"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 30 mars 2022

CRISE DE LA GUERRE TRADITIONNELLE (épisode 11)

 


« Il ne reste plus qu'à souhaiter que la guerre soit rapide, et surtout la moindre destructrice possible ».

Commentaire d'un journaliste au moment de l'invasion américaine de l'Irak1


DU DESORDRE DE LA GUERRE LA REVOLUTION PEUT-ELLE SURGIR ?

Que de réflexions nous occasionne cette guerre !

Dans les périodes de guerres comme de révolution on n 'est jamais en présence de classes pures, et les partis qui se créent ne sont pas forcément délimitables sociologiquement. Les masses pas toujours manipulables et on ne peut pas dire que la classe ouvrière soit la seule victime, mais l'ensemble de la population civile, ce qui relève, paradoxalement pour les superficiels, la responsabilité historique de cette classe, seule capable de réaction collective, hégémonique et politique, ni sentimentale ni pacifiste.

Le désordre de la crise et de la guerre, n'est pas destiné à rester un chaos définitif, peut être facteur d'innovation sociale internationale et « subversive » (au sens profond du terme) puisque l'Etat nation est mort depuis les fausses libérations nationales de l'ancien « tiers-monde ».

La fable de l'identité nationale ne peut être remplacée par les identités religieuses quand la guerre généralise le massacre de populations civiles ; ni Allah ni Jésus Christ ne peuvent être invoqués mais plus sûrement le satan capitalisme.

La classe ouvrière n'est-elle plus qu'une classe de « réfugiés » et de « migrants » ? Les réfugiés ukrainiens arrivent par millions dans les pays de l’Europe centrale et de l’Est. Une aubaine pour les patrons polonais, qui voient d’un bon œil cette potentielle main-d’œuvre qualifiée, tout en s’inquiétant déjà d’un point de rupture... quand ils repartiront. Mais qui n'aura jamais à la bouche le mot révolution.

Le cynisme bourgeois n'a pas de frontières quand c'est toujours « l'autre » qui est criminel de guerre. Le 12 mai 1996, lors de l'émission d'une chaîne américaine CBS une journaliste avait posé la question suivante à Madeleine Albright (qui vient de crever), alors ambassadrice à l'ONU pour Clinton : « Nous avons appris qu'un demi million d'enfants sont morts (à cause des sanctions américaines contre l'Irak), c'est à dire plus d'enfants morts qu'à Hiroshima. Est-ce le prix à payer ? »

Réponse de Madeleine Albright : « Je pense que c'est un choix très difficile mais... oui, nous pensons que le prix à payer est justifié ».

« Arrêter la guerre"? Cela ne saute-t- il pas aux yeux que l'intérêt et le jeu de l'impérialisme américain est de la prolonger le plus possible, pour saigner la Russie? Et de justifier le bond faramineux partout des dépenses d'armement ?2

TOUJOURS LES MEMES VA-T-EN GUERRE RIDICULES

En marge de la lourdingue campagne pour « le droit de la nation ukrainienne à disposer d'elle-même » et « nos valeurs humanitaires », on a méprisé la même chorale « élitaire » des va-t-en guerre en Irak : Romain Goupil, Pascal Bruckner, André Glucksmann, Kouchner, Jambar, Kassovitz, BHL...pour la défense des « idéaux démocratiques »...des marchands de canon, sans risquer leur peau sur le lieu des « opérations spéciales ». BHL comme d'habitude est allé poser pour la photo en chemise blanche puis est rentré chez lui en avion. Le plus ridicule a été cet autre comédien (sic) ; de retour de sa figuration en Ukraine, Mathieu Kassovitz s'est vanté d'avoir accompagné un convoi humanitaire. Mais interrogé par LCI sur son éventuelle participation militaire, il s'est dégonflé sans honte : « je peux pas j'ai trois enfants ». Triste courage des va-t-en guerre ! Le principal sergent recruteur Zelensky est facilement tourné en ridicule par nos chansonniers les moins suivistes de la militarisation de l'information (cf. la chronique de Gaspard Proust)3. Crise donc, aussi, de l'idéologie de guerre suiviste de l'intelligentsia officielle et servile face au doute massif face aux successifs mensonges de guerre depuis l'Irak jusqu'à l'Ukraine car les masses, même manipulées temporairement, n'ont pas la mémoire courte.

La propagande atteint ses propres limites plus la guerre dure, plus les morts s'amoncellent, même si on ne les montre qu'avec parcimonie... ou en inventant de faux massacres. Des deux côtés, même si Poutine reste le plus « chargé » comme seul criminel de guerre à défaut d'en accuser un capitalisme à bout de souffle et incapable de résoudre sa crise économique endémique qu'en augmentant ses dépenses de guerre et en testant grandeur nature et sans vergogne leur niveau de létalité4.

Après quatre semaines de guerre, il reste toujours aussi difficile de savoir quelles sont les pertes humaines de l’armée russe. Elles seraient de 15 300 morts, selon les Ukrainiens, de 9 861 tués et 16 153 blessés, selon le média russe Komsomolskaya Pravda. Quant aux Américains, ils estiment que 10 % des 150 000 Russes engagés ont été tués, blessés ou capturés. En revanche, les destructions et captures d’équipements militaires sont assez bien documentées. Quotidiennement, l’état-major ukrainien diffuse des chiffres (car derrière le comédien Zelinsky il y a une armada militaire très drivée par le Pentagone). Mardi 22 mars, on annonçait que, depuis le 24 février, les troupes ukrainophiles avaient détruit 509 tanks, 1 556 véhicules blindés, 252 pièces d’artillerie, 80 lance-roquettes multiples, 45 systèmes de défense antiaérienne… À ces équipements terrestres s’ajoutaient 99 avions et 123 hélicoptères.

Comme il y a une indéniable continuité entre les guerres successives de « l'empire américain », le général américain Petraeus, ancien patron du commandement Centre en Irak et Afghanistan et ex-directeur de la CIA, s’étonnait, le 20 mars sur CNN, du « manque surprenant de professionnalisme des Russes qui ne savent pas entretenir leur matériel » ; une manière de confirmation du mépris de la Russie. En témoignent ces centaines de chars, blindés et camions abandonnés à cause de pannes ou à court de carburant, sans expliquer comment le pachyderme « soviétique » avait pu tout de même envahir et paralyser complètement l'Ukraine malgré ce « manque de professionnalisme » !

En réalité, l'armée russe aurait été en état de déliquescence depuis le début : « Au-delà de l’entretien, c’est tout le soutien de l’homme et du matériel qui est défaillant, estime Michael Kaufman, du Centre d’analyse navale. Effectivement, les pillages de magasins d’alimentation ukrainiens et les abandons de blindés à court de munitions ou de carburant confirment le piètre niveau de la logistique russe. Côté transmissions, c’est encore pire. Les frappes sur les réseaux de télécommunications russes et les succès de la guerre électronique ukrainienne ont poussé les soldats à utiliser des téléphones portables sur des lignes non-sécurisées. D’où la localisation et l’identification d’unités et de généraux (dont six auraient été tués) qui ont aussitôt été cibles de frappes »5.

Tout cela rappelle les communiqués victorieux de l'armée française en 1914 alors qu'elle se faisait enfoncer lors des premiers combats.

Ajoutez à cela « une remontée en puissance américaine en Europe », alors que tout est fait, depuis le début pour que l'Ukraine reste un tampon chaotique avec la Russie voisine, sans se soucier un instant que cette « poussée US » aggrave le chaos en poussant la Russie dans les bras de la Chine, et favorise un retour plus dangereux encore d'une guerre glaciale généralisée :

TOUJOURS LA MEME FABRIQUE DE LA CRIMINALISATION DE L'ADVERSAIRE

En 1914 des enfants belges auraient eu les doigts coupés par les « boches ». Des femmes enceintes auraient été éventrées à Timisoara dans la Roumanie (libérée?) de 1989.

Dans la diversité des médias pour la plupart alignés derrière la version du méchant Poutine, le système dominant occidental est assez habile, plus que celui de la Russie évidemment, à laisser filtrer une partie de la vérité ; bien sûr parce que l'ensemble du prolétariat ne mord pas à l'hameçon de la nécessité de se mobiliser corps (de loin) mais âme politisée au service des prétendus défenseurs de la paix. Sud Radio par exemple avec son animateur André Bercoff, longtemps conseiller de la mitterrandie, considéré désormais comme proche du complotisme, se fichant du prolétariat comme de ma première chemise, dénonce les mensonges du bloc occidental, mais cela fait partie du jeu de la soi-disant objectivité occidentale démocratique et tout et tout.

