"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mercredi 21 novembre 2007

NEWS FROM France (3)

UN TORTILLARD FAINEANT


A Toulouse il y a eu un sabotage délibéré des “pouvoirs publics” pour empêcher les manifestants de se rendre en masse à l’Assemblée générale populaire, cela n’a pas empêché les manifestants de se retrouver deux fois plus nombreux. Partout en France, comme à Paris, les appareils syndicaux ont fait contre mauvaise fortune bon cœur, laissant se dérouler les manifs non comme « jonction » avec la dure grève des roulants SNCF et RATP, mais comme éteignoir soigneusement compartimenté et sans appel à des AG de rue communes à tous les secteurs en fin de manif. De la propagandastaffel aux partis de gauche et d’extrême gauche, on n’en tenait plus que pour la nébuleuse du pouvoir d’achat.

C’est curieux une manif de nos jours. Cet espèce de tortillard, précédé d’une locomotive de camions de CRS et clos par un wagon de véhicules de soudards harnachés comme des chevaliers de la guerre des étoiles (prestige de l’uniforme !), serpente pendant des heures sur un parcours qui ne gêne pas trop le maire de Paris : Montparnasse-Place d’Italie ou l’inverse, comme avant Bastille-République. Le chemin est plus étroit et permet de faire masse alors que nous avons dûment constaté une répartition par catégories aussi clairsemée que lors de la manif précédente. J’ai calculé mieux que les syndicats ou les services de police que, sur les 5 km qui séparent Place d’Italie à Montparnasse, entre les premiers rangs parvenus à 16H à Montparnasse et le démarrage de la queue à 17H depuis place d’Italie, on pouvait dénombrer environ 30.000 personnes. Ce qui est pas mal alors qu’il n’y a pratiquement pas de transports en commun.

L’ECLIPSE DE THIBAULT BERNARD

Alors que la manif vient à peine de démarrer, 14H30 passée, je suis témoin aux premières loges de la fuite à Varennes du pauvre Thibault. Sera-t-il le fusible Juppé de Sarko? On l’avait retiré depuis une semaine de la mise en scène du négoce amical, comment se faisait-il qu’il rôdait dans les parages ? La manif passait au coin du boulevard Port Royal et de la rue Berthollet lorsqu’une bousculade se produit. Une vingtaine d’individus à l’allure patibulaire (flics en civils ou gros bras staliniens) coupe les premiers rangs d’autorité. On voit distinctement au milieu des arsouilles le bonze aux longs cheveux, blanc comme un linge. Vient-il de se faire traiter de vendu ? Est-ce que cette escouade de l’entraîne pas dans une rue adjacente pour lui mettre une branlée ?

Les gens, apeurés, se poussent pour laisser passer les brutes et chacun de regarder vers où se dirige le groupe d’hommes. Jusqu’au milieu de la rue Berthollet pour faire monter dans un véhicule banalisé le principal fusible de Sarkozy. Parmi les manifestants je fais courir évidemment le scoop. Au soir, aux infaux, je comprendrai les dessous de la mise en scène. Thibault apparaît brièvement, cadré devant des manifestants qui l’ignorent. Il fait une déclaration à voix vindicative, du genre : « on va voir ce qu’on va voir, faudra négocier sérieusement ». Puis gros plan sur Chérèque et les huées dont il est l’objet. Mais Chérèque continuera à manifester jusqu’au bout sans encombre, lui on s’en fout, c’est un bon collabo et il ne compte que pour du beurre chez les roulants. Par contre, Thibault risquait gros. Caché par le gouvernement depuis une semaine, il fallait l’exhiber au moins quelques secondes au nez et à la barbe des manifestants et grévistes intraitables, puis le soustraire à d’éventuelles agressions (on suppute qu’il y en a eu certainement dans l’appareil néo-stalinien, lequel semble pourtant tout faire pour garder son icône si bien considéré à l’Elysée, Sarkozy ne s’est-il pas fait l’émule de Maurice Thorez en reprenant son fameux « faut savoir terminer une grève » et les non-grévistes « usagers » et « usés » votent aussi aux élections professionnelles de décembre…).

