"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 21 novembre 2007

NEWS FROM France (3)

UN TORTILLARD FAINEANT


A Toulouse il y a eu un sabotage délibéré des “pouvoirs publics” pour empêcher les manifestants de se rendre en masse à l’Assemblée générale populaire, cela n’a pas empêché les manifestants de se retrouver deux fois plus nombreux. Partout en France, comme à Paris, les appareils syndicaux ont fait contre mauvaise fortune bon cœur, laissant se dérouler les manifs non comme « jonction » avec la dure grève des roulants SNCF et RATP, mais comme éteignoir soigneusement compartimenté et sans appel à des AG de rue communes à tous les secteurs en fin de manif. De la propagandastaffel aux partis de gauche et d’extrême gauche, on n’en tenait plus que pour la nébuleuse du pouvoir d’achat.

C’est curieux une manif de nos jours. Cet espèce de tortillard, précédé d’une locomotive de camions de CRS et clos par un wagon de véhicules de soudards harnachés comme des chevaliers de la guerre des étoiles (prestige de l’uniforme !), serpente pendant des heures sur un parcours qui ne gêne pas trop le maire de Paris : Montparnasse-Place d’Italie ou l’inverse, comme avant Bastille-République. Le chemin est plus étroit et permet de faire masse alors que nous avons dûment constaté une répartition par catégories aussi clairsemée que lors de la manif précédente. J’ai calculé mieux que les syndicats ou les services de police que, sur les 5 km qui séparent Place d’Italie à Montparnasse, entre les premiers rangs parvenus à 16H à Montparnasse et le démarrage de la queue à 17H depuis place d’Italie, on pouvait dénombrer environ 30.000 personnes. Ce qui est pas mal alors qu’il n’y a pratiquement pas de transports en commun.

L’ECLIPSE DE THIBAULT BERNARD

Alors que la manif vient à peine de démarrer, 14H30 passée, je suis témoin aux premières loges de la fuite à Varennes du pauvre Thibault. Sera-t-il le fusible Juppé de Sarko? On l’avait retiré depuis une semaine de la mise en scène du négoce amical, comment se faisait-il qu’il rôdait dans les parages ? La manif passait au coin du boulevard Port Royal et de la rue Berthollet lorsqu’une bousculade se produit. Une vingtaine d’individus à l’allure patibulaire (flics en civils ou gros bras staliniens) coupe les premiers rangs d’autorité. On voit distinctement au milieu des arsouilles le bonze aux longs cheveux, blanc comme un linge. Vient-il de se faire traiter de vendu ? Est-ce que cette escouade de l’entraîne pas dans une rue adjacente pour lui mettre une branlée ?

Les gens, apeurés, se poussent pour laisser passer les brutes et chacun de regarder vers où se dirige le groupe d’hommes. Jusqu’au milieu de la rue Berthollet pour faire monter dans un véhicule banalisé le principal fusible de Sarkozy. Parmi les manifestants je fais courir évidemment le scoop. Au soir, aux infaux, je comprendrai les dessous de la mise en scène. Thibault apparaît brièvement, cadré devant des manifestants qui l’ignorent. Il fait une déclaration à voix vindicative, du genre : « on va voir ce qu’on va voir, faudra négocier sérieusement ». Puis gros plan sur Chérèque et les huées dont il est l’objet. Mais Chérèque continuera à manifester jusqu’au bout sans encombre, lui on s’en fout, c’est un bon collabo et il ne compte que pour du beurre chez les roulants. Par contre, Thibault risquait gros. Caché par le gouvernement depuis une semaine, il fallait l’exhiber au moins quelques secondes au nez et à la barbe des manifestants et grévistes intraitables, puis le soustraire à d’éventuelles agressions (on suppute qu’il y en a eu certainement dans l’appareil néo-stalinien, lequel semble pourtant tout faire pour garder son icône si bien considéré à l’Elysée, Sarkozy ne s’est-il pas fait l’émule de Maurice Thorez en reprenant son fameux « faut savoir terminer une grève » et les non-grévistes « usagers » et « usés » votent aussi aux élections professionnelles de décembre…).

IMMERSION DANS LE TORTILLARD

Perché sur une borne de protection pour piétons je suis en permanence au milieu du tortillard qui se déroule, j’en perçois le pouls, les humeurs et les variations de refrain. Sur mon perchoir d’où je diffuse le tract de Tumulto (ci-après) et le mien, des gens viennent me tenir compagnie par moment. C’est jubilatoire. On échange nos avis. Deux jeunes étudiants concluent avoir été ravis de discuter avec moi. Avec deux autres je ne cache pas mon jem’enfoutisme pour la lutte anti-privatisation. Ni vraiment choqués ni hostiles, ils abondent dans mon sens quand je leur dis que toutes les révolutions de 1789 à Aujourd’hui, de Robespierre à Rosa Luxemburg ont été conduite par la petite bourgeoisie. Moi je précise que je n’ai rien contre l’adhésion de la petite bourgeoisie et à ses étudiants à la révolution future, mais derrière la classe ouvrière pas devant ni à sa place, et que les étudiants vraiment révolutionnaires trouveront bon accueil dans le parti. Ils ne lâchent pas prise. Dans tous les cas ils se considèrent comme les futurs cadres de demain. Ils ne sont pas anti-communistes comme les gens de la CNT, mais ils ont des capacités… Ouh la la, fais-je, attention élitisme !

- la classe ouvrière veut bien de vous, mais ne vous gonflez pas outre mesure, vous apportez des qualités mais aussi des défauts…

Puis on se laisse prendre par l’ambiance carnaval, les tam-tam et fumigènes des cheminots, et on se quitte bons amis. Un vieux croix de feu en manteau d’Astrakan vient m’agresser :

- savez où on les mettait les gens comme vous en Russie ?

Et je ne lui laisse pas le temps de répondre :

- des vieux cons comme toi nous on les met au goulag !

Il s’enfuit en courant main levé en faisant un doigt d’honneur. Les manifestants, qui m’entourent, rigolent.

Par les temps qui courent, et la chute du taux de lecteurs de journaux d’infaux, 100 tracts suffisent largement pour une manif de 30.000 personnes. Il ne faut jamais forcer la main. Les mains ne se tendent pas, quelques uns vous voient et viennent prendre le papier. A ceux-là il faut donner et attendre. Mauvais signe, les maigres troupes de la RATP et SNCF ne s’intéressent pas aux tracts. Ils passent l’air buté comme s’ils étaient seuls au monde. C’est bien dommage, ils ne savent pas ce qu’ils perdent. Mais ce sont les moins intelligents, les plus suivistes des syndicats. Les syndicalistes pensent pour eux. Ils sont aussi demeurés et suivistes que le personnel des communaux du 93 ou 92 qui marchent derrière les banderoles de leurs chefs de service. Ce sont ceux-là qui en voudront à la terre entière quand la grève s’effilochera dans l’isolement et les actions de sabotage impuissantes.

Libération fait de la LCR et de son facteur les vedettes du tortillard. Point du tout. Le ballon de la LCR n’est pas plus gros que celui de la CGT, du PCF ou de LO. De plus, la LCR n’est qu’une séquence de la manif au coin de la place des Gobelins vers 17H alors que le gros des manifestants se disperse déjà vers Montparnasse. Le marcheur suiviste dans une manif n’a jamais une idée d’ensemble du tortillard. Et celui qui reste stationnaire sur le trottoir a l’impression de voir défiler une série de spots télévisés publicitaires. Les manifs c’est comme les enterrements : tu passes et tu trépasses.

Les jeunes bouclent le tortillard, ça gigote, ça chante, c’est mignon, mais ils ne savent pas trop pourquoi ils sont là : contre des réformes de l’Etat qui les méprise ou derrière des partis politiques qui les méprisent encore plus ? Misère intellectuelle et politique de l’étudiant et du lycéen. La CNT qui gigote devant eux est assez représentative de leur gabegie politique avec un tract débile qui propose une « redistribution des richesses » !

C’est dans cet environnement que je retrouve des militants du CCI en train de vendre leur supplément sur les grèves. Retrouvailles cordiales, un passé de lutte commun ne peut s’effacer, mais je leur reproche de ne pas faire une critique des mots d’ordre dits unitaires qui sont les mêmes que ceux des gauchistes : retour aux 37,5 annuités pour tous qui ne peut générer la vraie solidarité, et aussi l’incompréhension que l’agitation étudiante n’est que la crise de la petite bourgeoisie.

La plupart des groupes affirment sur leurs tracts que « c’est le moment » ! Le moment de quoi quand la grève est à la croisée des chemins et qu’on n’a affaire qu’à des mots d’ordre vagues ou carrément issus de la gauche caviar : un Etat « impartial » ou un Etat « arbitre ».

Le soir les médias vomissent de plus en plus la grève et leur lièvre à l’arrêt aurait laissé entendre que le bâton n’était pas loin, vu que les pourcentages truqués et fallacieux du nombre de grévistes est calculé systématiquement à la baisse. Les travailleurs conscients de tous les secteurs que j’ai rencontré au cours de cette journée m’ont tous conforté dans l’idée que la lutte des classes n’est pas une question d’arithmétique mais de physique !

JLR (envoyé spécial de P.U.)

Le tract :

VIEILLIR AU BOULOT ? JAMAIS !

L’espérance de vie s’allonge, mais pas pour tout le monde et pas dans les mêmes conditions !

Allons-nous travailler de plus en plus âgés alors que les patrons ne veulent plus de « vieux » ?

Que vaut ce système qui prétend n’avoir plus les moyens de prendre en charge les anciens ni d’assurer des revenus décents à la masse des jeunes travailleurs lorsque leur tour viendra de quitter le travail définitivement ? La retraite c’est la question de l’AVENIR pas du « pouvoir d’achat » !

C’est la question qui a été posée d’emblée par la magnifique grève des cheminots contre tout esprit de corporatisme, contre tous les privilégiés au pouvoir. La grève, provoquée par un gouvernement trop sûr de lui, élu par moins d’un tiers des français mais soutenu par 99% des médias, a mis au pas de tortue le petit lapin Sarkozy. Le blaireau n’a pas été fichu d’assurer le service minimum requis par l’Etat bourgeois de mettre à genoux symboliquement la fraction la plus dangereuse et la plus combative de la classe ouvrière. Il devra prendre garde pour les futures attaques déjà planifiées !

Avec les célébrations nationales hypocrites d’un jeune martyre de la guerre mondiale et des poignées de main aux anciens combattants, le blaireau présidentiel croyait avoir cadré une « union nationale » sentimentale propice à faire se serrer la ceinture aux principales victimes de la guerre économique capitaliste, les prolétaires. Alors que le général en chef des attaques anti-ouvrières lançait l’appel au sacrifice du dernier carré des services publics, quelle ne fût pas sa surprise de voir que la troupe refusait de se jeter au devant des balles et qu’il ne s’agissait pas d’une insubordination momentanée !

Bien sûr ses officiers de droite et sous-officiers de gauche crièrent à hue et à dia que l’escouade était lâche et se comportait en privilégiée en refusant d’être couchée sur le terrain de bataille comme tout le monde. Ils dénoncèrent à l’arrière ces ennemis de l’unité et de l’égalité nationale devant la mort.

LA RETRAITE OU LA REVOLUTION ?

Les problèmes de gestion des déficits de l’Etat bourgeois ne sont pas ceux de la classe ouvrière comme il n’y a pas de problème démographique pour les exploiteurs qui jettent à la rue ceux qu’ils estiment en surplus. Deux mondes s’opposent. Il n’y a pas de problème de « niveau de vie » des masses pour tous ces patrons, maires, ministres et députés bourgeois qui s’engraissent sur la misère, mais il y a la peur au ventre pour l’avenir parmi les classes défavorisées.

La grève de simplement revendicative est devenue politique au sens noble du terme parce qu’elle pose désormais les questions de fond. La retraite n’est pas une fin en soi pour le mouvement ouvrier révolutionnaire. Au XIXème siècle les premiers syndicalistes révolutionnaires étaient contre cette prétendue garantie pour les travailleurs au terme de leur vie et considéraient cette mesure comme un remède bourgeois contre la révolution. Cette position contient à nouveau du vrai face à un capitalisme qui en revient à des méthodes dignes du XIXème siècle !