Recevant à plusieurs reprises un certain Jacques Baud, ex-membre du renseignement stratégique suisse, qui aurait partie prenante des négociations après la chute de l’URSS et a suivi de près la fausse révolution de Maïdan en 20146. Les deux lascars sont plutôt pro-russes avec une présumée vision à distance de la guerre. Il en ressort que la perspective de guerre était déjà en cours début 2021, donc un déjà vu avec la thèse de l'invasion, plus stupide que complotiste, et une série de mensonges par omission du bloc occidental qui rendent tout inexplicable par la seule folie de Poutine. En gros, la population d'Ukraine, oubliée par occidentaux, a été instrumentalisée, thèse qui me paraît, et paraît aux auditeurs nombreux du sud, comme très pertinente.

On nous dit que, en février, ce sont les forces ukrainiennes ont tiré en premier sur le Donbass – peuplé surtout de russes - que Zelenski projetait de reprendre. Concernant la rébellion au Donbass, elle n'était pas contre le pouvoir actuel en Ukraine : « ils n'étaient pas séparatistes mais en faveur d'une autonomie dans le cadre des accords de Minsk ». Depuis la fin 2021, on avait surtout assisté à un renforcement des troupes ukrainiennes au sud. Des tirs étaient partis début février 2022, poussant Poutine à intervenir. Au moment de la réunification de l'Allemagne, les accords russo-américains avaient convenus que l'OTAN ne se rapproche pas de l'Ukraine en se basant sur la naïveté de Gorbatchev, inconscient de l'absence de parole des occidentaux sous férule américaine.

Le bombardement de l'hôpital pour enfants, a été une magouille ukrainienne ; comme les fables de 1914 dénonçant les enfants belges aux doigts coupés ou les femmes enceintes éventrées de Timisoara en 1989. La bombe à Donetz donc, aurait été balancée par le groupe ukrainien néo-nazi Azov (équivalent du groupe Wagner côté russe). La contre-information attribuée aux russes était fustigée comme désinformation. On en rajouta avec la maternité bombardée à Marioupol ; or on savait, deux jours avant, par la représentation russe à New York, sur l'hôpital était aux mains du groupe nationaliste Azov et que les civils avaient été chassés de l'hôpital d'où ils tiraient sur les soldats russes, véritable raison pour laquelle l'armée russe avait ciblé cet hôpital.

Stupide de ne pas prendre en compte cette argumentation, même si le reste des suivistes médiatiques la disqualifie comme complotiste. Les bobards sur les armes de destruction massive, armes chimiques on nous avait fait le même cinéma en Irak, sauf que c'est des deux côtés que l'argument est utilisé désormais -russe pour l'application, américaine avec sa supputation - nouvelle preuve de l'inanité de la guerre aux extrêmes. En 1945 l'impérialisme US avait pu larguer ses deux bombes atomiques sur le Japon sans craindre des représailles similaires. C'est fini aujourd'hui, pas à cause du prolétariat, toujours aux abonnés absents en période de guerre, mais parce que, même décadente, la bourgeoisie n'est pas suicidaire. Ce n'est pas le prolétariat qui a empêché en 1962 que la guerre nucléaire ,n'ait lieu entre les deux blocs.

Tous les médias ne sont pas interdits en Russie et ils sont aussi "inquiets" de la fabrique des médias occidentaux...

L'inquiétude des médias occidentaux sur la censure en Russie...

On lit à répétitions ceci, qui fait en outre passer le peuple russe et le prolétariat pour des imbéciles : « La censure tourne à plein régime en Russie où, après la décision des autorités de restreindre l’accès aux principaux médias étrangers il y a trois semaines, un tribunal a interdit lundi 21 mars les réseaux sociaux Facebook et Instagram en raison de leur « extrémisme ». Aux premières loges des médias censurés figure la presse indépendante russe (sic), menacée de fermeture pour le simple emploi du terme de « guerre », appelée par le Kremlin « opération militaire spéciale » visant à « dénazifier » l’Ukraine. Et le pouvoir continue de renforcer son arsenal répressif, avec la validation au Parlement le 22 mars d’une loi sanctionnant les auteurs de « mensonges » sur l’action de Moscou à l’étranger – législation qui vient compléter celle adoptée au début du mois et prévoyant jusqu’à quinze ans de prison pour la publication de « fake news » sur l’armée.

La télévision d’Etat, seule source d’information officielle (sic et ici?) et autorisée dans le pays, n’empêche pas les manifestations antiguerre, qui se multiplient depuis le début du conflit malgré l’important dispositif de répression. Selon OVD-Info, une ONG de défense des droits des manifestants, quelque 15 000 personnes auraient déjà été arrêtées ».

« Les canaux de discussion ouverts avec la Russie laissent peu d’espoir, pour l’instant, à une solution négociée avec l’Ukraine. Le conflit semble désormais voué à s’enliser et à durer «des semaines voire des mois», dit-on au sein de l’état-major militaire français. Pour l’Otan, les risques s’accroissent aussi: la déstabilisation des pays riverains, touchés par ricochet par la crise ; l’erreur de manœuvre sur le terrain qui atteindrait par mégarde les alliés, ou pire une «erreur de jugement» qui conduirait l’autocrate du Kremlin à sous-estimer la réaction de l’Otan face à une attaque directe, dit-on au sein de l’Alliance. On pourrait ajouter la crainte, répandue au sein des alliés, d’être entraînés malgré eux dans le conflit. Les alliés sont convaincus que Vladimir Poutine sera prêt à aller «loin» dans sa guerre ».

A cela, les invités de sud-radio précisent que tous les médias ne sont pas interdits en Russie ; ce sont les médias occidentaux qui se sont retirés, désinformation. On a menti sur le bombardement de l'hôpital de Marioupol, qui a servi a décider le renforcement de l'aide militaire occidentale. Les dirigeants ukrainiens ont fait appel à des milices ultra nationalistes, 200 000 paramilitaires, pas des nazis mais des unités ultra nationalistes et antisémites, courant datant de l'avant-guerre mondiale. L'Ukraine comptait bon nombre de dirigeants portant une haine contre les juifs – mais un antisémitisme plus culturel que politique - et depuis la révolution d'Octobre qualifiés de « judéo-bolcheviques » ; or ces groupes de « néo-nazis » ont servi d'îlots de résistance pour le bloc américain jusque dans les années 1960.

Dans le cas de Zelinsky, le type était copain avec le fils du futur président Biden à la tête d'une entreprise de gaz ; ils avaient le même patron. Zelinsky était assez corruptible. La corruption s'était accrue en Ukraine. La soi-disant révolution de Maidan en 2014 avait été présentée avec le but de lutter contre la corruption, mais celle-ci n'avait fait qu'augmenter. Les affairistes américains faisaient tout pour s'implanter en Ukraine. Il y a eu un aspect pervers avec la provocation de la Russie7.

Conclusion de sud-radio : est-ce que la guerre va durer ? Non, les russes ont atteint tous leurs objectifs. Ils ne veulent pas s'installer dans l'ouest très nationaliste. L'est est la partie la plus russophone. La Russie ne veut pas de toute l'Ukraine. La guerre peut se jouer en quelques semaines (avec l'arbitre Erdogan ? Note de JLR), mais il y a un risque de réaction avec aussi des sanctions russes...

Difficile de ne pas intégrer la plupart de ces remarques même si elles ne sont que des explications aussi partielles et insatisfaisantes de la version dominante.

En réalité les deux camps affichent leur dose de mensonges. L'ampleur des dégâts humains reste vague, bien qu'atroce.

"L'OTAN estime que jusqu'à 40.000 soldats russes ont été tués, blessés, faits prisonniers ou portés disparus en Ukraine, a déclaré un haut responsable militaire de l'alliance cité mercredi parle Wall Street Journal. L’organisationserait parvenue à ses conclusions sur la base des informations fournies par les autorités ukrainiennes et des informations obtenues de la Russie – à la fois officiellement et involontairement, a déclaré le responsable.

