"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 7 février 2012

LA FOLLE DECLARATION DE SARKOZY


(UNE ELECTION PRESIDENTIELLE QUI VIRE AU VAUDEVILLE)

Le blaireau de l’Elysée se sera fait longtemps désirer comme si ce tempo pouvait lui redonner du tonus dans les sondages de cours d’écoles où il s’enfonce désespérément, irrésistiblement et de plus en plus comiquement. Rien n’y fait. Parodiant l’homme de théâtre Brecht – qui dit que si le peuple ne s’exprimait pas bien il suffisait de le dissoudre, les services de sa majesté déclinante Sarko Ier, avaient décidé dimanche dernier d’éliminer la mère Le Pen de l’équation ; ravis de leur trouvaille, les petites mains des bureaucrates zélés crurent que par leur prestidigitation poussive, leur maître pouvait caracoler fifty-fifty à 33% avec Hollande. Recette pourrie, aussitôt démentie par les sondages voisins, sans compter qu’éliminer le FN des élections affaiblirait plus encore la tricherie représentative. Certains vraiment affolés, espèrent que Bayrou ne les laissera pas tomber. Puis il y a toujours Guéant pour aboyer contre la gauche « arrogante » et « angélique » (pour le voile musulmaniaque, c’est bin vrai), puis mamie Merckel qu’est venue à Paris apporter son épaule ronde et son bras en pleine croissance à un Sarkozy en petite forme, qui faisait vraiment bambin à côté (il a dû avouer qu’il ne prenait pas complètement modèle sur sa mamie) ; et pouf pouf y a des grands à la récré qu’ont été lui dire cruellement : « t’es pas cap de te défendre tout seul, t’as eu besoin d’aller chercher ta tata ! ». Rôôôô la honteueueue… Que n’aura-t-il pas tenté pour conserver la place ? Monter une claque avec des ouvriers figurants ? Il ne fait pas rire cette classe sociale avec son nouveau slogan « travailler moins pour gagner moins » !

Les « ouvriers » que l’ont présente comme une simple couche électorale (sous couverts des termes « classes populaires »), qui étaient sensés être devenus simples électeurs « racistes » du FN, sont soudain doués de conscience sociale face à l’arrogant prince qui gouverne sans plus de perruque, si l’on en croit un sondage bc bg :

« Entre Nicolas Sarkozy et les «classes populaires», la rupture semble bel et bien consommée. Selon le sondage Viavoice pour Libération (fondé sur un échantillon de population disant avoir le sentiment d’appartenir aux classes populaires), le chef de l’Etat arrive en troisième position des souhaits de victoire à la présidentielle pour cette catégorie sociale. Loin derrière François Hollande et François Bayrou (respectivement 47% et 31%). Ils ne sont que 23% parmi les plus modestes à souhaiter le succès de Sarkozy. Un résultat nettement plus faible que pour l’ensemble des Français, qui sont 30% à espérer la victoire du «président sortant». «Il y a un décrochage très net de Nicolas Sarkozy parmi ces classes populaires, commente François Miquet-Marty, directeur associé de Viavoice. Il apparaît comme le président des riches, et il a désormais un grand déficit de crédibilité.» Reste qu’au-delà de cette rupture l’enquête Viavoice montre qu’il est inexact de croire que les catégories modestes soutiennent massivement l’extrême droite. Marine Le Pen recueille 19% de souhaits de victoire (contre 15% pour l’ensemble des Français) devant Jean-Luc Mélenchon à 17% (contre 15% pour l’ensemble). De la même façon, il apparaît que les thèmes de la «sécurité» et de «l’immigration», généralement présentés comme des préoccupations prioritaires des couches populaires, sont loin d’être leurs principaux centres d’intérêt. Leur souci essentiel reste le chômage (71%) devant le pouvoir d’achat (48%) et la santé (28%). L’insécurité vient ensuite, avec 22%, à égalité des préoccupations concernant les déficits publics et la protection sociale ».

