctuent l’actualité de la propaganda bourgeoise ?
On tue beaucoup à coups de couteaux par les temps qui courent. Guerre des écoliers, guerre des voisins, guerre inter-communautaires ou raciales, guerre des automobilistes, guerres entre collègues… Et pas simplement guerre, mais meurtres de sang-froid. Des meurtres commis en bande à Grenoble, Paris et sa banlieue ont fait récemment les unes de l’actualité propagandiste. Au récit de ce que les journalistes, et les lecteurs de prompteur télévisé nomment « l’ultra-violence », nous, pauvres spectateurs possibles prochaines victimes au coin d’un bois, d’une autoroute ou derrière le rayon surgelé des supermarchés, nous restons tétanisés, avec cette question minable : que fait la police ? Ou cette autre interrogation plus pathologique : faudrait-il pas rétablir la peine de mort pour ces chiens ? Sur TF1, Laurence Ferrari, plus vte qu’un bolide au Mans lit sur son prompteur : … un acte barbare… ils ne se rendent pas compte… les agressions sont de plus en plus violentes… elles préparent des adolescents au grand banditisme. Sur France 2, avec David Pujadas, on a encore plus froid dans le dos face à la sauvagerie sur la bretelle d’autoroute près des Mureaux : … une violence disproportionnée… ils ont tué devant les parents… ils disaient aux parents « on va le tuer »…
Est-ce bien nouveau ? Il y a 30 ans Roger Gicquel ouvrit le « 20 heures » sur un glacial : « les Français ont peur ». Il reste à écrire une anthologie des faits divers dramatiques au XXe siècle en même temps que leur instrumentalisation par la propaganda bourgeoise. Certains « décadencistes » vous affirmeront que c’est vrai, c’est pire aujourd’hui et que cela manifeste une décomposition de la société bourgeoise et pourrait être un élément de réflexion sur la nécessité d’inventer une nouvelle société. Pas vraiment pourtant, le crime tétanise toujours, singularise et obscurcit les facultés de réflexion de chacun.
Pour mesurer le degré de mensonge déconcertant atteint par la domination totalitaire bourgeoise, on peut extraire deux définitions du dictionnaire psychologie, qui nous démontrent la petitesse de sens et le mépris pour « ceux d’en bas » qui nous est jeté à la figure par les élites dirigeantes.
Délinquance : Somme des infractions à la Loi. Le taux de criminalité d'une société reste relativement stable sauf lorsque d'importantes modifications sociales surviennent. Les actes délictuels sont en grande majorité le fait d'hommes peu éduqués et sans travail. Chez les enfants et les adolescents, les actes délictuels ont souvent pour origine une cellule familiale éclatée ou une déficience intellectuelle
Bande : Les groupes d'individus ainsi nommés peuvent parfois devenir marginaux et leurs buts antisociaux. Souvent issus de milieux dans lesquels leurs besoins affectifs ne peuvent être comblés, les jeunes qui rejoignent ces bandes y trouvent assurance et dédouanement pour leurs actes grâce au soutien moral des autres membres. Les éducateurs spécialisés, psychologues et assistants sociaux ont pour but de modifier les objectifs de telles bandes.

AU DEBUT LE SOCIALISME ETAIT CONSIDERE COMME CRIMINEL

Les premiers mouvements socialistes qui apparaissent en Europe au début du XIXe siècle sont déjà stigmatisés par les fractions « démocratiques » de la bourgeoisie comme criminels. Ils se développent dans des quartiers et villes aux traditions de révolte populaire déjà sous la féodalité. Ces premiers mouvements ne veulent pas se contenter de réformes sociales. L’écossais Robert Owen est considéré comme le premier créateur d’un socialisme dit utopique. Dès 1817, ses projets de « villages de coopération » pour les pauvres, s’accompagnent de virulentes critiques contre les religions et prêchent pour l’inauguration d’un nouvel ordre mondial. Un peu avant le milieu du siècle, son mouvement touche des dizaines de milliers d’ouvriers et d’artisans qui croient sincèrement à la venue d’un monde égalitaire et fraternel. Owen influencera les premiers socialistes français mais surtout Marx et Engels.
L’apport des Owen, Thompson (1785-1833) et Godwin (1756-1836) dans leur renversement moral de la notion de crime, est moins connu mais très profitable aux Marx et Engels. Ils mettent en avant les responsabilités de la société par rapport à la question criminelle. Si l’état de la société apparaît comme un état de guerre de tous contre tous, l’homme n’est en lui-même ni bon ni mauvais, il devient ce que le milieu environnant a fait de lui. Le premier crime est donc le fait de celui qui, par la propriété privée, accumule de la richesse au détriment des autres qu’il va ainsi amener inévitablement à voler. Dans The Book of the New Moral World, Robert Owen reprendra cette critique de la propriété privée considérée comme la véritable cause du crime, et Marx et Engels à sa suite qui récuseront les idées reçues des statisticiens et des philanthropes dans un cadre d’analyse sociale plus large et à partir d’ube critique radicale de la société bourgeoise.
En 1845, Louis Blanc dénonce le grand nombre d’enfermements : « La répression a beau grandir, le mal grandit plus vite encore » ; il remet en cause tout le système pénitentiaire, la généralisation de la « mise en cellule ». Les juges bourgeois pensaient que l’emprisonnement cellulaire allait apprendre au prolétaire à se repentir de ses méfaits – la plupart du temps de vol – à épargner en vue de l’avenir, alors qu’en général (et de tout temps) il n’a même pas de quoi pourvoir au présent. Anticipant d’un siècle et demi la crise financière des prisons américaines (elles coûtent plus cher en particulier avec le maintien de la peine de mort), Louis Blanc en dénonce l’inefficacité et la toxicité : « De quel droit laisserait-on de pauvres enfants sucer le venin du vice dans la misère, à deux pas du pénitencier où l’on s’évertuerait à catéchiser des scélérats en cheveux blancs » (cf. Histoire des savoirs sur le crime et la peine, vol I). Pour Louis Blanc, c’est la société telle qu’elle est organisée et telle qu’elle fonctionne qui est criminelle, bien plus que ceux qui se retrouvent dans les prisons : « Qu’est-ce donc qu’un ordre social où l’industrie est prise en flagrant délit de lutte contre l’éducation ?; un ordre social où les pères sont obligés d’exploiter leurs enfants en les faisant travailler dès le plus jeune âge, en leur donnant ainsi une éducation qui les poussera nécessairement au vice, à l’alcoolisme et sans doute au crime ?
A la même époque, Marx accuse aussi la société d’être coupable du crime et il comprend déjà que les formes de prévention n’ont d’autre but que d’exonérer de toute culpabilité la classe bourgeoise régnante. Les problèmes de la criminalité ne sont pas centraux dans les œuvres de Marx et Engels, ils apparaissent au détour de certains textes mais comme simple illustration des méfaits de l’ambiance capitaliste. Contre tous les apologistes conservateurs de la société de classes hiérarchisées, Marx et Engels examinent toujours sur les situations et la structure de la société. Leur conception du comportement criminel et de la loi officielle ne peut se comprendre que de l’intérieur de la critique globale qu’ils font de la société capitaliste.
Marx ne réduit pas l’existence du crime à la seule société capitaliste et reconnaît que chaque société peut produire des types spécifiques de comportements problématiques. Son insistance porte néanmoins sur les relations particulièrement significatives entre comportement criminel et capitalisme, depuis l’apparition de celui-ci.
Le capitalisme s’est formé par l’expropriation des paysans de leurs terres, les contraignant à vendre leur force de travail. Cette expropriation est en réalité un vol, vol d’une ampleur inimaginable, preuve que toute l’organisation sociale qui en est issue résulte d’actes criminels. De plus, comme la nouvelle organisation industrielle ne parvient pas à absorber l’ensemble des hommes expropriés, elle les contraint à s’De plus, comme la nouvelle organisation industrielle ne parvient pas à absorber l’ensemble des hommes expropriés, elle les contraint à s’engager eux-mêmes dans une lutte pour survivre, qui a souvent pour conséquence la transgression des règles. On assiste alors à la formation des « classes dangereuses »qui trouvent ainsi leur origine dans le processus même de création du capitalisme. Les comportements criminels et la loi pénale sont deux aspects différents d’une même réalité ; comme l’écrira un auteur moderne : « La transformation des petites unités de production indépendantes et capitalisme entraîne le vol des terres, la criminalisation des conditions de survie de ceux qui ont été expropriés de leurs terres et la violation des lois par ceux qui n’aont d’autre choix que le crime pour vivre « (Greenberg, 1981).
Marx ne se contente pas de décrire les origines du crime inhérent à ce type de société, il montre ensuite comment il est surtout utile à la société dans laquelle il se développe. Il reprend le raisonnement tenu au 18ème siècle par Mandeville. Le criminel « produit » la loi pénale. Il produit aussi le professeur qui donne des cours sur la loi et la criminalité : « et même l’inévitable livre de base dans lequel le professeur présente ses idées et qui est une marchandise sur le marché… De plus, le criminel produit tout l’appareil policier ainsi que de l’administration de la justice, détectives, juges, jurys, etc. et toutes ces professions différentes… la torture elle-même a permis l’invention de techniques fort ingénieuses, employant une foule d’honnêtes travailleurs dans la production de ces instruments » (cf. Sur la Théorie de la valeur, Theorien über den mehrwert, vol I, édité par Karl Kautsky, 1905).
Tous ces bénéfices secondaires du crime permettent à la société de se maintenir, « le criminel apparaît ainsi comme une de ces « forces équilibrantes » naturelles qui établissent une juste balance et ouvrent la porte à plusieurs occupations soi-disant « utiles » (Marx est ironique). Le crime et le criminel ne se situent pas en marge de la société capitaliste, ils en font partie intégrante. D’un point de vue de la marche normale de la société bourgeoise, la criminalité ne constitue pas un désordre social mais apparaît plutôt comme une des caractéristiques de l’ordre social capitaliste.
Toujours à la mi-temps du siècle, le jeune Engels, dans The condition of the working class in England, avait anticipé cette critique du masque criminel de la justice bourgeoise. A partir de la description des sordides conditions d’exploitation du premier prolétariat industriel du monde, Engels déduit la légitimité des comportements criminalisés et en quoi cela a une incidence dans le processus révolutionnaire d’émancipation du prolétariat. Il oppose les ouvriers déshumanisés par un travail infernal à la fausse moralité bourgeoise : « l’immoralité de l’intérêt privé et l’hypocrisie des classes possédantes sont choses bien pires ». Pour Engels, la plupart des premiers penseurs socialistes n’ont pas été au bout de leurs analyses, surtout par le fait que la plupart étaient issus de la bourgeoisie. Il moque même le réformisme d’Owen, ouvrier devenu patron qui prétendait faire vivre dans ses petites communautés bourgeois et prolétaires ; Owen espérant parvenir sans lutte et sans transition au communisme faisait le jeu du libéralisme bourgeois, encore promis à un bel avenir.
Engels se place au niveau historique et récuse l’existence d’individus abstraits et de forces occultes. Premier pas révolutionnaire : l’ouvrier, écrasé par le travail et misérable, se révolte contre les conditions qui lui sont faites, tandis que le bourgeois oisif s’enrichit. Le pauvre se mit à voler par nécessité et on assista à une croissance de la criminalité parallèle au développement des industries : « Mais bientôt les ouvriers s’aperçurent que cela ne menait à rien. C’est seulement en tant qu’isolés, en tant qu’individus, que les délinquants pouvaient protester par leur vol ; la puissance de la société tout entière se jetait sur chaque isolé et l’accablait d’une énorme supériorité… Le vol était la plus grossière, la plus inconsciente des formes de protestation ». (cf. Bandits de E.J.Hobsbawn)
Dans une deuxième étape, on retrouve encore une certaine forme de « criminalité », avec le bris des machines par des luttes en bande visant à empêcher l’introduction des machines qui privaient les ouvriers de leur emploi : « On démolissait les usines et on mettait les machines en pièces ». Ces réactions de colère restèrent isolées et sévèrement punies. Engels reconnait un mérite à ces actions « criminalisées », qui faisait de l’Angleterre le pays avant-garde de la révolution mondiale, c’est que ces révoltes finirent par aboutir en 1824 au vote d’une loi qui autorisait la libre association des ouvriers, générant la formation des premiers syndicats pour protéger l’ouvrier isolé face au patron (et mettant fin même au meurtre de certains patrons dans les conflits trop personnalisés, aussi bien en France à l’époque qu’en Russie à la fin du siècle).
Engels pressent que la compétition engendre la criminalité, c’est pourquoi il souligne l’importance capitale des premières associations ouvrières dans les grèves : « elles sont le premier essai fait par les travailleurs pour supprimer la concurrence. Elles supposent l’intelligence de ce fait, que la domination de la bourgeoisie repose uniquement sur la concurrence des travailleurs entre eux, c'est-à-dire sur la division du prolétariat par l’opposition des individus ouvriers les uns contre les autres… Et c’est précisément pour cela qu’elles (les associations) sont si dangereuses pour l’ordre social ». C’est pourquoi les capitalistes taxent les grévistes et les membres de ces associations de « criminels », alors qu’ils ne sont pas criminels (ni terroristes…) mais des acteurs déterminés d’une « guerre sociale ».
Cependant tous les actes considérés comme criminels par le pouvoir d’Etat bourgeois ne peuvent pas être confondus par après dans une même « guerre sociale » comme l’ont théorisé les anarchistes anciens et modernes. Marx et Engels ont dénoncé sans concession la racaille du lumpenprolétariat de leur époque, comme la racaille terroriste petite bourgeoise pendant la révolution française.
Dans un autre texte – Discours à Eberfeld (fev 1845) – Engels s’efforce de montrer que les comportements criminels diminueront naturellement avec l’avènement de la société communiste. La guerre de tous contre tous n’est pas seulement la concurrence entre prolétaires, les conflits du travail entre prolétaires et bourgeois, elle recouvre aussi la guerre des bourgeois entre eux, basée sur la concurrence.
En éliminant la concurrence de la société, comme les ouvriers ont été capables de le faire eux-mêmes le temps de leurs meilleures grèves, on élimine la racine même des comportements criminels. A son époque, Engels croyait même une diminution possible des chiffres de la criminalité dans un capitalisme jeune ; il soulignait que des statistiques prouvaient une diminution des infractions contre les personnes mais une augmentation des infractions contre les biens. Engels se trompait sur la longévité du capitalisme et ne pouvait pas vraiment concevoir les formes d’ultra-violence que celui-ci allait prendre au seuil de sa décadence, avec la gigantesque boucherie de 1914 et la croissance exponentielle des crimes contre les personnes du XXe au début du XXIe siècle. Une hausse des infractions contre les biens ainsi théorisée avait quelque chose de rassurant – les « criminels » s’en prenant à la « propriété privée » - et de moins pervers et irrationnel que les actes de « cruauté mentale » qui ont fait florès depuis. Dans l’acception pacifiste et graduelle d’Engels, la suppression de la concurrence (après une insurrection tout de même et la prise du pouvoir par le parti) aurait ouvert une ère de paix sociale, dissolvant les institutions de la justice pénale créée pour la protection de la propriété privée et des premiers usurpateurs de la terre. Des conflits pourront perdurer mais être réglés par des arbitres de l’agora communiste sans procès et sans jugements grotesques. La transgression des lois, par le gréviste et le petit voleur, pouvait encore apparaître à la fin du XIXe siècle comme partie intégrante d’une même guerre sociale.
En analysant les actes criminels comme liés à un type d’organisation sociale, Marx et Engels ne se différenciaient pas des réformateurs sociaux comme Quételet, mais à la différence de ce dernier, d’une part ils ne considéraient pas que les criminels avaient agi librement et d’autre part ils n’envisageaient pas d’autre solution que le bouleversement complet de la structure sociale et politique du capitalisme pour remédier aux divers crimes.

