"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 6 juillet 2022

QUI PRETEND QU'ON A AFFAIRE A UN AFFAIBLISSEMENT DE L'IMPERIALISME AMERICAIN ?





Il existe une vieille croyance farfelue que l'impérialisme américain aurait été et serait en affaiblissement permanent ! J'ai déjà relevé cette incongruité dans un de mes articles précédents, puis j'ai été surpris de trouver une analyse concordante par Marcel du site Convergences. Avant d'étayer à la fois une série de remarques ultra-pertinantes de ce camarade de notre lointain passé de militants du CCI (je crois qu'il a fait partie de la deuxième charrette des expulsés ou des démissionnaires), je vais démontrer en quoi cette analyse est depuis longtemps ignorée comme ridiculisée par les meilleurs géopolitiques. On épiloguera ici sur les soi-disant défaites américaines


LA VICTOIRE A LA PYRRHUS DU VIETNAM

L'essayiste Barbara Bush, à ne pas confondre avec l'épouse du président, a parfaitement démontré l'histoire de la domination US et son renforcement1. Constat partagé par trois autres auteurs anti-impérialistes, James Petras, Robert Rhodes et John Pilger, qui considèrent cependant qu'au long terme la victoire vietnamienne a été une victoire à la Pyrrhus, le coût humain de la guerre étant exorbitant pour le Viêt Nam et les États-Unis reprenant selon eux leur contrôle « impérialiste » sur tous les pays même les plus nationalistes, après la chute du communisme, et « recolonisant » le Viêt Nam2.

Les critiques du célèbre auteur gauchiste Noam Chomsky très léninistes restent limitées à la seule mafia du complexe militaro-industriel, confirmant l'incompréhension des gauchistes en général de l'impérialisme capitaliste. La guerre du Vietnam aurait été finalement un échec pour l'impérialisme US, devenant un symbole de la lutte anti-impérialiste de nations « communistes » comme Cuba, et donc un exemple pour tous les pays « en voie de développement ». Echec qui aurait été aussi un...affaiblissement économique. En réalité, autre avantage gagné par un impérialisme soi-disant défait, Cuba a servi de justificatif médiatique à un régime de type stalinien repoussoir pour toute la classe ouvrière mondiale, et confirmé la théorie du groupe « Révolution Internationale » sur l'impossibilité de tout surgissement de nouvelles nations industrialisées ; bien qu'il se soit trompé concernant la Chine (on ne peut pas toujours avoir raison sur tout) cela est resté vrai depuis plus d'un demi-siècle pour la plupart des anciennes colonies européennes. Dans sa critique véhémente du « luxembourgisme », l'ami Marcel exagère en criant que la Chine dément cette analyse générale, sans nous expliquer pourquoi la Chine, et même l'Inde (et à l'instar du CCI) sont apparues subrepticement comme de nouveaux géants. Sa critique hargneuse (d'ex-militant floué?) n'est pas valable sur ce point, contrairement à sa critique subséquente de l'énorme erreur de ce groupe concernant la puissance américaine jusqu'ici indétrônable.

Pourtant l'explication se trouve là aussi sur Wikipédia :

« La présence des entreprises étrangères sur le sol chinois est en grande partie à l'origine de la forte accélération de la croissance des exportations. Elles ont attiré la main-d'œuvre qualifiée dans les zones côtières où elles se sont implantées. Seulement 41 % des exportations chinoises proviennent d'entreprises intégralement chinoises. Aujourd'hui, 39 % des exportations en provenance de Chine sont réalisées par des entreprises dont le capital est à cent pour cent étranger et 20 % sont le fait de partenariat entre les sociétés étrangères et les sociétés chinoises. La Chine continentale entretient son attractivité pour les entreprises avec une main-d'œuvre bon marché et non syndiquée.Cependant le prix de la main-d'œuvre croît rapidement, en 2010, il a progressé de 24 %.

De plus, il faut ajouter que le pays possède la plus grande force de travail au monde avec 813,5 millions de travailleurs disponibles. La non-organisation des ouvriers chinois représente un bénéfice substantiel pour les employeurs, qui y trouvent une flexibilité d'emploi impossible à mettre en œuvre dans les démocraties libérales. Un autre aspect de l'économie chinoise à relever : les bas prix d'éléments non issus de la force de travail. Cela est dû en partie à l'existence du contrôle des prix et de la garantie des sources d'approvisionnement hérités de la précédente économie de type soviétique : les entreprises d'État continuant à être démantelées et leurs ouvriers renvoyés dans des secteurs de compétitivité accrus, l'effet déflationniste induit continue à mettre la pression sur les prix pratiqués au sein de l'économie ».

Autrement dit le cas chinois ne relève pas d'une industrialisation naturelle, historique ou miraculeuse. Il s'agit d'un enfant bâtard du capitalisme moderne décadent qui, gonflé provisoirement par un investissement énorme des anciens pays industrialisés, incapable de produire plus avec une classe ouvrière insoumise, a tenté de relancer le capitalisme dans cet ancien grand empire successivement colonisé, puis apte à exploiter une immense classe ouvrière, soumise, mais pas pour des générations, et finalement obligée de compter aussi sur une troisième boucherie mondiale, même si elle est encore géant économique mais nain militaire. Ce constat n'annule aucunement l'analyse de la décadence du capitalisme.

Idem pour l'Inde qui a bénéficié de tonnes d'investissements étrangers (du vieux capitalisme). Pourquoi ? Pour deux raisons, parce que dans cet immense pays, ancienne colonie anglaise, d'abord le travail est discipliné et que, ensuite, il ne faut pas oublier que les ouvriers étaient très pauvres et qu'ils pensent désormais être riches avec 1 euro par jour ! Entre exemple, la Tunisie où une famille peut vivre avec 1 euro par jour. Un ouvrier tunisien qui travaille en France, lorsqu'il envoie 50 euros, peut faire vivre cette même famille un mois entier ! Pas terrible cette industrialisation forcée qui enchante monsieur « baisse-tendancielle-du-taux-de-profit » !

Globalement on voit qu'il ne s'agit aucunement d'un bain de jouvence du capitalisme ! C'est ce qu'on nomme, souvent dans un domaine limité de l'économie, croissance artificielle quand même « l'intelligence artificielle » ne parvient même pas à remplacer l'exploitation du prolétariat ! Pire encore, alors que Marcel n'analyse pas les conséquences de la désindustrialisation (causée justement par l'exportation des fabrications en Chine) qui développe partout un chômage massif et surtout pas une disparition de la classe ouvrière, mais reste un cocktail explosif au niveau international bien que refroidi par l'exaltation de l'immigration du point de vue des Etats bourgeois, meilleur moyen de diviser la classe ouvrière mondiale (ce que n'ont compris ni les gauchistes, ni le CCI,ni Marcel).


L'IDEOLOGIE DEMOCRATICO-VICTIMAIRE DE L'IMPERIALISME DES RICAINS

Marcel nous propose un résumé succinct des bisbilles du bloc occidental depuis la guerre qui est aussi confus que celui du CCI En réalité, malgré ces bisbilles, surtout de De Gaulle, la domination impérialiste américaine n'as cessé de s'affirmer ou de se réaffirmer depuis surtout la fin de la Seconde Guerre mondiale où elle a damé le pion au Royaume-Uni désuni. La partie économique permet de voir clairement comment les Etats-Unis ont été les grands gagnants de la seconde boucherie mondiale. Le mark est imprimé … aux USA ! Idem pour la drachme grecque.

Immédiatement après 1945, les accords de Bretton Woods consacrent la domination financière américaine, qui, cependant ne parviendra à supplanter la lire anglaise qu'en 1979 sous Reagan, quand Thatcher a été obligée de lâcher prise. Le dollar devient la monnaie de référence mondiale. Six ans après la guerre défaite... au Vietnam, mais une revanche même si en termes économiques les processus sont plus lents qu'aux moments des guerres. Sur le plan des machinations pour récupérer les matières premiers sur le dos des anciens colonisateurs européens, l'exemple de l'installation au pouvoir de la potiche Shah, suffit à démontrer comment la bourgeoisie américaine avait et a toujours le savoir faire pour récupérer zones stratégiques ou ressources pétrolières.

Militairement l'impérialisme US met ses gros pieds en Europe, face au niveau rival russe, en installant à Naples, sa sixième flotte. En outre, chaque fois que l'impérialisme américain a mené une guerre depuis 1914 ce fut avec des arguments victimaires sous gouvernement démocrate (qui est basé sur la masse des cadres et des petits patrons). La seule fois où une guerre fut enclenchée par le camp « républicain » (basé surtout sur les couches populaires, antérieur donc à notre populisme européen) ce fut après la déclaration malvenue de la démocrate Madeleine Albright3. Cette déclaration avait ridiculisé les gestionnaires « démocrates » et poussé à l'action un gouvernement républicain, peu apprécié des couches populaires. Et ce fut la guerre mystifiée contre Saddam Hussein où l'impérialisme américain avait en même temps poussé le dictateur à envahir de façon suicidaire le Koweït (comme cela a été le cas en Ukraine pour la Russie).

UN IMPERIALISME CULTUREL FAVORISANT LA CONTESTATION HEMIPLEGIQUE

Toutes ces années d'après-guerre où l'impérialisme américain a manipulé les diverses « libérations nationales », ce qui ridiculisa d'abord les anciennes puissances coloniales, il s'en est servi aussi pour ridiculiser le « communisme » stalinien et laisser partis staliniens et particules gauchistes encadrer et dévoyer la révolte d'une jeunesse, mélange de classes sociales antagonistes, contre des moulins à vent « anti-impérialistes », complaisants envers le bloc russe, et une contestation hémiplégique.

On mesure aujourd'hui, partiellement (ni le CCI ni les autres mini groupes maximalistes ne se sont interrogés sur le wokisme, l'intersectionnalité, la multiculturalité, le féminisme outrancier, l'élémination des rivaux par des accusations sexuelles4,etc.) la prééminence de l'impérialisme culturel. L'antiracisme et la féminisation de la jurisprudence bourgeoise sont les deux mamelles du nouvel ordre moral, qui inclut la permissivité du voile islamique, pour faire la nique à la « laïcité » typiquement européenne5.

