"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 7 avril 2016

QUELQUES DEPUTES BOURGEOIS SE PINCENT LE NEZ SUR LA MISERE SEXUELLE


(ou le retour de l'ordre moral féministe)

Allons, allons, vous le savez tous, Ségolène Royal est Mazarin, ce n'est pas François zéro qui gouverne la France ! Avec le rigorisme musulman qui sied si bien aux milices intellectuelles du féminisme de rombière au pouvoir,une soixantaine de fils de putes ont voté la loi qui dépénalise les macs et condamne tout immigré qui prétendrait monnayer une pipe auprès de la femme blanche. La gauche répressive sait se faire gauche repoussoir pour criminaliser les besoins tarifés de ces salauds de pauvres. Quand on a eu DSK comme candidat favori, ça fait pas Tartuffe, et des élus qui s'exhibent avec de plus belles nanas que le commun des électeurs ? La prostitution a souvent sauvé plus d'un mariage, et, provisoirement, celui de bien de députés "socialistes" et "républicains". Oubliés les "ballets roses" de la IV e République et le scandale Profumo en GB? Nos bourgeois auraient-ils liquidé par procuration électorale leurs propres besoins primaires?
Sans compter que la loi va être immédiatement détournée : les clients les plus rusés vont continuer à aller voir les prostitué(e)s en portant par exemple un casque de moto, pour mieux passer incognito, et échapper au policier voyeur. Lisez bien le texte de loi:[ ... ] accepter ou d'obtenir des relations de nature sexuelle d'une personne [ ... ] en échange [ ... ] de la fourniture d'un avantage en nature ». Celui qui réunit ces critères est automatiquement prostitué. Le repas aux chandelles est donc désormais interdit, ainsi que la consommation du mariage. Cette loi a été votée pile au moment où on prétend affaiblir les réseaux mafieux et lutter contre l'islamisme salafiste. Veut-on voiler à ce point la sexualité humaine ?

Comment se fesse-t-il que pas un particule couillu, pas un onaniste incontrôlé ne fasse exhibitionnisme de colère contre ce moralisme qui se prétend libérateur de la cause des femmes pour mieux mépriser les besoins sexuels des masses face au triomphe de la solitude, au racket creux des sites de rencontre ou aux thés dansant pépères d'OVS ? Parce que la cause des femmes justifie le port du voile musulman ? Parce que la honte du colonialisme doit autoriser tous les obscurantismes ? Parce que, outre le confort du manger et du boire assurés en Europe, estimez-vous heureux d'avoir le droit de travailler (pour un Macron), de vous taire et vous passer de caresses accessoires (sans gêner les maquereaux)?

La défense harmonieuse du voile musulman par Mme Benbassa, députée écolo-oecuménique, dame bourgeoise avec coupe de cheveux âprement masculine et tartinage des lèvres criard, arrive donc à point nommé. Elle s'harmonise joliment avec le redoublage de la répression de la sexualité des pauvres. Il s'agit, dit-on, de libérer les esclaves du sexe, et, enfin de s'attaquer aux vraies causes – non pas du faux mercantilisme capitaliste, de cette fable de règne du pouvoir de l'argent – mais les « désirants » d'en bas, ces larves qui, n'occupant aucune fonction sociale séduisante, en plus probablement vieux, isolés, sales ou handicapés, en étaient réduits jusqu'à la révolution hollandienne, à aller dilapider une partie de leur salaire en faveur de l'oppression de la femme. Coup double aussi pour les « professionnelles », ces « salopes », qui défigurent la pudeur immémoriale de la femme honnête (celle qui n'abuse pas de ses charmes), elles ne pourront plus frauder le fisc ; de plus par une savante psychologie d'assistance gouvernementale, on leur indiquera à nouveau le chemin du travail de bureau ou de la caisse de supermarché, magnifique univers du travail sous-payé où vous n'êtes pas obligé(e) de porter ces horribles talons hauts qui déforment la colonne vertébrale plus vite qu'une longue carrière assise face à un écran plat comme un mec.
Madame Benbassa, qui n'est pas n'importe qui quoiqu'elle se farde outrageusement, sénatrice écolo et directrice au CNRS, a habilement montré que le port de la minijupe est aussi aliénant que le port du voile, pas parce qu'elle ressemble plus à un pot à tabac qu'à une poupée de studio, mais parce ses fonctions exigent qu'elle récite le catéchisme du moment et explique, avec un total mépris de l'oxymore et de la contradiction, que le voile n'est pas aliénant.Mais ma minijupe si.
Comme me le racontait un ami : « Le port de la jupe ou du pantalon, dépend du climat. J'ai personnellement porté la jupe (en dehors des heures de travail ...), dans des pays chauds et humides : on est bien mieux comme ça.  Car la "jupe" est un pagne court : il me semble bien que les anciens Egyptiens le portaient sans string, et sauf erreur les premiers Romains aussi, du moins sans caleçon Eminence, les soldats ». Cet ami jugea bon d'ajouter l'anecdote suivante: « on a récupéré au matin un jeune, perdu la nuit dans la forêt canadienne. Habillé en jean, il avait tellement marché, qu'il avait l'entrejambe à vif : je lui ai donné de la pommade apaisante. Une "jupe" aurait été plus pratique qu'un pantalon serré, dans un environnement humide ! ».

Madame Benbassa n'a-t-elle pas raison de sous-entendre que la mode est une oppression masculine ? Inventée par les petits lutins lubriques que sont les hommes, ces violeurs professionnels des femmes, 1 ? Cette dame fait partie de l'Establishment, nommée par les Maires car Sénatrice. Elle est d'une coterie puissante, gauche écolo-Eminence. Son texte traduit les intérêts électoraux de cette coterie, et effectue un ratissage des votes potentiels.  Le linge de corps fait le moine pour le communautarisme bien sapé, et il faut respecter aussi le choix des bigotes juives crâne rasé (comme nos antiques nonnes) sous leur coiffe, qui pourraient bien acheter les mêmes étoffes que leurs collègues bigotes musulmanes : « Si des marques créent des collections «pudiques» pour des femmes qui, par revendication identitaire ou conviction religieuse, y trouveront leur compte, où est le mal ? Elles risquent même de tenter quelques juives orthodoxes, au moins aussi soucieuses de «pudeur» que leurs homologues musulmanes » (Benbassa dans sa Tribune permanente à Libération). Et pour celles ou ceux qui s'obstinent, ces cannibales, à faire des voilées des zéros, ils n'auront que toujours plus la mitraille du philosémisme  bcbg: « Les musulmanes pratiquantes n’auraient donc pas le droit de disposer librement de leur corps ? Et les juives pratiquantes, pourquoi n’en dit-on pas un mot ? Voilà un «féminisme» bien sélectif. Mme Badinter déclarait il y a peu qu’«il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe». Qui, aujourd’hui, oserait déclarer qu’«il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’antisémite» ? » (la même). Et toc. Fermez le ban du débat qui « fait le lit de la haine ».
même si les plus évolués n'éprouvent aucun désir pour les femmes
La meilleure réponse à la mère Benbassa est encore celle de Fourier (18 e siècle) : «  L’esclave n’est jamais plus méprisable que par une aveugle soumission qui persuade à l’oppresseur que sa victime est née pour l’esclavage ».

Frustrés de tous les pays unissons-nous pour mettre la main au cul de ce gouvernement de maquereaux !

MERCI FOURIER !

CHARLES FOURIER S'ETAIT DEJA MOQUE DE L'HYPOCRISIE BOURGEOISE DE NOS MORALISTES DE GOUVERNEMENT, DES INTELLETUELS DE GOUVERNEMENT ET DE LEURS AMIS GAUCHISTES
(au nom de la protection des femmes on se moque de la libération de l'humanité hétérosexuelle)

 Dans l’Harmonie où personne n’est pauvre et où chacun est admissible en amour jusqu’à un âge très avancé, chacun donne à cette passion une portion fixe de la journée et l’amour y devient affaire principale ».

Charles Fourier écrit dans la Théorie des quatre mouvements et des destinées générales : « Les progrès sociaux et changements de période s'opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté ; et les décadences d'ordre social s'opèrent en raison du décroissement de la liberté des femmes. »

« Les deux sexes sont dupes car si on ne découvre pas la destinée sociale des femmes, on manque par contrecoup celle des hommes. »

 Nos régénérateurs ont opiné à proscrire en plein la passion la plus apte à former les liens sociaux, ils ont restreint au minimum le lien amoureux » (p. 188). Pour lui, « les hommes aiment tous la polygamie et […] les dames civilisées tant soi peu libres aiment de même la pluralité d’hommes » (p. 187). Et pourtant, Fourier fustige l’hypocrisie de la bourgeoisie qui sous couvert de moralité, pratique toutes les perversités : « il n’est pas de délassement plus attrayant pour la bourgeoisie que ces parties carrées ou sextines où l’on troque si lestement femmes et maris » (p. 97). Fourier attaque bien sûr le mariage : « Le mariage, au contraire, est tout au désavantage des gens confiants ; il semble inventé pour récompenser les pervers. » ; « Un riche mariage est comparable au baptême par la promptitude avec laquelle il efface toute souillure antérieure » (p. 119 et 139/140). Il imagine même des « incestes et fornications spéculatives. Tel préfère, à égalité de dot, la famille qui a beaucoup de filles, parce qu’une fois installé chez elle à titre de beau-frère, il se formera aisément un sérail des belles-sœurs et de leurs amies » (p. 143). Tout conspire à piéger le célibataire dans le mariage : « La politique l’excite parce qu’elle sait que le célibataire incline à l’insouciance, et qu’il ne deviendra soucieux qu’à l’aspect d’enfants talonnés par la famine. » […] « Ainsi tout concourt à couvrir le piège de fleurs : ceux mêmes qui y sont tombés et qui s’en désolent en secret y entraînent le célibataire, soit pour placer une de leurs filles, soit par jalousie de le voir à l’abri des ennuis conjugaux. » (p. 144). Fourier fulmine contre la pratique de légitimation automatique des enfants

Il s’en prend également à la répression sexuelle dont sont victimes principalement les femmes : « La jeune fille n’est-elle pas une marchandise exposée en vente à qui veut en négocier l’acquisition et la propriété exclusive ? » (p. 100).

Il reproche aux « femmes savantes » de s’être consacrées aux sciences plutôt qu’à la cause des femmes (dixit Benbassa): « L’esclave n’est jamais plus méprisable que par une aveugle soumission qui persuade à l’oppresseur que sa victime est née pour l’esclavage » (p. 114.) Un paragraphe étonnant :

« un jeune homme [qui] fut poursuivi devant les tribunaux de France pour avoir violé 6 femmes de l’âge de 60 à 80 ans (et sans doute il en avait violé bien d’autres qui ne furent pas connues). Le procès fut relaté dans tous les journaux et le délit était des plus pardonnables vu que les victimes étaient d’âge exempt de critique et de grossesse. On condamna le délinquant [et peut-être eût-il été plus sage de distribuer des parcelles de ses vêtements en guise de reliques pour propager le bon exemple]. Il est évident que ce jeune phénix agissait par besoin, que le besoin en ce genre chez les hommes et femmes peut être poussé jusqu’à l’urgente nécessité aussi bien que celui de nourriture ».

