"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

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dimanche 21 septembre 2025

L'ARGENT OPAQUE DES MAFIAS SYNDICALES

 

dessin du Canard Enchaîné

La presse de la gauche bourgeoise s'est félicitée du succès des nouvelles manifs traîne savate du 18 effaçant le lamentable blocage morveux du 10. Pourtant ce 18 avait tout des enterrements traditionnels, ronrons gauchistes inclus. Elle avait de quoi rassurer l'ordre capitaliste, et, de plus était dégonflée par l'absence calculée de gouvernement officiel avec budget à dénoncer. La manif ronflante et sans slogans autre que "faire payer les riches" (tu parles d'un projet radical!)  confirmait par sa mollesse en tout cas la désaffection syndicale d'une majorité de travailleurs en France.  Ce ne sont pas ces promenades qui ont fait retirer le budget de Bayrou mais lui-même en se laissant licencier sans crier gare, sauf au chaos. La demande expresse des syndicrates réunis donnait un coup d'épée dans dans l'eau avec leur comique exigence « «l’abandon de l’ensemble du projet» de budget 2026 présenté cet été par le prédécesseur (de cornichon), François Bayrou », La syndicratie réunie courant toujours après l'arlésienne de la retraite en dessous de 64 ans .L'ouverture d'esprit du nouveau gouvernement dans les langes ne tarit pas de louanges sur les collabos principaux de l'Etat capitaliste.«Ca va dans le bon sens pour le moment, Sébastien Lecornu répond aux sollicitations des syndicats c’est quand même un fait nouveau», salue de son côté François Hommeril, dirigeant de la CFE-CGC, sur BFMTV. «Je ne veux rien préjuger du résultat» mais «cette journée de mercredi sera décisive», a ajouté le syndicaliste. En coulisses l'application de la taxe Zucman donne un parfum d'insurrection pacifique, égalitaire et républicaine ; pensez : on va enfin faire payer les riches pour, peut-être, sauver la nation de l'effondrement économique. Au moins, face au bordel politique, les collabos syndicaux apparaissent comme la dernière planche de salut.

Personne ne croit pourtant à un miracle syndical en France. Hors de la démagogie de la gauche bourgeoise et de ses petits bourgeois gauchistes, les caisses sont vide en effet. On est trop nombreux en tant que retraités et il n'y a plus assez d'ouvriers, au point qu'il faut en faire venir d'ailleurs et que ça grince. La gauche bourgeoise suivie par Macron 1 et 2, ont en effet aussi creusé les déficits, et souvent pour empêcher l'explosion sociale, en particulier au moment du covid. Les agitateurs de salon de la gauche caviar et leurs serviteurs de base promettent à nouveau la lune sociale. Hélas, même si ça ne plaît pas aux bonimenteurs maximalistes, la France ne connaît pas encore une misère profonde. Les assistés sont très nombreux et payeraient encore plus cher une gauche dispendieuse au pouvoir. La manif traîne savate pacifique et encadrée à l'ancienne par les gogos syndicaux est venue confirmer que les moutons ne veulent pas trop se plaindre, sinon ils auraient enfoncé ses barrières avec brassards de soumis avant tout à des cliques politiques devenues incrédibles au plan électoral.

La vraie misère oui elle va venir et la bourgeoisie toutes tendances confondues le sait et s'y prépare. Pour l'heure elle est coincée entre crise économique et crise politique. Elle tente de trouver une solution provisoire avec ses syndicats officiels, et officiellement payés par elle. Les marges de manœuvres et la quantité des promesses sont maigres et étroites. Le suspense des négociations ne pourra pas durer aussi longtemps que la vaine protestation massive contre l'augmentation de l'âge r et retraitable. N'allez pas vous imaginer que cela ouvrirait la voie à une révolution. L'Etat bourgeois et ses complices disposent en fin de compte quand même de l'option politique : la dissolution.

La situation internationale peut se dégrader au niveau militaire. Des attentats peuvent rafraîchir une ardeur patriotique plutôt qu'une ardeur sociale. Mon propos aujourd'hui n'est pas d'entrer dans les supputations des uns et des autres mais de prouver par A + B pourquoi la classe ouvrière n'a pas seulement rien à attendre des mafias syndicales – lesquelles ne peuvent pas sérieusement défendre les exploités - mais de montrer en quoi elles mènent une perpétuelle guerre hybride contre le projet révolutionnaire du prolétariat.

LE FIL A LA PATTE DES MERCENAIRES SYNDICRATES

Le 3 décembre 2011, le Figaro abordait la question gênante, déjà bien creuser bien avant par Hubert Lantier, expert en relations sociales (sic) :

« Le financement des syndicats de salariés en France est une question récurrente.. Une réforme a été envisagée à de nombreuses reprises par l'ensemble des acteurs, en particulier en raison de la faiblesse des cotisations, du manque de transparence de ces financements et des soupçons que ces derniers ont fait peser sur l'indépendance des organisations jusqu'à la loi n°2008-789 du 20 août 2008 portant « réforme de la démocratie sociale et du temps de travail » qui fait désormais obligation d'établir des comptes annuels et d'en assurer la publicité ». « La part des cotisations dans le budget global des organisations syndicales est liée à leur nombre d'adhérents. Or, la désyndicalisation qui touche la France depuis le début des années 1980 a fait chuter le pourcentage de syndiqués sous la barre des 8 % de salariés actuellement. Le rapport Perruchot estime à 8 % le nombre de syndiqués, et à 4 % de leur budget, soit 100 à 150 millions d'euros, le montant des cotisations. En comparaison, on estime à environ 80 % la part des cotisations dans les ressources des syndicats en Europe du Nord où le taux de syndicalisation est resté très élevé. Paradoxalement, la France est en revanche le pays d'Europe qui compte le plus grand nombre de permanents syndicaux par rapport au nombre de syndiqués ; cette disproportion a conduit certains auteurs à souligner la part d'autant plus importante des financements opaques induits par le coût de fonctionnement de ce personnel syndical »1.

« Comparant les effectifs réels des organisations syndicales et les cotisations encaissées, Dominique Andolfatto et Dominique Labbé estiment que « toutes les cotisations qui sont encaissées ne sont pas payées par des adhérents en chair et en os ». Selon les deux politologues, les ressources déclarées comme cotisations servent également à « recycler » une partie des « aides financières très importantes » versées par les entreprises » . oh oh oh !

L'EXEMPLE CONSTERNANT DE L'ABOUTISSEMENT DES NATIONALISATION

Evidemment tous ces braves sociologues sont incapables de se hausser au niveau du chapeau politique du fonctionnement de ces mafias « sociales ». A l'origine pour une pais sociale garantie De Gaulle avait associé étroitement le PCF et surtout les syndicats pour la reconstruction du pays. Des privilèges et non des moindres (garanties d'emploi, retraites avantageuses, tarifs privilégiés) avaient été accordés aux services publics les plus dangereux (en nombre et en moyens de paralysie). Ces privilèges ont persisté jusqu'à présent, certains demeurent pour choquer et dégoûter la classe ouvrière du privé. L'exemple le plus connu reste la CCAS d'EDF qui a fait figure de « cas d'école », pour d'autres comités d'entreprises. Affaires immobilières opaques avec les municipalités du PCF, dissimulation des flux financiers au profit de structures syndicales ou de ceux qui sont censés représenter les intérêts des salariés syndiqués. Quant aux autres...n'ont qu'à se syndiquer. La droite bourgeoise, si vertueuse dès qu'il s'agit d'augmenter les salaires, savait tout cela mais chut, secret de paix sociale. A l'intérieur les recyclages se déroulent sans honte aucune ; en fin de carrière les chefaillons syndicaux sont recyclés contremaîtres sans qualification pour le job concernés. La promotion des minorités (idéologie bobo de la mixité et parité antiraciste) y a aussi été un cas d'école : nomination préférentielle pour femmes, arabes ou noirs, sans que ces employés soient forcément plus compétents que d'autres. Je sais tant de choses...Abrégeons. Le dernier scandale caché a été la faillite de la MUTIEG en novembre dernier. Mutuelle EDF très avantageuse pour les soins dentaires. Coulée du fait des abus de la syndicratie pour soigner toute la famille avec une dentition neuve et éclatante. Des sommes colossales ont été engloutie pour la bureaucratie arrogante de la CGT. Seule FO a émis de timides protestations quand les agents de EDF démultiplié ont perdu, grâce au syndicat majoritaire et as au méchant gouvernement, un avantage...trop corporativement dispendieux . Peson ne n'en parle et pour cause les agents EDF courent dans tous les sens pour trouver une autre mutuelle alors qu'on leur en propose une...dans le privé et que l'autre, la SOLIMUT, ne répond pas à la masse des inquiets et menace d'une augmentation des cotisations.