Depuis 1945 jusqu'à nos jours l'impérialisme n'a pas réalisé une colonisation à la manière des anciennes puissances colonisatrices, qui se partageaient les contrées éloignées à l'époque de la révolution industrielle, par pillages et barbarie, mais une colonisation mondiale. Et ce qui lui permet, de façon outrancière, de lancer ses intellectuels de la gauche bourgeoise et gauchiste dans la dénonciation échevelée des colonisateurs européens sanglants et dont noirs et arabes doivent exiger réparations ! Culotté quand le principal colonisateur moderne est l'américain.

Certes l'hyper-puissance américaine est le plus grand flic du monde, puissance informatique – des milliards d'informations sensibles du monde entier sont stockées dans des gigantesques centres de données sont aux USA (ils savent même quand Poutine va faire pipi) – elle connaît des embûches ; par exemple la Chine l'empêche de coloniser l'Asie, et elle se sert de la France en Afrique parce qu'elle ne détient pas les anciens réseaux de la vieille puissance colonisatrice. Riuen de bien dramatique.

COMMENT REORIENTER LES OFFENSIVES MILITAIRES POUR OCCUPER L'EUROPE ?

Je vais en terminer aujourd'hui par ce qui est le fondement des manœuvres géopolitiques américaines, ce qui est la stratégie de tout impérialisme qui se respecte. Aucune armée du monde ne peut attaquer sur plusieurs fronts, ce qui conduit inévitablement à la défaite ; ce qui mènera à la défaite de Poutine. L'armada US ne se disperse pas sur plusieurs fronts. Lorsqu'elle dégage d'un front, faisant croire à son « affaiblissement », elle réinvestit ailleurs. Je pourrais citer ou re-citer plein d'exemples, incluant le Vietnam et la guerre de Corée au terme de laquelle ils ont supplanté l'impérialisme anglais encore une fois dans les années 1945 et 1947.

Le dernier exemple du départ d'Afghanistan est criant de vérité, sur deux plans : ils n'ont rien à foutre des « droits de l'homme » et surtout des droits de la femme en Afghanistan qu'ils laissent à nouveau terrorisés par les fous islamiques. Qu'ils laissent sans vergogne dans le chaos des arriérés.

Et pourquoi cette « défaite piteuse » comme dirait le CCI ? Confirmation d'un « affaiblissement » historique ? Non, rien à foutre d'un Afghanistan où les Russes ont dû décamper ! Mais préparer et réussir la provocation en Ukraine pour pousser Poutine à faire le sale boulot. L'investissement est certes plus coûteux qu'en Afghanistan mais fondamental : tout contrôler en Europe et la militariser sous leur coupe ! Ce que Marcel décrit précisément :

« De surcroît, l’OTAN se renforce spectaculairement aujourd’hui avec la guerre en Ukraine via de nouvelles adhésions, un accroissement notable de son financement, des contrats mirobolants d’armements pour les Américains, une dépendance économique et militaire accrue de l’Europe envers les Etats-Unis, etc. Il n’y a donc là aucun élément matériel pour soutenir la thèse d’une disparition du bloc occidental ou même de son affaiblissement. Même les contributeurs de Wikipedia avec toutes leurs illusions sont bien plus réalistes que le CCI sur ce point ».

« De plus, cette guerre est le coup de grâce asséné aux efforts européens, notamment de la France et de l’Allemagne, consistant à développer un contrepoids aux USA en coopérant avec la Russie. Autrement dit, il ne fait aucun doute qu’avec la guerre en Ukraine, les USA ont atteint tous leurs objectifs : politiques, impérialistes, économiques et idéologiques… Ils sont gagnant sur tous les plans : sur le plan impérialiste avec une OTAN ressoudée et un leadership américain réaffirmé ; sur le plan économique avec une Europe affaiblie par la guerre et qui se retrouve encore plus dépendante énergétiquement qu’avant des USA ; sur le plan politico-économique avec une Europe fragilisée car ne pouvant plus faire contrepoids aux USA, ni militairement (Europe de la défense enterrée), ni économiquement (coopération économique avec la Russie) ; sur le plan militaire avec un tiroir-caisse pleinement ouvert pour les américains : tous les pays européens achètent massivement du matériel militaire américain ; sur le plan idéologique avec la thématique du futur conflit avec la Chine : la défense du monde libre contre les régimes dictatoriaux ».

La guerre en Ukraine n'est que chaos. Et on règne par le chaos, même en le laissant derrière soi comme en Afghanistan. Le camp bourgeois républicain ne se sent pas concerné par cette guerre qui, selon eux, oppose deux États slaves également corrompus et oligarchiques. I

La nouvelle hégémonie américaine est pourtant plus source de guerre mondiale que l'ancien « bloc occidental », ce que ne voit pas le CCI (qui croit dur comme fer que le bloc américain s'est désintégré) autrement dit en termes de renforcement militaire et de futurs rétablissement général de la conscription ce n'est pas du tout un affaiblissement. On le voit en ce moment, l'impérialisme américain se fout d'une victoire ukrainienne, freine l'approvisionnement en armes (Marcel explique bien pourquoi il lâche finalement en douce l'Ukraine)6. Fait durer afin de gagner le plus de « non-alignés » à l'instrument inventé pendant la guerre froide, l'OTAN. Il est surtout devenu le principal marchand d'armes aux européens, au nez et à la barbe de Zelensky. L'Europe d'après-guerre n'avait été qu'une petite sœur de l'Amérique, avec la domestication complète de l'Allemagne, sous la gouverne de l'agent américain Jean Monnet. Un certain relâchement et une contestation de l'hégémonie américaine s'étant fait jour, en même temps qu'il devenait nécessaire de réagir face aux défis d'une possible reconstitution de bloc russo-chinois, où la Russie demeure le principal rival militaire. C'est fait ! Qui peut croire qu'il s'agit d'un affaiblissement ? Le CCI, incapable de reconnaître ses erreurs, même les plus grossières. Le renforcement est temporaire venant vérifier le long aveuglement du CCI, que Marcel a fort bien décrit7. :

« Toutefois, ce succès est temporaire. Depuis l'effondrement du bloc russe, nous avons constaté que la capacité des États-Unis à imposer leur "ordre mondial" se détériore. Dans un monde où chaque État-nation "fait son chemin" sans respecter aucune discipline, où prolifèrent des conflits locaux de plus en plus destructeurs, où les ambitions impérialistes de tous les États se déchaînent en force, le gendarme américain n'a pour seul moyen d'arrêter le chaos que le militarisme, la guerre, la prolifération des armements. Cependant, ces démonstrations de force n'arrêtent pas le chaos, mais ne font que l'exacerber. "Dès que les États-Unis se vantent de leur supériorité militaire, tous leurs rivaux reculent, mais le recul est tactique et momentané. Plus les États-Unis s'efforcent d'affirmer leur domination impérialiste, en rappelant brutalement qui est le plus fort, plus les contestataires de l'ordre américain sont déterminés à le contester, car pour eux, leur capacité à conserver leur rang dans l'arène impérialiste est une question de vie ou de mort".  Signé Opero et Smolny (merde à l'édition intellectuelle Smolny)

Un temporaire qui dure depuis des décennies... depuis la chute du bloc russe, puis tous les deux ou trois ans :

  • en 2004 : La réélection de Bush  expression de l’affaiblissement en cours de la première puissance mondiale :

  • en 2006 : Plan Baker : la politique impérialiste américaine dans l'impasse :

  • en 2007 : En Irak, un affaiblissement irréversible de l’impérialisme américain ;

  • en 2009 : L'OTAN à Strasbourg : l'affaiblissement du leadership américain

  • en 2014 : « L’affaiblissement accéléré de l’impérialisme américain. Depuis le début des années 1990, le leadership de la première puissance impérialiste du monde n’a cessé de s’affaiblir. Face à la montée de l’impérialisme chinois devenu aujourd’hui un adversaire de première importance, les États-Unis sont obligés de maintenir en Asie du Sud-Est une force militaire considérable. Tout en devant tenir compte des tentatives d’avancée de l’impérialisme russe dans la région, comme en Syrie ».



Liste non exhaustive.


PS : à lire sans tarder le meilleur article sur l'Ukraine qui pose les questions essentielles que tout révolutionnaire devrait se poser :

https://data.over-blog-kiwi.com/0/55/15/36/20220530/ob_62acaf_ukaine-guerre-et-auto-organisation.pdf

Adieu la vie, adieu l'amour... - Over-blog-kiwi 

(guerre et auto-organisation)

(allusion à la chanson de Craonne chantée par l'inoubliable Marc Ogeret)



NOTES (importantes)

1Imperialism And Postcolonialism, Barbara Bush, Pearson Education, non traduit en français .

2Cf. les deux articles de Wikipédia – impérialisme américain et guerre du Vietnam – démontrent bien malgré les controverses le maintien de la suprématie de l'Empire américain !

3Lors d'une interview le 2 mars 2008, elle estime que la guerre d'Irak menée par les États-Unis entre 2003 et 2011 était « la plus grande catastrophe de politique étrangère [...] pire que le Vietnam », ajoutant que « la politique de Bush a fait beaucoup de dégâts à la réputation de l’Amérique et à la démocratie. Nous, les Américains, nous devons comprendre que notre liberté, notre vie et la sécurité de notre nation dépendent de la manière dont nous voyons le monde, et dont le monde nous voit ». C'est pourtant la version « affaiblissement » de la gauche bourgeoise américaine qui sert d'alibi d'ailleurs à la version victimaire pour justifier tous les nouveaux Vietnam... On voit en fait sa complicité ambiguë avec l'Etat bourgeois lorsqu'elle déclare en 2021 que l'invasion de Poutine est une « erreur ». Pauvre Poutine.

4A l'heure actuelle, en France, on relaie pleinement les histoires de sexe justiciables comme aux Etats-Unis ou le thème fait fureur, dépassant même l'antiracisme officiel (mais toujours criminel et excluant pour les noirs). Il fallait remonter à 1969 pour trouver une fake new appliquée au couple Pompidou. Désormais c'est tous les jours et avec la police féministe du parti néo-stalinien et patriotique de Mélenchon.