Fourier ne méprise pas le besoin d’amour sensuel, qui doit être satisfait en toute circonstance. La condamnation à la privation d’amour matériel est un châtiment cruel pour les jeunes filles pauvres qui, ne pouvant trouver de mari, sont à la merci des séducteurs ou des barbons, mais aussi pour les vieillards, méprisés de tous et obligés d’acheter l’amour, ainsi que pour les femmes mariées non satisfaites, dont la lubricité se trouve élevée à l’excès par l’absence d’amour matériel, qui fausse leur jugement.
Les absurdités du mariage civilisé sont innombrables. Il est cruel d’obliger deux personnes à vivre et à rester ensemble, quels que soient leurs sentiments l’un pour l’autre. Même l’amour tourne généralement à la monotonie, voire à la haine, et le cocuage est un destin inévitable, auquel chacun ne peut que s’adapter. L’ennui de la vie conjugale pousse les maris à déserter le foyer conjugal et à fréquenter cafés et lieux publics. L’universalité de l’adultère prouve l’hypocrisie des principes de la Civilisation. Le mariage bride notre penchant à la polygamie : « La fidélité perpétuelle en amour est contraire à la nature humaine ».
« Dans l’Harmonie où personne n’est pauvre et où chacun est admissible en amour jusqu’à un âge très avancé, chacun donne à cette passion une portion fixe de la journée et l’amour y devient affaire principale » (p. 219) : voilà un philosophe qui veut nous faire baiser comme on va pointer à l’usine ! Ne croyons pas si bien dire : il règle la journée de façon stricte, avec un bal de trois heures chaque soir, mais sans perdre de temps à se « falbaliser », sans quoi « pour peu qu’il durât, comment pourrait-on, le lendemain, retourner au travail avant le lever du soleil ? » (p. 225). Sa société n’est pas (encore) communiste : voici la façon étonnante dont il répartit les richesses : « Si une femme opulente a aimé dans sa vie 50 hommes avec passion ardente et de manière à passer quelque temps avec chacun d’entre eux, elle ne manquera pas de leur faire des legs en testament » (p. 230).

Quelques propositions amusantes

D’autres plus judicieuses, comme le fait que « nos coutumes de mariage et autres étant oubliées, leur absence donnera lieu à une foule d’innovations amoureuses » (p. 219). Mais ces innovations accouchent d’une souris : « Les polygynes ont la propriété de se créer un ou plusieurs « pivots » amoureux. Je désigne sous ce nom une affection qui se maintient à travers les orages d’inconstance » (p. 232). On relève quand même une apologie de la backroom communiste avant la lettre : « Je ne connais rien de plus remarquable qu’une association de Moscovites  (sic de JLR) (j’en parle par ouï-dire) nommée le club physique. Les associés, admis par un concierge qui les connaissait (les initiés), se déshabillaient dans un cabinet et entraient nus dans la salle de séance, qui était obscure et où chacun palpait, fourrageait et opérait au hasard sans savoir à qui il avait affaire » (p. 255). Fourier évoque aussi des « orgies », qu’il souhaite réglées comme du papier à musique par un « ministère de la cour d’amour » pour qu’elles n’aient rien à voir avec les « infâmes débauches de la civilisation » (p. 257). Il y aura aussi des « orgies de musées », qui procureront « seulement les plaisirs de vue et d’attouchement, ennoblis par le prestige de l’amour des arts et de la simple nature » (p. 258). Prévoyant, Fourier pense beaucoup aux vieillards : « la vieillesse avoue à l’unanimité qu’après la saison de l’amour il ne reste plus qu’une source de solide bonheur, la richesse » (p. 182). Il propose la création de « chœurs de mûres et de viriles », des « tempérées » et « révérendes », selon les âges, et ces chœurs seraient tellement prestigieux que des femmes préféreraient se vieillir pour y être acceptées. Il propose une sorte d’apologue utopique : « Urgèle et Valère », lui âgé de 20 ans, elle de 80. Elle le séduit grâce à son poste de – sans rire – « haute matrone, ou hyperfée de l’armée du Rhin » (p. 250). C’est l’anti-Alcibiade, mais quel ridicule ! Fourier pense aussi aux « disgraciés » : « Les couples angéliques s’exciteront respectivement aux œuvres pies et s’il se trouve dans la contrée quelque individu accidentellement disgracié de la nature […], l’ange et l’angesse leur feront religieusement l’offre de faveur et en recueilleront d’autant mieux les bénédictions publiques assurées à leur fonction » (p. 236). Quand Fourier entre dans le détail de ses propositions, cela tient du délire, et l'utopie sexuelle si bien réglée n'a plus rien à voir avec la libération possible dans une société à venir, mais tiens de la perversion de l'homme encore prisonnier d'une société de classes ! Si les choses ne se font pas dans les règles qu’il propose, l’austère utopiste – pépé pervers - parle d’« ignoble jouissance purement animale » (p. 240). L’ouvrage se termine par un étonnant chapitre sur l’inceste, où l’on apprend que « toutes les tantes prennent les prémices des neveux et qu’il est de règle dans la bonne compagnie que les prémices d’un jeune homme appartiennent de droit à sa tante ou à la soubrette » (p. 261). Entre oncles et nièces, Fourier voit un « inceste mignon », mais se refuse, par prudence, à prôner l’inceste en Harmonie : « [l’Harmonie] ne procédera que par degrés sur les innovations religieuses et morales qui heurteraient les consciences, par exemple sur l’inceste, quoiqu’il soit de règle d’autoriser tout ce qui multiplie les liens et fait le bien de plusieurs personnes sans faire le mal d’aucune » (p. 264). Il y a à boire et à baiser chez Fourier, mais il décoiffe en nos temps de retour des pères-la-morale !
- Lire une étude érudite des utopies anarchistes de l’union libre post-fouriéristes, par Michel Antony.
- En 2013, réédition par les éditions Finitude d’un texte de Nicolas Edme Restif de La Bretonne, extrait d’une nouvelle elle-même extraite d’un recueil intitulé Les Contemporaines, sous le titre trompeur Nouveau moyen de bannir l’ennui du ménage. Chez ce précurseur de Charles Fourier il s’agit de créer des sortes de phalanstères de vingt ménages, mais dans les faits, on reproduit dans ces micro-sociétés les processus de domination à l’œuvre dans la société ; on utilise des domestiques pour procéder aux travaux dégradants, et si la question de l’échangisme est posée, elle est aussitôt résolue de façon conservatrice.
- Il existe une autre version conservatrice et réac dans le camp de la gauche caviar, c'est la pigiste Marcela Labub, qui a été jusqu'à coucher avec DSK, en espérant en faire un best-seller, et dont les propositions, radicales apparemment avec le même pathos que le gauchisme sont carrément réacs : faire payer à tous le bordel, nationaliser en quelque sorte la prostitution :



« [le gouvernement actuel] pourrait interdire la prostitution, mais pallier la demande à laquelle elle répond par la création d’un service sexuel gratuit et public comme le don du sang et du sperme. » Ce « Service Public Sexuel » ou « SPS » serait inspiré de la « solidarité sexuelle sociale » . Marcela Lacu 
« La société ne doit-elle pas à ses membres non seulement une vie digne, un emploi, une santé, la possibilité d’exprimer leurs idées et de profiter des biens culturels mais aussi de satisfaire leurs désirs sexuels ?
Mais lire quand même ici : http://www.gazogène.com/?p=2790 : La propriété de son corps et la prostitution


1Deux remarques (internaute anonyme):
- à ma connaissance, il n'y a pas de femme à laquelle une minijupe ou autre vêtement découvrant ait été imposée par un tiers au nom d'une idéologie; ce n'est pas le cas du voile islamique; 
- le port de la minijupe n'est pas lié à une idéologie dont certaines tendances extrémistes ont une volonté affichée de s'imposer à tous; ce n'est pas le cas du voile islamique; 
- la naissance de la minijupe s'inscrit bien au départ dans les mouvements féministes des années 50 à 70 (comme le topless sur les plages), qui défendent une plus grande égalité entre hommes et  femmes, une libération de ces dernières. Il ne me semble pas que le port du voile s'inscrive dans un mouvement généralisé de la libération des femmes dans la société des anciennes emprises patriarcales (et les mouvements laïques des pays musulmans lors de la naissance de leurs états confirment ce fait).
Donc, placer les deux sur le même plan, au prétexte qu'il existe des contraintes visibles ou non dans les deux cas revient à une faire une "analyse" sociologique qui ignore complètement le contexte social, c'est-à-dire précisément ce que la sociologie est censée étudier. 

mardi 5 avril 2016

IL Y A PLUS D'HUMANITE DANS UN COMMISSARIAT FRANCAIS QUE DANS UNE DISCUSSION ENTRE GAUCHISTES


« Nous pouvons affirmer, sans grand risque de nous tromper, que l'étudiant en France est, après le policier et le prêtre, l'être le plus universellement reprisé. Si les raisons pour lesquelles on le méprise sont souvent de fausses raisons qui relèvent de l'idéologie dominante, les raisons pour lesquelles il est effectivement méprisable et méprisé du point de vue de la critique révolutionnaire sont refoulées et inavouées. Les tenants de la fausse contestation savent pourtant les reconnaître, et s'y reconnaître. Ils inversent ce vrai mépris en une admiration complaisante ».
Mustapha Kayati (brochure situationniste de 1967)




Résumons le problème des 50 dernières années pour la révolution. Qu'est-ce qui empêche la révolution, la prolétarienne - la seule vraie, la seule sérieuse sans utopie pour faire cesser la folie du monde - de préoccuper en premier lieu l'immense majorité des prolétaires ? Les fins de mois difficiles ? Pas toujours. Ma femme qui m'a trompé avec un bourgeois ? La révolution ne sera pas un lupanar et la classe ouvrière n'ira pas au paradis. Le rêve consumériste ? Pas vraiment ? Le crédit ? Au contraire la révolution procédera à un moratoire des dettes, et licenciera les banquiers. Les corporatismes syndicaux ? Pas vraiment tant que fonctionne l'assistanat, qu'on ne meurt pas de faim en France, et que les « partenaires sociaux » se concèdent des augmentations paritaires périodiquement, certes outrageusement inégalitaires versant patronat, et qu'on laisse le chômeur se culpabiliser lui-même dans sa solitude. Les promesses des partis politiques ? Vous voulez rire ? Les élections ? Vous vous moquez de moi !