IMMERSION DANS LE TORTILLARD

Perché sur une borne de protection pour piétons je suis en permanence au milieu du tortillard qui se déroule, j’en perçois le pouls, les humeurs et les variations de refrain. Sur mon perchoir d’où je diffuse le tract de Tumulto (ci-après) et le mien, des gens viennent me tenir compagnie par moment. C’est jubilatoire. On échange nos avis. Deux jeunes étudiants concluent avoir été ravis de discuter avec moi. Avec deux autres je ne cache pas mon jem’enfoutisme pour la lutte anti-privatisation. Ni vraiment choqués ni hostiles, ils abondent dans mon sens quand je leur dis que toutes les révolutions de 1789 à Aujourd’hui, de Robespierre à Rosa Luxemburg ont été conduite par la petite bourgeoisie. Moi je précise que je n’ai rien contre l’adhésion de la petite bourgeoisie et à ses étudiants à la révolution future, mais derrière la classe ouvrière pas devant ni à sa place, et que les étudiants vraiment révolutionnaires trouveront bon accueil dans le parti. Ils ne lâchent pas prise. Dans tous les cas ils se considèrent comme les futurs cadres de demain. Ils ne sont pas anti-communistes comme les gens de la CNT, mais ils ont des capacités… Ouh la la, fais-je, attention élitisme !

- la classe ouvrière veut bien de vous, mais ne vous gonflez pas outre mesure, vous apportez des qualités mais aussi des défauts…

Puis on se laisse prendre par l’ambiance carnaval, les tam-tam et fumigènes des cheminots, et on se quitte bons amis. Un vieux croix de feu en manteau d’Astrakan vient m’agresser :

- savez où on les mettait les gens comme vous en Russie ?

Et je ne lui laisse pas le temps de répondre :

- des vieux cons comme toi nous on les met au goulag !

Il s’enfuit en courant main levé en faisant un doigt d’honneur. Les manifestants, qui m’entourent, rigolent.

Par les temps qui courent, et la chute du taux de lecteurs de journaux d’infaux, 100 tracts suffisent largement pour une manif de 30.000 personnes. Il ne faut jamais forcer la main. Les mains ne se tendent pas, quelques uns vous voient et viennent prendre le papier. A ceux-là il faut donner et attendre. Mauvais signe, les maigres troupes de la RATP et SNCF ne s’intéressent pas aux tracts. Ils passent l’air buté comme s’ils étaient seuls au monde. C’est bien dommage, ils ne savent pas ce qu’ils perdent. Mais ce sont les moins intelligents, les plus suivistes des syndicats. Les syndicalistes pensent pour eux. Ils sont aussi demeurés et suivistes que le personnel des communaux du 93 ou 92 qui marchent derrière les banderoles de leurs chefs de service. Ce sont ceux-là qui en voudront à la terre entière quand la grève s’effilochera dans l’isolement et les actions de sabotage impuissantes.

Libération fait de la LCR et de son facteur les vedettes du tortillard. Point du tout. Le ballon de la LCR n’est pas plus gros que celui de la CGT, du PCF ou de LO. De plus, la LCR n’est qu’une séquence de la manif au coin de la place des Gobelins vers 17H alors que le gros des manifestants se disperse déjà vers Montparnasse. Le marcheur suiviste dans une manif n’a jamais une idée d’ensemble du tortillard. Et celui qui reste stationnaire sur le trottoir a l’impression de voir défiler une série de spots télévisés publicitaires. Les manifs c’est comme les enterrements : tu passes et tu trépasses.

Les jeunes bouclent le tortillard, ça gigote, ça chante, c’est mignon, mais ils ne savent pas trop pourquoi ils sont là : contre des réformes de l’Etat qui les méprise ou derrière des partis politiques qui les méprisent encore plus ? Misère intellectuelle et politique de l’étudiant et du lycéen. La CNT qui gigote devant eux est assez représentative de leur gabegie politique avec un tract débile qui propose une « redistribution des richesses » !

