"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 10 juillet 2010

CE QUE JE DIRAIS A LA PLACE DU ROTURIER SARKOZY LUNDI sur FRANCE 2


Par Paul le Poulpe, la nouvelle voyante universelle

Presque toujours en politique le résultat est contraire à la prévision.
François-René de Chateaubriand



Jamais scandale n’a été si scandaleux et si révélateur: les riches à poil sont laids et bêtes ! Jamais les dentelles en soie et les dentiers en or des vieux bourgeois n’ont été ainsi exhibés au bon peuple ! Quelle aubaine crie l’oligarchie de la gauche caviar ! Quelle aubaine hurle le site gauchiste Rue 89 ! Quelle chance pour les chiffres de vente de nos études bourdieusiennes sur la haute société, s’exclame le couple Pinçon-Charlot ! Guerre au palais, paix aux chaumières chante le chétif Besancenot, voile (noir) autour du cou !La mayonnaise avariée de toute cette agitation mortifère n'aurait certainement pas pris si nos bleus n'avaient pas perdu aussi piteusement. Ressaissez-vous, nous connaitrons d'autres victoires ensemble.
Certes mon Woerth de poche est maire du château de Chantilly. Certes sa mémère a l’air con avec ce large chapeau emprunté aux dames de forte corpulence noble. Certes elle fût jusqu’à récemment la tabatière de la plus riche rombière de France et de Navarre. Certes mon petit Woerth a toujours été une cheville ouvrière de la circulation mafieuse de l’argent pour les cliques de droite. Et alors ? Vous croyez que le PS c’était mieux avec l’affaire Urba et le PCF avec l’argent de Moscou ?
Et d’abord, est-ce que ma justice en robe noire et chapeaux rigolos a porté plainte, comme disait l’autre jour mon ami le sondologue Reynié ? Non, alors la ferme ! Est-ce que Charles Pasqua s’est plaint que j’ai remplacé mes juges par un panel de sénateurs et de députés amis qui l’ont blanchi ? Non, alors la ferme !

Vous savez chers concitoyens qui est le plus ridicule dans cette histoire de scandales qui ne fait que débiter des évidences séculaires qui ne vous empêchent nullement de suivre les derniers matchs de la coupe du monde de foutball ? Eh bien je vais vous le dire : les journalistes bobos. La plupart n’ont pas la classe de mes amis Val et Pujadas bien sûr. Ces journalistes investigateurs sont en réalité tous aigris que je ne les ai point promis à la direction de mes chaînes de radio et de télé. Voilà pourquoi ils vont nous chercher des poux chez nos bons riches sans qui l’ouvrier n’aurait point de travail. Mes chiens de porte-parole ont en vain aboyé contre ce site de merde Médiapart cornaqué par un louche ancien trotskien à moustache stalinienne. J’ai été bien gentil de retenir la laisse de mon principal pitt bull Lefebvre car il était parti pour le dévorer.
Vous voyez, chers compatriotes de quel degré de maîtrise il a fallu que je m’empare pour éviter les débordements de mes chiens, et ma magnanimité princière, pardon démocratique. Mon lapsus soudain n’est, je dois vous le dire, aucunement une concession à la théorie des gauchistes bourdieusiens sur une soi-disante « noblesse d’Etat ». Les mannes du Général De Gaulle me pardonneront mon excès de langage, ce n’est qu’une connerie de plumitifs, hélas trois fois hélas ! Cette charge contre la minorité dirigeante oligarchique – je sais 69% des ouvriers n’ont pas voté aux dernières élections – est typique des couches intellectuelles petites bourgeoises qui votent massivement pour le PS et son concurrent nain les Verts. La dénonciation des riches ne risque pas plus de faire tomber mon gouvernement que l’insurrection potache des amis jeteurs de cailloux du petit Julien Coupat. Ce n’est pas dans mes habitudes de citer un ennemi ancestral, je dois vous le dire, mais je vous le dis. Il dit un jour que le véritable ennemi du prolétariat n’est pas représenté par l’infime minorité des riches possédants mais par cette masse immense de petits bourgeois intéressés à la conservation du système capitaliste et nullement disposés à « tomber dans le prolétariat ». Cet homme lucide se nommait Wladimir Ilitch Lénine et mourut au siècle dernier à l’âge de 54 ans.

Le danger représenté par ce scandale d’argent « sale » - hi hi vous pensiez que l’argent était « propre » ? – n’est pas intrinsèque à nos magouilles habituelles et bien connues même du bon prolétariat. Il est dans la tentative faite par tous ces scribouillards de faire capoter ma volonté comme honorable délégué de la classe dominante, je tiens à la préciser – vous pensez bien que s’il n’y avait pas eu la crise, j’aurais préféré garder au chaud mes millions de retraités peinards, serviles électeurs – de supprimer progressivement cette vieillerie républicaine de retraite. Quoi de choquant que mon ministre du travail soit un simple secrétaire de la principale fortune de France et que sa femme en nettoie les écuries ? Pinay était palefrenier. Pompidou cireur de pompe chez Rotschild. Giscard portier à la banque de France et Sapin forestier chez M. le duc.
N’oubliez pas que mes principaux collaborateurs, Chébault et Thirèque, n’ont pas jugé utile de se mêler à cette horrible chasse à l’homme – et croyez bien que je sais de quoi je parle car, entre nous dans notre ghetto d’ultra-riche, nous pratiquons la chasse à courre mais après un vulgaire animal. Ces syndicats sont tout de même les représentants de l’immense majorité silence des travailleurs.
Comme vous le voyez mes assises sont solides concernant ladite rentrée. Vous ne croyez pas d’une part que les salariés roulés dans la farine par tant d’enterrements syndicaux de rue vous être nombreux à défiler derrière mes serviteurs à qui j’interdis simplement d’appeler à voter pour moi officiellement ; et d’autre part vous ne croyez pas qu’il y a une solution alternative, chez mes partenaires de la couche inférieure de la gauche caviar, pour solutionner les graves déficits par lesquels notre pays est meurtri.

Chers compatriotes, je vous dois la vérité. Cette réforme je la conduirai à terme et aucun des coyotes qui aboient ne pourra se mettre en travers. Je vais vous dire pourquoi. Nous ne réformons pas la retraite en général. Nous nous attaquons surtout à la retraite des plus démunis du secteur privé. La revendication salariale comme facteur d’unification de la lutte contre l’Etat bourgeois a toujours été du pipeau marxiste. Vous n’imaginez pas que les régimes spéciaux maintenus, comme celui de la SNCF, vont bouger le petit doigt pour les pauvres prolongés du privé ! Z’avez qu’à s’embaucher dans un service public quand ils avaient 20 ans… et puis le privé a été longtemps mieux rémunéré que le public, n’est-ce pas. C’est pourquoi j’ai, dès le début de mon mandat, révolutionné les conditions de travail pour tous afin de permettre à la sélection naturelle des meilleurs de travailler plus pour gagner plus ; pensez à ces grands patrons qui n’ont pas d’heure ni de retraite ! Quant à cette partie des couches moyennes boutiquière, artisans et commerçants, ils ne prennent pratiquement jamais leur retraite, et pour cause, ou lors de leur dernière heure. Et je peux ajouter que je n’ai fait que légaliser une pratique courante, partout dans le monde les retraités s’emmerdent tellement qu’on les trouve partout prêts même à travailler gratuitement pour des associations transhumanitaires… J’aimerai donc qu’on cesse de me karchériser ainsi que de jeter des tomates sur mes ministres, nous ne sommes que les modestes délégués de la classe dominante.
L’augmentation de la durée d’emploi des enseignants, qui va-t-elle choquer ? A part les concernés et encore, les profs d’université ont si peu d’heures qu’ils en redemandent. N’ont-ils pas trois mois de vacances par an ces feignants d’électeurs des monarques socialistes ?

Non, voyez-vous, chers compatriotes, ce que je crains le plus derrière toute cette abracandantesque agitation, comme aurait dit mon prédécesseur les grand feignant, c’est que la vieille bourgeoisie bourdieusienne, avec ses moyens formidables pour corrompre la presse, de Médiapart à FR3, n’en ai marre de notre ascension à nous les néolibéraux roturiers. Elle avait accepté pourtant au début mon langage de charretier, mes discours de bateleur de foire rédigés à la va vite par mon plumier Gaino. Possible qu’elle manigance mon éviction en estimant que je ne serais plus ni cohérent ni efficace pour empêcher un nouveau 68 ou 95. En terminant ce discours, je tiens donc à m’adresser à elle, par-dessus vos têtes ignares, et dans l’intérêt de notre nation.
Chers compatriotes fort respectables d’héritiers récipiendaires de la longue tradition du pillard et tueur Clovis, du nain Napoléon, du puant Clemenceau, des rigolos de la IVème République, et des incontinents De Gaulle et Mitterrand, prenez garde à ne pas trop jouer avec le feu. Il risque de nous roussir tous. Quelle alternative à mon gouvernement de réformes ? Je vous le demande. Qu’est-ce qu’on fait si les ouvriers débordent les syndicats en octobre ? Croyez-vous que le PS et Cohn Bendit ont les moyens de faire rêver les foules prolétariennes ? Non, franchement vous n’y pensez pas !
Enfin, pour conclure cette adresse au peuple français, je me tourne vers vous tous, mes compatriotes prolétariens, chômeurs, immigrés et sans papiers : aidez-moi à rester au pouvoir contre les riches manipulateurs pervers !Parce que je le vaux bien moâ!

vendredi 9 juillet 2010

UN DOCUMENT TRES IMPORTANT POUR LA FILIATION MAXIMALISTE

(MAIS OU EN EST LA FILIATION?)

« Le groupe ouvrier du parti communiste russe » (1923-1937) G. Miasnikov, organisation de la traduction, introduction, compilation et notes de Michel Olivier.
« Nous nous réjouissons avec toi, camarade Lénine ! Tu es donc le chef d’un prolétariat qui n’existe même pas !Tu es le chef du gouvernement d’une dictature prolétarienne sans prolétariat ! Tu es le chef du parti communiste mais non du prolétariat ! »
Gabriel Miasnikov


Poursuivant un travail indispensable d’historien du mouvement révolutionnaire maximaliste, Michel Olivier met à la disposition du public un document exceptionnel, rassemblant des textes traduits du russe et inaccessibles jusqu’ici en Occident. Après 68, la plupart des militants dits ultra-gauche comme la noria trotskienne croyaient tout savoir. On disputait aux trotskiens la primeur de la dénonciation du stalinisme en évoquant les « gauches internationales » dites allemande (cf. le KAPD) et italienne (le courant de Bordiga) ; certains avaient vaguement entendu parler des oppositions russes par la lecture de Ciliga, mais n’attachaient guère d’importance à l’Opposition ouvrière de Kollontaï (une opposition pour simplement « gérer la dégénérescence ») ni au groupe d’intellectuels dits « centralistes démocratiques ». L’ « ouvrier » Miasnikov restait un type honnête, assez exemplaire de ceux qui maintenaient les positions révolutionnaires et ne craignaient pas de critiquer Lénine et Trotsky les « célébrités » comme disait Miasnikov. L’importance de Miasnikov et de ses camarades était en vérité beaucoup plus considérable que nous ne l’imaginions, jeunes éphèbes d’un bolchevisme brumeux et évanescent. Il est bien « l’ultime bolchevik » !
Sa place éminente est enfin comblée par ce travail très documenté qui permettra non seulement de combler notre ignorance mais d’enseigner aux néophytes révoltés et avides de théorie qu’il y avait autre chose que des « célébrités » face à Staline, comme ce Trotsky finalement assez répugnant comme le montre la correspondance où il apparaît plus proche des « acquis staliniens » et refuse toute solidarité politique et personnelle à un Miasnikov isolé et pourchassé. Miasnikov a toujours en tête la révolution mondiale et définit toujours les moyens classiques marxistes pour la généraliser : « La meilleure aide que le prolétariat des autres pays puisse apporter au prolétariat russe c’est une révolution dans son propre pays, ou au moins dans un ou deux pays de capitalisme avancé » (p.25).

Je porte deux critiques au travail valable de défrichage de Michel Olivier. La première, de forme, franchement il est regrettable qu’il n’ait pas choisi de le publier sous forme de livre ; je lui avais proposé de le faire sous couvert de mes éditions du pavé, et cela ne lui aurait pas coûté plus cher que la centaine de brochures qu’il a édité à ses frais. Cette vieille habitude d’ex-militant du CCI de publier en brochure est vraiment néfaste. Les brochures, comme les journaux ne se conservent pas, filent un jour à la cave et y moisissent. Plus personne n’est attiré par les brochures excepté une poignée de connaisseurs et les libraires n’en veulent pas vraiment. Le livre lui est passe-partout et s’inscrit dans la durée. J’en appelle évidemment à un éventuel éditeur sérieux de textes rares de s’engager à reprendre ce travail rare et qui peut faire l’objet d’une demande importante tôt ou tard. Evidemment on ne peut pas compter sur les ânes d’Agone qui publient le triste Rouillan, ni les Cahiers Spartacus qui s’obstinent à ne republier que d’insignifiants textes anarchistes, ni Smolny qui préfère publier les diarrhées du libertaire Janover ou des travaux minus d’universitaires, ni les ed de l’Encyclopédie des Nuisances qui ne sortent que des conneries.