Non le véritable obstacle à la révolution, défendu avec brio par la droite bourgeoise, la gauche bourgeoise et son parti stalinien en tête, le voici brut de fonderie et inaltérable : une révolution c'est sanguinaire ! Une « aventure sanguinaire », vous allez savoir de la part de qui. C'est même équivalent à une guerre, répétait naguère et jadis ma belle-mère qui ne connaissait l'histoire ni d'avant ni d'après. Tous nos terroristes en herbe d'un marxisme ringardisé anarchisme, néo-althussérien (Al tu sers à rien!) parlent d'un temps qu'ils ne peuvent pas connaître, où il était possible de n'êtrepoint encore trépanés par la sotte idéologie terroriste de donneurs de leçon en chambre de « principes de classe », gradés de l'inévitable « violence révolutionnaire » qui ne saurait transiger avec la platitude des pacifistes réformards (ouf!). Ils ne connaissent nos bambins de l'émeute de rue, nos lycéens intransigeants avec la barbarie du monde, habités de cette jouvence révolutionnaire, que la pose antifa, précieuse garantie de non conformisme, et cette haine primaire du flic de base, font jouir au parfum des lacrymos et à l'odeur de la poudre...d'escampette. Une de leurs idoles papy Rouillan n'a-t-il pas eu le courage de dire que les tueurs terroristes étaient « courageux »... de tirer dans un tas de civils sans armes. Le principal leader bobo-trostko-Besanceno n'a-t-il pas dîné avec le diable qui effraie encore tous les patrons de Navarre et du plat pays du Nord ? Une poignée de derniers dinosaures bordiguiens n'assure-t-elle pas que les attentats de daech sont une annonce du revival de la « guerre de classes » ? Ou il n'y aura qu'une lame de couteau entre le « terrorisme révolutionnaire » et le « terrorisme de peuple opprimé ».
Ils portent tous le tee-shirt Guevara, le Vichinsky cubain chargé d'exécuter par centaines, en tant que « ministre de l'intérieur » (du stalinisme), les opposants politiques ou tous ceux qui cachaient un drapeau étoilé dans leurs caves. Les parents de nos nouveaux « anarchostaliniens » - rois putatifs éphémères du gauchisme tiers-mondiste n'avaient-ils pas tant aimé défiler avec la tronche du général Ho Chi Minh, et des maréchaux Lénine-Staline-Trotsky, avec la géniale inscription : « le pouvoir est au bout du fusil » - quoique ce ramassis de has been nous fasse pitié avec leur reconversion dans l'écologie gouvernementale et leur compréhension paternaliste de tout ce qui « s'indigne » (en 68 c'était « tout ce qui bougeait »).

Pourquoi leur jeter la pierre aux « jeunes » (meneurs bobos mégalos) de penser qu'une révolution, une vraie, c'est violent . Persuadé comme eux que la classe dominante, telle Bill Gates, ne va pas distribuer sa fortune colossale (dont nous les prolétaires ne voulons pas sous sa forme argent ou immobilière), et qu'il faudra la contraindre à sortir de ses blockaus dorés, je ne pense pas, malheureusement pour nos lycéens puristes khmers rouges ou cet idiot de Trostky, que tous les moyens soient bons. Désolé, je préfère mille fois l'absence de révolution à une révolution qui implose en règlements de compte sanguinaires et où la classe ouvrière « prendrait la place » de la bourgeoisie pour affirmer sa « terreur révolutionnaire ». Sur le sujet, l'historiographie bourgeoise et les journalistes superficiels, sont gagnants à tous les coups, bains de sang inoubliables : 1793, révolution française (quoique bourgeoise) ; 1871, la Commune de Paris ; 1917, révolution bolchévique ; 1937, guerre d'Espagne si cruelle... Oubliant évidemment de balayer devant les mausolées aux deux grandes boucheries mondiales. Mais sur l'analyse, l'étude et des conditions de l'exercice de la violence en temps de révolution prolétarienne, personne ne vient contredire les doctes moralistes bourgeois qui ramènent l'essentiel des révolutions à des tueries ; surtout pas le discours du gauchiste moyen sur la Toile qui promet que la révolution sera « impitoyable » et que « c'est un principe qui ne se discute pas » (un petit coco arrogant et sûr de ses acquisitions « marxistes », m'a répliqué que voter à gauche de la part d'un policier ne signifie plus rien – il faudra tous les descendre – et donc les mettre dans le même tas que ceux qui votent FN).
L'anarchiste de base est en tout point d'accord avec l'historien bourgeois réac et révisionniste : une révolution c'est sanguinaire, on n'épargnera aucun des bourgeois, on trucidera tous les flics et pourquoi pas aussi leurs femmes même si elles nous hurlent qu'ils sont aussi des prolétaires.

On est là au cœur de la propagande planétaire de la bourgeoise avec son utilisation intensive, surmédiatisée du terrorisme islamique. Aucun groupe politique à prétention révolutionnaire n'a eu le courage politique, se fichant du qualificatif de pacifiste par le terrorisme intellectuel germanopratin, de dénoncer cette hystérie largement partagée ; excepté le CCI, cf. l'article du regretté Marc Chirik « Terreur, terrorisme et violence de classe », moquant des Duces qui, du haut de leur petite taille, et après avoir été porter plainte au commissariat du coin pour le vol de leur ipod ou ipad, échafaudent les principes invariants de la « terreur de classe », au souvenir de Couthon sur sa chaise roulante.
Quelle joie pour la classe régnante « démocratiquement » que les supplétifs du gauchisme avarié viennent plaider pour un même type de terreur contre les populations « récalcitrantes », quelles qu'elles soient, quand toute cette ribambelle de marginaux ingouvernables s'imagine un jour au pouvoir.
Hier, post-68 c'était pénible et assez insoutenable de soutenir qu'une révolution c'est forcément violent mais pas nécessairement un holocauste. Je me souviens m'être opposé cent fois aux militants staliniens qui dénonçaient « l'aventure gauchiste », le « vous voulez un bain de sang bande de petits cons » ; ou ce collègue vieil ouvrier : « ah ouais vous avec barbouillé Pasteur dans la cour de la Sorbonne, mais, bande d'imbéciles, Pasteur a apporté plus à l'humanité que vous ne lui apporterez jamais avec vos pots de peinture » (salut à toi Jean Delannoy, ami d'enfance de Line Renaud, si tu es encore de ce monde). Avec le recul, oui mon vieux collègue Jean et les militants staliniens avaient raison, et nous étions trop immatures et trop ignorants de l'histoire pour ne leur opposer que notre naïveté dans une main et un pavé dans l'autre.
Ce n'est pas de leur faute à nos lycéens « anarchostaliniens » ou lycéens éternels, me direz-vous. Je le concède et que le premier qui ne s'est jamais trompé de bulletin de vote leur jette la première urne en bois. Je concède en effet que ces divers jeunots gauchistes radicaux, indignados de première, sont là pour nous amuser ; la vie politique bourgeoise est si morne. Il suffit de lui montrer un CRS pour que le lycéen hurle : voilà l'ennemi !
Il suffit de leur montrer un étudiant qui se prend un vulgaire coup de poing dans le pif par un flic pour que la toile s'enflamme. Pauvre chéri, dans les années 1950 les CRS tuèrent des ouvriers ; tu vivrais au pays de l'antiracisme outre Atlantique, c'est une balle dans la peau qui t'attendrait. Nous sommes plusieurs à avoir pris des coups de la police en manif ou en grève depuis des années, jamais la toile ne s'est enflammée pour nous, et la pharmacienne du coin a fait le boulot de consolation. Le plus scandaleux n'est pas dans la violence inévitable du mercenaire d'Etat, mais dans l'esquive de l'Etat. C'est Cazeneuve qui méritait une baffe en guise de remerciement pour sa lâcheté à balancer le lourd appareil judiciaire sur un vulgaire lampiste ; comme pour la mort d'un marginal écolo tué par une grenade en pleine poire, l'Etat, ses ministres et ses journalistes mènent campagne contre un de leurs exécutants de base. C'est pas nous c'est lui, cet idiot de flic de base qui a commis une « bavure ». C'est la même esquive avec les paradis fiscaux de Panama que Big Brother procède, où le « président de gauche » caracole qu'il a toujours eu raison de dire qu'il n'aimait pas « la finance », alors qu'il est assis dessus, et que nous les prolétaires pauvres on se fout d'une poignée de milliardaires, planqués à l'abri d'immenses couches petites bourgeoises profiteuses des miettes de l'or capitaliste.
La violence physique et permanente du système est chloroformée dans la conscience des prolétaires par l'accumulation des mensonges déconcertants, où tous les chats sont gris.

LA POLICE A changé...


Dur métier que celui de policier de nos jours. Pourtant, vu le chômage de longue portée, ils sont nombreux les jeunes prolétaires à faire la queue aux centres d'embauche, comme aux centres de recrutement pour l'armée ; pas pour l'amour de la fonction, mais parce qu'il y existe une paye décente et une garantie de durée dans l'emploi. Lors d'une garde à vue, menotté, un officier de police, qui fût tout à fait correct avec moi, m'en boucha un coin : « mais monsieur, moi aussi je suis un prolétaire et mon père était ouvrier ». Adoptant profil bas, je n'ai pas osé lui répliquer : « d'accord mais alors on verra si vous êtes vraiment un prolétaire, le camp que vous choisirez au moment de la révolution ».

Partout il est filmé, plus qu'une vedette de cinéma en train de traîner à Conforama. S'il passe dans les allées d'Auchan, on va considérer que c'est un feignant en vadrouille, alors qu'il est venu acheter des plats cuisinés en boite pour cinq types en garde à vue. Il est tenu régulièrement d'assister à des stages de déontologie où la leçon de morale importe plus que le maniement de la matraque télescopique. Si la photo ou le film d'une « action un peu dure » apparaît sur la toile, il peut mettre une croix sur sa carrière. La presse gouvernementale le dénonce chaque jour ou se moque de ses maladresses en compatissant avec ses agresseurs, lycéens cagoulés et persuadés que se faire un flic est le summum du premier acte fondateur révolutionnaire (pendant que son pote prendra un selfie pour le montrer aux copines), ou salafistes excités en pyjama ; le plus pitoyable exemple récent de la connivence antiraciste institutionnelle est celui de la manif annulée des « fachos » belges en région bruxelloise où la racaille pro-daech, leur succédant, est venue lancer des pierres sur les policiers, ceux-ci répliquant mais... à la grande indignation des journalistes.

Au cours de ma carrière dans le service public j'ai assisté plus d'une fois à des agressions et altercations populaires, d'une certaine catégorie de populations de banlieue, aux cris odieux et barbares contre des flics venus faire des constats ; je vous laisse à penser auprès de qui aurait penché mon soutien si cela avait dégénéré.