L'OTAN estime qu'entre 7.000 et 15.000 soldats russes ont été tués depuis le début de l'invasion le 24 février. En utilisant les moyennes statistiques des conflits passés, selon lesquelles pour chaque victime, environ trois soldats sont blessés, les analystes de l'OTAN atteignent leur chiffre total.

L’armée russe a lancé son offensive avec une force d'environ 190.000 soldats. Elle a depuis fait appel à des troupes supplémentaires de Tchétchénie et de Syrie notamment.

«Malheureusement nous avons des signalements de voitures qui attendent pour prendre à bord des enfants, des femmes, des personnes vulnérables. Nous avons des indications sur des services en ligne en demande de femmes ukrainiennes à des fins sexuelles», a indiqué la commissaire suédoise.Il y a en plus «le cyber, les drones, le spatial et la guerre d’influence», complète l’officier.

Mais le plus grave reste les conséquences économiques mondiales de cette guerre, et on en parlera une autre fois.

 

NOTES

1« L'opinion ça se travaille... les médias et les « guerres justes » par Halimi, Vidal, H.Maler, Mathias Reymond ed Agone 2014). p.171

2 Une guerre des contrats dans la vraie guerre se prépare entre industriels européens et américains. L’UE affiche une volonté de gagner en « souveraineté », même si de nombreux pays membres entendent rester sous le parapluie de Washington et privilégient le « made in USA ». Avec Lockheed Martin, Raytheon Technologies, Boeing, Northrop Grumman et General Dynamics, les Etats-Unis alignent les cinq premières entreprises mondiales ; près de 180 milliards de dollars (164 millions d’euros) de chiffre d’affaires, 54 % des ventes d’armements et 39 % des exportations, une part qui n’a cessé de croître au cours de la précédente décennie. Sans oublier que la menace de la guerre nucléaire est aussi un critère « commercial » : https://www.lefigaro.fr/international/la-crainte-d-un-conflit-majeur-fait-flamber-les-depenses-militaires-20220323

3 Zelensky, le youtubeur militaire de salon », la chronique de Gaspard Proust :

« Il n’y a rien de pire pour un humoriste que d’être applaudi avant qu’il ne commence à parler. En ce sens, le cas Zelensky interroge. La chose est bien rodée ; l’écran s’allume, Volodymyr apparaît et déjà les parlementaires l’applaudissent à tout rompre. Ursula von der Leyen le contemple telle Bernadette Soubirous l’apparition de la Vierge. La première punchline claque comme la foudre : « Vous voulez une guerre mondiale nucléaire ? Je vais vous la donner ! » Les sourires se figent. Agile, il désamorce : « Ne vous inquiétez pas. Le bouton nucléaire russe est relié au ventilateur des toilettes. Je le sais, j’ai eu une Lada quand j’étais jeune. Vous appuyez sur le frein ; la voiture fait marche arrière. »Rires de soulagement ; Volody a du métier. Il propose un rire noir mais politique, tant chacune de ses saillies semble chasser le petit-bourgeois qui sommeille en nous. Avec un aplomb superbe il demande au public d’accepter le litre d’essence à 5 euros, le manteau de fourrure à la place du chauffage et la baguette de pain au prix du caviar. Churchill proposait du sang et des larmes, lui propose des gelures et un régime sans gluten. Il explique que demain les chars russes seront à Paris. On le croit même s’il faudra être un peu patient. Vu leur vitesse de croisière devant Kiev, on ne les verra sans doute pas au péage de Saint-Arnoult avant l’été 2080.Les Russes, c’est un peu comme le dentifrice, c’est facile à faire sortir, c’est plus compliqué à faire rentrer ».

4Les deux derniers articles du CCI sur la guerre en Ukraine, du 26 et 29 mars sont tout à fait clairs et édifiants contre l'hypocrisie dominante, plus émotionnelle que politique, faisant appel à la charité publique et pas à une réflexion sur l'insanité de la propagande de guerre occidentale comme russophile. https://fr.internationalism.org/

5Sans préciser que cela n'est pas dû au « courageux peuple ukrainien » si encadré et policé par les bandes militaires de Zelensky (on ne parle de désertion que du côté russe), mais par la grâce du perfectionnement militaire américain, publicité gratuite pour le marché mondial de l'armement : https://www.lefigaro.fr/international/guerre-en-ukraine-comment-les-allies-surveillent-et-renseignent-le-conflit-au-profit-des-troupes-ukrainiennes-20220323

6 Il est l’auteur de “Poutine, maître du jeu ?” aux éditions Max Milo .

7Jacques Baud : "Les Américains ont instrumentalisé l'Ukraine de façon perverse. https://www.youtube.com/watch?v=noqlx0B6evo




mercredi 23 mars 2022

CRISE DE LA GUERRE TRADITIONNELLE (épisode 10)

 


« Je ne suis rien, et je devrais être tout
(…) En Allemagne, il vaut mieux n’être rien, pour n’avoir pas à renoncer à tout ».  Marx

(Introduction à la Critique de la philosophie du droit de Hegel)


LA CLASSE OUVRIERE EN RUSSIE EST AU NIVEAU ZERO

Et la classe ouvrière en Occident non plus ! Il faut d'abord trouver les raisons de cette léthargie dans le déroulement de la guerre hybride moderne, qu'elle soit appelée « opération spéciale » (dixit Poutine) ou « défense de la démocratie contre le terrorisme » (dixit Bush junior), ne peut plus s'appeler simplement guerre. La propagande pachydermique de l'Occident dominé par l'empire américain parle aussi plutôt « d'invasion », de « violation du droit international ». Des deux côtés c'est à peu près pourtant la même « désinformation » .

UNE MILITARISATION DE L'INFORMATION

Il ne vous a pas échappé que l'on n'avait jamais vu autant de généraux sur les plateaux de télévision depuis... l'invasion de cette lucarne ! Généraux au service du bloc occidental bien sûr et jouant de la lyre pacifiste, comme tout général à la veille d'une guerre, et dont la devise immémorielle demeure : on ne fait la guerre que parce qu'on y est poussé, foi de galonné.

Le livre de David Colon est génial parce qu'il révèle clairement que lors de tout les conflits au Moyen-Orient, en Syrie, en Irak, en Yougoslavie, les journalistes français, américains ou autres, sont très encadrés par l'armée, voire censurés sans pouvoir s'en plaindre, tout en donnant l'impression de faire de la surinformation. La totalité des médias, journaux, télévisions, et le web, sont à l'heure actuelle saturés d'un nombre considérable d'informations (et de fake news) avec une même obsession (classique) : diaboliser l'ennemi ; Poutine de son côté, les innocents occidentaux de l'autre. Les médias occidentaux diffusent des informations souvent exagérées, en complicité avec « l'as d'internet » le sergent recruteur Zelenski. On insiste beaucoup sur les mères enceintes et les enfants tués, alors que leur nombre n'est pas (heureusement mais hélas quand même) de l'ordre du génocide. En 1914, la propagande britannique « informait » sur des « enfants belges aux mains coupées » ! En 1944, l'ami du gouvernement en Guerre, Orwell dénonçait des « boucliers humains ». L'entrée en Pologne de l'armée allemande en 1939 était justifiée pour défendre les minorités allemandes persécutées, legs repris par Poutine, pour son « opération spéciale ». La guerre actuelle n'est plus tout à fait la même que naguère.

Il y a en plus «le cyber, les drones, le spatial et la guerre d’influence" comme le dit un officier. Mais la guerre d'influence révèle qu'il est plus ardu d'y entraîner les masses des pays développés et même sous-développés. La guerre est en crise comme je ne cesse de l'affirmer, en crise d'abord parce que la propagande de guerre ne parvient plus à masquer totalement la faute au capitalisme.

LE DOUTE MASSIF FACE AUX SUCCESSIFS MENSONGES DE GUERRE

Le 5 février 2003, tenant entre les mains une fiole d'anthrax comme preuve de la détention d'armes bactériologiques par Saddam Hussein, Colin Powell a joué lui aussi le rôle de criminel de guerre par ce mensonge éhonté et rapidement connu du monde entier. Les photos satellites montrant le toit d'un laboratoire chimique « clandestin » n'était que la camionnette réfrigérée d'un poissonnier.