5Au point de dénigrer la France et son gouvernement : « « La loi sur la burqa passe mal Outre-Atlantique. La diplomatie américaine a clairement exprimé son désaccord sur cette loi interdisant le port du voile intégral en France, votée en début de semaine. « Nous ne pensons pas qu'il faille légiférer sur ce que les gens ont le droit, ou pas, de porter en fonction de leurs croyances religieuses », a commenté hier Philip Crowley, le porte-parole du département d'Etat. « Aux Etats-Unis, a-t-il ajouté, nous prendrions d'autres mesures pour assurer l'équilibre entre la sécurité, d'une part, et d'autre part le respect de la liberté religieuse et des symboles qui lui sont associés. » Voilà d'où Mélenchon et cie tiennent leur inspiration « créolienne » et musulmano-gauchiste (création d'une police interne fémino-obsédée : « comité de suivi contre les violences sexistes et sexuelles » , version neuneu féministe de l'Okhrana en marge de la justice bourgeoise.). En juin 2009, Barack Obama, dans son discours du Caire, avait appelé les pays occidentaux à ne pas gêner les musulmans dans la pratique de leur religion, critiquant ceux d'entre eux qui dictent « les vêtements qu'une femme doit porter ». C’est notamment la France qui était pointée du doigt. En 2004, au nom de la laïcité, les signes religieux ostentatoires avaient été bannis des écoles. Cette loi avait été dénoncée via Washington comme ciblant surtout ce pauvre et innocent voile islamique

6« Telle est la raison de la manœuvre déployée par les USA, manœuvre déjà utilisée avec Saddam Hussein et consistant à suggérer que les Américains n’interviendrait pas en cas d’invasion. L’Irak est tombé dans le piège à l’époque et la Russie également aujourd’hui. En effet, Biden a été inflexible avec Poutine durant les semaines qui ont précédé l’invasion de l’Ukraine alors que les Européens faisaient tout pour négocier. Cerise sur le gâteau, non seulement Biden ne cédait pas un pouce aux revendications de la Russie, mais il a carrément dit à Poutine que, si ce dernier voulait obtenir ses revendications par des moyens militaires, l’OTAN ne réagirait pas  ! ».

7Cf. Les errances du CCI sur les rapports inter-impérialistes : https://www.leftcommunism.org/spip.php?article493




mardi 28 juin 2022

L'OPPOSITION CONCRETE DU PROLETARIAT A LA GUERRE A COMMENCE EN BIELORUSSIE




Et personne n'en parle, même chez nos maximalistes si friands en appels abstraits à dénoncer la guerre capitaliste. Dominante dans les médias est le silence sur les raisons obscures du président de la Belarus pour ne pas intervenir directement aux côtés du criminel Poutine. Ce serait pour ne pas s'aliéner les rapports avec les voisins, maintenir de bonnes relations commerciales. Or, c'est faux, c'est la classe ouvrière biélorusse qui montre l'exemple à l'international et aux ouvriers russes encore si passifs. Il faut aller sur les sites trotskiens pour être tenus au courant :

Les cheminots anti-guerres bloquent les approvisionnements de l’armée russe

En Biélorussie, des cheminots marquent leur opposition à la guerre et leur soutien aux ukrainiens en sabotant les chemins de fer. Un premier pas à suivre pour que la classe ouvrière mette fin à cette guerre meurtrière. https://www.revolutionpermanente.fr/Bielorussie-des-cheminots-anti-guerres-bloquent-les-approvisionnements-de-l-armee-russe


L'ABOUTISSEMENT D'UNE LONGUE LUTTE... DE CLASSE

Or le conflit social s'est développé en Biélorussie néo-stalinienne depuis cinq ans... Un certain nombre de subventions au bénéfice des plus pauvres avaient été réduites (concernant l’accès au logement ou aux études supérieures) ; l’âge de la retraite a été augmenté ; des licenciements ont été prononcés (notamment dans le secteur primaire, surendetté), fragilisant de fait les bases du contrat social biélorusse. 

Une conséquence visible de cette détérioration des indicateurs socio-économiques avait été la multiplication des mouvements sociaux à travers le pays. L’introduction d’une "taxe sur les parasites sociaux" prévoyant que les citoyens travaillant moins que 183 jours par an s’acquittent d’une amende de 230 € avait mobilisé des milliers de manifestants au cours du premier semestre 2017. Ces manifestations n'ont pu être interprétées comme les signes d’une révolution démocratique, elles ont témoigné de l'affaiblissement du régime du pion de Poutine, Alexandre Loukachenko. Avec ce passif on peut comprendre pourquoi les cheminots biélorusse sont à l'avant-garde de la lutte mondiale contre la guerre !

En 2020 la crise s'était aggravée de jour en jour. Le Dimanche 16 août, des dizaines de milliers de manifestants défilaient contre le président Alexandre Loukachenko et le gouvernement à Minsk. Ils ont défilé le long de l'avenue de l'Indépendance lors d'une "marche pour la liberté. Portant des fleurs, vêtus de blanc, les manifestants se dirigeaient au milieu des chants et des klaxons de voitures vers le monument érigé en mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale.

Le lundi 17 août, à l'occasion d'un déplacement dans l'emblématique usine de tracteurs MTZ, dont la production est exportée dans toute l'ex-URSS et qui fait la fierté du pays, Alexandre Loukachenko s'est confronté directement à centaines d'ouvriers en colère qui lui avaient crié à l'unisson « Va-t-en ! »

"Nous prévoyons de participer à toutes les grèves pacifiques, les actions de protestations (...) pour que le pouvoir réalise finalement qu'il se bat contre son propre peuple", a déclaré à l'AFP Ilia Rybkine, un employé de 30 ans. Défiant, Alexandre Loukachenko a pourtant répété qu'il ne comptait pas abandonner le pouvoir. "Jamais je ne ferai quoi que ce soit sous pression", a-t-il déclaré: "Tant que vous ne me tuerez pas, il n'y aura pas d'élections".

Presque quatre semaines après les élections, la population biélorusse ne baissait pas les bras et les mouvements continuaient dans les villes, à la campagne, dans les usines. Tous les dimanches, des manifestations rassemblant plus de 200 000 personnes avaient lieu dans les rues de Minsk malgré la répression et la présence importante de forces anti-émeutes et de l’armée.

A noter que, en pensant à la situation actuelle avec le drame ukrainien, à la suite des sanctions européennes imposées à l'époque contre Moscou après l’annexion de la Crimée, la Russie ne pouvait plus se permettre de soutenir économiquement son voisin ; ce qui est encore plus criant aujourd'hui face au martyre de l'Ukraine et l'étranglement économique qui mine tout de même l'arrogance de l'Etat russe impérialiste.

La protestation n'était pas seulement ouvrière, on voyait certes l’hétérogénéité des manifestants, mais ce n'est pas négatif pour autant, la classe ouvrière peut et doit entraîner les autres couches non exploiteuses. Contrairement aux mouvements de protestations ayant eu lieu à Moscou sur la place Bolotnaya en 2011, ce n'était pas seulement des jeunes urbains qui manifestaient en Biélorussie. Les manifestations avaient lieu à travers le pays, dans les grandes et petites villes, et toutes les classes sociales (ouvriers, employés dans le secteur IT, agriculteurs, étudiants, retraités, fonctionnaires…) y étaient représentées.  Ces manifestations ne constituaient pas une version biélorusse de Maïdan, mouvement d’opposition de 2014 en Ukraine ayant mené au départ du président Viktor Ianoukovitch. Une différence entre les deux mouvements est l’absence de l’aspect « géopolitique » dans les manifestations biélorusses : contrairement au cas ukrainien, les manifestants ne revendiquaient pas de changement de cap dans la politique étrangère de leur pays depuis la Russie vers l’Europe ; mais vu la tournure des événements glaçants en Ukraine cela n'est plus d'actualité. L'Etat de Poutine avait d’abord pris la posture de l’attente au début des manifestations, laissant la porte ouverte à toutes les possibilités et ne faisant que peu de déclarations pour affirmer son soutien à Loukachenko. Toutefois, fin août, Poutine avait indiqué qu’une réserve de forces de l’ordre avait été constituée par la Russie afin d’apporter un soutien au régime de Loukachenko si la situation devenait hors de contrôle.

L'Etat russe tente maintenant de renforcer son contrôle sur la Biélorussie et ridiculise la souveraineté du pays, ce à quoi Loukachenko ne peut plus s’opposer. Par exemple, la Russie avait accepté de refinancer la dette externe biélorusse, mais c'est terminé avec les coûts de la guerre en Ukraine.

Toutefois, pour faire avaler la « protection russe » "internationaliste", le sentiment national n’a pas été cultivé par l'Etat fantoche de Loukachenko. lees manifestants marquaient leurs opposition au régime via le symbole du drapeau rouge et blanc (drapeau du Bélarus indépendant utilisé en 1918, 1944 et entre 1991 et 1995) en opposition au drapeau actuel, instauré par Loukachenko et proche de l’ancien drapeau de la République socialiste soviétique (sic!) de Biélorussie pendant la période soviétique.  Les manifestants revendiquaient ainsi une culture propre à leur pays, un sentiment d’indépendance et d’identité nationale.  Ajoutée à la crise économique et à la dénonciation de la pourriture du régime par les masses ouvrières, la guerre d'invasion de l'Ukraine est venue jeter le feu aux poudres sociales, il n'est plus question comme en 2020 de défendre telle culture propre ou ce dit sentiment d'indépendance mais de s'opposer frontalement à la guerre impérialiste. De grandes déclarations en l'air ou des manifestations pacifistes relèvent de l'impuissance. Voilà pourquoi les cheminots biélorusses sont passés aux actes !

Lu sur le site la brèche :

«Au lendemain de l’agression russe contre l’Ukraine, le comité exécutif du Congrès des syndicats démo­cratiques de la Biélorussie déclarait: «Nous tenons à vous assurer, chers Ukrainiens, que la grande majorité des Biélorusses, y compris les travailleurs, condamnent les actions irréfléchies du régime biélorusse actuel qui tolère l’agression russe contre l’Ukraine. Nous exigeons l’arrêt immé­diat des hostilités et le retrait des troupes russes d’Ukraine, ainsi que de Biélorussie.»

Il ne faut jamais prendre à la légère une décla­ration syndicale. Surtout en temps de guerre. La logistique militaire russe et la direction des chemins de fer biélorusses allaient l’apprendre à leurs dépens. Selon le centre des droits de l’homme Viasna, huit cheminots biélorusses sont arrêtés dès le début de la guerre pour sabotage contre un transport ferroviaire militaire russe.

