"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 13 mai 2020

ENTRE COMEDIE DU CORONAGATE ET RESTAURATION DU CAPITAL


On aurait tort de croire le capital à l'agonie. Une dramatisation excessive peut certes donner espoir aux plus impulsifs des ennemis obstinés du capitalisme. Il ne faut pas oublier que le système a sauvé les meubles en 2008. Les docteurs de l'économie bourgeoise planchent certainement en ce moment sur l'exemple grec, sauvée in extremis la Grèce constitue un peu le laboratoire de demain. Prenons simplement les retraites. A la suite du démantèlement industriel de la Grèce, assez exemplaire aussi de la fuite de l'industrie nationale ailleurs, les cadres des entreprises privées avaient été recasés dans les administrations d'Etat mais avec les mêmes hauts revenus. La Grèce avait des retraites parmi les meilleures d'Europe. Lorsqu'ils partaient en retraite, ils conservaient leur 20.000 ou 30.000 euros de revenus... Lors de la crise, l'Etat, bousculé par l'Allemagne a dû raboter ces fortes sommes... mais aussi celles d'en bas. Le tour était joué.
De même aujourd'hui un appauvrissement général dans tous les pays apparaît comme la meilleure solution.

LES SILENCES DU GOUVERNEMENT PHILIPPE

Le fiston de Juppé reste étrangement évasif sur les moyens pour rembourser la dette faramineuse. D'autres se chargent pour lui, de dire la vérité qui serait trop explosive. Avec l'info du vrai de Yves Calvi sur canal + hier soir, on tenait le bon bout. Deux idéologues de droite caviar, Nicolas Baverez et Agnès Verdier-Molinié avaient été conviés à venir nous faire un cours d'économie à la gloire des banques. En gros du Macron réchauffé d'avant la soudaine apparition du convid. Pour « sortir de la crise », il n'y a pas de mystère, voici les trois règles d'or : augmenter le temps de travail, recul la date de mise en retraite le plus loin possible, et supprimer les charges des entreprises. Cette augmentation du temps de travail soudain si prioritaire serait le gage pour que la France retrouve son potentiel de compétitivité qui l'avait placée en première place en Europe avant l'arrivée du covid 2019, en espérant qu'il n'y aura pas un covid 2020 ni un covid 2021. La sémillante Verdier-Molinié, après un hochement de tête et un rejet en arrière de ses longs cheveux bruns, pour cacher le frémissement de ses oreilles aux mots de « dépense publique », tonne que le surendettement « perpétuel » de la France « enchaîne les générations futures ». Au nom de qui cette dame parle-t-elle des générations futures et sans nous préciser lesquelles ?
C'est ce que va nous expliquer 'Marianne' : « Agnès Verdier-Molinié squatte les écrans pour parler d'économie, auréolée d'une réputation de chercheuse à l'Ifrap. Une prouesse extraordinaire pour une fondation ultra-libérale très éloignée de toute rigueur scientifique, experte du lobbying au Parlement, arrosée par de mystérieux mécènes et noyautée par des chefs d'entreprise... »1. Présentée à chaque fois comme honorable chercheuse d'un lobby louche l'Ifrap, présenté comme cabinet de chercheurs (auto-proclamés) où il y a peu d'économistes ; la dame n'est que diplômée de l'histoire contemporaine, preuve que l'économie simpliste bourgeoise peut être pratiquée par n'importe qui a un peu de bagout. A en croire ces « chercheurs » de plateaux dorés le capitalisme était criant de bonne santé avant le coronavirus, il suffirait de suivre leurs bons conseils pour lui redonner des airs de jeunesse. Ils dramatisent la situation non parce qu'elle révèle chaos capitaliste et catastrophe économique irrémédiable, mais comme les nobles d'antan - qui se pinçaient le nez avec l'air de 'tout va très bien madame la marquise' et qu'on leur donne de la brioche – ils psalmodient : yaka et faukon ! Ils se gardent bien de ne pas commenter les questions gênantes de Calvi sur la remise en cause bis des retraites et le blocage des comptes en banque...
Suivons toujours plutôt les infos de 'Marianne' concernant ces hâbleurs professionnels qui détonent dans l'ambiance secouriste du moment, après avoir éteint notre TV : Fondé par B Zimmern et JY Le Gallou, ancien président du FN, l'Ifrap s'est fait connaître par son lobbying auprès des politiques, notamment des parlementaires, en faveur de thèses  libérales. L'Ifrap a été déclaré d'utilité publique par F Fillon en 2009. Et en 2017, l'institut a soutenu le candidat, malheureux, des Républicains. Le directeur de cabinet du ministre JM Blanquer siège à cette Ifrap...
Hormis cette devanture chic de la "recherche scientifique", l'Ifrap fonctionne comme un groupe de pression lambda. Elle propose par exemple un programme législatif de 15 réformes économiques, à la manière d'un parti politique. Parmi elles, l’augmentation de l’âge du départ à la retraite, un référendum sur la fin de la fonction publique, la fin des 35 heures, des baisses massives des dépenses publiques et des impôts. Un agenda que ne renierait le Macron d'avant2.
Mais voilà les propos de la dame et de l'économiste du Figaro peuvent faire chic sur un plateau TV mais choc dans la rue. Le gouvernement actuel se gardera bien d'appliquer cette potion hard sauf à ce que l'appel à l'insurrection d'un vulgaire gilet jaune soit vraiment pris au sérieux. Disons-le tout net à la suite des éditorialistes les moins bourrés, le gouvernement est coincé au moins jusqu'en 2022. Cela ne veut pas dire qu'il ne va pas essayer d'adapter, d'arrondir les angles en attendant, avec en plus les contraintes lourdingues des mesures barrières en entreprise et dans les commerces3.

SUR QUOI ET QUI LE GOUVERNEMENT PEUT-IL COMPTER ?

Il dispose de nombre d'atouts bien au-dessus de la culture médiatique de son « impopularité », arme à double perception : est-il au fond impopulaire parce qu'il prend des mesures sanitaires nécessaires quoique contraignantes ou parce que des mesures sanitaires strictes pourraient être évitées par tous nos yaka et faucon ? Une propagande médiatique qui, grossièrement en somme lui rend service, en surfant sur angoisse plus mécontentement plus chacun pour sa gueule. Avec le déconfinement, les citoyens encore barbouillés de dentifrice et avec des kilos en trop ont envie de respirer, un peu comme en 1945, mais en moins soumis qu'à la fin de la guerre. Le stalinien Thorez put appeler à « retrousser ses manches » pour reconstruire l'économie nationale, on imaginait mal sans s'esclaffer la CGT ressortant ce refrain bourgeois. Ce ne sont que les sous-ministres de Macron qui ont repris ce slogan ridicule ce qui prouva plus encore sa futilité et sa datation plombée. Je reviendrai plus loin sur la posture d'opposition du barnum CGT, qui n'a rien de subversive. L'économie « nationale » à l'heure de la mondialisation irréversible ne contient rien de bien crédible pour enchanter chômeurs et prolétaires.
Avant de passer au plus essentiel, passons en revue les campagnes d'intox apolitiques. En premier lieu le soi-disant Coronagate au lieu de Coronacrise. Je n'ai pas trouvé vraiment d'assocs à la recherche de repenser un programme politique alternatif, vu que la plupart des fractions bourgeoises n'ont pas besoin d'en fabriquer un autre que celui bien connu et dérisoire : le programme pour verdir le capitalisme. Pour l'heure ce ne sont que programmes de gémissement.
Le terme qui symbolise le scandale (cf. Watergate et autres gates) est parti des zones complotistes, surtout en Afrique d'ailleurs, il n'a pas été inventé par mon amie Hildegarde4. Au Togo, en Côte d'Ivoire, au Sénégal, jusqu'en Afrique du Sud, partout est dénoncée la gestion « scandaleuse » du covid, avec les mêmes retards ou inconséquences que leur homologue français mais avec les spécificités locales et aussi un humour dont on n'est pas capable en France5. Le « scandale » ne mène en général qu'à une forme atrophiée de contestation de l'Etat, la juridicisation. D'autant que, paraît-il, des milliers d'avocats auraient été jetés au chômage... Cette partie parasitaire de l'économie capitaliste
ayant par conséquent un besoin urgent de déconfinement judiciaire. Des dizaines de plaintes ont été déposées par un collectif de médecins, le cartel des familles endeuillées Collectif 9471, des syndicats, tels la CGT pénitentiaire ou Vigi-Police, et même par des détenus. La rentrée risque d'être florissante pour les robes noires ! Cette cohorte de plaignants divers dénonce le gouvernement Philippe, selon les cas, des faits de «mise en danger de la vie d'autrui», «homicide involontaire», «non-assistance à personne en danger» ou abstention de prendre à temps des mesures pour endiguer l'épidémie. C'est franchement ridicule et dérisoire. Lorsque ma femme est morte du cancer, je n'ai pas songé une minute à porter plainte contre le gouvernement ou les médecins. Ces plaintes vaines viennent simplement alimenter la grogne elle-même impuissante dans une ambiance pathogène et stressante. Pas de quoi fouetter un chat.

