"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 24 décembre 2013

LE PERE NOEL EST BORDIGUISTE

LE PARTI INVARIANT QUI VOUS FAIT CROIRE AU 
Père Noël



C’est d’abord  un conte de Noël…
 
Le jour de Noël se passait très bien jusqu'à ce que le père noël découvre qu'il n'avait plus sa méthode marxiste.  Le père Noël était déboussolé, il ne savait quoi penser jusqu'à que son lutin Bordiga lui dise quoi faire. Le père fit ce que Bordiga lui avait dit. Il alla donc voir si elle était rangée à l’institut Bordiga, mais elle n'y était pas. 
Il regarda partout sauf dans son bibliothèque. Il fît une petite pause le temps de réfléchir. Il prépara ses articles pour le bimestriel Le Prolétaire. Son Vercesi au nez rouge lui demanda ce que le père noël avait. 
Le père noël répondit :
- Je ne trouve plus le Manifeste communiste.
- Que dois-je faire ?
- As-tu regardé dans les archives maximalistes sur ton ordi ?
- Non, dit le père Noël.
- Attends je vais t'aider, dit le Vercesi.
- Merci, dit le père Noël.
Tous les deux sont alors allés voir où était encore édité le texte invariant du père Noël mais ne sachant pas naviguer sur l’ordi, en vieux habitués de l’Underwood et du duplicateur Gestetner, ils n'avaient rien trouvé jusqu'à ce que le père Noël se rappelle où il l'avait mis.
- Mais que je suis bête je l'ai mis dans une cache derrière le local du PCF de Trifouillis-les-oies …. Merde… qui a été incendié la semaine dernière par le père Noël usurpateur du FN!
- Quel malheur ! gémit le père Noël communiste.
-  Du calme père Noël… Je possède une clef USB, dit un Vercesi rassurant… qui a appartenu à Lénine et dedans se trouve ta méthode.
Le Vercesi était très fier d'avoir retrouvé la méthode du père Noël mais l'histoire  finit mal avec un fichier marxiste-léniniste illisible.
C’est ensuite un cauchemar de Noël. 
Le journal Le Prolétaire qui clôt l’an 2013 assure sur huit pages que les prolétaires « ne peuvent compter que sur leur lutte » généralité que d’aucuns pourraient partager sans objection si le contenu n’était pas aussi hétéroclite et marqué au coin de l’idéalisme petit bourgeois. Si l’article de tête s’intéresse aux prolétaires exploités par un gouvernement « pire que celui de Sarkozy » qui balade les gens avec ses affidés syndicaux pour des simulacres de manifs sur la retraite et contre le racisme c’est pour déplorer le principal scandale de ces soutiers de la gauche bourgeoise au pouvoir : il n’est pas question pour ces gens-là de dénoncer les expulsions de sans-papiers et de Roms ! Pourtant si gauchistes et syndicalistes crient plus fort sur ces sujets que la poignée de derniers pélerins bordiguiens. Mais passons pour l’instant. Il est question là de fustiger les réformistes du FDG, NPA et LO et contre tout interclassisme les prolétaires : « …n’ont pas d’autre solution que la lutte ouverte, indépendante, sans se soucier de l’ « intérêt général », de la bonne santé de l’économie, régionale ou nationale, ou de l’entreprise : tous ces intérêts sont des intérêts « bourgeois » qu’il leur faut au contraire « combattre » sans hésiter ».
Entre fou-rire et consternation il faut ensuite analyser comment est mal bâti ce paragraphe du point de vue de l’entendement social le plus rationnel possible. On croirait tout d’abord à un langage d’un autre âge, par exemple celui du gauchisme « radical » des 70 récité encore par les Poutou-Besancenot au niveau électoral mais un peu moins à l’échelle syndicale. Personne ne peut nier, du point de vue marxiste orthodoxe, que sont « bourgeois » : l’intérêt général, la santé de l’économie, la nation et l’entreprise. Quant à combattre de front chacun de ces concepts nous voudrions voir les quelques bordiguistes au pied du mur. D’abord dans les grèves, sur toutes ces questions la piétaille syndicale fait barrage et puise dans ces