La polémique hystérique autour de la grève des cheminots est restée volontairement enfermée autour de l’inénarrable querelle usagers/grévistes couplée avec celle de otages/privilégiés. On assista à ce spectacle édifiant des riches qui prétendent parler à la place des pauvres et qui favorisent les clivages entre soldats victimes de la guerre économique capitaliste.

Parmi les victimes, on trouve des petits bourgeois floués. On trouve surtout de prétendus amis de la classe ouvrière. Les syndicats, mal en point, n’ont pas cessé de se dédire malgré leur soumission à la négociation-trahison permanente dans l’Etat bourgeois. Le clou de leur piteux spectacle a été l’élimination des chefs Thibault et Chérèque et leur remplacement par des bonzes secondaires dans les hiérarchies de la CGT et SUD qui radotent la même stupidité : le retour aux 37,5 annuités pour tous ! Cette revendication est typique de la petite bourgeoisie qui veut faire croire à l’égalité. L’égalité n’existe pas en régime capitaliste ! Ou alors qu’on commence à aligner les retraites des députés et des cadres supérieurs sur celles des ouvriers et des employés ! L’Etat bourgeois nous bassine avec les faibles pensions des cheminots mais ne dit jamais que les ouvriers payent la retraite des cadres et meurent plus tôt !

On ne retournera pas aux 37,5 annuités, cette revendication jusqu’auboutiste et faussement unitaire de Besancenot et de ses amis Sudistes. Autant demander à l’Etat de démanteler ses corps de flics. Les cheminots et agents de conduite de la RATP peuvent garder leurs prérogatives. Ils le doivent même, c’est une condition de leur effort, mais pas de la victoire de tous parce que le pouvoir d’Etat a réussi à instaurer une division secondaire. Des coulisses, il apparaît que des arrangements vont de toute façon dans ce sens. L’avenir doit être noyé dans la ribambelle des revendications corporatives !

Dans cette histoire de réunions tripartites réclamées aussi par les syndicalistes radicaux, suivis en effet par de plus en plus de travailleurs, l’insistance sur la présence des représentants de l’Etat entreprise par entreprise est une trahison des espoirs des grévistes. La grève est politique parce qu’elle exige que l’Etat ne se cache pas, et, même avec ses traditionnelles discussions secrètes, l’exigence d’une négociation centrale, sous la pression de la lutte, est gênante pour la bourgeoisie. Mais une négociation centrale avec des syndicats qui ne représentent pas toute la classe ouvrière ne peut mener qu’à une reconnaissance de la légitimité de l’Etat. Et l’Etat, pris dans un processus de désintégration opaque, ne peut se permettre de ridiculiser ses meilleurs défenseurs, les syndicats. Dans un cadre national dépassé, le capitalisme tend à piétiner ses anciens cadres institutionnels et à retrouver ses formes sauvages du XIXème siècle. Pourtant la France n’est pas encore la Belgique.

Le problème des prolétaires n’est pas de défendre un Etat capitaliste moderne contre l’ancien, ou la décrépitude de l’actuel dans l’illusion d’un retour piteux de la gauche caviar aux « affaires ».

TOUS ENSEMBLE MAIS COMMENT ?

Le slogan de 1995 « tous ensemble » a pris un coup de vieux, certains groupes crient « tous unis ». Tous unis pour quoi et comment ? Tous unis en mécontentements face à l’Etat ? cela ne veut rien dire. Toutes catégories confondues, des étudiants aux petits paysans floués ? cela ne mène nulle part qu’à un nouveau parti électoraliste. Le melting-pot des divers groupes de l’extrême gauche ne peut servir qu’à leurs visées électorales. Sur le terrain c’est d’une communauté de luttes par les échanges inter-catégories et des décisions communes que la classe travailleuse a besoin pour trouver sa force, pas d’une incongrue unité étudiants-travailleurs qui était déjà ridicule en mai 68.

Le refus des étudiants, ou plutôt des groupes anarchistes et trotskiens, d’une « privatisation » de l’université est aussi une réaction contre le « désengagement de l’Etat », mais elle n’est pas plus révolutionnaire que l’exigence syndicaliste d’un Etat paternel. Les étudiants ne sont pas les enfants de la classe ouvrière en général mais l’expression de la crise de la petite bourgeoisie, la plupart des fils d’ouvriers n’ont jamais eu leur place à l’Université bourgeoise. Nos étudiants inquiets peuvent venir aux manifestations, participer à d’éventuelles assemblées de rue mais ils n’ont plus un rôle aussi dynamique qu’en 1968. Ils sont conservateurs et ne pensent qu’à pleurer du CPE au LRU sur la fin de leur place d’intermédiaires et une confortable retraite de cadres qui leur était dévolue dans les trente glorieuses. Au lieu de représenter l’avenir en rupture avec la société hiérarchisée, les étudiants servent de mécontents additionnels à une idéologie de gauche en déshérence bien que sponsorisée par l’extrême gauche légaliste. Défense des « nationalisations » et d’un « Etat impartial », vieux mensonges de la gauche caviar silencieuse, sont les mamelles des Besancenot et Laguiller. Besancenot se garde de critiquer de front le PS et Laguiller a assuré que LO se désisterait pour le PS. Ces petits partis, qui aimeraient muer en un nouveau parti de gauche d’esbroufe, sont plus soucieux de la manne électorale des prochaines municipales que des questions de rupture révolutionnaire posées par la grève des cheminots.

Tout le tohu-bohu autour de la grève a fini par faire oublier ce qui hante l’esprit des prolétaires depuis des années : il n’y a pas d’avenir dans ce système. La proposition bourgeoise de faire durer l’exploitation au travail pour « sauver la retraite » est une fumisterie. Pour les jeunes prolétaires et chômeurs, travailler dans les conditions du Capital à 67 ou 75 ans est de la foutaise !

La retraite n’était pas déjà notre espoir en mai 68. Pour les jeunes intermittents du travail il y a la conscience qu’ils NE LA CONNAITRONT PAS ! Pour les plus âgés des travailleurs la retraite signifie paupérisation et paupérisation absolue. Pour tous les prolétaires conscients, contre tous ces petits partis et syndicats « négociateurs », le capitalisme veut éjecter sans vergogne une masse croissante de « précarisés », de « bouches en trop ». C’est pourquoi il faudra le renverser et cela ne se négocie pas !

20 novembre 2007.


Cheminots, fonctionnaires, chômeurs, salariés du privés ou étudiants :
Une seule classe ouvrière, un seul combat !


Prolétaires ! La classe dirigeante n'en finit plus de déverser sa haine et son mépris de la classe qu'elle exploite, de la classe qui la fait vivre ! Rarement le bourrage de mou étatique, n'aura été aussi intense. Il faut faire croire que les cheminots ou les fonctionnaires seraient des « privilégiés », qu'au nom de la sacro-sainte « équité » il faudrait accepter les « nécessaires sacrifices » qu'exige le salut de notre pauvre cher Capital National. De quelle « équité » peuvent-ils bien parler tous ces Sarkozy, Fillon, Darcos ou Bertrand, ces gestionnaires patentés de l'exploitation capitaliste et de la misère ? L'attaque actuelle contre les régimes spéciaux ne vise pas à réduire mais bien au contraire à sauvegarder les privilèges bien réels de la caste qui, possédant moyens de production et capital, ponctionne en permanence sa dîme sur le dos de la classe ouvrière. Cette classe, la bourgeoisie, la voilà la classe des privilégiés, les vrais ! Et pour cette bourgeoisie et son État, il est absolument insupportable que les ouvriers aient l'arrogance de ne pas se faire tondre en silence.

Prolétaires ! La clique actuellement au pouvoir a voulu en s'attaquant aussi brutalement aux régimes dits « spéciaux » briser la combativité ouvrière dans un de ses bastions les plus symboliques pour pouvoir déchaîner par la suite toute une kyrielle d'attaques contre l'ensemble de la classe ouvrière : régime général passant à 41 annuités en 2008 et bien plus ensuite pour en fait ne verser que des retraites de misère compte tenu du chômage massif des ouvriers de plus de 50 ans — non remplacement d'un emploi sur deux aboutissant d'ici 2012 à la suppression de 300 000 fonctionnaires — remise en cause du statut de la fonction publique et du Code du travail aggravant la généralisation de la précarité — coupes sur l'assurance maladie et les allocations de chômage — mesures répressives anti-immigrés, etc. Les questions économiques mises en avant (régimes dits « spéciaux », négociations sur les compensations salariales, pénibilité, etc.) ne sont en fait que de peu de poids par rapport à l'avantage moral qu'attend la bourgeoisie d'une éventuelle défaite du secteur historique des transports. Rappelons-nous comment en Grande-Bretagne, sous Thatcher, la longue grève des mineurs (mars 1984-début 1985), héroïque mais isolée, s'est conclue par une cuisante défaite pour toute la classe ouvrière anglaise. Aujourd'hui le coin de la division entre « grévistes » et « usagers », « privilégiés » et « otages », qu'on essaye à toute force d'enfoncer ne vise à rien d'autre que de créer cet isolement, à laminer notre conscience d'appartenir à une seule et même classe. Permettrons-nous cela ? Non ! Mille fois non ! Le prolétariat doit réaffirmer son identité de classe et opposer aux manoeuvres de division l'organisation de la solidarité de tous les prolétaires !

« Le mouvement qui vient de renaître parmi les ouvriers des pays les plus industrieux de l’Europe, tout en réveillant de nouvelles espérances, donne un solennel avertissement de ne pas retomber dans les vieilles erreurs et de combiner le plus tôt possible les efforts encore isolés » (K. Marx, Association Internationale des Travailleurs - 1864)

Prolétaires ! Bercée par un sentiment d'impunité depuis le cirque électoral présidentiel de mai dernier, la bourgeoisie a cru s'en tirer en quelques jours de matraquage médiatique et par le jeu classique des dispersions et des divisions orchestrées par les centrales syndicales au sommet de l'État. Comme par exemple faire partir SNCF et RATP une semaine avant l'appel « unitaire » du 20 novembre. Ainsi, depuis le premier lâché de pression le 18 octobre, les directions syndicales se partagent-elles les masques de la comédie qu'elles nous jouent depuis des décennies, entre « combatives » et « traîtres ». Seule chose absolument inédite et qui en dit long sur la crainte très réelle d'extension : les suppliques pitoyables à négocier avant même le début de la grève par la CGT-Thibault, marqué à la culotte par la CFDT-Chérèque qui appelle à jeter le gant sans autre forme de procès. Tous veulent morceler la lutte en négociant au plus vite « branche par branche », « entreprise par entreprise ». Mais les cheminots en lutte, syndiqués ou pas, dans les AG, ont montré la semaine dernière leur volonté d'imposer un autre choix, celui du combat de classe. En se généralisant, le mouvement deviendrait irrésistible. Cela, Didier Le Reste, secrétaire de la CGT- cheminots n'en veut pas : il ne veut envoyer que des « délégations » aux manifs dites de « fonctionnaires » du 20 novembre, « dans le respect des positions des uns et des autres » et s'assurer d'un cloisonnement bien étanche sous contrôle syndical : « Nous n'avons aucun intérêt à brouiller leur message, ni à casser leur unité syndicale et cela doit se faire en parfait accord entre les syndicats de cheminots et de fonctionnaires » !

Prolétaires ! dans la lutte, il faut être le plus nombreux possible en choisissant ensemble des revendications unificatrices : créations d'emplois, retrait du plan Fillon, etc. Exigeons tout simplement un avenir digne de ce nom pour les générations de prolétaires qui viennent ! Cela veut dire en finir avec la logique de l'accumulation du Capital qui gangrène en permanence toutes les relations sociales. Bien sûr, il faut en finir avec la casse des systèmes de soin, d'éducation, la misère sociale. Mais l'« équité », il n'y en a pas, il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais dans le système capitaliste ! Restons lucides : même des « victoires » contre telle ou telle mesure ponctuelle comme celle du CPE en 2006 par exemple ne sont une quelconque remise en cause de l'ordre capitaliste. La seule réelle victoire pour la classe ouvrière est la lutte elle-même : la solidarité, la fierté, la confiance et les formes collectives du combat qu'elle développe. C'est cela qui prépare l'avenir.