La critique de fond est de trois ordres.
1°) Je pense qu’il faut savoir être démagogique de nos jours, titrer « Le groupe ouvrier du parti communiste russe » (1922-1937) ne peut que faire fuir, étant donné l’état de délabrement de l’idée communiste par le rouleau compresseur du stalinisme et du trotskisme et l’étude d’un groupe obscur n’engage pas plus à sympathiser avec quelques cercles ou sectes opaques. Il eût mieux valu présenter ce même travail, à mon sens, sous forme d’une étude de type biographique (ce qu’elle est en fin de compte) autour de la personnalité de Miasnikov, de sa trajectoire et de sa vie tragique d’homme hors du commun, de la trempe des « célébrités » qu’il n’hésita pas à critiquer et qui l’envoyèrent en prison. Il y a du Babeuf chez Miasnikov. Il est le bâton témoin du meilleur de la révolution, mieux que Trotsky et Bordiga réunis.

2°) Autant on ne peut qu’agréer au souci général de la brochure de fournir les documents « bruts » - on est frappé par la qualité de la traduction, par la clarté de l’exposition des idées par « l’ouvrier Miasnikov » et l’actualité de ses affirmations – autant il est regrettable que ne soit pas critiqué un certain nombre de conceptions fausses ou néo-bolcheviks obsolètes de Miasnikov et ses amis.

3°) Malgré sa générosité, son soutien indéfectible aux intérêts généraux du prolétariat, Miasnikov est dépassé sur plusieurs points. Nous eussions souhaité pouvoir le découvrir il y a 30 ou 40 ans, cela nous aurait épargné des années d’apprentissage (dans le milieu petit bourgeois maximaliste en particulier), il exprime clairement les positions fondamentales du prolétariat en révolution : indépendance de classe, contrôle de la société, liberté d’expression, tolérance des partis, etc. Il va plus loin que toutes les critiques réunies des braves anarchistes et des bordiguiens incontinents sur la compréhension de la dérive de situation du système soviétique et le type de « communiste » étatique qui s’assied sur les droits sociaux des prolétaires : « Cette situation fournit le contexte pour l’émergence d’un type particulier de « communiste psychopathe ». Son poste dépend de sa capacité à obéir et à flatter ses supérieurs. Qu’il soit en lien ou pas avec les ouvriers n’est qu’une petite préoccupation pour lui » (p.18).

LES CONCEPTIONS CONFUSES DE MIASNIKOV

Miasnikov et ses compagnons de combat sont incontestablement les vrais successeurs du bolchevisme suranné avec pour souci de conserver la méthode marxiste (ne pas être les perroquets de Marx et Engels, p.37) ; comme Babeuf dépassa les Jacobins, mais avec les limites de son époque et de belles contradictions que Michel Olivier laisse passer :
« L’époque où la classe ouvrière pouvait améliorer sa propre condition matérielle et juridique à travers les grèves et l’entrée au parlement est définitivement passée » (p.27). (…) « Pour en finir avec l’exploitation, l’oppression et les guerres, le prolétariat ne doit pas lutter pour une augmentation de salaire ou une réduction de son temps de travail. Ce fut nécessaire autrefois, mais aujourd’hui il faut lutter pour le pouvoir » (cf. Manifeste du Groupe Ouvrier, p.23) mais en 1930, dans le projet de programme alternatif au stalinisme, Miasnikov assure que : « l’alliance de la lutte pour les revendications partielles avec la lutte pour les idéaux généraux de classe est l’unique moyen d’arracher le prolétariat à l’influence néfaste des idéaux de la bourgeoisie et de la bureaucratie et de le tourner vers la révolution » ; pour ce faire (« conscientiser les masses ») le projet de programme de 1930 nous refile l’obligation de travailler dans les syndicats et de contribuer aux élections parlementaires… Miasnikov et Cie sont donc déjà en retard sur les leçons tirées par les maximalistes allemands et italiens.
Et pour une raison qui plombe nombre de ses positions politiques : le localisme russe. Comme Trotsky d’une certaine façon il veut croire à la possibilité de sauver la révolution russe et il s’accroche aux vieilleries théoriques qui ont menées à sa perte :
- un Etat « ouvrier » (même Lénine n’y croyait plus), « notre Etat », « notre économie agricole » « comme la poste » (tu parles !), etc., il s’enferme à son tour sur la seule expérience russe, et sur cette question de l’Etat-parti ce sont des minorités politiques maximalistes en Europe qui tireront les vraies leçons.
- des syndicats pour la défense des ouvriers (ils sont devenus en Orient et en Occident de parfaits rouages des Etats)
- en se plaçant à l’opposé du totalitarisme stalinien, est espéré curieusement une démocratie pour la presse de toutes opinions et une liberté même pour les partis bourgeois qui le rapproche des mencheviks disparus et des conceptions gentiment social-démocrates de Rosa…

On n’est pas sans relever un ouvriérisme en décalage complet avec le pouvoir du parti bolchevik composé essentiellement d’intellectuels petits bourgeois, et en décalage avec une immense population paysanne. On peut en plus se poser la question de l’efficacité de la revendication de nos jours du « pouvoir des mains calleuses », outre de faire rire, mais du fait d’une composition moderne de la classe ouvrière où les mains sont généralement plus lisses et où même les anciens « calleux » portent des gants de protection. En même temps Miasnikov ne se fait aucune illusion sur le soi-disant ouvrier de base qui n’est souvent, grâce aux appels d’offre de l’Etat stalinien qu’un parvenu : « Nous devons considérer que, si les postes dirigeants, souvent renouvelés, sont occupés par des personnes de très basse extraction sociale, il s’agit dans tous les cas d’éléments nullement prolétariens » (p.29).

S’il a compris avec Lénine que, malheureusement, le régime instauré après le succès révolutionnaire momentané et limité, n’était qu’une forme de capitalisme d’Etat, il est plein d’illusions sur les débuts de ce capitalisme d’Etat, à l’instar de la fraction stalinienne : « Les succès de l’URSS dans le domaine du développement économique indiquent seulement que le capitalisme d’Etat est supérieur au capitalisme privé… » (p.36).

Dans le fameux texte « L’ultime mensonge », les propositions en faveur du pouvoir des Conseils ouvriers (dits « Etat ouvrier ») sont souvent filandreuses et mêlent des vieilleries comme les coopératives avec cette outre vide de « participation » des ouvriers au pouvoir dont on sait depuis les délires autogestionnaires des gauchistes modernes qu’elle ne pourrait être que l’établissement de fonctions pour la masse des petits bourgeois et leurs suppléants syndicalistes. En plus l’existence de plusieurs partis et de plusieurs programmes, envisagée gentiment par un Miasnikov vieillissant c’est quoi ? Une resucée de la démocratie bourgeoise totalement étrangère à la dictature du prolétariat (à ne pas confondre avec la dictature d’un parti, fusse-t-il marxisant). Et quelle absurdité d’affirmer plus loin que l’Etat « prolétarien » existerait grâce à la diversité des partis politiques qui vont « un ou tous à la fois diriger l’Etat à un moment donné » !!!!?

A PROJET AMBIGU AVENIR PERCLUS
On ne fait jamais un travail de recherche historique, de réhabilitation de personnages disparus sans un but défini. A l’évidence, Michel enfonce une porte ouvert pour nous les convaincus du caractère prolétarien de la révolution d’Octobre et du courage politique et théorique des minorités qui ont fait l’effort de nous en transmettre les leçons importantes. Mais pour la plupart critiquables et dépassées. En second lieu, la démarche est viciée cependant comme les archéologues qui s’ingénient à recherche les traces des contes à dormir debout de la Bible dans le sable de la Palestine. C’est une propension un peu triste de quelques ex-militants d’aller chercher à nous démontrer encore et toujours qu’il y avait des purs à l’époque héroïques et que, comme les Saints, nous serions assurés en nous repenchant sur leurs préceptes de garantir le succès révolutionnaire de demain. Balivernes. On ne prépare pas l’avenir en croyant répéter le passé. Le passé est mort, et l’expérience en Russie pour aussi louable qu’elle ait été ne nous apporte pratiquement plus rien comme l’expérience de la Commune de Paris, excipée comme une légende autant par les anarchistes qui n’y étaient pas que par Marx. Non il n’y a rien de pur dans le passé, comme il n’y aura rien du pur dans l’avenir.
Le souci de la commémoration n’est pas un facteur suffisant pour réarmer la théorie. C’est une même démarche intellectuelle abstraite qui anime le reliquat de la « fraction » externalisée du CCI vouée au tapage studieux et religieux de la revue Internationalisme, comme les découvertes anthropologiques des camarades de « Controverses » (leur site est à chier des bulles universitaires). Face à la faillite du mouvement maximaliste organisé, du CCI à ex-Battaglia (dont Michel est apparemment un électron libre « indépendant »), et aux fossiles Camoin et Bitot, on veut nous refaire le coup des « approfondissements théoriques » nécessaires, entendez : tout aurait été détruit dans la théorie marxiste. D’abord ce n’est pas vrai. Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de minorité conséquente ni de parti de classe qu’il n’en réapparaitra plus. Ensuite, ce genre de démarche académiste a donné les résultats que l’on sait dans les années 1980 avec le cercle « Communisme ou Civilisation », devenu Robin Goodfellow. Ce cercle a eu la prétention de restaurer la théorie marxiste au plus haut niveau en faveur de la reconstitution du « parti de classe ». Ils ont lu, potassé, rédigé des textes parfois lisibles. Ils ont érigé un site avec les scans de leurs écrits, et ce site est un vrai cimetière. Les deux restants passent leur temps à discuter avec la mouvance révisionniste des raouliens (cercle de Paris) et des vieux retraités maximalistes de l’Eduque naze et de la fonction publique qui essaient de meubler une retraite dont ne profitera pas la majeure partie du prolétariat contemporain.
On prétend restaurer la théorie, livrer de l’histoire en kit, mais on est incapable d’une verte pensée pour contribuer vraiment à la réapparition du mouvement maximaliste dont les positions politiques basiques sont confirmées par la crise capitaliste systémique et la scandaleuse bourgeoise.

PS: Le prix de la brochure: 10 euros!!! Le bourgeois Michel exagère. Le CCI s'était déjà moqué à juste titre de la cherté de ses brochures. Soit on considère qu'une brochure est propagandiste et s'adresse aux démunis (entre 3,5 et 5 euros max), soit il ne vise que cet étroit public d'ex-militants aisés et professeurs bobos.

jeudi 8 juillet 2010

LA BARBARIE MODERNE EST-ELLE LE SIMPLE PRODUIT DU COLONIALISME ?



« La violence de masse dans l’histoire » est le nom que l’auteur a choisi de donner à son livre au lieu d’un titre qui eût été plus approprié, selon moi, « La guerre comme violence étatique ». L’ouvrage est très intéressant, malgré des maladresses et des faiblesses politiques liées à la jeunesse de l’auteur, parce qu’il sort des entiers battus des clichés imposés sur cette question difficile et entourée de mensonges qu’est la question de la guerre moderne. Cependant des fixations sur des thèmes chers aux historiens de droite (charges unilatérales contre la démocratie US, refus de reconnaître l’apparition des « masses » surtout au XXe siècle, bizarre antidarwinisme (« darwinisme social criminel »), anti-libéralisme primaire, etc.) jettent une ombre sur la prétention de l’auteur à guider le lecteur « vers une compréhension de fond des mécanismes qui, au cours de cinq millénaires d’Histoire, ont mené l’humanité sur les chemins de l’horreur » (4e de couv).

Dès le départ il remet en cause un premier gros cliché qui assure que la « violence de masse » serait un facteur lié essentiellement au XXe siècle, mais en ne nuançant pas son affirmation – car il y a quand même en effet une destructivité décuplée avec la mécanisation au XXe siècle – il prête le flanc à l’accusation de conservatisme et d’idéalisme à la Oswald Spengler, où tout n’est plus que ténèbres incompréhensibles (cf. la critique de Blaise Dufal). Il est plus courageux et proche de la vérité cependant en niant que l’on puisse attribuer, comme causes explicatives du déchaînement de la guerre totale contemporaine, les origines de cet ensauvagement au nazisme et au stalinisme, et récuse les pleurnicheries des historiens juifs et leurs spéculations sur les auteurs racistes français du XIXe siècle. Il définit d’emblée sa thèse majeure, que ne semble pas avoir saisi ses critiques des milieux intello-bobos, l’origine de la barbarie moderne se trouve bien plutôt dans le colonialisme capitaliste : « … ce sont les Britanniques qui, en Irlande ou en Inde, au XIXe siècle, inaugurèrent l’instrumentalisation politique et économique des famines de grande échelle et qui, en Afrique, pendant la guerre des Boers, créèrent le camp de concentration, à peu près au même moment que les Espagnols à Cuba. Enfin c’est de l’Amérique démocratique que vint la terrifiante décision d’atomiser deux villes japonaises paisibles, fussent-elles métropoles d’un empire au comportement guerrier monstrueux, et l’idée récente de remettre au goût du jour la guerre préventive. On le voit, la démocratie n’est en rien un rempart contre la violence de masse ou même contre la guerre, les deux Etats ayant livré le plus de guerres depuis 1945 étant les Etats-Unis et Israël, pays démocratiques dont al conduite guerrière a régulièrement enfreint le droit des gens ».

