"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 6 juillet 2023

L’INCULTURE CRASSE DES ANTIQUES RESIDUS DE LA VIEILLE ULTRA-GAUCHE QUI SE CROIT REVOLUTIONNAIRE


« Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver ».



Vous serez étonné de découvrir ici que quelques résidus d’un marxisme bègue méprisent au fond une classe ouvrière dont ils imaginent pourtant mystiquement qu’elle est la classe forcément élue pour changer un monde décadent, mais tout juste bonne à s'indigner seulement à partir de sa feuille de salaire.

A lire leurs écrits monotones et répétitifs on voit qu’ils considèrent que cette classe est incapable de prendre conscience de l’exploitation et de la barbarie capitaliste qu’à travers ses besoins économiques. C’est ainsi qu’ils se sont  mis à la queue pendant des mois au charivari syndical sur les retraites, promenades syndicales qui n’ont pas plus troublé l’ordre social que les prières dominicales. Pourtant, les moutons syndicaux exprimaient vraiment une idée révolutionnaire dérangeante pour toutes les cliques néo-léninistes ;  hors du montant (inégal) des diverses pensions et de la durée de l’exploitation salariée : se barrer le plus tôt possible d’un travail de merde sous le capitalisme ; plus saisissant et à l’encontre du leader de cette pantalonnade revendicative sans fin et sans but concret, Laurent Berger. Lequel déclara post tristum festum : le travail n’est pas une aliénation mais une libération.

A en croire nos révolutionnaires de sacristie, il eût suffi de déborder l’encadrement des ficelles syndicales pour trouver le Graal dans une vraie confrontation avec l’Etat bourgeois permettant l’irruption vespérale et tant rêvée d’une réincarnation des « conseils ouvriers » quoique la plupart des ouvriers ne veuillent plus gober des conseils de révolutionnaires de confessionnal. P ire ces promenades syndicales auraient été le suc de la lutte de classe, confirmant un « réveil » tant attendu et mystifié. A la réflexion, le CCI est tombé à son tour dans le wokisme dont il ne parle jamais et pour cause, le wokisme est la prétention de la bourgeoisie culturelle à « éveiller » la population à tout un tas de théorisations révisionnistes de l'histoire et de l'entendement.

Le groupe le plus important, le CCI, a imaginé depuis plusieurs mois « un réveil de la classe ouvrière » du fait des nombreuses grèves se déroulant en effet un peu partout dans le monde, ce qui est un phénomène normal dans la société des classes, mais pas en soi révolutionnaire. Confirmation de ce mépris pour cette classe, pourtant vraiment amorphe politiquement, dont les luttes économiques, en général très corporatives, signifieraient un réveil politique hors de tout autre réflexion politique, géopolitique, culturelle, etc.

Un réveil politique doit être vraiment politique et comporter une mise en cause sérieuse de l’ordre actuel du capitalisme irrationnel, en particulier en premier lieu sur la guerre en Ukraine. Or ni le prolétariat russe, ni l’ukrainien, ni le français ne protestent depuis le début par des manifestations de rues « internationalistes » ; et ce n’est pas faute de ne pas y penser, mais comment manifester sans risquer d’apporter un soutien pacifiste mou à tel ou tel camp, comment menacer d’interrompre une guerre, mal maîtrisée par la bourgeoisie elle-même, et quand, partout, on ne reconnait plus la classe ouvrière avec le populisme de la gauche bourgeoise qui se gargarise avec les mots peuple, citoyens, femmes, transgenres, cyclistes, etc.

Qu’une partie de ces cliques ultra-étroites et minoritaires pétitionnent pour un défaitisme ringard et qui a toujours été ambigu et récupérable, ne risque pas de changer la donne. Comment ne pas comparer avec le réveil de 1968 où partout dans le monde les étudiants organisaient de grandes manifs contre la guerre au Vietnam ? Où les grèves ne posaient pas la question de retraites paisibles mais celle de la révolution !

Etre hors de la réalité c’est surtout prendre ses désirs pour la réalité. Le groupe Gérard C. (GIGC), n’hésite pas à broder dans le raccourci simpliste lorsque son hypothétique « comité de rédaction », un seul bonhomme, indique la marche à suivre : « Face à la menace de guerre mondiale, la classe ouvrière doit répondre par la grève de masse ! ». Plus facile à dire qu’à faire !

Comme sa maison mère, le CCI, Gérard C. croit qu’il y a une « véritable dynamique internationale de réponse prolétarienne à la crise et à la guerre impérialiste ». A peu près avec le même langage que la CGT et des sondages français ( ?) Gérard C, ou plutôt Frederik,. pense en janvier 2023 que « grèves et manifestations vont se poursuivre » car « la mobilisation actuelle des prolétaires contient le processus même de la grève de masse » ; il nous informe que la création de micros comités anti-guerre aux USA va permettre aux « militants communistes » (combien de divisions ?) « d’illustrer ces leçons au prolétariat américain ». Le prolétariat tout à ses limites économiques ayant besoin en effet d’illustrations.

C’est en insistant sur le lien entre guerre et crise que Gérard C. prétend réveiller le prolétariat. Certes en France la classe ouvrière a été incapable de disputer la « direction » de la lutte sur les retraites au syndicalisme d’Etat, mais il en est resté au niveau de la surenchère des gauchistes suivistes du barnum syndical : reconduisons la grève, organisons-nous à la base, organisons des délégations aux autres entreprises, poussons en avant la discussion… seule une lutte unissant toutes les catégories…

L’opportunisme de Gérard C. 

Outre qu’il n’y eût pas vraiment de grèves décidées par les ouvriers eux-mêmes, mais des commandes de grèves locales programmées par les conciliabules de la syndicratie, tout comme la planification d’une grève des éboueurs destinée à énerver la population, et surtout pas de grèves pouvant tout paralyser (EDF, cheminots, postiers), Gérard C. laisse entendre qu’on peut faire grève comme on prend le train ou boire un café…rêverie d’étudiant assisté.

Le mot « direction » utilisé assez souvent depuis le début de notre lecture de sa revue « Révolution ou guerre » n°24, nous avait mis la puce à l’oreille : cela sentait une vieillerie trotskienne plus que bordiguienne ; ce qui est confirmé en page 11 en tant que vieille tactique de la barbiche d’Etat « prolétarien » : « Ainsi nos mots d’ordre ne peuvent être que, formellement, les mêmes que ceux des gauchistes. Et donc ils deviennent inutiles dans la situation actuelle, voire pourraient jouer objectivement en faveur du sabotage général de toute riposte par les syndicats ». Comment des mots d’ordre d’indépendance de classe « identiques » pourraient-ils être formulables par l’extrême gauche bourgeoise ? Sans le même contenu ? C’est bien le langage de l’opportunisme qui prévaut avec cette soit disant découverte d’une radicalisation confusionniste

On plonge ensuite dans le suivisme à la trotskiste le plus lamentable et qui a contribué, certes en marge, à la pantalonnade des syndicats d’Etat : « Nous appelons les prolétaires les plus combatifs à participer activement aux grèves ou même à en prendre l’initiative lorsque leur lieu de travail n’est pas en grève lorsque c’est possible ». La vieille rêverie du grand-père CCI, de transformer les JA en « une journée d’extension des grèves et de la centralisation du mouvement autour du ou des comités…ainsi qu’à étendre le champs ( ?) des mots d’ordre et des objectifs à l’augmentation des salaires ». Encore du trotskisme réchauffé au moment où les grèves supposées ou organisées en catimini sous étroit contrôle syndical, n’étaient que l’arlésienne des médias. Les syndicats appuyant même ce confusionnisme en expliquant fort justement en soi la difficulté de faire grève vu la cherté de la vie, certes pour justifier leur étouffement de toute réflexion, et pas pour envoyer au casse-pipe comme nos utopistes opportunistes. Sans compter en permanence ce mépris constant consistant à ce que la « direction » en reste à conseiller les ouvriers en matière d’augmentation de salaires. Or un combat politique était à mener contre la dépolitisation de la lutte par une fixation sur la haine de Macron, pas contre l’Etat et ses partis, et l’entretien mélenchonesque du populisme qui défend « les pauvres contre les riches ». La grève est supposée être la planche de salut par l’espérance d’une hausse des salaires sans aucune réflexion politique, typiquement interdite par le syndicalisme, en tout cas définie comme accessoire dans le « processus revendicatif ». L’opportunisme n’aime jamais tant que les coupures que la direction promet de recoller...après le « moment présent »1.

 L'ignorance de la conscience et culture ouvrière

Le CCI et son clone opportuniste Gérard C.ne raisonnent au fond que comme les syndicalistes révolutionnaires du temps jadis, ce qui est non seulement inopérant politiquement de nos jours mais ce qui les conduit à négliger la propagande bourgeoise et son renouvellement!Ou plutôt sa nouvelle morale, ses nouvelles morales obligatoires, qui ont succédé à la morale religieuse du 19ème et à la morale stalinienne totalitairement « marxiste » bègue..

Alors que cette idéologie wokiste sévit depuis de nombreuses années le CCI se réveille seulement cette année, probablement suit à mes piques répétées, car je suis le seul opposant externe à ne pas me gêner ni avoir peur de les critiquer, vu que les bulletins internes de discussion ont été supprimés depuis une dizaine d'années ! Sans approfondir, ni traiter de la fabrique idéologique diversifiée de l'islamo-gauchisme (se gardant de dénoncer les religions du point de vue marxiste) qui a étoffé sa panoplie : mixité sociale, identitarisme, intersectionnalité, écriture inclusive, féminisme totalitaire, migrant nouveau héros mondial non d'internationalisme mais du pire cosmopolitisme bourgeois, etc. 2

Alors que les émeutes qui viennent de se produire en France pouvaient laisser supposer que le CCI allait en faire son beurre pour alimenter sa théorie de la décomposition, ils publient une prise de position lamentable qui met tout sur le dos des flics, fait équivaloir ces émeutes à celles de 2005, et nient le fond social des laissés pour compte trait »s avec mépris comme de simples voyous, j'y reviendrai. Or ces événements nous montrent que la France est confrontée pourtant à ce phénomène de « décomposition identitaire' sur son territoire, qui n'entre pas dans les élucubrations des radotages CCI !.

 Tout à leur activisme inutile et limité, les membres du CCI n'ont pas le temps de lire ni de se cultiver et de s'intéresser à ce que pensent les ouvriers, puisqu'ils pensent pour eux ! L'Observateur des inégalités peut les ranger dans cette « bourgeoisie culturelle » : « Cette bourgeoisie culturelle fait tout ce qu’elle peut pour occulter le rôle du capital culturel en matière de domination sociale. Pour elle, les « déclassés » (ces diplômés qui ne s’insèrent pas) ont, par exemple, beaucoup plus d’importance que les non-classés, ces non-diplômés qui n’accèdent à rien ».Eux aussi avec une vision généraliste d'une classe ouvrière multiple, sans racisme et sans tabous, fonctionnent avec l'idéologie de la mixité automatique : «  Elle célèbre la « mixité » (sociale, ethnoculturelle, etc.) tant qu’elle s’applique aux autres catégories et n’envahit pas ses quartiers » (ibid)3.