Et ces « classes populaires », aussi évoluées ne voteront-elles pas par conséquent pour la gauche … hollandaise (pardon aux maximalistes qui me liront) ? Maintenant que l’élite rose jasmin flatte un ouvrier français moins raciste qu’inquiet, il pourrait en effet délaisser l’affreuse fille Le Pen et le paltoquet de l’Elysée pour permettre à une autre fournée élitaire, mais de l’alternance, pour s’en mettre plein les poches et jeter quelques pièces à la bande à Mélanchon et au cartel écolo-bobo. On effleure les enjeux de changement de portefeuilles étatiques et personnels, nullement question ici de programme de société ou d’inquiéter les riches bourgeois et les marchés gangstéristes.

La personnalisation domine toujours la psychologie politique qui fait florès dans les têtes, mais le sourire pour gazette, les aboiements quotidiens des chiens de garde, rien n’accroche plus, tout s’effondre un peu plus chaque jour. Même ses principaux larbins du Figaro en viennent à rejoindre les rieurs concernant la déclaration si peu attendue de l’impétrant :

Le choix de la date de déclaration de candidature n'est toutefois pas aussi aisé qu'il y paraît : « Le calendrier des prochaines semaines est plein de chausse-trappes pour un candidat à la présidentielle, qui sait que chaque détail de sa déclaration sera scruté, pesé, analysé, commenté. Or, dans les prochains jours, ce sont les saints du calendrier qui pourraient compliquer la donne. La semaine du 20 février est, en la matière, un champ de mines. Sarkozy peut difficilement se déclarer le 21 février, jour de Mardi-gras, traditionnellement dévolu au carnaval: ce serait la porte ouverte à tous les sarcasmes. Le lendemain, 22 février, est le mercredi des Cendres, jour d'entrée dans le temps du Carême: une déclaration de candidature à la présidentielle ce jour-là serait jugée trop «bling bling» par les catholiques (électorat naturel de l'UMP), qui lui en voudraient. Le jeudi 23? La Saint-Lazare, le ressuscité le plus célèbre de l'Évangile. Touché par le Christ, Lazare se leva du tombeau. Même si Nicolas Sarkozy est devancé par François Hollande dans les sondages, l'image serait douteuse. Le lendemain, le 24 février, c'est la Saint Modeste: pour Sarkozy, qui veut trancher avec le slogan hollandais de «président normal», ce n'est pas idéal non plus. Quant au premier jour de la semaine, le 20 février, c'est le jour de Saint-Aimée: un choix qui pourrait être perçu comme le signe d'un excès de confiance. «Nous avons évidemment regardé tout cela de très près», admet un conseiller. «Dans une déclaration de candidature, tout compte», ajoute un autre. La semaine prochaine offre plus de possibilités, même si deux jours apparaissent proscrits: le 14, jour de la Saint-Valentin: trop mièvre. Et le 15, jour de la Saint Claude. Après la sortie polémique du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, sur les civilisations qui ne se «valent pas» et les critiques de la gauche, qui reproche au chef de l'État de s'appuyer sur le premier flic de France pour séduire une partie du FN, une entrée en campagne le jour de la Saint Claude susciterait, là encore, les sarcasmes de l'opposition. Reste trois jours neutres: le lundi 13 (Sainte Béatrice), le vendredi 17 (Saint Alexis) et le jeudi 16, jour de la Sainte Julienne. Pour mémoire, Julienne, en italien, se dit Giuliana, de la même famille que... Giulia. Sarkozy choisira-t-il de dédier son entrée en campagne à sa fille de quatre mois? ».

Laissons-nous aller, plutôt que d’en rester à la moquerie superstitieuse du journaliste du Figaro, à une analogie avec l’admirable pièce politique de Beaumarchais.

La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro ? comédie en cinq actes de Beaumarchais, fût écrite en 1778. Sa première représentation officielle eut lieu le 27 avril 1784 au théâtre de l'Odéon, après plusieurs années de censure. Chef-d’œuvre du théâtre français et international, la pièce a toujours été considérée, par sa dénonciation des privilèges archaïques de la noblesse, comme l’un des signes avant-coureurs de la Révolution française.