Pour cela, plus que tout, il faut que la classe ouvrière affirme son autonomie. Souvenons-nous de nos luttes passées, organisons des AG souveraines, formons des comités de grève, avec des délégués élus et révocables, dès que possible rendons-nous massivement vers d'autres entreprises, d'autres secteurs proches géographiquement pour les appeler à partager le même combat… Et si jamais cette façon de lutter ne pouvait se développer, si jamais l'enfermement devait s'imposer, alors il ne servirait à rien de poursuivre un mouvement jusqu'au-boutiste et mieux vaudrait assumer collectivement de préserver nos forces pour les luttes futures en tirant toutes les leçons des combats menés.

Prolétaires ! Aujourd'hui, à l'échelle internationale, des prolétaires sont en lutte : les infirmières en Finlande, les cheminots en Allemagne, par ne citer que ces deux exemples. Tous, comme nous ici depuis 2003, par leur résistance aux attaques capitalistes, sont sur le difficile chemin de la réaffirmation de leur identité de classe. Le système capitaliste n'a pas d'avenir. En avant première de la barbarie généralisée qu'il prépare à plus ou moins longue échéance, il propose comme idéal de société une masse docile d'individus atomisés, corvéables ou jetables à volonté, qu'il laissera crever au travail ou dans la rue selon les besoins de rentabilité du Capital. Cela le prolétariat n'en veut pas, c'est aussi cela ce que dit ce mouvement de lutte, quels que soient les secteurs concernés. La classe ouvrière, au coeur de la production capitaliste, tient entre ses mains la société réelle, et non celle fantasmée par tous les intellectuels aux ordres. Si les cheminots ne travaillent plus, les trains ne roulent plus. Si les ouvriers d'EADS n'acceptaient plus d'être les dindons de la farce d'Airbus et rejoignaient le mouvement, plus un avion ne sortirait de l'usine. C'est simple, efficace et… totalement insupportable pour la bourgeoisie. Mais la classe ouvrière a aussi cette formidable capacité de hisser sa conscience à un niveau politique, pour l'affirmation de ses buts propres. C'est pour toutes ces raisons que seule la classe ouvrière est capable de lutter contre la dynamique du capitalisme et pour imposer une autre perspective.

« Il n’y a pas deux luttes différentes dans la classe ouvrière, une économique et une politique. Il n’y a qu’une seule lutte de classe, tendant à la fois à limiter l’exploitation capitaliste au sein de la société bourgeoise et à supprimer l’exploitation bourgeoise et en même temps la société bourgeoise. » (R. Luxemburg, Grève de masses, parti et syndicats — 1906)

Le système capitaliste n'a pas d'autre choix que cogner
encore et encore sur les conditions de vie prolétaires... Dans la lutte, ne comptons que sur nous mêmes ! Portons haut la fraternité et la solidarité ouvrières !

www.tumulto.org — e-mail : contact@tumulto.org — 20/11/2007

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dimanche 18 novembre 2007

NEWS FROM France (2)

LA BLITZKRIEGE RATEE DE LA BOURGOISIE

BRAVO LA GREVE POLITIQUE !

Le gouvernement a voulu la grève à la SNCF mais dans cette catégorie plus rétive et moins manipulable que celle de la RATP, les risques étaient plus grands. Le bonze CFDT Chérèque avait averti pourtant les ministres du risque (« en ouvrant grande la porte à la grève on ne sait pas quand l’arrêter »). La prolongation, que les syndicats la présentent comme durcissement et le gouvernement et ses laquais journalistes comme pourrissement, vérifie l’impuissance de la bourgeoisie à assurer le « service minimum » promis électoralement ; que celui-ci ait été imposé par décret ou pas aux syndicats, les travailleurs seraient passés outre de toute manière.

Le gouvernement voulait agir vite, non pour tenir les promesses électorales du candidat président (toujours candidat à une légitimité réelle) ni pour sa gloriole, mais pour pouvoir faire passer des attaques de plus grande envergure dès l’an prochain. C’est raté.

Depuis quatre jours, gouvernement et syndicats radotent. Si, dans le domaine du contenu des discussions, dans la façon dont gouvernement et syndicats prétendent parler au nom de l’opinion « majoritaire » ou des salariés « minoritaires » on se trouve toujours face à la dépossession bourgeoise de toute décision prolétarienne ou civique, ceux qu’on nomme avec mépris « la base » ont bien cassé le petit jeu programmé de nos exploiteurs. Quelle jubilation de constater que tout reste bloqué en vue de la semaine qui vient ! Si les autres travailleurs en ont marre d’être victimes comme usagers, qu’ils se mettent en grève eux aussi contre le gouvernement bourgeois qui est seul responsable du bordel qui se prolonge, qu’ils saisissent l’opportunité de la journée de mardi, mais à condition que celle-ci ne soit pas le grand foutoir où chacun reste compartimenté comme en 1995 : IL FAUT ETABLIR DES LIENS DIRECTS ENTRE LES ENTREPRISES EN PASSANT PAR-DESSUS LES SYNDICATS.

LA HAINE CROISSANTE DE LA PRESSE ET DES TELEVISIONS

Petit retour en arrière pour que nos lecteurs à l’international mesurent l’importance de la résistance ouvrière, inversement proportionnelle à l’hystérie anti-ouvrière des médias, avec le risque que la grève, au lieu de tenter d’encercler le gouvernement par des discussions hors des entreprises, se laisse déliter par les actions commandos (tags, coupures sauvages, cassages de gueule, etc.) déjà en vigueur. La haine distillée par les journalistes appelle une haine de la rue, et une tendance qui se généralise à virer des AG ces bouffons et à casser leurs appareils photos de flicage.

Le premier jour de la grève les espions journalistes étaient tout sourire, le deuxième un peu moins, le troisième pas du tout, le quatrième véritablement hargneux. Les chiens aboient quand le maître s’impatiente.

Le chef CGT Bernard Thibault est immédiatement mis hors jeu. On a envoyé son second, Didier Le Reste et les amis de la CFDT et de Sud pour faire de la surenchère négociatrice, mais aussi pourrie que celle de leur chef en vue de noyer encore le poisson pour de « vraies négociations sans préalable » non de façon centrale sur les retraites mais sur les problèmes corporatifs ( ?), de fret ( ?), de pouvoir d’achat et d’emploi ( !??). Dans la même bande, ce que ne comprennent pas les ouvriers en colère c’est que SUD est sur la même longueur d’onde que les traîtres officiels ! Et qu’ils pourront toujours voter plus pour SUD que pour la CGT dans un mois, la grève aura été détruite par l’incapacité des travailleurs à s’en remettre à eux-mêmes et à élire des comités d’AG non phagocytés par les cartels syndicaux.

Le 15, selon l’imbécile qui rit tout le temps sur BFM, Ruth Elkrief, au premier déclic pourtant de la grève, les syndicats se montraient plus ouverts « parce qu’ils savent que l’opinion publique est contre la grève ». La grève n’était pas encore commencée que le gouvernement avait décidé que « l’opinion » était contre, mais elle se continue le 16 et le 17 et cette pauvre opinion publique, comme la Justine du Marquis de Sade, souffre le martyre.

Les uns et les autres des porte-voix gouvernementaux supputent une obstination de la base ou un recentrage de la CGT, une « modernisation » quoi, c’est-à-dire non pas un succès électoral professionnel plus grand dans les boites du privé mais une capacité à négocier plus vite que la négociation dans tous les cas...

Le 16, plastique Bertrand le ministre, qui radote en faveur de la pédagogie bourgeoise "tous pour un, un pour tous", ne cesse d'en appeler à cesser la grève pour négocier. Autrement dit il ordonne aux grévistes de baisser culotte, de vider les chargeurs des révolvers et d’avancer main en l’air pour se rendre. Les grévistes, comme Cambronne, font la réponse idoine.

Heureusement les estafettes plume au cul, veillent. Deux porte-plumes du pouvoir, Laurent Joffrin et un certain Yvan Rioufol, lequel n’est lu que dans les beaux-quartiers, rivalisent de modernité sur i-télé pour « faire évoluer les mentalités ». Pour l’éditorialiste du Figaro, Rioufol, tout ce tintouin n’est qu’un épiphénomène d’un « monde qui meurt » face à une opinion « qui soutient ce processus de réformes » ; il s’érige accusateur public : « ce sont des corporatismes qui s’imposent et la population est prise en otage » ! En analyste loin des coups de pieds au cul des ouvriers, le lâche Rioufol cire les pompes de ses maîtres : « le gouvernement a été habile en poussant les syndicats à la faute », la CGT, cette minable, « a accepté de se plier à un réformisme libéral ». A ses côtés, Joffrin, peu habitué à voir les intellectuels pétainistes relever la tête, ne défend pas la gauche muette indéfendable, mais abonde dans les suppositions démographiques pour justifier l’inégalité de la répartition des richesses fournies par l’exploitation des prolétaires et ne voit qu’addition de mécontentements.

Les éditoriaux du Rioufol se succèdent et suent la haine en hurlant à l’extinction de la grève. Sous le titre « Une grève incompréhensible » (Oh oui pour les possédants !) ce larbin radote les mêmes invectives contre un syndicalisme « à l’image dégradée » qui entraîne un raidissement de la France profonde « face aux corporatismes qui marquent la fin d’une époque où des minorités s’imposaient par la rue ». Puis il se cache derrière un universitaire pour dénoncer le comportement de « khmers rouges » de certains étudiants.

Monde journaleux de l’étrange désinformation, du faux et du préfabriqué, zappons sur les crachats…. « Thibault qui sent que l’opinion n’est pas derrière lui » (M. Cotta), « l’exaspération des usagers monte et le front syndical se lézarde » (FR3).

Le samedi 17, GAFFE ! Fuite de RTL, un accord aurait été signé en coulisse entre plastique Bertrand le ministricule de Sarkozy et le traître CGT Thibault, mais aurait été jeté au panier vu la persistante mauvaise opinion des grévistes contre le gouvernement. Apparemment le chef syndical n’a pas perdu la main auprès du « pouvoir public » ni dans son état-major.

Le dimanche, lors de la rediffusion sur France 5 de l’émission minable « Revu&corrigé », exhibant Bertrand et syndicalistes radicaux (censurés par Amar le chien), le ministre et ses obligés journalistes parlent au nom des travailleurs : « les couches les plus pauvres sont hostiles à la grève… » (ils s’en moquent en général de ces sous-couches) et « ¾ des agents SNCF sont pour la négociation » (pourquoi pas ¾ des indiens d’Amérique ?)

Bon ce serait trop long de perdre son temps et mon blog à rapporter tous les dégueulis de ces pauvres types, le silence de la gauche caviar, et trop c’est trop, même la presse bourgeoise plus précautionneuse comme Libé a dû se faire l’écho du ras le bol de l’opinion lambda concernant l’acharnement médiatique anti-grève (Les JT cassent la grève), et L’Immonde le plus servile pleurer le haro sur les médias complices.

LES SYNDICATS NE VALENT PAS MIEUX QUE LES JOURNALISTES

Le fait que les journalistes larbins du pouvoir tapent sur les syndicats ne leur redonnera pas une crédibilité perdue (aux syndicats). Modernisés ou accommodants, les syndicats sont en permanence des traîtres à la classe ouvrière. Ils négocient en permanence sur son dos, et comme l'a avoué le PDG de la RATP ,"on n'a jamais cessé les négociations" ou plastique Bertrand " depuis deux mois on n'a pas cessé de se voir avec les syndicats" (...) "je suis en contact permanent avec les syndicats"(émission du suce-boule Paul Amar). En général, on se pince de rire quand ils demandent de cesser les grèves pour « ouvrir les négociations », nous entendons bien à chaque fois qu’ils « ouvrent les manipulations » !

VIEILLIR AU TRAVAIL N’A AUCUN INTERET !

Les cheminots ont mille fois raison de refuser la remise en cause de leur retraite. Pourquoi travailler encore après 55 ans quand dès 45 ans on est pris pour de la merde, mis au rencart et méprisé. Le chômage touche principalement cette tranche d’âge et rien n’est fait ni ne sera fait par messieurs les bourgeois patronaux pour remédier à cet ostracisme.

A BAS LES DISCUSSIONS SECRETES TRIPARTITES !