Ils sont eux aussi embourgeoisés car composés surtout de petits profs : « L’embourgeoisement des organisations qui représentaient le camp de l’égalité sociale est la première explication qui vient à l’esprit. Les associations, les instances dirigeantes des syndicats et les partis politiques sont de plus en plus des regroupements de personnes diplômées » (ibid).

Et, la négligence du combat culturel est aussi la croyance sectaire que les prolétaires seraient immunisés contre les nouvelles inventions connes de la bourgeoisie et ses bobos ; des auteurs pallient heureusement à cette carence. Il faut lire Nathalie Heinich - « Le wokisme serait-il un totalitarisme ? » (il l'est puisque issu du stalinisme) – qui déshabille parfaitement l'objet du wokisme :

- « Dans la pensée wokiste de gauche : la question sociale est désormais minimisée, sauf les jours de manifs ouvrières ; « il n’existe plus dans son discours de prolétaires, ni de classes sociales »

 -« il s’agit donc d’associer immigration maghrébine et religion musulmane dans une même défense inconditionnelle d’une « communauté » dont tous les membres seraient considérés a priori comme des victimes »

 - « L’islamo-gauchisme est le glissement du tiers-mondisme de l’extrême gauche des années 1960 au tropisme pro-immigrés des années 1980 puis à la version pro-musulmane du wokisme actuel ».

 - »L’identitarisme : « de même que l’identitarisme, l’alliance entre néoféminisme et islamisme dans l’opposition à la laïcité est un cheval de Troie du totalitarisme woke. »

 Avec « Le piège identitaire » de Daniel Bernabé, même s'il contient beaucoup de gras sur une supposée honnêteté de la gauche stalinienne il y a des décennies (et en attribuant tous les torts au néolibéralisme), on va plus loin dans la fonction anti-marxiste du wokisme :

 -« Le concept de classe moyenne avait été conçu comme une fiction permettant de travestir la réalité à des fins de contrôle social »

- « Les travailleurs croient en faire partie et les riches prétendent l’incarner, ce qui signifie en fait que les premiers courent derrière elle, tandis que les seconds en ont fait un outil d’influence afin de diffuser leurs valeurs et d’asseoir leur pouvoir ».

- « Aujourd’hui, en Espagne comme ailleurs, nous sommes tous de la classe moyenne, même si certains en font plus partie que d’autres. La caissière de Zara qui touche 1300 euros par mois croit qu’elle appartient à la classe moyenne parce qu’on le lui dit à la télévision, parce que faire partir des prolos est quelque chose dont on a honte et à quoi l’on cherche à échapper, et peut-être aussi parce qu’elle peut se payer de temps en temps ici tel ou tel produit qu’elle considère comme luxueux. Le cadre supérieur de Zara qui touche 3500 euros par mois appartient lui aussi à la classe moyenne, même s’il dépend d’un salaire, voit à peine ses enfants, et prend des médicaments pour tenir le coup face au stress causé par son travail »4.

- « C’est l’un des écueils évidents des politiques de représentation : elles ne prennent pas en compte les questions de classe sociale ».

 « Parce qu’elles font fonction de paravent, ces thématiques liées à la diversité, qui plus est traitées sous un angle néolibéral, sont surexploitées dans les médias et la politique. Leur présence croissante dans le débat public donne l’impression qu’on parle finalement plus de ce qui est anecdotique et futile que de ce qui importe vraiment : l’égalité concrète sur le plan matériel. En conséquence, la majorité de la population, qui n’appartient pas à ces groupes discriminés, en vient à revendiquer à son tour l’attention des médias et des politiciens, en s’en prenant non pas à l’usage purement cosmétique des politiques de représentation, mais aux groupes qui en bénéficient officiellement considérant que ce sont eux qui monopolisent le débat. Nombreux sont ceux pour qui les termes « politiquement correct » ont pris désormais une résonance négative, l’expression recouvrant selon eux des principes fallacieux. ,C’est ainsi, par une sorte d’effet boomerang que le politiquement « incorrect » en est venu à passer pour subversif ».

_ « La liberté de pouvoir être politiquement incorrect se drape maintenant dans le combat pour la liberté d’expression, alors qu’il s’agit plutôt dans les faits d’une liberté d’insulter, de stigmatiser, d’agresser ».

- »C’est un fait, en période de reflux de la lutte des classes, la classe moyenne exerce une plus grande influence sur les orientations de la gauche ».

 - « Le passage de la notion de militant à celle d’activiste a beaucoup à voir avec cette mutation du monde du travail, mais il s’est fait en suivant les mêmes voies que la transformation des élections en un système de choix consumériste. Si la politique radicale est elle aussi devenue une marchandise, c’est parce qu’elle s’est tournée de plus en plus massivement des questions liées au travail et à l’économie vers des questions d’ordre culturel et symbolique ».

 - « Pendant que nous discutons de la manière la plus adéquate de parler des femmes ou de les représenter, leur situation s’aggrave sur le marché du travail, du point de vue des inégalités de genre comme de classe. On devrait pouvoir se battre sur ces deux fronts simultanément, mais le fait que les activistes qui se focalisent sur les aspects symboliques de problème éclipsent par la même les questions économiques.…on demande aux femmes, qui souffrent d’importants problèmes de reconnaissance et de redistribution précisément à cause de leur genre, de renoncer à leur identité sociale au profit d’une dissolution générale dans l’océan des identités individuelles ».

- « Nous devons cesser de développer des théories fumeuses sur les privilèges de telle ou telle catégorie identitaire, et nous concentrer sur le fonctionnement des classes sociales ainsi que sur les rapports qu’elles entretiennent avec la vraie diversité (et on sa transposition réifiée sur le marché). Enfin il vaudrait mieux pour tout le monde qu’on abandonne l’injonction à se « déconstruire » ; l’individu n’est pas un ordinateur susceptible d’être réinitialisé à volonté, il n’est pas un disque dur à défragmenter, mais une entité complexe, dont la conscience et la liberté d’action sont largement conditionnées par l’environnement social ».

 L'INCAPACITE DE LA SECTE A ANALYSER LES EMEUTES APRES L 'ASSASSINAT POLICIER

 Même radotage sur les émeutes vues systématiquement comme étrangères à la lutte de classe, ce qui est anti-marxiste et philosophie de curés pacifistes. Je le répète, on commence par consacrer les trois quart de l'article à dénoncer les exactions policières, là aussi en méprisant les jeunes émeutiers comme ils méprisent la classe ouvrière dont ils s'imaginent être « la direction » (certes conseilliste) à l'instar de Gérard C. Nulle analyse autre que le constat du pillage et les malheurs des pillés. Bien sûr que c'est lamentable d'avoir brûlés les voitures des ouvriers, des crèches, etc. Mais ne l'a-t-on pas commis aussi


lors du réveil de 68 nous les « racailles hippies » de l'époque, sans que des minorités révolutionnaires nous reprochent de « renforcer le bras armé de l'Etat » ?

Voici la leçon des apôtres d'une classe ouvrière bcbg qui n'a jamais eu recours aux émeutes, ni chez les mineurs des années 1950, ni en Belgique, ni en Pologne en 1979, ni dans l'Italie de Potere Operaio...

« La classe ouvrière possède ses propres méthodes de lutte (la manif syndicale pépère?) qui s’opposent radicalement aux émeutes et aux simples révoltes urbaines. La lutte de classe n’a strictement rien à voir avec les destructions et la violence aveugles (surtout contre les flics et les mairies...), les incendies, le sentiment de vengeance et les pillages qui n’offrent ni perspective ni lendemain ».

Ces crétins d'émeutiers ne furent pas de simples pillards, sinon pourquoi cette fois-ci avoir attaqué des mairies 'dont les bonzes bureaucrates se moquent des jeunes) ? Et les flics, pas pour leur méchanceté mais comme représentants de l'ordre bourgeois ?

« Bien qu’ils puissent se coordonner via les réseaux sociaux, leur démarche d’émeutiers est immédiate et purement individuelle, guidée par l’instinct des mouvements de foules, sans autre but que la vengeance et les destructions. La lutte de la classe ouvrière est aux antipodes de ces pratiques. Une classe dont les luttes immédiates s’inscrivent au contraire dans une tradition, dans un projet conscient, organisé, en vue du renversement de la société capitaliste à l’échelle mondiale. En ce sens, la classe ouvrière doit prendre garde de ne pas se laisser entraîner sur le terrain pourri des émeutes, sur la pente de la violence aveugle et gratuite et encore moins dans des affrontements stériles avec les forces de l’ordre, ce qui ne fait que justifier la répression ».

C'est le même langage de n'importe quel syndicat d'Etat qui imagine un individualisme émeutier alors que la concertation sur les réseaux et bien été collective, sans que je considère cela comme lutte de classe, mais souvent plutôt des clans de petits cons. La lutte de classe est mise sur le même plan « immédiat » que les émeutes des jeunes, et dans quelle tradition (celle disparue des grandes luttes ou plutôt les défilés traîne-savates actuels?), ; « projet conscient et organisé oui derrière la CGT !

Le donneur de leçon religieuse marxiste n'hésite pas à révéler son pacifisme de petit prof peureux : après avoir semblé comprendre qu'il fallait se faire les flics, il sermonne ces « enfants » capables de violence aveugle (?) et « d'affrontements stériles »5 Que justice soit faite et les victimes indemnisées !

Oui le CCI inculte s'est embourgeoisé !


notes

1 L’invocation du « moment présent » rappelle Bernstein et Kautsky : « Ce n’est pas parce que notre mot d’ordre pourrait être le même que celui des syndicats ou des gauchistes qu’ils seraient inutiles. Mais parce que c’est le moment, le moment présent. Par exemple, nous pouvons appeler à la grève et à son extension comme le font les gauchistes au début d’une mobilisation. Nous ne sommes pas « anti-syndicalistes en soi… » (sic) mais par rapport aux objectifs directs de toute lutte et en fonction des différentes batailles et barricades… ». Tout est dit avec cet opportunisme girouette, « en fonction de », « moment présent ». Or la plupart du temps syndicats et gauchistes appellent à une grève « en fonction de » leur propre programmation et entièreté du contrôle de ladite grève et de son saucissonnage. La pensée opportuniste trahit que la lutte de classe, à la manière trotskienne, n’est qu’un problème de « direction ». On lit dans la même colonne qu’il « faut disputer ouvertement la direction de la mobilisation et des initiatives »…aux chefs syndicaux et aux

2« Toutes ces idéologies (écologistes, "wokisme", racialistes etc.) qui nient la lutte des classes, ou qui, comme celles qui prônent l'"intersectionnalité", mettent la lutte des classes sur le même plan que la lutte contre le racisme ou le machisme, représentent un danger pour la classe, en particulier pour la jeune génération de travailleurs sans expérience mais profondément révoltés par l'état de la société. À ce niveau, ces idéologies sont complétées par la panoplie des gauchistes et des modernistes ("communisateurs") dont le rôle est de stériliser les efforts du prolétariat pour développer la conscience de classe et d'éloigner les travailleurs de la lutte de classe » Le racialisme (Première partie): d’où vient-il et qui sert-il ? | Courant Communiste International (internationalism.org) REVUE INTERNATIONALE du 6 juin 2023

3Le CCI a été il y a cinquante ans le seul groupe politique à dénoncer les luttes « parcellaires, mais oublié de se consacrer à meurs mutations, flirtant simplement avec leur renouvellement sans y accorder d'importance alors que cette idéologie était aussi au milieu des promenades syndicales virtuelles contre les retraites remises en cause : « Il (le prolétariat mixte) doit également rejeter les pièges tendus par la bourgeoisie autour de luttes parcellaires (pour sauver l'environnement, contre l'oppression raciale, le féminisme, etc.) qui le détournent de son propre terrain de classe. L'une des armes les plus efficaces de la classe dominante est sa capacité à retourner les effets de la décomposition contre elle et à encourager les idéologies décomposées de la petite bourgeoisie. Sur le terrain de la décomposition, de l'irrationalité, du nihilisme et du "no-future", toutes sortes de courants idéologiques prolifèrent. Leur rôle central est de faire de chaque aspect répugnant du système capitaliste décadent un motif de lutte spécifique, pris en charge par différentes catégories de la population ou parfois par le "peuple", mais toujours séparé d'une véritable remise en cause du système dans son ensemble ».