La police s'est humanisée, avait triomphé le blaireau Sarkozy. C'est un peu vrai. Dans les commissariats on trouve maintenant des « pédés » et des « gonzesses » en uniforme ; je me souviens avoir vu tomber mon dentier lors d'une gay pride à Paris, voyant passer le char de la Préfecture de police avec ses « folles » je hélai une policière qui les saluait :
  • c'est vos collègues ?
  • Oui, me répondit-elle, comme une évidence.
Je m'éloignai en secouant la tête dubitativement. Cependant, j'insiste là-dessus, en pays développé c'est une petite révolution réformiste en interne, qui, certes ne change pas dans le fond la police, j'ai vu des policiers, femmes ou peut-être homos - (attention je ne traite pas ici tous les policiers de « pédés » ou de « sales nègres », ce qui était le fait des milices syndicales du PCF dans les années 1970) - capables de frapper aussi violemment des interpellés que leurs collègues de genre classique, ces héritiers involontaires des ex-violeurs de femmes d'ouvriers pendant la Commune de 1871, ces assassins d'immigrés égarés en France ou enculeurs de mouches pédérastiques.

LES GAUCHISTES N'ONT PAS changé...


Un peu néophyte sur le terrain des forums de discussion, j'en ai trouvé un très intéressant où les insultes ne prennent pas le dessus et où le principal animateur a l'autorité et l'intelligence de bien le cadrer, et qui permet, divergences ou pas de discuter d'un point de vue « de classe » sans a priori et en restant très intolérant avec les anathèmes. Même dans le cas d'une discussion mal engagée.
La mise en route avait commencé par la republication d'un post, photographie de policiers italiens qui avaient ôté leurs casques face aux manifestants en décembre dernier (non celui de 2013), la date n'étant pas précisée.
L'introducteur voulait sans doute simplement ridiculiser le clown pacifiste et électoraliste Peppe Grillo, mais révélait une opinion quelque peu moisie sur la nature de la police, suite à une interpellation (non policière) d'un lecteur capable de discerner face aux vieilleries et clichés du mouvement ouvier: « je vous trouve trop généraliste, il existe forcément des flics qui refusent de tabasser des manifestants ,etc. mais en très petite quantité, infime ».
La réponse était de facture très classique : « Parce qu'ils sont les chiens de garde de la bourgeoisie. Ils ont pour fonction de défendre l'Etat et les rapports de production en place. C'est pas le cas d'un travailleur de chez Dassault, qui comme ailleurs produit de la plus value ».
Un autre s'opposait aussi à cette vision trop classique : « Mais dans les deux cas ce sont les intérêts des employeurs qui s'opposent aux nôtres, alors pourquoi ne pas parler aux flics comme des travailleurs de la fonction publique (ce qu'ils sont) pour tenter de les joindre à notre cause le jour où le contexte économique et social sera propice à la révolution ? ».
Il lui est répondu : « Un flic est un flic... Il est payé pour faire respecter l'ordre bourgeois. Comme un juge... autant la propagande dans la troupe me semble réalisable, autant chez les flics, je n'y crois pas, même si dans l'action révolutionnaire, une partie peut nous rejoindre. N'ayez pas d'illusions, il suffit de voir le rôle de ces ordures au Chili, transformés en tortionnaires de masse. Ces mecs fusilleront du prolo dans la révolution, bien avant que certains changent de camp. C'est l'essentiel à retenir ».

Robin Goodfellow prend la parole à son tour : « Le problème de ce post, c'est qu'il balance un article de 2013, sans contexte, pendant le mouvement des Forconi, qui est assez comparable aux bonnets rouges. Que les flics se solidarisent avec les petits patrons artisans et commerçants n'engage aucune incidence envers un mouvement prolétarien. »

Mais la discussion semble cesser là, et je n'y retrouve plus mes propres remarques, censurées ?

Dommage, cela pouvait permettre enfin un début de réelle discussion sur un sujet sensible, qui est l'arlésienne du gauchisme ou plutôt sa honteuse arrière-pensée car cette idéologie est profondément anti-révolutionnaire, étrangère à notre grande Rosa (« la révolution abhorre le meurtre »), et qu'il faut nous attacher à notre époque à montrer que les grands moments, les grandes avancées de la révolution ne dépendent pas de la quantité de terreur, ni ne sont responsables des dérapages de classes ennemies ou de fous furieux. Et je me contenterai pour finir de souligner que si la domination de la bourgeoisie se perpétue, les formes en ont changé, pas forcément à son avantage malgré la modernisation électronique et antiraciste.

La tradition du mouvement ouvrier disait : nous ne pouvons compter que sur la désobéissance de l'armée, prolétaires sous l'uniforme tu restes un travailleur !
C'est fini, armées de métier partout.
La tradition du mouvement ouvrier disait : « armement du prolétariat ».
C'est fini, on ne peut pas laisser courir n'importe comment les armes.
La tradition du mouvement ouvrier disait : « les flics sont nos principaux ennemis ».
La tradition avait déjà tort, les principaux ennemis sont les institutions bourgeoises, partis et syndicats. C'est grossièrement pas faux, mais insuffisant.
Pour inverser un argument d'un participant qui disait que le retournement de flics pendant la révolution en notre faveur serait minime, j'ai envie de préciser que pour encadrer une aussi vaste population de prolétaires en révolte, les contingents de flics sont trop « minimes » pour suffire à terroriser et ramener à l'obéissance les immenses foules modernes.
Ou alors qu'on m'explique pourquoi Mussolini a créé les chemises noires et Hitler les SA.

J'ai la réponse, vous faites pas de bile, révolutionnaires de salon : parce que les flics ne sont pas assez nombreux et souvent plus proches de la population travailleuse que les militaires d'aujourd'hui !
Et, dissertation pour tous: en Russie en 1917, qui a remplacé la police et la police bolchevique (composée en partie d'anarchistes sincères) a-t-elle eu tort de réprimer le terrorisme des anarchistes? en Espagne en 1936, alors que la police avait été liquéfiée comme institution bourgeoise, qui a fait la police? (je vous glisse la réponse à étayer: les caïds staliniens et les petits dictateurs anarchistes)

(je reviendrai sur le sujet dans mon book sur la guerre d'Espagne et vous verrez que l'histoire se rit des simplismes et qu'un type en uniforme peut être parfois plus humain qu'un civil pervers).

Pas mieux en Russie, malgré le renversement de l'Etat bourgeois, merci à  Marc Rochera  pour l'info depuis face book:
"Le 25 octobre 1918, le Comité central du Parti bolchevique discuta d'un nouveau statut de la Tchéka. Boukharine, Olminski et Petrovski, commissaire du peuple à l'Intérieur, demandèrent que fussent prises des mesures pour limiter les « excès de zèle d'une organisation truffée de criminels et de sadiques, d'éléments dégénérés du lumpenprolétariat ». Mais bientôt, le camp des partisans inconditionnels de la Tchéka reprit le dessus. Y figuraient, outre Dzerjinski, les dirigeants du Parti Sverdlov, Staline, Trotsky et Lénine".

dimanche 3 avril 2016

ESPAGNE 1936: LE MARIAGE DE L'ANARCHISME ET DU STALINISME

Extraits de mon livre à venir : "Inventaire d'une fausse révolution" (titre non définitif, j'hésite avec celui-ci: "Les anarchistes ont eu raison d'entrer au gouvernement pour mettre fin au chaos", ou "La révolution est-elle obligée d'être un cauchemar sanglant?")

(...) Dans l'historiographie militante ou les tonnes d'articles commémoratifs on ne raisonne qu'abstraitement en termes de classes, de partis, d'événements guerriers, on perpétue la dénonciation des crimes du camp d'en face (au nom de l'omerta de l'union nationale ou d'une solidarité de camp révolutionnaire aveugle) mais jamais on ne reconnaît que des crimes équivalents ou pires se produisent dans la camp de ce qui est présumé être une révolution ! Poids d'un marxisme anti-humaniste stalinien ? Un solide véritable anarchiste ou bolchevique confirmé ne saurait s'émouvoir comme un vulgaire pacifiste des litres de sang versé, même innocemment ? Pouvait-on se permettre d'aller à l'encontre de foules sanguinaires qui applaudissaient l'hystérique Dolorès Ibarruri ? Au risque de se faire traiter de « fasciste » ?
Quand le 16 octobre 1986, reprenant Madrid, surgissent les brigades internationales décaties, déguisés en soldats avec béret de travers, commissaires politiques à la retraite regard acéré et verbe haut, les hérétiques du Poum et les irresponsables de la CNT, ce n'est plus qu'un théâtre d'ombres :
« Il y a là toute la gamme des vieux croyants du stalinisme, des demi-dévôts et des demi-hérétiques, des amnésiques et des « retournés » mais tous communient dans ce sentiment d'urgence car le glas sonnera bientôt ; il y a cette inquiétude quant à leur trace dans l'histoire qui les travaille tous : qui comprend vraiment aujourd'hui encore ce que fut notre Espagne, combien notre cœur était aussi pur que fut sale l'assassinat de Nin, combien nous étions désemparés de lire les aveux extravagants de Boukharine tandis que nous attendions l'ennemi dans les tranchées, combien tout ceci fut compliqué, combien il y avait de la lumière dans cette obscurité... Etions-nous des mercenaires, comme ceux de l'autre côté, des fantassins de l'Empire du Mal, comme on dit maintenant ? »1.

Les violences sanguinaires de ce qui est présenté comme la dernière plus grande révolution impliquant au premier plan la classe ouvrière et les paysans, et d'un monde qui n'a plus connu de tentative révolutionnaire de ce type, sont restées plus ou moins dans la mémoire des générations qui ont vécues après la guerre mondiale, au point que la barbarie de cette dernière reste confondue avec la dite « révolution espagnole », et par conséquent le vulgum pecus vous dira sa certitude que guerre et révolution c'est kif kif. Dans le cas de la guerre d'Espagne, cet ignorant n'a pas entièrement tort et que Orwell a parfaitement résumé après avoir compris combien on l'avait berné avec « la révolution espagnole » : « Nous sommes dans une étrange période de l'histoire où un révolutionnaire doit être patriote et où un patriote doit être révolutionnaire »2.