Figaro (Fillon), entré au service du comte Almaviva (Sarkozy), doit être fiancé à Suzanne (Angela Merkel), première camériste de la comtesse. Mais le comte, qui commence à s’ennuyer avec son épouse, est à la recherche d’aventures galantes. Attiré par Suzanne (Angela), il envisage de restaurer le droit de cuissage du seigneur (le droit du seigneur), qui lui permet de goûter aux charmes de toute jeune mariée avant que le mari ait pu en profiter. Aidé par le peu scrupuleux Bazile (Guéant), le comte fait à Suzanne des avances de plus en plus claires, qui entraînent celle-ci à tout révéler à Figaro (Fillon) et à la Comtesse (Carla Bruni). Le comte doit alors faire face à une coalition qui finira par triompher de lui. Ridiculisé lors d’un rendez-vous galant qui était en fait un piège, il se jette à genoux devant son épouse et lui demande pardon devant tout le village rassemblé, tandis que Figaro (Fillon est remplacé au dernier moment dans le casting par Hollande) se marie enfin avec Suzanne. L’intrigue est enrichie par l’intervention de plusieurs autres personnages, notamment Chérubin (Alain Minc), jeune page follement amoureux de la Comtesse, qui vole le ruban de la Comtesse et fait partie d'un entretien entre Suzanne et le Comte, mais aussi de Suzanne et de Fanchette (BHL). Pour continuer les permutations amoureuses, Marceline (Geneviève de Fontenay) aime Figaro et vient exiger auprès du comte qu'il se marie avec elle (ce qui deviendra impossible lorsqu’on apprendra, à l’acte III, qu’elle est la mère naturelle de Figaro !).

L’un des moments forts de la pièce est le monologue de Figaro (acte V, scène 3), d'ailleurs le plus long de l'Histoire du Théâtre français, dont un passage qui résume à merveille les griefs accumulés contre la noblesse (actualisez SVP), incarnée par le comte Almaviva, quelques années avant la Révolution :

« Parce que vous êtes un grand Seigneur, vous vous croyez un grand génie !...

Noblesse, fortune, un rang, des places : tout cela rend si fier !

Qu’avez-vous fait pour tant de biens ?

Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus... ».

Et aussi :

  • « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur »
  • « L’usage est souvent un abus »
  • « Médiocre et rampant l’on arrive à tout »
  • « En fait d'amour, vois-tu, trop n'est pas même assez.
  • « Prouver que j’ai raison serait accorder que je puis avoir tort »
  • « Recevoir, prendre et demander, voilà le secret en trois mots. »

lundi 30 janvier 2012

L’arrogant président sortant



La pravda élyséenne, Le Figaro, l’avait annoncé à grands sons de trompe : « Le grand soir de Sarkozy ». Le chambellan Guéant l’avait crié sur les toits : « Sarkozy a un moral d’acier ». Le parti gouvernemental UMP louangeait son « courage ». Angela Merkel, pourtant étrangère sans papiers français faisait savoir qu’elle voterait Sarkozy, ou que, si on l’en empêchait elle viendrait quand même à ses meetings. Grand soir ou bide assuré?

Si on laisse de côté le bla bla sur des réformes de dernière minute pour en mettre plein la vue, une jeu de prestidigitateur hâbleur avec des chiffres invraisemblables et des comparaisons à hurler de rire, tout le propos du candidat à sa propre succession peut se résumer à deux petites choses :

1. C’est pas ma faute, c’est la faute à la crise,

2. Je suis un être humain, j’ai pu commettre des erreurs, qui n’en commet pas.

Jouant ventre à terre son va-tout, après la raclée subie par son estafette Juppé, Sarkozy avait préparé les questions avec Chazal, laquelle commença la première par les « questions sociales ». Alors qu’en fin d’interview il confessera avoir été arrogant, tout son comportement avait démontré depuis 21 H10 qu’il ne cessait jamais d’être arrogant. Ce petit boutiquier, avocat parce que cela rapporte, nul en économie, recommençait à se la jouer professeur, pour « expliquer aux français », mais tout en leur expliquant, il avoua humblement parler en leur nom car « il ne faut pas prendre les français pour des imbéciles ». Et, démarche typiquement narcissique perverse – c à d celle qui ignore l’autre - comme il leur « explique » et qu’il « pense à leur place » il s’est bien agi d’un soliloque entre un prince ordinaire et son destin de futur commis de la finance. Sarkozy se parlait tellement à soi-même qu’il ne laissait jamais terminer la question des journalistes à sa solde (tellement il les connaissait « d’avance »).