LES ANARCHISTES CROIENT ENCORE AU « VOYOU REVOLUTIONNAIRE »

Gavroche pendant la Commune n’est plus pourtant qu’une image kitsch vendue aux touristes japonais à Montmartre. On se souvient qu’à la suite du groupe néo-trotskien Socialisme ou Barbarie, les situs à la fin des années 1950 théorisèrent la révolution des « blousons noirs ». Les héritiers intellectuels de ces ânes, l’ami et collaborateur de Janover, Garnier, plus ou moins confortés par des spécialistes en sociocratie banlieusarde, tel Laurent Mucchielli, ont tenté de nous refaire le coup d’un « tous ensemble » dans la « guerre sociale », alors que Marx et Engels avaient pris des distances avec les premières théorisations de la révolte sociale. Un auteur libertaire, Jean-Pierre Garnier s’est essayé à caractériser une « violence contemporaine », y perdant son latin « post-politique ». Voici la description de la nouvelle « guerre sociale » selon Garnier vers 2005 :
« Expulsés des villes, les prolos et sous-prolétaires vont se replier dans des zones rurales qui échappent à la gentrification. « Faute d’alternative politique leur permettant de s’extraire de leur désastreuse situation, les laissés-pour-compte de la « métropolisation » pourraient bien dans les années qui viennent contribuer à la diffusion de la « violence urbaine » sur l’ensemble du territoire ».
Jean-Pierre Garnier, qui écrit dans des journaux libertaires à deux sous (de contenu) nous fournit une vision ultra-gauchiste anar bien fumeuse pour expliquer la lumpenisation généralisée présumée subversive : « L’analyse des violences, comme celles de 2005 et de 2007, nous instruit sur le bourbier dans lequel patauge intégralement toute la classe politique, extrême gauche comprise. Ce n’est plus un fossé mais un gouffre qui sépare les « casseurs » et la bonne société. Politiciens et médias nous enfument en parlant à chaque fois de violences aveugles, gratuites ou absurdes. Ah ? Attaquer des commissariats, des entreprises installées en zone franche mais qui ne jouent pas le jeu, une trésorerie principale, un bureau de l’ANPE, des écoles qui orientent vers des ghettos sociaux, des bus aux tarifs prohibitifs, des bagnoles de sociétés privatisées, des concessionnaires de voitures hors de prix…, ce n’est ni aveugle ni gratuit ni totalement absurde ! Reste la question de la sempiternelle voiture des malheureux voisins brûlée dans la foulée. « Il est hypocrite, pour ne pas parler d’indécence, de s’apitoyer sur le malheur des démunis privés de leur véhicule quand cela fait des années que la misère est orchestrée par les nantis qui ne se soucient guère de la vie gâchée des enfants des quartiers populaires ».
La classe ouvrière ? Il n’en reste pas grand-chose pour Garnier : « la classe ouvrière objective existe encore — en a pris un sacré coup. Elle est pulvérisée, décomposée, restructurée, qu’il s’agisse des lieux de travail, de l’habitat, et aujourd’hui tout ce qui était son armature intellectuelle et idéologique s’est aussi effritée. Et à présent, la lutte de classes a été remplacée par ce que Noam Chomsky appelle a Class Warfare, c’est-à-dire un état de guerre larvé ou pas, selon les pays, où l’initiative est à la bourgeoisie ». Ni Garnier ni Chomsky ne sont des références sérieuses en politique marxiste et il est vrai que la lutte pour les revendications immédiates de la classe ouvrière, tristement corporatisée et scotchée de badges syndicaux, n’a jamais eu aucun aboutissement révolutionnaire depuis 40 ans ni séduit les laissés pour compte des banlieues pauvres. Cela ne lui enlève pourtant pas son rôle révolutionnaire au moment des grands krachs futurs.
Il ne faut pas mélanger les crimes dans les faits divers et les émeutes de banlieues pauvres – que la propaganda met dans le même sac (Garnier a raison de dire que la bourgeoisie criminalise les émeutiers mais n’ose pas reconnaître qu’ils sont un simple feu de paille sans objectifs) - mais, fier de sa découverte des émeutes « irrécupérables », l’anarchiste de service ne peut qu’exalter la violence « sans limites » ( !?) et surrenchérir dans l’exaltation de l’illégalité : « Désolé de casser le rêve naïf du « vivre ensemble ». Cette belle idée est une pure fiction dans une société ultra inégalitaire. Les « sauvageons » ont été enfantés par le système capitaliste, lui-même d’une sauvagerie sans nom. Toutes les violences subies, sociales, économiques, racistes… sont retournées à l’expéditeur. C’est le rendu de monnaie pour des années d’errance entre bahuts dépotoirs, stages bidons ou boulots d’esclave. C’est le prix à payer quand le pouvoir applique la tolérance zéro pour ceux d’en bas et l’impunité zéro pour ceux d’en haut… Avec tous les mauvais coups qui vont encore nous tomber sur la gueule, il n’y a aucune raison de penser que ces colères-là s’apaiseront. Sans leaders ni revendications, les « violences des cités » laissent perplexes. Nous sommes loin de la lutte des classes « à l’ancienne », plus facile à contrôler et à neutraliser par la négociation. Les dirigeants de gauche perdent leurs repères face aux scènes de « guerre civile » diffusées en boucle par les médias. Ils paniquent tellement qu’ils pactisent à chaque fois avec la droite sécuritaire au nom de l’ordre républicain. Les BAC sont même parfois promues au rang de « casques bleus » ! Quand la lutte contre « l’insécurité » prend le pas sur la lutte contre les inégalités, c’est le commencement de la fin. « À une vie sans avenir, on ne peut opposer qu’une violence sans limites », assurait un responsable associatif en 2005 ? La facture des violences qui ratiboisent jeunes et moins jeunes sera salée un jour ou l’autre. « Il faudra en payer le prix sous la forme d’une violence apparemment « insensée », à la fois imprévisible et incompréhensible, faute de saisir ou d’admettre la logique sociale inédite dont elle est le produit. Une violence que nous nommerons, en attendant mieux, « contemporaine » et que d’autres appellent « post-politique », pour la distinguer d’une « violence historique », ainsi qualifiée parce qu’elle se réfère au sens que toute une tradition, à la fois philosophique et politique, prêtait à l’histoire. »
Les intellectuels anarchistes n’ont toujours rien à dire sur les questions politiques « contemporaines » !