Bien dit et cela fait plaisir de voir un jeune historien échapper aux ornières des vieux coucous de l’histoire officielle instrumentalisée et apte à opposer l’abattoir de Verdun à la criminalisation arrogante et radoteuse d’Octobre 1917, à s’opposer à l’interprétation des historiens gauchistes repentis qui ont fait du goulag le précurseur de camp nazi. Mais pour démontrer quoi ?
Le projet est ambitieux : « Etat, libéralisme, religion : un triptyque qui fut à l’origine d’une histoire humaine dominée depuis quatre millénaires au moins par la violence de masse ». A trop vouloir survoler l’ensemble de l’histoire humaine connue, l’auteur va en définitive perdre en route la spécificité criminelle du capitalisme et se réfugier dans un aquoibonisme idéaliste, en laissant de côté ce qui a fait la force du mouvement ouvrier, et qui est toujours un levier pour le mouvement maximaliste actuel : la lutte pour mettre fin à toutes les guerres en instaurant une société « commune(iste) ». On dirait que notre jeune auteur, pourtant pertinent observateur et contempteur des diverses mystifications politiques et religieuses s’est laissé bouffer lui aussi par le désarroi ambiant et n’a pas d’autre solution que de sonner les cloches, et pas toujours les bonnes.

HOBBES AVAIT TORT ?

Notre jeune historien aurait dû potasser un peu plus amplement les écrits du marxisme car sa méthode est bancale et pêche par une confusion constante des conditions des époques. Hobbes avait raison de souligner que la création de l’Etat permit initialement de mettre fin à la guerre de tous contre tous dans des aires géographiques délimitées ; la guerre entre Etats que lui oppose T.Camous, c’est pour une étape ultérieure, et ce dernier ne s’intéresse visiblement pas à la position communiste classique qui pose comme principe la dissolution de tous les Etats fauteurs de guerre, d’exploitation, etc. Ce n’était pas la peine que monsieur le professeur aille se promener dans la Rome primitive en ignorant les imposants travaux d’Engels, sa retraite n’en sera pas raccourcie pour autant. Il révèle une propension à attribuer les pratiques de violence et de déportation sauvage au Proche-Orient ancien : « L’exemple proche-oriental antique montre que l’Occident industriel n’a pas « inventé » la politique de terreur ». Où est l’échelle de mesure ? si ne sont pas mesurées les causalités d’époque et la différence qualitative avec le militarisme capitaliste moderne ? La « violence de masse », la guerre donc devient une tare génétique portée par l’espèce humaine et… obscure. Ce « legs redoutable » permet à l’Etat-nation moderne de faire du soldat de 14-18 et 39-45 un « bétail tragique ». La guerre devient folie : « Une conception folle de la guerre émerge : la « guerre d’usure ». Le but est de tuer chaque jour plus d’ennemis que l’adversaire. Le citoyen-soldat devient l’objet d’un calcul froid, cynique, criminel » ; pourtant Camous semble bien comprendre les causes économiques de base (rationnelles : pouvoir et profit) des deux guerres mondiales plus loin (page 83 et suiv.).
Les constats sont justes : « Les bombardements d’Hiroshima, Nagasaki ou Dresde et l’ignominie de Katyn n’ont fait l’objet d’aucun procès au lendemain de la guerre ». Les exemples probants sur l’ensauvagement des libérateurs démocratiques: « Le président Roosevelt reçut ainsi en « cadeau » un coupe-papier taillé dans un os de soldat japonais, tandis que Life publiait les photos d’une élégante Américaine remerciant son fiancé de lui avoir offert un crâne de soldat nippon » (p.17).
Mais on se demande qu’est-ce que comprend l’auteur en lisant les classiques comme Clausewitz, mais en ignorant ceux du marxisme, pour nous inventer des aphorismes aussi stupides que celui-ci : « La guerre crée l’Etat ». Non, l’Etat existe depuis longtemps pour empêcher la société de se désintégrer et la guerre, en tout cas moderne, sert non à une quelconque communauté mais à la classe bourgeoise à réaffirmer l’adhésion des masses à l’intérêt national, pas simplement à l’Etat comme tel. On peut dénoncer la guerre, comme le fait ponctuellement T.Camous, mais on ne peut la traiter comme une généralité intemporelle. La guerre « en tant qu’instrument de la cohésion de l’Etat », dit-il. Ce n’est pas vrai pour l’Etat moderne de la même façon que pour l’Etat antique. Les Etats du lointain passé pouvaient se servir de la stigmatisation d’un ennemi, voisin ou héréditaire, pour obtenir l’assentiment des populations sous leur coupe. A l’époque moderne c’est plus compliqué que sous Jules César ou pendant la guerre de Cent ans ; c’est une hérésie historique et politique que de comparer la « privatisation » ( ?) des guerres romaines (avec un prétendu génocide des Gaulois ??) et avec les incursions impérialistes des USA en Afghanistan.
La bourgeoisie qui a besoin d’écouler ses produits dans le monde ne tient pas initialement à la guerre – tout comme les Etats les plus florissants - laquelle perturbe la circulation marchande (encore plus en phase monialisée). Si la guerre a lieu c’est parce que certaines bourgeoisies n’ont plus que le pillage pour solution. La population composée de classes antagonistes est plus difficile à embrigader que les Spartiates contre les Athéniens, etc. Cela fait bien pour un certain lectorat de tirer à vue sur les saloperies militaires US à Abou Grahib et Guantanamo, mais il faudrait expliquer en quoi la sophistication militariste moderne se différencie profondément des guerres primitives, et ne pas oublier de signaler que tous les Etats bourgeois ont leur part de crimes militaristes.

Avec sa thèse principale – les méfaits du colonialisme - qui sous-tend la causalité de « la violence de masse » , l’auteur est incapable de nous expliquer en quoi le colonialisme est d’abord une volonté du capitalisme de s’imposer sur toute la planète. N’a-t-il point lu la célèbre sentence de Marx : le capitalisme s’est développé dans la boue et le sang ? Avec boue et sang, mais développé quand même. La colonisation n’est pas que pillage militariste, elle ouvre la voie à un développement – qui restera inégal et hypocrite – mais nul ne peut nier qu’elle est en partie révolutionnaire, qu’elle n’est pas pure : les missionnaires en sandales suivent les explorateurs armés certes, mais comme on avait été chercher les premiers prolétaires dans les bois, on va chercher de nouveaux prolétaires dans la jungle et dans les îles de palmiers… On ne peut pas dire que l’esclavage a pour but l’extermination comme Hitler avait pour but l’extermination des Juifs ! Sinon on se rapproche au mieux de l’idéalisme confusionniste anarchiste, et au pire des théories simplistes des Marine Le Pen/Dieudonné/intégristes musulmaniaques et Cie ; quand en plus la référence de Camous semble être l’hyper-réac Pierre Chaunu. Avec ce raisonnement décalé, les penseurs grecs et leur « déshumanisation théorisée » de la figure de l’esclave deviennent les géniteurs de Hitler.
T.Camous se livre à une longue description des horreurs de l’esclavage, de l’existence d’un esclavage dans toutes les contrées avant même l’essor du capitalisme (en Afrique, en Orient), et, toujours en s’appuyant au passage sur un quelconque penseur réactionnaire (en l’occurrence Pétré-Grenouilleau) vient nous conter l’histoire d’un racisme pré-existant à celui qui a explosé au XXe siècle ! Il délaisse ainsi toute la causalité économique marchande qui a présidé au développement de l’esclavage, où les esclavagistes n’avaient pas plus un souci d’humanisation que les premiers capitalistes qui faisaient travailler les enfants au fond des mines. Sauf que sans le charbon et sans le coton ramassés pendant un siècle par esclaves prolétaires et esclaves des colonies, pas de confort moderne et Camous se serait ni habillé ni chauffé pour aller enseigner ses théories ambiguës à l’Université.
Le nombre phénoménal de victimes de la traite négrière ne peut être conçu comme une volonté exterminationniste. Il faut mettre cette horreur sur le compte des faibles conditions d’hygiène de l’époque tout autant que du cynisme des marchands qui se souciaient peu des conséquences sanitaires et humaines de l’entassement dans des bateaux de déportation vers les champs lointains de coton, et des conséquences du pillage de l’Inde ou de l’Algérie.

MATRICE COLONIALE OU CAPITALISME ENRAGE ?

Quel sens cela a-t-il d’affirmer que « … c’est bien de la matrice coloniale que l’idéologie nazie tire aussi en partie son racisme obsessionnel » ? Hitler un colon déguisé ? C’est encore lui faire trop d’honneur et excuser ses génocides. On a affaire à un raisonnement de type catho qui survole superficiellement « le mal » par delà les siècles, mais aucunement une véritable réflexion historique et politique. On ne peut pas mettre sur le même plan la colonisation (le capitalisme « ouvre des marchés ») et l’étranglement impérialiste de l’Allemagne des années 1930 (« exporter ou périr »). On ne peut pas mettre sur le même plan un capitalisme ascendant - qui, bien que criminel dans le traitement des prolétaires et des esclaves, vise à un universalisme économique cynique (pas spécialement raciste au contraire, cf. la catéchisation à outrance des colonisés) – et un capitalisme qui amorce son déclin dans la barbarie de 14-18, qui ne réveille pas une « violence de masse » ancestrale mais « révèle » que le capitalisme ne peut plus que détruire et massivement, et peut tout détruire sur terre ; danger qui n’avait jamais été effleuré à ce niveau par aucune société antique ou moyenâgeuse.

La « violence de masse » moderne trouve sa source donc dans « le laboratoire colonial », repose sur le « ferment colonial » (le fumier colonial ?). La thèse peut paraître séduisante pour les gauchistes revenus de leur tiers-mondisme coupable. On peut considérer qu’il y a une continuité de la barbarie capitaliste, du fait même que des généraux à Verdun avaient « fait leurs classes » dans les colonies, mais T.Camous ne se limite pas à cette continuité (évidente et à l’encontre des élucubrations hypothétiques de l’intelligentsia bourgeoise dominante sur les penseurs racistes du XIXe siècle) puisqu’il étire toujours plus loin dans l’Antiquité une continuité intemporelle de la barbarie. En tout cas, avec ou sans colonialisme, la barbarie s’explique surtout du fait que le capitalisme a atteint ses limites, et, comme une bête en cage, enrage et tente de détruire tout ce qui passe à portée de ses griffes. La bête est en cage depuis ou aux alentours de 1914, mais elle n’est pas prête à mourir. T.Camous commet encore une grosse confusion d’époque en voulant relier méfaits du colonialisme français au XIXe siècle et par exemple le massacre de Sétif en 1945. Incontestablement les moyens de répression sont décuplés au milieu du XXe siècle et il ne s’agit plus de conquête coloniale mais de dépeçage de la planète entre puissances concurrentes qui se marchent sur les pieds et dont les « burnous » nationalistes feront les frais. Mais, hormis cette confusion, Camous a parfaitement raison de rappeler que ce sont les mêmes généraux qui ont massacré les communards parisiens de 1871 et enfumés des centaines d’arabes insoumis en 1846, les Cavaignac, Saint-Arnaud et Canrobert qui se sont incroyablement enrichis. Dans les deux cas (1846 et 1945), on ne peut pas dire que la sale répression sanglante des généraux français visait à exterminer les populations, mais à briser la résistance armée par un grand massacre pour terroriser très longtemps les colonisés.

Fier de sa thèse, T.Camous semble vouloir nous la resservir comme schéma explicatif de la barbarie discontinue contemporaine : « Le lien entre guerre de colonisation et extermination de masse est aussi établi par le fait que la guerre de conquête à l’Est servit de matrice à la solution finale. Le lien entre guerre coloniale et génocide est en l’espèce incontournable ». Voici à nouveau Hitler affublé du casque blanc de colon des pays de l’Est (qui n’ont ni coton ni bananes), et l’auteur estime même avoir convaincu le lecteur que le processus de colonisation du XIXe avait pour but l’extermination des populations colonisées ! Or, concernant la guerre à l’Est, outre une hypothétique conquête d’un nouveau marché pour le Capital allemand, c’est ignorer, ou se faire le complice des historiens officiels : Hitler était le « rempart contre le communisme » (du moins sa caricature), et il avait pour but d’exterminer le marxisme et accessoirement les populations juives prolétaires. Aucun lien là-dedans, au cœur de la conflagration impérialiste mondiale avec l’esprit exterminateur prêté à la colonisation ! Si lien il y a c’est que l’Allemagne ne pouvait plus avoir des colonies, ou en avait eu si peu ! Notre bon professeur de « violence de masse » a donc tout faux.