Questions de larbins, jamais méchantes, qui n’outrepassaient jamais le « nous » convivial, national, démocratique et apostolique du président sur fauteuil éjectable. Sarkozy abusait comme tout bourgeois hâbleur de ce « nous » qui signifie qu’il faut faire payer les frais au plus grand nombre sans souci d’équité : « nos » dépenses, « nos » dettes, etc. Ce « nous » sacerdotal avait pourtant peu de chances de passer la rampe télévisée. Le blaireau président ne se rendait vraiment pas compte de son ridicule. A force de prendre les masses pour des crétins, il en devient crétin lui-même. Il ne se rendait pas compte que les mensonges qu’il proférait (il a dit tout et son contraire sur tous les sujets, sans compter ses promesses non) suivies d’effet), étaient visible aux yeux de tous.

Pire, il se détrônait lui-même en calquant ses propositions de réforme (à moins de trois mois des élections… cela fît effet de cours de rattrapage dans l’explication plutôt ensablée) sur celles de Hollande : sur le chômage, sur la question du logement, pour la création d’une banque de l’industrie, etc. Des réformettes aussi électoralistes que celles de son adversaire de la gauche caviar, mais autant irréalistes pour combattre les maux de la crise.

(L’allusion au programme concurrent, aussi navrant, du nouveau manitou du PS était si pesante que les journalistes bourgeois se sentirent obligés de mentionner le nom de l’impétrant, au point de faire lever un sourcil colérique au dictateur bling bling : « vous êtes venus ici que pour me parler de M. Hollande ? ». Hollande en tout n’a jamais été ministre ni président, c’est un avantage pour les sondages…

Avec cette autre différence que Sarko n’a rien changé au chômage des jeunes, a laissé les moins jeunes défiler à pôle emploi une éternité, n’a fait que du bla bla devant des usines qui fermaient, qu’ils envoient les pioupious se faire tuer pour les beaux yeux d’Obama et le beau sourire d’Angela la teutonne. Sarkozy incarne le passif du capitalisme à la française, avec cette manie simpliste de radoter que c’est la faute aux 35 heures et aux gouvernements qui l’ont précédé ; avec cette courbette répétitive sur « l’exemple allemand ».

Tout le bla bla social pour « produire en France », « garder les salaires » (surtout plus les augmenter !), « l’allègement des coûts de production », pour développer les emplois, aider les PME, ne se différenciait en rien des promesses de Hollande. Avec cette autre différence que Hollande n’a pas eu à les tenir ces promesses (électorales) et que Sarkozy lui a tenu le pouvoir cinq ans, après s’être assis sur ses promesses et avoir dansé comme un minable parvenu au Fouquet’s et tenté de bombarder son fils en tête du département le plus riche de France.

Comme le premier imbécile venu, il pointe encore la crise : « la finance s’est comportée de façon folle » ! Voilà la crise taxée de folie douce ! Une forme d’autisme féodal, comme jadis les nobles qui allaient proclamant que la pauvreté n’était qu’un signe du destin imparable.

Oui il a bien fait de casser les retraites. Oui il explique toujours aux syndicats, ces brêles. Oui il ment quand il assure qu’il ne peut pas être acteur et commentateur, alors qu’il est les deux. Le petit pacha parade et commente sa propre parade. Il veut bien être son propre critique, mais de président à président : « vous êtes journalistes, moi je suis président ». Il y tient à son grade, plus pour longtemps ? Et même qu’on dira, s’il est déchu : qu’a-t-il été faire dans cette galère, ce poste sacrificiel où l’on vous réveille même la nuit pour le job, quand les français reste d’indécrottables veaux qui vous rejettent ou vous oublient du jour au lendemain.

Le blaireau souhaitait cacher sa bestialité d’homme de pouvoir, en tentant, pour le secteur gériatrique, de donner figure humaine à ses délires et mensonges. On imagine l’explosion de rires dans les chaumières prolétaires lorsqu’il se livra au feu d’artifice final : je souscris à la sincérité et à l’authenticité… deux notions bien étrangères à sa classe d’appartenance ! Quant à la progressivité de la démocratie « exemplaire » sarkozienne, elle s’arrête à l’entrée des bureaux de police et se clôt sur les champs de bataille du côté de Kaboul.