Devant la naïveté des foules et même de la plus grande partie de la classe ouvrière mondiale, j'avoue devenir parfois nietszchéen. Comment des millions d''individus peuvent en arriver à croire à de fausses informations ? Je reste un admirateur de Gustave Le Bon qui dit :

« Les foules n'ont jamais eu soif de vérité. Devant les évidences qui leur déplaisent, elles se détournent, préfèrent déifier l'erreur, si l'erreur les séduit 1. Qui sait les illusionner est aisément leur maître, qui tente de les désillusionner est toujours leur victime ».

Il ne faudrait pas croire que la perte de confiance dans les partis politiques et dans les médias ne toucherait que le versant occidental du capitalisme, même sous la terreur, et du fait de cette terreur, l'opinion en général en Russie va plus loin et depuis plus longtemps que notre « tous pourris ». C'est « tous des assassins » et des pourris « qui veulent rouler en Jaguar ». Il y a surtout un élément qui renvoie à la « politisation », même si je n'aime pas ce mot, en tout cas qui mène à une prise de conscience politique du prolétariat : la disparition dans les masses d'une vision manichéenne du monde !

Des deux côtés des grandes puissances en guerre larvée, la militarisation de l'information est encore un aspect commun aux anciennes méthodes des guerres de la période dite de guerre froide. Le KGB reste l'institution la plus référentielle, même pour les services de renseignement occidentaux2. La manipulation de masse ajoutée à la terreur et à la torture, a pour but de déboucher dans l'irrationnel, non pas en la cantonnant à une simple décomposition du capitalisme, mais à une façon de gérer le chaos, comme je ne l'ai pas développé dans l'article précédent. De fait, par exemple, et dans la situation actuelle plus encore, les médias russes n'hésitent pas à glisser des éléments complotistes (plus sérieux et gluants que la stupide dénazification de l'Ukraine), entre deux informations factuelles, utilisant ainsi des techniques qui jouent sur l'irrationnel et provoquent un choc émotionnel3.

Rien d'irrationnel dans l'aspect premier de la guerre moderne hybride, dans cette « guerre de l'information » autrement plus subtile que le bourrage de crâne en 1914 ; comme le notait le théoricien russe Vladimir Slipchenko, en 1998 : « Un des attributs de la guerre future sera la confrontation de l'information, car l'information est en train de devenir une arme du même type que les missiles, les bombes, les torpilles, etc. ». (cf. p.362)

David Colon ajoute : « La « guerre de l'information » devient ainsi une arme du faible au fort, un outil de subversion asymétrique, au service des guerres hybrides du XXIe siècle, qui ne sont jamais déclarées et n'ont donc ni début ni fin, à l'image de l'intervention russe en Ukraine ».

La propagande interne à la Russie parvient encore à museler le prolétariat, surtout par le fait que ce sont surtout des soldats de métier qui sont utilisés ; même s'il en a envoyé au début quelques-uns, Poutine a rapidement affirmé qu'il ne voulait pas en envoyer... pour ne pas risquer un nouveau soulèvement des « mères » ; les conscrits restant fondamentalement des prolétaires...

Mais l'intox russe sait faire double coup, ce qui est aussi une manière d'ôter tout illusion des masses russes sur le « pacifisme désintéressé » des occidentaux :

« La militarisation de l'information par la Russie vise ainsi à semer le doute, mais aussi à encourager le division au sein des sociétés occidentales, en vue d'affaiblir l'opposition en Russie. Les médias pro-russes encouragent ainsi les communautarismes et les visées séparatistes – du Brexit à l'indépendance catalane – et traitent en priorité les sujets se rapportant à la violence dans les pays occidentaux, leurs campagnes d'images donnant souvent une image stéréotypée de la réalité » (p.363).

Il faut le constater, pour l'instant la tragédie de la guerre « hybride » en Ukraine n'aboutit pas pour le moment à politiser le prolétariat, comme nous l'espérons tous du point de vue d'un bouleversement révolutionnaire du monde. On a épuisé un peu toutes les sortes d'explication, des plus simples au plus complexes pour tenter de comprendre la léthargie du prolétariat russe mais aussi occidental. De même que dans leur langage à eux, les médias occidentaux font mine d'espérer une révolte de la « population russe » ou d'un attentat contre le criminel de guerre (qui n'est pourtant pas seul), nous ne pouvons nous placer sur ce point de vue superficiel en ce qui concerne le prolétariat russe.

On a épuisé toutes les explications classiques, disais-je : la longue contre-révolution stalinienne, la chute du bloc de l'Est, les charmes discrets du libéralisme de l'ours russe, la dictature du régime poutinien, et la pire et la plus nunuche : les russes subissent un black-out de l'information. Pourtant j'ai noté cet intelligente journaliste qui osa : « il y a ceux qui veulent savoir et ceux qui ne veulent pas savoir », mais dans une information générale et mondiale qui privilégie l'émotionnel.

D'une certaine façon, les russes en général ont quand même accès aux informations « étrangères » par les réseaux sociaux et le bouche à oreille. Ils sont eux aussi « saturés » d'information, et cette saturation est un poison pour la conscience tout court et surtout pour la conscience de classe :

« Car, surinformer, c'est mésinformer en privant bien souvent le public cible de la capacité même de se faire une opinion en semant le doute dans son esprit : « Beaucoup d'informations, de faits, de statistiques, d'enquêtes, beaucoup d'explications, de démonstrations, d'analyses éliminent le jugement personnel, la capacité de se faire une opinion, beaucoup plus sûrement aujourd'hui que la propagande la plus exaltée », écrivait Jacques Ellul en 1960. Face à un afflux d'informations, l'individu se trouve incapable de hiérarchiser, de retenir l'information pertinente et de construire des systèmes explicatifs cohérents. Autrement dit, plus on dispose d'informations, et plus on tend à n'en retenir qu'une image simpliste et faussée ». (p.364)

LES LIMITES DE LA PROPAGANDE

En 1917 et en 1918, en Russie comme en Allemagne, l'intense bourrage de crâne a fini par faillir et être incapable de voir la révolution surgir. Le soulèvement hongrois en 1956 n'était prévu ni par la propagande américaine ni par la propagande russe.

Les réseaux sociaux ne sont pas du tout une libération ni une possibilité de vrais dialogues ni d'une affirmation d'une conscience « de classe » mais un chaos à la fois pestilentiel, irrationnel et poubelles à idées et à fake news, où régne l'individualisme le plus crasse. Le système dominant a inventé internet en connaissance de cause : fabriquer un univers permettant de cloisonner les individus en leur faisant croire à la liberté d'expression totale dans le capitalisme. Dans les années 70, ce sont les chercheurs militaires russes, toujours à la pointe de l'aliénation organisée, qui ont projeté un « contrôle réflexif » de la perception qu'ont les individus de leur environnement en agissant sur la « sphère informationnelle ». Depuis internet est devenu le théâtre d'une cyberguerre, où les échanges « éclairés » sont généralement factices. Il s'agit désormais d'une « guerre psychologique », dont les tenants du pouvoir font mine de s'inquiéter, mais qui, appliquée à la sphère civile, fabrique du consentement ou de l'indifférence, dissolvant toute problématique politique « de classe », enfin rétrécissant l'horizon intellectuel, historique et culturel. La propagande numérique se caractérise en outre par une brutalisation des échanges qui fonctionne sur les individus comme la perversion narcissique.

RETOUR AU REEL : LA BOURGEOISE NE VEUT PAS QUE LA GUERRE S'ETERNISE...

C'est l'opinion des vedettes de la diplomatie comme Villepin, or d'une part, lorsque les bourgeoisies sont en guerre, elles ne savent pas pour combien de temps. La seule union commune des camps belligérants et le raccourcissement des hostilités ne peuvent avoir lieu que si le prolétariat international s'en mêle. Il faut arrêter de culpabiliser le peuple et le prolétariat de Russie, nous avons aussi nos devoirs de réagir ici sur le terrain de classe. Par exemple une grève générale dans tel pays ou même en France, pour dénoncer la guerre... botterait le cul aux rats négociateurs.