Quelques jours plus tard, le 2 mars, Aliaksei Shyshkavets, 43 ans, habitant d’Asipovichy (impor­tant carrefour ferroviaire), est arrêté. Selon le minis­tère de l’Intérieur, il s’apprêtait à exécuter des actes de sabotage pour empêcher la circulation de certains trains. Deux autres personnes sont également arrê­tées à Staubtsy dans la nuit du 1er au 2 mars. Un autre «saboteur» aurait été arrêté à Zhodzina tou­jours le 2 mars. Début mars, des cheminots rapportent que les transports ferroviaires de matériel militaire russe et des munitions ont alors cessé de tra­verser la Biélorussie en raison des nombreux sabotages.Devant l’ampleur du phénomène, l’agence russe TASS annonce que le procureur général de Biélorussie a ouvert une enquête pénale sur ce qu’il appelle des «actes de terrorisme perpétrés par un groupe organisé contre l’infrastructure du chemin de fer» biélorusse. Il reconnaît que des installations de signa­lisation et autres matériels de transport ont été ren­dus «inutilisables». Les cheminots arrêtés risquent jusqu’à quinze ans de prison. En dépit des menaces, les sabotages continuent.

Le 6 mars, Siarhei Kanavalau, un employé des che­mins de fer biélorusses, est arrêté à Vitsebsk. Selon le ministère de l’Intérieur, il avait prévu de désactiver les systèmes de sécurité ferroviaire. A Svetlahorsk, une unité de signalisation ferroviaire est incendiée. La police accuse trois habitants de Svetlahorsk de cette dégradation. Depuis, ce sont des dizaines d’actes de sabotage ferroviaires qui ont été com­mis. En témoignent les vidéos postées sur un canal Telegram pro-russe (TG) où 38 cheminot·es reconnaissent, dans une mise en scène digne des pro­cès de Moscou, avoir commis des actes de sabotage et être sous influence étrangère [voir photo ci-dessous].

Le 19 mars, le journal Novy Chas évoque douze sabotages ferroviaires qui ont paralysé le réseau ferroviaire, empêchant les wagons transportant du matériel militaire russe de se diriger vers la frontière ukrainienne. Dans la nuit du 16 mars, sur le tron­çon Farinovo-Zagattya, le coffret relais d’alarme est incendié.

Le 20 mars, Oleksandr Kamyshin [qui vit semi-clandestinement car recherché par l’armée russe: voir Ouest France du 20 mars 2022], président du conseil d’administration d’Ukrzaliznytsia (les che­mins de fer ukrainiens), annonce qu’il n’y avait plus de liaison ferroviaire entre l’Ukraine et la Biélorussie. Il remercie les cheminot·e·s biélorusses pour leur réponse rapide à la guerre. «J’ai récemment appelé les chemins de fer biélorusses à ne pas exécuter les ordres criminels de leur président et à refuser de transporter des militaires russes vers l’Ukraine. Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’annoncer qu’il n’y a pas de liaison ferroviaire entre l’Ukraine et la Biélorussie. Je n’entrerai pas dans les détails, mais je suis très reconnaissant aux chemins de fer biélorusses pour leur réaction rapide», ajoute-t-il ironique.

Le 25 mars, les liaisons ferroviaires avec la Biéorussie sont toujours suspendues. L’information est donnée dans un message Facebook par Vitaly Koval, le gou­verneur ukrainien de la région de Rivne (nord-ouest de l’Ukraine). Dans ce message publié sur les réseaux sociaux, Vitaly Koval qualifie de «nouvelle importante» pour le peuple ukrainien et a exprimé sa gratitude aux travailleurs et travailleuses des chemins de fer pour leurs efforts et conclut: «Mes amis, la connexion ferroviaire avec la République de Biélorussie s’est arrêtée. Cela signifie que la Russie ne sera plus en mesure de fournir du matériel militaire et des provisions aux occupants via le chemin de fer biélorusse.» Depuis plus d’un mois, les sabotages se succèdent et le transport militaire russe ferroviaire est large­ment entravé.

Face à ces «difficultés» inattendues, les chemins de fer biélorusses pourraient être soumis à une «purge» à grande échelle, au cours de laquelle des «employés peu fiables» seraient licenciés, explique une chaîne cryptée de cheminots biélorusses. Des troupes d’uni­tés spéciales sont postées le long de voies ferrées. Certaines de ces patrouilles en armes seraient en civil, munies de talkies-walkies et de traceurs GPS. Elles installeraient leurs tentes à proximité des voies ferrées.

Le 30 mars, une escouade de ces soldats ouvre le feu sur un groupe de cheminots-partisans en action. Les coups de feu ont été entendus près de l’arrêt de Babina dans le district de Babruisk (tronçon Asipovichy-Zhlobin). Les partisans avaient ouvert deux armoires à relais (nécessaires à la signalisation ferroviaire). Ils ont réussi à en incendier une. Jusqu’au moment où un groupe de militaires qui se trouvait dans les bois et devait garder ledit matériel a ouvert le feu. Cependant, les partisans ont pu s’échapper.

Selon le site biélorusse Zerkalo (30 mars), au moins 40 employé·e·s des chemins de fer sont aux mains du KGB biélorusse. En outre, quatre autres cheminots dont un conducteur de train sont détenus à Gomel, dont au moins un a été placé dans le centre de déten­tion provisoire du KGB. Tous auraient été abonnés à la chaîne cryptée «Communauté des cheminots de Biélorussie», qui est dénoncée comme une formation extrémiste. (Article publié dans le numéro 4 de Soutien à l’Ukraine résistante, 10 avril 2022)

AUTRES SOURCES D'INFORMATION :

https://alencontre.org/europe/russie/bielorussie-sabotages-ferroviaires-les-cheminot%C2%B7e%C2%B7s-en-action.html

et aussi :

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-chronique-d-anthony-bellanger/histoires-du-monde-du-mercredi-27-avril-2022-5458688

https://siecledigital.fr/2022/01/26/des-hacktivistes-tentent-dempecher-le-passage-de-troupes-russes-en-bielorussie/

https://twitter.com/intent/follow?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1485618881557315588%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fsiecledigital.fr%2F2022%2F01%2F26%2Fdes-hacktivistes-tentent-dempecher-le-passage-de-troupes-russes-en-bielorussie%2F&screen_name=cpartisans

https://www.voiceofbelarus.org/fr/belarus-nouvelles/la-guerre-du-rail-au-belarus/

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/04/01/la-resistance-bielorusse-se-mobilise-pour-l-ukraine_6120152_3210.html

Guerre de classe des cheminots ?

En tant qu’allié proche de la Russie, la potiche de Poutine Loukachenko persiste à servir de base aux troupes russes qui y organisent leur ravitaillement pour le front Nord. Mais cette logistique de guerre est entravée par les cheminots biélorusses.

Dès les premiers jours de l’invasion russe, les chemins de fer biélorusses ont été visé par des actes de sabotage sur les systèmes de signalisation et les liaisons de télécommunications, comme l’indique le site d’information zerkalio.io en se référant à la chaîne Telegram Live de la Communauté des cheminots de Biélorussie (@belzhd_live). Par ailleurs, des pirates informatiques ont mené des cyberattaques contre les systèmes de commande centraux.

Depuis lors, de nouvelles attaques sont rapportées presque quotidiennement, comme l’a publié le site russophone de la Deutsche Welle :

Le 14 mars, l’équipement était hors service sur le tronçon Damanava-Liasnaya (région de Brest), et le 16 mars sur le tronçon Farynava-Zahatstse (région de Vitsebsk). Le lendemain, des « inconnus » ont volé six transformateurs de signaux dans l’armoire de relais de la gare de Vorsha-Tsentralnaya, provoquant une panne des feux de signalisation pendant près de six heures. Selon la chaine de message des cheminots biélorusses de Telegram, dans la nuit du 25 mars, deux armoires électriques de signalisation, de centralisation et de verrouillage ont été brûlées près de Barysau (région de Minsk). Et dans la nuit du 28 mars, selon le Ministère biélorusse des Situations d’urgence, deux armoires électriques ont été incendiées sur la ligne Asipovichy-Viareitsy (région de Mahiliou).

Après les actes de sabotage, la police et les services biélorusses ont procédé à plusieurs arrestations. Le 31 mars, selon zerkalio.io, 40 cheminots ont été arrêtés, dont plusieurs conducteurs de train, machinistes et auxiliaires du dépôt ferroviaire de la ville de Gomel. Ils sont menacés d’être poursuivis pour « actes terroristes » et « appartenance à une organisation extrémiste », ce qui les expose à des peines de prison pouvant aller jusqu’à 15 ans.

Depuis, des membres armés des services secrets et de l’armée patrouillent le long des voies ferrées et aux principaux postes de commande. Pourtant, la « guerre des cheminots » se poursuit. En raison des nombreux actes de sabotage et des cyberattaques, les trains et les aiguillages ne peuvent plus être actionnés que manuellement, limitant ainsi le trafic ferroviaire à une vitesse de 15 à 20 km/h.

Un impact de « résistance » d'ordre militaire qui ne débouche pas encore sur une exemplarité sociale

Cette action « terroriste » des cheminots est pour l'instant exaltée par la bourgeoisie démocratique occidentale et reste récupérée par... l'armée US, vue comme en quelque sorte la résistance française en 1944 pour favoriser le débarquement.