L'ETAT POULIDOR

Le scandale de la mauvaise gestion du covid aura-t-il la peau de l'Etat protecteur ? Cela paraît peu probable. Il y a scandale et scandale et tant de scandales6. Lorsque la politique est transformée en scandale judiciaire cela ne sort pas des prétoires ni des plateaux TV. Car c'est bien dans son rôle d'Etat nounou que le gouvernement tient bien (cf. la popularité du Poulidor-Philippe de l'Etat). Le gouvernement a réussi à hausser l'utilité policière au rang de celle des infirmières. Le gouvernement a laissé les banlieues se ridiculiser. Le gouvernement a encore trouvé à se mettre sous la dent l'ombre malfaisante des black blocs et de quelques méchants vieux gilets jaunes7. Le gouvernement a payé les salaires à la place des patrons. Est-ce que vous croyez que l'utopiste Mélenchon, qui croit qu'il suffirait de gommer la dette, vous aurait assuré le gîte et le couvert ? Personne n'ignore que les projets staliniens, trotskiens et bordiguiens projettent comme premier pas vers le communisme la suppression des PME et TPE, bonjour la révolution et les petits boutiquiers ressortiront le portrait de Hitler en gilet jaune !
Est-ce que vous croyez que les syndicats corporatifs qui ont si bien défendu leur aristocratie ouvrière du public lors des grèves dispersées contre la retraite gouvernementale, auraient pu mener des quêtes massives (prolétariennes) pour vous nourrir ?
L'Etat, comme un tout incluant gouvernement et ses diverses institutions obéissantes, empêche encore la société d'éclater en bagarres stériles mais il n'est pas une nounou éternelle, l'assistance complément de salaire n'a que trop duré ! Il faut faire repartir l'économie, et que les patrons recommencent à s'occuper de la paye ! L'économie est toujours la vérité du politique et se fiche du scandale.
Le recyclage promotionnel de la vieille recette sarkozyste, consistant à baser la relance économique sur une augmentation du temps de travail, comme la dame du lobby et Nicolas Baveux nous l'ont conseillé plus haut, s’observe depuis plusieurs semaines en marge de la crise économique qui accompagne l’épidémie de covid-19. Aussi précautionneux que le silence gouvernemental, dès le 11 avril, le Medef avait « souhaité » mielleusement voir les Français travailler davantage, que ce soit par l’abandon d’un jour férié, en modifiant le temps de travail hebdomadaire ou en révisant les congés payés. Une proposition qui avait immédiatement provoqué l'indignation syndicale et avait conduit le Meudeffe à faire machine arrière.

QUEL JEU JOUE LA CGT ?

Premier jour de respiration déconfinée. Ambiance silencieuse, distances de sécurité et sourires de retrouvailles derrière les masques le lundi 11 mai 2020, qui signe le retour de quelques troupes en vestes jaunes et les permanents de la CGT. Résumé journalistique : En début d’après-midi, entre 30 et 45 d’entre eux se sont réunis par groupes de dix devant la préfecture de Rouen pour porter un message commun sur l’insuffisance des mesures de sécurité sanitaire et une politique gouvernementale qu’ils jugent « mensongère ». Côté Gilets jaunes, on ne veut pas se faire oublier : « Nos libertés sont piétinées au nom de l’état d’urgence alors on doit lutter et se protéger. » Certains ont baissé les bras depuis le confinement. La plupart gardent l’état d’esprit mais soutiennent le mouvement de loin. Un manifestant en fait partie. Il en a eu marre de descendre dans la rue. Selon lui, « il faut agir autrement. » Pour pallier les problèmes de sa retraite, il a repris une activité. Le moustachu de la CGT se démarque lui de cette « province » à l'unisson du Medef :
"Je suis intéressé par le mouvement des gilets jaunes quand il porte des revendications que nous portons depuis longtemps, des revendications sociales. Je suis moins fasciné par une minorité qui porte autre chose", a résumé le secrétaire général. "Les gilets jaunes ont démarré contre la taxe sur les produits pétroliers, ce qui était aussi soutenu par le Medef", a-t-il ajouté. "Quelques jours après, on a vu des revendications sociales." 
La CGT a bloqué la reprise à l'usine Renault Sandouville pour la plus grande joie certainement des ouvriers qui n'ont pas envie de s'exposer « pour la nation » au virus mais aussi des contestataires gauchistes. La position anti-constructive de ce syndicat gouvernemental n'est évidemment pas normal, si l'on survole l'histoire de ses multiples collaborations et compromissions. En réalité ce n'est qu'une opposition d'opérette. La syndicratie a beaucoup à se faire pardonner de ses dernières obstinations suicidaires et qui mènent à l'impasse, sans mettre en danger le système d'exploitation.
Pourquoi donc cette « radicalité » de façade paradoxale pour observateur à courte vue ? Rappelons d'abord que les syndicats ne pourraient pas vivre avec les maigres cotisations de leurs adhérents. Leur financement reste opaque comme le rapport Perruchot (on publié) qui avait souligné qu'ils sont financés à 90 % par les entreprises et l'Etat ; vous en connaissez beaucoup vous de mercenaires ennemis des mains qui les nourrissent ?
En 2016, c'était la CGT qui avait touché le gros lot, avec près de 19 millions d’euros, soit plus de 15% du total à elle seule ! Normal les cégétistes étaient le premier syndicat dans le privé jusqu’en mars dernier, date à laquelle la CFDT leur est passée devant.18,56 millions d’euros avaient été touchés par la CFDT grâce au « fonds »... On trouvait, ensuite, plus loin derrière, FO (14,9 millions d’euros), la CFE-CGC (12,6 millions d’euros), et la CFTC (12,5 millions d’euros). Pour les mafias représentant moins de 8% des salariés, aussi appelées “syndicats non représentatifs”, les montants étaient moindres, en témoignent les sommes attribuées à l’Unsa (3 millions d’euros), et Solidaires (2,6 millions d’euros).
La radicalité de façade de la CGT s'explique donc d'abord parce qu'elle perçoit désormais moins que la CFDT passée en tête, et qui est l'objet d'une campagne haineuse (cf. l'affiche sado-maso exhibant le patron des patrons avec un fouet en cuir cravachant le bonze de la CFDT). En second lieu, un syndicat au langage « radical » prend rendez-vous avec les possibles explosions sociales à un moment donné où il faudrait tout de même que tous les syndicats n'apparaissent pas tous comme des « collabos » du gouvernement. Il faut tenir compte du fait que gouvernement et classe ouvrière restent encore deux impuissances face à face, avant un dénouement dont personne ne peut encore appréhender déroulement et conséquences politiques.