Enfin c'est bien l 'achat des mercenaires syndicaux qui a permis l'éclatement de EDF :

« EDF, qui abrite la plus grosse cagnotte de la CGT, l'intouchable Caisse centrale d'action sociale (CCAS). «Les magistrats ne comprennent rien aux impératifs économiques!» s'était emporté un certain ministre du Budget en 2004 alors qu'une information judiciaire était ouverte sur les irrégularités de la gestion du comité d'entreprise (4000 permanents syndicaux). Met-on en cause la gestion d'un syndicat majoritaire à la veille d'un changement de statut de l'entreprise? ».

Les ressources actuelles des syndicats et leur fortune

Si on s'intéresse à la situation avant 2008, malgré l'absence de comptes publiés officiellement, plusieurs enquêtes et rapports permettent d'appréhender le financement actuel des syndicats, qualifié d' « opaque et complexe » par le journal La Croix. Le rapport Hadas-Lebel parle lui de « grande opacité ».

Ils touchent 4 milliards par an de la collectivité pour 8 % de syndiqués. Subventions à gogo, permanents par milliers, gabegie... Un rapport parlementaire lève le voile. Décapant !

Des vacances à Dakar aux frais de France Télécom ! En février dernier, 12 délégués syndicaux du groupe se sont rendus au Sénégal, officiellement pour assister au Forum social mondial. Dans leurs valises, un mandat en bonne et due forme du très imposant Comité central de l'unité économique et sociale (CCUES). Pour représenter les salariés de France Télécom face à la «place importante faite au secteur des télécoms, notamment dans le cadre des relations nord-sud», la délégation a reçu un chèque de 12.000 euros. À l'heure où les entreprises serrent les coûts et l'État taille dans ses dépenses, les syndicats ne rechignent pas à envoyer leurs membres au soleil, tous frais payés, simplement «pour nourrir leur réflexion».

Gonflé? Non, une pratique plutôt ordinaire dans une France qui n'aime pas ses syndicats mais les nourrit grassement. Car si le syndicalisme n'a jamais été aussi peu représentatif dans notre pays - seuls 8 % des salariés (public et privé confondus) adhèrent à une organisation, le taux le plus bas de l'Union européenne ! -, la machine syndicale, elle, se porte bien, très bien même. Et pour cause: elle vit aux crochets des autres ! C'est la démonstration choc que font les députés dans un rapport rendu public cette semaine, et que Le Figaro Magazine a pu consulter en avant-première.Au terme d'une commission d'enquête de six mois, de dizaines d'auditions, les élus font ce constat: la collectivité fait chaque année un chèque de 4 milliards d'euros pour financer l'activité syndicale. Presque l'équivalent du budget de l'Enseignement supérieur...

Les cotisations ne représentent qu'une part infime des budgets syndicaux: guère plus de 3 à 4% pour les organisations représentant les salariés et de 15 à 60 % selon les cas pour les structures patronales.C'est une «exception française en Europe», relèvent les parlementaires, soulignant qu'ailleurs sur le continent, «les cotisations occupent une part primordiale dans les ressources des syndicats, plus de 80% dans l'ensemble». Leur «légitimité» est à ce prix, notamment vis-à-vis des pouvoirs publics, glisse le rapport. Ici, ce sont les détachements syndicaux, les décharges horaires, les subventions aux comités d'entreprise ou encore la gestion des organismes sociaux et de la formation professionnelle qui fournissent le gros des moyens. Un système bien huilé mis en place au lendemain de la guerre et que personne - même en ces temps de crise - n'a osé remettre en cause. Et surtout pas l'État impécunieux, pourtant avide d'économies. Y trouverait-il son compte?

Lorsqu'il a décidé de se pencher sur cette délicate question, Nicolas Perruchot, ce député centriste qui a fait une entrée tonitruante sur la scène politique en 2001, en évinçant Jack Lang de la Mairie de Blois, savait qu'il avançait en terrain miné. L'annonce de sa commission d'enquête a été fraîchement accueillie «en haut lieu», souffle-t-il. À plusieurs reprises, on m'a fait dire qu'une commission d'enquête parlementaire sur le prix de l'essence serait mieux venue», précise Perruchot, pas mécontent de n'en avoir fait qu'à sa tête.

Les syndicats ne se sont pas bousculés à la porte de la commission. «Nous nous sommes même demandé si nous aurions besoin de faire intervenir la force publique, comme nous en avons le droit», confie-t-il. Les représentants de l'UIMM - la puissante fédération patronale de la métallurgie - ou de FO ne se sont présentés à la convocation des députés qu'in extremis, lors de la dernière semaine d'audition. On comprend leurs réticences. Le tableau que dressent les élus est décapant: «mécanismes de financement structurellement opaques», «absence de prise en considération (...) des mises à disposition de personnels et de locaux», «dérives»... Le schéma descircuits de financement qu'ils ont tenté de reconstituer vaut son pesant d'or, tant il est incompréhensible.

Les députés se sont fondés pour leur enquête sur de tout nouveaux éléments, fournis par les fédérations elles-mêmes. Car, pour la première fois cette année, les organisations syndicales et patronales ont dû se livrer à un exercice d'un genre nouveau: la publication de leurs comptes, en vertu de la loi d'août 2008 sur la représentativité syndicale. Personne n'avait osé leur demander le moindre bilan depuis la loi Waldeck-Rousseau créant les syndicats en... 1884 !

Certes, une incertitude plane encore sur les obligations des puissants syndicats de la fonction publique. En outre, toutes les organisations ne se sont pas pliées aux nouvelles règles du jeu avec le même entrain, certaines les ont même royalement ignorées. On attend toujours les comptes de FO pour 2010, de même que ceux de l'Union nationale des professions libérales (Unapl). Quant à la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), elle a carrément fait savoir qu'elle n'entendait pas commencer l'exercice avant l'année prochaine

Les abus prospèrent dans un univers où règne le flou. Soumis aux questions des inspecteurs de l'administration, les directeurs des ressources humaines des ministères ont bien dû admettre qu'ils ne disposaient d'aucun tableau de bord détaillé de leurs effectifs. Des réponses au moins aussi vagues ont été données aux députés. Du bout des lèvres, au ministère de la Fonction publique, on reconnaît qu'environ 17.000 agents (en postes équivalents temps plein) seraient mis à la disposition des syndicats dans la fonction publique. Dont près de 1200 à l'Éducation nationale. Les parlementaires ont conclu de cet aveu à moitié officiel que la réalité devait se situer bien au-dessus et Perruchot avance le chiffre de «28.000 équivalents temps plein pour les trois fonctions publiques». Si l'on s'en tient au chiffre officiel, les moyens humains offerts aux syndicats par l'État représenteraient une enveloppe minimale de 1,3 milliard d'euros. «J'ai dit à Valérie Pécresse: rien qu'avec une économie de 10% sur ce budget, je te fais l'équivalent de deux taxes sodas», ironise le rapporteur.

Dans certains services de l'État comme la police, fortement syndiquée, ces mises à disposition ont atteint une telle ampleur que le ministre a dû taper du poing sur la table. Depuis une dizaine de jours, le cabinet du ministre de l'Intérieur reçoit discrètement les syndicats de policiers les uns après les autres. Claude Guéant a lancé un pavé dans la mare en déclarant qu'il comptait «remettre les policiers sur le terrain». Depuis les déclarations du ministre, les langues se délient, et les différentes centrales se renvoient la patate chaude. Les uns ont reconnu des syndicalistes policiers assurant le service d'ordre de manifestation d'un candidat de gauche, les autres dénoncent les moyens humains particulièrement généreux consacrés aux œuvres sociales de la police. Jusqu'où ira le ministre de l'Intérieur? Dans bien des cas, les administrations préfèrent fermer les yeux pour assurer la paix sociale.«Globalement, les quotas de détachement dans la fonction publique ont souvent été dépassés avec la bénédiction des ministères», concède un connaisseur.

Cette stratégie dépasse de beaucoup les détachements de permanents syndicaux. Elle passe aussi par des largesses aux comités d'entreprise, la mise à disposition de locaux et de moyens matériels. Toujours dans la police, à Lyon, les syndicats policiers bénéficient depuis 2008, date de la destruction d'un immeuble ancien, d'un relogement dans le domaine privé pour un loyer annuel de 87.000 euros.

Au fil des ans, certains comités d'entreprise de la sphère publique sont devenus de véritables coffres-forts ! Il est vrai que les patrons n'hésitent pas à mettre la main à la poche bien au-delà des obligations prévues par la loi. Manière d'acheter, au prix fort, la paix sociale. Pierre Mongin, à la tête de la RATP, n'aligne-t-il pas 16 millions par an, c'est-à-dire 7 de plus que ce que lui imposent les textes, dans la caisse syndicale? Durant plus de dix ans à la tête d'Air France, Jean-Cyril Spinetta a mis des sommes importantes à disposition de ses comités d'entreprise (3,1 % de la masse salariale). Un compte courant avait même été mis à disposition par l'entreprise pour éponger les dettes et la gestion hasardeuse du CCE. Air France l'a fermé en 2008 et a accepté d'éponger un découvert de 7 millions d'euros. Une goutte d'eau face aux enjeux poursuivis par la direction: faire passer la privatisation de l'entreprise et la fusion avec le néerlandais KLM.