L’armée russe est grandement dépendante des voies ferrées d’un point de vue logistique. L’ancien officier de l’armée américaine Alex Vershinin, explique dans une analyse : « Les forces logistiques de l’armée russe ne sont pas conçues pour une offensive terrestre de grande envergure loin de leurs voies ferrées. Les forces russes ne possèdent que l’équivalent des trois quarts du nombre de véhicules de combat des forces américaines, pour presque trois fois plus d’artillerie. En raison de ces bataillons d’artillerie et de défense anti-aérienne supplémentaires, les besoins logistiques des Russes sont bien plus élevés que ceux des Américains »

Cette action de « résistance » si vantée par trotskars US et français reste à prendre en compte avec des pincettes (en particulier parce qu'elle est à l'initiative des syndicats dont on sait la propension naturelle à conserver le système capitaliste) et à condition que la lutte sociale (grèves et manifestations) se reproduise à grande échelle et inquiète le régime des Poutine et Lokachenko au point qu'ils accélèrent les pourparlers pour mettre fin à la guerre dont les coûts humains sont terribles pour tous les belligérants. Les coups d'éclats de ces derniers jours (cibles civiles un peu partout, menaces nucléaires et recours aux armes vieillies) manifestent un possible tournant vers justement des pourparlers, certes cyniques et incertains, mais plus produit par l'ébullition intérieure d'une classe ouvrière dont on préfère ne pas parler.


mardi 21 juin 2022

L'HEURE DE VERITE DE L'ABSTENTIONNISME


Elle est pas sexy la première ministre maintenue?
« Une électrice de 34 ans d'Alençon dans l'Orne, qui avait voté à gauche au premier tour, s'est présentée au bureau de vote,
avec une pince à linge sur le nez pour « montrer son dégoût ». (cf. Midi libre)

 « si les attentes en matière sociale, cristallisées autour du thème du pouvoir d’achat, sont indéniables, les inquiétudes civilisationnelles demeurent. Au moment où les candidats de la Nupes l faisaient de la surenchère, l’opinion entendait avec consternation les échos du Stade de France. La fameuse droitisation du pays était largement une chimère, mais l’est tout autant l’idée d’une conversion subite des Français au gauchisme culturel ». Jérôme Sainte-Marie

« Il aurait été plus simple pour le président réélu de gouverner avec une majorité absolue, mais en refusant de lui accorder une Assemblée acquise à sa cause, les Français privilégient le débat démocratique entre leurs représentants » (Libération)


Cette dernière réflexion de la smala Libération n'est qu'une tentative pour calmer l'affolement qui saisit l'appareil de l'Etat et même ses opposants de carnaval les plus farouches. Les Français c'est quelle classe sociale ? Disons la population a exprimé sous diverses couleurs son rejet de la politique étatique depuis cinq ans, ce qui n'est pas du tout révolutionnaire. Le rejet des uns n'est pas celui des autres. Les bobos qui ont choisi la Nupes sont de doux rêveurs écolos en général et moralistes staliniens. Les électeurs du RN sont composés de nuances qui vont du complotisme gilet jaune aux « fâchés mais pas fachos ». La droite bourgeoise dispose du même troupeau d'électeurs et son résultat reflète le fait qu'elle a toujours été minoritaire mais assez magouilleuse pour se maintenir aussi longtemps au pouvoir jadis1.

C'est une heure de vérité ce second épisode de la foire électorale, d'abord par la confirmation et légère amplification et confirmation d'un abstentionnisme historique qui lui est très politique, voire plus citoyen que celui qui s'abaisse à glisser un papier puant dans l'urne, du fait même qu'il ne renie pas ce droit de vote acquis surtout par le mouvement ouvrier, et qui retrouve son utilité en cas de référendum, comme le défendaient jadis les bordiguistes lors du référendum sur l'avortement en Suisse. D'ailleurs dans toute révolution il existe et existeront des systèmes d'élection pour toute la population et les classes même bourgeoises qui voudront être représentées ; on ne supprimera pas la bourgeoisie avec des goulags.

La bêtise générale de tous les commentateurs face à cette heure de vérité est de mettre tout sur le dos de Macron grâce à ce mépris de l'élite qui ne se cache pas de conchier les électeurs récalcitrants abstentionnistes ou ceux qui ont voté RN ; Le Monde est en tête des amalgames gauchistes les plus minables. Je pense que Macron a limité les dégâts en laissant Mélenchon en surdose médiatique avec son programme insensé, se ridiculiser et surtout – avec les mesures de gestion stalinienne et son soutien wokiste à la banlieue islamisée – renforcer abstention et pousser plein de gens, même ouvriers, a voter pour la mère Le Pen ; ce dernier parti étant assuré de ne pas prendre le pouvoir (Marine Le Pen a elle-même été surprise)2. Ce n'est donc pas, contrairement au mensonge de Libération, un peuple français qui aurait voté pour une plus grande démocratie dans un Parlement de figurants pourris et instrumentalisés par la hiérarchie étatique, mais pour contrer d'abord la bande de cuistres des héritiers punks de la gauche caviar, porteurs dangereux de l'idéologie woke3 et un Macron opportuniste effrayé par l'hypothèse d'une forte poussée de la gauche bobo.

En réalité c'est Mélenchon qui a entraîné Macron dans sa chute, l'un et l'autre se sont en quelque sorte annihilés.

Pas de déferlement ni de Premier ministre auto-proclamé !

Exit le troisième tour fabulateur ! Libération titrait, avant de tenter de modérer la catastrophe,et sans jeu de mot : « la gifle » et s'attardait sur la malchance de Macron, sans comprendre que c'est l'ensemble du système qui s'est trouvé ridiculisé avec ses petites magouilles de pouvoir et l'arrogance des chefs de partis. Le tout sauf Macron est devenu le bordel avec Macron.

Jupiter Macron et Jupiter Méluchon ont tous deux culbuté comme deux boxeurs tout à leur combat ne voyant pas arriver un troisième larron. En effet le résultat est aussi détestable pour les deux M. Macron, qui n'avait en effet pas trop mouillé sa chemise pour le deuxième tour de cirque, n'ayant pu que se limiter frileusement à retourner quelques répliques à l'animateur du bal électoral (qu'il remerciait en aparté pour son tapage de recruteur), tout en laissant parader jusqu'à la saturation (pour ne pas dire se ridiculiser) ce Mélenchon qui s'échinait à faire le travail pour toutes les cliques en lice : « C'est nul de ne pas aller voter" serina-t-il un jour à un conclave de jeunes bourgeois: « C'est abandonner le monde à ceux qui ont du fric. C'est bête ». « Je ne vais pas caresser la tête de tout le monde: je veux juste dire aux jeunes qu'il faudrait quand même qu'ils se mêlent un peu de leurs affaires, parce que c'est pas la peine de venir râler sur Parcoursup si après c'est pas pour voter pour ceux qui veulent l'abolir. Et que puisque nous partageons le souci de la planète, c'est le moment d'envoyer des gens à l'Assemblée nationale qui vont s'y prendre pour de bon et pour de vrai ».

Puis il avait appelé tout un chacun, pour la patrie, à déferler au deuxième tour. Peau de balle ! Un invité surprise – le gros chiffre du RN - que je n'avais pas vu venir moi-même dans mon précédent article, croyant que la bourgeoisie était en train de retrouver la tranquillité gouvernementale bipolaire. Que nenni l'hémicycle ressemblera plus à à camembert avarié et puant qu'à une répartition de cliques bourgeoises bien délimitées ou avec cette bonne vieille tenaille gauche/droite ; et plus troublant pour la planète bobo, avec un RN en nombre et dédiabolisé (qui, sous régime proportionnel, serait largement majoritaire...). Et pour cause comme je le noterai plus loin.

Macron, bien que surpris lui aussi, a été plus fin que ses conseillers et les divers journalistes, il aurait dit : « on entre dans le bizarre » et la Nupes va se désagréger.

Le résultat du RN éclipse celui du nombriliste de la gauche punk qui devait être le gagnant de la soirée, Jean-Luc Mélenchon. Le bateleur de foire post-PS ne sera pas Premier ministre, mais cela, il s’en doutait, seuls ses gogos enseignants en rêvaient. Sa déception tient plus au nombre de députés de la Nupes envoyés à l’Assemblée : 149 députés4, et encore en additionnant toutes ces catégories de l'idéologie burkini-fémino-écolo-animo de gauche ou gauche woke car sans ces particules ajoutées de cette noria, LFI a un peu moins de députés que le RN.

On a sous-estimé à mon avis que l'obligeance des médias à mettre systématiquement en vedette et à citer les moindres pets de souris de Mélenchon, finissant indirectement par le ridiculiser comme marque déposée de la gauche neuneu. Son discours gêné et incertain au début de la soirée du deuxième tour fut plus ridicule et wokiste que le précédent : « Ouvrières, ouvriers... » orna le début de l'homélie à une présumée avance historique (en attente de l'abstention finale), pourtant pratiquement pas d'ouvriers dans les rangs des godillots des partis ni d'électeurs prolétaires en nombre ; l'ouvrière de LFI qui est exhibée comme femme de ménage... noire n'est qu'un panneau publicitaire antiraciste ; ce n'est plus l'être prolétaire qui est mis en avant mais la couleur de peau, comme Macron avec le nouveau ministre de l'Eduque Naze. Misère de l'idéologie antiraciste.

C'est une minorité de la population qui vote, surtout bourgeoise et petite bourgeoise évidemment, mais en particulier au cœur des cités « urbaines » où pullulent ces inénarrables couches moyennes ou comme vous le savez ces bobos mégalos et pédalos. Les sièges parlementaires sont obtenus donc sur la base d'une minorité bien éduquée, diplômée, socialement sans besoins dramatiques, et qui veuve de la croyance révolutionnaire si lointaine imagine une société présente préoccupée de « sauver la planète » et gérée comme un jardin d'enfants par diplômés ou ratés de la promo universitaire, avec la même moralité stalinienne qui ne tolère aucune critique des gens de pouvoir de cette notion devenue si vague et creuse, la gauche.

Il faut lire entièrement le long et passionnant rapport sur l'Abstention rédigé pour le gouvernement en juin 20215 :

« Les mouvements politiques vainqueurs des échéances électorales de 2017, En marche, et, dans une moindre mesure, La France insoumise, n’ont pas réussi à renouer un lien fort et durable avec les citoyens. La République en marche n’est pas parvenue à se muter en organisation agile, dynamique et implantée dans les territoires. Quant à La France insoumise, que Jean-Luc Mélenchon a présenté comme un « mouvement ni horizontal ni vertical » mais « gazeux » on peine à identifier les ressorts de son fonctionnement interne. L’universitaire Igor Martinache va même plus loin en considérant que ces mouvements« amplifient même certains traits problématiques des partis dits traditionnels [...] : adhésion sans engagement, confusion des statuts, absence d’ancrage territorial ; refus de la démocratie interne ».

Rien pour donner envie de voter en faveur de ces partis gazeux, pour ne pas dire paternalistes ou gâteux. Dans ce contexte devenu traditionnel de forte abstention, en Seine-Saint-Denis où LFI drague sans gêne avec les théories wokes et amalgames islamo-gauchistes, la population idoine s'est un peu plus mobilisée qu'en 2017, restant néanmoins le département avec le plus faible taux de participation : 27,72 % des inscrits. Pour porter les cadres bobos de la clique à Mélenchon au second tour, qui se vantent par après d'être de vrais élus. Les gros points rouges des graphiques officiels et journaleux cachent cette réalité de base, plus de la moitié des habitants ne votent pas.