Pour illustrer le rôle faux-cul de la CGT, et en terminer pour aujourd'hui, en vous citant en entier une réponse abradantesque à la CGT par un petit article de Lutte ouvrière, qui commence ainsi :

« À l’occasion du Premier mai, la CGT a fait signer la pétition « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », qu’elle a initiée avec d’autres associations dont Greenpeace, Oxfam. Ces 16 organisations, et beaucoup d’autres, affirment qu’il faut « tout repenser » pour « inventer le monde d’après ».
« La CGT a par exemple proposé à ses adhérents de poster sur les réseaux sociaux un message commençant pas « le jour d’après, je veux... »
« Oui il faut tout changer dans la société. Mais pour que le jour d’après ne soit pas pire que celui d’avant, il faut comprendre comment on en est arrivé là. La crise du coronavirus a rendu tangible à beaucoup de travailleurs la faillite d’un système qui a méthodiquement sacrifié les hôpitaux publics, les Ehpad et tous les services utiles à la population pour drainer le maximum d’argent vers les capitalistes et les banques. Elle a révélé les tares d’une économie qui a relié les pays et les continents pour mieux piller les ressources et exploiter sans frontières mais est incapable de mettre en commun les compétences et les moyens techniques accumulés par l’humanité pour faire face à la pandémie et à ses conséquences économiques ».
« Contrairement à ce que répètent les pétitionnaires, ces tares ne résultent pas du fait que les gouvernements au pouvoir depuis 40 ans, en encourageant les délocalisations et en détruisant les services publics, auraient mené des « politiques néolibérales », comme si on avait pu en attendre autre chose. Toute l’économie est entre les mains d’une petite minorité de grandes familles bourgeoises pour qui les entreprises qu’elles achètent, vendent, ferment, dans quelque domaine que ce soit, ne sont que des supports pour réaliser des profits. Si tous les gouvernements, sous toutes les latitudes, ont « favorisé les marchés financiers » et « sacrifié les services publics » c’est que, partout, les États nationaux, les ministres comme les hauts fonctionnaires qui dirigent les administrations, sont au service de ces familles bourgeoises ».
« Demander aux États de « désarmer les marchés financiers », « d’assurer l’égalité et de répondre aux besoins de la population », selon les formules reprises dans de multiples tracts, c’est se bercer d’illusion. Pire, c’est désarmer politiquement les travailleurs et les classes populaires en leur faisant croire que l’État, s’il était dirigé par une autre équipe, par un bon gouvernement, pourrait obéir à d’autres priorités et se mettre à leur service.
Pour préparer le jour d’après, il n’y a rien à réinventer. Il faut en finir avec le système capitaliste et pour cela renouer avec les perspectives socialistes et communistes. On ne pourra rien changer dans cette société en faillite, sans arracher le pouvoir à la bourgeoisie, sans exproprier les grandes entreprises. Ceux qui ont la force collective pour réaliser une telle révolution sociale sont les travailleurs. Ce sont tous ceux qui ont assuré la continuité de l’économie ces dernières semaines, les caissières, livreurs, auxiliaires de vie, soignants, agents du nettoyage, et tous les autres travailleurs, tout aussi indispensables, dans les usines, les bureaux, les écoles ou les administrations.
Il ne manque aujourd’hui à la classe des travailleurs que la conscience de son immense force collective et de sa capacité à diriger la société. Demander à l’État et aux gouvernements de changer de politique, au lieu de contribuer à accroître cette conscience, revient à l’obscurcir »8.
Avec une telle critique, assez « fraternelle », la CGT collabo ne risque rien. La critique qui est portée à l'Etat capitaliste moderne est d'un simplisme à faire rire Robespierre et Lénine dans leurs tombeaux. Ce serait la minorité des « grandes familles » qui nous gouverneraient !? Sans être méchant on pourrait dire d'abord que cela correspondait aux visions primaires anarchistes au dix neuvième siècle, mais en mode méchant que dans les années 1930 c'était la rhétorique de l'extrême droite. La domination du capital est avant tout un rapport social, et un mode de domination complexe qui passe par l'Etat et toutes ses ramifications, y inclus syndicats et assocs diverses gauchistes ou « fâchistes ». Si on se contente de cette étroite vision, yaka zigouiller les 300 ou 500 familles de riches. Quant au programme de renversement du capitalisme, LO ment en oubliant de dire que seront aussi expropriées PME et TPE... et surtout qu'avec eux l'Etat ne changerait pas de nature et pire, serait
cornaqué par UN parti.
Enfin les travailleurs sont des crétins à qui « manque la conscience » et la capacité... du parti (introuvable) pour diriger l'Etat trotskien, sans doute avec les bobos enseignants de LO à la retraite si ennuyeuse. Comme organe néo-stalinien LO n'est pas prêt non plus à changer de politique ringarde et plus anti-communiste que celle des bonzes CGT qui ne retrouveront jamais leur aura chauvine de 1945.
La suite face à leurs prochains numéros.

