"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 25 novembre 2010

Crétinisme syndicaliste


Ce qui caractérise le parti syndical, dans ses multiples fractions (CGT, CFDT, FO, SUD), l’était déjà du crétinisme parlementaire dénoncé par Marx au 19ème siècle : « « Ils sont atteints de crétinisme parlementaire au point de se figurer qu’ils sont au-dessus de toute critique et de condamner la critique comme un crime de lèse-majesté! » »
La classe ouvrière française est-elle réellement infectée de la maladie syndicaliste et croit-elle que, grâce aux défilés syndicaux, le saint esprit se déverse sur les permanents, transformant les séances des intersyndicales obscures en conciles infaillibles et les pique-niques syndicaux en dogmes inviolables?
Le parti syndical a été mis en vedette pendant 10 mois, précisément parce qu’il était le seul parti capable de faire avaler la couleuvre sur les retraites. Si, dans une interview télévisée le président Sarkozy a remercié les syndicats, soucieux du mauvais effet de cette nouvelle bourde du Chef de l’Etat, l’aristocrate Chérèque a objecté « nous n’attendions pas la compassion du président » quand l’aristocrate Thibault, prévenu du mauvais effet de la bourde, rectifiait aussitôt que « le gouvernement se fout des syndicats ». Effet garanti puisqu’un blogueur, retraité syndicaliste CGT, m’objecta que j’étais tombé dans le piège à Sarkozy.
A en croire ces messieurs les aristocrates, le parti syndical ne doit pas être un parti exclusivement de « salariés » mais un parti populaire, ouvert à tous les hommes soucieux de l’avenir de nos retraites. Il le prouvera avant tout en abandonnant les vulgaires passions révolutionnaires et en se plaçant sous la direction de ministres instruits et européens. Alors viendront s’y joindre de nombreux professeurs de syndicalisme appartenant aux sphères des classes instruites et victimes des subprimes.
La classe ouvrière se préoccupe trop de son sort, négligeant de se syndiquer. Car le parti syndical manque encore cruellement de troupes d’hommes jeunes. Il est pourtant désirable et nécessaire de confier les mandats à de nouveaux permanents qui disposent de suffisamment de temps pour se familiariser pleinement avec l’art de la négociation pour rien. Le simple ouvrier et le petit employé… n’en ont que très rarement le loisir nécessaire. Donc, votez massivement pour les candidats de l’aristocratie ouvrière l’an prochain.
Bref: la classe ouvrière, par elle-même, est incapable de s’affranchir. Elle doit donc passer sous la coupe de syndicalistes « instruits et avisés » qui seuls « ont l’occasion et le temps » de se familiariser avec les intérêts des « salariés ». Puis, il ne faut à aucun prix combattre le gouvernement, mais, au contraire, il faut le gagner par une propagande énergique, des pique-niques et des cordons humains autour de la Bourse.
Pour enlever au gouvernement la dernière trace de peur, on doit lui prouver clairement que le spectre d’une levée en masse des prolétaires n’est vraiment qu’un spectre, que la classe ouvrière est incapable de s’élever par elle-même. Mais qu’est-ce que le secret des Conseils ouvriers si ce n’est la peur de la bourgeoisie de l’inévitable lutte à mort qu’elle aura à mener avec le prolétariat? La peur du résultat fatal de la lutte de classe moderne? Qu’on abolisse la lutte de classe, et la bourgeoisie et « tous les hommes de paille » de l'aristocratie syndicale ne craindront plus « de marcher avec les prolétaires, la main dans la main »! Ceux qui seront alors les dupes, c’est justement les prolétaires.
La revendication ne sera pas abandonnée mais simplement ajournée – jusqu’en juillet 2011 comme l’a assuré l’aristo Thibault. Le gouvernement l’adoptera définitivement, mais non pas pour ses ministres et pour le président, mais à titre posthume, comme un legs destiné aux résignations futures. En attendant, le parti syndical emploie « toute sa force et toute son énergie » pour toutes sortes de bricoles et de rafistolages de la société capitaliste, pour faire croire qu’il se passe quand même quelque chose et pour que la bourgeoisie et son gouvernement n’en prennent pas peur.
Ce sont les représentants de la petite-bourgeoisie qui s’annoncent ainsi en tombant dans le parti syndical, de peur que le prolétariat, entraîné par sa situation révolutionnaire, « n’aille trop loin ». Au lieu d’une franche opposition politique: négociation générale; au lieu de la lutte contre le gouvernement et la bourgeoisie: la tentative pour les gagner et les persuader; au lieu d’une résistance énergique à toutes les violences venant d’en haut: la soumission humble et l’aveu de mériter le châtiment. Tous les conflits historiquement nécessaires sont interprétés comme des malentendus et toutes les discussions se terminent par la constatation du parfait accord des parties. Les gens qui en 1968 se considéraient comme des staliniens, peuvent maintenant tout aussi bien s’appeler social-démocrates. Pour les premiers, c’était la mort de Staline qui était infiniment loin; pour les seconds, c’est la collaboration au système capitaliste et cet