En général la classe ouvrière de tout pays ne réagit qui si elle est elle-même directement confrontée à la guerre. Pour l'heure la classe ouvrière en France ferme les yeux tout en entendant le son des bombardements mais à la télé, et en visualisant les destructions en haïssant le seul Poutine, puis en souhaitant la victoire du « président élu » Zelenski. Or cet ancien comédien, « maître de la propagande sur le web » n'est que le plus fidèle allié des va-t-en-guerre occidentaux. Il pleurniche face à tous les parlements européens pour quémander l'envoi d'armes et pour inciter les Etats européens à y envoyer leurs pioupious. Il se prétend sans honte notre défenseur en prédisant que cela va nous arriver si on ne se place pas derrière son drapeau nationaliste. Jamais.

Une partie des généraux et de la bourgeoisie n'est pas hostile à la possibilité d'une troisième guerre mondiale. Sauf que... loin des nouveaux pacifistes bêlants, loin des oppositionnels russes fan de la démagogie occidentale, les prolétariats, bien que abrutis par la foison d'infos et d'infaux, avec leurs enfants saturés d'internets et accrocs au misérable portable, ne sont pas volontaires. Longue ou courte ils n'ont pas à se mêler de cette guerre. Elle est cruelle pour la population ukrainienne. Libération m'a fait froid dans le dos en disant : l'armée russe ne progresse plus alors elle se venge !

La responsabilité de cette guerre ce n'est pas seulement Poutine mais tous les dirigeants occidentaux qui l'ont adoubé des décennies, Macron qui tient la causette avec le criminel de guerre.

Les sanctions économiques sont un leurre en attendant la guerre généralisée, en espérant que la misère, la faim et la paupérisation monteront les masses contre le « seul responsable » Poutine, et en avant la zizique !

Or les conditions sociales, géopolitiques et politiques plus le dégoût des médias et des appareils des politiciens bourgeois pourraient réserver des surprises. Imprévues par les spécialistes de la propagande.


NOTES

1Avec l'aide des médias occidentaux qui ne cessent de répéter que Poutine commet une « erreur historique » !

2« L'un des grands succès du KGB, durant les années 1960, fut de voir certaines de ses brochures dénonçant le racisme des Etats-Unis ou la folie du candidat républicain Barry Goldwater utilisées par les démocrates américains » (p.294) et l'auteur oublie d'ajouter par les staliniens français et leurs jeunesses trotskiennes...

3Lire l'excellent ouvrage de David Colon « Propagande, la manipulation de masse dans le monde contemporain, et champs histoire, vient de paraître. cf. p.364.

mercredi 16 mars 2022

CRISE DE LA GUERRE TRADITIONNELLE (épisode 9)

 


Guerre irrationnelle ?

(suivi de l'attrition de l'armée russe)

« Fuite aberrante dans la barbarie guerrière », juste image du CCI. En voyant toute cette accumulation de destructions de bâtiments civils et un nombre de morts civiles et militaires invérifiables du fait de l'opacité, inhérente en temps de guerre, des deux camps, il se pose beaucoup de questions sur lesquelles on ne peut répondre. Malgré les affirmations hystériques occidentales, l'Etat russe n'avait pas l'intention de tuer massivement les civils. Les chiffres les plus sérieux indiquent que la tuerie serait de l'ordre de quelques centaines, ce qui est déjà certes horrifiant et se retourne contre Poutine et sa clique militaire, mais qui ne signifie pas un génocide puisque Poutine et sa clique se félicitent de permettre des couloirs de « civils en fuite » probablement d'un pays « nazifié »1. Par ailleurs il y a chaque jour beaucoup plus de morts dus au covid !

Les deux causes de ce « dérapage » sont d'une part le fait que la guerre éclair a été impossible et d'autre part que le matériel militaire russe est en partie obsolète et fait des ravages « collatéraux ». Il devient stupide de personnaliser l'agression impérialiste russe sur le seul dictateur Poutine ; un dictateur reste toujours un délégué de la bourgeoise, et, en temps de guerre, il est entouré d'une clique de généraux tout aussi intéressés à préserver l'ordre et leur prébendes.

Si certains intellectuels, comme Marcel Gauchet, reprennent la notion de décomposition (bien après le CCI...), personne dans l'appareil propagandiste de la médiacratie occidentale ne réfléchit à la possibilité d'une perte de contrôle du gouvernement russe, tout en expliquant qu'il s'est mis dans la merde2. Cette notion de « perte de contrôle » est toutefois à relativiser. Comme j'en ai déjà fait état, le système se maintient aussi en « organisant » le chaos ou en le limitant, par exemple par la désimplication lâche de la diplomatie américaine, qui n'a paq envie non plus d'une troisième guerre mondiale :

« Julianne Smith, ambassadrice des États-Unis auprès de l’Otan, lors d’un briefing avec la presse. Elle n’a pas souhaité s’étendre sur les conséquences hypothétiques de tel ou tel «scénario», comme une incursion dans l’espace aérien d’un pays allié. «Notre intérêt n’est pas l’escalade», a-t-elle insisté ». La plupart des dirigeant des grandes puissances ne sont pas fous, même s'il faut en surveiller des un peu toqués ; une anecdote, durant le mandat Trump, un haut responsable chinois avait appelé le général en chef de l'armée américaine lui demandant si Trump n'allait pas causer un drame, le général lui répondit : « ne craigniez rien, on est là ». Seule une poignée d'intellos et artistes tarés sont va-t-en guerre généralisée.

Au départ pourtant le projet d'invasion militaire a été plus rationnel et plus calibré que ne l'affirment divers commentateurs qui n'ont cessé de clamer que Poutine était en échec. Le choix d'envahir en plein hiver, parmi les hypothèses des généraux russes, pas plus idiots que les occidentaux, supposait que, en cas de sanctions, le chantage à la livraison du blé, aurait une action complémentaire et terrorisante pour l'ordre occidental, sans souci des répercussions pour les pays du Sud... Même si en été il n'y a pas de boue pour freiner les chars.

Toutes les guerres qui vont se développer en ce début de siècle, seront dépendantes de la césure inaugurée par cette invasion de l'Ukraine : imprévisibilité, piétinement, acharnement, et surtout transparence des saloperies mutuelles des « criminels de guerre » des belligérants de tout bord ; ce qui est extrêmement négatif pour le militarisme quelles que soient ses prétextes, nationaux, démocratiques, territoriaux, etc. L'énorme fluidité des réseaux sociaux est catastrophique pour les cliques militaires qui passent plus de temps à chercher comme rendre à nouveau opaques leurs guerres de brigandage, et surtout sachant que les généraux, eux, savent le danger de la classe ouvrière.

La guerre comme projet avec des buts impérialistes précis est rationnelle, mais en durant et en se développant, et maintenant directement dans les pays centraux du vieux capitalisme, elle devient irrationnelle ; comme on pouvait le lire en 1977 dans la revue internationale (n°11) d'un groupe drivé encore par un penseur du mouvement ouvrier, original et très profond, Marc Chiric, héritier rare de la véritable tradition marxiste avant-guerre, différenciée du trotskisme et du stalinisme :

« La seule fonction de l'économie de guerre est...la GUERRE ! Sa raison d'être est la destruction effective et systématique des moyens de production et des forces productives et la production des moyens de destruction – la véritable logique de la barbarie capitaliste »3.

Ce que la médiacratie nomme une « erreur historique de Poutine » n'est pas une erreur, surtout quand on n'oublie pas que, malgré l'effondrement du pacte de Varsovie, la puissance américaine n'a jamais cessé de faire pression pour dépouiller l'Empire russe de ses restes. Et cela continue même si elle reste à distance et se sert de son pion allemand pour poignarder l'Europe quoique la bourgeoisie allemande ait le cul entre deux chaises : approvisionnement à plus de 50% en gaz russe et obligation d'acheter des avions made in USA.

Maintenant, comme toute dictature dans le chaos généralisé, l'armada russe a accumulé fautes et impuissance, non seulement à cause de la « courageuse » résistance du nationalisme ukrainien, mais surtout parce que les troupes ukrainiennes sont équipés d'engins de destruction ciblée très efficaces... qu'i sont fourni par le bloc occidental, où l'Europe se la joue unie, fort provisoirement et en prétextant n'agir que par des sanctions économiques. Notons au passage la sanctification du milliardaire corrompu Zelinski, ancien clown professionnel, qui plastronne et surjoue au Winston Churchill bis, tout en retenant systématiquement les hommes pour les envoyer au casse-pipe national. Nombre d'observateurs se méfient aussi de la propagande nationaliste ukrainienne qui en rajoute des couches ; par exemple maternité bombardée était probablement vide et on a promené dans les gravats une femme enceinte dont on voyait qu'elle était vivante, puis on nous a annoncé qu'elle était morte ainsi que son bébé.