NOTES

1Depuis le début de l’année, la directrice de la Fondation Ifrap est sur les antennes presque un jour sur deux : LCI trois fois, France 5, M6, Canal+, Arte, Europe 1, RTL, RMC, France Inter, Sud Radio, BFM Business, I24news, le service vidéo du Figaro (trois fois)…
2https://www.marianne.net/economie/l-ifrap-d-agnes-verdier-molinie-faux-institut-de-recherche-et-vrai-lobby-ultra-liberal
3Nettoyage des jouets en maternelle c'est 50 h par semaine pas 25 ! Qui va prévoir d'équiper en appareils auditifs tous les enfants malentendants, encore plus malentendants avec ces putains de masques ? Et qui va tenir à un mètre le bras des aveugles ?
4Corona fuck? VOIR URBAN DICTIONARY : https://www.urbandictionary.com/define.php?term=Coronaggression
5« Pour faire éclater la lumière sur le coronagate, le chef de file des  Forces Démocratiques du Sénégal (FDS) a saisi l’OFNAC. Le ministre du Développement communautaire, de l’Equité sociale et territoriale, Mansour Faye est au banc des accusés.
Il est clair qu’au Sénégal, la gestion de la Covid-19 soulève d’autres questions. L’une d’elles est évidemment la transparence dans la gestion des fonds destinés à la lutte contre la pandémie. ‘’Le coronavirus tue, mais il enrichit des gens sur le dos des populations vulnérables’’, conclut les Forces démocratiques du Sénégal qui demandent la démission du ministre du Développement communautaire Mansour Faye. En effet, tout part de l’attribution ‘’frauduleuse’’ de deux marchés pour l’achat de riz d’un montant de 17 milliards de francs CFA à l’homme d’affaires ...
Au Togo, c’est  le règne des forces du viol. Les autorités parlent de « bavures » et on passe.Pauvres  citoyens !)
Cachons le mal. Soyons solidaires !  Généralement les artisans tailleurs et les aléatoires unités textiles des pays producteurs de coton  ne respirent qu’en fonction d’événements ou d’éphémères modes. Le Covid19 leur apporte   de l’oxygène. De plus,  et pour la prévention, lavons-nous les  mains (…) Problème : il faut s’en procurer, or les pharmacies n’en disposent pas, ceux que l’on  vend au bord des rues ne sont pas de bonne qualité, et les commandes ne vont pas arriver de sitôt. La Côte d’Ivoire en a commandé par exemple 100 millions de masques. Le Burkina a passé également commande. En attendant, certaines entreprises locales en fabriquent certains assez acceptés, et c’est arraché comme du petit pain. En sus des introuvables masques, l’application des mesures socioéconomiques a engendré un des sports favoris en Afrique, en temps de jours tranquilles en Afrique : les passe-droits, le népotisme et le favoritisme.
Ainsi en va-t-il au Sénégal, sur la commande de vivres à un député supposée avoir été effectuée par tacite entente ou à la distribution de kits aux quartier Parcelles assainies ou au Plateau de Dakar, où les maires sont soupçonnés de favoriser leurs ouailles. Vrai ou faux ? En tout cas, ces velléités de pratiques incorrectes fantasmées ou réelles ne sont pas sans rappeler ces fameux «mangeurs du Sida» qui s’empiffraient au temps fort de cette pandémie sur le malheur des malades. Y aura t-il également des mangeurs du Covid-19 ?Après plus d’un mois ou moins de quarantaine ou de confinement pour certains pays, l’Afrique a mal également à ces isolements. Du Cameroun en Afrique du Sud, ce sont rebuffades et émeutes qui se succèdent pour afficher un ras-le-bol de ces claquemurements. A Douala, ce sont des populations qui sortent pour quêter leur pitance et des femmes qui versent des larmes, du fait de rester à la maison avec enfants, sans ressource et sans bouffe !
6 Parodions ce pauvre Valéry dit VGE qui vérifie que la vieillesse est un naufrage : « vous n'avez pas le monopole du cul », pauvre Végétatif aux frais de nos impôts, exhibé un temps en une pour avoir mis la main aux fesses d'une journaliste allemande, certainement un agent de Merkel pour moraliser la France. Bernard Maris moquait ce puritanisme minable en temps de crise et confirme pour le prolétariat et les couches paupérisées la déréliction, pas simplement
décadence du système bourgeois, vu le nombre de scandales de cul qui égayent les gazettes concernant tous ces vieux chefs de particules bourgeois, dans tous les pays, Accusés de harcèlements ou d'abus sexuels, les Lassalle, Asselineau, etc., de quoi réjouir le sinistre Tariq Ramadan, aidé par un policier français véreux à trouver l'adresse d'une de ses accusatrices... :
« Cela dit, la société américaine est obsédée par le cul. Pas un film, un roman qui ne tourne autour de l’obsession sexuelle. Pas un clip musical qui ne soit obscène et une incitation à la masturbation. Il n’y a pas plus malades, hystériques et obsessionnels que les puritains américains, sauf peut-être les mollahs et les ayatollahs. Les américains devraient se mettre à la burka, au lieu d’exhiber leurs bimbos sur tous les murs et sous toutes les faces. Souvenez-vous de Clinton, et des rapports de soit-disant « experts », complaisamment étalés dans la presse sur ses fellations par Lewinski (et que le sperme partait plutôt vers la gauche, et que Clinton avait une déformation du pénis etc. etc.) Les américains compensent leur démesure consommatrice, leur dette abyssale et leur hyperprédation sur le monde par un hyper-puritanisme de façade qu’on ne retrouve que chez « l’ignoble bourgeoisie à qui le pouvoir est échu » (Balzac). (article du regretté Bernard Maris le 17 mai 2011 sur France interaction, titré « DSK a sauvé la gauche ».
7Des incitations à l’émeute ont été lancées, bien avant ducon Chalençon, sur Snapchat, ainsi que des appels à tuer des policiers, derrière le slogan #MortAuxPorcs. En province, et en banlieue des grandes villes. Chalençon, qui a été heureusement placé en GAV, tenait un discours hérité de l'OAS :"Certains généraux, que nous avons appelés, sont à nos côtés. Ils sont en train de nous préparer un plan pour verrouiller Paris", prévenait-t-il dans cette vidéo d'une minute et 45 secondes diffusée sur les réseaux sociaux. "Nous allons lever des armées citoyennes : une de l'Alsace, de la Bretagne, des Pyrénées et de Provence et des Alpes. (...) Nous allons assiéger Paris lundi jour du déconfinement, avec d'anciens généraux qui préparent le plan pour verrouiller Paris", exhortait ce pauvre hère. Au cours du mouvement des vestes jaunes déjà, ce zozo avait appelé l'armée à prendre la tête du pays et avait également suscité une crise diplomatique avec l'Italie en rencontrant le vice président du Conseil italien et chef de fil du Mouvement 5 étoiles Luigi Di Maio.
8« Après la crise : pour tout changer, il faudra une révolution ! »https://journal.lutte-ouvriere.org/2020/05/05/apres-la-crise-pour-tout-changer-il-faudra-une-revolution_147006.html . Le traditionnel petit commerce de LO à Pentecôte est évidemment annulé et risque de mettre en faillite la secte, espérons que Nathalie aura demandé une aide à l'Etat sanitaire.

dimanche 10 mai 2020

De l'injure en politique et de sa vérité

REPONSE DE MON AMIE HILDEGARDE A L'ARTICLE PRECEDENT

« Ben... je n'ai pas tout compris.. probablement trop de raccourcis pour une ignorante de l'histoire bolchevique. Et pourtant je me la suis farcie deux ans en seconde et première au lycée...il ne m'en reste rien... Je ne comprends pas en quoi la terreur rouge est excusable. En quoi le gouvernement de Lénine a protégé la population de la grippe? Qu'est ce que c'est que ses "camps de concentration" dont tu parles ? Des sanatorium? Le rôle de SVERDLOV auprès de Lénine? S'il n'était pas mort cela aurait changé quoi?
En France les mesures sanitaires ont été acceptées par la population parce que annoncées, expliquées rationalisées avant que d'être imposées . Elles se sont appliquées à tous, sans qu'il y ait domination d'une classe populaire sur l'autre. Je ne crois pas que la dictature du prolétariat fasse la même chose. Ce n'est pas pour rien qu'il y a eu déportation exécution et rééducation des réfractaires...
Je ne crois pas qu'on aurait accepté cette réduction de liberté pendant très longtemps. De plus en plus de monde bravait le confinement. la nécessité de lever ces interdictions de déplacement ont des raisons économiques, mais aussi sociologiques. Je ne comprends pas ta conclusion :

« Pendant la pandémie la hiérarchie doctorale a continué avec ses abus et son arrogance, mais elle était doublée dans l'ensemble par ces messieurs les directeurs issus de l'école de Rennes qui ont appris à exiger la rentabilité, qui la demandent encore et toujours alors que la pandémie n'est pas finie. La médecine en France était déjà au bord de l'explosion à la veille du fléau mondial. Au lieu d'aller faire les clowns à journalistes sur les plateaux TV, les médecins en général ne sont plus prêts à se laisser faire. Mais s'ils n'étaient que la seule ou dernière corporation à rejoindre une lutte plus générale, inévitable et indispensable ? ».

Il y a longtemps que la hiérarchie doctorale, comme tu dis, n'avait plus droit de parole dans la gestion de l'hôpital. C'est parce que les médecins ont à nouveau été écoutés pendant la crise sanitaire, et qu'on leur a donné les moyens qu'ils demandaient, que la gestion a pu se faire au fil du rasoir et que comme disent mes collègues médecins "le système a tenu".
Les médecins ne sont pas de bons gestionnaires, ce n'est pas leur compétence, mais ils savent ce dont ils ont besoin pour remplir leur mission. C'est la bonne coordination entre les administrations hospitalières et les médecins qui a fonctionné dans la crise. Elle avait disparu, les médecins n'ayant souvent eu qu'un rôle consultatif dans la gestion des hôpitaux, des ARS, et aucun dans le budget de la santé. On souhaiterait que ce binôme médecin/administration continue en bonne coopération dans l'avenir. La politique de santé publique doit être menée par des politiques, mais dans l'intérêt des populations pas dans un souci d'économie.

« Au lieu d'aller faire les clowns à journalistes sur les plateaux TV, les médecins en général ne sont plus prêts à se laisser faire ».
Tu reprends une réflexion que je t'avais faite. Quand je critique le fait que les médecins soient sur tous es plateaux télé, c'est parce qu'ils ont contribué à la cacophonie sur les choix thérapeutiques et de prévention. Quand les représentants des médecins généralistes, des médecins hospitaliers, des infirmiers sont venus dénoncer la politique de santé depuis les années 2000, la pénurie de moyens, là je ne critique pas. Ils sont dans leur rôle de représentants professionnels. Ce sont les interventions de scientifiques qui se contredisent que je critique. Souhaitons effectivement que l'après COVID ne redevienne pas la même société productiviste, « rentabiliste », et qu'il y ait un changement dans l'intérêt collectif. 