Les organisations syndicales et patronales se partagent enfin également, depuis plus de soixante ans, le gros gâteau du paritarisme. Ce sont elles qui gèrent le circuit de la formation professionnelle en France (un pactole de 6,3 milliards) et le «1% logement». Elles encore qui sont aux commandes des grands organismes de la Sécurité sociale et de l'Unedic, des mastodontes qui assoient leur puissance et font vivre des dizaines de milliers de militants promus au rang d'administrateurs. Indemnités forfaitaires, frais de formation, prise en charge de secrétariat, voyages d'études...: les députés énumèrent les multiples avantages que procure la gestion des organismes paritaires (voir tableau). «Tout le monde se tient, car tout le monde en croque», résume un dirigeant d'une caisse de retraite complémentaire, la galaxie Agirc-Arrco. Denis Gautier-Sauvagnac, ancien dirigeant de la très puissante UIMM au sein du Medef, n'a toujours pas livré les secrets de la «fluidification du dialogue social». Dix-neuf millions d'euros ont été retirés en liquide des caisses de l'organisation entre 2000 et 2007, qui auraient majoritairement servi au financement occulte de syndicats, selon les soupçons des enquêteurs.

«Je suis parvenu à la conclusion qu'il existe bien un système, une stratégie globale et une alliance objective entre acteurs concernés, analyse Jean-Luc Touly, syndicaliste lui-même, en cours de rédaction de son deuxième ouvrage sur les financements occultes. Si la CGT n'a pas mené la fronde lors de la réforme des régimes sociaux, comme elle aurait pu facilement le faire, c'est que le gouvernement avait une monnaie d'échange: la loi sur la transparence des comptes syndicaux dont l'incidence est limitée. »

Au plus fort de la crise, les confédérations affichent une insolente santé financière. Toutes les centrales sont propriétaires de vastes locaux parisiens : le siège du Medef est valorisé 24 millions d'euros, l'UIMM dispose d'un trésor de guerre de près de 505 millions d'euros, selon le rapport. François Chérèque, à la tête de la CFDT, avait avoué avoir du mal à cacher ses économies de plus de 350 millions d'euros, dont 34,7 millions de « trésorerie disponible ». Celle de la CGT est de 42 millions d'euros. Les fruits d'une «gestion de père de famille» ont expliqué, sans rire, plusieurs responsables syndicaux...

Des rentiers, les syndicats français? Ils fonctionnent en tout cas très bien indépendamment de leur manque de représentativité. Inutile de grandir pour s'enrichir ! À l'extrême, ils n'auraient guère besoin d'adhérents. Premier syndicat français, la CGT en compte 670.000. Très loin des 2,4 millions d'IG Metall, le syndicat allemand des «métallos».




1L'argent caché des syndicats.

mardi 13 décembre 2011

MAFIAS SYNDICALES EN COLERE : PASSER DE L’ABANDON DE LA CLASSE OUVRIERE A SON ATTAQUE EN REGLE… D’OR


L'intersyndicale CGT-CFDT-UNSA-FSU-Solidaires (officine obscure près le conseil des ministres) a programmé pour ce mardi 13 décembre, une journée de manifestations pour bêler "refuser l'austérité". La classe ouvrière n’a que foutre de cette programmation ministérielle et est à son poste d’exploitation la journée durant, laissant défiler le personnel syndical corrompu avec ses colifichets et grigris habituels.

Le Monde, s’entretenait au même moment avec le bonze François Chérèque, qui préside le trust CFDT. On verra que le bonze ne répond pas, esquive certaines questions et fait pitié par sa gentillesse avec ses « partenaires sociaux », et l’amalgame du prolétariat à Le Pen. Il parle en outre de la dette et de la règle d’or (union nationale bourgeoise) comme un chef d’Etat « responsable » et soucieux de l’effort que doivent consentir les puent-la-sueur.

Question : La Cour des comptes dénonce "les dysfonctionnements" du comité d'entreprise de la RATP et le thème de "l'argent caché des syndicats" resurgit. L'air du temps est-il antisyndical ?

Depuis que je suis syndicaliste, je n'ai jamais vu un vent d'antisyndicalisme aussi fort (non un pet des prolétaires !)

- Une partie de la droite et une fraction du patronat n'ont jamais accepté le fait syndical. (…) Un palier supplémentaire a été franchi avec le dossier du Figaro Magazine [du 3 décembre] sur "l'argent caché des syndicats", qui rapporte de façon malveillante le rapport de la commission parlementaire sur le financement des syndicats. Rapport qui n'a pas été voté et dont la publication est donc interdite. Nous allons porter plainte contre les personnes qui l'ont diffusé. (ah ah, c’est déjà fait et les mafias syndicales règlent leurs comptes en justice bourgeoise, et Le Monde comme le reste des médias, bouche cousue sur ces procès entre bonzes) ; L'antisyndicalisme n'est pas vraiment nouveau… On va jusqu'à attaquer personnellement le secrétaire général de la CGT, sa femme et sa famille. C'est très grave. Il y a une forme de poujadisme vis-à-vis du syndicalisme qui est dramatique. J'entends dans les discours que le chômage, c'est la faute des immigrés trop nombreux, les déficits sociaux, c'est la faute des assistés fainéants et les problèmes des entreprises, c'est la faute des syndicats corrompus. Cela pue le Front national !

Question : Avec la réforme de la représentativité, les syndicats vont asseoir leur légitimité sur leur audience électorale. Mais l'amélioration de leur image ne passe-t-elle pas par un aggiornamento de leurs pratiques ?

- On mélange souvent le nombre d'adhérents avec la représentativité électorale, qui couvre, grosso modo, les deux tiers des salariés. Dans ces élections, la participation oscille entre 60 % et 80 %, largement au-dessus des élections politiques locales. Mais le nombre de syndiqués est insuffisant et on ne peut pas attribuer cette faiblesse à la seule répression syndicale. La réforme de la représentativité doit nous amener à des pratiques plus en proximité avec les salariés et à plus de transparence sur nos modes de fonctionnement, y compris financiers. Il nous faut redonner du sens au syndicalisme, développer son utilité, renforcer l'intérêt des salariés.

Question : Pour sortir de la crise de l'euro, faut-il modifier les traités et renforcer la discipline budgétaire ?

(…) (cf. discussion interne entre la haute hiérarchie des mafias syndicales et les technocrates de Bruxelles). La Confédération européenne des syndicats met plusieurs conditions à l'évolution des traités : qu'on intègre un volet social, qu'on mette en place des eurobonds [euro-obligations] afin de mutualiser les dettes pour faire baisser la spéculation, et qu'on investisse dans l'économie de demain collectivement au niveau européen. C'est dans ce cadre-là que la règle d'or peut être acceptable.

Question : Le 13 décembre, vous manifestez sur le refus de l'austérité. Mais vous avez affirmé que la dette était "excessive" et qu'il était "inévitable" de la réduire. Y a-t-il une rigueur acceptable ?

- La résorption de la dette doit être une priorité des politiques budgétaires. C'est une question d'honnêteté vis-à-vis des futures générations. Ce n'est pas la nécessité de faire des économies qu'on critique, mais les choix du gouvernement. Les syndicats ont fait des propositions communes, comme par exemple d'économiser les 4,2 milliards d'euros de défiscalisation des heures supplémentaires, de remettre en cause la niche Copé pour les grandes entreprises, de créer une tranche d'impôt supplémentaire.

Question : Les syndicats ne vont-ils pas afficher leur impuissance ?

- En période électorale, les Français attendent plus du changement par le politique que par des mouvements sociaux. Si on m'avait écouté le 17 août, quand j'ai demandé un sommet social, si on avait anticipé des difficultés qui à coup sûr allaient survenir, comme la hausse du chômage, nous n'aurions pas eu à organiser une journée d'action dans un contexte électoral qui favorise le repli.

Question : Comment réagissez-vous aux enquêtes sur la montée de la défiance vis-à-vis des politiques et du sentiment d'abandon ?