Avantage Hollande pour l’heure : deux manches à zéro.

dimanche 29 janvier 2012

TUNISIE: LE COMBAT CONTRE LE CHOMAGE EST INSEPARABLE DU COMBAT POUR LA LIBERTE

À Tunis, des milliers de manifestants marchent "pour les libertés"

Le Point.fr - Publié le 28/01/2012

Ils ont dénoncé "la multiplication des agressions", "le discours fondamentaliste extrémiste" et "la passivité des autorités".

Sur la place des droits de l'homme, à Tunis, des drapeaux tunisiens flottent. Le cortège de cette "marche pour les libertés", organisée à l'initiative de six partis politiques de l'opposition et d'associations et relayée sur les réseaux sociaux, se met en place. Au milieu de la foule, Nejib Chebbi, président du Parti démocrate progressiste (PDP), est aux côtés de Maya Jribi, secrétaire générale du parti. "Nous avons organisé cette marche pour défendre une Tunisie paisible, plurielle, où tout un chacun respecte l'autre", explique cette députée au sein de l'Assemblée constituante élue le 23 octobre.

Des milliers de manifestants sont venus dénoncer "la multiplication des agressions", "le discours fondamentaliste extrémiste" et "la passivité des autorités". Portant un voile pourpre, Jouda, enseignante à la faculté des sciences de Tunis, proteste contre "un certain obscurantisme", faisant référence aux récents évènements de la faculté de la Manouba qui ont secoué le milieu universitaire. Fin novembre, deux étudiantes en niqab (voile intégral) se sont vu refuser le droit de passer leurs examens. Rapidement, un groupe de salafistes les a soutenues en occupant la faculté de lettres, usant parfois de violence. Face à ces intimidations, le gouvernement, dominé par les partisans du mouvement islamique Ennahda, n'a réagi que timidement.

"Touche pas à mon père"

Alors que le cortège descend l'avenue Mohamed V, Jouda rejoint Samia, une de ses collègues. En cheveux et rouge à lèvres carmin, cette professeur estime : "Le gouvernement aurait dû utiliser la force pour déloger les salafistes de la faculté de la Manouba." Le jeudi 27 janvier, le sit-in aurait été levé. Mais ces dernières semaines, les incidents impliquant des jeunes se revendiquant de la mouvance salafiste se sont multipliés, notamment à Sejnane, petite ville du nord de la Tunisie. Pour Yadh Ben Achour, juriste, "cette minorité a une visibilité disproportionnée en ayant recours à la violence". "Le gouvernement ne doit pas forcément utiliser la force mais plutôt la loi face aux agresseurs, estime l'ancien président de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution. Il commence à le faire, mais la situation est délicate. Le gouvernement est nouveau, n'a pas d'expérience, il faut qu'il se forme au sens de l'État et aux procédures de l'État".

La place du 14-Janvier au début de l'avenue Habib-Bourguiba est noire de monde. Sur le côté, Noor porte une pancarte sur laquelle il est écrit "Touche pas à mon père". "C'est pour dénoncer les violences faites à l'encontre des avocats et des journalistes, explique cette étudiante en architecture d'intérieur. Il s'agit du titre de l'article écrit par Yacine Redissi, fils de Hamadi Redissi, le politologue qui s'est fait agresser devant le tribunal" de première instance de Tunis. Lundi 23 janvier, alors qu'il sortait du tribunal où se tenait le procès de Nessma TV, il a été agressé par un jeune extrémiste. La chaîne de télévision est poursuivie pour "atteinte préméditée aux valeurs du sacré", "troubles de l'ordre public" et "atteinte aux bonnes moeurs" après avoir diffusé, le 7 octobre, Persepolis. Ce film d'animation franco-iranien, contenant notamment une représentation de Dieu, avait suscité une grande vague de contestations dans tout le pays.