concepts l’essentiel de son argumentation : la corporation se bat « pour tous les travailleurs » (cf. l’intérêt général qui passe par la sauvegarde de l’entreprise), la lutte contre la destruction des emplois devrait relancer l’économie française, et il faut acheter français, etc. Lorsque les prolétaires entrent en grève ils ne se soucient d’aucun de ces critères « bourgeois-syndicaux », mais ils ne se précipitent pas pour crier : « rien à foutre de l’intérêt général » ni « rien à foutre de l’entreprise » ! Si certains s’inscrivaient dès le début de leur lutte avec le discours bordiguien ils iraient fissa au casse-pipe. Sans compter qu’il y a ce que dictent les conditions objectives (campagnes idéologiques nationales du moment, conflit impérailiste, etc.) et la grève moderne en général n’est plus la prémisse du grand soir. Il y a une bonne dose de fantasme anarchiste gériatrique dans cette vision radoteuse que « de la lutte de défense immédiate et partielle jusqu’au niveau le plus élevé de la lutte révolutionnaire »… « le prolétariat pourra se libérer de l’étreinte paralysante du collaborationnisme politique et syndical » !
La plupart des grèves en France en tout cas sont restées ficelées jusqu’à présent dans la défense et les sacrifices pour la « sauvegarde de l’entreprise ». La lutte immédiate est devenue irrémédiable et produit et produit chaque fois plus de girouettes comme l’âne Martin que des tremplins pour l’insurrection de classe.
Mais Le Prolétaire n’est pas une vulgaire « Mouette enragée » qui en resterait au niveau syndical local et convivial, il pose au journal politique qui traite largement dans ses colonnes de l’actu internationale et des événements de la lutte des classes dans tous les autres pays. En bons léninistes toujours attachés à la conscience trade-unioniste bornée du prolétaire moyen, les quelques mohicans bordiguiens savent bien qu’il existe une importante clientèle intellectuelle qui sait s’élever aux choses du parti. Or, dans la hotte du parti bordiguiste se trouve un vieux jouet, déjà offert lors des fêtes champêtres des foyers Sonacotra à Garges-les-Gonesses en 1979. La préférence immigrée fût une mode initiée par les groupuscules maoïstes mode avec laquelle le petit PCI crut pouvoir rivaliser. Mais l’idéologie du « pauvre ouvrier immigré » clé de voûte de la chute de l’impérialisme mondial est restée incrustée au cœur de la démonstration bordiguienne. Elle affleure dans à peu près tous les articles. Les ouvriers nationaux sont « amorphes », « endormis », toujours dans « l’étreinte paralysante du collaborationnisme syndical », etc. Heureusement le parti, encore dans les limbes ou plutôt à l’état de squelette, vient chevroter aux inconscients la bonne parole : « la question de l’immigration » est en réalité « entièrement prolétarienne », de classe, parce que ce sont les sans-réserve, les prolétaires quelle que soit leur origine, qui sont obligés de fuir le pays où ils sont nés pour chercher ailleurs de quoi vivre » (Article : A Lampedusa, une tragédie dont le capitalisme est responsable). On ne dédaignera pas pourtant la première partie de l’article qui décrit très bien l’horreur capitaliste et ce drame pourtant ancien : « Fuir la misère, la faim, l’oppression, la répression, et les guerres pour essayer de trouver ailleurs une vie moins horrible a toujours été le sort de millions de migrants ». Ni cette complainte : « Pour que l’homme vive, le capitalisme doit mourir. Pour que naisse la société du genre humain, en totale harmonie avec elle-même, il faut que disparaisse cette société qui se nourrit de chair humaine ; pour que l’homme puisse arriver à un rapport harmonieux avec le nature, il faut révolutionner de fond en comble l’organisation sociale qui détruit l’homme et la nature ».[1]