- Ce n'est pas en ayant des discours politiques qui martèlent que les étrangers sont responsables du chômage et que les malades sont responsables des déficits qu'on renforcera la confiance. Les politiques doivent avoir un discours honnête et les syndicats doivent répondre à ce sentiment d'abandon. Sinon, ceux qui se sentent abandonnés iront vers les extrémismes de droite, qui flattent ces populations sans leur offrir de solutions concrètes et positives. (…) A la présidentielle, la CFDT va afficher sa neutralité et ne soutiendra aucun candidat. Comment allez-vous concilier cette position avec le bilan globalement négatif que vous dressez du mandat de Nicolas Sarkozy ? Notre critique de l'action de Nicolas Sarkozy est aussi un avertissement à la future majorité quelle qu'elle soit. On ne juge pas un gouvernement putatif, on juge un gouvernement au pouvoir. Et notre capacité d'autonomie rend légitimes (Ah Ah Ah !) ces critiques. Si nous adoptions une démarche partisane, nous serions inefficients sur la critique de ce qui se fait aujourd'hui et inefficaces demain quelle que soit la future majorité. Maintenant, c'est aussi aux politiques, comme cela se fait dans tous les pays, de reconnaître que la critique, positive ou négative, fait partie de l'action du syndicat qui est avant tout un contre-pouvoir.(et ta sœur elle est un conte du pouvoir ?)

COLÈRE FEINTE APRES LA PUBLICATION PARTIELLE DU RAPPORT FINANCIER

Les BONZES de la CGT et de la CFDT n’ont pas déjugé de la même manière la "situation insupportable" créée par le scandaleux rapport moitié secret. Seule la CGT a réclamé la publication du document, dont "la plupart des exemplaires ont été passés à la broyeuse", selon Nicolas Perruchot. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, en a appelé au président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer. "La non-parution de ce document a multiplié les allégations et les suspicions à l'égard des syndicats", a-t-il déploré sur RTL. "Je vais m'adresser au président de l'Assemblée nationale, M. Accoyer, et je vais lui demander officiellement au nom de la CGT la publication de ce rapport", a-t-il ajouté, précisant que 70 % de l'argent de la CGT provenait des cotisations de ses membres et 12 % de fonds publics. Ceci pleurniché sachant que de toute façon le rapport ne sera jamais publié.

L’autre bonze, tenu à être moins vindicatif et plus près de la fiscalité opaque des mafias syndicales, Chérèque, a rappelé – ce qu’il ne rappelle pas dans l’interview ci-dessus au Monde) qu'il était tenu au silence sur ce rapport. "Je n'ai pas la possibilité de le commenter, parce que j'ai juré devant la commission parlementaire que s'il n'était pas publié je n'avais pas le droit, sous peine d'amende, de pouvoir le commenter", a-t-il déclaré sur iTélé. M. Chérèque indique aussi que 44 % des ressources de l'organisation provenaient des cotisations, 30 % des ventes de produits internes et "seulement 30% de fonds publics". Menteur !

Etat et syndicats veulent faciliter le chômage partiel (att aque anti-ouvrière complice syndicats/gouvernement.

A la veille du grand krach attendu, mais modéré dans les médias, le chômage partiel fait son grand retour en France. Premier secteur touché, l'automobile, avec des arrêts d'activité chez PSA ou Michelin. Avec l'aggravation promise du chômage, gouvernement et complices syndicaux s'accordent sur la nécessité de promouvoir un dispositif, particulièrement prisé dans l'industrie pour éviter les licenciements. Problème : le bilan du chômage partiel lors de la précédente crise 2008-2009 fût nul, et les ouvriers les dindons de la farce des protecteurs des banques et des 1% de riches qui bouffent 40% du produit national.

Dans un autre rapport, que celui concernant les mafias syndicales, publié en février, la Cour des comptes est largement revenue sur les raisons de cet échec. Elle expliqua que les patrons français disposent de mesures de flexibilité plus pratiques comme l'intérim, les CDD ou les RTT. Le chômage partiel reste trop complexe avec trois dispositifs différents, qui se chevauchent. Voyez la différence ! La mafia CGT compte sur une fusion des dispositifs, avec éventuellement la création d'un grand fonds unique abondé par l'Etat, les employeurs et l'Unedic. "L'objectif est de généraliser le maintien de 75 % du salaire brut et de faire une réelle sécurisation de l'emploi pour décourager les licenciements, tout en renforçant le contrôle des entreprises qui y recourent", défend Maurad Rabhi, chargé de l'emploi à la CGT.

Le gouvernement ne veut pas que l’orchestre des partenaires sociaux joue trop fort du basson et du violoncelle avant la réélection présidentielle. Mais le ministère de l'emploi admet qu'une telle réforme nécessite "un nouvel accord national interprofessionnel, ainsi qu'une modification de la loi". Des conditions compliquées à réunir à moins de cinq mois de la présidentielle. Xavier Bertrand, ministre du travail, pourrait donc se contenter de défendre sa promesse d'abaisser le délai de réponse pour l'agrément de l'inspection du travail de vingt à dix jours, voire de supprimer l'accord préalable. Du calme, du calme, on discute au sommet derrière des portes matelassées. Du calme. On verra bien.

vendredi 12 mars 2010



LA CORRUPTION DU SYNDICALISME EST AVEREE, et alors ?



PEUT-ON REMEDIER A L’ABUS DE CONFIANCE PERMANENT


DES COTISANTS EN PEAU DE CHAGRIN?



« Toujours moins ! Déclin du syndicalisme à la française »


par D.Andolfatto et D.Labbé (ed Gallimard, sept 2009)



Toujours mal écrit ! Et couverture moche ! Comment peut-on se prétendre « spécialistes » de la question syndicale française ? Comme s’il y avait des « spécialistes » des partis politiques comme il y a de prétendus spécialistes de la salade d’endives? Comme si la question de se syndiquer ou d’être membre d’un parti dépendait dans le choix du vulgum pecus d’un « expert » ? Le trust gallimardesque qui n’a jamais rien publié de subversif présente ainsi ses deux sous-auteurs pour un ouvrage au titre mauvais, vague resucée d’un succès de librairie d’un certain De Closets, et au sous-titre encore plus confondant : « déclin du syndicalisme à la française » qui s’adresse à un public d’élite, mais qui noie le poisson du quant à une soit disant diversité de l’idéologie syndicaliste dans l’ensemble du monde capitaliste. Il n’y a pas un syndicalisme « à la française » mais diverses formes d’adaptation de ce caméléon étatique modernisé. Cette prétendue étude du syndicalisme hexagonal, décrit comme particulièrement pourri alors que dans les autres pays (Suède, Allemagne, etc.) il fonctionnerait sur la base de probes cotisations des prolétaires eux-mêmes, ne dénonce pas tant la corruption (réelle et avérée) des principaux syndicats français que « l’abus de confiance » permanent – non vis-à-vis de la classe ouvrière – mais concernant les deniers publics. Nos intellectuels d’édition n’ont jamais eu faim ni fait grève.


Plusieurs commentateurs, comme M.Noblecourt du Le Monde, en octobre dernier, ont frémi en y décelant une thèse « séduisante » bien qu’avec une plume trempée au vinaigre car les « syndicats sont payés par le patronat » (mais jamais vraiment décrit comme des organismes étatiques). Or, il n’y a rien de radical à lister les affaires de corruptions successives des syndicats étatisés si c’est pour nous chanter qu’il suffirait de rétablir des cotisations honnêtes dans un Europe clean et balayer tant de faussaires parasites trade-unionistes définitivement coupés de toute base « de classe ». De plus l’écriture des deux sociologues n’est ni vinaigrée ni passionnante. Leur démarche est à la traîne de tout ce que le monde ouvrier maximaliste a compris depuis 30 ans, mieux que les gauchistes organisés et les anarchistes désorganisés. Une première vérité fondamentale est esquivée : partout dans le monde des pays développés, le syndicalisme a dû son déclin depuis 3 à 4 décennies, non pas aux supputations des sages intellos en conclaves rampants dans les salons de la revue gallimardesque « Le Débat » sur le financement obscur des bonzes des mafias syndicales qu’ils auraient révélé au bon prolétariat, mais du fait avéré et répété DU SABOTAGE PERMANENT DES GREVES ET LUTTES du prolétariat par les appareils syndicaux étatiques depuis des années et des années.