Outre Hamadi Redissi, Zied Krichen, directeur de la rédaction du quotidien El Maghreb, a reçu un coup à la tête. Le jour même, le chef du gouvernement, Hamadi Jebali, a dénoncé ces deux attaques, occultant celles perpétrées à l'encontre d'autres avocats, comme Saïda Ben Garrache. Elle a reçu "des coups derrière les jambes". "Ils scandaient des slogans et me disaient c'est fini, Ben Garrache'", se souvient-elle. Alors que les manifestants lancent des slogans appelant à une "Tunisie libre", cette avocate rappelle que le gouvernement a "pour mission de protéger ce pays et ses citoyens" contre "ces extrémistes qui n'arrêtent pas d'agresser et de s'imposer", usant parfois de "violence contre ceux qui ne sont pas d'accord avec eux et leur projet de société".

"Crucifixion"

"Le gouvernement ne réagit pas. Un député appelle à la crucifixion et au meurtre de ceux qui l'ont élu, et personne ne réagit." Ahmed, 27 ans et étudiant en traduction, fait ainsi référence aux propos tenus lundi 23 janvier par le Dr Sadok Chourou. À propos des manifestants qui bloquent des routes ou des usines à travers le pays, ce député a cité un verset du Coran évoquant l'"exécution", la "crucifixion" ou encore le démembrement. "Même la liberté de protester risque d'être remise en cause. Cette marche est un signal fort lancé au gouvernement. Il est nécessaire qu'il mette au coeur de ses préoccupations les problématiques liées à la justice sociale", estime Riadh Ben Fadhel, du Pôle démocratique moderniste.

"Ce silence commence à devenir pesant", accusent Karim et Raja. Avenue Habib-Bourguiba, l'ambiance bon enfant laisse place à des tensions. Le visage de Raja se ferme. Devant le ministère de l'Intérieur, scrutant les manifestants, un homme lance : "Le gouvernement n'est pas provisoire, le peuple oui." Plus loin, une femme brandit une affiche accusant les protestataires de "ne pas laisser le gouvernement travailler". "On a tous conscience que les problèmes sociaux et le chômage sont la priorité et qu'avec ce débat sur les libertés on nous accuse de détourner les problèmes, avoue ce couple. Mais on en marre !"

vendredi 27 janvier 2012

SARKO ET HOLLO S’EN VONT EN BATEAU : QUI TOMBE A L’EAU ?