5 Du plus haut comique est la dernière annotation où il es conseillé à la classe ouvrière de se « boucher les oreilles » (comme le CCI), ne pas se livrer à une violence aveugle (surtout contre les flics) et enfin attendre « sa propre violence » dont on se demande de quoi elle doit être composée : « La classe ouvrière doit rester prudente et sourde au danger que représente la violence aveugle, de façon à opposer sa propre violence de classe, la seule qui soit porteuse d’avenir ».Face à la barbarie de l’État bourgeois, les violences aveugles sont une impasse

 

vendredi 30 juin 2023

EMPECHER L'EMEUTE DE DEBOUCHER SUR LA LUTTE DE CLASSE


 

“En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin.” Nicolas de Chamfort (1794)
 «On est en train de remplacer le vieux monde des solidarités par le jeune monde de l’abandon de ceux qui en ont besoin.» Jean-Louis Borloo (2018)

Le chaos qui se répand sur le territoire de la France n'est pas impossible à juguler pour les jours à venir simplement parce qu'il serait une indignation populaire spontanée face à un meurtre policier, ni comme simple confirmation de l'explosion sociale plus ou moins attendue. Il est impossible à gérer sereinement faute d'interlocuteurs. En premier lieu parce que la masse des dits émeutiers est constituée de nombreux adolescents voire d'enfants. Ces jeunes ne sont ni des terroristes ni des voyous. Ils sont définissables en majorité non pas comme des « paumés » des banlieues ; mais comme enfants de la classe ouvrière, déshérités, voués à une existence de merde. Et surtout invisibles jusque là, même si les commentateurs superficiels tentent de comprendre en comparant avec 20051.

Or, ce chaos, casse généralisée avec pour seul ordonnancement la compétition à la casse spectaculaire via tik tok (réseau chinois...), n'est qu'un retour de bâton pour la bourgeoisie : avec son idéologie de dissolution des classes sociales depuis des décennies – le qualificatif fumeux et généraliste de « couches moyennes » et la fable de la gauche caviar nommée « mixité sociale » - elle a perdu tout moyen de négocier quoi que ce soit. Alors qu'une classe reconnue, avec tous ses composants, peut être une entité tangible avec qui négocier, là rien à discuter. En quelque sort la bourgeoisie fait face à son propre chaos qu'elle a généré et continue à générer avec le révisionnisme wokiste. Elle est même désarmée avec l'inutilité idéologique des théories bobos fémino-écolo-sexolo-rigolos. La gauche « radicale » a pris peur également : le brave Mélenchon a appelé à ne pas brûler les écoles et les médiathèques. Or ce sont des cibles normales pour tant de déshérités en échec scolaire, tout comme la « culture » des médiathèques qui les intéresse pas du tout comparées leur portable. Mélenchon n'a rien dit contre les attaques de mairies et de commissariats. Or ces attaques sont encore plus compréhensibles que le saccage du système marchand (commerces, journalistes et banques : ce sont les symboles du système de domination, de terreur et de foutage de gueule. En gros, même impulsif, le grondement de la lutte est plus politique et grave que les émeutes de 2005 et celles qui ont suivies.

C'est sûr que trois jours d'émeutes ont plus fait trembler l'Etat que les quatorze pantalonnades syndicales, sans pour autant qu'il perde la main, ou soit acculé comme on va le souligner. Il n'y a que deux facteurs dans cette indignation légitime après le meurtre policier qui sont comparables à mai 68. A l'époque c'était parti de Nanterre, et le mouvement s'était généralisé après la vision des images de télévision où l'on voyait les flics tabasser les gens. Dans les deux cas, ce ne fût ni le retraite ni les augmentations de salaire qui furent la cause d'une confrontation directe et spontanée avec l'Etat. La manif pour les retraites au début de l'an 68, tout le monde s'en foutait, cela faisait partie du ronron syndical.

Or tout est différent aujourd'hui. L'Etat n'a plus la même rigidité qu'à l'ère gaulliste. Il est néanmoins incapable de solutionner un éclatement d'une société « sans classes » (sans pères et sans repères...) - devenue mixage harmonieux d'anciennes couches toujours hiérarchisées - qu'il a contribué à déstabiliser et à décomposer depuis des décennies. Certes il y a toujours des petits cons inconscients, et la majorité des "gamins" ne sont pas d'origine française, mais cela n'élimine pas le fait que ce sont des enfants d'une classe ouvrière qui a perdu homogénéité et identité, et où la question raciale peut tout autant que l'exploitation capitaliste être une des causes des émeutes.

Pourtant le feu était prévisible et anticipé, mais partiellement. Laurent Berger, utile berger de l'Etat en milieu ouvrier, avait déclaré au début de cette année, comme je l'ai rappelé dans un de mes articles précédents : « si nous ne prenons pas les devants, l'explosion sociale aura lieu sans nous». Sauf que, comme tous nos révolutionnaires professionnels (gauchistes et CCI), arc-boutés sur la retraite des « vieux » travailleurs (mais avec tout de même l'avantage d'avoir du travail) syndicats et partenaires sociaux ont oublié « les jeunes » beaucoup plus en difficulté voire transparents pour toute la gent politique et révolutionniste !

La société a toujours tendance à s'enfoncer dans le conservatisme. Ce bon vieux Liebknecht a encore eu raison « la jeunesse est révolutionnaire ». Ce n'est pas pour rien que 68 a été qualifié initialement de s »soulèvement de la jeunesse », sauf qu'à l'époque la référence à la classe ouvrière n'était pas étouffée par sa négation sociologique inaugurée par les mafias think tank de la gauche bourgeoises des années 80. Se considérer comme prolétaire aujourd'hui est pratiquement une injure. L'individualisme est roi sur la planète de tik tok et du portable. L'exemple d'avenir est le foutbolleur milliardaire ! Ce qui donne à cette révolte massive subite un aspect nihiliste; mais je doute de la supposition nihiliste ou irrationnelle, des adultes manipulateurs sont présents, en particulier des salafistes, naturellement intéressés à foutre le bordel dans ce pays de mécréants!

Je me fiche des louvoiements de l'Etat (gouvernement + oppositions de parade) dont se repaissent les larbins journalistes. Il m'intéresse plus de regarder en arrière, non pas les promesses gentilles du plan Borlo ni le crétinisme du Macron appelant à la responsabilité des familles (lesquelles sont dissoutes ou monoparentales), et de rappeler le désengagement politique d'une grande partie de la classe ouvrière et d'origine immigrée, vérifié par les émeutes du passé qui furent aussi des « avertisseurs d'incendie » que les sectes d'un marxisme bègue comme le CCI refusent de voir ou d'analyser pour sanctifier la seule lutte économique des « vrais ouvriers »2. Dans un article de ce blog à l'époque, je reproduisais un article du journal Le Monde ainsi titré :

L'abstention en banlieue, plus grave que les émeutes ?

(article du journaliste Luc Bronner)

« Médiatiquement et politiquement, l'abstention des cités sensibles ne vaut pas une émeute avec son cortège de voitures incendiées et d'images spectaculaires pour illustrer la gravité de la crise des banlieues. Les résultats des élections régionales, qui prolongent les constats des précédents scrutins, devraient pourtant interpeller la société française, plus encore que des véhicules brûlés. Avec des taux d'abstention qui dépassent les 70 % des inscrits, les habitants des quartiers difficiles ont exprimé leur sentiment d'être en dehors de la vie électorale, en dehors du système politique, en dehors de la République. Là où les émeutes de 2005 avaient été provoquées par quelques milliers de jeunes, souvent adolescents, le refus de voter est un signal de défiance vis-à-vis du politique envoyé par plusieurs centaines de milliers d'habitants, Français, adultes, qui ont symboliquement brûlé les urnes, jugées inutiles. Avec, comme pour les émeutes de l'automne 2005, une ville symbole : Clichy-sous-Bois figure en tête du palmarès des communes les plus abstentionnistes avec 31,3 % de votants au second tour. Plus de 6 000 des 9 000 électeurs de cette ville de Seine-Saint-Denis ont refusé de se déplacer - un chiffre à comparer aux quelque 200 à 300 émeutiers recensés, en octobre 2005, ou aux 400 habitants qui avaient participé à une marche silencieuse après le décès de deux adolescents à l'origine des émeutes. Une défiance exprimée dans des proportions comparables à Grigny, à Stains, aux Mureaux, à Sarcelles, à Bobigny ou à Villiers-le-Bel, autant de villes qui incarnent la "crise des banlieues". Comment comprendre cette attitude de retrait de la vie démocratique? ».

Bonne question, mais le journaliste bcbg opérait un glissement à la Zemmour, il pointait du doigt les français de « récente immigration » et la politique ultra-répressive du gouvernement :

 Pourquoi le souffle créé par les émeutes de 2005, qui s'était traduit par une diminution de l'abstention lors de la présidentielle de 2007, est-il retombé aussi vite ? Comment des citoyens tolèrent-ils de telles conditions de vie sans exprimer leur colère autrement que par le non-vote ? Comment se fait-il qu'aucune force politique, associative ou syndicale ne parvienne à représenter ces populations ? ». *

Ce journaliste de la gauche bcbg soulignait que ce dédain des urnes n'était pas pour autant un signe politique de regain de la conscience de classe :

 « Ces résultats prolongent également, dans le champ électoral, les phénomènes de ségrégation. Puisque la République trahit ses promesses, la majorité des habitants, pas simplement une poignée d'émeutiers, ne se sentent plus liés par leurs devoirs électoraux. Car la ghettoïsation des quartiers n'a cessé de progresser au point que certaines cités abritent presque exclusivement ce qu'on appelle sur le reste du territoire des "minorités visibles" - pour ne pas dire "Noirs" et "Arabes" - et qui sont devenues des "majorités visibles" dans certains territoires ».

Au nom de la fumisterie de la « mixité sociale et du « pas de vague », « pas d'appel à la haine' et « non à l'islamophobie », cette même gauche toujours bourgeoise avec Le Monde, Libération, L'OBS, Médiapart (qui exige une bonne police bourgeoise) et France Inter, prétend rendre invisibles ces « minorités ethniques » et dénient à tout contradicteur d'en évoquer la problématique sauf à se faire traiter de facho, comme tout critique du stalinisme naguère.