Le déclin n’est pas le mot juste non plus, mais paraît plus rassurant pour les élites qui ne ratent jamais une occasion non plus de remettre leurs larbins à leur juste place. Parler de déclin concorderait avec des organisations autrefois nobles, or dès 1914, et à la vieille de 1939, les syndicats étaient déjà des instruments de la bourgeoisie[1]. La conscience prolétaire a opéré à un rejet des syndicats saboteurs en permanence des luttes, plus qu’elle ne s’est souciée des prébendes de leurs édiles hauts placés. De la colère au dégoût et à la démotivation, les prolétaires ont voté avec leurs pieds et laissé en rade les cotisateurs et autres sébilles des gauchistes de base. Cette tendance s’est confirmée dans la plupart des pays, un peu comme la perte de croyance religieuse. Et c’est tant mieux. Nos auteurs chics sponsorisés par la revue distinguée « Le Débat » ne se soucient jamais d’analyser l’origine des grèves et leurs poussées, croyant que les grands camions allemands et les bureaucrates français contrôlent tout de mains de maître. Ils font parler les statistiques qui sont muettes comme ma grand-mère défunte concernant les rapports de force, les confrontations sur le terrain. En gros, ces cuistres veulent ignorer la lutte des classes, et ils l’ignorent tant qu’ils finissent par en être ridicules, qu’ils finissent par passer à côté de l’essentiel. Ils font partie de l’élite, discutent entre mandarins universitaires, et nous ne perdrons pas notre temps à les corriger ou à débattre avec eux. Par contre nous pomperons sans vergogne un certain nombre d’informations et d’appréciations qui sont totalement utiles à la cause révolutionnaire et de nature à déciller tant de prolétaires du genre veaux consentants pour l’abattoir, divers imbéciles bornés quand on n’en trouve pas tant complices de l’esprit de clan parce qu’ils en recueillent des miettes. Bien que je m’illusionne point, seuls ceux qui ont déjà compris la NATURE (pourrie) du syndicalisme, découvriront avec joie les sources que nous avait déjà fourni la presse bourgeoise elle-même (ces éléments se trouvent en permanence au bas de la colonne droite de ce blog, depuis des mois).


1. Une étude peu sérieuse sur la perte d’influence du syndicalisme hors histoire :


Le premier reproche qui vient à l’esprit est que, voulant faire très actuel et factuel, les auteurs oublient de mentionner la longue histoire du syndicalisme, en quoi il fût un moyen constitutif de l’esprit collectif ouvrier, bien que toujours minoritaire, mais ne devint jamais un instrument révolutionnaire, et en quoi son action permit aussi au capitalisme de s’améliorer. Le mouvement maximaliste communiste moderne qui s’est réclamé de la Gauche allemande après 1968 a été un éclaireur sur la faillite moderne du syndicalisme. Pour ne parler que de la France, l’ouvrage de Munis et Péret « Les syndicats contre la révolution » publié en 1968 (mais écrit bien avant), puis à la fin des années 1970, la brochure de Révolution Internationale rédigée par Raoul Victor « Les syndicats contre la classe ouvrière », sont restés des phares pour la compréhension de la mort du syndicalisme pour le mouvement ouvrier, et ont précédé de plusieurs longueurs la prise de conscience par des millions de prolétaires de la faillite du mensonge syndical.


Les auteurs gallimardesques ne sont pas net d’emblée, en ignorant volontairement l’immense rejet des syndicats initié par mai 68[2], tout comme en ignorant la thèse maximaliste ; pour une raison simple, ils surfent à la queue de la gauche caviar avec l’amalgame très médiatisé depuis des lustres : déclin des syndicats = déclin de la classe ouvrière. Leur propos reste terre à terre, petitement sociologique. Et de nous enfoncer dans les pourcentages de syndiqués du public et du privé, dont chacun connaît disparités, faiblesses, jalousies et inégalités effectives de traitement. S’ils s’élèvent au-dessus de l’hexagone, en nous disant qu’un quart des salariés européens sont syndiqués c’est pourtant pour relativiser ce chiffre, important surtout à l’étranger, au vu de la syndicalisation obligatoire de ces pays qu’ils montrent tout de même en exemple pour les pauvres bonzes français sans troupes correspondantes, voire sans troupes du tout. Le taux de syndicalisation en France est très faible, se plaignent-ils. « Infidélité des adhérents » posent-ils ? Vont-ils nous faire croire qu’il s’agirait d’une perte d’identité[3]… des adhérents prolétaires ? Non, ils prétendent surgir à contre courant : « L’individualisme des salariés et la précarité sont finalement des explications bien commodes pour les essayistes et les institutions censées s’occuper des questions sociales. Elles épargnent toute interrogation sur le fond et permettent de ne rien changer. De plus, cette légende confère au militant et au permanent, seules figures stables au milieu de ce tourbillon, les rôles de gardiens et de représentant légitime de l’organisation. Comment en effet, confier le pouvoir à des individus qui se conduiraient en usagers passifs, qui cotiseraient l’espace d’une saison et qui se désintéresseraient de l’organisation ? ». Très juste, or ce discours méprisant du syndicaliste moyen existait déjà avant la naissance de ces deux auteurs (dixit « c’est toujours les mêmes qui se battent »), le même discours depuis plus de 60 ans qui justifie la confiscation des luttes et des organisations par leurs chefs et permanents appointés hors de la production.


En grands naïfs démocrates qui oublient qu’ils vivent dans la société du mensonge de la classe dominante, nos pèlerins d’un syndicalisme propre déplorent « l’absence d’études indépendantes et fiables dans le domaine social » en France, parce qu’ils imaginent qu’il en existe de « propres » ailleurs ? Ils posent alors aux « scientifiques » qui vont démystifier les « légendes ».


2. L’absence de mythes du passé dans les casernes corporatives miteuses:


Pauvres observateurs en labo universitaire, ils lisent le marc de café d’un beau syndicalisme avec augmentation de salaires garantie même pour les non-syndiqués, avec les légendes cramoisies de 1936, de 1945 et ces braves militants qui consacraient leur temps « aux contacts avec les syndiqués et à la collecte des cotisations », à la gestion des œuvres sociales et à la défense individuelle, quoique l’ensemble de cette misérable activité écervelée et apolitique « représentait l’essentiel de l’activité de ces cellules de base »[4] ; quoique cet encéphalogramme plat trade-unioniste puisse se comprendre aussi dans les calmes années de la reconstruction, ou ni crise économique ni révolution ne semblaient vouloir à nouveau menacer à l’horizon. Période bonne enfant où de toute façon : « les congrès et les grands débats n’atteignaient guère les adhérents de base… ». Belle époque du taux syndical élevé dans les grosses corporations (cheminots, postiers, mineurs, enseignants, postiers, EDF –GDF, banques, assurances, etc.). A l’intérieur des corporations comme à Renault, les syndicats avaient créé des sous-corporations catégorielles, à côté du secteur ouvrier (délégués à vélo) il y avait les fameux ETAM (délégués en voiture). La première condition pour devenir militant (stalinien ou chrétien) était de faire ses preuves au travail, même brièvement, pour les rapides à la promotion bureaucratique dans les appareils des « fédés ».


Rien de très exaltant dans cette saga rapide d’un passé peu mythique, et des affirmations creuses comme celle qui suppose que jusqu’aux années 1980, les élus syndicaux auraient constitué un « véritable contre-pouvoir » ! Palinodie ! Les bonzes étaient depuis fort longtemps aussi serviles envers leurs maîtres, même si ceux-ci n’étaient que les maîtres de la place du colonel Fabien mais néanmoins cogestionnaires du pays avec la bourgeoisie gaulliste.


3. Des révélations sur la « syndicratie » ou la farce de la « privatisation » syndicale[5]?


En négligeant l’historique du syndicalisme du point de vie ouvrier, en laissant entendre que sous l’époque stalinienne les syndicats avaient une utilité pour la défense des prolétaires (sales, mal éduqués, rongeant leurs crottes de nez), en se souciant de l’affaiblissement de la police sociale, les auteurs se dévoilent incohérents, sans méthode, et parsèment de ce fait leur texte de redites, qui se veulent accusatrices mais relèvent d’une littérature anémique qui recherche à faire sensation par le scandale sans susciter une réelle réflexion, non sur la corruption syndicaliste (qui va venir, qui est annoncée comme le chœur de l’ouvrage), mais de la fonction destructrice anti-révoltionnaire du syndicalisme contre l’ensemble du prolétariat.


Ils s’adressent aux managers, par-dessus la tête des ouvriers, on nous ressortant cette vieille idée morte qu’une bonne concertation en entreprise, qu’un bon syndicalisme de dialogue peut contribuer à la « modernisation des entreprises » ; et ce qu’on s’en fout de la modernisation du capitalisme et de ses dérivés… Tout cela nous rappelle trop le bla-bla sur « l’entreprise citoyenne » du parti caviar et du pneu syndical Besancenot.


Les révélations arrivent enfin, mais elles n’en sont que pour l’élite éblouie des journaleux comme M. N.Noblecourt du Le Monde, les prolétaires ont tranché depuis la Saint Glinglin : « (aucun chef syndical n’est sûr du nombre de ‘salariés’ qui vont obéir à un appel à cesser le travail) ce qui signifie que le réseau syndical ne fonctionne plus et que les représentants ont, pour la plupart perdu leur légitimité professionnelle ». Belle entourloupe pourtant cette perte de « légitimité professionnelle », car les prolétaires ont jugé bien plutôt qu’il s’est agi d’une perte de « légitimité de classe », autrement dit en langage non châtié : « ils pensent qu’à leur gueule les salariés des appareils» !