Ce qui aura été le plus choquant dans toute l’orchestration de cette grève si particulière, ce n’est pas la vieille ficelle de l’opinion, à qui l’on peut faire dire ce que l’on veut comme avec les enfants, c’est le culot avec lequel le gouvernement et les syndicats auront mené leurs discussions secrètes (en 1981, les ouvriers polonais avaient imposé micros avec amplificateurs externes). Et, quand le 15, les six syndicats, sans le chef CGT Thibault démonétisé, viennent dire aux caméras qu’ils envoient une lettre pour discuter avec le ministre, c’est avec le même culot la volonté de nous refaire le même coup de la négociation échappatoire toujours en catimini avec TOUS les bonzes menteurs de la CGT à SUD !

Syndicats et gouvernement avalisent le partage des discussions secrètes entreprise par entreprise et favorisent une mise en scène de grévistes de la SNCF à part. Les chiffres sont carrément truqués pour EDF où on nous parle de 1% de grévistes le vendredi 16 alors qu’il n’y avait pas grève ce jour-là !

Des concessions importantes semblent bien avoir été faites par le gouvernement, compensations salariales, étirement de l’application de la décôte, mais trop tard, alors que la grève est devenue POLITIQUE, et que cette histoire de prolonger la durée du travail a jeté dans la bataille de jeunes prolétaires à qui on promet un avenir imbitable.

Echec pour la stratégie bourgeoise, la grève reprend de plus belle, bien qu’on s’acharne à fournir un nombre de grévistes en baisse chez les cheminots, quand personne n’en sait rigoureusement rien. Même minoritaire la grève devient majoritaire politiquement.

EMIETTER LE MOUVEMENT PAR LE MARCHANDAGE CORPORATIF

Non seulement les discussions restent secrètes mais elles sont sous-traitées entreprise par entreprise. Les médias ne se centrent plus que sur les cheminots, plus sur la RATP, des discussions seraient menées à part à EDF… alors que les cégétistes les plus durs organisent des coupures sauvages de courant dont la presse ne fait pas état. Il faut écarter toute négociation frontale, qui risquerait de faire capoter l’ensemble de la réformette et ses clauses secrètes d’accommodement et un maintien déguisé des régimes spéciaux, qui permettrait non un retour pour tous au 37,5 annuités comme le crient les jusqu’auboutistes de SUD, mais de poser les vraies questions de société qui sont :

- non pas le déficit des caisses de retraite mais le poids du chômage et des retraites des députés, des maires, des cadres supérieurs…

- non pas l’égoïsme des cheminots mais le cynisme des profiteurs et de l’appareil politique bourgeois,

- non pas le respect des urnes du troupeau civique manipulé mais le respect des assemblées des prolétaires qui font tourner la société et qui sont seuls aptes à la révolutionner.

- Non pas la retraite en soi, qui est une fin de vie plus ou moins longue, mais l’absence d’avenir des enfants de la classe ouvrière et le vide politique de la société!

TACTIQUE GOUVERNEMENTALE : AGITER LES DIVERS MECONTENTEMENTS POUR AFFAIBLIR LA GREVE POLITIQUE

L’agitation étudiante a été particulièrement caricaturale. Beaucoup plus vaine que la lutte contre le CPE, le remue-ménage, en effet minoritaire et instrumentalisé par l’extrême gauche, autour de la défense d’une Université seulement sponsorisée par l’Etat bourgeois, nous a fait pisser de rire. Il existe encore des militeux et des petits bourgeois pour croire à un accès égalitaire des couches sociales inférieures aux études supérieures ?

Après avoir chouchouté plus ou moins la colère étudiante puis inventé sa généralisation, les médias se sont félicités qu’on leur ait envoyé la police anti-émeutes, en attendant de l’expédier face aux prolétaires. La grève étudiante ne coûte rien et elle est bien plus facile à éteindre que la grève ouvrière. La menace d’un blocage des gares par les étudiants n’a jamais été prise au sérieux et le collabo Julliard en aurait été choqué. La grève étudiante sert à faire désordre, comme la protestation des avocats contre la suppression de plusieurs tribunaux. Cette suppression est pourtant bienvenue, bien qu’insuffisante (il faudrait supprimer tous les tribunaux bourgeois) et je suggère à la ministre groupie de supprimer aussi les prisons.

Quel remue-ménage pour précipiter des réformes d’Etat qui ont en commun de pressurer un peu plus la classe ouvrière ! On voudrait ainsi faire oublier que le fer de lance de la lutte contre l’Etat bourgeois reste la classe ouvrière, pour peu qu’elle soit capable de s’unir en brisant les barrières catégorielles, en éjectant tous les syndicats, pour construire ses propres Conseils ouvriers. Le gouvernement a sans doute fait d'énormes concessions corporatives comme le laissent entendre ses plumitifs, mais les prolétaires n'ont pas plus confiance dans ce gouvernement que dans les divers partis politiques. Malheureusement, aucun groupe révolutionnaire n’est présent aux côtés des grévistes en France (où il n’en existe plus hélas) pour défendre cette alternative. Seuls les clowns trotskiens, au programme classique néo-stalinien, LO et LCR ont apporté leur soutien de cuistres à la grève ; la LCR sabordant son projet précipité de nouveau parti au nom tarte (Résistance sociale) et laissant le soin au petit pois lambertiste de se ridiculiser avec ses deux ou trois maires de villages par l’annonce de la fondation façon « poupées russes » d’une autre momie du PT, le POI (parti ouvrier indépendant) ; le poujadisme trotskien qui se rit du suivisme syndical et social-démocrate des LO-LCR, pompe à vélo de la gauche bourgeoise dégonflée.

Il est à prévoir pourtant, plus modestement dans l’immédiat, que la journée de mardi 20 novembre ne serve qu’à faire jouer le rôle de pompier à la traditionnelle journée d’action des fonctionnaires ces autres « privilégiés » que l’Etat bourgeois daube tout autant que le dangereux dernier carré des intraitables.

Tôt ou tard se posera la question de la tenue de véritables assemblées de travailleurs sur les questions politiques et sociales insolubles dans le cadre étriqué de l’Etat bourgeois français.

NOTA BENE : A Toulouse, à l'initiative d'un comité inter-luttes est appelé pour mardi 20 novembre à 17H pour la première fois depuis la fin des années 1970, à une ASSEMBLEE GENERALE DANS LA RUE DE TOUS LES TRAVAILLEURS! Bravo à ce comité. Il faut reprendre cette idée partout ailleurs, sans se faire d'illusions vu la précipitation du gouvernement et des syndicats, apeurés par le niveau de combativité qui se confirme depuis la grève à Air France (et aussi en Allemagne et en Finlande).

(à suivre…)

mercredi 14 novembre 2007

NEWS FROM France

Pour les lecteurs internationaux de ce blog je vais fournir les éléments de compréhension de l’actuelle agitation sociale très médiatisée et trop bien orchestrée pour être honnête. Ne rêvez pas, y a pas un nouveau mai 68 à l’horizon. Vous lirez ci-dessous le tract distribué le 14 novembre à 16 heures à la manifestation parisienne de Montparnasse à la Gare d’Austerlitz.

La fumée des fumigènes des cheminots ne cachait pas très longtemps une manifestation très clairsemée. Le personnel d’encadrement syndical SNCF-RATP-EDF de la CGT en constituait le gros de la troupe.

La grève, dans la façon dont elle a été torpillée par les médias (sans oublier l’absence de transports en commun) a eu l’effet escompté de faire baisser le nombre des grévistes et donc de priver la manif à Paris de manifestants « suivistes », ce qui ne semble pas avoir été autant le cas en province, mais la province compte toujours pour du beurre en France.

Morne très morne manifestation. J’ai diffusé ce tract aux ouvriers qui ne se promenaient pas bière en main, aux chefs syndicaux des services publics qui me connaissent et même à Arlette Laguiller. Des quelques discussions que j’ai pu mener il ressortait une relative lucidité et un grand désarroi, même de la part des chefs syndicaux CGT qui piquaient du nez lorsque j’évoquais la piteuse reculade de leur secrétaire général. J’ai expliqué à un groupe de jeunes apprentis journalistes que l’échec du dernier carré des « régimes spéciaux » ne sera pas grave en soi mais contribuera à renchérir les enjeux lors des prochaines attaques. Ils acquiescèrent à mon raisonnement.

Aucun tract ne valait le moindre intérêt, excepté celui que vous allez lire bien sûr. Tracts indigents du PCF et de la CGT. Tract débile du CCI (lambertiste). Tract stupide du nouveau parti de Besancenot, et oui le voilou le nouveau cafard trotskien que je vous livre en primeur: « Résistance sociale », ils ne pouvaient pas trouver un titre plus navrant, plus pleutre, à moins que ce soit leur clin d’œil à Guy Môquet ? A la queue des syndicats menteurs, l’ex-LCR titrait : « Toutes et tous ensemble, c’est le moment ! » Ouaf ouaf! Pas un groupe révolutionnaire n’était présent.

En queue de manif… les petits cons, nos anars étudiants emmenés par les louches abrutis de la CNT refusaient le moindre tract – le temps étant à l’action décervelée – tronches butées, avançant vers une quelconque bagarre de rue avec les CRS ; là n’est pas l’avant-garde de l’avenir mais un des viviers des petits bourges mécontents que leurs études ne débouchent pas à coup sûr sur des fonctions d’encadrement.

Au soir du premier jour de la grève tant annoncée et tant essorée avant accouchement, les médias vomissent leur lot d’usagers mécontents et radotent les mêmes trois arguments dénoncés dans notre tract. Le scénario de sabotage décrit dans le tract est immédiatement confirmé au 20 heures : la CFDT de la RATP lâche les grévistes et appelle à la reprise du travail pour le lendemain. Le pourri en embuscade du spectacle surgit sur FR3. F.Chérèque, grand manitou du principal syndicat français, bafouillant, aggrave son cas en précisant que la CFDT appelle aussi à la reprise à EDF comme à la RATP, mais pas à la SNCF parce que « les gars ont pas encore eu toutes les informations du ministre ». Chérèque s’est mué en effet en petit télégraphiste du ministre Bertrand. Lorsque la journaliste lui demande si la grève des fonctionnaires rejoindra celle des cheminots, indignation du bonze : « on veut pas mélanger tout, les fonctionnaires ont leurs problèmes et on veut pas d’un mouvement général qui serait forcément politique ! ». Eteignez la télé.

Gouvernement et syndicats veulent en faire bouffer de la vache enragée aux prolétaires qui veulent en découdre. Le problème n’est pas là pour l’essentiel. Les maîtres de l’Etat sont des salauds, aucun prolétaire ne l’ignore. L’heure, triste et exaspérante, est à la compréhension qu’il va falloir rentrer dedans ceux qui ont prétendu parler au nom des travailleurs en les humiliant entreprise par entreprise. La leçon ne sera pas de simplement déchirer les cartes syndicales, mais de passer par-dessus le syndicalisme et d’imposer la décision de véritables assemblées délibératives de travailleurs en lutte ?

UNE GREVE TRES SPECIALE

« Le gouvernement nous demande de faire grève »

Chérèque (bonze CFDT, début novembre en aparté aux journalistes)

Rarement la propagandastaffel se sera autant moqué de la classe ouvrière. Sur les 200 chaînes de télé multicolores et multimusicales, le même discours a été rabâché depuis des mois : la remise en cause des régimes de retraite est inévitable, il faut désendetter l’Etat, faire cesser les privilèges de quelques gros bonnets du service public. Etait-il question de revoir à la baisse l’honorable indemnité récemment attribuée à tout député non réélu : 5177,66 euros par mois pendant 5 ans sans avoir à justifier d’une recherche d’emploi auprès d’une quelconque ANPE ? Ou du salaire de milliardaire du blaireau président ? Etait-il question d’araser les lourdes retraites des cadres supérieurs et moyens, des magistrats et des flics qui creusent le déficit ?

Que nenni, dans le collimateur des ministres et des journalistes, ces salopards de conducteurs de train, de métro et de singes des poteaux électriques qui partent en retraite à 55 ans. On va leur coller 5 années supplémentaires de travail de merde, et encore ce n’est qu’un début, après on leur en collera 7 de plus comme en Allemagne…

Le feuilleton de la propagandastaffel s’est basé sur le scénario électoral incluant au premier plan les acteurs syndicaux membres du staff gouvernemental. Un premier épisode fût mis en scène le 18 octobre. L’épisode devait conditionner la suite du feuilleton. Comme les figurants travailleurs étaient très enthousiastes, le simulacre de grève faillit ne pas en être un. Tout fût réalisé de façon à doucher l’enthousiasme : divisions syndicales savamment mises dans les décors, menaces contre les ouvriers qui voulaient prolonger, et suspense-suspension promis par la perspective d’un nouveau simulacre un mois plus tard.