Un autre élément à prendre en considération, qui a été quelques fois évoqué ces jours-ci face aux ratages militaires russes et autres dommages collatéraux. Poutine et sa clique ont mis du temps à comprendre que la situation allait se complexifier, et pour une raison héritée du fonctionnement étatique stalinien :

« (comme en Chine)...il est apparu que cela ne fonctionnait pas (l'information de bas en haut) , parce que dans le capitalisme d'Etat stalinien, les responsables locaux craignent pour leur carrière/promotions s'ils annoncent de mauvaises nouvelles »4

Longue ou courte ?

Pourquoi Poutine fait durer ? C'est la première question.

Professeur à Sciences Po, ancien économiste en chef de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), Sergei Guriev, ancien conseiller économique du gouvernement russe au début des années 2010. Exilé en France, après avoir critiqué les arrestations d’opposants à la réélection du président russe, en 2012. Il explique pourquoi Poutine a sous-estimé les sanctions occidentales. Et comment, privé de l’argent des hydrocarbures, il peinerait à poursuivre la guerre et à financer la répression dans son pays. Observant la polarisation politique aux Etats-Unis, le retrait d’Afghanistan des troupes américaines [achevé fin août 2021] et le manque d’unité en Europe, Poutine était convaincu que l’Occident était faible et divisé. Il pensait que l’invasion de l’Ukraine serait bouclée en quelques jours, comme celle de Crimée [en 2014], et que les sanctions occidentales viendraient tard, voire pas du tout. Il a, en outre, sous-estimé la résistance ukrainienne et surestimé la force de l’armée russe5.

Il fait durer pour deux raisons. D'abord il ne veut pas perdre la face, ou perdre la place, après s'être tant ridiculisé aux yeux du monde entier et surtout de la classe ouvrière. Deuxio parce que, même sous des apparences neutres, l'impérialisme américain continue à faire pression, arme les nationalistes ukrainiens et laisse l'Europe s'enfoncer dans le chaos migratoire, lequel est en train de devenir plus pesant et déstabilisant que la venue des syriens naguère, pour l'ordre intérieur et l'économie des pays européens ; sachant que tous leurs dirigeants sont débordés, ne savent pas comment cela va tourner, et que les moins dépressifs croient qu'ils suffira de renvoyer chez eux cette population aux yeux bleus et aux cheveux blonds, preuve de leur lointaine origine viking.

Mais il y a une autre dimension plus importante que tous les spécialistes de télévision oublient. Comme l'histoire des vétérans du Vietnam, les soldats du contingents, même s'ils ne sont qu'un tiers, restent des prolétaires et il apparaît qu'on leur a menti, comme il est probable que nombreux ont été ceux qui ont refusé de tirer sur les civils. La dénonciation de la guerre en Russie, même si elle est minoritaire, pose problème. Le retour des cercueils de soldats n'est pas forcément de nature à remettre en cause cette guerre, car la bande à Poutine peut toujours raviver la haine nationaliste des parents dont les fils « ont été tué par les nazis ukrainiens »... Mais quand même si cela dure. Le vrai problème n'est pas de sauvegarder l'Ukraine mais d'abattre le criminel Poutine (c'est la raison pour laquelle il se barricade plus que Zelensky, et pas ce qu'on lui prête, une peur ridicule du covid).

En outre, dans la durée, la mascarade nationaliste ne peut tenir longtemps, et c'est pourquoi les démarches pour négocier au plus vite sont de mise en ce moment, réchauffées par la poursuite des bombardements sélectifs, quoiqu'elles traînent en longueur. Poutine montre des « ouvertures » car il ne veut pas subir le sort de Krouchtchev, démis par un coup d'Etat militaire, mais lui sans sang sur les mains et sauveur de l'humanité avec Kennedy lors de la crise de Cuba (en cas d'éjection, coupable de tant de crimes de masse depuis 20 ans, Poutine finira pendu comme Mussolini ou castré comme Khadafi)6.

La mascarade nationaliste au nom de la mystification démocratique bourgeoise ne peut tenir longtemps ici au centre de l'Europe. Ce n'est pas la Syrie, ni l'Afghanistan. Ici ce n'est pas seulement « l'opinion » des gens en général, même si existe une liberté de circulation de l'information comme nulle part ailleurs, du fait que le système ne peut plus mentir à la colonne vertébrale de la société, le prolétariat, mais en laissant dire la réalité des faits, les noyer dans ses solutions fausses ou des mirages idéologiques.

Impact pour le prolétariat mondial

Le congrès du CCI, certes d'une toute petite organisation – avec le mot congrès on imagine une grande salle remplie de politiciens staliniens – et qu'ils devraient plutôt nommer « réunion générale annuelle » de notre fraction (ce qui ferait moins ridicule) – est plein de considérations géniales pour le développement de la lutte de classe, en particulier sur la question de la « politisation de la guerre ». Lors de leur réunion publique à Paris, j'ai avec culot fait référence à une réflexion d'Althusser (décrié et méprisé depuis 68 puisqu'il a servi de maître penseur aux cons maoïstes), mais un con peut dire parfois une vérité. Il l'exprimait ainsi : Pourquoi la révolution a-t-elle eu lieu en Russie ? (ndlr en 1917) Parce qu'avec le déchaînement de la guerre impérialiste, l'humanité était entrée dans une situation objectivement révolutionnaire. L'expérience et l'horreur de la guerre allaient, en tout pays, servir de relais et de révélateur à la longue protestation d'un siècle entier contre l'exploitation capitaliste »7. Ce que le texte du congrès du CCI résume plus simplement et profondément : « la conscience socialiste n'est pas le produit mécanique de la lutte quotidienne, mais qu'elle est le produit du mouvement historique de la classe » cf. page 37).

L'omniprésence de cette guerre « contre les civils » a pris le pas sur les sujets secondaires en comparaison : campagne présidentielle, coût de la vie, matchs de foot, etc. >Chacun ne peut s'empêcher d'imaginer, en passant devant des barres d'immeuble, les mêmes explosions en façade qu'on nous montre dans les villes ravagées d'Ukraine, et de penser que cette société aboutit à tout foutre en l'air, irrationnellement : pour qui, pour quoi chasse-t-on par la terreur une population de millions de personnes désarmées, en détruisant toute son industrie et ses sources d'approvisionnement, et aussi sa fourniture importante de blé pour le monde entier ? Tabula rasa à laquelle l'immobilisme sert de justificatif à de nouveaux crimes de guerre et de gigantesques destructions qui resteront impunis ! Cette guerre aboutit déjà à « politiser » le prolétariat. Même si la médiacratie veut, comme l'anarchosyndicalisme placer le souci au niveau moral ou psychologique :

Pourtant, comme Agathe, nombreux sont ceux à voir leur moral se dégrader à cause du conflit ukrainien. Et ce, même s’ils ne sont pas directement concernés. « Ce n’est pas parce que la guerre ne nous regarde pas qu’elle ne nous touche pas », résume Karine Danan, psychothérapeute à Saint-Nazaire. Parce qu’elle survient juste quand on pensait en terminer avec la pandémie, beaucoup la perçoivent comme une fatalité, et cela accentue notre sentiment d’insécurité. Les médias entretiennent aussi un climat anxiogène, argumente la spécialiste : « Quand les journalistes emploient des expressions comme “l’apocalypse” ou “la troisième guerre mondiale”, on ne peut pas attendre des gens qu’ils restent indifférents. »

à suivre comme toujours...


NOTES

1Cette sortie de Poutine a fait s'indigner l'élite occidentale, or c'est oublier que l'antifascisme en Russie est resté, plus qu'en Occident, une mystification traditionnelle de la bourgeoisie russe qui, du temps des Brejnev et cie jouaient de cette lyre pour désigner le « camp du capitalisme » ; sans oublier que c'est le pays qui a fourni le plus lourd tribut à la « paix » de 1945, j'allais dire à la paie sanglante.