Mais, sans la complainte ci-dessus saluée, la description de la tragédie des réfugiés est, mot pour mot, quotidiennement le discours (impuissant) de tous les médias bourgeois lequel nous rend impuissants également. Qu’y faire ? Les bordiguiens ont trouvé LA solution : ouais l’indignation c’est bien mais la « solidarité de classe » c’est mieux ! Comment s’y prendre ?
« …la solution se trouve… dans la solidarité entre prolétaires… Solidarité qui doit venir des prolétaires des pays les plus riches, des prolétaires d’Italie, d’Espagne, de France, d’Allemagne et d’ailleurs et qui ne peut s’exercer que sur le terrain de la lutte de classe… ». Suivent les cadeaux de la hotte bordiguiste dont les masses des pays les plus riches vont s’emparer :
-          Aucun prolétaire n’est étranger, tous sont des frères de classe !
-          Non à la détention et à l’expulsion des migrants !
-          A travail égal salaire égal pour tous les travailleurs, italiens ou immigrés [2]
-          Salaire intégral à tous les chômeurs, quelle que soit leur nationalité !
Sans oublier la génuflexion pour la résurrection « du parti communiste révolutionnaire dans le monde entier ».
Les bordiguistes isolés représentent le défaut le plus récurrent du maximalisme : un idéalisme grossier. Non pas qu’ils prennent leur désir pour la réalité, car ni le désir ni la réalité ne sont conformes, mais parce qu’ils s’imaginent qu’ils sont plus conscients que nous la masse des prolétaires spectateurs impuissants du martyre des plus mal lotis d’entre nous, et que par conséquent, en suivant leur raisonnement « égalitaire », mettant tous les « désirs » ou « besoins » au même niveau, il suffirait d’invoquer et de concrétiser la « solidarité de classe ».
Or la question de l’immigration n’est pas si simple qu'un conte de Noël. Tous les migrants ne sont pas d’honnêtes travailleurs et la solution aux migrations massives ne peut accepter l’appel petit bourgeois à héberger dans tel ou tel pays toute la misère du monde. Le problème de « l’immigration désespérée » qui a explosé ces dernières années n’est pas un problème de classe, ni dans la classe ni a fortiori d’un manque de solidarité de classe ou des prolétaires mieux lotis face aux démunis, c’est le problème du capitalisme décadent qui est incapable de solutionner une misère massive. L’immigration est un problème similaire à la guerre on ne peut en poser la résolution ou l’annihilation par de belles paroles philanthropiques collées sur le dos des ouvriers. C’est un problème politique qui, comme la guerre ou l’injustice, suscite interrogations et indignation. Un problème qui pose non sa solution - par disons une lutte imaginaire pour embaucher à tout va et des portes ouvertes à tire larigo dans CE système – mais est devenu un enjeu de plus pour viser au renversement du capitalisme, lequel renversement nécessitera une REORGANISATION DE LA SOCIETE DANS TOUS LES PAYS et pas cette espèce d’Arche de Noé  que prônent nos doux rêveurs bordiguiens.
Les bordiguiens révèlent souvent une vision idéaliste de la classe ouvrière et de ses motivations quotidiennes – imaginant qu’elle se bat pour des idéaux que le parti serait seul autorisé à lui enseigner – ainsi dans l’article sur la grève des nettoyeurs de Madrid, il est « enseigné » que pour la lutte (« la grève est un art » sic) un des objectifs serait « la lutte contre la concurrence entre prolétaires », notion qui est une hérésie en marxisme ! Marx expliquait que hors des périodes de luttes les prolétaires se font concurrence donc que cette dernière ne disparaît que du fait… de la lutte commune ! Cette précipitation à vouloir articuler un désir d’avenir de classe à la lutte prosaïque correspond en fait à l’aveuglement des léninisto-bordiguiens sur le déroulement réel de la lutte in vivo qui n’a nul besoin de conseils philanthropiques.