Et c’est bien l’idée centrale que nos auteurs enfourchent maintenant : oui les syndicalistes ne pensent qu’à leur gueule. Nos auteurs n’ont plus de raisons d’avoir peur de se faire cogner par les abrutis du syndicat du livre ou les dockers ivres de Marseille, contrairement aux militants maximalistes qui avaient dénoncé la mystification trotskienne et anarchienne du martyrologue syndical il y a près d’un demi-siècle : « nous avons rencontré plus de militants syndicaux ayant eu de belles promotions que de militants chassés de leur entreprise » (p.49). Nous n’avons pas attendu, en milieu prolétaire et révolutionnaire, pour approuver les ouvriers qui se rendaient compte que le syndicat avait servi de marche-pied aux plus corrompus parmi eux – et qui jouaient aux pères la vertu militante – et qu’ils avaient été trompés par leurs discours ; quoique la masse des prolétaires soit molle, malléable en général et sans mémoire.


Après une affirmation vraie, en voici une autre, carrément fausse, les patrons s’emploieraient aujourd’hui à « vider les syndicats de leur substance ». Galéjade ?


« Fonctionnement formel des instances représentatives, encouragement au cumul des mandats, mise à disposition de personnels, multiplication des réunions sans contenu, tolérance envers le détournement des ressources du CE au bénéfice d’un syndicat, d’un parti, voire au profit de quelques leaders, financement accordé au syndicat sans aucune condition formelle à l’utilisation de ces ressources, etc. ». Mais tout cela fonctionnait dès l’après-guerre, sous Thorez puis sous Marchais, Mitterrand et ses 40 ministres gauchistes. Si l’on s’élève au-dessus de ce collage de constats incohérents, il apparaît qu’on nous fournit tout de même un aperçu d’une énorme population parasitaire de la classe ouvrière. Des milliers et des milliers de bonzes syndicaux officient et gèrent paritairement derrière de grands bureaux : négociations en délégation permanente, gestion des camps de vacances, des CE, des organismes sociaux, caisses d’assurances-maladie, etc. la moitié des juges des prud’hommes, ils siègent aux conseils (non insurrectionnels) économiques et sociaux au niveau national et dans les régions. Et après cela comment voudriez-vous qu’ils rêvent prendre le pouvoir d’Etat puisqu’ils le partagent même avec leur front étroit, leurs incompétences et leurs attitudes de potentats arrogants ? Ou qu’ils se soucient d’une éventuelle « identité » des ouvriers crasseux du rang ? Qui le leur ont bien rendu avec leurs pieds et qui détestent ces petits fonctionnaires parasitaires et planqués. Non, la vraie raison de la perte de contact avec les bouseux de base, objectent nos « spécialistes » d’une histoire syndicale en zi-zag, fût au tournant des 70, dès les premiers pas élyséens de Mitterrand avec son petit Auroux[6], la création de la section syndicale et du délégué syndical dans les entreprises privées (ceux du public sont délaissés à leur tour au passage). La section syndicale financée désormais par l’employeur sous l’aval de l’Etat, comment ne pas comprendre que les anciens syndicalistes marchaisiens ou chrétiens qui ramaient après la moindre cotis, se soient sentis allégés de ne plus à avoir à jouer les « assistantes sociales » ou les « marchands de parapluies » ?


4. Le syndicalisme est-il d’abord une corruption financière ou une police de la « conflictualité » [7]?


Sous les termes sociologiques empruntés perce le souci de la bonne marche de la société capitaliste et les propositions claquent comme un discours électoral d’un bourgeois du PS : « Il n’existe que deux parades : le protectionnisme ou l’action syndicale internationale ». Ah bon ! De démonstration point, pas plus des caciques européens à part « faut régler le problème au niveau des entreprises ». On revient obstinément à l’indifférence (inquiétante il faut le reconnaître) des prolétaires traités bassement de vulgaire « salariés » : « les salariés ne se sentent pas vraiment engagés dans ce que les syndicats signent en leur nom ». Cela aura de quoi choquer les lecteurs syndicalistes sensibles, mais quoi ? Vous rêvez messieurs les parasites sociaux qu’on vous laisse signer entre nom ? Pauvres types !


L’avènement de la négociation d’entreprise, toujours à l’époque de la gauche caviar au pouvoir aurait « aggravé la dépendance des syndicalistes ». Or la négociation d’entreprise a toujours existé ! Pourquoi nous sortir cette nouvelle sornette ? Pour montrer du doigt les affairistes Sirven et son pote président de la République ? Pour nous faire croire que les « versements en liquide » ont commencé à polluer le probe syndicalisme stalinien d’antan ? Non cela nous savons que la bourgeoisie n’a pas attendu l’aventurier Mitterrand pour graisser la patte aux chefs syndicaux. Non, nos auteurs, ne voulant pas paraître s’appuyer sur l’explication simpliste de la seule corruption par l’argent sorte une autre carte du chapeau mais balancent une bien belle cruelle vérité pour les collaborateurs syndicaux de l’Etat, l’intérêt national auquel ils sont accrocs : « Cette dépendance est d’abord intellectuelle : la majorité des syndicalistes partage aujourd’hui l’opinion dominante selon laquelle les salariés doivent consentie des sacrifices pour réduire les déficits publics ou pour défendre la compétitivité des entreprises françaises. Avant même de commencer la négociation, ils sont convaincus que les salariés en sortiront perdants. De plus, beaucoup de ces syndicalistes s’imaginent qu’ils gagneront une stature « churchillienne » en imposant aux salariés des sacrifices dans l’intérêt supérieur du pays ». Tout pour leur gueule, comme disait l’ouvrier tout à l’heure ! Nos auteurs si percutants par ce constat n’en tirent ni conclusion ni matière à réflexion sur la fonction du syndicat en général à notre époque. L’absence d’analyse laisse place à nouveau aux mêmes constats que ce sont toujours les mêmes (syndicalistes) qui s’en foutent plein les poches. C’est vrai mais là n’est pas l’essentiel qui est comment empêcher les appareils syndicaux de nuire à la lutte prolétarienne, et, avant de détruire ces engeances de l’Etat, de mettre au boulot prosaïque leur nombreux personnel parasitaire.


5. Un bon syndicalisme étranger à l’entreprise…


Pour nous les maximalistes, bien plus connaisseurs des vices et de l’illégitimité du syndicalisme que des intellos de labos, celui-ci n’a plus de secrets partout dans le monde où il plastronne et fait risette au public. Laissant transparaître encore leur souci d’un syndicalisme rénové, « modernisé », nos auteurs gallimardesques prennent les leçons d’un syndicalisme résolument moderne, majoritaire et vacciné contre la corruption patronale et étatique… à l’étranger : « Dans les autres pays, les négociateurs sont étrangers à l’entreprise et appointés par le syndicat. Au cours des négociations, ils doivent rendre des comptes aux syndiqués de l’entreprise et l’accord n’entrera en vigueur que s’il est ratifié par les intéressés, c'est-à-dire selon les pays et les traditions locales, par les syndiqués ou par l’ensemble des salariés ».


Super ! Mais où nos auteurs ont-ils déniché ce conte de fée ? Au Groenland ? En Norvège ? En réalité ils parlent pour ne rien dire. Les luttes ouvrières se confrontent partout tôt ou tard aux mafias syndicales. Si nous ne lisions pas la presse étrangère, si nous n’avions pas été membre d’une organisation internationaliste qui permettait de vérifier les mêmes problèmes de confrontations avec les flics sociaux dans les autres pays, nous pourrions peut-être agréer à de telles fadaises, que nous pouvons démonter par mille exemples. Et un syndicat financé par de simples cotisants cela n’existe plus nulle part. Dans les grands barnums allemands, les syndicalistes restent ficelés aux ordres de leur hiérarchie et de l’Etat omniprésent. Tous les cas de figure existent dans la plupart des pays développés. En France, comme en Allemagne, la promotion des bonzes peut dépendre d’un patron comme de l’Etat ou vice versa, c’est prendre les lecteurs pour des imbéciles de prétendre qu’il existe une distinction à la française. Et la phrase qui voulait faire mouche, fait donc pschitt[8]. Mieux encore, nos découvreurs sociologiques d’un syndicalisme corrompu mais amendable croient que les bonzes ont définitivement tué la grève : « Enfin, la disparition des syndiqués et la transformation des syndicalistes en professionnels de la représentation ont eu une autre conséquence. La plupart des salariés ont été privés, en pratique, de la dernière arme qu’il leur restait pour se défendre : la possibilité de faire la grève ».