C’est dans cet environnement que je retrouve des militants du CCI en train de vendre leur supplément sur les grèves. Retrouvailles cordiales, un passé de lutte commun ne peut s’effacer, mais je leur reproche de ne pas faire une critique des mots d’ordre dits unitaires qui sont les mêmes que ceux des gauchistes : retour aux 37,5 annuités pour tous qui ne peut générer la vraie solidarité, et aussi l’incompréhension que l’agitation étudiante n’est que la crise de la petite bourgeoisie.

La plupart des groupes affirment sur leurs tracts que « c’est le moment » ! Le moment de quoi quand la grève est à la croisée des chemins et qu’on n’a affaire qu’à des mots d’ordre vagues ou carrément issus de la gauche caviar : un Etat « impartial » ou un Etat « arbitre ».

Le soir les médias vomissent de plus en plus la grève et leur lièvre à l’arrêt aurait laissé entendre que le bâton n’était pas loin, vu que les pourcentages truqués et fallacieux du nombre de grévistes est calculé systématiquement à la baisse. Les travailleurs conscients de tous les secteurs que j’ai rencontré au cours de cette journée m’ont tous conforté dans l’idée que la lutte des classes n’est pas une question d’arithmétique mais de physique !

JLR (envoyé spécial de P.U.)

Le tract :

VIEILLIR AU BOULOT ? JAMAIS !

L’espérance de vie s’allonge, mais pas pour tout le monde et pas dans les mêmes conditions !

Allons-nous travailler de plus en plus âgés alors que les patrons ne veulent plus de « vieux » ?

Que vaut ce système qui prétend n’avoir plus les moyens de prendre en charge les anciens ni d’assurer des revenus décents à la masse des jeunes travailleurs lorsque leur tour viendra de quitter le travail définitivement ? La retraite c’est la question de l’AVENIR pas du « pouvoir d’achat » !

C’est la question qui a été posée d’emblée par la magnifique grève des cheminots contre tout esprit de corporatisme, contre tous les privilégiés au pouvoir. La grève, provoquée par un gouvernement trop sûr de lui, élu par moins d’un tiers des français mais soutenu par 99% des médias, a mis au pas de tortue le petit lapin Sarkozy. Le blaireau n’a pas été fichu d’assurer le service minimum requis par l’Etat bourgeois de mettre à genoux symboliquement la fraction la plus dangereuse et la plus combative de la classe ouvrière. Il devra prendre garde pour les futures attaques déjà planifiées !

Avec les célébrations nationales hypocrites d’un jeune martyre de la guerre mondiale et des poignées de main aux anciens combattants, le blaireau présidentiel croyait avoir cadré une « union nationale » sentimentale propice à faire se serrer la ceinture aux principales victimes de la guerre économique capitaliste, les prolétaires. Alors que le général en chef des attaques anti-ouvrières lançait l’appel au sacrifice du dernier carré des services publics, quelle ne fût pas sa surprise de voir que la troupe refusait de se jeter au devant des balles et qu’il ne s’agissait pas d’une insubordination momentanée !

Bien sûr ses officiers de droite et sous-officiers de gauche crièrent à hue et à dia que l’escouade était lâche et se comportait en privilégiée en refusant d’être couchée sur le terrain de bataille comme tout le monde. Ils dénoncèrent à l’arrière ces ennemis de l’unité et de l’égalité nationale devant la mort.

LA RETRAITE OU LA REVOLUTION ?

Les problèmes de gestion des déficits de l’Etat bourgeois ne sont pas ceux de la classe ouvrière comme il n’y a pas de problème démographique pour les exploiteurs qui jettent à la rue ceux qu’ils estiment en surplus. Deux mondes s’opposent. Il n’y a pas de problème de « niveau de vie » des masses pour tous ces patrons, maires, ministres et députés bourgeois qui s’engraissent sur la misère, mais il y a la peur au ventre pour l’avenir parmi les classes défavorisées.