Trois types d'explication peuvent être avancées pour expliquer, justifier ou minorer les massacres de civils lors des premiers mois qui suivent les insurrections des ouvriers pour défendre la République :
  • l'explication la plus courante, républicaine et stalinienne : les ecclésiastiques opprimaient le peuple sans vergogne aux côtés des dictateurs successifs, donc, sans cautionner à l'international, gouvernements et partis politiques pouvaient laisser faire ;
  • la version du touriste Hemingway3 : les espagnols sont des primitifs dont la passion pour la corrida confirme la cruauté, un pays où se marie civilisation et barbarie ; cet exotisme tend à falsifier également l'histoire, en excusant les antifascistes comme les fascistes, qu'il est utile que ce roman illisible reste à la devanture toutes les librairies du monde.
  • Un manichéisme de situation de guerre à prétention révolutionnaire, ignoré par les historiens, où ils évitent de corréler les violences à la situation de guerre aux frontières ; la propagande stalinienne n'a pas cessé de proclamer que pour la première fois de l'histoire une armée, celle de Franco, s'en était prise aux civils, oubliant les monstrueux crimes de civils côté républicain4.
(…) LA MYSTIQUE DE SARAGOSSE

DEUX ARMEES MERCENAIRES AU DEBUT

Comme dans toute guerre impérialiste un rempart de mensonges est vite échafaudé côté républicain. De faux espoirs d'abord, l'ABC républicain de Madrid tente de persuader ses lecteurs que les Maures ne veulent pas venir lutter en Espagne sous les ordres de Franco et que l'Etat légal a promis de leur restituer la mosquée de Cordoue, quand le même jour l'ABC de Séville réplique par une allocution du caïd Soliman el-Jatabi, favorable à Franco5. Les faubourgs ouvriers ont été « nettoyés » à la grenade et au couteau.

LES TERRIBLES MAURES

Il est un des rares à le rappeler, l'historien Bennassar souligne que « les Maures sèment la panique » au début du pronunciamiento6. Quand éclate la Révolution de 1934, ou Révolution des Asturies, la région minière du Nord de l’Espagne qui s’est soulevée contre Madrid, le gouvernement républicain de droite commence par faire appel à l’armée régulière pour étouffer l’insurrection. Mais la grève révolutionnaire lancée par les syndicalistes de la CNT et de l'UGT ne peut pas être matée. Les mineurs asturiens, très bien organisés, disposent de dynamite en abondance : ils ont vidé les arsenaux de la police, de la Guardia Civil et de l’armée, ainsi que les stocks de deux usines d’armement situées dans la région. En quelques jours, ils ont constitué une armée forte de milliers travailleurs baptisée « Armée rouge asturienne » (Ejército Rojo asturiano) ; on évoque 30.000 mineurs armés ce qui est certainement exagéré. Craignant que cette « armée rouge » ne marche sur Madrid, le gouvernement fait appel au jeune général Franco qui propose de faire appel aux troupes coloniales du Maroc. La répression par ces armées de métier est terrible. La Légion et les Regulares Marocains, dont la plupart sont des vétérans de la Guerre du Rif, ne font aucun quartier. Les légionnaires et les Regulares ont été incités par leurs officiers coloniaux à se montrer cruels et impitoyables ; ce « professionnalisme » sera utile deux ans plus tard pour ridiculiser à nouveau d'autres « armées révolutionnaires » improvisées. En quelques jours, deux semaines seulement après le déclenchement de l’insurrection, les principales villes des Asturies comme Oviedo et Gijon tomberont aux mains des troupes coloniales. Deux ans plus tard, quand le Caudillo Franco tente son coup d’Etat militaire contre la république échoue en Espagne, il fait à nouveau appel aux « maures », mais ceux-ci malgré leur cruauté, ne seront pas suffisants pour l'emporter une nouvelle fois et aussi rapidement que lors de la « révolution asturienne ». Il faudra faire appel aux mercenaires allemands et italiens et agréger à l'armée franquiste peu à peu tous ceux qui sont devenus les ennemis du camp républicain. On ne l'évoque pas, mais comme dans le camp républicain, il y a une militarisation de la société dans le camp franquiste, et les fonds de soutien sont autrement plus importants pour veiller à la solde du soldat « fasciste » et à ses divers collègues mercenaires7. Mais la condition des « regular » n'est pas très enviable. N'oublions pas que ce sont des colonisés, paysans affamés, dont l'encadrement des officiers est pour l'essentiel espagnol et qu'on leur promet plus ou moins l'autonomie, des défilés grandioses devant les généraux franquistes et une pension pour leur veuve. Le plus scandaleux, même si, comme pour les armées du camp opposé républicains ils sont amenés à commettre des horreurs, est sans contexte ce qui est gommé de la saga antifasciste par tous les partis staliniens d'Europe : une campagne nettement raciste du parti stalinien espagnol pour aviver le nationalisme hispanique dans la guerre. La presse républicaine les dénonce comme « hommes aux instincts bestiaux », ce qui permet – avec la méthode c'est toujours la faute à l'autre – de passer sous la table, au début de la guerre, les propres « instincts bestiaux » côté républicains lorsqu'on massacre gaiement civils « bourgeois » et « calotins ». Ce sont des regulares à la retraite qui confient longtemps après à un journaliste l'ignoble campagne dont ils ont été l'objet par le PCE, avec l'hystérique Passionaria : « Elle leur avait dit que nous allions les massacrer, violer leurs femmes et mutiler leurs enfants. Mensonges de « rouges ». Si la ville s'était rendue, il n'y aurait eu ni l'Université, ni la Jarama, ni Guadalaraja »8. L'attaque contre Madrid fut un carnage aussi terrible qu'inattendu. Les supplétifs militaires marocains n'avaient pas été formés au combat de rues où personne, à l'époque et chez les historiens, ne s'est jamais ému que des compagnies entières de tabors aient été décimées. L'effroi entretenu de l'approche des marocains égorgeurs et violeurs de femmes n'est pas moins hystérique que les bobars en 1914 tant en Allemagne qu'en France pour monter les troupes de prolétaires en uniformes les unes contre les autres. Un ancien regular tient à rappeler que c'étaient les « frères » des espagnols républicains, les officiers espagnols qui avaient autorité pour fusiller les prisonniers.
Je rappelle en passant que seule la revue Bilan et le groupe de Munis défendaient la nécessité de fraterniser aussi avec les « Maures », quand la bourgeoisie de deux côtés appelait à un autre type de fraternisation : l'exaltation de la mort pour la patrie. On mélange tout dans la propagande, on attribue aux soldats maures des massacres de la légion ; le massacre de Badajoz a été perpétré par des légionnaires. Sur radio Séville, Queipo de Llano, très écouté, détaille copieusement les atrocités réelles ou supposées du « Moro », « l'ennemi ancestral » qui débarque au cri de guerre traditionnel « Allahou Akbar » 9. Le parti stalinien accouple sans cesse la lutte militaire contre l'invasion : « des fascistes et des maures ». L'hystérique Ibarruri, dans son costume noir de bigote, en rajoute sans cesse : « sauvage, ivre de sensualité, qui s'abreuve des viols horribles de nos filles, de nos femmes, dans les villages qui ont été souillés par les fascistes (…), des Maures, amenés des douars marocains, du plus sous-développé des villages et rochers rifains »10. Pourtant, longtemps après, ces mercenaires maures, s'ils reconnaissent les atrocités qu'ils ont parfois commises, décrivent très bien que c'est « la mise en condition de la guerre », qui est la cause de mutilations en général vengeresses, face à une armée républicaine hétéroclite, composée de civils inexpérimentés qui insultaient ou fuyaient plus qu'ils ne combattaient : « ...des femmes, habillées en hommes (…) hurlaient des injures avant de succomber. Ce n'était pas une armée disciplinée qui était en face de nous, mais une multitude d'enragés, de fous »11. Au moment de la terrible bataille dans le complexe universitaire madrilène les soldats mercenaires marocains ne sont pas loin de la désertion eux non plus – qui est de plus en plus la règle d'ailleurs côté républicain et des brigades internationales au point que l'on peut estimer que la guerre d'Espagne est probablement celle dans l'histoire qui a battu tous les records de désertion ;
« On mentirait (…) si on ne reconnaissait pas qu'en cet instant précis, entourés de cadavres les yeux grands ouverts, et de blessés gémissants, nous n'étions rien. Absolument rien, sinon des morts en sursis. Et c'est dans ces moments terribles qu'on commence à se poser des questions que nous n'aurions pas posées ailleurs. A savoir, mais qu'est-ce qu'on fait là ? Et qu'est-ce qui nous a pris de venir mourir dans un pays de chrétien, et pour des chrétiens ? Mais cela ne durait jamais longtemps et nous passions à autre chose »12. Dans la nasse de la guerre militaire, c'est chacun pour soi et de ce point de vue, le soldat marocain est « en situation » pour ne rien regretter du pire qu'il est amené à commettre :
« De ma vie je n'avais jamais tué un homme ou un animal. Le spectacle du sacrifice du mouton le jour de l'Aïd-El-Kbir m'indisposait. Le sang chaud qui giclait de la gorge du mouton me faisait peur. A l'université, en 1936, j'ai égorgé tellement d'hommes, et avec une telle frénésie, que je croyais que j'étais devenu fou. Mais les ordres n'arrivaient plus, nous risquions à tout moment de rester sans munitions, et puis nous n'étions plus les mêmes. Comment voulez-vous qu'on le soit alors que nous étions sûrs, mais vraiment sûrs, que personne ne sortirait vivant de cet enfer ? »13.
Le 19 avril 1939, les maures défilent dans Madrid au milieu d'une foule en délire qui crie : « Que vivan los moros » (Vive les Maures) alterné avec le cri : « Arriba Espana, viva Espana » - comme dans le camp républicain -, la même foule dont les chefs militaires avaient crié « Vive la mort » !
Bouc-émissaire dans le camp stalino-républicain, brave chair à canon dans le camp catho-nationaliste, le maure dit n'avoir fait qu'obéir aux ordres dans une guerre absurde où il a été prisonnier d'une logique infernale où il pouvait commettre les pires excès et savoir qu'il était mortel et berné comme ceux d'en face.