Pour autant, avec ce mensonge statistique, ce n’est ni une victoire ni un vote permettant de prétendre à une alternance. Les Nupes obtiennent le même résultat en pourcentage que l’addition des scores de LFI, du PC et des Verts aux législatives de 20176. En ajoutant dissidents et divers gauche, on obtient 30 % des suffrages exprimés, ce qui reste très minoritaire. Difficile d’y voir une poussée électorale de la gauche punk. De plus, la Nupes n’attire pas les catégories dites populaires, car les termes classe ouvrière défrisent. Seuls 18 % des ouvriers qui se sont rendus aux urnes ont voté Nupes, mais je voudrais savoir comment est calculé ce pourcentage qui est probbalement bien inférieur. Il s’agit en fait d’un vote de classe moyenne salariée et diplômée: 35 % des professions intermédiaires ont ainsi voté pour ses candidats. Le vote en faveur de nuls Nupes dépend du niveau d’études (17 % parmi les votants qui n’ont pas le bac jusqu’à 32 % chez les votants à bac +3) et décroît selon le niveau de revenus (34 % des suffrages exprimés parmi les revenus faibles et seulement 22 % parmi les revenus élevés)7.

Un dégagisme aussi du wokisme

L'OBS a fourni les premières analyses pas très pertinentes tout en attribuant au dégagisme un désir de rééquilibrer le pouvoir des factions bourgeoises, comme les braves rédacteurs de Libération. Professant que « Emmanuel Macron n’avait pas imposé de dose de proportionnelle dans son premier quinquennat contrairement à ce qu’il l’avait promis. Les Français l’ont quelque part imposé. Cette Assemblée sera bien plus représentative de la diversité du pays que la précédente ».

L'OBS est incapable d'expliquer pourquoi ce résultat important du RN est le signe que celui-ci ne fait plus peur. Le Front républicain est ridiculisé par le Front national. Certes les passages télévisés de plusieurs de ses représentants a démontré qu'ils ne sont ni débiles ni abrutis fachos, mais c'est surtout Zemmour qui a fortement contribué a dédiaboliser Le Pen ; Zemmour éructait tout de même des vérités gênantes, mais il a failli, non à cause de son admiration pour Trump et Poutine, mais en faisant appel à... l'union des droites, c'est à dire des élites bourgeoises conchiées historiquement par la classe ouvrière, sans se soucier non plus du « pouvoir d'achat » des prolétaires. Le Pen, elle, a mis en premier point le niveau de vie tout en mettant un bémol à la question de l'immigration et en révisant son projet de sortie de l'union européenne, comprenant qu'il n'y a plus de solution nationale ; ce que n'a pas compris, et à son détriment, le patriote Mélenchon. Plus que le nombre de députés RN t plus réjouissant : fin d'une diabolisation neuneu !

Le « politologue » Jérôme Sainte-Marie, que je lis souvent pour ses analyses lumineuses et autrement lucides que le CCI généraliste et abstrait8, démystifie la tactique politique des mélenchoniens :

« Il serait possible de ne voir dans la consigne d’entre-deux-tours donnée par Mélenchon que la traduction d’une concurrence naturelle pour prendre la direction politique des classes populaires s’il ne prônait désormais - la chose est assez récente - une idéologie que l’on peut résumer sous les termes de wokisme ou d’intersectionnalité. La position sociale y est placée sur le même plan que le genre, l’appartenance religieuse ou l’apparence ethnique et ne constitue plus qu’une identité parmi d’autres. Contrairement à ce qui s’écrit parfois, il s’agit d’une parfaite négation du marxisme, dont sont issus nombre des cadres les plus anciens de La France insoumise ». Sans oublier que Mélenchon a fait appel à ses ex-potes lambertistes9, et a pu compter sur le soutien de l'équipe à Poutou.

Macron avait fait une concession au mélenchonisme mais qui a servi aussi de révélateur du fonds politique débile de LFI, avec ses deux tarés Caron et Rousseau :

"En se réjouissant de la nomination au ministère de l’Éducation nationale de Pap Ndiaye, éminent représentant de cette pensée d’importation américaine, Mélenchon, Corbière ou Coquerel ont envoyé un message d’une grande portée idéologique. Désormais, La France insoumise assume la division des catégories populaires selon des lignes de fracture ethnique ou religieuse et même la revendique. Il s’agit là, si l’on s’inscrit dans la vision du monde des Insoumis eux-mêmes, d’un formidable cadeau aux catégories dominantes. En troquant l’assimilation pour la créolisation comme visée sociale, Mélenchon et ses fidèles renoncent à toute ambition de constituer un bloc populaire. Certes, la Nupes capte les attentes concrètes de la fonction publique, de travailleurs précarisés de la société de services et, on l’a vu, de nombreux ouvriers et employés. Pour autant, elle n’échappe pas à une certaine réalité sociologique dans sa fraction dirigeante ».

« ... la petite-bourgeoisie constitue le terreau de la Nupes, celui dont elle tire ses cadres et sa vision du monde. Ces catégories sociales intermédiaires vaguement déclassées ont un fief, le 11e arrondissement de Paris, au bord du canal Saint-Martin, où, le 10 avril dernier, Jean-Luc Mélenchon a obtenu 36 % des suffrages exprimés, Emmanuel Macron 33 % et Marine Le Pen 4 %. L’expression de petite-bourgeoisie renvoie moins à une position précise qu’à un rapport social et, partant, à une mentalité. Pour simplifier, disons que l’on y chérit le rassemblement bavard et impuissant que fut Nuit debout et que l’on s’y défie du mouvement des «gilets jaunes» première manière, lorsqu’il mobilisait le petit peuple industrieux de la France périphérique. Souvent détentrice de titres scolaires, dont elle pressent la fragilité, (…) cette petite-bourgeoisie urbaine se distingue aussi bien de la classe managériale que de l’univers des propriétaires profitant de la manne immobilière. À tout point de vue, elle se trouve dans une situation ambivalente, aspirant à une aisance bourgeoise sans le plus souvent y parvenir, d’où frustration et ressentiment. Dès lors, l’intérêt de ses représentants pour la condition populaire a pour principal objet d’intenter un procès permanent à une société qui ne reconnaîtrait pas suffisamment leurs mérites supposés. Il ne s’agit guère d’une identification à l’univers des ouvriers, des employés et des petits indépendants, dont le petit-bourgeois contemporain fustige les valeurs, les pratiques culturelles et le vote »10.

LES ELECTEURS DE MELANCHON VOTENT TOUT AUTANT POUR MACRON

« Lors du second tour de l’élection présidentielle, si les classes populaires ont massivement choisi Marine Le Pen, la petite-bourgeoisie, qui avait préféré Yannick Jadot ou Anne Hidalgo au premier tour, s’est largement reportée sur Emmanuel Macron, ainsi que 42 % des électeurs de Mélenchon. La figure du migrant est alors bienvenue pour se maintenir dans une attitude critique à l’égard de l’ordre social sans risquer cependant de le contester véritablement. Et puisque la petite-bourgeoisie vit dans l’ambiguïté de sa situation sociale, elle sublime ses contradictions dans l’abstraction morale. Pour cela, elle a un mot bien commode dans sa plasticité historique: la gauche »11

Le résultat électoral si choquant pour la gauche punk bien pensante permet cette remarque si évidente :

« La France, quant à elle, fait un saut dans l’inconnu politique. Séisme à l’Assemblée: des bataillons bruyants et querelleurs vont s’installer de part et d’autre de l’hémicycle et le transformer en chaudron bouillonnant de passions. C’est toute la physionomie de notre débat démocratique qui - on le verra si Élisabeth Borne se plie à l’exercice de la déclaration de politique générale - va en être profondément affectée. Comment gouverner l’ingouvernable? Tel est le défi - crucial ».

Vous avez dit « Bizarre » aurait dit Macron !

Dans les commentaires du Figaro qui les autorise, alors que Libération n'en permet aucun (héritage du gauchisme stalinien) j'ai contesté que l'Etat soit affaibli, Macron peut-être mais : « vous avez tous l'air de dramatiser, or c'est secondaire, la volonté de revitaliser "la représentation nationale" et de faire croire que les députés ne seraient plus des godillots est une victoire idéologique bien plus importante, une telle assemblée de gueulards servira de bouclier à l'Etat face aux révoltes sociales ».

PARMI LES VRAIES RAISONS DU SUCCES DU RN : le rejet ouvrier de l'idéologie écolo bourgeoise interclassiste

Les gilets jaunes avaient montré la voie concernant le prix de l'essence, désormais c'est pire, les millions de prolétaires ne pourront plus s'acheter de bagnoles « pour sauver la planète » ! Mais d'abord réjouissons-nous de l'écroulement du « pas de vague ». La gauche punk comme le centre caviar de Macron sont restés sur cet aveuglement volontaire. On a glosé sur la retraite et le niveau de vie en oubliant que les ouvriers sont conscients et préoccupés par les questions de sécurité et la voyoucratie de la justice, tout autant que par l'islamisme envahissant dans les cours d'école jusque dans les piscines, et aussi par une immigration qui est désormais plus symbole de misère et de criminalité que d'internationalisme. Parmi la gauche neuneu seul Rousselet a osé aborder le problème, se faisant traiter de réac par la gauche punk. L'explication est pourtant connue comme le rappelle JérômeSainte-Marie :

« Le RN s’est historiquement ancré dans les territoires concernés par une immigration et une délinquance importantes, puis dans les régions frappées par la désindustrialisation. Il étend désormais son influence dans la France périphérique et prospère dans des terroirs, jadis de gauche ou de droite, où le sentiment de relégation et de déclassement est puissant »12.

Laissez-moi me livrer maintenant à un florilège de citations qui vont au cœur des mystifications. La Nupes des dupes est apparue pour ce qu'elle est, caricaturale et élitaire !

« La Nupes se maintient presque partout au second tour dans l'Ouest parisien. Dans ces circonscriptions, l'union des gauches séduit des cadres sup' ou des anciens de HEC. La raison ? les «fils à papa» s'inquiètent pour le climat. C'est la lutte finale ! On a chanté (faux, comme le veut la tradition) l'Internationale, dimanche soir, dans les salons dorés de l'hôtel de ville de Neuilly-sur-Seine. La scène est rapportée dans Le Parisien : les damnés de la terre, rassemblés devant la salle des fêtes de la mairie après l'annonce de la qualification de leur candidate pour le second tour de l'élection législative, ont brandi le poing fièrement avant de s'égosiller sur les vers révolutionnaires hérités de la Commune de Paris ! Si l'union des gauches fait de bons scores partout sur le territoire, sa très nette percée dans l'Ouest parisien a suscité, davantage qu'ailleurs, l'inquiétude de ses adversaires. Quelques observateurs avertis l'ont murmuré dès dimanche soir : on assisterait à la poussée d'un mélenchonisme des beaux quartiers, comme si une fièvre rouge foncé s'emparait des enfants de la grande bourgeoisie après s'être consolidée dans les quartiers populaires et les banlieues. Ciel alors, des «fils à papa» qui trahissent leur classe ?