2Cette notion de perte de contrôle est analysée par le CCI dans son 24 ème congrès (cf. Rint n°167), laquelle s'appliquait d'abord au rabougrissement du gendarme du monde, les USA. Deux idées intéressantes étaient soulignées, d'une part le fait que la « décomposition » « affectait la forme des conflits impérialistes et aussi la prise de conscience du prolétariat », et ensuite, comme le montra la crise du covid, « une absence de concertation internationale des pays centraux » (= chacun pour soi). Je rends à César ce qui est à César, ils ont vu avant moi, certes sans en tirer toutes les conséquences, comme nous les apprend la guerre actuelle, une crise de la guerre traditionnelle

3Citation en page 54 de la revue internationale n°167. Revue consacrée à leur 24 ème congrès, mais avec des textes trop longs, des répétitions pesantes : 150 fois le mot décadence, 100 fois le mot décomposition, 50 fois le mot irrationnel, 20 fois « pezrte de maîtrise », idem pour « chacun pour soi », « chaos », etc. Certes une revue militante ne se cache pas d'être propagandiste, et surtout pas l'OBS ou Paris-Match, mais, malgré une réflexion très approfondie sur la décennie écoulé, cela aurait pu être plus synthétique. Je me suis accroché pour tout lire attentivement, en plusieurs fois.

4cf. RINT page 24 (Pandémie et le développement de la décomposition). Mais attention à cette fixation et interprétation « maladive » sur le cas Poutine, comme on le lit ci-après, cela sert surtout à esquiver la responsabilité du capitalisme et du capitalisme russe : « « La communauté du renseignement partage un nombre croissant de rapports sur le "comportement de plus en plus instable" de Vladimir Poutine, âgé de 69 ans. On le dit atteint de la maladie de Parkinson, souffrant des conséquences d'un Covid long ou bien encore atteint d'un cancer incurable. Le visage de plus en plus "enflé" du maître du Kremlin attise, en effet, les pires rumeurs sur son état de santé. "Il y a eu un changement identifiable dans sa prise de décision au cours des cinq dernières années environ. Ceux qui l'entourent voient un changement dans la pertinence et la clarté de ce qu'il dit et dans la façon dont il perçoit le monde qui l'entoure", aurait affirmé une source proche de l'alliance du renseignement Five Eyes. La source a déclaré que cette incapacité à penser clairement était aggravée par l'absence de "boucle de rétroaction négative", le dirigeant russe " n'étant tout simplement pas briefé" sur les éléments d'échec de l'invasion ».

6On notera l'empressement des dictateurs démocratiques occidentaux à vouloir discuter et maintenir des liens avec pareil « criminel de guerre », sans doute parce qu'ils sont nombreux.

7La seule évocation d'Althusser fit lever les yeux au ciel du planton intello de 50 années de RP du CCI à Paris, monsieur de Galar, représentant de l'association des faux-culs socio-anrarchos Cahiers Spartacus.

L'armée russe n'est plus ce qu'elle était

(source Le Figaro et Le Monde)

Son attrition est confirmée en Ukraine !

Trois semaines après le début de sa guerre en Ukraine, l’armée russe est à la peine. Engagée sur la base d’une décision politique prise en comité bien trop restreint (la partie économique du gouvernement et même un certain nombre de membres du conseil de sécurité ont paru surpris de la tournure des événements), cette « opération militaire spéciale » se fonde sur une vision stratégique et politique déformée de la réalité ukrainienne qui a conduit à une planification pour le moins hasardeuse de l’intervention. Les biais d’analyse du Kremlin sur les dynamiques internes de cette ex-république soviétique sont perceptibles depuis des années. Le défaut d’expertise est, en outre, probablement aggravé par la distension des liens entre les élites des deux pays après l’annexion de la Crimée en 2014.

Confrontée à une résistance inattendue, tant de l’armée que de la population ukrainiennes, et subissant une importante usure de ses ressources humaines et matérielles, l’armée russe est bien loin de l’image qu’elle a projetée au cours des dix dernières années.

Tout cela a fait oublier que l’armée russe, dont la réforme n’a été véritablement engagée qu’après 2008, partait de loin : dix à quinze ans de sous-financement conduisant à une attrition irréversible des capacités héritées de l’URSS.

La modernisation de l’outil militaire russe, bien réelle et accompagnée d’un vrai soutien budgétaire, n’a pu être que progressive et sélective – car si la Russie reste parmi les pays consacrant une part significative (environ 4 % par an en moyenne entre 2010 et 2020) de leur produit intérieur brut (PIB) à leurs dépenses de défense, la faiblesse relative de celui-ci se traduit par une contrainte financière persistante.

La première mesure de la réforme de 2008 a consisté à de larges coupes dans le corps des officiers, «car il y avait un peu le syndrome de l'“armée mexicaine” [une situation où les décisionnaires seraient plus nombreux que les exécutants, NDLR]». Le résultat est drastique : de 365.000 officiers, l'armée russe passera à 142.000 entre 2008 et 2012, soit une chute de plus de 60% des effectifs.

La principale faille russe observée sur le terrain concerne d'ailleurs sa coordination. Un problème stratégique beaucoup plus structurel, symbolisé sur le sol ukrainien par la désarticulation entre l'armée de terre et les troupes aéroportées (VDV), indépendantes. Et ce malgré l'effort évident d'«interarmisation» mené par la Russie.

Si bien que, sur le terrain, elles semblent parfois «pataudes» et inadaptées. À cela s'ajoute la question de la corruption, endémique dans l'armée russe, qui n'a jamais pu être résolue malgré la modernisation. «Au milieu des années 2010, le procureur général de Russie estimait que 20% du budget militaire s'évaporait», se souvient le chercheur. Concrètement, les commandes de matériel peuvent être officiellement faites et payées, mais jamais livrées. Ce qui joue un rôle sur les «petits matériels de cohérence, comme les radios», mais aussi sur le volume de munitions.

L'avenir paraît bien sombre pour l'armée russe. Quand bien même elle parviendrait à ses fins en Ukraine, elle aura laissé dans la bataille des hommes, dont des officiers, et des stocks importants.


 

dimanche 13 mars 2022

CRISE DE LA GUERRE TRADITIONNELLE (épisode 8)


 (Bilan de la Réunion Publique à Paris du CCI, suivi de Krivine-la-cravate)

QUE FAIRE CONTRE UNE GUERRE QUI A POUR BUT DE TUER MASSIVEMENT LES CIVILS SELON LE CRIMINEL DE GUERRE POUTINE ET DE LES LAISSER MASSACRER SELON LE BLOC DE L'OUEST POUR FAIRE CROIRE QU'IL N'Y EST POUR RIEN ?

Voici un extrait très pertinent recopié d'un article du Figaro, qui confirme mon analyse de guerres hybrides désormais et à vocation extensive, de plus confirmant que les généraux en période de guerre sont parfois plus « marxistes » que le commun des journalistes blablateurs :

« La victoire rapide espérée par Vladimir Poutine n'aura pas lieu. « La guerre pourrait durer », prévient le général Burkhard. La question de la capacité des forces russes à tenir dans la durée va être posée. « Ce qui pourrait ouvrir la porte à des négociations plus équilibrées qu'attendues », prévient le plus haut gradé de l'armée française en s'interrogeant sur la fin de la guerre. Les revers stratégiques de l'armée russe ont bouleversé les plans du Kremlin. « Cela rend Vladimir Poutine d'autant plus imprévisible », estime le général Burkhard, en prévenant que « tout peut arriver ». Dans une troisième page, à diffusion restreinte, le CEMA met aussi en garde les généraux sur les conséquences en France du conflit et les troubles qu'il pourrait générer ».

« La guerre de haute intensité est de retour en Europe », dit-il. L'hypothèse était envisagée par les généraux français dont la mission se focalise sur la préparation de l'armée française à ce type d'engagement. Aujourd'hui, elle ne serait pas en mesure d'y faire face. Conscient de l'urgence, le chef d'état-major mettait en garde il y a quelques mois encore contre une accélération de l'histoire. Il n'imaginait pas un basculement aussi rapide ».

Face à cette guerre de « haute intensité » avec une léthargie du prolétariat mondial, il était naturel que des minorités révolutionnaires se posent des questions, c'est le cas du groupe italien qui publie Battaglia Comunista » :

« Le premier aspect concerne l'absence d'un mouvement politique suffisamment fort pour contrer les crises du capitalisme et les guerres qui en découlent, qui sont la "solution" temporaire à ses contradictions. Les organisations révolutionnaires éparpillées ne constituent pas, à l'heure actuelle, une référence politique suffisamment forte pour poser une alternative à la barbarie du capitalisme ».