LES BRIGADES ETRANGERES
C'est la caractéristique majeure de la guerre d'Espagne « d'internationaliser » la participation des combattants, de masquer le maintien des critères chauvins, voire de les moderniser avec l'antiracisme. Il n'y aura plus de guerre nationale dans les pays européens, parce que la nation à l'époque de l'impérialisme n'est plus qu'un pion, et parce que le chauvinisme de 1914 ne peut plus fonctionner qu'aux couleurs d'une prétention universaliste. Pourtant tout est déguisé, le Front républicain n'est pas plus le vrai défenseur de la démocratie bourgeoise nationale que les militaires rebelles ne représentent l'idéal d'un fascisme planétaire. Deux fractions bourgeoises nationales s'affrontent toutes deux pour rétablir l'hégémonie de l'Etat en massacrant chacune à leur façon le prolétariat : la « gauche » républicaine en l'envoyant au casse-pipe et la « droite » monarchiste en tirant dans le tas.
Que cela plaise ou nom aux adeptes de la mythologie antifasciste, les brigades internationales sont des brigades étrangères...
1Antimémoires de brigadistes, Alain Brossat et Sonia Combe, in Autrement : Madrid 1936-1939, p.173 et suiv., 1991.
2Louis Gill, p.159. Heureux ouvrage de cet auteur qui nous permet de comprendre, contrairement à l'acception générale que « 1984 » aurait été une simple parodie de l'univers moscoutaire stalinien, mais est bien un pamphlet contre la « révolution espagnole » mythique, qui fût en son temps, comme « Hommage à la Catalogne », refusé par les éditeurs antifascistes plus obséquieux qu'attentifs au grand marché cultuel contrôlé par les staliniens de tous les pays.
3Hemingway, conscients que de l'avant à l'après-guerre, en Europe surtout, les staliniens contrôlaient le marché culturel, pût faire fructifier son commerce littéraire antifasciste au point d'être sacralisé grand écrivain, engagé auprès des « peuples en lutte contre l'impérialisme » ; ainsi il passait ses vacances chez le dictateur cubain, pêchant et chassant avec le despote à la longévité imbattable. Le même barbu qui, dans les années 1970, adopta comme conseiller politique Ramon Mercader, l'assassin de Trotsky ; info fournie par Louis Gill, et qui vaut son pesant de cannes à sucre, sachant que les trotskiens de la misérable IV ème internationale ont soutenu et soutiennent toujours le dinosaure dont le Béria cubain, Che Guevara, était chargé de zigouiller en nombre opposants trotskiens ou assimilés.
4Complètement décillé, Orwell, rentré en Angleterre, censuré ou refusant les sollicitations de néo-fascistes, s'énerve et fait mouche : « J'ai passé six mois en Espagne, à me battre pour la majeure partie du temps ; j'ai un trou de balle dans la peau et je n'ai pas envie d'écrire des bêtises pour la défense de la « démocratie » (…) D'autant que je sais ce qui se passe et ce qui s'est passé dans le camp républicain au cours des derniers mois. Je sais qu'on y impose le fascisme aux travailleurs espagnols sous prétexte de mener la lutte contre le fascisme ». (Louis Gill, p.140)
5Bartolomé Benassar, p.326.
6La guerre d'Espagne et ses lendemains, p.95 (ed Perrin/Tempus) : « Franco, conscient de cet atout, en joua comme d'une arme psychologique (…) La terreur qu'inspiraient les regulares tenait à leur comportement après la victoire : exécutions sommaires (…) éventrations, décapitations, mutilations. Après Badajoz, Franco donna l'ordre à Yagüe d'interdire les castrations mais il n'est pas certain qu'il ait été obéi » (p.98).
7Le camp franquiste est très encadré par ses diverses troupes professionnelles (comme daech aujourd'hui) c'est pourquoi il est quelque peu utopique de la part de Bilan, même si l'appel est louable, d'appeler à la fraternisation avec les soldats de Franco et ses Maures. Quand la guerre est là, à l'époque moderne, sur le terrain de la confrontation militaire le prolétariat n'a aucune chance de bloquer la barbarie en marche. D'ailleurs, on veut nous faire oublier sans cesse, qu'en 1917 la désagrégation de l'armée n'est pas venue de victoires du meilleur ou du plus humain au front, mais de la désagrégation de la société à l'arrière, laquelle a entraîné plus le sauve qui peut généralisé au front que la désertion individuelle.
8« Los ultimos » ou les souvenirs indésirables, de Ali Lmrabet, numéro spécial Autrement : Madrid 1936-1939, un peuple en résistance ou l'épopée ambiguë (1991). Le témoin fait allusion aux combats terribles et effrayants qui se déroulèrent sur le campus universitaire de Madrid, un des plus grands du monde ; et aux batailles de la Jarama, au sud-est de Madrid, et de Guadalajara, ville près de Madrid, où les troupes marocaines et italiennes sont défaites par l'armée républicaine.
9Ibid, p.161. Ne vaut-il pas mieux tuer au nom de dieu pour s'exempter de tout crime « humain » ?
10Ibid p.163
11Ibid p.165
12Ibid, p.166
13Ibid, p.168. Ce témoignage est un des plus précieux recueillis qui permet de comprendre les conditions de la guerre et de l'horreur, même aujourd'hui pour mieux discerner la « mentalité » du tueur de masse ; son insensibilité est toujours corrélée à un engagement guerrier, à la notion de guerre. Je tiens une anecdote équivalente d'un collègue qui avait été soldat en Algérie. Il rentrait en camion à la caserne un soir. Un breton conduisait l'engin. Lorsqu'ils passèrent près d'un vieux paysan algérien qui marchait péniblement le long de la route, le conducteur fit faire une embardée au véhicule, écrasant le pauvre homme. Mon collègue resta pétrifié et muet d'horreur jusqu'à la caserne. Se reprenant, il apostropha violemment le breton, qui d'ordinaire n'aurait pas écrasé une mouche : « pourquoi as-tu fait ça ? ». L'autre, piteux répondit : « je ne sais pas ».


vendredi 1 avril 2016

MARX ET LA RUSSIE


par Roger Dangeville (1967) (*)

La Russie, les Etats-Unis et le « Capital »

La chronique nous rapporte que le plus souvent le général (Engels) était satisfait. Son ami, Karl Marx, avait du génie et élaborait essentiellement la théorie en se livrant aux recherches fondamentales et en laissant à ceux qui avaient simplement du talent le soin des questions secondaires et des recherches moins ardues sur l'histoire et l'actualité, la politique et la politique immédiate du parti.
Mais, il arrivait, paraît-il, que l'auteur du « Capital » délaissât les sentiers escarpés qui mènent aux sommets lumineux de la science pour se disperser dans les détails et le quotidien. Ainsi perdrait-il son temps, pendant des années, à préparer des interventions et des rapports détaillés et minutieux pour un petit cercle d'ouvriers plus ou moins instruits (comité central de la Ire Internationale), ou bien il dévorait et annotait des milliers d'ouvrages traitant des sujets les plus disparates. Il allait même jusqu'à faire ces travaux dans le plus grand secret, et on assure qu'Engels fut surpris lorsqu'il recensa l'héritage littéraire de Marx, car il écrivit à Sorge : « Il y a aussi 3 ou 4 cahiers de mathématiques. J'ai eu l'occasion de montrer à ton fils un exemplaire sur les bases nouvelles du calcul différentiel. S'il n'y avait pas eu l'énorme matériel sur l'évolution de la Russie et des Etats-Unis (plus de deux mètres cubes rien qu'en matériel et statistiques russes), le deuxième livre du « Capital » serait depuis longtemps à l'impression. Les études de détail ont accaparé Marx pendant des années. Comme toujours, il tenait à ce que tout soit parfaitement tenu à jour, et maintenant tout est anéanti, à l'exception de ces extraits ».
Il arrivait alors, poursuit la chronique, que le général s'impatientait et entrait dans des colères noires. Mais, ici, elle devient mauvaise langue et insinue que certains travaux sont accessoires, voire inutiles dans l'oeuvre de Marx. Qui plus est, elle en appelle à l'autorité d'Engels. En réalité, comme nous allons le voir, ces travaux « secondaires » illustrent le mieux les desseins de Marx : ne portent-ils pas sur des événements qui, après la mort de Marx, ont bouleversé la vie de millions d'êtres humains et de générations entières ?
Pourtant Engels avait bien pris soin de lever toute équivoque. Sur la tombe même de Marx, il
précisait que les recherches de son ami ne s'expliquaient pas seulement par son goût pour les études, mais par ses desseins révolutionnaires. Engels ne disait là que la stricte vérité, mais il heurtait le bon sens même, car on ne tient pas les hommes politiques pour des hommes de science. Il avait beau expliquer que la révolution ne se fait pas en agitant des idées et en travaillant les esprits, mais en aillant une connaissance profonde de ce phénomène matériel, inscrit dans le développement même de la société. Certes, c'était comme un ouragan qui se déchaîne soudainement, mais, en fait, les condensations qui engendrent des formations sociales nouvelles et plus développées s'accumulent plus lentement et progressivement à partir des contradictions sociales de toute l'époque précédente et sont donc parfaitement connaissables. Et justement il s'agit de ne pas se laisser surprendre par l'orage, car alors il est trop tard pour mener à bonne fin les transformations sociales qui sont possibles dans les périodes de bouleversement.
En effet, l'expérience historique de plusieurs révolutions manquées avait révélé que si l'on voulait éviter qu'à l'heure de la décision le prolétariat hésite, louvoie ou renouvelle les errements qui lui avaient fait lâcher prise si souvent, il fallait qu'un parti révolutionnaire enregistre les expériences faites dans le passé et prévoie le déroulement des phases successives de la révolution. Engels rappelle ainsi qu'en 1849 il avait écrit....

lire la suite ici :http://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1967_num_5_1_3084

(*) Cher lecteur, après mon exhumation régulière du grand mémorialiste du maximalisme marxiste, le postier Lucien Laugier (compagnon de combat à Marseille, et ami proche de Bordiga) tu vas imaginer : 1. que le bordiguisme fût une solide école de formation marxiste moderne, 2. que les militants d'importance du parti bordiguien (comme Dangeville et Camate dans les fifties, Laugier dans les sixties) ne sont jamais aussi bons dans leurs contributions théoriques au futur mouvement prolétarien - bon excepté Camate le papy des modernistes - que lorsqu'ils ont quitté le parti "invariant", et tu auras raison.

Mais c'est la "branche italienne" du maximalisme révolutionnaire international dont il ne faut pas oublier l'apport fondamental et pas seulement par sa branche bordiguiste; j'en profite mon fidèle lecteur et ami pour te fournir cet extrait d'un vieil article de PU consacré à Angelo Tasca, le papa de la ministre socialeuse.