UN HISTORIEN INCLASSABLE

Sous les auspices de sa psychologie de confessionnal, T.Camous nous entraînera ensuite dans des histoires de peur et de ressentiment pour tenter de faire de nous des adeptes de sa théorie de la « violence de masse » héréditaire ou plutôt de la guerre comme mal inextinguible. Voulait-il gagner à sa cause (idéaliste) des lecteurs d’extrême droite et d’extrême gauche ? On le dirait. Il y en a pour tous les goûts avec ce genre d’historiographie aussi révisionniste dasn le détail que l’officielle, qui se prétend novatrice et indépendante de toute école. On a vu que le colonialisme était chargé de tous les péchés, à la manière d’un quelconque activiste maoïste ignorant du moindre texte marxiste de base.
Autre trouvaille, Camous croit nous apprendre que la torture n’est ni une invention de la Tchéka ni du nazisme. Il nous livre au même moment plusieurs pages très intéressantes sur les ravages de l’assassin Leopold II et des Américains contre les indiens, et des Britanniques créateurs de vastes camps de concentration à l’époque de la guerre des Boers, pour nous relier cette barbarie du XIXe siècle des rapaces conquérants européens à… Pol Pot. Nouvelle confusion des époques tout à fait anarchiste. C’est l’importance du nombre des morts qui expliquerait une même barbarie atemporelle et sans commune mesure, nullement une capacité d’évolution des sociétés, ni un progrès de la conscience humaine dans la guerre des classes ? Les famines en Irlande et en Inde sont convoquées au tribunal de l’Histoire au même titre que les massacres d’Hitler et de Pol Pot pour plaider que les affres de la colonisation expliqueraient les génocides du monde contemporain, et au nom d’une « privatisation » du monde dont on ne sait pas ce que ce terme recouvre ; à moins que Camous soit pour la « nationalisation » du monde ? N’est-il qu’un vieux féodal aigri anti-libéral hostile à ce « lent processus libéral de démembrement des prérogatives de l’Etat ancien ( ?), jadis absolu et tout puissant, instillant l’idée que le monde est à prendre, à conquérir, que ses richesses sont là, à saisir ». Qu’on les ignore ou qu’on les déplore on ne peut pas mettre les massacres aux différentes époques sur le même plan pour passer à la trappe les explications contingentes, pas toujours évidentes, parfois vraiment irrationnelles et souvent inexplicables même par un marxiste chevronné.

S’appuyant sur un autre historien douteux, Orlando Figes, Camous tente de nous expliquer que peur et ressentiment ont été à la source de la révolution de 1917. A un moment il nous dit que les bolcheviks ont été dépassés par la violence d’en bas, à un autre (p101) à la suite du confusionniste Figès il nous les présente comme les promoteurs de celle-ci et nous assure que Lénine n’a fait que reprendre les idées de terroristes populistes mais en désespoir de cause face à un tsar autiste. Puis il saute dans la « révolution paysanne chinoise », justifiée face à l’oppression japonaise sans nier les « errements homicides du Grand Timonnier ». On trouve souvent des annotations justes dans ce fleuve de commentaires où Camous nous apporte de l’oxygène face aux amalgames des dominants en démarquant de tout marxisme les fous khmers rouges dont le « frère numéro un » « n’était pas familier du marxisme ». La terreur des khmers rouges provient bien plus du colonialisme français et de l’autoritarisme de tyran mondain de Sihanouk.
Malgré ce méli-mélo constant entre passé et présent, on saura gré à Camous de prendre la défense de la Révolution jacobine et de la Révolution bolchevique pour leur opposer la révolution chauvine anglaise du 17ème et la révolution conservatrice américaine nullement universaliste : « Révolutions américaine et anglaise sont donc des événements qui relèvent de la défense de l’intérêt particulier, religieux, ethnique, social ou économique, et se limitent à la sphère des libertés. On est loin des idéaux universalistes proclamés par les jacobins ou les bolcheviks – quelle que soit la manière dont ils furent par la suite, et parfois très vite, dévoyés ». Camous démontre aussi comment les dites révolutions anglaise et américaine furent aussi violentes contrairement à leurs apologistes actuels. En outre, il montre qu’il comprend parfaitement les réactions violentes de défense en 1789 et 1917 : « La Terreur n’est pas terrorisme : elle plonge ses racines dans la peur du retour de l’ordre ancien et constitue une réponse légale à une terreur populaire et spontanée liée à l’invasion étrangère… » (cf. voir mon livre « La guerre révolutionnaire de Robespierre à Lénine »). Camous s’appuie malheureusement ensuite sur des réactionnaires comme Werth qui note pourtant bien qu’en Russie a lieu une « contre-révolution militaire » (et non pas « bureaucratique » comme disaient les trotskiens ni « dégénérée » selon les gauches maximalistes). Mais on trouve encore des pépites qui dérogent au bourrage de crâne de l’historiographie officielle : « Il semble que la responsabilité des horreurs de la guerre civile ne doive reposer que sur de rouges épaules et surtout pas ramener encore au choc déterminant de 1914, dont les liens avec le libéralisme sont trop évidents ». Pour une fois, Camous fait la distinction qui s’impose entre la famine imposée à l’Etat de Lénine en temps de guerre civile et les abominations du régime stalinien. Il explique aussi plus loin en quoi la bureaucratie n’est en rien un « mal soviétique » mais une vieille pathologie d’Etat autoritaire. Staline n’est pas un méchant en soi mais est lui aussi « aggravé » dans les conditions de la guerre civile (c’est un PN de première), il est plus déformé par son éducation religieuse que par les préceptes marxistes, tel Carrier en 1793, il massacre ignoblement à Tsaritsyne sur les berges de la Volga…(quand Lénine est encore aux commandes, ou croit l’être).

La dite « révolution chinoise » est bien différenciée de la révolution russe, ce qui est épatant de la part d’un aussi jeune historien : « Le but des violences, tant urbaines que rurales, n’était pas le même qu’en URSS et avait avant tout un objectif politique, et non pas économique : celui de la constitution d’une classe d’activistes, d’un socle sur lequel ancrer le nouveau régime. De plus le communisme chinois fut très tôt dirigé par Mao, figure complexe et ambiguë, dont le machiavélisme meurtrier et retors n’eut rien à envier à celui de Staline ».

LES CAPRICES TYRANNIQUES DES UBU DE CIRCONSTANCE

La barbarie khmer rouge « sortait bien davantage du fond des âges et de la jungle que des bréviaires léninistes ou maoïstes ». « Les khmers rouges, pour la plupart d’entre eux, n’ont rien lu et rien retenu de Lénine ou de Marx, peut-être un peu plus de Staline, rien retiré des expériences de la Révolution française, malgré leur passé parisien ». Bien vu.
Au milieu de son hystérie maximaliste (sic) l’expérience des sadiques cambodgiens ne peut aucunement se réclamer des expériences communistes du début du siècle passé. Au lieu d’une guerre de classes, les khmers rouges permirent la « vengeance individuelle » : l’élève contre le professeur, le paysan misérable contre le paysan pauvre, le client contre le commerçant, l’enfant contre le père, etc. Rien de Marx là-dedans, juste un vernis « d’obscurantisme bouddhiste ».

Il y a aussi des UBU libéraux nous explique par la suite Camous, et qui ont besoin d’exercer la peur pour gouverner et, encore une fois, au lieu de creuser dans la modernité de l’instrumentalisation de la peur notre ardent professeur va prendre le métro en marche arrière retour vers l’Antiquité. Dommage, il castre ainsi un raisonnement qui aurait pu le mener de République vers Bastille et s’égare dans un marais pour professions intellectuelles, avec visite aux théorisations racistes de la fin du XIXème en enterrant Darwin au passage ( ?). Le racisme qui expliquerait en partie les violences (pas les guerres) revient comme thème récurrent justifiant sa thèse du lien entre colonialisme et nazisme (les meurtres de masse des Allemands en Namibie en 1904) ; il reprend aussi les poncifs contre Nietzsche. Il ne connaît rien à la nature du fascisme puisqu’il le nomme extrême droite (cf. mon livre Le fascisme et son ombre sur le siècle montre que celui-ci n’est pas l’extrême droite) et ne comprend pas la paranaoïa primordialement anti-marxiste du nazisme (idée qu’il émet pourtant en page 193).

LA RELIGION INSTRUMENT POUR ERADIQUER « L’AUTRE »

La 3ème partie sur la religion aurait pu être plus étoffée en lien avec les comparaisons avec le colonialisme (« la religion servira de justification morale à toutes les entreprises coloniales occidentales » p.225), elle reste la partie la plus intéressante pour nous les politiques maximalistes peu férus d’histoire religieuse. Sur cette dernière partie et le chapitre 6 je suis intégralement d’accord avec ses analyses, toutes les religions sont guerrières (j’ai traité du sujet dans « Marx était-il dépressif ») et il est bon qu’un auteur aussi bien diffusé fasse connaître largement la mystification du bouddhisme « pacifique » : « … ne pas sous-estimer une certaine conception bouddhiste du meurtre comme acte de délivrance et de compassion. Il ne faut pas oublier que pour le bouddhisme, et cela même s’il interdit strictement le meurtre, l’enfer c’est la vie ; Le but de l’existence est bien de s’en délivrer ».

Malheureusement, comme après une longue prière, notre observateur des guerres de masse n’a rien à proposer. Dommage mais nous nous avons nos références classiques et un projet de société, pas tout à fait intact, mais vivant, bien vivant encore. Une lecture qui vaut le déplacement à votre librairie la plus proche.

samedi 3 juillet 2010

L’EUROPE SERA-T-ELLE LA SUISSE DE LA 3ème GUERRE MONDIALE ?


Entre 1939 et 1945, deux pays européens sont passés à travers la boucherie planétaire : l’Espagne et la Suisse. L’Espagne avait amplement versé sa contribution de sang grâce à Franco et ne pouvait plus prolonger l’hémorragie. Son prolétariat avait été écrasé pour que triomphe l’idéologie de la guerre des démocraties contre les fascismes. Néanmoins, comme la Suisse, elle servit tout le long de lieu de passage des transactions financières. Les pays en guerre mondiale ont toujours eu besoin de no man ‘s land pour soit commercer entre eux, soit continuer à agioter au profit des grandes familles bourgeoises (les hiérarques nazis firent de bons placements qui ont profité à leur famille post 1945 sans qu’elles soient inquiétées).
Il y avait longtemps qu’on n’avait point évoqué la logique de guerre capitaliste dans les médias français – tout le monde restant le nez sur la crise sans évoquer la seule solution bourgeoisie possible à terme : la guerre – et voici que ce samedi 3 juin l’éditorial du Monde sonne l’alarme.
« Aux armes, citoyens européens ! » clame l’articulet : « Dans un monde qui s'arme, l'Europe désarme. Sous le choc de la crise et la nécessité d'assainir leurs finances publiques, les pays européens taillent dans les budgets de la défense - massivement. C'est dangereux ». Avec toute la roublardise du journaliste bourgeois, le pigiste anonyme stigmatise ce refus de « devenir une puissance qui compte dans le monde de demain », « un tropisme vers la neutralité, qui ferait d’une Europe vieillissante une sorte de Suisse à l’abri des tumultes du XXIe siècle – ce qui relève dAvec toute la roublardise du journaliste bourgeois, le pigiste anonyme stigmatise ce refus de « devenir une puissance qui compte dans le monde de demain », « un tropisme vers la neutralité, qui ferait d’une Europe vieillissante une sorte de Suisse à l’abri des tumultes du XXIe siècle – ce qui relève d’une conception angélique de l’histoire ». Les Européens se satisfont du « bouclier américain », or le scribouillard de service prévient – et au moins il est le premier à ne pas cacher les enjeux des « guerres lointaines » - « La défense, pour un continent comme l'Europe, c'est la capacité à justifier ses ambitions stratégiques (en a-t-elle encore ?) ; c'est l'aptitude à projeter sa puissance sur des théâtres éloignés où se joue une partie de son avenir économique ; c'est la possibilité d'intervenir pour s'interposer sur un autre continent, empêcher tentatives génocidaires et crimes contre l'humanité. Bref, tenir son rang parmi les puissances de l'époque ». Sous le bla-bla humanitaire et anti-génocide (ils ont bien laissé faire hier tous au Kirghizistan) vous avez bien lu « où se joue une partie de son avenir économique » !
Les chiffres de ce lamentable « abandon » des dépenses militaires ne trompent pas : « La majorité des pays européens consacre moins de 1,5 % de leur produit intérieur brut (PIB) à la défense. Tous, sans exception, taillent dans les crédits militaires des lois de finances des deux années à venir. C'est vrai pour les petits pays européens. Mais c'est aussi le cas pour les quatre ou cinq grandes puissances militaires du Vieux Continent que sont l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et, à un moindre degré, l'Espagne, l'Italie et la Pologne. Les Allemands et les Britanniques paraissent les plus radicaux dans les coupes demandées à leurs armées ; les Français semblent plus prudents, qui limitent la "casse" ou s'efforcent, comme ils disent élégamment, de "stabiliser" leurs dépenses militaires ».
Les Français (Sarkoziens ?) « limitent la casse » ? Oui car il y a chaque semaine un militaire français tué (certes un professionnel plutôt gradé) et bon pigiste ne saurait mentir complètement, l’Etat sarkozien donne un sérieux coup de pouce au maître dominant US. Evidemment tout ceci paraît ridicule comparé au plus de 4% des USA, au 5% de Poutine, au 6 à 7 % des Chinois. Alors notre pigiste va-t-en guerre de prier les Européens de « mutualiser leur effort militaire ».
Ce sergent recruteur pour des dépenses militaires accrues oublie volontairement (ou c’est un imbécile) de nous expliquer le pourquoi. Les dépenses militaires grèvent les budgets étatiques et sont improductives. Si les Etats rognent sur ces dépenses en Europe, ce n’est pas par laxisme, mais parce qu’en face les prolétariats européens sont déjà tellement pressurés (sans compter qu’ils se fichent de mourir pour les drapeaux nationaux ou même celui de l’Europe) qu’on ne va pas les pousser à l’insurrection pour quelques tanks de plus.
L’idée de l’Europe comme Suisse de la future 3e guerre mondiale me plaît bien. Imaginons une guerre entre les USA et la Chine + la Russie. Certes on verrait passer de drôles de drones au-dessus de nos têtes, de curieux réfugiés avec des brûlures inconnues. Nos banques européennes se rempliraient de milliards de dollars des généraux des camps adverses et des fortunes de guerre, tout comme leurs coffres s’empliraient des œuvres d’art mandchoue piquées en zone asiatique ou des trésors d’Hollywood détournés par sous-marins.
Pure rêverie, nous le savons bien, l’Europe est une vieille pute bourrée de bijoux qui restera encore au centre du cambriolage impérialiste planétaire si notre grand Robin des bois, le prolétariat universel, croit pouvoir tirer les marrons du festin génocidaire.