EN AVANT POUR LA PSYCHO-ELECTION

Le petit chose de la gauche caviar serait-il devenu le grand Sachem de la gauche restaurée social-démocrate (à retardement) ? J’ai trouvé le titre de la mafia Nouvel Obs assez bien tourné : « François Hollande assure l’après-vente à la télé ». Le produit « social-démocrate », un peu ovni, qu’il avait présenté dimanche dernier sur l’estrade du Bourget, n’en reste pas moins une marchandise secondaire, et peu performante, dans le combat de nains qui s’engage.
L’élection présidentielle est partie pour être au niveau de l’épicerie de commerce avec querelle de chiffonniers, querelle de chiffrages (de prestidigitateurs énarquois) entre représentants de commerces politiques en faillite. Le déroulement de la mystification électorale majeure en France, qui intéresse visiblement la population qui n’a rien d’autre à se mettre sous la dent comme distraction à une société bloquée et ennuyeuse où absence de travail et solitude se répandent.
Sur le plan électoral sondagier jamais il n’y a eu une telle différence entre un candidat sortant et son challenger. Le principal challenger F.Hollande est très en avant et semble impossible à rattraper par lapin Sarkozy honni au moins autant dans les chaumières que dans certains palais lambrissés. Le « Dégage Sarko ! » - si j’en juge par mon propre nombril, et indépendamment du bla-bla électoral de chacun – reste prédominant et, au vu de l’affolement de la fraction de droite bling-bling, semble bien programmé pour emporter la mise fort probablement en faveur de Hollande qui s’impose de plus en plus surtout comme bon orateur, pugnace et, qualité absente chez le sortant, par une maîtrise étonnante de ses affects sans jamais être arrogant. Garder son calme et ne jamais laisser une vacherie sans réponse immédiate sont les clés du succès. C’est ainsi que Mitterrand avait baisé aussi bien Giscard que Chirac. De même Sarkozy face à Royal. Hollande est d’un autre calibre que Mitterrand, moins malin mais bien malin tout de même. Mitterrand était un illettré en économie ; Hollande a fait l’ENA et l’avocaillon Sarkozy ne pèsera pas lourd si leur prochaine confrontation tourne au pugilat économique. Juppé, ancien énarque, vieilli et cabot sans conviction envoyé au casse-pipe, pinailleur minable, n’a pas fait le poids. D’emblée, Hollande l’a ridiculisé avec sa maladresse (Juppé parla du président comme « Sarko », ce qui faisait en effet faussement familier, et étrangement révélateur de la relation perverse entre deux complices qui se haïssent). Face à un Juppé intenable d’agressivité disproportionnée, Hollande le rappela à plus de tenue (rires garantis dans l’assistance). Même la petite vacherie de chiromancienne balancée à la fin par le Juppé, paillasson élimé de ses maîtres – qui tentait comme un vieil enfant de garder le dernier mot – tourna à son désavantage face au sans gêne bienvenu de Hollande.
Hollande a marqué un point important dans sa résistible ascension en éliminant sans mal un Juppé décati que d’aucuns envisageaient comme le plus apte à suppléer à la catastrophe annoncée de l’élimination du blaireau de l’Elysée. Mais du même coup il a ravivé les peurs de perdre la place chaude pour les oligarques à la botte de Sarkozy, qui hurlent au feu ; et les journalistes de France 2 de trembler eux aussi, très courageux pour tenter de dézinguer Hollande, mais si obséquieux face à Sarkozy ; ce qui risque de se voir encore plus lorsque ce dernier sera sur la sellette, aggravant son cas.
Nous allons assister au spectacle débilitant, psycho-électoral, entre le normal et l’anormal, mais très focalisé sur ces deux petits personnages, insignifiants sans leurs armées de conseillers en tout genre et leurs nègres littéraires. Hollande a partie gagnée s’il continue à dénoncer doublement l’anormalité de la droite au pouvoir (le « comportement » pervers de Sarko plus sa collusion avec la finance gangstériste), mais il n’est pas plus en mesure que la droite de ramener le capitalisme « à la normale ».
Hollande n’est pas viril, avais-je constaté dans le précédent article. Mais, bien que je me foute de la virilité en soi, je me suis trompé, ce n’est pas son principal point de faiblesse face au candidat sortant, qu’une majorité de sondés – du jamais vu pour tout autre candidat de droite – veulent « dégager » au plus vite. La « virilité » à la Sarkozy n’est plus suffisante, elle s’apparente à une « anormalité » caractérielle, pour ne pas dire à une beauferie ; traité d’arrogant par Juppé, Hollande couche sans mal l’homme sans bottes : « question arrogance vous avez des rechutes possibles », si Juppé avait eu des cheveux on les aurait vu décoiffé !

La virilité, selon le psychiatre Serge Hefez, correspond aux caractéristiques que toute culture associe aux valeurs masculines : le courage, le goût du combat, une tendance à la domination etc. Dans ce sens Hollande a révélé ces mêmes vertus de la virilité… d’estrade politicienne. Mais pas simplement, Hollo se moqua du côté macho de Sarko par son attitude bienveillante, souriante sans jamais être carnassier ni vouloir humilier son contradicteur ; Hollande a inauguré une virilité soft plus tolérable pour les électrices féministes de la gauche bobo. Très efficace aussi au niveau psychologique pour les masses spectatrices qui sont écoeurées par cinq années de sarkozysme aigu, par cette arrogance de parvenu qui n’a rien changé au sort des prolétaires, a osé aller mentir directement à ceux parmi eux qui portent encore le bleu de chauffe (cf. ses visites en usines choisies, qui ne lui ont pas gagné beaucoup de voix en milieu ouvrier sauf de quelques fayots arriérés). L’électorat féminin, majoritaire aux urnes comme je l’ai rappelé, est, au plan de sa majeure catégorie sociale (femmes prolétaires) encore plus touché par la crise et considère l’actuel président comme principal responsable (les cadeaux fiscaux ont le même effet que les diamants de Giscard).
F.Hollande a défendu, avec culot, un programme économique « social-démocrate »qui promet de serrer la vis à la finance (parfaitement utopique) avec des effets d’annonce (réduction de 30% des salaires ministériels) ; seule la deuxième proposition apparaît réalisable et populaire, et devrait lui permettre de l’emporter pour les masses moutonnières, simplement pour le plaisir de « dégager » l’autre Tartuffe. Il s'est présenté comme le VIP "des solutions" face à Sarkozy, l'homme "du passé". S'il a n'a pas prononcé le mot, son programme - crise oblige - est aussi, et peut-être surtout, un véritable exercice de rigueur. Une rigueur certes tempérée par une redistribution importante. Mais une rigueur réelle, puisqu'elle reprend les objectifs de baisse de déficit transmis à Bruxelles par le gouvernement Sarkozy : -4,5% du PIB en 2012, -3% en 2013 et 0% en 2017.