REDUIRE LES EMEUTES A UN BORDEL DE VOYOUS IMMIGRES

En mars 2017, j'écrivais ici : « La haine de la police « de classe » faisait partie intégrante du rejet prolétarien de la société bourgeoise. Mais, comme je l'ai constaté pour la récupération de l'internationalisme envers les immigrés, la bourgeoisie réussit à déconnecter cette haine de classe et à la présenter comme une haine communautariste pour la partie immigrée ou néo-colonisée de la classe ouvrière, et à parvenir à faire croire à la partie autochtone que la police serait prête à la défendre... contre le terrorisme (sous-entendu « immigré » = venant de l'étranger) ».

L'union nationale du mensonge déconcertant fonctionne à plein régime et transpire par tous les canaux télévisés ; presse papier, réseaux (car l'Etat est aussi sur les réseaux tout en se disant victime de ceux-ci!). On dramatise à fond, on repasse les mêmes images de destruction, on insiste lourdement sur les dégâts pour les « habitants » ou les « usagers », bien que ce soit un appel à l'indignation de cette classe ouvrière si refoulée dans la sociologie journaliste barbante et creuse : comment ces jeunes, très jeunes, peuvent-ils sans vergogne brûler les voitures de leurs parents, les autobus ou tramway qui les mène au turbin ? Ne comprennent-ils pas que le travail est une libération et pas une aliénation comme l'a justement déclaré le camarade Laurent Berger ?

Certes on ne fait pas de révolution sans casser d'oeufs, ni d'émeute sans péter une vitrine même des magasins pour pauvres comme LIDL ou Action. Mais en quoi auraient-ils besoin de se justifier ou de rendre des comptes à un système qui les méprise, leur tape dessus, les contrôle au faciès, ou tue ponctuellement et cyniquement un jeune comme Nahel ?

Quel organisme politique peut représenter un espoir sérieux de virer cette société pourrie ? Aucun. Existe-t-il un programme solide de transformation de cette société ? Si l'on en croit les médias, il n'y en a pas, ou celui de Le Pen ou de Mélenchon, des pitres à blabla !

L'Etat se sert de l'indignation des « citoyens » face aux violences, en exhibant les signaux les plus

Pour une justice voilée des frères?

« arabisants », racistes et communautaristes dans les manifestations successives ; on peut lire « une majorité de femmes noires sont violées, pas les blanches », « dissolution de la police » (pour mettre a place?), etc ? La mère de Nahel est venue, sans aucune pudeur ni décence, s'exhiber sur la plate-forme d'une camionnette saluant la foule comme une chanteuse de variétés ; Assa Traoré avec sa tignasse ridicule était venue aussi parader et s'exhiber. La femme de ménage de l'impérialisme US, l'ONU, en a profité pour demander à l"Etat français de se pencher "sur le problème du racisme dans la police française", au lieu de s'occuper de son cul.

Ainsi, mise en images par les médias, la contestation anti-flic, mais pas anti-capitaliste, sert aussi parallèlement à éviter de laisser voir la vérité : un drame qui relève de l'opposition des classes, et qui suppose de lutter contre les crimes d'Etat, non pas contre le seul flic criminel (dixit la mère de Nahel) mais contre cet Etat bourgeois, qui, avec toutes ses mièvreries et compassions navrantes n'est ni amendable ni représentant de la masse du prolétariat, appelé à se soumettre à nouveau à une « protection policière » qui tue au besoin, par zèle.

Enfin il faut reconnaître la situation comme inédite. On a fait oublier que en 2005 Sarkozy avait pu négocier avec les chefs dealers pour contribuer au retour au calme, après avoir appelé à "nettoyer au kärcher" . Mais les racailles de la drogue se sont avérés débordés ce coup-ci ; la preuve à Marseille qui était restée calme les trois premiers jours. L'émeute dérange pourtant trop le deal et la bourgeoisie ! Les syndicats dealers resteront-ils aussi impuissants que la CGT?

A continuer...

UTILES REFLEXIONS POLITIQUES ET SOCIALES hors de la propagande anti-raciste de la bobocratie


Pour les auteurs de violences, il y a une caractérisation de leurs propres infrastructures. Lorsqu’on regarde les cibles, ce ne sont pas n’importe lesquelles. Il y a bien sûr une dimension un peu erratique dans les choix, mais les institutions publiques sont particulièrement ciblées : les voitures de police, les commissariats, les mairies, les écoles. Ce sont des éléments avec lesquels les populations entretiennent des rapports difficiles. Le cas de Nahel met en évidence le sujet de la police, mais il y a un profond sentiment d’injustice et un rapport conflictuel avec l’ensemble des services publics et culturels, et notamment l’école.


Il ne faut pas sous-estimer la conscience politique de ces quartiers, avec une mémoire des évènements passés et de nombreuses évocations aux précédents cas de violences policières ou d’injustice sociale.

En ciblant leur quartier, les émeutiers amènent la police sur leur propre terrain, ce qui est un avantage non négligeable lors des nombreux affrontements. Ils connaissent la topographie des lieux, les planques, les fuites éventuelles, les endroits à éviter... A contrario, on a très bien vu avec les « gilets jaunes », ou le mouvement contre les retraites, à quel point vouloir affronter le pouvoir sur son terrain à lui - les boulevards parisiens et les grandes villes - était un désavantage contre la police. Il suffit de comparer le nombre de blessés. 

Il faut donc sortir de cette image d’émeutes totalement chaotiques. Les auteurs de violences ne ciblent pas leur quartier par hasard, et les cibles choisies ne sont pas totalement irrationnelles. Il y a des débordements, bien sûr, et des attaques qui n’ont pas vraiment d’explication. Mais dans la majorité des cas, les cibles sont des structures contre lesquelles il y a un fort ressenti.

On trouve aussi beaucoup de supermarchés pillés...

Ce n’est pas totalement nouveau, mais on peut mettre cette cible en parallèle avec l’inflation en cours et les difficultés de pouvoir d’achat, d’autant plus dans les quartiers populaires. Dans un certain nombre de ces lieux, les commerces et les établissements particulièrement pris pour cible sont le symbole d’une certaine gentrification : boulangerie haut de gamme, magasin bio, boutiques de luxe… Ces établissements représentent une transformation sociologique de ces quartiers, avec l’arrivée de nouveaux habitants plus aisés financièrement - et donc le sentiment pour les anciens d’être encore plus déclassés et exclus.

Julien Talpin, interview sur 20 minutes


NOTES

1A la fin du siècle dernier, la mort d'un gars de la cité des Minguettes à Vénissieux, lors d'affrontements avec la police avait été à l'origine de la «marche des Beurs», qui servit de merveilleuse base de recrutement pour le PS, avec le petit arriviste Julien Dray. Le 27 octobre 2005, trois adolescents poursuivis par la police croient pouvoir se réfugier dans l'enceinte d'un transformateur EDF (où c'est indiqué : interdit risque de mort. Un arc électrique de 20.000 volts tue sur le coup Bouna Traoré, âgé de 15 ans, et Zyed Benna, 17 ans. Muhittin, le troisième, âgé lui aussi de 17 ans, est gravement brûlé mais parvient à s'enfuir. Le soir même, des émeutes se déclenchent à Clichy Sous-Bois. Pendant trois semaines, des jeunes brûlent des voitures et agressent pompiers et policiers. L'insurrection gagne les cités alentour, puis les grandes villes de France début novembre, après qu'une grenade lacrymogène policière a ricoché et atterri dans une mosquée, provoquant la colère de la communauté musulmane, qui permit ainsi de réduire la répression et l'accident à un problème de banlieue « islamisée ». Idem en ce moment.

2 En mars 2017, ils n'avaient pas peur de se ridiculiser en écrivant : « Tous ces mouvements sociaux, aux causes et aux objectifs disparates, ont reçu une large publicité et souvent fait la Une des journaux du monde entier. Il est grand temps que les marxistes révolutionnaires dénoncent ces chimères de révolution et y opposent l’authentique mouvement de transformation sociale qui, lui, ne reçoit pas la même attention des médias : la lutte de classe du prolétariat international.On ne peut donc pas s’étonner du fait que la bourgeoisie retire une certaine satisfaction de l’impuissance des révoltes sociales, même si celles-ci révèlent l’incapacité du système à offrir le moindre espoir de panser les plaies béantes qui affligent la population mondiale. Les révoltes sociales ne représentent pas une menace pour le système, elles n’ont ni revendication ni perspective capable de mettre sérieusement en cause le statu quo. Elles ne dépassent jamais le cadre national et sont en général isolées ou dispersées ».

