Après bientôt trois semaines de blocages des lycées, les présidents ou animateurs des organisations lycéennes sont pointés du doigt par les moins cons, au motif qu’ils ne sont plus lycéens, mais désormais en études supérieures. Il y a même pire, le bébé Mélenchon Boyard. Ce matin, le jeune lycéen (attardé de 26 berges) Louis Boyard, en outre député LFI, a posé son cul sur le bitume au devant d'une foule de lycéens. C'est la tactique mélenchonesque depuis la manif avant-hier. Même si personne ne vous a rien demandé, vous vous placez presque comme un manifestant lambda, en tête du cortège, quoiqu'avec l'écharpe nationaliste. Vous n'avez plus qu'à vous laisser filmer par les médias qui, eux, pratiquent la triple manipulation: 1. assurer que c'est manipulé par Mélenchon, 2. faire passer ces faux lycéens pour représentants légitimes des "mômes" lycéens, politique mélenchonesque carrément paternaliste, comme leur appel aux parents et aux écharpes tricolores (pour protéger "des enfants") et surtout 3, ridiculiser l'insubordination lycéenne en laissant croire qu'elle est désormais ficelée. Je prends trois des principaux jeunes manipulateurs, autoproclamés porte-paroles du mouvement, et validés tels par les médias de l'État par une exposition, démocratique et "soucieuse que la jeunesse s'exprime".
Ryad Rani a été formé par la secte LFI et secrétaire auprès d'un de leurs députés et placé à la tête d'une syndicratie. Il récite le discours de la lune mélenchonesque, notamment la solution taxe Zucman qui est devenue le récit romantique anti-riches du national-populisme; c'est une question de fric (et du fric il y en a), ânerie de première, qui est anti-révolutionnaire, antimarxiste car le problème de l'enrichissement et de la fin de la dette, c'est la production, or la France ne produit plus. C'est une réforme technocratique qui ne change en rien à la structure du capitalisme.
On interviewe complaisamment le faux lycéen, lui permettant d'ergoter comme un vieux briscard et de s'autoriser à jouer au radical syndicaliste avec une liste des revendications lycéennes qui sont très corporatives, d'un réformisme très utopique dans l'immédiat ; et au bout du compte totalement invraisemblables et irréalistes avec l'incurie totale actuelle de l'État,
.Sous les feux des projecteurs complaisants, il maîtrise déjà l'art du mensonge substitutionniste: « Notre mobilisation, elle est par les lycéens, pour les lycéens », a-t-il assuré sur franceinfo. Sauf que le faux lycéen se considère comme un chef lycéen ! Puis le tour de passe-passe est joué, il suffit de confondre étudiant et lycéen dans un combat pas vraiment du même ordre. Sur la banderole de tête, on lit : « Révolte lycéenne et étudiante », sic ! Il laisse porter aux autres le drapeau chauvin et chante la Marseillaise avec eux dans toutes les AG de rues où il n'est pas question de réfléchir ni discuter mais de hurler contre la police, le fascisme et Macron, voire d'assurer que Brigitte est un mec.
L'État est de plus dans l'incapacité même de défendre sa propre police, ridiculisée par tout l'arc politique des vieux barbons récupérateurs; celle-ci est exhibée en plus impuissante évidemment à faire cesser autre chose qu'une petite manif, mais pas assez nombreuse pour intervenir partout. On ne sélectionne que les images des tabassages par les robocops mais pratiquement pas le déluge infernal de pierres et de fusées qui blessent certains d'entre eux ; ce qui n'abuse pas "la France silencieuse" qui décuple ses envies de vote en faveur du RN. La chaîne russe RT s'en donne à cœur joie pour dénoncer le chaos en France, en particulier à destination des pays arabes ou dictatoriaux ; elle pourrait donner la parole sans fausse note à la courroucée mère Le Pen. courroucée
Sabrine Kharbach, elle aussi fausse lycéenne, est déjà dans les étages estudiantins supérieurs et jeune bonze d'une Union étudiante. Loin d'être la pauvresse qu'elle prétend être, elle est déjà étudiante en anthropologie à l'université d'Aix-Marseille, et, précoce bureaucrate politique, elle a occupé un certain nombre de fonctions représentatives au plan local et national. Il fallait voir sa faconde face à l'antique Alain Duhamel, tour à tour moqueuse (la gentille wokiste n'avait que faire d'un vieux croûton, n'est-ce pas?) lui faisant la leçon sur la barbarie policière jadis en 1962 à Charonne, sans écouter le croûton qui lui répondait que c'était à l'époque de la guerre d'Algérie; il aurait pu lui demander plutôt pourquoi les flics n'avaient plus ordre de tirer à balles par leurs "députés et ministres démocratiques". Certainement pas pour ses rodomontades antigouvernementales, à la sauce d'une formation trotskienne. C'est parce que c'est la classe ouvrière ici qui est le vrai danger permanent si le gouvernement déconne sur les lycéens, déjà noyés pourtant dans le concept fumeux de jeunesse. Elle s'intronise en plus comme représentante au fond du "monde du travail" des ouvriers et paysans, avec déjà le langage technique de toute vieille bureaucrate syndicale:
"On est rejoint par tous les travailleurs et agriculteurs. On ne lâchera pas tant qu'on n'aura pas dix milliards sur la table; ce qu'on veut, c'est un investissement massif réel. Tant qu'on n'aura pas les 10 milliards avec toutes les propositions que l'on a chiffrées avec les propositions des lycéens et des étudiants, on continuera à manifester, à bloquer. À chaque fois, cette "spontanée" fournit le kit révolutionnaire tout prêt aux compères étudiants, d'abord aux naïfs lycéens, les invitant à consulter une "plateforme de revendication" comprenant un "kit de mobilisation." Gageons que le kit en question a été rédigé dans l'appart à Mélenchon...