Vont-ils s’interroger sur cette étrange disparition, au moins sous les ordres syndicaux ? Que nenni, ils ne sont point menacés par un licenciement chez Gallimard. La situation de l’ensemble de la classe ouvrière et de la population paupérisée dans la crise systémique est le cadet de leurs soucis. Leur souci : que le syndicalisme soit passé à côté de toutes les professions nouvelles (électroniques, téléopérateurs, etc.) et que « l’économie post-industrielle (ait) échappé aux syndicats ! Dame la question est d’importance car il en va de la « modernisation » ! Du coup les syndicats ne sont plus populaire, pas parce qu’ils planifient des grèves pour emmerder la majorité des prolétaires, pas parce qu’ils sabotent professionnellement toutes les grèves importantes (c’est leur fonction étatique) mais parce que leurs bonzes « glandent » et sont absent du terrain. Et quand ils sont sur le terrain ils ne sont pourtant pas plus « populaires » !


6. La grève est dépassée :


Déclin du syndicalisme = déclin des grèves. Dans un raisonnement qui tord le coup à la logique simple, nos auteurs justifient en fait le sabotage répété des grèves par les appareils, à coups de négociations bidons et de fausses informations, à coups de saucissonnage des assemblées et de rumeurs inventées. Le « privé » n’a jamais pu, par son fractionnement et ses petites unités, mener de véritables grèves ou menacer d’extension ; en 36 le « privé » en grève n’a pas cassé des briques. Nos auteurs se moquent du « rituel » des grèves syndicales du « public » qui sont en effet une vaste comédie de foutage de gueule contre l’ensemble du prolétariat et soigneusement encadrées et conclues invariablement sans « conflictualité » dangereuse pour l’Etat bourgeois. Et cela ne les empêche pas d’avoir le culot de déclarer « l’épuisement de la grève comme instrument de lutte » - c’est pourquoi le patron de droit divin Gallimard les a édités – toujours au nom de l’identification très stalinienne : syndicat = classe ouvrière. Syllogisme : impuissance des syndicats = grève morte[9]. Les syndicats ne sont pourtant pas impuissants mais des fossoyeurs, certes récompensés, de la grève. Quand nos auteurs semblent s’intéresser aux principaux acteurs bafoués des « grèves syndicales rituelles », les ouvriers, c’est pour les plaindre : « Beaucoup de salariés ne comprennent pas non plus pourquoi ils devraient renoncer à leurs salaires pour un bénéfice incertain, alors que les syndicalistes initiateurs du mouvement peuvent se mettre en heure de délégations (les encules, ndt) et par conséquent ne perdent rien dans le conflit » ; ajoutant que la surestimation des mobilisations syndicales s’expliquerait par la politique de l’autruche des prolétaires, leur souffrance et mal-être au travail. La classe ouvrière est complètement individualisée dans sa perception de son sort, et il suffit de glisser quelques phrases radicales (repiquées aux révolutionnaires) sur « les révoltés (ouvriers) qui n’ont jamais vraiment la parole » quand on fait appel « aux pompiers » syndicalistes extérieurs… pour sauver l’entreprise.


7. Le syndicalisme vous ouvre une carrière au service de la bourgeoisie :


Cela a été répété à satiété, par la corruption patronale, ainsi que cela fût confirmé en septembre 2007 lorsque l’UIMM, union des industries et métiers de la métallurgie, tout puissant syndicat patronal dût répondre à la police sur la destination d’importantes sommes d’argent liquide destinées aux « œuvres sociales ». Ces fonds versés de manière occulte ou officielle par le patronat ou l’Etat, le con syndiqué moyen n’y croit pas un seul instant, même si nos auteurs tentent de démonter le subterfuge : « … il ne fait guère de doute qu’une partie des sommes ainsi perçues par les sections et les syndicats sont recyclées en cotisations, ce qui permet d’entretenir la fiction d’un syndicalisme d’adhésion et de se constituer un matelas de mandats très utiles lorsqu’il s’agit d’établir la liste des candidats aux élections ». Le financement occulté transite aussi par les salons organisés par exemple par la CGT et payés à prix d’or pour des stands vides par les mêmes caisses occultes, ou les publicités chère payées dans les magazines syndicaux, ou par la « formation ». C’est une évidence mais vous ne convaincrez jamais le con moyen syndiqué avec ce genre d’arguments, soit parce qu’il fait partie des parasites qu’on arrose un peu, soit parce qu’il est si trouillard qu’il a besoin de croire que le leurre temporaire de la protection syndicale n’a pas à se soucier de « ces détails » plus ou moins vrais… Les moutons de Panurge syndiqués trouvent d’ailleurs un entier soutien de la part des partis de droite au pouvoir qui, en accord total avec la dite vertueuse Cour des comptes, n’ont jamais osé inquiéter le bastion imprenable du CE d’EDF. Donnant-donnant, la CGT en tête a fait preuve d’une si rigoureuse complicité avec les « directions » (c'est-à-dire l’Etat patron) pour permettre la réussite de la privatisation qu’il serait, qu’il eût été malséant de lui envoyer les flics ouvrir ses comptes opaques et louches à Montreuil. En écrivant cela il ne m’échappe pas que je suis devenu un ami du patronat, comme me le révèle le militant CGT du coin.


Quand ils cessent de répéter que les syndicats sont payés par l’Etat (ce qui est vrai et logique pour tout individu un peu intelligent) les auteurs font parfois des preuves de sagacité sur le comportement des syndicalistes, qu’ils soient staliniens, gauchistes ou anarchistes. Vivant de la manne étatique et se passant de tout contrôle d’adhérents, les « vendeurs de parapluie » en viennent à « développer une philosophie de la représentation, des comportements et des discours proches de ceux des hommes politiques ». Très juste, mais ils oublient d’ajouter qu’on retrouve la même idéologie de la gauche caviar et que les quelques syndiqués sont traités avec autant de mépris que les électeurs en politique. Ils se contredisent, par rapport à la soit disant indépendance de l’entreprise des délégués à l’étranger, en constatant la même bureaucratie interchangeable en France malgré le financement des syndicalistes par les grosses entreprises, l’appareil syndical : « … utilise librement la personne mise à sa disposition et peut donc l’affecter à des tâches sans aucun rapport avec l’entreprise ou l’administration qui est toujours financièrement parlant son employeur », et ils bénéficient de promotions syndicales (par ex. dans les carrières parallèles à EDF). On nous décrit les carrières fulgurantes des « représentants ouvriers » Mailly, Notat, Kaspar, Blondel, etc. Les chauffeurs de Blondel, d’Edmond Maire, de Marchais et leurs gardes du corps, étaient rétribués par la Mairie de Paris ou une vulgaire caisse de retraites des concierges. Tout cela prouve bien sûr que ces pékins ne sont pas des bolcheviques prêts à renverser l’Etat bourgeois, mais des membres à part entière de la classe dominante, à la tête d’une noria de milliers de petits parasites syndicaux, de militants bons à rien et de bonimenteurs professionnels prêts à tuer père et mère pour demeurer en fonction dans les appareils ; ils sont des milliers à EDF, à la Poste, dans l’Eduque Naze et se battent comme des chiens, trotskiens contre anarchistes, crétins contre chrétiens pour ravir les places honorifiques de mandataires de la syndicratie depuis bien avant le faux clivage inventé de la fin des années 1980. Ils sont tous extrêmement soumis à la hiérarchie des « fédés », et les auteurs ne font que répéter ce que nous disons depuis plus de 30 ans : « le ‘mis à disposition’ vit en permanence avec la hantise de déplaire aux dirigeants de son syndicat »… et d’être renvoyé à la base !


La bureaucratie syndicale, cette mafia étatique existe donc de la même façon dans tous les pays et génère le même genre de larbins militants qui n’ont plus aucun rapport avec leur ancien milieu professionnel[10], financés par l’impôt obligatoire sur le dos des ouvriers en Suède ou Belgique, ou financés en France par les impôts indirects ou les tours de passe-passe comptable des diverses administrations.


8. Extraire les syndicalistes de leur fonction de sabotage permanent de la lutte ?


Le syndicalisme ne trahit pas, comme le crient les aspirants et arrivistes gauchistes, il est la trahison même dès qu’il pointe le bout de son nez, et nos auteurs font mine de ne pas le comprendre en nous assurant que les racailles actuelles rétribuées pour parader seraient des « permanents » et pas des « militants » ; ce qui est une autre manière de nous refourguer la fausse séparation bien connue et fallacieuse grouillot de base/chefs au sommet. Comme nous l’avions constaté au début de leur livre, nos braves auteurs intellos, refusant toute référence sérieuse à l’histoire, picorent superficiellement dans les légendes faisandées de la gauche caviar : 1936[11], 1945 et 1968 auraient été des occasions (réformistes) manquées « pour l’édification de relations professionnelles équilibrées et durables »… Où l’on retrouve le même conte de fée à chaque fois qu’il s’agit de prolonger l’analyse sur le gangstérisme des appareils syndicaux : une paix sociale bc bg, un capitalisme clean et éternel. La dernière partie aborde l’Europe pour montrer certes l’immense hypocrisie qui règne, le dumping, l’encouragement aux situations complètement contrastées pour les salaires, les mêmes formes de rétributions capitalistes pour la Confédération européenne des syndicats ; laquelle joue le même rôle de sabotage de l’extension de la lutte ouvrière, mais au niveau international. A ce niveau également : « Les syndicats ont fait un marché de dupes en n’exigeant aucune garantie sérieuse en échange de la « modération salariale ». Au niveau européen les syndicats laissent d’ailleurs la place à plus spécialisés qu’eux : avocats, experts, huissiers divers, nouveaux « pilleurs d’épaves ».