mercredi 30 juin 2010

LA GUERRE DE TOUS CONTRE TOUS ?

LE « FAIT DIVERS » EXPRESSION DE LA DESINTEGRATION SOCIALE OU ARME NATURELLE DE L’ETAT JURIDIQUE BOURGEOIS ?

Il y a si longtemps que le philosophe Hobbes écrivit ces lignes qui définissent la guerre de tous contre tous dans les sociétés sans Etat (état de nature), et le philosophe défendait la pérennité éternelle de l’Etat, quand Engels lui répondit deux siècles plus tard que l’Etat n’avait jamais existé de toute éternité: « L'état de nature, cette guerre de tous contre tous a pour conséquence que rien ne peut être injuste. Les notions de droit et de tort, de justice et d'injustice n'ont dans cette situation aucune place. Là où il n'y a pas de Pouvoir commun il n'y a pas de loi ; là où il n'y a pas de loi il n'y a pas d'injustice: Force et ruse sont à la guerre les vertus cardinales. Justice et injustice n'appartiennent pas à la liste des facultés naturelles de l'Esprit ou du Corps ; car dans ce cas elles pourraient se trouver chez un homme qui serait seul au monde (au même titre que ses sens ou ses passions). En réalité la justice et l'injustice sont des qualités qui se rapportent aux hommes en société, non à l'homme solitaire. La même situation de guerre a aussi pour conséquence qu'il n'y existe ni propriété [...] ni distinction du Mien et du Tien, mais seulement qu'à chacun appartient ce qu'il peut s'approprier et juste aussi longtemps qu'il est capable de le garder » (17ème siècle).
Sommes-nous revenus à cet état de nature, à la barbarie antique avec les guerres incessantes sur le globe, mais si mystifiées, avec – plus mal vécus que ces guerres – les faits divers sanglants qui ponctuent l’actualité de la propaganda bourgeoise ?
On tue beaucoup à coups de couteaux par les temps qui courent. Guerre des écoliers, guerre des voisins, guerre inter-communautaires ou raciales, guerre des automobilistes, guerres entre collègues… Et pas simplement guerre, mais meurtres de sang-froid. Des meurtres commis en bande à Grenoble, Paris et sa banlieue ont fait récemment les unes de l’actualité propagandiste. Au récit de ce que les journalistes, et les lecteurs de prompteur télévisé nomment « l’ultra-violence », nous, pauvres spectateurs possibles prochaines victimes au coin d’un bois, d’une autoroute ou derrière le rayon surgelé des supermarchés, nous restons tétanisés, avec cette question minable : que fait la police ? Ou cette autre interrogation plus pathologique : faudrait-il pas rétablir la peine de mort pour ces chiens ? Sur TF1, Laurence Ferrari, plus vte qu’un bolide au Mans lit sur son prompteur : … un acte barbare… ils ne se rendent pas compte… les agressions sont de plus en plus violentes… elles préparent des adolescents au grand banditisme. Sur France 2, avec David Pujadas, on a encore plus froid dans le dos face à la sauvagerie sur la bretelle d’autoroute près des Mureaux : … une violence disproportionnée… ils ont tué devant les parents… ils disaient aux parents « on va le tuer »…
Est-ce bien nouveau ? Il y a 30 ans Roger Gicquel ouvrit le « 20 heures » sur un glacial : « les Français ont peur ». Il reste à écrire une anthologie des faits divers dramatiques au XXe siècle en même temps que leur instrumentalisation par la propaganda bourgeoise. Certains « décadencistes » vous affirmeront que c’est vrai, c’est pire aujourd’hui et que cela manifeste une décomposition de la société bourgeoise et pourrait être un élément de réflexion sur la nécessité d’inventer une nouvelle société. Pas vraiment pourtant, le crime tétanise toujours, singularise et obscurcit les facultés de réflexion de chacun.
Pour mesurer le degré de mensonge déconcertant atteint par la domination totalitaire bourgeoise, on peut extraire deux définitions du dictionnaire psychologie, qui nous démontrent la petitesse de sens et le mépris pour « ceux d’en bas » qui nous est jeté à la figure par les élites dirigeantes.
Délinquance : Somme des infractions à la Loi. Le taux de criminalité d'une société reste relativement stable sauf lorsque d'importantes modifications sociales surviennent. Les actes délictuels sont en grande majorité le fait d'hommes peu éduqués et sans travail. Chez les enfants et les adolescents, les actes délictuels ont souvent pour origine une cellule familiale éclatée ou une déficience intellectuelle
Bande : Les groupes d'individus ainsi nommés peuvent parfois devenir marginaux et leurs buts antisociaux. Souvent issus de milieux dans lesquels leurs besoins affectifs ne peuvent être comblés, les jeunes qui rejoignent ces bandes y trouvent assurance et dédouanement pour leurs actes grâce au soutien moral des autres membres. Les éducateurs spécialisés, psychologues et assistants sociaux ont pour but de modifier les objectifs de telles bandes.