lundi 26 juin 2023

COMMENT EXPLIQUER L'INERTIE DU PROLETARIAT RUSSE DANS LA GUERRE

et des autres prolétariats (cette léthargie (provisoire?) du prolétariat international contre la guerre) « S'emparer de territoires et asservir des nations étrangères, ruiner la na­tion concurrente, piller ses richesses, détourner l'attention des masses laborieuses des crises politiques intérieures de la Russie, de l'Allemagne, de l'Angleterre et des autres pays, diviser les ouvriers et les duper par le mensonge nationaliste, et décimer leur avant‑garde pour affaiblir le mouvement révolutionnaire du prolétariat : tel est le seul contenu réel, telle est la véritable signification de la guerre actuelle ». Lénine 1914 « Nous comprenons mieux ce qui fut perdu, ce qui fut “enterré” et ce qui n’est toujours pas résolu. » Thompson 1989 ; destruction du mur de Berlin 1991 ; CHUTE DE L’URSS NOUVEL EFFONDREMENT DE LA RUSSIE ? Le tocsin de la raison (la révolution) est-il étouffé par le chaos capitaliste « irrationnel »? Le mot révolution à envisager comme nécessaire est pourtant sut toutes les lèvres, même chez les moins révolutionnaires. Avec ce bizarre coup d’Etat « raté » de l’aventurier Prigojine, comment ne pas comparer avec la chute de 1991 ? Deuxième décomposition ? En tout cas grande confusion qui laisse libre cours à toutes les interprétations et manipulations dans le camp militaire occidental. Un journaliste du Figaro rapporte la comparaison qui peut s’imposer à première vue, bien que insultante pour Octobre 17 : « En 1918, alors que le tsarisme et son armée venaient de sombrer, ouvrant la voie au putsch sanglant des Bolcheviks et à la guerre civile, l’écrivain Vassili Rozanov écrivait: «La Rous s’est dissoute en deux jours. Au mieux en trois. Elle s’est littéralement décomposée jusque dans tous ses détails et toutes ses parties. (…) Il n’y avait plus ni Royaume, ni Église, ni Armée, ni classe ouvrière. Que restait-il donc? Curieusement rien du tout, seulement un peuple vengeur, dont l’état d’esprit fut exprimé par un homme de 60 ans de la province de Novgorod, qui déclara: On devrait prendre la peau de notre tsar pour en faire une ceinture.» Un siècle plus tard, presque tous les historiens ou militants honnêtes ont été obligés de reconnaître que la guerre mondiale n’avait pas favorisé la révolution internationale, tout comme la guerre en Ukraine aujourd‘hui. Difficile de ne pas reconnaître que le chaos s’installe à nouveau en Russie implacablement.   (…) On n’en est pas encore là, poursuit le journaliste, même s’il est intéressant de noter que Vladimir Poutine a évoqué le spectre de 1917 samedi matin, quand il a promis de «punir» la mutinerie de son ex-protégé, Evgueni Prigojine. Mais serait-ce partie remise? En allant prendre la grande base arrière russe de l’opération militaire en Ukraine, à Rostov-sur-le-Don, pour y installer ses quartiers sans avoir tiré le moindre coup de feu, puis en lançant un véritable raid armé vers Moscou, qui ne s’est arrêté qu’à 200 kilomètres de la capitale et n’a été entravé par aucune force militaire substantielle, le groupe paramilitaire privé Wagner de Prigojine a en tout cas révélé l’impuissance et la décomposition proprement vertigineuse du système des ministères de force russes, mettant à jour une armée et un État Potemkine en grand désarroi, même si une forme d’accord ténébreux a ensuite permis à Poutine de reprendre - provisoirement? - le contrôle.   CE COUP D’ETAT raté est-il du cinéma ? C’est l’avis de beaucoup de gens depuis les mises en scène successives de Prigojine comme le résume Velina Tchakarova de l’Institut autrichien pour la politique européenne et de sécurité (AIES) à Vienne, elle y voit une illustration de la nature du pouvoir en Russie. Pour elle, « Il n’y a pas de coup d’Etat de Prigojine. Il s’agit d’une guerre intérieure entre le gang de Saint-Pétersbourg de Poutine et le gang de Moscou de Guerassimov et Choïgou. C’est le début de la campagne électorale de Poutine pour être réélu le 17 mars 2024. Son “toutou” Prigojine lance un faux coup d’Etat pour accuser Guerassimov et Choïgou d’avoir perdu la guerre contre l’Ukraine. Prigojine peut toujours service de bouc émissaire s’il échoue, comme cela s’est produit dans le passé ». Or cette interprétation machiavélique ne tient pas la route, même si elle peut satisfaire toute une gamme de visionnaires complotistes voire admirateurs de Poutine (et il y en a plein, mais leur dérive est fondée par le dégoût provoqué par le soutien national médiatique au régime corrompu et collabo de Kiev). C’est évidemment le prolongement désastreux de cette guerre invraisemblable qui devait aboutir à l’ébranlement du régime militaro-industriel. Ce qui est plus surprenant et décourageant est l’absence du prolétariat dans ce jeu de cons.   Cet épisode rocambolesque vient confirmer que la durée de la guerre est un facteur décisif, qui entraîne non seulement l’aggravation des souffrances, mais la transformation des données politiques et sociales du conflit. Si, comme dans toute guerre, ce conflit aura exacerbé les haines nationales, Cette guerre aura encore impliqué, sans qu'on puisse encore le prouver complètement, une nécessaire division des cliques militaires bourgeoises rivales face à une lassitude des masses, plus potentiellement dangereuse que de facto. Si l’on revient alors à l’angoissante question : comment la guerre pourrait-elle « produire » la révolution? On est renvoyé à tous les débats sur le sujet dans les deuxième et troisième Internationale. Une révolte latente des masses du front ou de l’arrière ne détermine qu’une situation révolutionnaire, qui peut évoluer ou non dans le sens d’une rupture. Quelle conscience de classe peut s'opposer à la guerre ? QUE PENSE-T-ON DE LENINE AUJOUD'HUI EN RUSSIE ? Lénine reste synonyme de révolution internationale contre la guerre mondiale. On a pu s'indigner de l'absence de réaction du prolétariat russe depuis deux ans contre cette guerre inique.Mais les masses sont parfois longues à réagir et le poids des idéologies et mystifications des deux côtés annihile toute réelle réflexion sur le niveau de conscience du prolétariat en Russie. La mémoire de la Révolution divise les Russes. Selon un sondage datant d'avril 2016, 31% des Russes considèrent que Lénine a apporté plus de bien que de mal, mais 23% qu'il a apporté plus de mal que de bien. Selon un autre sondage du 14 février 2017, 32% des sondés pensent que «la révolution de février est une étape sur le chemin de la Glorieuse révolution socialiste d'Octobre», embrassant la vision soviétique de l'événement, quand 19% adoptent la vision des monarchistes selon laquelle «la révolution de février a affaibli le pays». Seuls 11% sont d'accord pour dire que «la révolution de février, s'il n'y avait pas eu le coup d'État d'octobre, aurait permis à la Russie d'aller vers le Progrès et la démocratie»: c'est la version dite libérale de cette histoire. Depuis la chute de l'URSS en 1991, il y a également une polémique sur le mausolée de Lénine, qui trône toujours sur la Place rouge à Moscou. Ni Eltsine, président de 1991 à 1999, ni Poutine, n'ont osé déplacer le corps du père de la révolution, de peur de déclencher la colère des nostalgiques du soviétisme. Selon le sondage datant d'avril 2016, 36% des Russes sont favorables à ce qu'on l'enterre le plus vite possible dans son cimetière familial, mais 32% préfèrent qu'on le laisse dans son mausolée. Le pouvoir politique marche sur des œufs. Pour le cinquantenaire de la victoire sur le nazisme le 9 mai 2015, Poutine a demandé aux Russes de sortir dans la rue avec le portrait d'un de leurs aïeuls tués pendant la guerre. Il voulait réconcilier la Russie autour de la victoire contre le nazisme, tout en effaçant les dissensus liés à la révolution de 1917 et au stalinisme. En novembre 2014, il a même justifié le pacte germano-soviétique entre Hitler et Staline: «La Russie n'avait pas envie de combattre l'Allemagne, où est le mal? Tels étaient les impératifs de la politique étrangère à l'époque» a alors dit le président russe. La mémoire du goulag, du coup, se heurte à l'hostilité des autorités, comme le camp Perm-36, dernier camp stalinien conservé, régulièrement menacé de fermeture1. Depuis la chute de l'URSS en 1991, il y a également une polémique sur le mausolée de Lénine, qui trône toujours sur la Place rouge à Moscou. Ni Eltsine, président de 1991 à 1999, ni Poutine, n'ont osé déplacer le corps du père de la révolution, de peur de déclencher la colère des nostalgiques du soviétisme. Selon le sondage datant d'avril 2016, 36% des Russes sont favorables à ce qu'on l'enterre le plus vite possible dans son cimetière familial, mais 32% préfèrent qu'on le laisse dans son mausolée. Le pouvoir politique marche sur des œufs.Pour le cinquantenaire de la victoire sur le nazisme le 9 mai 2015, Poutine a demandé aux Russes de sortir dans la rue avec le portrait d'un de leurs aïeuls tués pendant la guerre. Il veut réconcilier la Russie autour de la victoire contre le nazisme, tout en effaçant les dissensus liés à la révolution de 1917 et au stalinisme. En novembre 2014, il a même justifié le pacte germano-soviétique entre Hitler et Staline: «La Russie n'avait pas envie de combattre l'Allemagne, où est le mal? Tels étaient les impératifs de la politique étrangère à l'époque.» a alors dit le président russe. La mémoire du goulag, du coup, se heurte à l'hostilité des autorités, comme le camp Perm-36, dernier camp stalinien conservé, régulièrement menacé de fermeture. Poutine préfère Staline. Poutine préfère Staline à Lénine. Lorsqu'il redessine les symboles nationaux au début des années 2000, il mélange les héritages: il garde le drapeau rouge pour l'armée, celui de la Révolution de février pour le drapeau national, pour l'hymne, il garde la musique soviétique mais fait réécrire les paroles. Son désir wokiste était le terrorisme de l'unité nationale. PEUT-ON RADOTER LE DEFAITISME REVOLUTIONNAIRE ? Le défaitisme comme un faux internationalisme affiché (antiracisme et apologie des migrants) n'est plus la panacée, et Lénine posait déjà la question. A la lumière de l'expérience de la Commune de Paris, et à la suite d'Engels il pensa dans un premier temps que les défaites militaires du gouvernement facilitent la guerre civile du prolétariat. Ces arguments sont résumés dans une note de la brochure dans laquelle il polémique contre Rosa Luxemburg sur la question nationale en juillet 1916 :« Junius commet la même erreur dans ses raisonnements sur ce thème : que vaut-il mieux, la victoire ou la défaite? Il conclut que les deux sont également mauvaises. . . ». N'est-ce donc pas Rosa qui avait raison historiquement ? La question pouvait être posée d'un autre point de vue : 1) Γ" intervention révolutionnaire" est-elle possible sans risque de défaite? 2) est-il possible de fustiger la bourgeoisie et le gouvernement de son propre pays sans encourir le même risque? 3) n'avons-nous pas toujours dit, et l'histoire des guerres révolutionnaires ne dit-elle pas, que les défaites facilitent la tâche de la classe ouvrière?». Or la défaite de la Commune de Paris comme l'isolement de la Russie n'ont pas favorisé une reprise historique aussi phénoménale que la vague des années 20. On s'est gargarisé pendant des décennies du réveil de la classe ouvrière en 1968 mais qui n' a accouché que d'une fable mystique. Il apparaît que la guerre a profondément transformé la notion même de situation révolutionnaire. Elle n’est plus un postulat, lié à l’idée d’une « maturité » puis d'une décadence du capitalisme C’est pourquoi, dans le même temps, Lénine a constamment maintenu la thèse d’une révolution mondiale, tenté de concevoir l’utilisation d’une « paix séparée » unilatéralement décrétée par le pays dans lequel les contradictions avaient atteint le point de rupture, comme un moyen d’agir sur l’ensemble des rapports de forces ; et il n’a jamais admis, pour autant, l’idée du « socialisme dans un seul pays ». Actuellement dans le bourbier ukrainien on voit mal émerger une situation révolutionnaire. Le CCI est le seul groupe à avoir clairement identifié la réalité en démontant les radotages des groupes rivaux : : «  (leur) prise de position démontre correctement que les manifestations isolées contre la guerre peuvent être récupérées par différentes factions bourgeoises ou idéologies. Mais l’impression donnée est que la classe ouvrière, dans la situation présente, que ce soit dans la zone de guerre ou dans les pays capitalistes plus centraux, serait, à court terme, en mesure de développer une perspective révolutionnaire, et d’abattre la machinerie guerrière pour mettre fin à l’actuel conflit. Et derrière cela se trouve une autre ambiguïté : que la formation de groupes NWCW pourrait être une étape de ce saut soudain de l’état actuel de désorientation de la classe ouvrière vers une véritable réaction contre le capital. Si nous examinons l’implication de la Communist workers organisation (CWO), l’organisation affiliée à la TCI en Grande-Bretagne, dans les précédents projets de NWCW, il est clair que de telles illusions existent parmi ces camarades ». A la lumière de l'expérience de la Commune de Paris, et à la suite d'Engels, Lénine avait pensé dans un premier temps que les défaites militaires du gouvernement facilitent la guerre civile du prolétariat. Ces arguments sont résumés dans une note de la brochure dans laquelle il polémique contre Rosa Luxemburg sur la question nationale en juillet 1916 :« Junius commet la même erreur dans ses raisonnements sur ce thème : que vaut-il mieux, la victoire ou la défaite? Il conclut que les deux sont également mauvaises. . . ». N'est-ce donc pas Rosa qui avait raison historiquement ? La question pouvait être posée d'un autre point de vue : 1) Γ" intervention révolutionnaire" est-elle possible sans risque de défaite? 2) est-il possible de fustiger la bourgeoisie et le gouvernement de son propre pays sans encourir le même risque? 3) n'avons-nous pas toujours dit, et l'histoire des guerres révolutionnaires ne dit-elle pas, que les défaites facilitent la tâche de la classe ouvrière?». Or la défaite de la Commune de Paris comme l'isolement de la Russie n'ont pas favorisé une reprise historique aussi phénoménale que la vague des années 20. On s'est gargarisé pendant des décennies du réveil de la classe ouvrière en 1968 mais qui n' a accouché que d'une fable mystique. Le CCI voit par contre un nouveau réveil du prolétariat en ce moment du fait des nombreuses grèves (corporatives) qui ont éclaté dans divers pays, et c'est une vision purement économiste de la conscience de classe ; et faux. La position extrêmement opposée des bordiguistes n'est pas plus satisfaisante : « Aujourd’hui, il n’y a toujours pas de signes de reprise de la lutte de classe du prolétariat, ni dans les pays impérialistes qui s’affrontent pour le partage du monde, ni dans les pays dominés et opprimés par les nations plus fortes; une lutte qui rendrait plus claire la perspective révolutionnaire de la lutte de classe. Au contraire, on assiste à une crise prolongée du mouvement ouvrier sous tous les cieux, une crise qui a complètement effacé dans les générations prolétariennes les plus récentes tout souvenir, toute tradition des luttes de classe du passé, les repoussant dans les formes les plus dures d’asservissement et d’esclavage inimaginables il y a cent ans. De cet abîme dans lequel il s’est plongé, le prolétariat ne pourra ressortir que par la lutte primordiale pour la vie ou la mort, en refusant de se laisser tuer pour garantir la vie de ses esclavagistes, de ses oppresseurs, de ses exploiteurs ».La solution proposée par tract, à diffusion infinitésimale voire purement figurative, est du plus haut comique2. C'est au plan international impérialiste que le CCI a été plus brillant que ses projections économistes sur le prolétariat : « Bref, si la guerre a bien été initiée par la Russie, elle est la conséquence de la stratégie d’encerclement et d’étouffement de cette-ci par les États-Unis. De cette manière, ces derniers ont réussi un coup de maître dans l’intensification de leur politique agressive qui a un objectif bien plus ambitieux qu’un simple coup d’arrêt signifié aux ambitions de la Russie : ·         de manière immédiate, le piège fatal qu’ils ont tendu à la Russie, mène à l’affaiblissement important de la puissance militaire subsistante de cette dernière et à la dégradation radicale de ses ambitions impérialistes. La guerre a aussi démontré la supériorité absolue de la technologie militaire américaine, à la base du "miracle" de la "petite Ukraine" qui fait reculer "l’ours russe" ; ·         ensuite, ils ont resserré les boulons au sein de l’OTAN en contraignant les pays européens à se ranger sous la bannière de l’Alliance, en particulier la France et l’Allemagne, qui avaient tendance à développer leur propre politique envers la Russie et à ignorer l’OTAN, qu’il y a quelques mois encore, le président français Macron avait prétendu être en "état de mort cérébrale" ; ·         au-delà de la raclée administrée à la Russie, l’objectif prioritaire des Américains était incontestablement un avertissement non équivoque adressé à leur challenger principal, la Chine ("voilà ce qui vous attend si vous vous risquez à tenter d’envahir Taïwan"). Depuis une dizaine d’années, la défense du leadership américain s’est centrée sur la montée en puissance de ce rival sérieux. Cette volonté de confronter la Chine avait pris sous l’administration Trump. Elle confirme l’analyse du CCI que la guerre et les sentiments d’impuissance et d’horreur qu’elle suscite, ne favorisent pas le développement de la lutte de la classe ouvrière. Par contre, elle provoque une aggravation sensible de la crise économique et des attaques contre les travailleurs, poussant ces derniers à s’y opposer pour défendre leurs conditions de vie ». Que les prolétaires en soient encore à « défendre leurs conditions de vie, ne signifie pas qu'ils luttent pour le renversement du capitalisme ! Les analyses plus fines de l'historien Thompson sont bien plus politiques. Composée de valeurs, d’utopies, de traditions, d’images, paroles et chansons, la « conscience de la classe ouvrière » est bien une production culturelle. En tant que telle, elle permet à des individus appartenant à des groupes sociaux différents (paysannerie, artisanat urbain, prolétariat industriel naissant, fractions dominées de la bourgeoisie), mais tous partageant une expérience de domination (sociale, économique, culturelle, politique), de mettre en forme des revendications de justice. Ces revendications les opposent, en tant que collectif, à des groupes perçus comme ayant des intérêts opposés. Aussi la conscience de classe précède et constitue la classe comme réalité phénoménale, dans la mesure où l’une, en tant que réalité culturelle et morale, ménage un accès à l’autre en tant que cadre d’appréhension du monde social ; toutes choses désormais menacées d'être détruite pa les fables de l'identitarisme et du communautarisme. Le principal apport de Thompson au marxisme et à la politique, apparaît sous la forme d’une critique théorique du déterminisme économique et d’une critique empirique du fatalisme de l’aliénation. L’attention à l’expérience vécue des dominés permet en effet de montrer que les déterminations structurelles de la domination ne sont jamais des « déterminismes », c’est-à-dire qu’elles n’annihilent jamais la conscience réflexive des acteurs, leur capacité critique, et donc leur capacité à s’y opposer  ; la conscience de classe n'est pas simplement une conscience économiste.  RETOUR AUX CYCLES DE LA LUTTE DES CLASSES Les signes du retour des classes sociales dans la discussion publique, savante ou «ordinaire», se multiplient. Les expressions «classe sociale», «classe ouvrière», «classe salariale» et d'autres réapparaissent dans les titres de livres ou d'articles. Cette réapparition s'effectue encore avec une certaine discrétion. Car la disqualification de ce concept semble aller de soi pour nombre d'intellectuels médiatiques ou spécialistes des sciences sociales. La structure de classe des sociétés capitalistes contemporaines a été bouleversée et l'ancienne classe ouvrière «n'est plus ce qu'elle n'a jamais été». De plus, après l'annonce répétée de son avènement, l'immense classe moyenne censée couvrir 80 % de la population serait en train de «disparaître» à son tour. La bourgeoisie par contre est toujours là. Parallèlement au retour des classes, la critique de la polarisation du regard sur les seuls rapports de classe s'est réaffirmée, quoique lourdement handicapée par les théorisations wokistes et féministes de la gauche caviar et bobo. Le retour des classes a été précédé et accompagné d'un retour récent de Marx. Ses analyses étaient discréditées dans la conjoncture théorique des années 80 et 90. Celle-ci était profondément marquée par le contexte politique : le déclin puis l'effondrement de l'URSS, la crise prolongée en Europe et sur d'autres continents du mouvement ouvrier et notamment de son modèle social-démocrate, tant dans sa version (post)-stalinienne que socialiste, Le retour récent des classes sociales fait suite à leur éviction brutale au cours des années 80 et 90. La quasi-disparition d'un «discours de classe en tant que discours de type scientifique à prétention politique» a été attribuée à trois facteurs principaux qui n'épuisent cependant pas la question : l'affaiblissement des prtis de la gauche bourgeoise ; l'effondrement du noyau central de la classe ouvrière industrielle ; l'invasion de nouveaux discours et de pratiques managériales mais surtout d'idéologies « identitaires »..  à suivre