Si l’on veut comprendre pourquoi le nouveau simulacre emmène les travailleurs grévistes dans le mur il faut bien mesurer que la dynamique du 18 octobre est cassée. Elle est cassée à la fois chez les grévistes d’alors et les usagers qui n’ont pas compris que, après avoir majoritairement repris le travail, les syndicats flics de la RATP aient continué à bloquer des rames, comme ils avaient obligé par des menaces de voyous les ouvriers rétifs à leurs caprices de laquais de l’Etat en milieu ouvrier.

On se rappelle du fameux sondage qui révélait que plus de 70% des français considèrent les médias comme vendus au pouvoir, mais personne n’a réalisé un sondage sur la confiance des ouvriers dans les syndicats, et pour cause, elle est nulle, pas besoin de sondage pour le mesurer.

Voyons maintenant l’épisode suivant. Le 13 au soir, les deux principaux vecteurs de la propagandastaffel, TF1 et France 2 (la 2e au cas où vous échapperiez à la 1ère, ou tous les autres mégaphones comme i-télé, BFM, etc.) allument le feu d’artifices projeté :

- PPDA alléchant: « …à quelques heures du début des grèves… »

- Pujadas suave : « une grève qui va durer… »

Quasiment en temps réel toutes les autres chaînes de l’aliénation politique organisée exhibent des débats autour des icônes « durcissement ou pourrissement ». Que vous zappiez sur l’une ou sur l’autre, trois arguments sont martelés par les protagonistes, caniches de Sarkozy ou caniches de la gauche caviar :

- les « français », majoritairement, ne veulent pas que le gouvernement cède !

- le gouvernement n’a pas peur mais ne veut pas du pourrissement et négocie nuit et jour dans les bureaux gouvernementaux et dans les chiottes avec les partenaires syndicaux !

- un thème est « unificateur » selon la valetaille d’Etat, le pouvoir d’achat, le vrai problème n’est pas l’ajustement des retraites mais la « souffrance » du pouvoir d’achat… (ou pouvoir d’achat en souffrance ?).

LES SONDAGES : MOYEN DE CONDITIONNER L’OPINION CETTE CONNE ET METHODE DE GOUVERNEMENT SANS VERGOGNE

Sur le premier argument répété jusqu’à plus soif, remarquons d’abord que c’est une première dans l’histoire des Etats bourgeois où on apprend que l’opinion publique dicte sa loi au gouvernement. La trouvaille vaut son pesant de cacahuètes si l’on suit les serviles et ridicules sondages divers :

- le 13 au matin, 55% des français « soutiennent l’Elysée et Matignon » mais 44% sont pour la grève (les chiffres peuvent paraître honorables), et le folklore étudiant « anti-privatisation » vient compléter le décor pour faire mouvement à risque « subversif » alors qu’il n’est que supputatif ! On se fiche que l’université soit privatisée ou nationalisée, de toute manière elle exclut systématiquement les enfants d’ouvriers. Les anars étudiants se voient pour l’heure brièvement sponsorisés d’un 49% pour et 38% contre (on remarque le subtil 49% qui évite de peu un chiffre majoritaire et le parallèle des deux sondages où le second est plus sympa pour les potaches qui ne vont pas tarder à être criminalisés à leur tour).

- Dans la journée, cela s’accélère, un vrai tourbillon de sondages, ce n’est plus « gagner la bataille de l’opinion » mais écraser l’opinion des désirs du gouvernement bourgeois ! Libé commença modeste : 59% contre la grève. En Une de « 20 minutes » le 14, on trouve encore un 58% contre (Fournisseur : l’Express, financé par la CIA) mais avec un petit supplément ces 58% « ne veulent pas que le gouvernement cède ». Les sondeurs savent fabriquer les questions mieux que leurs collègues des RG ! La surenchère du Figaro (financé par l’industrie d’armement) porte le sondage à 71% contre, mais se ridiculise aussitôt en précisant que 69% trouvent la grève justifiée : 71+39=110, preuve que les sondages sont truqués et que ces imbéciles de journalistes ne savent même pas le maquiller !


LA GREVE RIDICULISEE AU NIVEAU D’UN MATCH DE FOOTBALL AMICAL

Innovation informative jamais vue: l’homme-tronc du 20 heures ou les caniches des sous-télé de la TNT débattent sur la grève virtuelle alors qu’elle n’a même pas encore eu lieu ni affiché le niveau du rapport des forces entre figurants ouvriers cornaqués par les flics syndicalistes et leurs maîtres ministériels. Le sous-fifre Fillon s’était invité chez PPDA pour assurer qu’avec les syndicats il pensait déjà à comment faire cesser une grève qui n’avait pas commencée (« nous ne sommes qu’à la 9ème minute du match »). Jamais une grève n’a fait l’objet d’autant de supputations et de débats d’anticipation. Tous ces plumitifs et phraseurs de plateau télé qui ne se déplacent qu’en taxi sont angoissés pour les millions d’ « otages » du métro, même Flanby Hollande prie que les ouvriers arrêtent la grève qu’ils n’ont pas commencé pour « négocier entreprises par entreprises ».

Ces clowns qui rivalisent de servilité sur le courage du gouvernement bombardé « exécutant de l’opinion publique » sont si minables qu’on éteint le poste.

Autre innovation jamais vue: réception fissa des pontes des entreprises publiques par le président soi-même. La réunion d’état-major de guerre contre une armée aux munitions déjà mouillées, débouche au matin par la voix d’AM Idrac, pontifette de la SNCF : « Pas d’autre issue que la négociation à l’intérieur de l’entreprise (…) la CGT accepte enfin de négocier pour répondre aux questions des cheminots qui ne sont pas les mêmes que celles de la RATP ». Voici un langage responsable, touchant et doux aux oreilles des « partenaires sociaux ». Personne ne songera à reprocher aux grands patrons et aux grands syndicats de militer pour l’union de la classe travailleuse ! L’art est dans la manière : les syndicats ont soigneusement éloignée la journée d’action des fonctionnaires au 20 novembre, sans doute pour éviter l’effet boule de neige avec le refroidissement précoce de l’hiver pour que les travailleurs espèrent plus dans le père Noël que dans une lutte mort-née car trop semée d’embûches.

Après « le football aux footballeurs » surgit par Thibault interposé, la fable des négociations tripartites dont les travailleurs sont les dindons de la farce. La grève annoncée, planifiée, corsetée, dénigrée n’est pas rythmée par le poumon des assemblées générales et les rencontres inter-entreprises, mais dépendante des conciliabules secrets des appareils gouvernementaux des « partenaires sociaux » étrangers au prolétariat. Autant dire qu’elle est ficelée comme une momie égyptienne.

LA SOUFFRANCE DU POUVOIR D’ACHAT OU LE POUVOIR DE NUIRE

Troisième argument gouvernemental donc, répercuté par les médias, ce nouveau concept à pisser de rire est la traduction journalistique du blabla du candidat Sarkozy « travailler plus pour gagner plus » (sur i-télé). Nul doute que le « pouvoir d’achat » a diminué dans la crise économique continue, mais le pouvoir de qui, de quoi ? Il n’y a pas de « pouvoir » d’achat pour les travailleurs mais une simple « possibilité » d’achat. Et surtout il n’est pas question de ce truc vague pour la grève ! Faire allusion au pouvoir d’achat comme principal problème non pas des ouvriers mais des « français » est la manière misérable du gouvernement et ses sous-fifres plumitifs pour tenter de détourner l’attention : en criminalisant les travailleurs qui ont encore un statut particulier, dont on ne rappelle jamais en quoi il était et reste mérité, en faisant passer leur cas pour privilégié, on divise l’ensemble du monde ouvrier, et on obscurcit que l’attaque contre « tous » n’en est qu’à ses débuts, et que la réussite de cette attaque conditionne les suivantes…. En 2008 TOUT LE MONDE PASSERA A 41 ANNUITES !

L’attaque vicieuse du gouvernement Sarkozy et de ses officines syndicales accréditées n’est pourtant pas assurée de gagner haut la main durcie ou pourrie. L’Etat bourgeois, dans la longue bataille pour défaire paquet par paquet le prolétariat, ne progresse que par palier que tous les dix ans : en 1993 le maître de Sarko Balladur fait passer le privé de 37,5 annuités à 40, en 1995 Juppé se plante, en 2003 Raffarin fait passer à son tour les fonctionnaires à 40, baisant aussi ces pauvres flics et militaires, mais sans les « régimes spéciaux » trop dangereux.

C’est d’ailleurs pour cette dernière raison que l’attaque contre le dernier carré épargné en 2003 a été si minutieusement préparée entre « partenaires sociaux », tout comme est déjà ultra sabotée une possibilité pour les travailleurs les plus déterminés à ruer dans les brancards dans une éventuelle prolongation non sportive. Les vigiles syndicales sont placées à tous les degrés de réactions d’insubordination : la présence du principal syndicat collaborateur dans l’outre intersyndicale garantit que la CFDT ne jouera pas la grève reconductible, paralysera les excités de Sud-rail et évitera à la CGT d’être débordée. Dans la répartition des rôles du simulacre de grève nationale, la CGT, qui manifeste depuis le début du scénario un souci pointilleux de ne pas jeter d’huile sur le feu, n’a jamais demandé le retrait du plan Sarkozy contrairement à celui de Juppé en 1995 ! Cela devrait favoriser aussi le départ d’un nombre important de cotisants rejoignant ceux qui ont déchirés leur carte le 18 octobre.

Inutile de croire que l’Etat mafieux et ses syndicats voudront d’une façon ou d’une autre prendre en considération l’avis et la vie des exploités, lui qui se flatte tant de si bien les diviser, il n’est qu’une manière de lui rendre la pareille, c’est de le renverser, certainement pas aujourd’hui après autant de violences et d’ignominies contre la dignité de classe, ni demain, parce qu’il faudra panser les plaies, mais après-demain sûrement !

(SUPPLEMENT AU PROLETARIAT UNIVERSEL N°163)

lundi 12 novembre 2007

AGITATION SECOURISTE POUR LES SANS-PAPIERS

ET CRIMINALISATION DU PROLETARIAT

La perspective d’une autre société succédant au capitalisme ne se réalisera pas par des appels à la raison, ni par la propagation d’une doctrine morale, ni par la seule proclamation d’un régime social nouveau. Pour se concrétiser cette perspective dépend d’une catastrophe planétaire relayée par le combat victorieux des opprimés contre leurs oppresseurs.

La catastrophe, au long terme, nous la vivons déjà, non du seul fait des guerres, des attentats, de la famine, mais par l’éjection de la production de millions de « bouches inutiles » : chômage massif dans les pays industrialisés plus ou moins déguisé sous des politiques hypocrites d’assistance, présentées comme telles pour gérer la misère au seuil de l’émeute, mais surtout phénomène migratoire généralisé à un niveau inconnu jusque là par l’humanité ? et que le capitalisme est incapable de résoudre, d’assimiler, d’intégrer, de réguler, d’ordonner, en un mot de digérer. Ce ne sont pas des pauvres hères qui frappent à la porte de l’Occident richissime, c’est le prolétariat comme un tout qui est devenu inflationniste et qui demande des comptes et qui tend à faire éclater la bien pensance. Ce prolétariat si nié comme tel, si méprisé par les hiérarques politiques de la bourgeoisie, tant enterré sous les décombres de mille mystifications, voilà qu’il ressurgit en haillons, sans chaussures et qu’il se faufile partout pour réclamer sa place au soleil même s’il ne peut toujours pas, pas encore, faire imploser le régime planétaire d’exploitation et de coercition. Voici que la Chine détergente fait reposer une partie de ses énormes bénéfices sur l'exploitation des enfants de prolétaires en bas âge. Voici que le néo-colonialisme humanitaire, ces nouveaux moines du capitalisme décadent, prétend "adopter" les enfants du prolétariat d'Afrique comme l'ont démystifié par devers eux les membres de la secte Arche de Zoé dans un rapt illégal plus ou moins patronné par le gouvernement et leur inspirateur le french doctor Kouchner. Le capitalisme décadent se caractérise décidément de plus en plus comme au temps de sa jeunesse industrielle au XIXe siècle par une horreur industrielle et le règne de l'inhumanité. Ni nouvelle jeunesse pourtant ni ouverture d'une ère séculaire de prospérité, le capitalisme ne court pas en arrière mais dans tous les sens vers la catastrophe planétaire.