"...Aucune étude n’a été consacrée au nombre considérable de théoriciens produits par ce mouvement transalpin, incomparablement supérieurs à ce qui a éclot dans tant d’autres pays pour tout le XXe siècle. Pis encore les rares défricheurs puis militants de cette école ont souvent eux aussi, en privilégiant tel ou tel personnage d’envergure parmi les fondateurs du premier parti communiste d’Italie, contribué à édulcorer la richesse de l’ensemble de ces acteurs de la lutte de classe, les uns privilégiant Bordiga comme le summum de la pensée bolchevique appliquée à l’Europe occidentale, d’autres son concurrent Damen, d’autres encore les théoriciens de la revue en Belgique Bilan, avec Vercesi pendant la Seconde Guerre mondiale. Ont été systématiquement rejeté dans l’ombre ceux dits de « l’aile droite » comme Angelo Tasca, au même titre que Boukharine en Russie (du fait de son alliance opportuniste et malheureuse avec Staline) tout comme Gramsci. Or, ces théoriciens dits de « l’aile droite » ont des choses à nous apprendre, même dans leurs reniements; ils ont été partie prenante des multiples débats dont le contenu ne peut être dissous en qualifiant « l’aile gauche » maximaliste d’infaillible et pour continuer à oublier les objections et contributions de « l’aile droite » taxée de minimalisme et d’opportunisme, où toute la problématique oscille entre les diverses fractions sans toujours présenter des délimitations claires et en se fixant sur la trajectoire d’un tel ou de tel autre.
 La négligence historique des petits cercles révolutionnaires est comparable à la méthode anarchiste qui rejette toute la IIème Internationale comme intégralement bureaucratique bourgeoise, quand l’on sait, pour qui a pris connaissance des débats dans cette Internationale, que de l’affrontement des points de vue opposés, où chacun n’a pas entièrement tort et où apparaissent de lumineuses idées, est née la configuration des partis les plus marquants du début du XXème siècle. Les historiens pipoles ont pour leur part cadenassé la réflexion et la prise de connaissance des clivages par une fixation rigide sur  la fracture de 1920 et les 21 conditions de l’Internationale communiste. L’ossification de la théorie bolchevique en stalinisme a tendu à simplifier outrageusement les questions essentielles, en gommant ou en stigmatisant comme bourgeoises et dépassées les objections des perdants de « l’aile droite », comme s’ils avaient toujours été des fourriers du capitalisme et des réformistes intrinsèques.
Or la pensée communiste ne peut se laisser enfermer dans les carcans ou aléas de l’histoire des partis successifs. Une tâche immense reste pour des historiens conséquents de rétablir certaines vérités qui ont résistées à l’usure du temps. Il est de notoriété publique désormais que Bernstein et Kautsky n’ont pas dit que des âneries ; un Lénine conseillait même de relire leurs vieux écrits. Pour illustrer ce début d’investigation je me propose de réhabiliter le « droitier » Angelo Tasca. Contrairement à la plupart des autres initiateurs du courant maximaliste[2], Tasca a fait œuvre d’historien avec plusieurs livres de référence à son actif.
Tasca n’est pas n’importe qui, il a été lui aussi un des fondateurs du PC d’Italie de l’époque héroïque. Jeune étudiant socialiste il s’est fait remarquer en 1912 lors du débat dans la Jeunesse socialiste avec l’autre jeune marquant Amadeo Bordiga  sur la question des socialistes face à la culture et à l’éducation. Tasca, pas encore proche de Gramsci, défendait des thèses favorables à l’assimilation de la culture bourgeoise par les jeunes socialistes et s’opposait à l’orientation antimilitariste, anticléricale et anti-réformiste de la presse socialiste des jeunes. Bordiga défendait une orientation de la presse comme organe politique et non culturel de la lutte de classes et s’opposait à sa transformation en un périodique culturel. Par rapport à l’éducation, Tasca proposait une réforme du système éducatif italien dans le sens laïc et démocratique. Bordiga contestait que cette réforme puisse changer le caractère bourgeois et anti-socialiste de cette éducation. Bordiga caractérisait la culture et l’éducation bourgeoises d’anti-solidaire, compétitive, individualiste et darwiniste. La politique socialiste se devait d’être solidaire et altruiste et ne pouvait se développer que comme négation de la culture dominante, dans la pratique de la lutte de classes.  Amadeo Bordiga fût considéré comme vainqueur de la polémique. Dans la dynamique vers la création du parti communiste, les barrières des différents groupements sont mouvantes. On assiste dans la section de Turin à une fusion d’une partie des  abstentionnistes (Parodi, Boero), des communistes électoralistes (Togliatti, Tasca, Terracini) et du groupe «éducation communiste» (Gramsci, Bianco). Les partisans de la fondation du parti communiste en Italie se réunissent en une Conférence nationale de la Fraction communiste du PSI à Imola. Y participent les abstentionnistes, les deux groupes ordinovistes, des maximalistes de gauche et la Jeunesse socialiste. On prépare une motion pour fonder le parti communiste lors du prochain congrès du PSI. Les ordinovistes ont alors abandonné leurs thèses conseillistes[3]. Tasca semble avoir été fustigé par le centre maximaliste et la gauche bordiguiste parce qu’il souhaitait le rattachement des conseils ouvriers aux syndicats existants[4]. Il aurait été abonné à Bilan, après son exclusion de l’IC stalinisée, la revue de la fraction italienne de gauche en exil à Bruxelles mais aucunement dans une démarche d’approfondissement des principes de classe ; les anciens exclus s’observent toujours du coin de l’œil [5]!

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Dans le PC qui succède au parti socialiste – parti qui avait de beaux restes puisqu’il avait été le seul parti avec le PS russe à refuser de participer à la guerre – on retrouve les mêmes clivages avec une direction « maximaliste » qui signifie alors une mixture d’idéalisme radical et de réformisme dans les actes. Sans entrer dans les détails de la configuration classique – centre (groupe dirigeant maximaliste), gauche (les dits abstentionnistes et Bordiga) et droite (Gramsci et Tasca) – il faut considérer que les clivages sont mouvants[6]. Ainsi en 1920 Tasca rompt avec Gramsci, lequel reste isolé quand le vieux socialiste Terracini et Togliatti (encore plus ou moins abstentionniste et futur caïd stalinien) se rapprochent de la direction maximaliste. En 1924, au cours de la Conférence clandestine du PCI à Como,  la Gauche du PCI obtient la majorité mais surgissent trois fractions : Droite (Tasca), Centre (Gramsci), Gauche  (Bordiga)[7]. La gauche avec Bordiga se réclamera plus tard d’un maximalisme conséquent et non pas de sa première variété sentimentalo-réformiste.

BORDIGA EMPORTE A NOUVEAU LA POLEMIQUE SUR LES CONSEILS D’USINE

Après échec de la grève des aiguillles en 1920 Gramsci s’était rapproché des positions de Bordiga.  Dans le n°1 d’Il Soviet Bordiga avait mis tout le monde d’accord et marqué une leçon indélébile d’histoire pour les positions de principe :
« Avec le développement de la révolution, avec l’élimination graduelle des classes parasitaires, les fonctions politiques deviennent toujours moins importantes par rapport aux fonctions économiques mais dans un premier temps, et surtout lorsqu’il s’agit encore de lutter contre le pouvoir bourgeois, l’activité politique est au premier plan. Le véritable instrument de la lutte de libération du prolétariat, et avant tout de la conquête du pouvoir politique, c’est le parti de classe communiste. Sous le pouvoir bourgeois, les conseils ouvriers ne peuvent être que des organismes dans lesquels travaille le parti communiste, moteur de la révolution. Dire qu’ils sont les organes de libération du prolétariat sans parler de la fonction du parti, comme dans le programme approuvé par le Congrès de Bologne, nous semble une erreur. Soutenir, comme le font les camarades de « l’Ordine Nuovo » de Turin, qu’avant même la chute de la bourgeoisie les conseils ouvriers sont déjà des organes non seulement de lutte politique mais aussi de préparation économico-technique du système communiste, est un pur et simple retour au gradualisme socialiste celui-ci, qu’il s’appelle réformisme ou syndicalisme, est défini par l’idée fausse que le prolétariat peut s’émanciper en gagnant du terrain dans les rapports économiques alors que le capitalisme détient encore, avec l’Etat, le pouvoir politique »[8].
C’est clair et net, et la force du raisonnement de Bordiga découle des leçons issues du long travail polémique de la IIème Internationale. Cette analyse place non seulement la gauche en tête du jeune parti communiste mais en fait un digne rejeton de l’expérience en Russie. Mais les choses vont se compliquer avec l’apparition du fascisme dont Bordiga est chargé de décrire la nature par les instances de l’Internationale communiste, et il le fait brillamment ; la résolution de l’IC de 1923 caractérise à sa suite le fascisme comme « phénomène de décadence »[9] . Ce n’est pas l’objet de cet article de revenir sur les diverses interprétations du fascisme et son utilisation comme diable moderne n°1 et éternel pour la bourgeoisie mondiale actuelle.
Il nous fallait réexaminer, à côté des rabachages des textes « intangibles » de la gauche par les minorités maximalistes contemporaines, la contribution plus argumentée et sociologique de Tasca, que beaucoup n’ont d’ailleurs jamais lu. Tasca écrit son livre en 1938, près de dix ans après avoir été exclu de l’IC stalinisée. Il s’est éloigné du credo communiste et tente une approche plus culturelle mais qui reste néanmoins solidement reliée aux analyses marxistes, et fidèle à son brillant discours au congrès du PCF à Marseille en 1922 (cf. ma note 7). Il estime que la victoire du fascisme a été plus due aux divisions du mouvement communiste et socialiste qu’au fascisme lui-même, plus force policière que rival politique ; la bourgeoisie italienne disposait de forces policières en trop faible nombre[10]. Il tombe dans l’œcuménisme de la théorie du « front unique » qui aurait pu soi-disant éviter au fascisme de triompher, ce qui est totalement erroné, comme il le démontre d’ailleurs souvent par devers lui : des fronts uniques ont été mis en place, cartels de partis impuissants à rallier l’ensemble de la classe ouvrière ou même au niveau activiste militaire des Arditi del popolo. Bordiga défendait lui aussi l’idée de front unique mais des masses ouvrières socialistes et communistes. Tasca se contredit en analysant près de deux décennies plus tard tour à tour les principales raisons, d’abord le soutien de la police bourgeoise aux bandes fascistes, la dispersion puis le désarroi du prolétariat lui-même, duquel il finit par dire qu’il était vaincu déjà depuis l’échec des grèves de 1920, avec une analyse pertinente comme on le verra de la gréviculture  anarcho-communiste, voire maximaliste et de ses insuffisances[11].
L’ambivalence du fascisme italien à ses débuts prête à sourire quand on le compare avec les mesures anti-ouvrières que prend l’actuel « gouvernement socialiste » en France, et à ses souteneurs comme la vice-présidente du Sénat Caroline Tasca, fille d’Angelo. Les faisceaux de combat défendent initialement un programme à faire rougir les supporteurs du programme commun français des années 1970 et leur tonton Mitterrand : « Suppression du Sénat (…) Création de Conseils nationaux techniques (comme ceux de Kurt Eisner en Bavière), journée légale de huit heures, Retraite pour les vieux travailleurs à 55 ans, remplacement de l’armée permanente par une milice nationale, expropriation partielle de toutes les richesses, confiscation des biens de toutes les congrégations, révision de tous les marchés de guerre avec prélèvement de 85 % sur le bénéfice ». Même nos pauvres gauchistes et anarchistes, avec leur slogan thorézien « faire payer les riches » font figure de pâles réformistes démagogiques face à ce « maximalisme fasciste » ! Sans oublier l’origine mussolinienne du concept altermondialiste des nations du sud face aux riches du nord ; pour Mussolini la SDN était un piège tendu par les nations riches aux « nations prolétariennes » ![12]
Un thème est récurrent dans l’ouvrage de Tasca, c’est sa critique et moquerie du maximalisme, et de ses expressions successives (alors qu’à la fin de sa carrière il vantera le réformisme spécieux de Gramsci). Il en réfère en 1919 au parti socialiste, alors que n’a pas encore eu lieu la scission, parti oscillant, dominé par la fraction maximaliste (les centristes pas encore la gauche avec Bordiga, encore qu’on ne voit pas en quoi il aurait été hostile dans la forme au Manifeste qui suit), qui publie en août ledit manifeste :
« L’instauration de la Société socialiste ne peut s’accomplir par décret ou par décision d’un Parlement ou d’une Constituante. Les formes hybrides de collaboration entre Parlement et Conseils ouvriers devront également être condamnées et rejetées. Il faut au contraire pousser le prolétariat à la conquête violente du pouvoir politique et économique, qui devra être entièrement et exclusivement confié aux Conseils des Ouvriers et des Paysans, avec des fonctions en même temps législatives et exécutives »[13]. Mais en même temps ce maximalisme radical en apparence prône de lutter « sur le terrain électoral et dans les institutions de l’Etat bourgeois » ! Tasca a raison de taxer ce maximalisme de « réformisme honteux ». A ceux qui pourraient sourire de l’aspect radical du manifeste d’août, il est compréhensible pour Tasca qui rappelle la gravité de la situation sociale: « entre octobre 1919 et mai 1920 quelques centaines d’ouvriers et de paysans ont été tués ou blessés dans toutes les régions d’Italie ».
Là où Tasca devient passionnant dans son témoignage c’est lorsqu’il sort des généralités maximalistes ultérieures (à la Bordiga qui font fi des nuances en parlant en général du prolétariat), en rentrant dans le détail des grèves orchestrée par l’aristocratie syndicaliste sous la manœuvre bourgeoise :
« Au cours de la grève des cheminots, en janvier 1920, les syndicats « blancs » avaient donné l’ordre de continuer le travail, et la grève non seulement s’était terminée par un accord signé avec la seule organisation « rouge » qui l’avait déclenchée mais le ministre des Travaux avait livré aux représailles du Syndicat des cheminots les membres de l’organisation catholique qui n’avait pas suivi ses ordres »[14]. L’épidémie de grèves « sévit et atteint son maximum en 1920, en Italie comme ailleurs : elle tombera partout sous la douche froide de la crise économique (…) C’est une énorme dispersion d’énergies, une cascade de mouvements qui arrivent à paralyser, dans certaines zones rurales, la production pendant de longues semaines et des mois, mais dont le coefficient politique reste nul »[15]. Ces mouvements débordent le parti socialiste et les syndicats mais : « On traite cette hypersensibilité des masses par une sorte de douche écossaise, en leur recommandant le calme et ne leur promettant la révolution (…) derrière ce bavardage il n’y avait absolument rien ».
1920 n’est pas 1910 : « Le parti socialiste et la CGL ne sont plus les organisations d’une « aristocratie » ouvrière : des masses nouvelles sont entrées en mouvement ; pour les guider il faut autre chose que les expédients et les recettes d’autrefois (…) Une bourgeoisie de plus en plus intelligente » (suite dans l’extrait en fin de cet article). Ce même parti socialiste se dédouane de l’échec du mouvement en rejetant ses flous tactiques sur « l’apathie des masses », tout comme il se permet de mépriser les anciens combattants, les laissant ainsi dans les bras des cliques fascistes.