vendredi 9 juin 2023

L'ultra-gauche mène-t-elle à la poésie ou au néant ?


Rosa Luxemburg

Le qualificatif ultra-gauche n'a jamais été très sérieux, ni luxembourgiste, mot valise, mot caméléon, tant dans l'après 68 où il désigna comme tel tout groupe hors du gauchisme, d'une part (et fort justement) diverses revues de 3 ou 4 compères intellos plus anars que marxistes : La guerre sociale, la Banquise, jusqu'aux situationnistes. Une bande de littérateurs à la mode. Les groupes de militants sérieusement militants dans la classe ouvrière, par exemple des bordiguistes au CCI n'ont jamais admis pour leur compte ce qualificatif idiot d'ultra-gauche qui faisait référence à une mouvance plus ou moins sombre de comploteurs de cacahuètes. Heureusement aujourd'hui l'ultra-gauche ce ne sont vraiment que des incendiaires de poubelles. Le groupe phare des années 1950 – Socialisme ou Barbarie – issu du trotskisme et non pas des groupes historiques de l'avant-guerre, provisoirement sous le boisseau ou considérés comme fossilisés, n'a jamais été qualifié d'ultra-gauche, qualificatif post 68 dont j'ignore la paternité. Donc le titre de cet article, même si Daniel Blanchard est passé de S ou B à la poésie, n'a rien à voir avec le sujet qui est :

DES MEMOIRES MILITANTES PASSIONNANTES

Les mémoires de militants, même et surtout de tous ceux qui en sont « revenus » de leur militantisme, m'ont toujours intéressées, voire passionnées. Car elles éclairent les nouvelles générations sur ce qu'il faut dépasser, outrepasser, voire remettre en cause tout dogmatisme. Le témoignage de Daniel Blanchard (alias Canjuers dans S ou B) peut être ajouté à des monuments comme l'ouvrage du jeune Edgar Morin « Autocritique » (1959). L'ouvrage de Blanchard est captivant, reflet de cette génération militante « prolétarienne » et marxiste anti-stalinisme de l'après-guerre. En y ajoutant aussi ex-staliniens et ex-trotskistes, Pierre Daix (J'ai cru au matin), Pierre Naville, Yvan Craipeau (Mémoire d'un dinosaure trotskiste), etc.

Daniel Blanchard

Je ne m'attarderai pas sur la trajectoire personnelle de l'auteur, encore vivant – cette génération de personnages politiques exemplaires atteint en général les 90 piges (Henri Simon et Edgar Morin ont franchi la barre des 100 ans !) L'ensemble du livre est passionnant, honnête d'une belle écriture, malgré les faiblesses politiques d'un accouplement du trotskisme et de l'anarchisme. On verra par après que les « fossiles » dont certains ont transité par S ou B, ont mieux tiré les leçons politiques des échecs qu'en se réfugiant dans la poésie. Que ces trajectoires d'abandon du militantisme soient la conséquence de tel renoncement personnel, d'un suicide (Lagant) ou d'une désaffection face à un prolétariat qui, depuis près de cent années, n'a pas été à la hauteur des espérances révolutionnaires qu'on avait en lui, ne sera pas le sujet mais une étude de trajectoire. Cette irrésistible volonté de s'engager pour changer la société.