Comme il faut diviser la "jeunesse" en gauche et droite, lamentable et éternelle forfaiture bourgeoise, il faut en sponsoriser un autre, côté droit, basané plutôt pour garantir l'antiracisme.
Nathanaël Combary est déjà pourtant un vieux "lycéen" (comme ma vieille sœur) de dix-huit ans. Mons, rougeoyant que les trois autres, il est carrément un produit du système dominant, Il a été reçu au ministère de l'Éducation nationale dans le cadre du mouvement de protestation des lycéens, en tant que président du conseil d'administration de Renouveau lycéen, une organisation qui veut représenter les intérêts des élèves du secondaire. I
Un troisième larron, exposé par les médias embrassant Mélenchon dans le cortège parisien, Elwan avait accouru pour rejoindre les empanachés bleu-blanc-rouge de la France Insoumise qui défilaient en chantant la Marseillaise. Pris par l’épaule par un Jean-Luc Mélenchon radieux, arborant lui un brassard blanc en signe de paternalisme pitoyable, le faux lycéen lui a parlé à l’oreille avant de l’embrasser sur la joue, avec enthousiasme. Une scène immortalisée en photo que le vieux gourou a publiée sur sa propre page Instagram, avec la légende suivante : «Rencontre de tribuns du peuple». Une séquence gratifiée de 126.000 «likes». «Le proche présent et le futur de la France», a dit un commentaire honnêtement complice, Preuve de ce que je ne cesse de répéter, le national-populisme est apolitique, vise à empêcher de penser politique. La politique est du domaine de l'affection. Chaque faux lycéen est confirmé dans son statut de colleur d'affiches électorales, comme rwan qui vante "le vieux" gourou: "C’est celui qui va sauver la France, j’en suis persuadé. Et tout du moins, c’est LFI qui va sauver les jeunes. Et nous, comme on est l’avenir de ce pays, on va faire en sorte de gagner !»
Les "jeunes"! Surtout pas les classes sociales! Les vrais ennemis de ces "jeunes" ne sont pas les cordons de CRS ni le "F.Haine", mais ceux qui sont dans leur dos: les vestes oranges CGT qui balisent le parcours "en défense", les orateurs faux lycéens qui les invitent à croire "révolutionner" l'Éduque naze" avec plus de profs et des locaux propres, comme promesses dérisoires à une fin immédiate de la reproduction sociale.
LFI ne contrôle pas encore totalement l'insubordination lycéenne, d'abord parce que sa compréhension est limitée. Il ne s'agit pas d'une simple contestation à la 68, mais d'une insubordination profonde, et probablement irréversible, qui peut déborder l'encadrement des chefs petits-bourgeois parachutés par Mélenchon et Cie.
Ce n'est pas par un redoublement des bagarres contre les flics que le mouvement pourra rester autonome et se développer en lien avec le prolétariat, ni par l'arrivée des pompiers sociaux les jours prochains pour les "soutenir" comme la corde soutient le pendu, s'il ne dénonce pas les manips grossières en cours, il s'effondrera; ce qui semble déjà le cas avec Tartuffe fait star, Bally Bagayoko qui multiplie les selfies et les autocrates confirmant qu'il est un bon politicien car lui "il vient sur le terrain et soutient".
Franchement, s'exalter de la présence de ce clown manipulateur et menteur, puis être joyeux d'exhiber des drapeaux tricolores dans une foule qui chante la Marseillaise, cela n'a plus rien à voir avec mai 68, ni avec l'internationalisme.
La noyade de l'insubordination est déjà programmée. Prochain mouillage, celui d'une intersyndicale unitaire sortie du chapeau le 13, et avec les daronnes, Sabrine Kharbach et les dames de charité citoyenne; d'autres suivront si nécessaire pour que Lecornu puisse dormir sur ses deux oreilles. Le peuple, cet indistinct personnage de Victor Hugo, selon l'acception national-populiste, cette engeance si prisée électoralement, si manipulable, dissout toute lutte de classe.
Danger en suspens : l'État est affaibli, n'a pas le pognon nécessaire pour l'Eduque naze, emprunte pour la guerre, ne sait pas comment interrompre l'insubordination, craint une renaissance de gilets jaunes, même s'il compte énormément sur le sale boulot de Mélenchon, même s'il réduit de dix centimes le gazole. Dans ces conditions, c'est le chaos qui menace et pas la révolution internationale.
Bon sang, il faut le hurler: c'est cette idéologie national-populiste qui prépare vraiment à la guerre, l'exaltation d'une solution nationale derrière le drapeau des chair à canon successives.

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