L'analyse des résultats de dimanche confirme en tout cas le succès du pari de la Nupes dans les territoires aisés de France. Là où la gauche aurait pu craindre des réticences, chez des électeurs plus fortunés que la moyenne, à passer d'un vote socialiste à un vote écologiste ou insoumis, la magie de l'union a opéré. Prenons ainsi les quinze circonscriptions les plus aisées du pays, eu égard au revenu moyen de leurs électeurs. De fait, toutes se trouvent concentrées dans trois départements : Paris, les Hauts-de-Seine ou les Yvelines. Les candidats de la Nupes se maintiennent au second tour dans treize de ces quinze circonscriptions, là où en 2017, seule l'une des quinze avait vu un candidat de gauche accéder au second tour : dans les autres, la majorité présidentielle et Les Républicains raflaient partout la mise ».

« Qu'est-ce qui pousse donc ces électeurs aisés, issus de quartiers où le prix moyen au mètre carré oscille entre 8000 et 15.000 euros et de communes qui arrivaient en tête, du temps de l'ISF, au classement des villes où l'on y était le plus assujetti, à vouloir mettre Jean-Luc Mélenchon à Matignon ? «Il ne faut pas oublier que la Nupes n'est pas LFI, observe François Kraus, directeur des études à l'Ifop. L'union des gauches rallie des électeurs au profil classique de la grande bourgeoisie, appartenant à des catégories socioprofessionnelles aisées mais attachés à l'expression d'un vote contestataire. La gauche punk, maintenant, c'est Mélenchon. C'est un vote qui reste élitaire, mais stimulé par des préoccupations qui s'implantent chez les catégories aisées, notamment les questions environnementales. C'est davantage un vote de raison que d'adhésion».

« La clef serait donc l'affirmation électorale d'une «génération climat», venue bousculer les déterminants socio-économiques plus traditionnels du vote ? C'est ce même constat que fait, de son côté, la députée neuilléenne sortante Constance Le Grip. «Ce n'est pas encore une éruption fracassante sur la scène politique altoséquanaise, mais on sent bien qu'il y a une percée manifeste de la gauche radicale, en effet, jusque dans les territoires les plus privilégiés, que j'interprète comme une volonté d'envoyer un message au sujet de la planète». Elle a beau rester grande favorite de cette élection, cette candidate macroniste issue des rangs de la droite scrute avec attention ce qu'elle appelle une «prise de conscience écologique» à Neuilly ou ailleurs dans la circonscription. «C'est davantage ce souci pour l'environnement plutôt que le soutien à la révolution au Venezuela qui semble les attirer chez mes adversaires ! Les habitants de Neuilly me parlent de plus en plus de cause animale, de sécurité alimentaire, de qualité de l'air, et de tout ce qui a trait au bien-être et aux modes de vie : la pollution, le bruit, maintenant la canicule...»

« Nous ciblons de plus en plus la jeunesse éduquée » ne cesse d'ailleurs de réciter les polichinelles de LFI ! Malek, militant de la France insoumise dans les Hauts-de-Seine, assure en voir les fruits sur le terrain : «Il y a évidemment une jeunesse bourgeoise, issu des milieux favorisés, qui est convaincue par notre programme sur l'écologie : même quand ces gens gagnent très bien leur vie, ils acceptent que l'on augmente un peu les impôts de ceux dont les revenus sont supérieurs à 4000 € par mois, si c'est pour mieux agir pour le climat».

Pour mieux s'assurer leur adhésion, les insoumis n'ont du reste pas hésité à mettre en avant ces thèmes plutôt que d'autres, au cours de la campagne. «Nous ciblons de plus en plus la jeunesse éduquée, celle qui a été rassurée de voir que nous avions intensifié nos efforts pour financer notre programme. Ils comprennent moins notre souhait de 'désobéir' à certains traités européens, on insiste moins là-dessus...» renchérit-il. « Notre cible, ce sont aussi de plus en plus les élèves des écoles de commerce.

Jean-Luc Mélenchon s'était d'ailleurs lui-même rendu à HEC l'an dernier, pour débattre pendant deux heures avec un cercle d'étudiants passionné de politique. Son intervention avait été précédée d'un long (et gênant) panégyrique. « La République, c'est vous ! » lui avait lancé, mi-goguenard mi-admiratif, l'un des animateurs de la soirée en guise de préambule. Un élève de la prestigieuse école de commerce, qui compte travailler dans la finance, y avait assisté et ne fait pas mystère de son dilemme aujourd'hui : « évidemment, tout ce qu'on a appris en cours contredit les théories économiques des insoumis. Mais ce qu'on nous apprend, ça ne marche pas non plus : les inégalités se creusent, surtout depuis la pandémie. Et surtout, l'urgence climatique nous empêche de penser comme avant. Mélenchon à Matignon, ce n'est peut-être pas la solution miracle, mais on n'a plus le choix : il faut essayer. » Chez lui, les discussions politiques sont houleuses : son père, qui a été longtemps chef d'entreprise, a longtemps essayé de le raisonner. Mais rien n'y fait. Des électeurs voire des militants comme lui, Julie Barbaux en compte un certain nombre, et ne boude pas son plaisir : « à Neuilly, on a même des opposants de droite qui nous disent que leurs enfants votent pour nous ! » Tu quoque, fili…

CONTRE L'ECOLOGIE PUNITIVE

L'écologie bourgeoise n'a pas été le principal souci électoral du FN, ce qui a joué face au dégoût des classes pauvres face au moralisme écologique et au bio si cher. Le Pen n'a usé que d’un « habillage vert » à visée électoraliste que d’une position réfléchie. « En outre, il existe un fort rejet de l’écologie chez certains militants d’extrême droite, qui ne voient que des "pastèques" dans les activistes écologistes — vert à l’extérieur, rouge [communiste] à l’intérieur —, adeptes du "mondialisme" »13. Il existe aussi un climatoscepticisme qui choque les bobos mais qui est pourtant compréhensible pour les couches les plus pauvres lorsqu'elles payent la facture.La faction bourgeoise écolo reproche donc un déni des « enjeux climatiques » à Marine Le Pen, avec des arguments drolesques : « ...lors d’une conférence de presse, la candidate avait d’ailleurs reconnu qu’elle ne comptait pas faire de la question environnementale internationale « l’alpha et l’oméga de [s]a politique étrangère », au risque de miner la lutte contre le changement climatique »14.

Overdose de Mélenchon! inconscience des beaux quartiers! jeunes bourges écervelés! L'écologie bourgeoise sert à nier les classes sociales! Cette idéologie sert de vade-mecum pour prétendre rénover le Capital en déclin et de plus en plus destructeur. Pourquoi tous ces neuneus écolos ne font rien contre la guerre en Ukraine, autrement polluante et criminelle que les gaz d'échappement?

LA NUPES VA SE DESAGREGER (Macron)

Il ne croyait si bien dire mais en faisant mine d'oublier que son regroupement est aussi aléatoire que celui de Mélanchon. Bayrou et Philippe peuvent aussi bien le lâcher que les particules écolos-animalos qui composent le cartel électoral sans lendemain de la Nupes. A peine les lampions électoraux éteints l'union « populaire » se dissout, après avoir joué des mécaniques en lançant une motion de censure15. La prétention néo-stalinienne de Mélenchon de les mettre tous en coupe réglée au nom de la lutte antifa … en plein Palais Bourbon a fait plouf :

« David Cormand, député européen et ancien secrétaire national d’EELV, prévient: «la Nupes est un outil électoral spécifique pour ces élections législatives avec la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas structurel». Quant aux européennes, «les Français ne comprendraient pas qu’il y ait une proposition commune alors que nous siégeons tous dans des groupes différents au Parlement européen. Nous avons des identités politiques différentes». Les communistes, a priori, s’opposent aussi à un tel projet. Fabien Roussel, leur secrétaire national et ancien candidat à la présidentielle, n’a eu de cesse de rappeler que la Nupes aura été un «accord électoral» pour sauver la gauche à l’Assemblée. En aucun cas la première pierre d’un «parti unique».

La Nupes est déjà nue ! Elle va être soumise à l’épreuve du réel à l’Assemblée nationale. Pour la constitution des groupes déjà. Un moment stratégique pour les Insoumis, qui vont pousser au maximum la machine à engranger les «divers», en particulier ceux des outre-mers, mais pas uniquement, pour faire face au RN potentiellement premier groupe d’opposition… La perspective d'un gueuloir permanent ne sera pas de nature à conforter un supposé désir du « peuple » de rééquilibrer les forces « démocratiques » à la Chambre des noms d'oiseaux !

LA NUPES FUT UN JEU DE DUPES

Une question subsiste : Pourquoi Jean-Luc Mélenchon fait cette proposition face à la presse sans en parler à ses alliés ? La Nupes paraît divisée, lui reprochent déjà quelques élus à gauche. «Je ne comprends pas cette capacité à se tirer tout seul une balle dans les pieds, regrette un cadre socialiste. C’est une connerie de nous faire un chantage au groupe unique alors que les termes de l’accord sont clairs depuis le début.»

La place de premier opposant bénéficiant de la priorité pour l'élection du président de la commission des finances était rêvée par les godillots de Mélenchon mais cramée par la magouille politicienne d'une prétendue union populaire mais hétéroclite et coalition précaire d'égos démesurés, dispersés dans plusieurs groupes.

La suite au prochain numéro électoral. Dans une ambiance... bizarre.



PS :

Le Monde a fourni une analyse pitoyablement antifa, niveau NPA gauchiste, pas besoin que j'y réponde tellement c'est bête.