A LA FIN LA PEINE DE MORT EST DE RETOUR DANS LES TETES

Depuis Marx jusqu’aux divers socialistes et communistes modernes (toutes couleurs confondues) l’abolition de la peine de mort est par excellence, comme l’antiracisme, au cœur de la « pensée de gauche ». La gauche français avec la mitterrandie en 1981 a sanctuarisé cette abolition comme un acquis glorieux, indélébile mais plutôt débile. Si sociologues, juristes modernes et politiciens conviennent, après les Louis Blanc et Marx, que la peine capitale est inique, ils s’en séparent par l’équivalence du châtiment de la mort lente qui pullule dans les prisons, par leur compassion vertueuse pour les suicides ou les assassinats dans les commissariats de la République (rares encore).
En temps de paix, révolutionnaires comme réformistes se retrouvent pour refuser la peine de mort comme sanction crédible ; ce qui ne signifie pas que chacun ou chacune face aux crimes les plus odieux (et il s’en produit tous les jours de particulièrement odieux) ne pense pas qu’elle serait méritoire dans les cas les plus avérés et certifiés. En temps de guerre, les réformistes conçoivent sans aucune culpabilité la nécessité de justice militaire expéditive. En temps de révolution, généralement les révolutionnaires qui tiennent les rênes du pouvoir ne s’embarrassent pas d’une justice lourdaude et longue à trancher : les crimes divers, viols, actes de torture sont soumis au jugement immédiat du peloton d’exécution (et c’est tant mieux, dans ces moments on n’a pas de temps à perdre pour tenter de récupérer des tarés) ; les périodes révolutionnaires n’ont pas vu diminuer non plus le nombre des crimes, en Allemagne dans les années 1920 se sont produits d’horribles crimes de sang.
Dans la société actuelle le problème est devenu plus compliqué dans la mesure où l’on a la fâcheuse impression que tout le monde veut tuer tout le monde, qu’un cap a été franchi et que l’Etat et sa justice bourgeoise seraient débordés, impuissants, voire conciliants ou facilitateurs pour les criminels. Fadaises ! Rien n’a changé concernant l’utilisation du crime par l’oligarchie dominante. On assiste même au retour des interprétations les plus éculées du début de la criminologie moderne ; le régime sarkozien prétendant repérer les futurs criminels dès la maternelle. Excellente démagogie.
On aime discuter en régime démocratique de l’intérêt ou pas de la peine capitale. En général, excepté dans les petits pays arriérés et dans quelques Etats US, elle a été abolie. Elle a été abolie dans la plupart des pays bourgeois dits civilisés non pas humanité – elle n’empêche pas la mort lente dans des décennies d’incarcération – mais parce que son maintien rendait encore plus odieux le mensonge originel de la justice de classe : tuer un être humain produit d’une société criminelle dans son fonctionnement est plus révélateur du crime de base de cette société que la prétention à le remettre sur les bons rails (qui déraillent toujours).
La peine capitale comme mesure pour mettre fin aux crimes les plus odieux n’a jamais dissuadé leur répétition. D'un pays à autre, on a pu trouver que l'existence, l'abolition, ou la ré-application de la peine capitale n'a jamais eu aucune influence visible sur la fréquence de meurtres. Ce qui influence vraiment la fréquence de meurtres, d'autres crimes violents et de crimes en général sont les facteurs sociaux. L'augmentation du chômage, par exemple, est accompagnée de l'augmentation correspondante des maladies mentales, suicides, par exemple, et des crimes contre les femmes battues, pour le partage des enfants abusés, le vol -- et du meurtre pathologique ou psychopathe. Cela ne veut pas dire que ce sont le chômage, le travail, une vie familiale éclatée ou la pauvreté qui poussent les gens vers le crime - la plupart des chômeurs n'ont pas plus de chances de commettre un crime que les gens qui travaillent, mais ces derniers pensent souvent au meurtre individuel plutôt qu’à la destruction d’une société malade, subissant journellement une violence psychologique invisible... Ce que cela veut dire est que le chômage sans grand espoir de trouver un emploi est un facteur de stress très important. S'il s'agit de jeunes hommes qui traînent dans les rues - qu'est-ce que leur reste à faire? – traîner en bande d’indiens pour se retrouver persécutés par la police dont les fonctionnaires se perçoivent comme des cowboys redresseurs de torts.
On oublie généralement que chômage est synonyme de solitude, une solitude cruelle où même la famille, votre femme, vos enfants vous lâchent ; la raréfaction des liens sociaux entraîne le phénomène compensatoire des bandes « hors a loi » ou le repli suicidaire. Les conditions de travail engendrent de plus en plus souvent des conflits qui mettent en cause la personne, la menace de destruction par ses propres collègues…. Tout le système juridique et policier bourgeois s’engraisse dans un premier temps de l'augmentation des délits, dérapages et crimes divers qui mènent inévitablement à la croissance de la population des prisons. Idéologiquement la répercussion journalistique quotidienne de la « criminalité moderne » est toujours pain béni pour empêcher toute réflexion cohérente sur la nature et l’absence d’avenir de cette société.
Ceux qui ont été ficelés en prison sont encouragés à poursuivre une carrière criminelle par les conditions mêmes de ces établissements qui sont organisés pour humilier et jamais pour réinsérer socialement et mentalement. Quand les taulards sortent à nouveau dans la société carcérale elle-même, ils savent qu’ils sont à l’unisson de l’Etat bourgeois, fondé sur la cruauté, la vengeance et l'hypocrisie. La publicité quotidienne donnée aux crimes qu'ont commis les gens condamnés à la peine de mort, et leur saga meurtrière répercutée au cinéma, créent des imitateurs qui commettent des crimes semblables. Tout cela ne resterait que de la sociologie vulgaire ou une resucée des pâles théorisations situationnistes si on ne replace pas les questions au niveau historico-philosophique et politique. Thomas Hobbes a été le précurseur de la théorie du monopole de la violence (en allemand: Gewaltmonopol des Staates), reprise par Marx et Engels puis développée par Max Weber. L'état, comment étant la seule entité autorisée à exercer son autorité par la violence sur son territoire. On a vu, grâce à Marx et Engels que ce monopole a été mis en place via un processus d’expropriation durant lequel l'utilisation de la violence par la classe dominante était déclarée comme légitime.

OU L’INFINITESIMAL SUPPLANTE LA VISION D’ENSEMBLE

Un blogueur énervé voit des arabes catéchisés partout, et il a en partie raison de souligner qu’on est sans arrêt pris entre l’étau de deux minorités activistes, les bobos gauchistes et intellectuels bigots du tiers-monde: « Le chômage, la précarité, le mal-logement sont des facteurs à prendre en considération pour expliquer la délinquance mais ils ne sont pas suffisants pour saisir l'ampleur du désastre social. Il existe aujourd'hui dans les banlieues une immigration extra-européenne massive composée d'individus dont les exigences identitaires sont incompatibles avec notre culture. Dans le 9.3 les salafistes prennent progressivement le contrôle des blocs d'immeubles en revendiquant un islam agressif et conquérant. Les bobos-angélistes des associations "anti-racistes" interdisant tout débat sur l'immigration sous peine de procès et d'anathème empêchent par la même occasion toute réflexion autour de ce phénomène. La police de la pensée qui sévit dans la presse aussi bien que sur les plateaux de télé sert en fait les intérêts du communautarisme ».(Lundi 28 juin à 19h50)
Dans sa théorie de la guerre de tous contre tous, Hobbes faisait le postulat qu'à l'état de nature l'homme ne peut pas vivre en amitié avec ses semblables. Il doit, du moins à ce qu'affirmaient les réflexions préliminaires de son ouvrage « Le Leviathan », tout miser sur sa propre existence : s'il la perd, il perd tout ce qu'il possède. Dans cette situation d’où est exclu tout « communisme » d’existence, aucun homme ne saurait laisser rogner ses droits ou son statut comme ce serait peut-être le cas s'il devait se sacrifier plutôt qu'un autre pour le bien commun. Dans son propre intérêt il ne lui reste plus alors d'autre choix que de refuser la vie en communauté et de mener une guerre permanente contre les autres qui ne pourraient lui concéder qu'un statut inférieur dans le groupe, en relativisant son mérite personnel. Hobbes ne fut qu’un précurseur de l’esprit du capitalisme, nullement une pensée pour l’éternité.
La phrase Bellum omnium contra omnes (la guerre de tous contre tous) fût aussi utilisée par le philosophe conservateur nihiliste Friedrich Nietzsche dans la partie de son livre intitulé : Introduction théoritique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral. Nietzsche n’est vraiment pas non plus la référence puisqu’il servit de… référence aux nazis comme aryen indestructible mais destructible dans la guerre impérialiste mondiale.
Nos « casseurs », en grande partie issus des quartiers populaires ne sont pas si nihilistes que la presse bourgeoise l’a proclamé. Ils sont simplement paumés. Grand-père a trimé à Citroën, papa a vécu grâce aux allocs et eux on ne leur réserve aucune place et en plus ils portent des prénoms pas catholiques. L’école de l’Etat bourgeois encouragent l’ostracisme plus que le racisme. Les lycéens des filières généralistes sont français de « bonne souche ». Les violences épisodiques des « casseurs de banlieues » sur des lycéens « gaulois » a été lourdement instrumentalisée, le sociologue Mucchuelli croyant identifier… trois types de motivations : économiques (« se faire de l’argent facile ») ; ludiques (« le plaisir de taper ») ; racistes et de « jalousie sociale » (« se venger des blancs »). Or, tous les sociologues appointés pour répercuter le discours dominant anti-classes sociales et qui se résume aux milles interprétations quotidiennes sur les « communautarismes », le « racisme », « l’ethnicisation », esquivent des questions très simples des jeunes la classe ouvrière :
« Quand on interroge des jeunes des quartiers sur leurs rêves, les réponses ne sont pas irrationnelles ou désordonnées. Pour le dire vite : ils veulent un boulot, un logement et une voiture. Ce qui est scandaleux, c’est que ce minimum de « normalité » soit vécu comme inaccessible pour une grande partie de la jeunesse. Cela conduit, pour certains jeunes, à une mise en scène d’un rejet du travail. Ils disent souvent : « Moi, je ne veux pas être un esclave. » C’est là transformer une contrainte en choix pour garder la tête haute. Il y a de l’exigence de dignité dans tout cela » (Saïd Bouamama).
Non nous ne vivons pas la guerre de tous contre tous, quoiqu’on nous le chante tous les jours, à la radio, à la télévision et sur Internet. La crise économique extrêmement grave et la suppression généralisée des retraites démontrent qu’il s’agit bien vraiment du début du début de la guerre de la bourgeoisie contre le prolétariat.

mardi 29 juin 2010



A l'heure où ils caressent l'espoir d'une croissance adossée aux "marchés verts", les capitalistes entendent faire de l'espace maritime leur nouvel alibi écologique (*).

Vous pouvez commander cet ouvrage au prix de 8 euros frais de port compris, chèque à l'ordre de "la mouette enragée":
La Mouette Enragée
BP 403
62 206 Boulogne sur mer cedex

lamouette.enragée@wanadoo.fr

ou le demander à PU qui transmettra.


(*) C'est mal barré avec la cata de BP au large des bayous US! La marée noire de l'impéritie capitaliste a été plus rapide que les camarades pour sortir leur ouvrage (deux ans...).

jeudi 24 juin 2010

BEAUCOUP DE MANIFESTANTS ET APRES ON FAIT QUOI ?