Voilà t'as vu ...j'ai tout lu, facilement. Quand tu ne mets pas trop de sous entendus,  d'insultes, d’affirmations abruptes, c'est tellement plus agréable à lire.

Doctoresse Hildegarde de Bingen


MA REPONSE POLIE ET GRACIEUSE

Ce n'est pas la première fois que Hildegarde intervient pour me répondre sur ce blog. Elle le fait toujours avec pertinence et hauteur de vue. Elle m'a surtout donné envie de répondre non pas sur le traitement de la pandémie et mes comparaisons avec l'expérience bolchevique, mais sur la question de l'insulte en politique. Brièvement je tiens à répondre à quelques premiers points tout de même, après je m'appesantirai grossièrement sur mes insultes .

Sur la Terreur rouge, je ne peux te reprocher d'avoir été conditionnée par l'éducation bourgeoise que nous avons tous connue au lycée. Je précise en revanche, comme je le fais depuis 50 ans, que l'on ne comprend rien à la terreur rouge si on la sort de son contexte pour affirmer que jacobins et bolcheviques étaient méchants. Dans les deux cas, en 1793 comme en 1918, les armées étrangères coalisées attaquent aux frontière de la révolution, il faut d'abord se défendre contre ceux qui poignardent dans le dos, avec les excès que l'on sait.
Le gouvernement de Lénine a opéré à des mesures de prophylaxie pour protéger la population, peut-être aussi lentement que le gouvernement Macron, mais je n'ai pas plus de détails historiques pour t'en fiche plein la vue, puisque révolutionnaires amateurs ou professionnels n'en savent rien non plus et ne se sont toujours focalisés que sur la guerre.
Les camps de concentration avaient été inventés par les Anglais, et les premiers camps en Russie ont servi de lieux d'hébergement. Je comprends que l'anti-léninisme primaire qu'on t'a enseigné au lycée serve encore de vade-mecum pour rendre les bolcheviques responsables des goulags, ce qui selon moi équivaut à la comparaison entre camps de camping et camps de la mort. De même tu traites avec légèreté la mort de Sverdlov, comme s'il s'agissait par exemple de la mort de tel ministre interchangeable. Or, de mon point de vue, ce qui importe dans cette anecdote, c'est qu'elle confirme premièrement que Sverdlov n'était pas pour rien bras droit de Lénine, un homme très compétent dans ses fonctions désintéressées, mais du même coup qu'il n'y avait pas plus de dictateur Lénine ou Robespierre, que ces « grands hommes » ont été entourés de personnes au moins aussi importants qu'eux dans un travail collectif.

Concernant la mise en route du confinement, tu penses détruire ma comparaison avec le « pouvoir des soviets » (maquillé par un Lénine chef d'Etat) en établissant que les mesures prises de confiner toute la population française « auraient été acceptées par l'ensemble de la population parce que annoncées, expliquées rationalisées avant que d'être imposées ». Je ne partage pas du tout ton appréciation ou plutôt ton oubli du déroulé des événements. L'Etat macronien a pris ses décisions (quoique tardives et erratiques) tout seul, puis il s'est livré sans discontinuer à des leçons de morale, et des explications pas du tout rationnelles, voire affolantes. A mon sens, finalement, pour le confinement il n'a pas eu tort d'imposer des règles strictes, même pas assez souvent, face à une population notoirement bordélique et individualiste. Pas besoin de demander l'avis des généraux gilets jaunes déchus1, des bonzes syndicaux fouteurs de merde ni des petits rigolos qui entourent Mélenchon ou même des députés godillots de la macronie. Et c'est bien une classe pas du tout populaire qui a imposé des mesures invivables dans les quartiers paupérisés. Lorsque tu ajoutes : «  Je ne crois pas que la dictature du prolétariat fasse la même chose. Ce n'est pas pour rien qu'il y a eu déportation exécution et rééducation des réfractaires... », tu confirmes que le bourrage de crâne au lycée reste malheureusement indélébile. Non seulement je pense que la première forme (certes bâtarde et partitocrate) de la dictature « prolétarienne » en Russie a fait en gros le même boulot sanitaire, mais qu'il faut se garder de ce genre de raccourci qui mélange les débuts de la gestion révolutionnaire avec les affres de la contre-révolution stalinienne2.
La phrase qui suit, revenant au confinement français, m'a fait sourire : « Je ne crois pas qu'on aurait accepté cette réduction de liberté pendant très longtemps ». Si je ne savais pas ton indépendance d'esprit, plutôt de gauche, je me serais exclamé « tiens la petite bourge repointe son nez ! » ; j'ai pensé aux pinaillages des petits députés curés de droite et aux bobos de Libération et Médiapart ; scandale on a porté atteinte à notre liberté « démocratique » d'aller et venir ! J'ai immédiatement pensé à l'apostrophe d'Engels : « Ce n'est que dans la bourgeoisie « radicale» qu'on trouve encore des proudhoniens ».
Le petit bourgeois a en horreur la discipline, quelle qu'elle soit, et c'est ce qui a signé en particulier la perte des vestes jaunes. J'ajoute que c'est surtout le prolétariat qui a été discipliné en France et ailleurs, pas seulement parce qu'il a compris les exigences « non démocratiques » du confinement mais parce qu'il a payé de sa peau la continuité de l'alimentation des villes et du transport des produits de première nécessité ; c'est pourquoi au demeurant les applaudissements au personnel soignant étaient ridicules, car étaient oubliées les autres couches du prolétariat aussi exposées, et même les flics qui ne sont pas tous des salauds. Dans le confinement russe en 1918, je ne pense pas qu'il y ait eu des déportations pour refus de respecter les règles d'hygiène...
Enfin je ne comprends pas pourquoi tu dis ne pas comprendre ma conclusion, alors que dans l'ensemble, dans nos discussions nous avons été d'accord et que je suivais entièrement ton opinion de « spécialiste » et ton autorité dans ta discipline. Ce que je veux dire, c'est que j'espère que la plupart des toubibs auront pris des leçons de modestie, d'autant qu'ils ont été traités comme de vulgaires pioupious. Mais en les appelant in fine à rejoindre le combat du prolétariat, je dis j'affirme, je proclame qu'il n'y a pas de spécialiste en politique, qu'un avis politique ne dépend pas de ton grade dans la société ni de mon absence de grade ; j'ose même dire que si, au gouvernement Macron, il y avait eu deux ou trois femmes de ménage et trois ouvriers du bâtiment, nombre de décisions imbéciles des sachants auraient été empêchées.

Crois bien en mes sentiments les meilleurs. Toutefois ta dernière remarque sur une certaine « propension » de ma part à insulter mes contradicteurs m'a plus interrogé que vexé. Me permettras-tu d'y revenir dans l'annexe suivante ?



L'insulte en politique : manque d'éducation ou arme de dissuasion du faible au fort ?