QUAND LE COMBAT REVOLUTIONNAIRE MENE A LA POESIE

Passionnante est la narration de Blanchard de sa rencontre avec le principal groupe révolutionnaire sorti heureusement du trotskisme, et que l'on peut considérer comme la plus sérieuse tentative de renouveler le marxisme, 75 ans après... Plus précurseur de l'esprit mai 68 que les fossiles bordiguistes. Avec cette lucidité, certes morose, des membres de petits sectes dynamiques mais incomprises et ignorées par la chape de plomb de l'ordre dominant :

« … De fait, nous étions, à l'échelle de la société, invisibles (…) Et il fallait à la fois ce retrait et une


puissante passion intellectuelle pour assumer l'audace de refuser de s'incliner devant la double hégémonie idéologique du libéralisme capitaliste et du prétendu marxisme stalinien. A la différence des quelques sectes « ultra-gauche » qui cultivaient un étroit corpus idéologique bloqué, le projet et la démarche du groupe Socialisme ou Barbarie étaient essentiellement dynamiques : à partir de quelques idées forces empruntées au marxisme – pour l'essentiel, l'idée de la lutte des classes, entendu désormais comme l'opposition entre dirigeants et exécutants pour l'étendre aux sociétés du bloc de l'Est...1 ». Hélas, Blanchard plante le décor de ce qui sera la faillite théorique finale du groupe. Pas complètement débarrassé de l'esprit trotskien, le groupe naviguait déjà sur une conception anarchiste fourre-tout, ne rendant pas compte de la complexité de la lutte des classes ; après tout il y a aussi des dirigeants et des dirigés dans tous les syndicats et partis politiques, et ce n'est pas cela qui fonde en premier lieu l'exploitation. Quant à la théorie, repiquée sans le dire à la Gauche Hollandaise, d'une « société fondée sur la démocratie autogestionnaire », ce ne fut que la matrice néo-anar pour la plupart des gauchismes après 68.

La faillite théorique de S ou B a suffisamment été démontrée par le groupe de Chirik après guerre et qui a donné naissance au plus vieux groupe politique en France, Révolution Internationale, fonctionnant désormais sur un mode gérontocratique et radoteur. On peut consulter à l'Institut d'Amsterdam et à la Bibliothèque Nationale, mon ouvrage où Lucien Laugier démonte très bien les carences théoriques de S ou B2.

Blanchard est bien plus intéressant et concret lorsqu'il décrit les personnages de S ou B. Subsiste une admiration incongrue pour le guru Castoriadis (qui a fini psy). Les Véga, Lyotard, Souyri, etc. repassent devant nos yeux et mes yeux. J'ai participé la dernière réunion publique de Pouvoir Ouvrier en 1968 et pu apprécier les talents d'orateur de Véga, comme la beauté de sa femme Martine. Lorsque je vis arriver à la réunion les dinosaures de SB, je fus frappé par leur prestance. Il est vrai que les militants (militaires bis?) se tiennent plus droits que la moyenne lambda). Ils m'apparurent grands et hautains. Avec une allure de profs. Nous les jeunes nous sentions merdeux devant ces revenants d'un marxisme plus à la mode.

Souyri vint nous donner des cours d'économie en 1972 dans le groupe éphémère Gauche Marxiste ; je lui demandais parfois conseil par téléphone. Lorsque je fus dans ma phase d'adhésion à RI, il me déconseilla la chose : « tu sais, je me méfie de ce genre de groupe, ils restent en général des fossiles léniniste ». J'ai passé outre et je suis resté ami avec son fils qui vit en Suisse. Et je ne le regrette pas, pour moi ces années passées au CCI me permettent de dire : j'ai le bac plus 20 du CCI, comme études supérieures en politique. La première prise de contact, qui se vivait à l'époque en version clandestinité affublé d'emblée d'un pseudo, se tint près de chez mes parents, avenue de Suffren, J'avais rendez-vous avec Guy Sabatier, charmant, mais paradoxe il m'annonce qu'il vient juste pour établir le contact car il a décidé de quitter le groupe. Au deuxième rendez-vous, qui a lieu face au jardin du Luxembourg, je rencontrerai le jeune fondateur, Raoul Victor. Sublime personnage : une étonnante faculté d'écoute et une argumentation pas du tout sectaire ; il sera éjecté du groupe au milieu des années 1990 par des méthodes injurieuses et policières.

Blanchard a fait route commune avec Debord, avant que celui-ci n'adhère pour un court moment à S ou B. On peut dire que Blanchard se situait plus à droite de S ou B : illusions sur les libérations nationales (il fût porteur de valise) et foi en Castoriadis.

Mais il en reste un témoignage vivant, pas historien (cf.Gotraux) en nous faisant vivre scissions et départs (celui de Lefort et Henri Simon en particulier) ; de même il remarque le peu de fiabilité d'une excroissance subite pour un groupuscule – S ou B compta une centaine de membres – à la veille de sa disparition (p.112).

Au bout de 7 ou 8 ans, il commence à s'ennuyer, et avec raison. La France, une fois finie la guerre d'Algérie, retombait dans une apathie où les ouvriers devenaient des touristes de la lutte de classe, comme on vient de le subir pendant cinq mois de balades syndicales gentilles et sans aucun risque, comme dans les années 1950...

Il ne s'ennuie plus avec le retour en force de la classe ouvrière en 1968. Il note que la plupart des mini-groupes révolutionnaires (y inclus les fondateurs de RI, malgré leur vantardise) n'ont rien vu venir. Lui se mêle passionnément au barricades et se joint au 22 mars, dont il apprécia le refus de se considérer comme « la direction du mouvement ». Après cet homme est devenu poète et actif dans les milieux littéraires, ce qui n'enlève rien à l'aspect honnête et touchant de son témoignage.

UNE CORRESPONDANCE MINE D'OR

Henry Chazé

La correspondance volumineuse entre Henry Chazé et Henri Simon, avec quelques autres militants admirables (comme Christian Lagant) peut vous servir de bible de chevet : deux tomes de 330 et 430 pages (ouf!) : « Vous faites l'histoire ! » (1955-1962) de Socialisme ou Barbarie à Informations Correspondance Ouvrières. Et « Le vent en poupe » : 1963-1968 Dépasser le marxisme ?

Cette longue et pertinente correspondance (privée) commence en 1953 et on pose des questions basiques depuis le milieu anarchiste :« Les copains du groupe Cronstadt qui interviennent font part de leurs doutes quant au fait que le capitalisme développe le prolétariat en nombre et en culture – développe la production – se demandent s'il faut ranger les employés parmi le prolétariat ou parmi les classes moyennes hostiles à la révolution ? Même question pour les paysans.

A la seconde réunion les camarades du groupe Cronstadt demandent à Chaulieu « des exposés moins didactiques et un ton moins « professoral » - une durée d'exposé moins longue (…) J'ai l'impression que les copains du groupe Cronstadt sont asses désorientés par la pensée systématique de S ou B et s'ajoutant à cela une certaine méfiance (pas dans le mauvais sens du terme mais plutôt à une attitude due au fait qu'ils ne nous connaissent pas personnellement) (lettre de Guy Gély).

En 1955, Henri Simon soupçonne Chaulieu de discussions parallèles extérieures à son groupe, comme il témoigne de l'attitude perverse de celui-, hautain avec la gauche Hollandaise, tout en la pillant :

« Est-ce que Chaulieu ne poursuivrait pas des discussions avec d'autres gars, en se servant de la revue comme un organe de diffusion de ses idées, tout en faisant croire à la piétaille du groupe qu'il s'agit d'une contribution originale au travail du groupe. (…)

Pour les copains de Hollande du groupe Spartacus, ça marche car nous correspondons nous-mêmes avec Cajo et Théo. Je t'envoie deux textes, l'un de Théo est une suite à l'échange de lettres Pannekoek-

Henri Simon

Chaulieu et a été fort mal accueilli par SB qui l'a dénoncé comme une caricature de ses positions, l'autre est de Cajo (…) Chaulieu n'a pas eu beaucoup d'empressement pour des relations suivies de ce côté car leurs positions sont à l'opposé des siennes, les leurs paraissant beaucoup plus logique et leur expérience du travail pratique plus grande qu'à SB » (lettre d'Henri Simon, p.46).

Les derniers arrivés à S ou B ont toutes les raisons de se méfier :

« J'ai l'air de jouer les anti-chaulieusards résolus, mais en réalité nous essayons de voir clair dans ce que veut Chaulieu, par tâtonnements plus que par certitudes. Un peu avec répugnance d'ailleurs car en venant à S ou B on pouvait espérer trouver autre chose que les rituelles luttes d'influence, les séparations en clans fermés ou l'utilisation des ficelles en honneur dans les partis traditionnels ».

Ajoutez à cela les couches petites bourgeoises comme le note Chazé:

« Le milieu des salariés petits-bourgeois est particulièrement décevant (…) Ces employés étaient pire que les techniciens ; les connards maison. (…) sachez que pour ne pas se pourrir, l'organisation genre Conseil ne doit pas vivre si le climat ne se maintient pas à un diapason élevé. La forme Conseil apparaît dans tous les grands mouvements puis disparaît, tout simplement ou d'une façon très moche ».

On ne peut pas trop compter sur les intellectuels, Chazé l'illustre mais par ses commentaires peu


honorables sur « sainte »Simone Weil :

« Je reviens à Simone Weil. Intellectuelle jusqu'au bout des ongles, juive par surcroît (?), elle n'a jamais pu trouver le contact avec le prolétariat, malgré ses efforts passionnés. Elle avait de bonnes amitiés parmi des militants et militantes, mais elle voulait violer la masse. Je suppose que du fait de sa laideur, elle a dû échouer pareillement dans ses contacts avec les mâles qui devaient se limiter aux échanges intellectuels – Qui sait, peut-être a-t-elle pu avoir des contacts physiques et ne pas y trouver ce qu'elle cherchait. Tant de névrosées sont dans ce cas. Restait ce contact avec Dieu. Elle y serait parvenue. Mais j'ai bien l'impression qu'elle a été surtout annexée par l'habile Perrin3 ».

« J'ai entièrement lu « l'univers kafkaïen » (et les enfantillages) de Mothé – j'avais écrit à Guy que les premières pages me semblaient du bavardage. L'ensemble est du même cru. Toutes ces pages pour raconter ce que tout salarié sait, aux particularités près. Car enfin c'est bien pareil dans les bureaux, ateliers de fabrication, labos, etc. On se démerde pour que ça tourne. Et la maîtrise le sait et les cadres aussi (Mothé les prend vraiment trop pour des connards) et les cadres supérieurs également et même les patrons » (p.71).