LE PERE NOEL EST DESCENDU SUR TERRE ET IL EST BORDIGUISTE

La vision idéaliste des bordiguiens n’est jamais aussi patente que lorsqu’ils sortent de leur hotte à sottises les jouets pour immigrés, du même plastique que les jouets idéologiques gauchistes : régularisation immédiate et sans condition de tous les sans-papiers, arrête des expulsions, retour de Léonarda, fermetures de tous les centres de rétentions etc. Mieux la répression, ou plutôt le filtrage et la gestion chaotique des immigrants serait une politique « ouvertement xénophobe et « ouvertement antiouvrière » du gouvernement actuel, et une véritable politique de division des prolétaires. C’est le même langage que le gauchisme irresponsable et les millions d’ouvriers français ou immigrés régularisés sont autrement conscients que nos bordiguiens passéistes qu’il n’y a plus assez de boulot pour tout le monde dans le capitalisme [3]; ils ne voient pas pourquoi Roms de passage, chômeurs étrangers, et toute l’Afrique percevraient la même pension de retraite ou le même revenu que ceux qui ont cotisés toute leur vie sur ce territoire. Le bon sens des masses de prolétaires regarde avec pitié les bricolages politiques de secte !
Et persistant dans la connerie idéaliste et prétentieuse, voilà-t-il pas qu’ils sermonnent ces masses des « pays les plus riches » (entendez les prolétaires les plus riches) : « Les prolétaires français ou étrangers « en règle » doivent comprendre (sic) que le sort des sans-papiers les concerne au premier chef et que le soutien à leurs luttes et leurs revendications est une nécessité : laisser une partie d’entre eux complètement à la merci des capitalistes et de leur Etat, affaiblit tous les prolétaires ».
Encore une fois nos conseillers bordiguiens mélangent tout, outre que la dite lutte se passe la plupart du temps sur le sale terrain juridique et individuel, sans compter les bagarres entre sans-papiers eux-mêmes, réduits en quelque sorte au rang de prisonniers de la guerre économique capitaliste permanente. On n’a jamais vu des prisonniers dans la guerre mondiale par exemple (aussi des prolétaires) pouvoir lutter avec ou être soutenus par des grévistes !
Outre que tous les prolétaires en temps calme sont otages du capitalisme et qu’il ne se trouve pas un bordiguiste au coin de la rue pour les défendre, les bordiguiens en viennent, par leur vision petite bourgeoise incrustée depuis 30 ans dans leur cervelle de la classe (l’ouvrier pauvre et immigré), comme hier ils défendirent aux côtés des gauchistes les fausses libérations nationales, à soutenir les grimaces de folklore musulman, néo-prolétariennes… Dans l’article furax contre la « Charte des valeurs québécoises », où certes la bourgeoisie canadienne joue de l’harmonie catho, ils prennent partie pour les bigotes d’Allah: « La Charte est dans les faits dirigée contre les travailleurs immigrés et plus particulièrement les femmes qui portent des signes de la religion musulmane ». Dénoncer l’unanimisme nationaliste canadien ne suppose pourtant pas la moindre concession à l’aliénation de la femme musulmane même si nos conseillers tiers-mondistes obstinés nous appellent en conclusion nous les masses « de la diversité » à lutter « contre le capitalisme et ses laquais, laïques ou religieux ».
Cette année le père Noël n'était plus rouge et blanc mais tout noir, il avait glissé  dans la cheminée. Il gisait sur son cul aveuglé par la suie et tous les jouets de la hotte étaient cassés.

Et, dites, vous... oui vous belle Miley Cyrus, entre nous, vous y croyez encore au Père Noël?

 NOYEUX JOEL, BONNE BOURRE ET BONNE ANNEE A VOUS TOUS MES CHERS LECTEURS INTERNATIONALISTES (enfin pas tous)


[1] Cette démonstration doit plus à Charles Fourier qu’à Marx, ainsi sans le savoir les bordiguistes dont plus « harmonieux » que marxistes derrière l’appel rude à une « révolution anticapitaliste, communiste ». Comme il n’existera jamais d’égalité entre les hommes, n’en déplaise aux anarchistes primaires à la Hazan (je traiterai plus tard de ses comiques « Premières mesures révolutionnaires »), le concept d’harmonie, en notre époque moderne, semble plus indiqué que le terme communisme, mais n’allez pas m’appeler « harmoniste » pour autant tant que le prolétariat n’aura pas mis fin à la cacophonie capitaliste !
[2] L’article on l’a compris est la traduction de la version italienne bordiguienne vous pouvez donc remplacer italien par français, etc.
[3] Dans leur cloisonnement mental tous les neurones ne sont pourtant pas bloqués, puisqu’ils reconnaissent des limitations pour leur société communiste d’avenir. Dans l’article sur l’idiot gauchiste Joshua ils affirment que les besoins sont « naturellement limités » ! Bonjour l’avenir dans leur société communiste frugale, un peu comme l’éditeur nanarchiste Hazan qui nous promet une seule sorte de yaourt sans marque ! Au secours je veux rester dans cette société parce qu’elle au moins m’offre PLUSIEURS CHOIX !

vendredi 20 décembre 2013

EDOUARD MARTIN EST-IL UN TRAITRE ?