« Quand l’adversaire fait une affirmation, nous devons chercher à savoir si elle n’est pas d’une certaine façon, et ne serait-ce qu’en apparence, en contradiction avec quelque chose qu’il a dit ou admis auparavant, ou avec les principes d’une école ou d’une secte dont il a fait l’éloge, ou avec les actes des adeptes de cette secte, qu’ils soient sincères ou non, ou avec ses propres faits et gestes. Si par exemple il prend parti en faveur du suicide, il faut s’écrier aussitôt : « Pourquoi ne te pends-tu pas ? » Ou bien s’il affirme par exemple que Berlin est une ville désagréable, on s’écrie aussitôt : « Pourquoi ne prends-tu pas la première diligence ? » »
Schopenhauer

« En venir à » insulter signifie généralement « perdre ses moyens », réagir impulsivement, et présente indéniablement un aspect « réflexe de défense » ; quand pour moi il ne s'agit que d'un résumé d'un pensée antagoniste. Précisons tout de suite un terme usité à contre sens généralement dans le milieu maximaliste tout autant que chez les gauchistes, le terme : ad hominem. Désolé je recopie : « La locution latine argumentum ad hominem sert à désigner un argument de rhétorique qui consiste à confondre un adversaire en lui opposant ses propres paroles ou ses propres actes. Cette locution latine ne doit pas être confondue avec une attaque ad personam ou un argumentum ad personam qui est fréquemment considéré comme une manœuvre déloyale visant à discréditer son adversaire sans lui répondre sur le fond. Une réplique ad personam s'oppose donc, en attaquant la personne, à une argumentation ad rem qui s'attacherait aux faits ». La polémique inter-individuelle est toujours traumatisante et prend souvent des tournures pénibles pour les deux interlocuteurs s'ils cherchent par tous les moyens à convaincre l'un par l'autre.
En général les attaques ad hominem sont donc vicieuses, et typiques d'ailleurs du pervers narcissique moyen (« je vais te faire manger ta propre merde », « merde à celui que me lira », injonction contradictoire du PN « tu n'as pas le droit de m'insulter mais moi si ». A ce niveau il n'y a pas de combat d'égal à égal, et cela peut même se terminer par la violence physique.

Pour ce qui me concerne je te réponds immédiatement. C'est vrai on trouve dans mes articles des qualificatifs injurieux, et, j'en conviens à la relecture que cela affaiblit l'argumentation. Pour la bienséance les insultes doivent toujours rester orales. Si elles apparaissent à l'écrit, elles n'affaiblissent pas seulement celui-ci mais sont justiciables. Lorsque je titre « Deux salopes à la mairie de Paris : Hidalgo et Pulvar », je reconnais que cela peut choquer les féministes professionnelles et faire saliver leurs avocats. Il faut dire qu'on se trouve sur un blog, cette merveilleuse invention du Big brother US qui laisse croire à la majorité des gens qu'on peut dire ce qu'on veut et même de ne pas risquer de tomber sous le coup de la loi pour « injures publiques ». Ce qui pourra m'arriver. Un blog n'est ni un journal ni un parti, c'est un journal intime ouvert au public, donc pas intime, et peut se classer d'ordinaire plutôt dans la catégorie "billet d'humeur". Certains l'utilise avec précaution ou distanciation sociale (sic), d'autres s'imaginent gouverner l'univers et étendre leur petite réflexion au vaste monde. C'est un instrument de solitaire. J'ai souvent pensé : si je tenais ce blog avec un autre type, il me corrigerait : arrêtes tes conneries ! T'as pas besoin d'être grossier ! (c'est un conseil amical dont je tiens compte parfois de ta part... mais ça me reprend parce que je ne suis pas officiel de quoiq que ce soit, ni délégué de quoi que ce fût, parce que je ne vais pas m'abaisser à expliquer à mes ennemis...). L'insulte est en fait un raccourci dans la polémique, un STOP ! On n'est pas du même lit, pas de la même famille, va te faire foutre ou refoutre !

Je n'ai jamais eu et je n'aurai jamais pour habitude de traiter les femmes de putes ou de salopes (sauf celles qui m'ont laissé tomber). Dans le cas de Audrey Pulvar, j'ai ruminé une vieille haine à son encontre lorsqu'elle faisait la maline à ses débuts carriéristes sur le plateau de « On n'est pas couché », et qui pouvait tout se permettre puisqu'elle est femme et noire. Cette journaliste bourgeoise a humilié toute la soirée (en compagnie de l'anar de service Onfray) le gentil Philippe Poutou : « tu n'as aucun diplôme !». Je n'ai aucune argumentation polie à fournir à ce mépris bourgeois « puant », qui a été d'ailleurs l'étincelle du mouvement des gilets jaunes. Ce mépris des politiciens, sachants et journalistes pour le « petit peuple » sans diplôme qualifie le régime démocratique dominant : une merde. Désolé je suis encore impoli.

A quoi sert donc l'insulte ? Est-elle donc aussi injustifiable que les canons de la bienséance le claironnent ?

Les historiens corrompus ont pour habitude de disqualifier les théoriciens révolutionnaires, révolutionnaires forcément parce qu'ils heurtent la pensée dominante, lui « manquent de respect » et que, en les attaquant vicieusement et volontairement ad hominem on vise à leur faire « perdre leur calme ». Et ils le perdent leur calme, naturellement. Prenons nos vedettes Marx, Engels, Lénine, Trotski, etc. Leur combat politique et social ne se déroulait pas dans un collège de bonnes sœurs ou sous la direction de monseigneur Dupanloup. On va y venir, mais avant je vous recopie un article d'un auteur féru de la question en histoire :

« Un petit détour par l'histoire politique permet de constater que l'insulte est une pratique courante qui ne date pas d'hier. Les Grecs de l'Antiquité n'hésitaient pas à piétiner la tombe d'un ennemi en signe de mépris ultime. Sénateurs et intellectuels romains s'insultaient avec délice et férocité, surtout lorsque cela touchait à la vie privée de l'adversaire. Au Moyen Âge, l'injure est une des expressions de la violence la plus fréquente, pouvant mener à des rixes parfois mortelles. On se souviendra également de Napoléon assénant à Talleyrand: « Vous êtes de la merde dans un bas de soie! » ou encore de Victor Hugo avec son célèbre "Napoléon le petit" à l'adresse de Louis Napoléon Bonaparte. Au début du XXe siècle, les insultes ont souvent des relents antisémites, sexistes ou, plus tard, anticommunistes. Actuellement, on se traite de raciste ou d'antisémite; ce sont donc les termes eux-mêmes qui sont devenus des insultes ». Voire... islamophobe, ce concept à curé gauchiste.

On va voir que l'insulte en politique empêche le dialogue de rester pépère, et n'est pas toujours un réflexe outrancier, voire l'incapacité à se contrôler. Elle peut avoir des vertus émancipatrices, voire subversives (tester les limites). Par sa soudaineté elle peut dénouer magiquement une situation en impasse, ou accélérer la violence. Elle est, clairement depuis 1968, un symptôme de la désacralisation de la politique sous toutes ses formes, une manière de se foutre « en résumé » de tous les longs discours. Prenons par contre parmi de nombreuses allusions perfides, depuis tant de décennies, des anti-marxistes, faites généralement par écrivaillons et historiens de gouvernement, cet exemple de mauvaise ou grossière réputation faite à Marx : « « Quand il est face à des penseurs divergents, Karl abat son poing sur la table, il agonit ses contradicteurs d’insultes et va jusqu’à leur promettre le peloton d’exécution. Ces menaces peuvent même déboucher sur des bagarres physiques, en général déclenchées par l’hyperagressif Engels ».

L'imagerie est peu probante pourtant. On imagine mal les deux potes Marx et Engels, deux des principaux penseurs du XIX ème siècle, en blousons de cuir faisant le coup de poing dans la taverne du coin. C'est vrai Marx utilise souvent des noms d'oiseaux. Il traite l'imposteur Karl Vogt de « gros
plein de soupe ». Mais c'est dans son blog de l'époque ! Ses lettres où il s'est senti si seul face aux disqualifications perverses de l'aventurier Herr Vogt et obligé de porter ses calomnies devant les tribunaux bourgeois. A l'époque « gros plein de soupe » peut bien signifier « gros nanti », les bourgeois exhibent leur bedaine comme Daumier les a si bien caricaturés3. Aujourd'hui ils suivent les conseils de Décathlon.
En général dans ses principaux écrits, Marx n'est nullement grossier, sa plume est incisive, il s'attaque aux institutions et aux puissants avec les images polémiques de l'époque, où l'animal est la principale source d'inspiration ; ce qui sera moins drôle lors de l'épopée stalinienne. Les politiques bourgeois d'hier et d'aujourd'hui ne se gênent pas non plus pour dis-qualifier leurs adversaires avec des bons ou mauvais mot4. Il faut humilier et détruire l'adversaire avec des images animales, le combat politique entre les classes n'est pas un dîner de gala comme le dit un chinois bien connu5. Les qualificatifs honteux les plus fréquents, injurieux et scatophiles viennent de l'extrême droite, qui s'y connaît en mauvaises odeurs. L'assimilation a de la merde visa en particulier Zola, traîné dans la boue pour son soutien au « juif » Dreyfus et « cacaricaturé » ; mode que perpétue la racaille de banlieue dans les réseaux « asociaux ».