LA MANIPULATION bat son plein de manifestants suivistes.Toute la presse bourgeoise a titré que les syndicats se sont "requalifiés" et assuré que même le gouvernement n'en était pas du tout marri. Synonyme de manip machiavélique du sol au plafond,de la rue à l'Elysée,la perversion narcissique étatique... Vous allez dire que j'abuse de la notion. Pourtant, mêmes conséquences que celles causées par les porteurs tarés de cette maladie. La victime, la classe ouvrière ressent un malaise indéfinissable, elle a le sentiment de s'être fait baiser, jamais complètement il est vrai. En face le gouvernement a toujours raison, n'agit-il pas dans l'intérêt de tous? Il nous fait souffrir mais n'est-ce pas pour notre "bien"? La psychanalyste Martine Aubry complète le diagnostic "les Français ont peur". Non les prolétaires n'ont pas peur mais ils sont mal dans leur peau parce, spectateurs et victimes d'un système qui s'écroule ils sont en première ligne pour le chômage de masse éternel et la retraite au flambeau. S'il y a malaise, il est surtout politique: les prolétaires sont dépossédés littéralement de toute réflexion, décision et orientation pour l'intégrité de leur combat: les grèves et manifestations sont décidées et cornaquées par d'anonymes appareils bureaucratiques; après avoir été parqués dans les rues, on annonce aux défilants qui ont défilés que des négociations seront ouvertes avec le gouvernement, que celui-ci - le 13 juillet - ne prendra pas vraiment toutes les décisions qui motivent les craintes face à la réalité nue (le Capital ne cède plus rien du tout)mais qu'il s'en remettra aux parlementaires début septembre, qui discuteront et avaliseront pendant que (éventuellement) les obscurs appareils syndicaux vous feront défiler à nouveau dans les rues. Jamais rien n'est clairement affirmé ni confirmé, au nom des complexités, de la pénibilité de l'application des lois mais jamais au nom de la sénilité d'un capitalisme incapable d'offrir à chacun un travail et décidé à supprimer les retraites pour les plus pauvres.
Deux millions ? C’est certainement loin du compte, en dessous du million sûrement. On a tellement l’habitude des mensonges du gouvernement et de ses syndicats qu’on se fiche du nombre exact. Même s’il y avait eu trois millions de manifestants, ces fleuves de population lobotomisée n’auraient pas eu plus d’importance. Que la masse de manœuvre soit manœuvrée non seulement par ces défilés inutiles dans la rue importe moins que les avalanches de mensonges ou de bonnes paroles qui ont balisés toute réflexion politique sérieuse et tout questionnement sur l’INSTRUMENTALISATION de l’absence d'avenir DES retraites, un des aspects de l’effondrement de l’économie capitaliste par la disparition de la valeur.
Autant dire qu’il ne s’est rien passé d’important ce 24 juin. En 2009 les manifs contre la crise avaient été bien plus importantes. La dite base arrière des manifs dans les principales villes était mince : un tiers de grévistes à la SNCF (protégés provisoirement), moins de 20% à l’Eduque Naze pourtant le milieu le plus suiviste du syndicalisme, peu à ERDF, encore moins dans le privé (chiffres du JDD). Les prolétaires ne sont pas tous lobotomisés au point d’avoir oublié les autres promenades syndicales pour se ficher de la classe ouvrière. Pour une partie des prolétaires ce genre de journée nationale d’action signifie un maximum d’emmerdements (garde des enfants, embouteillage, longues marches à pied, etc.) c’est pourquoi certains font grève, contraints et forcés, pour limiter les dégâts et ne vont même plus aux manifs. Intégrant cette méfiance, plus qu’une surenchère comparable à 1995, le syndicat FO s’était abstenu d’appeler à la JA. Dans le jargon maximaliste c’est ce qu’on appelle le « partage du travail » pour ne jamais abandonner à leur sort (possiblement délictueux) de larges parties de la classe rétives aux mobilisations frauduleuses à répétition.

A LA VEILLE DES PROMENADES SYNDICALES, UN SONDAGE BIDON

Le système démocratique est devenu plus totalitaire que celui de feu Brejnev, et le régime de ce potentat reste indéfendable mais était sous-développé comparé au bourrage de crâne anarcho-libéral. A la veille du 24 juin, deux jours avant, le principal journal gouvernemental, Le Figaro publie un sondage osé, qui ne sera contesté par PERSONNE ; il est repris et commenté comme Bible par Le Monde et Chérèque (chef CFDT) invité la veille aux infos du 20 heures. Car les sondages du Figaro, commandités depuis l’Elysée sont INCONTESTABLES. Etudions-en les subtilités. C’est du grand crétinisme dans la perversion narcissique. Sous le titre ronflant et autosatisfaisant de sarkomanie : « Les Français acceptent la retraite à 62 ans » - à 58%... ils n'ont pas osé balancer 62% - on n’interroge plus un panel de classes sociales ou des gens de la ville ou de la campagne, ou la ménagère de plus de 50 balais mais des appartenances politiques, ce qui permet de renforcer à tous les coups les choix bourgeois : que signifie « 72% de l’UMP », un parti de merde qui ne représente qu’une infime minorité de riches face à « 42% de sympathisants du PS », entité qui ne peut prétendre représenter les millions de prolétaires mais ne recoupe que cette minorité de vieillards enseignants qui peuple les comités du principal parti caviar ?
« Parmi les sympathisants de droite, 82 % des personnes interrogées trouvent ce recul acceptable, tandis que ce taux tombe à 42 % chez les sympathisants de gauche. Interrogés sur l'engagement des socialistes de remettre en cause le recul de l'âge légal en cas de victoire à l'élection présidentielle de 2012, 37 % des sondés ont jugé qu'il serait tenu (58 % chez les sympathisants du PS, 28 % chez ceux de l'UMP), contre 63 % qui ont pensé le contraire (42 % chez les sympathisants du PS, contre 72 % chez ceux de l'UMP). Sondés par ailleurs sur l'attitude du gouvernement sur le dossier des retraites, 61 % l'ont jugé "déterminé à maintenir le système de répartition français", contre 39 % répondant par la négative. En revanche, 67 % ont trouvé que le gouvernement n'était "plutôt pas" "juste dans ses choix", contre 33 % jugeant qu'il l'était "plutôt". Et 60 % ont trouvé qu'il n'était "plutôt pas" "attentif aux questions liées à la pénibilité de certains métiers", contre 40 % trouvant qu'il l'était "plutôt". Le sondage a été réalisé du 18 au 22 juin sur un échantillon de 1 002 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas ».
L’oligarchie qui se moque de l’opinion de ses électeurs aveugles pendant 5 ou 7 ans, se met à leur prêter des nuances sibyllines comme si ces vulgaires anonymes étaient de sagaces juges des intentions des partis caviars comme le PS et aptes à juger de la validité des orientations gouvernementales pour gérer la crise du capitalisme ! Vous nous faites trop d’honneur ! Doivent s’exclamer les éventuels sondés ! Ce sondage est tellement pervers, et d’une soumission absolue aux décisions oligarchiques de l’Etat qu’on ne vas pas perdre son temps à en disputer les arcanes. Il nous fait rire comme tel, et même ricaner par le mépris qu’il affiche pour la masse muette du prolétariat. Il faut absolument encourager la bourgeoisie à se permettre de tels foutages de gueule, elle nous prépare ainsi mieux son effondrement que tous nos meilleurs discours maximalistes. Un élément du sondage nous a paru intéressant, celui qui dit : « Pour 63% des sondés, en cas de victoire, la gauche ne reviendrait pas sur ce choix ».C'est évident,d'où la peur de Martine Aubry qu'il n'y ait pas plus d'illusions sur le syndrome du retour de la gauche caviar.

LA PRESSE PROVINCIALE TOTALEMENT SERVILE

Excepté l’organe néo-stalinien (financé par Neuilly) L’Huma qui y va du verbe ampoulé de l’impuissant, toute la presse provinciale roule pour le maquignon en chef.
- SUD-OUEST : « L'opinion publique est acquise à l'idée d'une réforme pourvu qu'elle ne paraisse pas trop injuste. L'opposition, qui reste forte, au relèvement de l'âge de la retraite, pourrait se solder dans les urnes en 2012 plutôt que dans la rue cet été ».
- LE REPUBLICAIN LORRAIN : « Finalement, c'est plutôt une bonne nouvelle pour les syndicats. (...) Ils retrouvent aujourd'hui un thème fédérateur: la défense des salariés, à qui l'on fait porter l'essentiel du poids de la réforme des retraites. (...) Partie pour être importante, cette mobilisation n'entamera pas pour autant la détermination de l'exécutif ».
- LE DAUPHINE LIBERE : « Il devrait y avoir dans la rue, ce jeudi, toutes les personnes opposées à la réforme des retraites, à l'exception de celles qui, sans être favorables au cap des soixante-deux ans, ne sont pourtant pas tout à fait contre un projet qui, pour n'être pas vraiment attractif, n'en semble pas moins inéluctable. Vous suivez? On vous l'explique autrement. La manif réunira l'ensemble des sacrifiés, des énervés et des agacés auxquels il convient cependant d'ôter les résignés, les convaincus et les fatigués ».
- L’ALSACE : « Nicolas Sarkozy en personne a pris soin de laisser la négociation ouverte (...). Il s'est bien gardé, aussi, de toucher immédiatement aux régimes spéciaux. Enfin, il a calmé brusquement la +réformite+ qui a marqué les trois premières années de son quinquennat. (…) Sans marquer la fin du bras de fer: le débat au Parlement aura lieu à l'automne, et d'ici là, beaucoup de choses, et notamment une entrée de la France dans une cure d'austérité que l'on pressent inéluctable, peuvent peser sur le climat social ».
- LA VOIX DU NORD : « Il y a un mois, les Français ne connaissaient pas encore les intentions précises du gouvernement, ce qui ne facilitait pas la mobilisation. Cette fois la fin des 60 ans est officiellement programmée et l'on va pouvoir mesurer à la longueur et la densité des cortèges le degré de fièvre provoqué par le sujet. Cette semaine une vague de sondages contradictoires ont été publiés. 56% des Français seraient hostiles au recul de l'âge légal selon une enquête BVA-Les Échos publiée mardi, et contredite hier par un sondage IFOP-Le Figaro claironnant un soutien de l'opinion à 58%.
- LE PROGRES DE LYON : « C'est la crise, la chasse aux privilèges est ouverte. Les habitués de la Garden Party devront cette année renoncer à leurs petits fours. Les Bleus sont privés de primes. Les retraités ministres perdent leur retraite. Christian Blanc devra rembourser ses cigares... Personne ne versera une larme sur ces abandons. Et notre président, qui les a imposés, pourra camper en champion de la France qui se lève tôt pour travailler dur, contre l'élite des privilégiés ».

LES VUVUZELAS DU PARTI GAUCHE CAVIAR
Les trompettes de la renommée de Martine Aubry furent de la partie. L’avant-centre Harlem Désir fît corner le premier sa vuvuzela : «"Je mets le gouvernement en garde contre un passage en force", a affirmé à l'AFP Harlem Désir, numéro deux du PS, qui s'est réjoui du "succès" de cette journée qui consacre "un véritable divorce entre le gouvernement et les Français". Ce terrible dribbleur a ajouté : « "Nous sommes aux côtés des salariés pour faire reculer le gouvernement et dire qu'une autre réforme des retraites est possible, plus équitable ». L'eurodéputé se trouvait dans le défilé au côté notamment de Bertrand Delanoë, Jean-Paul Huchon, Jean-Christophe Cambadélis, Claude Bartolone, David Assouline, Jean-Marie Le Guen et Benoît Hamon. L’ailié droit Delanoë, (arbitre à Paris) a averti le principal entraîneur de l’équipe France-Neuilly-Passy que la "mobilisation" témoigne de la volonté de "dire non à une réforme qui symbolise l'incompétence et le sens de l'injustice sociale qui caractérise ce gouvernement. Le gouvernement a tort de sous-estimer la détermination des salariés", qui certes "sont inquiets, mais ne sont pas résignés". "Le gouvernement spécule sur leur "éventuelle résignation, c'est très dangereux, parce que le réveil est brutal ». Surtout au moment d’un mondial qui va fédérer les différentes couches de retraités dans les vestiaires des pensions inégales. Pour l’arrière central Cambadélis, ancien collectiviste trotskien, « il ne s'agit pas d'un problème individuel". "Tout le gouvernement est atteint par des affaires à répétition, c'est un affaiblissement collectif" ». Le petit goal Bartolone était plus vindicatif : "les Français doivent savoir que si le gouvernement ne veut pas entendre leur protestation et leur refus d'un texte injuste, ils auront la possibilité de se venger au moment de la prochaine présidentielle" et "obtenir la remise en cause du texte par une majorité de gauche".
L’un des meilleurs arbitres de la fédération France-Sarkozy, Bernard Thibault, non loin des joueurs de vuvuzuelas, mais ponctuant ses propos de coups de sifflet de CRS-CGT : «les syndicalistes ont autant de chances que les Bleus d'être reçus à l'Elysée… La suite va appartenir au président de la République… Dès lors que 23 grévistes parviennent à modifier l'agenda du président de la République, assez naturellement, on pourrait penser que les responsables syndicaux puissent être reçus ». Les supporters des joueurs de vuvuzuelas du parti caviar ont évidemment beaucoup ri à la saillie du bouffon syndical coiffé comme Du Guesclin.
ET COMME IL FAUT UNE MORALE DANS LA ZIDANIE DOMINANTE…
Et pour montrer notre peu de sportivité face aux multiples manipulateurs syndicaux et politiques parmi nous… Quand les 11 joueurs (sur le terrain) perdent ils ne sont plus que des "racailles" (c'est drôle quand ce sont les racailles gouvernementales qui le disent). Rien de bien nouveau dans la bêtise sportive nationaliste: Noah en son temps était camerounais quand il perdait, français quand il gagnait. Quelle que soit leur origine nationale ou ethnique, tous les prolétaires peuvent compter sur le président de la "fédé sarkozienne" pour siffler la retraite à 62 et 67 ans. Quel beau match aujourd'hui où les arbitres syndicaux ont promené la foule de "bleus" naïfs hors des stades certes mais pour laisser la victoire à la bourgeoisie arrogante avec ses consignes de sondage préfabriqué. Deux millions de bleus dans la rue, simple masse de manoeuvre statistique soumise aux désidératas ultérieurs des ministres et des parlementaires, quelle nouvelle cruelle humiliation de la classe ouvrière en France!

lundi 21 juin 2010

UNE VISION MISERABILISTE ET REACTIONNAIRE DE LA SOUFFRANCE DES PROLETAIRES

Malaise ou mal être ?