AU DEBUT LE SOCIALISME ETAIT CONSIDERE COMME CRIMINEL

Les premiers mouvements socialistes qui apparaissent en Europe au début du XIXe siècle sont déjà stigmatisés par les fractions « démocratiques » de la bourgeoisie comme criminels. Ils se développent dans des quartiers et villes aux traditions de révolte populaire déjà sous la féodalité. Ces premiers mouvements ne veulent pas se contenter de réformes sociales. L’écossais Robert Owen est considéré comme le premier créateur d’un socialisme dit utopique. Dès 1817, ses projets de « villages de coopération » pour les pauvres, s’accompagnent de virulentes critiques contre les religions et prêchent pour l’inauguration d’un nouvel ordre mondial. Un peu avant le milieu du siècle, son mouvement touche des dizaines de milliers d’ouvriers et d’artisans qui croient sincèrement à la venue d’un monde égalitaire et fraternel. Owen influencera les premiers socialistes français mais surtout Marx et Engels.
L’apport des Owen, Thompson (1785-1833) et Godwin (1756-1836) dans leur renversement moral de la notion de crime, est moins connu mais très profitable aux Marx et Engels. Ils mettent en avant les responsabilités de la société par rapport à la question criminelle. Si l’état de la société apparaît comme un état de guerre de tous contre tous, l’homme n’est en lui-même ni bon ni mauvais, il devient ce que le milieu environnant a fait de lui. Le premier crime est donc le fait de celui qui, par la propriété privée, accumule de la richesse au détriment des autres qu’il va ainsi amener inévitablement à voler. Dans The Book of the New Moral World, Robert Owen reprendra cette critique de la propriété privée considérée comme la véritable cause du crime, et Marx et Engels à sa suite qui récuseront les idées reçues des statisticiens et des philanthropes dans un cadre d’analyse sociale plus large et à partir d’ube critique radicale de la société bourgeoise.
En 1845, Louis Blanc dénonce le grand nombre d’enfermements : « La répression a beau grandir, le mal grandit plus vite encore » ; il remet en cause tout le système pénitentiaire, la généralisation de la « mise en cellule ». Les juges bourgeois pensaient que l’emprisonnement cellulaire allait apprendre au prolétaire à se repentir de ses méfaits – la plupart du temps de vol – à épargner en vue de l’avenir, alors qu’en général (et de tout temps) il n’a même pas de quoi pourvoir au présent. Anticipant d’un siècle et demi la crise financière des prisons américaines (elles coûtent plus cher en particulier avec le maintien de la peine de mort), Louis Blanc en dénonce l’inefficacité et la toxicité : « De quel droit laisserait-on de pauvres enfants sucer le venin du vice dans la misère, à deux pas du pénitencier où l’on s’évertuerait à catéchiser des scélérats en cheveux blancs » (cf. Histoire des savoirs sur le crime et la peine, vol I). Pour Louis Blanc, c’est la société telle qu’elle est organisée et telle qu’elle fonctionne qui est criminelle, bien plus que ceux qui se retrouvent dans les prisons : « Qu’est-ce donc qu’un ordre social où l’industrie est prise en flagrant délit de lutte contre l’éducation ?; un ordre social où les pères sont obligés d’exploiter leurs enfants en les faisant travailler dès le plus jeune âge, en leur donnant ainsi une éducation qui les poussera nécessairement au vice, à l’alcoolisme et sans doute au crime ?
A la même époque, Marx accuse aussi la société d’être coupable du crime et il comprend déjà que les formes de prévention n’ont d’autre but que d’exonérer de toute culpabilité la classe bourgeoise régnante. Les problèmes de la criminalité ne sont pas centraux dans les œuvres de Marx et Engels, ils apparaissent au détour de certains textes mais comme simple illustration des méfaits de l’ambiance capitaliste. Contre tous les apologistes conservateurs de la société de classes hiérarchisées, Marx et Engels examinent toujours sur les situations et la structure de la société. Leur conception du comportement criminel et de la loi officielle ne peut se comprendre que de l’intérieur de la critique globale qu’ils font de la société capitaliste.
Marx ne réduit pas l’existence du crime à la seule société capitaliste et reconnaît que chaque société peut produire des types spécifiques de comportements problématiques. Son insistance porte néanmoins sur les relations particulièrement significatives entre comportement criminel et capitalisme, depuis l’apparition de celui-ci.
Le capitalisme s’est formé par l’expropriation des paysans de leurs terres, les contraignant à vendre leur force de travail. Cette expropriation est en réalité un vol, vol d’une ampleur inimaginable, preuve que toute l’organisation sociale qui en est issue résulte d’actes criminels. De plus, comme la nouvelle organisation industrielle ne parvient pas à absorber l’ensemble des hommes expropriés, elle les contraint à s’De plus, comme la nouvelle organisation industrielle ne parvient pas à absorber l’ensemble des hommes expropriés, elle les contraint à s’engager eux-mêmes dans une lutte pour survivre, qui a souvent pour conséquence la transgression des règles. On assiste alors à la formation des « classes dangereuses »qui trouvent ainsi leur origine dans le processus même de création du capitalisme. Les comportements criminels et la loi pénale sont deux aspects différents d’une même réalité ; comme l’écrira un auteur moderne : « La transformation des petites unités de production indépendantes et capitalisme entraîne le vol des terres, la criminalisation des conditions de survie de ceux qui ont été expropriés de leurs terres et la violation des lois par ceux qui n’aont d’autre choix que le crime pour vivre « (Greenberg, 1981).
Marx ne se contente pas de décrire les origines du crime inhérent à ce type de société, il montre ensuite comment il est surtout utile à la société dans laquelle il se développe. Il reprend le raisonnement tenu au 18ème siècle par Mandeville. Le criminel « produit » la loi pénale. Il produit aussi le professeur qui donne des cours sur la loi et la criminalité : « et même l’inévitable livre de base dans lequel le professeur présente ses idées et qui est une marchandise sur le marché… De plus, le criminel produit tout l’appareil policier ainsi que de l’administration de la justice, détectives, juges, jurys, etc. et toutes ces professions différentes… la torture elle-même a permis l’invention de techniques fort ingénieuses, employant une foule d’honnêtes travailleurs dans la production de ces instruments » (cf. Sur la Théorie de la valeur, Theorien über den mehrwert, vol I, édité par Karl Kautsky, 1905).
Tous ces bénéfices secondaires du crime permettent à la société de se maintenir, « le criminel apparaît ainsi comme une de ces « forces équilibrantes » naturelles qui établissent une juste balance et ouvrent la porte à plusieurs occupations soi-disant « utiles » (Marx est ironique). Le crime et le criminel ne se situent pas en marge de la société capitaliste, ils en font partie intégrante. D’un point de vue de la marche normale de la société bourgeoise, la criminalité ne constitue pas un désordre social mais apparaît plutôt comme une des caractéristiques de l’ordre social capitaliste.
Toujours à la mi-temps du siècle, le jeune Engels, dans The condition of the working class in England, avait anticipé cette critique du masque criminel de la justice bourgeoise. A partir de la description des sordides conditions d’exploitation du premier prolétariat industriel du monde, Engels déduit la légitimité des comportements criminalisés et en quoi cela a une incidence dans le processus révolutionnaire d’émancipation du prolétariat. Il oppose les ouvriers déshumanisés par un travail infernal à la fausse moralité bourgeoise : « l’immoralité de l’intérêt privé et l’hypocrisie des classes possédantes sont choses bien pires ». Pour Engels, la plupart des premiers penseurs socialistes n’ont pas été au bout de leurs analyses, surtout par le fait que la plupart étaient issus de la bourgeoisie. Il moque même le réformisme d’Owen, ouvrier devenu patron qui prétendait faire vivre dans ses petites communautés bourgeois et prolétaires ; Owen espérant parvenir sans lutte et sans transition au communisme faisait le jeu du libéralisme bourgeois, encore promis à un bel avenir.
Engels se place au niveau historique et récuse l’existence d’individus abstraits et de forces occultes. Premier pas révolutionnaire : l’ouvrier, écrasé par le travail et misérable, se révolte contre les conditions qui lui sont faites, tandis que le bourgeois oisif s’enrichit. Le pauvre se mit à voler par nécessité et on assista à une croissance de la criminalité parallèle au développement des industries : « Mais bientôt les ouvriers s’aperçurent que cela ne menait à rien. C’est seulement en tant qu’isolés, en tant qu’individus, que les délinquants pouvaient protester par leur vol ; la puissance de la société tout entière se jetait sur chaque isolé et l’accablait d’une énorme supériorité… Le vol était la plus grossière, la plus inconsciente des formes de protestation ». (cf. Bandits de E.J.Hobsbawn)
Dans une deuxième étape, on retrouve encore une certaine forme de « criminalité », avec le bris des machines par des luttes en bande visant à empêcher l’introduction des machines qui privaient les ouvriers de leur emploi : « On démolissait les usines et on mettait les machines en pièces ». Ces réactions de colère restèrent isolées et sévèrement punies. Engels reconnait un mérite à ces actions « criminalisées », qui faisait de l’Angleterre le pays avant-garde de la révolution mondiale, c’est que ces révoltes finirent par aboutir en 1824 au vote d’une loi qui autorisait la libre association des ouvriers, générant la formation des premiers syndicats pour protéger l’ouvrier isolé face au patron (et mettant fin même au meurtre de certains patrons dans les conflits trop personnalisés, aussi bien en France à l’époque qu’en Russie à la fin du siècle).
Engels pressent que la compétition engendre la criminalité, c’est pourquoi il souligne l’importance capitale des premières associations ouvrières dans les grèves : « elles sont le premier essai fait par les travailleurs pour supprimer la concurrence. Elles supposent l’intelligence de ce fait, que la domination de la bourgeoisie repose uniquement sur la concurrence des travailleurs entre eux, c'est-à-dire sur la division du prolétariat par l’opposition des individus ouvriers les uns contre les autres… Et c’est précisément pour cela qu’elles (les associations) sont si dangereuses pour l’ordre social ». C’est pourquoi les capitalistes taxent les grévistes et les membres de ces associations de « criminels », alors qu’ils ne sont pas criminels (ni terroristes…) mais des acteurs déterminés d’une « guerre sociale ».
Cependant tous les actes considérés comme criminels par le pouvoir d’Etat bourgeois ne peuvent pas être confondus par après dans une même « guerre sociale » comme l’ont théorisé les anarchistes anciens et modernes. Marx et Engels ont dénoncé sans concession la racaille du lumpenprolétariat de leur époque, comme la racaille terroriste petite bourgeoise pendant la révolution française.
Dans un autre texte – Discours à Eberfeld (fev 1845) – Engels s’efforce de montrer que les comportements criminels diminueront naturellement avec l’avènement de la société communiste. La guerre de tous contre tous n’est pas seulement la concurrence entre prolétaires, les conflits du travail entre prolétaires et bourgeois, elle recouvre aussi la guerre des bourgeois entre eux, basée sur la concurrence.
En éliminant la concurrence de la société, comme les ouvriers ont été capables de le faire eux-mêmes le temps de leurs meilleures grèves, on élimine la racine même des comportements criminels. A son époque, Engels croyait même une diminution possible des chiffres de la criminalité dans un capitalisme jeune ; il soulignait que des statistiques prouvaient une diminution des infractions contre les personnes mais une augmentation des infractions contre les biens. Engels se trompait sur la longévité du capitalisme et ne pouvait pas vraiment concevoir les formes d’ultra-violence que celui-ci allait prendre au seuil de sa décadence, avec la gigantesque boucherie de 1914 et la croissance exponentielle des crimes contre les personnes du XXe au début du XXIe siècle. Une hausse des infractions contre les biens ainsi théorisée avait quelque chose de rassurant – les « criminels » s’en prenant à la « propriété privée » - et de moins pervers et irrationnel que les actes de « cruauté mentale » qui ont fait florès depuis. Dans l’acception pacifiste et graduelle d’Engels, la suppression de la concurrence (après une insurrection tout de même et la prise du pouvoir par le parti) aurait ouvert une ère de paix sociale, dissolvant les institutions de la justice pénale créée pour la protection de la propriété privée et des premiers usurpateurs de la terre. Des conflits pourront perdurer mais être réglés par des arbitres de l’agora communiste sans procès et sans jugements grotesques. La transgression des lois, par le gréviste et le petit voleur, pouvait encore apparaître à la fin du XIXe siècle comme partie intégrante d’une même guerre sociale.
En analysant les actes criminels comme liés à un type d’organisation sociale, Marx et Engels ne se différenciaient pas des réformateurs sociaux comme Quételet, mais à la différence de ce dernier, d’une part ils ne considéraient pas que les criminels avaient agi librement et d’autre part ils n’envisageaient pas d’autre solution que le bouleversement complet de la structure sociale et politique du capitalisme pour remédier aux divers crimes.

LES ANARCHISTES CROIENT ENCORE AU « VOYOU REVOLUTIONNAIRE »

Gavroche pendant la Commune n’est plus pourtant qu’une image kitsch vendue aux touristes japonais à Montmartre. On se souvient qu’à la suite du groupe néo-trotskien Socialisme ou Barbarie, les situs à la fin des années 1950 théorisèrent la révolution des « blousons noirs ». Les héritiers intellectuels de ces ânes, l’ami et collaborateur de Janover, Garnier, plus ou moins confortés par des spécialistes en sociocratie banlieusarde, tel Laurent Mucchielli, ont tenté de nous refaire le coup d’un « tous ensemble » dans la « guerre sociale », alors que Marx et Engels avaient pris des distances avec les premières théorisations de la révolte sociale. Un auteur libertaire, Jean-Pierre Garnier s’est essayé à caractériser une « violence contemporaine », y perdant son latin « post-politique ». Voici la description de la nouvelle « guerre sociale » selon Garnier vers 2005 :
« Expulsés des villes, les prolos et sous-prolétaires vont se replier dans des zones rurales qui échappent à la gentrification. « Faute d’alternative politique leur permettant de s’extraire de leur désastreuse situation, les laissés-pour-compte de la « métropolisation » pourraient bien dans les années qui viennent contribuer à la diffusion de la « violence urbaine » sur l’ensemble du territoire ».
Jean-Pierre Garnier, qui écrit dans des journaux libertaires à deux sous (de contenu) nous fournit une vision ultra-gauchiste anar bien fumeuse pour expliquer la lumpenisation généralisée présumée subversive : « L’analyse des violences, comme celles de 2005 et de 2007, nous instruit sur le bourbier dans lequel patauge intégralement toute la classe politique, extrême gauche comprise. Ce n’est plus un fossé mais un gouffre qui sépare les « casseurs » et la bonne société. Politiciens et médias nous enfument en parlant à chaque fois de violences aveugles, gratuites ou absurdes. Ah ? Attaquer des commissariats, des entreprises installées en zone franche mais qui ne jouent pas le jeu, une trésorerie principale, un bureau de l’ANPE, des écoles qui orientent vers des ghettos sociaux, des bus aux tarifs prohibitifs, des bagnoles de sociétés privatisées, des concessionnaires de voitures hors de prix…, ce n’est ni aveugle ni gratuit ni totalement absurde ! Reste la question de la sempiternelle voiture des malheureux voisins brûlée dans la foulée. « Il est hypocrite, pour ne pas parler d’indécence, de s’apitoyer sur le malheur des démunis privés de leur véhicule quand cela fait des années que la misère est orchestrée par les nantis qui ne se soucient guère de la vie gâchée des enfants des quartiers populaires ».
La classe ouvrière ? Il n’en reste pas grand-chose pour Garnier : « la classe ouvrière objective existe encore — en a pris un sacré coup. Elle est pulvérisée, décomposée, restructurée, qu’il s’agisse des lieux de travail, de l’habitat, et aujourd’hui tout ce qui était son armature intellectuelle et idéologique s’est aussi effritée. Et à présent, la lutte de classes a été remplacée par ce que Noam Chomsky appelle a Class Warfare, c’est-à-dire un état de guerre larvé ou pas, selon les pays, où l’initiative est à la bourgeoisie ». Ni Garnier ni Chomsky ne sont des références sérieuses en politique marxiste et il est vrai que la lutte pour les revendications immédiates de la classe ouvrière, tristement corporatisée et scotchée de badges syndicaux, n’a jamais eu aucun aboutissement révolutionnaire depuis 40 ans ni séduit les laissés pour compte des banlieues pauvres. Cela ne lui enlève pourtant pas son rôle révolutionnaire au moment des grands krachs futurs.
Il ne faut pas mélanger les crimes dans les faits divers et les émeutes de banlieues pauvres – que la propaganda met dans le même sac (Garnier a raison de dire que la bourgeoisie criminalise les émeutiers mais n’ose pas reconnaître qu’ils sont un simple feu de paille sans objectifs) - mais, fier de sa découverte des émeutes « irrécupérables », l’anarchiste de service ne peut qu’exalter la violence « sans limites » ( !?) et surrenchérir dans l’exaltation de l’illégalité : « Désolé de casser le rêve naïf du « vivre ensemble ». Cette belle idée est une pure fiction dans une société ultra inégalitaire. Les « sauvageons » ont été enfantés par le système capitaliste, lui-même d’une sauvagerie sans nom. Toutes les violences subies, sociales, économiques, racistes… sont retournées à l’expéditeur. C’est le rendu de monnaie pour des années d’errance entre bahuts dépotoirs, stages bidons ou boulots d’esclave. C’est le prix à payer quand le pouvoir applique la tolérance zéro pour ceux d’en bas et l’impunité zéro pour ceux d’en haut… Avec tous les mauvais coups qui vont encore nous tomber sur la gueule, il n’y a aucune raison de penser que ces colères-là s’apaiseront. Sans leaders ni revendications, les « violences des cités » laissent perplexes. Nous sommes loin de la lutte des classes « à l’ancienne », plus facile à contrôler et à neutraliser par la négociation. Les dirigeants de gauche perdent leurs repères face aux scènes de « guerre civile » diffusées en boucle par les médias. Ils paniquent tellement qu’ils pactisent à chaque fois avec la droite sécuritaire au nom de l’ordre républicain. Les BAC sont même parfois promues au rang de « casques bleus » ! Quand la lutte contre « l’insécurité » prend le pas sur la lutte contre les inégalités, c’est le commencement de la fin. « À une vie sans avenir, on ne peut opposer qu’une violence sans limites », assurait un responsable associatif en 2005 ? La facture des violences qui ratiboisent jeunes et moins jeunes sera salée un jour ou l’autre. « Il faudra en payer le prix sous la forme d’une violence apparemment « insensée », à la fois imprévisible et incompréhensible, faute de saisir ou d’admettre la logique sociale inédite dont elle est le produit. Une violence que nous nommerons, en attendant mieux, « contemporaine » et que d’autres appellent « post-politique », pour la distinguer d’une « violence historique », ainsi qualifiée parce qu’elle se réfère au sens que toute une tradition, à la fois philosophique et politique, prêtait à l’histoire. »
Les intellectuels anarchistes n’ont toujours rien à dire sur les questions politiques « contemporaines » !