 UN CHEF GREVISTE CFDT REJOINT LE PARTI GOUVERNEMENTAL
(et fait scandale  mais 52% des "français" seulement estiment qu'il trahit; quand un autre chef gréviste FO est prêt lui à se vendre au parti de droite en opposition)
Quand les grévistes en général seront-ils assez grands pour se passer de chefs et de chefs cuistres?

Le journal de la gauche bien-pensante Libération titra : « Edouard Martin une reconversion en acier trempé ». Un tel titre ne choquait que le cégétiste de base au cuir stalinien bien trempé qui considère qu’un ancien syndicaliste qui rallie un parti bourgeois au pouvoir, quitte à finir ministre, reste forcément un défenseur des travailleurs. Car, chez le syndicaliste moyen, plutôt apparatchik confirmé, comme le décrit si bien le proverbe turc que je cite souvent : « quand les arbres virent arriver la hache, ils se dirent : « le manche est des nôtres ».
En France, le pouvoir peut compter sur la mémoire courte en milieu ouvrier. D’ordinaire les mis en vedette de milieu ouvrier proviennent depuis l’agonie du parti stalinien du milieu trotskien. Des grèves des trente dernières années ont émergé des vedettes syndicalistes épistolaires provenant de LO ou de la LCR/NPA vite oubliées sauf en cas de reconversion politique ou de continuité gauchiste comme Besancenot et Poutou, ceux-là ne seront jamais députés ni ministres. La CFDT succédant au ministérialisme de l’appareil CGT a connu un certain nombre de promus, quoique tous les anciens chefs de tous les syndicats connaissent une promotion officielle dans l’appareil d’Etat en fin de carrière tel le père Chérèque et fils.

De la CFDT de Florange à la tête de liste socialiste aux européennes, Edouard Martin serait-il un nouveau traître ? Un renégat comme on disait jadis pour un Millerand et tant d’autres socialos, ministres staliniens ou syndicalistes promus dans la machine d’Etat. Pour trahir, convenez-en il faut d’abord avoir été « parmi » la classe ouvrière, or le propre des apparatchiks syndicaux de LO, de la CFDT et consorts est, tout en étant issus formellement et sociologiquement de cette classe de s’en être « émancipés » au sens bourgeois du terme parvenir et contrôler et décider à la place de. Fonction que ledit Martin occupait déjà avant d’aller à la soupe de l’actuel gouvernement de l’exploitation du prolétariat.

L’ACIER TROMPé[1]

Contentons-nous pour l’instant de recueillir les « réactions » journalistiques innocentes…
De syndicaliste dans la sidérurgie à candidat socialiste pour un mandat européen : la décision d’Edouard Martin, l’emblématique militant ouvrier d’ArcelorMittal en Lorraine et désormais candidat du PS aux élections européennes de 2014 dans le Grand-Est, a fait réagir, notamment à la CFDT. Et pose la question des relations parfois délicates entre monde syndical et monde politique. L’emblématique syndicaliste CFDT d’ArcelorMittal à Florange (Moselle), Edouard Martin, 50 ans, a choisi de se lancer en politique en annonçant qu’il sera tête de liste PS aux élections européennes de 2014 dans la circonscription du Grand Est. «Oui, je serai tête de liste sur la liste socialiste dans le Grand Est. J’ai accepté la proposition qui m’a été faite», a déclaré Edouard Martin au journal de 20 heures de France 2.
Edouard Martin avait été propulsé l’an dernier sur le devant de la scène à l’occasion de la lutte contre la fermeture des hauts fourneaux lorrains. A l’époque, le syndicaliste n’avait pas mâché ses mots contre le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, à qui il reprochait d’avoir cédé face à ArcelorMittal sur Florange. «Monsieur le Président, vous attendez quoi ? Qu’il y ait un malheur ici ? Eh bien, nous, on va être votre malheur !» : l’image d’Édouard Martin, submergé par la colère et la tristesse, interpellant François Hollande avait marqué le combat de Florange. Avec son sens de la formule et sa belle gueule burinée, le cédétiste, né en Andalousie et arrivé en Lorraine avec sa famille au début des années 1970, était devenu l’ambassadeur des sidérurgistes, arpentant sans relâche les plateaux télévisés et multipliant les opérations médiatiques, tout en faisant grincer des dents dans les rangs syndicaux à Florange.