Il n’y a pas de solution ni « nationale » ni « française » à la crise systémique, c’est pourquoi la bataille des chiffonniers électoralistes doit écraser toute sérieuse réflexion politique et économique. C’est pourtant, depuis longtemps un classique, la discussion de bistrot est tout sauf politique. Le « grand rendez-vous » des « présidentielles » n’a jamais été que confrontation psychologique où il serait méprisable d’y chercher une alternative de société.
J’ai noté le revirement en une journée de la mafia présidentielle concernant la réplique à opposer à Sarkozy, être plus cool. Or, ni le blaireau ni ses affidés n’ont pu s’y tenir et ils se remettent à aboyer à tout crin. Au point qu’ils tendent à mettre fin à tout suspense, toute cette tension en compétiteurs de la haute bourgeoisie, avoine pour appâter le bon peuple aux auges électorales. Il est étonnant que, tout à leur ferraillage, les deux principaux partis de l’oligarchie, aient remisé au second plan la dernière galipette de Mme Le Pen ; laquelle a proposé le retour de la retraite à 60 ans… pour couper l’herbe sous les pieds du PS. Intéressant ce revirement du FN. Il signifie d’abord que la dénonciation des immigrés ne suffit plus dans la crise, qu’il faut mettre en avant des questions plus sérieuses même pour la couche la plus arriérée de la classe ouvrière. La stratégie du FN, parti bourgeois, évolue elle aussi (le père de la fille était un as des négociations secrètes avec Chirac), et ce revirement sur la retraite à 60 ans, semble bien destiné à désavantager le PS au profit de la « réaliste » UMP !
Mais ensuite, la proposition est une moquerie puisqu’il est impossible de revenir en arrière, et pour l’UMP (fière d’avoir fait passer la pilule avec les syndicats de… gauche) et pour le PS dont le candidat n’oppose qu’une histoire de « cas par cas » comme pour la régularisation des immigrés ; que le blaireau ou le gentil « seul à pouvoir porter le changement », soit élu, cela ne changera rien à la volonté bornée de la bourgeoisie de continuer à faire payer la crise à la classe ouvrière. Hollande n’arrête pas de faire des mamours aux PME, tout en se moquant et de Juppé et de ses futurs électeurs en justifiant son inévitable échec : « s’il n’y a pas la croissance, il n’y aura pas réduction des déficits ». Le même argument que les sarkoziens, mais à l’envers : c’est la faute à la crise dans tous les cas de figure.

Hollande occupe tout le paysage médiatique, mais tiendra-t-il la route, ainsi que son rival dépressif Sarkozy, au long des trois mois qui viennent ? Au plan politique général le problème reste entier, comme le symbolise la vieille photo de Paris Match (Sarko et Hollo ensemble pour le oui à l’Europe), l’opinion diffuse UMP et PS sont à mettre dans le même sac, Bayrou et Mélenchon ne sont pas crédibles, reste l’abstention et le vote protestataire… voire des « voies de fait » grévistes en plein marasme électoral si le suspense se délite dans une querelle de clocher face à une réalité sociale de plus en plus intenable.
Sinon, on se fout du futur élu. La fonction présidentielle reste un élément de parasitisme de la société qui devra être éliminée en même temps que la démocratie représentative truquée.