A LA FIN LA PEINE DE MORT EST DE RETOUR DANS LES TETES

Depuis Marx jusqu’aux divers socialistes et communistes modernes (toutes couleurs confondues) l’abolition de la peine de mort est par excellence, comme l’antiracisme, au cœur de la « pensée de gauche ». La gauche français avec la mitterrandie en 1981 a sanctuarisé cette abolition comme un acquis glorieux, indélébile mais plutôt débile. Si sociologues, juristes modernes et politiciens conviennent, après les Louis Blanc et Marx, que la peine capitale est inique, ils s’en séparent par l’équivalence du châtiment de la mort lente qui pullule dans les prisons, par leur compassion vertueuse pour les suicides ou les assassinats dans les commissariats de la République (rares encore).
En temps de paix, révolutionnaires comme réformistes se retrouvent pour refuser la peine de mort comme sanction crédible ; ce qui ne signifie pas que chacun ou chacune face aux crimes les plus odieux (et il s’en produit tous les jours de particulièrement odieux) ne pense pas qu’elle serait méritoire dans les cas les plus avérés et certifiés. En temps de guerre, les réformistes conçoivent sans aucune culpabilité la nécessité de justice militaire expéditive. En temps de révolution, généralement les révolutionnaires qui tiennent les rênes du pouvoir ne s’embarrassent pas d’une justice lourdaude et longue à trancher : les crimes divers, viols, actes de torture sont soumis au jugement immédiat du peloton d’exécution (et c’est tant mieux, dans ces moments on n’a pas de temps à perdre pour tenter de récupérer des tarés) ; les périodes révolutionnaires n’ont pas vu diminuer non plus le nombre des crimes, en Allemagne dans les années 1920 se sont produits d’horribles crimes de sang.
Dans la société actuelle le problème est devenu plus compliqué dans la mesure où l’on a la fâcheuse impression que tout le monde veut tuer tout le monde, qu’un cap a été franchi et que l’Etat et sa justice bourgeoise seraient débordés, impuissants, voire conciliants ou facilitateurs pour les criminels. Fadaises ! Rien n’a changé concernant l’utilisation du crime par l’oligarchie dominante. On assiste même au retour des interprétations les plus éculées du début de la criminologie moderne ; le régime sarkozien prétendant repérer les futurs criminels dès la maternelle. Excellente démagogie.
On aime discuter en régime démocratique de l’intérêt ou pas de la peine capitale. En général, excepté dans les petits pays arriérés et dans quelques Etats US, elle a été abolie. Elle a été abolie dans la plupart des pays bourgeois dits civilisés non pas humanité – elle n’empêche pas la mort lente dans des décennies d’incarcération – mais parce que son maintien rendait encore plus odieux le mensonge originel de la justice de classe : tuer un être humain produit d’une société criminelle dans son fonctionnement est plus révélateur du crime de base de cette société que la prétention à le remettre sur les bons rails (qui déraillent toujours).
La peine capitale comme mesure pour mettre fin aux crimes les plus odieux n’a jamais dissuadé leur répétition. D'un pays à autre, on a pu trouver que l'existence, l'abolition, ou la ré-application de la peine capitale n'a jamais eu aucune influence visible sur la fréquence de meurtres. Ce qui influence vraiment la fréquence de meurtres, d'autres crimes violents et de crimes en général sont les facteurs sociaux. L'augmentation du chômage, par exemple, est accompagnée de l'augmentation correspondante des maladies mentales, suicides, par exemple, et des crimes contre les femmes battues, pour le partage des enfants abusés, le vol -- et du meurtre pathologique ou psychopathe. Cela ne veut pas dire que ce sont le chômage, le travail, une vie familiale éclatée ou la pauvreté qui poussent les gens vers le crime - la plupart des chômeurs n'ont pas plus de chances de commettre un crime que les gens qui travaillent, mais ces derniers pensent souvent au meurtre individuel plutôt qu’à la destruction d’une société malade, subissant journellement une violence psychologique invisible... Ce que cela veut dire est que le chômage sans grand espoir de trouver un emploi est un facteur de stress très important. S'il s'agit de jeunes hommes qui traînent dans les rues - qu'est-ce que leur reste à faire? – traîner en bande d’indiens pour se retrouver persécutés par la police dont les fonctionnaires se perçoivent comme des cowboys redresseurs de torts.
On oublie généralement que chômage est synonyme de solitude, une solitude cruelle où même la famille, votre femme, vos enfants vous lâchent ; la raréfaction des liens sociaux entraîne le phénomène compensatoire des bandes « hors a loi » ou le repli suicidaire. Les conditions de travail engendrent de plus en plus souvent des conflits qui mettent en cause la personne, la menace de destruction par ses propres collègues…. Tout le système juridique et policier bourgeois s’engraisse dans un premier temps de l'augmentation des délits, dérapages et crimes divers qui mènent inévitablement à la croissance de la population des prisons. Idéologiquement la répercussion journalistique quotidienne de la « criminalité moderne » est toujours pain béni pour empêcher toute réflexion cohérente sur la nature et l’absence d’avenir de cette société.
Ceux qui ont été ficelés en prison sont encouragés à poursuivre une carrière criminelle par les conditions mêmes de ces établissements qui sont organisés pour humilier et jamais pour réinsérer socialement et mentalement. Quand les taulards sortent à nouveau dans la société carcérale elle-même, ils savent qu’ils sont à l’unisson de l’Etat bourgeois, fondé sur la cruauté, la vengeance et l'hypocrisie. La publicité quotidienne donnée aux crimes qu'ont commis les gens condamnés à la peine de mort, et leur saga meurtrière répercutée au cinéma, créent des imitateurs qui commettent des crimes semblables. Tout cela ne resterait que de la sociologie vulgaire ou une resucée des pâles théorisations situationnistes si on ne replace pas les questions au niveau historico-philosophique et politique. Thomas Hobbes a été le précurseur de la théorie du monopole de la violence (en allemand: Gewaltmonopol des Staates), reprise par Marx et Engels puis développée par Max Weber. L'état, comment étant la seule entité autorisée à exercer son autorité par la violence sur son territoire. On a vu, grâce à Marx et Engels que ce monopole a été mis en place via un processus d’expropriation durant lequel l'utilisation de la violence par la classe dominante était déclarée comme légitime.

OU L’INFINITESIMAL SUPPLANTE LA VISION D’ENSEMBLE

Un blogueur énervé voit des arabes catéchisés partout, et il a en partie raison de souligner qu’on est sans arrêt pris entre l’étau de deux minorités activistes, les bobos gauchistes et intellectuels bigots du tiers-monde: « Le chômage, la précarité, le mal-logement sont des facteurs à prendre en considération pour expliquer la délinquance mais ils ne sont pas suffisants pour saisir l'ampleur du désastre social. Il existe aujourd'hui dans les banlieues une immigration extra-européenne massive composée d'individus dont les exigences identitaires sont incompatibles avec notre culture. Dans le 9.3 les salafistes prennent progressivement le contrôle des blocs d'immeubles en revendiquant un islam agressif et conquérant. Les bobos-angélistes des associations "anti-racistes" interdisant tout débat sur l'immigration sous peine de procès et d'anathème empêchent par la même occasion toute réflexion autour de ce phénomène. La police de la pensée qui sévit dans la presse aussi bien que sur les plateaux de télé sert en fait les intérêts du communautarisme ».(Lundi 28 juin à 19h50)
Dans sa théorie de la guerre de tous contre tous, Hobbes faisait le postulat qu'à l'état de nature l'homme ne peut pas vivre en amitié avec ses semblables. Il doit, du moins à ce qu'affirmaient les réflexions préliminaires de son ouvrage « Le Leviathan », tout miser sur sa propre existence : s'il la perd, il perd tout ce qu'il possède. Dans cette situation d’où est exclu tout « communisme » d’existence, aucun homme ne saurait laisser rogner ses droits ou son statut comme ce serait peut-être le cas s'il devait se sacrifier plutôt qu'un autre pour le bien commun. Dans son propre intérêt il ne lui reste plus alors d'autre choix que de refuser la vie en communauté et de mener une guerre permanente contre les autres qui ne pourraient lui concéder qu'un statut inférieur dans le groupe, en relativisant son mérite personnel. Hobbes ne fut qu’un précurseur de l’esprit du capitalisme, nullement une pensée pour l’éternité.
La phrase Bellum omnium contra omnes (la guerre de tous contre tous) fût aussi utilisée par le philosophe conservateur nihiliste Friedrich Nietzsche dans la partie de son livre intitulé : Introduction théoritique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral. Nietzsche n’est vraiment pas non plus la référence puisqu’il servit de… référence aux nazis comme aryen indestructible mais destructible dans la guerre impérialiste mondiale.
Nos « casseurs », en grande partie issus des quartiers populaires ne sont pas si nihilistes que la presse bourgeoise l’a proclamé. Ils sont simplement paumés. Grand-père a trimé à Citroën, papa a vécu grâce aux allocs et eux on ne leur réserve aucune place et en plus ils portent des prénoms pas catholiques. L’école de l’Etat bourgeois encouragent l’ostracisme plus que le racisme. Les lycéens des filières généralistes sont français de « bonne souche ». Les violences épisodiques des « casseurs de banlieues » sur des lycéens « gaulois » a été lourdement instrumentalisée, le sociologue Mucchuelli croyant identifier… trois types de motivations : économiques (« se faire de l’argent facile ») ; ludiques (« le plaisir de taper ») ; racistes et de « jalousie sociale » (« se venger des blancs »). Or, tous les sociologues appointés pour répercuter le discours dominant anti-classes sociales et qui se résume aux milles interprétations quotidiennes sur les « communautarismes », le « racisme », « l’ethnicisation », esquivent des questions très simples des jeunes la classe ouvrière :
« Quand on interroge des jeunes des quartiers sur leurs rêves, les réponses ne sont pas irrationnelles ou désordonnées. Pour le dire vite : ils veulent un boulot, un logement et une voiture. Ce qui est scandaleux, c’est que ce minimum de « normalité » soit vécu comme inaccessible pour une grande partie de la jeunesse. Cela conduit, pour certains jeunes, à une mise en scène d’un rejet du travail. Ils disent souvent : « Moi, je ne veux pas être un esclave. » C’est là transformer une contrainte en choix pour garder la tête haute. Il y a de l’exigence de dignité dans tout cela » (Saïd Bouamama).
Non nous ne vivons pas la guerre de tous contre tous, quoiqu’on nous le chante tous les jours, à la radio, à la télévision et sur Internet. La crise économique extrêmement grave et la suppression généralisée des retraites démontrent qu’il s’agit bien vraiment du début du début de la guerre de la bourgeoisie contre le prolétariat.

mardi 29 juin 2010



A l'heure où ils caressent l'espoir d'une croissance adossée aux "marchés verts", les capitalistes entendent faire de l'espace maritime leur nouvel alibi écologique (*).

Vous pouvez commander cet ouvrage au prix de 8 euros frais de port compris, chèque à l'ordre de "la mouette enragée":
La Mouette Enragée
BP 403
62 206 Boulogne sur mer cedex

lamouette.enragée@wanadoo.fr

ou le demander à PU qui transmettra.


(*) C'est mal barré avec la cata de BP au large des bayous US! La marée noire de l'impéritie capitaliste a été plus rapide que les camarades pour sortir leur ouvrage (deux ans...).

jeudi 24 juin 2010

BEAUCOUP DE MANIFESTANTS ET APRES ON FAIT QUOI ?