Au-delà du jugement moral, de la pédagogie sourcilleuse sur la bienséance, l'insulte des révolutionnaires, elle, MARQUE UNE LIMITE DE CLASSE ; je ne parle ici que des vrais révolutionnaires sur les positions de classe « classiques » (m'écrire si vous ne le savez pas, je vous les détaillerai)6. Elle ne vise pas le corps mais la fonction. Lorsque Lénine dénonce les « social-traîtres » est-ce vraiment une insulte, un outrage à la personne ou une constatation politique ?7 L'injure, sur le fond, délimite non seulement un individu d'un autre, mais un groupe d'un autre, une classe d'une autre ; paradoxalement elle dépasse l'individu qui en fait une affaire personnelle. L'exaspération est mauvaise conseillère, on a affaire à quelque chose qui ne dépend pas du rationnel mais du sentiment, d'une conscience blessée, de la vision d'un gouffre entre conceptions ou projets. L'insulte est attribuée au peuple misérable des faubourgs, c'est l'arme des sans éducation, des sales pauvres et des voleurs, quand les comportements arrogants des puissants ou leur moue de mépris sont des insultes plus graves encore à la dignité humaine8. Mais à la différence de la moue de mépris l'insulte est judiciarisée.
L'insulte est immémoriale, mais lorsqu'elle prédomine dans la sphère publique elle est signe de chaos ou de grave moment dans l'histoire du monde. Quand elle ne vise pas simplement à ternir une réputation mais à éliminer au sens de tuer. Ce fut le cas lors des procès historiques à Moscou en 1936 et 1938, qui relèvent du procès en sorcellerie, une gigantesque chasse à l'homme avec un ridicule langage animalier modernisé : chiens enrages, rats visqueux, vipères lubriques, etc.

L'insulte au service de la vérité

C'est dans le domaine juridique que l'on va trouver la vérité de l'insulte et finalement sa légitimité selon le bon mot de Beaumarchais : « Sans la liberté de blâmer il n'est point d'éloge flatteur » (en une de chaque édition du Figaro). Lisons donc ce spécialiste juridique :

« La notion de vérité semble au cœur des raisonnements des magistrats lorsque la distinction entre injure, outrage et diffamation entre en scène, dans la mesure où tout l’argumentaire repose sur l’accomplissement ou non d’un fait précis, prouvable. Mais dans le cas d’un discours qui par essence se veut choquant, qui attaque ce qu’il proclame être injuste (sot, honteux, etc.) et vise à faire rire un groupe de pairs porteur d’attentes allant dans le même sens idéologique, la question de la valeur pragmatique des énoncés prend une dimension particulière. Un portrait qui dénonce, que ce soit par le rire ou la rage, se place d’emblée dans un rapport aux faits subjectif – c’est même cette subjectivité affirmée et exacerbée qui en justifie l’existence lorsqu’il s’agit de la production d’un auteur en faisant profession. L’attendu de sa fonction est précisément la morsure de la satire, le vitriol du billet d’humeur, le coup de fouet du texte engagé. Car l’auteur en question, s’il s’exprime en son nom – et c’est bien sûr sa notoriété dans cette fonction particulière qui lui amènera le public – s’inscrit aussi dans une histoire idéologique, où les discours circulent selon des normes intrinsèques et dont chaque locuteur reprenant ce flambeau ne sera qu’un relais : histoire de genres rhétoriques (discours polémique), histoire de pensées politiques, voire histoire de la discipline (chanson « à textes », journal satirique, presse d’opinion). La liberté d’expression étant fondamentale dans les sociétés occidentales, se pose alors la question de savoir comment évaluer l’humour vexatoire »9.

Citons par contre le juriste Pierre Rainville en 2011 qui répond fort bien à la question précédente :
« Les paroles de dérision font, en revanche, l’objet d’attentions bien moins soutenues de la part du juriste. Le droit et le rire entretiennent des rapports distants et malaisés. La sévérité de l’un s’accommode mal de la désinvolture de l’autre. Le droit s’éprend de discipline, tandis que l’humour pratique l’indiscipline. Le droit vit en mésintelligence avec l’univers du farceur ».

N’oublions jamais, ajoute cet auteur, que ces délits ont tout d’abord été codifiés par le pouvoir religieux, où ils étaient associés dès l’Ancien Testament à l’insulte à la divinité, le blasphème. Insulter la créature revient en somme à insulter son créateur, selon toute une palette de modalités qui se situent à différents niveaux dans l’échelle morale soupesant la gravité des actes. D’où l’omniprésence dans les codes pénaux de ces délits, par ailleurs considérés comme des péchés dans les croyances religieuses. A partir de là, distinguer les nuances entre les différents actes de langage est important, si l’on a à l’esprit qu’actions et essence de l’individu sont deux axes permettant le jugement de valeur moral, les unes donnant accès à l’autre. Ainsi, dans Justinien, trouve-t-on l’articulation des deux dimensions :
 « Injure » se dit de ce qui est fait sans droit : car tout ce qui est fait sans droit est dit fait injurieusement. Tel est le mot pris en général ; mais spécialement on appelle injure une insulte. Quelquefois par la dénomination d’injure, on signifie un dommage occasionné par une faute, comme on a coutume de le faire dans la loi Aquilia. Quelquefois une iniquité est dite injure, comme lorsque quelqu’un a rendu un jugement inique ou injuste ; ce jugement est dit injure, parce qu’il manque de justice et de droit, comme non-juria, non-droit. Insulte vient de l’idée de mépris". (Digeste de Justinien, 47, X, 1. Ulpien)
On voit clairement que, dans un cadre juridique honnête, la liberté d’expression l’emporte sur la défense de la réputation. Dans le cas du discours satirique, par exemple, cette bonne foi se met en scène par le degré d’indignation exprimé, dont les traces sont patentes jusque dans la ponctuation des textes (points d’exclamation, de suspension) – ou en tous cas elle est représentée par un élan sincère de rage contre un transgresseur. La colère du polémiste se pare de sa (bonne) foi, qui transforme le courroux en fureur épique, dont le dénigrement constitue l’une des armes. Dénoncer est alors une mission, non une occupation, car il faut que la vérité soit révélée au monde, à grand renfort de figures de style. Le polémiste dérange, et c’est bien là son but affiché (ainsi, par exemple, Siné, dans Charlie Hebdo, « semait sa zone » - nom de son billet d’humeur hebdomadaire, toujours en vigueur actuellement dans Siné Mensuel)10.
Je vais conclure ma lettre intime à toi seule, Hildegarde, par le procès intenté au groupe de rock « rock-ska » en 2002, pour injures envers l'armée, avec sa jaquette de disques utilisant une photo représentant deux gendarmes, au bord d’une route, à côté d’un véhicule de service, dont la sérigraphie « gendarmerie » avait été transformée en « glandarmerie » : « Il est incontestable que l’emploi du mot « CONDKOI » associé à la représentation de deux gendarmes et la création du terme « glandarmerie » sur le véhicule de ceux-ci avec la connotation péjorative du mot glander constitue bien l’infraction d’outrage à personne dépositaire de l’autorité publique tel que visé dans la citation ».
Le groupe a été condamné mais quelle pub !Ainsi, avec l’affaire Condkoï, la large publicité autour du procès a abouti à la divulgation de l’histoire et de l’image incriminée dans un périmètre bien plus vaste que celui de la rencontre ponctuelle avec une affiche, lui donnant une notoriété mais aussi une force tactique : la provocation ne pouvant exister que si elle est dénoncée comme choquante par son objet, encore faut-il que l’état de choc clamé soit suffisamment partagé par le groupe non transgressif pour qu’elle fonctionne pleinement. Dès que la communauté partage le rire du polémiste, la cible semble d’elle-même justifier le dénigrement par son incapacité au recul et à l’autodérision.