« ...en ne donnant pas de consigne nationale pour faire battre les candidats RN, alors qu’Emmanuel Macron doit en bonne partie sa réélection face à Marine Le Pen au respect de cette discipline entre formations républicaines. Dimanche, ce sentiment de trahison s’est traduit par un effondrement général du réflexe républicain (?): d’après les sondages, les électeurs de LRM ne se sont pas davantage déplacés que ceux de la Nupes pour barrer la route à un concurrent RN. De la part de la majorité sortante, cette absence de réciprocité ne signe pas seulement le cynisme d’une manœuvre à courte vue – qui aura finalement contribué à nuire à son propre résultat.

Jamais aucun signe d’égalité n’avait été tiré entre le parti d’extrême droite – dont les racines xénophobes n’ont pas évolué – et la protestation radicale portée par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, quels que soient les griefs formulés à son encontre.

Plus récemment, avant le second tour, des emprunts ont même été effectués dans le programme et les slogans du candidat « insoumis », des paroles amènes ont été prononcées à l’attention de ses partisans. Jusqu’à ce que l’accord conclu au sein de la Nupes ne modifie le rapport de force et conduise brusquement à traiter la coalition autour de M. Mélenchon comme le plus grand des périls, et comme une proposition « extrême ». Au risque de laisser penser que cet adjectif sert avant tout à disqualifier, au gré des circonstances, tout ce qui gêne l’accès puis le maintien au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Au milieu de l’hécatombe des figures de la majorité, sa victoire sonnait comme un rappel bienvenu de ce que fut l’essence proclamée du macronisme : un attachement à la construction européenne viscéralement lié au rejet du nationalisme d’extrême droite.

Toutefois, les défaillances de la coalition présidentielle n’expliquent pas, à elles seules, le nombre historique de députés RN et l’attraction que ce parti exerce sur des électeurs loin d’être tous conscients des périls que cachent les nouvelles postures protectrices de Marine Le Pen. La complaisance prêtée par certains médias, et quelques intellectuels, aux premiers mois de campagne d’Eric Zemmour a certainement accentué le trouble, en laissant accroire que ces délires racistes et xénophobes étaient compatibles avec un rassemblement de toutes les composantes de la droite et de son extrême. La délimitation de ce qui peut être dit, et surtout être fait, en démocratie, n’en finit plus de susciter l’ironie. Les votes de barrage sont devenus objets de moquerie, l’invocation de principes républicains est assimilée à un bruit de quincaillerie.

Lors de ces législatives, les Républicains ont fini par payer le prix fort de cette banalisation, en voyant leur nombre de députés amputé de plus d’un tiers. Le RN pourra constituer un groupe plus puissant que le leur, et sans doute même revendiquer le statut de deuxième parti le mieux représenté à l’Assemblée, devant La France insoumise, composante la plus fournie de la Nupes.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/06/20/elections-legislatives-2022-le-parti-presidentiel-rattrape-par-le-degagisme_6131200_3232.html



NOTES

1Nupes 149 dont 84 LFI

Ensemble 250

RN 89

2Sur un plan purement arithmétique, le RN a donc bien réuni en son nom propre plus de voix que les deux autres principaux partis, pris individuellement, et c'est la première fois qu'il réalise une telle performance aux législatives. Aux européennes de 2019, il était déjà arrivé en tête, devançant légèrement LREM. https://factuel.afp.com/doc.afp.com.32CJ4P3

3Cette idéologie woke n'a encore jamais été prise en compte par nos petits groupes maximalistes, tel le CCI, qui continuent à en ignorer les délires, alors que, en milieu ouvrier, et j'en ai discuté avec plusieurs jeunes ouvriers, elle est clairement connue et débectée, où la diabolisation du RN ne marche plus, il est juste considéré ...comme toutes les autres mafias, tout en disant des vérités censurées par ces autres de Mélenchon à Macron... trop alignés sur l'antiracisme de salon de Mélenchon lors des derniers remaniements ministériels.

4Ils s'attendaient même à plus de 200 ! C'était sans compter avec le RN. Mais Renaissance n'est pas plus brillant sans ses acolytes : 175. Les médias avait démarré la soirée avec des projections bien plus favorables aux Nupes, fourchette haute 200 députés. Le barrage anti-Mélenchon a parfaitement fonctionné mais outrepassant le souhait de Macron, c'est le RN qui en a profité ! Mais c'est surtout le cinéma sponsorisé par les médias pour Mélenchon plastronnant qui a amplifié le vote Le Pen ; j'ai eu envie moi-même de voter RN pour dire merde à cet histrion.

5https://www.jean-jaures.org/wp-content/uploads/2021/11/Rapport-Abstention.pdf sous la direction du pauvre godillot Richard Ferrand qui vient d'être éjecté.

6Ce que reconnaît l'article le plus puant du Monde (Leçons du dégagisme) : «  le nombre de suffrages obtenus par la coalition n’a pas vraiment progressé par rapport au total de 2017, et l’objectif d’installer le troisième homme de la présidentielle à Matignon est loin d’avoir été atteint. La coalition devra se passer de la présence de son mentor pour s’imposer comme la première force d’opposition, et donner de la visibilité à ses propositions ».

7Ces analyses détaillées de radiographie électorale ont prouvé depuis un siècle leur étonnante sagacité, j'ai déjà informé ici comment les nazis avaient repris les méthodes scientifiques de politologues américains pour analyser et découper en tranches le comportement politique de la population. Gauchistes et CCI dénient tout sérieux à ces analyses statistiques, alors qu'elles nous sont très utiles pour identifier, en filigrane et malgré les termes sociologiques, le niveau de participation des classes. Dans son dernier article sur les élections le CCI généraliste et indifférentiste fait une interprétation complotiste de la sociologie électorale : « Le saucissonnage des résultats des votes par catégories sociologiques  (…) est également une tentative volontaire de semer l’opposition et la division au sein de la classe ouvrière, diffusant par là le poison de la méfiance en son propre sein. Bien entendu, si ces « analyses » comportent factuellement une part de vérité, l’optique reste toujours de discréditer à l’avance toute possibilité d’unité et de riposte ouvrière ». Hors sujet, ce sont les syndicalistes et les politiciens qui divisent ou leurrent la classe ouvrière, pas nos célèbres sociologues dont la plupart des ouvriers n'ont jamais entendu parler. Ce déni de l'étude électorale sociologique est la position de Mélenchon, qui lui permet de ne pas reconnaître que LFI n'est qu'un parti de bobos, ce que nos politologues par contre confirment réellement et concrètement. Il y a aussi une marge d'erreur au niveau des prévisions, ce coup-ci tous nos sondeurs n'ont pas vu venir le RN, ce qui était pourtant prévisible, et qui fut un choix contre les deux M. Dans ce cas, par après, l'analyse sociologique retrouve tout de même sa validité, mais sur la base de la réalité et non des prévisions.

https://www.lefigaro.fr/politique/legislatives-2022-pourquoi-le-rn-a-t-il-ete-sous-estime-dans-les-sondages-20220620

8Qui a prétendu de manière incongrue que « le parti de Mélenchon est en mesure d'encadrer la classe ouvrière », la classe ouvrière ou bien plutôt les patriotes, les antiracistes, les wokistes, etc. Ce qui n'empêche pas parfois des analyses brillantes : « « Naturellement, les plus dangereux bonimenteurs restent sans conteste les forces de gauche, cette fois autour de La France Insoumise et son Union Populaire, même si en marge les gauchistes ne sont pas en reste. Quelles que soient les tractations politiciennes en coulisses, entre EELV, le PS, le Parti communiste, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et LFI en position de force, il faut bien distinguer l’illusoire « contrepoids » qu’une telle formation politique offrirait face à Macron. Il s’agit en réalité de faire croire qu’ « un autre monde est possible » sous le règne du capitalisme et de désarmer le prolétariat vers le piège mystificateur des urnes et de la démocratie bourgeoise. LFI après avoir conspué un PS « traître à la gauche », vient d’ailleurs subitement de constater que ce parti, à l’origine des pires attaques contre la classe ouvrière, avait « changé ».

9C'est l'Immonde qui nous a transmis l'info : « l’ancien trotskiste tendance lambertiste semble avoir renoué avec ses méthodes de jeunesse. Celles des manœuvres congressistes destinées à étouffer toutes les divergences et à récupérer des «orgas». Sûr de sa force, il ne laisse pas le choix à ses adversaires, joue sur la sidération. Ici, c’est à visage découvert. Étrange clin d’œil de l’histoire. Mélenchon a justement renoué aux législatives avec le Parti ouvrier indépendant, héritier des lambertistes, qui le soutenait à la présidentielle ».

10Le célèbre Fourquet allait dans le même sens : « Ce changement du rapport de force au sein des gauches étant une autre illustration de la poursuite du bouleversement électoral initié en 2017. Le biotope dans lequel cette génération Mélenchon est élue est composé par les banlieues (la Nupes devrait réaliser quasiment le grand chelem dans le 93) et par les arrondissements de l’Est parisien, où l’immobilier tutoie tout de même les 10.000 euros du m²... Pour sceller cette coalition sociologique de l’électorat banlieusard avec la gauche en baskets Veja et roulant en Vélib’, la Nupes a adopté une ligne mêlant redistribution sociale, luttes intersectionnelles, wokisme et planification écologique, qui l’éloigne des préoccupations des classes moyennes et populaires de la France périphérique ».

12En même temps, on ne peut qu'être sidéré par le fabuleux enrichissement pour ce parti aussi bourgeois et profiteur de sinécures que les autres : « Avec quelque 4,2 millions de voix recueillies au premier tour, le Rassemblement national peut désormais compter annuellement sur une manne de 6,9 millions d’euros. Une somme rondelette, à laquelle s’ajoutent 35.000 euros par député élu. Avec 89 députés élus ce dimanche, contre sept il y a cinq ans, le parti devrait recevoir annuellement, jusqu’en 2027, près de 10 millions d’euros de dotations publiques ». La rétribution du député moyen est édifiante et justifie la rudesse du combat pour la place: https://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/06/09/20002-20170609ARTFIG00016-elections-legislatives-que-gagne-un-parlementaire.php

13https://reporterre.net/Marine-Le-Pen-a-l-extreme-oppose-de-l-ecologie

14Ibid

15La France insoumise a réitéré samedi son appel «à tous les groupes d'opposition» à déposer une motion de censure contre le gouvernement à l'occasion de la réforme des retraites, dénonçant une «dérive autoritaire» du gouvernement. Plus de 100 motions de censure ont été déposées depuis 1958. Une seule a été adoptée, en 1962, faisant chuter le gouvernement de Georges Pompidou.