La grève de simplement revendicative est devenue politique au sens noble du terme parce qu’elle pose désormais les questions de fond. La retraite n’est pas une fin en soi pour le mouvement ouvrier révolutionnaire. Au XIXème siècle les premiers syndicalistes révolutionnaires étaient contre cette prétendue garantie pour les travailleurs au terme de leur vie et considéraient cette mesure comme un remède bourgeois contre la révolution. Cette position contient à nouveau du vrai face à un capitalisme qui en revient à des méthodes dignes du XIXème siècle !

La polémique hystérique autour de la grève des cheminots est restée volontairement enfermée autour de l’inénarrable querelle usagers/grévistes couplée avec celle de otages/privilégiés. On assista à ce spectacle édifiant des riches qui prétendent parler à la place des pauvres et qui favorisent les clivages entre soldats victimes de la guerre économique capitaliste.

Parmi les victimes, on trouve des petits bourgeois floués. On trouve surtout de prétendus amis de la classe ouvrière. Les syndicats, mal en point, n’ont pas cessé de se dédire malgré leur soumission à la négociation-trahison permanente dans l’Etat bourgeois. Le clou de leur piteux spectacle a été l’élimination des chefs Thibault et Chérèque et leur remplacement par des bonzes secondaires dans les hiérarchies de la CGT et SUD qui radotent la même stupidité : le retour aux 37,5 annuités pour tous ! Cette revendication est typique de la petite bourgeoisie qui veut faire croire à l’égalité. L’égalité n’existe pas en régime capitaliste ! Ou alors qu’on commence à aligner les retraites des députés et des cadres supérieurs sur celles des ouvriers et des employés ! L’Etat bourgeois nous bassine avec les faibles pensions des cheminots mais ne dit jamais que les ouvriers payent la retraite des cadres et meurent plus tôt !

On ne retournera pas aux 37,5 annuités, cette revendication jusqu’auboutiste et faussement unitaire de Besancenot et de ses amis Sudistes. Autant demander à l’Etat de démanteler ses corps de flics. Les cheminots et agents de conduite de la RATP peuvent garder leurs prérogatives. Ils le doivent même, c’est une condition de leur effort, mais pas de la victoire de tous parce que le pouvoir d’Etat a réussi à instaurer une division secondaire. Des coulisses, il apparaît que des arrangements vont de toute façon dans ce sens. L’avenir doit être noyé dans la ribambelle des revendications corporatives !

Dans cette histoire de réunions tripartites réclamées aussi par les syndicalistes radicaux, suivis en effet par de plus en plus de travailleurs, l’insistance sur la présence des représentants de l’Etat entreprise par entreprise est une trahison des espoirs des grévistes. La grève est politique parce qu’elle exige que l’Etat ne se cache pas, et, même avec ses traditionnelles discussions secrètes, l’exigence d’une négociation centrale, sous la pression de la lutte, est gênante pour la bourgeoisie. Mais une négociation centrale avec des syndicats qui ne représentent pas toute la classe ouvrière ne peut mener qu’à une reconnaissance de la légitimité de l’Etat. Et l’Etat, pris dans un processus de désintégration opaque, ne peut se permettre de ridiculiser ses meilleurs défenseurs, les syndicats. Dans un cadre national dépassé, le capitalisme tend à piétiner ses anciens cadres institutionnels et à retrouver ses formes sauvages du XIXème siècle. Pourtant la France n’est pas encore la Belgique.

Le problème des prolétaires n’est pas de défendre un Etat capitaliste moderne contre l’ancien, ou la décrépitude de l’actuel dans l’illusion d’un retour piteux de la gauche caviar aux « affaires ».

TOUS ENSEMBLE MAIS COMMENT ?