objectif n’a par conséquent aucune importance pour la pratique politique du présent; on peut donc négocier, faire des compromis, agir en « avocat du salarié », à cœur joie. Il en est de même de la lutte de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie. On la reconnaît sur le papier, puisqu’on ne peut pas la nier, mais dans la pratique on cherche à la camoufler, à l’effacer, à l’affaiblir. Le parti syndical ne doit pas être un parti prolétaire, il ne doit pas s’attirer la haine de la bourgeoisie ou de qui que ce soit; il doit avant tout faire une propagande énergique parmi les médias au lieu de s’appesantir sur des objectifs lointains qui effrayent les bourgeois et qui pourtant sont irréalisables dans notre génération, le parti syndical préfère employer toute sa force et son énergie aux réformes petites bourgeoises de rapiécetage, qui sont autant de nouveaux soutiens de l’ancien ordre social et qui risquent peut-être de transformer la catastrophe finale en un processus de dissolution lent, fragmentaire et paisible.
Quand on écarte la lutte de classe comme un phénomène pénible et « vulgaire », il ne reste plus au parti syndical que de se fonder sur le « vrai amour des salariés » et les phrases creuses sur la « justice ».
C’est un phénomène inévitable, inhérent à la marche de l’évolution, que des individus appartenant à la classe dominante viennent se joindre au prolétariat en lutte et lui apportent des éléments d’adhésion. Il y a ici deux autres observations à faire:
Premièrement: ces individus pour être vraiment nocifs au mouvement prolétarien, doivent vraiment lui faire rêver à la grève générale à la manière de SUD et du NPA, paraplégie générale qui ne se produira jamais. Ce n’est pas le cas de la grande majorité des convertis syndicaux français. Ni « Ta page CFDT » ni la « Vie Nouvelle » (tapage CGT retraité) n’ont rien apporté qui eût fait avancer d’un pas ce projet filandreux. Les éléments d’adhésion d’une réelle valeur pratique et théorique y font aussi totalement défaut. Au lieu de quoi, des tentatives pour mettre en harmonie les idées républicaines superficiellement assimilées avec les opinions théoriques les plus diverses que ces messieurs ont ramenées de l’université ou d’ailleurs, et dont l’une est plus confuse que l’autre, grâce au processus de décomposition que traverse actuellement ce qui reste de la gauche bourgeoise française. Au lieu d’étudier sérieusement la nouvelle crise systémique, chacun préfère l’arranger pour la faire concorder avec ses opinions apprises, se fabriquant sans cérémonie une science salariale privée et affichant aussitôt la prétention de l’enseigner aux autres. C’est pourquoi il y a parmi ces messieurs à peu près autant de vieux staliniens que de têtes de cons gauchistes et anarchistes.
Deuxièmement: lorsque ces individus venant d’autres classes se joignent au mouvement prolétarien, la première chose n’est pas d’exiger qu’il n’y fassent point entrer les résidus organisatoires et oratoires de leurs préjugés bourgeois, petits-bourgeois, etc., mais qu’ils ferment leur gueule.
Quant à nous, d’après tout notre passé, une seule voie nous reste ouverte. Nous avons, depuis presque quarante ans, signalé la lutte de classe comme le moteur de l’histoire le plus décisif et nous avons notamment désigné la lutte sociale entre la bourgeoisie et le prolétariat comme le grand levier de la révolution sociale moderne. Nous ne pouvons donc, en aucune manière, nous associer à des gens qui voudraient retrancher du mouvement cette lutte de classe. Nous avons formulé, lors de la création de l’Internationale, la devise de notre combat: l’émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre de la classe ouvrière elle-même. Nous ne pouvons, par conséquent, faire route commune avec des gens qui déclarent ouvertement que les ouvriers sont trop incultes pour se libérer eux-mêmes, et qu’ils doivent être libérés par en haut, c’est-à-dire par des grands et petits bourgeois syndicalistes.

MARX & ROCHE

4 commentaires:

  1. En avant les barbares!

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=18751

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  2. Les crétins ou débiles, ce ne serait pas ceux qui oublient le "S" au pluriel...?
    Au cas où, je ne parle pas d'une faute perdue dans le texte, je parle de l'affiche humoristique illustrant celui-ci... En voyant cette énorme faute au début, j'avoue, je ne l'ai pas lu (le texte)!

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  3. Normal, crétin se dit toujours au singulier pour celui qui le lit!
    Et ignorant avec un T! Et toc!

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  4. Bien vu Anonyme 2, moi non plus pas lu, attiré par cette faute d'illéttré dans google Pics.
    Quant a l'autre JLR rien compris a son baragoin, faut il compléter par illettré avec un é?
    Moi on m'a appris que quand y'avait "les" avant un mot c'etait un fort signe de pluriel mais bon...il doit faire partie des crétinS ou des ignorantS... ou les deux. Y'a bien des S hein?

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