Un ouvrage réalisé par une mouvance anarchiste – « Politiques migratoires, grandes et petites manœuvres » (édité en 2005) – nous a fortement intéressé, plus par les questions qu’il pose, mais interrogé sur son irréalisme de fond et l’absence de claire perspective politique qui le caractérise :

« A la croisée de logiques économiques et de l’affinement du « contrôle social », les politiques migratoires contemporaines nous concernent donc autrement que d’un point de vue altruiste : elles méritent une réponse politique sur ces deux terrains. L’exigence de liberté de circulation et d’installation (en n’entendant pas « liberté » comme un « droit » à négocier) nécessite une remise en cause claire de l’ordre libéral et de l’Etat-nation, qui, rappelons-le, ne sont pas des fatalités » (introduction).

Posées d’emblée, les libertés de circulation et d’installation font figure de revendications d’une virtuelle et invraisemblable liberté de sortir de la prison du capitalisme sans passer par sa destruction. On commence par affirmer quelque chose qui n’est pas tangible pour en démontrer la validité. On pose donc à l’envers le problème.

Grave carence, on ne trouve aucune explication préliminaire du rôle de la nation dans le développement de l’industrie capitaliste. De plus on plaque les pratiques actuelles du capitalisme décadent dès le milieu de XIXe siècle en tant que « restriction des mouvements de personnes ». Or cela est faux historiquement. L’Etat-nation ne restreint pas en soi le mouvement des populations au moment de son développement, il vise surtout à sédentariser les nouveaux esclaves salariés, quelle que soit leur origine nationale ou ethnique, à les fixer dans des unités de production. Par exemple, pour la mine, les patrons des charbonnages président à la constitution de cités avec jardinets ouvriers pour garder les exploités près du lieu de travail. Il n’est jamais dit que le capitalisme a encore besoin de sédentariser une grande partie des prolétaires à condition de rendre intenable et aléatoire la situation d’autres prolétaires. Opposer le prolétaire sédentaire au prolétaire postulant au droit de vivre, telle est bien le mode de vie sordide imposé par la bourgeoisie.

C’est seulement au début du XXe siècle, peu après la guerre de 1914, que des nations montantes comme les Etats-Unis ralentissent, mais ne suppriment jamais les mouvements d’immigration. Le mouvement de migration interne et externe est le propre de la classe ouvrière. Dès le XIXe siècle, socialistes et anarchistes pouvaient constater que le prolétariat n’a pas de patrie. Aucun pays capitaliste ne peut mettre fin à ce flux mondial, sous peine de péricliter. C’est un peu comme si on prenait pour argent comptant l’ânerie du Trotsky des années 1930 selon lequel les forces productives avaient cessé de croître. L’immigration massive ne cesse jamais. Parallèlement, le vieux capitalisme moderne n’a pas l’exclusivité de la barbarie de milliers de morts noyés au large des côtes européennes. La livraison des noirs d’Afrique au Nouveau monde et le massacre des Indiens avait déjà révélé la monstruosité de la conquête du monde capitaliste.

En raisonnant sur le passé à partir du présent, on peut enfoncer la porte ouverte que nous venons de signaler : « les Etats-nations (qui) privilégient leurs citoyens et leurs populations sédentaires au détriment des migrants, à qui sont réservés discriminations et exclusions » (p.15).

Outre que le qualificatif de citoyen passe à la trappe les classes sociales antagonistes, cela revient à dire que les peuples de travailleurs des pays riches seraient plus favorisés et non concernés par discriminations et exclusions. Il y a là un paradoxe avec l’affirmation centrale de l’ouvrage, et de ses rédacteurs divers, qui assure que « l’immigration est le laboratoire de mesures qui nous frappent tous et toutes dans notre quotidien » (texte de La mouette enragée, p.139), ou encore : « le sans-papiers figure aujourd’hui et pour les périodes à venir des conditions générales du salariat » (p.145). Pas vraiment, heureusement ! Ou alors il faudrait croire que la révolution possible serait issue d’une misère absolue, ce qui n’est jamais le cas car il n’y a jamais paupérisation absolue de toutes les classes opprimées, le système entretient systématiquement les divisions de tout ordre.

De deux choses l’une : ou on peut considérer que la précarité et l’incertitude du lendemain sont la propre de tous les prolétaires, « de souche » et immigrants, ou on aboutit à culpabiliser les autochtones en les rangeant dans une situation improbable de « privilégiés ».

Le phénomène de transhumance du monde du travail n’est pas simplement international, il est aussi national. Il existe aussi des immigrés autochtones de l’intérieur : tant de prolétaires ont dû, dans chaque pays, à chaque époque, abandonner région et famille pour trouver du travail dans les grandes agglomérations industrielles. Le capitalisme arrache le prolétaire à sa campagne, à sa région, à sa communauté originelle. Cette tendance initiale dans chaque nation a bien sûr pris une envergure internationale face au cadavre ambulant de la nation depuis la césure de 1914. Il n’est pas négatif en soi mais ferment d’évolution, et de sortie de l’aliénation agricole et villageoise. Le prolétariat mondial n’a jamais été constitué de prolétaires de souche mais de toutes les nationalités dans leur diversité culturelle et humaine.

Parallèlement, la bourgeoisie a constamment joué des rivalités entre prolétaires sédentarisés de force depuis le Moyen âge et nouveaux arrivants. Au début du XXe siècle, des grèves et des bagarres étaient courantes en milieu ouvrier, non par la théorie raciste intemporelle de la gauche caviar et de ses succédanés œufs de lump gauchiste, mais pour s’opposer à des concurrents qui faisaient baisser les salaires. L’hostilité et le long mépris persistant pour les femmes tenues à l’écart de la vie politique étaient du même ordre. Les femmes furent prolétarisées par devers les prolétaires masculins, enrégimentées en usine massivement dans les conditions de la guerre mondiale pour suppléer au fort taux de massacres masculins.

La fin des colonies n’a signifié ni développement de l’industrie dans les pays périphériques ni volonté d’éradiquer la pauvreté des zones féodales maintenues. Le maintien de la pauvreté dans les anciennes colonies, avec une jeune bourgeoisie qui s’arrogea par endroit à son tour le pillage des réserves naturelles, constitue depuis lors une réserve inépuisable de main d’œuvre, qui, devint cependant inflationniste. L’immense armée de réserve moderne est caractérisée implicitement comme « bouches inutiles ». Cette idée reçue qui exempte de toute responsabilité le capitalisme dans son maintien « involontaire » du « fléau » des inégalités et de la misère absolue, trouve son pendant et son appui dans la théorie gauchiste radotée depuis un demi-siècle, les minorités opprimées considérées comme avant-garde:

« Par le passé comme aujourd’hui, les migrants et les minorités ont souvent été à l’avant-garde des luttes contre les injustices. Au cœur de l’expérience migratoire, il y a la question sociale et les migrants représentent dans une certaine mesure un prolétariat mondial en mouvement. Dans ce sens, les migrations peuvent être interprétées comme une forme de « mouvement social pour la justice sociale mondiale » (Jordan & Düvell, 2003) (p.18).

La « justice sociale mondiale », voilà bien une baudruche typique des sociologues hermétiques à la lutte des classes, et sur lesquels s’appuient nos rédacteurs anarchistes, à défaut d’une vision claire de l’être du prolétariat mondial. Qu’entend-on par « luttes contre les injustices » ? S’il s’agit de grèves contre les abus du patronat ou la répression de l’Etat, on compte nombreux d’immigrés italiens, espagnols, etc., en tête des combats de la classe ouvrière, non plus comme « migrants » mais comme « résidents » dans la région ou l’usine où ils subissaient l’exploitation comme les autochtones nationaux. Les injustices sont nombreuses, diverses et ne relèvent pas toute du social, de la politique ou de l’exigence de « papiers en règle ». Il existe des injustices dans toutes les classes. Il est des injustices qui ne nous concernent pas, dans la compétition entre hiérarques bourgeois par exemple ou de la part d’un mauvais arbitre de match de football. Le mot injustice n’explique rien et ne peut pas être un mot d’ordre de ralliement pour une classe en lutte. Injustice par rapport à quoi ?

L’injustice ne commence-t-elle pas par le fait d’être obligé de travailler pour vivre avec un salaire misérable ?

Combattre « l’injustice » indifférenciée n’est-ce pas encore masquer ou illusionner sur la marche même du capitalisme ? Avec une utopique « complète libéralisation des flux de personnes » (p.21), si chaque migrant obtenait une carte d’identité nationale, cela résoudrait-il le problème du chômage, de l’exploitation au rabais ?

UNE CRITIQUE PARTIELLE QUI FINIT PAR ETRE COMPLICE

La libéralisation des flux de personnes apparaît ici comme une raillerie. La prison mondiale capitaliste crée au contraire chaque jour de nouvelles cellules, de nouveaux micro-Etats extrêmement policés, avec éventuellement le concept d’Euro-régions, pour masquer encore la continuité de l’Etat-nation sous un grand ensemble. Le « monde sans frontières » n’est pas du tout au programme du capitalisme, concède l’ouvrage (p.21) :

« Les économies de marché ont tout intérêt à entretenir des divisions sociales et géographiques à travers des différenciations genrées, raciales et territoriales de l’humanité. Les frontières, réelles ou imaginaires, sont essentielles à l’ordre économique mondial (…) La libre circulation n’existe que pour les élites mondiales » (p.22). Et aussi : « …seuls quelques migrants pourront bénéficier de mesures d’intégration, quand la plupart subiront des mesures d’éloignement » (p.26).

Malgré une longue description des diverses et contradictoires politiques migratoires des Etats les plus puissants depuis la guerre, l’ouvrage ne nous démontre pas en quoi la situation de l’immigré pourrait être le fer de lance de la « révolution sociale ».

Dans « l’effort de déterritorialisation de la production que représente la mondialisation », la prison capitaliste est vue simplement au niveau du cadre national et la classe ouvrière employée considérée comme principale prisonnière : « … les Etats-nations, les usines et les bureaux sont devenus des prisons sociales à l’intérieur desquelles des luttes ont été constamment menées pour les salaires, le temps de travail et les droits des travailleurs ».

Le reproche est implicite, mais il stigmatise tout de même un enfermement… corporatiste, d’où toute problématique de société mondiale semble absent, et aussi, c’est clair, que des luttes salariales autochtones n’est jamais sortie pas une révolution.

Autre conception floue, et aussi idée reçue : « le capital s’est déplacé vers les aires productives du Tiers-monde ». Le capital reste pourtant, avec son savoir-faire, essentiellement dans les grandes et anciennes métropoles de son apogée. S’il délocalise, c’est tout à fait partiellement. Les principales unités productives restent en son sein (ingénierie, matière grise, etc. cf. l’échec de l’implantation des informaticiens indous). Le flux de main d’œuvre reste de la périphérie vers le centre, comme les profits additionnels. Il n’y a pas délocalisation des centres du vieux capitalisme.

Pour conforter la théorie gauchiste de l’avant-garde immigrée, on va nous chercher dans les élucubrations du management (où et lesquelles ?) que « les migrations sont devenues synonymes d’une forme spécifique de lutte de classes en amont ». En amont les immigrés, en aval la classe ouvrière sédentaire ? Cette dernière est-elle vouée à plonger en arrière vers ceux qui sont en amont, et ceux en aval se déplaceraient donc pour rien, dans un mirifique espoir d’échapper à la pauvreté ?

La partie des prolétaires immigrés est certainement à l’amont de la misère, mais cette condition ne leur permet pas de rattraper le chemin parcouru pourtant avec ceux qui sont en aval. Pour la simple raison que ce combat pour se faire adopter, assimiler ou intégrer est par nature conservateur. Dans la lutte frénétique des places, en queue de Préfecture, il n’y a pas pire division des prolétaires apatrides face aux arrogants fonctionnaires d’Etat-nation, que la concurrence entre races ou nationalités différentes, et avec les assistantes sociales gauchistes qui gigotent autour quand cela les démangent.