Ce groupe pense sans doute qu'un parti peut même remplacer le prolétariat, mais son souci d'en appeler à un fin de l'éparpillement des groupes révolutionnaires ne s'est pas concrétisé comme me l'ont confirmé les militants du CCI samedi dernier à Paris, lequel groupe lui se soucie plus de la réaction massive tôt ou tard du prolétariat mondial, soulignant en conclusion de l'un de ses tracts que la solution réside :

« ...dans le développement partout dans le monde des luttes massives et conscientes. En particulier conscientes qu'elles constituent une préparation pour le renversement du système responsable des guerres et de toute la barbarie qui menace de plus en plus l'humanité : le système capitaliste ».

Pied de nez de l'histoire, il faut noter, sans acrimonie, que - alors que depuis plus de 50 ans ce groupe dénonçait le risque de destruction de l'humanité et que les tuteurs de l'idéologie le faisaient passer pour ringard - sauf à nommer le capitalisme, tous les médias reproduisent en long et en large ces mêmes mises en garde politiques ! Il était tout naturel que j'aille donc assister à une reprise de leurs réunions publiques après trois ans de covid depuis 2019, paralysant donc tout débat public.

ANALYSER LES CAUSES DE LA GUERRE ET COMMENT LUTTER: bilan d'une réunion publique clairvoyante

L'exposé, court et sobre, répondit à ces deux questions sans fard. Tous les Etats et impérialismes dominants sont tous AGRESSEURS ; mais avec une erreur que j'ai relevé par suite : « les seuls qui sont réellement attaqués sont TOUS LES TRAVAILLEURS DU MONDE ». Ce qui est faux et illogique : ce sont les populations indistinctes qui sont sous les bombes, et si ce n'étaient que les travailleurs clairement attaqués comme tels, on serait déjà en révolution. Mais dans l'ensemble et dans sa conclusion il n'était pas possible à tout individu conscient d'être en désaccord avec le contenu.

La réunion se déroula dans une ambiance amicale, excepté la présence d'un vieux ronchon sectaire. Une nouvelle génération de militants répondit avec ouverture d'esprit et intelligence aux critiques ou divergences, sans agressivité (ce qui était rare chez les anciens). Les débats furent animés en particulier par V., ouvriers de Renault Flins qui nous fît rire en témoignant que les ouvriers de son usine se passionnaient plus pour les résultats du PSG que de réfléchir et se prononcer contre la guerre, sauf ponctuellement à prendre en compte le risque de nucléarisation. Evidemment l'inoxydable Galar, pourtant plus âgé de trois ans que Krivine, et natif de l'avant-Deuxième boucherie mondiale, occupa une partie des débats avec des considérations plus complexe s sur l'histoire et les différents types d'économie, mais au fond minimisant la gravité des conséquences de cette guerre au cœur de l'Europe.

Pour ma part, j'ai d'abord tenu à rappeler les positions ridicules des gauchistes, en particulier de Sud/PTT demandant … augmentation de 300 euros et exprimant ainsi un mépris typique du syndicalisme qui croit que les ouvriers ne sont mobilisables que pour des sous et incapable d'une conscience politique contre la guerre capitaliste. Quant aux négateurs du prolétariat, en particulier dans les pays où le nombre de centres industriels a été réduit, j'ai insisté sur le rôle mineur d'une seule usine que ce soit Poutilov en 1917 car les Conseils ouvriers ont été créés dans une noria de petites unités de production, quant à Renault au cours de la révolution « rose » de mai 68, les ouvriers y sont restés enfermés par le syndicat CGT, ce qui n'empêcha pas un certain nombre d'aller au quartier latin manifester avec les étudiants, ni d'autres lieux de production de créer des comités d'action.

Ensuite mon souci fût de lancer le débat sur comment dénoncer et lutter contre cette guerre capitaliste. On ne peut pas se contenter d'en appeler comme le CCI à une « généralisation des luttes » ou à radoter que les « ouvriers n'ont pas de patrie » (ce qui est certes toujours vrai), ni laisser croire que la grève serait la seule arme de lutte, lesquelles peuvent être diverses et variées (comme le disait Rosa) : manifestations de rue, actions exemplaires, blocage d'usines d'armement, etc.

Contre cette idée de généralités et de radotages, la plupart des réponses portèrent sur la nécessité de poser un cadre internationaliste et qu'il n'y avait là rien que de très concret, qu'il fallait avant tout rappeler les grands principes de classe. Sans remettre en cause cette argumentation, je n'en continuais pas moins à maintenir qu'il y avait nombre de répétitions dans leur presse, et que, désormais comme je l'avais souligné en introduction, nous entrons dans une nouvelle période où les guerres ne peuvent plus être locales, confirmant d'ailleurs la prévision d'une fin du capitalisme, que le mouvement certainement pré-révolutionnaire apportera des réponses à nos hésitations, confusions ou généralités politiques, même au niveau du vocabulaire. La dénonciation du patriotisme ukrainien est également boursouflée, les gens se défendent d'abord sur place prosaïquement face à un envahisseur assassin et pillard.

J'ai également dit que le groupe était aussi impuissant que nous les observateurs en leur disant que leurs tracts ne servaient à rien, mais que leur site internet était bien plus efficace, vu les dizaines de milliers de connexions, autrement supérieures aux maigres chiffres de mon blog.

Enfin je les ai caractérisés de secte en l'absence d'intensité de la lutte classe, ce qui m'a valu des réponses, d'ailleurs tout à fait amicales et pas hystériques, pour rejeter ce qualificatif, tout en acceptant l'idée de sectes pour les premiers mouvements socialistes au 19ème siècle, mais pas dans le sens péjoratif habituel. J'ai donc acquiescé modestement du bonnet.

Au total une réunion habitée par la gravité du moment, où certains imaginent une guerre courte (moi) d'autres longue, mais dans tous les cas des suites dramatiques et une accélération de l'histoire comme disait le général plus haut. Sans oublier une discussion plus large sur l'irrationalisme de Poutine comparée au rationalisme d'Hitler...

Marquée par une série de questionnements très concrets, un débat franc et fraternel avec toujours cette conviction que seul le prolétariat peut mettre fin à la guerre, comme tant d'exemples du passé le prouvent, mais surtout en vue d'une transformation révolutionnaire du monde.


KRIVINE-la-cravate

Toute la gauche bourgeoise et dite extrême gauche trotskienne, y compris la plupart des députés PS formés à cette idéologie néo-stalinienne, dont Mélenchon, est en deuil. Krivine est monté au ciel des fabulateurs rejoindre Pablo, Lequenne, Pierre Frank, et tous ces chefaillons pseudo-révolutionnaires qui depuis la guerre défendirent les pires idéologies tiers-mondistes et rabatteuses électorales en faveur de la gauche bourgeoise.

Initialement bébé de l'école stalinienne, le petit Krivine finit par être entraîné par ses grands frères dans le giron trotskien. Chef étudiant il se fait connaître en 1968 dans le corridor du quartier latin, mais en moins séduisant que les Cohn-Bendit et Sauvageot, eux plus représentatifs de l'atmosphère libertaire. Le trotskiste sent déjà le moisi. Il nous fait rigoler lorsqu'il apparaît après l'imagerie échevelée de 68 avec treillis et robes hippies, encravaté dans la lucarne télévisée comme candidat à la présidence de la pute publique. Brushing soigné il s'adresse à la ménagère guettée par le cancer à cause de la poêle Tefal. La suite au longe terme de sa carrière médiatique comme icône gauchiste plutôt bcbg le conduira à la députation, si bien nommée. Rien de révolutionnaire sauf à conduire la politique girouette du plus caméléon des sectes gauchistes, qui, du soutien à Brejnev, et aux aventuristes des fausses libérations nationales, aux appels à voter systématiquement pour la gauche bourgeoise aux deuxièmes tours de la mystification électorale, et aussi un engagement militant au cul des syndicats, qui mena en définitive au misérable wokisme.

En tout cas le trotskien bcbg n'est pas mort à cause des poêles Tefal.