Le mouvement ouvrier retombe dans l'apathie en 1957 comme le constate par après Henri Simon :

« Les répercussions de l'insurrection hongroise sur les ouvriers ne semblent pas avoir pris l'ampleur que l'on pouvait supposer en décembre (ce qui motivait certains rêves de grandeur). Les élections dans les entreprises ne traduisent pas de perte de vitesse sensible des staliniens ; ils ont su semer habilement le doute chez ceux qui doutaient d'eux et exploitent actuellement le mécontentement chez les fonctionnaires (les grèves actuelles sont d'ailleurs le type même de grèves bureaucratiques : elles se limitent aux secteurs où le staliniens sont les plus influents et où ils trouvent la clientèle la plus obéissante » (…) La leçon de tout ça, je pense, est que les ouvriers n'évoluent pas grâce à des événements extérieurs mais sous la pression de leur situation réelle dans le régime d'exploitation. Dire que des faits comme la révolution russe ou l'insurrection hongroise les laisse indifférents, ce serait dire des conneries, mais ces faits n'ont de répercussion qu'autant qu'ils recoupent l'expérience propre de la classe ouvrière et l'aident à comprendre ce qu'elle a déjà vécu. Et les ouvriers qui « quittent » le stalinisme , sont-ils pour autant des « révolutionnaires conscients » ? Aux élections d'entreprise, les voix déplacées de la CGT vont souvent sur FO et la CFTC » (p.66). (…) En ce qui concerne les Conseils, c'est une autre histoire. Dans les pays latins, la tradition syndicaliste révolutionnaire fut si forte que la notion des Conseils ne pénétra pas ».

Sur la question des libérations nationales, S ou B ne fut pas clair surtout avec des positions « fluctuantes » (cf p.272) mais Simon et Chazé restent eux sur les positions de classe, comme l'explique Chazé :

« ...rien de fondamental ne peut avoir modifié l'attitude des révolutionnaires. Nous devons avoir une position extrêmement critique vis à vis des mouvements d'émancipation nationale, surtout lorsqu'il existe un embryon de prolétariat dans les pays en cause et que des organisations tentent de les embrigader. Ce qui n'atténue en rien la propagande défaitiste révolutionnaire au sein du prolétariat de la métropole. (…) En aucun cas, à mon avis, une étude sérieuse ne peut mener à appuyer un FLN quelconque. Il y a le MNA, cher aux copains de l'Ecole émancipée. Mais ce n'est guère mieux malgré son contenu prolétarien ».

Des tentatives foireuses, voire comiques, d'organisation du futur parti ont eu lieu à S ou B comme en témoigne Henri Simon en mai 1958 :

« Chaulieu et Guillaume avaient rêvé de contrôler chaque groupe par une tête : Chaulieu chez les ouvriers, Guillaume chez les employés, Montal aux étudiants, et Véga aux enseignants. Mais déjà ça apparaît bien artificiel. Les enseignants refusent de rester entre eux et Montal vient d'office aux « employés ».

DES NOTES INDISPENSABLES POUR BIEN CONNAITRE L'HISTOIRE DU VRAI COURANT REVOLUTIONNAIRE DANS SA DIVERSITE


Le premier tome fournit un très important appareil de notes (p.243), qui doivent être lues intégralement non en sautant de la page où elles sont renvoyées mais comme un texte à part entière, car elles contiennent une foule d'informations indispensables à tout jeune révolutionnaire moderne. . Tous les personnages qui ont tant compté dans ce milieu internationaliste de Pannekoek à la revue Bilan, de Suzanne Voute à Marc Chirik, de Jan Appel à Canne Meijer, de Barta à Pierre Bois, Goupil, Pierre Brune ; des révélations sur Mercier-Vega, ponte anarchiste aux bons soins de la CIA (p.294)

VERS L'EXPLOSION DE MAI 1968 (mais la correspondance s'arrête au mois de février 68)

Le deuxième tome – Le vent en poupe – pérennise la profondeur et la subtilité des échanges (sic) ente Simon et Chazé. Les deux compères lisent beaucoup pour mieux juger de la félonie de certains intellectuels depuis l'avant-guerre ; Chazé étrille le bouquin de Daniel Guérin sur le Front populaire :

« Il en ressort que D.Guerin est de la race des opportunistes indécrottables. Ces gars-là n'ont pas d'excuse, comme les mandarins de S. de Beauvoir. Ils savaient. C'est trop facile maintenant de dire que des « groupuscules » disaient bien que...mais que leur activité ne pouvait être efficace. Tu parles – et leur efficacité à tous ces Guérin, Pivert, Colette Audry, Collinet, etc. espérant en Blum, en Doriot, en Pivert, en trotski, espérant toujours, cherchant surtout les auditoires, et, en définitive, ficelés et faisant le jeu de Blum et Thorez et tutti quanti ! Phrase révolutionnaire et couilles molles ; gens de bonne volonté, pour être moins vache » (Chazé, p.41)

De nombreux commentaires ponctuels, parfois courts, fournissent des jugements ou appréciations bien vues sur groupuscules, auteurs ou événements.

Voix ouvrière (ancêtre de LO) : « poids plus grand des intellectuels et dirigeants aux dépens de la base ouvrière » (p.45)

« Broué est bien inférieur à Souvarine en ce qui concerne l'histoire du parti bolchevik d'avant 1917 » (p.49)

« A propos de Pouvoir ouvrier – j'ai reçu le dernier numéro. Que c'est faiblard ! Au moins SB avait toujours un intérêt certain. La formule adoptée par PO, pour un groupe politique, ça ne vaut rien. Ce sont à peine des articles bons pour un quotidien. Cela rehausse ICO, nettement plus vivant et qui reflète quelque chose : des contacts, des liaisons » (Chazé p.49).

En 1964, Chazé est ravi (comme le fut Blanchard) que Chaulieu balance tout par la fenêtre, croyant encore qu'il restera fidèle au marxisme et au prolétariat :

« Que Chaulieu fasse le saut et rejette d'un seul coup un marxisme trop vieux, le léninisme, le trotskisme, le bordiguisme, etc. c'est tout de même un sacré pas en avant. Coup de chapeau à Rosa Luxemburg et aux Communistes de Conseils, et il reste du bon côté, quand tant d'autres « dépasseurs » du marxisme finissent à la SFIO. « reste toujours l'ambiguïté sur l'organisation révolutionnaire » qui « doit préfigurer l'organisation future de la société, avec la plus grande autonomie des composants »... « il faudrait le prendre par le revers de la veste et s'expliquer » (Chazé p.51).

Chazé est ami avec Christian Lagant de Noir et Rouge : « Si seulement quelques bons copains anars, et je pense à N et R, pouvaient faire un effort semblable et renvoyer dans le passé les Kropotkine, Bakounine, Reclus, Malatesta et la Révolution espagnole ! Mais je ne les en crois pas capables – pour le moment ».

En août 1964, Henri Simon a organisé un colloque en Normandie où il a trouvé de jeunes anars capables d'évoluer :

« Les jeunes anars sont beaucoup moins sectaires que ceux de Paris, moins « famille anarchiste », mais terriblement ignorants de choses évidentes pour nous (l'isolement) et abordant tout avec le souci « d'éduquer » ; ce parti pris de militer au sens de se poser comme modèle détenteur d'une vérité les rend très vulnérables et peur critiques en regard d'entreprises syndicales ou révolutionnaires type Voix ouvrière ou autre (qui valent les staliniens ou les gttrotskystes impénitents). Mais ils sont très ouverts et jamais je n'ai été si loin dans une discussion avec des anars. Résultats ; négatif ; pas de bilan de la réunion – positif : on décidé d'essayer d'écrire chacun dans son domaine d'intérêt un texte bref en essayant de dépasser les controverses habituelles et de le situer dans la totalité de la vie sociale ». (p.71).

Début 1968 Chazé félicite Christian Lagant pour le dernier numéro de Noir&Rouge :

« Je reviens à ces deux articles du n°39. Celui sur le Viet-Nam est particulièrement bon et opportun, car tout le monde s'excite en ce moment et « on bouffe de l'Amerloque », comme « on ;bouffait du boche » au temps de l'antifascisme. Maintenant, c'est l'anti-impérialisme qui sert et pourrait nous mener droit au casse-pipe avec la fleur au fusil ». (p.277)

« La revue Autogestion existe depuis quelque temps. Tu peux juger sur pièces ça vaut les autres, par le contenu et par le prix. L'équipe des nantis du CNRS a intégré Guérin et Raptis (Pablo) – mordus délirants de l'autogestion algérienne et yougoslave » (Simon à Chazé, où il parle du copain isolé à Marseille (Camoin)p. 279)

Christian Lagant correspond avec Chazé, comme plus tard Guy Sabatier et Camoin. Il mange avec

Christian Lagant

Henri Simon chaque mardi « en toute cordialité fraternelle, comme toujours » (p.78). Dans les années 1970 Lagant a joué un rôle important pour la clarification des positions révolutionnaires. Il s'est suicidé en 1978. Nous avons été très ému à cette annonce et RI lui a consacré un article fraternel à l'époque. Les notes des pages 329 et 330 font l'éloge de Lagant et témoignent de sa contribution au mouvement révolutionnaire hors des poncifs ultra-gauches et des groupuscules « anti-capitalistes » du...Capital..

Tous ces courriers des « sixties » jusqu'en 68 témoignent de l'ébullition des groupuscules révolutionnaires des USA au Japon, de l'Allemagne au Royaume Uni, fourmillent des échanges entre groupes sans jamais oublier le passé et ses personnages si importants pour le développement de la théorie révolutionnaire. Au mois de décembre 1967, Chazé fait la remarque suivante à Henri Simon :

« Il est regrettable que tu n'aies pas vu Marc (Chirik) pour t'entendre avec lui au sujet des informations à recevoir du Venezuela - pour l'échange d'opinions, ce n'est pas grave – ce qui ma plu de sa part, c'est son dynamisme si opposé au scepticisme de son ami Laroche. Les divergence avec Marc seront toujours ce qu'elles furent – je t'avais dit que nous avions suivi des évolutions parallèles, car depuis l'Unité léniniste de 1928, nous ne nous étions jamais retrouvés dans les mêmes groupes. Alors que nous avions recueilli les bordiguistes dissidents en 36-37, lui se liait avec les théoriciens, et toujours il y eût avec lui de tels désaccords. Mais toujours aussi une possibilité de discuter utilement » (Chazé, p.256). Dans les notes page 324 on peut lire un long et intéressant compte-rendu de l'activité de Marc Chirik et de tous ceux qui l'entourent. Page 389 sont listés tous mes travaux et documentaires sur Marc Chirik.

Que certains aient abandonné le combat pour la poésie, d'autres trahi en se couchant dans des partis bourgeois, on s'en fout. D'autres relèvent toujours la tête, et ces témoignages du passé, toujours vivant, sont le meilleur cadeau à leur offrir.



NOTES

1Blanchard voir confirmé sa volonté d'engagement politique avec les événements de Hongrie en 1956. J'ai eu l'occasion de les connaître de l'intérieur car, dans les années 1990, j'ai eu une amante hongroise qui y avait participé.

2J'ai eu l'occasion de porter ce livre à Jacques Signotrelli (Garros) lorsqu'il vivait encore à Sceaux. Autanty a-t-il apprécié la critique de Lucien Laugier, autant a-t-il désapprouvé ma postface au livre. Signorelli était voisin de Jacquy Mamane, un des fondateurs de RI à Toulouse, décédé hélas il y a quelques années à soixante ans. J'ai toujours regretté de ne pas avoir organisé une rencontre entre ces deux hommes.

3Un père dominicain. La note 9 de la page 257 rappelle que c'est Georges Bataille qui remarquait « l'incroyable laideur » de Simone Weil, or Boris Souvarine répondit que c'était un mensonge impudent : « son visage rayonne d'intelligence et de bonté ».