Le capitalisme a un besoin frénétique de travailleurs sans papiers. Son rêve absolu ne peut pas déboucher sur tous les travailleurs transformés en esclaves sans papiers apeurés, au risque de s’effondrer immédiatement. Le capitalisme a besoin des économies parallèles ; Berlusconi avait affirmé l’utilité du « travail au noir ». Il en a besoin pour les activités non délocalisées au service du corps des maîtres : travail domestique, sexuel, travaux du bâtiment, des soins gériatriques. Le travail de proximité de type domestique n’est pas une spécialité importée du tiers-monde. Ces tâches, même exécutées par des autochtones ou des immigrés européens, ont toujours été peu ou prou maintenues en lisière des droits sociaux. Des intellectuels de gauche tiers-mondistes ou des vedettes au cœur altruiste emploient des femmes de ménage hors de toute réglementation ; elles sont taillables et corvéables à merci et le syndicat des concierges n’y peut rien.

L’utilisation du terme « déportation » appliqué aux expulsions d’immigrés, révèle un fond de gauche antifasciste certes, mais inopérant parce que ce concept appartenait à une pratique en temps de guerre mondiale (aussi stupide que le fameux CRS = SS). C’est un déni historique stupide que de mettre sur le même plan la déportation des juifs et l’expulsion d’immigrés, et cela ne peut que servir à alimenter l’idéologie néo-fasciste des intégristes musulmaniaques, accessoires dans la tragédie mondiale de la misère. Les puissances démocratiques sont odieuses mais ne sont pas fascistes ; elles sont en tout cas plus intelligentes et plus perverses que le fascisme disparu.

Après toute cette série d’idées reçues sur les migrations, sans analyse méthodique du phénomène de prolétarisation constant, les nouveaux « nomades » sont haussés au rang de quasi révolutionnaires anti-capitalistes : « Les (travailleurs) nomades transgressent constamment les frontières géographiques, culturelles et philosophiques, mettant à rude épreuve toute tentative de définition d’un ordre stable. Le capital se trouve dans un cercle vicieux qui le contraint à affronter les stratégies tantôt de la protestation (voice), tantôt celle de la migration (exit), et souvent les deux à la fois » (p.39). Qu’en termes pédants les choses sont dites ! Plus navrant, cette mouvance en appelle entre les lignes à un vrai capitalisme libéral, tolérant pour les prolétaires en transit. Ils agitent le chiffon de papier d’un capitalisme à visage humain, ce qui est bien la meilleure manière de faire croire à « l’étranger » qu’il y a encore des partisans du droit d’asile dans la nation excluante ou des bonnes pommes prêts à servir de porteurs d’eau aux passeurs.

ET ON DEBOUCHE DANS QUELLE PRATIQUE ?

Les anarchistes italiens, convoqués à la barre du tribunal révolutionnaire improvisé, se trompent eux aussi d’époque, et combattent à leur façon l’hitlérisme que signifieraient les expulsions. Il n’est question que de nouveaux « collabos » qui s’enrichissent des « rafles », de la « captivité » et des « déportations ». On égratigne au passage, fort justement, des organismes, dont la plupart du temps, les quelques cercles anarchistes de soutien aux sans-papiers ne sont que la queue ou l’aile contestataire ponctuelle : « Aux côtés des militaires et de la police travaillent des centaines d’organisations non-gouvernementales qui se gardent bien de dénoncer les causes des désastres dans lesquels elles interviennent. Il suffit de penser que l’ensemble des ONG représentent la septième puissance économique mondiale ».

On se félicite qu’il y ait « mille pratiques qui peuvent être réalisées contre les expulsions », avec comme point d’orgue à l’été 2005, le « camping antiraciste en Sicile » !

Il ne s’agit plus dès lors d’une « forme spécifique de lutte de classes » contrairement à ce que nous affirmait l’intro, mais de la protestation d’une petite bourgeoisie intellectuelle, flouée des agapes républicaines, contre le racisme présumé du capitalisme. Celui-ci n’est pas du tout raciste (au sens excluant) quand il s’agit de faire venir une main d’œuvre indifférenciée. Le principal scandale demeure en premier lieu l’exploitation sous toutes ses formes. Rejoignant le discours vertueux des Etats dits démocratiques, la palabre antiraciste vient là pour culpabiliser la classe ouvrière sédentaire présumée xénophobe pour son inquiétude face à l’arrivée d’autres prolétaires qui font baisser les salaires à leur tour involontairement, et surtout qui viennent au bout du compte gonfler les chiffres du chômage et des aides sociales.

Le capital ne pourra jamais précariser totalement l’ensemble de la classe ouvrière, il a besoin de travailleurs fixés, comme le disait d’ailleurs à un moment l’intro : « la mobilité du capital ne fonctionne que dans la mesure où les travailleurs sont contraints à l’immobilité ». Il y a une sous-estimation de cette tendance du capital à fixer les travailleurs exportés ou importés. En 1974, cette tendance s’est affirmée avec Giscard d’Estaing et la politique de regroupement familial. Jusque là, par exemple, les travailleurs algériens venaient seuls travailler deux ou trois ans pour amasser un pécule et retourner au pays en échange du remplacement par un cousin. Cela n’était pas suffisant pour les besoins gloutons du Capital. Il fût plus opérant, sans considérations humanitaires de faire venir femmes et enfants, pour s’assurer de l’immobilité territoriale de ces travailleurs et profiter de leur reproduction sexuelle, qui généra par contre l’effet pervers du chômage et de la révolte pour les deuxième et troisième générations. C’est pour cela que le système a, peu à peu, de manière opaque, patronné totalement le système de la non-régularisation pour rendre absolument dépendants et fragiles des travailleurs destinés à être jetés après usage et qu’avec l’actuel président de la République il n’est plus question que de faire venir des immigrés « célibataires ». Parallèlement, la confrérie musulmane manifeste un appui inconditionnel aux principaux Etats démocratiques en ce qu’elle conforte « communautairement » cette fragilité et cette précarité juridique face à une classe ouvrière multi-ethnique fixée, majoritairement athée et dont les enfants ont « les pieds dans la précarité économique et la tête dans l’univers culturel des classes moyennes » (Robert Castel, p.37)

A la même époque, les Etats-Unis, après la simili défaite au Vietnam, se sont fait les champions de l’aide à ceux qu’on nommait à l’époque « réfugiés ». La guerre avait non seulement donné un coup de fouet positif à l’économie US pour sortir du krach de 1974-75, mais aussi lui permit de tirer tout le parti économique et politique des migrants fuyant la dictature stalinienne appuyée par les gauchistes antiracistes du monde entier. L’exode vietnamien des boat-people, avec peut-être plus de gens qu’au large des côtes d’Afrique de nos jours, qui périrent en mer, concerna 1,5 millions de personnes sur une période de quinze années, dont 55% furent reçus aux Etats-Unis, 18% au Canada, 12% au Royaume-Uni et 1,5% en France.

Un bateau qui coulait avec femmes et enfants, cela faisait appel à la solidarité humaine bien consentie bien que tout bénéfice politiquement pour le bloc US contre le bloc « communiste » !

Il reste encore des millions de réfugiés parqués dans des camps dans le monde entier dont l’industrie capitaliste n’a pas besoin et dont même une révolution communiste dans plusieurs pays ne pourrait pas accueillir la misère.

Le capitalisme a généré une misère gigantesque du fait de son impéritie, du fait de sa nature destructrice, c’est pour cela qu’il est comique de voir des anarchistes se battre au souvenir et au nom de ce que fût, au beau temps du libre-échangisme, le droit d’asile. La bourgeoisie a beau jeu, dans chaque aire nationale, de stipendier les « envahisseurs », c’est un moyen, non raciste en soi, d’écluser la responsabilité de l’ensemble de son système et son incapacité en effet à « absorber toute la misère du monde », autrement dit à supprimer la misère du monde, pour déchirer le mensonge du politicard véreux Rocard.

L’irréalisme de nos bons samaritains anarchistes atteint son comble avec la question des Roms, qui sont certes maltraités mais craints en Europe de l’Est. Des communautés pauvres, non intégrées, sont propices à des actions hors la loi (larçins, banditisme, prostitution, mendicité) que les oboles sociales ne peuvent limiter. Au lieu de reconnaître ce fait comme inévitable (et même naturel pour quiconque est maintenu en lisière de la société), on le dénie en affirmant que ce n’est pas de leur faute ou que ce n’est pas vrai. Or, c’est un fait qui est même plutôt louable, les Roms représentent une tradition de vie antérieure au capitalisme où le travail n’était pas la valeur première et sacrée. Au XXe siècle personne n’a réussi à les intégrer. Hitler les a fait gazer, Staline les internait dans ses camps et France et Roumanie jouent une partie de ping-pong avec eux. Leur structure familiale et communautaire les empêche de se fondre non seulement dans la société civile mais aussi dans la classe ouvrière. Ils ne sont pas étranges ni asociaux par nature, on trouve cette tendance à maintenir les croyances traditionnelles dans les communautés juives, arméniennes, portugaises ou turques. On ne pourra jamais nier la spécificité culturelle de chaque peuple à moins d’exterminer l’humanité.

Historiquement les couches successives de migrants de l’Est et du Sud ne se solidarisent pas. Les premiers venus déjà assimilés restent plus hostiles que la moyenne de la population à l’arrivée des suivants supposés nuire à leur ancienne intégration. Les regroupements d’immigrés sont hélas des paniers de crabes où chacun en est réduit à essayer d’attraper le pompon de la « naturalisation » et où la démerde individuelle reprend le pas face aux bureaucrates de l’Etat.

Sans entrer dans les récriminations et les peurs des ouvriers roumains à l’encontre des tziganes, ni pour étayer les idées reçues nationales françaises, il faudrait que nos altruistes anarchistes se rendent compte que l’intégration (« citoyenne ») comme ils l’imaginent est désormais au-dessus des forces du capitalisme. Il faut noter au passage que les activistes de ce milieu de défense des sans-papiers n’ont aucune pénétration dans le milieu Rom, contrairement à celui des divers immigrés en général, tout au moins pour ces derniers pour aussi brèves et aléatoires que restent les campagnes de soutien…

Ils le reconnaissent eux-mêmes et n’ont à leur actif que quinze familles roms régularisées et relogées (pour combien de temps ?) à Fontenay sous Bois quand leur immense majorité reste et restera dans une situation désastreuse.

Il faut avoir le courage de reconnaître la spécificité particulière des tziganes, non pour les montrer du doigt, mais pour comprendre qu’ils sont à leur manière le témoignage d’un autre mode de vie ludique et non industrialiste qui préfigure, une fois éradiquée la misère économique, un vrai mode de vie libre et itinérant une fois le capitalisme supprimé. Sans véritable solution immédiate à leur errance dans un monde froid et hargneux.

FACE A LA CRIMINALISATION DE LA SOLIDARITE : UNE INTERVENTION POLITIQUE AMBIGUË

Si vous hébergez chez vous un sans-papier c’est comme si c’était un terroriste, la police peut à toute heure de la nuit fracturer votre porte sous prétexte qu’on vous soupçonne de pédophilie. Il y a de quoi avoir les crocs et envie de constituer un groupe armé ! Deux jeunes françaises, qui risquaient quatre années de prison en Angleterre, pour avoir passé (sans le savoir) deux prolétaires chinois dans le coffre de leur voiture, viennent d’être relaxées. Notre questionnement porte aussitôt sur cette Chine émergente, devant laquelle se prosternent tous nos bourgeois occidentaux, mais dont les prolétaires souhaitent s’enfuir au plus vite !

Dans la noria des organismes qui prétendent canaliser cette indignation ou qui croient lutter contre la misère du monde il est difficile de s’y retrouver. Jadis, on pouvait étiqueter telle ou telle chapelle gauchiste, incriminer un parti au profit d’une autre organisation. Le marais total gouverne un amas d’assocs gouvernementales et de petits groupes d’anarchistes plus ou moins fédérés au gré des appels de sites sur le web ou dans le carrefour de liaisons obscures et multiples où règne l’impuissance. Ce marais, produit de la décomposition du militantisme petit bourgeois et composé d’intellectuels déclassés garde pourtant une matrice : la vieille idéologie de gauche réformiste, antifasciste de salon et antiraciste pour la galerie. Cette mouvance n’est pas un parti structuré comme l’ancienne gauche caviar mais est régi par les mêmes auto-mystifications. Dans leurs réseaux, téléphoniques, amicaux ou internet, ils se tiennent tous par les couilles, prêts à se culpabiliser les uns les autres si untel ne fait pas montre d’un antiracisme franc du collier, ni d’un antifascisme éructant, ni n’est capable de chiffrer son activisme. Les flics font du chiffre et les activistes secouristes aussi ; c’est plus grave pour les seconds car cela rend opaque une vision politique lamentable en faveur d’un capitalisme propre ou plus humain.