LE FASCISME UN SIMPLE PARASITE DE LA CONTRE-REVOLUTION

Tasca, comme Trotsky et Bordiga, n’estime pas la montée résistible du fascisme comme la contre-révolution, son chapitre VII s’intitule : « La contre-révolution posthume et préventive ». En postface il combat la légende selon laquelle « le fascisme aurait sauvé l’Italie du « bolchevisme » : « Le fascisme a utilisé un changement qui s’est produit dans la situation italienne par réaction contre les erreurs des socialistes et l’échec de leur « révolution » ; il a été le parasite et non l’agent de cette mutation. Le maximalisme « bolchevique » s’est détruit de lui-même, succombant à sa sottise et à son impuissance » (p.382)[16].
A la fin de 1920, le fascisme généralise ses « expéditions punitives » criminelles. En 1921, les bandes fascistes exploitent les rancoeurs contre  les « allogènes », les « slaves » et les « communistes ». Ils finissent par détruire toutes les Bourses du travail, les syndicats et coopératives. Ils essaiment dans les régions où le prolétariat agricole est moins nombreux, avec l’aide vengeresse des commerçants et des agrariens.
Selon Tasca 20 ans après son discours de Marseille et moins sûr de ce qu’il défendait à l’époque, l’infériorité dans laquelle finit par se trouver la classe ouvrière ne s’explique pas par le simple écroulement des idéaux socialistes (faiblesse des chefs et d’une partie des masses) mais dans « le caractère militaire de l’offensive fasciste » ; on voit là la contradiction de Tasca qui regrettait une forme idéale du « front unique » puisqu’il révèle a posteriori que la répression fascisto-policière est bien l’élément déterminant et aussi in fine une faiblesse historique de la classe ouvrière italienne, pas la simple politique aléatoire du parti socialiste.
Puis il ajoute une autre explication plus profonde encore qui expliquerait mieux la dispersion du mouvement socialiste face à la réaction fasciste : « Le manque d’une conscience nationale achevée, le cloisonnement municipal ont constitué un très grave handicap pour le socialisme italien ». C’est le même type d’explication qui fût celui des révolutionnaires allemands après la défaite länder par länder à la même époque dans cette Allemagne aussi tardivement unifiée ! Sans rejoindre la thèse d’Arno Mayer sur un fascisme aux sources aristocratiques – pour Bordiga le fascisme n’est nullement un retour au féodalisme[17] - il faut bien reconnaître que la faible centralisation bourgeoise lui a été d’un grand secours et nous permet de comprendre de nos jours l’invention de la « communauté européenne » avec ses « régionalisations européennes », arme typiquement anti-prolétarienne, qui découpent les nations en morceaux beaucoup plus contrôlables !
Tasca rectifie encore son point de vue en manière de résumé, et il semble là bien proche de l’analyse de Bordiga : « du milieu de 1921 à octobre 1922 (…) l’infériorité militaire de la classe ouvrière italienne a été la conséquence d’une infériorité politique, due à l’atmosphère « maximaliste » dans laquelle elle était plongée (…) Or, le maximalisme italien était un maximalisme de foules inarticulées, chaotiques, sans cohésion d’esprit ni de perspectives (…) C’était la fourmilière à la merci de la légion » ; « Dans la classe ouvrière, paralysée par la scission politique et par la crise économique, le recul est évident ». Ce recul se traduit au niveau électoral par l’affirmation du parti fasciste dont les « communistes » ont favorisé l’ascension en s’attaquant principalement à leur ancien parti socialiste en mai 1921 : « Le « bolchevisme » italien était désormais bien peu dangereux, puisqu’on pouvait confier, fin mai 1921, des arsenaux et des fabriques d’armes à cette même Fédération métallurgique qui avait, huit mois auparavant, décidé l’occupation des usines »[18].
Pourtant, là encore Tasca est contradictoire, il vient apporter une autre explication que la simple division électorale des partis qui se réclament chefs du mouvement ouvrier. Le ministre Giolitti opère à une grande manœuvre avec les commissions parlementaires en faisant approuver de nouveaux tarifs douaniers pour « défendre l’industrie et l’agriculture nationale ». Montebourg était d’accord avec Giolitti.
« Dirigeants de la CGL et dirigeants industriels sont d’accord à ce sujet, car cette mesure va « créer du travail » et permettre à nouveau un certain partage des surprofits entre capitalistes et ouvriers syndiqués du Nord ». Pas de pot le gouvernement Giolitti est renversé cinq jours après, mais le chemin est encore long pour Mussolini et ses bandes. Tasca vante une renaissance du « front unique » gênante pour Mussolini alors qu’il s’agit en fait surtout de réactions dispersées certes mais extrêmement violentes du prolétariat, créant ses propres groupes armés jusque dans les campagnes, qui rend encore coup pour coup aux exactions fascistes » (cf. les Arditi del Popolo).
Tasca se prend à rêver en postface, écrire une histoire du socialisme qui : « … amènerait à juger d’une façon moins négative le maximalisme lui-même, cette avitaminose, cette « maladie infantile » du socialisme italien. Le maximalisme trahit certes une grave absence de maturité politique (il vise aussi le maximalisme ultérieur de la gauche avec Bordiga, classés dans les « infantiles » par Lénine soi-même, ndr); il permet tous les alibis, naïfs ou calculés, en face des problèmes qui commandent l’action. Mais il tire sa force de sentiments élémentaires et sains, de cette primauté des facteurs moraux que Roberto Michels avait remarquée il y a longtemps déjà dans notre mouvement socialiste. Il existe un maximalisme des masses dont les premiers élans furent l’expression d’un idéalisme militant qui subsiste même dans ses tâtonnements. C’est de là que sont partis les socialistes dignes de ce nom pour provoquer, accélérer la formation au sein de la classe ouvrière et autour d’elle, d’une conscience politique adéquate ; c’est de là qu’il faudrait encore partir pour reprendre leur œuvre. Ces sentiments élémentaires sont aujourd’hui exploités pour empêcher le développement d’une véritable conscience ; la chose est possible parce qu’ils n’ont pas été fixés en doctrine et, par conséquent, subissent ou alimentent des schèmes mentaux qui les corrompent ou les trahissent. Les communistes qui ont liquidé dans leur camp le maximalisme trotskiste, utilisent sans scrupules les poussées du « maximalisme des masses » pour une politique et à des fins où le socialisme perd, en même temps que sa sève la meilleure, sa propre raison d’être ».
Par le terme « communistes », utilisé ici par Tasca, il faut entendre à l’époque de cet écrit les « staliniens » évidemment puisque les vrais communistes italiens ou autres sont en prison au goulag ou chez Mussolini, et que le « communiste Tasca » a été parmi les premiers exclus. Tasca incrimine aussi la « découvert » tardive du marxisme par certains intellectuels italiens. On a vu qu’au congrès du PCF à Marseille en 1922, Tasca, délégué du PC d’Italie, avait expliqué dans un français très correct, que l’échec de 1920 avait été dû à l’absence d’un parti politique fortement organisé, quand vingt après il ne défendra plus cette vision de type trotskiste et bordiguiste, car comme la poule et l’œuf, le prolétariat italien dispersé et sans fortes traditions n’avait pas pu pondre le parti adéquat à la sensation de révolution qui était dans tous les esprits.

pas mal non?