Conclusion gauchiste lamentable de nos auteurs. Ils rêvent à un « mouvement syndical puissant et unitaire » - qu’ils viennent de nous décrire comme intrinsèquement pourri et irrécupérable – pour ce poncif imbitable « une Europe sociale ». Ces auteurs révèlent une incapacité à saisir même la mue des appareils de la syndicratie. Ainsi que je l’ai déjà signalé il y a quelques mois, lors de son dernier congrès la CGT a abandonné la fédération en entreprises pour « fédérer » sa machinerie au niveau régional, ce qui signifie bien qu’elle s’est inspirée des modèles étrangers tant vantés par nos naïfs auteurs, non simplement pour mieux paraître indépendante de chaque entreprise, mais, à mon sens, pour parer au surgissement d’organismes dangereux, qui naissent en général au niveau régional, les conseils ouvriers insurrectionnels…


Les auteurs en rajoutent une couche en fin de parcours sur les petits arrangements entre amis patronaux et syndicaux, toujours sans analyser la répartition des rôles, et peu importe, si un seul syndicat dit « représentatif » (c'est-à-dire financé par l’Etat) signe, tout accord est validé, même si la CGT ou FO jouent les vilains ; ou se trouvent en position de signer quand les autres mafias boudent à leur tour. Aucune analyse de la pourriture de SUD qui n’est qu’un aspirant à recevoir les mêmes prébendes que les officiels pour leurs militants arrivistes.


Effaçant finalement tout le contenu très édifiant de leurs répétitions sur la corruption syndicale, les auteurs gallimardesques tentent au final de nous refiler la même camelote de syndicats « indépendants », ce qui n’a jamais existé et ne peut pas exister car (point de vue évidemment bourgeois : « … le syndicalisme – reste le principal moyen disponible pour imposer des compromis économiques et sociaux plus équilibrés, seuls capables d’enrayer la spirale déflationniste et l’anomie qui gagne de nombreux secteurs de la société française ».


Enoncer enfin la tautologie : un syndicat dépendant de l’employeur « n’est plus un syndicat mais un agent patronal (ou un rouage de l’Etat) » ne convaincra pas les complices et employés des appareils, attachés à leur vie parasitaire, et encore moins les pauvres ouvriers et employés clientélistes, qui savent mais sont consentants. Nos intellectuels gallimardesques sont décidément bien naïfs à côté des ouvriers en général. Ils cherchent pire que « corruption » et cela donne « abus de biens sociaux », ce qui est la langue de bois de la justice de classe et un domaine qui dépasse le quotidien des prolétaires qui se doutent bien que les « maisons syndicales » et autres placements dans les CE ne sont de toute façon pas leur propriété. L’abus de confiance des masses est permanent de la part des militants professionnels, et ce qui est dramatique, c’est que tout le monde le sait à présent dans le prolétariat, et qu’on n’avait pas besoin d’un livre aussi mal fagoté pour en amoindrir les dangereuses conséquences au niveau politique au moyen terme.


Faillite du livre à rendre compte donc des vraies raisons du dit déclin syndical – le rejet historique de ces organismes par la classe ouvrière – au nom d’un espoir imaginaire que, par la grâce du Saint Esprit la désyndicalisation serait enrayée sous l’égide du nouveau Grand Syndicat Uni (GSI) les prolétaires se remettraient à cotiser pour les pires parasites du mouvement ouvrier depuis 1914 et les meilleurs complices de leurs exploiteurs. La vérité est là, la grève syndicale est morte. La lutte syndicale n’est plus qu’une compétition entre fainéants arrivistes. Les syndicalistes sont plus dangereux que les flics, parce qu’ils ne portent pas d’uniforme, excepté les calicots et ballons ridicules pour jours de foire. La classe ouvrière reste bien vivante, capable de créer des organismes nouveaux qu’elle peut contrôler, non pour « négocier » une stabilisation de l’exploitation ou une sortie fallacieuse de la crise systémique mais pour foutre en l’air qui vous savez.













[1] C’est la tentative de révolution en Allemagne en 1918 et les années suivantes, qui révèlent la compromission définitive des appareils syndicaux, malgré l’entretien de l’idée morte syndicale par les anarchistes arriérés (cf. mon ouvrage « En défense de la Gauche communiste et de la November révolution »



[2] Excepté sous ce doux euphémisme vague et cabalistique de « la rupture de la fin des années 70 ».



[3] C’est affirmé d’une autre manière page 38 : « Pendant près d’un demi-siècle, le « syndicalisme à la française » a produit de l’identité sociale ». Mon œil comme « L’homme de fer » de Wajda, le syndicalisme félicitait les stakanovistes pendant que les « militants » jouaient les beaux parleurs.



[4] Ils caractérisent cela plus loin page 39 comme « une vie syndicale intense dans ces petites cellules d’entreprises » ; qui peuvent-ils ravir avec ce genre de considération pour la cogestion apolitique du quotidien ouvrier, mamie Arlette ou maîtresse Arthaud la sévère ? Pour atténuer leur vision méprisante du « management pour les nuls » ? Mais mieux ils témoignent pour le mépris des bonzes syndicaux rattachés à ces tâches subalternes pour un bon prolétariat croteux : « Les délégués éprouvaient parfois le sentiment de perdre leur temps – les heures de délégation passaient vite – à entendre les mêmes banalités sur la saleté ou l’inadaptation des locaux, l’incompétence ou l’autoritarisme de la maîtrise, l’insuffisance de la paie, la non-reconnaissance des compétences et des qualifications… ». Témoignage du mépris conjoint des intellos et des bonzes syndicaux pour les questions de base où ils se gardent bien d’élever les débats par exemple à une alternative de société quand ils considèrent que les ouvriers ne sont bons qu’à se soucier du nombre de rouleaux de papier chiotte. Et ils sont si bêtes ces encadreurs professionnels qu’ils s’offusquaient en plus que les adhérents même anciens n’aient eu aucune attirance « pour les idées de l’organisation » (p.41) ; parce que l’organisation syndicale avait des idées… autre que la cogestion de l’entreprise et la promotion de ses ouailles ?



[5] « Un bien collectif qui aurait dû profiter à tous » (p.56)



[6] Un bond « citoyen » pour l’humanité que les lois de ce bon M.Auroux qui n’ont jamais servi à rien d’autre qu’à revaloriser les bonzes syndicaux et à continuer à prendre pour des nuls la masse des ouvriers (j’en étais pendant 35 ans).



[7] Je m’abaisse ici à me servir de la langue de bois de nos sociologues juchés sur leur grue giratoire.



[8] « … la disparition des syndiqués et la transformation des syndicalistes français en boss nord-américains ont été les conditions nécessaires du développement de ce curieux dialogue social » (p76).



[9] Autre syllogisme réducteur de la même eau pour faire avaler la mort de la grève : « En France, seule une minorité suit les mots d’ordre de la grève et le mouvement se termine souvent dans la confusion » (p.93).



[10] Comme le métier de politicien, syndicaliste est devenu aussi un métier bourgeois. J’ai raconté dans mon livre « Dans quel Etat est la révolution ? » que, si les Grecs ont inventé le métier de la politique, cela signifie qu’il devra être supprimé dans la société communiste comme fonction séparée et rétribuée comme telle ; idem pour la profession de syndicaliste. Le communisme met fin radicalement à toutes les activités parasitaires.



[11] On atteint des sommets de bêtises en général dans les interprétations de 1936, et ici nos auteurs atteignent des sommets… d’ignorance crasse en écrivant : « Historiquement (sic), en effet, les responsables syndicaux, particulièrement ceux de la CGT, ne se concevaient pas comme les élus des salariés, au nom desquels ils auraient parlé ou agi. Il y avait une grande méfiance à l’égard des élections sur le lieu de travail… ». Mensonges, bien qu’auto-nominés les bonzes CGT prétendaient bien sûr parler au nom de la majorité des ouvriers, et nos historiens à la manque ne savent pas que la bolchévisation (stalinisation des PC) était basée sur la « cellule d’entreprise » avec les manips adéquates des intellectuels dirigeants. Et c’est Publié chez Gallimard, ces mensonges historiques d’amateurs.