Depuis la parution en avril de son livre Ne lâchons rien (terme syndicalo-gauchiste en vogue) sur ses mois de lutte syndicale, Edouard Martin avait à plusieurs reprises laissé entendre qu’il pourrait s’engager en politique. Mais jusqu’à récemment il se méfiait du PS, de peur d’être utilisé comme un «gadget» électoral. Il a récusé mardi avoir changé de camp. «Ceux qui disent ça, c’est mal me connaître», a-t-il rétorqué. «Je ne renie rien et je n’enlève rien à ce que nous avons dit et fait», a-t-il souligné, appelant les ouvriers de Florange à se «tourner vers l’avenir», après la fermeture des hauts fourneaux en avril et la promesse du président François Hollande en septembre de créer un centre de recherche dans la métallurgie à Florange
«Je m’engage dans une nouvelle mission : je n’ai pas l’impression de m’engager en politique, dans le sens où je n’ai pas programmé de faire une carrière politique. J’ai simplement envie de continuer le combat que nous menons depuis maintenant plusieurs années sur le maintien de l’industrie en France et en Europe, et j’ai envie de le poursuivre à un autre niveau, au niveau européen, parce que c’est là que se prennent toutes les grandes décisions qui nous impactent», a-t-il ajouté.

Le Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, s’est aussi félicité du ralliement d’Edouard Martin, y voyant une «très grande fierté pour les socialistes». «Edouard Martin apportera la force de ses valeurs et de ses convictions à notre combat pour une nouvelle politique industrielle européenne, pour la croissance et l’emploi, et pour une véritable Europe sociale protectrice des droits des travailleurs», a souligné Harlem Désir. Le ralliement du syndicaliste mosellan fait écho, à Paris, à celui de Didier Le Reste, ex-leader de la CGT Cheminots, qui est sur la liste PS d’Anne Hidalgo aux municipales.
Pour l’ancienne ministre UMP Nadine Morano, l’offre du PS à Edouard Martin «est la récompense d’un syndicaliste qui ne menait pas un combat pour les salariés de Florange, qui menait un combat personnel et surtout un combat politique».
Florian Philippot, vice-président du FN, a quant à lui accusé mercredi le syndicaliste d’être «allé à la soupe». Sur i>TELE, le bras droit de Marine Le Pen a déclaré : «Edouard Martin, c’est la trahison à Florange, celui qui avait formidablement bien accueilli François Hollande le 26 septembre» dernier sur ce site lorrain «alors que lui-même, quelques mois avant, considérait que ce que proposait le gouvernement, c’était de la trahison».
«On voit bien qu’en réalité, il avait déjà négocié sa place aux européennes», a encore dit le candidat Front national à la mairie de Forbach. «Il a fait comme les autres, il est allé à la soupe.»


Voyons les commentaires plus cruels des anonymes ou pas.