LA MANIPULATION bat son plein de manifestants suivistes.Toute la presse bourgeoise a titré que les syndicats se sont "requalifiés" et assuré que même le gouvernement n'en était pas du tout marri. Synonyme de manip machiavélique du sol au plafond,de la rue à l'Elysée,la perversion narcissique étatique... Vous allez dire que j'abuse de la notion. Pourtant, mêmes conséquences que celles causées par les porteurs tarés de cette maladie. La victime, la classe ouvrière ressent un malaise indéfinissable, elle a le sentiment de s'être fait baiser, jamais complètement il est vrai. En face le gouvernement a toujours raison, n'agit-il pas dans l'intérêt de tous? Il nous fait souffrir mais n'est-ce pas pour notre "bien"? La psychanalyste Martine Aubry complète le diagnostic "les Français ont peur". Non les prolétaires n'ont pas peur mais ils sont mal dans leur peau parce, spectateurs et victimes d'un système qui s'écroule ils sont en première ligne pour le chômage de masse éternel et la retraite au flambeau. S'il y a malaise, il est surtout politique: les prolétaires sont dépossédés littéralement de toute réflexion, décision et orientation pour l'intégrité de leur combat: les grèves et manifestations sont décidées et cornaquées par d'anonymes appareils bureaucratiques; après avoir été parqués dans les rues, on annonce aux défilants qui ont défilés que des négociations seront ouvertes avec le gouvernement, que celui-ci - le 13 juillet - ne prendra pas vraiment toutes les décisions qui motivent les craintes face à la réalité nue (le Capital ne cède plus rien du tout)mais qu'il s'en remettra aux parlementaires début septembre, qui discuteront et avaliseront pendant que (éventuellement) les obscurs appareils syndicaux vous feront défiler à nouveau dans les rues. Jamais rien n'est clairement affirmé ni confirmé, au nom des complexités, de la pénibilité de l'application des lois mais jamais au nom de la sénilité d'un capitalisme incapable d'offrir à chacun un travail et décidé à supprimer les retraites pour les plus pauvres.
Deux millions ? C’est certainement loin du compte, en dessous du million sûrement. On a tellement l’habitude des mensonges du gouvernement et de ses syndicats qu’on se fiche du nombre exact. Même s’il y avait eu trois millions de manifestants, ces fleuves de population lobotomisée n’auraient pas eu plus d’importance. Que la masse de manœuvre soit manœuvrée non seulement par ces défilés inutiles dans la rue importe moins que les avalanches de mensonges ou de bonnes paroles qui ont balisés toute réflexion politique sérieuse et tout questionnement sur l’INSTRUMENTALISATION de l’absence d'avenir DES retraites, un des aspects de l’effondrement de l’économie capitaliste par la disparition de la valeur.
Autant dire qu’il ne s’est rien passé d’important ce 24 juin. En 2009 les manifs contre la crise avaient été bien plus importantes. La dite base arrière des manifs dans les principales villes était mince : un tiers de grévistes à la SNCF (protégés provisoirement), moins de 20% à l’Eduque Naze pourtant le milieu le plus suiviste du syndicalisme, peu à ERDF, encore moins dans le privé (chiffres du JDD). Les prolétaires ne sont pas tous lobotomisés au point d’avoir oublié les autres promenades syndicales pour se ficher de la classe ouvrière. Pour une partie des prolétaires ce genre de journée nationale d’action signifie un maximum d’emmerdements (garde des enfants, embouteillage, longues marches à pied, etc.) c’est pourquoi certains font grève, contraints et forcés, pour limiter les dégâts et ne vont même plus aux manifs. Intégrant cette méfiance, plus qu’une surenchère comparable à 1995, le syndicat FO s’était abstenu d’appeler à la JA. Dans le jargon maximaliste c’est ce qu’on appelle le « partage du travail » pour ne jamais abandonner à leur sort (possiblement délictueux) de larges parties de la classe rétives aux mobilisations frauduleuses à répétition.

A LA VEILLE DES PROMENADES SYNDICALES, UN SONDAGE BIDON

Le système démocratique est devenu plus totalitaire que celui de feu Brejnev, et le régime de ce potentat reste indéfendable mais était sous-développé comparé au bourrage de crâne anarcho-libéral. A la veille du 24 juin, deux jours avant, le principal journal gouvernemental, Le Figaro publie un sondage osé, qui ne sera contesté par PERSONNE ; il est repris et commenté comme Bible par Le Monde et Chérèque (chef CFDT) invité la veille aux infos du 20 heures. Car les sondages du Figaro, commandités depuis l’Elysée sont INCONTESTABLES. Etudions-en les subtilités. C’est du grand crétinisme dans la perversion narcissique. Sous le titre ronflant et autosatisfaisant de sarkomanie : « Les Français acceptent la retraite à 62 ans » - à 58%... ils n'ont pas osé balancer 62% - on n’interroge plus un panel de classes sociales ou des gens de la ville ou de la campagne, ou la ménagère de plus de 50 balais mais des appartenances politiques, ce qui permet de renforcer à tous les coups les choix bourgeois : que signifie « 72% de l’UMP », un parti de merde qui ne représente qu’une infime minorité de riches face à « 42% de sympathisants du PS », entité qui ne peut prétendre représenter les millions de prolétaires mais ne recoupe que cette minorité de vieillards enseignants qui peuple les comités du principal parti caviar ?
« Parmi les sympathisants de droite, 82 % des personnes interrogées trouvent ce recul acceptable, tandis que ce taux tombe à 42 % chez les sympathisants de gauche. Interrogés sur l'engagement des socialistes de remettre en cause le recul de l'âge légal en cas de victoire à l'élection présidentielle de 2012, 37 % des sondés ont jugé qu'il serait tenu (58 % chez les sympathisants du PS, 28 % chez ceux de l'UMP), contre 63 % qui ont pensé le contraire (42 % chez les sympathisants du PS, contre 72 % chez ceux de l'UMP). Sondés par ailleurs sur l'attitude du gouvernement sur le dossier des retraites, 61 % l'ont jugé "déterminé à maintenir le système de répartition français", contre 39 % répondant par la négative. En revanche, 67 % ont trouvé que le gouvernement n'était "plutôt pas" "juste dans ses choix", contre 33 % jugeant qu'il l'était "plutôt". Et 60 % ont trouvé qu'il n'était "plutôt pas" "attentif aux questions liées à la pénibilité de certains métiers", contre 40 % trouvant qu'il l'était "plutôt". Le sondage a été réalisé du 18 au 22 juin sur un échantillon de 1 002 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas ».
L’oligarchie qui se moque de l’opinion de ses électeurs aveugles pendant 5 ou 7 ans, se met à leur prêter des nuances sibyllines comme si ces vulgaires anonymes étaient de sagaces juges des intentions des partis caviars comme le PS et aptes à juger de la validité des orientations gouvernementales pour gérer la crise du capitalisme ! Vous nous faites trop d’honneur ! Doivent s’exclamer les éventuels sondés ! Ce sondage est tellement pervers, et d’une soumission absolue aux décisions oligarchiques de l’Etat qu’on ne vas pas perdre son temps à en disputer les arcanes. Il nous fait rire comme tel, et même ricaner par le mépris qu’il affiche pour la masse muette du prolétariat. Il faut absolument encourager la bourgeoisie à se permettre de tels foutages de gueule, elle nous prépare ainsi mieux son effondrement que tous nos meilleurs discours maximalistes. Un élément du sondage nous a paru intéressant, celui qui dit : « Pour 63% des sondés, en cas de victoire, la gauche ne reviendrait pas sur ce choix ».C'est évident,d'où la peur de Martine Aubry qu'il n'y ait pas plus d'illusions sur le syndrome du retour de la gauche caviar.

LA PRESSE PROVINCIALE TOTALEMENT SERVILE

Excepté l’organe néo-stalinien (financé par Neuilly) L’Huma qui y va du verbe ampoulé de l’impuissant, toute la presse provinciale roule pour le maquignon en chef.
- SUD-OUEST : « L'opinion publique est acquise à l'idée d'une réforme pourvu qu'elle ne paraisse pas trop injuste. L'opposition, qui reste forte, au relèvement de l'âge de la retraite, pourrait se solder dans les urnes en 2012 plutôt que dans la rue cet été ».
- LE REPUBLICAIN LORRAIN : « Finalement, c'est plutôt une bonne nouvelle pour les syndicats. (...) Ils retrouvent aujourd'hui un thème fédérateur: la défense des salariés, à qui l'on fait porter l'essentiel du poids de la réforme des retraites. (...) Partie pour être importante, cette mobilisation n'entamera pas pour autant la détermination de l'exécutif ».
- LE DAUPHINE LIBERE : « Il devrait y avoir dans la rue, ce jeudi, toutes les personnes opposées à la réforme des retraites, à l'exception de celles qui, sans être favorables au cap des soixante-deux ans, ne sont pourtant pas tout à fait contre un projet qui, pour n'être pas vraiment attractif, n'en semble pas moins inéluctable. Vous suivez? On vous l'explique autrement. La manif réunira l'ensemble des sacrifiés, des énervés et des agacés auxquels il convient cependant d'ôter les résignés, les convaincus et les fatigués ».
- L’ALSACE : « Nicolas Sarkozy en personne a pris soin de laisser la négociation ouverte (...). Il s'est bien gardé, aussi, de toucher immédiatement aux régimes spéciaux. Enfin, il a calmé brusquement la +réformite+ qui a marqué les trois premières années de son quinquennat. (…) Sans marquer la fin du bras de fer: le débat au Parlement aura lieu à l'automne, et d'ici là, beaucoup de choses, et notamment une entrée de la France dans une cure d'austérité que l'on pressent inéluctable, peuvent peser sur le climat social ».
- LA VOIX DU NORD : « Il y a un mois, les Français ne connaissaient pas encore les intentions précises du gouvernement, ce qui ne facilitait pas la mobilisation. Cette fois la fin des 60 ans est officiellement programmée et l'on va pouvoir mesurer à la longueur et la densité des cortèges le degré de fièvre provoqué par le sujet. Cette semaine une vague de sondages contradictoires ont été publiés. 56% des Français seraient hostiles au recul de l'âge légal selon une enquête BVA-Les Échos publiée mardi, et contredite hier par un sondage IFOP-Le Figaro claironnant un soutien de l'opinion à 58%.
- LE PROGRES DE LYON : « C'est la crise, la chasse aux privilèges est ouverte. Les habitués de la Garden Party devront cette année renoncer à leurs petits fours. Les Bleus sont privés de primes. Les retraités ministres perdent leur retraite. Christian Blanc devra rembourser ses cigares... Personne ne versera une larme sur ces abandons. Et notre président, qui les a imposés, pourra camper en champion de la France qui se lève tôt pour travailler dur, contre l'élite des privilégiés ».

LES VUVUZELAS DU PARTI GAUCHE CAVIAR
Les trompettes de la renommée de Martine Aubry furent de la partie. L’avant-centre Harlem Désir fît corner le premier sa vuvuzela : «"Je mets le gouvernement en garde contre un passage en force", a affirmé à l'AFP Harlem Désir, numéro deux du PS, qui s'est réjoui du "succès" de cette journée qui consacre "un véritable divorce entre le gouvernement et les Français". Ce terrible dribbleur a ajouté : « "Nous sommes aux côtés des salariés pour faire reculer le gouvernement et dire qu'une autre réforme des retraites est possible, plus équitable ». L'eurodéputé se trouvait dans le défilé au côté notamment de Bertrand Delanoë, Jean-Paul Huchon, Jean-Christophe Cambadélis, Claude Bartolone, David Assouline, Jean-Marie Le Guen et Benoît Hamon. L’ailié droit Delanoë, (arbitre à Paris) a averti le principal entraîneur de l’équipe France-Neuilly-Passy que la "mobilisation" témoigne de la volonté de "dire non à une réforme qui symbolise l'incompétence et le sens de l'injustice sociale qui caractérise ce gouvernement. Le gouvernement a tort de sous-estimer la détermination des salariés", qui certes "sont inquiets, mais ne sont pas résignés". "Le gouvernement spécule sur leur "éventuelle résignation, c'est très dangereux, parce que le réveil est brutal ». Surtout au moment d’un mondial qui va fédérer les différentes couches de retraités dans les vestiaires des pensions inégales. Pour l’arrière central Cambadélis, ancien collectiviste trotskien, « il ne s'agit pas d'un problème individuel". "Tout le gouvernement est atteint par des affaires à répétition, c'est un affaiblissement collectif" ». Le petit goal Bartolone était plus vindicatif : "les Français doivent savoir que si le gouvernement ne veut pas entendre leur protestation et leur refus d'un texte injuste, ils auront la possibilité de se venger au moment de la prochaine présidentielle" et "obtenir la remise en cause du texte par une majorité de gauche".
L’un des meilleurs arbitres de la fédération France-Sarkozy, Bernard Thibault, non loin des joueurs de vuvuzuelas, mais ponctuant ses propos de coups de sifflet de CRS-CGT : «les syndicalistes ont autant de chances que les Bleus d'être reçus à l'Elysée… La suite va appartenir au président de la République… Dès lors que 23 grévistes parviennent à modifier l'agenda du président de la République, assez naturellement, on pourrait penser que les responsables syndicaux puissent être reçus ». Les supporters des joueurs de vuvuzuelas du parti caviar ont évidemment beaucoup ri à la saillie du bouffon syndical coiffé comme Du Guesclin.
ET COMME IL FAUT UNE MORALE DANS LA ZIDANIE DOMINANTE…
Et pour montrer notre peu de sportivité face aux multiples manipulateurs syndicaux et politiques parmi nous… Quand les 11 joueurs (sur le terrain) perdent ils ne sont plus que des "racailles" (c'est drôle quand ce sont les racailles gouvernementales qui le disent). Rien de bien nouveau dans la bêtise sportive nationaliste: Noah en son temps était camerounais quand il perdait, français quand il gagnait. Quelle que soit leur origine nationale ou ethnique, tous les prolétaires peuvent compter sur le président de la "fédé sarkozienne" pour siffler la retraite à 62 et 67 ans. Quel beau match aujourd'hui où les arbitres syndicaux ont promené la foule de "bleus" naïfs hors des stades certes mais pour laisser la victoire à la bourgeoisie arrogante avec ses consignes de sondage préfabriqué. Deux millions de bleus dans la rue, simple masse de manoeuvre statistique soumise aux désidératas ultérieurs des ministres et des parlementaires, quelle nouvelle cruelle humiliation de la classe ouvrière en France!