Critique de livre : La société du malaise
d’Alain Ehrenberg (ed O.Jacob
)

Prenons le gentil sociologue trade-unioniste Castel lorsqu’il décrit les nouvelles formes du salariat :
« Au début du XXe siècle (loi sur les retraites ouvrières et paysannes de 1910), mais encore lorsque notre régime actuel de retraite est instauré en 1945, le salariat est majoritairement le salariat ouvrier exercé sous la forme d'un métier manuel de transformation de la matière. Cette situation a radicalement changé. Les ouvriers agricoles qui représentent encore à la veille de la seconde guerre mondiale le quart de la population ouvrière ont pratiquement disparu. Le salariat ouvrier est devenu majoritairement un salariat de services plutôt qu'un travail d'exécution. Le nombre des employés dépasse désormais celui des ouvriers. De nouvelles catégories salariales en rapide expansion assurent la promotion généralisée du salariat : professions intermédiaires, cadres moyens et supérieurs, gonflement de la fonction publique... La donnée sociologique fondamentale depuis une soixantaine d'années est que le salariat a littéralement explosé. Il en résulte que, si l'on veut intégrer les changements intervenus depuis l'instauration de notre régime de retraite, il faut faire toute sa place à deux nouveautés essentielles. L'une, démographique, est l'allongement de l'espérance de vie. (…)Parallèlement à la donnée démographique, il faut donner sa place à la reconfiguration complète de la condition de travailleur. Qu'est-ce à dire ? D'abord prendre vraiment au sérieux le fait qu'il demeure des métiers aussi pénibles, voire plus pénibles ou différemment pénibles que ceux de la première moitié du XXe siècle. Il y a encore des formes de taylorisme ou de néotaylorisme. Le travail, de plus en plus, s'intensifie, produisant le stress et de nouvelles maladies professionnelles. Le nombre croissant de suicides de salariés nous rappelle que le travail peut toujours user et même tuer avant l'âge. Mais il existe en même temps une large gamme de situations de travail toutes différentes et même opposées. On ne dira pas sans mauvaise fois qu'un cadre bien intégré (il y en a), qu'un chercheur au CNRS ou qu'un grand nombre de fonctionnaires sont épuisés à 60 ans, ni même sans doute à 65 ans et plus. Il y a des métiers qui satisfont et qui valorisent ceux qui les exercent et qui, pour l'entretien de la santé, peuvent valoir un jogging quotidien. Ce sont aussi en général des carrières qui continuent à produire de la richesse économique et sociale jusqu'à un âge avancé ». (Le Monde du 19 juin).
Cette longue citation non pas pour nous pencher à nouveau sur le prétendu débat à triple fond sur les retraites (aussi diversifiées, inégalitaires et injustes que les métiers) mais comme entrée en matière à cette nouvelle étude sociologique sociétale d’Alain Ehrenberg. Plus ou moins nouvelle historique des tentatives successives de guérison des maladies mentales, cet ouvrage a le mérite d’essayer de cerner en quoi précisément le libéralisme capitaliste nous rend malade. L’auteur tente son essai par une comparaison systématique entre histoire américaine et histoire française. En continuité avec « La fatigue d’être soi », il traite à nouveau du « self » aliéné de notre époque moderne qui, quoique personne n’ait reconnu les capacités d’anticipation psychologique de Marx, confirme que ce n’est pas seulement le prolétariat qui est plongé dans « le malaise d’être soi » mais l’ensemble de la société : « La critique sociale (aux Etats-Unis) souligne combien l’individu, qu’il appartienne au nouveau prolétariat ou aux classes supérieures, perd de son poids de réalité et de solidité dans la grande ville » (p. 51). D’utiles rappels des novateurs psychologues des années 1930 (années révélatrices non seulement de la paupérisation dans la crise mondiale mais de crise de l’identité individuelle), se succèdent, ou souligne l’importance du sadisme dans les relations humaines, « le désir et le plaisir de dominer les plus faibles » (cf. Fromm) ; sadisme que ne pouvait soupçonner Marx qui n’eût pas le temps de vivre la décadence du capitalisme. Si l’ouvrage d’Ehrenberg nous a intéressé c’est parce qu’il est le premier a essayer de comprendre pourquoi la société moderne en est venue, sous couvert d’exaltation de l’individualisme, à briser systématiquement les individus, générant un prolétaire (et le bourgeois aussi) moderne Narcisse insatisfait survivant dans une vie en permanence anxiogène, au boulot comme dans le privé. Dans le mal-être généralisé il n’existe plus de sages, ces gens « bien plombés dans leur tête » pou régner sur des masses névrosées, des plus hauts responsables de l’Etat aux syndicalistes et activistes révolutionnaires, chacun dépend d’un analyste, comme je le rappelle en introduction à mon livre « Le PN dévoilé, une approche politique ». Bizarre société actuelle où on ne sait pas de quoi souffrent les gens et les raisons précises de leurs souffrances.
Ehrenberg rappelle l’importance (peu connue), d’une mise en cause moderne de l’introspection personnelle intime (classique), à travers un roman comme celui de Saul Bellow « L’homme en suspens » (1944). A Chicago, la principale ville industrielle américaine, le principal personnage Joseph attend son appel sous les drapeaux alors qu’il est entré dans une phase d’interrogation intime résultant du double abandon de sa vie professionnelle et de militant communiste. Joseph met en doute son « simple sentiment d’exister » et il avoue l’impossibilité d’écrire désormais des romans où le soi seul pouvait prétendre s’analyser : « il fut un temps où les gens avaient l’habitude de s’adresser à eux-mêmes fréquemment et n’avaient pas honte de tenir un compte rendu de leurs transactions intérieures ». Intéressant ce constat d’une fin d’humanité individuelle auto-suffisante, mais qu’en déduit Ehrenberg ? « Le roman me semble exemplaire sur la façon dont l’examen de soi puritain est retravaillé par l’incertitude démocratique ». Que vient faire là cette « incertitude démocratique » ? Serait-elle la nouvelle aune pour juger de soi, de sa santé mentale, de l’humanité ? Quoiqu’il ne reste que la « grisaille démocratique » face au « communisme » totalitaire, Joseph est « l’héroïsme démocratique même » !?
On verra qu’Ehrenberg fait bien plutôt confiance 350 pages plus loin au libéralisme bourgeois pour solutionner le mal être figuré par ce « narcissisme » qui a remplacé la névrose. Car son titre est mauvais et réducteur, parodiant Freud (cf. Malaise dans la civilisation) il croit nous introduire simplement dans une société du malaise alors que nous vivons surtout, plus grave, un « mal être ». Le livre de David Riesman « La foule solitaire » (1950) est important, et plus intéressant que les confessions de ce soldat « héroïque démocratique » qui se prend pour un nouveau Socrate quoique simple fantassin paumé. Résumé d’Ehrenberg : « Pour Riesman, le caractère social n’est pas la personnalité « mot qui, dans la psychosociologie culturelle actuelle, écrit-il, désigne le moi dans sa totalité », ni le caractère individuel. C’est un caractère commun à plusieurs groupes sociaux importants. Et c’est sur la socialisation de l’enfant qu’il s’appuie ».
Encore un effort pour être révolutionnaire Ehrenberg ! Va-t-il intégrer l’autisme moderne, en faveur de sa théorie du repli narcissique contemporain, dont Riesman fait une description saisissante : « Avec le caractère introdéterminé, la conformité est assurée par une socialisation consistant à acquérir dès la plus tendre enfance « un ensemble de buts relevant de la vie intérieure » qui rend l’individu relativement indifférent à l’approbation d’autrui ». Le changement de mentalité dans la ville moderne inverse pourtant le problème en société : « Les relations avec autrui deviennent la question essentielle dans cet « inlassable besoin d’approbation qui caractérise les citadins américains des classes aisées » ; Riesman et Ehrenberg auraient pu prolonger cet inlassable « besoin d’approbation » en politique pour les sectes révolutionnaires petites bourgeoises. Personne, aucun leader, aucun groupe politique n’est plus sûr de rien…
L’empire US est bien à l’avant-garde avec ses sociologues en 1950 : « Dans l’entreprise, les directions s’intéressent moins à la qualification professionnelle qu’aux relations entre les salariés et entre les salariés et la direction ». Le libéralisme bourgeois est en avance sur le capitalisme d’Etat stalinien – mais pas une avance pour libérer les hommes - qui ne connaît que la terreur ajointe à l’ouvriérisme « communiste », et bien devant les maximalistes des gauches allemande et italienne qui se fichent de critiquer une hiérarchie qu’ils aspirent à rétablir sous leur contrôle, comme ils se moquent de ce qui se passe dans les entreprises, puisque leurs militants aspirent aux bonnes places dans l’Etat prolétarien et ergotent depuis la chose politique abstraite. En psychologie sociale et en étude du rapport des classes, Riesman est bien au-dessus des analystes ringards du marxisme ampoulé et radoteur, il souligne deux obstacles principaux à l’idéal d’autonomie : « la fausse personnalisation des rapports », dans le cas du travail, et « la privatisation imposée », dans les loisirs et la distraction ». Tout cela est bien intéressant mais Ehrenberg est incapable de le développer politiquement, tout comme de le relier aux balbutiements de Henri Lefebvre et des situs. C’est aux Etats-Unis que les questions resteront posées de manière infra-politique (sociologique et psychologique) mais c’est dans la vieille Europe qu’elles viendront au jour de façon plus politique et marxiste, quoique teintées de questions anarchistes.
L’historique de la psychologie moderne qui parcourt en filigrane l’ouvrage d’Ehrenberg n’étant pas très méthodique ni probant concernant les mouvements de fond de la société moderne, parce qu’il esquive les confrontations de classes, parce qu’il croit comme tous les mandarins intellectuels du CNRS (et les admirateurs des maoïstes français en Allemagne, cf. l’école de Bielefeld) que la vie sociale est dominée et conditionnée par les modes idéologiques des sectes psychanalytiques, des bouffons de l’Ecole de Francfort ou des diarrhées de M. Edgar Morin. Seule information jouissive que je retiens des incursions d’Ehrenberg chez les
« psychonologues » est la tentative de récupération de ces malins malades des années 1930, qui refusaient d’être instrumentalisés pour servir à la rédaction des ouvrages de ces messieurs les psys : « Ces patients instrumentalisent la cure dans une perspective narcissique. Par exemple, un patient attend de l’analyse la possibilité d’écrire son autobiographie ou d’Par exemple, un patient attend de l’analyse la possibilité d’écrire son autobiographie ou d’élever son niveau intellectuel par une meilleure compréhension de lui-même » !