…Un ouvrier au Parlement Européen... Certes. Ce qu'on omet de dire, c'est qu'Edouard Martin "évincera" pour cela le député sortant Liêm Hoang-Ngoc, issu lui, de la diversité. Fallait choisir après l’étrange rapport de destruction de l’identité française… un ouvrier « français » ou un candidat de la diversité même si ledit rapport était destiné aux électeurs… de la diversité.
« Une instrumentalisation » (Guaino), « une trahison à Florange » (Philippot), « la récompense » (Morano) ont permis un rapide survol en rase-mottes de la politique française. La palme de plomb revenant à Jean-Pierre Raffarin : « Il y en a au moins un de recasé. » Très drôle. D’anciens camarades de lutte – de l’adversaire FO – disent se sentir cocus.
Le PS réalise indéniablement une très belle « prise de guerre ». Et il faudra des gilets pare-éclats pour suivre la campagne entre un trio assez improbable : Édouard Martin donc, Nadine Morano pour l’UMP et Florian Philippot pour le FN. Quel casting de forts en bouche !
…Si l’on veut aller un peu plus loin que l’habituelle (et fatigante) chicanerie politicienne, la candidature aux Européennes d’Édouard Martin fait-elle sens ? Un type est-il légitime après un combat syndical et avoir secoué le gouvernement en hurlant les larmes aux yeux « Monsieur le président, vous attendez quoi ? Qu’il y ait un malheur ici ? Eh bien nous, on va être votre malheur ! » ?
…Au moment où l’opinion publique rejette la classe politique, range aveuglément dans le même sac énarques et hiérarques, l’arrivée d’un ouvrier et syndicaliste, d’un homme de terrain devrait insuffler un air revigorant dans l’atmosphère européenne. Édouard Martin, longtemps membre du comité central d’entreprise européen d’ArcelorMittal, connaît son sujet. Il a même contribué à arracher ce fameux centre de recherche sur la sidérurgie à Florange.
…Et puis, les passages du syndicalisme à la politique sont légion. Quelqu’un a-t-il déjà reproché à Lech Walesa d’avoir quitté Solidarnosc pour diriger la Pologne ? Ou l’ancien président Lula au Brésil ?
…En France, rappelons-nous de têtes de pont célèbres comme Pierre Bérégovoy, Jacques Delors, Jacques Chérèque qui fut ministre du gouvernement Rocard, José Bové, passé de la Confédération paysanne au Parlement européen sous casaque verte. Dans une autre France, il suffit de lorgner du côté des syndicats agricoles pour trouver d’appréciables représentants politiques. Il y eut François Guillaume, président de la FNSEA puis ministre de l’Agriculture de Chirac, et… Christian Jacob, l’actuel président du groupe UMP à l’Assemblée nationale après avoir mené le syndicat des Jeunes Agriculteurs. Il ne fut jamais accusé d’être un traître à la cause. 

Le PS récompense-t-il Édouard Martin pour avoir neutralisé la colère des salariés de Florange ?
 
Le Parti Socialiste a annoncé qu’Édouard Martin, responsable CFDT du site ArcelorMittal de Florange, sera la tête de la liste PS de la région Grand Est aux élections européennes de 2014. Il est sûr d’être élu et donc de toucher les 12 à 15.000 euros nets par mois d’indemnités parlementaires (selon sa participation aux séances), sans compter la rémunération mensuelle prévue pour ses futurs collaborateurs, de 21.000 euros.
Rappelons qu’Édouard Martin a soigneusement caché, aux ouvriers dont il était censé défendre les intérêts, les véritables raisons du démembrement d’Arcelor par Mittal. Mittal a pu acheter Arcelor au premier semestre 2006 grâce aux traités européens qui interdisent toute restriction aux mouvements de capitaux entre les États membres, et entre les États membres et les États tiers. Édouard Martin va maintenant s’employer à défendre la construction européenne, cause des malheurs d’Arcelor, pour le compte du Parti socialiste après l’avoir défendue pour le compte de la CFDT, membre de la Confédération européenne des syndicats, elle-même financée par la Commission européenne. Au cours de la campagne électorale qui s’annonce, Édouard Martin va probablement promettre aux électeurs de bâtir une « autre Europe », en reprenant ainsi le slogan éculé dont tous les partis politiques rebattent les oreilles des Français depuis 1979, date du premier scrutin européen.
…ventdest

CONCLUSION : tous ceux, de droite, du FN ou de ses ex-collègues qui taxent Martin de traîtrise, ont tous tort. Est traître seulement celui qui s’est véritablement situé un moment de sa vie aux côtés des prolétaires, qui a combattu pour leur réelle indépendance de classe politique, pour leur auto-émancipation. Martin n’a jamais combattu ni du point de vue de classe – mais de celui de la collaboration – ni du point de vue révolutionnaire – mais de celui du corporatisme étroit. Il n’est donc pas un traître mais une simple girouette de l’ordre dominant.