La rhétorique virulente et moqueuse prend donc des risques, dans une dynamique du maître et de l’esclave, en laissant le soin aux autres parties de finir la construction d’un acte pour lequel elle produit des indices en nombre mais qu’elle abandonne ensuite au jugement du groupe, lui confiant dans un juste retour (conforme à la dialectique oppression / pouvoir dans laquelle elle se situe axiomatiquement) la tâche de l’évaluation du rapport aux limites. Comme les chevaliers médiévaux, les injuriés ne veulent pas que leur renommée, leur nom propre soient associés à des « qualités ». Si l’injure blesse alors que la diffamation salit.

Pour finir, soyons magnanime, gendarmes et policiers « n'ont pas glandé » tout au long de notre (premier et pas dernier) confinement, comme d'habitude.


NOTES 

1 J'en profite ici pour dénoncer un des petits rigolos de l'insurrection en gilets jaunes, comme pour me moquer de tous les vieux retraités trotskiens ou assimilés qui s'attendent à un grand soir post-pandémie, ou aussi ces anars jacobins qui ne voient que le salut dans la pendaison de Macron Ier. Le machin « Valeurs », un des vecteurs de l'extrême droite qui a les honneurs de kadaza nous apprend il y a deux jours qu'un certain Pierre Chalençon, que j'ai dénoncé à l'époque comme louche gilet jaune, annonçait que le 11 mai, l'Elysée serait pris d'assaut par des escouades toutes prêtes depuis Lyon, Marseille, Strasbourg, etc., saluant « l'extraordinaire Dr Raoult », un des charlots de la médecine spectacle. Je me suis demandé comme Boris Cyrulnic si on ne risquait pas d'avoir à subir des apprentis dictateurs surfant sur le déconfinement. Je ne me suis pas attardé sur cette hypothèse de clowns voulant se rejouer le 6 février 1934, la population et le prolétariat en France auront d'autres soucis pour « récupérer » et se préparer à des combats longs et réfléchis. C'est ce que des fractions petites bourgeoises bcbg ont compris, elles organisent des assocs pour réfléchir à un programme « vert » pour sauver le capitalisme (je vous en reparlerai) ; je regrette simplement que le milieu maximaliste ne s'y mette pas déjà non plus du point de vue « de classe » et pas des mièvreries écolos. Quant à ce petit con de Chalençon, l'entrefilet concernant son appel à attaquer l'Elysée lundi a miraculeusement disparu. Chalençon se prend pour le général Boulanger qui aurait pris des leçons d'orthographe chez Eric Drouet. Je pense que la police a bien fait son boulot en faisant retirer cet appel débile aux zozos de « Valeurs », ces grands poteaux à Zemmour.
2En vérité, la véritable dictature de prolétariat reste encore du domaine de l'avenir. Je n'ai évidemment jamais été d'accord avec Engels lorsqu'il affirme : « regarder la Commune de Paris, c'était la dictature du prolétariat », un comité erratique de petits bourgeois oui mais certainement pas la dictature d'un prolétariat encore chétif et en plus dans une seule ville. Quant à l'expérience en Russie, l'amalgame vient des expérimentateurs bolcheviques eux-mêmes, ils croient être encore les représentants du prolétariat mais en étant dans l'Etat ! Ce que leurs admirateurs trotskiens et bordiguiens ont appelé « Etat communiste ». Cette plaisanterie fût toujours combattue par Marx, Engels plus clairement encore et même le Lénine d'avant la révolution. Les bolcheviques se sont fait bouffer par l'Etat, un point c'est tout. Si vous ne comprenez pas cela vous n'avait rien compris à l'échec de la révolution en Russie. C'est ce que je dis aux derniers Mohicans bordiguiens avec qui je suis encore en contact. Il faut reconnaître au CCI la gloire d'avoir mis cela en évidence. Sinon, en effet, vous pouvez toujours ridiculiser toute autre révolution à venir parce qu'il y aura toujours un parti pour prendre le pouvoir à la place du prolétariat, et toujours un Etat qui assurera la dictature contre le prolétariat ! Pour la joie des salauds Furet, Volkoginov, Berthier, et les divers collabos des livres noirs... des menteurs professionnels.
3On ne peut hélas qu'être d'accord avec cette réflexion d'une grosse femme sur le web : « Je pense que les gros sont les derniers qu’on peut encore insulter en toute impunité, témoigne-t-elle. Si on insulte un Juif, un Noir, un Arabe, il peut potentiellement y avoir des poursuites. Les gros, sans problème ». Et les « maigres comme un clou » aussi.

4 Champion toutes catégories, Sarkozy pendant son quinquennat, avec ses excès de langage comme le fameux « Casse-toi pauv’ con », adressé à un badaud lors d’un Salon de l’agriculture, a « contribué à considérer que l’on pouvait s’adresser au détenteur de l’autorité publique comme à n’importe qui ». Macron a cru bon de l'imiter, mal lui en a pris.
5 Or l’association fréquente de l’animal et de l’insulte, notamment dans le domaine politique, nous est apparu comme un vaste réservoir de significations. Dire de quelqu’un qu’il est un cochon ou qu’il raisonne comme un âne est trivialement fréquent de sorte qu’on finit par oublier les racines, inconscientes précisément, de ces attributions verbales. Sur le plan politique, ce genre de formulation se complexifie, non pour de simples soucis rhétoriques, mais pour annihiler l’adversaire en tant que tel : il y a donc à ce niveau un déplacement sémantique qui est extrêmement grave et qui doit être traité comme tel. En même temps il indique une désinvolture à l’égard de l’animal lui-même qui n’est plus supportable dès lors que l’animal est repensé comme une présence au monde irréductible et, en droit du moins, indépendante. https://www.cairn.info/revue-imaginaire-et-inconscient-2014-1-page-59.htm

6Florilège des insultes trotskiennes :
http://passerelle-production.u-bourgogne.fr/web/atip_insulte/insulteurs/insulteurs_synthese2.htm. Ne parlons pas des insultes staliniennes aussi variées et animalières concernant « les punaises hiltéro-trotskystes », et ce pauvre Sartre ambassadeur du stalinisme avec son aphorisme : «  « Un anticommuniste est un chien, je ne sors pas de là, je n’en sortirai plus jamais », qui, une fois sorti de ce goulag idéologique se fait traîter à son tour de « vipère lubrique ». Le chien restant un animal familier, le serpent c'est moins sûr.
7Lénine a qualifié un jour Trotski, dans leur jeunesse polémique de « fils de chien ». C'était pas gentil et un peu familier et pas très fleur bleue, la polémique dans la SD ne se déroulait pas souvent en gants blancs comme dans l'université bourgeoise. C'est plus grave quand, devenu chef d'Etat, il traite les grévistes de « moustiques jaunes ».
8 Il est frappant de constater à quel point le processus de généralisation de la haine en Chambre au XIX ème siècle repose alors sur la perméabilité aux discours tenus à l’extérieur du Palais-Bourbon. La presse joue ici pleinement son rôle de médiation : elle relaie « l’insulte en images (des) ventrus de Daumier », propose le matériau à partir duquel Victor Hugo façonnera la figure de « Napoléon le Petit ». Noms d'oiseaux... L'insulte en politique de la restauration à nos jours de Thomas Bouchet. Ed Stock. 

9https://journals.openedition.org/aad/1312
Insulte, injure et diffamation : de la linguistique au code pénal ?
10Je remercie encore post mortem Siné de m'avoir donné l'autorisation d'utiliser son célèbre dessin de 1968 pour illustrer la page de couverture de mon livre sur « l'aristocratie syndicale ».