On sera reconnaissant également à Ehrenberg de nous rappeler que Freud avait frôlé les voies de la guérison pour échapper à l’enfermement individuel auquel nous contraint le capitalisme moderne – quoiqu’il ait trouvé des compensations ponctuelles dans la messe des foules fascistes et dans les commémorations footballistiques - : « Il devenait également envisageable d’intégrer les aspects collectifs du caractère, notamment les idéaux sociaux. Freud avait d’ailleurs montré le chemin dans « Psychologie des foules et analyse du moi » en démontant les mécanismes d’identification collective : dans la foule, « l’individu abandonne son idéal du moi et l’échange contre l’idéal de la foule, incarné par le meneur » (P.78). Or Freud restait réactionnaire en faisant aboutir les désirs de la foule dans
« le meneur » parce qu’il n’a jamais rien compris au collectif de classe, comme tous les pervers narcissiques d’ailleurs qui se piquent de raisonner au-dessus de la société.
En tout cas, à la mort de Riesman en 2002, il faut lui donner un coup de chapeau :
« un nouveau patient (qui) ne connaît plus les troubles névrotiques de l’époque de Freud, mais des troubles de l’identité, des désordres de l’image de soi, autrement dit des pathologies où l’idéal social et moral de l’individu est en jeu » (p.104). Crise d’identité décrite par maint auteurs dans ce paradoxe où Narcisse « refuse ce moi qui centre tout sur le moi » : « ce n’est pas par complaisance, mais par désespoir que les gens s’absorbent en eux-mêmes » (Lasch). Ehrenberg ajoute : « Le surmoi devient d’autant plus sévère que les figures respectées de l’autorité ont décliné. Les individus ne trouvent plus dans leur moi que le vide ou la toute puissance » (p.116) ; « Les nouvelles détresses se rattachent à des troubles du caractère où les symptômes sont moins précis que dans l’hystérie ou la névrose obsessionnelle (…) Le patient se plaint d’ « une insatisfaction existentielle vague et diffuse » dans laquelle il oscille entre sentiment de vide dépressif et fantasmes d’omnipotence (…) De plus, si ces individus « se conforment aux règles sociales, c’est plus par peur d’être punis que sous l’emprise d’un sentiment de culpabilité ». En citant plusieurs auteurs pertinents, Ehrenberg est incapable de mesurer à quel point cet individualisme/narcissisme peu assuré induit un individu – le prolétaire surtout - atomisé d’autant plus soumis à l’Etat bourgeois sous couvert « d’émancipation des mœurs » : « Elle brise alors l’unité de la confiance en soi et de l’indépendance qu’est la self-reliance et plonge les individus dans la dépendance à l’égard de l’opinion d’autrui » ; c'est-à-dire de l’Etat !!!
Ehrenberg a besoin d’aller chercher chez les auteurs américains la confirmation qu’en matière de santé mentale la classe ouvrière reste en première ligne, ce que le gentil Castel avait compris il y a un demi-siècle : « Les inégalités persistent néanmoins car les problèmes de santé mentale sont plus nombreux en bas de la hiérarchie sociale qu’en haut » (p.123). Le manque d’éducation ou un vocabulaire limité n’expliquent pas que la population dans son ensemble est atteinte par les mêmes symptômes, à partir déjà du pays le plus développé : « L’augmentation des populations cherchant une aide psychologique signifie que les gens vont consulter, certes, pour de francs symptômes névrotiques, mais aussi pour un mal-être diffus (l’offre créant la demande), les problèmes personnels se définissant comme problèmes psychologiques » ; Ehrenberg utilise là plus judicieusement les termes de « mal-être » plus adéquats que son titre général soft « malaise ». C’est encore la classe ouvrière, qui fonctionne de façon atomisée qui est victime de la neurasthénie sociale généralisée : « … malgré les progrès de la médecine, ce sont les américains ayant le moins de relations sociales qui se sentent en mauvaise santé » (p.124). A la suite des auteurs US, Ehrenberg aurait pu ajouter les couches moyennes, touchées également par la raréfaction des relations sociales dans la paranoïa dominante, et du fait de l’effondrement des structures militantes de gauche et d’extrême gauche parmi ces couches, qui permettaient de créer, même artificiellement avec des idéologies frelatées, un minimum de « relation sociétale », certes illusoire et courte.
Le narcissisme qui est devenu dominant est un « phénomène social et pas seulement pathologique » estime Ehrenberg à la suite de Lasch, jamais il ne nous analyse de près cette modification de l’apparente « nature humaine » comme un produit du libéralisme anarchiste capitaliste et de cette société incapable de futur, incapable de fraternité, incapable d’amour. Et on retombe sans arrêt sur les limites intellectuelles et politiques des psychonologues, les barrières freudiennes à la compréhension de la décadence capitaliste : c’est la faute aux parents toxiques ! Quoique l’absence des parents – horaires de travail décalés, divorces – contribue certainement aussi au narcissisme anxiogène qu’Ehrenberg tente de relativiser.
Ehrenberg s’enfonce un peu plus dans l’analyse réactionnaire en s’appuyant sur le flic du XIXe Tocqueville qui se félicitait que la « montée de l’individualisme » affaiblisse le « lien social » et favorise la démocratie bourgeoise !
Dans la deuxième partie de son ouvrage, centrée sur la pensée française littéraire et philosophique, Ehrenberg montre que les intellectuels psys français sont très en dessous des sociologues américains, délaissant la causalité sociale pour dériver dans les fantasmes idéalistes de la psychanalyse lacanienne ; hélas pour la portée de son analyse, Ehrenberg s’appuiera dans cette partie sur un autre philosophe réactionnaire dans la lignée de Tocqueville, M. Gauchet, qui ne cassera jamais les briques de la dialectique. Car les intellectuels français ont toujours eu besoin aux différentes époques d’un pape, d’un « maître à penser », ce furent les Maurras, Drumont, Péguy, Gide, puis Sartre et Lacan. Tous crétins politiques en général, un peu moins Péguy. Quoique Lacan ait eu parfois du génie : « la psychologie du moi est américaine » a-t-il dit sarcastique, peut-être pour faire plaisir à son pote Althusser et à sa psychologie stalinienne…(Ehrenberg le pose implicitement en page 179, Lacan développe son fond de commerce contre le « matérialisme débridé de l’Amérique) ; la bourgeoisie française institutionnalise une profession, psychanalyste : « type de profession en principe parmi les plus protégées par la sélection financière, sociale ou académique ». Preuve que la psychologie est devenue essentielle au pouvoir d’Etat pour mieux contrôler la foule immense (et solitaire, dixit Riesman) des individus qui composent la nation. Pourtant le galimatias psychanalytique s’il tient lieu d’originalité, ne peut suppléer la répression policière concrète ni la psychologie de gauche bourgeoise et la psyché syndicale tordue.
Comme aux Etats-Unis, les déblatérations de l’école psychanalytique française n’ont jamais guéri personne ni apporté les bienfaits des médicaments psychotropes, comme calmants du moins. Ehrenberg a raison de souligner, toujours sans la capacité de le relier au politique, qu’un mouvement de fond a agité la société française depuis les années 1960, dans un parallèle étrange que j’ose faire avec l’explosion politique ultérieure de 68, les problèmes psychologiques sortent dans la rue, les magazines en parlent. On n’est plus fou si on est dépressif. Avec la vulgarisatrice mémère Ménie Grégoire, mais quand même : « Le dialogue en public sur les problèmes personnels s’ancre dans les mœurs » ; mais ce n’est pas propre à la France qui est à la queue des USA sur ce plan comme oublie de le préciser Ehrenberg. Cette « libération » fictive est plombée par la domination institutionnelle des nouveaux curés laïcs ; le grand prêtre psychanalyste est l’incarnation du pervers narcissique qui a toujours raison, qui gronde et fume : « il possède un savoir total lui permettant de dire la vérité de l’être humain en tant qu’être social ». Ehrenberg échappe encore à une possibilité d’approfondissement sur la défragmentation de la société capitaliste, en évitant de voir que ces écoles intellectuelles ont favorisé la généralisation de chtarbés institutionnels et de leurs imitateurs amateurs. Un de ces sectaires, beauf de Lacan, qui sévit toujours, un certain Jacques-Alain Miller voulait rendre la prétention des intellectuels totalitaires et pervers plus honteuse encore en s’écriant « comment faire pour que la psychanalyse soit reconnue, non par l’Etat, mais par le peuple ? ». Rassure-toi dindon racoleur, le prolétariat universel s’en branle de la psychanalyse et de ses commerciaux.
La tradition conservatrice et féodale française prétend encore combattre l’individualisme bourgeois qui l’a ringardisé en plaçant le citoyen à la place de Dieu. Avec la psychanalyse la bourgeoisie française a repris en effet les mêmes préceptes calotins de Joseph de Maistre : l’homme n’est pas maître de lui-même et de sa destinée (« S’il pense qu’il l’est, alors c’est la truelle qui se croit architecte »). Ehrenberg, ponte du CNRS, ne va pas parler en notre nom à nous les sans-grades et à nos « croyances politiques » modernes, ni considérer que nous avons raison de nous battre pour un monde où l’architecte maniera la truelle en restant respecté comme individu et jamais soumis à un communisme collectiviste de caserne.
Les incursions comparatives d’Ehrenberg entre l’américain nomade et le français casanier, même en s’appuyant sur le gentil Michel Winock, ne nous convainquent aucunement de différences notables dans la souffrance quotidienne des prolétaires américains et français. Avec l’inénarrable E.Morin, il tente de nous expliquer que la perte d’autonomie dans le travail a pu être compensée un temps par la consommation privée, non pas autre autonomie mais aliénation supplémentaire. Ehrenberg tombe dans l’imaginaire sociologique en reprenant les pires banalités
« marcusiennes » (donc américaines) sur cette sorte de nouvelle convivialité consommatrice : « Dans la foulée d’une amélioration considérable des conditions matérielles, se produisent simultanément un désenclavement social des pauvres et d’une conscience de soi nouvelle, dont les magazines et les ouvrages de psychologie populaire formulent le langage ». Notez bien qu’il n’y a rien de spontané ni de changé, les classes ne bougent pas dans leurs frontières respectives, et l’idéologie psychologique (d’Etat) « formule le langage » !
Les Touraine et les Crozier découvrent à la fin des sixties une « crise des rapports humains », et se réjouissent de la montée d’une sorte d’autonomie… nationale anti-étatique, mais ce n’étaient que des sociologues, observateurs de la société et libres d’interpréter ce qu’ils veulent. Le fleuron de notre sociologie nationale increvable, Robert Castel, surgit au tournant des années 1980 pour tracer le bilan d’une décennie « surpolitisée » et « surpsychologisée » qui renvoie à « une nouvelle culture psychologique » limitée aux enjeux dérisoires de la vie privée (ne faisant que parodier les imbéciles situs qui avaient ouvert la voie à la révolution de la