Le slogan de 1995 « tous ensemble » a pris un coup de vieux, certains groupes crient « tous unis ». Tous unis pour quoi et comment ? Tous unis en mécontentements face à l’Etat ? cela ne veut rien dire. Toutes catégories confondues, des étudiants aux petits paysans floués ? cela ne mène nulle part qu’à un nouveau parti électoraliste. Le melting-pot des divers groupes de l’extrême gauche ne peut servir qu’à leurs visées électorales. Sur le terrain c’est d’une communauté de luttes par les échanges inter-catégories et des décisions communes que la classe travailleuse a besoin pour trouver sa force, pas d’une incongrue unité étudiants-travailleurs qui était déjà ridicule en mai 68.

Le refus des étudiants, ou plutôt des groupes anarchistes et trotskiens, d’une « privatisation » de l’université est aussi une réaction contre le « désengagement de l’Etat », mais elle n’est pas plus révolutionnaire que l’exigence syndicaliste d’un Etat paternel. Les étudiants ne sont pas les enfants de la classe ouvrière en général mais l’expression de la crise de la petite bourgeoisie, la plupart des fils d’ouvriers n’ont jamais eu leur place à l’Université bourgeoise. Nos étudiants inquiets peuvent venir aux manifestations, participer à d’éventuelles assemblées de rue mais ils n’ont plus un rôle aussi dynamique qu’en 1968. Ils sont conservateurs et ne pensent qu’à pleurer du CPE au LRU sur la fin de leur place d’intermédiaires et une confortable retraite de cadres qui leur était dévolue dans les trente glorieuses. Au lieu de représenter l’avenir en rupture avec la société hiérarchisée, les étudiants servent de mécontents additionnels à une idéologie de gauche en déshérence bien que sponsorisée par l’extrême gauche légaliste. Défense des « nationalisations » et d’un « Etat impartial », vieux mensonges de la gauche caviar silencieuse, sont les mamelles des Besancenot et Laguiller. Besancenot se garde de critiquer de front le PS et Laguiller a assuré que LO se désisterait pour le PS. Ces petits partis, qui aimeraient muer en un nouveau parti de gauche d’esbroufe, sont plus soucieux de la manne électorale des prochaines municipales que des questions de rupture révolutionnaire posées par la grève des cheminots.

Tout le tohu-bohu autour de la grève a fini par faire oublier ce qui hante l’esprit des prolétaires depuis des années : il n’y a pas d’avenir dans ce système. La proposition bourgeoise de faire durer l’exploitation au travail pour « sauver la retraite » est une fumisterie. Pour les jeunes prolétaires et chômeurs, travailler dans les conditions du Capital à 67 ou 75 ans est de la foutaise !

La retraite n’était pas déjà notre espoir en mai 68. Pour les jeunes intermittents du travail il y a la conscience qu’ils NE LA CONNAITRONT PAS ! Pour les plus âgés des travailleurs la retraite signifie paupérisation et paupérisation absolue. Pour tous les prolétaires conscients, contre tous ces petits partis et syndicats « négociateurs », le capitalisme veut éjecter sans vergogne une masse croissante de « précarisés », de « bouches en trop ». C’est pourquoi il faudra le renverser et cela ne se négocie pas !

20 novembre 2007.


Cheminots, fonctionnaires, chômeurs, salariés du privés ou étudiants :
Une seule classe ouvrière, un seul combat !


Prolétaires ! La classe dirigeante n'en finit plus de déverser sa haine et son mépris de la classe qu'elle exploite, de la classe qui la fait vivre ! Rarement le bourrage de mou étatique, n'aura été aussi intense. Il faut faire croire que les cheminots ou les fonctionnaires seraient des « privilégiés », qu'au nom de la sacro-sainte « équité » il faudrait accepter les « nécessaires sacrifices » qu'exige le salut de notre pauvre cher Capital National. De quelle « équité » peuvent-ils bien parler tous ces Sarkozy, Fillon, Darcos ou Bertrand, ces gestionnaires patentés de l'exploitation capitaliste et de la misère ? L'attaque actuelle contre les régimes spéciaux ne vise pas à réduire mais bien au contraire à sauvegarder les privilèges bien réels de la caste qui, possédant moyens de production et capital, ponctionne en permanence sa dîme sur le dos de la classe ouvrière. Cette classe, la bourgeoisie, la voilà la classe des privilégiés, les vrais ! Et pour cette bourgeoisie et son État, il est absolument insupportable que les ouvriers aient l'arrogance de ne pas se faire tondre en silence.