Pour illustrer l’intervention dans le milieu des sans papiers du Nord de la France, on trouve par après dans ce livre la contribution de la Mouette enragée, liée à l’OCL (organisation communiste libertaire qui existe depuis le milieu des 70), concernant le scandale du centre de rétention de Sangatte.

Même s’ils succombent à l’activisme de la mouvance néo-gauchiste et à ses critères politiques confus jusqu’au fond de localisme régional, il faut savoir gré à ces quelques militants de nous informer très honnêtement au plus près du déroulement de quelques protestations et de formes de soutien aux travailleurs itinérants vers le soit disant « british dream ». On apprend que des officines de l’Etat se mêlaient déjà de l’affaire, Secours catholique, Croix-Rouge, et un certain Gérard d’Andréa, ancien membre des RG, bombardé responsable d’une Association de prévention pour une meilleure citoyenneté des jeunes (tout un programme de réinsertion !). Dans l’humanitaire, on se trouve toujours avec dans les pieds des groupes louches comme le DAL ou l’APEIS.

Dans toute cette affaire de Sangatte, le gouvernement français fût ridicule. La Mouette enragée fît cependant des critiques fort pertinentes sur la façon dont les « envoyés spéciaux » de l’Etat s’efforcèrent de couler le mouvement de protestation ; il y avait une tendance naturelle (répréhensible par la loi Sarkozy) dans des familles ouvrières de Calais et Boulogne à accueillir de jeunes réfugiés grelotant de froid dans les rues. Se situant aux côtés des prolétaires solidaires, donc hors-la-loi, la Mouette indignée écrivait dignement :

« Pour nous, les comités de soutien (ou quel que soit le nom qu’on leur donne) se substituant aux principaux acteurs de la lutte, relayant les mots d’ordre des partis politiques, se cantonnant à la spécificité des situations ne peuvent qu’étouffer les combats au lieu de les renforcer, de les gagner.(…) Il faut mettre en avant les points communs entre la situation des exploités de toutes sortes (chômeurs, précaires, salariés), faire la liaison entre les luttes et favoriser l’émergence de perspectives anticapitalistes ».

La « Mouette enragée » fait état d’une lutte commune avec d’autres groupes anglais anarchistes et trotskistes pour la fermeture de camps de rétention des deux côtés de la Manche. Ce cercle en appelait à la solidarité, à la liberté de circulation et d’installation et dénonçait en pleine période électorale la droite et la social-démocratie. La « gauche associative » diabolisa aussitôt une « initiative qui fait le jeu de Le Pen tout en mettant en danger les « réfugiés ». Dans le compte-rendu de leurs diverses actions, la Mouette nous informe sur une action complémentaire à celle des CRS, celle de la municipalité PCF de Calais, soutenue par toute la gauche caviar : les blockhaus où les migrants trouvaient refuge furent murés, ce qui rappelle en effet leurs basses œuvres à Vitry en 1980… La protestation est étouffée sous le bulldozer de la gauche étatique. En une journée, les Danièle Mitterrand, Bové et Cie accourent pour parader devant les caméras.

Les manifestations ou fête de la lutte sont systématiquement dévitalisées ou bridées par les apôtres de la gauche gouvernementale. Pour la Mouette enragée, qui n’en démord pas, « le sans-papiers » figure la condition générale qui sera faite désormais au prolétariat. Le constat est juste et percutant, mais partiel. Les enfants des prolétaires fixes ne doivent s’attendre à aucun cadeau et devront passer effectivement leur temps à une réflexion collective et à envisager une implication politique plus subversive que de brûler des voitures.

La Mouette échaudée tire un bilan d’ échec courageux :

« Par un refus délibéré d’intervenir en « soutien aux réfugiés », nous avons investi l’espace qui nous permettait, à nous qui avons des papiers, de lutter aux côtés des « réfugiés » et non pas en leur nom. (…) au final, c’est bien l’absence d’un mouvement porté par les sans-papiers sur le littoral et ailleurs qui nous renvoie les uns et les autres à notre impuissance commune face à l’Etat » (p.156). Est joint une note lucide sur les sans-papiers acculés à la misère dans les bois : « Leurs conditions d’existence matérielles et sanitaires les enferment dans des logiques de survie qui sont un frein réel à leur organisation ».

L’avant-dernier texte de l’ouvrage est lui-même dépité et conclut à l’impossibilité d’une véritable « intégration républicaine ».

QUE FAIRE ?

Ils y a les professionnels de l’observation aux côtés de la police. Sous le titre « au cœur de la machine à expulser », le journal de la gauche bobo, le Nouvel Obs y va de sa petite larme au mois d’octobre et nous peint sa vision des « clandestins » (avant, on disait « étrangers »). La « machine à expulser » est impersonnelle… les journalistes ne vont pas accuser leurs commanditaires.

Voyons… Tout le monde est dans la merde :

« Les policiers, eux, en ont assez d’entendre ce mot ignoble (« rafles »). Non, ils ne sont pas des fachos, simplement des fonctionnaires qui font leur boulot. Ils pensent aux petites chinoises, qu’ils ont vues, enchaînées à des machines à coudre, à Belleville, ils pensent aux milliers d’étrangers qui rêvent aux lumières de la France et se retrouvent à dormir à 10 dans 10 mètres carrés pour 500 euros par mois (…) Les policiers disposent d’une centaine de contacts, joignables jour et nuit, traducteurs, étudiants parlant kurde, chinois, soneke, tamoul… ». « Plus d’un quart des sans-papiers placés en rétention sont libérés pour vice de procédure », « en ce moment, à Paris, l’Algérie, la Chine, l’Egypte coopèrent bien. Mais certains pays comme l’Inde, la Tunisie, le Mali refusent quasi systématiquement de reconnaître leurs ressortissants. Rien ne sert d’ordonner un placement en rétention pour les migrants de ces pays-là. La police se demande même pourquoi continuer à les interpeller. » (…) Pour éviter l’expulsion, certains avalent des couteaux ou des clous… ».

Cela dégénère entre « primo-arrivants » : « Le 12 juillet, un touriste portugais a ouvert le feu et blessé un afghan. Des batailles rangées ont opposé routiers et clandestins à coups de crics et de boulons ». A Cherbourg, des réfugiés de longue date se muent en petits trafiquants… Ils vont les (nouveaux arrivants) les chercher au train, gèrent les flux dans le squat, prélèvent leur dîme en échange d’une place sous une tente. Ils organisent des petits groupes armés de cutters pour découper les bâches et les lancent à l’assaut en différents points du port ».

On peut faire confiance aux journalistes chargés de cette enquête, qui, au moins, ne tiennent pas un discours lyrique face à ce problème sans solution. Braves journalistes, amis des policiers. Ces mêmes policiers au cœur tendre qui tabassent sans vergogne une fois les caméras éteintes (c’est pourquoi Zetkine la photographe de leurs exactions vient d’être jugée au tribunal de Lille) et lâchent en rase campagne à 20km de Boulogne les migrants, sans leurs chaussures. On peut faire confiance à ces intellectuels de plume accrédités par des fonds du patronat (comme les syndicats « ouvriers »), en répercutant le cloaque des réfugiés sous le seul angle des petits trafics, ils criminalisent encore plus la situation des migrants et les font passer pour des étrangers… à la classe ouvrière. Salauds !

L’Etat ne peut que se réjouir de la description partielle et partiale des atrocités de cette cour des miracles qu’il favorise. C’est pour cela qu’il ne craint aucunement la réprobation universelle avec l’ignoble test ADN, qui vise surtout l’Afrique, auquel il est vrai Hitler n’avait pas eu le temps de penser. Il va dans le sens non de Le Pen mais de « l’opinion » puisqu’il la fabrique lui-même cette opinion.

Il y a ceux qui veulent agir. Mais pour agir il n’y a que deux moyens dérisoires: soit faire un travail d’assistante sociale et s’en donner les moyens au même niveau que les associations caritatives, et ce n’est plus une action politique ; soit parader devant les médias avec deux ou trois actions d’éclat, et une fois les lampions éteints, les migrants peuvent dans leur immense majorité rester dans leur misère itinérante, rejoindre les clochards, mourir de froid ou être étranglés par un policier dans un avion de renvoi. Les actions spontanées de solidarité de la population, si elles durent, sont immédiatement happées par les assocs pilotées par l’Etat, et chargées de gommer les problèmes politiques.

Sur tous les plans, le capitalisme rend les conditions de vie intolérables. Attentats quotidiens particulièrement sanglant en Irak, au Pakistan contre la population civile, cadavres de migrants régulièrement pêchés au large des côtes espagnoles, mais aussi suicides dans des entreprises ultra-modernes (on en compte au moins un par jour sur le lieu de travail en France…). Je ne vais pas ici étaler lyriquement la longue liste des atrocités ni des mesures anti-sociales. Les altermondialistes et leurs amis anarchistes excellent dans ce genre de chapelets. La question fondamentale de comment mettre fin au capitalisme et à la principale injustice, l’exploitation salariée, n’a pas non plus de réponse immédiate. Les donneurs de leçons militantes, marxistes ou anarchistes, sont empaillés, à la remorque des grèves syndicales et noyés dans le spectacle de la contestation savamment programmée.

La responsabilité d’un autre futur réside pourtant toujours dans le prolétariat. Les plus traditionnels des militants attendent vaguement une grève générale insurrectionnelle. On compte parmi eux nombre de syndicalistes ou de révoltés d’en bas. Les luttes salariales existent toujours mais ne font jamais des miracles. Il existe assez d’organismes financés par l’Etat bourgeois, pour les enfermer dans les corporations ou planifier des grèves de merde sans lendemain.

Il n’empêche que c’est dans ce cadre de communauté d’exploitation et non dans une conscience altruiste écologique et universelle que se trouvent encore les ferments d’une alternative à la domination capitaliste. La réflexion anticapitaliste ne peut trouver son assise qu’à partir de la défense du rôle révolutionnaire du prolétariat qui conditionne une action politique qui ne peut se situer au niveau parcellaire ou en glorifiant les plus fragiles et les plus paupérisés.

Ce n’est pas directement, ni par extension d’une somme de revendications que pourra jaillir une explosion révolutionnaire, pas plus que par la distribution de tracts d’indignation à tout va. Le temps au travail rythme une conscience commune des prolétaires sous le chantage au chômage, et tous souhaitent mettre fin à l’aliénation. Point de messie à l’horizon, ni de facilités pour ébranler les Etats.

La diversité des attaques de l’Etat contre la classe ouvrière, elle-même divisée en catégories, criminalisées à outrance avec les révoltes sporadiques émeutières, le krach boursier toujours latent, l’impossibilité d’aller à une nouvelle guerre mondiale, créent des conditions où « ils » ne perdent rien pour attendre.

Le prolétariat, des jeunes aux vieux et aux migrants est au cœur de la situation. Situation inadmissible avec des millions de migrants inintégrables, et une crise invraisemblable et insoluble des retraites posent un problème sous-évalué de fin de société qui dépasse les petits cerveaux gestionnaires du profit capitaliste. L’espèce humaine est en jeu.

Il n’est plus possible d’en rester au ras des petits problèmes quotidiens et mensuels, ni de courir après tout ce qui bouge dans l’espoir de sauver son âme. Il faut savoir attendre.

On trouve toujours un moment pour rire au plus profond du désarroi néanmoins. Apprendre que les 2700 membres d’une des principales institutions de l’hypocrisie régulatrice du capitalisme international, le FMI, risquent d’être licenciés, nous secoue franchement les côtes.

L’attitude « volontaire » de ceux qui sont convaincus de la faillite du système ne dépend pas d’une implication envers tout ce qui bouge ou souffre, mais d’une réflexion théorique sur les besoins radicaux des masses opprimées et sur quoi mettre à la place du capitalisme. Les masses attendent des minorités conscientes non pas qu’elles leur expliquent l’ignominie de leurs conditions de vie mais qu’elles leur proposent un programme de transformation crédible de la société mourante et qu’elles cessent de donner des coups de clairons alarmistes et impuissants. L’histoire tranchera sans tambour ni trompettes.