« vie quotidienne » et aux véhicules à deux roues des bobos-écolos habitant Paris début XXIe siècle). Castel voit bien le nouveau zombi-individu désiré par le capitalisme comme produit de la « psychologisation des rapports sociaux », c'est-à-dire – mais ni lui ni Ehrenberg ne le précisent – comme produit de la négation officielle des classes et la légalisation de la guerre de tous contre tous ! L’homme mental nouveau n’est pas plus Narcisse que Quasimodo, il est un salarié cleanex ! On le jette après s’être mouché dedans !
Après le sabre et le goupillon comme couple de domination, Ehrenberg désigne nos nouveaux généraux et curés : « Le thérapeute et l’entrepreneur sont sociologiquement complémentaires en tant qu’ils régulent des relations sociales conçues en fonction de l’autonomie » (sic ! le bonheur selon les anars). Le monde est toujours binaires selon nos sociologues patentés. Après Castoriadis et ses « dirigeants/dirigés », voici les « bons et les méchants » d’Ehrenberg. Décidément au CNRS ils ne savent compter que jusqu’à deux ! Monde en fusion où « le fantasme se confond avec la réalité » et « le pervers prend la place du névrosé ». Le monde n’est toujours pas divisé en deux catégories d’individus, mais Ehrenberg a profondément raison en soulevant la montée de la perversion, non sexuelle mais mentale : « Rien d’étonnant à ce que la perversion devienne préoccupante puisque la loi symbolique est bafouée. Certaines conduites perverses se retrouveraient dans les états-limites. Ce sont des conduites qui dénient aux autres leur narcissisme : « Cette perversité qui affecte le lien social lui-même, en portant atteinte à la coexistence des narcissismes dans la notion d’alter ego ». « L’enlisement dans l’imaginaire individualiste contemporain où la Loi n’est plus portée par le Père est « une invitation à la perversion ». Le pervers est d’ailleurs une figure très en vogue aujourd’hui (cf. Sarko et Anelka). Il fait figure de symbole négatif ; il bafoue toutes les valeurs de la société démocratique, et dans le monde du travail, il vous fait vous sentir coupable de ce dont il est responsable . Deux figures opposées personnifient cette interrogation sur le lien social à ses deux extrémités : le pervers narcissique bien socialisé et le jeune de banlieue bien désocialisé. Ni l’un ni l’autre ne reconnaissent le narcissisme des autres (…) Les comportements toxicomaniaques doivent être compris (…) comme une façon de se retirer du monde ».
« Le patient prototypique de cette nouvelle économie psychique est cette jeune fille (« intelligente, sympathique, complètement désarrimée dans l’existence, vivant surtout la nuit, sans emploi ») qui apparaît, du point de vue de « la grande fête des jouissances », « comme une émanation parfaite de notre démocratie. Elle a sa part de jouissance, comme tout le monde, et, en même temps, elle est totalement perdue et le ressent douloureusement avec angoisse ».
Ce n’est même plus une société en décomposition, c’est une société en perdition. La « civilisation » capitaliste n’est plus civilisée un tant soit peu - surnageant dans les eaux boueuses de l’exaltation de l’hédonisme (des mœurs et de la scarification religieuse) et de la guerre de tous contre tous (compétition létale intersubjective marchande) - elle opère à la destruction perverse de l’individu :
« … les personnalités sont aujourd’hui plus désorganisées à cause d’une accélération de la dynamique d’individuation qui n’est plus tempérée ni par la coercition sociale qui tenait les individus ni par le conflit qui les structurait ». Les individus s’enferment en eux-mêmes et voudraient sortir d’eux-mêmes. Cette impossibilité de s’abstraire de soi se paie en trouble de l’identité sociale (il n’y a plus que des individus potentiellement dangereux autour de nous, plus de classes antagonistes) peur d’exprimer son mal-être (et d’être placardisé comme anormal) peur obsessionnelle des collègues, des voisins, etc.
Le monde du travail ne peut pas perdre son identité sociale. Les préjugés bourgeois ont la vie dure en milieu prolétaire : les diplômés mettent un point d’honneur a être mieux rétribués que les non-diplômés aux mêmes responsabilités, les employés de bureaux, plus nombreux, méprisent toujours autant les « manuels », les cadres sont des fils de dieu, les enseignants des patrons sur des classes d’inférieurs, les hommes méritent d’être mieux payés que les femmes parce qu’ils sont moins variables au travail, etc. Mais, balayant tous ces critères encouragés par l’esprit capitaliste, et bien qu’aucune grève générale n’ait été à même de le renverser, le système secrète sa propre auto-destruction : « Tout chef névrosé est névrosant, écrit Claude Veil, à un haut degré pour la collectivité. Les chefs autocratiques peuvent constituer de véritables dangers : on a observé (…) que le personnel placé sous leurs ordres était victime de quatre fois plus d’accidents que la moyenne du service. La sécurité affective des subordonnés est gravement menacée par l’anxiété ou le comportement sadique du chef, mais elle l’est tout autant par son excès obsessionnel de scrupule ». L’aliénation psychologique ne date pas d’aujourd’hui.
Claude Veil, fondateur de la psychiatrie du travail écrivait ceci en 1970, depuis ce ne sont plus les accidents qui se multiplient mais les suicides, et personne dans les médias ne met en cause un seul chef de service ! C’est procès fait à la direction de France-Télécom ou à la direction de Renault, etc. Et puis on passe aux nouvelles suivantes. Depuis 50 ans et plus, aucun syndicaliste et aucun révolutionnaire marxiste amateur ne s’est intéressé à autre chose qu’à la « défense des intérêts immédiats », car les intérêts « psychologiques » c’est pour les
« malades » ? Dès 1963, George Friedman – qui visitait réellement les usines lui – écrit : « La perte de responsabilité et de la création dans le travail entraîne donc de graves atteintes à l’équilibre psychique de l’individu et à son épanouissement » (cf. Où va le travail humain ?).
Ehrenberg est très bon dans cette partie avec des références qui vont de ces pionniers visionnaires d’une sociologie humaniste jusqu’aux spécialistes actuels de la « souffrance au travail » plutôt idéalistes comme C.Dejours : « Dejours étend le célèbre concept de « banalité du mal » employé par Hannah Arendt pour le système d’extermination nazi à « la société néolibérale » ; si le système fonctionne si bien, c’est parce que l’on n’a pas besoin de légions de pervers, seuls les dirigeants le sont (« les leaders sont souvent sur des « positions » de pervers ou de psychotiques compensées, paranoïaques avec détachement, idéalistes passionnés »), mais de systèmes de gestion qui enrôlent des braves gens dans le mal en les transformant en complices (…) C’est le système qui est pervers, non l’individu ». Hannah Arendt n’a pas inventé le fil à couper le beurre et elle est d’un simplisme consternant en politique, quant à Dejours il n’est jamais sortir de son cabinet d’étude. Ce ne sont pas des braves gens qui sont transformés en méchants (Eichmann n’était pas non plus un « brave type » dès avant d’entrer en fonction de tueur en chef), par expérience de 35 années dans l’industrie, j’ai vu défilé des tas de pervers avant leur embauche dans l’entreprise ; résumé : la société bourgeoise produit les pervers en nombre non négligeable depuis l’enfance et on les identifie pour les fonctions (perverses) adéquates dans l’entreprise. Nuance ! naïfs Dejours et Ehrenberg !
SOUFFRANTS DE TOUS LES PAYS, TOUS A LA CLINIQUE PSYCHOSOCIALE ?
On en vient évidemment à la conclusion réactionnaire et bourgeoise d’Ehrenberg (sinon il n’aurait pas été sponsorisé par le CNRS et les ed O.Jacob) : « Le sujet de l’histoire, la classe ouvrière, porteuse de l’espoir d’accomplissement de la Raison, n’est plus au rendez-vous de la société postindustrielle et postrévolutionnaire. Il est remplacé par le sujet individuel souffrant ». Avant la bourgeoisie nous prenait pour du bétail et des machines, à présent ses sociologues nous prennent tous pour des malades ! Où l’on voit que cette soudaine et intempestive sollicitude psychologique pour les malheurs des hommes en général (première partie US) puis des prolétaires « narcissiques » (2e partie franco-française) masquait encore la prétention à savoir tout ce qui se passe dans la tête des inférieurs sociaux. Ils ne possédaient rien de remarquable dans la hiérarchie sociale d’antan, les voici « sans identité ». Les pauvres ! Une partie de ce bétail entretient « un rapport malheureux à son travail » quand une autre trouve le moyen de « s’y épanouir » quoique la souffrance au travail « concerne d’abord les basses qualifications ». S’appuyant ensuite sur la vedette d’un livre de consolation « Le harcèlement moral » de Mme Hirogoyen, Ehrenberg nous ressort tous les poncifs que nous avons fini par connaître par cœur sur la persécution en entreprise, ainsi que quelques exemples de pentes savonneuses bien connues pour plonger dans la misère. Il veut nous cloîtrer le problème social dans une « symptomatologie clinique » et accroître nos larmes avec une histoire de « mélancolisation du lien social », et compatir avec l’armada de psychonologues « en première ligne » face à la perdition mentale généralisée du capitalisme.
On entre alors dans un étrange monde « clinicien » où il est question de
« restauration narcissique », de « plate-forme de développement individuel », de
« réhabilitation psychosociale », de « narcissisme comme concept social majeur » ; La solution à « La société du malaise » est cette « science politique » qui va tenir compte de « l’égalité des chances tout au long de la vie ». Il est question de vagues projets de sous-fifres giscardiens et mitterandiens de la fin des années 1990 dont « le principe » : « est qu’il faut passer d’une défense passive de l’emploi, inefficace, à une sécurisation active du parcours des personnes en unifiant les différents types de contrats de travail dans un contrat plus large attaché à la personne, indépendamment de sa situation (…) La perspective de ce nouvel Etat providence est dynamique, centrée sur les trajectoires individuelles, et non statique, fixée sur les situations et les statuts. Cette perspective est au cœur de la vision européenne… ». Arrêtons-là ce bla-bla gouvernemental à pisser de rire, la proposition de chambouler les concepts et les termes par le nouveau grand désinhibeur des masses « narcissiques » ne cachaient que la vieille définition de l’apparence de l’individu bourgeois bien dans sa peau et lesté de pouvoir décisionnel : « sans une bonne structuration de soi, il est impossible de décider et d’agir par soi-même de façon appropriée – de là l’identité des critères de santé mentale et de bonne intégration sociale ».
Ehrenberg ne serait-il pas PN lui aussi ? Je ne le crois pas. Il a tout simplement voulu nous prendre aussi pour des couillons « narcissiques ».