Prolétaires ! La clique actuellement au pouvoir a voulu en s'attaquant aussi brutalement aux régimes dits « spéciaux » briser la combativité ouvrière dans un de ses bastions les plus symboliques pour pouvoir déchaîner par la suite toute une kyrielle d'attaques contre l'ensemble de la classe ouvrière : régime général passant à 41 annuités en 2008 et bien plus ensuite pour en fait ne verser que des retraites de misère compte tenu du chômage massif des ouvriers de plus de 50 ans — non remplacement d'un emploi sur deux aboutissant d'ici 2012 à la suppression de 300 000 fonctionnaires — remise en cause du statut de la fonction publique et du Code du travail aggravant la généralisation de la précarité — coupes sur l'assurance maladie et les allocations de chômage — mesures répressives anti-immigrés, etc. Les questions économiques mises en avant (régimes dits « spéciaux », négociations sur les compensations salariales, pénibilité, etc.) ne sont en fait que de peu de poids par rapport à l'avantage moral qu'attend la bourgeoisie d'une éventuelle défaite du secteur historique des transports. Rappelons-nous comment en Grande-Bretagne, sous Thatcher, la longue grève des mineurs (mars 1984-début 1985), héroïque mais isolée, s'est conclue par une cuisante défaite pour toute la classe ouvrière anglaise. Aujourd'hui le coin de la division entre « grévistes » et « usagers », « privilégiés » et « otages », qu'on essaye à toute force d'enfoncer ne vise à rien d'autre que de créer cet isolement, à laminer notre conscience d'appartenir à une seule et même classe. Permettrons-nous cela ? Non ! Mille fois non ! Le prolétariat doit réaffirmer son identité de classe et opposer aux manoeuvres de division l'organisation de la solidarité de tous les prolétaires !

« Le mouvement qui vient de renaître parmi les ouvriers des pays les plus industrieux de l’Europe, tout en réveillant de nouvelles espérances, donne un solennel avertissement de ne pas retomber dans les vieilles erreurs et de combiner le plus tôt possible les efforts encore isolés » (K. Marx, Association Internationale des Travailleurs - 1864)

Prolétaires ! Bercée par un sentiment d'impunité depuis le cirque électoral présidentiel de mai dernier, la bourgeoisie a cru s'en tirer en quelques jours de matraquage médiatique et par le jeu classique des dispersions et des divisions orchestrées par les centrales syndicales au sommet de l'État. Comme par exemple faire partir SNCF et RATP une semaine avant l'appel « unitaire » du 20 novembre. Ainsi, depuis le premier lâché de pression le 18 octobre, les directions syndicales se partagent-elles les masques de la comédie qu'elles nous jouent depuis des décennies, entre « combatives » et « traîtres ». Seule chose absolument inédite et qui en dit long sur la crainte très réelle d'extension : les suppliques pitoyables à négocier avant même le début de la grève par la CGT-Thibault, marqué à la culotte par la CFDT-Chérèque qui appelle à jeter le gant sans autre forme de procès. Tous veulent morceler la lutte en négociant au plus vite « branche par branche », « entreprise par entreprise ». Mais les cheminots en lutte, syndiqués ou pas, dans les AG, ont montré la semaine dernière leur volonté d'imposer un autre choix, celui du combat de classe. En se généralisant, le mouvement deviendrait irrésistible. Cela, Didier Le Reste, secrétaire de la CGT- cheminots n'en veut pas : il ne veut envoyer que des « délégations » aux manifs dites de « fonctionnaires » du 20 novembre, « dans le respect des positions des uns et des autres » et s'assurer d'un cloisonnement bien étanche sous contrôle syndical : « Nous n'avons aucun intérêt à brouiller leur message, ni à casser leur unité syndicale et cela doit se faire en parfait accord entre les syndicats de cheminots et de fonctionnaires » !