PS : une biographie édifiante du syndicaliste moderne parvenu à la gloire.
Par AGNÈS LAURENT - Publié le 10 mai 2007 | L'Usine Nouvelle n° 3055
« La rage de faire » Jacques Chérèque. editions Balland. 288 pages. 21 euros
De sa naissance à Champenoux (Meurthe-et-Moselle) en 1928 à son élection comme conseiller régional de Lorraine dans les années 1990 : Jacques Chérèque livre le passionnant récit d'un demi-siècle d'actualité sociale et politique, dans cet ouvrage d'entretien avec Stéphane Bugat.
Le parcours du père de l'actuel secrétaire général de la CFDT ne manque pas de sel. Recruté comme ouvrier en 1949 dans l'usine sidérurgique de Pompey, il intègre en 1959 la CFTC, qu'il contribuera à transformer quelques années plus tard en une CFDT déchristianisée.
Devenu permanent de l'organisation, il participe jusqu'au début des années 1980 à tous ses grands moments : l'affaire Lip en 1973, le soutien à François Mitterrand en 1974, le « recentrage » de la CFDT lors du rapport Moreau en 1979... Des épisodes émaillés d'anecdotes truculentes telle celle de la remise du trésor de guerre des Lip à un banquier qui prend des allures de film noir. Son histoire personnelle est sans cesse mise en perspective, notamment via l'évocation des relations de la CFDT avec la CGT et FO.
En 1984, Jacques Chérèque change de vie professionnelle et d'environnement. Il est nommé préfet délégué en charge de la reconversion de l'industrie sidérurgique lorraine. Ce qui lui vaudra, en 1988, de devenir ministre délégué à l'Aménagement du territoire et à la Reconversion. Là encore, il en tire des enseignements d'ordre général. Et n'hésite pas à donner quelques coups de griffe : à François Mitterrand, qui le licencie du gouvernement « sans préavis, ni entretien préalable », ou à Bernard Tapie, croisé lors de la reconversion des chantiers navals de La Ciotat, qui « promet tout à tout le monde, tout en se donnant la possibilité de toucher le jackpot ». En mêlant petite et grande histoire, avec un sens du bon mot, Jacques Chérèque, aujourd'hui retraité, analyse sans complaisance la CFDT et le monde politique.

PS (bis): bien que je me foute des sondages, instruments de manipulation non scientifiques, ils peuvent donner une approximation, ainsi de la décadence politicarde totale de l'ex-extrême gauche désormais absorbée par la sondologie, dixit Le Parisien qui  après avoir précisé que 58% des ouvriers honnissent Martin (donc un peu plus que les "français") ajoute que les gauchistes et résidus du stalinisme sont, par contre contents qu'il les rejoignent dans l'électoralisme (complice et corruptible):  "...  Pour autant, tout n’est pas perdu dans ce « coup » politique : les sympathisants des partis les plus à gauche (Front de gauche, Lutte ouvrière, NPA) sont 62% à considérer qu’en devenant eurodéputé Martin défendra plus efficacement ses positions (ils sont 74% à le penser, si on y inclut les partisans du PS). Globalement, les sympathisants de gauche approuvent (74%) Edouard Martin dont l’entrée en politique ravit même 81% des sympathisants PS". Nostalgie, cela faisait longtemps que tu ne nous avais pas fait le coup de la "tribune parlementaire" pour promettre un bon salaire à l'heureux élu pour ses promesses mirifiques et révolutionnairement virtuelles!



[1] Un film documentaire intitulé « L’Acier Trompé » réalisé à l’issue de 4 années de tournage par un cinéaste et réalisateur autour de la vie des sidérurgistes de Gandrange et Florange-Hayange (Moselle, Lorraine, France) avait été présenté en avant-première le mercredi 30 janvier 2013 à Paris et ensuite sur Public Sénat en février.