vendredi 18 juin 2010

A SARKOZY LA BOURGEOISIE RECONNAISSANTE



Adonc le 17juin (*)DUPONT et DUPOND étaient invités sur le plateau d’info de France 2. On aurait dit deux personnages des Deschiens (la série comique de la fin des années 1990 mettant en scène des pauvres mecs lambda qui rivalisaient dans la lucarne en propos de comptoir de bistrot). Les deux histrions étaient le Thibault (CGT)et le Chérèque (CFDT). Déroulé des borborygmes des chiens du gouvernement :
Thibault : « le gouvernement ne nous a pas forcément entendu en 2009 »….
Chérèque : « le gouvernement fait payer 85% des salariés… il faut l’union des syndicats pour combattre cette réforme…. Le 24 juin…
Le chien de journaliste : il y a donc des désaccords entre vous et le gouvernement ?
Chérèque : Oui bien sûr, un point de désaccord sur le passage de 60 à 62 ans.
Thibault : C’est un recul social sans précédent, le gouvernement sent brusquement que des choses sont possibles…il n’a pas fait sa réunion le 13 juillet… hé hé ! Nous à la CGT on va expliquer la portée dramatique de ces mesures auprès des salariés qui vont devoir se rapprocher de leurs responsables syndicaux
Chérèque : la réforme n’aura pas d’effet au-delà de 2020, 50% des déficits est dû à la crise
Thibault : le gouvernement a attendu la coupe du monde pour annoncer la couleur… il rabaisse le droit des salariés
La loi sera adopté le 13 juillet en conseil des ministres aboie le journaliste Pujadas.
Fin de séquence télévisée.
Je n’ai rien inventé. J’ai pris note des commentaires limités des deux Deschiens pendant que le ministre de la réforme E.Woerth passait sur la Une (la Une c’est pour les ministres, la Deux pour les larbins syndicaux) ; Woerth est mal depuis, il a « touché » du pognon de la plus riche dame de France, qui n’en distribue pas qu’à son photographe ; et Sarko a-t-il obtenu un pécule lui aussi ? Bel exemple d’équanimité dans la crise : c’est dur pour tous : ministres, salaires diminués de moitié, ouvriers aussi, retraités aussi. Il y en aura pour tout le monde (des privations) a déclaré le Président qui sait fort bien exagérer et noyer le poisson. Car, enfin il fallait du courage pour la faire passer cette réforme de la retraite. On y a mis les formes. On a laissé supposer qu’on sauterait allègrement à 65, voire à 67 annuités pour au final rassurer le bon prolétariat : deux ans de rab seulement ! Mieux les natifs de 1950 seront les derniers à partir à 60 ans, quelle chance ! Pour l’instant chacun prendra quatre mois de rallonge passé 60 ans (à partir de 1956). Allons allons, 62 ans c’est pas 67, ni 70 comme (parait-il) dans certains pays… ET puis c’est dans l’intérêt national. Il fallait du courage au Président pour prendre une telle décision… Même les dégonflés de la gauche caviar au pouvoir y zavaient pas osé ! Mieux s’ils reviennent et succèdent à Sarkozy, ils pourront lui dire merci, en lui faisant porter le chapeau et en pleurnichant qu’y pourront pas revenir en arrière. C’est comme çà, pauvre France en Crise ! Toute la nation est appelée au sacrifice : les chômeurs pour rester encore plus longtemps chômeurs, les ouvriers pour laisser filer le 13e mois, les patrons pour se passer de leurs exonérations de charge ( quitte à bloquer les salaires, ce qui est bien normal de leur part), les ministres pour ne plus doubler officiellement leurs revenus… Le président et les footballeurs n’ont pas encore annoncé s’ils allaient réduire leur train de vie. Mais on attend avec impatience l’annonce de leur sacrifice aux côtés de l’ensemble des prolétaires qui s’inclinent avec émotion devant le courage du gouvernement d’avoir agi à temps pour « sauver nos retraites » !
Les petits vieux qui vont défiler le 24 juin derrière Dupont et Dupond de la syndicratie, peuvent bien être un million, ils seront bien incapables de faire montre de la même détermination et du courage insolent de nos gouvernants. De toute manière les vieux n’ont jamais fait de révolution. Ils chevrotent et votent. Sarkozy vient de démontrer que, comme tous ses prédécesseurs, il vaut mieux sauver les vieux que proposer un avenir aux jeunes.
PS : Ces vieux renards de bonzes syndicaux avaient insisté pour être invités le 18 juin, date anniversaire d’un certain appel national-gaulliste ; Sarkozy leur a fait les gros yeux car la fête gaulliste il se l’était réservé à London pour mettre ses petits souliers vernis dans les empreintes du grand Charles. Culotté le zèbre car De Gaulle s’est retourné dans sa tombe quand la bande sarkotraître a rallié l’OTAN ! Toute la journée du 18, çà n’a pas arrêté sur les ondes, le grand De Gaulle, le génial général, l’hommage ému de N.Sarkozy au plus grand homme d’Etat français, celui qui a reconstruit la nation sur des bases modernes et industrielles… On en pleurait de reconnaissance pour le banni de Colombey, que la même bourgeoisie financière qui a désigné et auto-élu Sarko, avait envoyé sur les roses en 1969, comme un vieux chien malade. Bon, De Gaulle reste un personnage de haute taille de l’historiographie bourgeoise, personnellement il fût honnête et payait de ses deniers ses repas au restaurant, mais c’est en cela qu’il reste le plus grand coupable et complice : il couvrait comme il couvre encore toutes les pourritures qui nous régentent. Franchement un « grand homme » ! Quelle blague ! Mettez plutôt Lénine sur le parvis, là vous avez un homme exceptionnel ! Pas ce petit calotin et cabotin maurrassien de Charlot bourgeois !
Résultat des courses, par sa stature de grand branleur du verbe et son nouveau métier d’avocat imberbe, D. de Villepin, autre cabotin sans armure et sans armée, entre en scène le 19. Sarkozy n’a-t-il pas eu plus de chance de rallier les derniers grognards gaullistes en coinçant l’agenda le 18 ? Les historiens dans le futur s’interrogeront longuement sur cette avanie des dates, mais ils retiendront surtout le grand drame qui a frappé la nation française le 17 : après l’effondrement du « communisme » l’effondrement des espoirs de toute une nation dans le footbalisme. Il paraît que De Gaulle aurait été un grand joueur… de cartes. On déplore qu’il soit mort d’ailleurs en tentant une « réussite ». Comme l’équipe de France, pas de chance !

mercredi 9 juin 2010

RENOVER LA COLLABORATION DE CLASSES PAR LA PROMO DES MILITANTS SYNDICAUX, CES PARTENAIRES SOCIAUX DE LA BOURGEOISIE

Dans son article : « Des syndicalistes sur les bancs de Sciences Po » Natacha Polony (Le Fig) nous explique la démarche de la mairie de Suresnes qui offre aux délégués de son personnel municipal une formation au management et aux relations sociales.
« Un employeur et des délégués syndicaux parlant de concert et se réjouissant d'avoir établi un dialogue social de qualité, cette image idyllique n'existe pas que dans les pays scandinaves ». C’est sûr et depuis belle lurette ! On ignore généralement que le militantisme politique et syndical a toujours été un instrument de promotion sociale. Les « avocats syndicaux » ne sont jamais des martyrs mais pensent avant tout à leur gueule. Dans la plupart des nationalisations, la carrière des « martyrs » syndicalistes (ces pervers narcissiques) a toujours été protégée et balisée pour qu’ils aient un « déroulement de carrière » normal voire para-normal. Appartenir au PCF a longtemps signifié disposer de places réservées de cadres, d’employés municipaux, de concierges, etc. et ce pour toute la famille. On donnait à chacun en fonction de ses capacités, mais c’est toujours le cotisant et le militant qui avaient les faveurs de ces diverses promotions sociales ; à défaut d’avoir pris le pouvoir le PCF le partageait avec des clauses plus ou moins menaçante de « lancer le prolétariat à l’assaut » si Jean Dupond, délégué du personnel Tartempion venait à être oublié dans les promos de fin d’année. Les autres millions d’ouvriers n’avaient eux qu’à pleurer devant le sapin défraîchi du père Noël communiste (cf. la promotion sociale remarquable de la famille Môquet in « L’affaire Guy Môquet » de Berliaire et Liaigre, deux abonnés à l’histoire des malversations du PCF). Toute l’histoire du dit « mouvement ouvrier » du XXe siècle reste à refaire à l’aune de cette collaboration promotionnelle sous la coupe des divers partis de gauche ; les partis gauchistes furent longtemps un peu comme Sciences Po pour les délégués syndicaux suresnois, une école de formation au mensonge politique et à la manipulation des assemblées. Et il ne faut point le cacher, comme député, la fonction de « délégué » possède une intense valeur narcissique.
L’initiative de la mairie de Suresnes est intéressante car elle témoigne que les syndicats (même pas 8% de la population salariée) peinent à « former » leurs propres activistes arrivistes, ou même que le discours interne syndicaliste est tellement peu crédible et, ne baignant plus dans la douce euphorie ouvriériste de l’après mai 68, est fui même par les plus hypocrites chasseurs de postes militants.

« La mairie de Suresnes, sous l'impulsion de son adjointe chargée des ressources humaines, Béatrice de Lavalette, ancienne conseillère de l'ambassadeur auprès de l'Organisation internationale du travail, a décidé d'offrir aux délégués syndicaux de son personnel municipal une formation qualifiante sur les bancs prestigieux de Sciences Po Paris. Une nouveauté inspirée de l'initiative mise en place par Claude Bébéar pour Axa en 2004. «Suresnes avait déjà signé une charte sur la reconnaissance du parcours syndical dans le développement de la carrière et l'évolution professionnelle, inspirée de ce qu'avait fait Axa, explique le maire, Christian Dupuis. Mais nous sommes la première collectivité territoriale à nous engager dans ce projet.» Un gage de bonne entente, puisque les trois syndicats représentés, la CGT, FO et la CFDT, ont accueilli favorablement l'idée. Un gage, aussi, de calme social: «Des syndicats plus représentatifs et plus responsables sont moins tentés par la surenchère, plaide Christian Dupuis. Or une telle valorisation du parcours syndical pourrait créer des vocations et renforcer les syndicats.» Management, prise de parole, culture territoriale, gestion budgétaire communale, rédaction d'un mémoire: la formation certifiante proposée par Sciences Po s'étendra sur huit journées dans l'année. Rendue plus utile par la loi du 20 août 2008, qui instaure des négociations au niveau de chaque entreprise, elle a été conçue, au départ, pour le privé, en partenariat avec l'association Dialogues, une association réunissant anciens responsables syndicaux et dirigeants de grandes entreprises. Et elle aboutira pour les personnels concernés à une estampille Sciences Po sur un CV qui n'était pas vraiment destiné à cette prestigieuse distinction. Mustapha Zamoun, grand gaillard au visage empreint de douceur, conducteur de bus et délégué CGT, exprime son enthousiasme, tout en nuançant: «S'il doit y avoir conflit, cela ne nous empêchera pas d'aller à l'affrontement, mais c'est une démarche courageuse de la part du maire.» «Pendant ces huit journées, ajoute Dominique Brun, agent du service de restauration et déléguée FO, nous ne serons plus des représentants de différents syndicats, nous serons une promotion. Pour le travail collectif qui se dessine à travers l'horizon européen, c'est un atout essentiel.» Dans cet «accord gagnant-gagnant», le prestataire trouve aussi son compte. Pour l'institut d'études politiques, la formation continue représente un axe de développement potentiel, même si son directeur, Richard Descoings, se défend de tout objectif commercial. «La formation continue représentait 8,5 millions d'euros sur les 130 millions de chiffre d'affaires en 2009, explique-t-il. Mais, là-dessus, notre marge n'est que de 450 000 euros. Si nous misons sur la formation continue, c'est parce que nous contestons le fait que l'on puisse enfermer quelqu'un dans les résultats scolaires qu'il a obtenus entre 15 et 20 ans.» La mairie de Suresnes, elle, déboursera 25 000 euros pour la formation de ses douze délégués syndicaux. Et s'enorgueillit de la visite d'un inspecteur général chargé de recueillir des idées sur la rénovation du dialogue social ».

Les quelques ânes syndicalistes de la municipalité de Suresnes qui ont besoin qu’on leur apprenne à parler en public et à bien se tenir dans les négos de « partenaires sociaux » face aux patrons n’apprendront pourtant pas grand-chose avec quelques jours à Sciences Po ! Pas besoin d’apprendre pour les militants arrivistes, le secret de la politique élitaire réside dans la simple acceptation des intérêts de l’entreprise, de la nation et des besoins de sa « propre carrière ». Le reste suit, la formation à la spécialisation négociatrice s’apprend en trahissant tous les jours les intérêts généraux de la classe ouvrière ! Sur le terrain au milieu des gogos.