Prolétaires ! dans la lutte, il faut être le plus nombreux possible en choisissant ensemble des revendications unificatrices : créations d'emplois, retrait du plan Fillon, etc. Exigeons tout simplement un avenir digne de ce nom pour les générations de prolétaires qui viennent ! Cela veut dire en finir avec la logique de l'accumulation du Capital qui gangrène en permanence toutes les relations sociales. Bien sûr, il faut en finir avec la casse des systèmes de soin, d'éducation, la misère sociale. Mais l'« équité », il n'y en a pas, il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais dans le système capitaliste ! Restons lucides : même des « victoires » contre telle ou telle mesure ponctuelle comme celle du CPE en 2006 par exemple ne sont une quelconque remise en cause de l'ordre capitaliste. La seule réelle victoire pour la classe ouvrière est la lutte elle-même : la solidarité, la fierté, la confiance et les formes collectives du combat qu'elle développe. C'est cela qui prépare l'avenir.

Pour cela, plus que tout, il faut que la classe ouvrière affirme son autonomie. Souvenons-nous de nos luttes passées, organisons des AG souveraines, formons des comités de grève, avec des délégués élus et révocables, dès que possible rendons-nous massivement vers d'autres entreprises, d'autres secteurs proches géographiquement pour les appeler à partager le même combat… Et si jamais cette façon de lutter ne pouvait se développer, si jamais l'enfermement devait s'imposer, alors il ne servirait à rien de poursuivre un mouvement jusqu'au-boutiste et mieux vaudrait assumer collectivement de préserver nos forces pour les luttes futures en tirant toutes les leçons des combats menés.

Prolétaires ! Aujourd'hui, à l'échelle internationale, des prolétaires sont en lutte : les infirmières en Finlande, les cheminots en Allemagne, par ne citer que ces deux exemples. Tous, comme nous ici depuis 2003, par leur résistance aux attaques capitalistes, sont sur le difficile chemin de la réaffirmation de leur identité de classe. Le système capitaliste n'a pas d'avenir. En avant première de la barbarie généralisée qu'il prépare à plus ou moins longue échéance, il propose comme idéal de société une masse docile d'individus atomisés, corvéables ou jetables à volonté, qu'il laissera crever au travail ou dans la rue selon les besoins de rentabilité du Capital. Cela le prolétariat n'en veut pas, c'est aussi cela ce que dit ce mouvement de lutte, quels que soient les secteurs concernés. La classe ouvrière, au coeur de la production capitaliste, tient entre ses mains la société réelle, et non celle fantasmée par tous les intellectuels aux ordres. Si les cheminots ne travaillent plus, les trains ne roulent plus. Si les ouvriers d'EADS n'acceptaient plus d'être les dindons de la farce d'Airbus et rejoignaient le mouvement, plus un avion ne sortirait de l'usine. C'est simple, efficace et… totalement insupportable pour la bourgeoisie. Mais la classe ouvrière a aussi cette formidable capacité de hisser sa conscience à un niveau politique, pour l'affirmation de ses buts propres. C'est pour toutes ces raisons que seule la classe ouvrière est capable de lutter contre la dynamique du capitalisme et pour imposer une autre perspective.

« Il n’y a pas deux luttes différentes dans la classe ouvrière, une économique et une politique. Il n’y a qu’une seule lutte de classe, tendant à la fois à limiter l’exploitation capitaliste au sein de la société bourgeoise et à supprimer l’exploitation bourgeoise et en même temps la société bourgeoise. » (R. Luxemburg, Grève de masses, parti et syndicats — 1906)

Le système capitaliste n'a pas d'autre choix que cogner
encore et encore sur les conditions de vie prolétaires... Dans la lutte, ne comptons que sur nous mêmes ! Portons haut la fraternité et la solidarité ouvrières !

www.tumulto.org — e-mail : contact@tumulto.org — 20/11/2007

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